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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 16:46

Il a tout d'un grand !

Sébastien GEHAN : La traque.

Le Havre. 23 février 1942.

Simon Rafsjus, un gamin juif, déambule dans les rues, rentrant chez lui, la faim lui tenaillant le ventre. Il contemple les vitrines et la transformation de la cité portuaire.

Les Allemands construisent les édifices destinés à prévenir un débarquement des Américains, ce fameux mur de l'Atlantique qui remonte jusque dans la Manche et qui en réalité n'empêchera rien. Tant mieux.

Simon reluque les affiches vantant les mérites d'un apéritif au quinquina, dont son père raffole, et collées en dessous celles dénonçant les Résistants manipulés par les Soviets et les Juifs.

Les Juifs, stigmatisés, sur qui toute la vindicte se cristallise. Il faut bien trouver des coupables, un exutoire racial et ségrégationniste.

 

Février 2007.

Moussa, quatorze ans, en France depuis huit ans en provenance du Sénégal avec ses parents et ses deux jeunes sœurs, rentre de l'école. La maîtresse l'aime bien, elle lui fait même un petit signe amical de la main. Il baguenaude mais depuis juillet 2003 la loi Sarkozy est passée par là et depuis lui et sa famille sont en situation irrégulière.

 

Tous deux, Simon et Moussa, à soixante cinq ans d'écart vivent le même drame. Rentrant chez eux ils aperçoivent un fourgon cellulaire emmenant leur famille proscrite.

 

Sébastien Géhan met en parallèle deux situations, deux opprobres liés à l'origine de familles intégrées mais rejetées par un système politique alimenté par des relents de racisme, d'exclusion. Des sentiments de rejet entretenus par la jalousie, la peur de l'autre, de l'étranger, dont les modes de vie ou de religion sont considérés comme dérangeants.

Mais ce qui est dérangeant, c'est bien cet ostracisme qui perdure, malgré les déclarations démagogiques.

Sébastien GEHAN : La traque. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution 3 janvier 2017. 14 pages. 1,99€.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 06:05

Méfiez-vous des quidams lambdas, ce sont les pires...

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs

Tout jeune, à sa majorité, il avait estourbi et envoyé ad-patres son premier candidat à la mort avec doigté et facilité. Candidat involontaire faut-il préciser.

Il avait écouté et assimilé les leçons prodiguées par son père, un orfèvre en la matière. Puis les avait appliquées dans la plus pure tradition paternelle.

Vêtu d'un survêtement banal, il était entré dans le parc où batifolaient des gamins surveillés par des parents omniprésents. Il s'était caché dans des buissons, puis s'était approché d'un banc sur lequel se reposait un quadragénaire pensif.

Un gantelet en mailles de fer à la main, il avait occis sa cible sans coup férir de deux tapes, nullement amicales, et il avait accroché à son tableau de chasse son premier cadavre. Un inconnu qui ne lui avait rien fait, mais qu'importe. Seul le geste compte et il l'avait réalisé avec brio.

Par la suite il avait enchaîné les contrats et le carnet de commande ne désemplissait pas.

Ce jour là il a pris le train. Il est devenu un quinquagénaire bien conservé même s'il est démuni côté capillaire. C'est un homme passe-partout qui a rendez-vous à Voroy, une commune qu'il connait bien, même si cela fait déjà un bon moment qu'il ne s'y est pas rendu. Et il est joyeux. Allez savoir pour quoi...

 

 

 Avec un humour noir féroce et froid, glacial presque et pourtant empli de sentiments, Gilles Vidal nous entraîne dans le sillage d'un tueur aguerri, qui ne regrette rien. D'ailleurs qu'aurait-il à regretter ? Sûrement pas sa trajectoire professionnelle qui n'a jamais failli.

Tueur est un métier comme un autre, comme ces soldats qui s'engagent parce qu'ils ont envie d'en découdre.

Mais la vie, ou la mort réserve parfois de drôles de surprises, qui finalement ne sont pas si drôles que ça.

Une ode au père qui a tout appris, ou presque.

 

 

 

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution octobre 2016. Version numérique. 12 pages. 1,99€.

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 11:27

Bon anniversaire à Catherine Fradier, née le 22 juin 1958.

Catherine FRADIER : Ballon.

Tandis que des centaines de milliers de supporters, à un ou deux près, envahissent la France, désirant encourager leurs équipes respectives, dépensant sans compter leurs euros, faisant le bonheur des débits de boissons et fournissant allègrement du travail à ceux qui sont au chômage ou non lors des dégâts occasionnés par leurs débordements joyeux, là-bas, en Orient, un gamin pigne auprès de sa mère son ballon.

Il a oublié son ballon sur la plage, à cause des bombardements. Alors sa mère, Razan, sachant que le père lui offrira gentiment quelques torgnoles en rentrant, Qusaï effectuant six tours dans ses baskets délabrées sans toucher les bords, Razan décide d'aller récupérer le jouet de son fils malgré son ventre en capilotade.

 

En quatre pages, Catherine Fradier aborde un sujet grave. Elle nous montre les horreurs de la guerre à travers un événement parmi tant d'autres, un court épisode de la vie quotidienne, alors que tout devrait être joie pour des gamins qui n'ont rien demandé sauf une parcelle de bonheur, toucher la lune par exemple.

Une page d'histoire écrite tout en finesse, en toucher de plume, et le lecteur assiste, comme au cinéma, à ce qui pourrait être un moment de détente au milieu de la guerre. Mais la détente n'est pas celle à laquelle Qusaï pourrait, devrait, avoir droit, car les doigts des hommes sont dessus.

Catherine FRADIER : Ballon. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution juin 2016. 1,49€.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 09:27

Je crois bien que rien n'y ferait...

Frédérique TRIGODET : Même si tu revenais.

Deux crimes en une semaine, dans deux villages situés à l'opposé du département, mais dans des conditions similaires. Deux femmes retrouvées dans leur baignoire, électrocutées.

Le capitaine Pistoléas est dubitatif en contemplant sa petite brigade composée de François Perrin, du lieutenant Misogin et de Laurence la stagiaire qui reste accrochée à son bureau se considérant comme une profileuse.

Le commissaire Vellin lui a remonté les bretelles le sommant de conduire son enquête le plus rapidement possible, imposant à son équipe un stage de formation, plaçant sa nièce comme stagiaire, et débrouillez-vous les gars, y a du pain sur la planche, et un tueur en série en liberté.

Alors tout ce petit monde récapitule, émet des hypothèses, enfin ceux qui pensent, se tortillonnent les neurones, mais cela ne va pas bien loin. Deux femmes, entre deux âges, habillées de paillettes et de strass, qui se prénomment toutes les deux... Rien de bien important à se mettre sous les dents, les yeux et les mains. Ah si, elles portaient des traces de violence.

 

Lui se sent investi d'une mission, perpétrer le souvenir du Chanteur. Il y ressemble fortement, il en possède même la voix, d'après une charmante dame qui est venue l'écouter à une fête de la bière. Tout serait parfait s'il n'avait pas un problème. De taille. Ses danseuses qui n'égalent pas celles de son Idole.

 

Rien que le titre de cette nouvelle vous aura mis sur la voie et la voix. Mais la chute, là chut... est intéressante, et montre un personnage plus vrai que nature dans son idolâtrie, son besoin de s'identifier à quelqu'un dont la notoriété défie les années.

Une nouvelle humoristique dont les protagonistes principaux, le capitaine Pistoléas et les membres de sa petite équipe, semblent complètement à la ramasse, étant obligés à se réunir pour échanger leurs opinions et à se servir d'une calculette pour additionner deux plus deux et se rendre compte que cela fait quatre.

Et ils me font penser aux bras cassés du cinéma, dans les films je précise car dans la vie courante ils n'étaient pas aussi niais, à Bernard Blier, Jean Lefèvre, Jean Carmet, Mireille Darc... Si vous avez d'autres suggestions, n'hésitez pas, vous connaissez mon adresse...

Ce pourrait n'être qu'une parodie de comédie policière, mais le personnage du Chanteur-bis nous plonge dans les affres de ceux qui se veulent à l'égal, s'identifient, mais ne sont que de tristes clowns blancs pitoyables.

Frédérique Trigodet, une nouvelliste à suivre... en tout bien tout honneur !

 

Pour commander ou consulter le catalogue de SKA éditeur :

Frédérique TRIGODET : Même si tu revenais. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. 1,49€.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 13:55

Le chômage, ce n'est pas de tout repos...

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord.

Franchement, le père de Maël et de Matéo pourrait quand même s'occuper de ses gamins. Il a tout son temps puisqu'il est au chômage.

Nelly, la sexagénaire qui pour faire plaisir à Manuela leur mère accepte de les garder commence à devenir vieille. Elle le ressent, la retraite est proche. Le poids des ans lui pèse, et les gamins braillards, Matéo la veille a eu la veille une crise de dent, elle ne peut plus les supporter. D'accord, il n'y peut rien Matéo, à six mois on ne maîtrise pas la douleur. Et Maël est trop turbulent pour que Nelly en supporte les conséquences.

Nelly aimerait remplir sa grille de Sudoku dans la sérénité, son moment de détente du samedi après-midi, mais son esprit est tourneboulé. Le matin, en passant l'aspirateur elle a retrouvé le doudou, un vieux chiffon, une loque, un rebut, de Maël. Elle ira le porter le soir, car elle a le cœur sur la main Nelly.

Oui, quand même, pourquoi Marc ne s'occupe-t-il pas de ses gamins ? Il prélasse au lit tandis que sa femme Manuela part au travail et s'octroie de temps à autre un peu de détente en allant à la salle de sport avec une copine. Marc lui n'a plus le goût à quoi que ce soit.

Manuela le lui reprocherait presque, car il ne l'aide même pas la nuit, lorsque Matéo crie à cause des dents qui veulent aller dehors. D'abord il est malade, ce n'est pas du chiqué, il le ressent dans son torse. Marc a rendez-vous chez le cardiologue, avant il avait mal au dos. Ce sont de bonnes excuses quand même. Le seul problème c'est peut-être qu'il a trop cru au syndicat, et à Philippe le délégué, son ami, qui n'a rien fait quand les mots vulgaires de chômage technique ont été prononcés à son encontre.

 

Cette nouvelle s'inscrit dans la thématique Famille je vous haime. Un épisode sociétal et familial qui ne fait pas la grande une des médias, car trop banal. Le chômage, ça fait vivre les statisticiens, les analystes économiques et politiques, mais en réalité ça n'intéresse personne, puisque tout le monde peut contracter ce virus moderne, ce cancer de la société consumériste qui engendre des retombées financières pour les actionnaires, les autres n'ayant qu'à prendre un marteau et un clou pour effectuer des trous dans la ceinture qui de plus en plus est serrée.

Derrière les volets clos, les drames se nouent mais on n'en parle pas, pudeur oblige.

Un très beau texte de Mathilde Bensa qui devrait toucher bien des personnes qui sont dans le cas de Marc et Manuela, mais qui devrait être lu par ceux qui ne s'intéressent qu'aux résultats de la bourse.

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord. Nouvelle Noire numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 07:11

Reine des neiges un jour, Reine des neiges

toujours...

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici.

Ce titre pourrait faire penser à un film d'animation, à un conte féérique, à un monde merveilleux, c'est tout le contraire.

Max Obione aime à se plonger dans le quotidien ordinaire des petites gens, des sans-dents, des sans avenir, des exclus de la normalité, traquant le sordide derrière les portes closes ou étalé de l'autre côté du soleil. Ce qui n'exclue pas l'amour, l'amitié, l'humanisme, le rêve, l'espoir, même si celui-ci possède un goût de frelaté. Et ce n'est pas parce que ce sont des défavorisés de la nature qu'il faut attenter à leur dignité, à leur honneur, à leur intégrité.

Ainsi dans Le petit légume, la narratrice n'accepte pas qu'un homme recueilli par sa mère afin qu'il se repose, dénigre son grand-frère. A dix ans, on sait quand quelqu'un se moque des autres, et que cet individu soiffard et sans gêne traite Jean-Mi de Petit légume, cela la révolte. Ce n'est pas parce que Jean-Mi est couché dans une caisse, qu'il possède deux nageoires en guise de bras et de mains, qu'il ne peut s'exprimer qu'avec les yeux, qu'il faut lui manquer de respect.

Reine des neiges, c'est la vieille dame qui s'assied tous les jours à la même place dans le bus, étalant autour d'elle ses cabas. Elle est assurée de s'installer au même endroit car l'odeur qui se dégage d'elle n'est pas recensée par les parfumeurs de Grasse. Pourtant la narratrice n'hésite pas à lui parler et lui faire narrer son aventure, le pourquoi de Reine des neiges.

Ankylose pourrait être une nouvelle mouture du Blé en herbe, ou au livre Le Rouge et le Noir que le jeune narrateur est en train de lire, car la copine de maman qui vient passer quelques jours chez eux, au Havre, le rejette après l'avoir dessalé dans l'eau de mer. Ce n'est pas parce que Josiane travaille à l'ORTF, qu'elle est considérée comme une traînée par sa mère qui a les idées qui ne descendent jamais en dessous de la ceinture, qu'elle doit se moquer de lui.

Le pied de Jeanne n'est pas une histoire bancale mais l'aventure d'une jeune femme devenue détective privée à la suite d'un accident lorsqu'elle était policière. Elle se fait draguer par un homme portant beau sur lui dans une boîte de nuit. Elle n'est pas une danseuse accomplie, pourtant il l'invite à échanger leur salive et plus si affinité. Et ce n'est pas la jambe artificielle de Jeanne qui va l'empêcher de prendre son pied.

Entre hier et aujourd'hui, Max Obione nous présente sa ville d'adoption, Le Havre. Ainsi dans Momo au présent, nous sommes en 1951, lorsqu'Auguste Perret visite un chantier de la reconstruction d'après-guerre. Et que certains en profitent pour faire leur blé en chapardant du ciment.

Canon, c'est peut-être la mère qui l'est, physiquement, mais c'est surtout son travail. Elle est femme-canon dans un cirque. Quant à sa fille, elle est obligée de supporter son frère qui est toujours dans son dos.

Un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Big Dicky Joe, le dernier à se présenter, semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références.

Un vieux danseur cire consciencieusement sa paire de chaussures, des Carlito, vestiges d'un passé de gala. Il formait avec Maddy, son épouse, un couple de danseurs renommés qui écumait les concours, jusqu'à Las Vegas. C'était le bon temps décrit dans Fin de Maddy.

 

Treize nouvelles qui mettent en scène surtout des femmes, soit comme protagonistes principales, soit comme seconds rôles indispensables. On le sait, le poète l'a chanté, la femme est l'avenir de l'homme. Dans la vie comme dans la mort. Alors, sordides, ces histoires, oui, mais poignantes, tristes, dans lesquelles l'humour noir féroce, caustique, dilue la désespérance, la pitié et la compassion. Une joie de vivre factice, et pourtant une grande envie de vivre... autre chose.

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici. Nouvelles. Collection Cappucinos. Editions des Falaises. Parution mai 2016. 140 pages. 12,00€.

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 08:22

... a le cœur dans le pantalon...

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard.

Il aime bien ses filles, Richard, trop bien même. Les petits cadeaux pour elles, les petites gâteries pour lui.

Il a connu leur mère dans un bal, un mariage vite fait, deux gamines à trois ans d'écart, et tout le temps parti pour son travail. Au retour, tout pour ses filles, parfois des claques assaisonnées de gifle pour elle.

Léna, onze ans et demi, Lou-Anne, trois ans de plus. Et puis un jour patatras, la mère qui s'aperçoit que Lou-Anne a du retard. C'est une règle quand on ne prend plus la pilule car paraît-il cela donne de l'acné. Les garçons doivent en ingurgiter plusieurs par jours à ce compte là.

La mère, elle sait ce qu'il se passe lorsqu'elle a le dos tourné. D'ailleurs le Roi Richard, même s'il n'apprécie pas du tout ce surnom dont elle l'a affublé, ne s'en cache pas. En rentrant des courses avec Lou-Anne, la mère se rend compte que son mari a dû jouer comme souvent avec Léna. Il rajuste son pantalon négligemment.

Même si au début la mère n'avait pas aimé les privautés entre père et filles, elle avait dû s'y habituer. Des câlins pour faire passer la pilule amère, des références bibliques ou mythologiques, et une incisive pétée afin qu'elle ne montre plus les dents. Le roi, sa femme et les petites princesses...

Et tout va de mal en pis, ça dégénère, les coups et les douleurs ça ne se discute pas, ça s'encaisse sans rien dire.

 

Nouvelle noire, Le Roi Richard certes l'est, mais ce n'est pas une fiction, du moins telle qu'on voudrait que ce soit. Ces choses là ne se font pas, c'est bien connu. Pourtant la société regorge d'exemples similaires. Le règne patriarcal existe toujours, même si c'est plus caché, plus diffus. Et l'on sait bien que les bleus ne sont pas toujours le résultat d'une rencontre inopinée avec une porte et qu'une grossesse n'est pas le fait d'une liaison passagère avec un bel inconnu amant d'un soir.

Jeanne Desaubry plante le stylo là où ça fait mal, avec concision, pudeur, retenue, sobriété, sans s'emberlificoter dans des détails inutiles, sans misérabilisme. Elle pointe avec justesse cette gangrène que certains ne veulent pas voir, réfutent même, le droit de cuissage familial qui n'est pas l'apanage des petites gens, mais que l'on retrouve dans toutes les couches de la société.

Une nouvelle qui touche au cœur et laisse des bleus à l'âme.

 

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 11:05

Pancho vit la révolution...

Marc VILLARD : Juarez 1911.

Seigneur... Et le cheval ?

Un vétérinaire, c'est le médecin des animaux, et il se préoccupe d'eux avant tout, d'où cette question primordiale.

Après la question traditionnelle, Qu'est-ce qu'il s'est passé ? après avoir écouté la réponse de Jim, le véto s'intéresse tout naturellement à l'équidé qui vient de se briser l'antérieur droit contre un rondin. Tout ça pour signifier qu'il ne peut rien.

Le père de Jim avait voulu débourrer une jeune pouliche mais il avait pris un coup de sabot en plein front. Fin de vie pour le père, et pour l'animal aussi car l'homme de l'art ne peut rien faire.

Un an plus tard.

Jim Parker a quitté la ferme familiale près de Durango, et on le retrouve installé à une table de poker de Cameron, à quelques kilomètres d'Albuquerque. Il détonne parmi les autres joueurs avec ses habits boueux de paysan. Seul son colt, bien en vue et prêt à servir, lui donne un air d'autorité et de mâle assurance.

Il se fait plumer, mais comment prouver qu'il est face à des tricheurs. Il ne possède plus un quart de dollar en poche. Alors il accepte la proposition d'un nommé Toni Hernandez, un américano-mexicain, qui veut bien lui prêter de l'argent mais avec une compensation à la clé.

 

En ce 7 mai 1911, les Mexicains sont en bisbille interne. Portofirio Diaz est sur la sellette, contesté par Madero, et le front nord est dirigé par Pancho Villa et Orozco. Ce n'est pas pour se mêler des affaires politiques qui se déroulent de l'autre côté de la frontière que Jim Parker doit se rendre à Juarez, mais pour laver l'honneur de Toni Hernandez.

C'est dans cette ambiance révolutionnaire que Jim Parker arrive à Juarez.

 

Le colonel Francisco Villa après la prise de Ciudad Juárez, photographie du 10 mai 1911.

Le colonel Francisco Villa après la prise de Ciudad Juárez, photographie du 10 mai 1911.

Délaissant le jazz et la musique en général, le temps d'une incursion historique, Marc Villard nous emmène à la frontière américano-mexicaine, du côté de Juarez, cette ville connue de jours sous le nom de Ciudad Juarez, pour son insécurité et ses cartels.

Un western guerrier doublé d'une aventure sentimentale, nouveau décor, nouvelle atmosphère, nouveau genre pour Marc Villard et ceci n'est pas pour déplaire les amoureux du roman d'aventures.

La révolution mexicaine associée aux noms de Pancho Vila, Zapata, Ciudad Juarez, des noms qui résonnent dans nos têtes nous renvoyant à des romans (ou des films) héroïques.

Marc Villard plonge un Américain fauché dans cette atmosphère avec pour compagnon l'œil du photographe qui suit les différents affrontements, John Forsythe. Une nouvelle voie à explorer pour Marc Villard qui, je l'espère, récidivera dans cette veine exotique.

 

Autres ouvrages de Marc Villard chez Ska éditions :

 

Marc VILLARD : Juarez 1911. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution Mars 2016. 1,49€.

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:46

Un court roman mais un grand Bouquin !

Jérémy BOUQUIN : Echouée.

Avant elle s'appelait Suzanne Perdrix, mais depuis quatorze ans qu'elle végète sur une aire d'autoroute, elle est devenue Mona.

Elle a quarante-trois ans et Mona survit en effectuant de petits boulots auprès des routiers. C'est une manuelle, parfois un peu intellectuelle aussi. Elle aide les camionneurs à décharger, tout est fait main. Car elle possède sa dignité même si elle ingurgite bon nombre de bouteilles de whisky achetées à la supérette du parking. Mais ils sont habitués ses clients, et ils ont accepté le marché. Tout à la main, rien qu'à la main. La bouche elle la réserve pour leur raconter des histoires quand ils ont une petite défaillance. Mona est une esthète !

Il lui arrive également lors des coups de bourre (c'est une expression !) d'aider le patron de l'hôtel tout proche, faire les chambres et nettoyer les sols. Au noir bien évidemment. Elle a été acceptée par tous et s'est fait une copine, Myriam, serveuse au bar entre deux cours de droit.

