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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 08:08

Que je l’aimeuuuu, que je l’aimeeeem !

Henri GIRARD : Sous l’aile du concombre.

Quadragénaire célibataire, Hubert Corday, qui n’a aucune parenté avec Charlotte jusqu’à preuve du contraire, n’a pas pour habitude de prononcer cette phrase à tout venant ni même aux autres.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de relations, dans son travail il n’en manque pas, mais ce ne sont que des épisodes charnels, genre Je t’aime moi non plus, bonjour madame, au revoir madame et on passe à autre chose. C’est ce que l’on appelle un en-cas !

Donc Hubert, qui est le dernier de Corday, travaille dans, attention accrochez-vous, l’impalpable complexité protéiforme des ressources humaines. Concrètement il intervient en entreprise ou organise des cours, je résume, pour apprendre aux responsables comment gérer ceux qui sont sous leur coupe, annihiler leurs aspirations, les motiver, leur faire comprendre qu’ils ne sont que des pions. Je passe. Mais cela démontre qu’il a du bagout et qu’il sait parler à ses interlocuteurs. Et que souvent, dans ces réunions, il trouve chaussure à son pied, pour une nuit.

Pourtant, depuis quelques semaines il fréquente assidûment Milady, une jeune femme qu’il a rencontrée lors d’une exposition de peintures abstraites, étant en phase sur la prestation de l’artiste, puis prenant un pot ensembles afin de parfaire leur connaissance et échangeant leurs points de vue. De fil en aiguille, ils se sont revus, ce qui est un peu un exploit de la part d’Hubert qui préfère en général butiner.

Mais il rend visite également la famille, à sa sœur Clotilde, mariée, cinq enfants, dont Marine, l’aînée, est quelque peu déboussolée par son manque d’engouement à perpétrer la descendance des Corday. D’abord il n’aime pas qu’on l’appelle Tonton, ça l’horripile, et puis de quoi elle se mêle, même si lui-même ne se prive pas de lui poser des questions sur son ego.

Il va voir également ses parents, qui vivent depuis vingt-cinq ans séparés, habitant deux maisons qui se font face. La mère dans la demeure familiale, du temps d’avant, et son père dans celle héritée de son père, du Papou d’Hubert.

Et le Papou d’Hubert, ce fut quelqu’un dont le quadragénaire se souvient avec une forme de nostalgie liée à une enfance au cours de laquelle le vieil homme lui a beaucoup appris. L’Internationale par exemple.

 

Chaque lecteur pourra s’identifier plus ou moins au héros narrateur de cette histoire, soit dans ses rapports familiaux, dans ses conflits, sa gestion sentimentale, ou tout simplement dans son environnement professionnel, tout un chacun ayant eu un jour ou l’autre des réunions d’information, des séminaires, des remises à niveau.

De nombreux retours en arrière émaillent ce roman plaisant, parfois humoristique, souvent nostalgique, voyageant allègrement dans sa région natale, le terroir bas-normand, à Paris, puis en Floride, histoire de se dépayser et de se voir confirmer que le verbe Aimer existe, et qu’il est bon parfois de l’employer.

Des scènes amusantes côtoient les épisodes mélancoliques, la tendresse étant toujours au rendez-vous, le tout dilué dans une bolée de cidre et quelques coups de canon, du rouge de préférence, pour bien montrer l’appartenance politique de certains protagonistes.

Un roman qui engendre la bonne humeur, mais qui également fait réfléchir car tout un chacun se reconnaîtra dans certaines scènes, et si ce n’est toi c’est donc ton frère, qui ne tombent jamais dans le grotesque mais engendrent des réflexions auxquelles il est bon de réfléchir, afin de ne pas s’engluer dans un mode de vie en marge. Sans oublier une grosse dose de tendresse bourrue qui s’impose dans la pudeur des sentiments.

Et Henri Girard, via ses protagonistes, n’hésite pas à souligner combien il est important de s’aimer, pas uniquement avec le cœur et la tête, mais également physiquement, à tout âge, les relations sexuelles n’ayant pas de date de péremption, même si certains, jeunes et moins jeunes, pensent qu’arrivés à un certain âge, voire un âge certain, les galipettes ne devraient plus être autorisées.

Au fait, me direz-vous fort à propos, que vient faire ce Concombre du titre. Disons qu’il s’agit d’un des protagonistes du roman, qui est ainsi surnommé, et qui sous des dehors débonnaires de bon gros vivant, se montre malin en diable.

 

Et si vous désirez en savoir un peu plus sur l’auteur, qui n’hésite pas à se mettre en scène, partiellement, dans ce roman, cliquez sur le lien suivant :

 

Henri GIRARD : Sous l’aile du concombre. Editions Atelier Mosesu. Parution le 6 juillet 2017. 200 pages. 13,00€.

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 13:05

C'est dur de partir, de laisser au pays une femme enceinte et de bonnes terres labourables.

Jean-Claude PONÇON : Le fantassin d'argile.

