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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 05:21

Hommage à Frédéric H. Fajardie décédé le 1er mai 2008.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé.

Susceptible, et avec raison, Quintin n'a pas apprécié qu'un adolescent boutonneux se moque de sa bosse. La scène s'est déroulée sur les quais du métro à la station Bel-Air. Evidemment, à dix-sept ans et pour se faire mousser auprès de ses camarades, il faut se faire remarquer. Et c'est ainsi qu'il a glissé sa main sur la bosse mouillée par la pluie de Quintin, par défi et en le traitant de Polichinelle mouillé. Et que Quintin a déclaré dans sa moustache Pour ça je te tuerai.

Et c'est comme cela que Quentin, septuagénaire vivant seul dans son petit appartement de Montreuil, sa femme Mauricette qu'il avait surnommée Barbara étant décédée neuf mois auparavant, devient un tueur. Car ce qu'il a ressenti en bousculant l'adolescent dont il ne connait pas le nom et donc qu'il appelle Bel-Air du nom de la station où il a perpétré son forfait, c'est comme une délivrance, un acte patriote, éliminant un individu qu'il a classé comme fasciste, un nazi.

Quintin prend goût à débarrasser la société de ce qu'il prend pour des loques, des nuisibles, des inconsistants. Ainsi l'homme qui vient de se pincer les doigts dans les vantaux à fermeture automatique et qui se plaint auprès des autres voyageurs n'aurait pas attiré plus que ça son attention, si l'homme ne s'était blessé volontairement à un doigt à l'aide d'un petit couteau, juste pour qu'on compatisse. Et ce n'est pas le fait que l'individu soit Arabe qui attise l'ire de Quintin, mais bien cette propension à geindre.

Sa prochaine victime est un homme qui profère à l'encontre d'une jeune fille des mots inconvenants, des propositions malhonnêtes. D'accord, cette gamine qui paraît n'avoir que seize ans est attifée façon allumeuse qui refuse la pompe à incendie, une aguicheuse attirant tous les regards vers elle, ne semblant pas se rendre compte de l'intérêt qu'elle suscite avec sa jupe aussi grande qu'une ceinture et son habillement en rouge et noir. Au lieu d'embrasser la bouche pulpeuse de la gamine, l'individu peu scrupuleux va embrasser les rails, ça lui apprendra.

 

Le commissaire Antoine Padovani est chargé de l'enquête sur le Pousseur du métro. Il est entouré par Tonton, son supérieur, et d'autres commissaires, l'affaire le vaut bien, mais par quel bout prendre cette affaire, les témoins se contredisant comme souvent dans ces cas-là. Il remarque même que la jeune fille, qui a toutefois dix-huit ans, toujours aussi séductrice et provocante, fournit un signalement probablement erroné, peut-être en remerciement pour l'homme qui a châtié l'importun. Mais l'affaire n'est pas simple à résoudre, d'autant que malgré leur statut de commissaires certains des enquêteurs se montrent quelque peu des bras cassés. Enfin, Padovani, habitué des affaires pourries, ne renonce pas. Même si des membres de la maffia locale s'immiscent dans ce drôle de cirque. Même si cette jeune fille essaie de détourner Antoine Padovani de son rôle d'époux intègre.

 

Pour Fajardie, le roman était le vecteur idéal pour montrer les travers d'une société urbaine contemporaine, mettant en scène des personnages qui relèvent d'une certaine chevalerie, tel Quintin, mais dont les actes ne sont guère en conformité avec la légalité.

Profondément enraciné politiquement dès 1968 à la Gauche Prolétarienne, Fajardie ne renie pas ses valeurs, même si au fil des ans il "s'assagit", se montrant moins virulent, plus mesuré dans ses propos.

Nouveau prêtre du Néo-polar à ses débuts, Fajardie aborde avec Polichinelle mouillé une narration plus souple, tout en gardant ses repères idéologiques, n'hésitant pas à dénoncer des pratiques jugées fascistes ou nazies. Si le personnage de Quintin peut paraître immoral, il réagit à des besoins profonds, dont la réminiscence se dévoile au fil du déroulement de ses méfaits. Et Fajardie déplace peu à peu le côté roman noir vers une enquête-énigme construite comme un jeu de piste avec un côté poétique.

Ce roman est dédié à Francine, comme tous ses livres d'ailleurs, et la femme du commissaire Antoine Padovani se nomme Francine, tout comme la femme de Fajardie. Une nouvelle preuve de fidélité qui l'animait et d'ailleurs on se rend compte que Padovani est un peu une projection de l'auteur dans ses gestes, ses réflexions, son regard envers ses contemporains, ses engagements.

Un roman court et percutant.

 

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé. Collection La Petite Vermillon N°61. Editions de La Table Ronde. Parution le 22 septembre 2016. 176 pages. 7,10€.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 06:25

Pas pratique pour savoir si on est toujours la plus belle...

Ivan ZINBERG : Miroir obscur.

Journaliste indépendant, spécialisé dans les reportages croustillants sur la vie des personnalités en vue, Michael Singer veut changer, ce qui est une décision louable, d'optique et réaliser des reportages plus consistants, moins volages, en un mot plus sérieux.

