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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 07:32

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Après une opération de la hanche dont il ne ressent quasiment aucune séquelle, Frank MacLeod reprend du service à l'instigation de Peter Jamieson et de son bras droit John Young. Durant son indisponibilité, près de six mois, les deux hommes ont eu recours à Calum MacLean, mais le suppléant de Frank est grièvement blessé aux mains et ne peut donc pas assurer une nouvelle mission. De plus Frank est peut-être un peu vieux, de l'ancienne école, mais il est fiable tandis que Calum travaille en indépendant.

Tommy Scott, un jeune revendeur de drogue de Glasgow, vient d'être embauché par Shug, un concurrent de Jamieson. Scott se débrouille bien, même si pendant quelques années il livrait à domicile en bicyclette. Il est toujours accompagné d'un condisciple, Balourd surnommé ainsi à cause d'une certaine niaiserie. Et Scott fait de l'ombre à Jamieson qui confie la tâche, assez facile, à Frank de s'en débarrasser. Franck a de l'expérience mais il se fait vieux. Il se rend au domicile de Scott dans un immeuble délabré, promis à la démolition et dont la plupart des appartements sont inoccupés. Mais il ne se méfie pas assez et, après un premier repérage, tandis qu'il toque à la porte de Scott, Balourd l'assomme en sortant de l'appartement qui est en vis à vis.

Frank se demande si sa vie n'est pas en train de se terminer dans un logis minable. Scott téléphone immédiatement au bras droit de Shug car il ne sait que faire de son prisonnier. Après concertation entre Shug et son homme de main, ceux-ci décident d'envoyer un tueur finir le travail. Shaun Hutton, accepte, peut-il vraiment refuser, mais auparavant il prévient Jamieson qu'il va devoir se débarrasser de Frank. Il lui donne une heure avant de passer à l'acte.

Young et Jamieson pensent à Calum MacLean pour débrouiller la situation. Celui-ci dort lové dans les bras de sa compagne, et aussitôt, prétextant un problème avec son frère, il se rend chez Scott, et délivre Frank après avoir abattu Scott et Balourd et maquillé les lieux du crime. Lorsque Hutton se pointe sur les lieux, il n'a plus qu'à constater les dégâts et prévenir Shug que la mission s'est terminée en eau de boudin.

Le temps des questions est arrivée. Pourquoi Frank s'est-il laissé surprendre comme un bleu malgré son expérience ? Des erreurs n'ont-elle pas été commises ? Calum MacLean, son sauveur, celui qui l'avait suppléé lors de l'affaire Lewis Winter, n'a-t-il pas lui aussi commis quelques égarements ? Tout d'abord le fait d'avoir une fille couchée dans le même lit chez lui, n'aurait jamais dû se produire. Il sait qu'il peut être appelé à toute heure et la nuit il est plus compliqué de donner des explications même vaseuses à quelqu'un qui n'est pas au courant de sa profession.

Calum MacLean est un indépendant et Jamieson aimerait pouvoir l'intégrer à son équipe et qu'il ne dépende que de son organisation. Frank lui se demande comment il peut se retirer dignement de la circulation, prendre impunément sa retraite sans que cela lui soit préjudiciable, agir en finesse en sachant que dans ce milieu on ne peut pas partir sans dépôt de garantie. Et un échec peut être rédhibitoire.

Le lecteur, sans ressentir une empathie envers Frank MacLeod et Calum MacLean, est attiré par ces personnages. Il veut en toute inconscience leur dire, attention, tu fais une bêtise, cela va se retourner contre toi. L'écriture de Malcolm Mackay y est sûrement pour beaucoup, faisant partager au lecteur les pensées de ses "héros". Il les suit à la trace, il déambule avec eux, il s'immisce dans leurs pensées, il les partage et ce sont les autres, les truands de l'autre camp qui sont montrés comme les malfaisants de l'histoire. Il est vrai que nos deux tueurs ne s'attaquent pas à n'importe qui mais à d'autres personnages malfaisants, plus malfaisants qu'eux. Même les flics amenés à enquêter sur le double meurtre ne sont pas forcément sympathiques.

 

A lire chez du même auteur :

Il faut tuer Lewis Winter.

 


Malcolm MACKAY : Comment tirer sa révérence (How a gunman says goodbye - 2013. Traduit par Fanchita Gonzales Batlle). Editions Liana Levi. Parution le 3 octobre 2013. 288 pages. 18,00€.

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 07:16

 

Toc, toc, toc, qui qu'est là ?

 

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Comme dans Fête fatale (voir ci-dessous), l'un de ses meilleurs romans, William Katz nous propose une course contre la montre associée à un enquête dite de procédure policière.

Karlov, inspecteur new-yorkais, est désigné pour enquêter sur une série de meurtres commis à Manhattan. Les victimes sont toutes des jeunes femmes, vivant seules, et dont l'un des points communs est d'avoir passé une petite annonce pour vendre leur appartement.

Caractéristique de ce tueur fou et maniaque, il laisse près des corps de ses victimes une gondole en papier. Ce qui n'est pas forcément marrant comme on dit à Venise (je sais, c'est un à-peu-près, mais je me suis fait plaisir).

Maigre indice pour l'inspecteur Karlov qui essaie de remonter cette piste afin de démasquer le coupable. Mais cette piste n'est-elle point aléatoire et fragile ?

domicile2-copie-1Pourtant il doit se dépêcher d'appréhender le coupable, car non seulement celui-ci risque de compter d'autres victimes à son actif, mais de plus la psychose commence à gagner la population féminine de New-York.

Course contre la montre donc pour Karlov et menée de main de maître par William Katz qui ne s'embarrasse pas de descriptions inutiles. Pas de longueurs, pas de temps mort, un suspense oppressant qui va grandissant et laisse le lecteur pantois, essoufflé, tout en lui prodiguant un plaisir de lecture ineffable.

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Simultanément ou presque les éditions Le Livre de Poche rééditent Fête fatale (parution 2 octobre 2013. 288 pages. 6,90€) dont je vous propose le début de ma chronique :

 

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Samantha a décidé d’organiser une grande fête pour son mari qui aura quarante ans le 5 décembre. Elle a connu Marty au cours d’une soirée de promotion pour un livre de cuisine. Elle était rédactrice dans une petite agence de publicité et ce soir là le regard qu’elle portait sur les hommes a changé du tout au tout. Et depuis huit mois elle vit une lune de miel sans nuage et il était temps car elle a trente-cinq ans. Marty est chargé de relations publiques, ses journées sont très chargées. Il part tôt de leur appartement situé près de Central Park, rentre tard le soir.