C'est d'autant plus dur qu'il faut rejoindre le front, du côté de Reims. Et Louis ne comprend pas, et il n'est pas le seul, pourquoi il est mobilisé. Sûr qu'il serait mieux à la ferme en ce mois de juin 1916, alors que Marie est sur le point d'accoucher et qu'il va falloir rentrer les foins puis les blés. Alors, dans les tranchées, Louis se morfond, malgré les orages d'obus allemands.

Il pense à Marie, à son futur bébé. Mais il a peur, peur que Marie le trompe. Avec le notaire ou encore le mitron dont elle l'entretient dans ses lettres. Alors l'idée de déserter s'incruste dans l'esprit de Louis et il prépare des vivres dans une musette qu'il cache dans une grange. Un accident cardiaque le conduit à l'hôpital. Il fait la connaissance d'une infirmière et tous deux sympathisent. Elle va jusqu'à lui procurer des vêtements civils.

Là-bas, dans la Beauce, Marie accouche d'un petit garçon. C'est une femme de la ville et si elle aime la campagne, la vie à la ferme ne l'enchante guère. Mais elle est charnelle et Louis le sait. Alors il s'inquiète. Comment réagit-elle, maintenant qu'elle est mère, délivrée et seule?

Un soir, il saute le pas et déserte. Lorsqu'il arrive à la ferme, après un long périple pédestre, il la surprend dans les bras d'un homme.

 

Chronique intime d'une vie ordinaire durant la Première guerre mondiale, Le fantassin d'argile nous compte les affres d'un homme attaché à sa terre, à sa femme, et qui se retrouve déboussolé‚ loin des ses attaches. Il n'a pas demandé à partir et la jalousie le tenaille. Il n'a pas confiance : sa femme n'est pas issue de son milieu et elle ne s'est pas véritablement intégrée à sa nouvelle famille, aux travaux de la terre qu'elle a toujours dédaignés.

D'ailleurs le ménage ne s'était pas installé dans la ferme familiale. Ils vivaient à la ville et Louis tous les jours partait à vélo pour soigner les bêtes et s'occuper des travaux des champs.

Mais ce roman consacré à un couple durant la Première Guerre Mondiale met en exergue l'antagonisme qui existe entre le monde rural et la Ville. Et l'on s'aperçoit que la guerre engendre des dommages collatéraux à l'encontre d'individus qui sont envoyés sur le front pour des causes belliqueuses auxquelles il ne comprennent ni les tenants ni les aboutissants.

Un roman sobre et qui transpire l'amour de la nature.

 

Réédition Pocket. Parution 15 juin 2006. 188 pages.

Réédition Pocket. Parution 15 juin 2006. 188 pages.

Jean-Claude PONÇON : Le fantassin d'argile. Collection Terra. Le Cherche Midi éditeur. Parution octobre 1994. 188 pages.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 15:11

L'argent contre l'amour !

Jules VERNE : Un billet de loterie.

Loin des romans d'aventures exotiques, mystérieuses, scientifiques, voire didactiques ou pédagogiques, Un billet de loterie, tout comme Le Pilote du Danube, Famille-Sans-Nom, ou encore César Cascabel, s'attache à s'intéresser au sort d'une famille sans pour cela que les protagonistes effectuent un long voyage ou alors, s'ils le font, l'auteur ne s'appesantit pas dessus et surtout sur des découvertes extraordinaires.

Un billet de loterie s'apparente plus à un roman d'amour qu'à une exploration aventureuse et périlleuse, même si certains épisodes dont le caractère de dangerosité est évident mais nécessaire pour présenter quelques personnages y sont intégrés.

Dans le comté de Telemark, situé au sud de la Norvège, vit une famille composée de la mère, Dame Hansen, et de ses deux enfants, Hulda et Joël, ainsi que d'un cousin, Ole Kamp, adopté à la mort de ses parents. Elle est veuve et tient une auberge fréquentée surtout l'été par les touristes venus visiter la région.

Si Hulda, qui n'a que dix-huit ans, aide sa mère, Joël sert de guide aux touristes et Ole est marin. Il s'est embarqué sur un chalutier un an auparavant et il donne régulièrement de ses nouvelles depuis Terre-Neuve. Sa dernière lettre remonte à un mois, annonçant son retour entre le 15 et 20 mai, de l'année 1862, et déjà toute la famille s'apprête à fêter les noces. Seulement le temps passe, Ole ne rentre pas. Le navire aurait-il fait naufrage ?

Un individu arrive à l'auberge, et sans se présenter, demande gîte et couvert. Rien ne lui agrée, tout lui déplait, il dénigre, mais pour autant, tel un maquignon, il examine, il observe, il vérifie, il calcule, comme si l'auberge allait tomber dans son escarcelle. Dame Hansen ne voit pas d'un bon œil ce client désagréable, mais lorsqu'enfin il part en inscrivant son nom sur le registre, elle pâlit et devient renfermée, déchirant la note qu'elle avait préparée.

