Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 08:53

A ouvrir avec précaution, sinon, gare aux courants d'air !

Fabrice BOURLAND : Les portes du sommeil.

Depuis de nombreuses années la mort de Gérard de Nerval occupe l’esprit d’Andrew Singleton, détective privé.

Deux années se sont déroulées depuis l’affaire du Fantôme de Baker Street, l’officine tenue avec son ami James Trelawney n’a pas chômé et il profite d’un moment de relâche pour se rendre à Paris. Le poète est-il mort d’un suicide selon la thèse officielle de la police, ou d’un assassinat selon d’autres sources ?

Après un voyage au cours duquel il a assisté à un mirage représentant un château perché sur un piton, en compagnie d’une jeune femme qui semblait elle aussi être un illusion, il s’installe non loin de l’endroit où le corps de Nerval a été découvert. Le commissaire Fourier, qu’il a aidé à résoudre une affaire quelques mois auparavant, le hèle dans la rue, comme par hasard, et lui propose de s’associer dans une enquête délicate réactivée par un article paru dans un journal et signé des initiales J.L.

Le célèbre professeur de métaphysique, le marquis de Brindillac est décédé durant son sommeil. Son visage reflétait une peur intense. Un mois auparavant le poète Pierre Ducros, affilié aux Surréalistes, le mouvement d’André Breton, est mort de la même façon. Seule la thèse de la mort naturelle est retenue et pourtant le journaliste émet des doutes. Singleton et Fourier se rendent au château de Brindillac près d’Etampes afin d’étudier les lieux. Ils y retrouvent Jacques Lacroix, proche d’Amélie la fille du défunt, et qui n’est autre que le journaliste qui a relancé l’affaire. Les pièces dévolues au marquis étaient fermées et si crime il y a ce ne peut être qu’un meurtre en chambre close.

Brindillac était obsédé par les phénomènes oniriques, consignant ses rêves sur des carnets depuis des années. Son livre de chevet favori, Le comte de Gabalis, sous-titré Entretiens sur les sciences secrètes, de Montfaucon de Villars traite des entités élémentaires, les incubes et les succubes. Un étranger se serait entretenu avec le marquis la veille de sa mort. Un Autrichien ou Allemand du nom de Von Öberlin. Un autre inconnu au nom similaire s’était présenté chez Ducros. Trelawney rejoint Singleton à Paris et tous deux se lancent sur les traces de ce mystérieux personnage.

Singleton est lui aussi sujet à des rêves, au début plus ou moins lubriques. Singleton est toujours plongé dans les écrits de Nerval. Or André Breton lui rendait hommage dans un de ses manifestes. Grand lecteur Singleton s’intéresse alors aux Manifestes du pape du surréalisme qui lui aussi écrit sur les rêves. Une association d’idées pousse les deux amis qui se rendent au chevet de Breton et le réveillent à temps. Ils localisent l’endroit où Öberlin résidait mais, grâce à des papiers trouvés dans sa chambre d’hôtel, à des prédictions formulées par un extralucide lors d’une réunion privée, aux recherches effectuées par Lacroix et aux rêves de Singleton, les deux amis se rendent à Vienne en Autriche.

 

Ce nouvel opus des détectives de l’étrange ne déçoit pas, au contraire. Le rythme est plus soutenu, plus enlevé, et les références à l’antiquité ne manquent pas.

Fabrice Bourland sème ça et là des indices et le lecteur attentif ne manquera pas de les relever malgré le côté fantastique. L’histoire se déroule en 1934, et l’auteur s’il privilégie le Paris des Surréalistes, Breton en tête (Léo Malet aussi aurait pu figurer), campe en toile de fond de façon ténue, la montée du nazisme. Singleton, le narrateur, évoque des affaires résolues en compagnie de son ami et associé Trelawney. Et l’on souhaite qu’un jour nous aurons la narration de l’affaire de L’égorgeur à la montre cassée et autres histoires aux titres alléchants.

Fabrice BOURLAND : Les portes du sommeil. Grands Détectives 4091 éditions 10/18. Parution janvier 2008. 250 pages. 7,10€.

Repost 0
23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 16:36

Un ectoplasme roulé dans la farine ?

Fabrice BOURLAND : Le fantôme de Baker Street.

Natifs du Canada, James Trelawney et Andrew Singleton se sont installés depuis quelques mois à Londres, exerçant la profession de détectives privés. Alors qu’ils vivotent de petites enquêtes, ils reçoivent la visite de la veuve de Sir Arthur Conan Doyle. Le père de Singleton et le fameux écrivain se sont rencontrés par le passé à deux reprises, tous deux férus de spiritisme.

Lady Doyle leur apprend qu’au 221 Baker Street, là où son mari avait situé le domicile de Sherlock Holmes, adresse qui n’existait pas de son vivant, se déroulent d’étranges évènements. Elle leur révèle également que Doyle aurait écrit juste avant son décès, d’une soit disant crise cardiaque, un message énigmatique Le pensionnaire est dans la boîte, il faut qu’il y reste. Elle aurait entendu au moment du décès de son mari des voix dans la chambre. Enfin elle part en prophétisant des meurtres.

Effectivement des personnes ont été assassinées ; des prostituées, selon les méthodes employées par Jack l’éventreur quarante ans auparavant. Andrew et James se rendent au 221 Baker street dont le propriétaire est le major Hipwood. Son neveu adepte de spiritisme, le Dr Dryden, leur propose de les prendre en photo. Au développement les deux amis aperçoivent posant derrière eux une sorte d’ectoplasme ressemblant vaguement à Holmes. Singleton subodore un trucage.

