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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:14

Le parfum du roman noir américain !

Serge LAFOREST : Une poigne de fer.

A trente neuf ans, seize ans de service et trente-six enquêtes résolues à son actif, le lieutenant Sol Barker peut enfin espérer obtenir ses trois ficelles et devenir capitaine. Il est affecté dans un commissariat de Brownsville, et est célibataire depuis que sa jeune compagne Gail a déserté le foyer conjugal.

Elle était danseuse et n’a pas supporté les horaires de travail de Barker. Alors depuis seize mois, elle a repris sa liberté. Ce qui n’a pas empêché Sholto, dit Sol, Barker de s’intéresser à ses faits et gestes.

L’annonce que son dossier va enfin être déposé sur le bureau du maire, communication signifiée par son patron le commissaire Haraden, lui fait évidemment plaisir mais la nouvelle d’un meurtre vient gâcher l’avis de cette promotion, pas encore signée. Et ce meurtre a été signalé à l’adresse d’une certaine dame Namara, nouveau nom de Gail, née Owens mais ayant théoriquement gardé son nom d’épouse puisque le divorce n’a pas été prononcé entre eux.

Il s’agit d’un jeune gangster du nom de Buggsy Lazlo, qui avait fait ses armes avec Fredo le Sicilien puis, depuis que la bande avait été détruite, évoluait dans le sillage de Goldie Gaione. Sol, de la Brigade Criminelle, arrive sur place alors que deux policiers gardent l’entrée et interroge la femme de service qui était dans les escaliers. La concierge est toujours dans l’escalier ! Les ambulanciers partent avec le cadavre et Sol farfouille dans la pièce, retrouvant les objets et les vêtements chics de Gail. En sortant il se trouve nez à nez avec celle-ci.

Au début elle nie connaître Buggsy puis avoue qu’il la courtisait. Elle lui avait prêté une clé mais jure que jamais il n’a couché avec elle. Sol n’est pas convaincu par ses affirmations. Sol se rend ensuite chez Vito Lazlo, le frère de Buggsy, qui a quinze ans de plus que le défunt et qui tient un bar. Il lui annonce la mort violente de son frère, ce dont Vito n’est guère surpris, sachant les relations que celui-ci entretenait avec la pègre.

Dice Appledoe s’invite dans la pièce où se tient Vito, Sol s’étant caché derrière une porte. Appledoe est envoyé par Goldie Gaione pour que Vito lui refile un pourcentage sur ses recettes et fournit un endroit pour que le shylock, prêteur sur gages aux taux usuraires, puisse s’y installer. Vito refuse catégoriquement, ne mangeant pas de ce pain-là. C’est à ce moment que Sol se dévoile et embarque Appeldoe pour diverses infractions. Il demande au policier de garde de relâcher Appledoe au bout d’une heure.

Se faisant passer pour Bix Skouris, un concurrent de Goldie Gaione, il téléphone, d’un drugstore, au truand, l’informant qu’Appledoe aurait craché le morceau concernant Buggsy Lazlo. Car Sol est déterminé à donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Il veut monter l’un contre l’autre les deux truands, chefs de bandes rivales, mais le résultat n’est pas tout à fait conforme à ses prévisions.

Haraden l’informe que son dossier pour obtenir les trois ficelles a été mis à la poubelle. Le district attorney et le maire mangeant dans la main des truands. Sol pense que quelqu’un d’autre manipule les tygoons (gangsters).

 

Une poigne de fer, si ce roman était signé d’un pseudonyme américain et traduit par Serge Laforest, aurait très bien pu passer pour la traduction d’un livre en provenance d’Outre-Atlantique. On sent l’influence d’auteurs américains, dans le style de Bruno Fisher, de Day Keene et de quelques autres, de par le contexte. Et il ne faut pas oublier que Serge Laforest fut le premier auteur français publié dans la Série noire, sous le pseudonyme de Terry Stewart en 1948.

Il est étonnant qu’au départ Sholto Barker évolue à Brownsville puis au court du récit ce quartier ou cette ville devient tout simplement Brooklyn. Mais ce n’est qu’un détail, ce qui importe c’est le traitement de l’intrigue.

Un policier qui veut à tout prix, et par tous les moyens, se débarrasser de deux bandes de gangsters, mettant sa vie en jeu. Et le lecteur n’est pas étonné du résultat ni du nom de la personne qui tire les ficelles.

Un roman solide comme les écrivait Serge Laforest, et chez lui il n’y avait guère de déchet. Il fut l’un des piliers des collections Spécial Police et Espionnage jusqu’à son éviction ( ?) du Fleuve Noir en 1969.

 

Serge LAFOREST : Une poigne de fer. Collection Spécial Police N°60. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1954. 224 pages.

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 03:57

Une plongée dans le Paris des années 1950.

André HELENA : Le demi-sel.

Heureuse initiative que celle des éditions Fanval de rééditer l’un des romans composant la série « Les Compagnons du destin » d’André Héléna.

