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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 06:26
Gilles VERDET : Une arrière-saison en enfer.

C'est l'effet canicule ?

Gilles VERDET : Une arrière-saison en enfer.

Gérard et Léo se retrouvent par hasard, vingt ans après une opération destinée à alléger le coffre-fort d’un bourgeois, Deslandes, organisateur de partouzes.

Un raid organisé par Philippe et auquel participaient également Marie et Jacques, tous d’obédience anarchiste. Marie, munie d’un appareil photo, avait fixé pour l’éternité les ébats. L’un des braqueurs, Jacques, avait morflé en sortant de l’immeuble et tué le flic qui croyait les arrêter.

Donc, Gérard, recyclé dans l’importation de bières et de spiritueux, retrouve Léo, kiosquier intérimaire. Il devait profiter de son voyage à Bruxelles pour convoyer une mallette que lui a confié son ami et associé Lorenzo. Ayant loupé son train, à cause de quelques bières éclusées tout en se remémorant le bon vieux temps, Gérard se retrouve chez Léo. En procédant à une miction au bord du canal Saint Martin, Gérard tape malencontreusement la mallette qui tombe à l’eau.

En essuyant son contenu les deux ex-compères découvrent dans une enveloppe des billets de banque et dans une autre des sachets de drogue. La dope est jetée à l’eau, l’argent gardé. Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’ils sont surveillés par deux truands, lesquels sont espionnés par deux policiers, Benoît et Lambin. Leurs appartements sont visités et ils pensent se réfugier d’abord chez Lorenzo puis chez l’amie de Gérard, tout en essayant de rameuter les copains. Lorenzo, qui faisait partie du petit groupe mais n’avait pas participé à l’intrusion chez Deslandes, est informé de la perte de la dope et se désole. Que va dire son commanditaire, un certain Fortier.

Marie vit en Espagne, installée comme avocate. Ils n’ont jamais eu de nouvelles de Philippe, qui ne les avait pas rejoint après leur petite expédition. Quant à Jacques, il s’est installé en province. Ce qui leur arrive aujourd’hui a comme un arrière goût de déjà vécu.

En effet leurs appartements avaient été saccagés vingt ans auparavant et le père de Léo, bourgeois et militaire à la retraite était au courant de ce braquage et surtout des photos qui avaient été prises.

Alors ? Quelqu’un les auraient-ils doublé ?

 

Mêlant subtilement présent et passé, ce roman enchevêtre les chapitres avec virtuosité et Gilles Verdet offre une ode à l’amitié rescapée des avatars de jeunesse.

Epicurien, il nous offre des dégustations de bière et de whisky, comparant les mérites des uns et des autres dans leurs domaines respectifs. Il sait également se montrer lyrique aussi bien dans la description des paysages que dans les récréations érotiques.

Gilles VERDET : Une arrière-saison en enfer. Série Noire 2701. Parution février 2004. 256 pages. 9,15€.

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 12:48

Le reflet en négatif de la Belle Epoque...

Gilles SCHLESSER : Sale époque.

Pouffiasses ! Après la banque, vous vous attaquez aux emprunts russes. Rien de vous arrête ! Sauf la mort, peut-être ? Prenez garde la justice divine est en marche.

Ce n'est qu'un petit mot découvert dans la loge de l'une des sœurs Frou-Frou. Mais il veut tout dire. Olympe, une des Frou-Frou, a été retrouvée troué par un poignard. Elle a fait une allergie à la lame et en est décédée. Hortense en découvrant le cadavre de sa sœur jumelle a crié puis est tombée dans les pommes.

Olympe et Hortense de Bléville, dont c'est le nom de guerre, interprètent des statues vivantes et chantent dans le nouveau spectacle des Folies Bergères. Enfin il faut mettre tout ça au passé. Elles étaient devenues la coqueluche du Tout Paris et ne comptaient plus les amants officiels et officieux, dont le dernier en date est un banquier russe qui doit placer des titres d'emprunt.

L'enquête est confiée au jeune commissaire Gardel, du 36 Quai des Orfèvres, un protégé du préfet de police Lépine. L'important selon Gardel est de bien connaître les origines des sœurs Frou-Frou, mais également de cerner leurs relations. Orphelines, elles avaient été placées dans des familles d'accueil, et ne se sont retrouvées que dix ans après leur séparation. Les familles, vivant dans deux endroits éloignés de Paris, étaient de conditions différentes mais modestes. L'une était plutôt choyée tandis que l'autre vivait chez des Thénardier. Mais en ce 3 octobre 1902, le lendemain du décès de l'assassinat d'Olympe, la ville vibre surtout à un autre décès survenu le 29 septembre. Les avis sont partagés sur ce grand écrivain qui a défrayé la chronique lors du procès Dreyfus, en prenant la défense du capitaine. Les antisémites donnent de plus en plus de la voix, or se pourrait-il qu'il y ait corrélation entre l'affaire Olympe et le décès supposé accidentel de Zola ?

Par exemple Anatole France, qui doit prononcer le discours en hommage à son illustre confrère lors de l'inhumation de celui-ci, est un familier de Willy et Colette, le couple créateur des aventures de Claudine. Or Colette est amie avec Olympe. Une amie proche, très proche.

Gardel va donc devoir enquêter de front sur la mort d'Olympe et celle de Zola, car le préfet Lépine n'est pas convaincu, jugeant que le commissaire de quartier a bâclé ses investigations au domicile de l'écrivain. Et il se rend compte que des dichotomies existent aussi bien dans les déclarations d'Hortense, la sœur d'Olympe, dans les relations qu'elle entretient avec les différents protagonistes qui gravitent dans son entourage, que dans le décès franchement suspect de Zola. Mais une autre piste est abordée, celle d'Abel Eisenberg, qui voulait absolument récupérer les bijoux de sa mère, bijoux inconsidérément donnés par son père aux deux sœurs, surtout Olympe dont il était l'amant. Etait car si Olympe est décédée, le baron Eisenberg a été retrouvé quelques semaines auparavant dans la Seine, un suicide supposé car il était ruiné ayant tout dépensé auprès des belles. Or ne serait-il pas envisageable de penser que le fils Eisenberg aurait voulu soit venger le père et relustrer un nom ayant perdu de son éclat.

 

Après La mort n'a pas d'amis et Mortel Tabou, romans dans lesquels évoluait Gardel, Sale époque nous convie à découvrir le commissaire attaché au 36 Quai des Orfèvres lors d'une de ses premières enquêtes.

Ce qui fut surnommé La Belle époque ne l'était pas tant que cela, mais nous restons dans le cadre de la bourgeoisie, des politiques, des littérateurs et des artistes. Les femmes de petite vertu, les croqueuses de diamants, les horizontales, les demi-mondaines, quel que soit le nom qui leur fut donné, participent activement à la vie parisienne. Elles sont courtisées par des princes, des rois, des hommes politiques, des financiers, et l'on retrouve au détour des pages Liane de Pougy, la Belle Otéro surnommé par certaines de ses consœurs La grosse Otarie, et navigant dans les eaux de la littérature Colette, nègre avouée de Willy, et d'autres grandes figures des Lettres de l'époque. Ce qui passait à l'époque pour des mœurs dissolues, mais le saphisme étant toléré, car l'amour charnel entre femmes ne prêtait pas à conséquence, aucun enfant ne résultant de leurs ébats.

Mais surtout c'est l'antisémitisme qui règne sur Paris, une emprise qui saisit aussi bien les prolétaires que les hommes politiques, et la vindicte à l'encontre de Dreyfus est propice à tout débordement.

Les personnages présents dans ce roman, fictifs ou réels, possèdent chacun leurs petits travers, leurs défauts, parfois leurs qualités, leurs colères, leurs petites manies... Ainsi Gardel, collectionne les petites annonces insolites, les découpant dans les journaux et les collant dans un classeur. Un amusement comme un autre.

 

Nous ne sommes pas responsables de tous les imbéciles qui passent dans notre lit.

Autres romans de GIlles Schlesser à découvrir :

Une chronique à découvrir également sur Black Novel 1:

Gilles SCHLESSER : Sale époque. Editions Parigramme. Parution 4 juin 2015. 216 pages. 12,90€.

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 10:45
Jean AMILA : Au balcon d'Hiroshima.

Il y a soixante-dix ans : Hiroshima...

Jean AMILA : Au balcon d'Hiroshima.

Ce roman, le vingt et unième et dernier ouvrage de Jean Amila paru à la Série Noire, nous entraîne directement à Tokyo en 1945, lors de l'offensive américaine sur le pays du Soleil Levant, et nous conte dans un style franc, direct, avec un argot qui date un peu, une histoire résolument noire et antimilitariste.

 

Roger des Amandiers, à la suite d'un hold-up qui tourne mal, se trouve en possession d'une forte somme d'argent. Il s'enfuit au Japon se faire une nouvelle identité et une nouvelle vie. Mais bientôt la guerre changera les données du problème.

Deux de ses anciens complices se mettent à sa recherche et en même temps il perd sa femme et ses enfants lors d'un bombardement aérien. Et le cauchemar commence...

 

Roman assez court mais très prenant, très poignant, à l'écriture alerte et aux phrases incisives, Au balcon d'Hiroshima vaut plus pour les descriptions d'Hiroshima durant le bombardement et la suite, que par l'intrigue. Jean Amila établissait, quarante ans après ce lâcher de bombes et non de colombes, un constat impitoyable des horreurs de la guerre.

 

Curiosité:

Au balcon d'Hiroshima a obtenu le Prix Mystère de la Critique 1986.

 

En un sens ils comprenaient que le sort d'un guerre se jouait sur des massacres d'innocents.

Jean AMILA : Au balcon d'Hiroshima.