Ils sont conviés à une séance de spiritisme pour le soir même. Malgré son scepticisme Singleton est troublé. Non seulement Holmes fait une apparition leur enjoignant de se rendre le lendemain à minuit dans un quartier mal famé, mais de plus il entend une voix qui semble provenir de sa mère, décédée alors qu’il n’avait que six mois. Certains lieux, certains meurtres, titillent l’esprit de Singleton. Grand lecteur il fait appel à ses souvenirs et se rend compte que ces évènements funestes font référence à des ouvrages de Stevenson, Oscar Wilde, Bram Stoker mais surtout à leurs créatures.

 

Le duo de détectives de l’étrange imaginé par Fabrice Bourland est éminemment sympathique et nous replonge dans ces merveilleux textes où le fantastique côtoie le vraisemblable. Le lecteur est subjugué, entraîné malgré lui alors qu’il sait pertinemment plonger dans un univers onirique. Il croise des personnages connus, issus de la littérature populaire, toujours présents dans son inconscient, et brusquement ils prennent forme devant lui, en lui.

On ne se débarrasse pas si facilement de ceux qui ont hanté nos esprits, éveillés ou non. Malgré quelques longueurs, ce premier opus mettant en scène le duo Singleton – Trelawney est réjouissant et nous promet d’autres belles aventures. Du moins si l’on se réfère au manuscrit de Singleton, car il s’agit bien d’un manuscrit retrouvé par une firme d’avocats Américains transmis à l’éditeur. Sherlock Holmes possédait son biographe en la personne de Watson, ici c’est le héros qui narre ses propres aventures.

 

Fabrice BOURLAND : Le fantôme de Baker Street. Grands Détectives 4090. Editions 10/18. Parution janvier 2008. 248 pages. 7,10€.

Repost 0
23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 10:37

Hommage, modeste, à Jean-François Vilar, décédé le 16 novembre.

Jean-François VILAR : Les exagérés.

Victor Bainville, photographe, voue au musée Grévin une véritable passion, un culte, qu'il entretient presque quotidiennement.

Il aime à se balader au milieu des figures de cire, à se retremper dans l'atmosphère des différentes scènes évoquées par des mannequins plus vrais que nature. Le moindre changement, le moindre manquement dans l'ordonnancement des tableaux lui saute immédiatement aux yeux.

Par exemple, ce matin-là, quelque chose le chiffonne. Un tout petit détail. Pas bien important, mais qui l'inquiète quand même quelque peu. Quelqu'un a dérobé la tête de la princesses de Lamballe, l'amie, la confidente de la reine Marie-Antoinette. Cent quatre-vingt-quatorze ans auparavant (ce roman a été publié en 1990), jour pour jour, la tête de la princesse était promenée au bout d'une pique dans Paris, en colère, et en proie à la Terreur.

Par un curieux effet du hasard, un cinéaste, Adrien Leck, décide de réaliser une nouvelle version du film La Princesse, consacré à cet événement, à cet épisode de la Révolution. Un film tourné trente ans auparavant, et interprété par l'inoubliable Anna Fried. Celle-ci, qui a décroché depuis, ne veut pas ce remake soit tourné. D'ailleurs elle proclame comme une prophétie que ce film ne verra jamais le jour. Nonobstant Adrien Leck débute le tournage mais les ennuis, les bâtons dans les roues, les incidents sont de plus en plus nombreux et violents.

Pour Victor Bainville c'est une excellente occasion de retrouver non seulement l'atmosphère de cette époque, mais aussi les lieux où ont habité les différents protagonistes de cette époque trouble, les lieux où se sont déroulés des événements marquants. Une sorte de pèlerinage effectué avec délectation. Mieux, Victor s'investit dans le personnage de Jacques-René Hébert, le fameux et virulent Père Duchesne.

Jean-François VILAR : Les exagérés.

Dans cet excellent roman, Jean-François Vilar rend son hommage à la Révolution Française. Mais un hommage bien particulier, dans lequel les interférences sont nombreuses et qui est un prétexte à découvrir une ville que peu de personnes connaissent vraiment. Seuls les véritables amoureux de Paris peuvent nous présenter, nous décrire la capitale de cette façon, nous en parler avec autant de passion, d'émotion, de chaleur, de lyrisme. Une visite guidée qui exclut l'ennui.

Victor Bainville un nouveau Nestor Burma, et Jean-François Vilar un nouveau Léo Malet ? A peine exagéré ! Mais Jean-François Vilar avait cette faculté et cette passion de regarder avec l'œil du photographe et des restituer ambiance et atmosphère.

Jean-François VILAR : Les exagérés.

On ne va pas au musée Grévin pour suivre l'actualité. On y va par innocence ou nostalgie. On y va pour vérifier un certain ordre conservé des images du monde

 

Jean-François VILAR : Les exagérés. Première édition Le Seuil Août 1990. Réédition Editions Points romans noirs. Parution 10 septembre 2008. 448 pages. 7,80€.

Repost 0
22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 08:40

Le Bouquiniste est un insecticide : il enquête dans une secte...

Guillaume BECHARD : La nonne à tout faire...

Bouquiniste à mi-temps à Rennes, Erwan Guillerm ne manque pas d'occupations. Il vit des moments tranquilles en compagnie de son amie Véfa, une châtelaine qui s'occupe avec quelques bénévoles d'une association qu'ils ont créée à l'intention des jeunes bretonnants.

Un soir, alors qu'il allait fermer boutique, un de ses clients l'aborde car sa fille a disparu. Le professeur Jean Le Guevrec est dans tous ses états. Flora était entrée comme novice dans un couvent à Saint-Brieuc, mais ne supportant la discipline de fer de l'établissement, elle était revenue au foyer familial. Quelques temps plus tard, ayant entendu parler d'apparitions à Locmaria, dans le Finistère, la mère et la fille s'étaient rendues sur place. La mère était revenue seule et le père quoiqu'athée avait accepté le choix de sa fille d'intégrer cette congrégation en marge de la religion. Mais depuis deux semaines, Rosa n'a pas donné de ses nouvelles, aussi bien par courrier que par téléphone.