André Helena, un auteur peu ou mal connu, redécouvert cycliquement par des maisons d’édition qui ne mènent pas jusqu’au bout leur entreprise dont 10/18. Mais rééditer son œuvre, même partiellement, n’est que justice. Des romans qui malgré un petit air désuet n’ont pas pris une ride. Paradoxal ? Non.

Ceux qui n’ont pas connu ces endroits chauds que sont Pigalle, Barbès, La Goutte d’Or, n’ont pas connu Paris à la fin de la guerre, n’ont pas connu ces bouges avec les comptoirs en zinc, et la sciure sur le sol, ne peuvent pas se rendre compte de la force d’évocation des écrits d’Héléna. Si les mauvais garçons et les filles écument encore les trottoirs entre l’avenue de Clichy et Barbès, les lumières, les musiques, les devantures accrocheuses ne sont plus les mêmes et c’est le Paris d’aujourd’hui qui semble superficiel.

Les romans d’Héléna n’ont pas pris une ride car son écriture possède toujours cette force d’évocation, ce mélange acidulé de langue française et d’argot que l’on retrouve chez les grands anciens comme Francis Carco dans certains de ses romans. De même les histoires sont de tout temps. Cette mouise dans laquelle se débattent les acteurs des drames de la ville, cette déchéance dans laquelle ils sont aspirés comme dans des sables mouvants, cette misère qui s’accroche à leurs basques et avec laquelle ils s’habituent à vivre, tout cela existe encore.

Les demi-sels qui veulent se prendre pour des caïds ou qui sont jugés à tort comme tels, des victimes de la société, des autres, d’eux-mêmes ou du hasard qui complique toujours la vie.

Ce roman d’Héléna publié pour la première fois en 1952 retrouve une nouvelle jeunesse, et ce n’est que justice. Mais une fois de plus l’auteur, comme bien d’autres, ne jouira pas de ce regain d’intérêt porté à son œuvre car il est décédé en 1972. Restent ses compagnons de route, ses admirateurs, ses condisciples qui rendent hommage ici ou là à un romancier trop tôt disparu, dans l’indifférence générale et qui n’eut jamais de chance auprès des éditeurs ou alors trop tard.

Sans oublier qu’il fut spolié, réédité sous des noms d’emprunts pseudo-américains, ou obligé d’écrire à la va-vite chez des éditeurs plus ou moins véreux afin de gagner la pitance quotidienne. Et ceux qui aiment chiner dans les vide-greniers tenteront de retrouver ses romans parus dans la collection La Chouette sous le pseudonyme de Noël Vexin qui pour certains critiques sont des ouvrages mineurs, mais pour les nostalgiques des romans populaires des ouvrages dignes de figurer sur les étagères des bibliothèques populaires.

Réédition Collection Noir Rétro. Editions Plon. Parution septembre 2010. 220 pages.

Réédition Collection Noir Rétro. Editions Plon. Parution septembre 2010. 220 pages.

André HELENA : Le demi-sel. Les Compagnons du destin. Postface de Léo Malet. Collection Fanval Noir. Editions Fanval. Parution avril 1988. 192 pages.

ISBN : 9782869284074

 

 

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 04:24

Hommage à Jimi Hendrix décédé le 18 septembre 1970.

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix.

S’il existe un fan, gardien du temple de la mémoire de Jimi Hendrix, c’est bien Yazid.

Il lance des invitations, pour une soirée destinée à commémorer la disparition du guitariste légendaire, décédé le 18 septembre 1970. Il envoie des cartons à Noël Redding, Eric Burdon, Curtis Knight, Janis Joplin… Janis Joplin qui en apprenant le décès de Jimi, se jura de surveiller ses consommations de drogue et d’alcool, confiant à Mary Friedman, son amie et biographe : Je ne peux tout de même pas partir la même année que lui, vu qu’il est plus célèbre que moi. Elle décèdera le 4 octobre 1970 ! D’une overdose.

Né en 1965, Yazid est un petit gars de la banlieue parisienne et ses parents, originaires du Bénin, se sont séparés alors qu’il avait quinze ans. Il a touché du piano et autres bricoles, mais sans jamais vraiment s’y intéresser. Le déclic de sa passion pour Jimi Hendrix s’effectue en 1977, en regardant à la télévision Point chaud, une émission d’Albert Raisner, l’harmoniciste présentateur de l’émission culte Age tendre et tête de bois. L’annonce de Jimi Hendrix comme le plus grand guitariste du monde le laissa rêveur mais bien vite il fut conquis, et s’enticha de Jimi, se faisant offrir des disques, en parlant à ses amis, devenant peu à peu un inconditionnel. Une quête qu’il effectua comme s’il recherchait un assassin, la drogue.

A la suite d’un documentaire des Enfants du rock, en 1980, il se rend compte que l’entourage de Jimi est plus souvent accroché à l’argent qu’à la musique. Particulièrement Mike Jeffery, le manager escroc controversé de son idole, jusqu’à ce que le père, Al Hendrix, le chasse pour confier l’exploitation de l’héritage Hendrixien à l’avocat noir Leo Branton, lequel s’occupa aussi de Nat King Cole. Personnage sulfureux qui selon certaines personnes serait à l’origine de la mort par overdose de Jimi. Ce n’est pas pour autant que Yazid voue un culte particulier en collectionnant colifichets et autres bricoles témoins du fan obsessionnel, tout au moins au début.

