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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 15:41

Mais il y eut aussi les braves gars de la rade !

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest.

Imaginez que vous entrez dans une salle de réunion? De petits groupes de quelques personnes bavardent, discutent, conversent. Vous vous approchez de l'un puis de l'autre, essayant de comprendre les propos échangés, mais tout cela vous parait fort confus.

Puis à un certain moment vous prenez en oreille un fil auquel vous vous raccrochez. Vous tirez doucement dessus et ce lien ténu en ramène d'autres, comme une dentelle, comme un filet de pêche, une nasse grouillante et vous parvenez enfin à relier tout ce puzzle qui joue avec le temps. Des événements qui se déroulent pour certains à partir de la fin octobre 2011 à Brest et ses environs, pour d'autres en octobre 1943 dans la prison Jacques Cartier de Rennes.

 

Dans un coin, des personnes évoquent la mort de la veuve Le Moign, riche héritière d'un élevage porcin industriel et d'une conserverie de pâtés fort prisés. Elle est décédée dans l'incendie de sa villa de Plougonvelin, seulement à l'autopsie il est démontré qu'elle possède dans le corps un plomb impropre à la consommation. Il s'agit d'une balle provenant selon toute vraisemblance d'une arme ancienne et étrangère. L'affaire est confiée au capitaine Gourmelon, de la gendarmerie territoriale, ce qui n'arrange vraiment pas son ex-femme qui pense qu'il a encore trouvé une échappatoire pour se défiler de la garde des gamins. Et comme le garçon a été privilégié par rapport à la fille, les doutes sont permis sur une éventuelle jalousie.

 

Dans un autre endroit, on parle du corps d'un vieil homme a été ramené dans ses hélices. Un vieil homme âgé de près de soixante-dix ans selon les premières constatations. L'homme était atteint d'une tumeur en phase terminale au cerveau. Un suicide, apparemment par une balle, seulement la balle proviendrait d'une arme à feu ancienne et étrangère. Et comme il est impossible de retrouver l'arme, là aussi des doutes se forgent dans les neurones de Sahliah Oudjani, lieutenant à la gendarmerie maritime. L'affaire n'avance pas assez vite au goût du juge Salaun. Le cadavre est bientôt identifié, il s'agit d'un ancien responsable de la Fraction armée rouge en Allemagne de l'Ouest dans les années 1970, début 1980, du nom de Hans Schwitzer, qui a passé une vingtaine d'année en prison et n'a été libéré qu'en 2005.

 

Voyons ce qui se dit ailleurs, dans un autre groupe. Il est question de Maryse Dantec, nouvelle retraitée qui a décidé de reprendre ses études d'histoire, de passer un master II, dont le thème est lié à la Résistance à l'Arsenal de Brest durant la seconde guerre mondiale. Par la même occasion elle veille sur son père hospitalisé à Brest, et qui fut durant quelques décennies maire communiste de la ville de Saint-Denis, l'un des fiefs de la ceinture rouge parisienne.

 

Enfin, dans un coin, cachés dans une pénombre prononcée, des silhouettes plongées dans une opacité entretenue, se remémorent Yves, interné dans la prison Jacques Cartier de Rennes. Des fantômes qui ont pour nom Eliane, Robert-Max, Guermeur, Dantec, Morriss, un employé de la préfecture, un nommé Mercier qui fricote avec les Nazis qui tiennent Brest, et le patronyme de Trotski qui flotte comme un étendard, des phrases qui circulent emportées par le vent, La crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire, des probabilités avancées, le basculement possible des staliniens, choisir entre une idéologie ou des représentants de la bourgeoisie, Churchill, De Gaulle, des problèmes de conscience, des trahisons...

 

Peu à peu les groupes du capitaine Gourmelon et du lieutenant Oudjani se rapprochent insensiblement, car il est indiscutable que les deux affaires qu'ils ont en charge sont liés.

 

Des souvenirs segmentés, comme incomplets...un lien ténu entre hier et aujourd'hui, qui tire dans sa nasse la bêtise humaine, séculaire, l'aveuglement de quelques dogmatiques qui pensent détenir la vérité, et qui conduisent aux meurtres via une lâcheté stupide et dégénérée. L'histoire se répète, pas toujours dans les mêmes circonstances, pas toujours au même endroit, mais l'on ne peut nier quelques corrélations entre événements d'hier et ceux d'aujourd'hui, celle d'idéologies malsaines, néfastes ou mal interprétées.

Et comme trois avis valent mieux qu'un je vous invite à visiter les liens ci-dessous :

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 208 pages. 10,90€.

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 14:06

37.5 le matin : Lasser bat Djian !

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser dans les arènes du temps. Lasser, Détective des Dieux 4.

Le statut de Détective des Dieux commence à peser sur les épaules et dans la tête de Lasser.

Il ne veut plus être mêlé aux bisbilles générées par les rivalités entre divinités, il a assez engrangé d'argent, et il voudrait jouir en toute tranquillité de son whisky hors d'âge dégusté dans un fauteuil de l'hôtel Sheramon qu'il fréquente depuis son séjour en Egypte.

Seulement Fazimel, la réceptionniste de l'hôtel, et son assistante préférée, lui montre dans un journal, Papyrus News, un article dans lequel il est cité. La statue en or d'Isis, haute comme deux humains juchés l'un sur l'autre, va être inaugurée dans le temple dédié à la déesse à Pompéi. Le rédacteur de la notule est quelque peu ironique sur l'activité et les compétences de Lasser, mais c'est bien la question qu'il pose qui inquiète le détective. L'incursion des Dieux égyptiens aura-t-elle l'heur de plaire à Jupiter, et qu'elle sera sa réaction ?

L'incursion d'Isis trouble la douce quiétude qui enrobe Lasser. Elle est furieuse. Sa statue a été enlevée, et Lasser est prié d'aller enquêter sur place. Et Fazimel pourra l'accompagner car elle parle le latin et l'italien. Lasser refuse, mais Isis contrairement à son habitude ne tempête pas, elle supplie. Et Lasser se sent obligé d'obtempérer.

Fazimel et Lasser sont accueillis à Pompéi comme deux chiens dans un jeu de quilles par le Generale di brigata Totti, et ils le retrouveront à moult reprises sur leur chemin, pour leur plus grand déplaisir. Le début des embêtements qui vont jalonner leur enquête.

