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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 13:49

Hommage à Arthur Upfield, né le 1er septembre 1890.

Arthur UPFIELD : L'homme des deux tribus

Au sud de l'Australie s'étend une immense plaine désertique, inhospitalière, baptisée Nullarbor, pas d'arbre.

Seuls s'érigent quelques villages, petits points reliés par une longue ligne de chemin de fer et des exploitations agricoles dont la vocation est l'élevage.

Depuis plus de cinq semaines, Easter, le brigadier de gendarmerie de Chifley, passe son temps à rechercher les traces de Myra Thomas, une jeune femme disparue à l'un des arrêts du Transcontinental. Disparition d'autant plus mystérieuse que Myra venait d'être acquittée du meurtre de son mari.

Selon une légende aborigène, Ganba, un esprit malin, enlevait les jeunes filles ou femmes pour les dévorer. Et nombreux sont ceux qui pensent que le vieux Ganba vient de commettre un nouveau forfait.

L'inspecteur Napoléon Bonaparte est dépêché par l'administration afin de reprendre l'enquête de zéro.

Pour cela il endosse l'identité de William Blake, pseudo neveu de Patsy Lonergan, prospecteur, trappeur, chasseur de dingos - espèce de renards australiens - qui vient de mourir d'une crise cardiaque suite à une cuite carabinée.

Le vieux trappeur avait consigné dans son journal son itinéraire, jour par jour, les petits faits anodins qui émaillaient ses pérégrinations, dans la relève de ses pièges.

Une nuit il a entendu et vu un hélicoptère, la nuit même de la disparition de la jeune femme. Y-a-t-il corrélation entre ces deux événements ?

L'identité, la provenance, la destination de l'appareil ne sont mentionnées nulle part.

Alors, partant de Mount Singular, une exploitation où Lonergan disposait d'un refuge, l'inspecteur Napoléon Bonaparte, Bony pour tout le monde, va remonter la piste du trappeur, empruntant un itinéraire aux noms évocateurs mais inscrits sur aucune carte ou relevé topographique, se fiant à l'instinct et au flair des deux chameaux et du chien de Lonergan, malgré les propos dissuasifs des habitants de Mount Singular.

 

Bony est un homme de terrain, d'origine aborigène, possédant dans le sang les qualités de patience, d'endurance, de déduction, d'observation de ses ancêtres. Toutes qualités dont il aura bien besoin pour mener à bien sa mission.

L'Australie, terre de rêves, de légendes, de migrations, est un pays que la plupart d'entre nous connaissons uniquement par des clichés, nullement révélateurs.

Sidney, Melbourne, les troupeaux immenses de moutons, les kangourous, les boomerangs, le rugby, voilà tout le folklore que l'on peut associer aux paysages désertiques du Bush australien.

Grâce à Arthur Upfield, précurseur du polar ethnologique, genre à qui Tony Hillerman doit une grande partie de ses succès, adaptant la recette pour mettre en scène ses limiers Navajos, nous découvrons un univers inconnu, différent.

Les descriptions de la culture aborigène, ses légendes, les mœurs de son peuple, ses coutumes, alliés à des intrigues solides, permettent au lecteur avide d'évasion, de grands espaces, de pouvoir contenter son envie à satiété sans pour autant être confronté à des ouvrages arides, ennuyeux, rébarbatifs, ou par trop pédagogiques.

Arthur UPFIELD : L'homme des deux tribus

Arthur UPFIELD : L'homme des deux tribus (The man of two tribes - 1956. Traduction de Michèle Valencia). Collection Grands Détectives N°2226. Editions 10/18. Première édition 1991. Réimpression 2008.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 14:30

Tu vas réveiller les voisins...

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Malgré quelques nouvelles publiées et des pièces radiophoniques dont le succès obtenu au début n'a pas connu de suite, Amber Blake est dans la dèche. Alors il décide de quitter son logement en partant à la cloche-de-bois, laissant avec regret sa chère machine à écrire et n'emportant pour tout viatique que quelques objets dont un stylo et une édition défraîchie de Guerre et Paix.

Alors qu'il s'éclipse, sans annoncer à sa logeuse son départ définitif de Chicago, Blake se voit remettre une lettre en provenance d'Hastings. Au cours des dernières semaines, il a envoyé un nombre incalculable de demandes d'emploi, et c'est l'unique réponse qu'il reçoit. Il estime que c'est trop tard et décide de retourner chez lui, en Californie. Il est pris en stop par un camionneur complaisant malheureusement son voyage s'arrête net à Hastings, à cause d'une panne.

