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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 09:01

Jolie fleur de pa pa pa

Jolie fleur de papillon

Dit une voix dans l' pa pa pa

Dans le pavillon…

Eric CHAVET : Le vacarme du papillon.

En 1972, Edward Lorenz posait cette question fondamentale : Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? Ray Bradbury apporte en 1952 une réponse anticipée dans sa nouvelle Un coup de tonnerre.

Partant de ce postulat, la présence d’un Parnassius Apollo dans le logement de monsieur Lange provoque-t-il la cascade en chaîne qui nous est proposée dans ce roman ? Je serais tenté de répondre oui, mais à condition d’y adjoindre un second animal déclencheur, un chat mité du nom de Podekol.

Installons le décor, et visionnons les prémices de ce drame.

Monsieur Lange est bien embarrassé. Il vient de recevoir un appel téléphonique de Roberto Sacchi à qui il doit de l’argent. Il met une bonne daube à réchauffer sur le gaz puis monte se doucher. Les ennuis d’argent attendront plus tard, car étant en villégiature dans sa maison familiale dans le Vercors, il ne compte pas se rendre immédiatement à Lyon régler sa dette. Pas de problème pour Sacchi qui va se déplacer pour rechercher son dû. Pour l’instant tout va bien. Mais ne voilà-t-il pas que le Parnassius Apollo vient titiller les moustaches du félin qui lui saute dessus renversant une carafe disposée près du gaz. Monsieur Lange n’aura plus de problèmes d’argent, mais Sacchi si.

Quand Roberto Sacchi (prononcez Saki je crois, sinon, c’est tendancieux) arrive sur place, il ne reste que des ruines. Et comme lui aussi doit de l’argent à Gras-Double, il est dans la mouise. Gras-Double, un truand qui navigue dans tous les domaines de l’illégalité, veut absolument récupérer son argent, même s’il n’en a pas un besoin immédiat. C’est une question de principe. Aussi il dépêche un de ses hommes de main en qui il a confiance, Michel, lequel sera assisté d’un jeunot ambitieux et sans état d’âme, adepte de la manière forte, dédaignant la diplomatie, le Blondin. Et pour que la transaction s’effectue dans les plus brefs délais, Michel et le Blondin kidnappent la Mamma, la mère septuagénaire de Sacchi.

Je vous en dis encore un peu plus ? A la demande générale, je ne peux résister au plaisir de vous dévoiler que Roberto Sacchi a connu dans sa jeunesse la belle Hélène, qu’il ne l’avait pas prise pour une poire, qu’ils avaient même goûté un temps à la joie de partager la même couche, se déniaisant mutuellement, puis chacun était parti faire son bout de chemin dans la vie, empruntant des voies différentes. Sacchi est devenu un mauvais garçon, Hélène commissaire de police. Mais ils ne se sont pas oubliés, et quand Roberto quémande l’aide d’Hélène pour le sortir de la panade dans laquelle il est embourbé, celle-ci ne lui refuse pas de lui prodiguer un coup de main. D’autant que la perspective d’arraisonner Gras-Double qui a toujours su passer à travers les mailles du filet, n’est pas pour lui déplaire. Elle va essayer d’attraper dans ses filets ce gros poisson en compagnie de Julien, son adjoint et amant occasionnel. Seulement l’homme est un requin plus coriace qu’elle l’avait imaginé.

La scène du début va provoquer des conséquences inattendues, se propageant de Grenoble à Issoire en passant par Lyon, en une ramification impitoyable et verra son apogée jusqu’à La Maison Blanche. Je ne vous dévoile rien puisque c’est le sujet de la quatrième de couverture. Quatrième de couverture énigmatique et le lecteur se demande quand sera dévoilé cet épisode.

 

Parnassius apollo

Parnassius apollo

Le vacarme du papillon est un roman enlevé, humoristique, parfois même sarcastique, mais tendre et voguant sur des problèmes majeurs, et dans lequel on trouvera sûrement quelques influences dont l’auteur ne se cache pas, puisqu’il a été nourri littérairement aux écrits de Frédéric Dard, de Pierre Desproges ou encore de Woody Allen. Mais également de Boris Vian.

Un roman cascade, certains diront un ruissellement, dans lequel les actions s’enchainent, sans trêve ou presque, dans une continuité logique, entre drames et gags. Avec des dialogues ciselés, aux réparties parfois savoureuses, qui ne jouent pas dans le maniérisme.

Du plus bas de l’échelle jusqu’aux huiles de la République, huiles qui en feront afin de graisser un engrenage ne souffrant d’aucun dérapage, l’auteur nous entraîne sur un chemin chaotique, et l’on est en droit de se demander si tout ce qui se déroule en est uniquement le fruit de son imagination. Et une fois de plus le rôle des journalistes est prépondérant, sachant que ceux-ci sont souvent manipulés, sous le couvert de secrets d’état, et du principe du Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais.

L’histoire éditoriale de ce roman nous offre deux pistes de réflexion. D’abord, il ne faut pas entretenir d’à-priori envers les romans autoédités, car celui-ci en est un. Ensuite, que les soi-disant petits éditeurs sont souvent plus courageux que leurs homologues germanopratins, et n’hésitent pas à publier de petites perles dédaignées par les gros vendeurs.

 

L’uniforme est sur un homme ce qu’un déshabillé est sur une femme.

Il s’apercevait à cet instant combien il était douloureux de mourir de son vivant.

Première parution In Libro Veritas. Février 2012.

Première parution In Libro Veritas. Février 2012.

Eric CHAVET : Le vacarme du papillon. Collection Parabellum. Editions Atelier Mosesu. Parution le 14 septembre 2017.

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 06:39

Prom'nons-nous dans les bois

Pendant que le loup n'y est pas…

Chantal ROBILLARD et Claudine GLOT : Dimension Brocéliande.

Si les anthologies n’existaient pas, il faudrait les inventer !

Pour plusieurs raisons, toutes meilleures les unes que les autres.

D’abord, on se rend compte combien un même thème peut aborder un spectre d’imaginaires innombrables. Ensuite, cela permet à de jeunes plumes de s’exprimer et de prendre de l’assurance dans l’écriture tout en se faisant connaître des lecteurs qui attendront, peut-être, un roman de leur part.

Enfin des auteurs connus par une frange du lectorat obtiennent une meilleure audience. Oserais-je vous avouer que si je connais de nom Lionel Davoust, Estelle Faye ou Na        thalie Dau, je n’ai encore jamais eu l’occasion de lire un de leurs ouvrages. Donc pour moi une première, mais pas une dernière. Personne n’est parfait, surtout moi !

 

Mais foin de tergiversations, et entrons dans la forêt accompagnés de nos deux guides, et partons à la recherche des farfadets, trolls et korrigans, de Merlin lent chanteur et de Morgane la bien-aimée, de la fée Viviane, d’Arthur et de sa bande, cachons-nous derrière les hêtres, chênes et châtaigniers, soulevons les fougères, passons au travers des buissons de bruyères, des fourrés de genêts et d’ajonc, laissons-nous porter par le vent jusqu’à ces endroits mythiques et mystiques que sont le château de Comper, la Fontaine de Barenton, le Perron de Merlin…

Vous vous croyez seuls ? Non, d’autres solitaires parcourent la sylve comme par exemple Gwenn, qui a perdu un œil et sa bien-aimée dans des conditions tragiques, mais pas en même temps ni au même endroit. Il aime les livres, normal il est bibliothécaire, spécialiste des romans fantastiques et médiévaux, et adossé à un arbre, il lit. Une jeune femme s’intéresse à son ouvrage. Une histoire concoctée par Estelle Faye dans Cent retours.