C'est ainsi qu'il se rend chez une femme qui a connu l'enfer de la drogue et des bandes de marlous mais s'en est sorti grâce à sa force de caractère. Mère de deux gamins, Marbella Jones, une Noire élevée aux mamelles de la drogue et de la violence veut témoigner des difficultés qu'elle a rencontré au cours de son adolescence, comment elle a réussi à s'échapper des mailles du filet et à devenir nounou pour l'édification de la nouvelle génération.

Après avoir procédé à l'entretien qu'il a enregistré et qu'il en a programmé un autre afin d'affiner son reportage, il rentre chez lui où il a installé son bureau. Sa secrétaire et assistante, Alison Kostas, une ancienne policière qui a démissionné six mois auparavant après vingt ans de service au LAPD de Los Angeles, l'aide dans le montage des vidéos qu'il transmet ensuite à une chaine d'informations en ligne.

Deux policiers l'attendent chez lui afin de l'interroger sur un meurtre qui a été perpétré la nuit précédente à l'encontre d'un chirurgien-obstétricien en retraite. L'assassin a gravé sur le front du défunt le chiffre 1, mais si Michael Singer est impliqué dans cette affaire, c'est parce qu'une de ses cartes de visite a été déposée près du corps. Heureusement pour lui il possède un alibi et s'il est suspect aux yeux des policiers, il peut se justifier.

Peu après, il reçoit sur son téléphone une vidéo qui montre l'assassinat du toubib en direct. Comme il est toujours suspect malgré son alibi, Singer se décide à en découdre (!) avec ce meurtrier qui semble s'amuser avec lui. Et grâce à un propos tenu par le meurtrier, Singer et Alison Kostas vont remonter ce qui leur paraît être une piste fiable.

Mais d'autres crimes de sang sont perpétrés à quelques heures de distance. D'abord sur des sœurs jumelles qui connurent quelques années auparavant leur heure de gloire en posant dans des magazines dits spécialisés pour les hommes. Le procédé est quasi identique car les chiffres 2 et 3 ont été gravés. Une numérotation inquiétante. Et la carte de visite de Singer est retrouvée sur place.

Madden et Gomez, les deux policiers dont on a suivi les précédentes enquêtes, viennent en complément des premiers, et d'autres sont désignés en renfort, car l'affaire devient sérieuse. Et Singer lui profite de l'aubaine pour se constituer un confortable matelas de dollars car il revend à la chaine d'informations les éléments dont il dispose ainsi que les vidéos, n'informant les policiers qu'ensuite.

Il dispose d'un excellent avocat qui le conseille afin de lui préserver les arrières vis-à-vis des possibles retombées policières et judiciaires car il déroge à l'éthique voulant qu'il prévienne d'abord les deux institutions. Et il est aidé dans ses recherches par Alison Kostas qui se montre une auxiliaire efficace et par un jeune surdoué en informatique qui brise allègrement les verrous mis en place par les administrations pour recueillir des éléments précieux dans l'enquête de Singer. Mais tout ceci ne va-t-il pas se retourner contre eux, coincés qu'ils sont entre les mâchoires des policiers et du tueur ?

 

Ivan Zinberg nous entraîne dans une enquête, avec pour décors la ville de Los Angeles laquelle s'étend sur des dizaines de kilomètres, enquête qui s'échelonne sur quelques jours et prend son origine, vingt ans auparavant, d'après les déductions de Singer et compagnie. Ce qui amène le journaliste à faire ressurgir des événements qui ont marqué de nombreuses personnes mais n'en ont guère affectés d'autres manquant de sensibilité et de remords.

Si l'on suit avec intérêt Singer dans ses démêlés, on ne peut apprécier sa façon de procéder, engrangeant l'argent en vendant chèrement ses reportages à un média qui joue sur le sensationnel et y trouve son compte, le nombre de visiteurs augmentant de manière exponentielle, entraînant dans leur sillage des recettes publicitaires et une notoriété non négligeable. Et naturellement ce sont les pratiques de ces médias en ligne et des magazines spécialisés dans le sensationnel, ainsi que leurs visiteurs et lecteurs qui sont dans le viseur de l'auteur.

Ivan Zinberg nous propose parfois trois visions plus ou moins différentes ou complémentaires, ce qui donne un sentiment de répétition, en suivant l'enquête de l'extérieur par Singer, par les commentaires du média auquel il revend ses reportages, mais aussi via le journal du tueur.

Souvent l'auteur d'un roman affirme qu'il se laisse guider par ses personnages. Dans ce cas précis, je pense qu'Ivan Zinberg savait très bien où il voulait aller, connaissait l'épilogue et a construit son intrigue d'après les révélations finales qui ne manquent pas de subtilités et de rebondissements.

Outre Singer et Alison Kostas qui peu à peu prennent de l'importance dans le récit, il ne faut pas négliger non plus le rôle de Léon Nash, l'informaticien qui travaille la nuit, use et abuse des pétards, sent le négligé ne sortant quasiment jamais de chez lui et professant une dévotion aux rastas. Et c'est lui qui me souffle le mot de la fin, s'inspirant de Bob Marley qu'il vénère :

La grandeur d'un homme se mesure à son intégrité.

Mais apparemment ni Singer et compères n'ont compris ce message, et l'on peut étendre cette incompréhension, ou ce je-m'en-foutisme, à bien d'autres catégories professionnelles ou politiques.