Jean AMILA : Au balcon d'Hiroshima. Série Noire N°2007. Première parution mai 1985. Réédition mars 1997. 192 pages. 4,90€.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 12:22
Marc - Alfred PELLERIN : La Bourde.

Une bourde est une grossière erreur... Certains appellent ça une C....... complétez les pointillés !

Marc - Alfred PELLERIN : La Bourde.

Urbain, un photographe naturaliste et écologiste, constate lors d'une promenade en forêt que des arbres ont été abattus à tort.

Il dénonce ce vandalisme auprès de Francis le forestier. Un coup de téléphone anonyme l'invite à se rendre dans les bois. Il est accueilli par trois inconnus qui le tabassent. Il se défend et l'un de ses agresseurs, prenant un fusil dans une camionnette, le menace. Un coup de feu part et Urbain est tué.

Non loin du lieu du drame, Le Lièvre, un braconnier ainsi surnommé à cause de son bec-de-lièvre, abat un cerf magnifique. Lorsque le corps d'Urbain est retrouvé tous les soupçons se portent sur le braconnier, propriétaire de la camionnette et donc du fusil. Il se réfugie au cœur de la forêt. Un marchand de bois, Donnier, un riche agriculteur en retraite, Frémont, et un charcutier, le troisième larron, rentrent chacun chez soi, leur forfait accompli. Un service rendu à Francis qui leur a facilité l'abattage des arbres, enrichissant un peu plus Donnier.

Seulement Jaime Navarro, un débardeur, ainsi qu'Alec et Thomas, les fils de Francis, se doutent que le vrai coupable n'est pas celui qui est accusé. Frémont est à la recherche du Lièvre afin de l'abattre et ainsi clore l'affaire. Un soir Alec, un amoureux de la nature, ne rentre pas chez lui. Isabelle sa mère, perturbée par l'attitude de Francis lequel accablé sous les dettes de jeu s'est mis à boire, s'affole. Elle part à la recherche de son fils et rencontre en chemin Jaime qui propose de l'aider. Jaime relève dans les chemins boueux des traces.

 

Un roman de terroir qui laisse une impression de déjà lu, peut-être justement parce qu'il est ancré dans un domaine rural moins souvent traité que les romans mettant en scène la Ville et sa complexité.

Toutefois M.A. Pellerin apprivoise les mots tout en leur gardant une certaine saveur, et propose dans l'approche de ses personnages, pas assez développés, une ambigüité intéressante.

L'écologie, phénomène à la mode, n'est pas présente au sens politique actuel du mot. C'est plutôt une sorte d'ode à la nature qu'écrit M. A. Pellerin. A lire le soir au coin d'un bois, lorsque le cerf brame.

Marc - Alfred PELLERIN : La Bourde. Série Noire N°2434. Parution octobre 1996. 224 pages. 7,10€.

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 14:36
Harry CREWS: La malédiction du gitan.

La mâle addiction du Gitan...

Harry CREWS: La malédiction du gitan.

Marvin Molar n'a vraiment pas été gâté par la nature : muet à la naissance, il est affublé de deux embryons de jambes, ce qui l'oblige à marcher comme un cul-de-jatte sur ses mains.

De plus, à la suite d'un accident il est devenu sourd à l'âge de dix ans. Enfin, il suppose qu'il avait dix ans car il ne connaît pas la date de son anniversaire. Abandonné par ses parents alors qu'il avait environ trois ans il a été recueilli par Al Molarski, un ex-lutteur qui dirige à soixante douze ans un gymnase, le Fireman's Gym.

Autres compagnons de Marvin, Pete, un ancien boxeur complètement déglingué par les coups et Leroy, un jeune hébergé depuis quelques semaines qui lui aussi voudrait tâter de la boxe.

Marvin a appris à se servir de ses bras et de ses mains, et il exhibe sa force musculaire dans de petits cabarets et autres patronages. Il est capable de se tenir en équilibre sur une main, sur un doigt et de faire la toupie. Dans cette ambiance macho et quelques peu déglinguée, Marvin possède son jardin secret. Il s'agit de la belle Hester dont les cuisses font rêver notre adolescent infirme mais viril.

Hester s'impose dans la petite communauté et Al, pourtant réticent à toute intrusion féminine, se laisse subjuguer par la belle enjôleuse. Elle régente la cuisine, organise le gymnase et insuffle une nouvelle jeunesse à Al qui s'entraîne en rêvant de redevenir le lutteur qu'il était. Elle débusque l'air de rien de petits secrets dans le passé de Al. Comment celui a failli, par exemple mourir, écrasé par une voiture lors d'une exhibition. Mais elle sait si bien s'y prendre qu'Al ne s'en offusque pas. Toutefois elle attise la jalousie de Marvin en revoyant de temps en temps Aristote, un bellâtre, voyou de peu d'envergure. Il assiste même à leurs ébats amoureux dans le bateau du petit truand et il passe sa rage en réalisant des tours de force en public.