Peu à peu l’âme de Jimi s’infiltre en lui. Il traine au New Morning, se met en relation avec d’autres fans dont Nona, une femme qui habite les Etats-Unis et avec laquelle il correspond longuement, et rêve de réaliser une soirée spéciale Jimi, un hommage gigantesque avec d’anciens musiciens et de nouveaux artistes dilettantes qui jouent du Hendrix pour le plaisir et par passion.

Il va concrétiser son rêve, organiser une soirée spéciale Jimi Hendrix à l’Olympia en septembre 1990, mythique scène parisienne sur laquelle son idole s’est produit par trois reprises. Son jour de gloire lorsqu’enfin il concrétise ce à quoi il aspire avec comme artistes Noel Redding, Eric Burdon, Randy California, Curtis Knight, et dans les coulisses Monika Dannemann, celle qui découvrit Jimi mort dans son lit et que beaucoup accusèrent de ne pas avoir alerté les urgences rapidement, ou même de l’avoir drogué, en lui faisant ingurgiter des somnifères. Bref de l’avoir laissé à son sort, des versions encouragées par sa rivale Kathy Etchingham, laquelle déclarait aimer Jimi mais ne se privait pas de le tromper lorsqu’il était absent et s’était mariée par ailleurs.

En narrant le parcours de Jimi Hendrix via celui plus sage de Yazid Manou, Stéphane Koechlin nous invite à pénétrer l’univers des adorateurs, des idolâtres même, du guitariste décédé à près de 28 ans, mort controversée, mais également à restituer aussi celui des musiciens qui ont gravité dans son sillage (et ses sillons).

Plus qu’une simple biographie, Blues pour Jimi Hendrix est un peu une poupée russe littéraire, colorée, pétillante, additionnée de nombreuses anecdotes et l’on entend presque les riffs de guitare que ceux qui ont assisté à un concert à l’Olympia le 18 octobre 1966 en première partie de Johnny Hallyday puis en vedette en 1967 s’en souviennent encore.

Et ceux qui comme moi n’ont pas eu le privilège de pouvoir s’acheter des places, Europe 1 était là pour suppléer et enregistrer les concerts, et l’émission Musicorama était fort prisée. J’aurais pu évoquer également les relations avec Eric Clapton, Chas Chandler (des Animals tout comme Eric Burdon), Mitch Mitchell, et combien d’autres qui apportèrent leurs pierres à son édifice musical, lui-même n’étant pas en reste de contributions.

J’aurais pu parler de son groupe le Jimi Hendrix Experience (qui ne vécu que quelques semaines) et d’Electric Ladyland, et de bien d’autres choses encore, mais je vous laisse le plaisir de découvrir ce superbe petit ouvrage signé par un connaisseur qui a baigné dans la musique dès sa plus tendre enfance, son père Philippe étant le cofondateur Rock & Folk

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix. Collection Castor Music. Editions du Castor Astral. Parution avril 2010. 200 pages.

ISBN : 9782859208202.

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 03:47

Quand André-Paul Duchâteau s’adonnait à la sherlockmania !

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient.

Surtout connu pour les scénarii de Ricochet, illustrés par son compère Tibet, André-Paul Duchâteau a également écrit de nombreux romans policiers à dominance humoristique.

Dans ce recueil, il s’attaque, gentiment et toujours avec humour, à un monument de la littérature policière en offrant quatre nouvelles, qui ne révolutionnent pas la geste de Sherlock Holmes mais contribuent à magnifier la légende du détective créé par Arthur Conan Doyle.

Quatre nouvelles sans fil conducteur mais dont certains personnages apparaissent et réapparaissent au long des récits, et je ne parle pas bien sûr de Sherlock Holmes et de son inamovible ami, secrétaire, et biographe.

 

Le Noël de Sherlock Holmes :

Une jeune actrice, Janet Fields, se présente le soir de Noël chez Sherlock Holmes. Elle est reçue par Watson qui, coïncidence heureuse, vient de lire un article concernant la pièce de théâtre dans laquelle elle joue.

Mal apparemment d’après un spectateur car elle vient de recevoir un message l’avertissant que son correspondant va la tuer ce 24 décembre, au cours de la représentation. Et c’est signé Jack l’Eventreur.

Alors Sherlock et son ami Watson se rendent au théâtre afin d’assister à la représentation et se présenter dans la loge de la jeune comédienne. Mais c’est le directeur de l’établissement qui est retrouvé assassiné.

 

Défis à Sherlock Holmes :

Raffles, le célèbre aventurier et gentleman cambrioleur, lance deux défis à Sherlock Holmes, lequel accepte galamment et s’en tirera à son avantage. Ce n’est point tant ces deux défis, bien imaginés par André-Paul Duchâteau, qui comptent, quoi que, mais bien ce personnage de Raffles, précurseur d’Arsène Lupin, créé par William Ernest Hornung, lequel n’était autre que le beau-frère d’Artur Conan Doyle. Une affaire de famille.

 

Le meurtre de Diana Bonté :

Trois sœurs, les sœurs Hawkins, se présentent chez Sherlock Holmes, requérant son aide dans une affaire de meurtre programmé. Elles sont toutes trois romancières, écrivant sous le pseudonyme commun de Diana Bonté des romans catalogués comme livres pour dames. Elles ont reçu un de leurs ouvrages avec une croix rouge tracée à côté de leur nom de plume, puis une boîte contenant une veuve noire, cet amical arachnide poilu.

A Sherlock Holmes rien d’impossible, ce qui n’empêche pas une pendaison. Suicide ou meurtre ?

On reconnaîtra aisément dans ce pseudonyme commun (mais pas commun) un clin d’œil appuyé aux sœurs Brontë.

 

Le propriétaire de Chelsea :

Etre un riche industriel, cela n’empêche de mourir d’un accident de la route. Une deux-chevaux, une voiture hippomobile, renverse le richissime Fortescue victime d’un meurtre avéré, le véhicule ayant été volé et retrouvé la nuit suivante. Pour Sherlock Holmes, l’assassin ne peut être que l’un des quatre locataires d’un immeuble dont Fortescue était le propriétaire. Des personnages étant étroite relation avec le défunt.

Le lecteur retrouve, dans cette nouvelle, Janet Fields dont il a fait la connaissance dans Le Noël de Sherlock Holmes ainsi que l’inspecteur Lestrade.

 

Quatre nouvelles empreintes d’un humour très British, ce qui ne gâte rien, et des déductions émises par Watson lequel est souvent contredit par Holmes. Ce qui ne l’empêche pas de tarabuster parfois le grand homme.

Mais il vous faut réagir et prendre un peu de distraction, Holmes. Vous ne pouvez pas continuer à rester confiné ici vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient. Collection Attitudes. Claude Lefrancq éditeur. Couverture et illustrations intérieures de René Follet. Parution 1992. 160 pages.

ISBN : 9782871530862

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 04:10

Quand on vous dit de ne pas laisser traîner vos déchets un peu partout !

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont.

Deux gamins découvrent un cadavre dans un square désert situé près du pont de Saint Nazaire, et il n’en faut pas plus pour que la grande maison, la Chancellerie, demande à Marie Lester de se rendre sur place afin d’enquêter sur ce meurtre apparemment banal.

Sauf que le cadavre lui n’est pas banal. L’ex juge Ménaudoux, le défunt, n’avait bonne presse aussi bien dans ses anciennes relations professionnelles que dans son voisinage. Un homme renfermé, qui avait côtoyé l’extrême-gauche et dont les jugements allaient à l’encontre de celle de la justice. Sa femme, acariâtre, n’est guère appréciée non plus. Tous les jours, à la même heure, il sortait son chien, effectuant le même parcours immuable. Le commissaire local et ses adjoints ont rapidement conclu à un crime de rôdeur. Quant au petit chien il gisait mort dans une mare, comme s’il avait reçu un coup de tatane mortel.

Pour Mary Lester, qui a été détachée de son commissariat de Quimper, tout est à reprendre de zéro. Son arrivée dans la cité portuaire, dans laquelle flotte encore l’ombre de Tintin, est entachée de quelques incidents. D’abord elle est accueillie par un gardien de la paix rébarbatif, puis comme elle est en retard, le commissaire est parti déjeuner. Tant pis, après son repas, elle retourne à son lieu d’affectation provisoire, et se fait remonter les bretelles car elle est élastique sur les horaires.

Seulement la belle et jeune officier de police n’est pas une personne à se laisser monter sur les pieds, et elle remet tout ce petit monde en place, sans s’énerver, ce qui énerve encore plus ses interlocuteurs. Elle prend une chambre puis se rend sur les lieux du drame à la recherche d’un indice omis par ses collègues. Bingo, elle trouve près d’un feu de camp un bout de papier. La notice d’emploi d’une pellicule photographique peu courante. Un premier indice important qu’elle recueille.

Elle revient sur place le lendemain matin, armée d’un appareil photo et d’une pellicule idoine en noir et blanc, et commence à prendre quelques clichés. Le manège de deux hommes autour d’une camionnette et d’une femme l’intriguent mais d’autre faits également. Elle s’inscrit dans le club-photo local afin de développer sa pellicule, se liant avec le responsable de l’association ainsi qu’avec d’autres membres de ce club. L’un des adjoints du commissaire reconnait sur l’une des photos un ancien rugbyman, une gloire qui était fort connue pour ses coups de poings, sur et en dehors des terrains et qui, en véritable brute, a eu maille à partir avec la justice. Devenu petit truand, il était arrivé à Saint-Nazaire incognito et totalement désargenté.

Or il circule des billets de deux cents francs reconstitués, laissant à penser qu’une moitié des billets avaient été donnés comme acompte, puis l’autre moitié lors de la réalisation du petit travail demandé.