 

Pour conclure, un roman à l'intrigue fouillée, prenante, au rythme rapide malgré les répétitions évoquées ci-dessus mais nécessaires, qui accroche le lecteur, aux multiples rebondissements, qui ne laisse pas sur sa faim même si la fin est plus ou moins ouverte.

 

Ivan ZINBERG : Miroir obscur. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 20 avril 2017. 374 pages. 20,00€.

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 05:32

Pas une seule fausse note

Arnaud CUIDET : Les chœurs de la mer rouge.

Est-ce un lac, ou véritablement une mer rouge ? Henry Bradford, archéologue, est sceptique et regardant l'eau écarlate qui s'étend devant lui. Il veut en avoir le cœur net, et la petite expédition se remet en route.

Bradford est à la recherche du continent de Mû, et d'après un vieux grimoire récupéré dans la pyramide d'Arand-Ka, il est persuadé toucher au but. Mais pour cela il lui faut déterminer si cette immensité rouge est bien la Mer rouge ou simplement un lac. Et des difficultés matérielles commencent à se dresser devant la petite expédition. Il leur faut absolument trouver à boire ainsi que du pétrule (orthographe certifiée d'origine contrôlée !) pour les véhicules.

Alors que l'expédition roule dans les dunes de sable tout en suivant les contours du rivage, ils sont tout à coup face à des ossements qui datent de milliers d'années, les reliquats d'un Drakonis Major. Mais la tension monte entre les membres de cet équipage conduit par un jeune explorateur archéologue. D'autant qu'un Drakonis vivant fait irruption et malgré les armes automatiques en action, il propulse et détruit quelques véhicules, semant la perturbation dans le convoi. Une roquette récupérée parmi les rangs de l'Axe Noir, et qui a déjà causé des dégâts parmi les rangs de l'Alliance, permet d'annihiler le monstre. Deux indigènes à la peau bleue assistent à cette démonstration de force.

Harry Bradford continue son périple, bravant mille dangers, et pour mieux s'en rendre compte, le lecteur peut se référer au dessin de couverture, qui montre notre héros campé sur un radeau de fortune bravant les éléments marins et météorologiques déchaînés.

 

Il est évident que l'auteur emprunte à quelques éléments de la mythologie grecque et à des périodes modernes pour construire son intrigue. Naturellement le continent de Mû fait référence à l'Atlantide, un mythe qui perdure et souvent utilisé par les fantastiqueurs, mais également on peut penser au voyage d'Ulysse raconté dans l'Odyssée.

Quant aux références de l'Axe Noir et de l'Alliance, elles nous renvoient à des épisodes militaires de la Seconde Guerre Mondiale en Afrique du Nord, et le côté archéologique peut être lié aux découvertes dues à de nombreux explorateurs et archéologues, dont Max Mallowan qui épousa Agatha Christie, dont il fut le second époux, en 1930, le couple voyageant en Irak, Syrie par exemple. Et l'archéologie égyptienne et le mystère des pyramides et autres lieux, ont influencé et inspiré bon nombre de romanciers.

Né en 1975, Arnaud Cuidet est notamment l'auteur d'un roman paru chez Rivière Blanche, Le crépuscule des Rois (collection Blanche N° 2135) mais surtout est surtout connu comme auteur de Jeux de rôles.

 

Arnaud CUIDET : Les chœurs de la mer rouge. Collection Aventures N°3. Editions du Carnoplaste. Parution Avril 2017. 28 pages. 3,00€.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 05:17

Pas facile de vivre avec une femme qui rentrée de couches vous vire de la sienne !

Luc FORI : Vade retro Satanas.

C'est l'expérience que vit William Carvault, ancien policier reconverti comme agent immobilier à Bourges. Faut dire que Heike, sa compagne et commissaire de police quand même, ne s'occupait plus que de leurs fils, et William n'avait pas apprécié d'être délaissé. Alors il était allé voir ailleurs si l'herbe était plus tendre comme le signale le diction qui affirme que changement de pâturage réjouit les veaux. Il s'est trouvé une petite maison en face d'un immeuble allongé comme une barre énergétique.

Tout commence à cause d'un individu guère courtois qui a frôlé la veille son véhicule, a pulvérisé son rétroviseur, sans laisser de coordonnées. Un mec normal quoi. William est abordé par Youssef, un jeune Sarrazin habitant en face de chez lui, qui lui dit qu'il a vu l'accrochage se produire et qu'avec son copain Ahmed ils ont voulu courir derrière le véhicule fautif et que tout ce qu'ils ont réussi à faire c'est de relever le numéro d'immatriculation. Un bon point pour les deux jeunes. Après avoir réglé son problème de rétroviseur, William regarde derrière lui et se rend compte qu'il est toujours amoureux d'Heike. Mais la commissaire de police n'est pas prête à partager sa couche et il n'a plus qu'à attendre que les événements se tassent.

Le lendemain, Youssef vient voir William chez lui, et après quelques palabres tournant autour du rétroviseur, il s'apprête à lui demander quelque chose lorsque Heike s'invite. L'entretien est reporté au lendemain mais ce que lui montre Heike n'est pas piqué des vers, comme dirait le poète.

Elle est en possession d'une clé USB et au visionnage de celle-ci, les cheveux se dressent sur la tête de William. L'assassinat, filmé en direct par le tueur, d'une jeune femme par strangulation à l'aide d'une corde. Le corps a été retrouvé dans une chambre appartenant à une chaîne hôtelière.

Revenons au rendez-vous de William avec Youssef dans la barre en phase de délabrement en face de sa petite maison. Youssef vit avec Djamila, et ils sont inquiets. Le frère de Djamila a disparu et il semblerait que le gamin, Mourad, soit parti pour le Djihad. Un petit film posté sur Youtube montre l'adolescent en compagnie d'un camarade enturbanné dont seuls les yeux sont apparents. Mourad porte une pancarte sur ses genoux sur laquelle est inscrit Mort aux Infidèles, tandis que son compagnon brandit un fusil d'assaut.

Alors William rencontre les parents de Mourad, dont Farid le père pratiquant mais pas intégriste, puis un imam recruteur du nom d'El Zarbi, lequel est effectivement un peu bizarre. Un accrochage oppose l'imam à Farid qui lui tend une photo représentant son gamin. William s'aperçoit qu'El Zarbi n'est pas un Arabe bon teint, mais un Européen converti maniant mal la langue de Khaled. William, assisté de son ami Roger (prononcez Rodgeur comme pour Federer mais qu'il ne faut pas prononcer Fait d'erreur, je sais c'est compliqué), piste El Zarbi, encore plus bizarre qu'il pensait et parvient à lui arracher quelques révélations. El Zarbi reconnait sur la photo l'édifice qui se dresse en arrière-plan. Il s'agit d'une centrale électrique située près de Bruxelles.

Et tandis qu'Heike poursuit l'étrangleur de jeunes femmes, William et Roger (prononcez Rodgeur...) se rendent à Bruxelles, et leur enquête n'est pas véritablement de la petite bière.

 

Avec un ton résolument humoristique, Luc Fori nous emmène de Bourges à Bruxelles puis retour à Bourges, pour une double enquête, qui bientôt n'en fera qu'une.

Mais cet humour, doux-amer, est tempéré, car si l'on peut rire de tout, certaines limites sont difficilement franchissables. Et dans les moments cruciaux, Luc Fori reprend un ton grave, en phase avec les situations.

Ce roman est composé d'événements qui ont réellement eu lieu, comme l'attaque de Charlie Hebdo, mais ils ne servent que de supports à une histoire plus personnelle, celle de la famille de Mourad. Et l'auteur sait faire la différence entre véritables adeptes d'une religion, et les intégristes qui sont aveuglés ou qui ne sont que des arnaqueurs et des charlatans.

Luc Fori construit son récit sur la lame du rasoir, sachant se montrer railleur, tendre, léger, décalé, humoristique ou grave, et offrant un épilogue en pied de nez à la société qui voudrait que tout soit blanc ou noir, mais jamais en demi-teinte.

Mais on vibre également aux aventures de William, et de Roger bien sûr le brave copain qui se montre un peu soupe au lait et vindicatif parfois, ainsi que des relations entre l'agent immobilier qui n'est pas immobile et de sa commissaire de police de compagne, ou ex-compagne, et de leurs relations en dents de scie. William ne se montre pas toujours à la hauteur dans sa nouvelle fonction de père, mais c'est aussi un apprentissage de la vie. Il faut savoir assumer.

 

Luc FORI : Vade retro Satanas. Editions Pavillon Noir. Parution le 10 mars 2017. 256 pages. 14,00€.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 05:22

Dans la jungle, terrible jungle...

Jean-Hugues VILLACAMPA : Loyola de la jungle.

Dans ce deuxième fascicule de la nouvelle collection Aventures aux éditions du Carnoplaste (voir ci-dessous ma présentation), Jean-Hugues Villacampa joue avec les genres et les codes du roman populaire, roman populaire qui a diverti des millions de lecteurs dans les années fastes de la littérature dite, improprement de gare.

Et l'on retrouvera, parsemés dans le texte des clins d'œil à Xavier de Montépin, à Ridder Haggard, à Jules Verne, Edgar Rice Burroughs, voire à Arthur Rimbaud, sans que leurs noms soient indiqués. Juste un amusement entre l'auteur et le lecteur qui retrouvera les références, ou pas.

Ce n 'est pas un rêve ou un cauchemar qui sort de son endormissement Mathilde, qui n'était pas partie, la bonne du curé d'une paroisse de Valenciennes en cette nuit du 16 décembre 1854. Des vagissements provenant, elle n'en doute point, de la gorge d'une créature monstrueuse, des coups frappés à la porte et Mathilde s'évanouit. Lorsqu'elle reprend conscience, c'est pour constater, en compagnie du père Deboul (!) qu'un couffin a été déposé sur le seuil.

A l'intérieur, un bambin souriant, aux cheveux d'un blond-blanc (ou inversement) et des yeux aux iris blancs striés de bleu quasi iridescent. A son cou est accrochée une fine chaînette d'argent à laquelle pendouille une médaille mariale. En inscription un prénom Ignace, et une date, 4 octobre 1854. Le père Deboul ne veut pas garder ce garçonnet de deux mois et quelques jours, malgré les implorations de Mathilde, mais bientôt il doit s'y résoudre. La tempête du siècle oblige les gens à se calfeutrer chez eux, et Ignace trouve donc un foyer où il peut s'épanouir en toute quiétude, avec, outre les deux personnes déjà citées, Charles-Louis, le chat de la maisonnée. Eh, oui, le père Deboul a un chat...