Puisqu'il se trouve dans cette ville sans vraiment l'avoir désiré, peut-être un signe du destin, Blake décide alors de se rendre à l'adresse indiquée, n'ayant guère de d'espoir. Il se présente donc devant une riche demeure, mais les ennuis commencent dès l'entrée. Le domestique lui signifie sèchement qu'il faut prendre rendez-vous. Brandissant la lettre comme un talisman, Blake peut enfin être dirigé dans un bureau où il est accueilli par une jeune femme avec laquelle il doit une fois de plus tergiverser, démontrer qu'il est bien Amber Blake, malgré son prénom féminin, et qu'il se présente pour la place revendiquée. Enfin il est reçu par Mme Eleanor Knight, la patronne, héritière des usines que possédait son mari décédé quelques années auparavant

Après un test sur ses connaissances philosophiques, Blake est enfin embauché pour écrire un livre à la place de sa nouvelle patronne. Il est logé, nourri et surtout sa garde-robe est remplacée avantageusement par des vêtements neufs et dispendieux. Tout irait pour le mieux s'il n'était émoustillé par la présence de Carol, la secrétaire et nièce d'Eleanor qui joue le chaud et le froid sur ses sens.

Mais bientôt Blake se retrouve coincé entre Carol et Eleanor qui le veulent toutes les deux dans leurs lits. Et qui y arrivent. Seulement, Blake doit prendre ses précautions, Eleanor ne devant pas savoir qu'il fricote avec Carol. Tout se complique lorsqu'Eleanor décide de coucher Blake sur son testament, en reconnaissance de ses bons services. Au détriment bien entendu de Carol. Et comme il fallait s'y attendre, les deux jeunes amants sont surpris par la vieille dame qui les et immédiatement à la porte avec armes et bagages.

Car Eleanor est découverte assassinée et Blake est arrêté par les policiers.

 

Ce roman aurait pu figurer au catalogue de la Série Noire, le thème de deux femmes d'âge différent se partageant parfois à leur insu le même homme, ayant été traité à moult reprises, et par des auteurs aussi bien renommés que par ceux qui sont aujourd'hui considérés comme des nanars, Carter Brown en tête.

Mais le contenu jugé sulfureux pour l'époque ne convenait-il pas forcément à la Série Noire. Pourtant de nos jours ces quelques pages dont l'érotisme paraît bien fade comparé aux textes publiés dans des collections sérieuses (ou jugées comme telles). Le narrateur se montre cynique dans certaines descriptions, surtout celles qui concernent Eleanor, comme en pourra juger le lecteur d'après ce passage :

Sa chemise de nuit, dénouée avait maintenant glissé jusqu'à la taille et je pouvais ainsi voir ses seins flasques et volumineux crouler vers ses aisselles.

Je distinguais les pattes d'oie au coin des yeux, les rides profondes de son cou, mais ses bras m'enserraient et je me sentais emporté dans un tourbillon. Je n'avais pas désiré que cela se passe ainsi mais je n'étais plus maître de la situation.

De la main gauche, à tâtons, j'éteignis la lumière. Ne pas la voir faciliterait les choses.

Ses lèvres trop humides se collèrent aux miennes avidement tandis que ma main se lançait à l'exploration des cuisses fermes mais grasses, effleurant la toison crépue qui s'étendait sous le ventre trop rond.

Eleanor ronronnait de plaisir, écartait ses cuisses, s'offrait toute entière...

Je ne me fis pas prier davantage...

Fin du passage dont la suite est :

Il n'y a que le premier pas qui coûte.

 

Le traducteur a-t-il voulu rester fidèle au texte ou est-ce une erreur due à un manque d'inattention, mais dans les premières pages Eleanor Knight paraît quarante ans puis, page 89, Carol annonce qu'elle en a cinquante cinq. En soi, ce n'est pas trop grave, sauf que la description physique ne correspond guère aux deux âges avancés. Ou alors cette charmante (!) femme qui répond d'une seul coup au doux prénom d'Elsa (!), est vraiment décatie avant l'âge permis.