Ce jour-là, alors qu'elle se repose, elle commence à lire le journal et tombe sur un article qui la déboussole. Thierry Paturel, chef de cabinet au ministère de l'Agriculture, vient de décéder. L'enterrement aura lieu le 6 décembre. Mais pour Mona, ce mort n'est qu'un salopard.

Paturel a été victime d'un accident de la circulation, pour Mona, c'est synonyme de délivrance. Le cri du cœur. Je suis libre s'exclame-t-elle. Fini la clandestinité, la fuite. Mais contrairement à la dernière phrase de la nécrologie, Mona assure que Paturel ne reposera pas en paix.

Son véhicule refusant de démarrer, ce qui est compréhensible depuis le temps qu'il fainéantise sur le parking, Mona accepte la proposition de Myriam de la conduire là où elle désire se rendre, près d'Orléans. Les croque-morts sont déjà sur place, et glissent le cercueil dans le fourgon. Pourtant l'enterrement ne doit se produire que le lendemain.

 

La vengeance est un plat qui se mange froid, réfrigéré même.

Ce pourrait une banale et classique histoire de vengeance féminine, comme on a pu en lire beaucoup, en littérature blanche ou noire, peu importe. Mais c'est le traitement de l'histoire qui diffère, même si la moralité est abandonnée en cours de route.

Mais de quelle moralité parle-t-on ? De quel côté se place la probité morale ? Ne cherchez pas la femme, comme il est dit dans les romans policiers, mais l'homme qui se sert de la femme comme d'une marchandise, puis la jette tel un mouchoir papier usagé. La dignité n'est pas forcément habillée d'un costume cravate, mais parfois d'une simple jupette et d'un débardeur échancré.

Jérémy BOUQUIN : Echouée. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution avril 2016. 2,99€.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 14:34

Il y a le ciel, le soleil et la mer...

Gaëtan BRIXTEL : Le pari.

Sauf qu'il fait nuit, que le ciel on ne le voit guère et que la mer on l'entend dans un ressac abrutissant.

Envisager un bain de minuit dans la mer de la Manche un mois de juin pluvieux et venteux, ce pourrait être une gageure. Pourtant c'est bien ce qu'ont décidé Anne et Vincent dans les dunes de Barneville sur les côtes du Cotentin. Peut-être espèrent-ils que les eaux soient réchauffées par la proximité de la Centrale de Flamanville toute proche.

Ils sont jeunes, ils sont beaux, surtout elle car lui est du genre malingre. Il a osé l'aborder la dernière journée de la Terminale, elle a accepté une séance de cinéma, de se revoir. Et les voilà affrontant le vent, elle agile comme un cabri, lui frissonnant, de froid et d'appréhension, se posant les questions existentielles propres à tout adolescent : comment embrasser une fille.

Un pari stupide, Vincent en est conscient, mais comment se rétracter et ne pas passer pour un idiot, un couard, voire plus.

Anne le tarabuste, lui promettant de l'embrasser s'ils se jettent tous deux à l'eau. Se jeter à l'eau, faut bien le faire un jour, mais pas dans une eau à douze degrés.

Mais Anne est persuasive, et Vincent se rend rapidement compte que la métaphore du sexe et de l'escargot n'est pas si galvaudée que ça. Et Anne qui lui demande d'enlever son slip, seul vêtement qu'il porte depuis qu'il a laissé son tee-shirt sur le sable, et qu'il aura le droit de lui enlever son maillot s'il la rattrape à la nage. Suffit de lui laisser dix secondes de battement.

 

C´est l´amour à la plage

Et mes yeux dans tes yeux...

Ah ses jeunes, qui se perdent dans le sourire d'une jolie fille. Il avait eu du courage Vincent d'oser aborder Anne, alors qu'elle venait de discuter avec Geoffrey, le beau gosse de l'établissement. Y'en a vraiment qui ne doutent de rien. Et si justement ce courage était payé en retour ?

Un épisode de la vie d'un adolescent pas encore aguerri aux subtilités de la nature féminine, et une jeune fille qui sait allier marivaudage et canulars.

Mais ce conte moderne est très sage par rapport à ce que certains imaginent et n'est qu'une extrapolation amusante, pas pour tout le monde je le concède, des farces normandes à la sauce du vingt-et-unième siècle.

Gaëtan Brixtel, un jeune qui nous parle d'aujourd'hui et peut-être d'une expérience personnelle, ce que je ne lui souhaite pas.

 

Gaëtan BRIXTEL : Le pari. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution avril 2016. 1,49€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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