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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 04:35

Une farce normande ?

Jules RENARD : Crime de village.

Ce pourrait être une farce normande si chère à Maupassant, mais cette histoire se déroule dans le Nivernais.

Cette nouvelle parue en 1888, dans un volume édité à compte d’auteur, était incluse dans un recueil où figuraient sept autres textes, et aurait très bien pu être écrite par le célèbre conteur normand, tant l’ironie et le décor peuvent induire le lecteur en erreur. Pourtant il s’agit de l’un des premiers contes rédigés par l’auteur de Poil de Carotte et de l’Ecornifleur.

Les palabres durent en longueur entre Rollet, le vendeur d’un veau et Collard, l’acheteur potentiel. Ils ne sont pas d’accord sur le prix et le marchandage est âpre. L’un veut six cents francs, l’autre n’est prêt à débourser que cinq cents. La mère Rollet incite toutefois son mari à céder quelque peu. Mais l’homme en bon paysan fort de son droit n’accepte pas de tergiverser.

Collard arrive à la ferme en compagnie de sa femme courtaude et bavarde, affublée d’un grand cabas. La discussion s’engage entre les deux hommes qui parlent de tout et de rien, avant d’entrer dans le vif du sujet. Chacun reste campé sur ses positions. Mais au moins, ils parviennent à un consensus : celui de régler leurs affaires devant une chopine dans le bistro du village.

Les chopines se vident et pendant ce temps, les deux femmes discutent, causent, bavardent, et en fin de compte elles se couchent dans le même lit, madame Collard préférant se glisser dans la ruelle, ramenant la couette sur elle, s’amusant de la farce. Dans la nuit la mère Rollet pense être la proie d’un ectoplasme ou du moins de quelque entité malfaisante tirant le drap à elle. Faut dire que la conversation sur la fin naviguait sur les revenants. Elle attrape un chandelier posé non loin d’elle, et vas-y que je cogne sur cette chose indéfinissable.

Et quand les hommes reviennent, l’air quelque peu embrumé par leurs libations, ils ne peuvent que constater les dégâts des os.

 

Cette nouvelle rurale, jouant sur la superstition et la ladrerie des deux hommes roublards, incapables de s’entendre sur un prix, n’aurait point déméritée, comme précisé ci-dessus, sous la plume de Guy de Maupassant.

Et les autres nouvelles qui complètent le recueil originel, c’est-à-dire Flirtage, La meule, Le retour, A la belle étoile, Une passionnette, Héboutioux, A la pipée, sont toutes ancrées dans ce domaine pastoral et bucolique. L’humour noir y règne, principalement dans La meule, mais souvent il existe un antagonisme, un désir de vengeance, entre les personnages, comme dans A la belle étoile. Antagonisme porté à son comble à cause d’une chopine de trop. Sans oublier les amourettes, la jalousie, et autres joyeusetés qui tournent en drame une farce féroce, cruelle. Mais pas toujours heureusement.

Je regrette que Miss Ska n’ait point publié le recueil entier, entre 70 et 100 pages selon les paginations, car on le trouve facilement sur les librairies virtuelles, pour moins cher, et même gratuitement sur certains sites spécialisés.

 

Jules RENARD : Crime de village. Avant-propos d’André Lacaille. Collection Noire sœur/Perle noire. Editions SKA. Parution 31 décembre 2020. 21 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408447

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