Les policiers américains sont décrits comme brutaux, obtus, dans la tradition des romans noirs, surtout lorsque le contexte s'y prête. En effet le District Attorney doit se présenter pour sa réélection, et une affaire bouclée rapidement servirait ses projets.

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Quelques mots sur l'auteur :

Hank Janson, de son vrai nom Stephen D. Frances (1917 - 1989), utilise son pseudonyme pour en affubler dans certains de ses écrits son narrateur, dès 1946. Mais ici il s'agit d'un autre personnage, calqué sur Hank Janson le personnage. Seuls quelques romans signés Hank Janson dus à la plume de Stephen Frances ont été traduits en France, deux dans cette collection Votre roman noir, Madame, ce roman et Les jupes lui donnent du souci (N°4 en 1953), un autre dans la collection Détective-Pocket N° 61 chez Bel-Air, en 1955, Razzia sur la drogue.

Le nom de Hank Janson est devenu un collectif d'auteurs, et les romans publiés dans la collection L'Aventurier au Fleuve Noir, entre 1966 et 1972 :

119 : A la va-viet (Never center)

120 : Fan-Fantare

121 : Yé-yé Yemen (Hot Line)

125 : Vaudou veau d'or (Voodoo violence)

128 : Ding dong dingues (A girl in hand)

187 : Intoxicomanie.

 

Quelques liens pour mieux connaître Hank Janson et son oeuvre :

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie ! (Baby, don't dare squeal - 1951. Traduction de M. Nicols). Collection Votre roman noir, Madame. Editions Le Condor. Parution décembre 1952. 192 pages.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 06:45

Hommage à Michel Grisolia, né le 18 août 1948.

Michel GRISOLIA : L'amour noir.

« Il faut se montrer humble si on veut trouver sa place. Ce que serait sa place, Antoine l’ignorait, mais il était décidé à s’en faire une ».

Antoine Louvier est un être complexe, ambigu, qui réagit presque comme un marginal alors qu’il voudrait se fondre dans l’anonymat des êtres simples, sans histoires. Une vie linéaire : voilà ce à quoi il aspire mais pourtant à chaque fois, il agit, réagit en individu troublé, insatisfait, imprévisible.

De son enfance, il ne se souvient que d’une mère, obscure artiste, plus préoccupée d’elle que de ses enfants. Alors, Antoine se marie à dix-neuf ans, avec Jennifer, une Américaine, qu’il délaisse aussitôt pour parcourir les Etats-Unis. Revenu à Paris, c’est pour trouver son épouse dans les bras d’un autre homme.

Il tue cette femme qui n’a eu que le tort de vouloir vivre. Après un séjour de trois ans en prison, trois ans qui, paradoxalement, n’auront sur lui aucune emprise, Antoine revient à Nice, sa ville natale. Il est pris en charge par Philippe, un jeune homme dont il a fait connaissance dans le train qui les redescendait sur la Côte. Philippe lui procure un emploi à l’Hôtel Marbella, que dirige Madame Micheline, une femme très proche de ses employés.

En prison, Antoine n’a pas connu la souillure de la promiscuité et, à Nice, il reste calfeutré dans sa chambre en dehors de ses heures de service, ne cherchant pas à renouer avec le passé, avec sa famille. Il reste replié sur lui-même, ne se réveillant qu’au contact de Dominique, une cliente de l’hôtel qui traîne derrière elle : un passé trouble, énigmatique, un petit garçon, Christopher, et un Anglais, la cinquantaine avantageuse qui la suit, la surveille, s’instaurant comme l’ombre du défunt mari de la belle Dominique, un certain Richardson.

Pour Antoine qui ne rêve que d’anonymat et de conformisme, c’est encore une occasion de se mettre en vedette. Et cet amour-passion qui devrait les exalter, n’est que l’antichambre de la descente aux enfers. Dominique, Christopher et Antoine, un trio qui s’entend bien. Entre Christopher et Antoine, s’établit une complicité, plus forte que des relations filiales. Dominique décide même que tous trois vont quitter Nice, la France. D’ailleurs, elle a déjà les billets d’avion.

 

L’amour noir n’est pas un roman policier, c’est un roman noir, un hymne à l’amour dont la chute est surprenante, mais en même temps logique. Si l’on tente de se mettre dans la peau du personnage — ce qui n’est pas toujours facile à cause de son imprévisibilité — on se rend compte qu’il ne pouvait agir, réagir que de cette façon suicidaire, ambiguë et sacrificielle.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Michel GRISOLIA : L'amour noir. Editions Flammarion. Parution 14 février 1990. 250 pages. 14,70€.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Existe en format numérique à 4,49€.

