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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 06:43

A déguster sans modération...

Serge SAFRAN: L’amour gourmand. Libertinage gastronomique au XVIIIème siècle.

Les plaisirs de la table et les plaisirs sexuels sont les deux mamelles des plaisirs de la chair.

Serge Safran, en gourmand et fin gourmet, a convié à sa table littéraire des invités prestigieux tels que Boyer d’Argens, Caylus, Rétif de la Bretonne, Crébillon fils, Marivaux, Fougeret de Montbron, Nerciat, Casanova ou encore Sade, pour n’en citer que quelques-uns.

Au menu, le chocolat, le café, les huîtres, le Champagne, les liqueurs, les vins plus quelques amuse-gueules comme le tabac et autres friandises. Bref de quoi réveiller les sens gustatifs et charnels de lecteurs affamés qui ne considèrent pas la lecture comme un en-cas, mais veulent, exigent du roboratif et du jouissif, sans être incommodés par des digestions lentes et difficiles dont le résultat peut amener à des troubles de somnolence.

L’amour gourmand revisite avec délice ces auteurs jugés licencieux, et l’on se rend compte qu’au moins leur prose était délectable, comme un plat préparé amoureusement, tout en finesse, couleurs, légèreté, bien loin des orgies livresques dont certaines collections du XXème siècle inondèrent les étals des libraires, tels des fricots peu ragoûtants. C’est un témoignage également sur une époque révolue, le siècle des Lumières, grâce aux nombreux exemples, citations, extraits d’ouvrages, tranches de vie subtiles, recueillies par Serge Safran comme autant de gâteries et de douceurs.

L’humour ne manque pas, ingrédient indispensable, comme les épices dans un plat sucré salé. Le libertinage était une forme de joie de vivre, et l’on se prend à rêver à cette époque révolue qui ne connaissait pas l’emballage sous vide. Les métaphores, nombreuses, démontrent une joliesse des images et que le cru n’est pas de mise, au contraire il indispose. Le verbe est riche mais pas gras. Nos libertins du XVIIIème siècle savaient manier les mots, mitonner les phrases, jongler avec les allusions, sans pour autant provoquer des maux de ventre, de tête ou tout autre partie du corps.

Un livre savoureux à offrir, à s’offrir, à déguster, à savourer, sans arrière pensée et sans modération.

Serge SAFRAN: L’amour gourmand. Libertinage gastronomique au XVIIIème siècle. Collection L’Attrape-corps. Editions La Musardine. Réimpression. Parution le 9 février 2017. 272 pages. 16,00€.

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 06:07

Un remarquable bouquet de Lupin...

Paul GAYOT & Jacques BAUDOU : Dictionnaire de Lupinologie. Arsène Lupin dans tous ses états.

Lupin, Arsène de son prénom, tout le monde connait, ne serait-ce que par les adaptations cinématographiques et télévisuelles de ses aventures. Des adaptations par ailleurs fort controversées, aussi bien dans la réalisation, les scénarios, que dans le choix des comédiens interprétant notre Gentleman cambrioleur national. Ceci n'est qu'affaire de goût, et les scripteurs des deux articles concernant le cinéma et la télévision fournissent leurs appréciations auxquelles on adhère, ou pas.

Plus qu'un dictionnaire, cet ouvrage pourrait s'apparenter à une encyclopédie lupinienne, s'intéressant de A, comme Aiguille d'Etretat, à Z comme Zoologie.

Comme le précisent les deux auteurs dans leur avant-propos, Que le lecteur ne s'attende pas à ce que le présent ouvrage soit un Dictionnaire Arsène Lupin. Le gentleman-cambrioleur a déjà eu son Emile Littré avec Jacques Derouard, auteur de deux dictionnaires parus aux éditions Encrage. Le propos développé ci-après est différent : s'il concerne évidemment Arsène Lupin, il traite surtout de ce pourquoi celui-ci n'est au fond qu'un prétexte : la lupinologie. Une recherche savante et inutile car purement désintéressée et dégagée des contingences universitaires ou commerçantes.

Il s'agit donc d'effectuer un recensement d'études éparpillées un peu partout, dans des revues difficilement accessibles, pour diverses et multiples raisons, ces revues (et fanzines) ayant le plus souvent bénéficié d'un tirage réduit. Et encore fallait-il les connaître afin d'adhérer à ces associations qui les publiaient. Profitons-en pour signaler l'existence de l'Association des Amis d'Arsène Lupin, qui édite l'Aiguille preuve, bulletin qui a succédé à l'Aiguille creuse, plus un bulletin d'actualités, L'Echo de France, plus un blog et une page Facebook sur Internet. On peut adhérer et s'abonner en écrivant à l'association des Amis d'Arsène Lupin, 4 boulevard du Président Coty. 76790 Etretat, pour la somme de 39,00€.

Le site : http://aaal.hautetfort.com/

 

Cela précisé, passons au contenu que l'on peut grappiller comme on pioche dans les différents plats qui sont proposés lors d'un buffet garni, ou le dévorer page après page, article après article, dans une lecture linéaire.

Dans l'article intitulé Des Astres, les deux complices reviennent sur différentes études selon lesquelles la figuration de La Grande Ourse serait semblable à un document qui aurait inspiré Maurice Leblanc, la carte des abbayes installées par Colomban sur l'emplacement d'anciens dolmens. De même l'emplacement des immeubles construits par L. Destanges dans Herlock Sholmès arrive trop tard serait, selon Bernard Côme, une spéculation stellaire de la Grande Ourse.

Tout comme l'avait fait Conan Doyle pour Sherlock Holmes, Maurice Leblanc aurait évoqué des aventures qui n'ont pas été écrites et qui font l'objet d'une recension, de même que les voyages qu'a été censé effectuer son héros.

Sont présentés également les inspecteurs Ganimard et Béchoux, Isidore Bautrelet, Dorothée danseuse de corde, ainsi que les nombreuses identités d'Arsène Lupin, et des écrivains qui ont eu des relations post-mortem avec Maurice Leblanc ou Arsène Lupin. Parmi ceux-ci, Jacques Bens, Boileau-Narcejac et principalement Thomas Narcejac auteur de pastiches fort réussis des aventures du gentleman cambrioleur, Francis Lacassin, ou encore Michel Lebrun, auteur d'un texte peu connu, Ma vie est un roman, hommage qui fut réédité en 1982 par la Maison de la Culture de Reims. Michel Lebrun qui est également l'auteur d'un Décalogue publié entre autre dans la revue Europe N°604/605 d'août/septembre 1979, qui était consacrée à Arsène Lupin. Dans ce même article Michel Lebrun recensait les imitateurs, émules et épigones d'Arsène Lupin.

Un article intitulé Contrepets s'attache à recenser quelques tournures de phrases dans lesquelles se seraient glissées des contrepèteries. Or, si l'on étudie attentivement tous les textes des romanciers, on peut retrouver des tournures similaires qui sont glissées soit par inadvertance, soit sciemment. Et bien évidemment, lorsqu'un Quai est évoqué, il faut l'associer immédiatement à un mot qui comporte la syllabe en U. Par exemple Tu te trouveras dans une rue perpendiculaire au quai. (La femme aux deux sourires). Une déviance qui a fait le bonheur des chansons paillardes du début du XXe siècle avec notamment Le trou de mon quai chanté en 1928 par Dranem et reprise en 1971 par Les Charlots. Pour ceux qui ne connaissent pas, en voici un petit extrait :

Y a un quai dans ma rue

Y a un trou dans mon quai

Tu pourras sans t'déranger

Voir le quai de ma rue et le trou de mon quai.

Et bien entendu Il court, il court le furet (Victor de la Brigade mondaine) renvoie à une célèbre comptine enfantine qui n'était pas si sage. Mais là, je vous laisse décrypter.

Les auteurs reviennent sur certains articles parus ici et là, les compilent, les analysent, en démontrent parfois l'aspect quelque peu farfelu, des élucubrations qui veulent à tout prix démontrer ce que le rédacteur a voulu prouver, mais qui en fin de compte ne prouvent rien. Jubilatoire, amusant, distrayant, intéressant et qui nous change des ouvrages barbant.

Je passe sous silence bien d'autres articles captivants et édifiants, à des titres divers mais que vous découvrirez sûrement avec intérêt.

Ce Dictionnaire de Lupinologie, ou cette Encyclopédie, ravira tous ceux qui professe envers le célèbre Gentleman-Cambrioleur une forme d'affection, une nostalgie anarchisante à mettre aux côtés des exploits de Robin des bois et autres serviteurs des pauvres au détriment des plus nantis. Un ouvrage qui donne envie de lire ou relire les aventures d'Arsène Lupin, pour le plaisir.

 

Paul GAYOT & Jacques BAUDOU : Dictionnaire de Lupinologie. Arsène Lupin dans tous ses états. Bibliothèque d'Abdul Alhazred N°16. Editions Œil du Sphinx. Parution 31 juillet 2016. 250 pages. 20,00€.

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 07:08

Ma grand-mère a un grenier

plein de toiles d'araignée ;

mais dans les coffres de bois

on y trouve des merveilles... (Claude CLEMENT)

Viviane JANOUIN-BENANTI : Le grenier magique. L'inimaginable crime de Châteauroux.

Mais dans le grenier évoqué dans ce roman, inspiré de faits réels, ce ne sont pas forcément la présence de jouets qui incite l'abbé Henri Tissier à inviter la jeune Clémence à s'y rendre.

Tout commence en 1853, lorsque le curé Georges, de la paroisse de Saint-Maur près de Châteauroux, tombe malade. Il a monté un mur, un beau mur tout le monde l'affirme, sous la pluie, et depuis il tousse à rendre l'âme et ne peut plus se lever. Sa bonne Marie est désolée, d'autant que le médecin n'arrive pas à juguler la maladie.

Le jeune abbé Henri Tissier est chargé par l'évêché de le suppléer dans ses tâches sacerdotales. Il est beau, charmant, affable, l'abbé Tissier et si les paroissiens se désolent de l'agonie du curé Georges, ils acceptent avec plaisir son remplaçant.

Le curé Georges demande à l'abbé d'aller voir Denise Mesure, la femme du garde-champêtre. Elle a la réputation de s'y connaître en plantes médicinales et elle pourrait peut-être lui préparer des potions susceptibles de l'aider à le soulager. Lors de sa visite à cette dame Mesure, dont l'habitation est sise non loin de la forêt, l'abbé Tissier remarque la jeune Clémence, neuf ans. La gamine est elle aussi impressionnée par cet abbé et lorsqu'elle se rend au catéchisme, elle n'a d'yeux et d'oreilles que pour lui.

Clémence est tellement subjugué par cet abbé aux allures de dandy, que lorsqu'à la fin du catéchisme, en cachette des autres enfants, il lui propose de visiter le grenier magique, elle ne refuse pas. C'est l'engrenage infernal qui débute et durera des années.

Clémence devient renfermée, parfois coléreuse, elle refuse même l'Eucharistie. Son père trop occupé à placer ses procès-verbaux ne se rend compte de rien. La mère, elle, se pose des questions, mais elle attribue ce changement d'humeur de sa fille à l'âge ingrat. Les parents confits en dévotion deviennent sourds et aveugles aux tourments de leur fille.

Le curé Georges vit toujours, alité, et l'abbé Tissier reste à demeure. Personne ne s'aperçoit de la transformation physique et psychique de la gamine, tout juste ose-t-on proférer qu'elle est dérangée. Elle doit subir seule son esclavage.

 

Triste histoire de cette fillette qui à l'âge de neuf ans connaîtra le loup comme il était de bon ton de le dire dans les campagnes. Elle va bientôt vivre repliée sur elle, dépendante de cet abbé exigeant, autoritaire envers elle et affable envers ses paroissiens.

Ce qui est le plus désolant dans cette affaire, c'est l'aveuglement des adultes, pour qui un homme de religion ne peut être que bon et aimant, dont les actes ne peuvent être contraires aux principes édictés par la charité chrétienne et dont la morale ne peut être prise en défaut.

Seulement, aujourd'hui encore nous apprenons tous les jours, ou presque, que de telles dérives existent toujours. Et que l'impunité prévaut sauf lorsque la voix populaire se fait assourdissante.

Une fois de plus Viviane Janouin-Bénanti emmène son lecteur dans une trouble affaire exhumée des archives provinciales. Au début on croit lire une histoire telle qu'aurait pu la narrer George Sand, champêtre, pastorale, voire bucolique, mais bien vite on entre dans le désarroi d'une gamine à cause de l'inconscience et le déni face aux comportements de religieux qui, après tout sont des hommes comme les autres avec leurs défauts.

Viviane JANOUIN-BENANTI : Le grenier magique. L'inimaginable crime de Châteauroux. Geste édition. Parution le 30 août 2016. 280 pages. 16,00€.

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 09:45

Hommage à Alexandre Dumas, décédé le

5 décembre 1870.

Alexandre DUMAS : Madame et la Vendée.

Si Alexandre Dumas est réputé pour ses romans historiques - il l’est aussi pour avoir employé des nègres en écriture, notamment Auguste Maquet - son activité de prête-plume est plus confidentielle.

Grâce à Claude Ribbe, biographe de Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie dit le général Dumas, père de notre gloire littéraire nationale, le lecteur curieux peut se plonger dans un livre attribué au général Dermoncourt, qui fut l’aide de camp du général Dumas, et auquel Alexandre Dumas participa activement pour la rédaction.

A l’époque de la première parution de ce livre en 1833, Dumas était connu pour ses pièces de théâtre, dont Antony, La Tour de Nesle. Le propos de cet ouvrage consiste à relater la campagne entreprise par le général Dermoncourt au cours du printemps 1832 afin d’annihiler le rêve de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, veuve du Duc de Berry, fils de Charles X : placer sur le trône de France son fils Henri V, à la place de Louis-Philippe.

Pour concrétiser ce rêve elle quitte l’Italie et traverse la France de Marseille jusqu’en Vendée. Elle espère compter sur le soutien massif des Chouans, comme lors du soulèvement pendant la Révolution et jusqu’au Consulat.

Mais l’époque où les royalistes, appelés aussi les carlistes, se levaient en masse est révolue. Et au lieu de l’armée escomptée, ce n’est qu’une poignée d’hommes qui prennent les armes. Elle ne désespère pas et grâce à quelques amis dévoués elle parcourt la campagne, se cache dans des châteaux ou chez des paysans, échappant toujours de peu aux troupes de Dermoncourt.

Une guerre de tranchées est organisée, les haies et les bois se révélant propices aux embuscades. De Chateaubriand à Nantes en passant par Clisson et nombre de petits villages de la Loire Inférieure, actuellement la Loire Atlantique, Marie-Caroline, duchesse de Berry, va se comporter en aventurière, habillée aussi bien en noble qu’en paysanne. Elle se trouvera confrontée à des situations épiques, que Dumas relate avec sa verve habituelle.

Les passages techniques qui relatent les mouvements de troupe et autres, semblent plus écrits sous la dictée du général Dermoncourt, mais Dumas sait trouver le souffle nécessaire pour digérer ce qui pourrait n’être qu’un pensum militaire. Une œuvre de jeunesse qui contient de belles promesses et que le lecteur, amateur de Dumas ou non, savourera avec plaisir.

Alexandre DUMAS : Madame et la Vendée. Collection Ethiopica. Editions Alphée. Parution le 25 mai 2009. 270 pages.

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:39

Il est des épisodes dans notre existence que l’on aimerait pouvoir effacer, mais ils sont tatoués dans notre cerveau à l’encre indélébile.

Joseph BIALOT : Votre fumée montera vers le ciel.

Mettre un couvercle sur le bouillonnement de notre crâne serait l’idéal, mais la fermeture n’est pas hermétique, et il s’en dégage des fumées délétères qui nous empoisonnent tout notre vie, du moins celle que nous vivons après ces événements. On les cache soigneusement, comme des faits honteux, mais il arrive un moment où pour les exorciser, il faut en parler, les coucher sur le papier, les réduire à de simples phrases, afin d’en extirper les rares incidents positifs.

Ouvrant son album de mémoires, révélant dans un désordre organisé ses pérégrinations et sa vie quotidienne à Birkenau et à Auschwitz, Joseph Bialot invite le lecteur à partager avec lui des moments éprouvants mais au cours desquels l’auteur ne perd jamais espoir. Renoncer c’est mourir par anticipation.

 

L’ouvrage débute par un nouveau chapitre Et après… qui constitue l’ajout à cette réédition nécessaire, et pose la question qui se trouve de plus en plus présente sous les feux de l’actualité. Et après… les êtres humains se sont-ils inspirés de cette partie nauséabonde de l’histoire pour s’améliorer ? Force est de constater que non. L’intégrisme, le sectarisme, l’intolérance, le négationnisme, le rejet de l’autre pour des raisons raciales, religieuses, mercantiles, sont toujours en vigueur, exacerbés par des individus, quelque soit leur place dans la société, sans scrupules, ignorants, jaloux.

Un exemple frappant : en 1947, deux ans après Auschwitz, dans la ville de Kielce, en Pologne, l’annonce du retour d’une centaine de Juifs survivants, originaires de la région, répand la terreur. Et la rumeur repart : ils vont reprendre leurs biens ! Résultat ? Un pogrom. Dois-je préciser que le mot Pogrom, d’origine russe, désigne un assaut avec pillage et meurtres. Il signifiait à l’origine des actions violentes préméditées, menées à l'instigation de la police tsariste avec l'aide de populations locales contre les communautés juives d'Europe. Les pogroms sont parfois menés contre d'autres minorités telles que les Tziganes. Ces actions s'accompagnent aussi de destructions des biens personnels et communautaires et d'assassinats. Plus jamais ça ! C’était ce que les survivants, probablement naïfs, déclaraient. Soixante-dix ans après, que reste-t-il de des résolutions, des déclarations émises par des personnalités de toute obédience politique ?

 

Après cet aparté, reprenons l’album photos, ou plutôt la succession de courts-métrages que délivre Joseph Bialot. Première image, les couleurs qui se reflètent dans la mer et que peuvent admirer les survivants, qui ont embarqué à bord du Bergensfjord, en port d’Odessa. Plus de mille deux cents kilomètres parcourus entre Auschwitz et Odessa, puis direction la France. Ces couleurs dispensées par le soleil changeaient des dégradés de noir et de gris auxquels ces anciens détenus étaient habitués. Et peu à peu les souvenirs s’enchainent, retour en arrière sur les conditions de vie, de survie à Birkenau, puis à Auschwitz, les maltraitances, les brimades, les humiliations, les restrictions alimentaires et vestimentaires, les coups portés avec violence et sadisme par les Kapos, les petits-chefs plus brutaux que leurs supérieurs.

Une image parmi tant d’autres : une paire de chaussures à semelle de bois, sans lacets, sensées protéger les pieds et que le détenu, Joseph Bialot en l’occurrence, perd en déplaçant des pavés, porté sur son épaule, sur deux cents mètres, lapin tentant d’échapper à un lévrier nazi. Soit il parvient au but en échappant aux coups de matraques et surtout rejoint la procession de détenus, s’infiltrant dans le groupe, et échappant ainsi à la vindicte de son poursuivant, les pieds en capilotade, soit il se baisse pour ramasser la chaussure fichée en terre et risque de rester définitivement à terre.

Ou cette veille de Noël, qui tombe un lundi. Distribution des rations de vivre le samedi, et comme les détenus sont affamés, tout est englouti dans la journée. Le dimanche et le lundi sont synonymes de famine. Ironie du sort, les échanges se paient en cigarettes. A l’époque, le slogan le tabac tue n’avait pas cours, d’autres se chargeaient de votre santé qui partait en fumée. Même entre eux les prisonniers raillaient, peut-être inconsciemment. L’un d’eux, prenant le poignet décharné de l’auteur lui confia : Toi, tu brûleras sans problème, tu es bien sec !

Tous ne sont pas logés à la même enseigne et pour mieux être reconnus, ils sont affublés de triangles sur leurs vêtements. Un triangle rouge : c’est un politique ; un vert, un tueur auxiliaire ; un noir, un fainéant, un saboteur de travail ; un rose, un homosexuel ; un violet, un témoin de Jéhovah, un objecteur de conscience.

 

Si les romanciers trichent avec l’histoire, si les historiens élaborent leurs ouvrages d’après des témoignages et d’autres écrits, Joseph Bialot est un témoin direct, ayant vécu personnellement et directement ce qu’il décrit. Et son livre, son récit, en possède d’autant plus de force que le romancier et l’historien ne pourront jamais traduire l’émotion ressentie par l’acteur malgré lui de cette mise en scène macabre. Au lieu de vouloir reconduire les sans-papiers aux frontières, et souvent les offrir en otages ou victimes aux exactions de ceux qu’ils ont fuis, nos politiques devraient lire cet ouvrage et réfléchir. Mais peut-être est-ce trop leur demander.

Editions de l’Archipel. Version augmentée de C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil – 2002). Parution 11 mai 2011.

Editions de l’Archipel. Version augmentée de C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil – 2002). Parution 11 mai 2011.

Joseph BIALOT : Votre fumée montera vers le ciel. Editions Pocket. Parution le 10 novembre 2016. 264 pages. 6,60€.

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 16:28

L'inusable Perry Rhodan...

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes.

Jean Michel Archaimbault, grand spécialiste de Perry Rhodan devant l’Eternel et les autres, a consacré un ouvrage de référence à cette saga unique dans les annales spatiales, si l’on excepte celle de Georges-Jean Arnaud avec la mémorable Compagnie des Glaces.

La saga Perry Rhodan a débuté le 8 septembre 1961 en Allemagne et dès le départ le succès a été foudroyant. Alors que les auteurs n’escomptaient écrire qu’une cinquantaine d’épisodes, il leur fallut remettre chaque semaine la plume dans l’encrier. Heureux Clark Darlton et K.H. Scheer qui avaient véritablement trouvé le filon d’une série populaire dépassant en audience le fameux Jerry Cotton. Et de s'adjoindre des collaborateurs qui écrivirent les épisodes suivants, tout en gardant l'esprit et la lettre à l'aide d'une bible.

Un fabuleux travail de Jean-Michel Archaimbault, et la réhabilitation d’une série trop souvent décriée par les critiques. Faut avouer que cette saga d’origine allemande, donc ne possédant pas la même aura que la production américaine en général, est connue et méconnue à la fois en France. Cent trente et quelques volumes, soit un peu plus de deux cents épisodes traduits seulement en France depuis 1966 jusqu'en 1999, alors qu’en Allemagne on arrive allègrement à plus de deux mille titres, voilà de quoi faire rêver.

Jean Michel Archaimbault fournit la chronologie, critique et commente, décortique la série cycle par cycle, présente les différents auteurs, et propose mille petits détails capables de réjouir tout un chacun, les fans comme les autres.

Le propos de Jean Michel Archaimbault est de démontrer l’intérêt de ces aventures, d’expliquer leur succès, aussi bien en Germanie que durant un certain temps aux Etats-Unis. Mais il va plus loin car rien qu’à la lecture de son ouvrage on a envie de lire, de s’imprégner de cette saga pas comme les autres. Bravo.

Quant à la collection Référence qui abrite cet ouvrage, elle s’affirme au fil des ouvrages proposés comme une collection indispensable aux amateurs de littérature populaire, quel que soit leur genre de prédilection.

Depuis quelques années, les éditions Pocket ont repris le flambeau des éditions Fleuve Noir qui avaient d'abord publié les premiers romans dans la collection Anticipation, à raison de deux titres par volume, puis avaient créé une collection particulière à ce navigateur de l'espace.

 

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes.

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes. Collection Références N°10. Editions Encrage. Parution février 1999. 184 pages. 10,20€.

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 12:25

Alexandre Dumas, l'inventeur du Guide du Routé, du Petit Futard et de l'ami Chelin...

Alexandre DUMAS : Voyage en Russie.

Et plus que ça encore, car dans cet énorme volume, plus de 800 pages petits caractères d'imprimerie, il nous offre toute la palette de ses talents de conteur.

Même s'il préfère se cataloguer autrement : Je suis auteur dramatique avant d'être romancier, et, en ma qualité d'auteur dramatique, je dois exposer mes personnages. Car il ne s'agit pas ici de relater un circuit, quoique présenté dans ses explications préliminaires, mais bien de narrer tout ce qui s'y rattache, historique des personnages y compris et surtout, ainsi que conditions de voyages, anecdotes, et autres.

Antérieur au Voyage dans le Caucase, Voyage en Russie débute par :

Je ne sais, chers lecteurs, si vous vous rappelez qu'un jour - il y aura bientôt vingt-quatre ans de cela - j'ai dit : Je ferai le tour de la Méditerranée; j'en accomplirai le périple; j'écrirai l'histoire de l'ancien monde, qui n'est rien d'autre que l'histoire de la civilisation.

Rédigés sous forme de Causeries, dont Alexandre Dumas était habitué et que l'on appelle de nos jours Conférences, les impressions de voyages sont régulièrement transmises par l'auteur au Monte-Cristo. Journal hebdomadaire de romans, d'histoire et de voyage et de poésie entre le 15 juillet 1858 et le 28 avril 1859. Puis ce sera dans Le Constitutionnel puis à nouveau dans le Monte-Cristo, nouvelle formule.

 

Avant de nous mettre en route, il convient que nous vous fassions faire connaissance avec nos compagnons de  voyage.

Et débute la narration de quelques chapitres dans lesquels il raconte comment il a fait la connaissance de ses hôtes, la famille Kouchelef-Bezborodko, les antécédents de ses membres, en remontant à l'impératrice Catherine, commentant des épisodes épiques ou amusants. Puis il présente les autres membres de cette équipée, avec toujours en tête de remonter à l'origine ou presque de ses compagnons de voyage, accumulant les détails savoureux et historiques.

Car plus que la géographie d'un lieu, le décor, les paysages qu'il traverse, Dumas s'intéresse à l'histoire. L'histoire d'un pays et l'histoire de ceux qui ont servi ce pays, qui y sont nés, les divisions, les combats, les rivalités, les oppositions entre les hommes, leur allégeance, la prépondérance des femmes dans certains destins.

 

Ainsi il s'étend longuement sur la jeunesse, l'adolescence et son intronisation comme Tzar de Pierre 1er dit le Grand, ses guerres contre les Tatars et les Suédois, la construction de Saint-Pétersbourg, son mariage avec Catherine, son antagonisme avec son fils Alexis, le court règne de Catherine... Il est à noter que les historiens se contentent de signaler que Catherine avant d'être sa femme fut la servante de Menchikov puis la sienne. Or Dumas qualifie Catherine lors de cette période d'esclave.

Mais avant d'entamer la saga des Romanof, Dumas s'en prend de façon assez virulente à Voltaire et à son Histoire de la Russie. Et celui qui si souvent a été accusé de jongler avec l'Histoire, de la réécrire (ce qui entre nous était logique puisqu'il était romancier et non historien) écrit :

L'auteur qui arrange un événement quelconque est tout simplement un faussaire historique. Ecrivez ce qui est vrai, ou ce que vous croyez être vrai, ou n'écrivez pas.

Il ne faut pas, dit Voltaire, raconter à la postérité des choses indignes d'elle.

Qui vous dira qui est digne ou indigne d'elle ? C'est un étrange orgueil de croire que la postérité verra les choses à votre point de vue. Racontez tout, la postérité fera son choix.

Et la preuve, c'est que nous sommes la postérité de Voltaire, et que nous n'écrivons plus l'histoire comme Voltaire l'écrivait.

Un peu plus loin il ajoute :

Nous voulons, aujourd'hui, lire non seulement les événements d'un règne, connaître non seulement les catastrophes d'un empire, mais encore les causes de ces événements, les raisons de ces catastrophes.

Là, en effet, est la philosophie de l'histoire, son enseignement, son intérêt.

 

Et même si Alexandre Dumas c'est parfois arrangé avec l'Histoire pour écrire ses histoires, il n'est peut-être pas si loin de la vérité que ceux qui rédigent des manuels scolaires, oubliant certains faits, les édulcorant, d'abord parce qu'il ne faut pas passer trop de temps à les disséquer, et puis parce que ces rédacteurs réagissent selon leur sentiment et leurs à-priori. Prenez deux historiens par exemple dissertant sur Napoléon 1er. L'un trouvera que ce fut un grand homme de guerre et d'état, l'autre le rabaissera à un rôle de dictateur et de pourvoyeur de cimetières. Mais ceci est un autre débat.

 

Alexandre Dumas est un conteur, un raconteur qui travaille la plupart du temps dans l'urgence. Et il avoue, sans fausse modestie, s'excusant presque :

J'écris vite; car je voudrais écrire sans interruption, et je puis oublier souvent, me répéter parfois.

 

Alors, que ce soit dans ses impressions de voyage, dans ses drames historiques, dans ses romans, historiques ou non. Georges par exemple, grand roman méconnu qu'il serait bon de rééditer, est un roman exotique, chronique d'une société coloniale dont les préjugés sont loin d'avoir disparu (Léon-François Hoffmann), traitant du problème racial (Dumas en a souffert personnellement), Alexandre Dumas se montre toujours volubile, disert, distrayant, instructif, divertissant, témoin de son temps et des temps passés, narrateur prolixe et conteur intarissable.

Relire son Voyage en Russie, c'est cumuler des leçons d'histoire attrayantes et vivre des aventures multiples par procuration, mais également découvrir une civilisation qui longtemps a mis sous l'éteignoir des populations asservies par des nobles sans scrupule. Un thème qui ne pouvait laisser l'auteur indifférent.

Alexandre DUMAS : Voyage en Russie. Préface de Michel Brix. Editions Bartillat. Parution le 19 février 2015. 832 pages. 22,00€.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 09:14

Ça c'est d'la musique !
De la vraie musique !
Alors là pardon
Moi j'dis chapeau !
Ça c'est champion !
Écoute-moi c't'air-là
Hein ! Qu'est-ce que tu m'dis d'ça ?
C'est pas du bidon
Ni d'la guimauve
Minute papillon !


 

Michel EMBARECK : Jim Morrison et le diable boiteux.

Lorsqu'elle chantait ces paroles en 1958 puis plus tard lors de ses concerts, Colette Renard pensait-elle à la nouvelle vague du Rock'n'roll qui déferlait sur la France avec les groupes qui reprenaient, plus ou moins bien, les mélodies venues d'Outre-Atlantique ?

Gene Vincent cartonnait avec Be-Bop a Lula, tandis que Jim Morrison n'avait pas encore intégré les Doors, groupe qui ne fut fondé qu'en 1965. Deux univers musicaux différents, et pourtant complémentaires, si complémentaires que les deux hommes, les deux chanteurs, les deux musiciens vont devenir amis et connaître un destin presque similaire, décédant dans des circonstances tragiques à quelques mois de distance en 1971.

Avec la drogue et l'alcool comme lien de fraternité.

Michel Embareck revient sur la période 1968/1971, au cours de laquelle les deux hommes vont connaître des tribulations épiques, ensemble ou séparément, les dernières années de leur vie alors qu'ils possèdent une vision de l'avenir différente.

Gene Vincent a toujours Be-Bop-A-Lula d'accroché aux cordes de sa guitare, alors qu'il a composé et chanté bien d'autres tubes. Il est sur une pente plus que savonneuse, et ne se produit plus que pour de petits cachets, histoire de monnayer sa morphine et non mort fine. Sa jambe se rappelle continuellement à son mauvais souvenir, tandis que le gant noir de sa main gauche s'arrime aux comptoirs et lui remémore son ami Eddie Cochran, parti dans un accident de voiture dont lui-même fut une victime. Mais sa jambe amochée, c'était beaucoup plus tôt, dans un accident de moto.

Un destin presqu'à la James Dean. Sauf qu'il en a survécu. Et qu'il a voyagé de par le monde, donnant des concerts en Europe, au Japon et ailleurs. Contrairement à Elvis Presley qui lui n'a jamais quitté les Etats-Unis, sauf pour son service militaire en Allemagne.

Jim Morrison est plus jeune, il chante dans le groupe des Doors, mais il rêve d'autre chose. Pas forcément d'Hollywood, mais de tourner un film. Il s'est d'ailleurs inscrit, malgré l'opposition de sa famille, à la nouvelle faculté de cinéma de Los Angeles. C'est un poète qui lit beaucoup, ses préférences allant à Jack Kerouac et Rimbaud, entre autres. Et sa rencontre dans un bar avec Gene Vincent lui offre l'occasion de réaliser son rêve. Du moins c'est ce qu'il pense.

Pourtant si tout les rassemble, tout pourrait aussi séparer les deux musiciens. Gene Vincent est un adepte du Rock, du Rockabilly, avec des sonorités de guitare pures tandis que Jim Morrison prône pour une musique plus psychédélique, et la fluidité du son des guitares n'est plus de mise.

 

Gene Vincent

Gene Vincent

Michel Embareck nous entraîne sur la route de ces deux icônes des jeunes de l'époque, de Miami en décembre 1968, à Los Angeles en Octobre 1971, les présentant tour à tour, ou ensemble, lors de leurs frasques éthyliques et musicales, leur redonnant vie.

Le véritable commentateur n'est pas Michel Embareck, cet historien du Rock, le lien entre ces deux hommes est un vieil homme, Walker Simmons, surnommé Le Rôdeur de minuit, un ancien présentateur radio de Shreveport, Louisiane, dont les ondes arrosaient les états de deux cents à trois cents miles à la ronde. Et pour partenaire de narration, il engrange les souvenirs d'Alice Cooper, musicien des années 70 explorant toutes les facettes du Rock, hard rock, heavy metal, new vave, et connu pour ses excentricités scéniques et son maquillage.

Entrecoupés des tribulations de Gene Vincent et de Jim Morrison, les souvenirs du Rôdeur de minuit nous ramènent à une fiction-réalité dans laquelle le lecteur croise les figures de John Lennon et de sa femme Yoko Ono, qui pour beaucoup fut son égérie et son ange noir, Elvis Presley, Charles Manson, et bien d'autres dont Eddy Mitchell, au gré de leurs pérégrinations, voyages à l'étranger, concerts sulfureux sur le sol américain, Woodstock par exemple dont seules résistent au long des années pour la plupart des gens des images sulfureuses des milliers de festivaliers qui se débarrassaient des chaînes du puritanisme intransigeant de l'oncle Sam, ou encore Altamont de sinistre mémoire à cause d'un coup de couteau assené par un spectateur, Miami, Toronto ou Paris, Paris qui vouait encore une certaine reconnaissance à Gene Vincent alors qu'il était quasiment oublié chez lui.

Le Rôdeur de minuit, lors de la remémoration de ses souvenirs ou de ses conversations avec Alice Cooper, tente de démêler le vrai du faux, de trier et faire le ménage dans les déclarations, les mensonges, concernant certains épisodes de la vie des deux protagonistes qui revivent sous la plume de Michel Embareck, sur la naissance de Be-Bop-A-Lula ou le passage comme militaire en Corée de Gene Vincent, et bien d'autres anecdotes qui alimentèrent les médias, et principalement les torchons, pardon les journaux à scandales.

 

Michel EMBARECK : Jim Morrison et le diable boiteux.

Nostalgie, quand tu nous tiens... Et d'autres images remontent à l'esprit du lecteur qui a connu cette époque, plus Gene Vincent en ce qui me concerne que Jim Morrison, celles de concerts, de chansons adaptées en français et interprétées dans un style musical approximatif par des jeunots lancés sur la scène musicale et ne durant parfois que la production de deux ou trois 45 tours. Celle du clone de Gene Vincent dont il n'est pas question ici mais qui fit du bruit médiatique, le faisant surnommé le Bad Boy du Rock français, et qui chantait dans la mouvance d'Elvis Presley, d'Eddy Cochran, de Chuck Berry ou de Little Richard.

Mais ce qui ne pourrait n'être qu'un document sur les dernières années de Gene Vincent et de Jim Morrison se transforme en révélations sur la mort du chanteur des Doors. Accident, suicide, assassinat ?

Michel Embareck délivre sa version étayée sur ce qui reste une énigme, puisant dans des rapports rapidement rédigés dont la partie de l'adultère et de la transmission d'héritage en sont omis.

Une vision personnelle servie par une écriture brute et onirique à la fois, ne s'arrêtant pas sur le récit des trois années de galère alimentées par la drogue, mais griffant au passage quelques confrères journalistes peu scrupuleux. Par exemple lors du scandale dénoncé, non par des policiers mais par un article paru dans le Miami Herald. Jim Morrison avait-il montré son Zgeg (je n'ai pas besoin de traduire) le 1er mars 1969 au Dinner Key Auditorium de Miamy ?

Un article ambigu où personne ne comprenait si le pisse-copie avait assisté au show ou s'il relayait un témoignage anonyme. L'enquête, si l'on peut parler d'enquête, n'a pas permis d'établir la source. La une du quotidien évoquait pêle-mêle une incitation à l'émeute, une masturbation simulée doublée d'une copulation orale. Autant d'accusations non retenues par la justice mais propres à émouvoir des péquenauds de lecteurs appelés à un rassemblement contre "l'indécence" à l'Orange Bowl - le stade mythique de Miami - par Jackie Gleason, animateur télé, intime de Nixon.

Un ouvrage minutieux, propre à réveiller les sens musicaux de notre adolescence, où si tout n'est pas vrai, tout n'est pas faux. Et quant aux plus jeunes, qui n'ont pas connu cette période, ce livre leur ouvrira des univers méconnus et si passionnants.

 

Michel EMBARECK : Jim Morrison et le diable boiteux. Editions de l'Archipel. Parution 24 août 2016. 222 pages. 17,00€.

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 14:12

Hommage à Alexandre Dumas né le 24 juillet 1802.

Alexandre DUMAS : Voyage au Caucase.

Pour Kléber Haedens, Alexandre Dumas écrivait à la bonne franquette dans une langue remuante et dépourvue de toute rigueur, dont l'enthousiasme fait négliger les contradictions.

Mais le rôle d'Alexandre Dumas dans la littérature ne s'arrête pas là, et d'autres voient en lui un formidable précurseur et un prodigieux inventeur. Sans jamais avoir écrit de véritables romans policiers même s'il a abordé ce genre, Dumas amorce néanmoins une lignée de personnages qui marquèrent la littérature à tout jamais, même si ses mérites ne sont pas assez reconnus : D'Artagnan qui se transforme en détective privé pour récupérer les férets de la Reine Anne d'Autriche, courant mille dangers dans la plus pure tradition du roman noir; Milady de Winter, l'archétype de la femme fatale, séduisant les hommes pour mieux les asservir; ou encore l'abbé Faria, premier détective en chambre.

Mais Alexandre Dumas n'est pas que le romancier de cape et d'épée qui a enchanté notre jeunesse, et encore maintenant.

Ce fut également un grand voyageur et un grand reporter avant la lettre. Ses impressions de voyage il nous les restitue comme dans Voyage au Caucase, dans un style alerte, vif, chaleureux, bon enfant, enthousiaste, pétillant, gai, parfois naïf, mais ne ménageant pas pour autant ses réflexions personnelles et les petite piques. Ainsi écrit-il :

Principe général : il ne faut rien laisser décider aux savants, attendu qu'ils ne décident rien. Si Oedipe avait laissé l'énigme du Sphinx à deviner aux savants de la Béotie, le Sphinx dévorerait encore aujourd'hui les voyageurs.

Les anecdotes foisonnent dans ce récit qui se lit comme un roman. Je sais, c'est une formule un peu plate, passe-partout, conventionnelle, employée bien souvent par des critiques qui ne savent pas comment s'en sortir, mais que dire d'autre de Dumas et de ses œuvres non romanesques ?

Les péripéties contées par Dumas sont tellement savoureuses, incroyables de nos jours, que l'on se demande quelle est la part de vérité, de réalité et de fabulation.

Mais il ne faut pas oublier que ce voyage s'est déroulé en 1858, et que le risque était présent dans chaque déplacement, que la route qu'il parcourait était loin d'être balisée et sécurisante, que les hôtels et les auberges ne poussaient pas comme des champignons et que le danger était partout présent et à l'affût.

Ce récit est un véritable enchantement, et mon seul regret, que bon nombre d'entre vous partagerons j'en suis sûr, le manque de reproductions de quelques-uns des croquis et dessins de Moynet qui effectuait ce voyage en compagnie de Dumas.

Autre édition : éditions François Bourin. Parution mars 1990. 586 pages.

Autre édition : éditions François Bourin. Parution mars 1990. 586 pages.

Alexandre DUMAS : Voyage au Caucase. Préface de Michel Brix. Editions Bartillat. Parution 12 mai 2016. 624 pages. 22,00€.

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 12:43

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio.

Romancier, scénariste de bandes dessinées, critique littéraire, François Rivière est également l’auteur de biographies consacrées à des auteurs éclipsés parfois par leurs personnages.

Ainsi s’est-il penché sur l’œuvre et la vie d’Agatha Christie, d’Enid Blyton et James M. Barrie, le créateur de l’immortel Peter Pan. En mars 1999 il publiait au Fleuve Noir une biographie dédiée à un auteur vivant : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio, ouvrage qu’il avait terminé en novembre 1998.

Le 6 juin 2000 disparaissait Frédéric Dard, physiquement, mais son héros, le commissaire préféré de ces dames, vit toujours non seulement sous la plume de Patrice Dard, son fils spirituel et génétique, mais dans les cœurs et les esprits de tous ses nombreux lecteurs et admirateurs.

De la naissance de Frédéric Dard le 29 juin 1921, et même un peu avant, jusqu’à la fin des années 90, François Rivière explore le parcours de cet obsédé textuel qui avant d’être reconnu comme un romancier de talent, aura végété malgré les nombreux encouragements prodigués par ses pairs : Simenon, Max-André Dazergues, Marcel E. Grancher…

L’accouchement de sa mère s’avère difficile et son père craint pour la vie de la parturiente. Il en restera des séquelles, un bras gauche déformé et inerte, que s’emploiera à soigner avec persévérance, abnégation et un amour quasi exclusif, sa grand-mère paternelle Claudia, se substituant aux parents accaparés par leur travail. La carrière de Frédéric Dard débute en 1940 avec la parution de La Peuchère chez Lugdunum, mais cet ouvrage comme les suivants, ne connaîtra qu’un succès d’estime. Véritable bourreau de travail, il enchaine les titres et les pseudonymes, pour la plupart empruntés à l’américanisme ambiant, écrivant dans de petites revues dont les illustrations sont signées Roger Sam, son beau-frère, lequel récidivera beaucoup plus tard pour des romans publiés au Fleuve Noir, mais c’est la galère.

Selon la légende, Armand de Caro, découvrant chez un bouquiniste Réglez-lui son compte édité chez Jacquier en 1949 et signé San Antonio, lui donnera sa véritable première chance et en 1950 débute une carrière qui ira crescendo. Croire que San Antonio a phagocyté son géniteur serait presque une erreur ou une hérésie. Car les premiers romans publiés chez cette maison d’édition qui sera « sa » maison furent bien sous les noms de San Antonio (Laissez tomber la fille) dans la collection Spécial Police et de Frédéric Charles pour un roman d’espionnage en 1950 (Dernière mission), le premier Frédéric Dard ne l’étant qu’en 1951 toujours en Spécial Police avec Du plomb pour ces demoiselles.

Et il faudra bien des années pour que la corrélation entre Frédéric Dard et San Antonio soit effective pour les critiques et les lecteurs. Mais il faut avouer que le style littéraire était complètement différent et pouvait désorienter. Pendant ce temps, Frédéric Dard ne chômait pas car le succès qu’il connaitra par la suite n’était pas encore au rendez-vous. Et toujours en point de mire comme l’eut longtemps Simenon, la reconnaissance du public en tant qu’auteur à part entière et non pas forcément catalogué dans un genre considéré comme mineur.

Ainsi il accumula les romans en parallèle du Fleuve Noir chez d’autres éditeurs dont Jacquier ou La Pensée Moderne (sous le pseudonyme de l’Ange Noir) et les pièces de théâtre, des adaptations tirées de ses propres romans ou de ceux de Simenon, seul ou avec la collaboration de son ami Robert Hossein. Robert Hossein avec lequel il signera également quelques ouvrages dont Le sang est plus épais que l’eau en 1962.

Si la gloire, la notoriété et l’aisance financière sont enfin au rendez-vous, Frédéric Dard subira des accrocs, des coups durs qui laisseront des traces. Une tentative de suicide en 1965 alors que L’histoire de France vue par San Antonio bat des records d’édition ou encore l’enlèvement de sa fille Joséphine en 1983.

François Rivière ne pouvait pas ne pas évoquer ces douloureux moments de la vie privée et familiale de Frédéric Dard. Mais il relate également et surtout le parcours littéraire et établit lorsque le besoin s’en fait sentir afin de mieux plonger son lecteur dans l’époque des débuts, le parallèle entre les romans noirs de Frédéric Dard et ceux de Boris Vian, sa rencontre avec James Hadley Chase dont il a adapté La Chair de l’orchidée en 1955 au théâtre ou encore Jean Bruce, l’auteur phare du Fleuve Noir avec Paul Kenny, un auteur bicéphale, et quelques autres. Le tirage des romans de Frédéric Dard avoisine bientôt ceux du créateur de OSS117, et Josette Bruce, femme et collaboratrice de l’écrivain, le complimentera en ces termes : vous êtes un écrivain, mon mari, lui, n’est qu’un fabricant.

De nombreux ouvrages, de nombreuses études ont été consacrées à Frédéric Dard et à son jumeau San Antonio, mais François Rivière a écrit un livre sensible, parfois émouvant, richement documenté, proche de l’homme et du romancier, peut-être le plus abouti de tous ceux qui ont été publiés. Et il était normal, logique, indispensable même que ce document soit réédité dix ans après la disparition de Frédéric Dard.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio. Editions Pocket. Nouvelle édition revue et augmentée. Parution Juin 2010. 376 pages.

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