Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 14:27

On dirait qu'ça t'gêne de marcher dans la boue...

 

willi.jpg


Il n'y a guère de différence entre l'internat religieux où Paulin végète face à la vindicte de quelques condisciples, et la ferme familiale. Les récriminations et les punitions ne lui sont pas ménagées surtout de la part de sa mère, Denise, armée d'un nerf de bœuf dans une main et d'un chapelet dans l'autre. Quant à son père Maurice, il préfère regarder sa télésonyque achetée grâce aux subsides allouées par Bruxelles pour revendre son troupeau de vaches laitières ou s'enfermer dans les dépendances, occupé à démonter des objets qu'il ne sait pas remonter et qui ravi, tête sa bouteille de piquette cinq étoiles, celles qui sont consignées. Paulin tient un peu de lui d'ailleurs en ce sens.

Le seul plaisir que Paulin, treize ans ressent en revenant chez lui pour les vacances scolaires, c'est de savoir qu'il va retrouver Nana, Nadège Delambre pour l'état-civil. Nana, guère plus âgée que lui, est elle aussi placée en institution, mais elle rentre toutes les fins de semaine. Elle ne parle plus depuis quelques années, un ressort est cassé dans sa tête, elle passe de la joie la plus sincère à la colère la plus virulente comme on retourne une crêpe, mais entre les deux gamins c'est fusionnel. Ses parents, surtout sa mère Josiane, sont toujours entre deux alcools, de prune de préférence.

Le petit hameau de Treunouille, en Haute-Vienne à la limite de la Creuse, se meurt. Quelques fermes délaissées, qui peu à peu tombent en ruine. Par exemple chez les parents de Nana, la cour n'est qu'un vaste marécage d'eau croupie et de rigoles de purin s'échappant d'une fosse à lisier proche. Seule celle des Bernier (pas la cour, la ferme !) est florissante, mais c'est une exception. Celle des Blanzac aussi, qui n'est plus qu'une résidence secondaire et que Gabriel, le fils de famille d'à peine dix-huit ans, investit de temps à autre avec sa 125 pétaradante en attendant d'avoir mieux. Il a du foin à vendre, pas celui de la campagne mais celui des villes, et il en consomme pour mieux prouver que ce n'est pas du trafiqué.

Gérard, le frère de Nana, un peu plus âgé qu'elle, est un fervent adepte des armes à feu. Il en est fier, surtout de son Mossberg. Une passion née lorsque Bertrand son frère aîné est revenu d'un voyage en Afghanistan. Depuis Gérard tire à la moindre occasion et sans but précis, sur des arbres, des pots de fleurs, histoire d'embêter son voisin, un parent du garde-champêtre, et il a même appris à se servir de ses fusils à Nana, qui se défend comme si elle était née avec une cible au bout des yeux, et à Paulin.

Cela commence à dégénérer lorsque Gérard apprend qu'un couple d'Allemands sillonne la région prêts à racheter une ferme. Les envahisseurs sont de nouveau là ! Toute son enfance a été baignée dans des récits de la Seconde Guerre Mondiale, et il entretient depuis une haine tenace et irraisonnée envers l'ennemi. Il est en colère, maniant sa faux (il avait promis aux Blanzac d'entretenir la cour, mais il n'a jamais eu le temps de couper les herbes) en maniant sa faux comme le spectre de la mort. Un soir, Sophie Bernier, guère plus vieille que Gérard, s'invite à une soirée fort arrosée chez Gabriel. Nana, Gérard, Paulin sont là et le pastis coule directement de la bouteille dans leurs gosiers plus quelques autres boissons alcoolisées qui leur tourneboulent les esprits. Et ne voilà-t-il pas que les frères Rouze se mettent en tête de rechercher Bernard pour une vague affaire d'argent.

Le début de la fin ou la fin du début, car Paulin, Nana et Gabriel doivent partir du hameau en empruntant une vieille Golf rouge, véhicule de circonstance vu le nombre de trous qu'ils laissent derrière eux. Ils n'ont qu'une envie, aller voir la mer. Seulement leurs cerveaux sont si encalminés qu'ils roulent à l'envers de la bonne direction. De toute façon, c'est inné chez eux, ils font tout à l'envers.

 

La première partie décrit et met en scène les personnages, les décors. Véritable roman rural, il montre les dérives de quelques protagonistes évoluant dans un milieu défavorisé, et dont la politique agricole fixée par Bruxelles s'avère plus une hégémonie économique que constructive. Des images fugaces de lectures anciennes traversent l'esprit sans que pour autant on les ait convoquées. Bizarrement j'ai pensé à La Jument verte de Marcel Aymé, à Goupi Mains-rouges de Pierre Véry, à La Terre d'Émile Zola, pour l'ambiance, l'atmosphère, les descriptions des personnages, de leurs actes et du décor. Pourtant il n'existe aucune corrélation entre ces romans et cette Herbe noire de Pierre Willi, dont le titre pourrait un hommage à Boris Vian, auteur de l'Herbe Rouge.

Puis dans la seconde partie, insensiblement quelques scènes du film Les Valseuses de Bertrand Blier avec Miou-Miou, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere se sont imposées à mes rétines éblouies. Une longue pérégrination d'ados déboussolés, traqués, agissant parfois comme des automates, la rage chevillée au ventre et dans les neurones.

Il existe dans l'écriture de Pierre Willi, dans les dialogues, dans les descriptions des décors et des péripéties vécues par nos antihéros une force d'évocation très cinématographique. C'est peut-être ça le talent... Mais l'auteur va plus loin lorsqu'il dénonce Bruxelles et certaines pratiques nées de l'imagination de technocrates qui sans connaître leurs sujets se piquent de donner des avis, des conseils, de réglementer ce qui va bien pour mieux le démolir et pondre des lois aberrantes uniquement pour toucher des pots-de-vin (à chacun son alcool) de la part des grandes entreprises phytosanitaires et des semenciers fervents adeptes des OGM. Que voulez-vous, ils ont peut-être bac +5 ou bac +7 comme diplômes, mais leur QI ne dépasse pas 30.


