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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:14

Le parfum du roman noir américain !

Serge LAFOREST : Une poigne de fer.

A trente neuf ans, seize ans de service et trente-six enquêtes résolues à son actif, le lieutenant Sol Barker peut enfin espérer obtenir ses trois ficelles et devenir capitaine. Il est affecté dans un commissariat de Brownsville, et est célibataire depuis que sa jeune compagne Gail a déserté le foyer conjugal.

Elle était danseuse et n’a pas supporté les horaires de travail de Barker. Alors depuis seize mois, elle a repris sa liberté. Ce qui n’a pas empêché Sholto, dit Sol, Barker de s’intéresser à ses faits et gestes.

L’annonce que son dossier va enfin être déposé sur le bureau du maire, communication signifiée par son patron le commissaire Haraden, lui fait évidemment plaisir mais la nouvelle d’un meurtre vient gâcher l’avis de cette promotion, pas encore signée. Et ce meurtre a été signalé à l’adresse d’une certaine dame Namara, nouveau nom de Gail, née Owens mais ayant théoriquement gardé son nom d’épouse puisque le divorce n’a pas été prononcé entre eux.

Il s’agit d’un jeune gangster du nom de Buggsy Lazlo, qui avait fait ses armes avec Fredo le Sicilien puis, depuis que la bande avait été détruite, évoluait dans le sillage de Goldie Gaione. Sol, de la Brigade Criminelle, arrive sur place alors que deux policiers gardent l’entrée et interroge la femme de service qui était dans les escaliers. La concierge est toujours dans l’escalier ! Les ambulanciers partent avec le cadavre et Sol farfouille dans la pièce, retrouvant les objets et les vêtements chics de Gail. En sortant il se trouve nez à nez avec celle-ci.

Au début elle nie connaître Buggsy puis avoue qu’il la courtisait. Elle lui avait prêté une clé mais jure que jamais il n’a couché avec elle. Sol n’est pas convaincu par ses affirmations. Sol se rend ensuite chez Vito Lazlo, le frère de Buggsy, qui a quinze ans de plus que le défunt et qui tient un bar. Il lui annonce la mort violente de son frère, ce dont Vito n’est guère surpris, sachant les relations que celui-ci entretenait avec la pègre.

Dice Appledoe s’invite dans la pièce où se tient Vito, Sol s’étant caché derrière une porte. Appledoe est envoyé par Goldie Gaione pour que Vito lui refile un pourcentage sur ses recettes et fournit un endroit pour que le shylock, prêteur sur gages aux taux usuraires, puisse s’y installer. Vito refuse catégoriquement, ne mangeant pas de ce pain-là. C’est à ce moment que Sol se dévoile et embarque Appeldoe pour diverses infractions. Il demande au policier de garde de relâcher Appledoe au bout d’une heure.

Se faisant passer pour Bix Skouris, un concurrent de Goldie Gaione, il téléphone, d’un drugstore, au truand, l’informant qu’Appledoe aurait craché le morceau concernant Buggsy Lazlo. Car Sol est déterminé à donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Il veut monter l’un contre l’autre les deux truands, chefs de bandes rivales, mais le résultat n’est pas tout à fait conforme à ses prévisions.

Haraden l’informe que son dossier pour obtenir les trois ficelles a été mis à la poubelle. Le district attorney et le maire mangeant dans la main des truands. Sol pense que quelqu’un d’autre manipule les tygoons (gangsters).

 

Une poigne de fer, si ce roman était signé d’un pseudonyme américain et traduit par Serge Laforest, aurait très bien pu passer pour la traduction d’un livre en provenance d’Outre-Atlantique. On sent l’influence d’auteurs américains, dans le style de Bruno Fisher, de Day Keene et de quelques autres, de par le contexte. Et il ne faut pas oublier que Serge Laforest fut le premier auteur français publié dans la Série noire, sous le pseudonyme de Terry Stewart en 1948.

Il est étonnant qu’au départ Sholto Barker évolue à Brownsville puis au court du récit ce quartier ou cette ville devient tout simplement Brooklyn. Mais ce n’est qu’un détail, ce qui importe c’est le traitement de l’intrigue.

Un policier qui veut à tout prix, et par tous les moyens, se débarrasser de deux bandes de gangsters, mettant sa vie en jeu. Et le lecteur n’est pas étonné du résultat ni du nom de la personne qui tire les ficelles.

Un roman solide comme les écrivait Serge Laforest, et chez lui il n’y avait guère de déchet. Il fut l’un des piliers des collections Spécial Police et Espionnage jusqu’à son éviction ( ?) du Fleuve Noir en 1969.

 

Serge LAFOREST : Une poigne de fer. Collection Spécial Police N°60. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1954. 224 pages.

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 03:57

Une plongée dans le Paris des années 1950.

André HELENA : Le demi-sel.

Heureuse initiative que celle des éditions Fanval de rééditer l’un des romans composant la série « Les Compagnons du destin » d’André Héléna.

André Helena, un auteur peu ou mal connu, redécouvert cycliquement par des maisons d’édition qui ne mènent pas jusqu’au bout leur entreprise dont 10/18. Mais rééditer son œuvre, même partiellement, n’est que justice. Des romans qui malgré un petit air désuet n’ont pas pris une ride. Paradoxal ? Non.

Ceux qui n’ont pas connu ces endroits chauds que sont Pigalle, Barbès, La Goutte d’Or, n’ont pas connu Paris à la fin de la guerre, n’ont pas connu ces bouges avec les comptoirs en zinc, et la sciure sur le sol, ne peuvent pas se rendre compte de la force d’évocation des écrits d’Héléna. Si les mauvais garçons et les filles écument encore les trottoirs entre l’avenue de Clichy et Barbès, les lumières, les musiques, les devantures accrocheuses ne sont plus les mêmes et c’est le Paris d’aujourd’hui qui semble superficiel.

Les romans d’Héléna n’ont pas pris une ride car son écriture possède toujours cette force d’évocation, ce mélange acidulé de langue française et d’argot que l’on retrouve chez les grands anciens comme Francis Carco dans certains de ses romans. De même les histoires sont de tout temps. Cette mouise dans laquelle se débattent les acteurs des drames de la ville, cette déchéance dans laquelle ils sont aspirés comme dans des sables mouvants, cette misère qui s’accroche à leurs basques et avec laquelle ils s’habituent à vivre, tout cela existe encore.

Les demi-sels qui veulent se prendre pour des caïds ou qui sont jugés à tort comme tels, des victimes de la société, des autres, d’eux-mêmes ou du hasard qui complique toujours la vie.

Ce roman d’Héléna publié pour la première fois en 1952 retrouve une nouvelle jeunesse, et ce n’est que justice. Mais une fois de plus l’auteur, comme bien d’autres, ne jouira pas de ce regain d’intérêt porté à son œuvre car il est décédé en 1972. Restent ses compagnons de route, ses admirateurs, ses condisciples qui rendent hommage ici ou là à un romancier trop tôt disparu, dans l’indifférence générale et qui n’eut jamais de chance auprès des éditeurs ou alors trop tard.

Sans oublier qu’il fut spolié, réédité sous des noms d’emprunts pseudo-américains, ou obligé d’écrire à la va-vite chez des éditeurs plus ou moins véreux afin de gagner la pitance quotidienne. Et ceux qui aiment chiner dans les vide-greniers tenteront de retrouver ses romans parus dans la collection La Chouette sous le pseudonyme de Noël Vexin qui pour certains critiques sont des ouvrages mineurs, mais pour les nostalgiques des romans populaires des ouvrages dignes de figurer sur les étagères des bibliothèques populaires.

Réédition Collection Noir Rétro. Editions Plon. Parution septembre 2010. 220 pages.

Réédition Collection Noir Rétro. Editions Plon. Parution septembre 2010. 220 pages.

André HELENA : Le demi-sel. Les Compagnons du destin. Postface de Léo Malet. Collection Fanval Noir. Editions Fanval. Parution avril 1988. 192 pages.

ISBN : 9782869284074

 

 

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 04:24

Hommage à Jimi Hendrix décédé le 18 septembre 1970.

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix.

S’il existe un fan, gardien du temple de la mémoire de Jimi Hendrix, c’est bien Yazid.

Il lance des invitations, pour une soirée destinée à commémorer la disparition du guitariste légendaire, décédé le 18 septembre 1970. Il envoie des cartons à Noël Redding, Eric Burdon, Curtis Knight, Janis Joplin… Janis Joplin qui en apprenant le décès de Jimi, se jura de surveiller ses consommations de drogue et d’alcool, confiant à Mary Friedman, son amie et biographe : Je ne peux tout de même pas partir la même année que lui, vu qu’il est plus célèbre que moi. Elle décèdera le 4 octobre 1970 ! D’une overdose.

Né en 1965, Yazid est un petit gars de la banlieue parisienne et ses parents, originaires du Bénin, se sont séparés alors qu’il avait quinze ans. Il a touché du piano et autres bricoles, mais sans jamais vraiment s’y intéresser. Le déclic de sa passion pour Jimi Hendrix s’effectue en 1977, en regardant à la télévision Point chaud, une émission d’Albert Raisner, l’harmoniciste présentateur de l’émission culte Age tendre et tête de bois. L’annonce de Jimi Hendrix comme le plus grand guitariste du monde le laissa rêveur mais bien vite il fut conquis, et s’enticha de Jimi, se faisant offrir des disques, en parlant à ses amis, devenant peu à peu un inconditionnel. Une quête qu’il effectua comme s’il recherchait un assassin, la drogue.

A la suite d’un documentaire des Enfants du rock, en 1980, il se rend compte que l’entourage de Jimi est plus souvent accroché à l’argent qu’à la musique. Particulièrement Mike Jeffery, le manager escroc controversé de son idole, jusqu’à ce que le père, Al Hendrix, le chasse pour confier l’exploitation de l’héritage Hendrixien à l’avocat noir Leo Branton, lequel s’occupa aussi de Nat King Cole. Personnage sulfureux qui selon certaines personnes serait à l’origine de la mort par overdose de Jimi. Ce n’est pas pour autant que Yazid voue un culte particulier en collectionnant colifichets et autres bricoles témoins du fan obsessionnel, tout au moins au début.