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 14:54

Une enquête d'Eliot Ness ...

Bob GARCIA : L’Ipotrak noir.

Une nuit de 1930, Eliot Ness, qui venait à peine de se coucher, est appelé pour l’explosion du club de jazz le Comedia, l’un des hauts lieux de rencontre de la pègre locale.

Les pompiers tentent de circonscrire les flammes qui embrasent le quartier et les ambulanciers ont déjà évacué deux survivants. Gerry, trompettiste de jazz, qui donnera une fausse identité, et un amnésique qui s’affublera du nom de Peter Riendutout mais porte un bracelet avec les initiales S.C. ne font pas de vieux os à l’hôpital.

Parmi les décombres Ness et ses hommes retrouvent le patron du club qui parvient peu avant son décès à prononcer quelques mots, rien de bien concret. Un autre survivant s’enfuit dans le noir.

Pendant ce temps dans un restaurant situé à l’autre bout de la ville, sont réunis Al Capone, Penderson, le maire de Chicago, Wesley, entrepreneur de BTP et Emma, sa femme, une épouse effacée qui vit avec des souvenirs, et Tingle, journaliste à la botte du truand. Il s’agit de mettre au point un nouveau racket sur la crémation et un chantier d’intérêt général consistant à élargir les rues de la ville.

Ness, lui aussi, est rongé par des souvenirs qui le taraudent la nuit sous forme de cauchemars. Son enfance perturbée dont font partie Emma et Wesley, avec en prime le cadavre d’une gamine.

Gerry et Peter (respectons son choix de prénom, qui n’est pas le sien, de choix, mais celui de Wendy, la fille de Gerry lequel vit avec son père et ses enfants qui ne sont pas ses enfants, mais bon le sujet n’est pas là…) sont donc sortis des griffes de la police, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Tingle, journaliste véreux, si ça existe, la preuve, annonce dans un article que S.C. ça veut dire Stanley Creeps.

Peter croit avoir retrouvé son identité, hélas lorsqu’il arrive chez le dénommé Creeps, détective de son état, c’est pour être confronté à un mort de fraîche date. Les policiers sont sur ses talons et il a juste le temps de leur fausser compagnie.

 

Ce ne sont que les débuts d’une aventure concoctée par Bob Garcia, aventure qui pourrait se décliner en trois actes et un tableau final et dont la décomposition serait : primo roman criminel avec Al Capone dans le rôle du méchant, châtié à la fin comme de bien entendu, deuzio le roman du souvenir et du suspense avec les doubles quêtes de Ness s’accrochant à un souvenir infantile tenace et celui d’un amnésique à la recherche de son patronyme et de sa profession, enfin tertio une partie empruntant au roman d’aventures exotiques et mystérieuses dont le cadre est emprunté aux découvertes égyptologiques.

Quant au final, éblouissant et à double détente, il réserve de nombreuses surprises et donne la clé à un roman dont le lecteur pouvait se demander pourquoi il existait tant d’épisodes différents qui se succédaient sans avoir véritablement de lien, sauf celui de l’amnésique et du personnage bien réel de l’incorruptible.

Un premier roman, si je ne m’abuse, qui use de nombreuses ficelles mais avec une maestria indéniable et une volonté de renouveler le genre, d’épater le lecteur. Bref une réussite qui augure d’une imagination fertile tout en se demandant si l’auteur ne s’est pas laissé à trop vouloir en mettre et risqué de se griller les ailes avec un seul livre alors qu’il avait la possibilité et la trame d’en écrire plusieurs .

Bob GARCIA : L’Ipotrak noir. Editions E-Dite. Parution 8 Mars 2004. 350 pages.

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 15:13

Et de la belle aussi ?

Pierre PELOT : Si loin de Caïn.

Si les personnages de Pierre Pelot sont des marginaux, de doux dingues, des colériques, des brutes, des simples d'esprit, des bornés, mais aussi des hommes et des femmes pour qui la droiture, l'intégrité, la force morale sont des vertus parfois portées à leur paroxysme et qui au moindre accroc perdent la boussole, l'environnement, le paysage sont également des composantes essentielles du roman.