Du temple d'Isis, où ils dérangent en pleine répétition des théâtreux, jusqu'à celui de Vénus, leur parcours sera loin de tout repos. Ils rencontrent notamment l'architecte qui a construit les deux temples, car ils se sont aperçus qu'il existait des passages secrets. Ils vont également faire la connaissance d'autres personnages hauts en couleurs. Par exemple Fazimel retrouve son amie Francesca, réceptionniste comme elle dans un hôtel et nièce d'un responsable local de la Mafia. Leurs pistes les conduisent un peu à gauche et à droite, et même jusqu'au bord du cratère du Vésuve. Un moment épique qui voit Fazimel et Vénus se combattre nues, sous le courroux de Jupiter. Entre temps Lasser aura été enlevé et Fazimel aura assisté à une séance de relaxation charnelle entre vestales et hommes de tous âges.

 

Après toutes ces tribulations, Fazimel et Lasser rentrent au Caire ayant rempli une partie de leur mission. Les relations entre les Dieux égyptiens et les Dieux romains sont au beau fixe tendance orageuse, mais ce n'est plus le problème du Détective des Dieux. Croyait-il car...

 

Trois mois plus tard, alors qu'il déguste béatement un pur malt seize ans d'âge à l'hôtel Sheramon, c'est une habitude chez lui, l'intrusion de Don Provenzano surprend Lasser. Le Parrain de Pompéi est chargé de recruter pour le compte de Jupiter son amie Fazimel. Le vol d'un objet important irrite Jupiter, mais ce n'est pas Lasser qui doit être embauché. Il est trop proche d'Isis, et il est le détective officiel des divinités égyptiennes. Lasser sera officiellement le garde du corps de Fazimel, mais Lasser comprend qu'il s'agit d'un subterfuge, afin de déjouer les susceptibilités des uns et des autres. Lasser n'est vraiment pas chaud pour accepter cette initiative, il refuse même catégoriquement, mais Isis sait se montrer convaincante et nos deux amis se rendent donc à Rome, dans les rôles qui leur ont été attribués.

Jupiter leur confie la chaude mission de retrouver le Feu de Vesta qui a été remplacé par une flamme ordinaire. Mars et ses alliés tentent d'infléchir la volonté de Jupiter en vain, et Lasser sent qu'ils ont devant eux un ennemi qui va tout faire pour contrarier leur enquête.

Mais qui a pu voler cette flamme éternelle qui peut déboussoler et mettre à feu et à sang toute la contrée ? Les soupçons se portent sur des dieux mineurs, comme Mithra ou encore un nouveau venu qui veut tout s'accaparer, l'Unique. Une piste mène Fazimel, Lasser et Provenzano à Ostie, chez le Brocanteur. Tandis que Fazimel discute, Lasser se rend dans la réserve et découvre un objet bizarre. Il appuie sur deux boutons de couleur et il se retrouve propulsé dans le temps.

Des péripéties au cours desquelles Fazimel va rechercher son compagnon et va être confrontée à deux personnages inquiétants, les Patrouilleurs du Temps. Lasser, quant à lui, va tenter de leur échapper, jouant le rôle du Fugitif.

 

Un roman en deux parties, écrit à quatre mains et décliné à deux voix. En effet chacun leur tour, Fazimel et Lasser narrent leurs pérégrinations et tribulations, leurs mésaventures homériques, frôlant le danger à tout instant.

Dans les précédents épisodes de cette série échevelée, Lasser tenait le beau rôle, Fazimel lui servant d'assistante, l'aidant et le sauvant dans des situations périlleuses à l'occasion. Dans ce nouvel opus, Fazimel tient une place prépondérante, indispensable, et le lecteur la découvre sous un nouveau jour. Elle est la protégée d'Isis et devient la collaboratrice de Lasser. On en apprend un peu, voire beaucoup plus sur son origine, son enfance, et surtout qu'elle possède des dons, dont une mémoire eidétique, des pouvoirs, ce qui va considérablement l'aider dans certaines circonstances.

 

Ce roman nous ramène aux bons vieux feuilletons qui étaient signés Zevaco, Féval, Xavier de Montépin, H.G. Wells et autres maîtres de la littérature populaire. Lasser dans les arènes du temps possède la fougue, l'imagination, le délire, le souffle, l'impertinence, la débauche d'énergie, la grandiloquence des mises en scène cocasses, houleuses, tendres, démoniaques et divines à la fois. Bagarres épiques, complots, tentatives de meurtres et d'empoisonnement, enlèvements et séquestrations, trahisons, mensonges, poursuites débridées, fornications caligulesques, rivalités divines familiales, jeux léonins du cirque parsèment cette intrigue, et j'en oublie, volontairement ou non

 

Sylvie Miller et Philippe Ward sont les Boileau-Narcejac du roman policier fantastique, les Roux et Combaluzier de l'ascenseur temporel.

 

Retrouvez Lasser dans ses précédentes aventures :

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser dans les arènes du temps. Lasser, Détective des Dieux 4. Editions Critic. Parution 6 novembre 2015. 494 pages. 22,00€.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 16:02

Dernier désir n'est pas forcément Noir désir...

Quant à ce que j'en dis...

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir.

Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin, affirme un dicton populaire. Ce n'est pas pour autant que tout ceux qui se nomment Martin sont des ânes.

Jonathan Martin et sa femme Mina se sont installés dix ans auparavant dans une vieille maison d'écluse près de Neuilly en Dun, sur les bords du canal du Berry. Jonathan s'occupe par-ci par-là, élevant ses abeilles, récoltant son miel, bricolant, surveillant leur fils Romain, à peine dix ans, tandis que Mina assure le rôle de guide-conférencière au château de Lienesse, situé non loin, et s'occupe des conserves pour l'hiver. Une vie reposante après des années de consumérisme francilien effréné.

 

Une jour un visiteur tape à l'huis et se présente : Bonjour. Excusez-moi de vous déranger, je viens juste me présenter. Je suis votre nouveau voisin. J'ai emménager dans la maison, là-bas, au bout du chemin. Je m'appelle Martin. Vladimir Martin.

Et c'est ainsi que commence l'histoire. Vladimir Martin s'est installé dans la maison d'éclusier proche de la leur, et leur voisinage débute sous d'heureux auspices. Seulement Vladimir, un homme charmant au demeurant, riche, sympathique, élégant, spirituel, affable, se met à copier insensiblement Jonathan. D'abord il revend sa somptueuse voiture pour posséder la même que Jonathan, même couleur évidemment, mais neuve. C'est une entame dans la similitude, qui se prolonge par une analogie physique. Lui qui portait des cheveux longs, attachés par un catogan, se les fait tailler, une coupe à la Jonathan, et se laisse pousser sous la lèvre inférieure ce petit bout de barbe appelée mouche. Il se passionne soudainement pour le blues, s'enthousiasmant devant la discothèque de Jonathan qui possède une collection incroyable de disques, achetant une chaîne de luxe et plus de cinq cents CD afin de partager la passion de son voisin.