Pour Sarah Doke, celui qui déambule ainsi est lui aussi un solitaire, qui court, fuit. Les halliers arrachent ses vêtements. Mais que fuit-il ainsi ? C’est ce que vous découvrirez dans Le ventre de l’arbre. Autre solitaire, le personnage qui stationne son véhicule dans un chemin, remonte une allée, aperçoit une joggeuse. Pierre Dubois, elficologue célèbre, nous propose L’histoire du monsieur dans la forêt.

Le fils unique du Merle et de ma mère, de Jacques Jouet, narre un amour impossible et pourtant qui a porté ses fruits surtout si l’on sait que le Merle blanc est une émanation de… Chut ! Et Justine Niogret nous narre une autre histoire d’enfant dont la mère est obligée de quitter le village, et de se rapprocher de plus en plus de la forêt. Tout ça parce qu’un jour elle a été abusée. Et cet enfant qu’elle nourrit au sein, elle l’aime sans l’aimer. Le souvenir de sa langue est une histoire pleine de non-dits et d’apparence trompeuse.

Continuons notre incursion et avec Anne Fakhouri nous entrons dans le monde moderne qui s’attache à restituer le passé. Un échange savoureux de mails entre une éditrice qui prodigue ses conseils et ses points de vue à une romancière qui se plie à ses volontés. Et mon tout donne Amours entérines.

Moi, j’y croirais jamais ! affirme le protagoniste imaginé ( ?) par Claudine Glot. Kevin est un gamin de banlieue, un sauvageon, qui n’avait rien demandé, surtout de ne pas aller en camp de vacances en Bretagne. Et avec sa chance habituelle, il avait été sélectionné avec une quarantaine d’autres gamins pour une semaine vivifiante dans les bois. Et naturellement, il faut qu’il se fasse remarquer.

Et Arthur alors, le fameux roi Arthur, la reine Guenièvre, Excalibur l’épée, on n’en parle pas ? Mais si. Lionel Davoust revient sur cette épopée légendaire dans Le meilleur d’entre eux, et principalement sur les amours entre Guenièvre, la reine et épouse du roi Arthur, et Lancelot. Lancelot revient, après quelques années passées en Palestine et en Judée, à Camelot. Les temps ont changé, la peste, les guerres, la famine mine le petit peuple qui accueille toutefois le revenant. Lancelot avoue à Arthur qu’il a failli à sa mission, ramener le Graal. Arthur est déçu toutefois il autorise Lancelot à aller voir la reine Guenièvre, sa maîtresse. Une entente entre les deux hommes qui doit rester secrète. Hélas, même dans les châteaux aux murs épais comme des coffres-forts, les secrets les mieux gardés fuitent.

You were only waiting fort this moment, de Bernard Visse, n’est pas un titre en Breton, mais en Grand-breton. Le narrateur n’est autre que Blaise, le confident de Merlin, son homme de confiance, son scribe. Sous les coups de baguette de la fée Viviane, Merlin est depuis seize siècles perdu dans les limbes, ni mort, ni vivant. Mais il demande à Blaise de consigner ce qu’il s’est passé depuis et entre temps.

Le conseil du jour nous est prodigué par Chantal Robillard qui nous convie à Ne jamais baisser la garde ! L’auteur détourne gentiment, enfin gentiment, c’est vite dit, la légende arthurienne et ses protagonistes en mettant en scène les membres d’un commissariat partis en forêt de Brocéliande afin de se ressourcer. Sous la houlette du commandant Odilon Merlin, sont présents Liselotte Lance, Florian Arthur, Caradoc, ancien champion olympique d’athlétisme qui peine à suivre avec ses prothèses en guise de jambes, Jauffré, handicapé des jambes lui aussi, Govin, Hamm et Hummel. Ils dépendent du commissariat de Strasbourg, et leur nouveau chef, le commissaire Singral, a été parachuté en remplacement de Comper, parti sans prévenir, alors que la place aurait dû échoir à Merlin. De toute façon Merlin n’en a cure, il a d’autres visées.

Et comme la poésie a toujours droit de cité, je vous conseille deux autres textes. L’un est de Frédéric Rees, un courrier de Samuel de Champlain à l’intention de Savinien Cyrano, Champlain l’enchanteur, écrit en vers rimés, tandis qu’Isabelle Minière nous convie au Mystère de la forêt en vers libres.

 

La forêt de Paimpont, lieu présumé de Brocéliande

La forêt de Paimpont, lieu présumé de Brocéliande

La balade est terminée pour moi, je vous laisse maintenant vous débrouiller seuls, défricher et déchiffrer les autres nouvelles qui composent ce recueil. Empruntez les sentiers balisés, faites une pause de temps à autre, grignotez par-ci par-là, vous êtes en bonne compagnie de guides-conférenciers de talent. Vous ressortirez même de cet endroit magique avec des étoiles plein les yeux, et au mot Fin, vous ressentirez peut-être un début de manque.

Sachez toutefois que les éditions Rivière Blanche proposent des ouvrages en tout point compatibles avec vos attentes de merveilleux, d’imaginaire, de frissons, d’exotisme, voire plus si affinité.

 

Sommaire :

Préface.

Estelle Faye : Cent retours.
Sara Doke : Le ventre de l’arbre. 
Pierre Dubois : L’histoire du monsieur dans la forêt 
Jacques Jouet : Le fils unique du Merle et de ma mère. 
Justine Niogret : Le souvenir de sa langue
Anne Fakhouri : Amours entérines. 
Claudine Glot : Moi, j’y croirai jamais ! 
Emmanuel Honegger : La fée et le hérisson. 
Lionel Davoust : Le meilleur d’entre eux. 
Hélène Larbaigt : Feuille fée. 
Bernard Visse : You were only waiting for this moment 
Pierre Marchant : Sur les routes du Graal 
Ozégan : La harpe de Merlin. 
Françoise Urban-Menninger : Biens mal acquis ne profitent jamais !
Marc Nagels : La Quête de Méliant
Elisabeth Chamontin : Les Topinambours de Viviane.
Hélène Marchetto : Cai Hir.
Séverine Pineaux : La Forêt des songes. 
Frédéric Rees : Champlain l’Enchanteur.
Nicolas Mezzalira : Le Mystère de l’Etoile Verte.
Patrick Fischmann : La fleur du chevalier. 
Hervé Thiry-Duval : Le Fada de Féerie.
Claudine Glot : La mort est un cheval pâle. 
Chantal Robillard : Ne jamais baisser la garde ! 
Nathalie Dau : Dame du val et doux dormeur. 
Lionel Davoust : L’île close. 
Isabelle Minière : Le mystère de la forêt 
Postface. 

 

Chantal ROBILLARD et Claudine GLOT : Dimension Brocéliande. Collection Fusée N°60. Editions Rivière Blanche. Parution Août 2017. 272 pages. 20,00€.

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 07:50

Mais j´entends siffler le train,

Mais j´entends siffler le train,

Que c´est triste un train qui siffle dans le soir...

Sylvie MILLER : Satinka.

Du plus loin qu’elle se souvienne, Jenny Boyd a été confrontée à des visions nocturnes. Des trains emplissent ses rêves, des images sonorisées. Mais pas n’importe quels trains. Ceux de la Transcontinentale dont la ligne ferroviaire fut construite entre 1863 et 1869 avec comme main d’œuvre de nombreux immigrés chinois.

Et le matin, elle est la proie d’une migraine tenace. Elle s’en était ouverte à sa mère qui avait balayé d’un revers de manche ses déclarations. Elle voulait une fille normale. Alors Jenny s’était réfugiée auprès de son ami d’école, Mike, qui avait compati sans pouvoir lui apporter de réconfort réel, sauf celui de son écoute et de son affection.

