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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 08:02

Non, non, rien n’a changé
Tout, tout a continué…

JEAN-CHARLES : La foire aux cancres.

Dans son préambule, Jean-Charles écrit, attention accrochez-vous aux branches car ceci est tellement d’actualité qu’on oublie que l’ouvrage a paru en 1962 :

Si les lycées avaient des clochers, ils sonneraient sans cesse le tocsin. L’enseignement secondaire français traverse en effet une crise grave qui s’explique par plusieurs raisons.Nous sommes obligés de refuser des élèves, disent les proviseurs.

Les classes sont surchargées, se plaignent les professeurs.

On ne s’occupe que des élèves les plus doués, protestent les parents.

Cela commence bien, vous ne trouvez pas ? Et les cancres là-dedans ? Ils sont furieux. Et pourquoi sont-ils furieux ?

Moins, comme l’imaginent les parents, parce que l’on ne s’occupe pas d’eux que parce qu’ils se rendent compte de l’ineptie des programmes scolaires.

Naturellement la solution est toute trouvée : modifier les programmes scolaires. Plus facile à dire qu’à faire, vous en conviendrez, à moins de laisser ce soin à des technocrates qui n’y connaissent rien mais se font fort de trouver des réponses à ces questions angoissantes.

Le Ministre de l’éducation nationale a annoncé, lors de la dernière rentrée, la création d’une commission chargée de supprimer, dans les programmes scolaires, tout ce qui n’était pas essentiel… Sur quoi, on apprit, qu’en plus du reste, les élèves allaient avoir droit à des cours d’éducation civique.

Il a dû frapper fort sur son clavier de sa machine à écrire, Jean-Charles, en rédigeant cette critique qui ne manque pas de bons sens.

 

A l’école, les cancres rivalisent d’âneries, ceci est un fait avéré. Mais ils ont de qui tenir, car nos romanciers, et non des moindres ne furent pas en reste. L’on connait les célèbres bourdes littéraires de Ponson du Terrail, mais bien moins celles de Balzac :

Un commissaire de police répond silencieusement : Elle n’est point folle.

Ou encore de Prosper Mérimée :

Enfin, mettant la main sur ses yeux comme les oiseaux qui se rassurent…

Les traducteurs n’échappent pas non plus aux erreurs. Florian, dans sa traduction de Don Quichotte affirme :

Ces belles qui, toujours sages, couraient les champs sur leurs palefrois et mourraient à quatre-vingts ans tout aussi vierges que leurs mères…

 

Il ne faut pas croire que ce livre n’est qu’une recension de bons mots, d’à-peu-près, de réponses désopilantes, de perles d’incultures qui auraient fait les délices de Ray Ventura et ses Collégiens qui ont chanté Le Lycée Papillon, une chanson de Georgius, mais il s’agit bien d’un véritable réquisitoire sous forme de diatribe, pour la défense de l’enseignement et des enseignants.

 

Ainsi peut-on lire, page 81 de la présente édition :

Je ne vais pas cependant jusqu’à prétendre qu’il faut remplacer les professeurs par des machines. … Nous savons que rien ne remplace un excellent professeur. Malheureusement il y a de moins en moins d’excellents professeurs. Pourquoi ? Je l’ai déjà dit : parce qu’ils ne sont pas assez payés. Un homme est un homme, disait ma grand-mère. Que l’on essaie donc de rétribuer les médecins de campagne au même tarif que les instituteurs et de payer les cardiologues et autres spécialistes comme les professeurs de faculté, on verra alors si le niveau de la médecine française ne diminue pas.

 

Ceci mérite réflexion, n’est-ce pas ? Mais il semble que le niveau intellectuel des hommes, et femmes, politiques a baissé plus vite et plus profondément que celui des étudiants et du commun des mortels. Et de nos jours, tous les ans on nous informe que des changements vont intervenir à chaque rentrée, que de nouveaux programmes vont être appliqués, avant d’être expérimentés, et qu’il y aura de plus en plus de bacheliers, la France en a besoin.

Comme l’écrit Jean Failler dans Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu :

Les examinateurs ne paraissent plus aussi exigeants qu'autrefois, quand ils éliminaient impitoyablement nos grands-parents pour cinq fautes dans une dictée de certificat d'études. Si vous voyiez les rapports que rédigent certains de ces bacheliers ces dernières couvées !

 

Alors que bon nombre d’animateurs télé ou radio, de comédiens, de romanciers, de chefs d’entreprises, voire d’hommes politiques se vantent, s’enorgueillissent d’avoir été des cancres à l’école, il est désolant de constater que des BAC +3, 4, 5, frappent, sans succès, à la porte de madame Paule Emploi.