Ole ne donne toujours pas de ses nouvelles et cela devient de plus en plus inquiétant. Pour autant la vie continue, et Joël doit rejoindre un touriste afin de lui faire visiter le pays. Il incite Hulda à l'accompagner afin de lui changer les idées, et il fait bien car lorsqu'ils arrivent au point de rendez-vous, c'est pour découvrir le touriste dans une situation inconfortable, en équilibre instable sur les chutes du Rjukanfos. Ils parviennent à sortir Sylvius Hog du mauvais pas dans lequel il s'était fourvoyé, lui épargnant une dégringolade mortelle.

Sylvius Hog n'est pas un touriste banal. Il est professeur de législation à Christiania et député au Storthing, et est connu, apprécié et honoré dans le pays norvégien qui à l'époque était sous la domination du roi de Suède. Hog possède de nombreuses relations, et est ami avec les armateurs du Viken, le bateau de pêche sur lequel Ole est devenu maître, grâce à ses qualités. Aussi, en remerciement de son sauvetage inespéré, il envoie des courriers un peu partout afin de savoir ce qu'est devenu le navire, et par voie de conséquences les marins-pêcheurs qui étaient à bord. Et c'est ainsi qu'un jour, alors que la date fatidique du retour est largement dépassée qu'il reçoit un pli de la Marine, pli qui contient entre autre un billet de loterie qui avait été enfermé dans une bouteille jetée à la mer. Au dos de ce billet, un mot de Ole expliquant que le navire est en perdition, qu'il sombre dans les eaux glaciales et témoigne de son amour à Hulda.

 

Mais ce billet de loterie attise l'envie et nombreux sont ceux qui sont prêts à l'acheter. Les enchères montent rapidement, car si par hasard, ce billet était gagnant, on peu toujours rêver, il rapporterait à son heureux possesseur la coquette somme de cent mille marks. Cela ne rendra pas Ole à Hulda, mais il lui reste au moins un souvenir de son fiancé. Or Dame Hansen doit une forte somme à Sandgoïst, qui rime avec égoïste, ayant effectué des placements malheureux et son auberge étant hypothéquée.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Loin des longues, et parfois fastidieuses, descriptions dont Jules Verne aimait émailler ses récits d'aventures, Un billet de loterie met en situation une famille banale, si l'on peut s'exprimer ainsi, confrontée à un double problème, la perte d'un être cher et le manque d'argent par impécuniosité ou maladresse dans des placements d'argent.

Face à cette famille, surtout le frère et la sœur, qui essaient de ne pas perdre courage devant l'adversité et les nouvelles guère rassurantes, voire négatives, se dressent deux hommes au comportement totalement contraire. Si le député est proche des petites gens, l'usurier est surtout proche de son portefeuille et le malheur l'indiffère. Car seul l'argent qui devrait rentrer dans son escarcelle l'importe, malgré le tollé général provoqué par sa conduite.

Moraliste et empreint de bons sentiments comme on pouvait en trouver sous la plume d'Hector Malot par exemple, dans Sans famille ou En famille, Un billet de loterie est un roman plaisant, touchant, agréable à lire, frais et n'ayant pas subi les outrages du temps. On se rend compte combien étaient tributaires des moyens de communication les habitants vivant dans des villes ou villages plus ou moins isolés, mais que pour autant ils prenaient leur mal en patience, sans accuser qui que ce soit.

Il est évident que ce roman a été écrit pour l'édification de la jeunesse, mais les adultes ne doivent pas bouder leur plaisir à la lecture de ce roman de Jules Verne, moins connu que Vingt mille lieues sous les mers, Michel Strogoff, Le tour du monde en quatre-vingts jours ou Cinq semaines en ballon, mais plus proche de nous par bien des côtés.

Certains, que je n'ose qualifier de rabat-joie, pourraient penser que ce roman possède une trame simpliste pétrie de bons sentiments, ce que je concède volontiers, mais il faut savoir garder son âme d'enfant, et même si l'épilogue est par trop heureux, il s'agit d'une preuve d'optimisme non négligeable à une époque où tout nous amène à douter et à nous plaindre dès le premier accroc.

 

Jules VERNE : Un billet de loterie. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 16 mars 2017. 224 pages. 11,00€.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:28

Des jumelles sans la courroie mais dans un bel étui !

Sophie AUBARD : Pas de deux.

Entre Manon et Solyne, c'est le jour et la nuit.

Manon, l'extravertie bruyante, et Solyne, l'introvertie silencieuse.

Pourtant tout devrait les rapprocher mais tout les sépare, même si elles vivent ensembles. Elles sont jumelles et ont vécu un drame dans leur adolescence.

Alors que le 24 décembre 1997, les deux jeunes filles et leurs parents étaient en vacances dans les Petites Antilles, afin de changer des séjours à la neige, un petit avion de tourisme a percuté leur voiture sur une route menant à la plage. Un passage dangereux, la route étant à proximité des pistes d'atterrissage. Bilan, deux morts et deux rescapés dans le véhicule, sans compter les occupants de l'avion d'instruction.

Depuis Manon et Solyne vivent dans un appartement situé en haut d'une maison de ville de Levallois-Perret, en compagnie de leur chien Haka. Sous le regard curieux de leur voisine madame Chaville, une vieille dame solitaire et toujours à l'affût.

