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2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 03:08

Gaby a le vent en Poulpe…

7 Maures sur ordonnance. Recueil de nouvelles.

Trois nouvelles au menu, avec toutes les trois un héros récurrent, un enquêteur indépendant, nommé Gabriel. Ceci devrait vous rappeler quelqu’un.

Et en effet, en quatrième de couverture, il est indiqué Poulpe à la mode corse. Donc pas de surprises et pourtant les différences sont nombreuses, et Gabriel, dit Gaby, n’est pas un succédané de Lecouvreur, juste un personnage similaire.

Ces nouvelles sociales qui se déroulent en Corse ou en Bretagne possèdent un point commun, outre le héros : elles se déroulent en 1978 et 1979, une vision de l’Histoire avec un certain recul appréciable.

 

Dans On achève bien l’écheveau (vous remarquerez l’aimable jeu de mot) de Christian Maïni, il s’agit pour Gaby d’enquêter sur un meurtre, une affaire classique.

La belle et jeune Maddalena, qui est arrivée par hasard un jour dans le village et n’en est plus repartie, dont les antécédents n’ont filtré qu’avec parcimonie, adoptée par tous et principalement par Santa l’Ebréa, a été retrouvée morte poignardée. Les deux pandores, Casanova et Pantanacce, ont été chargés officiellement par le brigadier-chef Beauger de régler cette affaire, mais Gaby s’entend avec eux pour se mêler à l’enquête.

Plus que la résolution de l’énigme, ce qui prévaut dans cette nouvelle, c’est le style linguistique employé, la sémantique. Un peu à la manière de San Antonio, qui n’était pas le précurseur des romans humoristiques, avec jeux-de-mots à foison. L’auteur se fait plaisir tout en amusant le lecteur par ses calembours, mais il existe une véritable recherche dans cette accumulation d’homophonie ou polysémie, d’à-peu-près, et il s’agit d’une véritable gageure oulipienne.

 

Avec Flic ou barbouze, de Marek Corbel, plus d’amusement sémantique, ou si peu. Car le sujet est grave. Plus grave que le meurtre d’une jeune fille. Le brigadier-chef Beauger, lors d’une soirée à Bastia, a surpris une conversation entre le commissaire-divisionnaire, un homme muni d’une canne et un truand de renommée insulaire nommé Jojo de la Citadelle.

Leurs propos concernaient un certain Nitro, un Espagnol fou vivant à Botmeur. C’est peu mais rien n’arrête Gaby qui prend son bâton de pèlerin, et après s’être plongé dans son encyclopédie géographique, il se rend à Carhaix en Bretagne. En cours de route il fait la connaissance de Guillaume, un musicien itinérant et vestige de la génération des hippies, lequel lui propose de s’engager à faire les moissons. Initiative non négligeable car Gaby possédera un alibi pour son arrivée. Il ne lui reste plus qu’à découvrir qui se cache sous l’identité de Nitro, parmi la communauté espagnole installée dans ce coin finistérien, et l’aider à échapper aux griffes de l’homme à la canne, un certain Alexandre Benallini qui est accompagné du tueur à la solde de Jojo et surnommé le Kanak.

Cet épisode se déroule quelques années après la mort de Franco, mais son esprit est toujours vivace de même que la Retirada et l’exode d’une partie de la population en délicatesse avec le Caudillo. Et on appréciera la présence d’Alexandre Benallini, soi-disant (sans T à soi) lieutenant-colonel et président directeur général d’une organisation Ripublica

 

Le troisième volet de ce recueil, Sept Maures sur ordonnance d’Olivier Collard, aborde un sujet politique et social, avec le projet du président de la République de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, de revenir sur les accords d’Evian. Celui-ci voulait expulser 100 000 Algériens de France non pas en légiférant mais par ordonnance. Ceci ne s’est pas réalisé, freiné au dernier moment par l’aile modérée de sa majorité. Une expulsion qui devait être accompagnée d’une prime de dix mille francs (nouveaux et non anciens comme il est précisé dans le texte) soit la modique somme de un million d’anciens francs. Je vous laisse le soin de convertir en euros, car à l’époque, cette monnaie n’était pas envisagée.

Sept Corses d’origine algérienne sont nommés, tirés au sort ou non, ne possédant pas d’attaches familiales, et Gaby va tenter de trouver un stratagème pour faire avorter ce projet inique. Et naturellement, on retrouve certaines figures de l’époque, dont certaines se sont suicidées dans une flaque d’eau ou noyées accidentellement.

Eminemment politique et humaniste, cette histoire ne laissera pas indifférent le lecteur qui a connu cette époque ou justement qui la découvre et pourra effectuer un parallèle avec ce qu’il se passe de nos jours et sous les gouvernements précédents, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Trois histoires, trois tonalités, trois écritures, un seul but, intéresser le lecteur !

7 Maures sur ordonnance. Recueil de nouvelles. Collection Trinnichellu N°4. Editions du Cursinu. Parution le 4 février 2019. 198 pages. 10,00€.

ISBN : 9791090869363

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 05:38

Quand Jean-Pierre Andrevon écrivait des nouvelles pour Charlie Hebdo !

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil.

En 1975, à la demande de Georges Wolinski, Jean-Pierre Andrevon a fourni pour Charlie Hebdo, auquel il collaborait depuis 1971, douze nouvelles. A l’origine il y en avait une vingtaine, mais peut-être le côté irrévérencieux de certains textes a fait que certaines ont été écartées par manque de place ou parce que le Professeur Choron, qui alors était aux manettes de ce magazine satirique, ne les avait pas appréciées.

L’on constatera que plus de quarante ans plus tard, elles n’ont pas perdu de leur virulence et que les hommes politiques sont toujours aussi méprisants et arrogants que dans les années 70, quoi que puissent en dire ou faire nos dirigeants.

Ces nouvelles et d’autres avaient été éditées par Lionel Hoebeke, dans la collection Changer de fiction au Dernier Terrain Vague, vingt-sept au total. Les années ont passé, et il était juste et nécessaire de les ressortir de l’oubli, de les retravailler, de leur insuffler un petit goût de jeunesse en les adaptant à notre époque, et, en compagnie de quelques inédits, les voilà qui s’offrent à vous, pour vous faire sourire tout en vous confortant dans votre idée du malaise actuel et de votre rejet d’une certaine forme, voire d’une forme certaine, de la politique. Je ne veux pas vous laisser croire que je pense que c’était mieux avant, mais au moins est-on tenter de dire que ce n’était pas pire.

 

Une colère lucide et désabusée, une violence traitée par la dérision, la causticité et l’ironie acerbe, animent Jean-Pierre Andrevon lorsqu’il rédige ces textes avec une plume trempée dans le vitriol. Quel que soit le thème traité, des thèmes qui, je me répète, sont toujours d’actualité et prennent encore plus de force au fur et à mesure que le temps passe.

Dans Le pet par exemple, pet n’étant pas dans l’esprit du scripteur cette flatulence parfois nauséabonde qui émane d’une digestion mal canalisée mais signifie faire le guet, nous sommes en présence d’un flic qui doit surveiller les abords d’une banque susceptible d’être braquée. Et à la moindre approche d’une personne, ou d’un groupe de personnes, qu’il juge suspect, ce policier n’hésite pas à user de son arme, au grand plaisir des badauds qui applaudissent. Mais à chaque fois il s’agit d’une bavure. Et lorsque la journée se termine et qu’enfin des hommes, habillés comme des actionnaires, pense-t-il, s’introduisent dans l’établissement, il ne réagit pas. L’heure de sa fin de service vient de sonner. Naturellement s’il encourt les blâmes de sa hiérarchie, ce ne sont pas pour les motifs décrits. Et la sanction sera à la hauteur financière de ses méprises. A noter que pour se fondre dans l’actualité, l’auteur précise que ce policier a prénommé l’un de ses enfants, le petit dernier, Emmanuel en l’honneur du président. Fayot !

Et puisque nous sommes dans le domaine policier, que penser de En attendant le client, dont le narrateur est un médecin exerçant son art aux urgences de la police. Des manifestants blessés, des cabossés par des exactions policières, une femme violée, lui sont amenés et à chaque fois son diagnostic est totalement délirant et à côté de la plaque. Tout ça avec la présence d’un journaliste de Libération. Un journal de gauche, donc une quantité négligeable. Il préfère voir l’un des gardiens de la paix présent dans le local compulser Le Figaro, un quotidien impartial. Evidemment. Mais le ton change complètement de registre lorsqu’on lui amène un policier blessé, le petit doigt luxé. Le pauvre. Une fiction, pensez-vous. Naturellement.

Changeons de registre avec La passe, qui, comme son titre l’indique met en scène une travailleuse du trottoir. Une respectueuse comme l’on dit lorsque l’on est bien éduqué. Mais ça, c’était avant la répression, alors que pourtant, cette brave dame n’oublie pas de pratiquer un prix majoré de la TVA, ce qui normalement alimente les caisses de l’Etat. Hypocrites.

Dans Le procès, nous assistons à la confrontation entre une juge d’un âge déjà avancé et d’une jeune femme qui a porté plainte pour viol. Ce monologue, narré à la façon de certains humoristes dont Pierre Palmade, démontre que même entre femmes la solidarité n’existe pas toujours, la juge accablant la jeune femme en lui signifiant :

J’ai les idées larges, et il m’arrive moi-même de goûter aux joies iodées de la mer pour ensuite livrer mon corps aux caresses du soleil. Mais j’ai de la pudeur, moi, mademoiselle. Je porte un maillot. Une pièce, s’il vous plait. Je n’aurais pas l’impudence de dilapider les secrets de mon intimité à toute la France. Alors, je vous le demande : ne comprenez-vous pas que la vision d’un corps féminin dénudé est un appel non équivoque à un acte charnel ?

Je pourrais aligner les exemples de ces textes qui égratignent, qui grattent, qui démangent, mais qui dans le même temps procurent un bien fou, à condition que le lecteur soit phase avec l’état d’esprit de l’auteur, des textes qui sont autant de dénonciations de problèmes sociologiques.

Toutefois, je vous en ai réservé deux petites dernières dont Bilan présidentiel, qui aurait pu convenir à quelques présidents dont en particulier un qui collectionnait les diamants et un autre qui appréciait la tête de veau. Mais ce bilan présidentiel semble n’avoir été écrit que pour l’actuel locataire de l’Elysée. S’adressant à ses concitoyens, celui-ci détaille le nombre de ses repas, de bouteilles vidées, d’animaux tués au cours de parties de chasses, de rapports sexuels… Je cite :

Mes fonctions sexuelles sont normales pour un homme comme moi dans la force de l’âge ; j’ai tiré soixante-seize coups dans l’année écoulée, le dernier en date pas plus tard qu’hier au soir dont treize dans le réceptacle conjugal. Avouez que concernant une union de vingt-trois ans, la moyenne est encore fort honorable.

Et il enfonce le clou, si je puis dire, en déclarant :

J’ajoute que les rumeurs faisant état d’une possible homosexualité sont sans fondement.

L’emploi du mot juste !

Enfin, dans La plume à gauche, Jean-Pierre Andrevon se met lui-même en scène. Comment ? Je vous laisse découvrir son texte.

 

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Ces tranches de vie, ces réflexions non dénuées de bon sens, ces nouvelles sont regroupées en sections dont vous pouvez prendre connaissance ci-dessous :

 

Sommaire :

Le boulot.

Le pet

La passe

En attendant le client

La plume à gauche

Un peu de douceur

Culture bio

A l'école

Youkaïdi Youkaïda

 

Les arts.

Le réalisme

La galère

 

Loisirs et vacances.

L'ouverture

Au camp

Sur le périph'

 

L’empire de la science.

Sur le chantier

Maître de la Terre

La mécanique

Bricolo

L'éternité moins un jour

Entropie

 

L’armée.

Pas de malaise

Un week-end crevant

L'affaire du combat dans les garrigues

 

La politique.

Décrets et signatures

La Corse : une situation confuse

Bilan présidentiel

Ecrivez au journal, on vous répondra

 

Le Q.

Le petit doigt

Le procès

Quand faut s'y mettre

Simulation

Trois Ave et on n'en parle plus

Une grosse

 

La vie et rien d’autre.

Mal foutu

Ami des bêtes

La débrouille

Sympas et tout

Je n'ai pas vu les lumières se rallumer

 

Et ce volume se termine par des Précisions bibliographiques dont on peut très bien se passer, mais qui m’ont semblé indispensables.

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil. Nouvelles. Collection KholekTh N°37. Editions de La Clef d’Argent. Parution décembre 2018. 272 pages. 13,00€.

ISBN : 979-10-90662-51-3

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