Il serait bon que cet ouvrage, dont la dernière édition remonte à 1999, soit réédité, et fourni à nos braves députés et ministres, afin de leur donner un sujet de réflexion, ce qui les occuperait au lieu de pondre des lois qui n’ont aucun sens, et répondre n’importe quoi lors des interviews. N’est-ce pas monsieur Emmanuel Macron, qui déclarait le 26 mars dernier :

Ce qu'il se passe en Guyane depuis plusieurs jours est grave. C'est grave en raison des débordements. Mon premier mot est celui d'un appel au calme parce que, je crois que bloquer les pistes d'aéroport, bloquer les décollages, parfois même bloquer le fonctionnement de l'île ne peut être une réponse apportée à la situation.

JEAN-CHARLES : La foire aux cancres. Editions Calmann-Lévy. Parution 1962. 220 pages.

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 08:37

Comme on fait son lit, on se couche. Il parait !

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer.

Mais ce n’est pas dans les habitudes du capitaine Johny Sopper, agent du gouvernement, qui en ce mois de novembre se sent perdu dans New-York. Il a plus l’habitude de parcourir les plaines de l’Alabama que parcourir les rues d’une ville dont les habitants résident dans des immeubles de six étages.

Avec le sergent Steve, il doit réceptionner un professeur en provenance de Paris et le conduire à Washington. Seulement il a la désagréable impression, ressentie pareillement par Steve, d’être suivi au cours de ses déambulations sur le port. D’ailleurs il fait sensation auprès des gamins, habillé avec sa veste en pécari, ses culottes de cheval, ses bottes noires et son feutre à larges bords.

Enfin ils récupèrent le voyageur, un nommé Adalbert Durandal, du Musée d’Histoire de Paris. Des chambres d’hôtel sont réservées aux trois hommes en attendant de joindre Washington. Durandal confie qu’il doit remettre des documents, soigneusement gardée dans un portefeuille rouge, concernant des trésors qui auraient été enfouis par les premiers migrants, dont notamment au lac Erié, sur une île. Mais à cet hôtel s’est installée également une jeune femme, une Française selon le directeur, Jeanne Berry.

Alors que Johny Sopper avait prévu une soirée au théâtre, Durandal annonce qu’il se sent quelque peu malade. Il préfère rester dans sa chambre qu’il boucle à double tour. Au retour de leur sortie, Sopper et le sergent Steve s’aperçoivent que la porte n’est plus fermée et que Durandal a disparu. Les événements se précipitent.

Les deux hommes partent à la recherche du professeur, chacun de leur côté, et le lendemain, un cadavre est découvert sur les rails. Il s’agit probablement de Steve car l’inconnu porte ses bottes et sa montre. Jeanne Berry a quitté l’hôtel, direction Saratoga selon le directeur de l’établissement. Mais Sopper apprend qu’en réalité elle a pris le train pour Albany. Le directeur de l’hôtel est assassiné et le portier est trop serviable pour être honnête.

Sopper, après déjà avoir été agressé et assommé, part pour Albany et retrouve inopinément Steve qui n’était pas mort. Ils apprennent que Jeanne Berry voyage en compagnie de son frère et d’un homme qui ressemble fort à Durandal. Puis c’est la suite du voyage vers le lac Erié.

 

Johny Sopper échappe à de multiples dangers dont, dans le désordre, un affrontement homérique avec un grizzli, des agressions avec des individus particulièrement belliqueux, à quelques noyades et un plongeon dans les chutes du Niagara, des bagarres avec des Comanches, puis des coups de feu, des rencontres inopinées avec des gourdins, de quoi démontrer sa force herculéenne mais également qu’il n’est pas à l’abri d’interventions musclées, aidé dans tous ses démêlés par la présence opportune de Comanches, une autre tribu que la précédente, puis de Cheyennes qui pensent le délivrer, les deux peuples ne s’appréciant guère.

Mais si les « Indiens » ne sont pas toujours montrés sous un jour favorable, il existe un code de l’honneur que ne pratiquent pas en général les Blancs. Ils ne peuvent pas tuer un homme qu’ils sont sauvé d’un péril. Celui que nous avons sauvé est des nôtres, affirme ainsi Tête d’Or le chef Cheyenne. D’ailleurs Johny Sopper, s’il ne pratique pas la langue française, comme on le constate au début du récit, s’exprime aisément en langue comanche ou cheyenne, ce qui est quand même un avantage dans certaines situations.

Un roman qui privilégie l’action au détriment des longues narrations descriptives des lieux et des personnages. Pas le temps pour le lecteur de s’ennuyer, de reprendre son souffle, son seul souci étant de tourner les pages afin de connaître la fin de cette intrigue très mouvementée. Johny Sopper encaisse, et donne, de nombreux coups, comme dans les scènes de bagarre au cinéma, au cours desquelles chaque protagoniste se rue contre son adversaire sans jamais ressentir le moindre mal ou presque.

 

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer. Collection Western N°8. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1953. 192 pages.

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 09:33

L'orgueil, un péché capital que certains prônent par intérêt...

Lawrence SANDERS : Chevaliers d'orgueil

Divorcé, Daniel Blank est invité par ses amis et voisins Morton qui lui présentent une jeune femme, Célia Montfort, avec laquelle il se sent rapidement complice. Ils couchent ensemble et, pour lui prouver son amour, il tue à l’aide de son piolet de montagne un inconnu dans la rue. Puis il assassine une seconde fois.