Manon est vive, enjouée, insouciante, travaillant l'après-midi pour une boîte de communication implantée dans la commune. Elle sort souvent le soir, retrouvant son amie Charlène dans un bar. Elle s'amuse, laissant sa sœur seule à la maison.

Solyne est timide, réservée, et travaille le matin à la médiathèque de Levallois. Le samedi elle fait ses courses sur le marché, mais ne parle à personne. D'ailleurs pour ne pas être dérangée, elle feint d'être en communication téléphonique, le portable accroché à l'oreille. Elle est bénévole dans une association caritative et fréquente l'église du quartier. Mais c'est avec une certaine réticence qu'elle distribue les repas et s'approche des indigents. Et elle se méfie de l'œil inquisiteur de madame Chaville, œil qui obstrue le judas lorsqu'elle rentre ou sort.

Manon est attirée par le nouveau serveur qui officie derrière le comptoir du Balajo, son bar préféré, et elle s'en ouvre à Charlène qui elle se dépêtre avec ses affaires de cœur. Il s'appelle Naël et est étudiant. Son père vit toujours au Liban dont il est originaire. Les présentations sont rapides, et ils se promettent de se revoir le plus rapidement possible.

Et tandis que Solyne cultive sa sobriété, Manon déguste le Chablis avec gourmandise, rentrant parfois un peu pompette. Solyne reste solitaire et Manon fréquente Naël.

 

Ce qu'elles ignorent, c'est qu'un homme les suit, les épie, lorsqu'elles sortent ou rentrent chez elles, toujours séparément. Et il envoie des messages adressés à un mystérieux correspondant, messages qu'il signe Le Clown.

 

Une vie tranquille, rangée dans une banlieue proche de Paris, deux jeunes femmes apparemment sans histoires qui vivent ensembles sans heurt, ou presque. Parce que parfois Solyne n'est pas contente de Manon et elle le dit, le crie presque. De ses sorties nocturnes, de son goût pour le Chablis, de sa propension à ne pas ranger leur petit appartement. Solyne est tellement rigoureuse.

Et peu à peu le lecteur découvre les us et coutumes de ces deux sœurs, si différentes dans leurs réactions. Il lit les messages du Clown et les recommandations ou exigences de son correspondant.

Et il se demande si Sophie Aubard n'aurait pas utilisé un thème dont certains auteurs de romans policiers de détection usèrent de temps à autre, avec plus ou moins de bonheur. Alors le doute s'installe dans l'esprit du lecteur. Elle, Sophie Aubard, n'aurait pas osé quand même ! Et si, elle a osé, mais c'est si bien amené, si habilement construit, que le lecteur se laisse prendre par la main jusqu'à un épilogue logique et émouvant.

Une histoire d'amour, un roman à l'eau de rose diraient certains, mais également un roman de suspense, une énigme qui devient angoissante quant au devenir de ces deux sœurs, et juste quelques personnages qui gravitent autour d'elles. L'auteur s'attache à l'aspect psychologique de Manon et Solyne et construit son intrigue avec brio, ce qui n'était pas facile au départ. Elle joue en permanence sur la corde raide sans être déséquilibrée.

Une histoire simple et pourtant la vie est compliquée, à moins que ce soit le contraire. Mais une belle histoire qui nous change des brutalités policières ou autres, des affaires de drogue, des loubards de banlieue, de la morosité de la vie. Même si la vie n'a pas épargné nos deux jumelles. Un roman rafraichissant alors que l'intrigue joue sur les nerfs.

 

Chaque début de chapitre est consacré à un accident aéronautique, ce qui nos remémore quelques souvenirs mais en même temps l'on découvre d'autres accidents qui n'ont pas forcément fait la une des journaux, ou si peu.

 

Le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen, alors que le foot est un sport de gentlemen joué par des voyous.

Sophie AUBARD : Pas de deux. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 19 janvier 2017. 210 pages.8,95€.

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 13:28

Le fils du forçat força. C'est fort ça !

Alexandre DUMAS : Le fils du forçat.

Les méchants sentiments ressemblent aux mauvaises herbes des champs; un brin de racine suffit pour les perpétuer.

Mais monsieur Coumbes, ancien maître-portefaix, comme la plupart des gens, ne se rend pas compte qu'il cultive de mauvais sentiments, à défaut de son jardin.

Pourtant il pensait avoir effectué une bonne action lorsqu'il avait sauvé des griffes de son mari la belle Millette, une Arlésienne, et son fils Marius. C'était au début des années 1830 et il travaillait sur le port de Marseille comme portefaix. Travailleur, économe, célibataire, propriétaire de deux arpents de terre à Montredon, monsieur Coumbes vivait dans un petit immeuble qui abritait également Millette, son fils, et son mari Pierre Manas. Celui-ci, homme violent et alcoolique dépensait dans les troquets le peu d'argent qu'il gagnait, en compagnie de ses copains de comptoir. Il battait sa femme partant du principe que si lui ne savait pas pourquoi, elle, elle le savait. Et un jour, pris de boisson, par amusement éthylique et pour épater un de ses camarades, il entreprit de pendre sa femme.

Monsieur Coumbes, entendant les cris de Millette, lui sauve in extremis la vie au péril de la sienne car Manas n'entend pas que un individu quelqu'il soit lui obère son plaisir du moment.

Les voisins alertés s'en mêlent et Manas, toujours forcené, est emmené en prison. Millette est recueillie par monsieur Coumbes qui l'embauche pour les soins du ménage et la préparation des repas. Le jeune Marius est déclaré comme son filleul. Les semaines, les mois, les années passent.

Monsieur Coumbes fructifie son pécule, le jeune Marius grandit et Millette est toujours attachée comme servante. Pas plus car monsieur Coumbes professe à l'encontre de la gent féminine une certaine méfiance. D'ailleurs il ne verse aucun gages à Millette. Il est déjà assez bon comme ça, pense-t-il, puisqu'il procure le logement et la nourriture, à elle et à son fils.

Au bout de quelques années, la cagnotte amassée est assez conséquente pour que monsieur Coumbes puisse prendre sa retraite et s'installer définitivement dans son petit cabanon à Montredon. Pas le style cabane de jardin, mais une vraie maison, simple mais accueillante avec un bout de terrain ingrat autour et surtout la vue sur la mer. Et pas que la vue. Il peut aller pêcher tous les poissons de roche qui entrent dans la composition de la bouillabaisse, sa spécialité.

Le seul regret de monsieur Coumbes réside que malgré tous les soins qu'il apporte à cultiver ses plantations, celle-ci végètent, dépérissent, en légumes ingrats incapables de lui fournir la moindre subsistance ou en fleurs susceptibles de lui réjouir la vue. Pourtant il s'en donne de la peine monsieur Coumbes, ajoutant de la terre et entretenant ses parterres. Mais rien d'y fait.

Jusqu'au jour où un voisin s'installe sur le lopin contigu et fait construire un chalet. Et son jardin est comme un petit Eden. De quoi alimenter la jalousie de monsieur Coumbes. Si ce n'était que cela. Ce grand jeune homme invite des amis, farceurs comme lui, et déguisés en vampires ou quelque chose d'approchant, ils amènent de nuit une jeune femme afin de lui faire subir d'horribles supplices. Du moins c'est ce que monsieur Coumbes pense dans sa grande naïveté alimentée par la jalousie et l'orgueil.

Ce n'est qu'un malentendu, monsieur Coumbes l'apprendra un peu plus tard, mais le mal est fait. Il a assisté à une grande farce et la jeune femme n'est autre que la sœur du voisin. Une sœur charmante dont s'éprendra Marius lorsqu'il la rencontrera sur le port. Mais monsieur Coumbes ressasse un vif ressentiment. Les événements vont se précipiter lorsqu'un personnage perdu de vue depuis vingt ans reviendra sur scène, dans les calanques de la Madrague, non loin de Montredon.

 

Le fils du forçat est un roman intimiste, dans lequel gravitent peu de personnages et où Dumas déploie tout son savoir-faire narratif. Mais il oscille également entre romantisme et naturalisme avec un fond de roman criminel. Car tentative de meurtre et meurtre sont au rendez-vous..

Ce qui était à l'époque la grande banlieue de Marseille est aujourd'hui intégrée dans le VIIIe arrondissement de la cité phocéenne. La nature avait gardé ses droits, et la Pointe rouge, Montredon, la Madrague, possédaient ce charme sauvage qui n'est plus de nos jours leur apanage. Si la nature est y décrite avec précision, les efforts horticoles de monsieur Coumbes le sont également lorsqu'il se mue en jardinier. Mais un jardinier déçu. D'autant plus que son voisin réussit là où il n'essuie que des échecs.

Tout est axé sur monsieur Coumbes, son égoïsme, son orgueil, la relation ambigüe qu'il entretient avec Marius, son filleul qui l'appelle Papa, et dont il ne dévoile pas l'origine. Ne lui parlant pas de son véritable père qui a été envoyé en prison pour des faits de violence puis deviendra forçat durant deux décennies pour récidive.

Loin des romans historiques et de cape et d'épée qui ont forgé sa réputation Alexandre Dumas s'immisce dans un autre genre littéraire, enrichissant sa palette de la description d'un monde ouvrier et petit bourgeois.

Publié pour la première fois en 1859, ce roman est également titré Monsieur Coumbes, ou Histoire d’un cabanon et d’un chalet, ce qui est tout de même bon à savoir lorsque l'on veut posséder l'œuvre complète de cet auteur immortel.

Alexandre DUMAS : Le fils du forçat. Une tragédie marseillaise. Collection L'Aube Poche. Editions de l'Aube. Parution le 15 septembre 2016. 296 pages. 11,80€.

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 13:07

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux né le 29 octobre 1958.

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor.

Monsieur Victor est bien malheureux. Depuis qu’il a perdu sa femme Yvette, il y a quatre ans de cela, il végète seul dans sa grande maison paimpolaise.

Et comme les falaises c’est jamais qu’une invention pour justifier les rimes, Monsieur Victor n’a qu’une solution pour rejoindre son Yvette : se pendre.

C’est sans compter sur l’intrusion de madame Armande, sa voisine, qui a le don de se pointer toujours au mauvais moment. Ce n’est que partie remise, et quelques verres de gnôle arrangeront ça.

Ne voilà-t-il pas que Chloé, sa petite-fille Chloé, qu’il n’a pas vue depuis des années, l’appelle à la rescousse. Ni une, ni deux, il se rend à Paname, et s’installe chez la jeune fille qui partage son appartement avec Yanos, un artiste polonais et Lakdar, réfugié politique algérien.

Au cours de ses pérégrinations monsieur Victor aura maille à partir avec les policiers et retrouvera un amour de jeunesse perdu à cause d’une incompréhension auditive.

 

Jean-Jacques Reboux nous a habitué depuis quelques années à s’évader du roman policier ou noir en l’enrobant d’une trame populaire ou feuilletonesque.

Avec Le voyage de Monsieur Victor il récidive, s’insérant dans le créneau de l’humour satirique enchâssé dans un contexte d’humanisme et de sensibilité.

Peut-être catalogué roman à l’eau de rose pour certain, Monsieur Victor possède son crêpe noir qui fait mieux ressortir le charme qui s’en dégage.

 

Quelques exemplaires de ce roman sont encore disponibles chez Baleine :

Autres ouvrages de Jean-Jacques Reboux dont la lecture est fortement conseillée :

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor. Collection Velours N°14, éditions Baleine. Parution 224 pages. 8,00€

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 09:13

Je ne demande qu'à apprendre !

Mikaël OLLIVIER : Tu ne sais rien de l'amour.

Le chien noir est de retour. Après des années d'absence, il vient à nouveau de faire incursion dans l'esprit de Nicolas, sous forme de rêve, ou de cauchemar.

Neuf ans que Nicolas n'avait plus eu de nouvelles du chien noir. Alors, en plein milieu de la nuit, il se lève, boit un verre d'eau et remarque que son ordinateur n'a pas été éteint. Il a reçu un mail de sa mère. Enfin non, ils ont reçu chacun un mail, Malina et lui. Il le lira plus tard.

Malina est loin, à la Réunion, tandis que lui est à Strasbourg, interne dans un hôpital. Ils ont vingt cinq ans, ont été élevé ensemble, depuis leur prime enfance, mais les années ont passé, et justement le passé fait une incursion. Comme une cicatrice qui se réveille.

Nicolas décide de prendre l'air, de marcher au gré de son inspiration, laissant Hoshi, son vieux chien, qui n'est pas celui de ses cauchemars, dormir profondément.

Tout en marchant, il rumine ses années de jeunesse, ses parents, Malina, son copain Barthélémy. Il est près de quatre heure et une bonne odeur de pain chaud et de viennoiseries lui monte aux narines. Son père était boulanger, Nicolas aurait pu prendre la suite. Mais la farine a rongé la santé du père qui est mort il ya maintenant neuf ans, ou un peu plus.

Il rencontre incidemment une jeune femme qui promène son chien lequel vagabonde, la nuit pas besoin de laisse. Nicolas est surpris, il reconnait Juliette, la copine de son ex-amoureuse. C'était quand il étudiait à Paris. Mais la revoir à Strasbourg, changée physiquement en mieux comme si c'était possible, Nicolas en est ému. Cela ajouté à la peur qu'il a ressentie en voyant le chien débouler devant lui, favorise la conversation. Juliette qui veut devenir avocate, écoute volontiers Nicolas dans ses explications. Nicolas qui se confie comme une cocotte-minute dont on vient d'enlever le sifflet. Les réminiscences s'échappent comme la vapeur.

Né en banlieue parisienne, Nicolas a suivi ses parents lorsqu'ils ont décidé de s'installer près de Chartres. Sa mère avait une amie qui était agent immobilier et qui leur a trouvé un terrain à vendre. Ses parents ont racheté une boulangerie fréquentée par de nombreux chalands, seulement son père, un boulanger à l'ancienne qui avait l'amour du métier, n'était guère à la maison. Les relations entre le boulanger et son fils étaient quasi inexistantes. Ils ont fait la connaissance de Sandro qui venait de perdre sa femme dans un accident peu avant leur installation, veuf avec une gamine du même âge que Nicolas. Malina.

Malina et Nicolas sont devenus inséparables et la gamine dormait souvent chez Nicolas. Puis Sandro a trouvé quelqu'un avec qui partager sa vie, et la mère de Nicolas a proposé d'héberger Malina, de s'en occuper. Alors Nicolas et Malina ont fait chambre commune, l'aménagement du grenier qui était prévu tardant à se réaliser. Ils se retrouvaient tous les ans dans la même classe à l'école, ils jouaient en double au tennis, ils pratiquaient les mêmes jeux, la même affection, devenant presque des jumeaux. Un peu plus même. Un soir Malina rejoint Nicolas dans son lit, afin de pouvoir deviser ensemble sans faire de bruit. Puis les jeux interdits ont débuté, se sont amplifiés, améliorés.

Le père de Nicolas tombe malade, puis c'est la rémission, puis la rechute. Mais tout se déclenche un jour lorsque Nicolas, séchant l'école, aperçoit sa mère dans un restaurant de Chartres en compagnie d'un homme. Et leurs gestes ne sont pas ceux de copain-copine.

 

Le tournant dans la vie de Nicolas qui va enquêter sur cet inconnu, la recherche devenant une obsession. Et lui qui n'a jamais su dire non, se rebelle. Lui qui était docile, trop docile, acceptant tout, ne rechignant pas devant les décisions, se laissant faire et mener par le bout du nez, commence à regimber. D'abord il ne prendra pas la succession de son père mais deviendra médecin. Mais sa résistance ne va pas jusqu'à refuser l'idée de se fiancer avec Malina, idée émise par sa mère alors qu'ils n'ont que seize ans.

 

L'amour, toujours l'amour. Les amours enfantines qui attendrissent les adultes, les amours adolescentes qui peuvent évoluer dans un sens comme dans l'autre, les amours d'adultes qui peuvent vagabonder vers d'autres rivages, c'est ce que Mikaël Ollivier tente de percer et de décrire dans ce roman de la pudeur même si cela peut choquer certains puritains. Après tout il n'y a pas d'inceste entre deux enfants qui n'ont rien en commun comme héritage de macromolécule biologique.

Une histoire qui ravivera, par certains côtés uniquement, des épisodes de notre enfance, lorsque nous recherchions une amitié amoureuse, ne sachant trop où commençait l'une où s'arrêtait l'autre. Des rêves, des désirs, souvent inexprimés et parfois rapidement mis dans le classeur des souvenirs, à cause de changement de domicile ou tout simplement d'école.

Mikaël Ollivier touche à un sujet sensible avec cette amitié amoureuse entre Nicolas et Malina, amitié encouragée implicitement. Et si son propos ne s'arrêtait qu'à cet aspect de la vie de jeunes adolescents, le livre aurait déjà son charme et son intérêt. Mais il y a également la maladie du père qui vient jouer les trouble-fête et la relation de la mère avec un inconnu. Tout un enchainement qui débouche sur des révélations brutales.

On a tous besoin de rêves, pas forcément de les réaliser.

Mikaël OLLIVIER : Tu ne sais rien de l'amour. Editions Thierry Magnier. Parution 24 août 2016. 240 pages. 15,90€.

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 11:32

Tombe la neige
Tu ne viendras pas ce soir
Tombe la neige
Et mon cœur s'habille de noir

 

Brigitte GUILHOT : Soluble.

Bloquée par la neige dans sa maison isolée, dans un lieu-dit de montagne, loin de tout, Rita, la narratrice, vit avec pour toute compagnie son chat le bien-nommé Elgato.

Ce matin-là, surprise ! La neige, non seulement cerne tout, mais a érigé un mur tout autour de la maison, bloquant les issues. De quoi rester coite, en plein milieu de l'escalier, vêtue d'une veste rouge de camionneur. Une veste offerte.

Petit rituel matinal, allumer la radio. Et dans les grésillements émis Rita entend une information hachée, qui la touche de près. De très près.

Astérion H., le poète, l'écrivain, l'homme de théâtre, qui a effectué quelques séjours en prison, Astérion H. s'est éteint le matin même à l'hôpital Tenon. La voix sans visage du transistor est brutalement coupée. Rita est désemparée. Non pas parce que la radio est devenue muette, mais bien par cette annonce qui la bouleverse.

Astérion H. monamour, monamour, monamour.... Comme un mantra Rita psalmodie ces mots enchaînés, comme elle était enchaînée à Astérion, comme Astérion était enchaîné à la vie. En principe. Et pourtant il est parti...

Les jours vont passer, Rita est anéantie, désemparée, perdue, en colère également. Astérion faisait partie intégrante de sa vie et il revient quotidiennement dans sa pensée, lui suggérant des idées, des faits, des gestes. L'esprit lui joue des tours, Elgato n'en peut mais. Et puis le Livre d'Astérion est là qui lui tend les pages, elle se remémore des phrases, des écrits, comme des maximes.

Une mouche tournicote, l'importune et bientôt Rita se demande si le corps d'Astérion n'a pas envahi celui de ce diptère enquiquineur. Et pour faire bon compte, bon conte, la mouche va se trouver emprisonnée dans les pages du livre.

 

Sous forme de long message destiné à l'édification d'un enfant, celui de sa fille, Rita la narratrice clame, crie son amour envers Astérion, mais également son désespoir, son accablement, son envie de le revoir, de l'étreindre. Elle se remémore des épisodes passés en sa compagnie, mais d'autres petits faits qui se rattachent à sa maison à sa vie quotidienne, à l'après nouvelle du décès.

Elle raconte ce que l'on peut ressentir dans ces moments d'égarement, de perturbation morale, physique, psychique, cette longue déliquescence dans un trou d'enfer, dans une claustration voulue par les éléments météorologiques et peut-être sa volonté.

Une histoire dont l'épilogue réserve des surprises en cascades, qui s'enchaînent inéluctablement pour le plus grand plaisir du lecteur, et qui explique des petits faits, des gestes, des pensées, qui semblaient anachroniques ou pour le moins surprenants.

 

Pour commander l'ouvrage, se rendre ci-dessous

Autre chronique sur Brigitte Guilhot :

Brigitte GUILHOT : Soluble. Editions de L'Ours Blanc. Parution le 19 juillet 2014. 120 pages. 9,00€.

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 11:13

La mer sans arrêt, roulait ses galets...

Stanislas PETROSKY : L'amante d'Etretat.

Noyer son chagrin dans l'alcool occasionne des retours de bâtons et des crises de foie. Surtout lorsque l'intempérance est liée à des prises de médicaments en surnombre.

Isabelle, vingt ans, découvre une fois de plus sa mère dans les vignes du Seigneur, et la vendange est quasi prête. Aline Mergis est hospitalisée en urgence, et comme les toubibs l'avaient annoncé, elle ne passe pas la nuit.

Il est vrai qu'Aline Mergis n'avait pas une vie heureuse. Son mari ne dédaignait pas les bouteilles et lui tapait dessus à tout de bras. A force de taquiner le flacon il était passé sous un train. Aline aurait pu être délivrée d'un mari brutal, au contraire elle était tombée en dépression. Elle l'aimait malgré tout. Isabelle avait connu cet épisode, consignant durant son adolescence dans un cahier les brutalités paternelles, la déchéance de sa mère.

Isabelle est encore étudiante et elle est démunie. Financièrement et moralement. Pourtant elle accepte la proposition de l'ordonnateur des pompes funèbres, préparer le corps de sa mère par un thanatopracteur. Sa vocation est toute trouvée. Finies les études de comptabilité, elle va devenir elle aussi thanatopracteuse. Et elle demande d'effectuer un stage de découverte en compagnie de Frédéric, le fils de l'ordonnateur, et de fil en aiguille, les deux jeunes gens s'aperçoivent qu'ils se plaisent et plus si affinités.

Et Frédéric et Isabelle se complètent si bien qu'ils travaillent ensemble, comme thanatopracteurs, qu'ils se marient, qu'ils... n'ont pas encore d'enfants. Ils décident d'acheter une maison à Etretat, loin du lieu de travail au Havre, mais loin également des parents de Frédéric qui pensaient à un meilleur parti pour leur fils.

Seulement Frédéric est un adepte assidu de la planche à voile, et il sacrifie volontiers à sa passion, même lorsque le temps n'y est pas favorable. Et un jour Frédéric oublie de rentrer, emporté par le vent, les embruns, les vagues, une sirène peut-être... Le corps n'est pas retrouvé, seules quelques reliques viennent s'échouer sur la plage. Isabelle tombe elle aussi en dépression, et ce ne sont pas les parents de Frédéric qui vont l'aider à remonter la pente sur laquelle elle se laisse doucement glisser.

Elle aménage dans leur jardinet un jardin du souvenir, un peu façon jardin japonais, avec des bambous qui la protègent des regards des voisins, et elle passe son temps dans ce petit enclos où elle dort.

 

L'Amante d'Etretat pourrait être une charmante et misérabiliste bluette à la Delly, un roman à l'eau de rose trempé dans le formol. C'est sans compter sur l'esprit machiavélique de Stanislas Petrovski qui nous offre un épilogue à double détente et un beau portrait de femme.

Isabelle n'a pas eu une enfance heureuse, mais elle ne se plaint pas. Son carnet intime lui sert d'exutoire durant de longues années. Pourtant elle trouve enfin le bonheur, avec Frédéric, même si cette rencontre est fortuite. Sans le décès de sa mère, surtout dans ce genre de circonstances, peut-être que la vie aurait été autre. Mais ce qui est frappant chez Isabelle, c'est cet amour fusionnel qu'elle ressent envers Frédéric. Surtout lorsqu'il est parti, noyé, que son corps n'est pas retrouvé, et qu'elle importune tous les jours la gendarmerie afin de savoir s'il y a du neuf.

Elle entreprend une longue descente aux enfers afin que l'image de Frédéric perdure, entretenue par ce jardin du souvenir qu'elle protège avec cet amour porté au paroxysme. Elle frôle la folie mais comme dans toute histoire d'amour, il y aura un élément déclencheur. Dans quel sens ? Les histoires d'amour finissent mal en général, comme chantaient les Rita Mitsouko, mais il peut y avoir des exceptions. Ou non.

Stanislas Petrosky entrouvre une autre facette de son talent, tout en sensibilité mais pas en sensiblerie ni en mièvrerie.

 

Stanislas PETROSKY : L'amante d'Etretat. Collection Parabellum. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 27 février 2016. 124 pages. 8,00€. Version numérique : 5,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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