Les années ont passé. Et en ce mois de juillet 2016, alors qu’elle a arrêté ses études au grand dam de sa mère et qu’elle travaille comme serveuse dans un bar à Colfax en Californie, les visions se font de plus en plus prégnantes. Au point de découvrir que durant la nuit elle a saigné du nez. Et ces visions ne se produisent plus uniquement la nuit, mais aussi le jour, dans certaines circonstances.

Pour ses vingt ans, elle revient à Dutch Flat, où elle a passé sa jeunesse. Elle n’est pas enchantée mais c’est un jour spécial. Parmi les nombreux invités, surtout la famille du côté de son père car personne n’est présent du côté de sa mère, elle retrouve avec plaisir son ami Mike qui a pensé à elle. Il lui offre une petite boite dans laquelle a été déposé un boulon datant de 1865 et provenant d’un chantier de la Central Pacific Railroad. Mike a acheté ce présent chez un vieil antiquaire chinois dont l’ancêtre, Wing On Wo, avait été ouvrier et médecin herboriste sur le site de construction et qui avait vécu dans le quartier chinois de Dutch Flat. Mais dès qu’elle touche l’objet, à nouveau elle est la proie d’une vision qui la met en syncope.

Mike la reconduit à Colfast et lui propose de rencontrer l’antiquaire. Celui-ci est obligé de s’absenter mais son petit-fils leur remet une malle-cabine contenant de nombreux objets d’origine chinoise et Yani, une peuplade d’Amérindiens qui vivaient dans la Sierra Nevada. Le jeune homme avait pour mission de remettre un jour cette malle à une jeune fille brune au teint mat. Pour lui, il est évident que Jenny en est la destinataire. Mike connait des personnes qui seraient intéressées par ces objets anciens et historiques. Ils se rendent tous deux à l’université de Stanford, où Mike effectue ses études, et effectivement les professeurs contactés aimeraient pouvoir en disposer. Ce que refuse Jenny qui les ramène chez elle. Mais elle cache certaines de ces reliques, une initiative Heureuse, car pendant son absence son studio est visité et dévasté.

Parmi ce qui pourrait ressembler à un fatras, Jenny et Mike ont également découvert un médaillon représentant un trèfle et des photographies. L’une des personnes figurant sur ces clichés ressemble étonnamment à la jeune fille.

 

Sylvie MILLER : Satinka.

Ce récit pourrait n’être qu’une simple histoire teintée de fantastique, un peu comme Richard Matheson ou Jonathan Carroll en ont écrit avec un petit côté Ma sorcière bien aimée. Mais c’est beaucoup plus profond. Un suspense teinté de fantastique tournant autour de la magie. Une situation en apparence normale mais qui perd le contrôle de la réalité. Le lecteur, alors, retrouve par ce jeu certaines des peurs ancestrales de l’humanité telles que la folie, l’abandon, la mort, la solitude. Ici, il s’agit d’une conjonction entre deux époques qui possèdent des points communs, et ancrés dans l’histoire des États-Unis et plus particulièrement de la Californie.

En 1857, le jeune Harmon Augustus Good, dit Hi Good, est content. Enfin il a atteint l’âge et possède l’argent nécessaire pour acquérir une centaine d’acres de terre californienne. Il doit satisfaire quelques obligations qui ne relèvent pas des travaux d’Hercule. Il construit donc une cabane et élève quelques têtes de bétail tout en cultivant ses plans de légumes. Seulement ces terres ont été confisquées aux Amérindiens de la tribu des Yahi, ce qui engendre de leur part une vengeance sanguinaire. Les renégats, ainsi surnommés, se sont réfugiés dans Mill Creek et descendent parfois dans la vallée afin de se procurer des vivres indispensables à leur survie. Mais une partie de la tribu, les Yanas, se conduisent en pacifistes, pourtant ils seront eux aussi traqués.

Des colons irlandais, chassés de leur terre natale par la famine, traversent les Etats-Unis en convoi. Leur but, la terre promise californienne et peut-être des mines d’or. En cours de route des divergences s’élèvent, mais ils continuent toutefois leur pérégrination, malgré le froid, la rudesse du terrain, affrontant les pires dangers dans la chaîne des Rocheuses et la Sierra Nevada.

Et durant les années 1860, partant de Sacramento, des milliers de Chinois construisent la ligne ferroviaire de la Transcontinentale. Ils sont traités en esclaves par des contremaîtres sans pitié. Ils s’organisent et parmi eux des hommes médecins pallient aux bobos divers, blessures provoquées par des accidents de travail ou aux inévitables problèmes de cohabitation ou de nutrition.

Un roman qui insiste sur les difficultés d’intégration des migrants, de leurs dissensions entre extrémistes et modérés tolérants, des conditions de vie et du quotidien des Chinois expatriés et exploités, du génocide envers des populations locales qui ne demandaient qu’à vivre sur leurs terres. Une leçon d’humanisme en tout point exemplaire mais qui n’oublie pas la magie, un don utilisé par les Amérindiens, les Chinois ou les Irlandais, pas tous, magie exercée pour se dépatouiller de situations périlleuses mais pas que.

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Il s’agit d’une parabole sur le courage et la volonté de vouloir, de pouvoir, de réaliser ce qui semble insurmontable, de se transcender. Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un gémir Je n’y arrive pas… et qui grâce à l’effort, par la volonté de réussir, par les encouragements aussi, parvient à surmonter les épreuves. Quelles soient physiques, mentales, psychologiques, corporelles. Mais c’est aussi la parabole sur l’intégration, sur les bienfaits d’une mixité ethnique, raciale, culturelle, mais je n’en dis pas plus.

Certains personnages ont réellement existé, Alexander Gardner, photographe par exemple. Quant aux faits historiques concernant la construction de la ligne ferroviaire Transcontinentale, ils ont fait l’objet de nombreux articles.

Un roman construit façon mille-feuilles, normal pour un roman de cinq-cents pages, appétissant et qui garde tout au long de la dégustation une saveur exquise. Si l’histoire de Jenny pourrait constituer la pâte feuilletée, croustillante, ce qui sert de crème est tout aussi goûtu. Les différentes époques s’entremêlent, puis convergent, et mon tout est hybride sans pour autant se montrer hétéroclite ou saccadé dans la narration. Bientôt la pâte feuilletée absorbe la crème et mon tout ne fait plus qu’un.

Il ne faut pas se fier à l’emballage, paraît-il. Pour une fois le contenant et le contenu sont d’égale valeur. L’ouvrage possède une couverture cartonnée rigide, avec une illustration de Xavier Colette, un dos toilé, et rien qu’à le voir on a envie d’ouvrir le livre.

Au fait, madame Sylvie Miller, à quand le prochain opus de Lasser détective des dieux ? Seriez-vous fâchée avec votre complice Philippe Ward ? Allez, un petit effort, un peu de volonté, une once de magie, cela devrait le faire.

 

Vous pouvez également retrouver les chroniques concernant la série Lasser détective des dieux ci-après :

Et pour finir :

Sylvie MILLER : Satinka. Collection Fantasy. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 516 pages. 25,00€.

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 07:36

Ou les morts sûrs de l’aube…

Tonino BENACQUISTA : Les morsures de l’aube.

Au petit matin, Antoine est fort marri. Fini la fête, les petits fours et les verres de champagne. Il faut penser à aller se coucher. Mais Antoine n’est pas un fêtard ordinaire, il fait partie de la petit confrérie des parasites, des pique-assiettes professionnels qui s’invitent impunément dans les inaugurations, les réceptions et autres cocktails, se sustentant aux buffets garnis, ne possédant pas assez d’argent pour se payer un sandwich à la première brasserie venue.

Avec son copain Bertrand, surnommé Mister Laurence, il écume durant la nuit, les ouvertures de restaurants, les cérémonies, les soirées privées, se débrouillant pour obtenir un carton d’invitation, vrai ou faux, resquillant auprès des hôtesses, ou endossant sans vergogne la qualité de journaliste. Ces ingérences dans ces agapes ne sont pas toujours bien acceptées et Antoine s’est fait quelques ennemis, dont Gérard le portier-videur du Café-Moderne.

Un soir, alors qu’il s’empiffre gaillardement devant un somptueux buffet en compagnie de son pote Bertrand, l’accès ayant été facilité par la recommandation d’un certain Jordan, un nom-sésame, Antoine est invité un peu brutalement à rencontrer le maître de maison. Celui-ci garde Bertrand en otage, confiant le soin à Antoine de retrouver le nommé Jordan qu’il cherche depuis des mois. Débute une longue ballade en forme de cauchemar dans le Paris des fêtards, à la recherche du fameux Jordan, spécialiste du Bloody-Mary. Ce noctambule au faciès cadavérique laisse des traces derrière son passage, des traces indélébiles entre le cou et l’omoplate, sous forme de morsures. Les morsures de l’aube qui peuvent entraîner les morts sûres de l’aube quoique les protagonistes ne soient pas des premiers communiants.

 

De l’ébauche du vampirisme évoqué dans La comédia des ratés, son précédent roman paru à la Série Noire, aux Morsures de l’aube dans lequel l’expression mordre la vie à pleines dents prend une signification à double-sens, Tonino Benacquista joue sur le fil du surréalisme tout en restant dans le domaine du quotidien plausible. L’auteur de Epinglé comme une pin-up dans un placard de G.I., bluette parue en 1985 au Fleuve Noir, a bien progressé depuis ses débuts, quoique ce titre à rallonge était déjà prometteur et au dessus du lot de la production de cette maison d’édition populaire qui recherchait de nouveaux talents.

Mais depuis ses deux derniers romans, il s’engage résolument dans une voie à haut risque, en flirtant avec le fantastique, le vampirisme, sans jamais sombrer dans l’invraisemblable. Ses héros-quidam, qui à chaque fois se prénomment Antoine ou Tonio, rappellent au lecteur que l’auteur prend pour base de départ une expérience vécue, laissant courir son imagination au service d’une histoire. Des êtres torturés, sensibles, déchirés, reflet inconscient de Tonino Benacquista.

Sa maîtrise dans la construction de l’intrigue, alliée à une écriture fouillée, sans concession, et qui ne cesse de s’améliorer, lui ont valu le Grand Prix de littérature Policière et par deux fois le Prix 813. Mais les prix ne sont que des tremplins auprès des lecteurs, et comme Tonino Benacquista excelle dans la pirouette littéraire, il devrait s’élever encore un peu plus et mériter l’attention de tous et non plus que d’un aréopage d’inconditionnels du polar.

Cet article a été écrit en 1992 et depuis ce dont j’augurais s’est réalisé.

Curiosa :

Ce roman aurait dû paraître en 1989 dans une version allégée aux éditions Patrick Siry, sous le titre Le fruit de vos entrailles et sous le pseudonyme de Marco Talma.

 

 

Ce roman a été adapté au cinéma en 2001 sous le titre éponyme, dans une réalisation d’Antoine de Caunes, scénario de Laurent Chalumeau. Avec dans les rôles principaux : Guillaume Canet, Asia Argento, Gérard Lanvin, Gilbert Melki, José Garcia…

 

Première édition novembre 1992.

Première édition novembre 1992.

Tonino BENACQUISTA : Les morsures de l’aube. Rivages Noir n°143. Editions Rivages. Réimpression 11 octobre 2017. 224 pages. 8,00€.

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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 08:03

Un compromis entre les nourritures terrestres et les nourritures spirituelles.

Mark CRICK : La soupe de Kafka.

Un menu à la carte qui ne manque pas de saveur. La carte elle-même est à la hauteur du menu proposé. Livre avec couverture cartonnée rigide, relié avec jaquette, pages papier glacé, et illustrations ad hoc (et non haddock comme le capitaine) pour chaque recette proposée.

Au piano, ce qui en langage culinaire signifie un fourneau, Mark Crick adapte quelques recettes, à la manière littéraire de dix neuf auteurs mondialement connu mais que l’on n’a pas forcément lus. Je parle pour moi, évidemment.

Des pastiches qui ressemblent à s’y méprendre à des textes que ces auteurs auraient pu écrire, mais non des parodies qui grossiraient le trait et en dénatureraient le goût. Des recettes de cuisine constituées comme on prépare des paupiettes, un emballage viandeux et une farce à l’intérieur.

Un exercice de style enjolivé par des dessins, peintures ou photographies de l’auteur, puisque celui-ci est photographe, peintre et dessinateur, en plus d’être un maître-queue littéraire.

Mark Crick nous propose donc de retrouver en cuisiniers avertis ou du dimanche, des auteurs tels que Jane Austen, Virginia Woolf, Raymond Chandler, Le Marquis de Sade, Charles Dickens, Graham Greene, Gustave Flaubert, Homère, Italo Calvino… dans leurs œuvres.

Se mettant dans la peau d’Italo Calvino, par exemple, il écrit :

Par bonheur, les recettes ne sont pas aussi périssables que les plats ou les écrivains, bien que celles d’Aristophane, si toutefois il en a laissé, ne semblent pas s’être aussi bien conservées que ses pièces.

Ne croyez pas que les recettes, avec la liste des ingrédients plus ou moins indispensables pour élaborer un plat, soient développées comme un cours de cuisine. Elles s’intègrent dans un texte, plus ou moins long, donnant lieu à des réminiscences familiales, des préparations à la vite fait pour contenter des amis, à des recherches dans des manuels qui encombrent des étagères mais qui ne sont jamais ceux que l’on voudrait compulser, à des recettes faciles ou élaborées que vous pourrez toujours essayer de réaliser chez vous. Des recettes qui parfois ne sont qu’un alibi pour développer une histoire dans laquelle le cuistot, amateur ou non, démontre ses défaillances ou au contraire son savoir-faire.

Les soles à la dieppoise de José Luis Borges débute ainsi :

L’histoire que je vais vous raconter concerne un incident qui a eu lieu à Londres, au début de l’année 1944. Bien que sn protagoniste ait été considéré comme un héros par les deux belligérants, les conséquences de son acte ne favorisèrent que l’un d’eux et précipitèrent la chute d’un tyran à l’appétit insatiable et dont l’invincibilité n’était qu’illusoire.

Une excellente mise en bouche qui incite à continuer la lecture de cette recette, à mon avis. Je ne vais pas vous dévoiler tout ce que ce recueil recèle et le mieux est peut être de vous en lister le sommaire.

Un dernier conseil :

Cet ouvrage est trop précieux pour le laisser traîner dans votre cuisine, victime de taches de graisse et d’auréoles jaunâtres de muscadet.

 

Menu :

Agneau à la sauce à l’aneth, à la Raymond Chandler. Traduction de Patrick Raynal.

Œufs à l’estragon à la Jane Austen. Traduction de Geneviève Brisac.

Soupe Miso express à la Franz Kafka. Traduction d’Eliette Abécassis.

Gâteau au chocolat à la Irvine Welsh. Traduction d’Alain Defossé.

Coq au vin à la Gabriel Garcia Márquez. Traduction de Claude Durand.

Risotto aux champignons à la John Steinbeck. Traduction de Frédéric Jacques Temple.

Moules marinières à la Italo Calvino. Traduction de Patricia Reznikov et Gérard de Cortanze.

Poussins désossés et farcis à la Marquis de Sade. Traduction de Patrice de Méritens.

Clafoutis Grand-mère à la Virginia Woolf. Traduction d’Anne Freyer-Mauthner.

Fenkata à la Homère. Traduction d’Isabelle D. Philippe.

Tiramisu à la Marcel Proust. Traduction d’Alain Malraux.

Poulet vietnamien à la Graham Greene. Traduction de François Rivière.

Sole à la dieppoise à la Jorge Luis Borges. Traduction de Patricia Reznikov et Gérard de Cortanze.

Pain grillé au fromage à la Harold Pinter. Traduction de Jean Pavans.

Rösti à la Thomas Mann. Traduction d’Anne Freyer-Mauthner.

Tarte à l’oignon à la Geoffroy Chaucer. Traduction d’André Crépin.

Plum pudding à la Charles Dickens. Traduction d’Yves Sarda.

Pain perdu à la François de la Rochefoucauld. Traduction de Julie Maillard-Pujos.

Gâteau breton à la Gustave Flaubert. Traduction d’Yves Sarda.

 

Cet ouvrage est la réédition d’un livre paru en 2008 chez Flammarion, mais enrichi de trois nouvelles recettes pastiches.

 

Bon appétit, bien sûr !

Mark CRICK : La soupe de Kafka. Une histoire complète de la littérature mondiale en 19 recettes. Editions Baker Street. Parution le 8 septembre 2017. 176 pages. 17,00€.

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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 09:42

Les vermines ne sont pas forcément celles que l’on croit…

Romain R. MARTIN : Vermines.

Imaginez la rencontre inopinée d’une semelle de santiag et d’une portion de bitume avec entre les deux une araignée. Evidemment cela ressemble à un sandwich avec pour résultat un arachnide écrasé.

C’est un peu pareil, avec une armoire normande, un plancher, et en guise de complément d’hamburger un chien. Plus précisément un Labrador retriever, nommé Einmal, Une fois en allemand.

Arnaud, taxidermiste trentenaire, ne le possédait que depuis une semaine. Il n’aura pas eu le temps de s’attacher à cet animal, qui lui était attaché… à l’armoire, un animal qu’il avait acquis une semaine auparavant. De toute façon, pour Arnaud, le canidé ne disposait d’aucune des qualités requises. Il était paresseux, oisif, peu enclin à partager toute forme d’introspection.

Avec son ami Pascalin, enfin son ami, c’est peut-être un peu excessif mais n’ergotons pas, donc avec Pascalin, Arnaud tient une boutique à Bourganeuf, dans la Creuse, où sont entassées dépouilles d’animaux naturalisés. C’est naturel chez lui.

Pascalin a hérité d’une vieille boutique, Arnaud s’est intéressé à ce mono-daltonien en recherche d’une carte d’handicapé, catégorie 6, et l’a pris sous son aile de prédateur. Je m’avance peut-être. Mais Pascalin, outre la boutique possède également un vieux véhicule, couleur argentée ce qui va bien pour ce désargenté aviné, et aide à recevoir la clientèle lorsque Arnaud vaque à rendre une apparence vivante à ses animaux, iguanes, renards, et autres bestioles plus ou moins grosses dont j’ai oublié le nom.

Pascalin cuisine les nouilles et se prépare des cigarettes de cosmonaute. Et lorsqu’Arnaud en trouve une, déposée négligemment sur une marche, et qu’il commence à la fumer au grand dam de Pascalin, il lui trouve un goût étrange venu d’ailleurs. Et c’est ainsi qu’il se réveille le lendemain, l’esprit en vrac et le corps couvert de bleus, il se rend compte que son armoire et l’animal transformé en carpette ont déserté sa chambre. Ne reste plus qu’un trou dans le parquet.

Puis il est importuné en pleine nuit, la sonnette retentit, et au lieu d’être face à un individu il découvre sur le pas de sa porte un emballage de biscuits. Pas de biscuits à l’intérieur mais une feuille, une page déchirée d’un vieil ouvrage de 1883 sur laquelle est inscrite cette injonction : Tu tues je t’empaille, et un morceau de plastique ressemblant à une carte mémoire. Son vieil ordinateur renâcle mais parvient toutefois à lui restituer un semblant de film, en deux séquences. Sur la première, deux hommes dans la nuit, l’un supportant l’autre, l’aidant à marcher et le bousculant au passage contre des voitures ou des lampadaires. Une énigme qui en annonce d’autres.

Il ne faudrait pas oublier un troisième personnage qui prend de plus en plus d’importance au fil de l’avancement de l’histoire. Madame Clarence, prénom Pénélope, quatre-vingt trois balais, plus un pour disperser la poussière dans l’échoppe d’Arnaud, ménage qu’elle fait une fois par semaine. Il existe un contentieux entre elle et le thanatopracteur animalier, mais ils se supportent. Et puis d’autres protagonistes apparaissent au fur et à mesure que le temps passe.

 

Antisocial, chantait Bernie Bonvoisin du groupe Trust au début des années 80, mais Arnaud, le narrateur n’est pas antisocial. Il est, en plus d’être cynique, asocial. C’est lui qui l’avoue, faute avouée est à moitié pardonnée affirme un dicton populaire auquel on ne peut pas toujours se fier, et l’on ne peut se trouver une once d’empathie avec lui, ou même ressentir une certaine sympathie. Un être qui engendre la répulsion et pourtant en même temps la fascination.

C’est tout petit et même avant, qu’il s’est ainsi conduit, envers sa mère, qui n’appréciait guère sa relation affective, ou non affective d’ailleurs, et un père qui fermait les yeux sur ses débordements. Pourtant :

Enfant, j’avais trouvé un moyen de limiter la souffrance de mon existence en secrétant des idées simples mais malveillantes à l’encontre des autres.

 

Arnaud pratique l’humour à froid, et il déambule sur le fil du rasoir, ne sachant pas s’il va basculer d’un côté ou de l’autre, glissant vers le vide ou restant assis sur la lame affûtée au risque de se retrouver découpé en deux. Il me fait penser à certains hommes politiques ou à de prétendus humoristes qui pratiquent le mépris envers la société, et ses représentants, et qui pourtant sont admirés parfois par ceux-là même qu’ils dénigrent.

Chaque chapitre est précédé d’une citation, de Platon à Voltaire, de Jules Renard à Henri Jeanson, connu pour ses saillies, ou encore Jack Kérouac et Oscar Wilde, ce qui offre un aspect littéraire à un texte qui ne l’est pas moins. Et l’on se demande quel pourra être l’épilogue de cette histoire étonnante qui frôle le sublime dans la dérision et la suffisance, de la part du narrateur.

Romain R. MARTIN : Vermines. Editions Flamant noir. Parution le 2 octobre 2017. 186 pages. 19,50€.

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 07:12

Loterie nationale

Balancez vos cent balles

Approchez d' mon comptoir

Le tirage est pour ce soir

Dans mon p'tit kiosque à La Madeleine

J' vends des dixièmes à la douzaine…

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Il est loin le temps où la Loterie nationale, crée par décret de l'article 136 de la loi de finances du 22 juillet 1933, dans le but de venir en aide aux invalides de guerre, aux anciens combattants et aux victimes de calamités agricoles, n’était pas une société transformée à accumuler les profits pour alimenter les caisses de l’Etat.

Les billets, émis au nom des Gueules cassées ou des Ailes brisées, étaient souvent vendus par des dames, veuves, qui siégeaient dans de petites guérites, genre cabane au fond du jardin, et vantaient les tirages spéciaux de la Saint Valentin, du Vendredi 13 ou autres.

En cette fin mars 1935, Alexandre Gendrot, un mutilé de la face quinquagénaire, est avisé par télégramme de retrouver le colonel Picot qui préside l’association des mutilés de la face. Il n’est pas le seul à avoir été convoqué puisque Fend-la-gueule et Piquemouche, eux aussi des amochés des tranchées de la Der des ders, sont également présents. Car la vie de l’association est en jeu. Deux gagnants de la Loterie nationale viennent d’être découverts morts, l’un probablement suicidé, l’autre franchement assassiné.

Gendrot est obligé de mettre une prothèse oculaire, Fend-la-gueule porte bien son nom et arbore un masque, tandis que Piquemouche est aveugle et se fabricant un nez avec de la pâte à modeler. Tous sont plus ou moins ravagés de la figure, plus que moins d’ailleurs. Mais ils ne sont pas pour autant aigris et même il leur arrive de se moquer d’eux. Un humour noir pour conjurer les affres et les cauchemars qui les tyrannisent la nuit.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

La première affaire est suivie par un policier qui est persuadé qu’il s’agit d’un suicide. Gendrot va le rencontrer mais auparavant il se rend au domicile du suicidé. La concierge lui fournit quelques renseignements sur cet artiste-peintre qui fréquentait une fille de joie, Minouchette, et lui dit qu’elle a aperçu trois hommes descendant l’escalier le jour du drame peu après avoir entendu le coup de feu. Quant à Minouchette, elle affirme qu’il détestait les armes.

Pendant ce temps Fend-la-gueule et Piquemouche se rendent près de Vaumort dans l’Yonne, lieu où le second gagnant de la loterie a été abattu. Il s’agit d’un paysan et un gamin déclare avoir vu trois hommes sillonner les routes non loin de la ferme. En fouillant les alentours du drame, Piquemouche et Fend-la-gueule trouvent un dé à jouer. Ce sont les gendarmes qui instruisent l’affaire, et l’on sait que les rapports entre policiers et gendarmes sont tendus, ce qui fait que chacun d’eux ne dévoilent pas aux autres les résultats de leurs recherches.

Pourtant des ressemblances existent entre les deux affaires. D’abord les gagnants n’ont pas touché à leur argent, qui est placé à la banque. Ensuite, à chaque fois, trois hommes bien mis, dont l’un était muni d’un carnet, étaient présents sur les lieux. Gendrot distingue une affiche parmi toutes celles qui sont collées sur un mur et aussitôt il effectue une corrélation avec la mort du peintre.

Un journaliste de Paris Soir glose sur l’affaire des gagnants de la Loterie nationale et demande si le prochain heureux élu par le sort subira lui aussi justement le même sort. Ce qui n’arrange pas du tout Gendrot et compagnie et surtout le colonel Picot, ancien député et Président des Gueules cassées.

Ce que le lecteur apprend mais que nos trois amis ne savent pas encore, mais ne sauraient tarder à apprendre, c’est qu’un communiste affilié au Komintern est lui aussi intéressé, qu’un policer des Renseignements généraux, et non généreux, est sur les rangs, et que trois chercheurs, professeurs ou thésard à la Sorbonne, concoctent en secret des formules aléatoires, des algorithmes. Ils rencontrent de temps à autre un nazi allemand qui fait l’objet de la surveillance du communiste espion aux ordres de Moscou.

Un troisième décès est à déplorer, celui d’une mère de famille. Elle avait gagné à la Loterie, le jour du tirage ayant été avancé, et l’identité de la gagnante non dévoilée.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Julien Heylbroeck nous restitue avec saveur l’ambiance du Paris d’avant-guerre, avec son parler argotique, et Minouchette avec sa gouaille m’a fait penser à Arletty. Il nous emmène également dans différents lieux de la capitale, la Villette avec ses abattoirs et ses bouchers qui viennent écluser un verre de rouquin dans les troquets, la Goutte d’Or et Barbès, Montmartre, les Grands Boulevards, le quartier Saint-Michel jusque sur la Zone, les anciennes fortifications où sont installés les Bouifs ou chiffonniers. La circulation vient d’être soumise à un nouveau procédé, celui des feux qui remplacent les sonneries. Ce qui est fort dommageable pour les aveugles. Les voitures automobiles et hippomobiles se partagent les rues, dans une promiscuité parfois dangereuse.

Mais la montée du fascisme se précise et les étudiants de la Sorbonne dénigrent la présence de condisciples étrangers. C’est donc dans une atmosphère délétère que se déroule l’enquête confiée par le colonel Yves Picot, qui a réellement existé, aux trois mutilés de la face.

Ceux-ci possèdent une famille sauf Piquemouche qui vit à Luynes dans une sorte de couvent investi par des végétariens. Lui-même ne peut plus manger de viande, dégouté par les morceaux de cadavres stagnant dans les tranchées. Fend-la-gueule porte toujours sur lui une paille afin de boire proprement sinon il en met partout. Quant à Gendrot, qui a eu une fille avec sa femme qui possédait déjà des garçons d’une précédente union, et outre ses problèmes faciaux, il claudique ce qui l’handicape lors de longues promenades. Et ses cauchemars récurrents le montrent toujours dans la même situation, enfant confronté à un orage ou des incendies.

Si l’auteur décrit les ravages physiques subis par ces trois personnages, il le fait sans s’appesantir. Il constate avec bienveillance et pudeur. Mais sans se voiler la face.

Julien Heylbroeck nous propose un thème peu souvent traité, celui des gueules cassées, des débuts de la loterie nationale, par le biais du roman noir et celui de l’aléatoire par le truchement de la science-fiction ou de l’anticipation, voire du fantastique. Quelques scènes épiques sont décrites avec réalisme, surtout vers la fin. Et dites-vous bien que les mathématiques sont toujours aléatoires, quelque soit la formule…

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Visitez le site de l’éditeur, vous y trouverez sans nul doute votre bonheur :

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants. Collection Les saisons de l’étrange. Editions Les Moutons électriques. Parution le 7 septembre 2017. 252 pages. 17,00€.

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 08:21

Du passé faisons table rase,

Foule esclave, debout ! debout !

Le monde va changer de base :

Nous ne sommes rien, soyons tout !

Malik AGAGNA : Du passé faisons table rase.

Cette phrase qui aurait été prononcée par les révolutionnaires français lors de la nuit du 4 Août 1789, la nuit historique de l’abolition des privilèges, est également présente dans la seconde version de l’Internationale écrite par Eugène Pottier en 1871 lors de la répression de la commune de Paris. Du passé faisons table rase est également un roman de Thierry Jonquet paru en 1982 dans la collection Sanguine N°14 sous le pseudonyme de Ramon Mercader, nom de l’assassin de Léon Trotski.

C’est dire si cette phrase et son adaptation en titre du roman de Malik Agagna est lourde de signification !

 

Malgré son différent avec son voisin, Jérôme Bertin est prêt à venir l’aider lorsque celui-ci quémande son aide pour transporter sa femme de sa chambre jusqu’au rez-de-chaussée. Il attend une ambulance qui doit l’emmener à l’hôpital. Seulement Jérôme Bertin ne parviendra jamais à remplir sa mission, touché au cœur par une balle.

Pour le commissaire Magnard, il serait bon que les enquêteurs affectés à cette enquête se dépêchent à la résoudre car d’autres dossiers sont en instance, dont celui d’un vol de bijoux.

Il nomme le commandant Marie Sevran, une quadragénaire dont le mari vient de quitter le domicile familial pour rejoindre le lit de la jeune et blonde voisine. Ce qui n’est pas favorable pour se défaire d’une addiction à la cigarette et aux petits verres de rosé. Elle sera assisté d’Arsène Chevallier, dont le père aimait les romans policiers d’avant-guerre, marié pendant vingt-cinq ans et célibataire depuis cinq ans, et qui fréquente depuis trois mois une jeune femme de dix ans plus jeune que lui. Enfin, le jeune Rachid Hamidi, natif de la région parisienne et qui ne connait personne à Strasbourg où il a été muté, hormis ses collègues évidement. Il a fait la connaissance trois mois auparavant de Brigitte, une fille d’agriculteurs, sur Internet, cette application qui remplace progressivement les marieuses d’antan ou entremetteuse de mariages. Leur relation est en bonne voie, mais ceci ne nous regarde pas.

La tâche entre les trois enquêteurs est répartie, entretien avec la fraîche mais plus très jeune veuve Hélène Bertin, visite chez le voisin qui apparemment a été la victime, comme sa femme, d’une farce téléphonique, vérification si d’autres meurtres semblables ont été perpétré sur le territoire depuis peu.

Jérôme Bertin travaillait pour une entreprise de sous-traitance automobile et allait bientôt prendre sa retraite. Hélène, sa femme, est originaire de Vilnius en Lituanie, et il avait également deux garçons dont l’un, Didier, est installé avec femme, enfants et bagages à Metz. L’autre, Damien, plus jeune, n’hésite pas à franchir la barrière pour se retrouver du côté des petites frappes. Jérôme était un homme taciturne, réservé, rentrant tous les soirs à l’heure, passant son temps au jardin ou devant la télé. Il a même été délégué syndical mais n’étant pas égoïste a préféré laisser sa place aux jeunes. Il avait également été membre du Parti Communiste Français, voyageant beaucoup entre 1982 et 1989, notamment en Lituanie où il a connu sa femme. Il avait gardé ses convictions politiques tout en se réfrénant dans ses contacts politiques. Et il avait également effectué un voyage en Lituanie, accompagné de sa femme, quelques semaines avant sa mort.

Les renseignements obtenus se recoupent et permettent de mieux cerner le personnage ainsi que ses compagnons, camarades serait plus approprié, qui avaient formé une cellule communiste strasbourgeoise fort active. Ils étaient sept, comme les sept mercenaires ou les sept nains, et Rachid apprend que deux d’entre eux ont été abattus. Une balle à chaque fois. Le tueur est économe. Le fils d’un troisième, dont le père est décédé depuis un bon bout de temps est lui aussi victime. Manquent trois des membres, perdus dans la nature. Ou presque car Arsène arrive à en localiser un, mais l’homme n’a pas donné signe de vie depuis un bon moment. Alors qu’il aperçoit une ombre dans la rue, Arsène est victime du tireur. Réflexe de vieux policier, Arsène s’efface à temps et le projectile ne l’atteint qu’à l’épaule.

Pendant ce temps, Marie Sevran se rend en Lituanie en compagnie de Jennifer, où elles retrouvent le frère d’Hélène Bertin, qui leur sert de guide. Une famille a été assassinée et selon les rumeurs, le père de famille fut, sinon l’âme du KGB en Lituanie, du moins un virulent responsable aux ordres de Moscou. Un certain Markus qui a stigmatisé les mémoires.

 

Une plongée dans le temps, celui d’aujourd’hui avec les recherches conjointes ou séparées des trois policiers à la recherche d’un tueur, et surtout de ses motivations, et des anciens membres d’une cellule communiste, et celui d’hier, alors que le bloc soviétique entrait en déliquescence, le cadenas du rideau de fer étant prêt à sauter.

L’auteur s’attache autant à retracer le parcours des sept communistes qui pour une raison ou une autre ne se sont plus côtoyés depuis des années, qu’à la vie affective des trois policiers. Tous les trois ont connu des perturbations dans leur vie amoureuse, départ, divorce, ou tout simplement recherche de l’âme sœur. Rachid s’éprend de Carole, la fiancée de Daniel Maire, le fils d’un ancien membre de la cellule communiste, qui vient d’être assassiné, et selon toutes vraisemblances, la jeune femme est sensible à ses approches. Marie découvre une autre facette de la sexualité et Arsène pense détenir enfin la perle du foyer. Mais d’autres épisodes interfèrent dans l’enquête, sans que pour autant nos trois protagonistes l’oublient.

Une enquête qui réserve bien des surprises, surprises qui sortent parfois au hasard des conversations, du décryptage d’une photo, de non-dits, comme un diablotin de sa caisse, surprenant tout le monde.

Malik Agagna joue sur les deux tableaux, rendant ses personnages sympathiques malgré leurs défauts, c’est-à-dire qu’ils nous ressemblent plus ou moins, tout en effectuant une plongée dans l’histoire, les heures sombres emplies d’espoir des pays de l’Est.

Argent, amitiés, amours, aventures, ce pourrait être le roman des quatre A, voire des quatre As, tellement l’auteur possède d’atouts narratifs et constructifs pour happer le lecteur. Un premier roman abouti, et une découverte littéraire qui nous change de certains ouvrages fabriqués sur des poncifs.

Malik AGAGNA : Du passé faisons table rase. Collection Roman policier mais pas que… Editions Lajouanie. Parution le 15 septembre 2017. 300 pages. 19,00€.

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 07:32

Ma petite est comme l’eau

Elle est comme l’eau Vouivre…

Jean-Pierre FAVARD : La nuit de la Vouivre.

Cela faisait plus de vingt ans la bête avait poussé son cri, et voilà qu’il retentit à nouveau dans la nuit fraîche morvandelle, et plus particulièrement nivernaise.

Aviné comme trop souvent, Jean-Grégoire rentre péniblement chez lui. Sa compagne l’attend, ulcérée et inquiète à la fois. Il a passé la soirée à écluser au bar le Rendez-vous des amis, et Gérard, le bistrotier l’a mis à la porte sous le regard de quelques gamins qui décident de finir la soirée en boîte.

Elno, Bastien, Léon, accompagnés de deux jeunettes, Mona et sa cousine Sidonie, embarquent donc pour l’Hacienda, un dancing perdu en pleine campagne, entouré de bois. Sauf Ludo qui n’est pas un adepte des sorties nocturnes et préfère rentrer chez lui. Mais bientôt il sera obligé de ressortir, empruntant la voiture de sa mère. Après avoir fermé son bistrot, Gérard rentre chez lui, avec son chien Heinrich dont il est inutile de préciser la race.

Les gamins, qui sont à peine majeurs, prennent quelques verres supplémentaires, et ils commencent à être pompettes comme on dit. Plus franchement éméché, Léon tripote Mona mais sans douceur. Ce que n’apprécie pas du tout la jeune fille qui préfère sortir et traverser le parking sous les yeux de Marvin, le videur.

Dans un coin, deux hommes, barbus et chevelus, se rafraîchissent avant de reprendre la route. Ils ont encore une longue distance à parcourir avant d’arriver à Marseille où ils doivent convoyer quelques caisses d’un produit qui ne doit pas tomber entre les mains de la maréchaussée.

C’est à ce moment que le cri de la bête retentit. Les réactions sont diverses.

Jean-Gabriel, après avoir dormi un peu sur un banc rentre chez lui et alors que Marie, sa compagne plus jeune que lui de dix ans, s’apprête à le réprimander, il s’écroule. Un accident cardiaque. Elle alerte immédiatement les secours et une ambulance doit le transporter jusqu’à l’hôpital de Nevers.

Les deux hommes, Tony et Mario, reprennent la route mais bientôt leur van tombe en panne.

Mona n’est pas rentrée et la gendarmerie est prévenue. Si elle s’était perdue, si elle avait été victime de la bête ? Si elle était victime du froid qui règne sur la région ?

Quant à Gérard, il prend son fusil et en compagnie d’Alphonse, et de son chien, il décide lui aussi de parcourir les champs et les bois. Le chien découvre des hardes, appartenant sans conteste à une forte personne et les deux hommes rebroussent chemin. Une brigade cynophile est quémandée afin de retrouver Mona.

Pour le maréchal des logis-chef Anguenin, accompagné par le brigadier Fougerolles, une jeune femme qui prend son rôle au sérieux, et du gendarme Maturin, lequel glose souvent sur son chef, c’est l’histoire qui recommence. Vingt ans auparavant, il avait déjà enquêté sur la bête, la Vouivre, et cela lui remémore de mauvais souvenirs. De nombreux morts avaient été à déplorer, et Anguenin depuis traque toutes les informations susceptibles de lui apporter des éléments de réponse. Mais sa hiérarchie n’avait pas suivi, pis, il avait par la suite végété dans sa brigade sans obtenir d’avancement. C’est ainsi qu’il narre à Amandine Fougerolles ce qu’il a vécu, son savoir, ses connaissances, ses inquiétudes, revenant sur vingt ans de cohabitation spirituelle avec la Vouivre.

La Vouivre, bête légendaire, un dragon ou un serpent ailé portant une escarboucle sur le front et qui au contact de l’eau peut se transformer en naïade. C’est pour cela qu’elle est aussi appelée la Nageuse. Et selon toute vraisemblance, elle vient de réapparaitre, recommençant ses méfaits.

 

Tout s’entremêle, s’enchaîne, se culbute, se percute, se télescope, le passé, le présent, et les imbrications entre les divers protagonistes confinent, parfois, au burlesque et au tragique à la fois. Et cela se traduit par des bavures, des quiproquos, des règlements de compte, et des embrouilles.

Développé en séquences courtes, en alternance avec les divers protagonistes, ce roman débute par une atmosphère angoissante qui ne se dilue pas tout le long du récit. Qui s’amplifie même. Et le lecteur a hâte d’arriver à la fin de l’intrigue en se demandant, existe-t-elle ou non cette Vouivre ? Va-t-elle apparaître, va-t-on la voir perpétrer de nouveaux méfaits ? Et pourtant cette Vouivre, ou Guivre pour les Franc-Comtois, est omniprésente, tout au moins dans l’esprit de la plupart des personnages et de celui du lecteur.

 

Il existe un côté Jules Verne chez Jean-Pierre Favard, par la précision et l’aspect didactique développé dans certaines séquences. Ainsi il s’attarde sur les légendes et aspects de la Vouivre en diverses régions, sur les écrits concernant les légendes et la thérianthropie, remontant le temps jusqu’à Ovide et ses Métamorphoses et se reposant sur divers écrits, de la Vouivre de Marcel Aymé au Nécronomicon de Lovecraft, sur les différentes sortes de drogue et éventuellement comment les reconnaître, ce qui nous ramène à un fameux sketch de Fernand Reynaud, sur les premiers secours, comment diagnostiquer et réagir, une sorte d’examen-test entre secouristes, et bien d’autres détails qui alimentent le récit sans l’alourdir. Lui donnant même une dimension que ne possèdent pas tous les romans d’angoisse. Des explications qui ne sont pas inutiles, car il ne s’agit pas pour l’auteur d’effectuer une forme de remplissage vain.

Un roman remarquable, qui oscille entre enquête policière et œuvre fantastique, ces deux thèmes s’entrecroisant, et nous ramène à nos contes juvéniles mais qui s’adresse toutefois plus aux adultes même si les adolescents ne doivent pas être écartés du lectorat.

Jean-Pierre FAVARD : La nuit de la Vouivre. Grand Format Hors collection. Editions Clef d’Argent. Parution le 10 mai 2017. 336 pages. 19,00€.

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 10:08

Quand le roi Cerf Thet se fait détrôner par son fils, le Cerf Arien…

DARNAUDET – ELRIC : Witchazel et la menace d’Anankor.

Il est bon parfois de retrouver de petits plaisirs de lecture qui nous ramènent à notre enfance tout en étant ancré dans notre quotidien.

Par exemple ces bandes dessinées animalières dont le pionnier fut peut-être Benjamin Rabier puis Maurice Cuvillier qui créa les aventures de Sylvain et Sylvette, lesquelles aventures ont continué à sa mort avec Jean-Louis Pesch notamment. Sans oublier la charmante Chlorophylle puis Sibylline de Raymond Macherot, ou l’inspecteur Canardo de Sokal.

Sans compter les romans dans lesquels les animaux sont les protagonistes principaux, tel Le Roman de Renart, puis les films d’animation dont Walt Disney fut, sinon le précurseur, celui qui porta le genre au pinacle.

Tout ça pour ancrer la série de Witchazel dans le contexte d’un univers imaginaire mais fortement représentatif du monde dans lequel les humains évoluent. Et dès les premières planches les auteurs nous plongent directement dans une atmosphère et une ambiance délétères qui heureusement, même si elles sont comparables à ce que nous vivons, j’allais écrire nous subissons, sont traitées humoristiquement.

 

A Anankor, Arien le Cerf vient de prendre la place de son père le roi Thet et harangue son peuple en ancien dialecte. Mais la résistance s’organise et Pasa le Condor ainsi que Dort écoutent les proférations et objurgations de l’imposteur. Ils sont pris à partie par la foule qui a entendu leurs propos séditieux.

Tandis que Dort s’efforce de détourner l’attention, Pasa doit rejoindre la Lagune brune, cible de Cerf Arien. Or, vit dans la Lagune brune une jeune sorcière très puissante, Witchazel alias Hamamélis la Mulote. Jeune, elle l’est la gentille mulote, aussi pour être prise au sérieux et devenir crédible, elle est obligée de se travestir et de s’attifer en vieille femme. Seulement, elle ne se souvient jamais de quel côté elle plaque sur son visage une verrue lui conférant l’aspect d’une sorcière expérimentée. Et comme le dessinateur non plus ne se souvient jamais…

Le Condor Pasa va l’emmener, ainsi que son ami le Chat Pristi qui désire l’accompagner, jusqu’à Anankor. Les armées du Cerf Arien sont prêtes à investir le site de Stonerolling, lequel possède un passage secret permettant de rejoindre la Lagune brune.

 

C’est une succession de gags, de quiproquos, de jeux de mot, afin de dédramatiser le contexte qui nous renvoie à des heures sombres. Il s’agit donc d’une bande dessinée qui s’adresse aussi bien aux enfants, par le côté ludique qui s’en dégage, qu’aux adultes qui comprendront mieux le côté réaliste et historique. Mais ce n’est pas pour autant une bande dessinée engagée au sens propre du terme. Plutôt un signalement, un avertissement dotés d’une légèreté de ton et de graphisme qui permettent de relativiser le propos tout en le mettant quand même en avant.

A ce propos, une séquence qui n’est pas innocente : l’histoire des trois voleurs qui se font plumer, déplumer puis remplumer avec des couleurs significatives.

D’ailleurs, pour s’en rendre compte, le mieux est visionner les premières planches sur le site consacré à Witchazel ou de suivre les liens relatifs aux articles consacrés aux deux premiers albums de cette série qui va bientôt en compter un quatrième. Mais quand ?

 

DARNAUDET – ELRIC : Witchazel et la menace d’Anankor. Scénario de François Darnaudet et Elric. Dessin Elric. Couleurs Laure Durandelle et Elric.

Editions Kramiek. Parution le 27 septembre 2017. 48 pages. 10,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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