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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 06:56

Hommage à Michel Lebrun, romancier, scénariste, essayiste, décédé le 20 juin 1996.

Michel LENOIR : Caveau de famille.

Lorsqu'il écrivit ce roman, Michel Lebrun n'avait que vingt-trois ans, et déjà, non seulement il affirmait un style personnel et une grande maturité d'écriture, mais en connaisseur de la littérature policière, il s'est amusé dans ce texte à donner quelques coups de griffes, qui en subliment la saveur de l'intrigue.

Publié en 1954, année faste puisque pas moins de huit romans, policiers, espionnage et science-fiction, parurent cette année là chez des maisons d'éditions différentes quoique toutes dirigées par le même personnage, Roger Dermée, Caveau de famille met en scène un homme dans la trentaine, dont la vie est réglée comme une horloge suisse. Il est solitaire, veuf depuis peu, ayant sur la conscience trois morts. Trois personnes qu'il a tuées, en toute conscience ou par ricochet. Il ressasse ses souvenirs, les années, les mois qui ont précédé les drames, son implication dans les événements et il rédige sur un cahier tout ce qui s'est déroulé, soigneusement.

Marié avec Georgette, qu'il a connue par hasard, il s'est installé dans le petit pavillon de banlieue que celle-ci a hérité de ses parents. Ils ne roulent pas sur l'or, mais il espère bien grimper dans le hiérarchie administrative de la société qui l'emploie. Un bureaucrate, bénéficiant d'un bureau sans fenêtre, ne recevant la visite d'un garçon de courses que deux fois par jour, à heures fixes. Pas de collègues à proximité, d'ailleurs ceux-ci l'ignorent. Il se nomme Martin, Michel Martin. Un nom banal pour une vie banale. Il a obtenu une augmentation et souhaite que Georgette reste à la maison. Il a écrit deux romans mais les éditeurs auxquels il a proposé ses manuscrits l'ont éconduit.

Une solution serait de sous-louer l'étage du pavillon, trop grand pour eux deux. Mais ils ne veulent pas n'importe qui comme locataires. Ils trouvent la perle en la personne d'un couple, un quinquagénaire marié avec une jeunette de vingt-quatre ans, sans enfant, donc susceptibles de ne pas être bruyants. D'ailleurs, l'homme, un écrivain reconnu, Bernie Deruc, recherche justement le calme et la tranquillité.

Michel Martin confie à son nouvel ami et locataire, qu'il a deux manuscrits et qu'éventuellement il les proposerait bien en lecture. Bernie estime que ces écrits ne sont pas mauvais, qu'ils mériteraient une révision, style et construction, et qu'il les ferait publier, sous son nom, ce sera plus facile, avec un chèque à la clé. Michel accepte, et d'autres collaborations sont envisagées.

Seulement, Annie la jeune épouse de Bernie se jette dans les bras de Michel et tout irait pour le mieux si l'engrenage pourtant bien huilé arrivait à se gripper.

 

Intrigue classique et vaudevillesque de deux couples, dont un qui n'est guère assorti, le mari de l'une devenant l'amant de l'autre femme. Classique mais mené de main de maître et avec subtilité, dont l'épilogue peut surprendre, mais ce n'est pas ce qui importe car Michel Lenoir alias Lebrun pour la réédition, joue avec les codes. Il puise dans son expérience de cafetier quelques scènes, travaillant le jour et écrivant la nuit. Voir à ce sujet l'entretien ci-dessous.

 

On pourrait presque croire, en lisant les lignes qui figurent au début du roman que celui-ci est d'actualité :

Au comptoir, un banlieusard-type, casquette, blouson de cuir, joues couperosées, tonne contre le gouvernement "qui ne pense qu'à pressurer l'ouvrier et l'artisan au lieu de s'attaquer aux gros de la finance".

Michel Lenoir freine les ardeurs d'un jeune écrivain, alors que lui-même était dans cette situation, en mettant en avant que la fortune n'est pas au bout de la plume.

A un ami qui travaille dans l'édition, Michel Martin demande :

Combien peut rapporter un roman à son auteur, son ami précise :

L'auteur touche huit pour cent sur le prix de vente du volume. Plus le tirage est fort, plus ça paie.

Merci, mais quel est le tirage d'un débutant ?

Si le roman est vraiment bon, deux, trois mille. S'il ne casse rien, mille.

Le lecteur est prévenu, ce n'est pas ainsi qu'il roulera sur l'or.

Michel Lebrun dénonce des pratiques malhonnêtes. Bernie Deruc a acheté les droits de romans américains qui n'ont pas encore été publié en France et il propose à Michel Martin de les traduire et les ouvrages seront publiés sous le nom de Bernie Deruc. Cela semble une véritable arnaque, mais cette pratique fut employée, notamment par Charles de Richter et Maurice Dekobra pour la collection A ne pas lire la nuit, les couvertures ne comportant uniquement que les noms des deux traducteurs.

Et pour mieux décourager un auteur débutant, Bernie Deruc prend d'autres exemples, précisant :

Moi, j'ai d'abord vécu et bien vécu. Puis, j'ai raconté ce que j'ai vu. C'est simple. C'est la recette de tous les grands écrivains américains. Regardez Steinbeck, Caldwell, Hemingway. Le tort des jeunes écrivains, c'est d'être jeunes. Au sortir de l'école, on veut écrire. Bien. Mais pour dire quoi ? Le jeune type n'a rien vu, il ne peut donc rien décrire. Alors, il se rabat sur l'étude psychologique. Or, comme il manque de maturité, son étude psychologique est ratée, et lui aussi, par la même occasion ! Une loi devrait exister, interdisant aux moins de quarante ans de pratiquer le métier d'écrivain.

Et c'est un jeunot de vingt-trois ans qui écrit ces lignes. Un vrai coup de pied dans la fourmilière des auteurs vaniteux et imbus d'eux-mêmes.

 

A noter que Michel Lebrun, féru de cinéma, proposait en début de volume une distribution française ayant pour noms : Yves Robert, Andrée Clément, Pierre Brasseur et Françoise Arnoul. Et éventuellement, en cad d'adaptation américaine : Elisha Cook Jr, Barbara Bel Geddes, Sidney Greenstreet et Marilyn Monroe.

 

Curiosité : Ce roman a été réédité sous le nom de Michel Lebrun en 1969, dans la collection Un Mystère, mais remanié, enrichi. L'histoire est englobée dans quelques chapitres nouveaux, dont le prologue et l'épilogue, qui mettent en scène un homme lisant un livre usagé, détérioré, acquis lors d'une vente après saisie. Or peu à peu ce lecteur se rend compte que cette histoire, il la connait.

 

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

J'ai lu Policier no2033, 1986

J'ai lu Policier no2033, 1986

Michel LENOIR : Caveau de famille. Collection Le Roman Suspense no1. Editions Ciel du Nord. Parution 1954.

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:37

Hommage à Max-André Dazergues, infatigable et prolifique polygraphe, né le 12 juin 1903.

Max-André DAZERGUES : L'aérolithe sous-marin.

Une boule de feu, échappée des eaux tourmentées du lac Tanganyika, puis retombe, tel est le phénomène auquel assiste Makoleko, un guerrier Massaï.

Pour le Massaï, et pour toute autre personne sensée, l'eau aurait dû éteindre le feu. Et en retombant, aucune fumée, aucune trace de vapeur ne se dégage, aucun bruit ne se produit, et cette manifestation, ou manque de manifestation thermique, intrigue les habitants de la région et notamment les membres d'une expédition en voyage d'études à la recherche de gisements de pétrole et d'or. Une explication est avancée, celle d'une éruption volcanique sous-lacustre.

Cette supposition entérinée, Sir Henri Lanster, savant d'origine britannique, et son assistant et collaborateur d'origine belge Grégoire Van Fulten, ne font guère de cas de ce qu'a pu colporter comme élucubrations le guerrier Massaï. Ces autochtones sont plus connus pour leurs intentions belliqueuses et leur mauvais voisinage que pour leurs commentaires ou leurs superstitions.

La petite troupe composée des deux savants et de leurs quatre porteurs, des Bantous venus de Congo belge comme Van Fulten, continue son périple, logeant le lac Tanganyika. Il commence à se faire tard, et la nuit est quasiment tombée, lorsque Katoli, l'un des Bantous, entend un bruit suspect. Quelqu'un rôde selon lui. Le Bantou a l'ouïe fine, et il explore le voisinage.

Il ne voit personne, mais découvre dans un fourré une boulette d'argile recouverte de peinture rouge. Pour lui, cela ne fait aucun doute les Massaïs sont proches. Il ne pensait pas si bien dire. Alors qu'ils traversant un marécage, ils sont agressés par des sauriens vauriens.

En réalité, ces hommes-caïmans méchants sont des Massaïs commandés par Makoleko, entretenant la légende des hommes-crocodiles. Ils tuent les Bantous, à l'exception de Katoli et des deux hommes blancs. Entre Katoli et Makoleko existe un vieux contentieux tribal. Les survivants sont emmenés dans une île au milieu du lac, île qui possède la particularité d'être rouge.

 

La collection Mon Roman d'Aventures, qui a démarré en 1942 pour s'éteindre en 1957, offrait des plages, et des pages, de lectures agréables pour lecteurs pressés, orientée vers la Science-fiction principalement mais pas que. Elle était destinée à un large public, autant pour des adolescents que pour des adultes qui désiraient se détendre dans le métro, par exemple, après une journée de travail, et plus généralement dans les moyens de transport.

L'aérolithe sous-marin puise son intrigue dans un événement qui frise le fantastique et se clôt avec une explication scientifique simple. Mais le propos n'est pas tellement dans cette explication, car c'est surtout le côté exotique, en plein cœur de l'Afrique Noire, qui importe. Le point central réside sur l'antagonisme entre tribus rivales, entre ethnies rivales, une rivalité qui peut être séculaire ou remonter tout simplement à quelques années en arrière.

 

Max-André DAZERGUES : L'aérolithe sous-marin. Collection Mon Roman d'Aventures N°303. Editions Ferenczi. Parution 3e trimestre 1954. 32 pages.

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 08:15

Hommage à John Creasey décédé le 9 juin 1973, également connu sous les pseudos de J.J. Marric, Anthony Morton, Michael Halliday...

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic

La série consacrée à George Gidéon, policier à Scotland Yard, possède quelques variantes dans le temps, du moins lors de la publication des premiers romans : Ainsi après 24 heures de la vie d'un flic, ont suivi 7 jours de la vie d'un flic puis La nuit d'un flic, tous publiés dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité.

Mais sous le nom de plume de J.J. Marric, se cachait un vieux routier de l'écriture, un auteur protéiforme qui fut publié par ailleurs sous son patronyme de John Creasey, de Jeremy York et peut-être le plus connu de ses pseudonymes Anthony Morton pour les aventures du Baron, gentleman cambrioleur. Mais j'aurai l'occasion d'y revenir.

Donc en ce mois de mai, et plus particulièrement le dimanche 1er mai, George Gideon, qui a franchi toutes les étapes pour devenir chef du C.I.D., organe qui correspond à notre Brigade Criminelle, quitte son bureau afin de déjeuner en compagnie de sa femme Kate dans un restaurant à Marble Arch.

En traversant Hyde Park il est intrigué par le geste d'une femme qui donne une gifle, apparemment sans raison, à son gamin. Ce geste lui déplait fortement et cela lui fait penser à une série de vols à la tire par des gamins qui selon toutes vraisemblances sont entraînés, peut-être par leurs parents, à ce genre de délit. Et naturellement il en parle à sa femme lors de leur repas.

Mais d'autres affaires recueillent son attention dès le lendemain. Ainsi l'un de ses adjoints lui apprend que Frisky Lee, un ennemi intime de Gideon qui vient de se marier, projette de s'embarquer pour l'Australie. Or Frisky Lee est un receleur, possédant de nombreuses boutiques, qui n'a jamais pu être inquiété, les preuves à son encontre n'ayant jamais pu être établies. Et Gideon souhaite pouvoir l'arrêter et mettre fin à ses trafics. D'autant qu'il soupçonne Frisky Lee d'être à l'origine des vols à la tire par les gamins. Donc il veut démontrer que Frisky Lee est impliqué dans le recel d'objets volés afin de l'empêcher de s'expatrier.

Un souhait qui ne sera jamais réalisé car Frisky Lee est découvert assassiné, et le présumé coupable est lui aussi abattu. Mais justement, était-il vraiment le meurtrier de Frisky Lee ?

Le corps d'une femme défenestrée accapare l'attention d'autres enquêteurs. Selon toutes vraisemblances, il s'agit d'un suicide, seulement son mariage ne remontait qu'à quelques semaines, et cette mort arrange bien les affaires du mari.

Gideon décide de s'octroyer quelques jours de vacances à la station balnéaire de Brighton avec sa femme. Un homme le reconnait et pense que Gideon aussi l'a reconnu. Mais le policier qui avait le soleil dans les yeux ne s'est rendu compte de rien. Pourtant si le soleil ne lui avait pas occulté la vision, peut-être aurait-il évité un drame. Mais le hasard veille, et un agent pense avoir déjà vu l'homme qui est lui aussi en instance de mariage. Mais où et quand ?

Si toutes ces affaires ne suffisaient pas à accaparer l'attention de Gideon et ses hommes, une femme vient déposer plainte. Sa fille a disparu et elle soupçonne son mari dont elle est divorcée de l'avoir enlevée.

 

Un mois dans la vie d'un flic montre l'étendue des enquêtes auxquels des policiers peuvent être confrontés, surtout un responsable qui doit tout superviser, coordonner, vérifier en se déplaçant parfois sur le terrain, et qui démontre que la mémoire joue un rôle important. Dans les années 1950, l'apport de l'informatique était nul et il fallait se fier uniquement à sa mémoire et à ses fiches.

Des enquêtes résolues parfois grâce à un petit coup de pouce du destin, mais pas que. La constance, la patience, peuvent être récompensées, surtout lorsqu'il existe des interconnexions.

Et parallèlement à ces enquêtes, se greffe l'histoire de Peter Wray, le gamin giflé par sa mère dans Hyde Park. Et l'on ne peut s'empêcher de se remémorer l'école du vol à la tire dans Oliver Twist de Dickens, Fagin enseignant aux gamins comment s'emparer d'un portefeuille, d'un foulard, d'un objet, en glissant une main dans une poche ou un sac à main. Et l'auteur met en avant le problème des enfants obligés tout jeunes à voler, ne se rendant pas compte de la portée de leur forfait. Cela devient presque un jeu, mais un jeu souvent accompagné de brimades.

Pour autant l'auteur s'intéresse également à la vie familiale de Gideon, ainsi qu'à ses adjoints, dont Lemaître dit Lem qui traverse une passe difficile suite au départ de sa femme, mais sans approfondir les incursions dans leur vie privée.

 

La traduction de Pierre Gouly laisse à désirer. Il est vrai que bon nombre de traducteurs n'étaient pas aussi pointilleux que ceux de nos jours, enfin certains, et que la réédition d'ouvrages de cette époque demande souvent une nouvelle traduction. Le personnage de Gideon devient tout simplement Gédéon alors qu'en quatrième de couverture il est bien précisé qu'il s'agit de Gideon de Scotland Yard. De plus le traducteur mélange allègrement dans son texte francs et livres sterlings. Une aberration due probablement à une non relecture.

 

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic (Gideon's month - 1958. Traduction de Pierre Gouly). Collection Un Mystère N°488. Editions Presses de la Cité. Parution janvier 1960. 192 pages.

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 07:00

Bon anniversaire à Sandra Scoppettone née le 1er juin 1936.

Sandra SCOPPETTONE : Tout ce qui est à toi ...

Qui pourrait penser que ce petit bout de bonne femme de 1m57 est détective privé, qui plus est ancienne du FBI !

Lauren Laurano n'en est pas moins féminine et les petites rides qui se dessinent aux coins des yeux l'agacent. Mais une nouvelle affaire l'attend, proposée par Jill, une amie. Lac, qui doit son prénom à des parents baba cool et humoristiques, puisque leur nom de famille était Huron, Lac a été violée par son petit ami.

En réalité il s'agit d'une homme dont elle venait de faire la connaissance par le biais de petites annonces. Lauren doit retrouver la piste du goujat. Seulement Lac se suicide. Enfin c'est ce que son meurtrier aurait voulu faire croire. Il s'agit bel et bien d'un assassinat. Lauren se pose la question primordiale, à savoir : le meurtrier et le violeur ne font-ils qu'une et même personne ?

Et la voilà obligée de se mettre à l'informatique, elle qui a horreur des micro-ordinateurs. Ce qui perturbe quelque peu son ménage avec Kip. Kip, diminutif de Christine. Lauren est lesbienne et comme dans tous les ménages, les anicroches, les tensions, les réconciliations sur l'oreiller existent et peuvent même amener sinon à la résolution des problèmes, au moins sur une piste fiable.

 

Entre Lauren Laurano, l'héroïne, et Sandra Scoppettone, l'auteur, les points de ressemblances sont nombreux. Faut-il s'en étonner ? Un auteur se met plus ou moins en scène, se projette inconsciemment, donnant la part belle à son propre clone de fiction. Il enjolive peut-être mais se dévoile en même temps. Lauren la détective se montre fragile et pugnace à la fois, tributaire dans sa vie privée et tenace dans sa vie professionnelle.

Un personnage attachant, peut-être plus que le Brandstetter de Joseph Hansen, dont l'homosexualité s'affiche certes, mais dont la sensibilité est moins évidente.

Sandra Scoppettone ne manque pas d'humour et même si l'épilogue se révèle un peu longuet et tiré par les cheveux, son roman vaut autant par la qualité de l'intrigue que par l'analyse psychologique - qui n'est pas forcément un plaidoyer - de la société américaine et surtout de l'intolérance envers des communautés dites marginales.

Réédition Pocket 7 septembre 2000.

Réédition Pocket 7 septembre 2000.

 

Sandra Scoppettone s'est fait connaitre sous le nom de Jack Early à la Série Noire :

Sandra SCOPPETTONE : Tout ce qui est à toi ... (Everything You Have Is Mine - 1991. Traduit de l'américain par Christophe Claro). Collection Les Noirs. Editions du Fleuve Noir. Parution 3 octobre 1995. 406 pages.

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 10:02

Un des nombreux pseudonymes de

Max-André Dazergues, le mentor de Frédéric Dard.

André MADANDRE : Robinson des neiges.

Dans un estaminet de Sainte-Isoline, petit village de deux cents âmes situé dans le Grand-Nord, aux frontières du Canada français, trois hommes assis autour d'une table discutent de la légende du Caribou-fantôme ou Renne aux cornes d'or.

Abrosiak, un Indien Athabasca, affirme avoir aperçu ce fameux caribou du côté du Lac Gris. L'animal se tenait immobile dans un bouquet. Ses deux interlocuteurs sont soit sceptique comme Pascal Balle-Sûre, un vieux trappeur qui n'a pas usurpé son surnom, soit subjugué comme Christian Ledriquet alias Kiki-Castor, un adolescent de seize ans qui s'est fait un renom comme chasseur de castors.

Dans leur fougue, les trois compères élèvent la voix, et cette histoire de renne aux cornes d'or intéresse l'un des consommateurs accoudé au bar. Il s'agit de Jerville-le-Borgne, un trappeur à la réputation douteuse qui tire son sobriquet d'un œil de verre. Il ne compte que peu d'amis, et bon nombre des villageois se méfient de lui. Certains redoutent même ce fieffé aventurier.

Kiki-Castor est tenté de se rendre sur les abords du Lac Gris et si Pascal Balle-Sûre se défile, Abrosiak accepte de l'accompagner. Et les voilà partis tous les deux le lendemain en traîneau. Alors qu'ils arrivent près d'un cairn, une baraque construite en pleine forêt à l'intention des trappeurs et chasseurs, ils distinguent des chiens errant, un traîneau renversé et un homme attaché. Il ne s'agit ni plus ni moins que Jerville-le-Borgne qui affirme avoir été agressé par des Inuits.

Ils se réfugient dans le cairn, et pensent y passer la nuit mais Abrosiak, qui avait pris la garde, distingue la silhouette du caribou aux cornes d'or. Branle-bas de combat, Abrosiak s'éloigne tandis que des Inuits, jusqu'alors tapis dans la neige, se dressent et s'emparent de Kiki-Castor.

Il s'agit d'un piège fomenté par Jerville-le-Borgne et la petite troupe s'enfonce dans les bois jusqu'au Lac Gris à bord des traîneaux.

S'ensuit une histoire au cours de laquelle Kiki-Castor va sauver la vie à l'un des Inuits, Koldak, des boues dansantes, c'est-à-dire des sables mouvants qui stagnent près d'une construction en bois, en plein milieu du lac. Une construction qui serait due aux castors mais qui en réalité a été édifiée par des mains humaines. Kiki-Castor est prisonnier de ce fourbe de Jerville-le-Borgne mais un bienfait n'est jamais perdu et il pourra, alors que sa vie est en danger, compter sur des renforts inattendus.

 

Ce court roman, qui s'adresse aux lecteurs de tous les âges, nous offre un nouveau voyage grâce au guide qu'était Max-André Dazergues, après un roman signé du pseudonyme d'André Star en Polynésie (voir lien ci-dessous). Exotisme en tous genres, actions et découvertes, manipulations, magouilles, jalousies et traitrises, tous les ingrédients du roman d'aventures se retrouvent sous forme condensée dans ce texte.

Les descriptions de paysages et la psychologie des personnages sont tout juste évoquées, seule l'histoire mystérieuse de ce caribou aux cornes d'or étant le seul ressort de cette intrigue dont le lecteur pressent dès le début que cela se terminera bien. La morale est sauve, les personnages se montrent magnanimes, mais le principal réside dans un bon moment de lecture, une évasion à bon compte comme nous le proposaient Max-André Dazergues et ses confrères dans ces petits fascicules dont le seul but était d'intéresser leurs lecteurs et à les inviter à découvrir d'autres aventures palpitantes tout au long des semaines. De petits romans qui se lisaient d'une traite, dans le métro ou les trains de banlieue qui emmenaient les ouvriers sur leur de travail, et retour.

 

André MADANDRE : Robinson des neiges. Collection le Risque tout. Editions S.A.E.T.L.. Parution décembre 1945. 20 pages.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 04:49

Avant ou après le bain... de minuit ?

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit.

Alors qu'il vitupère contre un article le mettant en cause et paru dans une revue, André Brunel, policier privé de son état, reçoit la visite de son ami le narrateur. Âgé d'une petite trentaine d'années, André Brunel s'est fait connaître en résolvant quelques affaires délicates, et il est reconnu comme l'un des meilleurs de sa catégorie. Peu à peu il se calme, et comme il se considère comme le flegme personnifié, il déclare à son ami que le jour où je t'autoriserai à publier mes aventures, tu commenceras par cette petite mise au point. Dont acte.

Les deux hommes ont à peine terminé de déjeuner qu'un visiteur demande à être introduit, ou demande audience si vous voulez. Il se nomme Lucien Blaisot et habite à Côteville, près de Dieppe. Il leur expliquera pourquoi il requiert les services du détective pendant le trajet qu'ils vont effectuer en voiture.

Leur mission, si André Brunel l'accepte, est de retrouver le père de Lucien Blaisot qui a disparu depuis le jeudi. Et c'est pourquoi, inquiet, Blaisot a décidé de se tourner vers le détective au lieu de la police locale.

La famille Blaisot est composée du père, de la mère, de Lucien le fils qui vit chez toujours chez eux, et de leur pupille Hélène qui est également la fiancée de Lucien. C'est lui qui l'affirme. Quoique Normands eux-mêmes, ils n'ont jamais pu s'habituer à la mentalité des gens du cru, et c'est Bertrand, leur domestique, qui est chargé du ravitaillement. Mais le père Blaisot possède une passion particulière. Il s'est installé dans un pavillon de garde un établi et la nuit il s'y rend afin de bricoler à son aise. Or Lucien s'est aperçu, un soir qu'il avait entendu des bruits suspects, que le cheval et la carriole n'étaient pas dans la remise. Le père entretiendrait-il une relation extérieure, c'est ce que s'était demandé Lucien, mais sa disparition l'inquiète.

Outre les personnes présentes dans cette demeure, l'Oncle Charles est lui aussi au courant de cette disparition pour le moins mystérieuse. L'oncle Charles vit non loin des Blaisot, et comme eux habite une demeure isolée. Lorsque les trois hommes arrivent à destination, c'est pour apprendre que l'Oncle Charles vient d'être assassiné. La mère vient de recevoir un appel téléphonique d'Honorine, la servante de Charles. Charles a été découvert sur son perron, le ventre ouvert. Immédiatement la gendarmerie a été prévenue et le lieutenant Perruchet procède aux premières constatations. Charles s'est pris une décharge de plomb dans les boyaux, ce qui lui fut fatal. Les soupçons se portent sur un braconnier, mais lequel car plusieurs personnes revendiquent les chapardages sur les terres des Blaisot.

Mais pour André Brunel, d'autres éléments mystérieux se greffent sur ce meurtre. Et il a raison, car ce sont bien deux affaires, qui s'imbriquent mais dont la portée est totalement différente, que Brunel aura à résoudre. Et comme la mer n'est pas loin, imaginez qu'un trafic de marchandises peut aussi se trouver à l'origine de ce qui pourrait être un règlement de comptes et qu'un braconnier n'est pas forcément seul en course comme coupable.

 

Comme le déclare Brunel à Perruchet : Croyez-moi lieutenant, le petit jeu des déductions constitue une distraction excellente mais qui risque de devenir dangereuse pour qui s'y livre sans réserve. Il ne faut pas prendre pour des certitudes de simples présomptions.

Oh combien cette phrase est prémonitoire, car si Brunel observe, examine, analyse, déduit, ce ne sera pas sans danger pour sa personne, ainsi que de celle son confident et historiographe. Il va donner de sa personne, se mouiller sans vraiment l'avoir désiré, et les rebondissements vont surgir sous ses pieds comme un lapin qui déboule d'un fourré.

Une intrigue classique mais assez rouée qui annonce l'état d'esprit dans lequel Pierre Boileau concevait ses intrigues, intrigues qui prendront de l'ampleur et de la consistance lors de son association avec Thomas Narcejac, association qui fournira de très nombreux succès littéraires dont s'emparera notamment Hitchcock pour assoir sa réputation de cinéaste.

Alors évidemment, cette histoire a quelque peu vieilli de par le contexte, mais l'intrigue en elle-même est toujours aussi roublarde pour ne pas décevoir le lecteur tout en l'emmenant dans des chemins de traverse. Les explications finales ne traînent pas en longueur comme dans certains romans de détection de l'époque et le tout est vif, enlevé.

A noter qu'André Brunel habite Cité Malesherbes, une voie qui unit la rue des Martyrs et la rue Victor-Massé. Lorsque l'on sait que les rue des Martyrs fut surnommée la rue des hommes mariés, et qu'elle était reliée à la rue Massé, faut-il y voir une simple coïncidence ou une corrélation ?

 

Première parution Les Editions de France. 1934.

Première parution Les Editions de France. 1934.

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit. Collection Police privée - bibliothèque. Editions Dancoine. Parution 2e trimestre 1945. 192 pages.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:30

Hommage à Sir Arthur Conan Doyle né le 22 mai 1859.

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe.

Il n'y a pas que Sherlock Holmes dans la vie de Sir Arthur Conan Doyle, l'écrivain Ecossais a écrit également de très nombreux romans et nouvelles d'inspiration historique, maritime, médicale et autre.

Dans ce recueil trois nouvelles qui démontrent son talent de conteur et sa capacité à se renouveler, quitte à parfois égratigner comme on le verra dans Le Drapeau vert.

 

La première de ces nouvelles, La nouvelle catacombe, nous entraîne en Italie, à Rome. Immisçons-nous subrepticement dans un salon. Deux hommes, deux amis, l'un Anglais, l'autre Allemand, sensiblement du même âge et qui partagent la même passion pour l'archéologie, discutent à propos d'objets que Burger a amené dans un plat en vannerie. Kennedy en déduit immédiatement que Burger vient de découvrir une nouvelle catacombe, et il aimerait en connaître l'endroit. Seulement il est avare pour fournir des renseignements, ce que lui reproche Burger. Alors un compromis est trouvé. Burger lui dévoilera le lieu si Kennedy l'informe de ses relations avec une certaine miss Mary Saunderson.

 

Transportons-nous maintenant avec Slapping-Sal dans les Caraïbes, à bord de La Léda, une frégate anglaise de trente-deux canons, commandée par le capitaine A.F. Johnson. Dans une tempête ils ont perdu de vue Le Didon, vaisseau qui les accompagnait. C'est le moment pour le capitaine de prendre connaissance du pli cacheté qui lui a été remis. Sa mission, s'il l'accepte mais il ne peut pas faire autrement, est de rencontrer la frégate française La Gloire, qui perturbe les activités commerciales du Royaume-Uni, et de mettre fin à ses agissements ainsi qu'à ceux de la Slapping-Sal, un navire pirate qui a non seulement pillé des navires britanniques mais a torturé les équipages. Si l'affrontement entre La Léda et La Gloire est particulièrement mortel pour bon nombre de marins, dans les deux fractions, une alliance inopinée peut faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre, selon l'honneur des participants.

 

Enfin Le drapeau vert nous entraîne d'abord en Irlande puis en Nubie dans les années 1870. Dennis Conolly, malgré la mort de son frère jumeau lors d'un affrontement entre soldats Anglais et fusiliers Irlandais, s'engage sous la bannière britannique. Trop fauché pour s'embarquer vers les Amériques, et la verte Erin devenant trop dangereuse pour lui, il s'enrôle et est avec quelques compatriotes versé dans le bataillon des Royal Mallows. Ce bataillon est destiné à servir à l'étranger, et c'est ainsi que Dennis et ses compagnons se retrouvent en Nubie combattre une alliance conclue entre trois chefs arabes. Le ressentiment des soldats Irlandais envers leurs hiérarchie britannique est vif, une mutinerie est même sur le point de se déclencher, mais un épisode de la bataille va permettre de souder les rangs.

Dans ce dernier texte Sir Arthur Conan Doyle n'est guère respectueux envers la Reine Victoria, dont le nom n'est jamais cité, seulement sous son surnom de la Veuve. Mais le regard qu'il porte envers les combattants résonne quelque peu avec l'actualité :

Assis au milieu des rochers ou couchés à l'ombre, ils regardaient curieusement la colonne [britannique] qui se déployait lentement sous leurs yeux tandis que les femmes,  avec des outres emplies d'eau et des sacs de dhoora, allaient de groupe en groupe, leur récitant aux uns et aux autres les versets de guerre du Coran qui, au moment de la bataille, sont, pour le vrai croyant, plus enivrants que le vin.

Si les aventures de Sherlock Holmes sont très souvent rééditées, il serait bon de ne pas oublier les autres textes, contes, nouvelles et romans, de Conan Doyle, qui offrent toute une palette de plaisirs de lectures.

 

Contient :

La nouvelle catacombe (The New Catacomb - 1898)

Le Slapping-Sal (The Slapping Sal - 1893)

Le drapeau vert (The Green Flag - 1893)

Traductions de Henry Evie. Illustrations de couverture et intérieures de Martin Van Maële

 

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe. Collection Rouge N°27. Société d'Edition et de Publication. Parution vers 1910. 100 pages.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:33

Hommage à Michel Audiard né le 15 mai 1920.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Journaliste à Paris-Matin, féru d'arts, Georges Masse attire les femmes, de préférence jolies, tel l'acacia les abeilles.

D'après ses dires il serait le gendre idéal :

Ayant reçu de mes chers parents le bon exemple, solidement instruit chez les Pères, drôlement porté sur le travail honnête, éclairé quant aux bienfaits de la vie rustique et aux méfaits de l'alcool (le whisky... Pouah!); voilà le garçon que je suis.

Tenez ! Mon rêve serait de rencontrer l'âme sœur, une petit provinciale avec des nattes dans le dos et des joues roses, jouant d Mozart au clavecin, lisant Paul Bourget dans le texte et ne voulant pas se laisser embrasser de peur d'attraper un enfant.

Au lieu de cela, devinez sur quoi je tombe à tous les coups ?... Sur des évaporées scandaleuses, moulées dans des pull-overs lance-grenades, avec des jupes à ouverture éclair et des battements de cil à dégeler un Conseil des Ministres.

Donc le garçon bien sous tout rapport qui organise avec ses collègues une petite fête pour l'anniversaire de son patron qui vient juste d'avoir cinquante ans, et tout ce beau monde pointe chez le sieur Golstein les bras chargés de bouteilles. Mais les fioles de champagne ne suffisent pas et Golstein puise dans sa réserve personnelle, perdant justement de sa réserve quant à Masse qu'il avait pourtant reçu avec une cartouchière en bandoulière et un fusil à la main, connaissant l'humeur farceuse de son employé. Et il avait raison Golstein de se méfier du journaliste puisqu'il retrouve Masse avec sa femme dans le même plumard. A la masse il est. En représailles, il lui suggère de prendre des vacances et c'est comme ça que Masse se retrouve à Venise. Et que le début de ses aventures mouvementées commence.

Lors de sa première soirée il est abordé par Arsène de Loubiac, fils de notaire en rupture de ban, qui lui propose de lui faire visiter la ville et ses endroits pas forcément touristiques. Et son cicérone l'entraîne au Triana-Club, un endroit fréquenté par les joueurs de poker. Masse n'est pas contre et les voilà tous deux embarqués dans un canot pour rejoindre le tripot haut de gamme installé sur un yacht, toléré par la police mais supposé clandestin, tenu par le Grec. Personne n'y trouve à redire sauf un concurrent, un certain Saddley.

Masse se rend compte rapidement que ses deux adversaires au poker sont des tricheurs, mais le prouver est une autre paire de manche. Et bientôt son portefeuille est réduit à l'état de limande. Les esprits s'échauffent et Zelos, dit le Grec, invite le journaliste à se rendre dans son bureau afin de régler le contentieux. Il lui ouvre la porte et tandis que Masse s'engouffre dans la pièce plongée dans le noir, un coup de feu est tiré. Une réception pour le moins imprévue.

C'est le début des ennuis pour Masse qui n'en demandait pas autant. La tireuse véhémente se nomme Nora Cassidi et elle en veut au Grec, une vague histoire familiale. Naturellement elle s'était trompée de cible, cela arrive. Mais pour Masse qui pensait rentrer dans ses fonds, c'est le contraire qui se produit. Le Grec exerce une forme de chantage et Masse doit signer un chèque de dix fois supérieur à ce qu'il doit, chèque qui sera remis à la banque le surlendemain. Mais Masse est à sec.

S'ensuit une sorte de complicité entre Nora et lui et ils se rendent chez le père de la jeune fille. Cassidi, qui s'est remarié avec Clara, une femme nettement plus jeune que lui, est alité, malade. Entre dans la danse le fameux Saddley, concurrent du Grec, et Masse est obligé de composer avec lui. Le journaliste est tiraillé entre Nora, sa belle-mère Clara, Cassidi le malade, Saddley et ses sbires, le Grec et les siens. Un imbroglio auquel s'ajoute Térésa Leoni, jeune commissaire de police de Venise qui ne prend pas de gants pour mener ses interrogatoires mais plutôt une lampe à souder. Il paraît que c'est très efficace pour délier les langues.

 

Ce roman ne possède pas la gouaille qui fera la réputation de Michel Audiard, même si le narrateur est ironique, cynique et persifleur.

Dans cet opus Michel Audiard me fait penser à Brett Halliday par certains côtés et en même temps à Peter Cheney. Une intrigue tarabiscotée, noyée dans des relents d'alcool, avec un personnage un peu débordé par les événements et en même temps insolent, possédant une arme à feu, ce qui n'est pas courant pour un journaliste.

Concomitamment à la parution de ce roman est sorti en salles le film éponyme réalisé par André Hunebelle, sur un scénario et des dialogues de Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux, Raymond Rouleau, Anne Vernon, Tilda Thamar, Monique Darbaud, Bernard Lajarrige, Jacques Dynam, John Kitzmiller...

 

A noter que la quatrième de couverture précise : Tout ce que le film ne peut montrer, vous le lirez dans Massacre en dentelles, un nouveau succès de Michel Audiard.

J'ai toujours couché avec tous les hommes qui se sont donnés la peine d'y arriver.

S'il fallait que les femmes s'occupent d'où vient l'argent qu'elles dépensent, les bijoutiers pourraient fermer boutique.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.
Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles. Collection Spécial Police N°26. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1952. 224 pages.

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 05:44

Quand le père de Renaud écrivait des romans pour la jeunesse !

Olivier SECHAN : La cachette au fond des bois.

Casse-toi, tu pues, et marche à l'ombre...

C'est ce que pourraient chanter les gamins, voire les habitants de la petite ville de Tournac dans les Cévennes, à l'encontre du père Thoiraud et par ricochet de sa nièce Claire qu'il héberge.

Thoiraud est un vieux bonhomme acariâtre, grincheux, qui vit retiré du village dans une maison entourée de haies et de murs, protégée par un gros chien qui sait montrer ses canines à tout visiteur ou simple passant indiscret. Claire, dix ans environ, en subit les conséquences et elle est la proie des chenapans menés par Max, qui ne cessent de l'importuner. Comme ce matin où elle se rend au marché vendre les quelques tomates et salades qu'elle cultive, entre deux occupations aussi bénignes que couper du bois, faire la cuisine, entretenir la maison.

Emmenés par Max, le plus virulent, Bernard et Jean-Louis courent après la gamine qui traîne une charreton empli de cageots. A l'abordage, comme dans les bons vieux romans de pirates, et la carriole est bousculée, basculée dans le fossé, les denrées des cageots éparpillées à terre. François, un gamin qui est hébergé à cause d'une santé fragile depuis quelques mois chez les Souleyrac, les parents de Max, est témoin de cette attaque de diligence (les cow-boys et les indiens, ça marche aussi bien que les pirates). Il se porte au secours de Claire, mettant en fuite les malandrins en culottes courtes.

Claire remercie son sauveteur, mais elle préfère que leurs relations cessent là. D'abord parce qu'elle n'est pas très rassurée, préférant sa solitude à cause des possibles réactions négatives de son oncle, ensuite parce qu'elle redoute des tensions entre Max et François, d'autant qu'ils vivent sous le même toit. Mais François, malgré son jeune âge, n'est pas du genre à abandonner à la moindre rebuffade.

Evidemment, les retrouvailles entre Max et François chez les Souleyrac ne sont guère amènes, mais ils sont jeunes, François possède des arguments non violents pour démontrer la bêtise de Max s'attaquant à Claire qui n'est pour rien dans le caractère ombrageux de l'oncle, et bientôt l'armistice est déclaré, à défaut de paix.

François, au péril de sa vie, se rend près de chez Claire, malgré les panneaux chien dangereux et les aboiements du molosse. Il surveille les faits et gestes des occupants, l'oncle souvent enfermé, Claire sarclant le jardin. Un jour alors que Claire ne vaque pas à ses travaux habituels, il s'enfonce dans les fourrés et entend des voix. Surtout une, qui parle à un interlocuteur invisible. Il s'agit de Claire qui profite d'un moment de détente en compagnie d'une poupée. Il ne se manifeste pas puis revient un peu plus tard, apportant avec lui des bonbons, pensant faire plaisir à la gamine qui s'est aménagé un coin tranquille sur une petite plate-forme à l'abri des rochers. Il dépose son obole et écrit sur un petit bout de papier Tu as quand même un ami.

Et c'est ainsi que Claire et François vont se revoir, que Max va continuer ses bêtises à l'encontre de l'oncle, lui jouant un sale tour sur la marché, et que cela pourrait tourner au vinaigre si... François déterminé et peut-être inconscient ne découvrait le secret de cet homme irascible qui traîne la jambe.

 

Ce roman, gentiment moralisateur, comme il était de bon ton à l'époque d'écrire des ouvrages pour l'édifications des jeunes - n'oublions pas que le père de Renaud fut professeur d'allemand et directeur de la collection Jeunesse chez Hachette - est un compromis entre la Comtesse de Ségur et de Paul Berna, l'auteur du célèbre Cheval sans tête, plus connu des adultes sous le nom de Paul Gerrard.

Pour autant, ce roman comporte des scènes intéressantes, entre Claire et François ou les démêlés de François avec son ami Max. Il est à noter qu'à l'époque, on ne s'embrassait pas à la première rencontre, et François et Claire se serrent la main lorsqu'ils se voient. Mais c'est bien le passé de l'oncle qui régit l'intrigue. Il était un potier renommé, mais déjà les artisans avaient du mal à vivre de leur production.

La belle poterie est passée de mode, les gens ont préféré les choses à bas prix...

C'est le début du consumérisme qu'Olivier Séchan met en avant, par petites touches, sans s'appesantir dessus, mais le genre de détail qui justement fait mouche.

Première édition Nouvelle Bibliothèque Rose n°72. 1960.

Première édition Nouvelle Bibliothèque Rose n°72. 1960.

Olivier SECHAN : La cachette au fond des bois. Illustrations de Jeanne Hives. Réédition Nouvelle Bibliothèque Rose N° 384. Editions Hachette. Parution février 1971. 192 pages.

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 13:16

Entrez dans l'intimité d'une vedette du cinéma, puisque l'on vous dit que c'est confidentiel...

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel.

Curieux roman et curieuse histoire que celle de cet ouvrage publié aux Presses de la Cité en 1970.

En effet, Hollywood confidentiel, premier manuscrit qu'ait écrit Michel Lebrun, resta dans les tiroirs de celui-ci pendant vingt-sept ans, et lors de sa parution, nombreux furent les critiques qui louèrent la facilité avec laquelle Michel Lebrun savait se renouveler.

Michel Lebrun, qui avec quelques décennies d'avance sur Stuart Kaminsky et bien d'autres, avait utilisé ce qu'on appelle de nos jours la Hollywood-mania, ou l'art rétro de mettre en scène quelques personnalités éminentes de la capitale cinématographique, que ce soit des acteurs, des réalisateurs, des metteurs en scène, des scénaristes...

Plus que l'histoire, c'est la construction feuilletonnesque du roman qui retient l'attention. C'est une parodie, un pastiche jubilatoire de ces feuilletons qui enchantèrent l'enfance de bon nombre d'entre nous, de Rocambole à Fantômas en passant pas Belphégor. Mais c'est aussi un hommage à une littérature qui respecte son statut : celui de plonger le lecteur dans des aventures extraordinaires, de le captiver, de l'intéresser et l'inciter à lire encore et encore de nombreux romans d'aventures.

Les têtes de chapitres et les questions posées à la fin de ceux-ci sont en tous points savoureux et obligent le lecteur à continuer à tourner les pages avec avidité, gourmandise, se délectant des aventures du personnage principal. En voici quelques exemples pris au hasard.

Premier chapitre : Le cri de l'épouvante.

Question posée à la fin du dit chapitre : Quel drame se déroulait dans la mystérieuse demeure ?

Ou encore :

Le tortionnaire au masque noir, Le secret du mort qui marche, Le laboratoire des épouvantes, Au milieu des mangeurs d'homme...

Ou encore :

Le narrateur se réveillera-t-il ? L'homme aux poings d'acier se lavera-t-il de l'infamant soupçon ? Notre héros se rendra-t-il à l'inquiétant rendez-vous ? Le faux prince hindou sera-t-il démasqué ?

 

Voyons maintenant et superficiellement le début de ce roman sans trop en déflorer l'intrigue :

Warren qui vient de purger trois ans dans la prison de Jacksonville, motif meurtre, se fait engager comme garde du corps par Bill Slone, acteur célèbre pour son interprétation dans le rôle du Cow-boy masqué. Drôle de famille quand même que la famille Slone, puisque la femme de l'acteur, Zelda Chevalier, actrice elle aussi, est une fervente adepte du masochisme, tandis que ses deux filles sont nymphomanes. Mais il n'était aucunement prévu que Karl, le chauffeur, se fasse assassiner et les événements qui en découlent mettent notre héros dans des situations impossibles et invraisemblables.

Hollywood confidentiel est en quelque sorte un bain de jouvence qui malheureusement se fait trop rare. Vive l'humour et la bonne humeur, cela aide à rajeunir...

 

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel. Editions J'ai Lu Policier N° 2305. Parution 1987.

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