Muni de la photo de Flora, Erwan Guillerm décide de se rendre à Locmaria en compagnie de Véfa, pour qui ce sera une occasion de se divertir. Ils ne pensaient certes pas rencontrer autant de monde à cette cérémonie devenue une attraction touristique et lucrative, et le bouquiniste se procure malgré leur prix onéreux quelques fascicules. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir une femme déguisée, entourée de vestales habillées de bleu pâle s'adresser à la Vierge. Cinéma pense Véfa, quant au bouquiniste il est rapidement édifié en lisant la prose de la voyante. Un réquisitoire envers le Pape (Jean-Paul II à l'époque) considéré comme un suppôt des communistes tandis que les nouveaux prêtres sont présentés comme des pratiquants de la pédophilie et syndiqués à la CGT. Mais de Flora point. Quelques jours plus tard, le professeur agrégé, complètement désagrégé apporte une carte postale postée de la Roche-sur-Yon signée Flora. Ne vous inquiétez pas, je suis très heureuse, je vous embrasse tendrement. Et bien entendu, c'est l'effet contraire qui est ressenti par le père déboussolé. Quant à la mère elle est aussi est déboussolée, les neurones se bataillant dans un cerveau qui se fissure.

Il n'en faut pas plus à Erwan Guillerm pour demander de l'aide à son ami Arsène Le Bodiec, inspecteur de police à la retraite. Guillerm va enquêter du côté de Morlaix et ce qu'il apprend auprès de Rosa, la prêtresse aux acouphènes l'incite à se rendre à Paris. Véfa est étonnée d'apprendre que la présidente de cette congrégation est dirigée par sa propre cousine, de toute façon cela lui importe peu car entre les deux membres de cette famille c'est la guerre froide. A Paris Guillerm se renseigne auprès de son ancien patron, directeur d'un journal auquel il participait, puis d'un policier de la Mondaine, ancien nom de la Brigade des Mœurs. Flora se serait conduite comme une nouvelle Bécassine, à l'instar de ces nombreuses Bretonnes qui montaient à la capitale pour trouver du travail et étaient recrutées par des souteneurs indélicats profitant de leur naïveté. Pour son enquête, Guillerm fréquente, en tout bien tout honneur, un bar réputé pour la beauté et l'accueil de ses hôtesses et dans lequel Rosa la vierge aurait été employée.

Guillerm va effectuer de nombreux voyages entre Rennes, Morlaix et Paris, mais toujours point de Flora. Et le lecteur peut savourer en toute quiétude cette enquête qui s'éternise dans l'espace temps, non sans humour.

Une enquête classique avec comme héros un bouquiniste, c'est toujours sympathique à lire, d'autant que l'auteur s'attache plus à décrire les faits, les personnages, leurs caractéristiques, leurs points faibles, sans cette apologie de la violence ou du sexe que l'on retrouve trop souvent dans les romans modernes. Une écriture sobre et efficace pour une intrigue qui continue lorsque Flora est retrouvée. Mais dans quel état, je me garderai bien de le préciser.

Seul petit manque à mon avis et qui aurait apporté un plus, un regain d'intérêt, c'est le partage entre les chalands et le bouquiniste sur leurs préférences littéraires, comme on a pu lire certaines scènes dans la série des Pierre de Gondol par exemple. Un bouquiniste qui ne parle guère de livres, c'est dommageable.

 

Pour mémoire un roman dans lequel Pierre de Gondol enquête :

De Guillaume Béchard lire également :

Guillaume BECHARD : La nonne à tout faire... Editions Pascal Galodé. Parution le 19 juin 2014. 152 pages. 9,90€.

Repost 0
21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 14:27

Les coquillages et crustacés vides ne sont pas consignés...

Jean HENNEGÉ : Merci pour les fruits de mer.

Ivoire, défense de rire, plus communément appelé Ivy, est un écrivain indépendant, un pigiste, spécialisé dans la rédaction d’articles destinés à des suppléments hebdomadaires féminins d’un quotidien. Produits de beauté pseudo parapharmaceutiques et autres articles supposés rajeunir les femmes d’une quinzaine d’années en dix jours, des rubriques servant de support aux placards publicitaires qui le valent bien.

Ivy vit en solitaire, ou presque. Depuis trois ans un chat s’est imposé à lui, et comme l’auteur n’a guère d’imagination en dehors de la rédaction des textes pour lesquels il est appointé, il l’a appelé Il. Et Il passe la plupart de son temps sur les toits, allant et venant grâce à une ouverture de la salle de bain. Un matin, à peine éveillé, Ivy découvre avec stupeur un doigt dans son lavabo, un trophée qu’Il lui a apporté en gage de reconnaissance.

Au début Ivy est déboussolé, que faire de ce morceau d’os enrobé de muscles et de peau. Un beau doigt pourtant, bien propre, l’ongle net et bien taillé, celui d’un homme, déduction aisée à cause des poils qui parsèment une phalange. Ivy le place dans un pochon puis après moult réflexions décide de se rendre au commissariat le plus proche. Il est accueilli par le lieutenant de police Danielle Battaglini qui ne peut faire autrement que prendre sa déposition et le doigt orphelin. Alors évidemment Danielle, accompagnée de son adjoint, perquisitionne chez l’auteur, réquisitionnant son ordinateur, l’outil de travail, on ne sait jamais des fois que la main serait cachée à l’intérieur, et autres bricoles dont la carte sim du téléphone portable d’Ivy.