Le capitaine Edward X. Delaney, responsable du secteur 251, doit théoriquement être chargé de l’enquête. Mais il est déchargé de cette affaire au profit de Broughton, premier commissaire adjoint, un homme fort ambitieux. Ce que n’approuvent pas ses supérieurs qui lui conseillent de prendre une disponibilité et de résoudre cette histoire le plus rapidement possible, afin de couper l’herbe sous les pieds de Broughton.

Delaney accepte mais il lui faut avancer à pas feutrés. Il requiert l’aide de Langley, spécialiste des armes et outils anciens en retraite, puis de Monica Gilbert, la veuve de la deuxième victime, ainsi que de Calvin Case, un alpiniste cloué dans son lit à la suite d’un accident de montagne.

Delaney confie à ses adjoints officieux le soin de répertorier les magasins de sport, d’éplucher leurs factures, d’établir des fiches, d’effectuer des recoupements. Pendant ce temps, Daniel qui se sent investi d’une mission de propreté continue son carnage. Une troisième, puis une quatrième victime trépassent sous ses coups de piolet.

Broughton, présomptueux et incapable d’organiser efficacement la chasse au tueur, s’embourbe et Delaney est officiellement chargé cette fois de mener l’enquête à bien.

Daniel est localisé et le policier s’introduit chez lui sans mandat de perquisition. Il découvre quelques preuves matérielles de ses crimes, malheureusement il ne peut s’en servir, son action étant illégale. Utilisant à bon escient et selon leurs capacités les hommes qui lui sont affectés, Delaney organise une surveillance permanente.

 

Premier roman de Lawrence Sanders consacré à sa série des « Péchés mortels », Chevaliers d’orgueil, comme son titre l’indique, met en scène trois personnages habités par le démon de l’orgueil, mais dont les motivations et les procédés diffèrent.

Aussi bien Delaney, Daniel que Broughton sont orgueilleux de nature. Delaney d’une manière terre à terre, prenant son rôle de policier et de justicier à cœur. Broughton, vaniteux et ambitieux, lorgnant du côté de la Maison Blanche, croyant pouvoir résoudre les problèmes de manière arbitraire et considérant les policiers sous ses ordres comme de la simple valetaille.

Daniel s’imposant dans sa société mais se sentant investi d’une mission quasi divine d’épuration, amalgamant passion et rejet d’une homosexualité sous jacente qui ne demande qu’à s’extérioriser. D’ailleurs, il couchera avec Tony, douze ans, le jeune frère de Célia, recherchant d’autres sensations et un besoin de justification de ses actes.

Malgré les six-cents pages du livre, on ne s’ennuie pas dans cette histoire qui parfois se recoupe, le projecteur étant braqué alternativement sur l’assassin et sur le policier.

 

Réédition : Le Livre de Poche Thriller n°7598. Parution 1993.

Réédition : Le Livre de Poche Thriller n°7598. Parution 1993.

Lawrence SANDERS : Chevaliers d'orgueil (The first deadly sin - 1973. Traduction de Gilles Berton). Hors collection. Editions du Masque. Parution septembre 1991.

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 13:05

C'est dur de partir, de laisser au pays une femme enceinte et de bonnes terres labourables.

Jean-Claude PONÇON : Le fantassin d'argile.

C'est d'autant plus dur qu'il faut rejoindre le front, du côté de Reims. Et Louis ne comprend pas, et il n'est pas le seul, pourquoi il est mobilisé. Sûr qu'il serait mieux à la ferme en ce mois de juin 1916, alors que Marie est sur le point d'accoucher et qu'il va falloir rentrer les foins puis les blés. Alors, dans les tranchées, Louis se morfond, malgré les orages d'obus allemands.

Il pense à Marie, à son futur bébé. Mais il a peur, peur que Marie le trompe. Avec le notaire ou encore le mitron dont elle l'entretient dans ses lettres. Alors l'idée de déserter s'incruste dans l'esprit de Louis et il prépare des vivres dans une musette qu'il cache dans une grange. Un accident cardiaque le conduit à l'hôpital. Il fait la connaissance d'une infirmière et tous deux sympathisent. Elle va jusqu'à lui procurer des vêtements civils.

Là-bas, dans la Beauce, Marie accouche d'un petit garçon. C'est une femme de la ville et si elle aime la campagne, la vie à la ferme ne l'enchante guère. Mais elle est charnelle et Louis le sait. Alors il s'inquiète. Comment réagit-elle, maintenant qu'elle est mère, délivrée et seule?

Un soir, il saute le pas et déserte. Lorsqu'il arrive à la ferme, après un long périple pédestre, il la surprend dans les bras d'un homme.

 

Chronique intime d'une vie ordinaire durant la Première guerre mondiale, Le fantassin d'argile nous compte les affres d'un homme attaché à sa terre, à sa femme, et qui se retrouve déboussolé‚ loin des ses attaches. Il n'a pas demandé à partir et la jalousie le tenaille. Il n'a pas confiance : sa femme n'est pas issue de son milieu et elle ne s'est pas véritablement intégrée à sa nouvelle famille, aux travaux de la terre qu'elle a toujours dédaignés.

D'ailleurs le ménage ne s'était pas installé dans la ferme familiale. Ils vivaient à la ville et Louis tous les jours partait à vélo pour soigner les bêtes et s'occuper des travaux des champs.

Mais ce roman consacré à un couple durant la Première Guerre Mondiale met en exergue l'antagonisme qui existe entre le monde rural et la Ville. Et l'on s'aperçoit que la guerre engendre des dommages collatéraux à l'encontre d'individus qui sont envoyés sur le front pour des causes belliqueuses auxquelles il ne comprennent ni les tenants ni les aboutissants.

Un roman sobre et qui transpire l'amour de la nature.

 

Réédition Pocket. Parution 15 juin 2006. 188 pages.

Réédition Pocket. Parution 15 juin 2006. 188 pages.

Jean-Claude PONÇON : Le fantassin d'argile. Collection Terra. Le Cherche Midi éditeur. Parution octobre 1994. 188 pages.

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 08:55

Hommage (tardif) à Michel Durafour, homme

politique et romancier, décédé le 27 juillet 2017.

Pierre JARDIN : Agnès et les vilains messieurs.

Les lectures de l'Oncle Paul étant un blog sérieux, il n'est pas question pour le scripteur de se dévoyer en rédigeant une chronique politique mais de garder la barre sous le vent de la littérature populaire.

Aussi le propos n'est pas de rendre hommage à un politicien qui a œuvré sous différents ministères, qui a été maire de Saint-Etienne lors de l'apogée des Verts (quand même !) mais à un romancier qui a écrit de nombreux romans policiers et d'espionnage. Une carte de visite plus glorieuse que celle d'homme politique, et ceci ne s'adresse pas uniquement à Michel Durafour mais à tous ceux qui magouillent sous les ors de la République.

 

Fille d'un industriel ancien épicier qui a fait son beurre en inventant une crème dessert-minute, Agnès Lorin n'est âgée que de vingt ans mais elle sait déjà ce qu'elle veut. Surtout pas le mari que son père espère qu'elle épouse car elle a des vues sur Marc Bérard, représentant en machines agricoles. Du moins c'est ce qu'il lui a indiqué.

Mais Marc Bérard n'exerce pas du tout ce métier. Il est agent secret et pour l'heure, il est en conversation avec son patron, au sujet de plans du Guyenne, la nouvelle fusée française. L'homme chargé de les transporter a été assassiné et bien entendu, les plans ont été dérobés. Et l'enquête confiée à Blaise Saron, un jeune agent, piétine. Bérard a connu Blaise un an auparavant et le jeune homme se réclamait d'une amitié entre leurs parents, bien des années auparavant. Et c'est ainsi qu'il est devenu agent secret, avec l'appui de Bérard.

Le grand patron des Services secrets montre une lettre anonyme indiquant que les plans seront restitués contre une forte somme et que l'échange pourrait avoir lieu à l'Hôtel Athena à Rhodes. Il est également signifié qu'une place vacante de barman pourrait convenir à un collaborateur des Services Secrets. Comme Blaise est en charge de l'affaire, il sera envoyé sur place, après une rapide formation, mais Bérard n'est pas du tout d'accord. Il le signifie à son patron et va prendre des vacances... à Rhodes.

Il en informe également Agnès lors d'une repas vespéral et en tête à tête, alors que celle-ci lui a réservé une petit surprise. Pour elle, c'était leur repas de fiançailles.

A l'hôtel Athena, ou il est reçu par le directeur italien Pipardi, lequel ne semble guère intéressé par l'arrivée de nouveaux pensionnaires, il a la surprise de retrouver Alexis, un confrère espion russe qui doit se produire dans un club comme chanteur. Au cours du voyage il a fait la connaissance d'une charmante vieille dame, pas indigne mais presque, septuagénaire, et d'un professeur, archéologue syrien. Plus un couple d'amoureux, lui Irlandais, elle Espagnole du doux prénom d'Adoracion.

Sans oublier les employés de l'hôtel, un Turc et un Grec, ce qui naturellement donne de l'ambiance sachant que les deux peuples n'entretiennent guère de relations amicales. Et Blaise qui semble à l'aide dans son rôle de barman, sans oublier Agnès qui arrive inopinément.