Il rend visite à ses nouveaux amis, ou les invite, offre à Jonathan du whisky de luxe hors d'âge ou amène des bouteilles millésimées, mais lui même ne touche jamais à son verre. Il s'extasie devant la table de ferme que Jonathan a fabriquée et veut la même, offrant une somme rondelette pour sa confection. Il devient de plus en plus intrusif, mais cela ne gêne pas Mina, qui n'y voit rien de suspect. Cependant il offre à Romain des jouets dispendieux, que Jonathan n'a pas les moyens d'offrir à son fils. Il fait rénover sa maison, à grands frais, installant une cuisine identique à celle de Jonathan.

Les semaines passent et Jonathan est de plus en plus intrigué et monte progressivement en lui une pointe d'exaspération. L'ambiance amicale du début se transforme peu à peu en ambiance délétère, du moins c'est ce que ressent Jonathan, qui est bien obligé de faire bonne figure devant Mina et Romain.

 

Le très (trop ?) médiatique libraire-chroniqueur Gérard Collard a déclaré lors de la parution de ce roman : Une histoire extraordinaire entre Poe, Simenon et King. Une merveille !

Une merveille, d'accord, mais pour le reste je suis plus réservé. Effet médiatique, mais que viennent faire Poe et King ? Pour Simenon, je suis assez d'accord, à cause des personnages et de l'atmosphère, mais je serais plus enclin à chercher des rapprochements, des cousinages littéraires avec Max Genève, Franz Bartelt et surtout Pascal Garnier. Peut-être Gérard Collard n'a-t-il jamais lu un de leurs livres, sinon le lien lui serait venu immédiatement à l'esprit. Ou alors il a jugé qu'ils n'étaient pas assez connus du grand public, trop Français, pour établir un parallèle. Il ne s'agit pas d'énoncer des jugements à l'emporte-pièce, mais de coller au plus près de la réalité.

Ambiance et atmosphère bon enfant au départ, Vladimir sachant se montrer sous des dehors abordables, aimables, empathiques avec ses voisins qui s'imprègnent de la douceur de vivre de coin berrichon. Mais peu à peu ce voisinage devient pesant et le suspense est entretenu par une ellipse de l'origine de Vladimir. D'où vient-il, pourquoi s'est-il installé non loin de chez Jonathan et sa petite famille. Sa richesse, il la doit à un héritage, du moins c'est ce qu'il affirme. Mais il étale trop ostensiblement son argent. Et pourquoi vouloir calquer son environnement sur celui de ses voisins. Et bien évidemment, si Mina n'est pas dérangée par cette attitude, Jonathan souffre et cela influe sur son caractère.

Des scènes incluses dans ce roman, qui semblent n'être là que comme des diversions dans l'intrigue, telle cette séance au cours de laquelle Vladimir se rend chez la coiffeuse, montrent combien cet homme possède un ascendant sur les autres. Des épisodes humoristiques, comme celui au cours de laquelle Mina dérape lors d'une prestation conférencière sur les aménagements du château de Lienesse et plus particulièrement sur une toile de Lucien d'Abancourt.

Ou encore cette conversation amenée par Léonard, le frère de Mina, qui passe quelques jours chez eux, et est un écologiste convaincu, installé dans la Drôme et parfois se mélangeant les pédales dans ses convictions.

 

Dernier désir est un roman intimiste, se focalisant sur quelques personnages dont plus particulièrement Jonathan, Mina, Romain et Vladimir, les autres n'étant là que pour accentuer le trouble puis la faille et enfin le gouffre qui va s'opérer entre les divers protagonistes. Catalogué Thriller, ce livre est un suspense qui grandit, enfle insidieusement, et offre un épilogue que n'aurait pas renié Fredric Brown.

Il est précisé en fin de volume, que ce roman est le fruit d'une étroite collaboration entre Véronique et Olivier Bordaçarre. Espérons que certaines scènes ne relèvent que de l'imagination.

 

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir. Réédition Le Livre de Poche Thriller N°33938. Parution 7 octobre 2015. 240 pages. 6,90€.

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 14:30

Un temps à ne pas mettre un policier dehors !

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien !

Mais que fait donc Bertrand Hilaire Lejeune, dit BHL, comme Bazar de l'Hôtel de Lille, attifé en femme par ce froid boréal qui glace les rues du centre ville de Rouen ?

Depuis quelque temps, de vieilles dames se font choper leur sac à main en pleine rue, et d'après les témoins, les vauriens seraient des jeunes. Aussi le commissaire Chassevent a imaginé BHL patrouillant dans le quartier, habillé dans la tenue adéquate de la chèvre, et prenant ainsi sur le fait le ou les indélicats.

Entre Chassevent et BHL, c'est je t'aime, moi non plus. Et le commissaire a infligé cette enquête à son subordonné comme on filerait une punition à un enfant pas sage.

Mais bientôt une autre affaire va occuper BHL, malgré l'heure indue à laquelle Chassevent lui confie le problème. Il est dix-huit heure, l'heure de regagner ses pénates, et pourtant il doit se rendre à Iscampville, constater le décès d'un Roumain par inhalation de monoxyde de carbone. Pour BHL, malgré la mise en scène, il s'agit d'un meurtre. La soirée pépère qu'il s'était promise est fortement compromise, et pour se réconforter, il s'enfile quelques calvados derrière la cravate. Une façon comme une autre de fêter le premier samedi de l'an neuf.

Toutefois, malgré les réticences de Chassevent, lequel préfère déguster béatement son whisky affalé dans son fauteuil, BHL continue son enquête sur la mort de Tudor Lupu, ne négligeant surtout pas l'aide que peuvent lui apporter Clarisse, agoraphobe se cantonnant dans un travail de recherches bureaucratiques, ou encore Justin son adjoint auquel il remonte souvent les bretelles.

Par Clarisse, BHL apprend que le compte bancaire de Lupu était plus que confortablement approvisionné. Cinq cent mille euros, ce n'est pas une petite somme, même si Lupu fut vingt ans auparavant un joueur de hand-ball renommé et de haut niveau. Et comme dit Clarisse, qui lui rappelle qu'à cette époque, les forçats du ballon touchaient peanuts :

Mais si, souviens-toi, c'était avant que les télés s'emparent du sport et le travestissent en un spectacle pour débiles d'où le bon gros flouze coule à flots.

Donc Lupu était comblé financièrement mais il n'existait aucun signe extérieur de richesses. C'est ainsi que BHL oriente son enquête vers la municipalité qui l'employait à des travaux divers et comme entraîneur de l'équipe locale de hand-ball. Et notamment des conseillers municipaux prospères, qui sont tout ébaubis.