Un combat opposant Leroy et un vieux routier est organisé mais le jeune boxeur est trop tendre. Il perd son match, complètement amoché. Hester joue les provocatrices auprès des quatre hommes, mais de façon naïve. Al reprend l'entrainement, tordant des tire-fond entre ses dents, comme au bon temps de sa jeunesse. Aristote lui aussi nargue Marvin, venant se faire masser dans le gymnase, et Marvin ne peut s'empêcher de lui réserver des tours à sa façon.

 

Si le roman s'achève sur une note pathétique, tout le reste du livre n'est que dérision et humour. L'infortune d'handicapés auditifs ou vocaux, liée à celle morphologique de Marvin ou mentale de ses amis, pourrait n'être que de l'humour noir déplacé si justement Harry Crews n'avait pas voulu sombrer dans le misérabilisme à outrance et montrer que même diminués physiquement et à force de volonté, on peut toujours dans la vie trouver sa voie.

La description d'une communauté diminuée n'entame en rien la bonne humeur des protagonistes. Et ceux qui ont tendance à se plaindre pour de petits pets de travers devraient y puiser une morale.

 

Un jour, je trouverai quelqu’un qui m’aimera suffisamment pour me tuer. Et un jour, je trouverai quelqu’un que j’admire suffisamment pour le forcer à le faire.

Harry CREWS: La malédiction du gitan.

Harry CREWS: La malédiction du gitan. (The gypsy's curse -1974. Traduction de Philippe Garnier). Collection La Noire. Editions Gallimard. Parution octobre 1993. 240 pages. Réédition Collection Folio Policier N°80. Parution mai 2010. 7,00€.

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 14:29

Dans l'antre du rugby catalan !

Philippe WARD : Meurtre à Aimé-Giral.

Ce n'est pas pour effectuer des heures supplémentaires, mais bien parce qu'il travaille sur un dossier secret que Michel Albans reste tard le soir dans son bureau.

Il est le directeur financier adjoint de l'USAP, l'Union Sportive des Arlequins de Perpignan, et c'est un homme calme, rangé, célibataire, vivant chez sa mère. Alors qu'il planche sur son projet, regardant de temps à autre une photographie représentant deux sportifs portant fièrement le Boucler de Brennus, un trophée obtenu par le club pour la dernière fois en 1955, il entend des pas dans le couloir puis un intrus s'introduit dans la pièce. Il est déguisé en Arlequin, le visage grimé sang et or. Il tient un revolver. L'arme n'est pas factice, et Michel Albans décède.

 

Nuria Puigbert, la quarantaine, veuve, mère d'un garçon de quinze ans, lieutenant de police à Perpignan, est confrontée à quelques crânes découverts dans un champ par un jardinier. Mais le commissaire Dounyach préfère qu'elle se penche sur le meurtre d'Albans, pour une bonne, ou mauvaise raison. Et peut-être que la résolution de cette affaire pourrait lui permettre d'accéder, enfin, au grade de capitaine, car malgré ses années de présence dans la capitale et ses bonnes notes, elle stagne dans la hiérarchie. Et comme en province, il est plus difficile de se faire remarquer...

Donc si Dounyach lui confie cette enquête, c'est parce que son père est le président du clubs de supporters le plus influent, et parce que son fils à quinze ans est un joueur prometteur. Et donc qu'elle pourra s'introduire plus facilement auprès des dirigeants et des joueurs, poser ses questions, analyser les réponses.

Elle se focalise autour du travail effectué au sein du club par le défunt, mais rencontre également quelques personnes dont sa mère, véritable castratrice, qui ne semble pas affectée par la disparition de son fils unique. Son mari l'a abandonnée alors que Michel Albans n'avait que trois ans pour suivre une femme jusqu'en Argentine, ne lui donnant pas de nouvelles. Elle a dû élever seule son gamin qui à un peu plus de quarante ans était toujours dépendant. Elle l'avait brimér dans son parcours sportif et après avoir travaillé à gauche et à droite, il avait eu l'opportunité de devenir adjoint au directeur financier, n'encourant aucun reproche. Mais il ne découche jamais, respectant lors de ses rares sorties l'heure de minuit, voire une heure du matin, n'ayant aucune relation féminine.

Mais des rumeurs, de toutes petites rumeurs de celles que l'on échange entre deux placards en faisant bien attention à ce que personne écoute, font état d'une homosexualité. Personne n'a de preuves, mais quand même. Il aurait été vu à plusieurs reprises, depuis peu de temps, dans un gai bar gay, dans une localité près de Perpignan.

Une troisième possibilité s'offre à Nuria lorsqu'elle découvre le dossier établi par Michel Albans et qu'elle confie le tout à un expert financier de la police.

Une plongée romanesque dans l'univers rugbystique, voici ce que nous propose Philippe Ward, qui anticipait allègrement la fin de saison 2005-2006 du championnat.