 

S'ensuit un chassé-croisé dans une réunion d'espions, déclarés ou non, de contrebandiers sans scrupules, de vrais faux amoureux, un ensemble de quiproquos alimentés par l'humeur versatile d'Agnès. Car la jeune fille, qui croit que son prétendu fiancé et Marc sont à Rhodes pour effectuer un cambriolage de banque, pique ses colères aussitôt éteintes pour redevenir la tendre fiancée, exerçant un chantage auprès de Bérard, devenant sans prévenir une tigresse. Elle fait un peu penser à l'héroïne caractérielle de Charles Exbrayat, Imogène McCarthery, mais sans sa propension à ingurgiter du whisky. Cette boisson est réservée à Mrs Galiday, l'Américaine septuagénaire, au caractère bien trempé.

Les malentendus, les situations équivoques s'enchaînent avec un humour débridé qui n'a rien perdu de sa saveur, même si certains passages paraissent un peu longuets. Malgré son statut d'homme politique en devenir, car à l'époque où parait ce roman, Michel Durafour n'est que maire-adjoint de Saint-Etienne, depuis 1947 toutefois, et fut conseiller général du canton de Saint-Etienne Nord-Est. Parfois, il se permet quelques piques, concernant les communistes notamment, mais celles-ci sont rapidement contrebalancées, comme dans une conversation entre deux personnes honnêtes mais de confession politique différente.

 

Curiosité : Le copyright est attribué à Jean Claude Fiard, lui-même auteur dans la même collection de quelques romans dont Des raisons pour mourir et Quand chante le tambour, auteur dont on ne sait rien, sinon qu'il a également publié Une tombe sous les hévéas, dans la collection Vidocq N°1 aux éditions Cœur de Vey en 1959. D'après l'étude de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret, Le Vrai visage du Masque paru aux éditions Futuropolis en 1984, Jean-Claude Fiard serait né à Montluçon, sans plus de précision.

Alors erreur de l'éditeur ? Pierre Jardin alias Michel Durafour se cacherait-il sous le pseudonyme de Jean-Claude Fiard ? Ou le contraire ? Toutes les suppositions sont à envisager.

Pierre JARDIN : Agnès et les vilains messieurs. Collection Espionnage Charles Exbrayat N°3. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution juin 1963. 192 pages.

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 10:02

Ne la laissez-pas ouverte, cela risque

de s'évaporer...

Laurent GENEFORT : Une porte sur l’éther.

Lors de la parution de ce roman, Laurent Genefort n'avait que 32 ans, mais il possédait déjà à son actif plus de vingt cinq titres.

Imaginez deux planètes, Favor et Dunaskite reliées par une espèce de tube, l’Axis, un peu comme les haltères soulevés par les athlètes lors des derniers jeux olympiques. Ce tube, long de 126 000 km pour un diamètre de 815 km, est un peu le régulateur des deux planètes puisqu’il sert de conduit navigable et aérien au pollen de l’Ambrozia, une plante qui pousse sur une des deux planètes et sert à la survie commerciale de l’autre.

Jarid Murray, envoyé de la DemeTer est chargé de régler diplomatiquement l’animosité qui règne entre les deux planètes jumelles, voire siamoises, animosité qui pourrait bien conduire à leur destruction commune. L’Axis n’est pas vierge mais est habité par les Kunis et les Ogounistes, divisés en nombreux clans marginaux, pouvant pencher en faveur de l’une ou l’autre planète ou profitant de l’état belliqueux qui les animent pour développer une indépendance et une reconnaissance de leur situation de marginaux.

Comme tout roman de science-fiction, ce livre pourrait être une parabole sur les arrivistes qui privilégient une carrière personnelle au détriment de la communauté, sur le risque d’anéantissement d’un monde lorsque le déséquilibre économique, avec tout ce comporte de disfonctionnements entre deux états, est engendré par les phantasmes dictatoriaux d’un clan politique résolu à devenir le maître du monde au détriment des autres humains, au nom d’un système, d’une religion, d’une idéologie.

Le vecteur de la science fiction est parfois plus souple, plus anonyme, que le roman noir afin de mieux cerner la réalité actuelle et la mettre en évidence, de dénoncer les dangers qui nous guettent devant les prises de positions de certains chefs d’état.

 

Réédition J'ai lu Science-fiction N°6544. Parution 10 avril 2003. 252 pages.

Réédition J'ai lu Science-fiction N°6544. Parution 10 avril 2003. 252 pages.

Laurent GENEFORT : Une porte sur l’éther. Grand format SF, Fleuve Noir. Parution 16 mai 2000. 266 pages.

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 10:06

La cuisine, mais pas au beurre, car depuis Pierre Dac et Francis Blanche, l'on sait que le Sâr dîne à l'huile...

Pascal BASSET-CHERCOT : La Passion du Sâr.

Surtout connu pour la saga de l'inspecteur Déveure, le Boiteux, ainsi surnommé à cause de sa claudication due à un accident de service, Pascal Basset-Chercot s'éloigne parfois à contre courant de sa production littéraire policière avec des romans dont la psychologie est encore plus marquée.

Toine, mémoires d'un enfant laid par exemple en est la parfaite illustration. Un roman poignant dans lequel le personnage principal est un enfant maltraité, en proie à un acharnement quasi sadique, et qui comme tous les ingénus de son âge ne comprend pas cette constance dans la méchanceté dont il est l'objet.