Les années passent, Ignace grandit, se passionne pour les livres scolaires et religieux mais surtout pour les romans ayant un rapport avec les exploits militaires et pour décor l'Afrique. Seuls ses yeux perturbent le père Deboul qui décide de l'envoyer à Munich, effectuer son noviciat. Ses camarades, taquins comme tous les gamins, ne tardent à le surnommer Loyola. Et c'est ainsi qu'à seize ans Ignace est une belle plante d'un mètre quatre-vingt-dix, vivant à l'école de jésuites de Munich mais il refuse d'intégrer les rangs des officiers militaires. il devient toutefois ami avec un major des uhlans, rapides, de la garde noire de Bavière.

Ignace va pouvoir démontrer sa force et ses réflexes, lors d'un incident provoqué par un agresseur envers un évêque et les paroissiens sont subjugués par la chevelure nimbée de soleil du géant, blond et non vert. Bientôt Ignace et son ami nommé Kavallerieangriff vont partir en Afrique sur les traces de Pline l'Ancien, dont ils partagent la passion pour ce continent.

Une dernière petite chose, une dernière petite précision : Ignace, malgré son physique avantageux, n'a jamais été attiré par les femmes, nonobstant les nombreux regards énamourés dont il jouit. Il a trop été entouré d'amour par la vieille Mathilde, une forte femme poilue, dont il garde un souvenir ému.

 

Je vous laisse poursuivre les aventures africaines d'Ignace, ai-je précisé que c'était un petit, petit, petit nom charmant, dans ce court roman exotique et militaire, à la conquête de territoires inconnus, parsemés de dangers, en compagnie d'hommes valeureux et d'une science aéronautique naissante.

 

Dans la même collection, à lire :

Présentation de la collection Aventures :

Jean-Hugues VILLACAMPA : Loyola de la jungle. Collection Aventures N°2. Editions du Carnoplaste. Parution avril 2017. 28 pages. 3,00€.

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 07:14

Mais on ne brade pas les toiles... Faut pas rêver quand même !

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre.

Récemment recruté pour être directeur de la Sécurité du Musée du Louvre, Nicolas Lesur, de lui, s'imprègne de l'ambiance des lieux et fait la connaissance de ses collègues ainsi que de sa secrétaire Maryse, qui a longtemps travaillé avec l'ancien responsable qu'elle regrette un peu.

D'ailleurs elle l'appelait par son prénom, André, une familiarité que Nicolas n'envisage pas à son encontre. André a été viré, comme un malpropre précise Maryse, deux mois auparavant et il s'est recyclé dans le mobilier urbain. La première journée, le mercredi 22 novembre 1995 précisément, se passe en découvertes, les différentes salles, les autres responsables, celui des relations humaines (ce qui ne veut pas dire que coucheries existent entre collègues), celui de l'exploitation technique et celui des finances et Nicolas doit attendre le lendemain pour enfin rencontrer le Président, le Grand Patron, surnommé Sa Majesté. Rencontrer est un bien grand mot, juste un appel téléphonique de bienvenue.

Mais ce jeudi 23 novembre, Nicolas Lesur va s'en souvenir, car il est confronté à sa première affaire. Rien de grave, mais sérieux quand même. Un ou des petits plaisantins se sont amusés à dévisser quelques tableaux, au point que ceux-ci sont prêt de tomber. Juste le dernier petit tour de vis qui n'a pas été donné, évitant une catastrophe. Une récidive pour le Dévisseur, ainsi que surnomme Nicolas l'énergumène.

Et Nicolas se promet bien de coincer le Dévisseur, de gagner une bataille personnelle envers le malotru, ne serait-ce que pour gagner une considération à laquelle il se sent avoir droit.

Alors il arpente les couloirs et les salles, et repère une jeune femme qui se consacre à un étrange manège. Elle regarde, observe, prend des notes. En réalité il s'agit d'une copiste qui vient régulièrement au Louvre pour ses travaux. Il la suit et tout étonné s'aperçoit qu'elle rencontre l'ancien directeur dans son antre. Cela sent le mystère à plein nez.

Nicolas n'épargne pas son temps, d'autres vandalismes sont perpétrés, et la nuit, dans les sous-sols du Louvre, là où sont rangées les toiles et les sculptures en attente de départ pour d'autres musées, ou de subir quelques réparations, Belphégor, ou son clone rôde.

 

Nocturne au Louvre est un aimable divertissement qui permet au lecteur de voyager dans les arcanes du Louvre, d'en découvrir les faces cachées, de ne plus être un touriste égaré mais l'un des gardiens du Temple vérifiant le système de sécurité et de chercher qui manie les ficelles et le tournevis.

Roman pour grand adolescent, Nocturne au Louvre se veut une récréation entre deux romans noirs, et offre son petit lot de suspense et de frissons. Avec péripéties à la clé, mais pas ou peu de cadavres, ou de victimes, à part quelques objets précieux, ce qui est déjà pas mal.

Un roman d'énigme qui fait penser à Tintin, d'accord, mais un peu dans le style des Bijoux de la Castafiore, avec une ambiance à la Blake et Mortimer.

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre. Collection ArtNoir. Editions Cohen et Cohen. Parution le 23 mars 2017. 254 pages. 20,00€.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 14:32

Et la chair n'est pas forcément faible...

Jacques BAUDOU : Le naufragé de l'île de chair.

Tout étonné de se retrouver en pleine mer dans un dinghy, Hugues essaie de se souvenir ce qui lui est arrivé.

Il se rappelle juste qu'il était à bord d'un hydravion, qu'il venait de boire un cocktail rafraîchissant puis qu'il s'était endormi.

Heureusement son sac de voyage a été déposé près de lui et il trouve une pagaie à ses pieds, ce qui va lui permettre de rejoindre la bande de terre qui se profile à l'horizon.

Après des heures d'effort, il parvient à mettre le pied sur l'estran. Epuisé mais content, il cache son canot de sauvetage et part découvrir les lieux en s'immisçant dans la forêt qui borde la plage. Un sentier s'enfonce sous la canopée et il le suit, découvrant des débris bétonnés couverts de lichens et des structures métalliques rongées par la rouille.

Puis Hugues arrive dans une clairière dans laquelle s'égaillent quelques gallinacées et au milieu de cet espace libre se dresse une tente marabout. Le local abrite une diversité d'objets qui auraient plus leur place dans un laboratoire urbain, ainsi que des bibliothèques, des étagères emplies de dossiers et même une machine à écrire.

L'île n'est pas déserte, et Hugues n'est pas un nouveau Robinson. Une jeune femme descend d'une échelle de corde à la lisère de la clairière. Il se présente, c'est la moindre des choses, Hugues Laudace, globe-trotter, et l'habitante des lieux se nomme Rachel Winter, biologiste. Elle est armée d'une arbalète d'une arbalète et Hugues est effrayé à l'idée de penser qu'elle va s'en servir contre lui.

Elle a aperçu l'hydravion amerrir et Hugues être balancé comme un sac de linge sale dans le canot. Puis elle lui narre son parcours de biologiste et pourquoi elle réside depuis quelques années sur cette île qui dans les années 50 et début 60 fut le théâtre d'essais atomiques par l'armée britannique.

C'est ainsi que Hugues est amené à partager le quotidien de Rachel, et à vivre une aventure qui ne manque pas de piquant.

 

Inscrit résolument dans l'esprit des récits d'aventures qui étaient publiés en fascicule, Le naufragé de l'île de chair n'est pas qu'une aimable bluette destinée à des adolescents. En effet les îles du Pacifique furent le théâtre de nombreux essais atomiques, souvenons-nous de Mururoa, et Jacques Baudou nous propose une vision, pas forcément joyeuse et optimiste de ce qui pourrait arriver dans quelques années, si ce n'est déjà fait, sur ces morceaux de terre que l'on décline comme paradisiaques. Et le titre trouve se justification dans la dernière partie du récit.

Un texte simple, sans prétention, aimablement construit et amené, avec à l'intérieur une histoire qui se greffe autour de Hugues et du pourquoi de son débarquement de l'hydravion. Une double histoire donc et Jacques Baudou inaugure cette nouvelle collection avec une saveur à l'ancienne pour un monde moderne.

Jacques BAUDOU : Le naufragé de l'île de chair. Collection Aventures N°1. Editions du Carnoplaste. Parution avril 2017. 32 pages. 3,00€.

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 13:54

Ce que l'on appelle l'effet domino !

Gilles VIDAL : De sac et de corde.

Vous avez tous sûrement vu un reportage montrant ces dominos soigneusement placés les uns derrière les autres et tomber par un petit coup de pichenette, s'entraînant les uns les autres dans une course folle franchissant de nombreux obstacles dans un parcours minutieusement élaboré et préparé.

La lecture de ce roman est tout aussi réjouissante, et l'auteur a dû passer un temps fou à assembler ses personnages-dominos, les faire évoluer dans une petite ville de province, avec de nombreux aiguillages, des voies sans issu, d'autres qui se coupent et se recoupent, et les protagonistes s'affaler comme ces briquettes, sans pour autant que la machine infernale s'arrête avant le final programmé.

Le point de départ se situe à Boston (Massachussetts) en 1967. Deux individus interrogent violemment Willard Matthews à propos d'un objet qu'ils recherchent. Il ne se souvient plus très bien mais sous les coups la mémoire lui revient en partie. Munis de leur renseignement partiel, les deux hommes repartent en laissant derrière eux un cadavre.

Le dernier domino franchit un pont et est catapulté de nos jours à Morlane, ville de province traversée par la Meure, qui s'enorgueillit de posséder parmi ses hommes célèbres un poète maudit, Aristide Ridore, vénéré partout dans le monde mais qui fut également un assassin et un brigand.

Tout commence, ou presque lorsque Serge Persigny ressent dans la cage de l'escalier du petit immeuble où il habite comme une odeur de gaz. C'est sa voisine Mademoiselle Juvet, Clara de son prénom, qui a déposé sa tête dans le four de la gazinière. Bonsoir Clara, comme chantait Michel Sardou, direction la morgue.

Ce qui ne gêne en rien Serge Persigny sauf que cela l'a retardé quelque peu, mais il n'est pas aux pièces non plus. Après avoir récupéré une arme à feu, je ne rentrerai pas dans les détails, marque, calibre ou autre, il se rend au rendez-vous fixé par son employeur. Il ne travaille pas aux impôts, mais c'est tout comme, puisqu'il est chargé de recouvrer l'argent prêté auprès de clients récalcitrants. Et le voilà chez Victor Guérin, un vieil homme qui se montre plus malin que l'encaisseur. Et l'encaisseur n'a pas le temps de défourailler son arme qu'il encaisse quelques projectiles en pleine tête. S'il n'avait pas de plomb dans la cervelle, maintenant il est servi.

Victor Guérin, son forfait accompli, après tout il n'avait pas demandé à ce que Persigny vienne l'embêter, part en sous-bois récupérer quelque chose dans un arbre. Arrivé à place, ses coronaires jouent à se faire un sac de nœud, et exit Guérin, affalé sur une branche. Bien mal acquis, et à qui, ne profite jamais. Parait-il.

Un couple s'installe sous la ramure de l'arbre afin de batifoler, et lorsque la jeune fille regarde l'envers des feuilles, elle aperçoit quelqu'un qui les mate, couché sur une branche. Ce quelqu'un, vous l'avez deviné, c'est Guérin, mais ce que vous ne savez pas, c'est que Fred Gomez et sa copine Claudie trouvent dans la besace du défunt une grosse poignée d'argent. Plus grosse que ça même, et sous le matelas de billets, deux armes que seul Fred a aperçu. Allez hop en voiture, et après un repas à base de hamburgers italiens, oui pizzas si vous voulez, un repos digestif à l'hôtel. Et comme Fred n'est pas partageur, il se débarrasse de Claudie, dont il ne connait même pas le nom, à l'aide d'un sac poubelle. Je comprends maintenant pourquoi on veut interdire les emballages plastiques. Mais Fred est un perdant, mais il ne le sait pas encore.

 

Sur ce quittons cet embranchement et allons voir d'autres rangées de dominos qui continuent leur petit bonhomme de chemin. Et parmi ces personnages on retrouve par exemple un policier vénal - si ça existe, désolé de le préciser - ou encore un chirurgien-dentiste digne héritier des arracheurs de dents d'antan qui se fait des pivots, des lingots veux-je dire, en or sur la denture de ses clients en les massacrant, d'où peut-être l'expression des sans-dents. Bref il a les crocs. Comme d'autres personnages évanescents qui arrivent presque tels des cheveux sur la soupe, et repartent aussitôt dans une éclaboussure. Sans oublier un parrain local, ses hommes de main et d'aujourd'hui, un automobiliste qui percute un homme, lequel venait d'échapper aux policiers, qui se fait voler sa voiture, véhicule retrouvé un peu plus tard avec deux cadavres déguisés en charbon de bois à l'intérieur...

Parfois on a l'impression qu'il y a engorgement, un bouchon qui bloque tout, mais que nenni, une briquette se dégage et la route des dominos se scinde, se prend pour une autoroute ou un chemin vicinal, jusqu'à l'arrivée qui est parallèle au point de départ.

Si Gilles Vidal nous propose un roman tortueux, il le fait avec talent, et avec cette méticulosité, cette minutie propre à un artisan qui aime son métier. Il relève plus de l'ébéniste que du menuisier. Tout s'enchaîne inexorablement, les tiroirs multiples coulissent sans à-coups, les cachettes secrètes se dévoilent peu à peu, tout s'emboîte à la perfection, un petit trésor de construction et d'ajustement avec moult péripéties décrites en pleins et en déliés.

 

Gilles VIDAL : De sac et de corde. Collection Crimes et châtiments N°78. Editions des Presses littéraires. Parution le 29 mars 2017. 298 pages. 12,00€.

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 12:43

Mais d'aventures en aventures, de pages en pages...

Collection Aventures aux éditions du Carnoplaste.

S'inspirant d'un modèle qui connut un grand succès entre les deux guerres, pas besoin de préciser lesquelles, les éditions du Carnoplaste, le spécialiste des fascicules, lancent une nouvelle collection titré Aventures.

En effet reprenant le principe et l'esprit des collections Mon Roman d'Aventures, Le petit roman d'aventures, Le Livre de l'aventure, Voyages et Aventures, des fascicules de 32, 64, 96 ou 128 pages dans lesquels s'illustrèrent des romanciers comme Georges Simenon sous les pseudonymes de Christian Brulls et Georges Sim, Maurice Limat, Max-André Dazergues, Albert Bonneau, Jean de la Hire sous leurs divers alias, Robert Darvel, le maître d'oeuvre, vient de créer la Collection Aventures, de petits fascicules de 32 pages, au prix de 3,00€ l'ouvrage.

Créer une nouvelle collection, c'est bien, mais Robert Darvel s'amuse à imposer des contraintes aux auteurs, qui se laissent faire, pris par le jeu et l'enjeu.

 

Robert Darvel rêve un titre puis Fred Grivaud conçoit une illustration. Ensuite, un auteur s'amuse de cette double contrainte et le diable seul sait le récit que vous allez découvrir...

 

Puis-je me permettre d'ajouter qu'une troisième contrainte doit être respectée : la pagination ! Et après, champ libre est laissé à l'heureux postulant de développer son récit avec une autre contrainte : intéresser le lecteur, une condition sine qua non, évidemment !

La première livraison de quatre fascicule est disponible et se compose des titres suivants :

 

N°1 : Le naufragé de l'île de chair par Jacques Baudou.

N°1 : Le naufragé de l'île de chair par Jacques Baudou.

N°2 : Loyola de la jungle par Jean-Hugues Villacampa.

N°2 : Loyola de la jungle par Jean-Hugues Villacampa.

N°3 : Les chœurs de la mer rouge par Arnaud Cuidet.

N°3 : Les chœurs de la mer rouge par Arnaud Cuidet.

N°4 : Perdus dans la zone commerciale par Romuald Herbreteau.

N°4 : Perdus dans la zone commerciale par Romuald Herbreteau.

Les chroniques de ces ouvrages bientôt sur vos écrans....

Mais d'ores et déjà vous pouvez les commander en vous fiant au lien ci-dessous.

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 08:21

Comme disait ma grand-mère : on ne sait pas par quel bout la prendre...

Patricia RAPPENEAU : Tout ce qu'ils méritent.

La quoi ?

L'histoire ? Ça, ce n'est pas difficile, suffit de commencer par le début puis de dérouler tranquillement jusqu'à l'épilogue. Simple, non ? Sauf que l'histoire est plus compliquée qu'il y parait.

Rose ? Il est vrai que l'on pourrait donner la communion sans confession à Rose, belle et jolie, que dis-je, magnifique jeune fille, qui officie comme bonne du curé Troignon, en la bonne ville de Semur-en-Auxois, département de la Côte d'or, 3500 âmes environ en cette fin d'année 1908. Ange le jour, Démon la nuit, telle est la définition que l'on pourrait accoler à Rose, qui cache bien son jeu démoniaque. Et la nuit elle se transforme en vengeresse.

André ? André est gendarme dans cette même bonne ville de Semur, et lui aussi cache bien son jeu. Car si elle s'appelle André, c'est par un caprice de son père, mais c'est une femme. Seulement les hommes qui composent la petite compagnie de gendarmes ignorent qu'elle n'est pas du même sexe qu'eux, même si, et ils en sont tout étonnés eux-mêmes, ils ressentent à son contact comme un certain trouble. Pas tous, disons les moins niais.

 

Revenons quelque peu à Rose, qui jeune encore a connu les avanies d'une coexistence avec une fratrie incestueuse, et aujourd'hui encore sert d'exutoire génital au prêtre dont est la servante. Elle a ses petits trucs pour échapper parfois à la corvée nocturne. De toute façon le curé a des ressources sous sa soutane et n'hésite pas à prodiguer ses bons soins et offrir ses hosties à ses paroissiennes, même âgées.

Or Rose s'est mis en tête d'éradiquer ces prédateurs, s'érigeant en mante religieuse.

André, sous son uniforme de gendarme trentenaire, cache un passé trouble. Elle a une fille, Lucienne, âgée de sept ou huit ans, gardée par Gilberte, la sœur du géniteur. Et pour toute la petite ville, Lucienne est la sœur de Gilberte, pas même vingt ans, lingère de son état.

André prend son métier à cœur, et contrairement à ce qui se passe en général n'accepte pas le laisser-aller, surtout dans les enquêtes de meurtres. La police scientifique et le travail du médecin-légiste n'ont que quelques années d'existence et André prend soin à ce que ses collègues ne viennent pas placer leurs gros sabots dans des traces éventuelles laissées par le ou les assassins.

 

Et des meurtres, la petite ville de Semur commence à les comptabiliser. Parfois ce ne sont que des accidents, mais quand même, il y a anguille sous roche, et les vendanges mortuaires sont fructueuses. Mais André est pugnace, intègre, inflexible, et elle entend mener ce qu'elle considère come sa mission pour découvrir l'identité du, ou des fauteurs de troubles. Elle trouvera en Léon Dubrueil, le cafetier local qui gère quelques jeunes filles dont la qualité est de réconforter les mâles en mal d'amour, un allié de circonstance auquel elle ne sait pas résister et lui prouvera qu'en plus d'être intelligent, il est un homme qui ne manque pas d'arguments. Mais elle sera également confrontée au géniteur de la petite Lucienne, et à d'autres individus malsains.

 

Patricia Rappeneau joue habilement sur le système narratif, rédigeant à la troisième personne son texte, mais employant la première personne lorsqu'André devient l'acteur, ou l'actrice principale, du récit.

Ce qui permet au lecteur de naviguer dans cette intrigue en connaissant certains faits, et de suivre les tâtonnements, les réflexions, les problèmes et les sentiments d'André. Un montage narratif qui met en phase le lecteur et le héros, l'héroïne, tout en suivant de façon concrète certains événements. Et de vibrer en compagnie d'André lors de scènes houleuses, dangereuses, ou sentimentales. Ainsi que ses relations, parfois ambigües avec ses collègues et son supérieur.

Patricia Rappeneau démontre une maîtrise impeccable dans son intrigue et sa narration et j'espère que nous retrouverons André dans de nouvelles enquêtes tout aussi passionnantes. Car André est un héros attachant, dans son double rôle d'homme-femme et dans ses démêlés sentimentaux et professionnels tout en assumant un rôle de mère.

Pourtant, Tout ce qu'ils méritent n'est pas une bluette, loin s'en faut. C'est un roman fort, âpre, puissant. Patricia Rappeneau dévoile les turpitudes existant dans une petite ville à l'abri des murs, des bois et des fossés. Et si l'histoire se déroule fin 1908, ceci se produit encore de nos jours.

Peut être commandé en version numérique à l'adresse ci-dessous :

Patricia RAPPENEAU : Tout ce qu'ils méritent. Collection Marge noire. Editions De Borée. Parution le 16 mars 2017. 288 pages. 19,90€. Version numérique 9,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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