 

Peu à peu Mary Lester remonte le fil de cette enquête linéaire, ce qui ne veut pas dire que les péripéties sont inexistantes, au contraire, pour arriver à une solution simple et subtile dans sa résolution, malgré les sarcasmes du commissaire local et de ses adjoints. Au début ils se gaussent d’elle mais bientôt ils sont obligés de rabattre leur caquet.

 

Si la trame de cette énigme n’est pas trop tarabiscotée, ce sont surtout l’humour qui se dégage principalement dans les dialogues, et les réflexions pleines de bon sens émises principalement par l’auteur qui priment et en donnent le sel.

Une lecture agréable qui ne s’embarrasse pas trop de digressions philosophiques de comptoir mais dont le contenu met le doigt parfois sur les travers de la société. Et Mary Lester possède une répartie que bon nombre de personnes aimeraient détenir face à leurs patrons, les remettant en place lors de leurs délires sans pour autant user de propos mal sonnants. L’art de la dialectique et de la rhétorique, le tout asséné avec un sourire plein de candeur mais efficace pour démonter les interlocuteurs.

 

De cette plate-forme elle avait une vue plongeante sur feu le magasin. Comme dans le bureau, il restait des ferrailles tordues, les squelettes métalliques de ces présentoirs appelés gondoles non par souci d’introduire un vocabulaire poétique dans cet univers de rentabilité à tout prix, mais, qui sait, pour signifier ironiquement au chaland qu’on le menait en bateau à grand renfort de promotions bidons et de faux prix coutants.

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont. Mary Lester 10. Editions du Palémon. Parution 2e trimestre 1997. 270 pages.

ISBN : 9782907572057

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 03:23

Dans la lignée d’Ernest Hemingway, mais avec sa propre personnalité.

James SALTER : American Express

Pratiquement inconnu en France, James Salter, soixante dix ans, s'inscrit dans la lignée des auteurs américains attirés par la vieille Europe, et ses nouvelles font indéniablement penser à Hemingway. Ce recueil dont les nouvelles sont de petites tranches de vie puisées à Barcelone, ou encore en Italie, ou tout simplement dans son pays d'origine permettent à Salter de faire une entrée discrète mais réussie chez nous.

Des polaroïds qui fixent des voyages empreints d'amour, d'amitié mais également d'échecs, d'espoirs déçus.

Malcolm aime Barcelone parce qu'il est né le jour où Gaudi est mort, renversé par un autobus; parce que Paul Morand a su magnifier cette ville dans une de ses nouvelles. Malcolm et Nico, son amie, partent pour la plage en compagnie d'Inge dont les amours sont contrariées. Un après-midi et une soirée qui s'étiolent comme l'oiseau de Nico qui a perdu son compagnon de cage une semaine auparavant. Telle est le trame de Am Strande von Tanger.

Dans American Express, nouvelle titre du recueil, deux amis, avocats new-yorkais, visitent l'Italie, partageant la même chambre et les mêmes filles, tout en se souvenant de Brenda, un de leurs amours, mariée et divorcée.

Autres rivages met en scène une jeune hollandaise, jeune fille au pair chargée de l'éducation d'un bambin et qui reçoit de son amant, parti en Europe, des lettres dont la teneur est trop explicite aux yeux de la mère de l'enfant. Mais la nouvelle peut-être la plus poignante de cet ouvrage est la mort solitaire d'une écuyère à la suite d'un accident de cheval.

 

Le recueil terminé, le lecteur ne peut s'empêcher de ressasser certaines des phrases qui parsèment l'ouvrage de Salter et de les méditer.

Ainsi celle-ci extraite de Américan Express :

Les femmes tombent amoureuses quand elles commencent à vous connaître. Pour les hommes, c'est exactement l'inverse : quand ils finissent par vous connaître, ils sont prêts à vous quitter."

 

Sommaire :

Am Strande von Tanger

Vingt minutes

American express

Autres rivages

Le cinéma

Fils perdus

Akhnilo

Crépuscule

Via Negativa

La destruction d Goethanum

Terre

 

James SALTER : American Express (Dusk and other stories –1988. Traduction de Lisa Rosenbaum). Editions de l'Olivier. Parution janvier 1995. 210 pages.

ISBN : 9782879290232

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 03:55

Alexandrie
Alexandra
Alexandrie où l'amour danse au fond des draps…

Francis CARCO : Palace Egypte.

Labellisé sobrement Roman, cet ouvrage est surtout un récit de voyage, une histoire d’amour et une autobiographie romancée.

Au moment où cette histoire débute, le narrateur, qui n’est autre que Francis Carco, est installé dans un vieil hôtel opulent et bourgeois du Caire. Son ami Poloche, guide dans le pays depuis dix-huit ans, l’informe qu’il a obtenu des prix au Sémiramis, un établissement plus sélect, et surtout la chambre qu’il a réservée est avec vue sur le Nil.

