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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 10:46

Les limaces adorent la bière, autant que les amateurs foot. Elles sont moins bruyantes, mais pas moins dangereuses quand elles sont en bandes.

Jan THIRION : 20 manières de se débarrasser des limaces.

Sous ce titre énigmatique, se cache la comparaison entre ces petits gastéropodes sans coquilles et les êtres humains. Mais il trouve toute sa justification dans le corps du texte, grâce à quelques digressions et l'épilogue. En général je n'aime pas trop les digressions dans un roman policier, elles ralentissent le rythme de lecture mais ici elles sont fort bien venues et aèrent justement l'intrigue et permettent un final qui pourrait être une parabole.

Et puisque nous parlons de limaces, disposons nos bestioles, qui ne se gênent pas pour courir dans les travées afin de grignoter à notre barbe nos salades cultivées biologiquement, sur un plateau de jeu de petits chevaux ou de l'Oie et attardons-nous sur leurs déambulations visqueuses.

Le premier à s'élancer fougueusement de sa stalle se prénomme Sami, avec un I et non un U. Journaliste fait-diversier il rêve d'écrire un roman qui serait publié. Pour l'instant cette utopie reste en l'état de manuscrit. Il en va de même pour ses collègues et amis, Ben et Santiag. D'ailleurs ils se sont surnommés pompeusement les Ecrivains du Montana, persuadés de leur talent. Ils sont comme Charles Aznavour qui chantait Je m'voyais déjà... Sami a encore son père, un acharné de la chasse à la limace, employant toutes sortes de pièges et d'astuces pour se débarrasser de ces bestioles, mais proprement. Sans utilisation de produits chimiques nocifs à l'environnement. Sami se déplace toujours avec un enregistreur, récoltant les conversations des uns et des autres, et les délires de son père. Conversations qu'il partage au téléphone avec sa sœur Malika et qu'il sauvegarde précieusement dans un coffre-fort informatique. Première digression : La comparaison entre limaces et humains. Deuxième digression les difficultés rencontrées par les pigistes, les localiers et la non reconnaissance de leur statut.

Ensuite s'élance Marc. Il est séparé de sa femme et peut de temps en temps voir ses gamins dans une Maison de l'Enfance. Il leur achète des jouets, mais cela leur fait-il vraiment plaisir, il en doute. Marc n'est pas souvent chez lui, son travail le requiert un peu partout. C'est un tueur à gages qui se déplace souvent. Marc possède son point faible, il est atteint d'apotemnophilie. Je suis content, je suis parvenu à placer ce mot, dont je vous laisse le soin de découvrir la signification dans votre dictionnaire préféré, sachant que je n'aurais guère le loisir de l'employer dans une discussion.

Troisième limace, pardon, personnage, Président. En ce moment il écoute ses deux enfants, des gamins adoptés, jouer du piano. C'est que sa femme, la nouvelle car la précédente il s'en est débarrassé avec une statuette, la nouvelle donc est bien. Elle aime la musique, d'ailleurs il va la regarder traverser Abbey Road, comme les Beatles, pieds nus entourée de trois autres personnes. Président entretient sa jeunesse physique à l'aide d'injections d'HGM, et il se confie à Interlocuteur. Il est un peu parano Président, et il se demande si Blu, qui fut son conseiller et confident, ne va pas le trahir. Il paraîtrait que Blu pencherait vers le parti d'opposition, or Blu constitue une épée de Damoclès sur la tête de Président : c'est lui qui s'est débarrassé du corps de l'ancienne épouse.

Bela est Basque, et elle prépare une mission d'importance qui doit se dérouler à Castets, dans les Landes. Un enlèvement d'enfant, une gamine qui est la fille d'un notable, car Bela et ses amis, ceux qui vont l'aider dans cette opération, ont des revendications. A Mourenx première bavure. Bela et ses sbires abattent deux policiers un peu trop curieux. Ensuite, si l'opération enlèvement est menée de main de maitre, à cause d'une robe rouge et d'une robe bleue le résultat escompté n'est pas au rendez-vous. Il y avait bien deux fillettes, se ressemblant presque comme des jumelles, et bien évidemment Bela et ses lascars se sont trompés de gamine.

Sami participe à un stage de préparation militaire afin de pouvoir entrer dans la presse des armées. Il n'est pas seul, il est accompagné de Ben et de Santiag. Mais les examens tournent en eau de boudin, il sait qu'il va être recalé. La note technique ne va pas être bonne, puisqu'ils n'ont pas réussis à échapper à leurs poursuivants, une guérilla modèle réduit qui tourne en fiasco. Justement c'est le Colonel Blu, responsable du GIGN, qui doit valider les résultats des heureux vainqueurs.

C'est le moment de présenter Isora, l'amie du Blu, qui a réintégré le groupe du GIGN. Elle est devenue sourde et muette à la suite d'une opération qui a tourné en bavure, comme souvent, mais personne ne s'en vante. Surtout pas Hugo, son amant qui a morflé une grenade, grenade dont la déflagration a ôté deux sens à la jeune femme. Elle n'aura plus le plaisir d'écouter le Carnaval des animaux, à la rigueur Danse macabre, d'un certain Camille qui avait ses cinq sens.

 

Le meurtre des deux policiers et l'enlèvement de la gamine sont deux événements qui au départ, dans l'esprit des policiers, sont à dissocier. Mais bientôt ils réalisent que tout se tient, et commence la chasse à l'homme, à la femme dans ce cas, et aux activistes d'une branche séparatiste basque.

Et c'est comme ça que les limaces vont se rencontrer, sans s'être donné le mot, sans se concerter.

Jan Thirion nous livre une fois de plus un roman jubilatoire, ancré dans une certaine actualité, jouant avec les situations, les personnages, leurs défauts, plus que leurs qualités, surtout pour certains d'entre eux, leurs tics, leurs TOC, leurs faiblesses, leur arrogance, le tout englué dans l'humour. Car la parabole de la limace, animal Sans Domicile Fixe contrairement à son cousin l'escargot qui, paranoïaque, se trimbale continuellement avec sa bicoque sur le dos, tient une grande place dans ce roman vertueux. La limace ne sert pas uniquement de ressort pour un titre, ou à des divagations d'un vieillard à la fibre écologique, elle justifie la fin et les moyens.

La dérision et la causticité n'arrivent pas à masquer la gravité du propos et une fois de plus on ne peut que s'ébaubir, s'ébahir et s'esbaudir devant le talent de Jan Thirion.

 

Quelques suggestions de lecture :

Jan THIRION : 20 manières de se débarrasser des limaces. Editions Lajouanie. Parution le 9 octobre 2014. 364 pages. 18,00€.

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 14:04

Une clé pour ouvrir les cercueils ?

Frédéric AMESPIL : La Clé des Invalides.

La trentaine bien avancée, toujours célibataire au grand dam de sa mère, Paul Marchand est journaliste dans un grand magazine hebdomadaire parisien. Pour arriver à cette place, il a galéré, accepté les piges mal rémunérées, dans diverses publications. Aujourd’hui, en cette fin octobre, il est bien installé dans son nouvel emploi, les pieds posés sur son bureau, à la recherche d’une idée de reportage.

L’idée lui est soufflée par son copain Bernard, qui travaille au ministère des Affaires étrangères. Le matin même les services du ministère ont décrypté un message en provenance du consul de France en poste à Sainte Hélène et dont la teneur est pour le moins ambiguë. « Nous confirmons que, comme lors des entretiens précédents, la tombe de Cipriani est toujours vide ».

Cipriani fut le maître d’hôtel de Napoléon, son ami, son compatriote, son cousin plus ou moins germain, décédé en 1818 dans d’atroces conditions sur l’île où séjournait emprisonné l’empereur déchu. Or le 4 décembre est prévue à Austerlitz une reconstitution de la fameuse bataille dans le cadre du bicentenaire. Un sujet d’article tout trouvé pour Paul Marchand d’autant que les parents de Bernard entretiennent vis-à-vis de l’empire une nostalgie certaine.

Un rendez-vous dînatoire est donc organisé chez Georges et Odette, les parents de Bernard. Georges explique quelques points obscurs sur la vie de Napoléon lors de sa résidence forcée, sur les conditions de détention, sur le décès de son héros et sur les soupçons qui perdurent sur la translation de son cadavre aux Invalides. Selon lui et ses amis, ce ne serait pas le corps de Napoléon qui serait enfermé dans le sarcophage de porphyre rouge mais celui de Cipriani. D’ailleurs, ce qui est surprenant, c’est l’absence de croix, de références sur ce cercueil de pierre qui est sensé en refermer d’autres selon le principe des poupées russes. Et comme si cette révélation ne suffisait pas, une nouvelle surprise attend Paul : deux Dragons, Michel et Lucien, se présentent chez Georges et Odette, en uniforme, cuirasse et casque empanaché. Deux amis de Georges, fervents napoléoniens eux aussi et qui aiment se déguiser en fidèles de l’empereur.

En repartant de chez les parents de Bernard, Paul remarque une voiture grise, qu’il avait déjà aperçue auparavant et qui semble le suivre. Alors qu’il retranscrit ses notes en compagnie de Cécile une collègue qui lui passe certains de ses défauts, dont celui de fumer plus qu’une usine métallurgique au XIXe siècle, il reçoit un appel téléphonique de son ami. La maison de Georges et Odette a brûlé et les cadavres des occupants ont été retrouvés à l’intérieur. Une malveillance, un double meurtre assurément.

Dès lors cette enquête devient primordiale aux yeux de Paul, enquête qu’il conduira en compagnie de Cécile qui peu à peu deviendra plus qu’une collègue, mais ça c’est hors sujet. Grâce à Michel et à sa femme, dont l’intérêt est plus motivé par l’histoire du neveu, celui qui deviendra Napoléon III, ils se lancent dans une chasse aux indices qui les conduiront à Rome chez une descendante de la princesse Caroline Murat. Mais le sort s’acharne sur les personnes qu’ils rencontrent, car peu après ils apprendront que la vieille dame est décédée dans des circonstances troublantes. Le hasard n’est pas en cause et ils se rendent compte qu’ils font bien l’objet de la surveillance de personnages n’hésitant pas à effacer derrière eux toutes traces physiques et humaines concernant cette nébuleuse affaire de substitution supposée de cadavres.

 

 

Frédéric AMESPIL : La Clé des Invalides.

Personnellement je ne suis pas un fanatique de Napoléon, loin de là, mais comme cette histoire n’en est pas une apologie, je me suis laissé entraîner avec plaisir. D’autant que l’auteur a su doser enquête et rétrospective.

Nous sommes conviés à assister à la translation du tombeau de Napoléon dans l’église du dôme des Invalides le 2 avril 1861 avec comme participants principaux Napoléon III, Eugénie et leur jeune fils Louis. La fin du règne de Napoléon III puis la mort de Louis, considéré et appelé par les Bonapartiste comme Napoléon IV, sa fin tragique en Afrique du Sud sous les sagaies des Zoulous, nous sont décrits sans emphase, sans nostalgie.

L’auteur se contente de relater des faits, qui pour la plupart sont exacts, dans la partie historique. Dans la partie intrigue située de nos jours, l’intensité n’est jamais mise en défaut, même dans l’épilogue que l’on pourrait croire tirée par les cheveux et amphigourique.

 

Frédéric AMESPIL : La Clé des Invalides. Editions Pascal Galodé. Parution le 18 novembre 2010. 340 pages. 19,90€.

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 07:43

Devenir un criminel, ça ne se décrète pas, c'est une réponse adaptée à des circonstances particulières.

Maryse RIVIERE : Tromper la mort.

L'Irlande, son folklore, ses vertes étendues sauvages, son saumon, son whisky, sa soif de liberté... L'Irlande, terre d'accueil, terre d'asile, terre de refuge également pour des individus en délicatesse avec la justice française.

Yann Morlaix, qui vient d'échapper à un éboulement dans les carrières situées sous la Butte Montmartre part en Bretagne, cherchant un point de chute chez son ami Le Bihan.

La police criminelle parisienne est persuadée que Morlaix est enfoui sous les roches et une coulée de béton devrait boucher les issues. Le capitaine Damien Escoffier est soulagé et va pouvoir passer à autre chose, car Morlaix quitte enfin son environnement.

Le Bihan n'a qu'une solution à proposer à Morlaix, embarquer en catimini pour l'Irlande où il connait une sexagénaire qui pourra l'aider. Muni d'une nouvelle identité Morlaix trouve, grâce à Susie O'Brien, la relation de Le Bihan, du travail, soit des remplacements à droite et à gauche, jamais bien longtemps, soit des missions de transport pour Charlie. Morlaix livre de tout, surtout des produits prohibés, en différents lieux et même en Irlande du Nord. Il s'est installé à Dublin et on n'entendrait plus parler de lui si ce n'était qu'il est habité par La Force.

 

Deux ans que Morlaix est en Irlande et à nouveau il va faire parler de lui. Des jeunes femmes sont retrouvées assassinées, enfouies dans la tourbe, ça conserve, et les policiers irlandais comparent les traces d'ADN. Trois corps et toujours le même meurtrier. Or en rapprochant les différents fichiers à leur disposition Curtis et Lynch découvrent que l'individu recherché se nomme Yann Morlaix originaire de France. Ils se rendent immédiatement à Paris et rencontrent Damien Escoffier et ses supérieurs. Les policiers français sont abasourdis, mais les preuves sont accablantes et irréfutables.

Les parents de Lisa, une jeune femme ayant connu Morlaix et qui effectue des séjours en unité psychiatrique régulièrement, remettent à Damien des cartes postales. A part l'adresse, aucun texte. Les images représentent des illustrations du Livre de Kells, un manuscrit médiéval. Quatre cartes postales, pour trois jeunes filles retrouvées. Un corps serait donc dans la nature. L'analyse graphologique confirme l'identité de l'expéditeur.

Damien Escoffier, qui est toujours traumatisé par la perte quelques années auparavant, de sa compagne et pense avoir trouvé une compensation avec une collègue mutée à la Financière, part pour l'Irlande. Il est accueilli par Thomas, agent de liaison français qui travaille en coordination avec les policiers chargés de l'affaire. Damien est reçu chez Thomas et sa femme et va bientôt faire la connaissance d'Alexia Costa qui est employée à l'Alliance française. Entre les deux jeunes gens le courant passe rapidement. Mais le travail avant tout. Ils interrogent Susie O'Brien qui ne peut que leur confirmer avoir hébergé quelques temps Morlaix.

Maryse RIVIERE : Tromper la mort.

Dans cette histoire dont la genèse est décrite peu à peu, l'affrontement entre le tueur et le policier français va devenir intense. Nous suivons à la trace plus particulièrement les deux hommes même si d'autres personnages interfèrent dans cette intrigue. L'homme habité par la Force, laissant délibérément des traces de son passage, est peu à peu traqué. D'autant que Charlie son employeur apprend ses antécédents par les médias. Mais malgré tout, ou justement à cause de ce passé, Charlie va confier une autre mission que celles qui lui sont originellement dévolues. L'étau se resserre, mais étreint également le lecteur.

 

Construire une intrigue policière sans insérer une résonnance à l'IRA eut été partiale et impensable. Le fantôme (?) de l'IRA est toujours présent, les tensions existent encore même si l'on en parle moins. Les antagonismes religieux mais surtout la présence britannique, un affront pour les Irlandais, ne peuvent être balayés d'un coup de manchette. Mais l'IRA ne constitue pas le ressort fondamental de l'histoire même si une des racines de l'intrigue plonge dans la tourbière de la révolution pour la liberté, le mysticisme prend également une grande part avec les reproductions du Livre de Kells. Mysticisme dans l'esprit d'un homme sans englober pas tout le récit. Même si Damien Escoffier et ses collègues irlandais s'aperçoivent que les femmes assassinées portent toutes un prénom traditionnel.

C'est bien l'Irlande dans son ensemble, sans frontière, qui habite ce roman, avec son passé douloureux, exacerbé, insulaire, mais aussi sa grâce, sa générosité, son accueil, ses paysages. Le trèfle irlandais, le shamrock, ne comporte que trois feuilles, et donc n'est pas synonyme de porte-bonheur, pourtant loin des guerres, le bonheur est à portée de mains, pour peu que la finance ne s'en mêle pas. Dublin et ses quartiers déshérités et ses immeubles en attente de réfection.

Hommage donc à l'Irlande par le biais d'un roman policier qui a largement mérité ce Prix du Quai des Orfèvres 2015.

 

Maryse RIVIERE : Tromper la mort. Prix du Quai des Orfèvres 2015. Editions Fayard. Parution le 19 novembre 2014. 384 pages. 8,90€.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:44

L'Atlantide, l'Atlantide, je la veux et je l'aurais...

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, mystère en Atlantide.

C'est ce qu'aurait pu chanter Zeus en se présentant brusquement devant Jean-Philippe Lasser, détective des Dieux malgré lui. Avec l'aval d'Isis, Zeus requiert les services de notre Gaulois exilé en terre égyptienne car il a un service à lui demander. Il exige même, car les Dieux, Grecs ou autres, sont comme ça. Ils ne quémandent pas ils somment. Mais si l'argent est au bout de leur main, pourquoi pas.

Pour l'heure Zeus est en possession d'un disque d'argile d'une vingtaine de centimètres de diamètre, qui ne lui a pas été remis par le Discobole, mais comporte des hiéroglyphes dont l'origine est inconnue. Ce que désire le Dieu Grec, Lasser ne va pas tarder à l'apprendre après un transfert téléporté et instantané du Caire jusque sur l'Olympe. Comme à chaque choix qu'il est obligé à utiliser ce moyen de transport Lasser est malade, d'autant que la veille il a abusé des bonnes choses, dont le whisky en particulier. Le nectar des dieux pictes ne fait pas toujours bon ménage avec son estomac, surtout lorsque celui-ci est bringuebalé. Mais laissons Zeus s'exprimer à l'écart des oreilles indiscrètes.

Il faut retrouver l'Atlantide !

 

Pas de tergiversation possible, même si Lasser, lassé d'être pris pour une marionnette, rechigne quelque peu, Zeus est catégorique. Il faut retrouver l'Atlantide, ce royaume disparu six mille ans auparavant. Car une poignée d'Atlantes auraient échappé au naufrage de leur île située quelque part à l'Ouest et auraient constitué une communauté. Or ce que Zeus désire par dessus tout, c'est d'imposer les Dieux grecs à ces Atlantes siégeant Dieu sait où mais pas lui. Une clé pourrait résoudre une partie de l'énigme sur l'île de Crête, au lieu dit Phaistos. Il s'agit d'un autre disque en argile situé dans des ruines non loin du célèbre labyrinthe construit par Dédale et où Thésée à vaincu le Minotaure. Le gros problème, c'est que Poséidon, le frère de Zeus, désire lui aussi savoir où se trouve l'Atlantide. Et comme depuis des millénaires, les deux frangins se combattent pour des broutilles, Lasser risque d'encaisser des éclaboussures. Et ça ne va pas manquer. Mais n'anticipons pas puisque l'histoire se déroule en 1936.

 

Lasser est projeté à nouveau au Caire puis va se rendre à Alexandrie, ville abritant la Très Grande Bibliothèque, car un colloque doit s'y tenir. L'affiche annonçant cet événement représente justement cette pierre hiéroglyphée. Isis attend de pied ferme son détective préféré, et après l'avoir passé oralement à la question, elle aussi veut savoir où est située l'Atlantide. Car il n'y a pas de raison que Zeus avance ses pions et installe ses dieux dans la cité, sans qu'Isis puisse elle aussi convertir les Atlantes réputés sans Dieu, ni lieu.

Lasser se rend avec son amie et secrétaire Fazimel qui cumule la fonction de réceptionniste à l'hôtel où loge le détective en temps normal à Alexandrie, ville agréable pour les touristes mais qui va réserver de nombreux problèmes à nos enquêteurs. Lasser retrouve son ami U-Laga-Mba qui s'occupe de l'édifice culturel, rencontre Anta Mirakis, un universitaire spécialiste de l'histoire des civilisations de la Mare Nostrum plus des agresseurs qui s'en prennent à Fazimel, assommée d'un coup de gourdin et transportée à l'hôpital dans le coma. Ce n'est que le début car Lasser croise en chemin Hussein Pacha, son meilleur ennemi. Enfin direction la Crête, sur le bateau de Gabian, celui qui lui avait permis de quitter la Gaule quelques années auparavant. Nefertoum, le fils de Sekhmet impose sa compagnie, mais les aléas vont démontrer que la faculté du demi-dieu de se transformer en chat, devenant Ouabou, sera souvent bénéfique pour Lasser, sauf lorsqu'il est d'humeur exaspérante ce qui lui arrive souvent. Amr, le Djinn qui peut se rendre invisible, est lui aussi du voyage.

Voyage mouvementé qui va conduire Lasser and Co en Crête, puis en Phénicie (aussi !), et même ailleurs. A l'ouest il y a toujours du nouveau ! Poséidon n'est pas un Dieu facile et il s'évertue à contrecarrer la balade maritime du détective et ses amis, en soulevant des tempêtes, en lançant contre le navire un Kraken virulent et hargneux, et autres joyeusetés qui n'étaient pas inclues dans le prix de la croisière à l'origine. Les Gentils Organisateurs de ce club méditerranéen en possèdent pleins leurs poches et leurs besaces. En parlant de besace, heureusement qu'Isis a fourni à Lasser une bourse (le porte-monnaie !) dans laquelle il peut enfiler le disque crétois, lequel rapetisse jusqu'à devenir aussi encombrant qu'une pièce de monnaie.

