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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 13:04

Un Simenon ? Mais si !

Christian BRULLS : Les pirates du Texas.

Dans un bar américain, près des Champs Elysées à Paris, un homme corpulent accompagné de sa fille bouscule un client accoudé au comptoir. Lorsqu'il sort des toilettes, à nouveau il le culbute et celui-ci ne peut plus faire l'ignorant. D'autant que le colosse l'apostrophe par son nom.

Ted Brown est un agent américain de la police spéciale pour la défense de la prohibition et il est aux basques de Bob Cummins, à la tête d'un important réseau de trafiquants d'alcool. Seulement, le hic (c'est le cas de le dire !) réside dans le fait que Ted Brown est amoureux de la fille de Cummins et qu'il n'est pas indifférent aux yeux de celle-ci. Mais ils ne sont pas à Galveston, haut lieu du trafic d'alcool, mais à Paris, et donc ils peuvent déguster ensemble un, voire plusieurs verres d'un breuvage interdit.

Cummins ne se prive pas d'offrir un cocktail bien tassé à Ted Brown puis de l'inviter à déjeuner en sa compagnie et celle de sa fille Winnie, qui n'est pas une oursonne. Il va même chercher à la cave, c'est un habitué des lieux, une bouteille poussiéreuse et verse généreusement le vin dans le godet de Ted Brown. Celui-ci s'assoupit peu après, il sombre même dans un profond endormissement.

Cummins se rend au Havre, toujours avec Winnie, où ils doivent embarquer à bord de l'Hidalgo, un cargo battant pavillon d'une nation sud-américaine et qui transporte pour quatorze millions de francs d'alcool. L'équipage est armé jusqu'aux dents, provenant de diverses nations mais ayant comme point commun d'être des malfrats. La destination du navire est inconnue et la cargaison sera débarquée en un endroit tenu secret afin que les autorités américaines, toujours sur la brèche, ne puissent pas l'arraisonner.

Seulement à bord se cache Ted Brown, qui méfiant, n'avait pas avalé la boisson proposée et avait rejoint le port normand à bord d'un avion. Ted Brown se cache dans un canot de sauvetage bâché et fait tout son possible pour ne pas être découvert. Il possède quelques tablettes de chocolat qu'il économise et passe son temps à regarder Winnie déambuler sur le pont, tout en restant soigneusement caché. Il récupère un journal américain qui allait tomber à l'eau et est fort étonné en découvrant un article consacré à Cummins, le fameux milliardaire qui effectue, selon le journaliste, une croisière le long des côtes de Floride. Bizarre. Comment se fait-il que Cummins soit en deux endroits en même temps ?

Un jour, alors qu'il veut écouter une conversation entre le capitaine du navire et Cummins, il bouge légèrement son embarcation qui émet un petit bruit. Il espère ne pas avoir éveillé la curiosité des deux hommes, mais ceux-ci continuent leur discussion comme si de rien n'était. De plus Ted Brown n'a rient entendu, étant placé trop loin.

Le soir, il reçoit la visite de Cummins, hilare, qui avait bien entendu le craquement. Le bootlegger lui propose de venir partager sa confortable cabine, et une fois installés, il lui tient un discours sur la force des bootleggers, environ vingt mille, et celle des policiers qui ne possèdent pas le nombre d'éléments susceptibles de les contrer, et surtout ne peuvent prendre d'initiatives sans en référer à leurs chefs et n'ont guère de moyens financiers pour mener à bien leur chasse. Il propose même à Ted Brown, son ennemi potentiel, dix mille dollars pour rejoindre leurs rangs et fermer les yeux. un marché que refuse bien évidemment le policier.

Le bâtiment approche des eaux du Texas, non loin de Galveston, et un petit rafiot embarque à son bord une partie du chargement. Le lendemain, même manège. Ted Brown sent que l'escale va bientôt se terminer et il se débarrasse de Cummings, saute par dessus bord et échappe de peu à de petits canots à moteur qui patrouillent, surveillant le bon déroulement des opérations. Blessé, il gagne le rivage et s'évanouit sur le sable. Lorsqu'il reprend connaissance, il est installé dans une chambre et une brave femme lui propose à manger répondant avec un accent allemand à quelques questions. Notamment qu'il a été sauvé par Le mari. Le mari, pas son mari...

Mais l'histoire continue et Ted Brown se demande s'il reverra Winnie et parviendra à mettre fin aux agissements des bootleggers, Cummings en tête. Un dilemme le ronge en même temps. Comment conquérir le cœur de la jeune fille, si ce n'est déjà fait, alors qu'il traque son père. Les embûches, les coups de feu, des empoignades, des journées passées en prison et bien d'autres péripéties attendent Ted Brown jusqu'au mot Fin.

 

Sous l'alias de Christian Brulls, Georges Simenon peaufine sa plume et ses intrigues, tout en songeant sérieusement aux premiers Maigret via des romans dans lesquels il ébauche celui qui deviendra le policier le plus célèbre de France, et en entamant le cycle de ses romans noirs, ou durs, sous son véritable patronyme. En cette fin de décennie, il produit beaucoup, des romans d'aventures ou sentimentaux, chez Ferenczi, Tallandier, des éditeurs populaires.

Ce roman dans lequel résonne le souffle de l'aventure avec un côté sentimental qui aurait pu cataloguer cette histoire dans les collections dédiées justement à ce genre de romans, possède les prémices de ce qui fera le succès par la suite de l'œuvre simenonienne, une marque de fabrique à nulle autre pareille. L'intrigue est simple sans être simpliste et Simenon commence à fouiller la psychologie des personnages et introduit dans certaines scènes le côté intimiste de ses grands romans comme La maison du canal, Betty, La neige était sale, La fuite de Monsieur Monde, La neige était sale, Les inconnus dans la main, Feux rouges, La vieille et bien entendu Trois chambres à Manhattan.

Une curiosité à ne pas dédaigner et qui possède l'avantage de transporter le lecteur de l'époque dans un univers qu'il connait peu, celui des trafiquants lors de la Prohibition. Depuis de nombreux auteurs, Américains plus particulièrement ont traité abondamment de ce sujet, mais le charme de Simenon opère toujours et le roman n'a guère vieilli. Et l'alcool s'est bonifié.

C'est une remarque que chacun a fait cent fois dans son existence, que la vie est beaucoup plus romanesque que les plus romanesques des romans.

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Christian BRULLS : Les pirates du Texas. Collection Les introuvables de Georges Simenon. Presses de la Cité. Parution novembre 1980. 196 pages.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 08:22
Jean-Bernard POUY : Suzanne et les ringards.

Elle n'a que l'embarras du choix !

Jean-Bernard POUY : Suzanne et les ringards.

Jean-Bernard Pouy se déchaîne dans la poésie, le plaisir d’écrire supplantant parfois l'histoire.

Pourtant en refermant le livre on s’aperçoit qu'il renferme une histoire et que si divagation il y a, elle est fort bien orchestrée.

Poésie et absurdité se mélangent; poésie de l'imaginaire et absurdité de la réalité. Imbrication d'un mythe et de l'envers d'un décor que peu de personnes connaissent.

 

Le personnage central, chauffeur et garde du corps d’un groupe rock est déjà à lui tout seul un poème, haut en couleur, ne serait-ce que physiquement. Les musiciens de ce groupe, pour s'éclater et s’affirmer ont besoin de drogue et de femmes. Soit l'une soit l’autre, soit les deux, et lorsque le drame éclate, le meurtre d’une groupie, Dumbo, surnom irrévérencieux donné à notre héros, Dumbo aura toutes les peines du monde à comprendre les raisons de cet accident.

Il se trouvera mêlé, à son corps défendant, à une sombre machination cinématographique.

Une histoire en deux temps se recoupant dans les coulisses d'un monde souvent exploité mais jamais d’une façon si humaine.

Jean-Bernard Pouy a écrit un polar certes, mais surtout il s'est ingénié à décrire une tranche de vie et si beaucoup d'amour se dégage de ce roman, cela reste un polar et non une bluette à l'eau de rose.

Réédition Folio Policier N°184. Parution novembre 2000. 192 pages. 5,80€.

Réédition Folio Policier N°184. Parution novembre 2000. 192 pages. 5,80€.

Jean-Bernard POUY : Suzanne et les ringards. Série Noire N°2013. Parution juillet 1985. 192 pages.

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 13:11

Tous les trains mènent en Allemagne....

Maurice GOUIRAN : Train Bleu, train Noir.

Marseille, 23 janvier 1943 : le quartier du vieux port de Marseille est investi par les policiers français fidèles collaborateurs officiels de l’armée allemande, une opération surveillée par les SS.

Théoriquement cette intervention musclée et nocturne était destinée à procéder à l’arrestation des truands locaux, caïds de la pègre notoirement connus, mais les membres du Service d’Ordre Légionnaire, qui deviendra la Milice, et les GMR encadrés par les SS, forcent une à une les portes des maisons, des immeubles et arrêtent tout le monde, Juifs principalement, mais ne s’embarrassant pas de détails, et embarquent leurs proies sans distinction, sans ménagement.

Les malheureuses victimes de la rafle seront dirigées à la gare d’Arenc, puis vers Compiègne, ou vers Fréjus, en attendant mieux, ou pire. Parmi les milliers de personnes arrêtées, Robert qui n’a plus de nouvelles de sa femme et de sa fille et Michel accompagné de sa mère. Georges lui a réussi à échapper à la nasse tendu par les policiers français en se cachant dans un placard. Fourrant une valise quelques affaires et l’argent économisé par son père. Mais il est pris lors d’un coup de filet et évite d’être embarqué dans le train maudit en soudoyant un policier. Son nom est biffé et ce seront deux autres personnes qui seront emmenées en captivité. Si Robert est dans la fleur de l’âge, à peine la trentaine, Michel et Georges ne sont encore que des gamins. Robert et Michel et une centaine d’autres sont parqués dans un wagon, l’un des nombreux wagons qui constituent le train noir.

Au cours du voyage, Michel et un autre enfant, aidés par Robert, parviennent à s’échapper en se faufilant par un orifice et rentrent à Marseille à pied. Robert lui sera consigné, anonyme parmi les anonymes, à Royallieu près de Compiègne puis direction le camp de Sobibor. Un camp qui n’était pas de concentration mais d’extermination.

 

50 ans plus tard, le 25 mai 1993, Robert, Michel et Georges prennent le train bleu en compagnie de milliers de supporters de l’O.M., direction Munich, afin d’assister à la finale de la Coupe de football contre le Milan AC. L’atmosphère n’est plus la même. Ça crie, ça hurle, ça chante, c’est la liesse générale, c’est la fête. Les conditions du voyage non plus. Ils ont droit à une couchette et à des provisions. Celles-ci sont cachées dans les toilettes, derrière une plaque de tôle qu’il suffit de dévisser pour les récupérer. Trois P38 qu’ils pourront récupérer, sans inquiétude, à la fin de leur voyage. Car leur but, ce n’est pas la finale, mais la rencontre avec un personnage du nom de Horst, un nom et un visage gravés à jamais dans leurs souvenirs.

 

Les dérives de la Seconde Guerre Mondiale, ces faits passés sous silence ou évoqués avec parcimonie parce que honteux, alimentent depuis quelques décennies les romans noirs car ils est juste, légitime, obligatoire de démontrer les travers d’une frange de la société, affiliée aux idéologies nazies.

Mais Maurice Gouiran, en humaniste lucide, ne s’en tient pas à ce simple bilan, à ce regard porté en arrière, à constater. Il nous propose de mettre en parallèle, comme les protagonistes de sa fiction, deux époques distantes d’un demi-siècle et plus. Un parallèle édifiant. Tout un quartier du vieux port fut démoli, rasé, sous prétexte de purification, d’un nettoyage visant le grand banditisme, un leurre. Comme il se plait à le noter, aujourd’hui on parle de « karchérisation ». Mais derrière ces démolitions à la dynamite, se profilaient les profiteurs immobiliers, français. Des actes qu’il était de bonne guerre d’imputer aux Nazis, cela arrangeait tout le monde, surtout à la Libération.