Les Vosges, la région et pas seulement le département, les forêts, la campagne, l'hiver, la solitude forment un décor naturel et intrinsèque au récit. Transposés en Bretagne, en Normandie, ou en toute autre région, auraient-ils la même force, la même impression de détresse poignante, je n'en suis pas sûr.

Comme un coin de terre irréel que l'on découvre avec ravissement, avec une peur rétrospective également. Un coin de terre que l'on sait exister mais que l'on découvre par l'écrit.

Comme dans les récits de Steinbeck, et je pense plus particulièrement à Des souris et des hommes, ou d'Erskine Caldwell avec Le petit arpent du bon Dieu, dont les personnages voient leur avenir déraper à cause d'un rien : une odeur, une senteur, une image, une vision, une pensée, que ne pourraient ressentir le citadin englué dans ses propres problèmes.

 

Si Bibi, le bûcheron que l'on montre du doigt en exemple, si Zuco, le fils du meilleur ami de celui-ci et apprenti bûcheron lui-même, se trouvent entraînés dans un engrenage infernal, impitoyable, c'est à cause d'une effraction et d'un vol.

Mais entre cette effraction et ce vol, qu'est-ce qui a conduit Gamine à les perpétrer ? Pourquoi les Samson, qui vivent dans ce qui ressemble plus à un taudis qu'à une ferme, en sont-ils arrivés à ce point de déchéance ?

Ironie féroce de Pelot qui ose nommer l'un de ses personnages le plus veule, le plus brutal, le plus ignoble, le catalyseur de l'horreur : Parfait Samson !

Parfait Samson, qui dès sa sortie de prison, n'a de cesse de reconquérir une autorité qu'il n'a pas perdue sur le clan déboussolé. Parler des hommes du clan, ce n'est rien, dévoiler leurs fantasmes, leurs lubies, leurs peurs, leurs regrets, c'est simplement soulever un coin du voile tenu à chaque extrémité par les éléments féminins du groupe, avec leur résignation, leur mutisme, leurs secrets, leur sexualité exacerbée, non par un manque d'homme mais par manque de communication, un manque d'amour.

Un roman, comme bien d'autres, écrit avec les tripes, avec le cœur de l'écrivain tout autant sinon plus qu'avec le stylo !

Et pour tous ceux qui ne jurent que par les classiques, lisez Pelot, relisez La Terre de Zola, et dites-vous que les sentiments, bons ou mauvais, sont éternels.

 

Première édition Collection Rue Racine. Editions Flammarion. Parution mars 1988. 284 pages.

Première édition Collection Rue Racine. Editions Flammarion. Parution mars 1988. 284 pages.

Existe en format numérique chez Bragelonne. 2,99€.

Existe en format numérique chez Bragelonne. 2,99€.

Pierre PELOT : Si loin de Caïn. Réédition collection Rivages/Noir N°430. Editions Rivages. Parution avril 2002. 320 pages. 8,65€.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 13:14

Hommage à Phyllis Dorothy James, née le 3 août 1920.

P.D. JAMES : Par action et par omission

Depuis quelques mois, le Norfolk vit son cauchemar.

Un tueur psychopathe, surnommé le Siffleur, attaque des jeunes femmes qui se promènent solitaires la nuit.

Adam Dalgliesh, qui vient de publier un recueil de poèmes, décide de s'octroyer quelques jours de congés dans cette contrée de l'est de l'Angleterre. Officiellement pour prendre possession de l'héritage que vient de lui léguer une de ses tantes, mais pour ses supérieurs, s'il pouvait en même temps fouiner et aider les enquêteurs locaux, cela leur ôterait une grosse épine du pied.

Il fait la connaissance de ses voisins lors d'une soirée et à nouveau le Siffleur se manifeste.

Adam Dalgliesh va même faire une expérience nouvelle pour lui : buter sur un cadavre la nuit, alors qu'en général les policiers laissent ce soin aux pauvres quidams qui dans ce cas deviennent suspects.

Mais ce nouveau crime ne peut être imputé au Siffleur, le redoutable récidiviste venant d'être arrêté quelques heures auparavant.

La nouvelle victime, Hilary Roberts, une jeune femme travaillant à la centrale nucléaire de Larksoken, ne comptait pas que des amis, loin s'en faut.

Les prétendants à ce meurtre sont légion, de Alex Mair, directeur de la centrale nucléaire et ancien amant de la jeune femme, à Neil Pascoe, écologiste convaincu et passionné qui vit dans une caravane en compagnie d'une jeune mère et de son bébé qu'il a recueillis, en passant par Ryan Blaney, artiste peintre alcoolique et père de quatre enfants élevés par l'aînée et locataire de plus en plus indésirable d'un cottage que possédait Hilary Roberts.

Plus d'autres personnes qui ne manquent pas de motifs pour faire disparaître cet encombrant personnage. Hilary Roberts, une femme de caractère, autoritaire, impitoyable, qui ne faisait rien pour s'attirer la sympathie et l'amitié de ses voisins et collègues.

 

Les auteurs britanniques féminins de romans policiers ont la réputation, non dénuée de fondement, de délayer leurs intrigues à l'extrême et parfois de se perdre dans des digressions souvent longues et monotones.

P. D. James ne faillit pas à cette règle mais ses réflexions, souvent justes et douces-amères qui parsèment son récit, ne manquent pourtant d'humour et de réalisme.

Ainsi sur la condition précaire et pas toujours enviable des poètes ou de la gloire éphémère des littérateurs.

Ou encore sur l'opportunité, le bien-fondé, et peut-être les dangers réels ou supposés des centrales nucléaires, ainsi que des comparatifs entre le moderne et le traditionnel.

Un tournant dans l'œuvre littéraire de P.D. James mais il faut avouer que les précédents romans de cette nouvelle Reine du crime peuvent être considérés comme des œuvres de jeunesse, une façon de parler, ou un apprentissage.

Réédité au Livre de Poche, collection Policier N°9542. Novembre 1992 et 2005.

Réédité au Livre de Poche, collection Policier N°9542. Novembre 1992 et 2005.

P.D. JAMES : Par action et par omission

P.D. JAMES : Par action et par omission (Devices and Desires - 1989. Traduction de Demise Meunier). Editions Fayard. Parution mars 1990.

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 08:45

Mais l'aurore d'un nouvel ami ?

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon.

Au fin fond de la Galaxie, existe un monde étrange nommé Elettreterre.

Une cité quelque peu médiévale dont le rythme est régi par un soleil au nom d'Aloysius et son satellite Compagnon.

Pendant une certaine durée dans l'année s'installe le crépuscule, sorte d'éclipse qui dure des semaines et pendant lesquelles la liesse populaire s'exprime de façon anarchique.

Un peu comme dans les kermesses de la bière ou le Carnaval de Venise. Tout est permis, même les complots qui agitent la classe dirigeante.

Un jour s'échoue sur la plage d'Elettreterre un étrange naufragé. Il ressemble étonnamment à l'un des meneurs d'une insurrection déroulée quelques vingt-cinq ans auparavant et nommé Sandro Wasani. Il s'appelle Roj Sanders.

Fait prisonnier l'homme est emmené dans les fermes marines d'Anta'ar dirigées par un despote : Damasio.

Il participe à une rébellion et est sauvé par de curieux personnages. Complots, magouilles, dissidences, trahisons se succèdent et personne ne fait plus confiance à quiconque.

Certains redoutent la prise de pouvoir par des morts animés d'une seconde vie. Des morts venus d'ailleurs.

 

Le crépuscule du compagnon est un roman un peu touffu, confus, aux personnages complexes, ambigus, et dont la trame est elle-même complexe et ambigüe. Comme si l'auteur avait été brimé et bridé par la pagination imposée et donc qu'il n'ait pu développer entièrement son propos. Pourtant son style est travaillé et agréable, laissant augurer un avenir prometteur.

François Rahier faisait partie de la nouvelle génération d'auteurs qui firent leur entrée à cette époque dans la collection Anticipation, apportant un souffle de jeunesse et de renouvellement parallèlement aux romanciers déjà bien installés. Cette nouvelle génération avait pour noms : Max Anthony, Laurent Généfort, Bertrand Passegué, Samuel Dharma, Michel Pagel, Roland C. Wagner. Certains ont su tirer leur épingle du jeu, trouvant de nouveaux éditeurs, lorsque le Fleuve Noir abandonna lâchement cette collection mythique, remplacée par une nouvelle collection qui n'obtint pas l'adhésion des lecteurs.

 

François Rahier a également écrit :

L'ouragan des enfants-dieux. Collection Anticipation N°1853. Edtions Fleuve Noir.

Le canevas des dieux. Collection Blanche N°2036. Edition Rivière Blanche.

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon. Illustration de couverture Florence Magnin. Collection Anticipation n°1660. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1998. 192 pages.

Disponible en version numérique. 4,49€.

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 10:00

Bon anniversaire à John Farris né le 26 juillet 1936.

John FARRIS : La forêt sauvage

Whitman Bowers profite de la venue de son fils Terry, quatorze ans et demi, qu'il ne voit que lors des vacances, pour allier plaisir et travail. C'est à dire qu'en plus de quelques excursions de détente, il va visiter les Great Smoky Mountains, principalement la forêt de Wildwood, pour le compte de son employeur.

En effet celui-ci compte bâtir un village de vacances ainsi que des pistes de ski, et Whitman doit étudier sur place si ces projets sont réalisables.

Il va retrouver sur place Arn Rutledge et sa femme Faren. Arn servit sous ses ordres pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Mais Wildwood semble bien être une forêt maléfique. Faren se montre réticente lorsque Whitman lui expose ses projets. Quant à Arn, il est parti à la chasse, mais nul ne sait exactement quel est son gibier.

Wildwood, forêt sauvage, mystérieuses, enchantée, magique, mais aussi maléfique, et qui recèle bien des secrets.

En 1916, il y a un peu plus de quarante ans de cela, lors d'une réception organisée par Edgar Langford, Edgar le Fou, magicien et prestidigitateur à ses heures, passionné d'archéologie et de la civilisation assyrienne en particulier, lors d'une réception donc, ses cinq cents invités et son château disparaissent bizarrement.

Un château immense, construit à la manière des châteaux européens des XVIe et XVIIe siècles, ne peut se volatiliser ainsi dans la nature, et pourtant !

Des manifestations bizarres se produisent de temps à autre. De même apparaissent des personnages étranges, mi êtres humains, mi animaux.

 

John Farris, dont on n'a pas oublié le magnifique Ecailles, paru dans la même collection, nous livre cette fois encore un roman envoûtant, magique, angoissant, moins teinté d'exotisme mais tout aussi prenant, à cause ou grâce à l'ambiance ténébreuse, démoniaque et énigmatique qu'il distille avec un art consommé du suspense d'épouvante.

John Farris semble obsédé, obnubilé, fasciné par les serpents, puisque, tout comme dans Ecailles, ils jouent un rôle important. Mais le serpent n'est-il pas l'origine biblique de la race humaine, tout au moins l'un de ses acteurs principaux.

John FARRIS : La forêt sauvage (Wildwood - 1986. Traduction de Michel Demuth). Collection J'ai Lu épouvante N°2407. Editions J'ai Lu. Parution juin 1988. 448 pages.

Réédition février 2001.

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 11:01

Grand Prix de Littérature Policière 1998.

Serge GARDEBLED : Sans homicide fixe.

Alors que depuis quelques mois une vague d'assassinats est perpétrée sur des hommes en vue, impliqués dans la politique, la finance, le pouvoir, un journaliste décide de mener sa propre enquête dans un milieu parisien en voie de prolifération, celui des SDF.

Pour effectuer cette plongée dans cette nouvelle couche sociale, il devient lui-même un sans domicile fixe, essayant de s'intégrer, de vivre comme ses nouveaux compagnons, de comprendre, de partager leurs souffrances morales et physiques. Tout en essayant de garder une part de dignité, à l'instar des marginaux qu'il côtoie.

La recherche d'un abri pour se reposer, d'un morceau de pain pour se nourrir, est hasardeuse mais il existe des petits trucs que lui livrent d'autres SDF, plus partageurs que la plupart des nantis. Il fait la connaissance du Breton qui lui donne des adresses d'associations caritatives.

C'est sans compter sur la chasse organisée par la Préfecture de Police et de ses sbires, les Bleus, des vigiles qui se défoulent sur des êtres sans défense. Ramassé lors d'une rafle il se retrouve dans un centre à Nanterre où il retrouve le Breton et fait la connaissance du Musicien et de Fine à qui il trouve tous les attraits, alors que dans d'autres conditions il n'aurait pas fait attention à elle.

La révolte gronde parmi les SDF maltraités par les Bleus, notamment par un surnommé Gants Blancs, véritable sadique qui se retranche derrière sa fonction et son uniforme. Gants Blancs reste sur le carreau et le journaliste s'échappe en compagnie de ses nouveaux amis. L'actualité le rattrape lorsque le directeur du Centre est assassiné.

