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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 16:52

Voyage chez les monstres !

 

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Collioure Trap.

collioure.jpgEn compagnie de quelques amis, Francis Darnet (alias transparent de François Darnaudet) joue régulièrement à un jeu de rôle, Donjons et Dragons, dans son appartement. Tout ce petit monde se prête avec conviction au jeu, perdant allègrement des vies, se battant contre des Jonglômes venimeux, des guerriers à têtes de loups, des morts-vivants, des rescapés d’un naufrage sur la plage de Collioure, ou plutôt Cotlliure en catalan. Peu à peu, un autre jeu s'immisce, celui de L'appel de Cthulhu, inspiré de la créature imaginée par Lovecraft.

Mais parfois la fiction empiète sur la réalité et le monde virtuel s’impose, devenant dangereux pour ses adeptes réunis dans un banal immeuble parisien. Une habile mise en abîme pour un roman qui n'a pas perdu de sa force.

Collioure Trap, a paru au Fleuve Noir dans la collection Gore en 1989 sous le numéro 103. L’intrigue est savamment agencée en véritable trompe l’œil. Virtuel et réel se fondent en une combinaison enchevêtrée de fureur et de calme, les temps de repos n’étant attribués au lecteur, et aux joueurs, que pour mieux embraser l’action échevelée.

 

Dans Andernos Trap, qui portait le numéro 115 de la collection Gore,andernos.jpg non plus au Fleuve Noir mais chez Vaugirard, en 1990, la symbolique est différente et non plus ludique. Implicitement et sous-couvert de zombies, François Darnaudet dénonce la défiguration, par des promoteurs immobiliers voraces, de la station balnéaire.

Lorsqu'on est au volant d'un véhicule, la moindre des choses est de s'occuper de sa conduite et ne pas laisser sa main droite batifoler sous la jupe de sa passagère. Benoît aurait du respecter ce principe, l'accident ne lui serait pas arrivé. Il percute une gamine en vélo mais lorsqu'elle se relève, apparemment indemne, il s'aperçoit que la joue sur laquelle elle est tombée est incrustée de gravillons. Pis, cette joue est déjà ravagée. Des policiers font irruption, comme s'ils attendaient l'incident, mais eux aussi ne sont pas nets. Benoît se rend bientôt compte que sa compagne et lui sont face à des morts-vivants, des zombies.

Les frères Phil et Julien Darnet ont prévu de se rejoindre à Andernos pour tirer quelques balles dans le jardin où est installé une base de ball-trap. Eux aussi vont bientôt devoir affronter des zombies. Kossok, l'un des rares survivants d'Andernos s'est retranché dans son bunker, tandis que Christopher Thevalley, le pharmacien de la petite cité qui a effectué des études de médecine indienne, chinoise et vaudou, dirige sa petite troupe de morts-vivants. Des entités vert fluorescent, des anciens résidents, qui ont colonisé la station balnéaire.

Ces deux textes sont suivis d'une nouvelle en trois chapitres Trappes Trap, qui met en scène des collectionneurs. Mais pas n'importe lesquels, ceux qui dans les années quatre-vingt achetaient, s'échangeaient des cartes téléphoniques à tirage limité. Une nouvelle en forme de boomerang, et là il n'est nullement question de zombies ou de monstres. A moins que les monstres soient les êtres humains eux-mêmes.

 

Depuis longtemps introuvables, ces deux romans méritaient une réédition et tous les amateurs de romans fantastiques, d'horreur, seront comblés. Et pour mieux comprendre ce phénomène, la postface de David Didelot, qui aurait pu être mise en introduction, est une lecture indispensable et intéressante revenant sur ces années 80 où le gore déferlait en France, en littérature et au cinéma. Les auteurs Américains comme Jack Ketchum, John Russo, Ray Garton, Shaun Hutson, Gary Brandner furent édités dans la collection Gore du Fleuve Noir, dans des versions parfois amputées, mais les Français, Darnaudet, Nécrorian (Jean Mazarin/Emmanuel Erre), G. J. Arnaud, Michel Honaker et bien d'autres se révélèrent à leur hauteur, même si parfois on peut relever quelques petites imperfections dont les auteurs, Darnaudet le premier, l'avouent volontiers. Mais dans le cas de François Darnaudet, il faisait ses premiers pas en littérature, et a dû effectuer quelques coupes dans ses textes initiaux afin de répondre à la pagination exigée.

Evidemment cette collection rebuta quelques lecteurs, mais les autres dévorèrent ces romans avec un plaisir jouissif, se replongeant avec délectation dans leurs lectures juvéniles dans des versions non édulcorées. Cendrillon, par exemple, dont de nombreuses versions issues de contes oraux furent adaptées par Charles Perrault et les frères Grimm. Dans des versions complètes les deux demies-sœurs de Cendrillon se rognent les talons et se coupent le gros orteil afin de pouvoir enfiler le soulier de vair. Etonnant, non !


François DARNAUDET & Catherine RABIER : Zombies gore. Collection Noire N° 57. Editions Rivière Blanche. 240 pages. 17,00€.

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 16:58

L'information dépend de l'intégrité morale du journaliste !

 

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Pour la première fois depuis sa création officielle en 1917, le prix Pulitzer va être remis à deux journalistes étrangers. Un événement digne de son centenaire. En effet en ce début de mois d'avril 2017, Pierre Moince, grand reporter à Liberté Soir et son confrère et ami Julian Strummer du Bristol Morning News, vont se voir décerner ce prestigieux prix, un hommage qui récompense un reportage divulgué en juin 2016 et qui secoua la planète entière. Moince est déjà arrivé à l'hôtel qui lui est alloué et il attend la venue de Julian Strummer. Il lui téléphone, sachant que même s'il est minuit à Bristol, son ami répondra, étant encore dans les locaux du journal.

Julian Strummer est abattu car sa liaison avec Ashlee, la secrétaire de rédaction, bat plus que de l'aile. Remontent les souvenirs de leur rencontre, puis de leur premier baiser, de leur première liaison charnelle. Ashlee est mariée, mère de famille, et il leur fallait jouer avec leur emploi du temps pour satisfaire leur libido. Leur liaison a connu des hauts et des bas, mais il semble bien qu'Ashlee a décidé de rompre définitivement. Pourtant ils s'aiment.

C'est comme ça, à cause et grâce à une femme que l'aventure commence. Julian Strummer part en 2015 en Equateur effectuer une série de reportages pour le supplément du quotidien, et dans un village il remarque dans un bar un homme qui boit seul, et marmonne. Strummer parvient à distinguer des mots, qui n'ont apparemment aucun sens mais prononcés en anglais. la fibre journalistique est chevillée au corps et à l'esprit de Strummer, et il sent que cet homme, prénommé Juan, possède un lourd passé. D'autant qu'en sortant du bar Juan expectore des trucs noirâtres. Strummer parvient au bout de quelques jours à s'attirer les bonnes grâces de Juan qui explique en partie pourquoi il est ainsi malade des bronches. Strummer recueille des bribes de confidences de Juan et en échange il lui promet de l'emmener consulter un toubib.