Maurice Gouiran décrit également les affres des prisonniers dans leur périple, l’angoisse, la fatigue, la faim, l’horreur, ressenties par ces hommes et ces femmes parqués pis que des animaux.

Un roman fort, un roman juste, qui devrait être étudié dans les écoles, et servir de base à des sujets de philo. Et qui devrait être lu aussi par les hommes politiques, lesquels réfléchiraient peut-être (mais est-ce trop leur demander ?) avant de faire des déclarations fracassantes, malvenues, démagogiques, ou énoncer un bon mot pour amuser la galerie, juste pour gagner des électeurs. Et nous en avons malheureusement des preuves quotidiennes proférées par des personnages dont il serait malvenu de citer les noms, ce serait leur faire de la publicité.

A noter ces quelques réflexions pleines de bon sens

Les vaincus n’ont pas besoin d’avoir une histoire, les vainqueurs leur impose toujours la leur.

Quand on voit le fanatisme et la haine que peut déclencher un simple match de foot, on ne s’étonne plus de la stupidité et de la cruauté des guerres.

Maurice GOUIRAN : Train Bleu, train Noir. Collection Polar Jigal Poche; Editions Jigal. Réimpression septembre 2015. 248 pages. 9,50€.

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 12:46
David GOODIS : Tirez sur le pianiste

Et dire qu'il parait que la musique adoucit les mœurs !

David GOODIS : Tirez sur le pianiste

Poursuivi par des truands, Turley se réfugie dans un bar dans lequel son frère Eddie, qu’il n’a pas vu depuis sept ans, joue du piano.

Grâce à la complicité de celui-ci, il arrive à fausser compagnie à ses poursuivants. A la fin de la soirée, Eddie, complètement fauché paye avec ses derniers cents un repas à Léna la serveuse.

Rentré dans sa chambre glacée, il reçoit la visite amicale de Clarisse, une prostituée au grand cœur qui vit dans le même immeuble que lui. Le lendemain il repère la voiture des truands toujours à la recherche de son frère. Deux hommes l’abordent dans la rue et l’obligent à monter dans le véhicule ainsi que Léna qui passait par hasard.

A un carrefour, Léna et Eddie parviennent à fausser compagnie à leurs ravisseurs. La serveuse aimerait connaître les raisons de cet enlèvement et devant les réticences de son compagnon l’appelle par son nom : Edward Webster Lynn. Le pianiste qui croyait avoir su préserver son identité revoit en pensée son enfance et tout ce qui l’a conduit à sa déchéance actuelle.

 

Tirez sur le pianiste est le roman type de l’univers goodisien : la déchéance physique et morale d’un homme qui grâce à une femme essaiera de sortir du cloaque dans lequel il s’enfonce, mais retombe dans la fange à cause de son passé.

Le désespoir est toujours au bout du voyage, même si certaines lueurs laissent supposer un épilogue optimiste.

Ce roman a été adapté au cinéma par François Truffaut en 1960 avec pour interprètes principaux l’étonnant Charles Aznavour, les magnifiques Marie Dubois et Michèle Mercier.

David Goodis, écrivain mythique longtemps méconnu a obtenu une certaine notoriété en France non pas grâce à son talent mais par le biais des adaptations de ses œuvres au cinéma comme La lune dans le caniveau par Jean-Jacques Beneix avec Gérard Depardieu et Nastassja Kinski, Rue Barbare (adapté de son roman éponyme également titré Epaves) par Gilles Béhat avec Bernard Giraudeau et Bernard-Pierre Donadieu ou encore Descente aux enfers de Francis Girod avec Claude Brasseur et Sophie Marceau.

Maintenant, à trente-deux ans, elle était toujours acrobate, mais pas sur scène. ça se passait à l'horizontale, sur un matelas, moyennant la somme de trois dollars la performance.

Collection Carré Noir N°85. Octobre 1972.

Collection Carré Noir N°85. Octobre 1972.

Collection Folio N°2375. Mai 1992.

Collection Folio N°2375. Mai 1992.

Collection Folio Policier N°224. Septembre 2001. 3,00€.

Collection Folio Policier N°224. Septembre 2001. 3,00€.

David GOODIS : Tirez sur le pianiste (Down there - 1956. Traduction de Chantal Wourgaft). Série Noire N°379. Parution juillet 1957. Réimpression mai 1996.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 13:20

Un manuscrit retrouvé dans une bibliothèque de l'Université de Yale, ça fait désordre non ?

Nicholas MEYER : Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra.

Ayant quitté Londres pour se consacrer à sa nouvelle passion l'apiculture, Sherlock reçoit de temps à autre la visite de son ami Watson. L'amitié qui lie les deux hommes n'empêche pas Watson de tarabuster le détective à la retraite. D'autant qu'il n'apprécie guère que des contradictions ou des imprécisions figurant dans la rédaction de leurs aventures fassent l'objet de moqueries. Ceci est surtout flagrant durant la période 1891/1894 et Watson désire ardemment savoir quelles furent les occupations de Sherlock à ce moment charnière et nébuleux du détective.

Alors Sherlock consent à lui narrer une de ses péripéties, celle qui s'est déroulée à Paris après son passage à Milan. Muni de faux papiers établis au nom d'Erik Sigerson, citoyen d'Oslo, Sherlock s'établit donc dans la capitale française et afin de subsister il s'installe comme professeur de violon. Au grand dam de ses voisins et colocataires.

Il se promène également dans le Paris en transformation, et un soir il décide de se rendre au Palais Garnier afin d'assister à une représentation du Prophète de Meyerbeer, quoiqu'il n'apprécie pas vraiment ce compositeur. Mais il tombe sous le charme de la jeune soprano Christine Daaé, et surtout de sa voix.

En sortant de l'édifice, il est témoin d'un incident provoqué par l'un des violoniste de l'orchestre. L'homme très remonté vitupère contre les agissements d'un supposé fantôme et déclare donner sa démission. Sherlock pense alors qu'il pourrait sacrifier à sa passion, le violon, tout en étant rémunéré. Il s'inscrit au concours d'entrée mais les candidats ne manquent pas. L'audition s'effectue à l'aveugle. Trois jurés sont attablés mais ce ne sont pas eux qui décident. Un homme à la voix bourrue se cache derrière un paravent, et c'est lui qui procède à l'engagement. Le talent de Sherlock s'exprime de façon fort honorable et l'homme lui signifie son embauche. Il s'agit de Gaston Leroux, le directeur musical de l'Opéra de Paris.

Son engagement signé, Sherlock participe aux répétitions et s'entretient avec ses voisins de pupitre lesquels certifient la présence d'un fantôme. Ce ne sont pas les seuls à l'affirmer car les petits rats du corps de ballets sont toutes énamourées rien que d'en parler, et la direction confirme cette présence qui ne semble pas les gêner. Certains entendent des voix tandis que des événements étranges se produisent, des accidents surviennent. Sherlock discute, converse, papote avec les uns et les autres, le régisseur, les machinistes, les musiciens, les danseuses et les chanteuses...

Sherlock remarque qu'une loge, la numéro 5, est souvent vide. Elle serait louée à l'année, selon son nouvel ami le violoniste Ponelle, par le fantôme. Une surprise de taille attend Sherlock. La cantatrice Emma Calvé étant indisponible suite à un malaise, son rôle est repris au pied levé par La Femme, Irène Adler en personne ! Ceci est confirmé par le maître, Gaston Leroux.

Le chef-machiniste, Busquet, est retrouvé pendu. Enfin presque. Ce qui est sûr c'est qu'il est mort de la suite d'une pendaison. Car un bout de corde s'est volatilisé, et Sherlock sent renaître en lui le démon de la détection. Or Busquet était amoureux de la belle et jeune Christine Daaé laquelle est également courtisée par un vicomte. Un des nombreux points à éclaircir pour Sherlock qui s'attelle à une enquête surprenante ne manquant pas de péripéties.

 

Nicholas Meyer nous entraîne dans une intrigue aux nombreux clins d'œil et truffée de références. Outre l'enquête, c'est un voyage dans les arcanes de l'Opéra Garnier qu'il nous propose avec virtuosité. Les parties visibles par tous mais également les coulisses, les sous-sols, le réservoir ou lac intérieur, sont décrits avec recherche mais sans que le lecteur se sente en train de lire une brochure d'architecte. D'ailleurs des plans dus à Garnier et à l'un de ses adjoints sont au cœur de l'action, car ils se révèlent indispensables à Sherlock lors de son enquête.

Le mystère rôde et Sherlock Holmes va se trouver à plusieurs reprises dans des situations périlleuses. Par exemple l'épisode renversant et détonnant avec le lustre de cristal. Mais les scènes d'action, d'émotion, de réflexion, entrecoupées de la petite histoire du Palais Garnier et des innovations dont il fut l'objet, des modifications du quartier et des nombreux accidents qui s'y sont déroulés, s'enchaînent avec bonheur, sans répit.

L'auteur lui-même, afin de mieux perturber le lecteur, s'amuse à écrire des approximations, des erreurs, dans le texte, qu'il corrige par la suite sous forme de notes. Ce qui donne un sentiment de véracité quand à la découverte d'un manuscrit inédit.

Le souffle des grands romanciers populaires anime Nicholas Meyer qui nous livre un roman épique, pur moment de plaisir.

Première édition Editions de l'Archipel 1995.

Première édition Editions de l'Archipel 1995.

Nicholas MEYER : Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra. D'après les mémoires du Dr John Watson. (The Canary trainer - 1993. Traduction de Pierre Charras). Réédition Archipoche N°122. Parution janvier 2010. 256 pages. 6,50€.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 08:28
Hervé LE CORRE : La douleur des morts.

Lorsque le Minitel rose remplaçait les souteneurs...

Hervé LE CORRE : La douleur des morts.

Ce roman date de 1990, et bien évidemment les technologies ont beaucoup évoluées. Mais ce n'est pas pour autant que le roman a vieilli.

Il fallait s'y attendre ! Le minitel, source de renseignements précieux pour utilisateurs sérieux, sait se transformer lorsque le besoin s'en fait sentir en lupanar rose et cercueil noir.

Le frotti-frotta des dancings du samedi soir, le clin d'œil aguicheur, la mèche rebelle et le bouquet de fleurs trempant dans un verre de whisky, démodés tout cela. Maintenant la drague s'effectue par clavier interposé. Fantasmes en tous genres, anonymat garanti.

Un univers que ne soupçonnait pas Louis Lorenzo, employé aux impôts à Bordeaux, et qu'il découvre avec horreur, consternation, colère et révolte lors de la mort assassine de sa fille.

Une enfant de plus de vingt ans qu'il rencontrait épisodiquement, qu'il ne connaissait pas vraiment, et qui n'était plus tout à fait celle qu'il croyait. Une déception et une rogne incontrôlable minent cet homme près de la retraite. Et peut-on se fier vraiment à la police, peut-on dévoiler au grand jour des faits inavouables, des secrets sur la turpitude d'une enfant trop vite grandie et peut-être pas assez aimée.

Non, le tueur, le sadique, c'est lui, Louis Lorenzo, qui va le traquer dans les arcanes d'un 36-15 lubrique. Sa vengeance, elle lui appartient, et les flics, qu'ils aillent chercher ailleurs, mais sans lui.

 

Premier roman d'Hervé Le Corre, La douleur des morts serait une réussite s'il n'y avait pas certains dérapages, certaines petites outrances qui font désordre comme des chiures de diptères sur une glace récemment nettoyée. Mais ce n'est que mon avis que je partage avec moi-même.

Le personnage de Louis Lorenzo est attachant, lui qui se découvre père, plus après la mort de sa fille qu'avant, quand elle était vivante. Réagirions-nous si nous étions à la place de ce brave homme, de la manière qu'il le fait, c'est à dire mener son enquête en solitaire et dissimulant certains faits, certaines preuves matérielles à la police ? Peut-être sachant que chacun de nous en face de la loi est un coupable en puissance, ou se conduit, réagit comme tel. Pourtant il faut une sacrée dose de courage pour ne pas abandonner en cours de route.

Un roman noir digne des maîtres américains, orfèvres en la matière, et qui s'inscrit en tant que tel dans la lignée de la Série Noire, renouvelant le genre tout en en gardant les principes. L'homme solitaire face à un destin en trompe-l'œil, face à l'adversité et à la manipulation, et qui se surpasse, confronté à une situation révoltante qui le met directement en cause.

 

Hervé LE CORRE : La douleur des morts. Série Noire N°2231. Parution mai 1990. 224 pages.

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 15:40

Chez Baleine, il n'y a pas que des Poulpes...

Rémy GALLART & Roland C. WAGNER : Le pacte des esclavagistes.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas MACNO, sachez que l’action se passe en 2064, et que MACNO alias Magasin des Armes, Cycles et Narrations Obliques est une entité sans véritable identité, dont l’essence est puisée dans un ordinateur superpuissant et qui se comporte en redresseur de torts.

Bon, je schématise, mais comme de toute façon c’est de la fiction, ce n’est pas la peine de s’étendre et de sodomiser les diptères en vol.

En cette année 2064 donc, une nouvelle vague hippie déferle sur la planète, célébration du Summer of love, et dont les membres sont les Mysthiques. Apparemment ils sont pacifiques comme leurs vénérables ancêtres, et seule la musique, les musiques, est leur arme.

Mais dans ce cas pourquoi les sociologues, les chercheurs qui tentent de résoudre le mystère de leur résurgence, de comprendre le pourquoi de leur présence, de leur prolifération, meurent dans des conditions bizarres, assassinés par des Kontrats qui théoriquement ne ratent jamais leur cible et propagent la mort à l’aide d’aragnelles, sorte de petites araignées ?

Bonne question mais si vous souhaitez connaître la réponse je vous engage à lire ce roman écrit en duo, qui ne possède pas le souffle, la démence, la démesure, la poésie, le style jubilatoire wagnérien de la série des Nouveaux Mystères de Paris, mais énonce toutefois des vérités premières telle que la diatribe contre l’Organisation Mondiale du Commerce (de la fiction vous dis-je !).

Les auteurs se sont fait plaisir, communions avec eux. Amen.

 

Rémi GALLARD & Roland C. WAGNER : Le pacte des esclavagistes. MACNO N°14. Editions Baleine. Parution janvier 2000. 168 pages. 8,00€.

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 07:49
Mark Richard ZUBRO : Le faubourg du crime

Les centres-villes ne sont pas épargnés non plus !

Mark Richard ZUBRO : Le faubourg du crime

Découvrir au petit matin le cadavre d'un collègue dans une classe qui bientôt sera envahie par les élèves, telle est la mauvaise surprise qui attend Tom Mason, professeur dans une université de la banlieue de Chicago.

Et ce n'est pas parce qu'il n'était pas aimé, aussi bien par les étudiants que par le corps enseignant, qu'il fallait supprimer Jim Evans.

Tom Mason qui, à juste titre, a peur de se voir accusé par la police, décide d'enquêter pour son propre compte en compagnie de son ami Scott Carpenter, célèbre joueur professionnel de base-ball.

Et ce que vont découvrir les deux amis n'est guère ragoutant. Entre masculin, prostitution d'enfants, trafic de films pornos.

Une enquête à mener avec doigté, car Tom Mason ne désire pas que son entourage découvre qu'il est homosexuel et qu'il passe le meilleur de son temps libre avec un sportif adulé des jeunes.

 

Sur l'homosexualité Joseph Hansen avait déjà écrit quelques bons romans, mais également d'autres auteurs. Je ne voudrais pas dire que ce roman est une innovation mais une pierre de plus apportée à l'édifice de la reconnaissance des joutes amoureuses masculines;

Un peu comme un plaidoyer tout en dénonçant les profiteurs, les maquereaux, les introvertis, et tous ceux qui utilisent le sexe et ses prétendues déviations à des fins mercantiles dégradantes.

Dommage que ce roman comptent quelques longueurs qui nuisent à l'intérêt de cet ouvrage, l'action policière se trouvant noyée, presque reléguée comme un prétexte, un alibi.

Mark Richard ZUBRO : Le faubourg du crime (A simple suburban murder - 1989. Traduction de Hugh Vier). Série Noire N°2234. Parution juin 1990. 288 pages. 7,80€.