En investissant sa nouvelle chambre, l’auteur s’aperçoit que son balcon est mitoyen avec la chambre voisine. Une ravissante jeune femme blonde l’occupe et une autre femme qui se tient dans la rue l’appelle par le prénom de Naïla. Un bien joli prénom, Poloche précisant que Naïla veut dire Soupirante en arabe. N’écoutant que son courage, Francis s’avance et lorgne dans la pièce où évolue cette charmante personne. Elle ne s’offusque pas de cette curiosité déplacée, au contraire, cela l’amuse de même ainsi que la brune qui l’a rejointe.

Naïla partage son lit avec Freddy, mais, et cela Francis l’entend de sa chambre, les deux amants se disputent souvent, se réconciliant après, en personnes bien élevées. Francis est attiré par cette femme, et il fait la connaissance de Freddy, un individu qu’il n’apprécie pas plus que cela. Grâce à Naïla, le narrateur fera connaissance également de Yasmine, cette amie brune qui hélait de la rue sa copine. Deux inséparables et Francis se demande même si, des fois, afin de changer d’herbage, les deux amies ne batifoleraient pas du côté de Lesbos.

Yasmine est mariée et elle change souvent d’amant. Elle n’en est plus à compter ses aventures. Mais comme le déclare Freddy, On ne lui avait jamais connu deux amants à la fois. Francis est attiré par Naïla mais bientôt c’est Yasmine qui la supplante dans son cœur. Il est invité chez l’une ou chez l’autre, il visite la ville et surtout les quartiers chauds, en compagnie la plupart du temps de Naïla, puis il se rend à Louxor puis à Alexandrie, retrouvant Yasmine de plus en plus souvent.

 

L’auteur nous fait partager ses aventures amoureuses platoniques avec Naïla et Yasmine, ses élans, ses retenues, mais également jette un œil critique sur la société égyptienne et la condition féminine. Il évolue dans les milieux huppés, et reçoit les confidences de Naïla et Yasmine. Les femmes égyptiennes étouffent, et à Yasmine qui déclare à une plantureuse et jolie créature : Tu as de la chance, ton mari te laisse partir, celle-ci lui rétorque :

Eh bien rends-toi malade. Ce n’est pas sorcier. Veux-tu l’adresse de mon docteur ? il te donnera des gouttes ou une potion…

Naïla, qui les écoutait, me dit :

Entendez-les. Toutes ne pensent qu’à s’enfuir. Chaque année, vers la fin de l’hiver, elles s’arrangent avec des médecins qui prescrivent une cure à Vittel, Vichy ou Brides. C’est une comédie !

Mais pourquoi ce besoin de départ, Naïla ?

Pour être libres ! Vous ne savez pas ce que c’est… Ici aucune indépendance. Tout se sait immédiatement. A moins d’avoir le toupet de la princesse qui a loué, dans la maison de son coiffeur, une garçonnière…

 

Cet état de fait, depuis ne s’est pas amélioré, au contraire ! Mais restons dans le sujet, ce livre, qui traite également de la drogue. Ainsi Naïla, qui se promène en compagnie de Yasmine, déclare à Francis lors de la visite d’un quartier :

On passait autrefois de la drogue par ici.

Quelle drogue ?

Haschich, opium, héroïne, coco.

Et maintenant ?

Oh ! on en a toujours.

Naïla, objecta timidement Yasmine, qu’en sais-tu ?

Il suffit de lire les rapports de Russel Pacha. Ils sont édifiants. Ainsi les trafiquants plaçaient les tablettes de haschich sous les touffes de poils de chameaux, et ils fixaient ces touffes à l’aide d’un peu de glu, entre la bosse et le flanc de la bête.

Un peu plus loin, Naïla dévoile de quelle façon les mercantis débarquent leur drogue :

Ils recourent à diverses méthodes. Certains utilisent des suppositoires que se mettent des gamins, à bord, avant de descendre. D’autres fraudeurs se servaient des jarretelles que portaient des jeunes filles complices.

 

Un livre intéressant à plus d’un titre, loin de l’univers argotique et montmartrois de Jésus la Caille, le premier roman de Francis Carco publié en 1914, mais dans lequel on retrouve certains thèmes, comme la prostitution. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à Henry de Monfreid et à Joseph Kessel dans certains passages du livre.

Francis CARCO : Palace Egypte. Editions Albin Michel. Parution juillet 1933. 252 pages.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 03:45

Magali, Magali
Qu'est-ce qui t'a pris de t'en aller
Pour le pays de nulle part…

Maurice DEKOBRA : Opération Magali.

Garagiste honnête (si, ça existe !) et apprécié de ses concitoyens de Courseulles-sur-Loire, Mario Lespinasse nage dans le bonheur. Ce soir là il a invité quelques amis pour participer au repas donné en l’honneur de son jeune fils Raymond qui vient d’être baptisé. Parmi les quelques invités, figure monsieur Abel Paoli, ancien commissaire de police à la PJ parisienne, venu cultiver son lopin de terre dans le Nivernais, un peu comme le Candide de Voltaire.

Mais ne philosophons point trop, car l’heure n’est pas vouée à la littérature mais à des retrouvailles dont Mario se serait bien passé. Deux clients attendent Mario dans le garage. Une réparation fictive car les deux hommes, Mario les connait bien. Cela faisait plus de dix ans qu’il ne les avait pas vu. Une plongée dans son passé de truand marseillais dont il pensait s’être débarrassé.

César et La Fouine sont envoyés par leur patron Zacco, lequel a tiré d’un très mauvais pas avant guerre Mario. Et naturellement notre garagiste possède une dette envers le malfrat marseillais. Zacco vient de voler les bijoux du comte de Saint-Meyral dans la villa Sémiramis à Antibes. Seulement lors du casse il se fait surprendre par le comte et il l’abat. Zacco ne craint rien de ce côté-là, ayant changé d’identité seulement c’est un coureur de jupons. Il a une maîtresse officielle, Magali, et une autre poire pour la soif, la très belle et jeune Manon.

Or Magali qui tient un bar a reçu une lettre l’avertissant de son infortune et de rage elle a clamé partout qu’elle allait avoir la peau de Zacco. Aussi César et la Fouine demandent à Mario de sortir Zacco du pétrin dan lequel il s’est fourvoyé. La solution, se débarrasser de Magali. Mario est plus qu’embêté mais il doit laver sa dette, sinon sa femme, la belle et bonne Fernande deviendra veuve.

Il a quarante-huit heures pour réfléchir aussi le lendemain, Mario se rend chez monsieur Abel Paoli, son ami, et lui narre ses ennuis. Comme l’ancien policier n’a pas de casseroles sur le feu, il propose à Mario de se rendre à Marseille en sa compagnie et de l’aider à démêler l’imbroglio.

Arrivé à Marseille, Mario veut s’entretenir avec Magali, seul, mais il tombe sur un os. Magali vient juste de se faire buter. Mario est dans de sales draps, sans avoir couché.

 

Ce roman, qui a obtenu le Prix du Quai des Orfèvres 1951, voit donc un ancien truand qui s’est fait une virginité allié avec un ancien policier. Ce n’est pas flic ou voyou, mais flic et voyou repenti.

Les deux hommes vont rencontrer sur leur chemin de nombreux incidents de parcours, mais nonobstant, ils s’accrochent. D’abord ils font la connaissance de la belle Manon qui se produit dans un cabaret, ainsi que son petit ami, car elle aussi fait porter des cornes à Zacco. Monsieur Abel Paoli se fait passer pour un imprésario, laissant miroiter un avenir radieux comme chanteuse à Manon, mais il se retrouvera enfermé dans une cabine d’un yacht, destiné à nourrir les requins de la Baie des Anges.

Un roman agréable, qui n’a guère vieilli, du moins dans la trame, et l’auteur n’oublie rien, expliquant tout dans l’épilogue. Il ne se perd pas en cours de route, retombant sur ses pieds à la fin, et le lecteur n’est pas déçu. Et, pour être dans l’air du temps, il use parfois de l’argot, mais un argot compréhensible du lecteur lambda.

Maurice DEKOBRA : Opération Magali. Collection L’Enigme. Editions Hachette. Parution novembre 1951. 192 pages.

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 04:08

Faty, moins offensant que Le Gros ?

Frédéric FAJARDIE : Gentil, Faty !

La première fois que j’ai lu un roman de Fajardie, c’était en 1987. Pourquoi avais-je évité cet auteur, jusqu’alors ? Parce que les critiques négatives concernant l’auteur et sa production, et les quelques pages lues au détour d’un étalage chez les libraires ne m’avaient guère incité à mieux me pencher sur sa production.

Le déclic s’est effectué à la découverte d’Une charrette pleine d’étoiles paru chez Payot. L’occasion m’étant donnée de découvrir cette réédition d’un roman paru en 1981 dans la défunte collection Fayard Noir, j’ai abordé ce roman sans préjugé, sans parti pris, sans opinion préconçue, en ayant fait abstraction de tout ce que j’avais pu entendre ou lire auparavant concernant la production littéraire de Fajardie.

Et je dois avouer que Gentil, Faty ! m’a fait découvrir un univers fajardien glauque, triste, plein de détresse, et en même temps porteur d’espoir. Les personnages sont des marginaux malgré une certaine banalité environnante et enveloppante comme une gangue.

Prenons l’exemple du commissaire Stievet et de ses adjoints Kasbarian et Teissère. Stievet est intérieurement rongé par le Mal, pourtant l’enquête qui lui est confiée, qu’il dirige, il veut la mener au bout, malgré le peu de temps qui lui reste à vivre. Kasbarian, un inspecteur d’origine arménienne, et Teissère, inspecteur lui aussi qui ne manque pas d’asticoter son collègue pour des raisons personnelle mais obscures. Et Amar, l’Algérien, la cinquantaine triste et désabusée, témoin, désire garder l’incognito. Enfin, Faty, le monstre, le tueur, dont la vie a basculé le jour où il a perdu sa mère.

En phrases courtes, concises, rapides, Fajardie entraîne son lecteur sans lui donner le temps de respirer, de reprendre son souffle, et plus que l’histoire de Faty, le tueur de jeunes femmes, ce sont les à-côtés, les personnages qui comptent à ses yeux.

Une histoire, oui, mais peut-être aussi une façon de dire son amour de l’humanité, de l’homme en général, surtout celui du déstabilisé, du marginal, du déséquilibré, de l’immigré. Toute une aura de tendresse baigne ce roman dans une subtilité qui dénote une profonde pudeur. Comme un halo de sensibilité nimbant une morbidité agressive.

Les couvertures de Jean-Claude Claeys sont à l’origine de la renommée et l’engouement pour cette collection dont les titres sont recherchés justement pour leurs illustrations.

Première édition Fayard Noir en 1981.

Première édition Fayard Noir en 1981.

Frédéric FAJARDIE : Gentil, Faty ! Collection Le Miroir Obscur N°150. Edition Néo. Couverture de Jean-Claude Claeys. Parution août 1988. 192 pages.

ISBN : 9782730405072

Première édition Fayard Noir en 1981.

Réédition Babel Noir N°21. Editions Actes Sud. Juin 2008.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 03:49

L’inoubliable compositeur et interprète d’Ascenseur pour l’échafaud.

Alain GERBER : Miles.

Après Chet, Lady Day, Louie, Charlie, Paul Desmond, ouvrages tous réédités au Livre de Poche, Alain Gerber nous offre sa vision personnelle d’un autre monstre du jazz : Miles Davis.

Et pour cela il a endossé les personnalités de Max Roach, le batteur qui a joué avec Miles et Charlie Parker alias Bird, quelques autres comparses dont, étonnant quoi que, Jimi Hendricks, et Miles lui-même, changeant à chaque fois de style d’écriture afin de mieux se mettre dans la peau du rôle.

Les relations de Miles avec son père, chirurgien dentiste, sa mère Cleota Henry, ses compagnons de route, la musique, la drogue, sont décrites avec verve, tendresse, virulence, sérieux, rage parfois.

Ainsi le témoignage de Max Roach qui décrit l’état de Miles de retour de Paris et dont la liaison avec Juliette Gréco lui trottine toujours dans la tête. Les virées jusqu’à East Saint-Louis en compagnie de Charlie Mingus dit Le Baron, son père étant allé le repêcher en cours de route suite à un appel au secours, la fausse décontraction de ce père envers un fils qui n’arrive pas à se détacher de la drogue. Un père qui paie les dettes sans sourciller, écœuré par les frasques de son fils, mais qu’il tente à chaque fois de remettre sur la bonne voie.

Le témoignage de Miles vis-à-vis de sa mère, qui ayant quitté le foyer familial pour de fumeuses raisons financières et autres, restera toujours un symbole. Et ce malgré les tannées qu’elle lui infligeait enfant, et lorsqu’elle en avait marre de taper sur son fils passait le fouet au père qui trouvait des subterfuges afin de faire croire qu’il corrigeait le jeune Miles.

Cette femme m’aurait tué sur place, que ça ne m’aurait pas dissuadé de l’admirer. Et il continue sur ce registre « Disons que je suis spécial, de ce côté-là. Je suis ainsi fait que je ne peux pas admirer quelqu’un sans l’aimer (sauf Bird, je l’admets, mais c’est l’exception qui confirme la règle). A l’inverse, j’ai beaucoup de mal à aimer si je n’admire pas. Même s’il s’agit de mes propres enfants ».

Effectivement, les rapports entre Bird et Miles n’étaient que purement musicaux, et encore, Dizzy Gillespie servant de tampon. Une rencontre musicale qui le propulse alors qu’auparavant il s’était produit aux côtés d’Eddy Randle et les Blues Devils.

Il s’engagera, sur les conseils de Clark Terry, dans un orchestre de la Nouvelle-Orléans, les Six Brown Cats d’Adam Lambert. Il les suit jusqu’à Chicago, mais ce n’est pas son truc.

Je ne supportais déjà plus ces vieilleries. Pour moi, dès qu’une musique n’est pas du lendemain, c’est qu’elle est de la veille. Et si elle est de la veille, elle est déjà morte. Ce n’est plus qu’un fossile.

Miles Davis, c’est ce caractère progressiste, avec l’envie, le besoin, de toujours aller de l’avant, d’innover, de rechercher, d’explorer, d’inventer. C’est ainsi que par épisodes Alain Gerber nous entraîne sur les traces de ce musicien qui défraya la chronique tant par sa musique que par son comportement, fidèle à lui-même, orgueilleux, technicien, « poussant l’histoire du jazz dans le dos ».

Des témoignages poignants, révélateurs, qui semblent réels, véridiques. Mais Alain Gerber, même s’il extrapole, a construit ce roman avec des matériaux nobles, solides, fiables. Et à la lecture, il me semble encore entendre Alain Gerber narrer à la radio cette pseudo-biographie de Miles Davis. C’était fin 2006 me semble-t-il.

Alain GERBER : Miles. Le Livre de Poche N°31596. Parution novembre 2009. 480 pages.

ISBN : 9782253124856

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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