Avec La passion du Sâr, Pascal Basset-Chercot emprunte une nouvelle voie de traverse, un petit chemin qui fleure l'initiatique, une récréation dans son univers noir. Pour une fois l'enfant n'est pas le personnage principal, même si la mort d'une gamine s'avère obsédante dans la quête des protagonistes qui gravitent dans ce roman où le spiritisme côtoie le suspense.

Jean Baptiste Grandier vient de s'échapper d'une clinique psychiatrique et si pour les uns ce n'est qu'un mage au pouvoir paranormaux incontestables, pour d'autres ce n'est qu'un assassin. Sophie Fallières dont le mari, lui même psychiatre dans cet établissement, est dans le coma suite à un accident provoqué par le mage - une collision bénigne pour tous les témoins qui ont assisté à l'incident - Sophie Fallières décide de retrouver ce personnage mystérieux qui a rejoint Lyon, son fief.

Mais Jeanba comme l'appelle ses anciens disciples, enfin ceux qui lui restent, connaît mieux que quiconque les traboules, passages et venelles de la cité qui se partage entre Saône et Rhône.

Mentor d'une confrérie, Jeanba apprend que celle-ci est sous l'influence d'un de ses disciples, échappant à son influence. Entre quête spirituelle et enquête initiatique, entre recherche d'identité et avidité de compréhension des évènements, la jeune femme, aidée d'un voyant et d'un policier, va remonter le temps et les évènements, croisant sur sa route un cordonnier, un prêtre et un antiquaire.

Alors que Lyon en liesse est prêt à accueillir le pape, le Sâr Jeanba va vivre sa passion qui se renouvelle tous les trente trois ans depuis des siècles. Avec La Passion du Sâr Pascal Basset-Chercot nous propose un livre envoûtant comme en écrivait Conan Doyle lorsqu'il découvrit le spiritisme.

 

Pascal BASSET-CHERCOT : La Passion du Sâr. Editions Calmann-Lévy. Parution 5 avril 1995. 240 pages. 19,50€. Version numérique 10,99€.

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 08:42

François Angelier aime les Mauvais genres....

ANGELIER : Le Templier.

Le grand frisson, ce n’est pas fatalement la palpitation ressentie en compagnie d’une personne du sexe opposé (merci Guy Béart), mais celui aussi éprouvé à la lecture d’un livre, pas forcément érotique, qui procure ce dressement du poil sur la peau par l’ambiance, l’atmosphère qui s’en dégage.

Ainsi certains romans où l’angoisse prime, nourrissant cette appétence de peur qui dès notre plus jeune enfance se déclare, par le truchement des contes et légendes narrées par nos parents ou lu dans des versions édulcorées, qui vont du Petit Chaperon Rouge au Chat Botté en passant par bon nombre d'historiettes qui aujourd’hui font sourire.

 

L’abbé Valério Mazetti occupe au Vatican une fonction reposante en diable (zut, ça m’a échappé !). Il officie au bureau de presse et navigue au milieu de dossiers, d’articles, de paperasses à ranger. Bref pas de quoi se fouler les méninges et par là même se garder d’agréables moments de loisirs pour satisfaire une passion honnête, la peinture animalière.

Il est dérangé dans son antre par un appel téléphonique pour le moins curieux émanant du père Gorz, surnommé le porte-flingue de Sa Sainteté. Valério doit transmettre un dossier hyper confidentiel à Paris à un homme surnommé Le Templier qui est chargé de résoudre des affaires particulières et énigmatiques en relation avec la religion et pour ce faire il est assisté d’un nain, spécialiste d’informatique, et d’une sœur dont la particularité est d’expier les fautes d’autrui en se flagellant et dotée de pouvoirs supra normaux.

Berthe, une vieille fille, alors qu’elle passait quelques jours de vacances en baie de Somme, a cru voir, d’ailleurs elle en est persuadée, son neveu Loïc, décédé des années plus tôt lors d’une chute en montagne, jouer sur une île proche du rivage en compagnie d’autres personnes dont les activités sont immuables : taper dans un ballon, construire des châteaux de sable détruits par la marée et reconstruits inlassablement, et autres fariboles. Un autre couple a eu la même vision, pourtant, pour les yeux du Templier et de ses compagnons, qui se rendent sur place, cette île est déserte.

Toutefois l’endroit est malsain. La gare semble abandonnée, le seul hôtel du pays est désert, ce qui est normal pour la saison, mais délabré et à la construction bizarroïde, un couvent de religieuses jette sur le pays une aura de maléfice et draine les rumeurs suspicieuses. Et puis, Berthe, désirant rejoindre l’îlot, a été mordue par une murène capucine, une bestiole qui a disparu des continents sous-marins depuis des siècles. Or la reproduction de ce poisson prédateur est affichée dans les chambres.

 

Avec ce roman François Angelier nous plonge dans une atmosphère de fantastique, d’épouvante, d’angoisse, d’épouvante, sévissant dans un monde occulte régi par la religion et la terreur, où l’horreur va crescendo. Frissons garantis pour ce premier ouvrage qui devrait être le premier d’une longue série consacrée au Templier, du moins je l’espère, les affaires que celui-ci devrait être à même de résoudre ne manquant pas. Le Templier a reçu le Prix du Roman Fantastique du festival de Gérardmer, Fantastic’arts, ce qui est fort mérité, nonobstant que je ne connais pas les autres manuscrits qui étaient en lice.

ANGELIER : Le Templier. Collection moyen format. Editions du Masque. Parution 24 janvier 2001. 234 pages.

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 09:23

Dans les coulisses du pouvoir...

Rien n'est plus jouissif pour un non initié que de se promener dans les arcanes du monde de la politique française et de débusquer tous les petits secrets qui alimentent les couloirs des hôtels particuliers transformés en maisons closes gouvernementales.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Les deux romans que nous propose Calmann-Lévy dans la collection Les Lieux du Crime en sont la représentation écrite parfaite. Si Meurtre à Matignon possède une intrigue un peu mince, les personnages décrits ont une saveur qui n'offusquera personne, sauf peut-être les intéressés. L'humour parfois ravageur et caustique de ce roman compense les faiblesses de l'enquête qui se termine en un pied de nez dont malheureusement l'actualité ne sera plus de mise. Jacques Toubon, le Ministre de la Culture, et Jacques Attali, le conseiller du Président, sont présentés comme les bouffons, les Jacques de cette aimable historiette. Au cours d'une réception organisée par le Premier Ministre, Jacques Chirac et Philippe Seguin disparaissent. Tout laisse à supposer qu'il s'agit d'un enlèvement et un mouchoir taché de sang retrouvé près d'une statue invite à toutes les suppositions même les plus pessimistes. Joxe, avec toute l'austérité qui le caractérise, mène l'enquête.

 

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Meurtre au PS est plus grave dans le propos, et si là encore l'épilogue tient dans une pirouette, l'intrigue proprement dite s'apparente plus au roman policier. Laurent Fabius est sérieusement blessé par deux hommes alors qu'il sort de l'Ecole Normale où il s'est rendu en visite. Les langues vont bon train et au PS les factions sont divisées. Michel Rocard est-il à l'origine de cette tentative de meurtre afin de mieux asseoir sa prépondérance aux instances nationales, ou Fabius lui-même comme certains aiment à le laisser croire, est-il à l'origine de cet attentat ? La droite assiste à ces échanges de propos parfois venimeux en spectateur qui se voudrait impartial.

Là encore nous avons droit à une galerie de portraits à la limite de la caricature, et Michel Charasse n'est pas loin de se servir de ses bretelles comme d'une fronde, fronde qui couve parmi les quadras. Un véritable commissaire dirige l'enquête et il marche sur des œufs, devant éviter l'omelette et les œufs brouillés, même si la sauce est parfumée au Cresson. Deux divertissements qui n'engendrent pas la morosité, au contraire de la politique.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS. Collection Les Lieux du crime. Editions Calmann-Lévy. Parution 1993. Ces deux ouvrages sont disponibles en version numérique pour 5,99€ chacun.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:22

Hommage à Anthony Berkeley né le 5 juillet 1893.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Fondé, organisé et depuis peu présidé par Roger Sheringham, le Detective's Club reçoit ce soir là l'inspecteur-chef Moresby de Scotland Yard. D'après les statuts le Club de détectives amateurs devrait comprendre treize membres, mais pour entrer dans ce cercle fermé, le candidat doit posséder un esprit déductif, des aptitudes psychologiques et répondre à un questionnaire concernant un certain nombre de sujets choisis par les membres du club.

Le dernier en date de ces postulants ayant démontré ses qualités est Mr Chitterwick, un petit homme effacé et totalement inconnu. Outre Roger Sheringham, les autres membres sont un avocat célèbre, un sympathique écrivain de romans policiers, une femme auteur dramatique fort connue et une romancière qui n'est peut-être pas aussi connue qu'elle devrait l'être. Six membres donc qui accueillent l'inspecteur-chef Moresby lequel va leur soumettre à leur sagacité un problème de meurtre non résolu.

Et s'il soumet ce cas aux membres du club, c'est parce que la police officielle a pratiquement renoncé à retrouver le meurtrier de Mrs Bendix. Mais quelle est donc cette étrange affaire dont Moresby entretient ces membres tout ouïe ?

 

Membre du club de l'Arc-en-Ciel, la première chose que fait Graham Bendix, en ce vendredi matin 15 novembre, est de demander s'il y a du courrier à son nom. A ce moment entre Sir Eustache Pennefather, comme chaque matin ponctuellement à dix heures demie et qui passe pratiquement tout son temps dans les locaux du Cercle. Lui aussi réclame son courrier qui se compose de trois lettres et un paquet. Les deux hommes qui ne se fréquentent guère, s'installent chacun dans un fauteuil près du feu. Soudain Bendix entend Sir Eustache émettre une exclamation de contrariété. Le paquet contient une boîte de chocolat et une lettre d'accompagnement précise que les friandises sont offertes généreusement pas un célèbre chocolatier qui vient de mettre au point une nouvelle recette de chocolats à la liqueur.

Sir Eustache vitupère, et il n'a pas l'intention d'envoyer un témoignage de satisfaction. De la publicité ! Or justement Bendix se souvient qu'il a engagé un pari la veille avec sa femme et comme il a perdu, il lui doit une boîte de chocolats. Sir Eustache se débarrasse du coffret dont il n'a que faire. Le papier d'emballage et la lettre d'accompagnement vont directement dans la poubelle de l'accueil.

Après avoir lu le journal et joué une partie de billard, Bendix rentre chez lui pour déjeuner avec sa femme. Il lui offre les chocolats qui ne lui ont rien coûté et ils commencent à en déguster quelques échantillons. Trois parfums sont proposés, kummel, marasquin et kirsch. Bendix en savoure deux, sa femme en prendra un peu plus. A priori ce ne sont pas des nouveautés, même s'ils trouvent que le goût en est beaucoup plus prononcé. Plus fort en alcool à première vue, ou au premier goût comme vous voulez, avec pour ceux au kirsch un goût d'amande amère plus accentué.

Bendix sera malade mais s'en remettra tandis que sa femme, un peu plus gourmande, en décèdera. L'analyse des chocolats révèle qu'ils contiennent de la nitro-benzine, produit couramment utilisé dans les confiseries et les parfums, mais en dose mortelle

 

La question primordiale est de savoir si Sir Eustache était visé, lui qui est un coureur de jupons avéré, en instance de divorce. Ou bien a-t-il offert délibérément les chocolats à Bendix ? Ou bien... Les suppositions sont nombreuses, et suppléant les policiers les six membres du Detective's Club font faire fonctionner leurs petites cellules grises et chercher à établir qui est le coupable, pourquoi et comment.

Sept solutions sont donc proposées, sept car l'un d'eux en suggère deux, et toutes se tiennent, toutes sont valables avant que la solution du premier soit balayée, démontée par son successeur qui en offre une autre plus plausible, à son avis.

 

Anthony Berkeley s'amuse à détourner les principes du roman policier, nous sommes en 1929, en explorant les deux positions, déduction et induction, qui gèrent une enquête. Il souffle donc le chaud et le froid, par enquêteurs amateurs interposés, et à partir d'un même fait fournit des interprétations différentes selon les considérations de chacun, interprétations qui toutes tiennent la route, à condition qu'une seule soit avancée et non pas sept.

Comme le fait remarquer l'un des membres, en se basant sur l'écriture de romans policiers :

J'ai souvent remarqué que, dans ces sortes d'ouvrages, l'auteur tire d'un fait donné, une interprétation unique, et qui, bien entendu, est la bonne. Seul le détective intelligent et chéri de l'auteur est capable de trouver quelque chose, et ce qu'il trouve est toujours juste.

Cette déclaration est un peu un pavé dans la mare des écrivains qui concoctent une énigme sur laquelle tout le monde se casse les dents sauf l'enquêteur récurrent d'un auteur de romans policiers. Et sa solution ne souffre d'aucune contradiction. Or dans la vie, ce n'est pas toujours ainsi que cela fonctionne, et les déductions, parfois hâtives, qui désignent un coupable ne sont pas forcément celles qui s'inscrivent dans la réalité. Certaines affaires le démontrent d'ailleurs des années plus tard, et encore de nos jours.

Ces détectives en herbe ne se contentent pas de triturer leurs petits cellules grises. Ils vont sur le terrain et rencontrent les mêmes témoins ou presque. Seulement ils ne posent pas les mêmes questions et leurs conclusions divergent.

Anthony Berkeley était novateur alors que S.S. Van Dine édictait ses règles pour écrire un roman policier, règles qui ne pouvaient se transposer que dans une utopie littéraire. Il détourne les règles comme le fit quelques années avant lui Agatha Christie puis le fera ensuite John Dickson Carr, mais en utilisant des précédés différents.

Anthony Berkeley fonde le Detection Club en 1930. Cette association d'auteurs britanniques accueille en son sein des romanciers tels que Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, G. K. Chesterton, Freeman Wills Crofts, John Rhode et la Baronne Orczy, est quasiment calquée sur le Detective's Club mis en scène dans Le Club des Détectives. Un roman, dont chaque chapitre est écrit par un auteur différent, sera écrit et publié sous le nom d'Amiral flottant sur la rivière Whyn, plus connu sous le titre d'Amiral flottant tout court.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Anthony BERKELEY : Le club des détectives (The poisoned Chocolate Case - 1929. Traduction de M Faure).

Première édition : coll. Le Domino noir no 4. Éditions Alexis Redier. 1931.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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