Pierre WILLI : L'herbe noire. Editions Krakoen. parution le 01 janvier 2014. 268 pages. 14,80€.

Repost 0
26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 08:32

Aventures, magie et exotisme...

 

Azteques.jpg


Pour Emilio de Salvador de Malaga, jeune nobliau désargenté, l'arrivée d'une caravelle dans le port de Malaga, est synonyme d'un gain possible. Il s'en ouvre à Lazaro, un petit voleur et aussitôt les deux adolescents préparent une expédition nocturne chez Don Moralès l'heureux et nouveau propriétaire d'une jarre somptueuse en provenance des Amériques.

Après avoir lancé au-dessus du mur de la propriété un chapelet de saucisses empoisonnées afin de détourner l'attention des chiens et d'annihiler leurs violence, les deux garnements se retrouvent dans le parc. Mais quel n'est pas leur étonnement de découvrir les représentants de la race canine morts et lacérés de profondes blessures.

Emilio et Lazaro vont de surprises en surprises. Ils découvrent à l'intérieur de l'habitation, des gardes en armures un trou béant à la place du cœur. Le cadavre de Moralès git dans son sang. L'hidalgo et le voleur rebroussent chemin mais des spectres se jettent sur eux. C'est le moment idéal choisi par la garde pour intervenir. Le commandant avait été prévenu la veille qu'un démon païen était enfermé dans la jarre. La soldatesque arrive accompagnée par deux prêtres exorcistes mais rien n'y fait. Les spectres continuent leur carnage, l'un d'eux portant au front une pierre de jade. Lazaro perd la vie dans le combat. Ce qui est gênant pour Emilio qui a été vu en sa compagnie. Le lendemain Emilio retourne dans le parc, muni du poignard en or de Lazaro et reprend le combat contre les spectres. Il parvient à arracher le morceau de jade et s'évanouit. Le commandant, constatant que les spectres ont été détruits est étonné par la prouesse d'Emilio mais le fait que le cadavre de Lazaro fut retrouvé près du corps de Don Moralès ne plaide pas en sa faveur. Toutefois étant d'ascendance noble Emilio bénéficie de la clémence. La couronne royale a besoin de volontaires pour coloniser le Nouveau Monde et bien entendu Emilio sera l'un de ces volontaires.

Il embarque à bord à bord du San Gonzalo vers son destin se voyant déjà à la tête d'une exploitation, on peut rêver, et se demandant quel est donc ce pays où les Cihuateteos et autres démons pullulent.

Arrivé presqu'en vue des côtes américaines, une violente tempête se lève et la caraque sombre dans les eaux. Emilio parvient à s'accrocher à un bout de planche et au petit jour il aperçoit la terre au loin. Pour arriver jusqu'à bon port il lui faut échapper aux dents acérées d'un requin affamé. Heureusement sa fidèle rapière l'accompagne partout. Enfin, après avoir franchi la barrière de corail, Emilio met le pied, celui que vous voulez, à terre et s'enfonce dans la mangrove. Au bout de longues heures de marche il retrouve des compatriotes affrontant des Indiens.

Les aventures périlleuses, fabuleuses, fascinantes, épiques ne vont pas manquer et Emilio sera confronté à toutes sortes de dangers. Un vaisseau fantôme ayant à son bord des Vikings, puis toutes sortes de monstres, de spectres, de fantômes, de natifs. Il se trouvera embrigadé dans des colonnes espagnoles commandées par Almagra, se trouvera confronté à la cupidité de Pizarro, fera la connaissance de l'Homme-Jaguar, s'apercevra bientôt qu'il possède des dons, combattra les Tzitzimime, voyagera et affrontera mille dangers, bataillera ou s'alliera aux dieux métamorphes, aux sorcières, aux prêtresses, en compagnie de la belle et jeune Tlazoteotl, remontera l'Amazone vers le Pérou à la recherche de l'Eldorado, subissant les assauts guerriers des Amazones...

Inspirée de la colonisation sauvage des terres Mayas et Aztèques des Amériques Centrale et du Sud par les Espagnols, emmenés par Hernán Cortés et Pizzaro, et par les pratiques vaudous et la sorcellerie des peuples qui n'entendaient pas se laisser asservir sans combattre chèrement leur peau, essayant de préserver leurs terres, leurs religions et leurs dieux, et leurs traditions, Boris Darnaudet nous entraîne dans un périple fantastique. Les combats sont féroces, les affrontements sans pitié, et l'on se demande parfois qui est le plus sauvage, des autochtones et des envahisseurs.

Ce roman complètement débridé dans lequel le jeune auteur laisse libre court à son imagination n'aurait pas dépareillé dans une aventure de Bob Morane. D'ailleurs Boris Darnaudet a peut-être appris à lire dans les romans écrits par Henri Vernes et consorts.

La première partie est comme une succession de contes, de nouvelles fabuleuses, ce qui n'est pas étonnant lorsque l'on sait que le premier chapitre a été publié dans un numéro du mensuel de BD Lanfeust, et le deuxième chapitre dans Projet Obis paru chez Rivière Blanche. La seconde partie est plus linéaire mais tout aussi mouvementée. Un auteur à suivre...


Boris DARNAUDET : La colère des dieux aztèques. Editeur CreateSpace Label Cuinoli. Parution le 4 janvier 2014. Version papier : 152 pages. 12,00€. Version Kindle : 3,40€. Une exclusivité Amazon.

Repost 0
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 10:50

You are Véry, Véry, Véritable...