Amoureux du jeu à l'ancienne, alors que les joueurs, les clubs évoluaient sous un régime d'Amateurs, il dénonce sans le dire, sans l'avouer le professionnalisme malsain qui gangrène le sport en général, l'argent régissant tout, occultant justement l'aspect sportif.

Mais il évoque également les drames familiaux, les interférences sexuelles, sans s'appesantir, avec pudeur. Nuria en femme volontaire qui vit seule avec son fils, promis à un bel avenir, songe justement à son devenir, aussi bien en tant que joueur mais surtout à ses études. Peut-il concilier les deux. Evidemment son père est pour, l'entraîneur de Jordi également, même le patron du club. Et c'est dans cette ambiance vouée au ballon ovale qu'elle doit mener son enquête.

Il y a aussi l'histoire des crânes, mais elle n'en fait pas une prise de tête, même si son patron souhaite, espère, exige des résultats rapides. Et une autre affaire de vraies fausses carte d'identité universitaires s'immisce dans son quotidien et il est difficile de mener de front plusieurs affaires. Heureusement elle peut compter sur son collègue attitré, et sur l'entraîneur de Jordi, toujours présent lorsqu'un coup de blues la submerge, lorsqu'elle pense, souvent, à son époux défunt qui lui manque.

Philippe WARD : Meurtre à Aimé-Giral. Collection Les Polars Catalans. Editions Mare Nostrum. Parution juin 2006. 168 pages. 11,00€.

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 09:42
Jean Claude IZZO : Total Khéops.

Rien à voir avec le DJ du groupe IAM, quoi que...

Jean Claude IZZO : Total Khéops.

Au départ, ils étaient trois amis. D'enfance. Qui se sont connus brutalement, à cause d'une fille.

A l'arrivée il ne reste plus que Fabio, le flic. Et malgré le chemin différent qu'ils ont pris, l'un du côté de la loi, les deux autres vers les eaux fangeuses de la truanderie, reste l'amitié, même ci celle-ci est restée sous l'éteignoir durant quelques années. Le catalyseur s'appelle Lole, qui l'égérie de nos trois compères. Et c'est pour elle et pour Manu et Ugo que Fabio va s'atteler à une charge pour laquelle il n'est pas réellement conditionné.

Il ne fait pas partie de la gloriole des flics de la Crim. Ce n'est qu'un policier parmi tant d'autres, affecté à la Surveillance de Secteurs, et dont la mission est de faire régner l'ordre dans les banlieues. Et s'il est devenu fonctionnaire de police, c'est un peu à la suite d'un pari avec lui-même, d'une profession de foi. Avec Manu et Ugo, dans son adolescence, il pillait les tiroirs caisses des pharmaciens, une façon comme une autre de se faire de l'argent de poche, pour eux qui étaient démunis. A la suite d'une bavure, il s'était promis que si la victime s'en sortait, il se faisait curé, dans le cas contraire il devenait flic. Le potard s'en était sorti, paralysé. C'est comme ça que l'avenir s'impose à vous.

Parallèlement aux meurtres de ses copains d'enfance, à trois mois d'intervalle, la fille d'un ressortissant algérien, pour qui il entretient un estime certaine, disparaît. Elle est retrouvée assassinée, violée. Ce n'est plus une affaire de flic mais une vengeance personnelle qui le conduit.

Dans la cité phocéenne, qui n'est pas celle décrite par Pagnol, loin de là, même si les relents de pastis et les odeurs du port traquent toujours les touristes, un homme va s'ériger contre les enquêteurs officiels et les truands qui mènent la danse. La Canebière n'est plus ce qu'elle était et c'est du côté des banlieues, de la zone, du béton, de la mixité des races qu'il faut s'investir.

 

Jean Claude Izzo, encore un nouveau à la Série Noire - qui depuis quelques temps reluque de plus en plus vers les auteurs francophones, ce qui en soit est porteur d'espoir pour nos écrivains en herbe - Jean Claude Izzo nous offre un roman à l'atmosphère goodisienne.

Un livre dans lequel l'enquête compte moins que la description des personnages qui y gravitent. Un témoignage sur l'évolution d'une cité qui n'est plus confinée à son port et à la sardine qui en a bouché l'entrée, mais à l'écoute de ceux qui au cours de leur migration espéraient y trouver un foyer et des jeunes veulent se faire entendre et reconnaître en tant qu'êtres humains.

Mon point faible étant la citation qui fait mouche, en voici une à se mettre sous la dent:

Les claques, c'est les carambars du pauvre.

Nouvelle édition février 2002. 288 pages. Parution février 2002.

Nouvelle édition février 2002. 288 pages. Parution février 2002.

Réédition Folio Policier N°194. Parution 21 février 2001. 352 pages. 8,00€.

Réédition Folio Policier N°194. Parution 21 février 2001. 352 pages. 8,00€.

Jean Claude IZZO : Total Khéops. Série Noire N° 2370. Première parution 1995. Diverses rééditions.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 12:54

Et tape, et tape avec tes battoirs,

et tape, et tape, tu dormiras mieux ce soir..

Jérémy BOUQUIN : No limit.

Une usine désaffectée transformée en salle de spectacle et Jane qui est là, concentrée, attendant dans sa bulle l'heure de se mettre en jambe.

Charlie a tout prévu, il veille à tout, véritable mère poule veillant sur Jane, vérifiant sa trousse de secours avec ses petites doses d'amphétamines, de cocaïne, et autres produits dopants, effectuant la mise en place.

L'heure approche, Jane commence à se dévêtir et à réciter ses gammes, dansant sur place, s'échauffant, s'étirant, tout un processus à respecter avant d'entrer en scène.

Combat dans cinq minutes !

Derniers préparatifs dont s'acquitte Charlie avec conscience. Jane est sérieusement amochée, côtes fêlées lors de son dernier combat, mains cassées, gonflées, bandées.

Malgré tous ses bobos, Jane est prête à combattre. Elle a la hargne, la haine, pourtant ce qui l'attend n'est pas une promenade de plaisir sur un ring.

Car Charlie, son entraîneur, préparateur physique, soigneur, est également recruteur pour Augusto. Et il recrute de tout, des professionnelles, des clochardes, des prostituées, des alcooliques, des droguées, des déprimées, toutes celles qui acceptent de s'affronter sur un ring qui n'est pas délimité, nues, sans observance de règles définies et précises de combat. Tout les coups sont permis, et parfois la mort est au rendez-vous.

Ce sont des tueuses ! Elles se font démonter le portrait pour le plus grand plaisir du public qui en redemande. Parbleu, s'il paie, le public n'est pas à leur place, il n'encaisse pas les coups le public. Des voyeurs vicieux qui peut-être rampent devant leurs femmes, la tête et le reste en berne. Et qui se complaisent dans ce jeu de massacre monté en toute illégalité. Et parmi les spectateurs qui se pressent pour ce genre de démonstration alliant le sexe et le combat, de nombreux bourgeois, des patrons, des cadres qui s'encanaillent et se rincent l'œil.

Mais c'est Jane qui est venue dans la salle de boxe de Charlie, c'est elle qui a voulu entrer dans son harem de "Girl's Fight", délibérément, en pleine conscience, peut-être avec une arrière-pensée.

 

Pire qu'un combat de coqs, cette forme de pugilat où tous les coups sont permis, même les plus bas, d'ailleurs ils sont fortement conseillés, ces rencontres laissent un goût amer. Et l'on se prend de pitié pour Jane qui ne veut pas plier, coucher les pouces. On encaisse en même temps qu'elle les horions distribués avec sauvagerie.

Jérémy Bouquin n'y va pas avec le dos de la cuiller, ce serait même plutôt avec une fourchette qu'il pique afin de faire mal. Pauvre clavier, il a dû en recevoir des coups lorsque l'auteur tapait son texte. Mais c'est le reflet d'une époque, il faut un exutoire pour compenser les coups de la vie.

Une nouvelle âpre, rude, violente et pourtant il se dégage comme une forme d'humanisme. Certes Charlie n'est pas présenté à son avantage, il possède plusieurs coups fourrés dans ses gants qui ne sont pas de velours. Aussi oublions-le et tournons nos regards vers Jane qui se livre à ce jeu de massacre pour une raison bien précise. Et ce n'est pas pour la gloriole.

La parabole de la violence qui insidieusement d'étend des banlieues jusqu'à la campagne, pour des doléances diverses, car la parole ne suffit plus pour revendiquer le besoin de s'exprimer et d'affirmer des positions que les manifestants jugent légitimes. Mais surtout la dénonciation de cet attrait malsain des voyeurs qui recherchent la violence par procuration via le cinéma, la télévision, les jeux vidéos et les exhibitions tarifées.

 

Jérémy BOUQUIN : No limit. Collection Noire Sœur. Editions Ska. 0,99€.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 09:35
Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier.

Moins discret que confidences sur l'oreiller...

Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier.

Un escalier, c’est un lieu de passage parfois bruyant, mais ce peut être aussi un endroit privilégié pour se raconter ses petites histoires, ses confidences, pour se débarrasser de ce qui depuis des mois vous turlupine et vous angoisse.

Une confession sur des marches d’un immeuble qui se dresse au milieu d’autres immeubles dans une cité ouvrière et banlieusarde.

Des marches qui conduisent aussi bien au Ciel qu’en Enfer. Sur ces marches, deux personnages, le narrateur et son confident qui pourrait tout aussi bien être vous que moi.

Dans cette cité Paradis, où il ne se passe jamais rien d’important, le locuteur traîne son ennui parmi les parallélépipèdes de béton, comme un retraité se laisse promener par son chien. Il fait partie du décor. Un jour une Lolita de quartier prénommée Catherine lui propose de vendre une radiocassette. Le lendemain, elle veut se débarrasser d’un magnétoscope. Notre conteur en mal d’épanchement la dirige vers un ami. Il n’a pas envie de se retrouver en fin de semaine à la tête d’un magasin d’électroménager.

Cependant ce manège l’intrigue et, n’ayant rien de mieux à faire, se met à épier les faits et gestes de cette adolescente qui brade à bon marché, croit-il, l’appartement familial. En réalité cette Lolita, qui s’envoie en l’air dans les ascenseurs, un lieu comme un autre pour atteindre le 7ème ciel, dirige une petite bande de cambrioleurs à la technique originale. Ils chapardent dans les maisons cossues afin d’épargner de l’argent pour un mythique voyage à Albuquerque, Mexique, ou à Charleville, Australie.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si quelques grains de sable matérialisés sous formes de cadavres, ne venaient enrayer cette belle mécanique.

 

Pascale Fonteneau, Bretonne d’origine et Belge d’adoption, nous conte dans ce qui fut son premier roman publié à la Série Noire, une histoire à la construction peu banale, presque théâtrale. Un dialogue entre le locuteur héros et son figurant second rôle dans un escalier confessionnal.

Malgré un léger ralentissement à mi-parcours, ce roman est mené à un rythme allègre. Un exercice de style confirmé dans son second roman Etat de lame.

 

Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier.

Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier. Série Noire N°2294. Parution avril 1992. 192 pages. Réédition collection Folio Policier N°151. Parution février 2000. 5,80€.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 12:25

Et dire qu’il y en a qui se ruinent en cures de

rajeunissement onéreuses !

Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil.

Le roman de cape et d’épée, fort prisé dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème, a connu quelques sursaut dans les années 1950-1970. Passé de mode pensions-nous. En réalité ce genre littéraire est toujours vivace, car parmi les romans policiers historiques, bon nombre de romans de cape et d’épée pourraient y être apparentés.

Ce genre que l’on pensait moribond vit de beaux jours, après avoir changé de peau, avoir mué, sous la plume de quelques auteurs qui savent transmettre la fougue des Dumas et consorts, se montrant leurs dignes fils spirituels tout en adoptant la rigueur historique.

Jean Contrucci abandonnant (momentanément ?) son journaliste marseillais émule de Rouletabille, campe un nouveau personnage que l’on aimerait retrouver dans d’autres aventures. Cela est-il prévu, je n’en sais rien pour le moment, mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et procédons à la présentation de ce héros.

Guillaume de Montmirail est venu à Marseille assister au départ de son frère aîné à bord d’une galère pour une traversée inaugurale qui doit l’emmener jusqu’en Syrie, à Tripoli. Pas comme galérien mais comme capitaine en second. Guillaume est âgé d’à peine vingt ans, et après bien des aléas, il envisage la vie avec sérénité. Dans les petites ruelles malfamées de la cité phocéenne, il avance tranquillement, imperturbable. Il ne connait pas la ville et est un peu perdu dans le dédale des venelles alors qu’il veut rejoindre sa chambre de location. Soudain il est agressé par quatre malandrins guidés par un chef portant masque d’Arlequin. Il se trouve en mauvaise posture, malgré ses qualités de bretteurs, lorsque surgit opportunément un marin qui se range à ses côtés. Les spadassins n’ont plus qu’à déserter l’arène. Toutefois Guillaume a été touché dans l’algarade.

Lou Rousset, de son vrai nom Jean-Baptiste Amourdedieu, patronyme à lui donné car c’est un enfant abandonné, lui propose de l’emmener chez son mentor Philippe d’Orseul. Celui-ci est négociant mais surtout il est dans les étoiles. Il passe ses nuits à contempler les astres, en astronome amateur mais avisé qu’il est. Lou Rousset et Guillaume sont accueillis par la fille de la maison, Constance, dix-sept printemps. Lou Rousset est inquiet, et demande à Constance si elle est réveillée. Au grand étonnement de Guillaume qui apprend bientôt que la jeune fille possède la particularité d’être somnambule. Après quelques soins, Guillaume fait la connaissance de l’astronome. Un lien de sympathie relie peu après toutes ces personnes. Toutes ? Pas tout à fait car entre Constance et Guillaume nait un autre sentiment, plus profond. Guillaume, s’il connait les choses de l’amour, il a eu les faveurs de quelques maitresses lors de son séjour à la cour, dont celles de Diane de Cabrières, une jeune courtisane et favorite intermédiaire du roi Louis XIV n’a point encore été transporté par ce noble sentiment.

Lou Rousset lui présente Piero Orsini, un corailleur, et tous deux lui font visiter le port et la ville. Seulement la cité est en effervescence. Les bourgeois et les simples citoyens sont mécontents. Un consul nommé par le roi doit remplacer l’actuel, un parachutage (le mot n’existait pas à l’époque, mais la façon de procéder était la même) ce qui énerve le bon peuple à la tête duquel s’élève Gaspard de Glandevès, sieur de Nozielles. Ce gentilhomme provençal, véritable hercule, devient rapidement le meneur de ce qui a été appelé la Fronde marseillaise. Lors des manifestations de rues, Guillaume et ses nouveaux amis participent activement à l’insurrection, surtout Lou Rousset et son compère. Pendant une de ces émeutes, alors qu’ils sont coincés dans la foule, Constance est enlevée. Commence alors pour Guillaume une course poursuite pour retrouver celle qu’il considère comme sa fiancée putative.

Constance a été emmenée par ses ravisseurs jusqu’en Camargue, enfermée dans une vieille bâtisse. Elle parvient à s’échapper, tuant au passage l’un de ceux qui l’ont enlevée grâce à un objet qu’elle s’est fabriqué dans sa geôle. On notera au passage que les bustiers qui comprimaient le torse des jeunes femmes afin de les rendre plus minces et leur poitrine plus avenante peuvent se révéler fort utile dans certains cas. Au cours de son échappée, elle s’évanouit et est récupérée par une troupe de saltimbanques. Seulement elle a perdu l’usage de la parole.

Pourquoi ces malandrins ont-ils tentés d’assassiner Guillaume, le pourchassant impitoyablement, perpétrant un enlèvement le touchant dans son cœur ? Le motif est à chercher dans son enfance lorsqu’il a assisté, alors qu’il n’avait que dix ans, à un assassinat au cours d’un carnaval dans les rues d’Aix. Or l’un des meurtriers avait perdu son masque au cours de l’échauffourée et Guillaume avait aperçu son visage.

 

De juin 1659 jusqu’en mars 1660, la ville de Marseille a effectivement vécu les événements décrits dans le roman. Jean Contrucci a inséré une histoire de cape et d’épée et d’amour dans un contexte historique avec verve et rigueur. L’on retrouve certains des thèmes chers aux romanciers qui œuvraient dans ce genre littéraire, avec l’origine d’une vengeance remontant à quelques années avant le début de l’intrigue décrite, les chevauchées épiques, l’enlèvement d’une jeune fille, des femmes fatales, les spadassins masqués, les multiples rebondissements inhérents à ce genre d’histoire, des chassés-croisés et des personnages qui interfèrent pour le plus grand bonheur des lecteurs. On pourra par exemple mettre en parallèle le sauvetage de Constance (tiens, comme le prénom de madame Bonacieux dans les Trois Mousquetaires de Dumas) puis son adoption par des saltimbanques, ce qui lui permet de voyager incognito et de participer comme artiste de cirque, tout comme le fait Scaramouche dans le roman éponyme de Rafael Sabatini.

 

Cette Fronde marseillaise est un épisode de l’histoire de France aujourd’hui oublié, occulté des manuels scolaires. Pourtant, que d’enseignements les hommes politiques pourraient en tirer.

A Guillaume de Montmirail qui s’exclame : Mais enfin monsieur, m’expliquerez-vous ce qui se passe dans cette ville étrange pour mettre les gens en pareilles transes ? C’est à n’y rien comprendre ! Pourquoi le peuple de Marseille veut-il chasser les consuls que le Roi lui a donnés ? N’œuvrent-ils pas pour le plus grand bien de la cité ?

Philippe d’Orseul répond : Sans doute, mais là n’est pas la question. Vous avez dit le mot : ces consuls, le Roi les a donnés aux Marseillais. Autrement dit, imposés. Ils ne les ont pas choisis. C’est là leur moindre défaut. Cela est reçu comme une atteinte aux franchises dont Marseille bénéficie depuis des siècles. Cette ville entend s’administrer comme bon lui semble, avec des gens du cru, exclusivement. Cet échange pourrait alimenter de nombreux débats dans la vie politique actuelle, alors que des instances parisiennes veulent imposer aux électeurs des têtes de liste dont ils n’ont que faire. Mais ceci nous entraîne hors sujet.

 

C’est cet harmonieux mélange entre réalité et fiction qui prédomine et qui entraine le lecteur dans des aventures dont le peuple marseillais est le héros malheureux, volant presque la vedette aux personnages imaginés pour la bonne cause et aux protagonistes réels indélicats. Pas tous quand même. Ils ne sont pas tous à plonger dans le même sac à rebuts. La grandeur d’âme côtoie la noirceur d’esprit. A noter la figure ambivalente de Mazarin qui est bibliophile, une qualité à lui accorder.

Une lecture qui m’a ramené plus de cinquante ans en arrière, lorsque je lisais assidûment les romans signés Dumas, Féval père et fils, encore Zevaco et leurs épigones.

Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil.

Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil. Première édition Editions Jean-Claude Lattès. Parution mars 2013. 448 pages. 17,50€. Réédition Le Livre de Poche. Parution 10 juin 2015. 504 pages. 7,60€.

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