Un autre Roumain est lui aussi retrouvé mort. Mais cette fois le meurtre ne fait aucun doute. Il y aurait-il corrélation entre les deux ? Un commissaire de Paris, vindicatif et arrogant, est dépêché sur place car l'homme n'était que de passage à Rouen, accompagné de prostituées. Du coup Chassevent se hausse du col devant la Fistule, c'est le surnom donné à ce policier imbu de sa personne, et relègue BHL au rôle de petit inspecteur de province ne sachant pas prendre de décisions.

Pourtant BHL, pugnace, tenace, ne veut pas en rester là. Il appréhende un gamin, d'origine portugaise, le prenant sur le fait en train de chouraver un sac à main, fait connaissance de sa mère, une brave dame en manque d'affection, de la chef de bande, une gamine qui se déclare végétarienne et méphistophélique, plus quelques autres personnages hauts en couleur et va se trouver dans des situations plus ou moins plaisantes.

 

Roman ébouriffant, aussi bien dans sa construction, dans son style, dans les scènes parfois épiques qui se glissent dans la narration, dans les petites phrases chocs et dans la description des personnages, Un temps de chien ! fait penser, toutes proportions gardées Pascal Jahouel possédant son propre univers, à un ouvrage qu'auraient écrit en commun Frédéric Dard et San Antonio. Je sais ils ne faisaient qu'un mais leur approche littéraire était très différente.

Dans un mélange de français châtié, à la limite trop fignolé, et d'argot plus ou moins récent, Pascal Jahouel a réussi la gageure d'un roman policier moderne écrit à l'ancienne et dont le style narratif fait parfois passer au second plan l'enquête. Ainsi si vous n'êtes jamais allé dans une jardinerie, ou si vous y aller de temps à autre les yeux fixés uniquement sur l'objet de vos désir, je vous conseille de suivre le parcours décrit par Pascal Jahouel, et vous découvrirez ce magasin avec un œil neuf et circonspect.

Voir également l'avis de Pierre F. Sur BlackNovel1

A découvrir également le précédent roman de Pascal Jahouel :

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien ! Collection Roman policier mais pas que... Editions Lajouanie. Parution le 28 aout 2015. 240 pages. 18,00€.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 16:01

Avec la mort en libre-service...

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria.

L'univers littéraire de Serguei Dounovetz est noir et ne possède aucune rémission. Ou presque. Les protagonistes subissent les aléas de la vie, ou les provoquent, jusqu'à leur extinction, comme une lumière qui aurait été allumée trop longtemps.

Douze nouvelles, pas une de plus pour ne pas tenter le sort, douze nouvelles, sombres, très sombres, avec quelquefois une lueur d'espoir sous forme de dérision, une éclaircie dans un monde voué au noir, comme douze peintures réalisées par Edward Munch.

Douze nouvelles dont le Languedoc et le Roussillon servent de décor, mais également Paris et peut-être Le Havre. Et bien évidemment certaines de ces nouvelles interpellent le lecteur pour des raisons personnels, sentimentales ou autres qu'il saura plaquer à sa convenance.

Ainsi dans P'tit bob nous entrons dans l'univers d'un amateur de rock, le vrai, celui qui déménage. Roberto est sous le charme de P'tit bob depuis que son grand-père Luigi, docker sur le port havrais, lui a donné en héritage Come and see me, un vieux 33 tours de 1978, et qu'il écoute en boucle depuis qu'il est tout petit et même avant. D'ailleurs c'est le seul qu'il possède. Pas grave. Roberto s'identifie à Little Bob, le chanteur de Little Bob Story, devenu Little Bob Blues Bastards.

Dans Walther, mon meilleur ami, Serguei Dounovetz nous entraîne dans le quartier de la porte de Vanves et d'Alésia. Ce quartier dans lequel vécut Georges Brassens, Renaud et quelques autres qui ont marqué leur époque. Tanguy se rend à un rendez-vous Porte de Vanves avec son meilleur ami, un Walther P38, dans la poche. Il a décidé de s'en débarrasser.

La main du diable nous propulse quelques siècles en arrière, chez les Hurons. Une série de meurtres se propagent dans un petit régiment. Un point commun relie ces exécutions et pour le capitaine Mandrin, les morts n'étaient pas exempts de reproches.

Pirate est un chat, ou plutôt était un chat. Et toute sa vie Pirate aura subi les avanies prodiguées avec une certaine jouissance par les humains et le mauvais sort. Seul Dominique, celui qui l'a recueilli quand il était encore un minuscule chaton, a essayé de l'entourer d'affection. Féline aussi, une vieille chatte. Mais quand le mauvais sort s'acharne, il n'y a rien à faire, sauf peut-être croire en un au-delà meilleur.

Le dernier pour la route, c'est Gonzo, le narrateur, le dernier d'une fratrie de cinq. Et une nuit ses frères reviennent lui rendre une petite visite. En rêve, ou en cauchemar. Ils sont tous décédés, d'une façon différente, mais ils sont bien morts, de même que son grand-père. Mais là ce n'est pas pareil que dans la réalité, celle qu'on lui a toujours serinée.

 

Ceci n'est qu'un petit extrait de l'univers de Serguei Dounovetz, un univers qui vous touche, car parmi ces nouvelles, l'une au moins s'approchera du vôtre, vous renverra dans votre enfance avec des désirs enfouis. Peut-être pourriez-vous être ce photographe au bout du rouleau, l'image d'une ancienne petite amie tournant en boucle dans son esprit, et qui va rendre visite à l'un des anciens professeurs qui s'était ingénié à vouloir le casser pour lui apprendre la vie. Ceci est décliné dans Il joue du piano avec les doigts des autres.

Laissez-vous prendre par la main pour visiter cet univers onirique, noir, sublime, poétique, tendre et violent, comme une douceur qui pétille en gouttes de feu dans votre bouche au fur et à mesure qu'elle se dissout.

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria. AAARG ! Editions. Parution 22 octobre 2015. 148 pages. 13,00€.

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 13:11

Ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient sans esprit...

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête.

Déjà que trouver un cadavre dans la Seine n'est guère réjouissant, en harponner un qui ne possède plus sa tête, il y a de quoi perdre la sienne.

L'enquête sur ce meurtre, la découverte de l'identité du cadavre et celui de son coupeur de tête est confiée au brigadier Picot, de la brigade de Nanterre, un sexagénaire averti et pugnace. Bouvreuil, le chirurgien-barbier ami de Picot, procède à l'autopsie.

Cette découverte a été effectuée le 21 février 1791, au petit matin.

Le même jour, le lecteur surprend une conversation entre deux hommes, dont un dénommé Talon, conversation dont l'objet réside en une demande pour le moins farfelue émanant d'un certain Danton. Celui-ci réclame cent mille livres pour le remboursement de sa charge d'avocat.

