Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 03:51

Loft story…

Luis ALFREDO : Téléréalité.

Pour le commandant René-Charles de Villemur, cette soirée aurait dû se dérouler comme les autres. Dans le calme et la sérénité, avec ses pensées vagabondes et mortuaires.

A partir de 19h30, la télévision est éteinte, et il préfère choisir un livre au hasard dans sa monumentale bibliothèque, placer un CD dans le lecteur, déguster un verre et un cigarillo. Et ses idées vagabondent, revoyant les morts qui jalonnent son parcours amoureux. Christian, son ami-amant avec lequel il a vécu deux ans, leur séparation et la découverte de son cadavre sur une plage landaise, ou encore Patricia dont il avait fait la connaissance lors de la traque d’un serial-qui-leurre, Patricia qui s’est suicidée. Il pense également à Joan Nadal, le détective parti à Lourdes pour régler une affaire de cocufiage confiée à lui par un mari jaloux.

Le téléphone l’arrache à ses pensées négatives. D’abord Patrick, le journaliste, qui l’informe qu’il se rend immédiatement à Lourdes, un reportage sur un mort tombé du haut de la Basilique et retrouvé parmi les cierges une dizaine de mètres plus bas. Les cierges ont-ils résisté à cette chute, l’histoire ne le dit pas.

Nouvel appel téléphonique, émanant cette fois-ci de son adjoint Octave avec lequel il fait ses gammes depuis dix ans. L’affaire est sérieuse. Une concurrente d’une émission de téléréalité a été découverte morte, un poignard dans le cœur. Dwelling s’appelle cette émission culturelle suivie par des millions de téléspectateurs qui se délectent à regarder les évolutions d’une bande de jeunes au physique hollywoodien confinés dans une demeure aménagée exprès pour cette étude sociale.

Cette demeure (dwelling en français) se situe à une dizaine de kilomètres de Toulouse (pour la candidate, c’est to loose !) aux portes de Muret, dans un ancien restaurant. Géraldine, la concurrente, a été retrouvée morte dans les toilettes, un poignard dans le cœur. Et les cabinets d’aisance n’étaient pas fermés de l’intérieur !

 

Débute pour le commandant Villemur, une enquête en local clos avec tout ce que cela implique d’interrogations et de démarches parfois inutiles.

René-Charles de Villemur se fait d’abord expliquer les règles du jeu auprès de la productrice déléguée, du réalisateur, du psychiatre de service, de quelques concurrents. Géraldine aurait dû depuis longtemps quitter cette résidence, mais le vote des téléspectateurs l’avait à chaque fois repêchée. Et il apprend également que les séquences montrées à la télévision ne reflètent pas forcément la réalité, car il faut du gratiné pour entretenir le suspense et surtout capter l’attention du public, sinon c’est la désaffection, et donc une perte irrémédiable de recettes publicitaires.

Et il hésite entre conclure à un meurtre, certains des candidats n’appréciant guère leur compagne de réclusion, volontaire au départ, ou à un suicide. Mais le suicide n’est guère envisageable car la poignée du couteau a été soigneusement nettoyée. De plus certaines séquences enregistrées ont été effacées, et d’autres caméras, dont celle placée dans les WC, sont factices.

Une enquête résolue en quelques heures par le commandant et son adjoint, mais cette intrigue n’est pas le seul intérêt de cette histoire. Le lecteur découvre les coulisses de ce genre d’émission de téléréalité suivie par des millions de téléspectateurs-voyeurs et se rend compte que le sensationnel prime sur la vérité.

Il est dommage que Luis Alfredo se complaise à cette mode abêtissante de l’utilisation d’un vocabulaire anglo-saxon, le mot dwelling et ses déclinaisons étant assénés à longueur de pages alors qu’il possède ses équivalents en français. D’autant que Villemur se montre quelque peu vieille France avec son nœud papillon, son couvre-chef mitterrandien et ses cigares dont il se délecte dès la nuit tombée, ses vis-à-vis profitant souvent des émanations fumigènes nocives.

Luis ALFREDO : Téléréalité. Itinéraire d’un flic. Saison 2, épisode 1. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 24 août 2020. 96 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408256

Partager cet article

Repost0
7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 03:54

Elle file, file, file, file
La route qui va vers toi…

Franck Alamo.

Jean-Hugues OPPEL : Ciel rouge.

Au volant de sa Fuego, Maurice G. avale les kilomètres tout en écoutant du rock country, mais pas que, déversé dans l’habitacle par son autoradio coûteux.

Maurice G. commence à sentir le poids des ans peser sur ses épaules, peut-être à cause des extras en tout genre. En parlant d’extra, celui qui est dans le coffre de sa Fuego, ne l’est plus tout à fait. Du frais refroidi.

Max la Mascotte opine du chef, coincé entre les baffles rugissants sous les riffs d’une Rickenbaker. Bien chargée la mascotte, qui a du chien. Chien-loup à la fourrure synthétique mais au contenu prohibé. Des produits illicites convoyés à la petite semaine qui assurent la pitance quotidienne de Maurice G.

En parlant de pitance, il lui faut trouver la première station-service de l’autoroute, histoire de se dégourdir les jambes et procéder à une miction bienfaisante pour sa vessie. Même s’il n’a pas de gros besoins dans l’existence, parfois il faut quand même satisfaire ses besoins dans des endroits adéquats, avec papier prédécoupé à dérouler. On n’entrera pas dans les détails.

Justement, une sortie se profile avec des lumières au bout. Une station-service mais aussi une épicerie, un pis-aller routier. Maurice G. n’est jamais trop prudent, et son arme à feu à la ceinture, très cow-boy country, il vérifie les lieux, les quelques véhicules parqués, surtout la caméra cachée reliée à la gendarmerie sise non loin. Dans une voiture deux jeunots qui se bécotent.

Seulement les jeunots débarquent dans le petit édifice et braquent la caissière avec des armes qui vraisemblablement ne sont pas des pistolets à eau. Ce n’était pas prévu dans le scénario.

 

Bizarrement, ou non, des images me sont remontées à la surface, me chatouillant les neurones de la mémoire (ça existe ?). J’ai pensé immédiatement à Tchao-Pantin, avec Coluche dans le rôle du pompiste.

Cela n’a rien à voir, mais pourtant des analogies se glissent, interfèrent, se propulsent, et le visage de Coluche est imprimé. Mais sur qui ? Pas la caissière, ni les jeunots… Maurice G. ? Pourquoi pas, quoique lui il pourrait vaguement et nominativement se confondre avec un certain Dantec.

Oppel déroule son histoire comme la Fuego sur le bitume, à toute allure, jusqu’à l’anicroche. Un final logique, percutant quoique non prévu.

 

A noter que le premier interprète musical dont le nom est signalé au début de cette nouvelle est Moon Martin, qui a fait ses débuts à la fin des années 1960 dans un groupe de rockabilly, puis est devenu musicien de studio, travaillant avec de nombreux artistes dont Del Shannon ou Linda Ronstadt. Il est décédé le 11 mai 2020. Une coïncidence avec cette réédition d’une nouvelle parue dans la revue Polar N°16 en 1995.

 

L’écologie dans les carburants, c’est comme l’argent propre dans les tirelires des partis politiques : il faut y croire sans le voir.

Jean-Hugues OPPEL : Ciel rouge. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 25 mai 2020. 19 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408140

Partager cet article

Repost0
5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 03:51

Emmenez-moi
Au bout de la terre…

Frédérique TRIGODET : Soudain, partir.

Elle n’en demande pas tant, notre narratrice accoudée à la rambarde de sa fenêtre. Il fait nuit et aperçoit au loin un navire, probablement un cargo.

Elle n’a pas envie de dormir. Son mari est couché et dort du sommeil d’un bienheureux, mais elle a envie d’un temps de latence, de ce moment qui favorise la réflexion. Depuis des années, depuis que les enfants sont partis du foyer comme de jeunes hirondelles voguant de leurs propres ailes, depuis qu’elle vit seule avec son mari, elle est devenue insomniaque. La décompression sans aucun doute, après des années de stress.

Notre quadra génère des images dans sa tête. Elle entend peut-être aussi les chansons que diffusait Radio-Nostalgie que sa mère écoutait. Voyage, voyage de Desireless, Cargo de nuit d’Axel Bauer, Tous les bateaux, tous les oiseaux de Michel Polnareff… Ces incitations à l’évasion.

Pourtant elle ne reste pas confinée chez elle, travaillant dans un pressing l’après-midi. Les bruits des calandres et de leurs rouleaux happant les draps dans un bruit de machinerie, la vapeur des fers à repasser comme autant de navires bourlinguant remontant les manches des chemises étalées telles des bras de mer, des exhortations à fuir un quotidien banal. La repasseuse fait des repas sages.

Elle déguste une tisane, jalouse de Monmari comme elle appelle son époux qui béatement pionce dans le lit conjugal. Lien de cause à effet ? Pas vraiment. Mais l’image de son père s’incruste en elle, un père qui partait parfois, se murgeait consciencieusement mais qui sagement ne reprenait pas la voiture pour rentrer à la maison.

Ce flot de souvenirs la pousse à sortir, à déambuler dans la rue puis à se diriger vers le port. Dans le port d’Amsterdam ? Non, un port de pêche, Roscoff peut-être, et au loin l’île de Batz.

 

Quelques heures dans la vie d’une femme qui a donné (trop donné ?) à son mari, à ses enfants, et un jour se sent le besoin de vivre, autrement, mais vivre, enfin. Pas forcément recommencer sa vie, mais se débarrasser d’un carcan d’habitudes, de sentir un vent de liberté, de changer de monde, de vivre pleinement. Par procuration. Mais en faisant le premier pas, un peu comme le chantait Claude-Michel Schonberg :

Le premier pas
J'aimerais qu'elle fasse le premier pas…

J'aimerais qu'elle fasse le premier pas
On peut s'attendre longtemps comme ça
On peut rester des années à se contempler
Et vivre chacun de son coté…

Mais ce premier pas, c’est à elle de le faire, pour elle, éventuellement pour se réconcilier avec son passé, son présent ennuyeux, son avenir incertain.

Un texte qui pourrait sembler engoncé dans un quotidien banal mais qui remue les tripes car combien de femmes, voire d’hommes, se reconnaitront dans ce beau portrait.

Frédérique TRIGODET : Soudain, partir. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 27 avril 2020. 19 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023408102

Partager cet article

Repost0
6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 04:03

Martine broie du noir…

Jeanne DESAUBRY : La viande hurle.

Comme le chantaient les Poppys au début des années 1970, Non, non, rien n’a changé Tout, tout a continué… et que ce soit dans les années 1980 ou de nos jours, les petits chefs se permettent des privautés sur les pauvres femmes dont le quotidien dépend de leur emploi.

Martine est l’une des nombreuses jeunes filles ou femmes travaillant dans une usine textile du Nord. Seulement, le tissage, ça eut payé, mais ça ne paie plus. L’industrie textile connait un véritable marasme, mais pas les actionnaires, qui sont toujours prioritaires lorsque de l’argent est bon à être distribué. Et pour en distribuer plus, on rogne sur le personnel, quitte à délocaliser.

Martine n’est pas gréviste, contrairement à ses collègues, et à son père syndicaliste. Ce n’est pas par manque de solidarité mais parce qu’elle ne peut pas. Elle est enceinte, et ses parents ne le savent pas. Pas encore.

Et celui qui a mis ses pattes sales et le reste sur et dans son corps, c’est le contremaître qui n’est pas contre les maîtres, au contraire. Et à la moindre incartade de sa part, elle est virée, et ses parents seront embarqués dans la même charrette.

 

On pourrait croire à une nouvelle d’actualité, mais comme l’on sait, l’histoire se renouvelle souvent. Alors que ce soit hier, aujourd’hui ou demain, ce sera toujours pareil et ce seront toujours les mêmes qui trinqueront malgré le désir de changement.

Dans un contexte social, sans trop le développer car nous l’avons tout connu, ou entendu parler, Jeanne Desaubry s’attache au parcours de Martine, une jeune fille un peu perdue parmi ses parents, un père rigide, et un contremaître harceleur.

Juste le temps d’une nouvelle, car trop gloser en ferait perdre la force.

 

Jeanne DESAUBRY : La viande hurle. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 22 mars 2020. 1,99€.

ISBN : 9791023408041

Partager cet article

Repost0
5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 04:37

Dans l’enfer du quotidien…

Gaétan BRIXTEL : Deux heures à tuer.

Dans la sphère littéraire des nouvellistes talentueux, Gaétan Brixtel trace son sillon, tranquillement, obstinément, malgré le rejet quasi systématique des lecteurs qui considèrent ce genre comme mineur, ou alors qui se tournent vers les valeurs américaines, supposées plus enrichissantes intellectuellement. Une erreur de plus quand on sait que souvent les pays anglo-saxons se réfèrent à l’un de nos meilleurs représentants, Guy de Maupassant.

L’univers de Gaétan Brixtel est intimiste et au fur et à mesure que Miss Ska (gloire à elle qui sait dénicher les talents hauts) nous invite à lire ses textes, il nous délivre ses angoisses, ses peurs, son stress, adaptés de son quotidien, fictif ou réel.

Deux heures à tuer ne déroge pas à son habitude de se mettre en scène narrativement via l’emploi de la première personne dans son environnement géographique. C’est lui et pas lui à la fois, comme si son double écrivait à sa place, ou le contraire. Comme s’il rédigeait les mémoires de son moi.

 

Le début de ce texte est fort et s’impose telle une image prégnante dans un contexte morbide. Le narrateur déclare qu’à la suite d’un entretien d’embauche avec une directrice des ressources (in)humaines en compagnie du maire, il tranche la tête de cette femme avec ses ongles, sous les rires de l’édile. Trop beau pour être vrai.

L’embauche n’est que fictive. Un rêve ou un cauchemar. Et en attendant de se rendre à la médiathèque, il se prépare. Il est midi et a donc deux heures à tuer. Alors il procède à ses petits rituels, presque comme des troubles obsessionnels compulsifs, sans oublier de prendre son cachet d’anxiolytique.

Puis il part pour la médiathèque en voiture, et connait des déconvenues, des agacements, des contrariétés qui n’arrangent ni son moral ni son comportement.

 

Deux heures dans la vie d’un jeune homme, c’est rien, c’est peu. Et c’est beaucoup aussi, car en deux heures, c’est fou ce que l’on peut faire et ressentir. J’ai écrit fou ? Oui, car en lisant cette nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de penser, alors qu’il n’y a aucune corrélation, à la nouvelle de Nicolas Gogol : Le journal d’un fou.

 

Gaétan BRIXTEL : Deux heures à tuer. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 22 mars 2020. 1,99€.

ISBN : 9791023408065

Partager cet article

Repost0
11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 05:15

Attention Mesdames et Messieurs, dans un instant on va commencer.
Installez-vous dans votre fauteuil bien gentiment.
5, 4, 3, 2, 1, 0, partez.

Max OBIONE : Canon.

Après s’être amusé avec Rosa, la femme-canon qui l’est dans le sens que l’on veut bien lui donner, Zéphyr Bob le clown est parti voir ailleurs, la laissant seule dans un état lui interdisant de glisser son corps dans le fût du canon qui l’envoyait rejoindre les étoiles. Presque, car un filet la récupérait au bout de quelques mètres de projection.

Mais la projection séminale de Zéphyr Bob n’a pas été vaine. Doublement, car quelques mois plus tard sont nés Boum et Boom, un garçon et une gamine, la narratrice qui sont attachés l’un à l’autre comme les jumeaux qu’ils sont. Plus que des jumeaux d’ailleurs, des siamois collés par la peau du dos. Ils possèdent chacun leurs organes, mais dans des proportions inégales.

Et depuis onze ans, ils accompagnent leur mère, c’est normal, dans les tribulations du Karmas Circus, qui a bien perdu de sa splendeur et en même temps des spectateurs qui alimentaient la caisse. Un cirque en décadence et au fil du temps le nombre de circassiens s’est réduit à peau de chagrin. Cela n’empêche pas le directeur de la troupe ambulante de vouloir profiter de Rosa, Rosa, Rosa… qui n’en perd pas son latin et le renvoie dans ses foyers, c’est-à-dire sa roulotte décrépite. Zompani, l’indélicat directeur qui pensait l’avoir à l’œil en perd le sien.

Boum et Boom vieillissent tout doucement et tandis que l’un tape sans discontinuer sur un tambour qui lui a été donné inconsidérément, l’autre possède un joli filet de voix qui enchante son entourage. Et le brave Joe Kaoutchouc, n’hésite pas à l’encourager, l’accompagnant avec son accordéon.

 

Une histoire mélodramatique, tragicomique, de deux enfants de la balle, vivant au milieu des estropiés de la vie et qui pour gagner leur pitance vendent leur corps à des spectateurs attirés par les anomalies physiques de leurs concitoyens, peut-être pour se rassurer eux-mêmes de leur intégrité.

Les Freaks, c’est chic, rapportent du fric, du moins c’est ce qu’espèrent en général ceux qui n’ont rien à se reprocher physiquement mais à la mentalité douteuse et mercantile.

Cela fait penser à Hector Malot et à Xavier de Montépin, mais en plus vivant, en plus court et plus en phase avec l’actualité. Le problème de l’handicap traité avec pudeur et un rien de dérision par la narratrice qui en vaut deux.

 

Max OBIONE : Canon. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 26 octobre 2019. 14 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023407884

Partager cet article

Repost0
8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 04:31

En chacun de nous se niche un jardin secret.

Valérie ALLAM : En mon cœur, ces racines.

Mais il est cultivé différemment selon la personnalité de celui qui l’entretient. Ce peut être un jardin de curé aux multiples aromates, une friche industrielle, un potager fertile propice à la culture des bons sentiments, un lopin de terre aménagé à la française de forme géométrique ou un jardin à l’anglaise à la floraison luxuriante.

Le narrateur, griot vivant dans un abri de tôle ondulée comme les vaches normandes (eh oui, les vaches ont du lait !), au visage ridé comme une pomme desséchée, se souvient de sa jeunesse, de ses aspirations, de Khadija, celle qu’il aimait, de ses erreurs, de sa faute.

Il conte, tel un compteur de sentiments, ses souvenirs à Kouakou, un gamin qui vit parmi la communauté dans un entrepôt, et qui lui rappelle celui qu’il était jeune, autrefois, de l’autre côté de la mer.

Il cultive en son sein les graines de la sagesse, des valeurs morales et des traditions ancestrales, désirant les partager avec son jeune ami. Mais les ensemenciers véreux, et leurs copains armuriers, produisant des graines frelatées sont prodigues et leurs méfaits s’implantent sur des terrains en déliquescence prolifiques en nuisances.

Mais un jour Kouakou n’est plus là, ses parents non plus.

 

Valérie Allam dépasse avec ce court texte, fort et puissant, sensible et poignant, écrit avec subtilité, le genre littéraire noir dans lequel il est confiné, collection oblige.

En mon cœur, ces racines, s’inscrit dans la déclinaison émouvante des sentiments que beaucoup prônent avec vigueur mais dont les actes ne suivent pas les paroles.

Que ce soit dans les relations humaines avec les migrants, ceux qui viennent manger le pain des Français comme disait Fernand Raynaud dans son célèbre sketch qui met en scène un villageois chassé parce qu’il est étranger et dont les habitants n’ont plus de pain parce que c’était le boulanger.

Que ce soit la couleur de la peau qui divise les hommes, que des différents s’élèvent entre races ou ethnies diverses juste pour des questions de territoire, de prédominance, de prépondérance, de futilités, un rien suffit pour s’affronter. Et le résultat est tout autant nuisible et funeste à la communauté qu’à l’individu.

 

Valérie ALLAM : En mon cœur, ces racines. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Nouvelle numérique. Parution 24 septembre 2019. 12 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407860

Partager cet article

Repost0
29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 04:45

Ah, les belles américaines !

Roland SADAUNE : Eva.

Ce n’est pas son prénom, Samo, mais son surnom qui lui a été attribué par dérision par ses potes. Parce que Samo aime les voitures, les puissantes, les Américaines au châssis qui en jette, les grosses, les vieilles bien conservées, aux rondeurs souples, et la vitesse, il adore. Jusqu’à plus faim. Comme j’aime. Alors comme ils disent, Samo trace. Une blague grecque, que pour une fois il a comprise.

Car ce n’est pas un intellectuel Samo, les bouquins il en lit jamais. Son copain Clint, lui, possède des références littéraires, et si sa copine Evelyne est appelée Eva, c’est en mémoire d’un roman de James Hadley Fauteuil, non, je me trompe, James Hadley Chase. De toute façon qu’il se nomme Fauteuil ou Tchaize, cela n’influe pas sur l’histoire que Samo dit comme M. M le maudit pour les cinéphiles. D’autant qu’il préfère la môme Capsule à Eva. C’est la même, sous un autre nom.

Bref, Samo est livreur et il parcourt les rues de New-York afin d’approvisionner en divers produits illicites les clients en manque. Et parfois, il y a des dégâts de la narine.

Mais Samo, c’est un rêveur. Il a le droit, faut rêver dans la vie, c’est le meilleur moyen de s’évader. Surtout quand des imbéciles, des imbus de leur fonction se permettent de venir vous déranger dans vos déambulations urbaines et motorisées façon bagnoles rétro.

 

Véritable catalogue de modèles anciens de voitures américaines, Eva est une nouvelle à chute, et plus dure sera la chute pour le narrateur.

Le lecteur se laisse embarquer dans un circuit infernal façon Indiana-police, sans panne des sens.

Pour acheter cette nouvelle, une seule adresse :

Autres titres de Roland Sadaune dans la même collection :

Roland SADAUNE : Eva. Collection Noire sœur. Nouvelle numérique. Editions Ska. Parution 24 septembre 2019. 11 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023407846

Partager cet article

Repost0
14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 04:50

Une vision pessimiste de l’avenir des villes…

Boris VAN GHEE : Abimes.

Le commissaire Gaston (y’a l’téléphon qui son…) fait plus confiance à Tony qu’il connait par cœur, qu’à ses propres, c’est vite dit, sous-fifres.

C’est bien pour cela qu’il convoque ce faux détective privé qui l’a déjà aidé à diverses reprises, lui demandant de résoudre une affaire de triples disparitions. Et comme il lui précise, il faut que Tony lui tire les marrons du feu, car c’est bien Gaston qui en récoltera tous les bénéfices. Tony a réussi à sortir de la mouise malgré une enfance guère reluisante, et depuis il vaque dans sa ville, son compte en banque lui permettant de ne rien faire.

Donc trois disparitions, de nuit, trois notables qui se sont évaporés comme par un coup de baguette magique. D’abord, Duglandier, ex-sénateur, bon d’accord il ne manquera pas beaucoup… les séances, Machecoul, le maire de la ville, et enfin Herbert Dubois, dont on fait les entreprises du bâtiment et des travaux publics.

Bouseville est dégarnie et Gaston se fait des cheveux.

Tony se met au travail, c’est-à-dire qu’il déambule dans les rues. Direction le Vegas, le bar-casino de la ville, le repaire des cols blancs, et dans la salle il repère Balcano, le député qui traîne sur lui quelques affaires louches à la petite cuillère. Balcano est préoccupé par le devenir de la petite boule en ivoire qui ne sait pas trop dans quelle case elle se loger mais il précise toutefois que la dernière fois qu’il a vu Duglandier, c’était rue du Borgne.

Rue du Borgne, Tony connait, mais cela fait bien longtemps qu’il y a mis les pieds. Un quartier déshérité à l’origine, mais maintenant c’est encore pire comme il peut s’en rendre compte. Les immeubles sont vides, promis à la démolition. Certains vont encore s’en mettre plein les fouilles et se faire des gonades en or, pense Tony qui ressent toutefois un malaise.

Le quartier est vide, silencieux. Sauf peut-être quelques chats errants.

 

Cette nouvelle suinte de l’air du temps, avec ces édiles qui pensent tout se permettre, ceux qui sont mis en examen, ceux qui spolient délibérément les pauvres, ceux qui pratiquent des magouilles financières qui font les choux gras des médias, ceux qui veulent se débarrasser des parasites sans emploi et donc sans pognon.

Naturellement on ne manquera pas de remarquer l’analogie de certains patronymes, Balcano par exemple, ou certains noms de lieux comme la rue du Borgne, ce qui induit à cette nouvelle noire une dimension politique.

Et l’épilogue fleurète avec le fantastique, nous projetant dans un univers proche à celui décrit par James Herbert ou Clive Barker, par exemple.

Dommage que quelques coquilles, vous avec remarqué je n’ai pas oublié une certaine lettre, entachent ce texte.

Les édiles locales ( !) s’octroyaient des dizaines de milliers de mètres carrés à valoriser.

Boris VAN GHEE : Abimes. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 29 août 2019. 21 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407822

Partager cet article

Repost0
7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 04:37

Il portait des culottes, des bottes de moto,

un blouson de cuir noir…

Stéphane KIRCHACKER : Dragon noir.

Un crime : Juliette a été enlevée. Juliette, l’amour de sa vie. C’est le comte qui vient de l’annoncer à Roro, architecte, La cité des Lilas a mauvaise réputation, et c’est peu de le dire. Un repaire de trafiquants de drogues mais Roro n’habite plus la cité des Lilas depuis belle lurette. Dix ans au moins.

Le comte ne veut pas entendre parler d’une union entre Roro et Juliette. Ne voulait pas, mais si Roro délivre sa princesse, le comte pourrait réviser son jugement. Ce n’est pas l’ordre du comte qui transporte Roro, mais son amour pour cette belle jeune fille. Et le comte lui enfile au doigt sa chevalière ornée d’une tête de licorne. Un porte-bonheur assurément.

Enfourchant Tornado, Roro se fait fort d’aller délivrer Juliette des griffes de Dragon noir, le chef de la bande. Mais pour cela il faut d’abord que Zohra accepte de lui prêter cette monture de métal. Car Tornado est une moto. Et Zohra, c’est la Princesse des Mille et Une Nuits qui vit sur un nuage, et un tapis, non loin de la cité la mal nommée. Ce serait plutôt la cité des soucis, si l’on veut garder les comparaisons horticoles.

A fond la caisse, à l’assaut, Roro fièrement s’élance à l’assaut…

 

Roman policier, roman de fantasy, conte de fées et des mille et une nuits, légende urbaine, Dragon noir c’est tout cela à la fois et même un peu plus.

Un véritable tourbillon, bruit et fureur garantis, avec en prime une chute époustouflante. Non, Tornado, même s’il se cabre ne se ramasse pas une gamelle. Non, la chute réside dans la dernière phrase. Ce serait presque du Shakespeare, si ce n’était du Stéphane Kirchaker dans des envolées lyriques et jubilatoires.

Ce pourrait n’être qu’une banale nouvelle axée sur les problèmes de banlieue, si souvent traités et maltraités, ce pourrait n’être qu’une banale histoire d’amour, genre Chevalier blanc partant sauver sa Princesse coincée en haut du donjon et ravie, non, kidnappée par un Dragon noir. Ce pourrait être ça, mais c’est bien plus. Dix minutes, grosso-modo, je n’ai pas calculé, d’évasion…

 

Stéphane KIRCHACKER : Dragon noir. Nouvelle Numérique. Collection Noire sœur. Editions Ska. Parution le 27 août 2019. 2,99€.

ISBN : 9791023407815

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables