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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 03:56

Si je t’oublie pendant le jour
Je passe mes nuits à te maudire…

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé.

Allongé sur le divan violine du docteur Cardec, psychanalyste, l’entrepreneur Marcel Sorbier annonce sans emphase : Je deviens fou… Puis il ajoute : J’ai peur de cette femme… parce qu’elle n’existe pas !

Son père avait créé l’entreprise familiale de transports, et âgé de vingt-cinq ans, il avait été envoyé à Singapour chez des amis qui tenaient un comptoir commercial afin d’y parfaire ses connaissances. C’est là-bas que Marcel Sorbier a fait la connaissance de Lotusia, une Malaisienne sensuelle qui lui avait fait goûter une drogue dite Colora, un mélange d’alcaloïde de pavot, de chanvre, d’autres composants végétaux et même d’animaux. Selon une légende y serait incorporé du sang humain. La drogue des Dieux.

C’était il y a vingt ans, et depuis, Marcel Sorbier avait succédé à son père, s’était marié avec Florence et eut un fils, Alain, âgé d’un peu plus de dix-sept ans maintenant. Mais depuis quelques mois, non seulement il a une maîtresse, Norma, la reine du strip-tease, mais s’est à nouveau plongé dans le vice de la drogue, s’approvisionnant chez une négociante clandestine, madame Raâmbo. Et depuis il est assailli par des rêves érotiques qui se transforment en cauchemars prémonitoires délivrés par son ancienne amante la trop belle Lotusia.

C’est ainsi, cela s’est confirmé par la suite, que sa femme va tomber malade sans préciser que ce serait d’anémie, puis que son comptable, responsable d’écritures frauduleuses, s’est suicidé, ou encore d’un début d’incendie dans l’un de ses garages. Et Norma, sa maîtresse, serait-elle en danger elle aussi ?

Un soir, comme souvent, il prétexte un conseil d’administration pour se rendre au Tip et Top, un cabaret dans lequel se produit Norma. Au bar il aperçoit Mario Sonatelli, un gigolo qui est également le protecteur de Norma. Après la prestation, très appréciée des consommateurs, de Norma, il la rejoint dans sa loge. Le beau Mario est déjà présent. Sorbier est mal à l’aise, pourtant ils se comportent en amants. Ils s’embrassent et batifolent sur le divan tandis que Sorbier joue les voyeurs. Ce n’est pas la première fois qu’il assiste à ce genre d’ébats mais ce soir-là, il est en colère. Alors il se rend chez la mère Raâmbo, qui ressemble à un magot au visage grêlé par la vérole, et s’enfume de sa drogue préférée. Il rentre chez lui au milieu de la nuit et le lendemain il apprend que Norma a été égorgée dans sa loge.

L’inspecteur Farnèse est chargé de l’enquête et rapidement les soupçons se portent sur le beau Mario, qui nie toute implication dans ce meurtre. Sorbier se rend en famille dans sa propriété à Cerisiers et de s’astreindre à une cure. Seulement de nouveaux rêves l’assaillent. Il est persuadé que son fils Alain est en danger, tandis que celui-ci, alarmé par l’humeur négative, anxieuse, de son père, décide d’enquêter afin de découvrir ce qui provoque l’angoisse paternelle.

 

Cauchemar parfumé est plus un roman psychologique, qu’un roman érotique, malgré l’avertissement de la quatrième de couverture qui précise que ce livre est réservé aux adultes.

Quelques scènes supposées érotiques sont seulement esquissées et la séance de strip-tease vaut son pesant de ballons. En effet Norma arrive sur scène couverte de ballons et les spectateurs ne distinguent aucune partie de son corps. Charge à eux de dévoiler son anatomie en crevant les ballons à l’aide du bout incandescent de leurs cigarettes ou cigares.

L’engrenage infernal dans lequel est happé Marcel Sorbier est finement disséqué par Maurice Limat, qui s’attarde peut-être parfois un peu trop sur les pensées, réflexions, angoisses, de son personnage, à mettre en parallèle avec la sérénité et le désir de compréhension de son psychanalyste. Cette obsession soudaine qui se réveille alors que son voyage à Singapour date de vingt ans, obsession qui prend des formes accrues par l’inhalation de la fumée toxique, vénéneuse et parfumée provenant de la lente combustion de cette pâte qui fait penser à l’opium mais est un mélange encore plus nocif.

Et Marcel Sorbier navigue dans le doute. Et si c’était lui qui avait assassiné Norma ? Il ne se souvient de rien, incapable de dire ce qu’il s’est passé, ce qu’il a fait, entre sa sortie de chez Raâmba et son retour chez lui. Un laps de temps évanoui dans sa mémoire, et cela le tenaille, le ronge.

 

Edité une première fois en 1955, réédité chez le même éditeur en 1968, Cauchemar parfumé aurait très bien pu être intégré dans la collection Angoisse du Fleuve Noir tant la montée de l’angoisse, justement, est prégnante. Seulement il n’y pas une once de fantastique dans cette histoire, dans laquelle un homme se démène entre souvenirs et machiavélisme. Quant à l’inspecteur Farnèse, qui mène l’enquête, il apparait dans certains romans policiers publiés notamment en fascicule chez Ferenczi.

Un Maurice Limat qui nous démontre que les romans de cet auteur, adulé par certains, décrié par d’autres, tiennent la route et de nos jours ils n’ont pas perdu leur force et leur intérêt. Une intrigue presque intemporelle qui pourrait aujourd’hui, voire demain, être publiée quasiment telle quelle sans de véritables changements.

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé. Collection Parme 2e série. N°21. Editions de l’Arabesque. Parution 3e trimestre 1968. 224 pages.

Première édition : Nouvelle collection Eclectique N° 2. Editions de l’Arabesque. Parution 1955.

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 03:14

Ce n’est pas comme ça qu’on parle aux dames !

Max-André DAZERGUES : Vous serez nue mercredi soir.

Elégant, Max Dormoise l’est certes, mais désargenté car s’il travaille, honnêtement, c’est en dilettante. Il passe souvent son temps entre sa maîtresse officielle, Elyane, et son occupation favorite, déguster des verres dans le bar Chez Germaine, proche des Champs-Elysées. Et ce soir là, alors que les patrons sont absents pour des raisons diverses, et qu’il lutine la serveuse Armande, une jolie rousse entre dans le café désert, alors que l’heure de la fermeture approche.

La jeune femme qui se prénomme Maritza et est Roumaine d’origine demande à Dormoise de lui rendre un petit service. Téléphoner à un numéro qu’elle lui fournit, et dont il se souviendra malgré les brumes éthyliques qui commencent à lui encombrer le cerveau. C’est un homme qui lui répond, à la voix rogue, et Dormoise prétend s’être trompé de numéro. C’était juste une confirmation de la présence de cet individu que désirait Maritza. Puis la jeune femme raccompagne Max Dormoise jusque chez lui, à l’entrée d’un hôtel proche du quartier Saint-Lazare, lui affirmant qu’elle aurait peut-être besoin encore de lui.

Un peu plus tard, alors Maritza est en aimable compagnie avec son amie Mireille, dans sa petite maison à Neuilly, Cyril Gazan refait surface alors qu’elle l’évite, ou essaie de l’éviter. Gazan trafique dans des affaires louches, et elle n’a pas envie de le revoir. Pourtant il se rend chez elle, et il lui annonce qu’il va revenir avec un personnage qui se cache sous le nom du Colonel et qu’il a besoin d’elle pour ses affaires. En la quittant il lui affirme qu’elle sera nue, mercredi soir.

Maritza n’a pas du tout envie de revoir Cyril Gazan, dit le Levantin, mais elle ne peut se dérober, aussi elle demande à Max Dormoise de se présenter chez elle le jour dit. Seulement l’entrevue ne se déroule pas comme elle l’espérait. Cyril Gazan commence à la bousculer, la brutaliser sous les yeux du Colonel et de Max Dormoise. Pis, les deux hommes au lieu de venir à la rescousse de la jeune femme aident le Levantin dans son entreprise de déshabillage. Max Dormoise est envoûté par la beauté de la jeune femme, il est subjugué et est quelques peu statufié, se montrant lâche.

Cyril Gazan n’avait qu’un but pour opérer ainsi sur une femme sans défense. Non point la violer, mais montrer au Colonel que Maritza porte un tatouage, un Edelweiss rouge. Max Dormoise se trouve entraîné malgré lui, poussé par le besoin d’argent, dans une sombre affaire émaillée de quelques scènes pseudo-érotiques, dont les échanges entre Maritza et son amie Mireille, ou l’aspect voyeuriste dont se délecte la grasse copine de Cyril Gazan, mais de façon édulcorée.

 

Roman policier et roman d’espionnage, Vous serez nue mercredi soir est également un livre coquin, réservé, selon la quatrième de couverture de l’époque aux adultes, malgré cette réédition de la fin des années 1960. Comparé à ce qui fut publié à peu près à la même époque, ce roman est une bluette. En effet Emmanuelle, le fameux ouvrage édité sous le nom d’Emmanuelle Arsan fut publié en 1967 également mais qui l’avait déjà été, clandestinement, par Eric Losfeld en 1959 et 1960.

Il n’y a rien de franchement érotique dans Vous serez nue mercredi soir, juste quelques allusions. Et peut-être sont-ce les amours saphiques entre Maritza et Mireille qui auraient pu éventuellement choquer la censure lors de sa première parution en 1955, mais pas de quoi casser trois pattes à un canard ou tâcher un pantalon masculin. D’autant qu’en 1954, Histoire d’Ô signé Pauline Réage, de son vrai nom Dominique Aury, abordait de façon plus crue les liaisons charnelles d’une jeune femme avec divers partenaires dans des pratiques sadomasochistes. Pour une première lecture, car la pensée de l’auteur en est beaucoup plus profonde. Et ce roman obtint en 1955 le Prix des Deux-Magots, ce qui lui conféra une audience certaine tout en étant vendu discrètement.

Vous serez nue mercredi soir, un roman quelque peu banal dans son propos érotisant mais qui retient le lecteur grâce aux personnages, plus ou moins sympathiques et le plus souvent antipathiques d’ailleurs, mis en scène par Max-André Dazergues. D’ailleurs on relèvera une certaine similitude en le patronyme du personnage principal et celui de l’auteur. C’est le fond de l’intrigue qui est à retenir, et qui explique le pourquoi de ce tatouage et de son appellation d’Edelweiss rouge.

 

On fait ce que l’on veut d’un homme en lui laissant espérer qu’il peut vous avoir un jour dans son lit !... Et l’on n’est pas toujours obligée de tenir parole, n’est-ce pas ?

Max-André DAZERGUES : Vous serez nue mercredi soir. Collection Parme 2e série N°6. Editions de l’Arabesque. Parution 4e trimestre 1967. 256 pages.

Première édition : Collection Légère N°6. Editions de l’Arabesque. Parution février 1955.

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 04:00

Vous mendierez des nouvelles…

Anaïs NIN : Vénus Erotica

A la demande d’un collectionneur, Henry Miller fut sollicité pour écrire des nouvelles érotiques. Cent dollars par mois, un dollar la page. Mais écrire sur commande déplaisait à Henry Miller, le frustrait. Ceci se déroulait en avril 1940.

En décembre de la même année, Henry Miller rencontre à nouveau le collectionneur. Il s’est attelé à la tâche, il faut bien vivre, mais il doit partir en voyage et il demande à son amie Anaïs Nin d’assurer l’intérim. Un remplacement qui n’est pas évident mais qu’elle assume.

Seulement, ce personnage friand de textes érotiques, et qui se dit comme le fournisseur d’un mystérieux client, demande à ce que les écrits soient expurgés de poésie. Du sexe, que du sexe, encore du sexe !

Laissez tomber la poésie et les descriptions autres que celles du sexe. Concentrez-vous sur le sexe.

Une exigence qu’Anaïs Nin accepte et elle passe des jours à la bibliothèque afin d’étudier le Kâma-Sûtra et écoute les aventures les plus extravagantes de ses amis littérateurs ou autres.

Ainsi naissent ces nouvelles empreintes d’exotisme et d’inventivité. Elle se rend compte que peu de femmes avant elle ont abordé la littérature érotique. Et que ce domaine était réservé aux hommes. Ce qui la gênait, c’était la relation écrite par des hommes des émois ressentis par une femme. Et je la comprends car il est difficile de se mettre dans la peau d’une personne du sexe opposé autrement que charnellement.

Et comme ses amis ont besoin d’argent, elle continue pour un dollar la page à rédiger des aventures amoureuses, pour le plus grand plaisir du collectionneur et de son ami. Du moins c’est ce qu’il affirme.

Cette période est décrite par Anaïs Nin dans son journal, tome 3 pour une période allant de 1939 à 1944. En septembre 1976, elle rédige un post-scriptum servant d’introduction, en plus des pages extraites de son fameux Journal tome 3, trois mois avant son décès en janvier 1977.

 

Cet ouvrage recueille donc quinze textes érotiques écrits par Anaïs Nin. Femmes du monde ou prostituées, danseuses ou oies bleues parsèment ces nouvelles auprès d’homme attirés par le sexe. Mais pas que.

En les lisant, je les ai trouvés fades, érotiques certes mais souvent fades, du moins dans la première partie, car depuis la période où ils ont été rédigés, voire l’année de leur publication bien des pages plus explicites ont été écrites et publiées. L’on trouve des scènes dites osées, charnelles, érotiques, gauloises, sensuelles, libertines, charmantes, parfois cliniques sur les rapports entre hommes et femmes, entre femmes et femmes ou à trois, à un ou plusieurs membres de cette confrérie de la jouissance, sans oublier quelques classiques, les exhibitionnistes, un (ou une ?) hermaphrodite, l’amie de la mère. Mais elles n’atteignent pas la puissance d’évocation de certains textes licencieux.

Toutefois l’on ne peut s’empêcher de sourire à la lecture de quelques-unes de ces nouvelles, comme L’Anneau, dans laquelle un homme enfile un anneau dit de mariage sur son pénis. Malheureusement, il n’avait pas anticipé certains développements.

Si l’on exclue les romans ou nouvelles écrites par des hommes, on peut toutefois signaler quelques perles dont Le roman de Violette de la comtesse Manoury d’Ectot publié en 1882, des romans signés sous pseudonymes par Renée Dunan, Pauline Réage et son fameux Histoire d’O et sa suite Retour à Roissy, longtemps considéré comme une œuvre de Jean Paulhan mais qui fut écrit par Dominique Aury pseudonyme de Anne-Cécile Desclos, Maud Sacquard de Belleroche et son roman L’Ordinatrice, et quelques autres.