Un emploi du temps qui permet à Samantha de fignoler ses invitations, en compagnie de Lynne son amie. Elle ne veut pas se contenter d’inviter les amis actuels, mais également ceux que Marty a fréquenté durant sa jeunesse et son adolescence. D’anciens condisciples par exemple, et des professeurs. Marty a fréquenté dans sa jeunesse l’école de journalisme et de relations publiques de Northwestern. Mais lorsqu’elle téléphone à l’établissement, la secrétaire affirme que ce nom ne figure pas dans ses registres ni dans le journal de l’université, journal auquel il a soi-disant participé. A Elkhart, dont il a fréquenté les écoles primaires et secondaires, même son de cloche. Aucune trace du passage de Marty Shaw, aucune représentation sur des photos de classe. Elle en parle vaguement à Tom Edwards, l’ami de Marty, mais celui-ci ne peut apporter aucun renseignement supplémentaire. Tout ce qu’il sait sur la jeunesse de Marty, c’est justement Marty qui le lui a dit... La suite ici.

 

 

William KATZ : Violation de domicile (Open house - 1985. Traduction de Danielle Michel-Chich). Première édition Presses de la Cité 1987.Réédition Presses de la Cité Octobre 2013. 288 pages. 21,00€.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 12:40

A l'Est y a du nouveau !

 

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Quoi de plus reposant, de plus serein, de plus calme, de plus indiqué qu'un ancien monastère pour suivre une thérapie de groupe, une constellation familiale selon la formulation du psychiatre Cezary Rudzki.

Il a réuni quatre personnes pour un week-end et ses patients couchent dans des cellules séparées et austères. Monacales en un mot.

Seulement le samedi matin, l'un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir enfoncée dans l'œil droit. Le procureur Teodore Szacki est en charge de l'affaire, assisté du commissaire Oleg Kuzniecov. La piste du suicide est envisagée car un tube de somnifère a été retrouvé dans la cellule du mort. Seulement il faudrait un courage inconscient à un individu pour s'enfoncer ainsi un objet pointu dans un globe oculaire.

Teodore Szacki interroge les différents participants à ce jeu de rôle particulier au cours duquel chaque personne interprétait un membre de la famille du sujet soumis à la thérapie. Et lorsqu'il n'y avait pas assez de monde, des chaises jouaient le rôle de figurants. D'ailleurs Cezary Rudzki montre au procureur une vidéo qui a été enregistrée le samedi, Henryk Telak étant confronté aux autres membres de cette réunion. Telak, directeur de la société Polgrafex, une imprimerie, avait perdu deux ans auparavant sa fille qui s'était suicidée. Son fils plus jeune est atteint d'une maladie cardiaque qui lui laisse peu d'espoir de survie. Et l'une des participantes devait jouer justement le rôle de la fille de quinze ans.

Alors qu'il attend Hannah Kwiatkowska, trente cinq ans, les autres patients étant Barbara Jarczyk, soixante ans, et Ebi Kaim, quarante ans, une jeune femme s'introduit dans le bureau deTeodore. Elle se présente comme étant Monika Grzelka, une journaliste qui d'habitude couvre les faits-divers et dont c'est la première fois qu'elle doit rédiger un papier sur une affaire criminelle. Fort avenante Monika impressionne Teodore qui, s'il n'en perd pas se moyens, se promet fort de la revoir. D'ailleurs c'est ce que Monika demande, puisqu'elle doit couvrir l'affaire.

Les dépositions des témoins, où plutôt des membres du groupe de thérapie, puisque personne n'a assisté au meurtre, madame Jarczyk ayant découvert le cadavre dans une crypte, une fois enregistrées, c'est au tour du thérapeute de donner sa version des faits. C'est lors de cet entretien que le procureur visionne la vidéo.

Mais Teodore n'a pas que cette affaire sur les bras et sa supérieure lui demande instamment de se dépêcher sans pour autant boucler le dossier et le classer sans suite. Au cours des funérailles auxquelles il assiste, il lui semble que la femme du défunt et son fils ne sont guère affligés.

 

Attardons nous maintenant sur Teodore Szacki et sa vie familiale. Avec Weronika, sa femme, avec laquelle il vit depuis quatorze ans, d'abord en union libre puis le mariage, ce n'est plus la fougue des débuts de leur liaison. Seule sa fille, Hela, sept ans, compte pour lui. Presqu'une relation fusionnelle. Mais à bientôt trente six ans, il se sent fatigué, vieux avant l'âge. Ses cheveux sont blancs, car il a pensé perdre Hela quelques années auparavant, et ces histoires de suicides ne sont pas là pour lui redonner le moral. Toutefois son attirance envers Monika ne se dément pas, et la jeune femme semble prendre un malin plaisir à le provoquer. Ils se donnent rendez-vous dans des cafés, dans un parc qu'il fréquentait souvent enfant et correspondent par mails. Mails qu'il efface soigneusement et dont il impute la faute à son travail lorsque sa femme est là. Mais il ne roule pas sur l'or et il lui faut calculer ses dépenses, afin de ne pas mettre en péril la comptabilité du ménage. Il est également un adepte des jeux vidéos.

 

Teodore se pose de nombreuses questions sur le meurtre de Talek. Par exemple, la découverte de grilles de loto, et plus particulièrement une combinaison qui figure sur chaque bulletin : 7, 8, 9, 17, 19, 22 (tentez votre chance !) et il est persuadé que ces numéros n'ont pas été choisis au hasard. En relisant les rapports, les dépositions, en discutant avec le policier Oleg Kuzniecov, il a l'impression qu'un élément lui échappe. Cette pensée le taraude mais il n'arrive pas à mettre le doigt, façon de parler, dessus. D'autant qu'en parallèle il doit s'occuper d'autres affaires, des dossiers en souffrance. En reprenant les numéros de loto, il pense qu'il pourrait s'agir de dates, aussi il se plonge dans des archives, compulsant d'anciens journaux. Les numéros fétiches de Talek doivent se référer à des épisodes du passé, mais lesquels ?

Peu à peu, ce qui n'était au départ qu'un roman d'énigme, quatre personnes cloitrée dans un lieu clos, chacune d'entre elles pouvant être considérée comme le ou la coupable idéale, se transforme en roman historique. En effet il faut à Teodore se plonger dans le passé de la Pologne, celle d'avant la chute du mur de Berlin, et s'intéresser au fonctionnement des services politiques et sécuritaires. Car, comme le fait si bien remarquer un de ses interlocuteurs, un historien, les services de sécurité s'ils ont été abrogés, les hommes qui en dépendaient n'ont pas pour autant été chassés. Il consulte également un collègue de Cezary Rudzki afin d'avoir un avis différent. Et Teodore ne sait pas qu'un vieil homme suit de loin son enquête.

 

On appréciera la visite guidée de Varsovie, un parcours semé de monuments mais sur l'architecture desquels l'auteur ne s'appesantit pas trop afin de distraire le lecteurs de l'intrigue. Quelques réparties humoristiques sont placées ça et là afin de détendre l'atmosphère, comme dans la vie courante, de même que la scène du supermarché où Teodore effectue ses emplettes sent le vécu.

L'histoire se déroule du 5 juin 2005 au 17 juin 2005, avec une impasse sur les 12 et 16 juin, chaque date équivalant à un chapitre et se clôture le 18 juillet de la même année. Chaque chapitre est précédé de brèves de journaux, décisions politiques, faits divers et culturels du monde et de la Pologne, météo du jour. Ce qui permet de se remémorer certains événements.

Si des auteurs polonais ont déjà été traduits en France, dans le domaine de la SF notamment avec Konrad Fialkowski dans la collection les Best-sellers de la Science-fiction au Fleuve Noir, c'est à ma connaissance la première fois qu'un auteur de romans policiers l'est. Et les éditions Mirobole entendent bien continuer dans cette voie aussi bien en Fantastique qu'en policier, avec des auteurs de l'Europe de l'Est. Longue vie donc aux éditions Mirobole !


Zygmunt MILOSZEWSKI : Les impliqués (Uwiklanie - 2007. Traduit du polonais par Kamil Barbarski). Editions Mirobole, collection Horizons noirs. Parution le 3 octobre 2013. 448 pages. 22,00€.

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 12:27

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Agent spécial du FBI, affectée au service de police judiciaire et nommée à la tête d’une équipe chargée des relevés d’indices, Kimberly Quincy est jeune, belle, intelligente (qualificatifs à décliner dans l’ordre que vous désirez) et sur les rails d’une carrière prometteuse. Fille d’un célèbre ancien profileur, elle est mariée avec Mac, lui aussi agent du FBI spécialisé dans les affaires de drogue. De plus elle est enceinte de quelques mois, ce qui l’empêche d’accéder aux exercices de tir, ce qui en soi ne la prive guère. Mais elle aime son travail et comme Mac se trouve dans les mêmes dispositions, ils ne se retrouvent pas souvent au lit afin de parler de l’avenir, sauf de leur travail, des enquêtes en cours et d’une éventuelle promotion proposée à Mac. A Savanah, à l’autre bout de la Géorgie. Mais j’anticipe.

Une jeune femme, une prostituée de Sandy Springs arrêtée en possession de drogue, désire absolument lui parler. Sal, un agent du GBI (Georgia Bureau of Investigations, une branche du FBI qui n’opère que dans l’état de Georgie), prévient Kimberly en pleine nuit alors qu’elle vient de participer à une opération de ratissage à la suite d’un crash d’avion, et qu’elle doit se lever de bonne heure le lendemain. Malgré les réticences de Mac, elle accepte. La prostituée prétend se nommer Delilah Rose et être une informatrice officielle de Kimberly. Ce qui est faux bien sûr. Mais surtout elle veut que s’enclenche une procédure de recherche à l’encontre d’une dénommée Ginny Jones, prostituée comme elle et qui a disparu. De plus elle affirme qu’un certain Dinechara, anagramme de Arachnide, veut lui faire passer le goût de vivre. Détail troublant Delilah porte deux tatouages d’araignée, une toile sur le ventre et une adorable bestiole qui grimpe jusqu’à sa nuque.

Renseignements pris, effectivement des hétaïres ont disparu, sans laisser de traces. Selon les supérieurs de Kimberly elles peuvent très bien s’être déplacées dans d’autres états contigus et rien n’incite à ouvrir des démarches de recherche. Kimberly s’obstine, d’autant que Sal retrouve par deux fois, coincées sous ses essuie-glaces, des enveloppes contenant des permis de conduire appartenant justement à des filles de joie dont la disparition a été signalée. Mais cette enquête, que Kimberly prend à cœur pour plusieurs raisons, possède un fort goût prononcé de manigances, de manipulations. Kimberly a perdu sa mère et sa sœur à cause d’un serial killer, et elle-même en a arrêté un autre quelques mois auparavant, d’où la vindicte à son encontre de la part du dénommé Dinechara.

Du moins c’est ce qu’elle ressent lors des déclarations de Delilah. Mais la jeune femme, si elle délivre ses informations au compte-gouttes, par exemple Dinechara roulerait à bord d’un 4X4 noir et porterait en permanence, comme greffée sur son crane, une casquette de base-ball de couleur rouge, mélangerait habilement vérités et mensonges. Et si Delilah n’était autre que Ginny Jones, la prétendue disparue ? Et si elle roulait consciemment ou inconsciemment Kimberly dans la farine ?

Malgré les réticences de ses supérieurs et de Mac, Kimberly persévère dans sa quête aidée par Sal et quelques autres membres du FBI répartis dans divers services. Pendant ce temps Rita, une nonagénaire qui vit dans une vieille maison bourgeoise avec ses souvenirs plus ou moins prégnants, comme le fantôme de son frère Joseph et ses activités de famille d’accueil quelques décennies auparavant, s’entiche d’un gamin affamé qui lui rend visite de temps à autre et tente de l’apprivoiser.


Ce roman qui démarre comme une banale enquête de personnes disparues, prend au fur et à mesure de sa progression une dimension sociale et étouffante qui ne laisse pas insensible. L’accent est mis sur la pugnacité de quelques éléments représentatifs de la police en général, malgré les avis négatifs de la hiérarchie. Et lorsque s’invitent dans le récit le père de Kimberly, ancien profileur je le rappelle et sa belle-mère elle-même ancien membre de la police, l’intrigue prend une dimension supplémentaire car à l’affectif, souvenons-nous que Kimberly est enceinte, se greffe l’expérience de personnes qui ont eu à régler des problèmes sinon similaires du moins comparables dans leur complexité.

Je ne voudrais pas insinuer que les relations entre les araignées, qu’elles soient mygales, araignées violonistes ou autres et plus particulièrement Henrietta sa préférée, sont les scènes les plus intéressantes du roman, mais celles qui mettent en scène l’homme et ses arachnides s’avèrent fortes. Je ne voudrais pas dire émouvantes mais la description de leurs relations, de l’amour, de la passion qui transporte le monstre, la scène qui notamment le voit essayer sa préférée à réussir sa mur, sont assez attendrissantes même si on est arachnophobe. Le personnage de Rita aussi avec ses souvenirs, ses relations avec l’épicier du village, sa gentillesse bougonne envers Scott transmettent des images humanitaires intéressantes, mais ce ne sont pas les seules qui émergent du livre. 

Un roman qui mériterait de concourir au Prix littéraire 30 Millions d’amis et éventuellement de le remporter. Quant à Lisa Gardner, elle parvient à emprisonner le lecteur dans sa toile soigneusement tissée.

 

 

Lisa GARDNER : Derniers adieux. (Say Goodbye – 2008. Traduit de l’américain par Cécile Deniard). Première édition : Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Octobre 2011. Réédition Le Livre de Poche Policier/Thriller. 504 pages. 7,90€.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 13:48

Au lieu de jouer au poker boursier, les banques devraient plutôt aider les entreprises à se développer, sinon celle-ci se trouvent dans l'obligation d'avoir recours à des financements prohibés par la législation.

 

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L'entreprise de textile Miss Lily-Ann, dirigée par Liliane Barré, est justement mal barrée. Il lui faut trouver des partenaires et Liliane s'est tournée vers les Japonais car Le Pays du Soleil Levant est son principal marché à l'exportation. Liliane est la jeune directrice de la marque Lily-Ann, mais cette entreprise familiale ne lui appartient qu'à hauteur de cinq pour cents. Le reste est entre les mains des autres membres dont Blanche, qui n'apprécie pas l'apparence vestimentaire et le maquillage arborés par cette nièce qui sort des sentiers battus. Ni le rapprochement avec des Japonais et les hôtesses qui effectuent des stages de mannequinat à l'usine puis repartent au bout de quelques mois pour des destinations qui ressemblent fort à des placements dans des clubs particuliers.

C'est ce que lui signifie Blanche en cette fin d'après-midi, un rendez-vous exceptionnel car les deux femmes n'ont pas pour habitude de se rencontrer. C'est Florence, la secrétaire sexagénaire, quarante ans de boîte et ayant connu les précédents directeurs de père en fils, qui établit son rapport hebdomadaire tous les vendredi à dix-huit heures. Un rapport concocté par Liliane. Car la jeune femme n'est guère prisée dans la famille ou ce qu'il en reste. Sa mère s'était amourachée d'un Italien et s'était retrouvée enceinte. Et elle n'avait pu se marier car le bellâtre n'était pas du sérail. Ce qui d'ailleurs l'arrangeait bien. Depuis sa nomination Liliane porte à bout de bras l'entreprise familiale, malgré son statut de bâtarde, ce dont elle est consciente.

Martial, en provenance de la Guadeloupe où il vivait, promenant des touristes à bord d'un bateau, vient de débarquer à Roubaix, où il loge provisoirement chez sa sœur et ses enfants. Ayant appris que l'usine Lily-Ann recherche un mécanicien afin de remettre en état de vieux métiers, il se présente un peu avant l'heure du rendez-vous d'embauche afin de découvrir l'endroit. Il engage la conversation avec Pauline une jeune femme blonde qui déclare travailler comme styliste, n'ayant pas d'horaires particulier. Plutôt le soir précise-t-elle et elle le quitte. Malgré son manque de diplôme Martial est embauché. Il ne s'y attendait pas, mais il ne va pas faire la fine bouche, au contraire. Puis il retrouve Pauline qui lui présente Francis, un vieil employé en retraite, lequel, lorsqu'il a envie de découcher s'est aménagé une petite pièce pouvant lui servir de chambre. Pauline, avenante, tape dans l'œil de Martial, et apparemment c'est réciproque. En rentrant Martial aperçoit un motard qui a des problèmes avec son engin. La réparation effectuée, ils se présentent. L'homme qu'il a dépanné n'est autre que Marc Flahaut, inspecteur de police de son état.

Peu de jours après, alors que les approches entre Martial et Pauline se sont concrétisées entre deux draps, Blanche Barré est découverte assassinée. Marc Flahaut est désigné pour conduire l'enquête. Mais ses rapports avec son collègue Sauvignon sont conflictuels et l'antagonisme entre les deux hommes risque de perturber l'enquête. Leur supérieur décide de confier d'autres affaires à Flahaut qui continue malgré tout à suivre de très près l'affaire Barré, quitte à marcher sur les plates-bandes de son collègue. Entre Martial et lui se sont créés des liens d'amitiés, ce qui ne l'empêche pas de porter ses soupçons sur son nouvel ami. Mais les prétendants à l'assassinat de la vieille dame ne manquent pas, en commençant par Liliane, la directrice japonisante.

 

Il ne suffit à Lucienne Cluytens que quelques lignes pour décrire une situation, alors que d'autres auraient eu besoin de plusieurs pages. Ce sens de la concision permet de placer des idées fortes sans pour autant engluer l'intrigue dans des considérations oiseuses.

De qui croyez-vous que soient constituées les grandes compagnies, les sociétés internationales ? Avec qui s'acoquinent la plupart des hommes politiques ? Enfin, Florence, la collusion est connue. Et si ce n'est pas la "vraie" mafia, tous ces dirigeants en forment une autre sorte, tout aussi irrespectueuses des lois et des citoyens; L'honnêteté se dilue au fur et à mesure qu'on monte les échelons. Ainsi s'exprime Liliane auprès de Florence, sa secrétaire.

Lucienne Cluytens nous entraîne dans une enquête dont le rayon d'action se situe entre Wattrelos, Roubaix et Lille, cette région industrielle dévastée. Son héros, le policier Marc Flahaut est un électron libre qui par moments fait un peu penser à Maigret. Il renifle, il scrute, il réfléchit et ne se laisse pas abuser par son instinct ou par des évidences. Avec simplicité, mais pas simplisme, elle décrit ses personnages, des gens ordinaires sauf Lily-Ann alias Liliane qui s'est créé un rôle afin de mieux pouvoir exporter vers le Japon, son principal débouché. Les situations, les conflits également sont abordés sans que cela pèse sur l'intrigue. La grève préconisée par le délégué syndical par exemple.

Miss Lily-Annest construit comme un véritable roman de détection et d'énigme (les puristes appellent cela un Whodunit), les indices sont placés ça et là judicieusement, et le lecteur logiquement va trouver la solution, résoudre quelques mystères qui attisent son attention, mais il lui faut bien analyser toutes les pistes placées ça et là, et ne pas précipiter son jugement. Lucienne Cluytens signe le retour du roman policier vivant et ludique.

 

 

Lucienne CLUYTENS : Miss Lily-Ann. Editions Krakoen. 288 pages. 15,00€.

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 12:20

 

Modèle déposé !

 

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Le docteur Rudy Graveline est un célèbre chirurgien installé à Miami et il est adulé de ses clientes. Il remodèle ses patientes qui se plaignent d'un nez trop long, d'une poitrine pas assez ferme ou peu développée, de rides trop envahissantes ou d'une culotte de cheval par trop disgracieuse. Tout le monde est content de ses services sauf celles qui ont eu à subir quelques erreurs dans le maniement de ses scalpels, dans le surdosage d'un renflement mammaire, ou tout simplement qui ont laissé leur vie sur la table d'opération. Quoique dans ce cas, ce n'est pas la patiente qui se plaint.

En réalité, le bon docteur Graveline est un charlatan qui possède une équipe expérimentée, mais parfois il est obligé de mettre la main à la pâte.

Mick Stanaham, cinq mariages, cinq divorces, est un enquêteur en retraite anticipée forcée. Faut avouer que parfois il conduisait ses enquêtes de manière expéditive, peu orthodoxe, et il a donc cinq cadavres à son actif. Le docteur Graveline se résout avec regret à envoyer Mick au pays de ses ancêtres. Une affaire vieille de quatre ans risque de ressurgir et mettre ses activités rémunératrices en péril.

Mick n'est pas le genre de personnage à se laisser faire sans remuer dans les brancards. Et dans ce cas, gare aux éclaboussure. Commence un chassé-croisé entre une équipe de télévision à l'affût du moindre scandale, de quelques truands légèrement fêlés, de jeunes femmes attirées par l'appât du gain, de vedette de cinéma en proie au doute quant à l'esthétique de son corps et de flics plus ripoux que nature.

 

cousu main1Cousu mainest une véritable farce où le grotesque se le dispute au macabre. Un roman complètement hilarant, décapant, dans lequel la chirurgie plastique est tailladée en pièces. Enfin, une certaines chirurgie plastique ! Un livre complètement dément où scènes d'horreur voisinent avec un humour noir du plus corrosif effet. Un petit exemple en passant, histoire de vous mettre l'eau à la bouche : un truand ayant perdu une main se fait greffer une tondeuse à fil à la place. Etonnant, non ?


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Carl Hiaassen est un peu comme un entomologiste scrutant une colonie de fourmis en s'attardant plus volontiers sur les formicidés se comportant bizarrement. Il étudie ses compatriotes avec la même attirance que le scientifique décrivant ceux qui se détachent du lot.

 

 

Carl HIAASEN : Cousu main. (Tight - 1990. Traduction de Yves Sarda). Première édition Albin Michel 1991. Réédition Le Livre de Poche Thriller n° 7609, juin 1993. Réédition Les Deux Terres Mai 2012. 528 pages. 12,50€. Existe également au format E. Book.

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 12:20

De la canne à pêche au cannabis...

 

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A dix-sept ans, on n'est pas encore dégrossi et l'on pense pouvoir en toute impunité se permettre quelques larcins. Mais une fois, ça passe, deux fois éventuellement et à la troisième on se fait piéger. Ainsi le jeune Travis Shelton a découvert par hasard, en allant à la pêche à la truite, un carré de plants de cannabis soigneusement dissimulé. Il est en compagnie de son ami Shank mais la deuxième fois il revient seul. Il sait comment écouler sa récolte, chez Leonard.

Leonard Shulter est un ancien prof qui vit seul dans un mobile home. Il a été marié, mais sa femme est partie en Australie avec leur fille. Il leur écrit parfois, mais ses lettres reviennent toujours avec la mention N'habite plus... Il vend aux jeunes, des mineurs comme Travis, de la bière et des pilules euphorisantes, et a recueilli Dena, une femme qui a galéré et en porte encore les ecchymoses morales et physiques.

Le père de Travis est un être bourru et frustre qui ne sait pas apprécier les efforts fournis par son fils aussi bien à la ferme, sur sa plantation de tabac, qu'à l'école. Il ne relève que les défauts et bien évidemment Travis n'a qu'un souhait, s'émanciper. Il a quitté l'école avant la fin de l'année scolaire et a travaillé dans une épicerie avant de se fâcher avec sa patronne. Car Travis possède aussi un fichu caractère. Alors les quelques plants de cannabis qu'il a récolté en fraude sur le terrain des Toomey lui permet de payer l'assurance et l'essence du pick-up qu'il s'est acheté peu de temps auparavant.

La troisième fois qu'il subtilise des plants de cannabis, Tracy pose son pied sur un piège à loup et le voilà coincé. Les Toomey, père et fils, ne rigolent pas, surtout le fils qui voudrait le tuer séance tenante. Finalement ils lui laissent la vie sauve, mais il faudra qu'il rembourse les préjudices qu'il a commis. Tracy est conduit à l'hôpital mais les explications qu'il fournit, une dégringolade sur les rochers d'une cascade, ne convainquent personne. Il a toutefois le plaisir de retrouver Lori, une condisciple qu'il voyait de temps à autre à l'école et qui est visiteuse bénévole. Une attirance réciproque les lie et à sa sortie ils se fréquentent plus ou moins régulièrement.

Tracy n'a pas envie de retourner chez ses parents et il s'invite chez Leonard, payant un modique loyer. Sur les conseils de Lori il reprend ses études comme candidat libre afin de passer son diplôme, qu'il décrochera avec succès. Mais il n'est plus question de gagner son argent en trafiquant les plants de cannabis et réintègre son petit boulot à l'épicerie. Surtout il s'intéresse à la lecture, Leonard possédant beaucoup de livres, et il se plonge dans l'histoire de la guerre de Sécession.

shelton.jpgLeonard lui propose alors de se rendre à Shelton Laurel où eu lieu le massacre de treize personnes par le 64ème régiment de Confédérés mené par le lieutenant-colonel Keith. Des Shelton habitent par dizaines ce morceau de terre qui a connu la tragédie et il se pourrait qu'un ancêtre de Travis figure parmi les exécutés. Leonard raconte que des femmes et des enfants furent recensés parmi les victimes, dont l'un des membres de la famille de Travis, un gamin de douze ans. Munis d'un détecteur de métaux, ils recherchent d'éventuels vestiges.

Travis ne peut s'empêcher de penser à cet épisode de la guerre de Sécession, étant impliqué personnellement par le décès d'un membre de sa famille. Les mois qui suivent sont ponctués par ses recherches, le conflit entre les Toomey, Leonard, Dena et lui-même. Ses amours avec Lori restent chastes, malgré son envie d'aller plus loin que de simples baisers. Mais Lori est intransigeante, pas de rapports avant le mariage. Quant à ses relations avec ses parents, plus particulièrement son père, elles sont au plus bas. Travis subit humiliations sur humiliations, ou du moins il ressent ainsi les déboires qu'il encaisse mais ne digère pas.

Un épisode historique qui s'inscrit dans quelques mois de la vie shelton1.jpgd'un gamin, d'un adolescent avide de liberté, de reconnaissance, qui a besoin de s'affirmer et de prendre la vie à plein bras, tout en recherchant des explications au drame qui s'est déroulé plus de cent ans auparavant, telle est la trame de roman naturaliste. C'est une ode à la nature sauvage du comté de Madison en Caroline du Nord, à la pêche, et à la mémoire collective. Une guerre meurtrière opposant deux idéologies, encore profondément ancrée dans les esprits aujourd'hui.

Le personnage de Leonard est particulièrement important, étant un guide spirituel pour Travis. Mais tous ces personnages reflètent un dédoublement inavoué de la personnalité, aussi bien Leonard, ancien professeur devenu bootlegger et dealer et pensant sans cesse à sa fille, qui peut se montrer courageux ou lâche selon les occasions, le père Toomey qui joue devant les autres le rôle d'un plouc mais peut se révéler d'une grande culture, Dena au passé secret, alcoolique et droguée...

Et c'est bien la recherche du passé qui guide la plupart des protagonistes afin d'accéder à une forme de rédemption, à entrevoir un avenir moins sombre que celui qu'ils ont connu ou connaissent encore. Mais au bout du chemin, cette rédemption peut se traduire sous différentes formes.


Ron RASH : Le monde à l'endroit (The World Made Straight - 2006. Traduction d'Isabelle Reinharez). Réédition du Seuil 2012. Collection Points N° 3101. Parution 12 septembre 2013. 336 pages. 7,20€.

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 12:34

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Les joyeuses, ce pourrait être cette partie de l’anatomie masculine qui permet la reproduction de l’humanité. Ce pourrait être aussi ces fioles de vin rosé que s’enfilent, joyeusement notre narrateur et quasiment tous les protagonistes de ce roman théâtral. Ce pourrait être enfin la pièce de théâtre, Les Joyeuses commères de Windsor de Shakespeare, et que doivent interpréter pour quelques représentations une troupe dont les membres sont professionnels sur le déclin et amateurs du cru. Du cru, le terme pour une fois est adéquat, car l’histoire se déroule à Sablet, fief du rosé et du Gigondas. Ces joyeuses du titre, c’est tout cela à la fois.

Jean-Pierre Bernier qui veut terminer sa carrière en beauté a donc décidé de monter les fameuses Joyeuses commères avec une troupe constituée de bric et de broc (surtout de brocs car le vin coule à flots) avec d’anciens camarades de théâtre et des plus ou moins jeunettes à fouler les planches, ainsi que des amateurs locaux, dont Serge le jeune instituteur, Bruno un adjoint au maire, Simone Cabrières qui préside aux destinées du domaine viticole, Edwige, sa mère qui aima Jean-Pierre en son temps et en même temps fricotait avec David, représentant en spiritueux et père de Rico.

Ah Rico ! Fédérico Peres de son nom, la vingtaine bégayante. Depuis son plus jeune âge Rico est encombré de la glotte, sa langue se colle au palais et lorsqu’il veut s’exprimer les mots sortent de sa bouche comme les balles d’une mitrailleuse enrayée. Il a trouvé la solution, se taire et écrire. Et ne voilà-t-il pas qu’il est désigné pour un petit rôle de nigaud dans la pièce, en plus de jouer celui de régisseur général.

Rico se découvre un penchant pour le rosé, et il s’aperçoit qu’en s’imbibant ainsi, il retrouve l’usage de la parole, usage perdu depuis si longtemps que tous ces compagnons, hommes et femmes, en sont tout ébaubis. Lui le premier. Les incidents, drolatiques ou sérieux se succèdent, influant parfois de façon néfaste sur les répétitions.

Ainsi, lors d’un challenge devant désigner qui interprétera un personnage, Bruno fait une chute qui le contraint à rester cloué sur un fauteuil roulant. Rico devient donc remplaçant haut le pied, la main étant occupée à tenir la bouteille dont il avale goulument le contenu. Mais ce n’est pas tout, car il faut compter aussi sur les histoires de famille : Edwige qui déclare enfin sa flamme à Bernier alors que son cœur oscillait depuis très longtemps entre David le père de Rico et le metteur en scène acteur, David qui revient à l’improviste. Emma, une actrice, et Béatrice, une toubib qui prête son logement, s’amourachent de Rico qui ne sait plus ou donner des bras. Sans oublier les accessoires, une vieille panière qui doit servir dans l’une des scènes et dont le fond est souillé de vin ou de sang, et un ravin tapissé de tesson de bouteilles. Jusqu’à la scène finale qui est un véritable feu d’artifice comme souvent dans les romans de Michel Quint.

 

Michel Quint, qui outre un bac philo en 1967, une licence de lettres classiques en 1970 et en 1971 une maîtrise d’études théâtrales à l’Université de Lille, a suivi à partir de 1965 les cours d’art dramatique du conservatoire de Tourcoing, participé aux réalisations de diverses troupes d’amateurs de la métropole lilloise, suivi des stages nationaux de réalisation et de mise en scène, Michel Quint connait bien son sujet. De plus il est professeur de lettres classiques et est responsable depuis 1983 d’une option Propédeutique théâtrale. C’est peu de dire qu’il connait sur les bouts du doigt et de la langue parlée et écrite le monde du théâtre, en particulier du théâtre amateur dans lequel les acteurs sont tout à la fois indisciplinés et professionnels grâce à leur foi.

Il nous décrit tout ce petit monde avec saveur, humour, justesse, tendresse et une pointe d’ironie. Michel Quint est un romancier à part dans la cohorte des auteurs de romans noirs ou policiers, tant par le ton que par le style. Intimiste, il s'épanouit dans le pathétique. Il écrit avec des phrases qui cinglent comme des coups de sabre à la surface d'une mare, faisant remonter à la surface des bulles d'où se dégagent des miasmes de souvenirs, ou avec des phrases bandonéon qui s'étirent à l'infini. J'avais écrit à propos de Sanctus (éditions du Terrain vague – 1991) que Michel Quint "se vautre dans l'écriture alliant au rêve un hyperréalisme débridé". Il le démontre une nouvelle fois avec brio.


A lire également de Michel QUINT : Bella Ciao et Cake-Walk.


Michel QUINT : Les joyeuses. Première édition Stock 2009. Réédition Folio N° 5153. 18 décembre 2010. 192 pages. 5,40€.

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 13:29

Paru à l'origine dans une collection pour adolescents, un livre qui vieillit bien puisqu'il est réédité dans une collection adulte !

 

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Il n’y a pas d’âge pour entrer en littérature. Certains à peine sortis de l’adolescence, ou encore enfants, pondent des textes, des romans, considérés aussitôt comme des chefs-d’œuvre, mais souvent la baudruche se dégonfle rapidement. D’autres attendent sagement et ne se découvrent un talent qu’à un âge déjà révolu, à la faveur ou à cause d’incidents affectant leur santé.

Ainsi Joseph Bialot écrit son premier roman, Le Salon du prêt-à-saigner, alors qu’il a 55 ans et se morfond à l’hôpital. Charles Exbrayat avait 51 ans lorsqu’il publia au Masque Elle avait trop de mémoire. D’autres exemples pourraient être répertoriés, mais contentons-nous de parler de l’auteur dont le roman est chroniqué ce jour : Alan Bradley. L’éditeur et d’autres sources nous précisent que cet écrivain a publié son premier roman à l’âge respectable de 70 ans. Quant aux romans, la série Flavia de Luce, ils peuvent être confiés aux mains et aux yeux d’enfants innocents dont la tranche d’âge est estimée entre 8 et 95 ans.

Je gisais, morte, dans le cimetière.Ainsi débute cette histoire, une phrase qui rassurons-nous n’est qu’une rêverie de gamine. Flavia de Luce, dont le père est autoritaire, dont les deux sœurs, Daffy alias Daphné et Fély, Ophélia, plus vieilles qu’elle, se montrent infectes à son égard, et sa mère est décédée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Comment voulez-vous que dans ces circonstances Flavia ne se laisse pas aller à des pensées morbides ? Flavia n’est pas tout à fait morte puisqu’elle ressent les affres de la faim. Et c’est ainsi que parcourant le cimetière elle découvre entre les stèles, à plat-ventre sur une tombe, une jeune femme pleurant. Rien de bien grave affirme Nialla, juste que tout va mal, qu’elle s’est disputée avec Rupert et que la camionnette est tombée en panne. Rupert Porson est marionnettiste, une célébrité télévisée parait-il, mais en 1950 peu de personnes sont adeptes de cet écran à domicile, et encore moins à Buckshaw le village où habite Flavia.

Bref, Rupert est marionnettiste et Nialla son assistante. Rupert, contrairement à Nialla, n’est pas un Apollon. Grosse tête, physiquement, et boiteux, il a une jambe appareillée, il cultive également l’agressivité à l’encontre de Nialla. Et selon toutes apparences ils ne vivent pas dans l’opulence, obligés de se déplacer de village en village et assurer leurs prestations à bord d’une camionnette déglinguée. Le recteur de la paroisse leur propose de donner deux manifestations, l’une enfantine et l’autre destinée aux adultes deux jours plus tard. Pauvre mais digne, Rupert accepte cette transaction qui n’est pas une simple obole.

Le père de Flavia est un philatéliste acharné, Daffy est passionnée par la littérature fantastique et d’épouvante ainsi que par la poésie, Fély n’est préoccupée que d’elle-même. Flavia est férue de chimie et comme l’un des membres de sa famille possédait un petit laboratoire, elle engrange les expériences. Vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, Flavia traînaille volontiers et est toujours prête à donner un coup de main, surtout aux personnes étrangères à sa famille. C’est ainsi qu’elle accompagne Rupert et Nialla sur le chemin qui doit les conduire chez un garagiste, qu’elle aperçoit Meg la folle, une vieille femme attirée par les objets métalliques comme le poudrier miroir de Nialla, qu’elle se rend à la ferme de Culverhouse dont la fermière à quelque peu perdu la tête depuis que Robin son fils âgé de six ans a été retrouvé pendu dans la forêt cinq ans auparavant. Et puis il lui faut aller chercher à la gare Tante Félicie la grincheuse, renseigner Mutt Willmott qui se présente comme un producteur à la BBC, épier Gordon le père de Robin se disputer avec Rupert, et bien d’autres occupations encore comme parler avec Dieter, un ouvrier allemand qui travaille à la ferme de Culverhouse et arbore fièrement son costume d’ancien prisonnier de guerre. Heureusement elle a Gladys, sa bicyclette, qui lui permet de se rendre partout même là où il ne faudrait pas.

Elle assiste à la première représentation de Jacques et le haricot magique et tout le monde est subjugué par la dextérité de Rupert et son ingénieux système électrique pour faire évoluer les décors. Seul point qui la choque, la marionnette figurant Jacques ressemble trait pour trait à Robin. Et lors de la seconde représentation, les adultes qui n’avaient pas assisté à la première sont tout autant bouleversés. Certains même quittent la salle. Et lorsque le géant articulé Gallingantus doit s’écraser sur la scène, c’est Rupert qui tombe, mort, apparemment électrocuté.

Pour Flavia de Luce, il s’agit de relever un défi. Comprendre ce qu’il s’est véritablement passé ce soir-là et en remontant le temps démontrer que Robin ne s’est pas pendu. Une forme d’orgueil qui la pousse à vouloir battre l’inspecteur Hewitt sur son terrain. Comme je l’ai déjà écrit, Flavia est vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, mais également intuitive, prompte à la déduction, et surtout elle peut interroger innocemment les divers protagonistes, faculté que ne possèdent pas les policiers qui doivent enquêter selon les éléments qu’ils détiennent. On ne se méfie pas souvent assez de petites filles de bientôt onze ans à la langue pendue et qui sait tirer les vers du nez sans avoir l’air d’y toucher.

 

Bradley1.jpgPublié dans une collection jeunesse, probablement parce que l’héroïne est une gamine, ce roman est tout autant destiné aux adultes qui pourront réviser leurs cours de chimie et porter un autre regard sur des enfants apparemment normaux, et qu’on traite comme tels alors qu’ils possèdent un QI nettement supérieur à la moyenne. Mais les sœurs et le père de Flavia ne la considèrent que comme un élément négligeable, sur laquelle ils peuvent passer leur humeur, ce en quoi ils ont tort. Une série qui lorgne du côté de Sherlock Holmes tout en gardant une fraicheur juvénile.

 

 

 

 

Alan BRADLEY : La mort n’est pas un jeu d’enfant. (The weed that strings the hangman’s bag – 2010). Traduit de l’anglais (Canada) par Hélène Hiessler. Première édition Collection MSK, éditions du Masque. Septembre 2001. 384 pages. 17,30€. Réédition 10/18 collection Grands Détectives. 360 pages. 7,50€. Parution le 3 octobre 2013.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 09:27

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Même si l'appellation a changé, devenant directeur financier, le travail de chef-comptable est de vérifier les factures qui sont adressées à l'entreprise où il est employé.

C'est ainsi que Lucien Ponsard relève des erreurs manifestes dans le calcul de la TVA de trois factures transmises par les établissements Floricole, une société de pépiniéristes basée à Nantes. Il veut leur téléphoner mais aucun numéro ni adresse ne sont indiqués. Il laisse le soin à sa secrétaire, Louise, d'effectuer quelques recherches. Celles-ci s'avèrent vaines, la société n'apparaît nulle part sauf sur le registre du commerce. En outre les vingt-trois arbres adultes prévus ne sont que des buissons. Immédiatement il en réfère à son patron, Bernon, le directeur de l'entreprise du même nom, qui travaille notamment dans l'immobilier et dont la plupart des marchés proviennent de la mairie de Tracy, dirigée par le sénateur-maire Rupert.

Bernon, qui fait l'ignorant devant Ponsard, alerte immédiatement son ami Rupert lequel fait appel à Cano, président-directeur général d'une société de conseil en recrutement, une couverture respectable pour des activités qui le sont moins. Rupert et Cano se sont connus durant la guerre d'Algérie, ils se sont liés d'amitiés et depuis l'un a souvent recours à l'autre pour divers petits boulots. Rupert demande à Cano de faire éliminer Ponsard qui vient de mettre des bâtons dans la roue de la fortune. Car bien évidemment les fausses factures, car il s'agit de fausses factures, permet à Rupert et consorts d'engranger des sommes rondelettes, et plus particulièrement à Rupert qui brigue un maroquin.

Ali et Léonard sont chargés de l'élimination. Les deux hommes se sont connus lorsqu'ils étaient dans un centre pour enfants, abandonnés ou ayant des problèmes avec la justice, ou encore parce que leurs parents ne pouvaient plus les élever. Un épisode vécu lors leur long passage au Mas Saint-Paul les a rapproché et depuis ils effectuent ensemble des coups de mains. Léonard est un homme renfermé, ne laissant à personne la possibilité de lire ce qu'il ressent. Ali est plus expansif, sans pour autant parler à tort et à travers. Ali conduit la moto tandis que Léonard abat tranquillement Ponsard rentrant chez lui après sa journée contrastée. Il avait remis sa démission puis après avoir réfléchi avait voulu revenir sur sa décision, mais il n'avait pu communiquer à Bernon son retour en arrière.

La mort de Ponsard affecte profondément Louise, qui aimait en secret le directeur financier. Louise travaille depuis plusieurs décennies chez Bernon, malgré un léger handicap. Elle est extravertie, s'agite beaucoup, surtout en dehors de son travail. Elle parle à la petite voix qui habite son corps et son esprit, gesticule et ne passe pas inaperçue dans la rue et pas forcément à cause de ses cheveux qui tirent sur le rose. Alors elle décide de s'introduire dans le bureau de Ponsard, qui depuis son décès est fermé à clé et photocopie le dossier gênant. Mais sa conduite n'est pas passée inaperçue de Bernon.

Ali n'est pas à l'aise car s'il est habitué des coups de main c'est la première fois qu'il participe à un meurtre envers un individu qui n'est pas un malfrat et n'a pas d'antécédents. Un meurtre inutile à son avis. Il se rend cher Ponsard et recueille le petit chat que celui-ci possédait depuis quelques temps.

La rencontre entre Louise et Ali va décider en premier lieu du sort d'Ali mais aussi de tous ces protagonistes qui pensaient avoir éradiqué l'épine que Ponsard leur avait enfoncé dans le pied. Mais aussi le sens du devoir, la conscience professionnelle de l'inspecteur Borgoni, qui contrairement au commissaire Ravier, un incapable talonné par le procureur, n'est pas inféodé aux édiles. Sans oublier l'apport précieux de Georges, obèse mais efficace, ancien condisciple d'Ali et Léonard au Mas Saint-Paul et avec qui Ali a gardé des relations.

Une fausse facture, un employé consciencieux, une secrétaire amoureuse et un peu fofolle, un tueur qui regrette son acte, il n'en faut pas plus à André Fortin pour écrire un roman sobre, rigoureux, et au combien d'actualité. Car le système des fausses factures et des édiles se servant au passage a de tout temps été une pratique illégale mais difficile à éradiquer. Tant de personnes gravitant dans des milieux politiques sont impliquées que la justice préfère fermer parfois les yeux, même si depuis quelque temps les affaires de concussion, délits d'initiés, de malversations sont plus traquées qu'auparavant. Mais André Fortin, qui connait bien son sujet, il fut lui-même juge, ne nous embarque pas dans un roman délire mais au contraire dans une intrigue solide et crédible même si cela ne parait pas évident. Revenez un peu en arrière et penchez-vous sur le cas d'un maire de père en fils de la région PACA.

André Fortin ne joue pas avec les effets de manche, pas de grandes envolées, tout est en nuance même si certains personnages peuvent sembler dérisoires. C'est ce qui leur donne ce côté attachant et André Fortin se démarque de ses confrères romanciers en livrant un récit qui ressemble presque à une biographie, tout au moins à une enquête implacable vue des deux côtés de la barrière.

Et le chat Ponsard là dedans me demanderez-vous ? Il est l'élément de la parabole de cette histoire. Recueilli par Ponsard, puis orphelin, à nouveau recueilli par Ali et délaissé pour des circonstances indépendantes de sa bonne volonté, il va se montrer faible, décharné, un SDF félin cherchant sa pitance dans des poubelles jalousement gardées par un congénère et par la suite se montrera plus associable et vindicatif que ceux auxquels il se frottait avant de devenir un nanti. Et la morale s'appliquera aussi bien à lui qu'aux être humains.


André FORTIN : Le chat Ponsard. Editions Jigal, collection Jigal Polar. Parution septembre 2013. 248 pages. 18,00€.

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