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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 10:33

Et je dirais même mieux : Viscères ... au poing !

Mo HAYDER : Viscères

Depuis qu'il a subi une opération cardiaque, il a un caractère de cochon. Pas tout à fait, disons plutôt un cœur de cochon car Oliver Anchor-Ferrers vit maintenant avec des valves porcines à la place des siennes. Mais il lui faut quand même ingurgiter quelques médicament à heures fixes.

Lorsqu'il arrive aux Tourelles, une immense résidence campagnarde ressemblant à un manoir, d'où son nom, en compagnie de sa femme Matilda et de Lucia, sa fille âgée de trente ans, et de leur chienne Ourse, il pense enfin pouvoir se reposer et se remettre de son opération. Matilda s'occupe du jardin et Lucia passe son temps à écrire des poèmes et à dessiner ou lire des magazines. C'est une jeune fille boudeuse, ayant adopté une apparence gothique mais si cela gêne quelque peu ses parents, ils ne s'en offusquent pas à cause de son passé. Et il semblerait bien que ce passé se projette à nouveau laissant affluer des souvenirs pénibles.

Quinze ans auparavant Lucia sortait avec un adolescent de deux ans plus vieux qu'elle et elle pensait que ce serait pour la vie. Mais il l'avait délaissée pour une autre fille et elle les avait retrouvés sauvagement assassinés, mutilés, éviscérés dans un fourré au delà des jardins des Tourelles. Leurs entrailles avait été accrochés à des branchages, placés en forme de cœur. Et Matilda vient de discerner le même trophée à peu près au même endroit. De quoi les bouleverser et faire perdre la raison à Lucia. Ils pensent immédiatement à celui qui a été arrêté peu après et qui purge une longue peine de prison, méritée, mais aurait éventuellement bénéficié d'une remise de peine.

Deux hommes qui se prétendent être des policiers se présentent à eux, sous les noms de Honey et Molina. Mais bientôt ceux-ci ne se conduisent plus en policiers venus résoudre l'assassinat d'une voisine éloignée mais comme des individus acharnés à les séquestrer. Ils ne donnent aucune indication sur leurs motivations, se contentant d'humilier les trois résidents. Oliver, qui est un scientifique, un physicien spécialiste de la lumière, s'interroge et cherche à savoir s'il n'aurait pas failli à un certain moment, principalement dans le manuscrit, qu'il rédige en secret, et pourrait être un brûlot vis-à-vis de certaines personnes ou institutions.

 

Pendant ce temps le commissaire adjoint Jack Caffery est en proie a de violentes migraines. Lui aussi possède un passé douloureux, son frère Erwan, alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années, a disparu et n'a jamais plus donné de signe de vie. Un pédophile sévissait dans la région et il est actuellement écroué. D'autres membres ont aussi été arrêté, mais pas tous. Assistant à une commémoration à l'instigation d'une mère qui a décidé de faire construire un mémorial en l'honneur de sa fille victime d'un dérangé mental, Jack décide de reprendre son enquête. La femme qui est devenue alcoolique pleure sa fille, mais elle avait récupéré son corps tandis que Jack n'a jamais retrouvé celui de son frère.

En solitaire, aidé toutefois dans certaines démarches par des collègues ou des connaissances, il repart sur les traces de son enfance, interrogeant des témoins de l'époque, quémandant l'aide du Marcheur, un homme qui lui aussi peut lui apporter des éléments de réponse. Le Marcheur est accompagné d'un petit chien nommé Ourse, dont il ne connait pas la provenance. Si Ourse possède un collier, sous lequel était glissé un reliquat de papier avec la mention aidez-nous, aucune identification ne peut aider Jack Caffery à remonter aux propriétaires. Pourtant c'est bien grâce à la petite chienne que les deux affaires vont insensiblement converger.

 

Telle une sorcière qui ajouterait les condiments au fur et à mesure de la préparation d'une potion magique, Mo Hayder mitonne son suspense en incorporant petit à petit les ingrédients. Une grosse dose de terreur et une autre d'angoisse, assaisonné d'un suspense qui va grandissant et devient cauchemardesque.

Et lorsque la température désirée est atteinte dans la marmite de l'intrigue, les révélations éclatent à la surface comme des bulles pestilentielles.

Mo Hayder imbrique ces deux récits en laissant apparaître la vraie nature des personnages, principalement ceux de Honey et Molina, particulièrement retors, et lorsque l'on pense que tout est dit, des rebondissements surgissent sans crier gare. Mo Hayder manipule ses personnages et le lecteur, avec machiavélisme mais sans artifice qui pourrait laisser penser à des cachotteries. Tout est soigneusement amené, développé, et les protagonistes plongent dans le cauchemar alors qu'ils espéraient une rédemption.

Un roman étouffant, oppressant, et le lecteur ressent un sentiment contradictoire : il a hâte d'arriver à l'épilogue et en même temps il aimerait que cette histoire ne finisse jamais.

 

Mo HAYDER : Viscères (Wolf - 2014. Traduction de Jacques Martinache). Collection Sang d'encre. Editons Presses de la Cité. Parution le 15 janvier 2015. 448 pages. 22,00€.

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 11:57

Bon anniversaire à Yves Bulteau né le 10 février 1955.

Yves BULTEAU  : Julie et Smaïn.

Dans le registre les adolescents sont les héros, voici un roman en forme de road-story qui démontre le malaise certain, et non un certain malaise, des jeunes en face de la dure réalité et de l’incompréhension parfois des adultes. Tant d’exemples nous sont donnés à travers les médias relatant les vicissitudes de la vie quotidienne.

Julie est une jeune fugueuse qui n’en est pas à son premier braquage de station service. Mais cette fois, elle se fait prendre la main dans le sac et le gérant, histoire de rigoler, lui propose un petit tour dans une pièce attenante, afin de goûter aux charmes de la belle chapardeuse. Elle brandit son pistolet, un jouet en plastique mais le pompiste en possède un vrai qu’il agite comme un dément.

Smaïn, son apprenti mécano beur, tente de détourner l’arme, mais coup part. Exit le garagiste. Smaïn et Julie ne voient plus qu’une solution à leur problème : la fuite. Ils prennent la fille de l’air et se réfugient dans une grotte aux confins du Massif Central. Tristan Desmarais, qui a déjà croisé à plusieurs reprises Julie, est sur leurs talons. Il veut comprendre pourquoi la jeune fille a brutalement lâché le cocon familial.

Quant à Max, le busard, il veille sur ses petits et faudrait pas venir le déranger.

 

Le racisme primaire, le rejet, la conviction des adultes de posséder la Vérité en face d’adolescents paumés, la solitude dans un monde qui ne parle que de communication, tels sont les thèmes majeurs de ce roman qui est aussi une ode à l’amour sans barrière, sans frontière, sans a priori. En insérant quelques touches d’humour par-ci, par-là, pour mieux relancer la mécanique, Yves Bulteau a construit un roman fort et tendre qui hante le lecteur la dernière page tournée.

 

Yves BULTEAU  : Julie et Smaïn. Collection Canaille/Revolver N°184, Editions Baleine. Parution février 2000. 140 pages. 8,00€.

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 16:03

Un étrange détective de l'étrange...

Philippe PINON : Barry Barrison et l'héritage de Tarford Castle.

Composé de quatre longues nouvelles, ce recueil nous propose de découvrir Sir Barry Barrison, de son vivant, au moment de sa mort, puis sous sa nouvelle forme de spectre. Quatre épisodes qui s'enchaînent permettant de suivre Sir Barry Barrison sous ses différentes formes et lors de ses enquêtes aussi diverses que variées et qui induisent d'autres histoires qui pourraient être développées ultérieurement ayant pour titres alléchants et énigmatiques : L'Affaire du Cendrier du Collectionneur ou encore L'Étrange cas du Pendu Aveugle.

 

La partie italienne :

Confortablement installé dans le fiacre qui l'emmène à Regent Street, Barry Barrison relit la lettre émanant de son ami Sir Henry Oldtown. Celui-ci réclame son aide car depuis quelques temps il lui semble perdre la mémoire épisodiquement. Ainsi, des personnes l'auraient aperçu dans des endroits alors qu'il est persuadé ne pas y avoir mis les pieds. Sir Henry Oldtown vit seul en son château de Tarford, avec pour unique domestique le vieil Alfred, majordome, cuisinier et homme à tout faire.

Après avoir longuement décrit ses absences, supposées ou non de mémoire, Sir Henry propose à Barry de venir partager son repas le lendemain soir. Barry, qui a déjà sa petite idée, lui demande d'inviter le père Howard, qu'il connait depuis son enfance et auquel il rend visite afin de clarifier certains points. Le lendemain Barry est accueilli par l'inamovible Alfred. Sont déjà présents pour ce repas trois ou quatre personnes dont la comtesse Van Anglowen qui outre être une éminente ambassadrice de l'Autriche possède le don de médiumnité. Mais au cours du repas Sir Henry décède dans de mystérieuses conditions.

La solution réside dans un vieux thème souvent utilisé par les auteurs de romans policiers classiques mais qui avait été mis à l'index par S.S. Van Dine dans ses vingt règles à ne pas enfreindre. A noter que la partie italienne est une ouverture aux échecs, jeu d'esprit auxquels s'adonnent avec passion nos deux protagonistes.

 

La mort lui va si bien :

Un peu plus de quinze années se sont passés depuis l'épisode précédent. En cette année 1900 Barry Barrison est toujours un passionné du jeu d'échecs. Ce matin-là il a rendez-vous avec Arthur Fell, membre comme lui du club Queen's Pawn, afin de l'affronter dans une énième partie dont l'ouverture à l'italienne est immuable.

L'inspecteur principal Lipperstone, qui déguste en toute tranquillité son thé matinal, est subitement dérangé par son adjoint l'inspecteur Eddings. Et l'information que le policier lui délivre est d'importance et triste : Barry Barrison est décédé. Son corps vient d'être retrouvé, non sans mal, dans le cabinet où devait se dérouler la partie. En effet, l'invité ayant frappé et n'obtenant pas de réponse avait alerté le directeur du club qui avait pris la décision de forcer la porte qui était fermée de l'intérieur.

Lipperstone, sans oublier son adjoint, est effondré, car il vient de perdre un ami qui l'a aidé à maintes reprises à résoudre des affaires compliquées. Et celle qui se présente à Lipperstone avec le décès de Barry est quasiment irrésoluble : son ami a été assassiné dans une pièce close sans accès de sortie, ou d'entrée, pour le meurtrier. Alors Lipperstone décide de fouiller dans les affaires du défunt à Tarford Castle. Barry Barrison a en effet hérité du manoir depuis le décès de son précédent propriétaire, juste un point de détail pour justifier le titre du recueil. Et c'est ainsi qu'invoquant la disparition de son ami, se lamentant, il entend une voix rogue lui répondre. Ce n'est que le spectre de l'aristocrate, mais cela jette quand même un froid. L'homme et le fantôme, qui ne se souvient pas grand chose des événements qui ont conduit à sa mort, vont donc essayer de résoudre, et y parvenir, ce problème par la déduction.

 

Le joyau de la Tamise :

Gros bond en avant dans le temps puisque nous sommes au vingt et unième siècle, près de la Tamise. Terry et Angla, deux amis étudiants, viennent de prendre un bon repas et avant d'aller se coucher, ils vivent ensemble et se considèrent comme fiancés mais nous n'en saurons pas plus leurs activités sexuelles celles-ci n'interférant pas dans l'histoire, donc Terry et Angela se reposent sur un banc regardant la Tamise. Ils aperçoivent deux hommes sortir d'une voiture, ouvrir le coffre en extirper un corps qu'ils balancent à la baille. Les deux jeunes gens sont édifiés et aussitôt, n'écoutant que leur courage, ils se jettent à l'eau. Ils récupèrent avec difficulté une jeune fille qui, lorsqu'elle pourra s'exprimer leur apprend qu'elle se prénomme Maureen.

Ils préviennent leur ami Mark qui se charge de récupérer tout ce petit monde et les emmène chez lui à Tarford Castle. Le fameux manoir de Barry Barrison, un de ses ancêtres en ayant hérité après le décès tragique de son ancien propriétaire, comme nous l'avons lu dans l'épisode précédent. Or justement Barry Barrison se manifeste comme à son habitude, fumant tranquillement sa pipe et comme il s'ennuie il va aider les jeunes gens à découvrir les coupables, mais surtout le pourquoi. Car Maureen qui s'est laissé aller à quelques confidences ne semble pas leur avoir tout dit, et même menti. C'est pas bien de mentir quand sa vie est en jeu !

 

Le mystère de la femme qui marche :

Nous retrouvons nos quatre complices qui sont devenus nos amis par la même occasion, à Reims, la ville du champagne et des rois, ce qui n'a rien à voir mais fera sans aucun doute à Brice Tarvel, éminent romancier, mais je m'échappe encore du sujet. Mais auparavant, précisons pourquoi notre quatuor s'est rendu dans cette aimable ville qui regorge de nombreux mystères.

Angela et ses amis font partie d'une organisation, la MA-ED c'est-à dire en français l'Académie du Mystère - Division Anglaise, résolvant pour le compte de Scotland Yard des affaires non élucidées. Angela a visionné une vidéo représentant une maison, et plus particulièrement une fenêtre où apparait une femme. Rien de bien particulier sauf que la silhouette de cette femme ne se reflète pas dans la vitre. Pour Barry Barrison, aucun doute n'est permis, il s'agit d'un spectre. Et c'est ainsi qu'ils se rendent à Reims communicant avec l'aristocrate, ou plutôt son fantôme, grâce au don de Maureen qui est télépathe.

Philippe PINON : Barry Barrison et l'héritage de Tarford Castle.

Au fur et à mesure qu'il lit ces quatre nouvelles, le lecteur en apprend davantage sur Barry Barrison et ses nouveaux amis, les épisodes s'enchainant les uns aux autres tout en étant indépendants. Aventures, mystères, détections, et fantastique, angoisse et une pointe d'humour composent ce recueil qui augure un bel avenir pour une nouvelle plume fort intéressante.

 

Les amateurs de bandes dessinées petit format se souviennent peut-être avoir lu des aventures de cet aristocrate britannique qui a côtoyé Sherlock Holmes et en possède les vertus de déduction, d'analyse et surtout d'observation. C'était dans Spécial-Kiwi du numéro 85 au numéro 88, en 1982, signés Claudio Tiziano Fuzi pour les scenarii et Luciano Bernasconi pour les dessins. D'ailleurs certaines vignettes sont reproduites dans le présent recueil. Elles ont été rééditées dans le recueil Le Gladiateur de Bronze aux éditions Rivière Blanche.

Quant à Philippe Pinon, un auteur à suivre, vous pouvez retrouver deux de ses nouvelles dans les recueils Dimension Super-Héros et Dimension Super-Héros 2.

Philippe PINON : Barry Barrison et l'héritage de Tarford Castle. Collection Noire N° 71. Editions Rivière Blanche. Préface de David Baudet. Parution Janvier 2015. 244 pages. 17,00€.

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 14:00

Y'a-t-il un avocat dans la salle ?

Marie DEVOIS : Van Gogh et ses juges.

Les magistrats ne sont pas en odeur de sainteté actuellement, du moins de la part du gouvernement (ce roman a été publié en 2011), et que quelqu’un se charge de les évincer, cela suppose qu’un individu fasse preuve d’excès de zèle.

Il faut réduire les effectifs, ce sont les ordres des ministères, mais de là à les assassiner, il existe une marge à ne pas franchir. Pourtant un individu prend un malin plaisir à égorger des membres de la magistrature, dans la banlieue parisienne, puis à déposer sur les cadavres de petits sachets contenant des éclats de peinture.

Au départ les policiers de la criminelle pensaient avoir à faire à un homophobe, le premier défunt étant homosexuel. Mais ils révisent rapidement leur jugement car par la suite, les autres cadavres ne répondent pas à ce critère. Un par mois, sauf au mois de juillet où l’assassin reproduit ses meurtres par deux fois, la seconde à Vannes. Pour Fred Andersen, surnommé le Danois, cette affaire relève du casse-tête pourtant il ne ménage pas ses efforts. Son supérieur a beau être un ami, il se fait engueuler pour manque de résultat, mais il faut avouer que les ministres de tutelle tempêtent, vitupèrent exigeant que l’affaire soit rapidement résolue.

Mais il ne suffit pas dire Je veux, de taper du poing sur la table, il faut aussi se mettre à la place des enquêteurs. Andersen a beau, lui et ses hommes, gratter dans le passé des victimes, rien à priori ne les reliait, à part leur profession. Ils ne se connaissaient pas, travaillaient dans des juridictions différentes, n’étaient pas issus des mêmes promotions, bref le noir complet. La disparition de Maëlle Aubier, une ancienne policière de l’Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels et amie d’Andersen, qui quoi que jeune encore avait pris récemment sa retraite et se rendait régulièrement à Auvers-sur-Oise, ce village du Vexin réputé pour avoir hébergé grâce au docteur Gachet le peintre Van Gogh, donne un nouvelle couleur à l’enquête. Andersen ne croit pas à la thèse d’une disparition subite de sa petite sirène, même si elle avait projeté un voyage en Hollande.

 

Van Gogh et ses juges, dont le titre prend toute sa signification vers la fin du livre est un roman en deux temps. La première partie narre les efforts d’Andersen et son groupe à traquer un assassin récidiviste et la présentation, parfois succincte, parfois nettement plus élaborée des victimes. La seconde prend de la couleur avec l’arrivée, ou plutôt la disparition de Maëlle Aubier, et le jeu du chat et de la souris qui s’instaure entre les enquêteurs d’une part et le ravisseur d’autre part dont on connait le nom mais dont les motivations s’éclaircissent peu à peu, et s’érigeant en arbitre bâillonnée la pauvre jeune retraitée. Le final est enlevé mais l’épilogue reste dans le domaine de la fiction.

Car qui oserait imaginer que… Je vous laisse extrapoler toutes les suppositions possibles et si vous ne trouvez pas, il ne vous reste qu’à lire le livre. Et en parlant de l’objet, sa présentation est originale car les pages de garde sont entièrement noires ainsi que les tranches. Un bon roman qui nous change des œuvres actuelles dans lesquels les sérials killers sont trop complaisamment décrits, romans qui ne laissent qu’un arrière-goût d’amertume.

 

Marie DEVOIS : Van Gogh et ses juges. (Première édition Collection ArtNoir, Biro & Cohen éditeurs - 2011). Réédition COhen & Cohen. 13 mars 2014. 242 pages. 20,00€.

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 17:00

Barbecue privé !

Anouk LANGANEY : Cannibal Tour.

Tel un clou de girofle, pointe dressée en l'air, posé sur une mare, l'île de Khaya-Re, 4042 habitants, appartenant à l'archipel des Centaurides, est en proie à des heures chaudes qui font les grands titres des médias.

C'est ce qu'apprend Oscar, en lisant le journal à défaut d'apercevoir l'île où il a été muté, l'avion prenant son virage dans le mauvais sens. Pour Oscar qui ne voit que la mer, pas pour l'avion qui va atterrir, on va quand même pas cumuler les drames.

Solenn Gernand et Maxime Hourtin, deux enseignants, des collègues qu'il n'aura pas le plaisir de fréquenter, ont été retrouvés par deux touristes néerlandais dans une grotte du volcan Khirinopoyé. Ils ont été mutilés, les enseignants pas les touristes, et certaines parties internes de leurs corps ont été prélevées. Selon les affirmations du journaliste, il s'agirait probablement d'un cas d'anthropophagie. Le premier cas recensé sur l'archipel depuis 1897.

Le chef Djola, Ban-Ra-Djolaligondaha'r, qui appartenant à la dynastie régnante du peuple grahoré, n'est pas satisfait du comportement de ses fils, Sou-Ra'n, Sou-Ra-Dlohagalanda'r, plus communément surnommé Junior, et Sou-Ra'hani Djodibalodonda'r dit Bobby, mais ceux-ci n'en ont cure. Ils ont autre chose à faire que de se plier à la loi paternelle et même maternelle, quoique, lorsque ça crie trop fort, ils baissent la tête. Junior a une idée qu'il pense très intéressante pour le bienfait financier de l'île : il va contacter une voyagiste, Hélène Reille et lui présenter son île comme un paradis pour touristes, avec des parcours fléchés, des découvertes, notamment la grotte où ont été retrouvés les deux enseignants dont les abattis ont été cuisinés, le légiste est affirmatif sur ce dernier point.

Personne n'attend Oscar à sa descente d'avion et il est obligé de se rendre au collège à pied en trainant sa valise à roulette. Et la montée est fatigante. Et personne n'est là pour l'accueillir, l'établissement étant fermé pour cause de décès. Heureusement une joyeuse petite bande se déplaçant en véhicule archaïque le prend à bord. Ce sont les MacTraqueurs, des joyeux drilles qui s'adonnent à la pêche sportive. Heureusement ils sont aidés dans leur entreprise par un jeune autochtone. Un touriste débarque, mais franchement il n'est pas le client idéal, toujours à râler. Un nouveau meurtre est commis, quasiment dans les mêmes conditions. Presque, car de petits détails diffèrent et il pourrait s'agir d'un copier-coller aléatoire.

Naturellement les journalistes de la métropole s'enquièrent de l'avis d'un spécialiste de la culture grahoré. Albin de Ligre, universitaire octogénaire, a écrit de nombreux ouvrages qui font références et décrivent abondamment les us et coutumes de cette peuplade. Bon, d'accord, il est hors de question de le soupçonner, mais est-il d'une façon ou d'une autre, sinon à l'origine de cette résurgence cannibalesque, pourvoyeur d'idées.

Le capitaine Loko, de la gendarmerie locale ne se sent pas en capacité de résoudre ces mystères et un commandant en provenance de métropole va mener son enquête. Avec rigueur, car Katia Resnier possède un œil neuf, et ne s'en laisse pas conter ni compter. Et tout y passe, non sans y laisser des plumes.

 

Justement des plumes, Djola et ses fils ainsi que quelques autochtones vont s'en vêtir. Car il parait qu'il ne faut pas lésiner sur les moyens pour attirer les touristes. Alors on ressort des vieilles armoires, les vêtements ancestraux, on aménage des chants issus des veillées, bref on s'adapte en régressant. Il faut faire authentique, pour inciter ceux qui ont de l'argent à dépenser et qui veulent se frotter à la culture ancienne de venir en masse sur l'île. Junior et Bobby, ainsi que quelques amis ont des projets plein la tête, envisagent des aménagements, comment transformer Khaya-Re en immense parc d'attraction.

Les présumés coupables ne manquent pas, du proviseur Chen Hu au moindre de ses élèves, en passant par l'infirmière, le touriste, les Mac Traqueurs ou l'un des membres de la famille Djola, et j'en oublie, et le lecteur va de rebondissements en rebondissements, de surprises en surprises, du grignotage apéritif au dessert en omelette norvégienne, chaud dehors et frais dedans.

 

Cannibal Tour est le genre de roman casse-gueule par excellence mais qu'Anouk Langaney a réussi a apprivoiser. Elle s'en sort avec les honneurs, évitant le piège grossier de la caricature exotique.

Elle pointe en dérision le rappel constant du c'était mieux avant, vu de la part de ceux qui ne l'ont pas connus justement cet avant. Un peu comme en métropole, lors des fêtes de batteries du blé, les vieux agriculteurs sont volontaires, ou réquisitionnés, pour faucher le blé, le battre avec les fléaux et en cadence, les lavandières tapant sur le linge mouillé avec leur batte agenouillées près d'une mare, frottant à qui mieux-mieux en s'invectivant comme des harengères, et autres résurgences du bon vieux temps. Et tous les visiteurs de s'extasier.

Cet engouement est source de rentrées d'argent et tout est bon pour appâter le touriste gogo. Alors mettre en scène ou évoquer des pratiques d'anthropophages ne peut, selon quelques-uns, qu'attirer du monde.

Anouk Langaney s'amuse et dépeint ces tableaux avec maîtrise, instillant le doute, l'horreur, tout en restant sobre. Elle joue avec les nerfs du lecteur, passant de l'humour à la gravité du propos, sachant doser ses effets, ne tombant jamais dans le voyeurisme complaisant tout en gardant un côté crédible.

L'écriture d'Anouk Langaney, travaillée, précise, précieuse presque, incite à continuer la lecture même si l'on doit s'arrêter pour une raison ou une autre : l'heure de partir au travail, de préparer à manger, de solliciter son partenaire qui s'impatiente, ou simplement de fermer les yeux parce que le sommeil devient insistant.

 

Au cas où vous auriez encore un petit creux, lisez les précédents ouvrages d'Anoul Langaney

Anouk LANGANEY : Cannibal Tour. Collection Nera. Editions Albiana. Parution le 19 novembre 2014. 294 pages. 15,00€.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 13:17

C'est vrai, nous ne l'oublierons jamais... !

Cyrille LEGENDRE : Nous ne t'oublierons jamais.

Après le décès de son ami Jean-Eudes Duplessis, un suicide, Matt Berger a repris les rênes de sa maison d'éditions. Ce qui lui permet par la même occasion d'éditer ses propres ouvrages, des enquêtes en général puisqu'à l'origine il est journaliste.

Matt est obnubilé par la mort de Marie, sa précédente compagne, mort survenue dans des conditions troubles lors d'un accident. Depuis, même s'il vit avec Fiona, une Irlandaise, et qu'ils ont eu ensemble une petite fille, le souvenir de Marie le taraude. Une fois il a cru la reconnaître dans un jardin public, une jeune femme qui a déposé un médaillon sur le banc où il était assis. A l'intérieur, la photo d'un gamin qui lui ressemble.

Il vient de publier un livre-enquête sur le drame de Fayarville, qui a coûté la vie à dix-huit ouvriers qui occupaient l'usine promise à la fermeture. Selon lui, c'est un groupuscule de gauche surnommé les Fils de l'acier qui seraient à l'origine de l'explosion. Or la publication de son analyse et de ses conclusions n'ont pas l'heur de plaire à ces individus. Cela lui importe peu, mais son ami Makkal, un ressortissant de l'Europe de l'Est, et qui possède une agence de sécurité est là pour s'interposer en cas de grabuge. Et lorsqu'il ne peut personnellement surveiller les déplacements de Matt, il délègue auprès de son adjoint et associé Will.

Matt reçoit dans son bureau un jeune homme qui lui demande de s'intéresser à un manuscrit qu'il vient d'écrire. Une enquête qu'il a réalisée grâce à des informations recueillies sur Internet, concernant des meurtres perpétrés dans différentes villes d'Europe et toujours selon le même processus. Matt écoute Adam Dubreuil avec scepticisme et l'éconduit lui demandant de revoir sa copie. Puis il part mais arrivé au sous-sol il est attaqué violemment par des individus qui s'enferment, et lui avec, dans une petite pièce dans le but de le tabasser. C'est grâce à l'intervention d'Adam Dubreuil qu'il est libéré.

Matt décide de reprendre dès le départ son enquête sur les conseils de Dubreuil qui parait plus futé qu'il y parait et des événements qui ont précédé. Mais cette pensée que Marie n'est peut-être pas morte comme tout le laissait supposer, le taraude, ancrée dans son esprit comme une obsession indélébile et il charge Makkal de s'intéresser à son passé. Fiona est une femme entière, d'un caractère parfois irascible, et elle décide de partir pour l'Irlande, emmenant avec elle sa gamine. Matt est inquiet, sentant un danger planer sur sa nouvelle famille.

 

Cyrille Legendre reprend les personnages qui évoluaient dans son précédent roman, Quitte ou double, continuant l'histoire de Matt et ses proches, en insérant dans son récit ces événements particuliers d'un tueur en série sévissant en Suisse, aux Pays-Bas... Un couple de tueurs plus exactement, qui postent les vidéos de leurs forfaits sur un site particulier, accessible uniquement à certaines entités privilégiées mais dans lequel Adam Dubreuil a réussit à s'infiltrer.

Outre son enquête reprise de zéro sur les véritables organisateurs de la catastrophe de Fayarville, interrogations de témoins et d'ouvriers, recherches plus approfondies, Matt tente de comprendre le suicide de son ami et mentor JED, alias Jean-Eudes Duplessis, et la mort accidentelle de Marie remontant là aussi à la source, avec dans ses pattes un commissaire de la criminelle. Et en incrustation, très visuelle, ces meurtres perpétrés dans des chambres d'hôtels et qui à peu vont prendre une importance inattendue.

Matt a la peau dure, heureusement pour lui, car les tabassages et matraquages ne manquent pas de lui parvenir alors qu'il ne demandait rien à quiconque, ou si peu. Il est tiraillé entre passé et présent, entre deux femmes, et il est difficile pour Fiona de faire abstraction de ses démêlés intérieurs et de ses résurgences qui l'obsèdent. Est-ce pour cela que son enquête sur l'usine de Fayarville n'a pas été réalisée sans à-priori, voire bâclée ?

Trois trames qui se rejoignent insensiblement et dans lesquelles Matt est impliqué à différents degrés et qui vont le meurtrir physiquement et psychiquement.

Cyrille Legendre démontre que les articles journalistiques écrits à chaud, sans le recul nécessaire pour démêler le vrai du faux et peut-être avec une certaine partialité, peuvent paraître concluants pour le lecteur qui possède déjà une opinion toute faite ou tout simplement se montre naïf, puisque comme le souligne le bon sens populaire, c'est écrit dans le journal. Tout le monde peut se tromper, de bonne foi parfois. Et Cyrille Legendre n'oublie pas qu'il a été journaliste, sportif, travaillant dans le milieu du football d'abord comme rédacteur puis photographe et actuellement comme chargé de communication. Et il nous emmène donc dans la cathédrale du ballon rond britannique, à Stamford Bridge, le club de Chelsea.

Dans la tradition des romans populaires, Nous ne t'oublierons jamais est tout à la fois roman policier, roman d'énigme, roman d'aventures, roman psychologique et thriller. Seul petit bémol, une réserve qui n'engage que moi, le titre un peu mièvre qui renvoie à ceux des romans de Mary Higgins Clark.

Cyrille LEGENDRE : Nous ne t'oublierons jamais. Le Masque Poche N°53. Editions du Masque. Parution le 7 janvier 2015. 384 pages. 7,50€.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 14:16

Mais pas les dernières...

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Cet opus reprend les quatre premières aventures de l'inspecteur Thomas Linley, l'aristocrate, et de sa coéquipière Barbara Havers, l'agressive : Une douce vengeance, Enquête dans le brouillard, Le lieu du crime et Cérémonies barbares.

L'occasion de retrouver ces sympathiques enquêteurs avec leurs différents dans les premiers romans d'ELisabeth George, pour moi peut-être les plus convaincants. Présentation de trois de ces titres.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Enquête dans le brouillard.

Dans ce roman tout à la fois roman de suspense, roman psychologique, étude de mœurs et de caractères, avec une pointe de gothique et un soupçon de fantastique, l’auteur met en scène des personnages que l’on n’oubliera pas de sitôt, qu’il s’agisse de nos deux policiers-héros, que des différents protagonistes dont les rôles plus ou moins importants sont toujours déterminants.

Parlons-en de nos deux héros-policiers ! Lui, l’inspecteur Thomas Linley, aristocrate jusqu’au bout des ongles, mais ce n’est qu’une façade, et elle, Barbara Havers, jeune femme agressive en permanence, mal fichue de sa personne, qui en veut à tout le monde alors que ses insuccès elle ne les doit qu’à elle-même. Une équipe qui ressemble un peu à Don Quichotte et Sancho Pança. Et les moulins à vent qu’ils combattent, c’est dans leur tête et leur cœur qu’ils se trouvent.

Quand à l’affaire pour laquelle ils sont envoyés dans le Yorkshire, on ne peut pas dire qu’elle soit banale ni théoriquement difficile à résoudre. Roberta, une jeune fille peu gâtée physiquement par la nature s’accuse du meurtre de son père et accessoirement de son chien. Mais quelque chose cloche dans ce qu’il semble être une mise en scène. Thomas Linley aidé de Barbara, tout en réglant leurs problèmes internes, conduiront à bien une enquête qui véritablement débouche sur un mal de société. Un mal, une déviation, une perversité dénoncés plus facilement de nos jours, les barrières de l’hypocrisie commençant à tomber sous les coups de butoir des victimes refusant une quelconque culpabilité. Une détresse ressentie par les acteurs de ce drame, un désarroi, un désespoir qui conduit à tout jusqu’à l’irréparable.

Dans ce roman Elizabeth George frappe fort, très fort et très dur, et le ton guilleret du début n’annonce certes pas un final poignant et dur moralement.

Un premier roman qui la plaçait donc d’emblée aux côtés de Ruth Rendell et de P.D. James. Ses personnages sont décrits de façon plus chaleureuse, plus vivante, alors que ses consœurs dépeignent les leurs d’une manière plus froidement clinique.

Ce roman a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 1990.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Le lieu du crime.

Dans une grande demeure ancestrale écossaise, un manoir transformé en hôtel pour alléger les droits de succession, une troupe théâtrale londonienne se réunit afin de prendre connaissance de la nouvelle pièce qui doit être montée prochainement à Londres. Participent entre autres à cette séance de travail les deux plus grandes vedettes de la scène, un producteur puissant, un journaliste critique au Times, et bien évidemment Joy Sinclair, auteur dramatique reconnu et romancière.

La première soirée se termine dans la confusion, avec coups de gueule, claquements de portes, récriminations de part et d’autre. Le lendemain, la jeune soubrette découvre Joy baignant dans son sang. Une affaire qui sent le souffre et dont le CID local se débarrasse volontiers en faisant appel à New Scotland Yard. Ce sont Thomas Linley et Barbara Havers, un couple d’enquêteurs disparate, lui issu de l’aristocratie mais qui évite d’en faire étalage, elle prolétaire, entretenant une vindicte agressive envers les représentants de la noblesse même déchue, qui se retrouvent sur le terrain en compagnie de Saint-James, criminologue éminent.

Pour Linley cette enquête est un véritable coup bas car son amie Helen Clyde qui fut la fiancée de Saint-James, est impliquée dans cette affaire. Sa chambre jouxtait celle de la victime, et selon les premières constatations le meurtrier, homme ou femme, a été obligé de passer par cette pièce pour entrer dans celle de la victime. C’est également l’occasion pour les participants de ce huis clos de déballer leur rancœur, d’étaler leur jalousie, leur mesquinerie, de sortir les cadavres des placards, mais aussi de faire montre de leur talent de comédien. A un degré ou un autre, chacun recèle un secret honteux. Tous ces participants sont plus ou moins liés affectivement, sentimentalement, familialement et pourtant la haine couve.

Elizabeth George, qui est Américaine et a obtenu avec son premier roman Enquête dans le brouillard le Grand Prix de Littérature Policière en 1990, peut se targuer de faire la pige aux grandes romancières anglo-saxonnes. Sur une trame et une mise en scène dignes des meilleurs Agatha Christie, elle fait évoluer des personnages en mettant l’accent sur leur caractère, leur comportement, avec maîtrise et perversité. Les relations ambigües qui gèrent les rapports conflictuels entre les divers suspects, ou entre les enquêteurs, l’obstination de Linley à porter ses soupçons envers l’amant d’Helen, ses désillusions, entretiennent une atmosphère de tension peu propice à la conduite d’une enquête dans la sérénité et l’objectivité.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Cérémonies barbares

Déborah Saint-James découvre le corps d'un gamin dans un cimetière où elle s'était rendu dans le but de réaliser des photographies pour illustrer un livre. L'enfant a visiblement été torturé avant son décès et ses poignets portent les marques de liens.

L'inspecteur Linley est sollicité par Corntel, l'un de ses anciens condisciples d'Eton et chef de maison au pensionnat de Bredgar Chambers, de retrouver un élève ayant disparu. Matt devait passer le week-end avec un autre élève, Harry Morant, il devait participer à un match entre élèves, qu'il n'a pas disputé grâce à un certificat médical. Linley en consultant l'ordinateur de la police établit le lien entre le cadavre de l'enfant trouvé par son amie Déborah et Matt. En compagnie du sergent Barbara Havers, il entame son enquête chez les parents de Matt, de condition modeste, puis à l'école de Bredgar Chambers, un campus huppé à la façade plus attrayante que l'intérieur des locaux. Linley et Havers se rendent compte qu'il existe comme une gêne, une restriction dans les réponses aux questions qu'ils posent aussi bien aux élèves qui partageaient le dortoir de Matt qu'à tous ceux qui le côtoyaient : Brian Byrne, préfet du dortoir de Matt, et fils de Gyles Byrne membre du conseil d'administration ayant aidé Matt à obtenir une bourse; Chas, le préfet principal, ami de Brian Byrne et comme lui âgé de dix huit ans; Lockwood, le directeur de l'établissement; Harry Morant chez qui Matt devait passer le week-end ou encore Corntel. Matt ne s'était pas intégré et sa passion pour les modélismes ferroviaires détonnait dans ce monde qui exerce encore les brimades, le bizutage et la ségrégation.

Son visage d'éphèbe aurait pu attirer les convoitises sexuelles de ses "camarades", du moins c'est ce que pensent Linley et Havers. La découverte par le portier des vêtements de Matt dans un brûlot d'ordures laisse à penser que l'enfant ne s'est pas enfui mais qu'il a été enlevé et que son cadavre a été déposé des kilomètres plus loin dans le cimetière de Stoke Poges, immortalisé par un poème de Thomas Gray. Lequel poème possède une analogie avec ce meurtre. Parmi le fatras d'informations qu'ils recueillent, Linley et Havers retiennent le fait que Matt n'avait pas véritablement sa place à Bredgar Chambers, tant de par sa position sociale que par son caractère. Le fait que ses vêtements soient marqués à l'aide d'étiquettes comportant des numéros attire également leur attention. Un stratagème utilisé par sa mère pour éviter les fautes de goût vestimentaire, Matt étant daltonien.

Elizabeth George ne se contente pas dans ce roman de dénoncer les exactions auxquelles ont été soumis, et le sont encore, les étudiants britanniques dans certaines écoles, - des coutumes barbares qui font hurler bien des Français oubliant qu'il est encore de bon goût dans bon nombre de nos établissements de pratiquer de façon obligatoire le bizutage - mais tout ce qui a une relation avec l'écran de fumée derrière lequel se cachent étudiants et enseignants et bien d'autres confréries professionnelles.

Il faut paraître, et ce qui se trame derrière est interdit au public. L'honneur y est également une donnée exacerbée édictée en code. Le manquement à ce code est une faute grave selon Matt ce qui provoquera par ricochet sa mort. L'amitié est également portée au pinacle et c'est peut-être le seul lien défendable dans cette toile d'araignée. En dehors de l'enquête, ce sont les relations problématiques ou conflictuelles entre Linley et ses amis - Helen, une femme inaccessible, Saint-James et Déborah, l'épouse de celui-ci - ou encore entre Barbara Havers et ses parents, qui retiennent l'attention du lecteur. Une trame sous-jacente qui se révèle plus intéressante à disséquer que l'enquête en elle-même.

Ces ouvrages sont également disponibles en collection Pocket.

 

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley. Editions Omnibus. Parution 20 septembre 2012 (réimpression). 1344 pages. 27,00€.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 16:39

La monstrueuse parade se fait du Freak !

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters.

Une simple affiche de cinéma peut, sinon changer le cours du destin, offrir une troisième possibilité dans le choix du lieu de vacances envisagées.

Se remettant difficilement d'une entorse à la cheville, provoquée par une chute lors d'une précédente aventure, Andrew Singleton se demande en ce 11 novembre 1938, s'il va se rendre, en compagnie de son ami James Trelawney, à Biarritz ou à Cannes. Finalement ce sera à Los Angeles et ses environs, à La Mecque du cinéma (on a encore le droit d'associer le nom de ce lieu de recueillement et de prières à celui d'une production de divertissements ?). Et tout ça parce que Trelawney a aperçu une affiche représentant Janet Gaynor dans Une étoile est née.

Les bagages sont rapidement bouclés et après un voyage maritime puis aérien, ils retrouvent au bout de quelques jours leur ami et ancien condisciple Stuart Latham Dauncey. Après avoir vainement tenté de se faire un nom comme acteur, mais végétant dans des rôles de figurant, prenant quand même un peu de galon dans ce dur métier, Stuart a eu l'opportunité de devenir journaliste. Ses articles humoristiques et corrosifs lui valent désormais d'être reconnu comme un éditorialiste passionné et apprécié de la profession cinématographique et surtout des lecteurs.

James et Andrew visitent à bord d'un véhicule de location les environs de Los Angeles, se promenant sur les contreforts de Santa Monica, Venice et autres endroits réputés. Et c'est ainsi qu'un soir de brouillard, alors qu'ils se sont trompés de route, ils manquent écraser un individu bizarre, recouvert de poils, à l'attitude et l'allure lycanthropiques. Avant de s'enfoncer dans les fourrés vers le lac Malibu, il jette un regard noir et agressif aux deux amis. Du moins c'est ce que Andrew perçoit. Ils sont persuadés avoir eu devant un loup-garou.

Peut-être n'est-ce qu'un personnage destiné à figurer dans l'un des nombres films de monstres qui sont alors en tournage et qui ont la côte auprès des spectateurs. Alors qu'ils s'entretiennent sur les événements qui se déroulent en Europe, l'hégémonie hitlérienne et la montée de plus en plus prégnante du nazisme, un entrefilet dans un journal attire l'attention d'Andrew. L'article évoque le mouvement eugéniste californien, une organisation implantée à Pasadena, et qui promeut l'amélioration de l'espèce humaine en favorisant la stérilisation contrainte concernant ceux qui sont considérés comme tarés, dingues et autres idiots. Andrew passe son temps à la Los Angeles Public Library, explorant les légendes du folklore indigène, remarquant un homme très discret qui dévore des ouvrages thématiques sur la toxicologie et la médecine légale.

Mais un autre événement survient, à la plus grande joie de Stuart qui déclare ne s'être jamais autant amusé, mais qui n'en est pas moins tragique. Une jeune femme a été sauvagement égorgée (dixit le journaliste) la veille sur Mulholland Highway, près du lac Malibu. Quasiment au même endroit et à la même heure de leur nez-à-nez avec la bête humaine. Stuart tient ces informations de première main, et il ajoute que le cadavre aurait été découvert près d'un cottage et qu'une voiture semblait abandonnée. Une piste qui les emmène à l'Angels Club, établissement dans lequel travaillait la morte. L'Angels Club est une boîte de nuit très particulière comme vont s'en rendre compte nos enquêteurs. Ils sont reçus par une jeune femme charmante dont la particularité est de posséder une extension caudale dissimulée sous sa robe. Des sœurs siamoises, puis des frères, s'exhibent sur scène et d'autres monstres selon la terminologie de l'époque n'ont trouvé que ce genre d'endroits pour sinon exister, du moins vivre. Une anomalie apparait lors de l'autopsie de l'assassinée : elle possédait trois seins, ce qui peut flatter la main d'un honnête homme mais est toutefois lourd à porter.

Et c'est ainsi qu'Andrew, James et Stuart vont évoluer dans un monde parallèle, celui des défavorisés par la nature, à l'Angels Club et en d'autres endroits, jusque dans le désert Mojave, aidés par justement des personnages dont les difformités ne font rire que les imbéciles. Par exemple deux nains vont les aider dans leurs démarches et les tirer parfois du pétrin. Des nabots (il est bon de signaler que de nos jours en langage politiquement correct on ne dit plus nain mais individu à verticalité réduite !) qui veulent monter une association permettant une reconnaissance de leur statut, notamment pour leurs amis jouant dans le film le Magicien d'Oz, et les sortir du ghetto dans lesquels ils sont enfermés, celui de l'exhibition de phénomènes de foire.

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters. Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters.

Fabrice Bourland dans ce roman s'amuse véritablement et les cinéphiles avertis et nostalgiques seront comblés. Mais toutes ces références cinématographiques, même s'ils sont un hommage au cinéma américain d'avant-guerre, ne servent qu'à planter le décor, les "monstres" étant les personnages principaux de cette histoire dont le prolongement s'inscrit dans une démarche pseudo-scientifique.

Fabrice Bourland évoque avec pudeur et réalisme cette période trouble qui traite de la perfection de l'être humain, sous des prétextes fallacieux et qui ouvre les portes de nombreux laboratoires gérés par ceux que l'on appelle les savants fous. Si la promulgation en Californie le 26 avril 1909, de la loi officialisant les vasectomies chez l'homme et les ligatures de trompes chez la femme, il ne faut pas non plus oublier que des recherches scientifiques ont également été effectuées dans des camps par les nazis durant la seconde guerre mondiale et que ces prises de position sont avancées de façon récurrente, sont les prémices de la manipulation génétique.

Fabrice Bourland touche à un domaine sensible sans ostentation, sans violence, sans persifflage, avec l'humanisme d'un observateur qui ne peut rien changer mais n'en pense pas moins. Un roman de divertissement, certes, mais qui donne à réfléchir également, même si, à notre simple niveau, nous ne pouvons pas faire grand chose pour annihiler les prétentions de certains scientifiques qui sont plus monstrueux, moralement, que ceux qui sont justement catalogués comme monstres ou erreurs de la nature.

 

Insérer une histoire dans une période assez récente, demande de la part de l'auteur rigueur et documentation afin d'étayer ses propos et les situations qu'il décrit. Fabrice Bourland fait renaitre ce cinéma de la fin des années trente, avec le déclin annoncé des films d'horreur et celui naissant du film noir adapté d'œuvres de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett. Mais il le fait sans forfanterie avec une jubilation communicative. Deux romans, qui ont marqué leur époque mais restent toujours des références pour diverses raisons, sont cités et résumés, tout au long du récit : Le Vagabond des étoiles de Jack London et L'homme qui rit de Victor Hugo, et ce n'est pas un choix anodin.

Un autre avis ? Vous le trouverez chez Action-Suspense :

Deux ouvrages de Fabrice Bourland sont présenté ici :

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters. Collection Grands Détectives N°4674. Editions 10/18. Parution le 15 janvier 2015. 336 pages. 7,50€.

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 14:59

Au bal masqué, oh éh oh éh...

Brice TARVEL : Le bal des iguanes.

Les Myriadines. Cet ancien château recyclé en maison de retraite, pardon en résidence pour seniors, abrite une clientèle aisée, très aisée même pour certains. Pourtant il ne faut pas croire que tous ceux qui vivent leurs dernières années sont issus de la bourgeoisie bon chic, bon genre. Par exemple Robert Vauquelin, dit Bob, est un ancien truand, qui ne mâche pas ses mots et se montre parfois assez virulent, violent envers ses compagnons et le personnel soignant. Maurice Dorson, un vieil acteur surnommé Has Been, Leufroy Nox, un ex-gourou, Gilbert Joussin, qui traîne derrière lui à tort ou à raison la sulfureuse réputation de cannibalisme, Henriette Dunoyer au rire crispant, héritière d’une longue lignée de viticulteurs dévoués au Champagne, Joséphine Pajon, veuve d’un riche industriel de la biscuiterie rémoise ou encore Maryse Bouchenel, qui connut son heure de gloire à la télévision en tripotant les boules du Loto. La sélection s’effectue par l’argent et donc n’est pas élu qui veut.

Pour s’occuper de tout ce petit monde parfois exigeant, règnent le directeur Paul Mangre et l’infirmière-chef Christine Ternot, mais au-dessus d’eux les décisions sont prises par le docteur Mallard qui, selon son apparence physique, n’aurait pas dépareillé parmi tous ses patients.

En ce mois d’août qui s’achève, Lise est employée comme aide-soignante aux Myriadines depuis trois semaines. Ce n’est pas par hasard qu’elle a réussi à se faire embaucher dans cette maison de retraite située dans la campagne rémoise. Elle doit accomplir une mission que lui a confiée son ami et amant Julien. Pour cela elle garde précieusement dans la chambre qu’elle loue chez des particuliers à quelques kilomètres de la résidence un Glock 17, précision destinée à l’attention des amateurs d’armes à feu. Et Tino, l’un des correspondants de Julien, lui remet une petite mallette qui devrait lui servir à remplir sa tâche. Parmi le personnel elle s’entend assez bien avec sa collègue Malika.

L’infirmière-chef a trouvé, en fouillant dans les affaires de Joussin, le supposé cannibale, un couteau de cuisine. Et Lise est chargée de cuisiner le voleur qui déclare se méfier de certains de ses compagnons. Un peu plus tard, alors qu’elle visite les caves du château, caves restaurées et recouvertes de carreaux de faïence, Lise est surprise par Malika qui se demande bien ce qu’elle fait là. Mais la surprise sera bientôt partagée par les deux femmes lorsqu’en ouvrant la porte de la pièce qui sert de morgue provisoire, grâce à un passe magnétique, elles trouvent un cadavre allongé sur un brancard. Celui de l’une des lingères. Détail morbide, celle-ci serait gravide.

Alors qu’elle pratique une séance de footing, afin de se vider le grenier qui renferme son cerveau, elle est suivie par un véhicule tout terrain. Lise panique, court tant qu’elle peut mais est toutefois rejointe. Deux hommes à bord, qui lui adressent un geste obscène puis repartent comme si elle n’existait plus.

Bientôt ce sera l’effervescence au château, car le bal annuel des Iguanes va bientôt se dérouler. Cette petite sauterie entre pensionnaires tire son nom d’une farce commise par l’un des petits vieux quelques années auparavant.

 

Ah les maisons de retraite et leurs mystères ! Une plongée réjouissante et frissonnante pour le lecteur, peut-être un peu moins pour ces résidents et ceux qui y travaillent. Brice Tarvel traite par la dérision et avec férocité cette vie promise aux « finissants » comme les surnomme Lise. Et les résidents qui pourtant ne sont plus des petits enfants, se conduisent comme des malappris insupportables malgré une certaine position dans la société et l’aisance financière dans laquelle ils baignent. Des sales gosses qui se croient tout permis. Quant au personnage énigmatique de Lise, quel est son but se demandera jusqu’au bout le lecteur impatient, même s’il se doute d’une partie de sa mission.

En attendant de découvrir la solution, je peux quand même, ma bonté me perdra, révéler qu’elle n’a pas eu ce que l’on peut qualifier d’une enfance heureuse. Elevée principalement par sa mère dans une caravane, elle s’est rebellée une fois contre son père. Peut-être la seule fois de sa vie où elle a tenu une aiguille à tricoter dans ses mains. Faut avouer que son géniteur avait bien cherché cette pique, lui qui a confondu pelote (de laine) et peloter.

Brice TARVEL : Le bal des iguanes.

Brice TARVEL : Le bal des iguanes. (Première édition Collection Zone d’ombres. Editions Lokomodo. Avril 2012). Réédition Editions Lune écarlate. Parution le 30 janvier 2015. 238 pages. 19,50€.

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 09:28
Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes.

Un roman mi-fric, mi-raison...

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes.

On ne devrait jamais marchander, surtout lorsqu'il s'agit de la vie d'un être humain. Trafiquant en gros de drogue à Brooklyn, Kenan Khoury va en faire l'amère expérience.

Sa jeune femme Francine, qui a l'habitude d'effectuer elle-même ses emplettes alors qu'ils pourraient se faire livrer, est enlevée par deux ou trois hommes qui l'embarquent à bord d'une camionnette. Les ravisseurs, racistes, exigent un million de dollars. Seulement une telle somme, en billets de banque bien évidemment car il n'est pas question de signer un chèque, ne se trouve pas dans les heures mêmes, surtout en fin de semaine. Dans son coffre-fort Kenan possède quelques réserves mais cela ne fait pas le compte. Son frère Peter, mis au courant et qui n'exerce que la modeste profession de livreur, ne peut pas l'aider financièrement. Alors quand les kidnappeurs apprennent qu'ils ne pourront percevoir qu'à peine la moitié de la somme demandée, il acceptent, mais il omettent de préciser que s'ils rendent l'épouse à son légitime mari, ce sera en morceaux.

En effet Kenan et Peter découvrent dans le coffre d'un véhicule, au rendez-vous fixé, des sacs-poubelles contenant Francine détaillée comme un morceau de puzzle. Kenan Khoury est dans tous ses états, on le comprend, mais il n'est nullement question d'avertir la police. Peter pense à une connaissance qu'il rencontre parfois dans un local des Alcooliques Anonymes, Matt Scudder. Lui-seul peut s'investir dans la délicate mission de retrouver les malfaisants.

La première des choses à faire, c'est de refaire le parcours effectué par Francine mors de son enlèvement, d'interroger les commerçants et d'éventuels témoins. Ensuite Matt recherche si d'autres affaires similaires se sont déjà produites. Puis il s'intéresse aussi à la provenance des appels téléphoniques provenant des ravisseurs. Ces communications émanaient de cabines téléphoniques, mais il est difficile d'en trouver trace, la Compagnie du Téléphone ayant ôté les plaques sur lesquelles est apposé le numéro d'appel de ces postes. Alors il a recours à d'anciennes connaissances, dont Durkin dont il fut le collègue lorsqu'il était encore flic, ou à des personnes qui lui sont recommandées, dont TJ un adolescent adepte de la musique rapeuse et qui aimerait imposer son nom sur scène ou sur disque. TJ lui souffle l'idée de contacter les Kong, en réalité Jimmy Hong, d'origine chinoise, et David King, d'origine juive. Les Kong sont spécialisés dans le piratage informatique et téléphonique. Leur aide se révélera précieuse pour éplucher les numéros d'appels téléphoniques et situer les kidnappeurs.

Enfin la belle Elaine, dont il est un peu le talon d'Achille, va s'investir dans l'enquête avec volonté et pragmatisme, car seule une femme peut réaliser ce qu'elle va entreprendre. Si d'autres cas d'enlèvements ont été signalés, il se pourrait que les ravisseurs n'aient pas fini leur petit manège.

 

Matt Scudder qui traîne derrière lui son passé de dipsomane se rend quasi quotidiennement dans les réunions d'Alcooliques Anonymes, ce qui l'aide à surmonter ses envies. C'est ainsi qu'il a connu Peter Khoury lequel en plus d'être un intempérant s'adonne également à la drogue. Il essaie de s'en sortir, mais replonge souvent, à son grand regret. Elaine est toujours là, ou presque, pour épauler Matt. Tandis qu'il vit à l'hôtel, Elaine réside dans un petit appartement mais ils se retrouvent souvent chez l'un ou chez l'autre. Car Elaine se ménage quelques heures de liberté afin de s'adonner à son travail de gagneuse en chambre. Ce qui ne gêne nullement les deux amants, la tolérance étant primordiale de même que la confiance.

A quelques heures près, Matt n'aurait pas hérité de cette affaire complexe, car il prévoyait de partir en Irlande retrouver son meilleur ami pour quelques jours.

Un roman enlevé (!) dont les dialogues vifs rebondissent comme lors d'échanges dans une partie de tennis de table. A noter qu'en deux décennies les progrès technologiques ont été fulgurant, et il serait difficile aujourd'hui de trouver des cabines téléphoniques à pièces, le portable devenant le moyen de communication privilégié.

 

Toutefois quelques négligences dans la traduction auraient pu et dû être évitées lors de cette réédition. Par exemple page 75 : Le seul chameau que j'ai jamais vu, c'était sur les paquets de Camel, explique Khoury, qui est d'origine libanaise tandis que Francine était elle d'origine pakistanaise. Or l'animal représenté sur les paquets de cigarettes n'est pas un chameau, mais un dromadaire !

Ou encore : J'étais en voiture avec une copine et il y a un connard en Honda Civic qui lui a arraché son pare-brise, puis qui s'est tiré carrément. Quel manque de civisme effectivement, mais j'aurais mieux compris s'il s'était agit d'un pare-choc ou d'un rétroviseur. D'autres petites erreurs se sont glissées de ci-delà, mais je vous laisse le plaisir de les relever.

 

Ce roman a connu une première parution aux édition du Rocher en 1994 , sous le titre La balade entre les tombes et a été réédité dans la collection Points Seuil N°105, en 1995. Il bénéficie d'une nouvelle édition à la Série Noire, éditeur emblématique de Lawrence Block, grâce à son adaptation cinématographique. Le film au titre éponyme a été réalisé par Scott Frank avec pour interprètes principaux : Liam Neeson, Dan Stevens, Boyd Holbrook... et est sorti en France le 15 octobre 2014. La couverture de la Série Noire reprend l'affiche du film.

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes. Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes.

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes. (A walk among the tombstones - 1992. Traduction de Mona de Pracontal). Réédition Série Noire 9 octobre 2014. 384 pages. 22,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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