Seulement, Il ramène le lendemain le frère jumeau, ou presque, du doigt qu’Ivy s’empresse d’apporter à la policière. Le petit jeu initié par Il continue jusqu’à ce que les cinq doigts soient récupérés et que l’honneur d’Ivy soit sauf et que les soupçons qui pèsent sur lui soient dissipés. Fin du chapitre Complainte digitale.

Dans le chapitre suivant intitulé Bric-à-brac, nous retrouvons quelques mois plus tard Ivy et Danielle qui vivent ensemble, une fois chez l’un une fois chez l’autre, le chat devenu Boris les suivant dans leurs pérégrinations. Une jeune fille, une Anglaise, a disparu, probablement kidnappée, et l’auteur de ce rapt a laissé en évidence dans l’appartement un tiroir avec collé dessus un papier sur lequel est écrit : Où ? Quand ? Comment ? C’est là qu’Ivy va devoir démontrer ses talents d’observateur façon Sherlock Holmes en analysant le contenu du fourbi inhérent à tout tiroir servant de dépotoir. Et ainsi de suite durant cinq chapitres qui peuvent se lire indépendamment comme des nouvelles mais qui s’articuleraient l’une l’autre, reprenant des épisodes antérieurs.

Dans le quatrième chapitre au titre éponyme du roman, nous retrouvons Ivy en fin gourmet, en épicurien même, préparant avec amour un plat de coquillages et crustacés, qu’il va déguster en compagnie avec l’adjoint de Danielle chez celle-ci. Il va jusqu’à faire découvrir la cave que le père de celle-ci a constituée à son invité. Mais est-ce une bonne initiative ?

Le personnage créé par Jean Hennegé, qui narre à la première personne ses aventures ou mésaventures ne manque pas d’intérêt et est même franchement sympathique. Ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler un loser ou un être exceptionnel, non tout simplement quelqu’un d’ordinaire pétri de bon sens.

Il nous fait part de ses réflexions, sur tout et rien, il ratiocine, il digresse, ses pensées vagabondent tout comme les nôtres, lorsque nous passons d’un sujet à un autre sans parfois qu’il y ait un rapport pour retourner à l’idée originelle. De petits incidents parsèment son quotidien et il ne peut s’empêcher de vitupérer contre les utilisateurs de téléphone portable qui dégoisent dans la rue à un interlocuteur invisible leur intimité, gênant par là-même les passants honnêtes, et qui se demandent pourquoi ceux-ci les regardent comme s’ils étaient des bêtes fauves lâchées en liberté. Ce sont ceux qui enquiquinent le monde qui se sentent agressés. Mais ce n’est pas le seul exemple de bon sens glissé entre ces pages.

Jean HENNEGÉ : Merci pour les fruits de mer.

Bonus de l'éditeur : Jean Hennegé, bibliothécaire de formation, administrateur culturel d'une association, diabétique, titulaire d'un permis B. Il signe ici son premier polar. Il vit et travaille dans l'Aude, au cœur du pays cathare.

 

Jean HENNEGÉ : Merci pour les fruits de mer. Pascal Galodé éditeurs. Parution le 24 mars 2011. 186 pages. 18,00€.

Repost 0
20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 16:47

Une théorie héliocentrique...

Henri LOEVENBRUCK : Le syndrome Copernic.

A 08h08, un 8 août, trois bombes explosent, détruisant une des tours de la Grande Arche de la Défense.

Atteint de schizophrénie paranoïde aiguë, Vigo Ravel se rend à son rendez-vous habituel avec son psychiatre, le docteur Guillaume, dont le cabinet est situé au 44e étage. Au moment de monter dans l’ascenseur, des voix se manifestent dans sa tête. Il souffre d’hallucinations auditives verbales et ce qu’il entend l’incite à prendre ses jambes à son cou. Unique rescapé de la catastrophe, il s’enfuit et se cloître chez lui.

Ses parents sont absents, en vacances, et hébété il tente de comprendre, anéanti devant le téléviseur. Il ne retourne pas travailler à la société Feuerberg, un emploi que lui avait procuré son psychiatre. En réalité il se rend compte qu’il vivait en marge de ses parents, et qu’il est atteint d’amnésie depuis des années. Il a 36 ans et ne sait rien de sa jeunesse, de son adolescence.

Il décide de jeter ses médicaments et retourne sur les lieux du drame, il se heurte à un mur. Le cabinet Mater et le docteur Guillaume n’existent pas. La tour est la propriété d’une société, la SEAM, d’armement laquelle est chapeautée par une autre société complexe la Dermod. Des hommes le pourchassent et lorsqu’il rentre chez lui, tout est dévalisé. Il se réfugie dans un hôtel puis décide de consulter une psychologue afin de savoir s’il est réellement malade de schizophrénie. Il fait la connaissance d’une jeune femme Agnès, atteinte d’une déprime passagère. Il reçoit un message énigmatique d’un dénommé SpHiNx, lui déclarant que non seulement il ne s’appelle pas Vigo Ravel et qu’il n’est pas malade, mais de plus il doit trouver le Protocole 88.

Les événements s’enchaînent. Prévenu par SpHiNx, une sorte de hacker, il quitte précipitamment son hôtel et se réfugie chez Agnès. La jeune femme est flic, ce qui lui permet de se procurer des informations précieuses, et vit mal sa séparation conjugale. et l’appartement de la jeune femme est perquisitionné. La société Feuerberg n’existe plus, ses parents ne sont pas ses parents. Ravel se met alors à accomplir des actes qu’il ne pensait pas pouvoir réaliser, comme conduire une voiture, se défendre au corps à corps, courir comme un dératé.