Juan, qui se nomme en réalité John Woodcock, est un ancien membre des Forces Spéciales britanniques. Après une adolescence mouvementée, connu des petits boulots, il s'est engagé dans les paras à vingt-trois ans. Après six ans de paras, il postule en 2007 pour entrer dans le Special Forces Support Group, une unité d'élite nouvellement créée. Bien noté, pour une fois, il intègre le SFSG et effectue quelques mission en Irak. Ces confidences s'arrêtent là, et il ne veut pas s'expliquer sur cette phrase prononcée le soir où Julian l'a vu pour la première fois : Ces négros qui sont morts pour rien. A l'hôpital de Quito, John est reçu par le docteur Joselita Cobos qui procède à de nombreux examens. Le résultat n'est guère encourageant : ses poumons recèlent des traces de trichlorophénoxyacétique (retenez ce nom, ça peut servir au Scrabble !), un produit chimique utilisé comme herbicide, déjà employé dans la composition du fameux agent Orange. Ce n'est pas tout car des traces de cobalt 60, radionucléide qui compose la plupart des déchets radioactifs sont également décelés.

John, abattu, livre alors ses confidences en entier que Strummer enregistre. En 2011 il a été accusé, en compagnie d'autres membres de cette Force Spéciale, de tortures sur des prisonniers afghans. Les autorités militaires ont étouffé l'affaire et début 2012, proposition lui a été faite de se racheter et d'effacer son dossier militaire. C'est ainsi qu'un billet d'avion lui a été fourni pour Maidiguri au Nigéria avec un faux passeport, puis réceptionné par un certain capitaine Hawkins. Avec huit autres militaires comme lui envoyés en mission spéciale, ils ont embarqué à bord de 4X4 neufs et déposés à Diffa, au Tchad, sous la houlette de Hawkins et d'un capitaine français nommé Chauveau. Leur but était de liquider un groupe d'Al Qaïda, femmes et enfants y compris, et afin de ne pas laisser de traces, de les gazer avec un produit ultra-puissant. C'est ainsi qu'ils se sont retrouvés sur place, tout de noir vêtus, et ont procédé à cette mission. Lors de la vérification, une femme a arraché le masque de John et il a ingéré une bouffée de ce gaz. D'autres militaires sont arrivés et ont abattu le commando, sous les yeux de Hawkins et Chauveau. John qui s'était caché a survécu; et il a déserté. Après de longues pérégrinations il est arrivé dans un petit bourg en Equateur où il s'est recyclé en éleveur de chèvres.

Pour Strummer, c'est une véritable bombe que vient de lui confier John. Aussitôt il avertit son ami français Pierre Moince et tous deux vont enquêter, aussi bien en France qu'en Grande-Bretagne sur les tenants et aboutissants de cette affaire terrible, chacun de son côté, confrontant leurs notes, leurs résultats.

 

Trois niveaux de lecture sont proposés par ce roman qui aborde plusieurs sujets sensibles tout en gardant une ligne de conduite rectiligne, celle d'un reportage comme savent le faire certains journalistes.

Outre l'hypocrisie de la Grande Muette (aussi bien française que britannique mais qui est une règle dans tous les pays) qui se traduit par l'ordre donné de faire parler les prisonniers par tous les moyens que l'on jugerait appropriés, une injonction qui ne dit pas le mot torture mais le sous-entend tout en laissant les hauts-gradés se laver les mains en se défaussant sur des guerriers qui ont mal interprété leurs directives, l'auteur pointe du doigt quelques dérives.

Le premier niveau de lecture est cette collusion Franco-britannique lors des différentes étapes de la colonisation de l'Afrique Noire, en se partageant les territoires, les découpant à leur bonne volonté, faisant fi des différentes ethnies, brassant les populations, et l'on se rend compte de nos jours des dégâts que cela occasionne encore. Dans ce roman il s'agit de nomades Peuls. Nous, les Peuls, sommes de nationalités différentes, parce qu'il faut bien avoir des papiers. Mais en fait, nous ne sommes rien pour personne. Les papiers n'existent que pour mieux nous contrôler. Mais si on veut faire valoir des droits, tout le monde se rejette et se renvoie la balle.

Le deuxième réside dans cette collusion entre services militaires et laboratoires phytosanitaires. Avec à la clé la finance qui est la maîtresse du monde. Et Bruno Jacquin nous délivre un passage savoureux qui se déroule au Lichtenstein, qui n'est plus considéré théoriquement comme un paradis fiscal, mais continue de servir de boîtes aux lettres pour des sociétés écrans en détournant habilement la convention. Mais il s'agit également de dénoncer l'ultralibéralisme britannique qui oblige, par exemple, une femme de soixante et onze ans de travailler encore, parce que sa retraite est trop mince pour vivre dignement et qu'elle n'a pas les moyens de se soigner.

Enfin troisième niveau ou volet, le rôle d'un journaliste intègre, non assujetti ou inféodé à un pouvoir politique, à une ligne directrice d'un quotidien. Or la plupart du temps, lorsqu'un ténor politique s'exprime, le lendemain, l'on sait d'avance quels seront les analyses ou avis des journalistes selon la position politique du journal dans lequel ils travaillent. Pour les uns, ce sera une excellente déclaration, pour les autres un écran de fumée supplémentaire. Les uns seront élogieux, les autres vindicatifs.

Et pour enrober le tout, une histoire d'amour ambigüe et contrariée. Cherchez la femme, phrase attribué à Alexandre Dumas dans son roman Les Mohicans de Paris, était un leitmotiv des romans policiers de l'âge d'or. Ici point besoin de la chercher, puisqu'elle est omniprésente et le déclencheur de cette intrigue qui damne le pion à bien des romans noirs américains. Point n'est besoin d'aller chercher Outre-Atlantique des ouvrages sérieux et parfois ils se nichent chez des petits éditeurs (formulation qui n'est pas péjorative de ma part mais désigne des éditeurs qui ne possèdent guère de moyens), quoi que puissent en penser les chroniqueurs qui déclarent ne lire que du roman noir, et peu de production française.


A lire également l'avis de Claude Le Nocher sur Action-Suspense.


Bruno JACQUIN : Le jardin des Puissants. Collection Sang d'encre. Editions Les 2 encres. 264 pages. 19,00€.

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 15:59

Pour faire le portrait d'un drôle d'oiseau


Peindre d'abord une couverture
avec un immeuble et des hommes en noir
et prendre un pinceau
ou un couteau
vous étalez des couleurs
noires, bleues, jaunes
sur une palette
et vous commencez
le portrait d'un auteur
vous laissez aller
votre imagination
vous demandez
à un ami d'écrire
un texte noir ou humoristique
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
placer ensuite la toile contre un panneau
dans un studio
dans un salon littéraire
ou dans un endroit calme
se cacher derrière
sans rien dire
sans bouger...
 

Alors vous arrachez tout doucement
une ligne, une phrase
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

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Ce texte, librement inspiré du poème de Jacques Prévert, Pour faire le portrait d'un oiseau, colle parfaitement à ce nouvel ouvrage de Roland Sadaune. Artiste-peintre, il capte une attitude, un regard, un sourire, une expression et surgit devant nos yeux ébaubis le portrait en buste d'un romancier qui a su noircir des pages pour éclairer nos nuits blanches.

Roland Sadaune n'est pas un égoïste, il partage, et il a demandé à une poignée d'amis de participer avec lui à l'aventure de cet ouvrage en écrivant un texte pouvant mettre en valeur les portraits qu'il a déjà réalisés. C'est ainsi que Stéphanie Delestré (éditrice et auteur), Jeanne Desaubry (auteure et directrice de collection), Pierre Faverolle (blogueur), Gilles Guillon (éditeur), Pascal Kneuss (blogueur), Claude Le Nocher (blogueur), Francis Mizio (Auteur), Sylvie S. (artiste et lectrice), Jean-Louis Touchant (auteur et ancien président de l'association 813), Julien Védrenne (webmestre) et votre serviteur, ont apporté quelques touches encyclopédiques, humoristiques, biographiques, graves, sérieuses, intimes, selon leur humeur, leur sensibilité, leurs connaissances des écrivains auxquels ils se sont attachés à dépeindre un trait de sa personnalité. Lister tous ces romanciers serait fastidieux, ne délivrer quel quelques noms serait réducteur. De plus qui placer en avant sans léser les autres ? Et le plaisir de la découverte n'en sera que plus jouissive.

Trente-sept romanciers doublement portraiturés, par l'image et par l'écrit, un double hommage à des écrivains, pas vains, qui savent ce qu'est la vie, car comme les peintres, ces artistes maudits, ils ont connu et connaissent encore parfois la galère pour vivoter du métier qu'ils ont choisi. Ecrivain est un métier, quoiqu'on puisse penser, exigeant, peu rémunérateur, sauf pour certains, mais oh combien exaltant. Contrairement à tous ces auteurs qui ne sont pas paresseux de imagination à telle enseigne qu'ils vous racontent comment se porte leur nombril. Certains, à la verve bouillonnante, n'hésitent pas à glisser du nombrils à l'étage inférieur (Claude Mesplède dans sa préface) nos auteurs s'obligent à triturer leurs méninges afin de passionner leurs lecteurs dans des histoires débridées, des enquêtes passionnantes.

sadauneMais revenons à l'objet de cet article, ce beau livre de Roland Sadaune. Car il est beau, magnifique même pourrais-je écrire si je voulais employer un superlatif, avec ses pages glacées, sa couverture cartonnée, ses reproductions couleurs. Et sous cet emballage engageant, se nichent quelques trésors. Par exemple une mini-BD, et des nouvelles, noires bien sûr, car c'est dans son tempérament à Roland Sadaune, un côté sombre qu'il entretient savamment, une marque de fabrique. Et d'autres ajouts indispensables pour mieux connaitre ce maître de cérémonie.

Un ouvrage qui tombe à pic pour Noël, même pour ceux qui font l'impasse sur cette fête synonyme de gabegie. Car à l'achat, votre portefeuilles ne ressentira pratiquement pas les effets d'une dépense onéreuse et vous vous ferez plaisir, car on n'est jamais mieux servi que par soi-même.


De Roland Sadaune lire également :  Dernière séance.

 

 

Roland SADAUNE : Facteurs d'ombres. Collection Portraits Polar. Val d'Oise éditions. 166 pages. 20,00€.

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 10:16

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En ce début de nuit de mars 1942, la voiture conduite par Frère Jean, le précepteur de James et d'Anne, avance péniblement sur les chemins étroits des Côtes du Nord afin de rejoindre l'Île Verte, dite aussi Enez Disrann ou encore l'île des Disparitions. Dehors le brouillard est épais, ce qui n'arrange pas Frère Jean et les ornières nombreuses font cahoter le véhicule. Soudain une ombre géante se dresse devant le capot. Les passagers ont cru voir un homme aux ailes déployées. Effectivement, Frère Jean récupère un corps sur la route et il l'engouffre à l'arrière de l'auto, près d'Anne, puis le recouvre de sacs et de couvertures. Ils repartent cahin-caha, et un grand oiseau blanc sort de la brume et s'envole derrière eux.

Le voyage n'est pas terminé car avant de pouvoir débarquer sur l'Île Verte il leur faut franchir de nombreux obstacles. Ils sont arrêtés aux barrages dressés par l'occupant, des soldats allemands suspicieux. Sur le port ils sont à nouveau soumis aux mêmes tracas. Vérification des papiers, et des bagages. Entre temps Frère Jean a glissé le corps dans la malle placée dans le coffre, jetant les affaires inutiles dans un fossé ou sur Anne. Heureusement sur le port ils trouvent de l'aide en la personne du docteur Goulaouenn qui connait quelques représentants de la soldatesque teutonne. Ce qui d'ailleurs perturbe la jeune Anne qui traduit aussitôt ces familiarités par le mot collaboration.

Car il faut pouvoir transporter la malle sur le navire qui effectue la liaison avec l'île Verte et elle est trop lourde pour être soulevée par une seule personne. Anne tombe évanouie fort à propos, et comme James, handicapé par une poliomyélite juvénile, traîne la jambe et se déplace difficilement avec ses béquilles, deux soldats montent à bord l'encombrant objet après avoir essayé de l'ouvrir. En vain. Heureusement car l'adolescent qui se trouve à l'intérieur et qui sera nommé Mattéo puisque démuni de papiers, est un gitan et donc en péril.

brehat.jpgArrivés au manoir de Tréharec, Frère Jean et les jeunes gens sont accueillis par la grand-mère, qui préfère James à Anne, laquelle se sent délaissée. Anne écrit de nombreuses lettres à son amie Claire restée à Paris, mais elle ne reçoit aucune réponse à ses missives. Au début elle pratique une certaine réserve à l'encontre de Marwen, la fille du docteur Goulaouenn mais peu à peu les deux adolescentes sympathisent puis ressentent une profonde amitié l'une pour l'autre. Des événements les rapprochent, par exemple des disparitions d'enfants qui sont signalées, souvent des gamins étant simplet d'esprit. Autre point que n'apprécie pas Anne, c'est le fait que des soldats allemands, des SS soient cantonnés dans l'ancien fort situé au nord de l'ile et ce avec la bénédiction de sa grand-mère. Des orages accompagnés d'éclairs éclatent souvent, localement, comme si cela se référait à une légende, à des superstitions locales. D'autres personnages vont bientôt graviter dans l'entourage d'Anne et de Marwen, dont Tal, présenté comme un druide, et Sally, l'Anglaise qui leur donne des cours. Mattéo disparait lui aussi au grand dam des deux adolescentes.

 

Soixante-dix ans plus tard, en août 2012 au manoir de Tréharec, Arnaud s'ennuie. Il a quinze ans et n'est pas à l'aise parmi toutes les femmes et leur marmaille qui résident dans la grande demeure à l'instigation de sa mère, un peu fofolle, qui se fait appeler Poppy et qu'en secret il a surnommé la Gitane. Il s'est réfugié dans le grenier et il lit avidement un vieux cahier, sorte de journal intime écrit quelques décennies auparavant et découvert par hasard. Il se promène également dans les environs et au cours d'une de ses balades sur les bords de mer, il met le pied sur un objet enfoui dans la tangue. Une espèce de toupie en bois mais lorsqu'il met le doigt sur la pointe, il ressent une décharge électrique. Puis il aperçoit dans la brume une petite fille, comme une sorte de fantôme, ainsi qu'un grand cerf blanc.

Un jeune Allemand, prénommé Siegfried s'installe dans un prébrehat2.jpg sous une tente et les deux garçons sympathisent. Sieg possède un secret qu'il dévoile peu à peu à Arnaud. Son grand-oncle procéderait à des expériences dans les ruines du fort, qui doit être vendu ainsi que les terrains l'entoure doivent être vendus, ce qui chagrine profondément Arnaud. Les deux garçons décident d'effectuer des recherches, et grâce à Pamela, la secrétaire de mairie qui fait aussi office de bibliothécaire, ils peuvent consulter de vieux documents dont des lettres échangées au début du siècle dernier entre un arrière grand-oncle de Sieg et un savant du nom de Telsa. Des rumeurs courent sur des travaux effectués dans le fort, dont des expériences liées à l'extraction de gaz de schiste. Des orages soudains et violents se déclenchent localement, surtout près de la forêt. Tout en dévorant le cahier de Marwen et des lettres rédigées par Anne et destinées à son amie Claire, Arnaud et Sieg continuent leur enquête mais ils vont bientôt se trouver en butte à des événements qui dépassent leur entendement. Des rêves, des maux de tête, des évanouissements inopinés assaillent les deux adolescents dans des circonstances mal définies, pour eux. La découverte d'une étoile à six branches, un double triskell, leur permettra de se dépêtrer des nombreuses embûches qui les attendent. Mais cela ne suffit pas pour annihiler les dangers qui se dressent devant eux.

 

triskell.jpgL'histoire se répète, se chevauche, à soixante-dix ans d'écart. Mais l'auteure, plus perverse que moi, à habilement mêlé comme un gigantesque mille-feuilles, les événements, passant allègrement de 1942 à 2012, chapitre par chapitre, et on se rend compte à la fin que ce huis-clos insulaire possède une convergence même si tout en apparence devrait dissocier cette double intrigue. Les leçons du passé n'avaient servi à rien pour empêcher l'histoire la plus sombre de se répéter. Or même si ce n'est qu'un roman, on ne peut que constater, en dehors de cette intrigue, que certains événement décriés à vive voix aujourd'hui par des démagogues n'ont pas été assimilés et pris en compte. L'histoire des Juifs déportés, des Gitans et des homosexuels traqués, pourchassés, enfermés, mis à mort par les SS, toutes exactions qui attisent la colère d'Anne, perdure encore aujourd'hui, même si certains politiques, certains médias, affirment la bouche en cœur que ce n'est pas la même chose.

Tous les ingrédients sont réunis pour satisfaire le lecteur exigeant,triskell2.jpg pour peu qu'il apprécie le fantastique, l'aventure, l'approche historique, l'amitié adolescente, les savants fous ou plutôt utopistes puisqu'ils travaillent à un engin qui devrait être bénéfique mais se trouve détourné de sa fonction première, l'onirisme, le frisson, les maléfices, les lettres retrouvées, les secrets enfuis, les talismans, les promenades nocturnes, les apparitions fantomatiques, un vieux fort et ses souterrains labyrinthiques et bien d'autres éléments.

J'ai eu l'impression à certains moments, je vous rassure, c'était fugitif car l'auteure n'a pas besoin d'emprunter à ses confrères, même s'ils ne sont plus de ce monde, une ambiance et une atmosphère, j'ai donc eu l'impression de m'immerger dans un romans de C.S. Lewis, façon Narnia et plus principalement Prince Caspian, mais dans la version édulcorée lue il ya soixante ans environ dans la collection Idéal-Bibliothèque, ce qui je l'avoue ne nous rajeunit pas.

Quant à l'Île Verte, ce pourrait être une transposition de l'île de Bréhat.


 A lire également le premier volet des Maîtres de l'orage   : La marque de l'orage. 


Véronique DAVID-MARTIN : Le vertige du rhombus (Les Maîtres de l'orage 2). Editions Pascal Galodé. Parution le10 mai 2013. 534 pages. 24,90€.

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 08:24

Certaines personnes possèdent un patronyme prédestiné en adéquation avec leur existence.

 

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Ainsi Matt, qui se nomme Lecoeur, aime les femmes, toutes les femmes depuis son adolescence, mais principalement les belles et fines. Mais ce n'est pas tout, car tout jeune, alors qu'il n'avait que six ans, un médecin lui a découvert une malformation cardiaque.

En 1998, alors qu'il a environ vingt-cinq ans, Matt est réveillé par un bruit incongru. Du verre brisé. Mais ce ne sont pas les bouteilles qu'il a éclusées la veille au soir, des libations chez des copains, non, ce sont sûrement les fenêtres qui viennent d'exploser sous la chaleur. La maison de sa mère est en feu. Heureusement elle est à l'hôpital depuis deux jours. Le temps de reprendre ses esprits, et son katana, et il enjambe le rebord de la fenêtre de sa chambre. Deux étages avant d'arriver au sol. Pas le temps de s'occuper de son piano, auquel pourtant il tient tant, et de sa veste. Dans ce cas c'est plutôt à son portefeuille que vont ses pensées, car il contient une belle somme d'argent récoltée en revendant des produits illicites. Les pompiers sont en bas, et sa sœur Delphine, qui habite à deux ou trois rues de là, arrive et se propose avec réticence de l'héberger. Un peu à contrecœur, car dix ans les séparent et ils ne se sont jamais vraiment bien entendus. Avec sa mère non plus, mais ce n'est pas de sa faute. Comme si elle l'ignorait. Mais il n'en connaîtra la cause et les raisons que plus tard.

Il n'avait que quinze ans, en 1989, lorsqu'il a bu son premier kir, chez les Masson. Anne, leur fille pas farouche, l'a aguiché et il s'est permis au dehors dans la nuit quelques privautés qu'elle n'a pas refusées. Le lendemain lors d'un rendez-vous, il la mordille dans le cou et cela lui procure une jouissance inconnue et étrange.

En 2002, Matt est marié, presque. Il vit avec Elisa et ils travaillent dans la même boite. C'est elle qui l'a embauché au service informatique. Fini les petits vols à l'étalage et autres délits avec les fils Masson ou les fils Bonnard. Il travaille régulièrement et ce pourrait être pire. Sauf qu'ils sont tous deux jaloux. Il s'inquiète lorsqu'elle s'enferme dans la chambre pour répondre au téléphone. Quant à Elisa elle n'apprécie pas qu'il aille manger avec Emilie, une collègue qui n'a pas sa langue dans sa poche. Emilie lui narre ses soirées avec ses différents amants, décrit ses positions sexuelles, et l'affuble de petits mots doux qui parfois l'importune. Mais ce qu'il en sait pas, c'est qu'elle est devenue son ombre, surveillant ses faits et gestes le soir lorsqu'il sort. Car Matt qui s'est aménagé une pièce dans le grenier sort souvent le soir.

Matt rencontre des femmes, mais il s'évanouit souvent et lorsqu'il sort de cette léthargie, il ne se souvient plus de rien. De ce qu'il s'est passé avant de sombrer dans l'inconscience.

Depuis quelques années, un fois l'an environ, des jeunes femmes sont retrouvées, à moitié nues, avec des traces sur le cou comme si quelqu'un s'était amusé à les mordre. Et surtout elles sont mortes, un pieu fiché dans le cœur. Les journaux relatent ces affaires et peu à peu les relient, et le scripteur des articles se demande si un vampire ne sévirait pas dans la région dijonnaise.

 

Surtout ne croyez pas que j'ai défloré le sujet et livré l'épilogue, loin de là.

Le lecteur suit le parcours de ce jeune homme en effectuant de nombreux allers et retours dans le passé. Le temps passe, mais s'intercalent des événements s'étant déroulés quelques années auparavant, et à chaque fois le narrateur change, s'exprimant à la première personne et dont on ne connait le nom qu'au bout de quelques paragraphes. Ce qui oblige le lecteur à s'imprégner de l'histoire avec attention. Car parfois, c'est un peu confus, ce qui ajouterait un peu de charme à cette histoire, si le roman n'était pas aussi long. Le lecteur est avide d'arriver à la conclusion, et élagué d'au moins une centaine de pages, sinon plus, ce roman eut été encore passionnant. Le délayage nuit à la vivacité. Mais il est vrai qu'un romancier débutant a parfois tendance à trop vouloir en faire, s'attardant sur des détails. Et puis cela n'engage que moi, car étant bibliophage, j'aime passer rapidement d'un roman à un autre.

Je pense qu'il vaut mieux lire une version numérique que la version papier, comme celle que je possède, car la mise en page est plutôt chaotique. Mais il ne faut pas en vouloir à l'auteure ni à la maison d'édition qui est toute jeune car le principe est d'éditer en priorité des versions numériques et j'espère que ces petits défauts, que je souligne car il faut bien trouver quelque chose pour ne pas être accusé de flagornerie, que ces anomalies n'apparaissent pas dans les versions PDF ou autres.

Vous pouvez découvrir les édition Clément ainsi qu'une interview de Sandrine Daudeville à cette adresse.


Sandrine DAUDEVILLE : Dark, une ombre. Editions Clément. 622 pages. Format papier 18,98€. Version ePub ou PDF 7,59€.

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:17

D’abord, ça commence par le doigt, puis la main, et après ?

 

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C’est ce que pourrait se demander légitiment le commissaire Van In au début de cette histoire, mais il a d’autres chats à fouetter, pour l’instant, et il n’a pas encore tous les éléments en main justement.

D’abord une plainte a été enregistrée concernant un exhibitionniste qui sévit dans le parc jouxtant le Concertgebow, la nouvelle salle de théâtre et de concert édifiée dans le cadre des manifestations de Bruges-Culture. La plaignante est Elena Littin, née au Chili en 1947. Elle aurait été récupérée en pleine nuit, complètement affolée, par une patrouille de police. Un certain Paul Verfaille aurait été cambriolé pendant la nuit, du matériel genre téléviseur, magnéto, plus des cartes de crédit, deux tableaux ainsi que sa voiture ayant été volés.

Van In qui n’hésite jamais à se rendre sur place, est souvent accompagné de son fidèle Guido Versavel, de la collante Carinne Neels, et du brigadier Robert Bruynooghe. C’est ce que l’on pourrait appeler des affaires banales, qui ne changent guère de l’ordinaire. Mais il faut que Muriel, débarque des Etats-Unis trainant à sa suite Max, son nouveau fiancé. Hannelore, la compagne de Van In et mère de leurs deux enfants, est contente de retrouver sa cousine enceinte, mais son mode de vie ne lui plait guère. Si ce n’était qu’au point de vue alimentation, cela passerait encore, mais qu’elle se drogue, cela ne ce fait pas. Max doit mettre en scène la pièce qui sera présentée au Concertgebow et qui devrait défrayer la chronique, aidé en cela par Baldomero Duran, son technicien d’origine chilienne

Lorenzo Calandt, le concierge du théâtre, était promis à un bel avenir de danseur, mais un camion en a décidé autrement. Depuis il est handicapé ce qui ne l’empêche pas de remplir sa fonction avec conscience. Et lorsqu’il découvre sur le sol du parking souterrain un doigt qui ne désigne rien de spécifique, sauf qu’il est orphelin de la main à laquelle il était attaché, Lorenzo n’a d’autre possibilité que d’en informer les policiers. Sous l’ongle du doigt solitaire, un auriculaire, le légiste découvre du crottin de cheval. Et il serait inconvenant de penser que ce reliquat de lisier séché provienne de l’oreille du propriétaire de ce petit doigt.

Van In en relisant les rapports qui s’accumulent sur son bureau met le doigt, le sien, sur une coïncidence troublante. Eliane Vancleven, l’amie avec qui Elena Littin avait passé la soirée avant de traverser le parc et se retrouver nez à nez avec… un appendice qui d’habitude est caché, Eliane donc, exploite un centre équestre. Van In n’hésite pas à se rendre sur place en compagnie d’Hannelore, qui est juge d’instruction, et d’interroger la propriétaire. Eliane n’est pas là mais ils peuvent s’entretenir avec sa fille Dina. On ne peut pas dire que leur discussion soit enflammée et pourtant Van In voit s’échapper de la fumée d’un interstice du plafond. Le feu s’est déclaré dans le grenier. Arrivés sur place les pompiers découvrent un corps carbonisé auquel il manque un auriculaire. Il pourrait s’agir de Franck Lernout, le lad.

 

aspe2.jpgCe nouveau roman de Pieter Aspe, qui date quand même de 2001, le chemin est long entre la Belgique Flamande et la France, ce nouveau roman de Pieter Aspe avec le commissaire Van In est nettement plus enlevé que le précédent que j’ai lu : Le tableau volé. Plus enlevé, réjouissant, machiavélique et abouti. Il réussit à placer quasiment tous ses personnages dès le début de l’histoire et lorsque le lecteur referme le livre il peut se dire Bon sang, mais c’est bien sûr ! comme s’écriait le célèbre commissaire Bourrel. Approximativement. Car tous les indices, ou presque, sont proposés à la sagacité du lecteur.

Mais Pieter Aspe maîtrise son métier et manipule ses personnages comme un marionnettiste. Mais il ne faut pas oublier les avatars que Van In subit, par sa faute parfois, à cause de sa propension à ingurgiter bière sur bière. Ses relations avec ses adjoints sont presque ceux d’un père de famille avec ses enfants. Il lui faut toutefois faire comprendre à Carinne, parfois, qu’elle n’est qu’une subordonnée alors qu’elle lui tourne autour comme une groupie. Versavel, malgré son statut d’homosexuel, se permet quelques privautés envers Hannelore. Et que dire des envies charnelles de Van In lorsqu’il retrouve Hannelore dans son bureau, au grand dam de témoins gênés de ne pas avoir frappé à la porte avant d’entrer.

Quant à l’épilogue, il relève de la Commedia dell’Arte, dans la plus pure tradition du théâtre. D’ailleurs il y aurait beaucoup à dire sur la pièce de théâtre qui est proposée et certains spectateurs peuvent bénéficier lors de l’ultime répétition d’une mise en scène que je ne vous dévoilerai pas, pas comme les actrices qui, elles, le font de leurs charmes. Une pièce qui s’intitule Purgatoire, mais qui aurait tout aussi bien pu être appelée Chili con carne, car outre l’énorme marmite qui sert d’accessoire dans le décor, références sont faites au Chili de Pinochet. On retiendra également l’humour de Van In, humour parfois abscons pour son entourage.

 

A lire également de Peter Aspe au Livre de Poche : La mort à marée basse et 

Le tableau volé.

 

Pieter ASPE : Pièce détachée (Vagevuur – 2001. Traduit du néerlandais belge par Emmanuèle Sandron). Une aventure du commissaire Van In. Première édition Albin Michel 2011. Réédition Le Livre de Poche Policier. Parution le 30 octobre 2013. 336 pages. 6,90€.

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 16:16

Et le dire bien fort !

 

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Il ne voyait plus guère son père depuis qu'il avait décidé de devenir médecin, alors qu'il aurait dû prendre la succession de l'entreprise familiale de construction. Et de se retrouver dans cette bâtisse immense lui fait quelque chose. Il réside à Hambourg et ne souhaite pas s'encombrer de cette villa dont il hérite sise près d'Essen. Il désire la mettre en vente mais ne sait pas trop quoi faire des meubles. Il s'introduit dans la pièce que son père utilisait comme pièce de travail ou de détente, et en fouillant machinalement dans l'un des tiroirs du bureau, découvre enfoui dans une boite à cigares, une carte d'immatriculation SS au nom de Wilhelm Peters, un laissez-passer et un certificat de libération d'un camp de prisonniers de guerre au nom de son père, Friedhelm Lubish, ainsi qu'une photo couleur sépia représentant une jeune femme. Une énigme qu'il ne tente pas de percer aussitôt rangeant les documents dans un carton avec d'autres albums photos qu'il emmènera chez lui.

Robert Lubish ne sait pas qu'il vient de raviver des souvenirs datant de la Seconde Guerre Mondiale et qu'il met le doigt dans un engrenage qui sera funeste pour quelques personnes. Rentré chez lui, il oublie les documents ramenés et ce n'est que trois mois plus tard, alors que sa femme Maren feuillette les albums, qu'il se souvient de la boite à cigares. Il se remémore alors que son père, dans un des rares moments d'intimité qu'ils avaient partagés, avait déclaré avoir déserté lors d'une offensive des Alliés dans le Rhin inférieur. Maren remarque qu'au dos de la photo de la jeune femme figure le nom du photographe et la ville de Kranenburg, justement située dans le Rhin inférieur. Ce n'est que quelques semaines plus tard, alors qu'il doit se rendre à un congrès à l'université de Nimègue que Robert Lubisch en profite pour se renseigner, Kranenburg n'étant distant de Nimègue que d'une quinzaine de kilomètres.

Heuer, le photographe âgé maintenant de quatre-vingt-dix ans, se souvient bien de cette femme qui se prénomme Therese. Therese Pohl très exactement devenue madame Peters suite à son mariage avec Wilhem. Wilhem a disparu peu après, Thérèse aussi. Tout ce que le vieil homme peut lui dire, c'est qu'ils ont habité la maison de gardien de la ferme Höver. Robert Lubisch continue ses investigations, à la maison de gardien où réside pour l'heure Rita, une journaliste, fort intéressée par cette histoire et qui demande des précisions à ses propriétaires, Paul et Hanna Höver, frère et soeur. Elle se rend également au commissariat de Kranenburg qui possède bien quelques documents concernant ces deux disparitions, la première fin 1950, la seconde début 1951, mais inexplicablement le dossier a été clos rapidement, classé sans suite.

A Majorque, Therese Mende, âgée de soixante-seize ans, a reçu un appel téléphonique l'avertissant que quelqu'un était à sa recherche. Ce qui l'amène à se plonger dans ses souvenirs, d'adolescente puis de jeune fille. Une période allant de 1939 à 1952. A l'origine, quand elle s'appelait encore Therese Pohl, la fille du médecin, elle appartenait à une petite bande de copains d'école, des amis. Outre Therese, il y avait Wilhem Peters, Hanna Höver, Leonard Kramer, Alwine et Jacob Kalder et ils étaient pratiquement inséparables malgré la différence de milieu dont ils étaient issus. Mais à la déclaration de la guerre par l'Allemagne, les amitiés se sont effritées, certains comme Wilhem étant attiré par les idées nazies. D'autre se sont enrôlés parce qu'ils ne pouvaient faire autrement. Quant aux jeunes filles leurs sentiments étaient partagés. Sentiment envers les idées politiques mais également sentiments amoureux. Des jalousies sont insinuées, ce qui est inévitable lorsque deux jeunes filles aiment le même homme. Mais plus grave, l'amour peut toucher de plein fouet l'une d'elles à la vue d'un Russe fait prisonnier sur le front.

Robert Lubish, qui se rend compte que cette affaire sent le souffre demande à Rita d'arrêter son exploration, mais elle refuse, arguant qu'elle tient un bon papier. Son papier elle pourra l'emmener avec elle dans la tombe.

 

Ce roman dont l'action se situe en 1998, mais ramène le lecteur dans les années du nazisme et de la guerre, offre une plongée intéressante dans la perception du conflit par des jeunes gens, leur attirance ou non par les idées politiques largement relayées sur le bien fondé de la déclaration de guerre et les notions racistes ou ségrégationnistes prônées par la clique à Hitler. De leurs engagements, de leurs refus d'obtempérer, de l'attrait des armes, ou de leurs dégoûts pour les façons de procéder par les gradés.

L'auteure ne se voile pas la face et décrit sans complaisance certains faits qui se sont ou auraient pu se dérouler. Comme un reportage en axant son stylo-caméra que sur quelques individus, les adolescents déjà cités, mais également quelques adultes qui non seulement rechignent à partager les convictions du national-socialisme, mais le refusent et résistent à la soldatesque et surtout à ceux qui abusent de leur autorité. Au début ce récit est écrit avec froideur mais peu à peu, alors que l'action progresse, tout autant du côté de Robert Lubisch que dans les réminiscences de Therese, la froideur, la rigueur laissent place à un humanisme qui n'est pas de façade. La rigidité s'efface devant les vibrations des sentiments, des exactions, des peurs, des obligations, des appréhensions, des amours contrariées, des faux-semblants, des espoirs. Le lecteur qui au départ pensait qu'il allait s'ennuyer à la lecture d'une histoire banale change vite d'opinion et devient fébrile au fur et à mesure qu'il tourne les pages.

 

 

Mechtild BORRMANN : Rompre le silence (Wer das Schweigen - 2011. Traduit de l'allemand par Marlène Husser). Editions du Masque, Grands Formats. Parution le 16 octobre 2013. 254 pages. 18,90€.

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 09:06

Faut pas en faire tout un cinéma !

 

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Avez-vous déjà été convoqué chez un notaire vous annonçant d'une voix onctueuse que vous venez d'hériter d'une personne dont vous ne connaissez pas le nom ? Non ? Tant mieux pour vous ! Vous avez sûrement échappé à de grandes désillusions et à des mésaventures en cascade.

Vincent, professeur de dessin (certains préfèrent l'appellation arts plastiques mais moi, à chaque fois, cela me fait penser à ces bols et boites alimentaires fabriqués à base de résidus de pétrole et distribués par une marque américaine par des vendeuses qui reçoivent chez elles), Vincent donc, prof de dessin à la retraite est invité à se rendre à l'étude notariale de maître Lenoeuf. Le tabellion est assisté d'un homme que Vincent pense être le clerc, mais il s'avère rapidement qu'il n'en est rien, il s'agit d'un policier, le lieutenant Marc Carquigand.

Vincent devient le légataire d'une Franco-américaine Matilda Rosken, vivant en France depuis les années soixante. Elle habitait un petit appartement, un vrai cloaque, et ressemblait à une clocharde. Pourtant mis en présence de quelques photos d'elle, Vincent reconnait qu'il la connait, ou plutôt l'a connue au moins trente ans auparavant. Elle a été assassinée, son appartement mis à sac, une centaine de boites de films 16 mm éparpillés un peu partout. Et ce sont ces films dont Vincent hérite.

Un cadeau original, que le policier, qui en a visionné quelques-uns, considère comme des chiures de mouche. Les souvenirs affluent à l'esprit de Vincent, lui revenant en pleine figure comme un boomerang lancé trop puissamment. lorsqu'il fréquentait le Centre Américain dans les années soixante-dix. Des projections de petits films d'amateur alimentaient ces soirées. Des films dits d'avant-garde, underground, réalisés par des quasi inconnus qui s'amusaient avec tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi. Du cinéma expérimental avec aux commandes des caméras des émules et des proches d'Andy Warhol.

Rentré chez lui Vincent commence à retrouver les saveurs de sa jeunesse, en visionnant ces courts métrages d'un autre âge, et il doit s'avouer qu'il y avait beaucoup de déchets. D'ailleurs il faut les manier avec précaution ces pellicules. Pourtant il semble qu'elles renferment sinon un trésor, au moins quelque chose de précieux car des individus louches le suivent, l'agressent. Heureusement l'inspecteur est là, mais difficile de savoir dans quel clan le ranger.

 

malanga.jpgPeut-être n'avez-vous jamais entendu les noms de Gérard Malanga, Paul Sharits, Tony Conrad, Bruce Conner, et quelques autres qui faisaient partie de cette mouvance. Moi non plus d'ailleurs, je l'avoue, mais un petit tour sur le Net m'a permis d'en apprendre un peu plus sur ces personnages qui ne se sont pas contentés de gâcher de la pellicule, mais sont devenus photographes, poètes, compositeurs ou écrivains, parfois un peu tout ça à la fois.

Jean-Bernard Pouy, titulaire d'un DEA en histoire de l'art en cinéma, et lui-même réalisateur de films dits conceptuels, dont certains avaient été présentés dans le cadre du festival Délits d'encre de Saint-Nazaire, lors d'une nuit du court, s'amuse à revenir sur cette époque des années soixante-dix, ou l'art en général voulait se démarquer des périodes précédentes par projections décalées, déjantées, abstraites, provocatrices. Mais ce court roman m'a fait insidieusement penser à un autre roman de Jean-Bernard Pouy, paru à la série Noire : Le cinéma de papa, lequel prend pour thème un vieux film négatif nitrate de 1934. Mais ceci est une autre histoire.


Jean-Bernard POUY : Calibre 16 mm. Collection Polaroïd; éditions In8. 64 pages. 11,00€.

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 15:00

Loin des parcs d'attractions à la Walt Disney !

 

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Deux mois, cinquante-neuf jours et quelques heures plus exactement, sans boire une goutte d'alcool, et Cody Hoyt replonge à cause d'un assassinat. Du moins pour lui, c'est un meurtre avéré, pour le shérif, il s'agirait plutôt d'un suicide.

Cody Hoyt est un policier, enquêteur criminel dans le comté Lewis& Clark, Montana, et le soir, même s'il est de permanence alors qu'il devrait rester chez lui au cas où, il parcourt la campagne à bord de son véhicule banalisé, fumant cigarette sur cigarette et rêvant de bières. En cette nuit de juin, il est appelé à bord de sa voiture par Edna, la standardiste du bureau du shérif de la ville d'Helena. Des randonneurs ont signalé depuis un bar l'incendie d'un chalet situé dans la forêt nationale et un cadavre calciné serait sous les décombres. Cody connait ce chalet, et il est angoissé à l'idée d'y trouver quelqu'un qu'il connait. Son partenaire Larry doit le rejoindre sur place.

Au début de leur association Larry avait tenu à mettre les points sur les I à défaut de mettre son poing dans la figure de son partenaire. La réputation négative de Cody lorsqu'il était en poste à Denver l'avait précédé. Ses écarts d'humeur et sa violence dus à son alcoolisme chronique et ses antécédents familiaux ne plaidaient guère non plus en sa faveur. Pourtant ils sont devenus amis sans oser se le déclarer tout en s'engueulant pour un oui ou un non.

box1.jpgEn effet ce que Cody redoutait s'est bien produit. Hank Winters, son parrain aux Alcooliques Anonymes, est mort dans l'incendie partiel de son chalet. Aussitôt Larry pense à un accident ou à un moindre degré à un suicide, thèse qui sera reprise par Tubman le shérif et son adjoint Bodean. Mais pour Cody, il s'agit bel et bien d'un meurtre. Une bouteille vide de bourbon est retrouvée près du cadavre, et d'autres faits confirment l'assassinat, dont la fracture enregistrée à l'arrière du crâne. Evidemment il se pourrait que celle-ci soit due à un madrier tombé sur sa tête, mais plus étonnant, c'est la disparition des pièces que Hank Winters collectionnait, des sortes de jetons de présence aux réunions des AA.

Skeeter, le coroner arrivera plus tard, puis Carrie, une journaliste avec laquelle Cody a couché et dont les relations ont tourné rapidement court. Entre Tubman et Skeeter c'est la guerre froide, car dans quelques mois, des élections seront organisées pour élire le nouveau shérif. Et Skeeter est sur les rangs.

Le lendemain soir Cody retourne au chalet en compagnie de quelques bières et d'une bouteille de bourbon. Il tend un piège car il pense que le tueur est susceptible de retourner sur les lieux du crime. Mauvaise pioche, car si effectivement deux personnes arrivent, il s'agit du coroner et de la journaliste. Comme Cody et Skeeter sont armés, surpris de se trouver nez à nez, et Cody légèrement embrumé par l'alcool, inévitablement ils se tirent dessus. Heureusement Skeeter porte un gilet pare-balle. Résultat Cody est suspendu de ses fonctions de policier. Cela ne l'empêche pas de poursuivre ses investigations en enquêteur "libre" malgré les interdictions qui lui sont faites et grâce également à l'aide précieuse de Larry qui peut accéder à certains sites.

Par exemple celui du Vicap, qui recense les affaires criminelles box2.jpgdans tous les états. Et il se trouve que des assassinats similaires ont été perpétrés depuis quelques semaines dans divers états sans que les policiers fassent une corrélation entre les différentes affaires. Ensuite en consultant le disque dur de l'ordinateur de Hank il se rend compte que le dernier utilisateur, Hank ou son meurtrier, serait allé consulté un site proposant des randonnées dans l'immense parc de Yellowstone. Manque de chance, alors que Cody se trouvait le premier soir dans le chalet de Hank, il avait reçu un appel téléphonique de Justin, son fils, lui annonçant son intention de partir pour une semaine justement dans une randonnée en compagnie du nouvel ami de sa mère dont Cody est séparé. Aussitôt Cody décide de partir pour le siège de l'organisateur avec en poche le nom des participants à cette excursion qui devrait créer des liens relationnels entre Justin et l'ami de sa mère. Seulement en cours de route il est arrêté par un policier, ce qui le retarde, puis passant une nuit dans un hôtel de Bozeman il manque d'être brûlé vif dans l'incendie criminel de sa chambre.

Pendant ce temps, Jed Mcarthy s'affaire activement aux préparatifs en compagnie de sa jeune assistante Dakota Hill tandis les nouveaux Indiana Jones arrivent. Une douzaine d'aventuriers en herbe sont prévus, dont trois adolescents. Justin et son éventuel futur beau-père, et deux filles, Gracie et Danielle dont le père qu'elles ne voient que par épisode est là lui aussi. Un couple de sexagénaires, dont le ménage est largement fissuré, trois amis new-yorkais qui travaillent à Wall Street, un homme solitaire bourru et une jeune femme complètent le lot. Le plan de route est établi, le chargement est placé sur les mules, tout ce petit monde part plus ou moins bien installé sur le cheval qui lui est attribué, pour quelques uns c'est une première, et l'aventure box4.jpgpeut commencer. A eux les grands espaces, le bivouac sous la tente, les repas en plein air, les joies de la pratique de l'halieutique, éventuellement des rencontres aimables (?) avec des loups ou des ours qui ne sont pas en peluche.

Seulement, tout ne se passe pas comme prévu. Certains regimbent, surtout lorsque Jed décide de changer d'itinéraire prétextant les pluies qui sont tombées en abondance durant le printemps. Et les défections commencent à être enregistrées. Cody, aidé par Bull Mitchell l'ancien propriétaire du centre, arrive trop tard, la petite troupe est déjà sur le sentier de l'aventure. Mais il ne désespère pas les rattraper.

 

Les amateurs de romans policiers ne manqueront pas d'établir un box3parallèle entre Matt Scuder, le héros de Lawrence Block, et Cody Hoyt, tous deux en proie aux affres de l'alcoolisme et émargeant aux Alcooliques Anonymes, à leurs essais d'échapper à cet éthylisme provoqué par des causes différentes, aux rechutes de Cody Hoyt à la suite de contrariétés provenant de soucis familiaux et affectifs. De même ces disparitions concernant des randonneurs dans le parc Yellowstone nous plongent dans l'univers christien des Dix petits nègres. Disparitions qui peuvent s'expliquer par des meurtres ou par des envies d'échapper à un individu, à moins que ces absences soient le fait d'un personnage mué en tueur. Enfin nous voyageons dans l'univers des grands espaces américains qui attirent de nombreux auteurs fascinés par la nature complexe de régions plus ou moins désertiques et qui recèlent de profonds mystères.

Profonds mystères comme dans ce roman qui marie suspense et énigme dans une atmosphère étouffante, ainsi qu'une étude de mœurs avec les réactions des divers participants à cette randonnée insolite. Pour certains, ce qui devait être l'occasion de mieux faire connaissance, d'établir ou rétablir des liens, de ressouder des familles, est une véritable faillite. Des antagonismes divisent les excursionnistes, et leur caractère se dévoile ainsi que les motivations secrètes de leur présence. Et des fois ça ne plane pas haut...


Une idée de cadeau pour Noël ? C'est dans la boîte !


C.J. BOX: Piégés dans le Yellowstone. (Backof Beyond - 2011. Traduction de Freddy Michalski). Collection Seuil Policiers, Editions du Seuil. Parution le 10 octobre 2013. 446 pages. 22,50€.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 08:49

Et le Diable rigole ?

 

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Jeune avocate Catherine Monsigny vient de remporter sa première victoire, pardon, son premier procès. Son client, Cédric Devers, accusé par une accorte et quinquagénaire serveuse de bar pour coups et blessures alors qu’elle l’avait harcelé après une séance de simulacre de reproduction, est acquitté. Aussitôt après, toute guillerette, elle enfourche son scooter et rend visite à Daniel dans le quartier de la Goute d’Or.

Il milite dans une association de défense pour le droit pour tous. Elle récupère le dossier de Myriam Villetreix, née N’Bissi, soupçonnée d’avoir assassiné son vieux mari à l’aide de cyanure. Ensuite direction le bureau dirigé par Renaud, son patron, qui enfin lui confie une affaire importante. Myriam, avait été ramenée du Gabon dans les valises de ses futurs employeurs qui en avaient fait leur esclave. Elle avait profité de ce que ses « maîtres » étaient fascinés par le reportage des avions destructeurs du 11 Septembre 2001 pour s’échapper et se réfugier auprès de Daniel.

Une annonce avait attiré l’attention de Gaston, vieux gars célibataire de la Creuse, et ils avaient uni leurs destins, pour le bonheur de tous, sauf des cousins creusois. Quelques années plus tard, Gaston décédait d’un arrêt du cœur et Myriam héritait de tout. Et c’est peut-être à cause de cet héritage qui leur passait sous le nez que plus tard les cousins avaient accusé Myriam d’avoir assassiné son mari à l’aide de cyanure. La boite, qui était rangée dans la grange de l’un des cousins, avait été retrouvée dans la cuisine, domaine depuis le mariage, de Myriam. Pourtant le docteur avait signé le permis d’inhumer sans broncher tout comme il avait signé celui de sa mère décédée comme Gaston d’un arrêt du cœur.

Depuis Myriam est enfermée dans la prison de Guéret, clamant son innocence. Catherine est toute heureuse d’annoncer à son père, médecin retraité, qu’elle va plaider aux assises, à Guéret. Apparemment il connait la région. Il est son seul lien, sa mère ayant été assassinée alors qu’elle était encore toute jeune, mais il réside loin de Paris. De sa mère elle ne possède qu’une photo qu’elle a découverte dans un livre et de vagues souvenirs qui lui remontent parfois à la surface. Pourtant dans cette région de la Creuse où elle se rend, elle croit reconnaître fugacement des endroits. Elle fait la connaissance d’un journaliste localier, d’un voisin de Gaston et Myriam qui vont l’aider dans ses démarches, et fournir un point de chute pour ses fréquents voyages. Et à Paris elle retrouve Cédric qui devient son amant.

Presque à son insu Catherine se trouve propulsée dans un rôle de catalyseur, dans cette intrique où elle se trouve prise comme dans un étau. C’est parfois un voyage entre réel et rêverie, à cause des souvenirs de notre héroïne qui se propulsent et deviennent insistants.

Mais ce roman c’est aussi le royaume des couleur : les couleurs bigarrées de l’automne, fauve, jaune, vert, rouge, brun, les couleurs chamarrées utilisées par Myriam pour décorer la maison de Gaston, les roses rouges qui parsèment l’enquête de Catherine, le rayon vert qu’elle a aperçu toute jeune dans sa poussette dans le parc où sa mère a été assassinée et qui lui revient comme une obsession, le noir des robes d’avocat, le blond des prétoires, le blanc d’un doudou ou d’une écharpe, le jaune d’un éclat de soleil, d’une robe ou d’un carton enfoui, un mariage bicolore, et cerise sur le gâteau, si l’on peut dire, le prénom de sa mère : Violet. Sylvie Granotier possède une écriture fine, élégante, racée au service d’une histoire complexe.


Sylvie GRANOTIER : La rigole du diable. (Première parution Collection Suspense ; éditions Albin Michel). Réédition Le Livre de Poche. Parution 27 novembre 2013. 432pages. 7,60€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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