Donc la voix était ouverte, mais Anaïs Nin ignorait peut-être le nom de ces prédécesseurs féminins dont les ouvrages sont souvent nettement plus explicites dans les descriptions, au moment où elle écrivit ce post-scriptum. J’élimine Emmanuelle Arsan puisqu’il ne s’agissait que d’un prête-nom, Emmanuelle ayant été écrit par son mari ou tout au moins à quatre mains.

 

Mais il fallait du courage pour oser écrire à cette époque de telles pages, une femme ne devait-elle pas se consacrer à son mari, et rester au foyer ? Anaïs Nin était une femme libérée et, inconsciemment peut-être elle a permis à des générations de jeunes filles et femmes de prendre connaissance de leur condition d’égale à l’homme et de jouir de leur corps, ne pas rester passive, voire d’anticiper.

Anaïs NIN : Vénus Erotica (Delta of Venus Erotica – 1969. Traduction de Béatrice Commengé). Editions Stock. Parution Avril 1978. 310 pages.

ISBN : 2234008476

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 04:22

Affaire conclue ?

SAINT ROCH : Couronne à vendre.

Journaliste et photographe de profession, Léon Kaltenbach, en reportage au duché de Montferrat, assiste à l'accident de voiture qui coûte la vie à la duchesse Kathryn Perrucat. Un accident qui en réalité est un meurtre.

Il récupère une serviette bourrée de documents prouvant que Luciano Annichini, le conseiller du Duc, n'est autre qu'un parrain de la Mafia. Il compose un article relatant ce qu'il a vu mais il est cambriolé. Les disquettes narrant son aventure ont disparu de même que les documents.

Son patron lui annonce que les photos sont voilées, sauf celles montrant Sophie, la fille cadette du duc, les seins nus et un autre reportage sur la princesse Justine de Falkenburg. Il est pris à partie dans la rue et ses agresseurs lui intiment l'ordre d'oublier tout ce qu'il a vu.

Ricardo di Marco, le mari d'Aurélia, autre fille du duc, et lui aussi apparenté à la Mafia, est bourré de remords. Il demande à Justine de Falkenburg de retrouver le journaliste lequel rumine sa vengeance. Justine trouve porte close. Léon a déménagé mais il est prévenu par une amie que la princesse le recherche. Léon drague la belle Sophie, nymphomane, et celle-ci non seulement le convie dans son lit mais s'amourache de lui au point de vouloir l'épouser. Ce qui ne plaît pas du tout à Annichini.

Le mafioso lance sur les traces des deux amants ses deux séides à l'origine de l'attentat contre Kathryn Perrucat. Mais Léon Kaltenbach se débarrasse d'eux lors d'une virée sur les bords de Marne et met la princesse à l'abri. Il projette de se rendre dans le duché de Montferrat en compagnie de Sophie et dans le train qui les emmène déjoue à nouveau un piège tendu par Annichini.

Le duc tente de convaincre la jeune fille que la mort de sa femme est due au journaliste, seulement Sophie ne peut rompre sa relation avec son amant : elle est enceinte.

 

On ne peut s'empêcher à la lecture de ce roman de plaquer des visages et des noms connus aux protagonistes qui parcourent ce roman ou d'établir des rapprochements avec certains faits réels qui se sont déroulés dans les années 80.

Il est simplement dommage que les parties chaudes (sic), pour ne pas dire torrides, de ce roman entachent l'intrigue. Les scènes de copulation gonflent inutilement le récit qui épuré de tous ces passages consacrés à la fellation, sodomie et autres gâteries, aurait pu s'inscrire comme un reportage.

Les scènes de sexe attirent une frange de lecteurs qui n'ont pas tellement besoin de ce genre de livres pour assouvir leurs fantasmes, à moins que de camoufler une hypocrisie certaine.

 

SAINT ROCH : Couronne à vendre. Collection Exclusif N°1. Editions Vaugirard. Septembre 1993. 256 pages.

ISBN : 9782285009954

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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 04:33

Sentir plus loin que le bout de son nez…

Emile DESJARDINS : Odor di femina.

Lassé des odeurs dégagées par des corps qui se vendent sans de véritables réactions de satisfaction, le rédacteur (l’auteur ?) décide de quitter la capitale pour s’enivrer de parfums frais et musqués exhalés par des représentantes féminines susceptibles de lui offrir des amours naturalistes sans chichis.

Il se rend dans sa propriété du Midi où il sait trouver quelques jeunes filles ou jeunes femmes qui lui offriront sans barguigner, parfois contre une petite rétribution d’un Louis d’or, un reposoir sain, sans artifice. Et le visiteur pourra explorer le tunnel pastoral en laissant ses témoins à l’entrée.

En cette fin de mois de mai, il saura décider des femmes mariées à compléter leurs revenus ou des jeunes filles à composer leur dot grâce aux subsides généreusement distribués. Leurs senteurs, si elles sont plus fortes, plus prégnantes que celles des citadines, lui laissent dans le nez l’odeur du vrai, du non frelaté.

Avec les jeunes épouses, point n’est besoin de prendre des précautions, car le mari sera fier d’endosser une paternité dont il rendra responsable sa propre virilité. Quant aux pucelles, il sait qu’il doit se plier à quelques prudences afin que cela n’entache pas leur honneur, mettant au ban de la société les réceptrices de ses faveurs. Faveurs qu’il prodigue à moult reprises, sans débander, ou si peu lors des confrontations sexuelles.

Il va donc tour à tour se réjouir avec des faneuses, des lavandières, puis des moissonneuses, car les semaines passent et il est toujours infatigable, puis ce sera le temps des vendanges, grappillant à gauche et à droite, mais surtout au centre.

Ces jeunes femmes ne se montrent guère farouches… à recevoir des pièces d’or et l’enseignement qu’il leur prodigue ne pourra que leur être bénéfique dans leurs relations conjugales.

Ainsi il leur montre comme jouer de la langue en enfournant ce que l’on pourrait dénommer l’objet du délit, leur montrer comment une langue arrive à les faire vibrer, à s’extasier devant leurs perruques et s’amuser au contact de leur petite excroissance de chair, mais aussi leur prouver qu’utiliser la porte de service est parfois mieux indiquée que pénétrer par l’entrée principale afin de ne pas avoir de regrets quelques neuf mois plus tard.

 

Ces amours ancillaires pastorales ne laissent pas de bois le narrateur (quoi que le membre ne soit guère amolli et lorsque cela se produit, il indique des méthodes favorables à la montée de la sève et au durcissement du tronc) d’autant que la nature a favorisé ses amantes éphémères. Il apprécie les rondeurs mammaires dont sont abondamment pourvues ses partenaires et leurs croupes rebondies auxquelles il peut s’accrocher manuellement.

C’est un hédoniste qui sait profiter de ses bonnes fortunes et de ses fortunes de bonnes, même s’il encourage les pratiques en dédommageant ses partenaires. On n’a rien sans rien, et il est de bon goût de flatter les corps et les esprits avec une juste rétribution. Les malotrus sont ceux qui se contentent de mots doux pour le mal (ou mâle) au trou.

 

Cette historiette démarre doucement et peu à peu cela s’emballe (et pour cent balles c’est pas cher !) et je me contenterai de signaler que le narrateur favorise les relations entre sœurs de Lesbos, leur suggérant des pratiques dont elles jouissent en sa compagnie et après… Je vous laisse découvrir la suite.

Ce conte date du début des années 1900 et malgré le temps il n’a guère vieilli, tout ce qui a été écrit plus tard n’étant que des resucées…

 

Emile DESJARDINS : Odor di femina. Avant-propos d’Ursula Grüsli. Collection Culissime Perle rose. Editions SKA. Parution 29 juin 2019. 115 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407792

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 04:07

Hommage à Boris Vian, décédé le 23 juin 1959.

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte.

Convié à une soirée organisée pour les dix-sept ans de Gaya, Francis Deacon a décidé de se déguiser en femme. Et il se rend compte que tous les invités ont adopté la même idée, mais inversement.

Il a eu du mal à se transformer, empruntant de véritables faux seins, demandant à un Chinois de procéder à une séance d’épilation à la cire, se parant d’une perruque. Il est plus vrai que nature et de nombreuses femmes, dont Flo qui s’est déguisée en page, se laissent prendre à sa nouvelle identité. Même Gaya ne le reconnait pas. Francis, qui pour l’occasion se prénomme Frances, prénom dont la sonorité est approchante, en profite pour démontrer que même déguisé en femme il reste un homme, ce qui amène Flo, qui au départ pensait lutiner avec une femme, se laisse emporter par ses attributs masculins. Mais ce n’est qu’un divertissement.

Il surprend Gaya montant dans sa chambre en compagnie d’une homme qu’il ne connait pas. L’homme redescend, et Francis trouve Gaya quelques minutes plus tard dans sa salle de bain dans un état lamentable. Elle s’est droguée, quelques marques rouges de piqûres sur son bras l’attestant.

Une semaine plus tard, il reçoit une invitation de Gaya lui annonçant son prochain mariage avec un dénommé Richard Walcott, qui n’est autre que l’approvisionneur de drogue et homosexuel non déclaré. D’ailleurs Francis est convié à un repas auquel assistent outre Gaya, Walcott, un autre personnage dont le maquillage facial ne laisse guère de doute. Francis subtilise une liasse conséquente de billets, dix mille dollars ce qui peut lui fournir de l’argent de poche pour des années, dans le sac de Gaya.

Les échanges sont vifs et Francis, désirant protéger Gaya va se mettre en chasse contre les fournisseurs de drogue, Ritchie, son jeune frère qui poursuit des études de médecine, lui prêtant main forte volontiers. Seulement Francis ne sait pas où il vient de mettre les pieds. Dans une fourmilière gérée par la propre sœur de Walcott. Et le Chinois qui avait été mandé chez Francis pour épiler Ritchie, se retrouve avec un couteau planté dans le ventre, ce qui est pour le moins gênant pour enduire de cire les jambes du frérot qui est soulagé de ne pas être obligé de se voir supprimer les poils par une méthode qu’il juge barbare.

Francis ne désarme pas car il se demande pourquoi Gaya accepte un mariage contre nature, comment elle en est arrivée à se droguer, et pourquoi autant de lesbiennes et d’homosexuels gravitent autour d’elle.

 

Washington sert de décor à cette histoire plantée au début des années cinquante, et Vernon Sullivan, alias Boris Vian, avec humour, pastiche les romans noirs américains de l’époque.

De l’action, encore de l’action, toujours de l’action, et le pauvre Francis voit pousser sur son crâne les bosses plus rapidement que les agarics champêtres après une ondée estivale bienfaisante. Mais s’il encaisse, tout comme son frère d’ailleurs, il n’est pas égoïste et il rend les coups sans en calculer le nombre. Les morts résultant de coups de feu ou d’armes blanches ne sont pas comptabilisés, et c’est tant mieux, il faudrait une calculette. Sans oublier les courses poursuites effrénées en automobiles ou canots à moteur sur les rives du Potomac.

Mais qui dit action dit aussi scènes de libertinage, mais afin d’échapper à la censure, lorsque les ébats deviennent un peu trop chauds, un peu trop explicites, Vernon Sullivan remplace les descriptions par des points de suspension. D’ailleurs il explique dans une note en bas de page :

Les points représentent des actions particulièrement agréables mais pour lesquelles il est interdit de faire de la propagande, parce qu’on a le droit  d’exciter les gens à se tuer, en Indochine ou ailleurs, mais pas de les encourager à faire l’amour.

Les digressions en forme de point de vue énoncées envers les homosexuels et les lesbiennes, ne seraient pas forcément de nos jours au goût de bon nombre de personnes bien-pensantes mais parfois hypocrites, notamment en ce qui concerne les divers qualificatifs employés. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un pastiche et que les scènes de sexe ne sont décrites qu’elliptiquement ou allusivement, même celle de triolisme. Nonobstant, de lire ce genre de propos laisse un petit goût amer que ne devaient pas ressentir les lecteurs des années cinquante. Des propos misogynes qui ne sont plus de mise de nos jours. Ainsi Ritchie s’exprime ainsi à son frère, qui n’est pas en reste de mauvais esprit :

Parce que souvent les gousses, c’est des filles qui ont tourné de ce côté-là parce qu’elles étaient mal aimées. Elles sont tombées sur des types brutaux, des qui les ont blessées ou brusquées. Si on leur fait ça bien gentiment… Elles doivent y reprendre goût.

Il en a des ressources, mon petit frère. Ça m’a l’air de bien s’organiser drôlement ce boulot.

Et puis, m’envoyer une lesbienne, ça m’a toujours dit quelque chose.

Au fond, ce qu’on est en train de faire, c’est un genre d’entreprise de redressement des dévoyées.

Je suis sûr mesdames que vous apprécierez cette analyse machiste !

 

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte. Traduction de Boris Vian. Editions Eric Losfeld/ Le Terrain vague. Parution le 20 février 1965

Première édition : Le Scorpion. Juin 1950. Nombreuses rééditions.

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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 04:00

Afin de ne pas froisser la susceptibilité de madame Fesse en bouc, j’ai choisi de mettre en valeur la quatrième de couverture pour illustrer mon article. La vraie couverture se trouve en fin d’article !

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour.

Entre les deux petits villages de Chantamour et de Cusenville, la guerre est déclarée, attisée par le curé du patelin de Chantamour, le père Sillade. Tout ça à cause d’une bretelle. Mais pas n’importe quelle bretelle. Celle d’une autoroute !

Alors que la sortie était prévue vers Chantamour et donc propice à l’intrusion rémunératrice de touristes bienvenus, au dernier moment la décision a penché en faveur de Cusenville, des tractations pas forcément honnêtes pour les habitants et les édiles du village de Chantamour, ce qui occasionne l’ire du père Sillade en chaire. Fraîche la chaire mais chaude l’harangue.

Les frictions, parfois charnelles, gèrent la vie quotidienne des deux villages, mais tous les habitants ne sont pas dénués de jugeote. D’autres sont imbibés de pastis. Et quand l’un d’entre eux, le Pépé Jélédeux, le doyen du village de Chantamour, soudoie à l’aide verres anisés le notaire, Maître Thanphile Monzaube, quasi impotent et centenaire (il cumule !) d’étranges tractations s’organisent. Pépé Jélédeux achète en catimini un carré de terrain de la parcelle sur laquelle doit passer la bretelle d’autoroute et qui est sis sur la commune de Cusenville.

Naturellement il s’ensuit horions et feux d’artifice entre les habitants des deux petites communes situées en Provence, non loin de la Méditerranée.

 

Un roman humoristique qui n’est pas sans rappeler la verve de Frédéric Dard quand il écrivait les aventures du commissaire chéri de ces dames : San-Antonio.