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 14:22

Une dame qui a du chien...

Olivier THIEBAUT : Les pieds de la dame aux clebs.

Quoi de plus facile que d'accuser un clodo de la mort d'un enfant ?

C'est ce que font les policiers lorsqu'un ado est retrouvé mort dans la cour d'un immeuble à la porte duquel ronfle un clochard imbibé et inconscient. Mais pour Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, le présumé coupable ne peut avoir commis ce crime, d'abord parce que le SDF cuvait l'alcool qu'il s'était enfilé, ensuite, parce que s'il avait véritablement tué le môme, il ne serait pas resté sur les lieux du crime, et, dernière raison, il n'avait aucune raison valable pour se conduire ainsi.

Le Poulpe, lui aussi orphelin - ses parents sont morts dans un accident de voiture alors qu'il n'avait que cinq ans, et qu'il a eut la chance d'avoir été élevé par son oncle et sa tante qui tenaient une quincaillerie - Le Poulpe considère qu'il est de son devoir de retrouver le véritable meurtrier.

Le gamin vivait dans un foyer de la DASS, lieu dans lequel Lecouvreur se rend, rencontrant le directeur et une jeune fille, qui fut l'amie du défunt. Selon elle, l'adolescent aurait eu une conversation peu avant sa mort avec un journaliste. Au bout de quelques recherches, le Poulpe retrouve la trace du reporter, mais celui-ci est mort lui aussi. Etrange coïncidence. Un suicide pas très catholique.

 

L'enfance est le thème de prédilection d'Olivier Thiébaut qui dans ses romans impose à chaque fois un gamin comme le héros malheureux de ses livres.

Pourtant il réussit le tour de force de se renouveler à chacun de ses romans.

Dans cette aventure, malgré le sujet grave qu'il traite, Olivier Thiébaut insère un humour, noir évidemment, sans pour autant traiter l'histoire à la légère.

 

Olivier THIEBAUT : Les pieds de la dame aux clebs. Le Poulpe N°15. Editions Baleine. Parution le 15 octobre 1996. 156 pages. 8,00€.

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 08:53
Loren D. ESTLEMAN : La soutane en plomb

Attention au saturnisme...

Loren D. ESTLEMAN : La soutane en plomb

Qu'un religieux rende visite à une prostituée, cela peut se concevoir, se comprendre.

Il agit sûrement dans un but humanitaire, afin de permettre à la pécheresse de sortir de la fange dans laquelle elle s'enfonce inexorablement.

Mais que ce religieux décède dans la chambre de la belle de nuit, qui plus est dans les draps de celle-ci, cela prend des tournures sacrilèges. Surtout éviter le scandale.

Les voies du seigneur sont impénétrables, contrairement à celles de la jeune marchande de plaisir.

Ralph Poteet, détective privé, astucieux, rusé, porté sur la bouteille, toujours en manque de fonds, caricature de la profession, est réveillé à deux heures du matin par sa voisine qui vit de ses charmes, un curé ayant rendu le dernier souffle dans son lit. Pour une poignée de dollars Ralph accepte de l'aider à sortir de cette situation plutôt compromettante, aussi bine pour elle que pour l'évêché, et prévient les autorités compétentes en la matière, c'est à dire les représentants de... la religion.

Mais Ralph aurait mieux fait de faire la sourde oreille car l'appât du gain plus quelques indélicatesses, telle prendre en photo le religieux dans le lit de la belle, vont lui occasionner toutes sortes d'ennuis de la part de la police et de bras musclé de l'évêché, ennuis allant même jusqu'à la tentative de meurtre.

Il faudra tout le sens de la débrouillardise et son amour de la vie pour que Ralph Poteet mène à bien cette enquête dans laquelle l'humour et le talent de Loren D. Estleman s'expriment totalement, évitant le graveleux et le blasphématoire.

 

Loren D. ESTLEMAN : La soutane en plomb.(Peeper - 1989. Traduction de Rosine Fitzgerald). Série Noire N°2229. Parution mai 1990. 288 pages. 7,80€.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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