 

Ce roman est une véritable plongée en Enfer, dans les bas fonds de la Ville Lumière, un livre que n'aurait pas renié Eugène Sue lorsqu'il écrivait les Mystères de Paris.

Certes le style est différent mais la misère actuelle n'est guère plus reluisante que celle qu'il avait dénoncée.

Serge Gardebled a effectué de nombreuses reportages sur le terrain, et si le fil conducteur, l'assassinat de personnalités en vue relève de la fiction, la description des conditions de vie des SDF, elle, est réelle.

Un livre noir, sans fard, avec en filigrane la photo d'un petit Africain agonisant prise par un reporter

Réédition Le Livre de Poche. Parution 17 juin 1998. 186 pages.

Réédition Le Livre de Poche. Parution 17 juin 1998. 186 pages.

Serge GARDEBLED : Sans homicide fixe. Collection Sueurs froides. Editions Denoël. Parution 3 octobre 1996. 240 pages. 13,45€.

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 13:06

Un manuscrit renferme toujours une énigme : la pensée de l'auteur...

Elena ARSENEVA : L’énigme du manuscrit.

Le prince Vladimir, accompagné de son fidèle boyard Artem et du collaborateur de celui-ci le Varlet Mitko, de quelques courtisans et de deux enlumineurs, décide de passer deux ou trois jours en la forteresse de Loub, dirigée par le gouverneur Alexei.

On lui a vanté la richesse de la bibliothèque. Plus particulièrement le psautier dit d’Illarion, nommé ainsi d’après le nom du moine grec qui a orné le manuscrit de magnifiques enluminures. Après avoir admiré cet incunable inestimable, tout ce petit monde festoie gaiement tout en appréciant les prestations d’une troupe de comédiens ambulants. Le soir, se promenant dans la cour au pied du donjon, Artem est le spectateur d’une étrange vision.

Une fenêtre s’ouvre à l’étage et une jeune femme tente de se précipiter dans le vide tandis qu’un homme la rattrape in extremis. Or d’après ses premières constatations, il n’existe aucune ouverture dans le couloir de l’étage permettant d’accéder à cette pièce.

S’agirait-il d’un leurre, d’une apparition provoquée par des fumées dues à l’ingestion d’alcool et à une nourriture abondante ? Le cadavre du jeune enlumineur Iakov, qui avait vertement controversé le point de vue de son confrère quant à la modernité de l’imagerie du psautier, et est retrouvé au bas d’un escalier, ne doit rien à un mirage.

La thèse de l’accident est rapidement avancée mais Artem est sceptique, d’autant que d’autres cadavres s’accumuleront au fil du temps. Le prince Vladimir doit retourner en son palais et Artem est chargé de résoudre rapidement ces énigmes. Des meurtres qui seraient liés, selon lui, à ce célèbre manuscrit qui apparaît et disparaît mystérieusement.

 

Ce nouvel opus des aventures du boyard Artem nous fait découvrir qu’avant l’invention de Gutemberg, le livre, ou plutôt le manuscrit, était non seulement un objet précieux mais également une émanation de la culture qui sans se prévaloir d’être indispensable comptait pour beaucoup dans la mémoire des peuples, le reflet d’une civilisation avancée. Et bien évidemment en corollaire, la jalousie qui peut être vecteur de confrontation entre deux êtres ne partageant pas les mêmes dispositions d’esprit. La dualité entre l’ancien et le moderne.

 

Mais au delà de ces considérations il ne faut pas oublier qu’Elena Arsenova a aussi, ou surtout, écrit un roman dont la plongée dans le passé est une façon originale de découvrir les mœurs d’une époque révolue mais pourtant fort avancée malgré les avis d’historiens obtus qui ne voyaient dans l’ensemble de ce que l’on peut appeler le Moyen âge, une époque qui couvre cependant des siècles de découvertes et souvent de tolérance, une page d’obscurantisme dans l’histoire de l’Humanité.

De plus L’énigme du manuscrit devrait contenter ceux qui recherchent l’approche historique ainsi que tous les nostalgiques du suspense et du whodunit.

Elena ARSENEVA : L’énigme du manuscrit. Collection Grands Détectives N°3484. éditions 10/18. Parution 5 juin 2003. 256 pages.

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