Mais cet humour est parfois lourd à digérer, les digressions sont nombreuses et les phrases un peu longuettes, parfois s’étalant sur une ou deux pages.

Mais l’on sent que l’auteur, probablement Jean-Michel Sorel, car ils étaient plusieurs à se partager ce pseudonyme, s’est follement amusé à narrer cette aventure qui ne manque pas de piquant et joue sur les subtilités de langage.

Ce qui n’empêche pas Pépé Larista d’émettre des opinions qui depuis ont pris beaucoup d’ampleur de nos jours qu’à l’époque :

Le pépé pense à tout et envisage de construire dans la parcelle nouvellement acquise une cabane à l’intention des touristes désirant se décharger d’un dépôt intestinal. Ceci est fort bien pensé, mais après ?

Le Pépé malgré son âge a encore la ressource dormante dans sa plate-bande pensière ! J’ai des bidons à lait et aussi un bon mulet ! Avec ce que je récupérerai, qui serait de toute façon perdu, j’en ferais au poids la revente à Aristide Piquemal et à Aldibert qui sont horticulteurs et qui préfèrent engraisser leur terre avec le produit naturel plutôt qu’avé toutes les saloperies artificielles qui nuisent aux narines et qui en fin de compte nous polluent le légume et la rose ! Ecologiste je suis avant tout, moi, môssieur !

 

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour.

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour. Collection Humour N°16. Editions EUREDIF. Parution le 4e trimestre 1977.192 pages.

ISBN : 271670515

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 04:57

Quand on a lu Emmanuelle et Histoire d’Ô, on a tout lu, ou presque !

Marie VINDY : Petites morts.

Car il faut bien l’avouer, les romans érotiques semblent tous tissés sur la même trame, en mettant, en imbriquant dans le corps du récit, une, deux, trois personnes, voire plus, s’adonnant à l’acte de chair, copulant dans le plus joyeux désordre, dans toutes les positions, assouvissant leur faim de tendresse au goulot d’un vase conin ou d’une bouteille pénienne.

Non, ce qui importe n’est pas le comment, mais le pourquoi de ces rassemblements de sensualité.

Car pour la narratrice, il existe un attrait suggéré, imposé peut-être, pour pratiquer quelques prouesses, techniques ou pas peu me chaut, à la demande d’un ami.

Elle n’a que vingt-cinq ans lorsqu’elle fait incidemment la connaissance de Jean (le prénom du mari d’Emmanuelle dans le roman éponyme) et celui-ci va lui apprendre à aimer son corps (si ce n’est déjà fait), celui des autres (idem) et surtout d’aimer l’amour et le pratiquer sans vergogne.

Alors elle nous narre ses expériences, sachant qu’elle est mariée avec Pierre mais continue de voir Jean. Mais la dernière expérience décrite, elle le fait dans un but palliatif.

 

Il existe de nombreuses analogies dans tous ces romans ou nouvelles mais cela n’est guère gênant car le personnage de la narratrice œuvre pour une bonne cause. A la fin. Et tout le reste n’est que dégustation, comme ces crèmes glacées que l’on lèche avec gourmandise, et dont on ne se lasse pas.

A lire tous ces fantasmes, qui ne sont peut-être qu’une déformation d’une réalité vécue, je me dis qu’il vaut mieux être acteur que lecteur. Mais cela provoque également quelque réaction physiologique dont on ne peut qu’être satisfait, arrivé à un certain âge. Ne serait-ce que pour contenter son ou sa partenaire.

Marie VINDY : Petites morts. Nouvelle numérique. Collection Culissime. Editions Ska. Parution 24 avril 2019. 20 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407716

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 04:52

Lorsqu’un prêtre interprète à sa façon les textes de la Bible.

Antoine BLOCIER : Envers et damnation.

Depuis déjà quelques années Solange ingère le corps du Christ avec cette pastille au pain azyme glissée dans sa bouche. Seulement, pour l’âge de ses treize ans, le jeune curé de la paroisse lui propose autre chose. Solange, comme d’habitude, s’est agenouillée, a fermé les yeux et ouvert grand la bouche.

Ce que lui offre le prêtre n’est autre que son goupillon de chair en lui affirmant que ceci est le corps du Christ, le vrai. Et il lui enjoint de faire comme s’il s’agissait d’une hostie, en suçant longuement avec sa langue ce bâton juteux. Ceci est mon corps, ceci est mon sang… Antienne connue !

Il est vrai qu’il ressemble à Jésus ce curé, avec ses cheveux longs et blonds, son collier de barbe et ses joues creuses. Mais il arrive un jour où elle n’a pas envie, où l’enthousiasme qui la portait dans ce suçotement n’est pas au rendez-vous. Alors le père Arnaud lui lit le verset 23, chapitre 15 de l’Ancien Testament : On éprouve de la joie à donner réponse de sa bouche.

Si c’est écrit dans l’Ancien Testament, c’est que c’est vrai n’est-ce-pas ? Dès lors Solange continue puis explore d’autres variations de l’acte de chair, et elle est explorée aussi, jusqu’au jour où…

Mais entre temps elle fera des découvertes toujours selon les principes sacrés et religieux, dont ce conseil extrait de l’évangile selon Saint Matthieu, 26, stipulant éprouvez toutes choses. Et comprendra enfin la signification de la parabole Mettre le petit Jésus dans la crèche.

 

Joyeusement iconoclaste, subversive, amorale, cette courte nouvelle nous ramène à ce qui malmène actuellement la religion catholique dans un problème de pédophilie.

Un pied de nez ravageur aux dénégations de certains, aux explications confuses d’autres, et pour bien des enfants, une réalité qui ne souffre d’aucun désaveu.

Mais Antoine Blocier ne joue pas dans le pathos, ou s’il le fait, c’est avec dérision, et son épilogue est peut-être conforme à certaines réalités dont la cause n’est pas connue, ou méconnue, ou déniée par ceux qui ne veulent pas voir certains faits probants. C’est si facile de se retrancher derrière la bonne foi en déclarant qu’elle (ou il) m’a aguiché.

Comme quoi il ne faut pas non plus tout prendre à la lettre !

 

Et pour commander cette nouvelle, une seule adresse :

 

Antoine BLOCIER : Envers et damnation. Collection Culissime. Editions SKA. Parution le 1er mars 2014. Environ 15 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023402926

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 05:11

Elle est belle, elle est mignonne,
C’est une bien gentille personne…

Pierre MAC ORLAN : Mademoiselle de Mustelle et ses amies.

Ce roman, dont la première publication a eu lieu en 1913, puis réédité en 1928, était signé Pierre du Bourdel, un des nombreux pseudonymes utilisés par Pierre Mac Orlan pour sa production dite érotique.

Je ne reviendrai pas sur le parcours de cet ouvrage, Jean-Jacques Pauvert dans sa présentation ayant déblayé le chemin avec l’aide de Pascal Pia, auteur de Livres de l’Enfer, du XVIe siècle à nos jours.

Anastasie étant passée par là, ce roman ne fut tiré sous le manteau qu’à une centaine environ d’exemplaires. Mais la fin des années 1960 et début 1970 sonnèrent la délivrance pour les romans (et leurs auteurs) dits paillards, grivois, érotiques et plus, et les collections dédiées à ce genre d’ouvrage, ainsi que de nombreuses maisons d’éditions qui enfin pouvaient avoir pignon sur rue officiellement, firent florès. Et l’on trouvait sur les étals des libraires ces ouvrages licencieux en toute impunité.

Sans réelle portée littéraire mais rédigé toutefois sobrement, sans vulgarité ou presque, ce Mademoiselle de Mustelle et ses amies (sans oublier les éléments mâles) est une aimable et facétieuse mise en bouche pour les amateurs d’érotisme teintée de scatologie.

Un apprentissage de la vie pour la jeune et belle Lucette, dite Lulu, dont on fait la connaissance alors qu’elle n’a que treize ans. Si elle a déjà connu les prémices des plaisirs saphiques, elle découvre le simulacre de la reproduction un jour qu’elle s’est introduite dans la chambre de sa mère, une jeune veuve de trente deux ans, s’étant dissimulée derrière un paravent. Madame de Mustelle possède un amant M. de Boëme qui lui procure de nombreuses jouissances mais ce jour là il lui demande de procéder à une évacuation séminale par la porte de service. Madame de Mustelle, après quelques minauderies, accepte cette introduction au préalable lubrifiée. A cette vue, Lucette en est toute émoustillée.

Et elle va parfaire son éducation amoureuse, charnelle, mais pas encore sentimentale, avec quelques personnes de fort bon aloi, dont Ketty, la jeune gouvernante anglaise, Justine la soubrette, Firmin le valet, la grosse et dodue Alice et quelques autres, qui pratiquent sans vergogne les échanges manuelles, buccales et autres, ne laissant de répit à aucun trou, quel qu’en soit le propriétaire.

On ne quittera Lulu à l’âge de quinze ans, ayant sacrifié à de nombreuses expériences qui lui forgent le corps et l’esprit.

Evidemment, ce roman érotico-pornographique n’est pas à placer entre toutes les mains et sous tous les yeux. Il ne s’adresse qu’à des personnes consentantes désireuses de parfois leur éducation ou raviver une flamme en voie d’extinction. Mais je me demande si les censeurs ont réagi à cause des scènes décrites explicitement ou si l’âge de la gamine n’entrait pas en compte dans leurs décisions. D’autant que Marcelle, la sœur cadette de Lulu, n’est pas en reste, désirant elle aussi participer à ces jeux érotiques.

 

Autres ouvrages de Pierre Mac Orlan dont les chroniques sont publiées sur ce blog :

 

Pierre MAC ORLAN : Mademoiselle de Mustelle et ses amies. Roman pervers d’une fillette élégante et vicieuse. Présentation de Jean-Jacques Pauvert. Collection Lectures amoureuses N°23. Editions de La Musardine. Parution le 26 juin 2008. 160 pages.

ISBN : 978-2842713348

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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