Le soir même, le sous-lieutenant Victor Dauterive, de la Gendarmerie Nationale, investit une imprimerie assisté d'une quinzaine de gardes nationaux. Il est chargé de procéder à l'arrestation du sieur Marat, le rédacteur belliqueux du journal L'Ami du Peuple, dont les écrits appellent à prendre les armes contre une possible et éventuelle fuite du roi. Mais Marat, comme à son habitude, sentait le vent de la maréchaussée, renommée gendarmerie nationale, venir et justement il n'était pas venu, évitant soigneusement la maréchaussée.

Dauterive est le protégé de Lafayette, il n'a que dix-neuf ans et est sous-lieutenant de la Gendarmerie Nationale. Il vient de Bourgogne, après des démêlés avec son père et espère bien se faire une place dans la capitale. Sa mission est donc d'arrêter Marat qui appelle au meurtre des aristocrates, seulement cette mission est contrariée à cause des questions qu'il pose ici et là. Il attire sur lui l'attention du commissaire Charpier, du quartier du Théâtre Français, et de quelques personnages inquiétants. Mais il va être aidé par des personnages du petit peuple qui vont se révéler habiles auxiliaires dans ses démarches.

Lafayette lui fait remettre par Talon, lieutenant civil qui lui sert de secrétaire, une bourse de deux milles livres, somme destinée à soudoyer quelques personnages. Mais rentrant chez lui, il croise une jeune femme fort avenante, et ne rend pas compte immédiatement qu'elle vient de lui subtiliser sa bourse (celle qui lui a été remise, je précise). Pourtant il aurait dû se méfier, car des locataires de son immeuble se sont plaints de petits vols, de disparitions bizarres et lui ont demandé d'enquêter. Mais il a tant à faire.

Il enquête dans différents clubs et lieux de réunions dans lesquels Danton et consorts haranguent leurs troupes. Au club des Cordeliers par exemple, ou aux Jacobins, et il découvre que tous ces révolutionnaires ne prêchent pas forcément les mêmes idées, et que leurs propos ne s'accordent pas toujours avec leurs actes. De plus il apprend l'existence d'un mystérieux Comité de liquidation des dettes chargé de récupérer et rembourser des créances.

Seulement il découvre que trois créanciers, qui devaient récupérer cent cinquante milles livres chacun, ont disparu. Le lecteur, futé fera immédiatement la liaison avec les trois corps retrouvés dans la Seine. Car deux autres cadavres ont été retrouvés et les enquêtes sont confiées au brigadier Picot.

Dauterive fait la connaissance d'un archiviste du Châtelet, De Gastine, lui-même en relation avec Bouvreuil. Or Picot est assassiné et Bouillon en est fort marri d'avoir perdu son ami. Par De Gastine, Dauterive est amené à faire la connaissance de Bouvreuil, et il retrouve la trace de sa petite voleuse, une nommée Suzanne. Bouillon, De Gastine et Dauterive vont joindre leurs efforts pour découvrir qui a assassiné Picot et leurs ennuis commencent. Le commissaire Charpier, protecteur de Marat, et deux Volontaires de la Bastille sont à leurs trousses, et les trois hommes sont devenus des lapins pour ces trois chasseurs à l'affût de mauvais coups.

 

Avec ce roman, nous découvrons un nouveau et jeune détective de dix-neuf ans qui fait son apprentissage dans la Gendarmerie Nationale, nouvellement crée en remplacement de la Maréchaussée. Le parcours de Dauterive, un nobliau de province qui s'est échappé du carcan familial, et dont on apprend peu à peu les origines, sera semé d'embûches.

Mais s'il s'érige en personnage principal, d'autres protagonistes parcourent le récit. Danton, Marat, Lafayette, et bien d'autres révolutionnaires qui ne s'entendent guère entre eux, à cause de conflits d'intérêts. L'ombre du Comte d'Artois, le frère du roi, flotte sur cette intrigue, tandis que Louis XVI se montre moins falot que ce monarque décrit dans les manuels d'histoire. Et par dessus tous ces personnages réels ou fictifs, s'élève la grâce, le charme, la combattivité, le féminisme d'Olympe de Gouges.

C'est surtout pour Jean-Christophe Portes l'occasion de décrire un pan de la Révolution, alors que le comité travaille sur la rédaction de la Constitution, et de montrer que la plupart des Révolutionnaires œuvrent principalement pour leur chapelle et que souvent ils agissent en paranoïaques.

L'intrigue se situe entre février et fin juin 1791, et on ne peut éviter d'établir une corrélation entre la situation qui existait alors et celle qui prévaut de nos jours.

 

Ces coquins de financiers ont provoqué la Révolution en endettant le Royaume. Maintenant, ils mènent le pays à sa perte ! s'écria Duperrier, scandalisé. Ah ! quelle belle Révolution !!

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête. Une enquête de Victor Dauterive. Editions City. Parution 30 septembre 2015. 400 pages. 19,00€.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 12:16

A ne pas confondre avec Le Mort descend ou Le Sort dément...

Gilles VIDAL : Le sang des morts.

Séance de rattrapage !

Pour tous ceux qui n'auraient pas lu ce roman en version papier lors de sa sortie, une séance de rattrapage est proposée en version Epub et Kindle sur le site de l'éditeur Multivers.

Vernais, paisible station balnéaire, sur laquelle brille implacablement le soleil estival... Mais en grattant bien la couche superficielle, il s'avère que le côté débonnaire n'est que de façade, vanté pour des fins touristiques. Ainsi que fait le cadavre d'un homme dans une piscine hors sol posée sur la pelouse en attendant l'installation d'un véritable aquarium pour humains ? Margot Farges la sirène déçue par un mariage où elle pensait trouver uniquement calme et prospérité est en colère. Elle vient d'apprendre que son mari diffère d'une journée sa rentrée au bercail.

Théoriquement il est en déplacement pour son travail, mais elle sait qu'il en profite pour planter ailleurs son couteau qui lui sert à découper le contrat de mariage. De toute façon elle s'en moque, du moment que sa carte de crédit est approvisionnée, il peut faire ce qu'il veut. Elle lui reproche surtout son manque de franchise. Alors pour calmer sa mauvaise humeur légitime, elle décide de prendre un bain dans le jardin et c'est ainsi qu'elle trouve au pied de l'échelle amovible, une paire de chaussure et des vêtements. Et un corps qui flotte sur le ventre. Suicide ? C'est à Garcia, le médecin légiste d'en décider. Les policiers ont été prévenus par un appel téléphonique anonyme et le lieutenant Stanislas Delorme, Stan pour les intimes dont bientôt fera partie Margot, est sur place lorsqu'elle reprend ses esprits.

Stan est un inspecteur consciencieux, apprécié de son supérieur le commissaire Vignes, et lorsqu'il rentre chez lui, il est accueilli avec une joie exubérante par Lucky, un Westie blanc qu'il a adopté. Il distribue les câlins comme si c'était un gamin. On pourrait penser que tout va bien pour Stan, seulement son père qui vit en dehors de la ville est bloqué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui ne l'empêche pas de se rouler un petit joint de temps à autre, reliquat de sa période hippie. Un défaut qu'il pense ignoré de son fils.

Félicien Faderne est atteint de troubles obsessionnels compulsifs, et il lui faut vérifier à plusieurs reprises si tout est bien rangé, les fenêtres closes et les robinets fermés. Maniaque il néglige toutefois sa vêture. Du moment que sa clé USB soit bien entreposée dans la poche intérieure de son blouson, peu lui importe la façon dont il s'habille. Une clé précieuse, car Félicien travaille toute la journée sur un écran manipulant des chiffres. Et à trente ans il a l'avenir devant lui. Il travaille pour un centre de recherches. Et quelques balles qui sifflent à ses oreilles en sortant ce jour là de chez lui. Une voiture qui vrombit, une voix qui l'interpelle, il n'a pas le temps de réfléchir et le voici à bord d'un véhicule conduit par une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. Devant l'attitude autoritaire d'Anne, c'est ainsi qu'elle se présente, il se demande si elle l'a sauvé des envies meurtrières de personnages vindicatifs, ou si elle l'a enlevé pour des raisons qui restent à déterminer. Il doit jeter son téléphone portable par la fenêtre de la voiture, quant à son ordinateur portable elle ira le récupérer. Du moins elle le promet car il se sent tout nu sans son micro qui est un prolongement de lui-même. Et elle s'entretient régulièrement par téléphone avec un certain Horb.

Walter, qui travaille pour une agence en écrivant des articles pour des catalogues, mais rêve de devenir romancier, est contacté par son jeune frère Stephan, avec lequel il communique rarement. Stéphan lui apprend que leur père a été retrouvé. Il s'était échappé d'un hôpital où il était interné depuis des mois. Quant à leur mère, elle a disparu douze ans auparavant, sans plus jamais donner de nouvelles, et Stéphan a eu beau effectuer des recherches et alerter le commissariat, elle est toujours dans la nature. Quant à Irène, l'ancienne petite amie de Walter, elle refait surface, sans crier gare et il semblerait qu'elle soit totalement paumée.

Un nouveau meurtre est découvert, et le corps pourrait être celui d'un Russe car il possède des tatouages, des inscriptions en cyrillique.

Un homme tout nu brandissant une pioche (peu après ce sera une bêche, comme quoi on ne peut pas se fier aux témoignages) a été arrêté en pleine rue. Il est interné d'office pour démence, mais en pénétrant dans le jardin puis dans la maison, Stan et les policiers qui l'accompagnent sont stupéfaits par ce qu'ils voient. Un véritable dépotoir, pire qu'une décharge, et à l'intérieur, des cadavres. D'autres corps seront retrouvés peu après en déblayant les ordures, mais ils ont en commun d'avoir le visage scarifier, comme si quelqu'un s'était amusé à le remodeler.

 

Ces événements, en apparence disparates et sans rapport entre eux vont bientôt se réunir pour former un tableau à la Jérôme Bosch, des pièces de puzzle qui vont s'emboiter inexorablement.

Tous les protagonistes de ce roman possèdent une coupure, une fêlure, une fissure, une fracture mentale ou physique, et personne n'est épargné par le sort qui s'acharne inéluctablement sur leur intégrité. Même ceux qui ne font qu'une apparition furtive ont droit à un petit portrait, soit de leur aspect vestimentaire, de leur déchéance, de leur passé. Ainsi cette dame qui arbore des tee-shirts avec des phrases en forme de contrepèteries du genre : Pensez le changement au lieu de changer le pansement. Et sous forme de bande-son, des nombreuses références discographiques ponctuent le récit, tout comme celles qui sont littéraires. Anne est aussi appelée Zatte, car Ouarzazate et mourir, titre d'un roman d'Hervé Prudon dans la série du Poulpe.

Certaines scènes, certaines extrapolations dans le déroulement du récit viennent parfois interférer, mais cela apporte un petit piquant tout comme quelques feuilles de persil ou deux trois brins de ciboulettes disposés élégamment donnent une touche de couleur à un plat de crudités sans le dénaturer.

 

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Gilles VIDAL : Le sang des morts. Réédition Epub et Kindle chez Multivers Editions. 3,99€.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 12:25

C'est ce que l'on appelle de la Taureau magie ?

Philippe WARD : Danse avec le taureau.

Le 3 juillet 1912, un jeune étudiant Cubain décède dans les arènes de Bayonne. Il assistait à une corrida et le toréador fut malmené par un taureau qui n'appréciait pas vraiment ce jeu de cape et d'épée. Et l'épée, mal enfoncée dans le cou taurin s'envola et vint se ficher dans le cœur du spectateur.

Cent ans plus tard, le 3 juillet 2012, six personnes cagoulées assistent à une sorte de cérémonie dont la mise en scène est assurée par la Grande Servante. Les membres de cette réunion sont conviés à toucher pour la première fois chacun leur tour selon un rite défini une épée cachée sous une tête de taureau. Cette arme blanche possède son histoire et la Grande Servante ne souhaite pas transformer cette célébration en hommage façon secte ou autre. Cette épée, elle l'a reçue en héritage et elle s'apprête à célébrer les cent ans de la cérémonie des sangs.

 

Alain Larrezabal a ressenti un frisson en tenant l'arme contre lui. Il est directeur d'une revue taurine et la corrida a vampirisé sa vie. Il est tout dévoué au taureau et à la tauromachie. Il aimerait pouvoir posséder cette arme et songe comment pouvoir s'en emparer. Alors qu'il rédige un article sur l'Epée pour sa revue, il est interrompu par la sonnette de son appartement. Il ouvre et reçoit un coup violent en plein visage.

Il est retrouvé le lendemain nu, agenouillé devant un mur sur lequel est accroché une photo montrant un taureau. Une corne de taureau a été fichée dans son anus. Pas au taureau mais au cadavre. D'après le légiste une lame aurait été enfoncée derrière sa tête. De plus trois objets ont été dessinés dans le bas du dos, des tatouages représentants une épée courbe, un croissant de lune et une étoile. Du moins c'est ce que croit reconnaître Vincent, l'un des deux policiers chargés des premières constatations. En compagnie de Stéphane, son coéquipier, il hérite de cette enquête pour le moins inhabituelle.

Dans deux semaines doivent se dérouler les séculaires fêtes de Bayonne, et ce meurtre tombe vraiment mal.

Amaia passe ses vacances chez elle en famille à Itxassou, et elle entend bien en profiter pour voir évoluer les joueurs de cesta punta, jeu qu'elle préfère à la corrida. Elle est policière à Lille, les joies de la décentralisation, et elle possède la particularité d'être la première femme analyste-psychologique de la profession. Outre ses parents qui tiennent une auberge dans le village, elle a retrouvé sa jeune sœur Lucie. Bref des vacances qui se déroulent sous d'heureux auspices mais vont être mouvementées.

Car le commissaire de Bayonne requiert ses compétences pour l'enquête sur le meurtre du journaliste amoureux des taureaux. D'autant qu'un autre meurtre va se produire peu après lors de la féria de Pampelune. Cette fois il s'agit d'un agent de toreros qui subit cette frome de châtiment dans les mêmes conditions. La mise en scène est identique et la liste va s'allonger au grand dam des policiers bayonnais qui pour autant ne le sont pas, bâillonnés.

De plus elle retrouve une ancienne amie, Marie-Christine, qu'elle n'a pas approchée depuis des années, pour des raisons qui lui sont personnelles, et qu'elle fréquente sa sœur Julie l'indispose. Seulement son enquête lui prend beaucoup de temps car outre le directeur de la revue et l'agent de toreros, un surfeur, puis un ancien membre de l'ETA subissent le même sort.

 

Au début, ses nouveaux collègues, Vincent et Stéphane, lui battent froid, mais Amaia leur démontre rapidement qu'elle n'est pas née de la dernière pluie et leur prouve ses compétences en matières de réflexion et d'analyse.

 

Une enquête difficile, pour Amaia et ses collègues, dangereuse également, mais qui engendre chez le lecteur un plaisir ineffable. Il participe aux recherches, et côtoie le monde de la tauromachie dans les coulisses.

Car Philippe Ward évite le piège de la description de scènes spectaculaires et sanglantes avec renfort de banderilleros, de picadors, de matadors, de foule en délire. Son propos est plus subtil. Enquêter dans le domaine des corridas, mais par la bande, et mettre en scène une analyste-psychologique policière, la première de la profession et la seule existant en France chargée d'étudier le profil psychologique du meurtrier, sans s'attarder dans des considérations oiseuses, pédagogiques. Il ne prend pas partie pour les aficionados ou les anti corridas, laissant le lecteur seul juge en son âme et conscience. Mais justement il prend soin de mettre en présence deux personnes proches, deux sœurs, Amaia qui n'aime pas du tout ce genre de sport et Lucie qui au contraire ne manquerait pour rien au monde la Féria de Pampelune et les Fêtes de Bayonne, malgré son jeune âge.

Une approche sympathique d'une tradition de plus en plus battue en brèche par les défenseurs des animaux, ce que l'on peut comprendre. Mais comme beaucoup de manifestations folkloriques qui font la réputation d'une région, attirent les touristes, ceci fait partie d'un héritage difficile à éradiquer. Et si Philippe Ward ne prend partie ni pour les uns, ni pour les autres, c'est tout simplement de la tolérance, chacun voyant midi à sa porte, et il faut tenir compte des décalages horaires.

Pour le lecteur curieux, c'est aussi une invitation au voyage dans le pays basque. Bayonne, bien sûr, Biarritz, Pampelune, située de l'autre côté de la frontière, Cambo-les-Bains, Saint-Jean-Pied-de-Port, Itxassou... Mais pour autant Philippe Ward ne s'attarde pas sur des descriptions géographiques ou touristiques, son propos est ailleurs. Connu pour ses romans fantastiques, Philippe Ward délaisse ce genre pour une approche plus policière, avec une nouvelle enquêtrice que l'on aura plaisir à retrouver.

 

Philippe WARD : Danse avec le taureau. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 168 pages. 10,90€.

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:36

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville

Brice TARVEL : Dépression.

C'est ce que pourrait réciter Sarg, le pêcheur de rats qui vient d'apprendre un peu abruptement son infortune.

Sans prendre de gants, et avec une certaine jouissance dans la voix, la grosse Yaya, la loueuse de bouées, vient de lui apprendre que Jarine, qu'il aime, s'est amusée à batifoler près de l'Etang avec trois Batraks.

Il est de notoriété publique que Jarine vend son corps à qui veut en profiter, mais Sarg a des œillères, alors il noie son chagrin dans l'alcool d'algue et fume du varech.

Il pleut en permanence sur Duracor, ville située sur la mer ou près d'un lac immense. Les habitants, les Emergents, ne savent pas trop. Dans la basse ville, vivent les pauvres, pataugeant dans une boue qui imprègne tout. Les maisons sont de misérables huttes, ou des cabanes montées sur pilotis. Dans la haute ville se sont installés les riches. La pluie y est présente, comme partout, mais ils sont moins incommodés par les boues. Seulement s'ils ont bénéficié d'une certaine forme de protection, cela s'est retourné contre eux, et ils sont quasiment tous atteints de la rouille, cette maladie qui ronge implacablement.

Cette pluie a transformé morphologiquement certains organismes. Près de l'Etang vivent les Batraks, appelés aussi les dégénérés, le corps parsemé de pustules. Et Zam, par exemple, est affublé d'un pied palmé qui lui occasionne une claudication. La surveillance de la cité est assurée par les Squameux, des vigiles à l'affût de tout.

Jarine est amie avec Vavette, une adolescente qui pratique le même métier qu'elle. Seulement la maladie ronge la gamine. Elle a attrapé la rouille, juste une petite plaque qui ne demande qu'à s'élargir sur son bras, et Jarine est inquiète. Elles se rendent chez le docteur Tanagor, lequel pense pouvoir lui proposer une médication de sa composition.

Pendant ce temps, Sarg et Zam, chacun de leur côté, recherchent Jarine. Car Zam est devenu amoureux de celle qu'il a eu le plaisir d'honorer en compagnie de deux Batraks comme lui. Mais Jarine est introuvable, rongée et stimulée par un secret qu'elle garde jalousement.

De leur côté, inlassablement, les Compagnons de l'Arche construisent dans le Grand Marais, un bâtiment susceptible de pouvoir les emmener loin, au delà de l'horizon, vers des terres plus accueillantes. Ils sont guidés par une utopie qui pourrait un jour se transformer en réalité.

 

Un roman pluvieux, suintant d'humidité, dans lequel tout le talent de Brice Tarvel, qui signait lors de la première parution de ce roman François Sarkel, dégouline avec fraîcheur tout au long des pages. Figure de proue, Jarine, qui encore jeune, et peut-être est-ce pour cela, rêve de partir de ce cloaque, éprise de liberté.

On pourrait y voir une parabole, celle d'un pays en décomposition politique, cette pluie incessante se mesurant aux déclarations des hommes politiques qui entretiennent plus la morosité ambiante qu'un véritable espoir de changement, un déluge de décisions catastrophiques. Et Jarine, en désirant acquérir une liberté par la fuite peut se comparer à tous ces jeunes qui aspirent à un avenir meilleur, ensoleillé dans leurs têtes.

Mais est-ce vraiment ce qu'a voulu écrire l'auteur. Je n'en suis pas persuadé. En véritable romancier populaire, il a écrit une histoire dans laquelle les péripéties et les entrelacs entre le parcours des divers protagonistes foisonnent et ne laissent pas de temps aux lecteurs pour s'ennuyer.

Les jeunes auteurs français devraient lire ce roman et en prendre de la graine. Au lieu de puiser à outrance dans le vocabulaire anglo-saxon, il serait plus intelligent de leur part de s'inspirer de Brice Tarvel et de se pencher dans un dictionnaire des synonymes. Le plaisir de retrouver des mots peut-être obsolètes mais au combien jouissif à la lecture comme rubigineux, éburnéen, phosphène, palustre, stertoreuse, spumescente, smaragdin... Mais tout le monde ne peut se prévaloir d'une telle classe.

Un roman que Jean Ray ne pourrait renier.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Brice TARVEL : Dépression. Editions Lune écarlate. Parution 27 septembre 2015. 198 pages. 16,99€.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 13:13

C'est pas pire que si c'était moins bien...

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ?

Ils étaient faits pour se rencontrer. L'un se nomme Simon Marechall, sexagénaire sur la pente descente, portant beau physiquement mais malade, songeant à prendre sa retraite de dératisateur en tout genre. L'autre est Bernard Ferrand, vingt-deux ans, un peu benêt, qui vient de se couper deux bouts de doigts de la main gauche. Heureusement il est droitier, ce qui ne l'handicape pas trop. Il travaille et vit à Bron mais il est revenu chez sa mère à cause de son accident du travail.

Donc Marechall et Ferrand se rencontrent lors d'un mariage, auquel ils ne participent pas, juste en spectateurs, à Vals-les-bains.

Marechall s'est arrêté dans la station thermale un peu par hasard, parce qu'à la radio une valse de Strauss sortait des écouteurs alors qu'il arrivait aux abords de la ville. Une coïncidence. Et comme il n'avait rien de spécial à faire entre deux missions, il a trouvé à loger dans un hôtel.

Ferrand habite chez sa mère Anaïs. Des vacances inopinées qu'il entend bien passer le plus souvent en dehors de chez lui. Anaïs n'a pas eu de chance dans sa vie, et toutes ses entreprises pour tenir un petit commerce ont toutes débouché sur un ratage. Alors elle se console avec sa bouteille de rhum et son lampadaire figurant une Noire grandeur nature.

Marechall et Ferrand étaient donc nés, à quelques décennies de différence, pour se rencontrer et Marechall, qui vraiment ne se sent pas très bien et dont l'estomac joue au yoyo, embauche Ferrand comme chauffeur. Un dérivatif à ne pas négliger pense le jeune homme qui accepte immédiatement. Même si sa mère va penser qu'il la néglige. De toute façon ce ne sera pas pire que lorsqu'il travaille loin de chez elle.

En voiture vers l'aventure qui les attend sur la berme d'une route qui les mène vers le Sud. Une femme, qui porte une gamine, se fait tabasser par son compagnon, et Marechall va les départager. L'homme bascule dans le fossé et la jeune femme est recueillie avec sa petiote. Seulement il faut du lait et des couches et dans l'habitacle ça commence à sentir mauvais. Fiona n'a pas d'argent alors Marechall bougon la dépanne. Mais il aimerait bien déposer ses deux passagères encombrantes quelque part mais il n'y parvient pas. Ferrand s'est attaché à Fiona la mère et à sa gamine Violette.

Alors ils s'installent dans un camping, louant deux mobil-home afin de ne pas être dérangés par les cris du bébé lorsqu'il a faim ou pousse des cris uniquement pour le plaisir. Seulement le travail n'attend pas et Marechall sacrifie à quelques petits contrats de dératisation. Or l'un des commanditaires pense pouvoir le gruger et ça, Marechall n'aime pas, mais alors pas du tout.

 

Si le roman débute par la fin, livrant l'épilogue d'une histoire, c'est bien ce qu'il s'est passé avant qui importe et la description des protagonistes.

La rencontre de Marechall et Ferrand, cette forme de complicité qui va unir le vieux monsieur malade qui ne pense qu'à ranger son outil de travail, et Ferrand, un peu désœuvré et conciliant. Et leurs pérégrinations en compagnie de Fiona et Violette, attachées à eux comme une bernique sur son rocher. Un parcours qui comporte quelques scènes fortes et des moments de tendresse.

La tendresse est le thème récurrent des romans de Pascal Garnier, une tendresse bourrue, empreinte de dérision.

Des personnages de tous les jours, ou presque, gravitent dans des romans qui oscillent entre humour cynique et noirceur. Ainsi Anaïs, qui toute sa vie a tenté de s'en sortir, ouvrant et fermant presqu'aussitôt ses boutiques, n'ayant pas fait le bon choix et surtout parce que les centre-ville n'attirent plus les touristes, les curistes et que les usines ont fermé. Alors elle s'est réfugiée dans l'alcool, se forgeant son univers particulier :

On ne peut pas tout faire, boire ou manger, il faut choisir.

Dans le camping où Marechall et ses compagnons de virée, choisis ou imposés, ils font la connaissance d'une dame qui porte allègrement ses cinquante ans.

La dame à la table voisine avait tout d'une petite brioche, le cheveu frisotté, comme si elle s'était coiffé d'une casserole de coquillettes. Elle faisait penser aux bonnes fées des dessins animés.

Les curistes qui déambulent Vals-les-Bains ont entre soixante et cent ans, et cela fout le vertige à Marechall qui est aussi âgé qu'eux. Peu de jeunesse dans les rues et c'est comme un village hanté par des fantômes qui se présente à lui. Il existe comme une obsession de la vieillesse, plutôt que de la mort. Comme le déclare Marechall:

La mort n'est pas un problème, mais l'éternité, c'est autre chose.

En peu de mots Pascal Garnier décrit ses personnages, empruntant aux métaphores avec une jouissance jubilatoire. Une marque de fabrique qui font le charme de ses romans et qui permettent de le différencier de Simenon auquel il est souvent comparé.

 

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ? Editions Zulma. Collection Zulma Poche N°24. Réédition 1er octobre 2015. 192 pages. 8,95€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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