 

inconnue.jpg


Le nom de Pierre Véry est indissociable de quelques romans célèbres qui ont pour titres: Les disparus de Saint-Agil, Goupi Mains Rouges ou encore L'assassinat du Père Noël, romans qui ont fourni la matière, la trame, à des films non moins célèbres et que les téléspectateurs peuvent revoir de temps à autre sur leur petit écran avec un plaisir à chaque fois renouvelé.

Mais ces titres ont curieusement occulté l'œuvre de Pierre Véry, œuvre qui comporte une trentaine de romans.


inconnue3.jpgL'inconnue du terrain vague n'avait jamais été rééditée depuis 1943, avant qu'il entre au catalogue des éditions du Terrain vague en 1988, et depuis il a connu diverses rééditions dont la dernière dans la collection Arcanes. Ce roman est l'exemple parfait du merveilleux selon Véry. Comme il aimait à le dire, il écrivait des romans de mystères. J'écris une sorte de roman fleuve policier que je verrais assez bien sous les couleurs des mille et une nuits policières. C'est assez dire que le merveilleux, loin d'être exclu, y occuperait une place d'honneur. Je voudrais que mes romans soient des contes de fées pour grandes personnes. Cette déclaration résume toute l'œuvre de Pierre Véry, dont cette Inconnue du terrain vague.

Neugate sur Touques, grosse bourgade du Calvados, située sur la Touques entre Caen et Lisieux, possède un terrain vague. Possède, pas vraiment car le propriétaire légitime Jacques Mauduit est en exploration du côté de l'Inde, de l'Indochine... enfin très loin. Neugate sur Touques est donc affligée d'un terrain vague et les propositions d'aménagement ne manquent pas. Nicolas Niel, un décorateur de cinéma, a donc réalisé une maquette et à volonté peut remplacer le terrain vague par une basilique, un sanatorium, un parc d'agrément, un vélodrome, des abattoirs, une tannerie modèle. Chaque faction tenant à son projet.

L'apparition d'une inconnue, d'une étrangère sur le terrain vagueinconnue2.jpg ne manque d'intriguer les villageois. Intriguer et semer la zizanie car les femmes jalousent sa beauté tandis que les hommes... Ah, les hommes ! Mais c'est Nicolas qui recueille les faveurs de la belle inconnue. Décède alors le professeur Favreau, farouche partisan du sanatorium. Les esprits s'enflamment et ce n'est pas l'assassinat du maire, adepte du jardin public, qui va circonscrire ce brasier.

inconnue1.jpgContemporain de Jacques Prévert et de Marcel Aymé, Pierre Véry s'amuse dans ce roman à construire des situations baroques Il joue avec les contrastes, accumule les dérisions. Prenons par exemple le cas de Tombelaine, le boucher : il est médailler de la Société Protectrice des Animaux car s'il est tueur, s'il tue des animaux de boucherie, il les tue proprement. Comme le dit si bien Francis Lacassin, Pierre Véry n'avait pas son pareil pour cultiver l'insolite et la métamorphose du banal en magique.


Pierre VERY : L'inconnue du terrain vague. Collection Arcanes. Editions Joëlle Losfeld. Parution octobre 2001. 180 pages. 5,10€.

Repost 0
24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 17:29

Y-a-t-il un traducteur dans la salle ?

 

boss.jpg


Doit-on chroniquer en bien un livre qu'un auteur vous a dédicacé ?

La courtoisie aidant, je serais tenté de dire oui. Mais si on réfléchit bien, la flatterie est un produit hypocrite et la notule s'en ressent. Ne pas en parler serait le plus simple. Oui mais, les goûts des uns n'étant pas forcément ceux des autres, et qui aime ou déteste un roman n'a pas forcément raison. Un roman est bon pour les uns et complètement nul pour les autres. Alors soyons réaliste, franc et avant de dire si j'ai pris du plaisir avec ce roman ancré dans notre époque, étudions l'histoire.

Le Narrateur possède un curriculum vitae plus impressionnant que celui d'un patron du CAC 40, et pourtant ceux-ci accumulent les satisfécits qu'ils se décernent sur le dos des petites gens. Consultons son palmarès :

Condamnations pour vandalisme, baston, vol avec violence, outrage à agent, baston, stup, encore stup, agression, rébellion, vandalisme, baston.

Après avoir purgé une peine de quatre mois de prison, il retrouve ses potos (l'on sent l'influence de l'écriture rapide liée à l'envoi de messages électroniques, car normalement l'on écrit Poteau, en référence à ce bout de bois qui sert à s'appuyer dessus, lequel est un copain sur lequel on peut compter. Théoriquement !), lesquels potos lui proposent de fêter l'événement. La sortie en boîte, ce qui est un non-sens parce que en général on y entre, est déclinée. Le narrateur préfère une petite virée au Bois de Boulogne. Il veut se refaire en proposant de la drogue, du foin amélioré et autres produits toxiques aux prostituées et éventuellement à leurs clients.

Aussitôt la virée s'élance, deux voitures occupées par Souleymane, Makita, Youssouf, Vamp, Miki, Ahmé ou encore Farid, une escapade sur les chapeaux de roues. Mais le coin du Bois que Le Narrateur et ses comparses ont élu comme base est envahi par des Brésiliennes. Enfin, plutôt des Brésiliens, des travestis, des transsexuels. Et le Brésil n'est pas la seule nation représentée. Bien éméchés par les diverses boissons alcoolisées qu'ils ont ingurgitées, et qu'ils continuent de boire en abondance, ils agressent verbalement et physiquement les résident(e)s. Leurs neurones sont atteints par l'éthylisme et la drogue et ils ne se contrôlent plus. Ségrégation, ostracisme, pointe de racisme, ils portent ces sentiments malsains comme un étendard. Pourtant ils se méfient de la maréchaussée qui rôde et à la moindre alerte se cachent dans les buissons et les chemins environnants. Pourtant ils arrivent à alpaguer quelques clients en manque, des prostituées aussi. Il faut être réaliste et pragmatique. Même s'ils se montrent comme des êtres abjects, ils pensent aussi à leurs portefeuilles. Et ils vont faire la connaissance de Paola...

J'ai arrêté à ce moment ma lecture, incapable de continuer, aussi je vous livre le reliquat de la quatrième de couverture : Le business fait florès jusqu'au jour où Paola, un trans brésilien, véritable star du Bois, est assassiné. La police quadrille tout le secteur. Mauvais pour les affaires. D'autant que ce meurtre n'est que le premier d'une longue série des plus violentes.

 

Verdict :

Sur le fond, nous lisons une banale histoire de drogue, de violence, de prostituées et de meurtres déjà surabondamment exploitée par le passé. Seule la forme est nouvelle dans l'emploi d'un langage issu de Nord, du Sud, de l'Ouest ou de l'Est, sans oublier l'argomuche parigot, dans un amalgame complexe d'idiomes, d'un pot-pourri de néologismes, de verlan, d'argot manouche le tout assaisonné par le rebeu (le beurre en verlan ?). Là encore l'argot fut une forme d'écriture dans les années cinquante qui mit en avant des auteurs comme Simonin et Bastiani. Mais ces deux romanciers, s'ils écrivaient en langue verte, sans emprunter à d'autres formes qui aujourd'hui sont l'apanage, parait-il, des marginaux des cités, ont eu l'élégance et la courtoisie de placer en fin de volume un lexique ou un glossaire.

En mon âme et conscience, je peux vous avouer que si je n'ai pas aimé, ce qui ne veut pas dire que ce roman est mauvais, car tout est subjectif, des lecteurs âgés entre vingt et cinquante ans s'en délecteront peut-être, retrouvant un quotidien et un vocabulaire auquel je ne suis pas habitué.

Mais si je vous proposais un petit exemple :

Souleymane à l'avant finit de rouler un djockoss. Il ne tise pas Souleymane, c'est haram. Mais il se rattrape comme il faut sur le bédo. Il éclate son splif et fait tomber une boulette sur le siège. Le Rabza le grille en force et s'énerve : "Putain mais fais belek, cousin ! T'es un bouffon ou quoi mon gars ? Elle est à mon daron, la gova, pas à moi !"

 

Et oui, il faut s'adapter, lire et relire et enfin assimiler ce dont il s'agit. On comprend, avec un petit effort, ce que l'auteur veut écrire. Mais s'il ne s'agissait que d'un paragraphe, ce serait un moindre mal. Non, le lecteur déboussolé (moi) n'a pas réussi à garder son attention durant cent-quatre-vingts pages. Et s'il ne s'agissait que de l'écriture, cela pourrait encore passer, quoique, mais je n'adhère pas à ces énergumènes qui se conduisent en voyous arrogants et malsains.

Nous n'avons pas les mêmes valeurs !

Ce qui ne m'empêche pas de vous signaler que Johann Zarca possède un site que vous pouvez consulter gratuitement :

Le mec de l'underground.


Johann ZARCA : Le Boss de Boulogne. Editions Don Quichotte. Parution le 16 janvier 2014. 180 pages. 16,00€.

Repost 0
23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 08:42

Quand c'est fini, ça recommence ?

 

abel.jpg


Cela fait sept ou huit ans que Maxime, le fils de Thiphaine et Sylvain est mort, écrasé sur la terrasse en chutant de la fenêtre de sa chambre. Depuis Thiphaine et son mari, qui ont adopté Milo, le fils de leurs plus proches voisins, ont déménagé, le gamin ayant hérité de la maison de ses parents. Ils ont se sont donc installés dans la maison jumelle de celle qui était la leur, ce qui ne manque pas de raviver parfois les souvenirs liés à ce drame.

Une nouvelle voisine aménage et Tiphaine, tout autant que Milo, est intéressée par le mouvement provoqué dans la rue par le déchargement des cartons et des meubles. Si Tiphaine fixe plus ses regards sur Nora, la mère, Milo est subjugué par Inès, la fille de treize ans. Nora et Alexis sont séparés, et n'ont la garde de ses gamins qu'une semaine sur deux, mais un autre enfant est présent. Un garçon nommé Nassim, qui a l'âge qu'avait Maxime lorsqu'il est décédé. D'ailleurs Tiphaine a cru comprendre Maxime lorsque le garçon s'est présenté alors qu'il regardait par la haie.

Le couple Tiphaine et Sylvain s'est délité progressivement depuis l'accident. Ils ont obtenu d'être les tuteurs de Milo, mais celui-ci pense que s'il aime quelqu'un, s'il s'attache à un être cela ne peut que nuire à cette personne. Pourtant il est attiré par Inès, un sentiment réciproque et la jeune fille tente de l'appâter en communicant par les réseaux sociaux et son portable.

Nora trouve un emploi à mi-temps comme assistante maternelle, mais la défection d'une collègue malade l'oblige à changer ses horaires de travail. Elle va s'occuper de la garderie en fin de classe et elle ne peut plus aller chercher ses enfants. Pour Inès ce n'est pas trop grave, mais elle s'inquiète pour Nassim. Elle sollicite son amie Mathilde mais elle-même doit satisfaire à quelques occupations aussi elle se retourne vers Tiphaine, laquelle accepte volontiers.

Un jour, alors que Sylvain et Nora discutent ensembles, Alexis, le mari de Nora dont c'était la semaine de garde, arrive en compagnie de Nassim et d'Inès. C'est un homme qui n'accepte pas d'être séparé de sa femme et comme de plus il est jaloux et ombrageux, il se pose des questions. D'ailleurs, ces deux maisons jumelles, il les reconnait. Avocat, il a traité une affaire huit ans auparavant et son client s'est pendu. Il en fait part à Nora, puis rentré à son cabinet, il se rend compte qu'il s'est trompé de numéro. Ce n'est pas la maison de Nora qui est devenue la maison du pendu, mais celle qui est accotée à la sienne. Mais ce qu'il ne comprend pas, en vérifiant les noms sur la boite aux lettres, c'est que le nom de Milo est associé à ceux de Tiphaine et Sylvain.

Tout les éléments du drame sont mis en place. Il ne reste plus qu'à Barbara Abel à allumer la mèche et déclencher cette tragédie.

 

Ce qui suit va peut-être vous interloquer : je vous conseille de ne pas lire le prologue. Un prologue permet de situer les personnages et l'action de l'œuvre et sert en général de préface ou d'introduction à ce qui s'est déroulé antérieurement. Or ici ce n'est pas le cas.

Le futur lecteur qui préfère s'imprégner de l'ambiance et de l'atmosphère d'un roman et qui au lieu de se fier à la quatrième de couverture, en lisant les premières pages, va être harponner par ce prologue. D'emblée il entre de plein fouet dans une scène d'angoisse et ce prologue terminé lorsqu'il entame le premier chapitre, toute la montée d'adrénaline qu'il a ressentie retombe comme un soufflé, le ressort se casse. Et en réalité ce prologue est à placer entre le chapitre 53 et le chapitre 54, soit quasiment à la fin de l'histoire. Ceci n'est qu'une mise en garde gratuite, vous faites comme vous voulez, mais je vous aurai prévenu.

Les allusions sont comme des rayons laser qui détectent la mauvaise conscience et la font sortir de son trou plus sûrement qu'une carotte devant le terrier d'un lapin.

Et ce sont bien les allusions puis l'interprétation qui en est faite qui servent de détonateur. Le lecteur ne peut s'empêcher de penser que les personnages agissent parfois en dépit du bon sens. Il voudrait leur dire, mais non, c'est pas comme ça qu'il faut faire, tu te conduis comme un(e) imbécile, tu cours à la catastrophe. Mais rien n'y fait. Ceux-ci ont décidé de prendre à leur compte cette maxime des Shadocks : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

Dans ce roman l'angoisse et le suspense montent en puissance, insidieusement, au fur et à mesure que Barbara Abel dispose ses personnages, les nouveaux et certains de ceux qui ont joué un rôle prépondérant dans Avant la haine, et développe l'intrigue. Tout l'art de jouer avec le lecteur dans un rythme lancinant, fascinant et incidemment de le laisser légèrement sur sa faim, car l'épilogue suppose une suite à cette histoire. Après la haine et Après la fin, pourquoi pas Après les débuts ?


Barbara ABEL : Après la fin. Editions Fleuve Noir. Parution le 14 novembre 2013. 334 pages. 18,50€.

Repost 0
22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 09:17

Sur les chapeaux de roues... !

 

wagenaar.jpg


A quelques jours du départ des 24 heures du Mans, l’effervescence est à son comble dans les stands des différentes écuries engagées. Tout autant chez Bentley dont c’est le retour, que chez Audi ou les sans grades qui recherchent les places d’honneur comme chez Amoncar.

Pierrot Tracy, journaliste à Automobile International, réputé pour son éthylisme, repense en cette année 2001, à ce qui c’est déroulé vingt ans auparavant. Un accident qui s’est terminé tragiquement.

Bouboule, cuisinier de l’écurie Amoncar, croit reconnaître en ce journaliste le frère d’un pilote. Tracy nie toute attache fraternelle mais il pensait qu’en vingt ans il avait changé physiquement. Assez pour déjouer toute identification. Il n’a qu’une solution avant que Bouboule à la langue bien pendue, parle autour de lui de cette coïncidence. Le tuer. Puis il enlève Emilie, attachée de presse et fille du patron de l’écurie, et la cache dans son camping-car.

En réalité il n’a qu’une obsession, faire perdre toute crédibilité à Morris Malagut, le premier pilote d’Amoncar, contre lequel il voue une rancune tenace. Malagut n’est qu’un fier à bras, qui revient sur le circuit, apportant, selon ses dires, des sponsors. Mais ce n’est pas un coureur exemplaire. D’autres évènements, non imputables à Tracy, se jouent en coulisse, et les policiers chargés de l’enquête y perdent le peu de latin qu’ils connaissent.

 

Off course est un roman de fiction certes mais ancré dans un cadre réel et dans lequel se côtoient protagonistes fictifs et personnages connus. Menée à un rythme haletant cette intrigue sur fond de vengeance mène le lecteur de surprise en surprise, durant les vingt quatre heures de la course. Le décor et les à-côtés de ce cirque automobile en fournissent un charme supplémentaire qui ne laissera pas insensible ni le lecteur accro des courses ponctuées d’ennuis mécaniques, ni l’amateur de suspense.

 

Voir ma présentation des éditions Libra Diffusio


Renaud WAGENAAR : Off course, Traque aux 24 heures du Mans. Editions Libra Diffusio. Parution janvier 2004. 248 pages. 10,00€.

Repost 0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 12:00

 Bon anniversaire à Jim Nisbet né le 20 janvier 1947.

 

nisbet.jpg


Viré de la police pour une quelconque bavure, une bricole, Martin Windrow s'est reconverti comme détective privé. Ce n'est pas le premier, ce ne sera pas le dernier. Pour l'heure Windrow relève de blessures, aussi il se contente d'un petit boulot pas trop difficile, pas trop fatigant, porter par exemple la convocation de comparution devant le tribunal et les papiers du divorce à un certain Herbert Trimble.

Mais lorsqu'il arrive chez celui-ci c'est premièrement pour trouver porte close et puis ensuite tomber sur les gars de la Criminelle qui enquêtent sur le décès plus que suspect de la voisine de Trimble.

Ce pourrait être un suicide mais il s'agit plus vraisemblablement d'un meurtre. Tout accuse Trimble d'être le coupable. Une trace de sang à l'intérieur de son appartement mais surtout une phrase dactylographiée sur une feuille qui dépasse de la machine à écrire : J'ai toujours voulu

écorcher vif une femme, l'impliquent. Comme début on ne fait guère mieux !

Windrow ne croit guère à la culpabilité de Trimble. Consciencieux il va annoncer la nouvelle à l'ex-épouse de Trimble mais non seulement il risque se faire violer par celle-ci mais de plus il fait la connaissance d'un homme qu'il pense être Trimble et qui manie avec désinvolture et dangerosité un canne-épée. Rien que ceci lui donnerait envie de faire sa propre enquête, mais qu'un homosexuel lui propose deux cents dollars pour le faire le conforte dans sa décision. Alors pourquoi se gêner, même s'il marche sur les brisées de ses anciens collègues.

 

Jim Nisbet, dans ce premier roman traduit en France, nous propose de découvrir un détective privé qui commence mal son entrée en littérature puisqu'il relève de blessures et est à peine guéri. Des petits bobos, côtes cassées et points de suture à l'abdomen et aux fesses par exemple, qui n'entament en rien son courage. Un bon premier roman qui en appelait d'autres, ce que fit d'ailleurs François Guérif, le directeur de cette collection.

Un roman qui ne force pas trop sur les doses d'hémoglobine, de violence et de sexe, et qui se lit d'une traite avec plaisir. Un nouvel auteur qui a conquis depuis de nombreux lecteurs, et la collection compte désormais une douzaine de romans à découvrir pour ceux qui ne l'ont pas encore lu.


Jim NISBET : Les damnés ne meurent jamais. Traduction de Freddy Michalsky. Collection Rivages Noir N° 84. Parution Février 1990. Editions Rivages. 192 pages. 7,65€.

Repost 0
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 08:51

Vous les hommes...

 

hommes.jpg


Responsable du service de recherche clinique de neurologie au Royal Edimburg Hôpital, le docteur Scott Kinross s’est plus particulièrement focalisé sur l’étude des maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Sa collègue Jenni Cooper travaille sur les calculs statistiques de prévision de basculement et elle pense être parvenue à déterminer un indice fiable approchant les 90%. Et ce soir là elle appelle en urgence Scott, une de leurs patientes étant supposée basculer dans la démence dans un laps de temps assez proche. Le pronostic établi par Jenni est malheureusement fiable et Scott ne peut que constater le basculement fatal. La vieille dame qui ne souffrait que de troubles de la mémoire s’est transformée en malade agressif.

Dans divers endroits de la planète des phénomènes étranges se concrétisant sous forme d’assassinats en série se produisent en cascades. En Sibérie des ouvriers employés dans une mine de lithium deviennent en peu de temps des meurtriers, se tuant les uns les autres sans raison. Seuls deux employés sont toujours vivants, gravement blessés et leur esprit quasiment irrécupérable, et Eileen, une jeune Australienne qui n’était descendue sous terre que depuis peu, a réussi à échapper aux forcenés. Mais elle est traumatisée et ne peut répondre aux questions du docteur Scott qui s’est rendu sur place. Dans le recoin où elle s’était réfugiée figurait une inscription tracée en lettres de sang : Nous étions les hommes ainsi que l’empreinte d’une main. En Alaska un phénomène similaire se produit, dans une école d’électronique, et une trentaine d’élèves s’entretuent. Scott est alerté par un psychiatre de Washington et le transfert d’un survivant est organisé. Le jeune homme est atteint de démence. Une infirmière parvient à canaliser ses émotions. Entre le malade et sa soignante s’établissent des liens plus qu’amicaux, seulement tout se gâte lors d’une expérience. Les policiers qui assistent à l’entrevue entre le malade et son infirmière interprètent mal le geste effectué par le dément et l’abattent.

Scott est sollicité par Greenholm, un vieux monsieur richissime, afin qu’il soigne sa femme. L’homme utilise un stratagème sournois mais il parvient à ses fins. En échange il offre son aide financière et logistique afin que les travaux réalisés par Jenni et Scott puissent se concrétiser sous forme de brevets. Or ces dossiers, explosifs, sont âprement convoités par des associations, des personnes peu scrupuleuses, car leurs travaux et surtout les conclusions auxquelles Scott et Jenni ont abouti, vont à l’encontre de leurs intérêts. Pour certains le progrès est doit être un but mercantile, quelles qu’en soient les conséquences sur l’humanité. Et pour arriver à leurs fins ils n’hésitent pas à employer la manière forte. Heureusement Scott et Jenni vont pouvoir compter sur Greenholm et son bras droit et garde du corps et accessoirement par une cellule de recherche composée de Jésuites.

 

Nous-hommes.jpgGilles Legardinier pose avec lucidité et humanisme le problème des intérêts dans la recherche médicale. Problème divergeant selon qu’il est abordé d’une manière réductrice et rétrograde, financière ou tout simplement dans le but de soulager des malades et leurs familles. Les attitudes, les intérêts, les options diffèrent selon les caractères humanistes, égoïstes, égocentriques, mercantile des diverses parties en présence. Et si Gilles Legardinier nous entraîne dans une fiction, il ne faut pas oublier que parallèlement les semenciers et les laboratoires pharmaceutiques n’hésitent pas à mettre en avant des pratiques fallacieuses. La maladie d’Alzheimer est une des priorités médicales actuellement, et tous les ravages qu’elle provoque ne sont pas encore bien définis. Tout comme sa genèse et son évolution et surtout quels sont les facteurs déclenchant. D’autres problèmes, d’autres pistes sont abordés par Gilles Legardinier, mais si c’est fondamental, il existe autre chose dans ce roman : le ressort principal réside dans l’espoir. En filigrane l’espérance d’un monde meilleur. Une utopie ? Peut-être, sûrement, car le progrès est toujours source d’envies de bénéfices exorbitants. Si le début et l’épilogue du roman sont particulièrement spectaculaires, le corps du récit joue surtout sur l’émotion même si parfois il m’a paru manquer de punch, de traîner en longueur. Je ne voudrais pas clore cette note sur une note négative, car ce roman ne le mérite pas. Au contraire, il mériterait un coup de cœur, dans le sens sentimental évidemment et non dans le sens organique.


Gilles LEGARDINIER : Nous étions les hommes. (Première édition : collection Thriller, éditions Fleuve Noir; février 2011). Réédition Editions Pocket. Parution 9 janvier 2014. 468 pages. 7,60€.

Repost 0
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 14:18

Bon anniversaire à Franz-Olivier Giesbert, né le 18 janvier 1949.


immortel.jpg

 

Quatre truands Marseillais abattus à quelques semaines d’intervalle, en des endroits différents, et appartenant au gang du Rascous, voilà de quoi intriguer la commissaire Marie Sastre. Le Rascous est l’un des gros pontes de la pègre et les soupçons pèsent sur Charly, autre truand local, travaillant un peu en franc-tireur.

Dix huit mois auparavant, huit hommes du Rascous, avaient monté une embuscade. Charly, malgré vingt deux balles dans tout le corps s’en était sorti miraculeusement. Depuis il vit sur un bateau et n’a gardé que quelques fidèles. Martin, ami d’enfance et trésorier de l’OM, et Mickey et Pat, deux lieutenants en qui il a toute confiance. Une autre piste est évoquée, celle du Pistachier, concurrent direct du Rascous, enfermé depuis des années ,aux Baumettes, mais toujours influent. Charly, traqué doit changer plusieurs fois de lieu de résidence.

Deux autres affidés du Rascous sont descendus, dans des conditions quasiment identiques, mais Charly est hors de cause. Ses animaux, puis Mickey sont mis hors jeu. Aidé de Pat, Charly contacte Aurélio le Finisseur et lui démontre que ses arrangements avec le Rascous ne tiennent pas. Aurélio se fait gruger, ce qui ne plaît guère au jeune truand en devenir. Le Rascous fait enlever Anatole, le fils de Charly, mais Boumian, devenu bras droit du truand facilite l’évasion du gamin.

 

Roman basé sur la guerre des gangs, un de plus, L’Immortel vaut surtout par ses doses d’humour et d’invraisemblance et qui pourtant puisent certains fait dans la réalité.

Franz-Olivier_Giesbert.jpgLe lecteur ne peut s’empêcher de ressentir une certaine sympathie envers Charly, malgré ses méfaits, peut-être parce que ses adversaires sont encore plus corrompus, plus malsains, plus vils. Le Rascous s’enorgueillit de posséder dans sa manche de relations qui se nichent à la Chambre des Députés et même dans quelques ministères clefs, relations qui l’abandonneront vite lorsqu’il sera grillé.

La morale reste sauve, en façade. Plus que le récit, classique, c’est la magie des mots, du parler marseillais, qui opère. Des mots que l’on décrypte, car le lexique est absent, et qui sentent bon la fragrance provençale.

Un film réalisé par Richard Berry a été adapté de ce roman. Il est sorti le 24 mars 2010 et avait comme interprètes principaux : Marina Foïs, Claude Gensac, Gabriella Wright, Jean Réno, Kad Mérad, Jean-Pierre Daroussin, Richard Berry et Venantino Venantini dans les rôles principaux.


Franz-Olivier  GIESBERT : L’Immortel. (première édition Flammarion 2007). Réédition J’ai Lu Policier N°8565. Février 2008. 320 pages. 6,80€.

Repost 0
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 07:32

La sardine à l'huile, c'est plus difficile mais c'est bien plus beau que la sardine à l'eau...

 

cario.JPG


La sardine est à Douarnenez ce que sont les Bêtises à Cambrai, la Bergamote à Nancy et les Tomates à Marmande.

A la différence près que ces petites bêtes se présentent par millions en mer un jour et que le lendemain elles ont disparu comme par enchantement. Peut-être noyées.

Les premiers à ressentir cette défection sont bien sûr les pêcheurs qui comptent sur la manne maritime pour nourrir la famille. Ensuite les ouvrières des conserveries car pas de poisson, pas de travail. Et lorsqu'il y en trop de sardines, jamais assez pour les patrons, comme les ouvrières sont payées à l'heure au lieu du mille de sardines depuis les grèves de 1905, il ne faut pas traînailler, la contremaîtresse est là pour activer le mouvement.

Dolorès Marquez est fille de pêcheur. Son père espagnol d'origine, Diego, s'est échoué sur la côte et s'est pris dans les filets des yeux de la belle Marie. Ils se sont mariés et n'ont eu que Dolorès comme enfant. Mais quelle enfant. Rousse au teint mat, un anachronisme qui n'est pas rédhibitoire pour ses consoeurs. Car Diégo a réussi à faire embaucher sa fille chez Monsieur Guéret où elle est employée au tri lors de la réception des poissons, une place située tout en bas de l'échelle des ouvrières, en compagnie de gamines plus jeunes qu'elle. Sa beauté farouche attire l'attention de La Murène, la contremaîtresse, ce qui ne manque pas de déclencher l'ironie et les sarcasmes chez ses collègues. La Murène est, à tort ou à raison, soupçonnée de préférer les femmes aux hommes.

cario4.pngEn sortant de l'usine, Dolorès remarque la Clopine, surnommée ainsi à cause de son pied-bot. La vieille femme avait eu le tort d'être à la pointe des grèves de 1905, et elle avait été licenciée, son nom écrit à l'encre rouge sur les carnets d'embauche des usiniers. Une amitié bourrue s'établit entre la vieille femme et la jeune fille. Des rumeurs de grève commencent à s'étendre et la Clopine n'est pas la dernière à prôner la révolte. Dolorès a l'esprit vif, la répartie facile, ne se laisse pas monter sur les pieds, et cela parfois joue en sa défaveur. Mais elle est jeune, insouciante et elle remarque que Joseph, surnommé Glazig à cause de ses yeux bleus, la regarde avec justement des yeux énamourés. Elle n'est pas insensible à ce gamin plus jeune qu'elle. Elle va quand même avoir bientôt dix-sept ans.

A l'usine, c'est la course contre la montre, et les pêcheurs cario2.jpgsont tributaires des déplacements de bancs de poissons. Diego rêve de pouvoir aller comme certains de ses compères aller à la pêche à la langouste verte au large de la Mauritanie. Outre le fait qu'il serait parti durant de longues semaines, il lui manque les fonds nécessaires pour s'équiper pour une telle expédition. Et un jour alors qu'il allait aborder au quai avec ses marins, une chaloupe effectue une mauvaise manœuvre, et il se retrouve la main gauche coincée entre le plat-bord et la bordure de l'appontement. Il est handicapé et cela va dégénéré. Dolorès elle est importunée par la Murène qui l'incite à la voir chez elle, mais là encore de cette rencontre va découler un incident préjudiciable.

Puis elle aura l'opportunité de devenir demoiselle de compagnie de Guéret dont la demeure est un véritable château. Elle pensait surtout pouvoir aider ses parents, mais elle est considérée comme une pestiférée par les autres ouvrières de l'usine, par la majorité même des habitants de la cité portuaire qui considèrent sa décision comme une trahison. Là encore les rumeurs vont bon train (être colporteur de ragots est un métier facile qui ne demande pas de diplôme) et on l'accuse de coucher avec le patron, un quinquagénaire. Ophélie, une vraie petite chipie, ne manque pas de l'asticoter à propos de certains événements douloureux dont Dolorès serait responsable.

cario1.jpgDans ce docu-roman, c'est toute une époque qui nous est restituée sous nos yeux pleins de compassion. Le dur labeur des sardinières, jusqu'à seize heures de travail parfois, les pieds chaussés de sabot leur coupant la peau, les glissades sur les viscères des sardines, les doigts coupés en étêtant les poissons, les éclaboussures de la friture défigurant parfois les visages, sous l'œil vindicatif et les accès de colère de la contremaîtresse toujours à critiquer négativement ses ouvrières qui ne font pas attention. Le tri sélectif des poissons par des gamines de douze ans, l'école n'étant pas une priorité, effectués avec virtuosité afin de ne pas meurtrir la chair est une opération délicate, tout autant que l'étêtage ou la friture, mais les grades ne sont pas les mêmes et la paie, lâchée au compte-gouttes, arrive à peine à garnir les assiettes. Pourtant, des instants de joie sont préservés par les ouvrières elles-mêmes qui organisent de temps en temps des danses entre deux vacations, afin de se détendre. Quant au sertissage des boites de conserves, les soudeurs-sertisseurs sont remplacés par des machines qui possèdent l'avantage d'aller plus vite et de ne pas revendiquer.

Entre l'été 1923 et le début de l'année 1925, on assiste à la montée en colère des ouvrières, les Penn-sardin ou Têtes de sardines appelées ainsi à cause de leur coiffe, aux grondements de révolte, et l'on découvre quelle fut la vie quotidienne de ce petit peuple courageux et exploité. Douarnenez est la deuxième ville française à élire un maire communiste, Sébastien Velly, après Saint-Junien, et naturellement, les bourgeois, l'Eglise et le commissaire de police Le Gleut qui préfère fricoter aux côtés des puissants que des pauvres, crient haro sur les meneurs. Ils prédisent que tout se terminera comme cela a commencé, une bulle qui éclate au moindre accrochage. Le rôle des syndicats prend alors toute sa signification, surtout lorsque la grève fermera les usines. Les patrons sont décrits comme des êtres fiers, dédaigneux de la basse classe, se sentant investis par leur richesse comme les maîtres du monde. Pourtant la grève générale aura bien lieu, tandis que les usiniers se réunissent devant une table abondamment chargée de victuailles. C'étaient eux qui nourrissaient les ouvrières, et non pas celles-ci contribuaient à leurs richesses. Un déni de la réalité, un mépris affiché envers celles qu'ils considéraient sans l'avouer comme leurs esclaves. Et des briseurs de grève seront embauchés auprès des syndicats jaunes et de la droite fascisante, semant le trouble. Des coups de feu seront même tirés sur le nouveau maire Daniel Le Flanchec. Quatre-vingt-dix ans ont passé, la leçon n'a pas été retenue et les patrons du CAC 40 continuent de pressurer leurs employés, exerçant le chantage de la délocalisation. Le travail est moins dur certes, mais l'esprit est le même.

L'usine était un univers qu'elles exécraient, et rares étaient celles qui éprouvaient un vrai plaisir à s'y rendre. Les ouvrières n'avaient aucun moyen légal de se défendre, puisque la législation du travail accordait aux patrons des conserveries alimentaires la dérogation de faire travailler jusqu'à quarante-huit heures d'affilée. Deux jours sans dormir : on n'imposait pas labeur plus inhumain aux "forçats" de Zola.

Et effectivement, le lecteur est plongé au cœur de la triste réalité et Zola ne pouvait pas ne pas être évoqué. Daniel Cario, au travers d'un roman historico-social mêle fiction, le personnage de Dolorès et ceux qui l'entourent, ses premiers émois et son émancipation, et réalité avec les personnages de Velly, Le Flanchec, Charles Tillon, le commissaire Le Gleut, des usiniers comme Béziers, le briseur de grève professionnel Léon Raynier et quelques autres. Et le lecteur ne restera pas insensible à cette page d'histoire, bretonne certes, mais dont de nombreuses régions sous des formes et des corporations différentes ont connu les mêmes combats.


Daniel CARIO : Les Coiffes rouges. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. 444 pages. 20,00€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables