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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 12:05

Hommage à Ralph Mc Inerny né le 24 février 1929.

Ralph Mc INERNY : Chambre froide

Sylvia Lowry craint pour sa vie, redoutant un mauvais coup de la part de ses enfants : son fils, Jim Lowry, sa fille, Sharon, ou son gendre, Bill Cordwill. Comme pour confirmer ses frayeurs, il se produit d’étranges événements chez elle : en peu de temps, elle a été obligée de faire appel plusieurs fois à Gene Hospers, le réparateur de téléviseurs.

Elle cherche le réconfort auprès du Père Dowling, et écrit aux éditions Anima Mundi à Kenosha, dans le Wisconsin. Elle promet un don de 50.000 dollars en échange de prières pour l’âme de son mari défunt, et requiert la venue d’un père, chez elle, à Fox River près de Chicago.

Antony Mendax, directeur escroc de multiples petites entreprises plus ou moins foireuses, se déplace en personne à la requête de cette cliente providentielle. Arrivé à Fox River, il ne tarde pas à apprendre la mort de sa future donatrice qui venait de convertir ses bons du trésor en argent liquide. Le médecin légiste est perplexe : est-elle décédée d’un coup sur la tête ou du séjour prolongé dans son congélateur vide ? Amis d’enfance, l’inspecteur Phil Keegan et le Père Dowling enquêtent chacun de leur côté. Les soupçons se portent immédiatement sur Jim, Sharon et Bill, mais également sur Mendax, l’argent une fois de plus apparaissant comme le mobile principal de la disparition et du meurtre de la vieille dame. Keegan reçoit une lettre anonyme accusant Jim, mais Dowling, perspicace, en pressent l’expéditrice : Cheryl, la fille de Sharon. Cheryl, inconsciemment, avoue, apportant quelques révélations supplémentaires à la police et à Dowling.

 

Dowling s’impose comme un nouveau chaînon à la déjà longue théorie de religieux détectives : Frère Cadfael, Frère Boileau, le Père Brown… Héros d’une série télévisée américaine — Tom Dosley lui prête ses traits, assisté de sœur Stéphanie, série diffusée sur FR.3 de 1989 à 1991 — il se conduit en homme indulgent — moins débonnaire cependant que dans les téléfilms, — plus préoccupé des âmes de ses ouailles que de leur châtiment.

Premier volet d’une série de neuf enquêtes, Chambre froide se veut l’approche du Père Dowling dont les traits physiques et moraux devraient être affinés au fil des volumes. On sait cependant que le Père Dowling est un ancien alcoolique repenti et guéri et qu’il a abandonné sa position à l’archidiocèse comme spécialiste du droit canon et plus prosaïquement dans les cas d’annulation de mariage, autant pour rompre avec son éthylisme que pour goûter à la différence, la lourdeur de la bureaucratie cléricale commençant à lui peser.

 

Les crimes impunis sont le fondement même de notre société.

Ralph Mc INERNY : Chambre froide

Ralph Mc INERNY : Chambre froide (Her death of cold - 1977. traduction  de Cécile & Yves Trevian). Collection Ténèbre et Lumière. Editions Axel Noël. Parution octobre 1991. 244 pages.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 09:15

Et les gondoles vont servir de luges ?

Jean MAZARIN : Il va neiger sur Venise.

Lorsqu’il était étudiant, Michel Brannelec avait participé au tournage de quelques films en tant que figurant puis il avait été obligé de partir en Algérie, la nation française lui ayant offert un billet de bateau avec l’uniforme de para d’infanterie de marine en prime.

Il est revenu avec une jambe claudicante et ses rêves à exaucer. Lorsque son agent lui propose de rejoindre Vadim qui tourne à Venise son film Sait-on jamais avec Christian Marquand et Françoise Arnoul, il pense qu’enfin sa voie est tracée et son avenir assuré.

L’emploi proposé n’est pas tout à fait à la hauteur de ses attentes, mais au moins il aura un pied dans la bobine. Il est embauché comme stagiaire assistant, chargé des feuilles de paye des machinistes italiens, mais au moins il peut fréquenter une équipe de tournage et c’est ce qui lui importe. A son arrivée, il est pris en charge par un surnommé La Louche et fait connaissance avec l’équipe qui loge au Palais Bembo. En face, c’est l’effervescence.

Le cadavre d’un homme a été retrouvé dans l’appartement qu’il louait, la tête défoncée par un pilon de cuivre. Le vice-brigadier Adolfo Serra et le commissaire Busetti, chargés de l’enquête, apprennent auprès du concierge que l’homme était accompagné d’une femme, absente depuis la veille. Mais leurs investigations dans l’appartement révèlent bien des surprises. Sous le cadavre ils découvrent une vieille clé dont la destination leur est pour l’heure inconnue, puis dans un tiroir une forte somme d’argent. Si des vêtements féminins sont accrochés dans la penderie de la seconde chambre, ils sont forts étonnés d’en trouver également dans celle du défunt de même que des pots de soins corporels. Le légiste discerne un tatouage sous l’aisselle du défunt démontrant que l’homme aurait appartenu à la Waffen SS. En réalité celui-ci n’est pas Allemand mais Autrichien et son épouse supposée, rentrée le matin de la découverte du meurtre, est sa sœur Heidi.

Michel se rend compte que Heidi semble s’intéresser à lui, pourtant la jeune femme rencontre un autre homme, plus âgé. C’est un ami de son frère assure-t-elle, et les policiers eux aussi sont intéressés par cet homme, Autrichien comme le mort.

 

Entre 1957, année du tournage de Sait-on jamais, et 1936, puis 1945, l’histoire, et l’Histoire, se catapultent. Enquête sur un meurtre et secrets liés à des événements qui ont eu lieu avant et pendant la guerre puis durant la débâcle italienne s’imbriquent avec rigueur. Les personnages fictifs et réels sont liés sur le même plateau de tournage à Venise, dans les mêmes lieux, mais seuls quelques protagonistes chanceux, dont le lecteur qui fait partie prenante de l’intrigue, connaitront véritablement le fin mot de cette histoire.

Jean Mazarin fait revivre une époque qui n’est pas encore débarrassée des miasmes de la Seconde guerre mondiale, alors que la guerre d’Algérie meurtrit déjà les esprits et les corps. Vadim, Christian Marquand, Françoise Arnoul ainsi que Benito Mussolini et quelques autres ne sont pas là pour effectuer de la figuration intelligente, mais deviennent acteurs parfois décisifs malgré le petit rôle qui leur est alloué.

Jean Mazarin aurait pu étoffer son roman de descriptions de scènes de tournage, mais tout est dans le suggestif. Venise, ses canaux, ses vaporettos, ses hôtels particuliers plus ou moins bien entretenus s’intègrent comme le décor nécessaire, loin du cliché de carte postale.

Après bien des années d’absence pour cause d’écriture de scénario, Jean Mazarin nous revient avec un roman à placer à côté de ses ouvrages majeurs comme Collabo-song, Grand Prix de Littérature Policière en 1983. Un retour qui je l’espère ne sera pas un feu de paille ou le chant du cygne.

Il revient au cadavre qui porte pour tout vêtement un caleçon à fleurs. C’est grotesque et indécent. La loi devrait interdire aux cadavres de se présenter en pareille tenue.

- Ce Français, tu as couché avec ?
- Tu connais d’autres moyens pour une femme de rendre un homme dépendant ?

Jean MAZARIN : Il va neiger sur Venise. Collection Polar, éditions Nuits Blanches. Parution janvier 2011. 230 pages.

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 10:44

Hommage à Paul Gerrard né le 21 février 1908.

Paul GERRARD : La chasse au dahu.

Comme c'est dur d'être une garde d'enfant et de se faire kidnapper à la barbe et au nez le bambin dont on a la charge.

Ainsi mademoiselle Lincke, pour qui le petit Mick est un rayon de soleil dans une vie éprouvée, ne peut empêcher l'enlèvement de celui-ci dans l'immeuble même de ses parents.

A l'origine un couple qui a minuté de façon minutieuse ce rapt qui devrait rapporter beaucoup d'argent. Le père, gros industriel lyonnais, ne se fait pas tirer l'oreille pour le paiement de la rançon.

Au lieu de rendre le bébé, pourquoi ne pas exiger une nouvelle dose d'argent frais ? C'est ce que se disent Vicky et Carlo, les ravisseurs, mais pour cela, il faut brouiller les pistes. A bord d'une 2CV, véhicule banal s'il en est (à l'époque), ils parcourent la Haute-Savoie. Mais ce qui n'était qu'une balade devient vite une cavalcade puis une fuite.

Un autre couple de malfrats, qui ont flairé une occasion d'empocher facilement de l'argent, se lance à leur poursuite. Le drame couve avec pour enjeu le petit Mick.

 

Dans La chasse au dahu, ou encore La javanaise, c'est un enfant qui est au centre du récit, rendant celui-ci bouleversant et au combien toujours d'actualité.

Paul Gerrard décrit des faits réels, ne s'embarrassant pas de fioritures fantaisistes.

Comme l'a si bien écrit Gilles Costaz dans un article consacré à Paul Gerrard, pour celui-ci la vie et les romans policiers sont des jeux d'adultes. Ce sont des textes noirs dont la force tient dans la sobriété du style.

Première édition collection Un Mystère N°526. Presses de la Cité. Parution 1960.

Première édition collection Un Mystère N°526. Presses de la Cité. Parution 1960.

Ayant connu son heure de gloire dans les années 1950/60, aussi bien sous ce nom que celui de Paul Berna, pseudonyme utilisé pour rédiger des livres pour enfants et adolescents, Paul Gerrard était revenu en grâce à la fin des années 1980, grâce à la réédition de ses romans soit en format poche, soit en Intégrales. Aujourd'hui il est à nouveau retombé dans l'oubli, mais un véritable romancier ne meurt jamais, et il est à parier que dans quelques années il reviendra sur les étals des libraires.

 

Paul GERRARD : La chasse au dahu.

Paul GERRARD : La chasse au dahu. Collection le Masque Jaune N°1945. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution février 1989. 186 pages.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 11:07

Bon anniversaire à Jean-Louis Touchant

né le 14 février 1929.

Jean-Louis TOUCHANT : Le train vert-de-gris.

En gare de Lyon-Perrache, en cet été 44, les voyageurs affluent sur les quais, même si les trains annoncés ne sont pas sûrs de circuler.

Les Allemands sont sur la brèche. Après le débarquement de Normandie, ils ont peur d’un nouveau débarquement sur Marseille. Parmi les candidats au voyage, René, seize ans, dont ce sera le premier grand déplacement en solitaire, sans papa ni maman.

Il doit rejoindre une vague cousine dans le Nivernais. Il s’installe dans le wagon, déjà occupé par un prêtre. Bientôt un jeune couple, Andrée et Paul qui ressemble à un acteur de cinéma puis une mère et sa fille, Solange, du même âge que René s’installent. Enfin, un gros homme rougeaud et un garçon sans bagage, renfrogné.

Le départ se fait attendre puis le convoi quitte enfin la gare. Les arrêts sont nombreux, les voyageurs ont le temps de faire connaissance. Lors d’un contrôle des papiers, le jeune homme sans bagage est arrêté par les Allemands. Les commentaires vont bon train.

René dessine, croquant ses compagnons, ce qui attire l’attention de Solange, sa voisine. Elle est pas mal Solange ! Andrée non plus d’ailleurs. Le gros homme propose des victuailles qu’il sort d’un panier de paysan. Et le convoi continue doucement sa progression malgré les problèmes qui peuvent surgir à tout moment. Un monsieur a remplacé celui qui a été arrêté. Il écrit, pour le plaisir, attirant l’attention des occupants du wagon. Un périple qui bientôt sombrera dans le drame.

 

Cette histoire, écrite par Jean-Louis Touchant, auteur d’une remarquable étude sur Moselli, est un quasi vase clos dans lequel les protagonistes, obligés de se côtoyer, échangent avec sourires ou énervement des propos sur tout et rien.

L’auteur accapare l’attention en narrant ses pastiches Holmésiens ou des histoires à la façon d’Agatha Christie. Chacun donnant son avis. Le cinéma aussi est évoqué. Les sujets de conversion ne manquent pas, chacun se laissant aller plus ou moins à son thème favori.

Un microcosme dans lequel des affinités se révèlent, des tensions larvées risquent d’exploser, et qui pour quelques heures pourrait croire que la guerre, malgré la présence constante des Allemands, est restée au bord du quai.

Mais c’est sans compter sur le doigt du destin qui souligne toujours d’un trait rageur qu’il peut rattraper à tout moment les erreurs et les fautes, les crimes et les trahisons.

Jean-Louis TOUCHANT : Le train vert-de-gris. Collection Rail Noir N°9. Editions La vie du rail. Parution novembre 2004. 118 pages.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 14:22

Hommage 3 à Georges Simenon, né le 13 février 1903 selon les registres et le 12 février 1903 par superstition maternelle.

Francis LACASSIN : La vraie naissance de Maigret.

Une pipe, un chapeau melon, un pardessus épais à col de velours, un poêle en fonte, quelques verres de bière ou de fine, voilà le décor planté.

Le commissaire Maigret peut faire son apparition, masse puissante et bourrue, privilégiant aux faits eux-mêmes la psychologie des personnages.

On ne l'a pas entendu arriver, pourtant il est là, impressionnant, emplissant la pièce de sa présence. Et lorsqu'il repart sur la pointe des pieds, son aura a si bien imprégné l'endroit où il s'est imposé, que son ectoplasme est toujours palpable. Et depuis 1972, année où il s'est éclipsé en compagnie de Monsieur Charles, il continue à hanter l'étrange lucarne et les rayons des librairies.

Maigret n'est pas un être de chair et de sang, pourtant c'est un ami fidèle, et l'on ne se lasse pas de le rencontrer dans un bar, auprès d'une péniche, à un carrefour, sous la pluie, tenace, obstiné, traquant les truands, mais cherchant aux petites gens des excuses à leur forfait.

Mais ce personnage issu de l'imagination fertile d'un écrivain prolixe, porte en lui sa légende. Sa naissance est nimbée d'un flou artistique ou plutôt d'une contre-vérité à laquelle Simenon, qui l'a forgée et propagée, a fini par croire lui-même.

Francis Lacassin, traqueur impitoyable de la littérature populaire, ne s'est pas contenté d'une explication de génération spontanée. Maigret en effet n'est pas né dans les conditions que Simenon aimait le faire croire, entretenant un mythe qui permit en 1966 l'érection d'une statue représentant le célèbre commissaire à Delfzijl, aux Pays-Bas.

Maigret était déjà né, avait connu quelques aventures, mais c'est effectivement dans ce petit port qu'il s'est émancipé, a atteint sa majorité, et fêté sa maturité avec Pietr le Letton. Et il lui a fallu se battre pour ne pas se laisser supplanté par un arriviste, plus jeune, plus aventureux, du nom de Sancette.

Ce travail de défrichage des romans simenoniens, cette recherche de généalogiste consciencieux, sont consignés dans un ouvrage dont la lecture est aussi passionnante que celle d'un roman policier, comme diraient les critiques qui pourfendent la littérature populaire tout en lui reconnaissant les qualités d'être lisible, intéressante, captivante.

Ce récit, ce document s'inscrit parmi les nombreux autres ouvrages consacrés à la saga simenonienne, à sa vie et à son œuvre, et ils sont nombreux. Mais il reste l'un des ouvrages de référence qui se révèle indispensable à tout amateur, éclaire ou non, à tout passionné avide de mieux connaître ce personnage hors du commun et pourtant si près de nous.

Francis LACASSIN : La vraie naissance de Maigret. Editions du Rocher. Parution septembre 1992. 176 pages.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 15:16

Hommage 2 à Georges Simenon, né le 12 février 1903.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années parisiennes. 1923 - 1931.

De son vivant, Simenon a intrigué bon nombre de journalistes, de critiques et de chroniqueurs, et bien évidemment de lecteurs.

Les études et articles consacrés au plus Français des Belges sont donc extrêmement nombreux, avant et après sa mort.

De tous ceux qui sont parus en cette année 1990, les ouvrages de Jean-Christophe Camus comptent parmi les plus intéressants. A plusieurs titres.

D'abord au point de vue recherche et situations du personnage dans une époque qui peut paraître magique et féérique pour certains d'entre-nous. Les années d'après-guerre, des années de décompression, d'insouciance, une impression. Alors que dans d'autres récits, je pense notamment au Simenon de Stanley Eskin paru aux Presses de la Cité, certains faits sont juste évoqués, suggérés, ici ils sont décrits avec humour et émotion, dans un esprit de véracité et d'impartialité.

Le fameux bal anthropométrique par exemple, qui devait fêter la mort de Georges Sim et la naissance de Simenon, le grand coup de publicité réalisé avec l'aide de l'affichiste Paul Colin pour la parution des premiers Maigret, les officiels, chez Fayard. Ou encore cet amour payé de retour avec celle qui fut surnommé la Perle Noire, Joséphine Baker.

Egalement les ancêtres littéraires de Maigret. Maigret qui apparait en coup de vent, dont la silhouette se dessine dans des romans édités chez Tallandier ou qui se cache sous les traits de l'inspecteur Sancette, alias 107,alias G7, alias L53... Les anecdotes foisonnent mais sans sombrer, et je pense là encore au livre de Stanley Eskin, sans sombrer dans une recherche systématique de la vie sexuelle de l'écrivain.

De plus, les reproductions en couleurs d'une quinzaine de couvertures de romans écrits dans les années 1920 par celui qui fut surnommé le romancier-vapeur et les fac-similés d'articles et de dessins parus dans la presse de l'époque, apportent la note d'authenticité à un texte qui se lit comme un roman.

Simenon, bourreau de travail, bourreau de plaisirs, avide de découvertes, nous étonnera toujours. Une imagination débordante, certes, mais alliée à un emploi de situations, de personnages et d'aventures, ou mésaventures, survenues au créateur de Maigret.

Simenon, romancier populaire, aura réussi sa carrière pratiquement comme il l'avait souhaité. Cependant il restera obnubilé toute sa vie par une obsession : faire de la littérature, de la vrai. Avec un souhait qui, lui, ne sera jamais exaucé, recevoir le Prix Nobel de littérature. Mais il possède un lectorat ce qui est primordial lorsqu'on est écrivain.

Simenon, adulé de son vivant, conspué par des pisse-froid en mal de copie, lié d'amitié avec des célébrités telles que Renoir, Marcel Achard, et bien d'autres, ne pourra jamais tomber dans l'oubli.

 

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années parisiennes. 1923 - 1931. Editions Hatier. Parution 1990. 260 pages.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 14:19

Hommage à Georges Simenon, né le 12 février 1903.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années du journalisme. 1919 - 1922.

Lorsque Georges Simenon entre, en forçant la porte du directeur, au journal La Gazette de Liège, il n'a pas encore seize ans.

Quinze ans et onze mois pour être précis.

Pourtant ce n'est pas cette volonté de travailler, de devenir journaliste qui m'a le plus étonné, surpris, mais c'est bien la maturité, le ton incisif, gouailleur, l'esprit caustique, impertinent, la facilité d'écriture de ce débutant, de cet adolescent, qui imprègnent les chroniques rédigées par Georges Simenon.

Des billets poétiques à la gloire de sa ville natale aux féroces diatribes envers les édiles socialistes, Simenon, alias Georges Sim, alias Monsieur Le Coq, se fait la main, emmagasinant souvenirs, odeurs, recherches sur la nature humaine pour mieux nous les restituer à travers ses romans, mémoires et dictées.

Simenon possède un insatiable appétit de vivre, se montrant boulimique de lectures, de femmes. De seize à dix-neuf ans, par ses écrits parfois virulents dans La Gazette de Liège, mais également dans d'autres publications, il affine son écriture. Il se veut le témoin de son temps et devient le chantre des petites gens que l'on retrouvera tout au long de ses romans, la série des Maigret bien évidemment, mais aussi tous ses romans dits littéraires et surtout noirs.

Jean-Christophe Camus, journaliste lui-même à La Gazette de Liège, met ses pas dans les traces du jeune Sim qui deviendra le grand Simenon, réalisant une monumentale étude de caractère de celui qui excellait dans ce genre.

Un récit passionnant dans lequel on découvre le père de Maigret avec ses joies, ses colères, ses farces, sa jeunesse, son appétit de la vie. Un regard neuf sur un écrivain que l'on croyait connaître.

De très nombreuses illustrations, des reproductions, des fac-similés de journaux complètent cet ouvrage passionnant de bout en bout.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années du journalisme. 1919 - 1922. Editions Hatier. Parution décembre 1989. 222 pages.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 14:05

Bon anniversaire à Horst Bozetsky, dit -Ky,

né le 1er février 1938.

-Ky : Pour le Roi de Prusse

Le commissaire Hans Jürgen Mannhardt est dans une phase de profonde déprime.

Sa femme l'a quitté et ses enfants le déçoivent. Au bout de trente ans de métier, il est complètement désabusé. Alors il se terre dans une cabane de jardin située dans la banlieue berlinoise et passe des heures à lire des ouvrages des deux plus grands poètes allemands, Théodor Fontane et Heinrich Von Kleist.

Le reste du temps il sombre dans la morosité, se réfugiant dans les brumes éthyliques en compagnie de Blaubacke, sémiologue convaincu, et de deux jeunes femmes, Tolldu et Suppenhuhn.

Contrarié, dépressif, il n'arrive même plus à concrétiser son envie de relations sexuelles.

Son supérieur, le docteur Weber, le convoque pour enquêter sur la mort du sénateur Boese. Sa gouvernante a découvert l'homme politique baignant dans son sang, chez lui, alors qu'un jeune homme farfouillait ses poches.

Le commissaire Mannhardt refuse cette enquête mais Weber est à court d'effectif, et il doit s'atteler à cette tâche, bon gré mal gré. Le commissaire, entre deux lampées à sa flasque et en se référant à de nombreuses reprises au code du parfait enquêteur, va tenter de débrouiller cette affaire dans laquelle se trouvent impliqués des adolescents ou de jeunes hommes.

Mannhardt passe d'un suspect à un autre comme une boule de billard renvoyée par les bandes. En même temps, conseillé par Tolldu, il consulte le docteur Junge, spécialiste des maladies psychiques par la thérapie de la réincarnation.

C'est ainsi que le commissaire Mannhardt revit une expérience antérieure en tant que Joachim Ernst von Mannhardt, chambellan et ami de Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand. Et cette introspection dans le passé lui fournira, peut-être des éléments de réponse.

 

Avec ce roman, Horst Bozetsky, plus connu sous le nom de Ky, aborde le domaine du fantastique tout en jetant un regard dénué de complaisance sur l'Allemagne des années 1980, empruntant à ses souvenirs d'enfance pour construire son intrigue et se référant à des faits réels pour l'étayer.

Un roman écrit en 1985 dans une certaine ambiance, avec un certain état d'esprit comme le précise Ky dans sa préface. C'était avant le démantèlement du mur de Berlin, événement qui l'aurait empêché d'écrire par la suite ce roman. Pourquoi ? Il ne le précise pas.

Une œuvre forte et parfois déroutante.

 

-Ky : Pour le Roi de Prusse (Friedrich der Große rettet Oberkommissar Mannhardt - 1985 Traduction de Jean-Paul Schweighaeuser). Editions de l'Atalante. Parution septembre 1991. 256 pages.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:53

Mais c'est Dieu qui l'a créée ! Il parait...

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme

Dans la série Moi j'aime le cinéma, incontestablement on ne peut passer sous silence, et je m'en voudrais de le faire, de passer sous silence donc, les romans de Stuart Kaminsky.

Du moins ceux qui mettent en scène le privé californien Toby Peters. Je ne veux pas dire pour autant que les autres sont moins intéressants, loin de là, mais j'ai comme qui dirait un faible pour ce mec qui a toujours mal au dos. Peut-être une forme inavouée de symbiose.

Revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Un des romans de Stuart Kaminsky porte le titre français de Moi, j'aime le cinéma, et qui s'en plaindra, contant l'une des aventures de Toby, l'homme qui enquête dans les milieux cinématographiques hollywoodiens des années 1940 et se retrouve à chaque fois fauché, malgré la qualité de ses clients qui, soit dit en passant, pourraient se fouler un peu plus le poignet en versant l'obole qu'il a largement mérité.

Je sais, j'utilise abondamment des adverbes, surtout en ment, et alors, c'est défendu ? Il me semble qu'ils sont dûment répertorié dans les dictionnaires de bon aloi. Et Bernard Pivot à qui un journal littéraire avait posé la question s'il était pour la suppression des adverbes se terminant pas ment, avait répondu évidemment !

Vous remarquerez que je ne me prive pas, comme les scénaristes ou les feuilletonistes qui divergent afin de faire durer le suspense, à moins qu'ils se trouvent bloqués dans une situation inextricable et demandent à un de leurs copains de leur souffler la suite du texte qu'ils doivent écrire, de prendre des chemins de traverse et d'allonger la sauce.

Dans Et le Diable rencontra la femme (le veinard !), Toby est contacté par le mari de Bette Davis. Il travaille pour un bureau d'études non gouvernemental, s'occupant de recherches aéronautiques confidentielles, et dont le résultat pourrait influer sur la prolongation du conflit modial (je rappelle que cette histoire se déroule en 1943, mais vous le saviez déjà peut-être). Un inconnu lui a téléphoné, le menaçant de créer un énorme scandale, d'enlever sa femme, affirmant posséder un enregistrement dans lequel Bette Davis... (Toby ne veut pas en savoir davantage), bref de lui fournir certains renseignements, notre détective devant assurer la transaction.

Toby accepte le mission, c'est à dire protéger la vedette, et fait appel à ses amis, Gunther le nain, Sheldon le dentiste, Jérémy le poète. Persuadé que le premier mari de Bette Davis ne peut qu'être le maître-chanteur, il décide de s'octroyer également les services d'Andréa Pincketts, le détective le plus louche du monde, avec qui il avait fait équipe à ses débuts quelques années auparavant.

Pinketts se souvient fort bien de l'incident de l'enregistrement, auquel Toby avait lui aussi participé n'étant pas au courant du travail peu ragoûtant qu'il devait alors effectuer et les conséquences qui en résulteraient.

Pinketts et Toby avaient procédé à la demande du premier mari de Bette à un enregistrement des relations charnelles entre l'actrice et un troisième larron, de la conversation explicite échangée et des bruits non moins explicites. Le mari bafoué, je sais dit comme ça cela fait un peu tiré par la queue, avait récupéré l'objet compromettant ignorant que Pinketts en avait réalisé un autre, échangé quelques semaines plus tard contre une coquette somme d'argent.

Toby tente de remonter la filière, mais des tueurs se dressent sur son chemin et il se fait enlever en compagnie de celle qu'il doit protéger. Pas bon pour son image de marque !

 

Cette aventure inédite de Toby Peters, qui a toujours mal au dos et entretient avec sa logeuse des relations non équivoques, d'ailleurs cela ne le tente pas, est un véritable régal aussi bien pour les cinéphiles que pour les autres. Le lecteur découvre une facette de l'actrice qui porte mal son prénom, facette qu'il ne connaissait peut-être pas.

Celle d'une femme qui, malgré son statut de star, n'hésite pas à remonter le moral des troupes, proposant par exemple un lieu de rencontres, de spectacles, aux soldats en permission ou en instance de départ pour le Pacifique. Ou encore, récitant un poème lors d'une soirée organisée entre gens de la petite société.

Un roman qui nous change des serials killers à la mode et donne envie de retrouver le charme des films en noir et blanc.

 

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme (The devil met a lady - 1993. Traduction de François Loubet). Collection Grands Détectives N°3011. Editions 10/18. Parution novembre 1998. 240 pages.

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 14:19

Bon anniversaire à Yves Ellena né le 29 janvier 1944.

Yves ELLENA : Radio Corbeau.

La délation a toujours existé, et pour propager les médisances, les racontars, les ragots ou les vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire, le véhicule le plus fréquent était le bouche à oreilles.

Les lettres anonymes firent florès également. Mais ces dénonciations n'impliquaient en général qu'une personne.

Aussi l'utilisation d'une radio locale pour dévoiler des affaires louches, des turpitudes, des infamies, des magouilles, des crimes même, jette la stupeur, la consternation, la colère puis la révolte, dans un petit village des Alpes de Haute Provence, Saint Meyran.

Douze mille habitants qui vivaient bien sereinement, dans une douce quiétude, oubliés des grandes métropoles et qui apprennent brusquement que l'incendie d'une ferme est dû à une origine criminelle, que le notaire a des relations extraconjugales, qu'un bijoutier serait un receleur de bijoux volés, et bien d'autres vilenies.

Mais le Sycophante, puisqu'ainsi se surnomme le dénonciateur, le révélateur de ces bassesses, agit-il dans un esprit de vengeance ?

Les esprits s'échauffent, s'exacerbent, des comités de défense s'organisent, et des innocents sont pris à partie.

 

Ce roman se termine en fin ouverte, et l'auteur a peut-être envie de réutiliser certains de ses personnages qui sont parfois attachants, tel le localier ou journaliste local Maurier.

Sans être un réquisitoire, ce roman dénonce simplement une certaine intolérance d'idées, de mœurs. Partis pris, incompréhension, méfiance des autochtones vis-à-vis d'une personne considérée comme étrangère puisque n'étant pas de la région.

 

Yves Ellena, spécialiste cinématographique et scénariste, a construit cette intrigue un peu à la façon d'un scénario. Peu de détails superflus, dialogues courts et percutants, descriptions de paysages ou de situations narrées en peu de mots, mais efficacement comme si une caméra remplaçait le stylo ou la machine à écrire.

 

D'ailleurs cette histoire a été adaptée en 1988 par Yves Boisset, sous le même titre, avec pour interprètes principaux Claude Brasseur, Pierre Arditi, Evelyne Bouix, Christine Boisson. A noter qu'Yves Ellena interprète le rôle du prêtre.

Yves ELLENA : Radio Corbeau.
Yves Ellena passé à la moulinette par l'Oncle Paul, octobre 1987, à Grenoble.

Yves Ellena passé à la moulinette par l'Oncle Paul, octobre 1987, à Grenoble.

Yves ELLENA : Radio Corbeau. Collection L'Instant Noir N°16. Editions de l'Instant. Parution septembre 1987. 204 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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