Peu à peu l’âme de Jimi s’infiltre en lui. Il traine au New Morning, se met en relation avec d’autres fans dont Nona, une femme qui habite les Etats-Unis et avec laquelle il correspond longuement, et rêve de réaliser une soirée spéciale Jimi, un hommage gigantesque avec d’anciens musiciens et de nouveaux artistes dilettantes qui jouent du Hendrix pour le plaisir et par passion.

Il va concrétiser son rêve, organiser une soirée spéciale Jimi Hendrix à l’Olympia en septembre 1990, mythique scène parisienne sur laquelle son idole s’est produit par trois reprises. Son jour de gloire lorsqu’enfin il concrétise ce à quoi il aspire avec comme artistes Noel Redding, Eric Burdon, Randy California, Curtis Knight, et dans les coulisses Monika Dannemann, celle qui découvrit Jimi mort dans son lit et que beaucoup accusèrent de ne pas avoir alerté les urgences rapidement, ou même de l’avoir drogué, en lui faisant ingurgiter des somnifères. Bref de l’avoir laissé à son sort, des versions encouragées par sa rivale Kathy Etchingham, laquelle déclarait aimer Jimi mais ne se privait pas de le tromper lorsqu’il était absent et s’était mariée par ailleurs.

En narrant le parcours de Jimi Hendrix via celui plus sage de Yazid Manou, Stéphane Koechlin nous invite à pénétrer l’univers des adorateurs, des idolâtres même, du guitariste décédé à près de 28 ans, mort controversée, mais également à restituer aussi celui des musiciens qui ont gravité dans son sillage (et ses sillons).

Plus qu’une simple biographie, Blues pour Jimi Hendrix est un peu une poupée russe littéraire, colorée, pétillante, additionnée de nombreuses anecdotes et l’on entend presque les riffs de guitare que ceux qui ont assisté à un concert à l’Olympia le 18 octobre 1966 en première partie de Johnny Hallyday puis en vedette en 1967 s’en souviennent encore.

Et ceux qui comme moi n’ont pas eu le privilège de pouvoir s’acheter des places, Europe 1 était là pour suppléer et enregistrer les concerts, et l’émission Musicorama était fort prisée. J’aurais pu évoquer également les relations avec Eric Clapton, Chas Chandler (des Animals tout comme Eric Burdon), Mitch Mitchell, et combien d’autres qui apportèrent leurs pierres à son édifice musical, lui-même n’étant pas en reste de contributions.

J’aurais pu parler de son groupe le Jimi Hendrix Experience (qui ne vécu que quelques semaines) et d’Electric Ladyland, et de bien d’autres choses encore, mais je vous laisse le plaisir de découvrir ce superbe petit ouvrage signé par un connaisseur qui a baigné dans la musique dès sa plus tendre enfance, son père Philippe étant le cofondateur Rock & Folk

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix. Collection Castor Music. Editions du Castor Astral. Parution avril 2010. 200 pages.

ISBN : 9782859208202.

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 04:10

Quand on vous dit de ne pas laisser traîner vos déchets un peu partout !

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont.

Deux gamins découvrent un cadavre dans un square désert situé près du pont de Saint Nazaire, et il n’en faut pas plus pour que la grande maison, la Chancellerie, demande à Marie Lester de se rendre sur place afin d’enquêter sur ce meurtre apparemment banal.

Sauf que le cadavre lui n’est pas banal. L’ex juge Ménaudoux, le défunt, n’avait bonne presse aussi bien dans ses anciennes relations professionnelles que dans son voisinage. Un homme renfermé, qui avait côtoyé l’extrême-gauche et dont les jugements allaient à l’encontre de celle de la justice. Sa femme, acariâtre, n’est guère appréciée non plus. Tous les jours, à la même heure, il sortait son chien, effectuant le même parcours immuable. Le commissaire local et ses adjoints ont rapidement conclu à un crime de rôdeur. Quant au petit chien il gisait mort dans une mare, comme s’il avait reçu un coup de tatane mortel.

Pour Mary Lester, qui a été détachée de son commissariat de Quimper, tout est à reprendre de zéro. Son arrivée dans la cité portuaire, dans laquelle flotte encore l’ombre de Tintin, est entachée de quelques incidents. D’abord elle est accueillie par un gardien de la paix rébarbatif, puis comme elle est en retard, le commissaire est parti déjeuner. Tant pis, après son repas, elle retourne à son lieu d’affectation provisoire, et se fait remonter les bretelles car elle est élastique sur les horaires.

Seulement la belle et jeune officier de police n’est pas une personne à se laisser monter sur les pieds, et elle remet tout ce petit monde en place, sans s’énerver, ce qui énerve encore plus ses interlocuteurs. Elle prend une chambre puis se rend sur les lieux du drame à la recherche d’un indice omis par ses collègues. Bingo, elle trouve près d’un feu de camp un bout de papier. La notice d’emploi d’une pellicule photographique peu courante. Un premier indice important qu’elle recueille.

Elle revient sur place le lendemain matin, armée d’un appareil photo et d’une pellicule idoine en noir et blanc, et commence à prendre quelques clichés. Le manège de deux hommes autour d’une camionnette et d’une femme l’intriguent mais d’autre faits également. Elle s’inscrit dans le club-photo local afin de développer sa pellicule, se liant avec le responsable de l’association ainsi qu’avec d’autres membres de ce club. L’un des adjoints du commissaire reconnait sur l’une des photos un ancien rugbyman, une gloire qui était fort connue pour ses coups de poings, sur et en dehors des terrains et qui, en véritable brute, a eu maille à partir avec la justice. Devenu petit truand, il était arrivé à Saint-Nazaire incognito et totalement désargenté.

Or il circule des billets de deux cents francs reconstitués, laissant à penser qu’une moitié des billets avaient été donnés comme acompte, puis l’autre moitié lors de la réalisation du petit travail demandé.

 

Peu à peu Mary Lester remonte le fil de cette enquête linéaire, ce qui ne veut pas dire que les péripéties sont inexistantes, au contraire, pour arriver à une solution simple et subtile dans sa résolution, malgré les sarcasmes du commissaire local et de ses adjoints. Au début ils se gaussent d’elle mais bientôt ils sont obligés de rabattre leur caquet.

 

Si la trame de cette énigme n’est pas trop tarabiscotée, ce sont surtout l’humour qui se dégage principalement dans les dialogues, et les réflexions pleines de bon sens émises principalement par l’auteur qui priment et en donnent le sel.

Une lecture agréable qui ne s’embarrasse pas trop de digressions philosophiques de comptoir mais dont le contenu met le doigt parfois sur les travers de la société. Et Mary Lester possède une répartie que bon nombre de personnes aimeraient détenir face à leurs patrons, les remettant en place lors de leurs délires sans pour autant user de propos mal sonnants. L’art de la dialectique et de la rhétorique, le tout asséné avec un sourire plein de candeur mais efficace pour démonter les interlocuteurs.

 

De cette plate-forme elle avait une vue plongeante sur feu le magasin. Comme dans le bureau, il restait des ferrailles tordues, les squelettes métalliques de ces présentoirs appelés gondoles non par souci d’introduire un vocabulaire poétique dans cet univers de rentabilité à tout prix, mais, qui sait, pour signifier ironiquement au chaland qu’on le menait en bateau à grand renfort de promotions bidons et de faux prix coutants.

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont. Mary Lester 10. Editions du Palémon. Parution 2e trimestre 1997. 270 pages.

ISBN : 9782907572057

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 03:55

Alexandrie
Alexandra
Alexandrie où l'amour danse au fond des draps…

Francis CARCO : Palace Egypte.

Labellisé sobrement Roman, cet ouvrage est surtout un récit de voyage, une histoire d’amour et une autobiographie romancée.

Au moment où cette histoire débute, le narrateur, qui n’est autre que Francis Carco, est installé dans un vieil hôtel opulent et bourgeois du Caire. Son ami Poloche, guide dans le pays depuis dix-huit ans, l’informe qu’il a obtenu des prix au Sémiramis, un établissement plus sélect, et surtout la chambre qu’il a réservée est avec vue sur le Nil.

En investissant sa nouvelle chambre, l’auteur s’aperçoit que son balcon est mitoyen avec la chambre voisine. Une ravissante jeune femme blonde l’occupe et une autre femme qui se tient dans la rue l’appelle par le prénom de Naïla. Un bien joli prénom, Poloche précisant que Naïla veut dire Soupirante en arabe. N’écoutant que son courage, Francis s’avance et lorgne dans la pièce où évolue cette charmante personne. Elle ne s’offusque pas de cette curiosité déplacée, au contraire, cela l’amuse de même ainsi que la brune qui l’a rejointe.

Naïla partage son lit avec Freddy, mais, et cela Francis l’entend de sa chambre, les deux amants se disputent souvent, se réconciliant après, en personnes bien élevées. Francis est attiré par cette femme, et il fait la connaissance de Freddy, un individu qu’il n’apprécie pas plus que cela. Grâce à Naïla, le narrateur fera connaissance également de Yasmine, cette amie brune qui hélait de la rue sa copine. Deux inséparables et Francis se demande même si, des fois, afin de changer d’herbage, les deux amies ne batifoleraient pas du côté de Lesbos.

Yasmine est mariée et elle change souvent d’amant. Elle n’en est plus à compter ses aventures. Mais comme le déclare Freddy, On ne lui avait jamais connu deux amants à la fois. Francis est attiré par Naïla mais bientôt c’est Yasmine qui la supplante dans son cœur. Il est invité chez l’une ou chez l’autre, il visite la ville et surtout les quartiers chauds, en compagnie la plupart du temps de Naïla, puis il se rend à Louxor puis à Alexandrie, retrouvant Yasmine de plus en plus souvent.

 

L’auteur nous fait partager ses aventures amoureuses platoniques avec Naïla et Yasmine, ses élans, ses retenues, mais également jette un œil critique sur la société égyptienne et la condition féminine. Il évolue dans les milieux huppés, et reçoit les confidences de Naïla et Yasmine. Les femmes égyptiennes étouffent, et à Yasmine qui déclare à une plantureuse et jolie créature : Tu as de la chance, ton mari te laisse partir, celle-ci lui rétorque :

Eh bien rends-toi malade. Ce n’est pas sorcier. Veux-tu l’adresse de mon docteur ? il te donnera des gouttes ou une potion…

Naïla, qui les écoutait, me dit :

Entendez-les. Toutes ne pensent qu’à s’enfuir. Chaque année, vers la fin de l’hiver, elles s’arrangent avec des médecins qui prescrivent une cure à Vittel, Vichy ou Brides. C’est une comédie !

Mais pourquoi ce besoin de départ, Naïla ?

Pour être libres ! Vous ne savez pas ce que c’est… Ici aucune indépendance. Tout se sait immédiatement. A moins d’avoir le toupet de la princesse qui a loué, dans la maison de son coiffeur, une garçonnière…

 

Cet état de fait, depuis ne s’est pas amélioré, au contraire ! Mais restons dans le sujet, ce livre, qui traite également de la drogue. Ainsi Naïla, qui se promène en compagnie de Yasmine, déclare à Francis lors de la visite d’un quartier :

On passait autrefois de la drogue par ici.

Quelle drogue ?

Haschich, opium, héroïne, coco.

Et maintenant ?

Oh ! on en a toujours.

Naïla, objecta timidement Yasmine, qu’en sais-tu ?

Il suffit de lire les rapports de Russel Pacha. Ils sont édifiants. Ainsi les trafiquants plaçaient les tablettes de haschich sous les touffes de poils de chameaux, et ils fixaient ces touffes à l’aide d’un peu de glu, entre la bosse et le flanc de la bête.

Un peu plus loin, Naïla dévoile de quelle façon les mercantis débarquent leur drogue :

Ils recourent à diverses méthodes. Certains utilisent des suppositoires que se mettent des gamins, à bord, avant de descendre. D’autres fraudeurs se servaient des jarretelles que portaient des jeunes filles complices.

 

Un livre intéressant à plus d’un titre, loin de l’univers argotique et montmartrois de Jésus la Caille, le premier roman de Francis Carco publié en 1914, mais dans lequel on retrouve certains thèmes, comme la prostitution. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à Henry de Monfreid et à Joseph Kessel dans certains passages du livre.

Francis CARCO : Palace Egypte. Editions Albin Michel. Parution juillet 1933. 252 pages.

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 04:08

Faty, moins offensant que Le Gros ?

Frédéric FAJARDIE : Gentil, Faty !

La première fois que j’ai lu un roman de Fajardie, c’était en 1987. Pourquoi avais-je évité cet auteur, jusqu’alors ? Parce que les critiques négatives concernant l’auteur et sa production, et les quelques pages lues au détour d’un étalage chez les libraires ne m’avaient guère incité à mieux me pencher sur sa production.

Le déclic s’est effectué à la découverte d’Une charrette pleine d’étoiles paru chez Payot. L’occasion m’étant donnée de découvrir cette réédition d’un roman paru en 1981 dans la défunte collection Fayard Noir, j’ai abordé ce roman sans préjugé, sans parti pris, sans opinion préconçue, en ayant fait abstraction de tout ce que j’avais pu entendre ou lire auparavant concernant la production littéraire de Fajardie.

Et je dois avouer que Gentil, Faty ! m’a fait découvrir un univers fajardien glauque, triste, plein de détresse, et en même temps porteur d’espoir. Les personnages sont des marginaux malgré une certaine banalité environnante et enveloppante comme une gangue.

Prenons l’exemple du commissaire Stievet et de ses adjoints Kasbarian et Teissère. Stievet est intérieurement rongé par le Mal, pourtant l’enquête qui lui est confiée, qu’il dirige, il veut la mener au bout, malgré le peu de temps qui lui reste à vivre. Kasbarian, un inspecteur d’origine arménienne, et Teissère, inspecteur lui aussi qui ne manque pas d’asticoter son collègue pour des raisons personnelle mais obscures. Et Amar, l’Algérien, la cinquantaine triste et désabusée, témoin, désire garder l’incognito. Enfin, Faty, le monstre, le tueur, dont la vie a basculé le jour où il a perdu sa mère.

En phrases courtes, concises, rapides, Fajardie entraîne son lecteur sans lui donner le temps de respirer, de reprendre son souffle, et plus que l’histoire de Faty, le tueur de jeunes femmes, ce sont les à-côtés, les personnages qui comptent à ses yeux.

Une histoire, oui, mais peut-être aussi une façon de dire son amour de l’humanité, de l’homme en général, surtout celui du déstabilisé, du marginal, du déséquilibré, de l’immigré. Toute une aura de tendresse baigne ce roman dans une subtilité qui dénote une profonde pudeur. Comme un halo de sensibilité nimbant une morbidité agressive.

Les couvertures de Jean-Claude Claeys sont à l’origine de la renommée et l’engouement pour cette collection dont les titres sont recherchés justement pour leurs illustrations.

Première édition Fayard Noir en 1981.

Première édition Fayard Noir en 1981.

Frédéric FAJARDIE : Gentil, Faty ! Collection Le Miroir Obscur N°150. Edition Néo. Couverture de Jean-Claude Claeys. Parution août 1988. 192 pages.

ISBN : 9782730405072

Première édition Fayard Noir en 1981.

Réédition Babel Noir N°21. Editions Actes Sud. Juin 2008.

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 03:53

Limat ? C'est le Pérou...

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan.

En cette année 2931, les membres de l’astronef Scorpion se déplacent aux confins de l’univers, vers la constellation d’Hercule. Ils sont à la recherche d’un vaisseau fantôme qui se signale par un œil rouge. Or aucun des vaisseaux s’étant aventurés près de cet Œil Rouge n’est jamais revenu sur Terre, perdus corps et biens, ou alors des navigateurs ont recueillis, en plein espace, des naufragés flottant dans leurs scaphandres protecteurs. Ces naufragés de l’espace étaient vivants mais fous.

A bord du Scorpion, outre les membres d’équipage, des scientifiques sont présents. Ils savent qu’ils encourent des nombreux dangers, mais la curiosité et l’espoir de percer le secret de l’Œil Rouge les animent. Deux couples, des scientifiques, des pionniers, composés de la brune Wanda, minéralogiste, Ulric son coéquipier océanographe, la blonde Norma et son compagnon Didier, tous deux botanistes-zoologistes.

Un fanal rouge étincelle dans l’immensité galactique et aussitôt tout le monde se retrouve dans la cabine du commandant. Il leur faut se mettre en contact avec cet astronef inconnu, et cette tâche est confiée au lieutenant Bruno Coqdor qui possède un pouvoir hors du commun. Il est capable de se mettre en relation mentalement avec d’autres êtres, humains ou non, et il est considéré par tous comme un voyant.

Coqdor communique donc par télépathie avec les occupants de ce vaisseau au fanal rouge. La réponse qui émane de ses correspondants le laisse sans voix. Presque puisqu’il peut restituer leur message : ils veulent périr de leur main. Ils rendent un culte à la Mort, la vie leur fait horreur. Ce vaisseau navigue depuis des siècles avec toujours le même équipage à bord. Et de l’Œil Rouge émane cette pensée : Bienvenue à nos meurtriers. Etrange accueil qui incite le commandant et Coqdor à envisager une sortie afin de se rendre auprès de cet astronef.

Coqdor, accompagné des quatre savants et de deux hommes d’équipage, rejoignent le vaisseau fantôme où ils sont accueillis d’abord par un drôle d’animal tenant du chien et de l’écureuil, avec des ailes membraneuses qui lui permettent de sauter et de se soutenir en l’air, et une gueule de bouledogue. Il se nomme Râx, explique le chef des morts vivants, des sortes de zombies complètement décharnés, vieux de plusieurs siècles qui apparaissent alors. Râx veut s’élancer sur Coqdor mais il est rapidement mâté par le Chevalier de la Terre. Un échange de regards et une forme de communion s’établit entre l’homme et l’animal.

Les spectres, du moins ces vieillards issus de la planète Dzo, qui ressemblent à des spectres, sont devenus immortels grâce, ou à cause d’un savant fou qui s’était trompé dans ses préparations. Depuis, ils ne peuvent décéder que lors d’un accident. Mais le suicide, la tuerie collective, ou individuelle, leur sont interdits. Aussi ils demandent à Coqdor et à ses compagnons de les aider à mourir, ce que refuse naturellement le Chevalier. Alors ils sont pris en otages et débute une aventure qui s’avérera dramatique, tragique, pour certains mais dont Bruno Coqdor s’en sortira non sans mal, ce qui n’est pas le cas de tous ses compagnons.

 

L’étoile de Satan constitue la première aventure du Chevalier de la Terre, ainsi est-il défini dans ce roman qui met en scène l’un des héros récurrents de Maurice Limat dans la collection Anticipation.

Il s’agit d’un roman philosophique et psychologique dont les meurtres et le suicide sont ardemment prohibés aussi bien par ces centenaires, que par Coqdor et ses compagnons qui ne veulent pas tuer délibérément des créatures humaines. Un cas de conscience difficile à supporter et qui est proche de celui de l’euthanasie.

Seulement le prosélytisme est trop appuyé, trop de références religieuses sont énoncées, et cela retire un peu du crédit que l’on pourrait apporter à cette histoire qui se déroule en l’an 2931. Car toutes les extrapolations sont possibles en matière d’avancées technologiques et d’explorations des planètes, mais le sixième commandement du Décalogue, Tu ne tueras point, est bien ce qui constitue la trame principale de ce roman.

 

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan. Collection Anticipation N°241. Edition Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1964. 186 pages.

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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 04:05

Au rendez-vous des bons copains,

y'avait pas souvent d'lapins...

Georges Brassens : Les copains d'abord.

 

Jules ROMAINS : Les copains.

Attablés dans un café de la Butte, ils sont sept. Comme les sept jours de la semaine, les sept mercenaires, ou les sept nains. Ce sont les sept copains, Broudier, Bénin, Lesueur, Omer, Huchon, Martin et Lamendin, qui, un peu éméchés, s’en prennent d’abord au tavernier, désirant vérifier si ses pichets d’un litre contiennent bien un litre. Une vérification s’impose. D’ailleurs, en France tout s’impose.

C’est alors que Bénin, l’une des têtes pensantes, et penchantes, du groupe avec Broudier, déclare qu’il est monté au grenier et que sur une carte de France, apparaissent des yeux plaqués sur chaque département. Deux yeux lui ont parus insolents. Deux yeux auxquels sont accolés les noms d’Ambert et d’Issoire dans le Puy de Dôme. Il n’en faut pas plus pour exciter les esprits et bientôt les strophes, plus ou moins nourries et adéquates, bouts rimés et à-peu-près, fusent des sept convives éméchés. Une sanction envers ces deux sous-préfectures auvergnates est envisagée.

Et les deux compères que sont Bénin et Broudier décident de solliciter l’avis d’un somnambule qui déambule nuitamment sur l’arête d’un toit, après avoir consulté un annuaire, plantant une aiguille au hasard sur un nom. Munis de renseignements aléatoires (Et pourquoi aller à Thouars ?) ils organisent un déplacement vers Ambert, leurs comparses les rejoignant, effectuant eux aussi le voyage dans des conditions différentes. Le tout est de se retrouver sur place.

Une partie de la promenade de Bénin et Broudier s’effectue à vélo avec les rencontres et les avatars que cela implique. Enfin ils arrivent à Ambert et, après avoir visité la caserne, Broudier endossant l’identité d’un ministre, Bénin, se faisant passer pour un théologien, un envoyé du pape auprès du curé de la paroisse locale, harangue les fidèles. Il prend le contre-pied de l’Eglise en prônant l’acte de chair, en chaire, démontrant à l’assemblée médusée les bienfaits de la copulation et de la luxure. Un sermon qui ne laisse pas de glace les paroissiens médusés.

Puis à Issoire, ils organisent l’inauguration d’une statue de Vercingétorix. Une cérémonie qui étonne les badauds, et émoustille certaines femmes, puisque le Vercingétorix n’est autre qu’un des compères, juché nu sur un cheval.

 

Les Copains est un roman facétieux, humoristique, iconoclaste, rabelaisien, et possède une verve avinée dont Marcel Aymé et René Fallet furent les dignes continuateurs. Les dialogues sont savoureux et plus les chopines se vident, plus l’éloquence des convives est comparable à celle des tribuns. Pas de bafouilllement de leur part mais des tirades théâtrales, des conversations qui peuvent être décousues mais une logorrhée jamais défaillante.

Et les personnages sont campés avec une description désopilante, je vous laisse en juger avec l’extrait ci-dessous :

Une femme obèse parut. Son abdomen la précédait d’un bon pas. Sa poitrine venait ensuite, comparable à deux sacs de farine battant la croupe d’un cheval ; puis sa tête, renversée, bourrée d’une graisse blanche ; et, sur sa tête, deux yeux ronds et saillants que la marche ballotait du même mouvement que sa poitrine.

 

Le roman a fait l'objet d'une adaptation au cinéma, sortie en janvier 1965, sous le titre Les Copains, dans un film réalisé par Yves Robert, sur un scénario d'Yves Robert et François Boyer, avec notamment, pour interpréter les rôles des sept copains, Philippe Noiret (Bénin), Guy Bedos (Martin), Michael Lonsdale (Lamendin), Christian Marin (Omer), Pierre Mondy (Broudier), Jacques Balutin (Lesueur) et Claude Rich (Huchon). Le film a donné lieu à la création, par Georges Brassens, d'une de ses plus célèbres chansons, Les Copains d'abord, en ouverture de l'album éponyme, sorti en novembre 1964, deux mois avant le film (Source Wiki).

 

Jules ROMAINS : Les copains. Le Livre de Poche N°279. Parution 4e trimestre 1966. 192 pages.

Première édition 1913.

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 03:51

Loft story…

Luis ALFREDO : Téléréalité.

Pour le commandant René-Charles de Villemur, cette soirée aurait dû se dérouler comme les autres. Dans le calme et la sérénité, avec ses pensées vagabondes et mortuaires.

A partir de 19h30, la télévision est éteinte, et il préfère choisir un livre au hasard dans sa monumentale bibliothèque, placer un CD dans le lecteur, déguster un verre et un cigarillo. Et ses idées vagabondent, revoyant les morts qui jalonnent son parcours amoureux. Christian, son ami-amant avec lequel il a vécu deux ans, leur séparation et la découverte de son cadavre sur une plage landaise, ou encore Patricia dont il avait fait la connaissance lors de la traque d’un serial-qui-leurre, Patricia qui s’est suicidée. Il pense également à Joan Nadal, le détective parti à Lourdes pour régler une affaire de cocufiage confiée à lui par un mari jaloux.

Le téléphone l’arrache à ses pensées négatives. D’abord Patrick, le journaliste, qui l’informe qu’il se rend immédiatement à Lourdes, un reportage sur un mort tombé du haut de la Basilique et retrouvé parmi les cierges une dizaine de mètres plus bas. Les cierges ont-ils résisté à cette chute, l’histoire ne le dit pas.

Nouvel appel téléphonique, émanant cette fois-ci de son adjoint Octave avec lequel il fait ses gammes depuis dix ans. L’affaire est sérieuse. Une concurrente d’une émission de téléréalité a été découverte morte, un poignard dans le cœur. Dwelling s’appelle cette émission culturelle suivie par des millions de téléspectateurs qui se délectent à regarder les évolutions d’une bande de jeunes au physique hollywoodien confinés dans une demeure aménagée exprès pour cette étude sociale.

Cette demeure (dwelling en français) se situe à une dizaine de kilomètres de Toulouse (pour la candidate, c’est to loose !) aux portes de Muret, dans un ancien restaurant. Géraldine, la concurrente, a été retrouvée morte dans les toilettes, un poignard dans le cœur. Et les cabinets d’aisance n’étaient pas fermés de l’intérieur !

 

Débute pour le commandant Villemur, une enquête en local clos avec tout ce que cela implique d’interrogations et de démarches parfois inutiles.

René-Charles de Villemur se fait d’abord expliquer les règles du jeu auprès de la productrice déléguée, du réalisateur, du psychiatre de service, de quelques concurrents. Géraldine aurait dû depuis longtemps quitter cette résidence, mais le vote des téléspectateurs l’avait à chaque fois repêchée. Et il apprend également que les séquences montrées à la télévision ne reflètent pas forcément la réalité, car il faut du gratiné pour entretenir le suspense et surtout capter l’attention du public, sinon c’est la désaffection, et donc une perte irrémédiable de recettes publicitaires.

Et il hésite entre conclure à un meurtre, certains des candidats n’appréciant guère leur compagne de réclusion, volontaire au départ, ou à un suicide. Mais le suicide n’est guère envisageable car la poignée du couteau a été soigneusement nettoyée. De plus certaines séquences enregistrées ont été effacées, et d’autres caméras, dont celle placée dans les WC, sont factices.

Une enquête résolue en quelques heures par le commandant et son adjoint, mais cette intrigue n’est pas le seul intérêt de cette histoire. Le lecteur découvre les coulisses de ce genre d’émission de téléréalité suivie par des millions de téléspectateurs-voyeurs et se rend compte que le sensationnel prime sur la vérité.

Il est dommage que Luis Alfredo se complaise à cette mode abêtissante de l’utilisation d’un vocabulaire anglo-saxon, le mot dwelling et ses déclinaisons étant assénés à longueur de pages alors qu’il possède ses équivalents en français. D’autant que Villemur se montre quelque peu vieille France avec son nœud papillon, son couvre-chef mitterrandien et ses cigares dont il se délecte dès la nuit tombée, ses vis-à-vis profitant souvent des émanations fumigènes nocives.

Luis ALFREDO : Téléréalité. Itinéraire d’un flic. Saison 2, épisode 1. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 24 août 2020. 96 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408256

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 04:38

D’où l’expression Belle comme un camion ?

Andrew VACHSS : Blue Belle

Détective privé un peu spécial, marginal, souvent exerçant à la limite de la régularité, de la légalité, Burke comprend, pardonne, accepte même l’emploi de certains coups fourrés, de certaines arnaques.

Mais s’il y a une chose qu’il condamne avec force et combat par tous les moyens, c’est l’exploitation, le mal, et toutes les formes d’exactions perpétrées à l’encontre des enfants.

Burke vit avec Pansy, un dogue napolitain qui lampe sa canette de bière plus facilement qu’un nourrisson avale son biberon. Il possède quelques amis sur lesquels il sait pouvoir compter en n’importe quelle occasion. Max, La Taupe, Le Prophète, La Mama, Michèle et Terry forment sa famille. Une famille hétéroclite mais soudée.

Pourtant Burke porte sa croix. Une croix qui a pour nom Flood, mais c’est une vieille et une autre histoire. Belle pourra-t-elle et saura-t-elle lui faire oublier Flood et cicatriser ses souvenirs qui le poursuivent ?

Burke fait la connaissance de Belle lorsque Marquès, un proxénète sorti du rang, lui propose une affaire délicate : un camion fantôme s’en prend aux belles de nuit qui travaillent sur les quais, et pour lui comme pour ses collègues, c’est un sérieux manque à gagner.

Au cours de son enquête Burke va découvrir des ramifications qui mettent en danger la vie de certains membres de sa famille.

 

Roman noir, Blue Belle est surtout un fascinant roman d’amour entre Burke et Belle. Mais attention, on est loin des romans dits à l’eau de rose de Barbara Cartland, quoi que.

Après Flood, après La Sorcière de Brooklin, parus dans la même collection, Andrew Vachss nous propose un roman dur, fort et poignant.

Mais il est vraiment dommage que les auteurs, ou les traducteurs, se croient obligés de souligner certaines scènes par une verdeur, une crudité dans les dialogues hors de propos, apportant ainsi de l’eau au moulin de ceux qui dénigrent la littérature policière et populaire en tant que véritable littérature. Presque comme une provocation hors de mise.

Andrew VACHSS : Blue Belle (Blue Belle – 1988. Traduction Marie-Hélène Dumas). Collection Spécial Policier. Editions Albin Michel. Parution mai 1990. 374 pages.

ISBN : 9782226041180

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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