Disque de Phaistos et KrakenDisque de Phaistos et Kraken

Disque de Phaistos et Kraken

Comme vous l'aurez compris ce voyage est fort mouvementé, d'autant que j'ai oublié de vous dire que Médée s'est invitée lors d'une escale. Et entre Médée et Lasser, c'est un peu je t'aime moi non, selon les jours et les circonstances. Et même une descente en sous-marin comme le suggère si bien la couverture, dessin assumé par Ronan Toulhoat l'inspiré.

 

Le lecteur va passer par toutes les émotions, et ressentir les embruns, les vagues également lui fouetter le visage, visiter du pays, être immergé... dans l'action. Amours, aventures, baston, exotisme, découvertes scientifiques et mythologiques, retrouvailles avec le Minotaure et sa compagne, les descendants du vrai et unique humain à tête de Taureau (ce qui me fait penser en aparté que ce n'est pas parce qu'on n'est pas castré, sinon ce serait un bœuf, que l'on est à l'abri de porter des cornes), tout est prévu et même le reste pour le plaisir du voyageur en fauteuil.

 

Lasser, dont la propension à ingurgiter du whisky n'est plus à démontrer, va devoir suite à un pari stupide se confronter à Hussein Pacha, une séquence qui n'est pas piquée des... verres. Lasser aimerait bien parfois que les Dieux l'oublient, mais comment résister à un ordre, au risque de se voir vaporiser, pulvériser, volatiliser, et j'en passe. Et comme il y a toujours quelques babioles en or à récolter, il ne faut pas non plus faire la fine bouche. Si Lasser possède quelques défauts, mais qui n'en a pas, il a un sens civique inné et il anticipe les règles du Code de la route puisque, lorsqu'il s'installe dans la Coccinelle rose de Fazimel, il n'oublie pas de mettre sa ceinture ! . Enfin référence est faite à un ouvrage paru quelques années auparavant, en 1919 pour être exact, ayant pour décor l'Atlantide. Un roman ayant connu un énorme succès, dont l'auteur plaçait l'Atlantide dans le désert. L'auteur n'est autre que Pierre Benoît qui écrivit de nombreux romans ayant pour cadre l'Afrique du Nord, région où il a vécu dans sa jeunesse.

Si vous ne vous y retrouvez pas dans le nom des personnages et pour avoir une vision d'ensemble des aventures de Lasser, je vous propose deux liens sur mes chroniques précédentes.

Et puisque je l'ai évoqué, une chronique sur la biographie de Pierre Benoît.

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, mystère en Atlantide. Editions Critic. Parution 3 avril 2014. 352 pages. 18,00€.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 15:44

La Tulipe noire, c'est pas mal non plus...

James ELLROY : Le Dahlia noir.

En 1987, exactement le 17 octobre, alors que le festival du roman policier avait quitté Reims qui l'avait vu naître, pour s'installer à Grenoble le temps d'un week-end, Michel Lebrun faisait cette déclaration dans Libération :

James Ellroy, l'enfant du malheur, pratique en écrivant son propre exorcisme, ce qui est l'apanage des très grands romanciers. Oui, un astre blême vient de se lever dans la nuit de Polarland, qui risque bougrement d'influencer les marées noires. Des écrivains comme ça, dans le roman noir, on en découvre un tous les dix ans, pas plus.

En trois ans, James Ellroy s'était imposé en France, non pas comme écrivain de romans policiers mais comme écrivain tout court avec des titres comme Lune sanglante, La colline aux suicidés, ou encore A cause de la nuit, avant que paraisse Le Dahlia noir. Un être déchiré, écorché, obsédé par le passé, passé historique et passé personnel, qui hurle à la lune pour se débarrasser de toutes les scories de son enfance.

En revisitant Los Angeles, la Ville des Anges, qui porte bien mal son nom, James Ellroy exorcise ses démons. Le Dahlia noir relate le meurtre d'une jeune fille de vingt-deux ans, Betty Short, dont le corps nu et mutilé est découvert le 15 janvier 1947 dans un terrain vague. Un meurtre, une énigme jamais résolus. A rapprocher de l'assassinat de la mère d'Ellroy, alors qu'il n'avait que dix ans et passait un week-end chez son père. Ses parents étaient divorcés et s'établit la seconde fracture dans la vie d'Ellroy. Il deviendra voyou, alcoolique et réussira à s'en sortir grâce à l'écriture.

Aujourd'hui, Ellroy tient une éclatante revanche sur la vie, mais s'est-il vraiment remis de ses avatars ? Les éditions Rivages, qui doivent beaucoup à James Ellroy, qui entre parenthèses est beaucoup plus connu en France que chez lui aux USA, viennent de rééditer Le Dahlia Noir dans une collection Collector. Après avoir été publié en Grand Format, ce roman avait bénéficié d'une réédition format Poche dans la Collection Rivages/Noir sous le numéro 100, cent pour sang.

James ELLROY : Le Dahlia noir.

James ELLROY : Le Dahlia noir. Traduction de Freddy Michalsky. Première édition Mai 1988. Réédition Rivages Noir Collector. Parution le 19novembre 2014. 560 pages. 10,00€.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 15:08

Une adresse à retenir ?

Hervé SARD : La catin habite au 21.

A l'origine, traiter une représentante du sexe féminin de catin était éminemment sympathique et adressé affectueusement à l'adresse d'une fille de la campagne. Encore de nos jours dans certaines de nos régions et au Canada, cela signifie également une poupée. Et je vous laisse imaginer la tête des parents, d'origine urbaine mais pas forcément polis, qui entendent quelques commères attribuer ce substantif à leurs gamines, pensant immédiatement à la terminologie triviale qui entoure ce mot. C'est comme cela que naissent les conflits. Un détournement de la langue française, et une guerre peut se déclencher.

Ce point lexical précisé, entrons maintenant dans le vif du sujet et suivons notre ami Gabriel Lecouvreur dans sa nouvelle aventure.

 

Une nouvelle fois Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, a du vague à l'âme. Sa copine Cheryl, coiffeuse de son état, est partie se ressourcer en Bretagne, avec au programme flagellation aux algues dans une centre de thalassothérapie haut de gamme. Cela n'empêche pas notre céphalopode de lire le journal, et d'être intrigué par un fait divers relaté dans le Parisien, son canard favori lorsqu'il stationne au café-restaurant du Pied de Porc à la Sainte-Scolasse. Ce n'est pas tant l'implantation d'un aéroport moderne à Sainte-Mère-des-Joncs qui le chagrine, quoiqu'il suit avec attention ce projet, mais parce qu'une femme a disparu du village où doit être aménagé ce terrain d'envol pas franchement indispensable. Et deux points d'interrogation se superposent dans ses rétines. D'abord la police n'a pas lancé d'enquête officielle. Ensuite parce que c'est un professeur à classer dans la catégorie des voyants extra-lucides qui a débusqué l'affaire en la signalant aux médias.

Francis l'amnésique, qui n'oublie pas de vider ses bocks de bière, connait bien le professeur Morillons, qu'il range dans la catégorie des fous intelligents. Et son truc à Morillons, outre d'avoir à l'origine créé un cabinet avec un confrère du nom de Rud, donnant ainsi l'appellation Rud & Morillons (jeu de mot avec Rue des Morillons, où se trouve le dépôt parisien des objets trouvés), son truc n'est pas pour déplaire au Poulpe. Le devin lit l'avenir dans la mousse de bière. Ce qui ne le fait pas mousser plus que ça. Dans la conversation, l'idée d'un tueur en série est lancée et une tournée de dix bières est en jeu. Pas pire qu'autre chose comme pari, faut faire marcher les petits commerces.

Effectivement le professeur Morillons se pose en farfelu. Il avoue être spécialiste en perte sans profit, d'ailleurs il est cul-de-jatte et aveugle, mais il n'a pas perdu tous ses esprits, d'ailleurs il connait le Poulpe sans que quiconque lui ai présenté son interlocuteur. Annie Jérômette Blanchon, la fille de joie disparue, alias Roxane pour les intimes payants, dépendrait de l'agence Ahhhhh! des sœurs Broutë, assistantes paternelles. Cette Roxane ne fait pas partie de leur cheptel, qui d'ailleurs officie via Internet, mais elle continue d'exercer tout en étant disparue. Gabriel est près d'y perdre son latin, son grec et son sanskrit. Une dernière petite visite s'impose avant de débarquer à Sainte-Mère-des-Joncs, celle à son ami Pedro qui lui fournit un attirail de journaliste sous le doux nom de Tristan Yzeux.

Débarqué à Sainte-Mère-des-Joncs, après un long et fastidieux voyage, notre ami céphalopode va débuter son enquête en s'installant dans une auberge dont la patronne zozote, puis il va faire la tournée des boutiques, commerces, officines des lieux, se rendant de l'un chez l'autre comme un homme qui veut traverser un torrent en sautant allègrement d'une pierre affleurant l'eau bouillante, à une autre pierre glissante, le tout en équilibriste assez confiant en ses possibilités malgré les pièges cachés. Et des pièges, il ne manque pas d'en trouver lors de sa traversée. Un mari jaloux qui le suspecte de le cocufier et lui démontre en voulant le tabasser qu'il ne doit pas s'amuser à se prendre pour un coucou. Ce que Le Poulpe n'avait nullement l'intention de faire, même s'il ne refuse pas les bonnes fortunes. Un autre personnage s'incruste dans le décor, digne émule de Jerry Lewis.

Si tous les habitants de la commune semblent d'accord pour l'implantation de l'aéroport, c'est qu'il y a de l'argent à gagner à la clé avec tous les touristes qui vont affluer, du cabaretier au notaire en passant par l'édile et quelques autres, seul un écologiste convaincu qui vit dans les bois, Sergent Pepper de son surnom, n'apprécie pas vraiment. Il serait bien le seul. Et ceux qui manifestent, ce sont des gens d'ailleurs, une petite balade dominicale soi-disant. D'abord il y a même au 21 de la Grand-rue une maison close qui abriterait l'acte d'amour tarifé. Sauf que les deux femmes qui vivent là, une jeunette à peine pubère et une dame à laquelle on ne voudrait guère confier son anatomie, ne connaissent pas cette Roxane. Il y a bien une photo, mais c'est tout. Et lorsque le Poulpe se renseigne auprès de tout ce brave monde, personne ne connait vraiment Roxane. Certains l'auraient juste aperçue, mais c'est tout.

S'appeler Roxane, ne pas être recherchée pas la police, malgré le battage médiatique, voilà de quoi faire réfléchir Gabriel Lecouvreur qui se demande où il a pu fourrer ses guêtres, lorsque la solution finale lui apparait dans toute sa limpidité.

 

Le Poulpe peut être assaisonné à toutes les sauces, cela dépend du talent et de l'inspiration du cuisinier qui le prépare et lui concocte de nouvelles aventures. Hervé Sard nous l'a préparé aux petits oignons et au Muscadet ou au Gros Plant, et non pas à l'huile car malgré ce que certains affirment (Hervé Sard dîne à l'huile) il est contre ce qui poisse mais au contraire pour tout ce qui est gouleyant, littérairement parlant.

Certains pensaient Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe en perte de vitesse, mais ce n'est pas vrai, même si parfois à cause de ses bras trop long il semble ramer. Au contraire il s'est trouvé depuis quelques aventures de nouveaux supporters de talent, et j'avoue, Hervé Sard fait partie de ces défenseurs de céphalopodes qui lui offrent des aventures dignes de sa notoriété. Les grincheux, il y en a toujours, objecteront que ce petit roman est facile, d'accord, mais l'épilogue est sublime, et je soupçonne Hervé Sard de pratiquer la pêche au leurre.  

Hervé SARD : La catin habite au 21. Le Poulpe N° 287. Editions Baleine. Parution le 9 octobre 2014. 184 pages. 9,50€.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 08:41

Toute ma vie j'ai rêvé de voir le bas d'en haut,

toute ma vie j'ai rêvé d'être une hôtesse de l'air...

Francis PORNON : Rêves brisés.

Latécoère, l’Aéropostale, Sud Aviation, Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet, autant de noms de sociétés et d’aviateurs qui restent attachés à Toulouse, ville berceau de l’aéronautique. Depuis l’Airbus a pris la relève même si la construction de ce fleuron de l’aviation est disséminée entre plusieurs pays de l’Union Européenne et délocalisée partiellement. Alors, que des suicides d’employés entachent le renom de l’entreprise ne plait guère en haut lieu.

Une femme qui ne veut pas décliner son nom et qui la mandate, propose une conséquente somme d’argent à Aymeric Mercader, surnommé le Cathare, ancien journaliste reconverti comme détective privé et à son ami et adjoint Jojo, afin d’enquêter. Mais ces suicides, s’ils différent dans leur conception, possèdent toutefois un point commun. Du moins c’est ce que pense Aymeric, car si tous ces défunts travaillaient pour Airbus ou ses sous-traitants, tout tourne autour du feu et de l’eau. Aymeric s’attache à remonter la piste en partant d’une noyée, Evelyne Pigasse. Jojo et lui s’invitent donc dans l’appartement de la jeune femme, séparée de son mari et mère d’un enfant. A priori, elle ne possédait pas le bon profil pour devenir candidate au suicide. Les deux hommes ne trouvent rien de spécial au cours de leur inspection, sauf un livre de chevet dans lequel un passage a été coché :

Car avec un labeur surhumain

Je tire de la neige froide un feu clair

Et de l’eau douce de la mer…

Ces vers, un peu abscons écrits par un trouvère du Moyen Âge n’ont apparemment rien à voir avec l’aviation, mais peut-être avec le suicide de la jeune femme. A Aymeric d’en dénicher la signification. Une agression, perpétrée à l’aide d’une bouteille de bière emplie de white spirit, leur est signalée. Mélanie, la victime, est une jeune fille et heureusement des témoins présents sur les lieux ont pu éviter le drame. Les deux amis la rencontrent à l’hôpital puis la prennent en charge. Ils se rendent compte rapidement qu’elle est accro à la cocaïne et Jojo se charge de la ravitailler. Seulement, est-ce parce qu’il se montre un peu trop entreprenant en voulant changer les bandages qui enserrent les jambes de la blessée, ou pour une autre raison propre à Mélanie, mais la jeune fille parait lui en vouloir sérieusement.

Une bénévole du syndicat, surnommé Chasse-neige, est elle aussi rayée des effectifs, sans qu’elle l’ait souhaité. Aymeric rencontre Caïn un ancien policier, en retraite mais qui a gardé des accointances avec des collègues, Bertrand un syndicaliste du NRG, Nouveau rassemblement général, qui se bat contre les suppressions d’emploi dans le groupe et est toujours accompagné d’Otto, un garde corps taillé dans la masse, une bibliothécaire qui lui prête des ouvrages sur Mermoz, et quelques membres des familles des défunts. D’autres protagonistes grenouillent dans cette intrigue dont un amoureux de l’aviation et de Mermoz qui a transformé son grenier en musée de l’air et un Enquêteur sur lequel dont personne ne peut donner le moindre renseignement.

 

L’enquête avance tout doucement avec des extensions imprévues, des visites dans le vieux Toulouse et ses égouts. Et au delà de l’enquête proprement dite le lecteur se trouve fasciné par le personnage Aymeric. Notre détective sexagénaire se montre fin gourmet, il se prépare sa popote à l’aide de graisse de canard, et ne boit en théorie jamais avant le coucher du soleil, un principe édicté par Hemingway et un peu à cause d’un accident cardiaque survenu quelques années auparavant.

Il retrouve Maria, une chanteuse de bel canto pour laquelle il ressent quelque affinité, pratique le Viet vo dao, un art martial importé d’Indochine, et se plonge volontiers dans les réminiscences du passé, le sien et celui des autres.

Quant à Jojo, sorte de Bérurier toulousain, il n’apprécie pas du tout que ses interlocuteurs s’expriment en disant « On », rétorquant que On est un imbécile. Ce qui m’a ramené quelques décennies en arrière lorsque l’une de mes institutrices affirmait : On, pronom imbécile qui qualifie celui qui l’emploie.

Mais le roman comporte bien d’autres attraits, historiques et sociaux. Par exemple le combat du syndicaliste contre le plan du groupe SADE qui prévoit la suppression de milliers d’emplois pour le seul bénéfice d’actionnaires, la sous-traitance (La sous-traitance, c’est une catégorie de sous-employés !). Sans oublier l’incursion dans les débuts de l’aviation, et surtout les positions extrême-droitistes de la plupart des patrons et des aviateurs, l’élite de l’élite, sans oublier les figures de Maurice Papon qui fut président de Sud-Aviation, Jules Védrines qui a établi en 1912 un record du monde en avion (145,161 km/h), et s’est posé sur les toits des Galeries Lafayette, devenant le premier délinquant de l’histoire de l’aviation et qui brigua le poste de député à Limoux, de Mermoz vice-président d’un parti d’extrême-droite, et quelques autres figures à découvrir au fil des pages.

Un roman qui est comme un coup de projecteur sur Toulouse et son industrie aéronautique balayant hier et aujourd’hui.

 

Francis PORNON : Rêves brisés. Editions Pascal Galodé. Parution le 21 octobre 2010. 350 pages. 19,90€.

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 08:05

Méfiez-vous de l'eau qui dort...

Jean-Marie PALACH : Retour aux Sources.

Marié à la très belle et talentueuse (ce qui n'est pas incompatible) Elisabeth Tinbot, journaliste à la télévision et héritière d'une grosse fortune, Dominique Nativel était promis un bel avenir politique. Etait, car malheureusement pour lui, il vient de décéder accidentellement dans le métro.

Dominique Nativel aurait même pu être nommé ministre mais la parité passant par là il s'était contenté de s'atteler à la tâche, ardue, de gérer les questions de protection sociale, de santé, de retraite, de famille, tout autant de questions qui en général fâchent. De plus il avait écrit durant la campagne présidentielle la plupart des discours du candidat devenu président, et il avait conquis bon nombre d'électeurs potentiels, tout au moins de téléspectateurs, par la clarté de ses propos, de ses réparties, de son élégance. Bref un quinquagénaire promis à un bel avenir, alors qu'il avait connu une enfance malheureuse.

Il avait fait partie de ces enfants surnommés les Enfants de la Creuse, des gamins séparés de leurs parents pour des raisons fallacieuses, qui avaient quittés la Réunion pour être placés dans des familles de la métropole. Seulement ce qui les attendait était loin des promesses émises. La plupart ont végété, exploités par des paysans rapaces. Le jeune Dominique avait fugué à plusieurs reprises avant d'être recueilli par un couple d'instituteurs qui enseignaient à Limoges. Le goût des études lui était venu progressivement et des années plus tard était devenu maire et député dans son île natale. Seule ombre au tableau, Dominique Nativel était un coureur invétéré de jupons et son mariage avec la journaliste ne l'avait pas assagi.

Tout cela, la commissaire divisionnaire Clémence Malvoisin attachée à la Brigade Criminelle de Paris, l'apprend grâce aux fiches soigneusement établies par les hommes de la DCRI. Des coupures de journaux y figurent également dont une qui l'intrigue. Il est question d'une association nommée Racines l'envers, à laquelle avait adhéré le député avant de s'en détacher. Elle avait été constituée par Boyer, qui lui aussi avait été déporté, mais avait connu plus de chance et est resté dans la Creuse comme garagiste.

Après avoir visionné les vidéos ayant enregistré l'événement, il semblerait bien que Dominique Nativel aurait été poussé sur les quais, mais la silhouette de cette personne, probablement une femme, est cachée par d'autres voyageurs. Clémence et ses hommes, principalement le commandant Langlade, un vieux de la vieille, s'emparent du dossier et l'épluchent. Le préfet de police, Le Pavec, lui laisse entendre qu'elle devra se rendre sur l'ile recueillir des témoignages concernant les activités du député. Cette enquête tombe vraiment mal car Clémence Malvoisin devait partir en vacances en compagnie de son mari, sur la Côte d'Azur, où elle possède un appartement reçu en héritage de son grand-père.

 

De nombreuses pistes s'offrent aux enquêteurs aussi Clémence, parfois supplée par Langlade, interroge la femme de Nativel, la journaliste abusée, se renseigne auprès de certains parlementaires du député, téléphone à La Possession au commissaire Fok Yé, lequel est tout surpris d'apprendre que Clémence est la petite-fille de Gonzague Pongérard qui fut le maire de la commune avant de s'installer en métropole suite au décès de sa femme et remplacé dans ses fonctions par Nativel. D'ailleurs Clémence possède encore de la famille à La Possession, une grand-tante et son mari qui ont bien des problèmes avec le nouveau maire.

A La Possession, une jeune femme est retrouvée morte, assassinée, sur la plage. Il s'agit de l'ancien adjoint de Nativel à la mairie, une ancien forestier, qui magouille quelque peu afin de s'emparer des terrains de ses concitoyens et de les revendre à prix d'or. Or, cette jeune femme possède un tatouage sur l'épaule. Ce ne pourrait qu'être une banalité, sauf qu'il représente des initiales, les mêmes que celles découvertes sur Dominique Nativel.

Pendant ce temps à Paris, l'enquête se poursuit, dirigée à l'encontre d'un clan de Serbes qui dirigent un réseau de prostituées. Dominique Nativel possédait une chambre dans un foyer réservé à ces jeunes filles en perdition et il semblerait qu'il batifolait avec l'une d'elle.

 

Entre Paris et la Réunion, en passant par la Creuse, le lecteur franchit allègrement les océans, et suit avec intérêt ces enquêtes, car l'histoire en réalité se complait à se compliquer entre plusieurs points d'attraction.

L'auteur y traite aussi bien de la vision politique, du parcours d'un homme qui au départ a eu une enfance difficile, que des problèmes liés à l'immigration de jeunes filles issues de l'Europe de l'Est, du banditisme qui s'y attache, et à quelques autres incidents de parcours.

Le problème lié à ce qui a été appelé les Enfants de la Creuse, longtemps resté tabou, est de plus en plus soit évoqué soit développé dans les romans ayant pour sujet les années soixante.

Loin de la métropole, La Réunion semble une île paradisiaque mais elle connait aussi l'appétit de profiteurs immobiliers, et les autochtones sont parfois démunis devant leurs magouilles. Jean-Marie Palach évite le piège de la description idyllique façon carte postale.

Enfin l'auteur joue sur les petits inconvénients du quotidien, Clémence par exemple obligé de reporter ses vacances, au grand dam de son mari. L'amitié n'est pas un vain mot pour certains des protagonistes tandis que l'un des personnages s'entiche, pour l'heure, de proposer du thé de différentes essences en attendant de trouver une nouvelle passion, un nouveau centre d'intérêt.

Un roman fort intéressant, et Jean-Marie Palach sait entretenir l'intérêt du lecteur, quel que soit le chemin pris par l'enquête, sans véritable temps mort et il a écrit un véritable roman de procédure policière, genre un peu délaissé au profit des romans noirs ou des thriller.

 

Jean-Marie PALACH : Retour aux Sources. Editions Pavillon Noir, Corsaire éditions. Parution le 1er mars 2014. 256 pages. 14,00€.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 09:10

Roman autobiographique ou autobiographie romancée?

Sam MILLAR : On the brinks.

Si l’histoire vraie que nous narre Sam Millar était un roman, bon nombre de lecteurs s’écrieraient au scandale, arguant que tout ce qui est écrit est peu crédible. Mais c’est justement ce manque de crédibilité qui fait que cette histoire l’est car elle est véridique. Incroyable mais vrai.

Dès son plus jeune âge Sam Millar est bousculé par la vie, un père souvent absent travaillant dans la marine marchande, une mère qui se tue au travail, récurant sans cesse puis se mettant à boire et tentant de se suicider à de nombreuses reprises. Son enfance pauvre l’amène à troquer des pommes contre des choux et autres légumes chez l’épicier. Il doit toujours courir, son père étant attentif à la durée de ses déplacements, n’hésitant pas à élever la voix même pour rien. Les années passent et on retrouve Sam Millar dans la prison de Long Kesh.

La prison de Long Kesh ressemble plus à des oubliettes qu’à une prison cinq étoiles. Pas de téléviseurs, de radio, de la bouffe que même les corbeaux dédaignent, les détenus vivent quasiment nus habillés seulement d’un torchon qui leur sert de pagne, alors qu’il n’y a pas de chauffage l’hiver et qu’ils n’ont pas d’endroit pour uriner ou déféquer. Ils n’ont vraiment pas de pots. Les tortures physiques et psychiques ne leur sont pas épargnées. Et s’ils sont nus, c’est parce qu’ils ont refusé d’endosser l’uniforme pénitentiaire anglais réservé aux prisonniers de l’IRA. Il fait partie, comme tous ceux qui sont internés dans les geôles contigües, des Blanket men. Les irréductibles qui prônent la rébellion. Et lorsqu’ils entendent le crissement de bottes neuves, cela signifie que l’un des leurs a décidé de franchir la barrière. Parfois l’un des matons, tous des Beefs (des Anglais) dont le plus virulent et le plus sadique a été surnommé la Verrue humaine, les attache avec une corde par le pénis et les traine par terre, le corps frottant sur les graviers ou le bitume.

Pourtant, ils arrivent à garder le moral grâce aux blagues de potaches qu’ils se balancent d’une grille à l’autre, des références à des personnages de bandes dessinées, comme Hulk, Superman et consorts.

Huit ans qu’il va trainer dans le Bloc H, déménageant parfois d’aile en aile, recevant la visite d’un toubib, le Docteur Pap surnommé ainsi à cause du nœud papillon qu’il arbore. Il enchaine aussi les lettres au Pape, sans effet, et pour lui la religion catholique ne correspond plus à rien, laissant faire ces ignominies. Les Orangemen, d’obédience protestante, et les représentants de la religion catholique sont à mettre dans le même panier. Tout comme les représentants du Sinn Fein composé de traîtres. Ils suivent également la lutte de Bobby Sands et sa grève de la faim, sans que cela émeuve le moins du Miss Tatcher. Enfin c’est la libération.

Sam émigre aux Etats-Unis et devient employé dans un casino clandestin new-yorkais. Il apprend à être croupier puis directeur des caisses, un métier comme un autre, jusqu’au jour où le patron doit mettre la clé sous la porte suite à une descente de police et que le tripot est bouclé. Alors Sam devient bouquiniste, spécialisé en bandes dessinées, les fameux comics qui ont alimenté l’imaginaire des gamins. Mais la rencontre avec un ami, ancien policier et responsable de la sécurité du dépôt de la Brinks à Rochester lui fournit l’idée de dévaliser l’entreprise, en douceur, avec quelques compagnons.

Sam Millar narre son enfance et ses années d’enfermement à Long Kesh appelée aussi Prison de Maze, dans un style sobre mais poignant non dénué d’humour. Si les prisonniers n’ont pas droit au sucre, ce n’est pas grave. Il s’en félicite même car au moins ils n’auront pas de problème de dentition, ce qui aurait ajouté un mal à ceux qu’ils subissaient déjà. Le nom de Liam O’Flaherty, auteur notamment du Mouchard et de Insurrection, a plané tout au long de cette lecture, le lecteur se rangeant aux côtés des Indépendantistes, des réfractaires, la religion une fois de plus devenu le flambeau des exactions.

La partie américaine, casinos clandestins et surtout braquage du dépôt de la Brinks et les aventures et mésaventures qui en découlent font penser au personnage de Dortmunder de Donald Westlake, tout en sachant qu’il ne s’agit pas de fiction mais de la réalité. Je ne vais pas m’étendre plus longtemps sur cette partie américaine, ne désirant pas trop déflorer l’histoire afin d’en préserver l’attrait aux lecteurs, et la quatrième de couverture étant déjà un peu trop explicite à mon avis, mais l’on se croirait dans un roman ou un film de gangsters un peu naïfs.

Avec pudeur, Sam Millar efface de son récit tous les moments qu’il juge inutiles, et qu’il élude savamment. Ainsi entre une partie de son enfance et son arrivée à Long Kesh, c’est le trou noir. Il est prisonnier, mais le lecteur doit le constater, et ne pas se poser de questions sur le pourquoi et le comment. De même entre sa libération et son emploi dans le casino clandestin, rideau. Tout juste si au détour d’une phrase on apprend qu’il est marié et qu’il a trois enfants à l’époque où il devient libraire. D’ailleurs cette partie ne renvoie plus à Dortmunder mais à Bernie Rhodenbarr, le héros de Lawrence Block, qui cumule les fonctions de libraire le jour et cambrioleur la nuit. Mais peut-être Sam Miller a-t-il l’intention de rédiger une suite, levant quelques voiles supplémentaires sur des épisodes cachés.

On the brinks reste une autobiographie, parfois dure, poignante, émouvante, parfois franchement irrésistible, et est une formidable leçon de courage. Sam Millar s’inscrit dans la longue lignée des auteurs écrivains, certains ayant eu comme lui la chance de pouvoir échapper à leur condition, d’autres moins tel Caryl Chessmann, auteur en prison de quatre témoignages traduits en France aux Presses de la Cité à la fin des années 50 : Cellule 2455 couloir de la mort, À travers les barreaux, Face à la justice, Fils de la haine, mais ceci est une autre histoire.

 

Sam MILLAR : On the brinks (On the brinks, the extended edition - 2009; traduction de Patrick Raynal). Première édition Le Seuil, collection Seuil Policiers. Réédition Editions Points. Parution le 14 novembre 2014. 408 pages. 7,60€.

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 09:03

Allo, non mais allo quoi ...

Pieter ASPE : Le message du pendu

Alors qu’ils pensaient bénéficier d’une journée de repos au calme, dans la détente d’une complicité amoureuse et dinatoire, le commissaire Pieter Van In et sa compagne la juge Hannelore Martens sont dérangés par des coups répétitifs sur la sonnette de la porte d’entrée. Le petit-déjeuner composé d’une belle côte à l’os cuite sur le barbecue et d’un bordeaux bien frais est remisé à une date ultérieure. Ce visiteur impromptu n’est autre que Versavel, l’adjoint et ami de Van In.

Un triple meurtre vient d’être découvert dans une maison située sur les berges du canal de Damme, le quartier chic de Bruges. Louise Hoornaert et ses deux enfants ont été selon toutes vraisemblances assassinés. Un drame familial à première vue qui s’est déroulé quelques heures auparavant. C’est le jardinier qui a découvert les corps le lundi matin et le drame a eut lieu le dimanche dans la soirée. Louise a été abattue à l’aide d’un pistolet retrouvé près de son corps. Les enfants gisent dans leur chambre. La petite fille est en position assise dans un coin de la pièce, le petit garçon, le crâne fracassé à l’aide d’un marteau, allongé devant la fenêtre.

Le père de Louise est sur place, effondré, toutefois il ne tarit pas d’éloge sur son gendre Wilfried Traen, ce qui est suspect aux yeux de Van In qui a connu Traen à l’école primaire, un gentil garçon selon ses dires. Mais depuis il n’en avait plus eu de nouvelles jusqu’au jour du drame. Traen est considéré comme le présumé meurtrier mais son corps est retrouvé par les hommes de la Scientifique, dirigés par Vermeulen dans le grenier, pendu. La chaise sur laquelle il serait monté est renversée. Un suicide après le triple meurtre ? Pourtant, le couple s’entendait bien selon le père de Louise. Traen dirigeait une petite entreprise de recyclage informatique qui prenait au fil des ans de l’essor, avec l’aide financière de son beau-père.

Le légiste Zlotkrychbrto, d’origine polonaise, examine les corps avec sa minutie habituelle, plus habitué à palper, en tout bien tout honneur, les défunts, qu’à s’exprimer en bon flamand. Mais les éléments dont il dispose et encore pas tous car il faut du temps pour faire parler, façon d’écrire, les corps n’aident guère Van In.

Les journaux s’emparent bien évidemment de l’affaire et l’un d’eux titre même : Un altermondialiste extermine toute sa famille, photo prise lors d’une manifestation à l’appui. Altermondialiste Traen ? Première nouvelle. Il serait même l’auteur de deux ouvrages concernant l’économie. Fausse bonne nouvelle. Un journaliste avoue à Van In qu’il est l’auteur des deux ouvrages mais travaillant dans un journal qui ne manque pas de faire l’éloge du capitalisme, son nom en couverture aurait fait bondir les actionnaires.

Une prostituée, une respectueuse comme aurait dit Jean-Paul Sartre, aux charmes indéniables, et répondant au doux nom de Kitty Jouy, s’adresse directement à Hannelore en son cabinet pour se plaindre du manque de respect financier d’un homme politique et de Traen qui avaient eu recours à ses services et lui devaient de l’argent. Elle n’avait vu Traen que quelques semaines auparavant mais l’homme politique, dont le nom figure sur l’agenda de Traen est lui un client régulier.

 

Suite à un appel téléphonique anonyme, celle-ci est retrouvée morte dans son appartement, et cela obscurci l’horizon de Van In mais pas celui de son voisin habitant l’immeuble en face et qui possède un télescope pour admirer les oiseaux. C’est lui le drôle d’oiseau.

Cela ne résout en rien l’enquête et Van In ne manque pas, afin d’humecter ses neurones et permettre à leurs rouages de fonctionner librement, d’ingurgiter moult bières, des Duvel, précision pour les amateurs et les connaisseurs.

En épluchant la comptabilité de Traen, Van In et consorts se rendent compte que les comptes financiers du mort ne sont pas aussi florissants qu’il est parait. Pourtant, des boites de caviar ont été retrouvées dans son réfrigérateur et une réception était prévue pour le vendredi suivant.

Une piste se profile avec la découverte qu’un employé a été mis à la porte peu de temps auparavant et qu’il pourrait ressentir de la haine envers son ex patron. Mais ce qu’ignore Van In, c’est que la CIA, elle aussi, est sur le coup. De toute façon, la CIA est partout.

 

Si l’on peut comparer Van In à Maigret, la vie de couple du commissaire flamand est nettement plus riche en péripéties que celle du héros de Simenon. Van In croque, ou plutôt boit la vie avec gourmandise, tandis qu’Hannelore possède une aura, une présence indissociable auprès de la vie professionnelle et familiale de Van In. Ils vivent en couple, s’amusent beaucoup ensemble, ne négligent pas les moments d’intimité, traitent les affaires et les enquêtes ensemble mais les petits accros mettent parfois la pression, comme la bière, sur le couple. Van In professe envers les journalistes une certaine méfiance : Si Van In se méfiait des journalistes, c’était moins à cause des hommes eux-mêmes, car il s’entendait bien avec la plupart d’entre eux, qu’à cause de l’arrogance de l’institution. Mais il devrait se méfier surtout de ses réactions, surtout de ses réparties, lorsqu’il a abusé de la bière. Il est vrai que cette enquête se déroule alors que les conditions climatiques incitent plus à se désaltérer qu’à autre chose.

Versavel lui aussi possède sa vie privée. Il est homo, et se demande si la petite coucherie d’un soir avec un bel inconnu ne va pas influer sur sa santé. Quand au médecin légiste, Zlotkrychbrto, ce n’est pas tant sa pratique de sa profession qui est intéressante, mais sa façon de parler qui apporte la touche d’humour indispensable dans les moments tragiques.

 

Je ne sais pas si c’est le meilleur roman de la série Van In, mais c’est assurément, parmi tous ceux que j’ai lu, celui qui m’a le plus enivré… je veux dire intéressé, qui m’a le plus intéressé et est le plus abouti.

 

Pieter ASPE : Le message du pendu (Onder Valse Vlag – 2002. Traduit par Emmanuèle Sandron). Première parution Collection Van In 11. Editions Albin Michel. Réédition Le Livre de Poche, collection Policier/Thriller. Parution le 13 novembre 2014. 312 pages. 6,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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