Un individu nommé Gérard Reynald, soupçonné d’être l’auteur de l’attentat est arrêté et Ravel tente de contacter son avocat. Celui-ci accepte de le rencontrer mais au lieu de rendez-vous c’est une tierce personne qui l’accueille dans un nouveau piège auquel Vigo échappe. Agnès doit partir et Vigo se retrouve seul avec cependant une piste. Un lieu de résidence de Reynald à Nice.

 

Le syndrome Copernic flirte entre thriller, politique-fiction et fantastique tant l’atmosphère induite dans ce roman par Henri Loevenbruck place le lecteur dans un état de tension, de peur, d’angoisse, autant par les avatars subis par le héros que par les faits décrits.

On se prend à se demander où réside la part d’imagination de l’auteur, où la réalité peut dépasser la fiction, la précéder, peut-être empiéter sur des machinations déjà existantes mais ignorées car dissimulées par des secrets monstrueux. Et le propre d’un roman réussi c’est justement ce pouvoir faire croire au lecteur que ce qu’il lit s’est réellement passé, va se dérouler, que toute la machine patiemment élaborée est prête à broyer inexorablement.

Heureusement Henri Loevenbruck nous délivre un épilogue qui se révèle moral, et peut entretenir des espoirs dans l’esprit d’entreprise de Robin des Bois modernes contre les agissements d’illuminés. Mais c’est parfois lorsqu’il est trop tard que l’on s’aperçoit des déviances. Henri Loevenbruck avait placé la barre très haut, il a réussi son pari avec brio. On retrouvera aussi dans ce roman une des passions de l’auteur, juste en filigrane, le loup. Le héros en effet arbore le tatouage d’un loup et son surnom dans une vie antérieure était Luppo, le loup.

Henri LOEVENBRUCK : Le syndrome Copernic. Première édition Flammarion 2007. Réédition J’ai Lu 8550. Parution 18 janvier 2008. 512 pages. 8,00€.

Repost 0
20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 13:23

Sur les traces de Simenon...

Dominique DELAHAYE : L'année des fers chauds.

Franchement, Gabriel Lecouvreur, plus connu sous le surnom du Poulpe, traverse une période en dents de scie avec sa copine Cheryl, coiffeuse de son état. Elle est une fois de plus signalée aux abonnés absents, afin de parfaire son éducation capillaire.

Elle est à Liège sur l'invitation d'un vague cousin qui lui a indiqué l'adresse d'un confrère qui dispose d'un stock de produits rétro (certains journalistes surtout dans les magazines féminins préfèrent employer des anglicismes oubliant qu'il existe l'équivalent en français de vintage). Cela dure un peu trop longtemps pense le Poulpe qui se dit qu'il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin.

Gabriel reçoit une enveloppe contenant une carte postale ainsi qu'une coupure de journal, attention tout à fait honorable de la part de sa maîtresse. Et outre les mots doux de rigueur, elle lui signale qu'un meurtre a été perpétré dans la cité wallonne et qu'éventuellement cela pourrait l'intéresser, connaissant son faible pour la bière.

Christian Fischer, l'homicidé, était un gars tranquille, marié, père de deux enfants, travaillant dans la sidérurgie. Mais son emploi précaire, débouchant sur un licenciement possible, l'avait amené à trouver d'autres occupations. Il faut bien rembourser les traites de la maison, et son entreprise métallurgique, Arcelor Mittal pour ne pas la nommer, préfère engranger les subventions et mettre les ouvriers à la porte. Donc, il s'était associé avec Lounès, un copain qui lui travaille dans les travaux publics et possède une camionnette, et les deux hommes ramassaient les encombrants, vidaient les greniers, revendaient, du gagne-petit. C'est ce que lui apprend Cheryl lorsqu'ils dînent ensemble avant qu'elle reparte pour Paris.

Gabriel assiste à l'enterrement de Fischer, une mise en bière au cours de laquelle il lie connaissance avec le fameux Lounès, mais il remarque un personnage qui assiste de loin aux funérailles. L'homme ne se cache pas mais ne cherche pas non plus à se faire remarquer, malgré ses cheveux longs et son keffieh.

En compagnie de Julien, un jeune dont il a fait la connaissance dans le train, lui payant son billet afin de ne pas mettre le contrôleur en rogne; de Christelle qu'il a rencontrée dans la rue et avec qui il a sympathisé parce qu'elle promenait son chien Buck, référence à Jack London, en toute décontraction étant spécialiste en art martial, ce qui refroidit les ardeurs des dragueurs; et après avoir rendu visite à la veuve de Fisher, notre Poulpe entame son enquête. Seul problème Lounès est devenu invisible. Une disparition inexplicable.

Les questions concernant le meurtrier fusent dans le crâne du Poulpe malgré les différentes bières qu'il ingurgite. Soit c'est son engagement syndical, cette fibre familiale que l'avait conduit à travailler dans les hauts fourneaux, comme son père et son grand-père auparavant, soit ce sont des brocanteurs qui n'appréciaient pas cette concurrence déloyale. Ou d'autres raisons qu'il lui faut découvrir. Muni d'une liste qu'avait établie Fischer, qui n'allait pas à la pêche pour rien, Lecouvreur sillonne Liège et surtout ses environs non sans se faire repérer.

Dans ce roman, sur lequel plane l'ombre de Simenon, le titre en lui-même est déjà une référence, Dominique Delahaye ne se contente pas de raconter une histoire belge. Simenon est toujours présent, ne serait-ce que par les romans évoqués, par les lieux dont la célèbre église de Saint-Pholien et surtout de son pendu, quelques anecdotes ou les bières enfilées avec plaisir. Le Poulpe parcourt la région avec en tête le Charretier de la Providence. De même l'eau est omniprésente, la pluie, la Meuse, les bateaux, un thème cher à Dominique Delahaye.

Mais les événements politiques et sociaux prennent une grande place dans ce récit. Par exemple la dialectique employée par des tribuns engagés dans des groupuscules dont la fonction première est la déstabilisation de l'opinion publique et des revendications ouvrières.

Cette semaine, on met le paquet sur les syndicats. L'idée, c'est de montrer aux jeunes que les syndicats sont surtout des officines politiques et qu'avec leurs revendications complètement irréalistes, ils contribuent à décourager la création d'entreprises et donc d'emploi en Belgique. Finalement, ce qu'il faut faire comprendre c'est leur responsabilité directe dans le développement du chômage. Il faut prendre l'exemple de la Grèce et montrer où mène cette dictature des syndicats !

Comme quoi un épisode du Poulpe n'est jamais futile et peut faire réfléchir, si l'on lit entre les lignes !

Dominique DELAHAYE : L'année des fers chauds. Le Poulpe N° 285. Editions Baleine. Parution Avril 2014. 184 pages. 9,50€.

Repost 0
18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 14:18

La malbouffe américaine n'est réservée qu'aux touristes étrangers, ou presque...

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route !

Cet ouvrage est né en partie à cause d'une constatation de l'auteur alors qu'elle est attablée dans un restaurant de la route 66 à Flagstaff dans le nord de l'Arizona.

Un car de touristes français sillonnant la région se gare sur le parking et alors qu'au menu sont affichés des plats traditionnels et familiaux hérités d'une culture mexicaine et navajo, c'est plat unique réservé par le voyagiste pour tous ces affamés : hamburger frites. Et tous de s'extasier sur ce plat typique américain. Malheureusement ces dévoreurs d'un sandwich né en Allemagne, d'où le nom de Hamburger provenant de la ville de Hambourg, sont passés à côté d'une véritable gastronomie telle que l'auteur a pu la déguster au cours de son périple et qu'elle nous offre dans ce livre.

Mais il ne faut pas croire que Nausica Zaballos ne s'intéresse qu'à la cuisine locale, ce serait réducteur (même si la propension à prendre du poids est manifeste vu la richesse des recettes) elle nous propose de partager son excursion loin des chemins battus et de découvrir les états de l'ouest états-uniens. Une promenade touristique certes, mais également ethnologique, géographique, géopolitique, historique, artistique, culturelle, fourmillant d'anecdotes savoureuses, intéressantes, instructives, didactiques, enrichissantes, le tout illustré par des photos signées de l'auteur.

Ainsi dans le chapitre 4 consacré au Nevada pluriethnique, un petit encart nous donne la signification du mot Bonanza et immédiatement l'on pense à la célèbre série télévisée éponyme dans laquelle Michael Landon jouait le rôle d'un des trois fils. Une série qui fut un véritable filon, diffusée durant quatorze saisons sur la chaine NBC, et dont le titre se trouvait alors justifié, Bonanza étant une expression utilisée par les mineurs pour désigner une veine riche en minerai.

Le départ s'effectue de Las Vegas, la capitale du jeu, mais sous les ors de la cité que se cache-t-il vraiment ? Nausica Zaballos nous narre l'expansion historique de cette cité qui vit du tourisme, des mines d'argent ainsi que de l'industrie de l'armement militaire, trois industries qui ont marqué le Nevada et ses alentours. Les propriétaires de casinos perpètrent une petite guerre pacifique (?) en faisant preuve de créativité et en proposant aux chalands toujours plus d'activités ludiques et gustatives. Dans ce chapitre, tout comme dans la totalité du livre, de nombreux encadrés complètent et diversifient le texte principal. Ainsi un articulet est consacré aux précurseurs de la magie, ceux qui ont inspiré David Copperfield, cet illusionniste aux shows démesurés. Un autre décrit le chuck-wagon, moyen de transport fort utile dans la Prairie et qui servait à l'intendance. Enfin, référence est faite à Billy The Kid, lequel fit beaucoup pour la renommée de Las Vegas, petite ville du Nouveau-Mexique (A ce propos : lecture conseillée du roman de Laurent Whale : Goodbye Billy). Et pour ne pas rester sur sa faim le lecteur pourra déguster quelques recettes fournies par l'auteur : Crevettes en chemise, Foie de veau au bacon, Boulettes de bœuf à la sauce tomate maison, Travers de porc à la sauce Bourbon. Nous sommes loin des hamburgers qui sont aux Etats-Unis ce que la Pizza est à l'Italie, c'est-à-dire réducteurs de la représentation de la gastronomie locale.

Si Las Vegas est la capitale des mariages éclairs, il fallait bien une contrepartie. Non loin de là se trouve Reno, la capitale des divorces éclairs. Ou presque, puisqu'il faut toutefois répondre à l'obligation de justifier une résidence dans cette cité depuis au moins six mois. Le temps peut-être pour réfléchir aux conséquences. Surtout pour les épouses de magnats, lasses de cohabiter avec un mari volage mais qui ne pourraient plus bénéficier de ses largesses financières. Et Nausica Zaballos nous invite à confectionner le Gâteau blanc qui a été servi au mariage de Lisa-Marie Beaulieu et d'Elvis Presley et à le déguster tout en côtoyant les couples célèbres qui se sont unis à Las Vegas.

Le chapitre suivant est intitulé Mafieux mythiques et casinos fantômes. Et justement on y retrouve le fantôme de Frank Sinatra, figure, et voix, incontournable de Las Vegas. Mais il n'est pas le seul à avoir imprégné de sa présence la cité des mariages.

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route !

Enfourchons maintenant un fougueux étalon qui va nous emmener dans le Nevada pluriethnique, à la découverte de Atomic désert qui est situé à quelques kilomètres de Las Vegas, ou encore au barrage Hoover, sur la route 66, jusqu'à Flagstaff puis continuons en empruntant la 89 qui mène jusqu'au parc de Yellowstone, célèbre pour ses fumerolles et ses geysers. (Profitons-en pour lire Piègés dans le Yellowstone et Au bout de la route l'enfer de C.J. Box). Mais la promenade n'est pas terminée, loin s'en faut et comme il faut bien se restaurer, dégustons des beignets d'oignons, un gâteau de viande au cheddar et, pourquoi pas, des galettes au maïs bleu.

Nos héros mythiques, ceux qui ont bercés notre jeunesse, lorsqu'on lisait des bandes dessinées petits formats, souvent des westerns, et qui avaient pour noms Buck Jones, Hopalong Cassidy ou encore Kit Carson n'ont pas toujours vécus la vie aventureuse et pleine de panache qui les auréolaient. Si Hopalong Cassidy était un héros de fiction, Kit Carson lui a réellement existé, tout comme Davy Crockett, et les Indiens Navajo en gardent un mauvais souvenir, puisqu'il fut à l'origine de leur internement à Fort Sumner.

Ce voyage n'est pas terminé, loin de là, mais vous n'avez plus besoin de moi pour vous tenir la main et vous servir de guide. Le livre de Nausica Zaballos vous tend ses pages et vous pourrez découvrir Buffalo Bill, John Wayne, pionnières et filles de joie, les femmes dans l'Ouest américain et bien d'autres choses encore. Je vous invite à vous le procurer, soit parce que vous avez envie de vous rendre à Las Vegas, pour des raisons qui ne me regardent pas, et ses environs, soit tout simplement pour voyager par procuration. De nombreuses illustrations enrichissent l'ouvrage, des clichés pris par l'auteur tout au long de son périple qui la mène de Las Vegas jusqu'à Monument Valley.

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route !

De Nausica Zaballos découvrez également Crimes et procès sensationnels à Los Angeles.

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route ! Le Square éditeur. Collection Parole publique. Préface d'Yvonne de Sike. Parution le 6 octobre 2014. 160 pages. 15,00€

Repost 0
17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 10:51

Le psy analyse les bas-fonds.

Pierre MAGNE : A Freud ! Sales et Méchant.

La Seconde Guerre Mondiale, tout comme la guerre d’Algérie, est pour les Français un sujet inépuisable et parfois tabou.

Il ne faut pas déterrer les cadavres qui égratignent encore les cœurs et les esprits, le feu qui couve sous la cendre ne demandant souvent qu’à s’embraser. Pourtant comme une dent qui agace, on ne peut que chatouiller la mémoire et l’exacerber.

D’ailleurs de récents incidents sur Internet le prouvent, la vente d’objets nazis ou la prolifération de livres négationnistes interdits à la vente publique et qui sont proposés sur le Web. Ce n’est pas forcément déflorer le sujet du roman de Pierre Magne A Freud ! Sales et méchants.

Gabriel noie sa tristesse d’une dispute avec Chéryl dans un bar du 17eme arrondissement. Un bar dans lequel officie un serveur, Marcel, objet des railleries de clients matinaux, des déménageurs dont les bras sont ornés de tatouages marins. Comme dit Gérard, le patron du Pied de porc à la Sainte Scolasse, “ Toi, la merde, tu la renifles toujours où y’en a pas ” et d’ajouter “  en plus tu la trouves ”.

C’est comme ça que bêtement, Gabriel se trouve embringué dans une histoire de déménageurs soi-disant suicidés, puis franchement assassinés, de jeune fille qui lui fait du rentre dedans et auquel il répond présent, de naufrage de cargo remontant à 1982 et autres vilenies.

C’est comme soulever le coin du tapis et découvrir toute la poussière accumulées depuis des années par une femme de ménage peu consciencieuse ou pressée de cacher les balayures. Sauf que, une fois de plus, les détritus s’accompagnent de morts d’hommes.

Le Poulpe possède toujours son aura, malgré près de cent cinquante aventures qui lui tombent sur les épaules souvent au risque de sa vie. Ecrites par des romanciers confirmés ou en devenir. Et parfois à l’instar de ce roman comme un placage, comme une histoire déjà écrite et réactualisée avec le Poulpe pour personnage principal afin d’être éditée. Non pas que la trame ou l’écriture soient insignifiantes, ou décalées, au contraire, mais avec cette impression de réajustement, d’insertion, de placage de personnage à la place d’un autre.

Un bon Poulpe qui se laisse déguster avec plaisir et qui s’inscrit dans la bonne moyenne.

 

Pierre MAGNE : A Freud ! Sales et Méchant. Le Poulpe N° 205. Editions Baleine. Parution novembre 2000. 154 pages. 8,00€.

Repost 0
16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 15:34

Qui aurait pu penser que la dipsomanie d'un chef mafieux russe allait conduire à l'enlèvement de cinq gamins ?

Jacques-Olivier BOSCO : Quand les anges tombent.

Dans l'avion qui vole vers Paris, un passager pris de boisson et furieux parce que sa petite amie lui a signifié qu'elle allait le quitter aussitôt arrivés, s'engouffre dans la cabine de pilotage. S'ensuit une bagarre au cours de laquelle pilote et copilote sont mortellement blessés et les commandes de l'appareil bousculées. L'avion livré à lui-même s'écrase.

Dans la prison d'Eiffenseim, Vigo Vasquez dit le Noir, ronge son frein dans une cellule en quartier d'isolement après avoir séjourné dans le quartier disciplinaire. Soudain un bruit de réacteur transperce la nuit, l'espace et les murs.

Trois mois plus tard, cinq enfants sont enlevés dans la même journée. Il s'agit d'Enzo, douze ans, le fils d'Elvio Vittali un cheminot alcoolique, de Camille, huit ans, la fille du juge Tranchant, de Salomé douze ans aussi, la fille de Nathalie Ruiz et de son ancien compagnon Mateo Rizzi, un truand, d'Elisabeth dite Choupette, quatre ans, la fille du commandant Lauterbach, et de Maxime, dix ans, le fils du préfet Rollin, ancien directeur de la Police Judiciaire et actuellement directeur de cabinet du Préfet de Police.

Tous les cinq se retrouvent enfermés dans la même pièce, logés à la même enseigne, et les caractères des uns et des autres se montrent sous leur vrai jour. Particulièrement Maxime, digne fils de son père, qui se montre arrogant, égoïste, ne pensant qu'à sa petite personne.

Les cinq parents, Rollin, Lauterbach, Tranchant, Nathalie Ruiz et Vittali reçoivent chacun un message du ravisseur. Ils se retrouvent tous dans le bureau de Rollin qui lui a été le destinataire d'un DVD. Le juge Rollin est un personnage peu abordable et agréable à fréquenter. Le dru Rollin est un homme infatué et il n'accepte aucune ouverture de la part des autres parents à vouloir s'immiscer dans l'enquête. Ce qui ne les empêchera pas de chercher chacun de leur côté et de faire leur mea culpa. Il a gravi les échelons en piétinant les autres, et il continue à se conduire ainsi, pensant déjà à un futur poste ministériel. Il a eu sous ses ordres le commandant Lauterbach, qui a des problèmes de cachet, mais ce ne sont pas ses émoluments qui sont en cause. Un accident familial qui l'a fortement perturbé quatre ans auparavant.

Sur le DVD le ravisseur s'adresse à tous et ils ne sont pas peu surpris d'être confrontés à Vigo le Noir. Il a réussi à s'échapper trois mois auparavant de la centrale lors du crash de l'avion, dans des circonstances rocambolesques. Il avait été jugé pour des meurtres d'enfants dans des piscines trois ans auparavant mais il a toujours nié les faits. Or Rollin and Co ont tous participé à des degrés divers à son inculpation. Ce n'est pas tant d'avoir été accusé et envoyé en tôle que Vigo leur reproche, mais que l'enquête ait été manipulée, truquée et que le résultat leur a été profitable.

Ils doivent avouer leur forfaiture et faire amende honorable sinon... La vie des gamins est en jeu. Ils ont deux jours pour réfléchir.

Seulement Rollin, Lauterbech, Nathalie Ruiz et son ancien compagnon Matéo Rizzi le truand, et Vittali, tous sont bien décidés à combattre, chacun de leur côté ou parfois en s'alliant, malgré l'interdiction de Rollin qui veut gérer seul la situation. Et pendant ce temps, les cinq gamins regroupés dans la même pièce, cogitent. Si Maxime se montre insupportable, que Camille s'occupe de Choupette, Enzo et Salomé échafaudent un plan devant leur permettre de s'évader.

 

Au début le lecteur se prend une gifle bientôt suivie d'une grande claque violemment assénée, afin de lui remettre les idées en place. Et comme cela ne suffit pas, un grand bac d'eau froide lui est balancé en travers de la gueule. Mais c'est mal connaître la résistance du lecteur qui en redemande et une grosse vague se profile à l'horizon, une déferlante qui nettoie tout sur son passage annonciatrice d'un mascaret bousculant les protagonistes de ce roman et le lecteur. Enfin un maelstrom entraîne tout ce petit monde dans un gouffre dont ils auront du mal à s'extirper.

 

Cette intrigue en appelle d'autres, ou plutôt se greffent le passé, les explications, les motivations, les déficiences, les mensonges, les mystifications, les magouilles dont tous les protagonistes sont coupables et tout s'enchaine inexorablement dans des éclaircissements qui montrent leurs caractères et leurs faiblesses. Personne n'est épargné et parfois l'auteur se complait dans un certain misérabilisme digne des romans feuilletons du XIXe siècle. De même l'emploi de certains clichés nous ramènent au temps des truands à la José Giovanni ou à Auguste Le Breton, dont le nom est cité dans ce roman. Par exemple la mère de famille délaissée qui s'amourache d'un truand. Et dernier petit coup de griffe, quand on aime bien on châtie bien parait-il, je voudrais signaler toutefois qu'à Deauville, ce n'est pas l'Atlantique qui vient lécher les côtes mais la mer de la Manche.

 

Il est amusant de noter que comme souvent en avertissement il est précisé que toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existés serait purement fortuite, un personnage, un ancien flic à la retraite qui va être amené à conduire sa propre enquête se nomme René Burma... et d'autres protagonistes, possédant la fonction de juge sont à peine évoqués, les dossiers passant de mains en main. Ce ne sont pas des personnages de fiction mais bien des individus dont les patronymes ne sont pas inconnus des écumeurs de blogs : à savoir Lenocher, Joël Jégouzo, Laherrère, ou encore un certain Maugendre. D'autres clins d'œil sont également adressés, dont à un dénommé Villard qui fait une apparition furtive. Mais je me demande si le nom du commandant Lauterbach est un hommage à la femme de Patrick Raynal, je veux dire Arlette Lauterbach, traductrice de l'italien et coauteur avec son époux du Livre de cuisine de la Série Noire et du Livre des alcools de la Série Noire. On ne peut rêver meilleure compagnie.

 

Jacques-Olivier BOSCO : Quand les anges tombent. Collection Polar Jigal; éditions Jigal. Parution le 15 septembre 2014. 328 pages. 19,00€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables