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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 13:54

Hommage à Paul Gerrard, décédé le 19 janvier 1994.

Paul GERRARD : Le masque de verre.

La petite Nathalie ne se sentait pas à l'aise dans cette propriété immense gardée par deux grands dogues jaunes et blancs, deux molosses aux yeux roses.

Rien que de les voir, de les sentir tournicoter autour d'elle, lui coupait les jambes. Et quand on a les jambes coupées, on ne court pas vite, ce qui est vraiment dommage car deux malabars qui vous filent le train à longueur de journée avec comme idée fixe de goûter à vos mollets dodus, ce n'est guère rassurant.

Elle avait bien raison de se méfier Nathalie, qui malgré les mises en garde et objurgations de toutes sortes, s'est affolée.

Terminer sa destinée comme pâtée à chiens n'est pas une destinée rêvée et pourtant c'est ainsi que Nathalie va perdre la vie.

Ceux qui sont bien embêtés, ce sont les membres de la famille Hiricalde, car non seulement il va falloir trouver une remplaçante à la jeune fille sans que le voisinage se doute de quoi que ce soit, mais de plus l'odeur de l'argent, sous forme d'héritage commence à titiller agréablement leurs narines. Et les Hiricalde auraient bien besoin d'argent frais pour renflouer l'entreprise familiale.

 

L'univers décrit par Paul Gerrard dans ses romans est résolument noir, même si transparaissent parfois des pointes d'humour. Dans les années 1960, Paul Gerrard avait fait les beaux jours de la collection Un Mystère, mais les modes, les goûts changent, et Paul Gerrard était tombé dans un purgatoire qu'il ne méritait pas. Heureusement le directeur du Masque, collection qui dans les années 1980 était en pleine mutation, l'avait sorti des oubliettes ainsi que bien d'autres romanciers qui avaient marqué une génération de lecteurs.

En effet outre ses romans noirs pour adultes, Paul Gerrard avait adapté pour la jeunesse des ouvrages publiés dans des collections comme Rouge et Or au début des années 1950, des romans qui ont pour titre Le dernier des Mohicans, Les contes des Mille et une nuits ou encore Les Trois mousquetaires pour ne signaler que les plus célèbres, mais également sous le nom de Paul Berna écrit une petite trentaine de romans juvéniles dont le célèbre Cheval sans tête (Gd prix de littérature du salon de l'enfance 1955) qui a été réédité à moult reprises.

 

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Paul GERRARD : Le masque de verre. Collection Un Mystère N°755. Editions des Presses de la Cité. Parution 1965. 192 pages.

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 13:36

Et les suiveurs trépassent ?

Michel LEBRUN : La caravane passe.

Parmi toutes les caravanes publicitaires qui précédent les coureurs du Tour de France, se faufilent le car, la camionnette et la Traction des cafés solubles Solocafé.

Solocafé, le meilleur et le moins cher des cafés en poudre...

Bernard Portel, une ancienne gloire de la chanson et du cinéma, aujourd'hui sexagénaire, pense que sa carrière est enfin relancée après une quinzaine d'années de galère, d'hospitalisation et de drogue. Il est accompagné du jeune accordéoniste Dominique Quercy qui se produit également en solo pour deux ou trois morceaux lors du spectacle nocturne. Gigi Saint-Elme, la vingtaine, qui a déjà joué dans un cabaret et à l'avenir prometteur, complète la partie variété itinérante.

Metz, cinq kilomètres. Dominique Quercy joue un peu de piano à bretelle juché sur la camionnette puis Bernard Portel prend la relève depuis le car, mimant les chansons enregistrées sur magnétophone. Distribution de babioles avant le spectacle du soir. Léon Terroux, le chauffeur du car, François Ravier, le chef de caravane et madame Micheline, la directrice, sont les autres membres de cette fine équipe.

Tandis qu'André Trochut arrive en tête de cette sixième étape, la première du roman, madame Micheline présente Gigi et Portel à un jeune journaliste localier qui n'a jamais entendu parler de l'ancienne vedette déchue mais portant beau et est plus intéressé par le décolleté de la chanteuse. La foule avide attend le spectacle et la distribution d'échantillons de café. Bref tout ce petit monde est content, heureux, joyeux, les sourires fleurissent, la fête peut commencer, même si madame Micheline se montre parfois un peu cassante et pète-sec. Faut la comprendre cette belle trentenaire, elle a la charge de la bonne organisation sur ses frêles épaules.

Après le repas pris en commun, la prestation musicale peut commencer. Bernard Portel retrouve ses sensations et le public, mitigé au départ l'applaudit chaleureusement. Tout irait pour le mieux si une fissure n'était pas en train de s'installer dans le petit groupe.

Madame Micheline et François Ravier ont beau cacher leur liaison, personne n'est dupe. Portel a récupéré à la permanence du Tour une lettre de sa jeune femme Clémence, une différence d'âge qui se décline en décennies, lettre dans laquelle elle donne des nouvelles de leur fille. Clémence a aidé Portel à sortir du gouffre et ils sont mariés depuis cinq ans. Mais Portel est attiré par Gigi. Faut dire que la gamine lui envoie des œillades qui laissent supposer qu'il ne lui est pas indifférent. Quercy voit justement d'un mauvais œil ce rapprochement et la pointe de la jalousie commence à lui transpercer le cœur. Ils sont amis, théoriquement Portel et lui, mais quand même. Quant à Léon Terroux, il se marre, intérieurement, supposant les événements à venir. Par exemple que Portel et Gigi vont coucher dans la même chambre.

Le lendemain, étape Metz - Colmar. Victoire de Roger Hassenforder. Jacques Anquetil cède son maillot jaune à Nicolas Barone. Tout se déroule normalement, ou presque, chez les membres de Solocafé. Sauf que la fissure s'élargit, devient faille, puis fracture.

La troisième étape, du roman mais qui est la huitième du tour, emmène les coureurs jusqu'à Besançon, la victoire revenant à Pierino Baffi, Jean Forestier endossant le nouveau maillot jaune. Ce sera le terme de cette histoire qui se clôt avec quelques rebondissements et retournements de situation, ce dont Michel Lebrun est spécialiste.

 

Dans une sorte de huis-clos en plein air et itinérant, avec tous les principes d'un vaudeville, Michel Lebrun concocte une histoire dont il a le secret, machiavélique à souhait.

Le tour de France 1957 n'est là que pour servir de décor, de support, à une intrigue intimiste. De même la caravane du tour et ses attractions, ses slogans publicitaires, sa bimbeloterie lancée des voitures ou distribuée à l'arrivée de l'étape, met en valeur le microcosme de ces six personnes embringuées dans une histoire tragique de... cœur.  

Une fin non écrite mais suggérée grâce à quelques indices placés ici et là, que le lecteur peut à loisirs imaginer autre.

Publiée en 1958, Michel Lebrun dénonce déjà cette propension à utiliser par certaines personnes, soit par snobisme, soit par manque de vocabulaire, des expressions anglo-saxonnes.

-Allons dîner, dit François Ravier. Sinon nous serons en retard pour le show.

Cette manie, pour faire moderne, de parsemer ses phrases de termes pseudo-américains !

Près de soixante ans plus tard, il faut aux lecteurs un dictionnaire pour lire certains romans ou même des magazines féminins qui truffent leurs titres ou leurs articles de ces termes censés être à la mode. Pourquoi ne plus se servir du mot rétro mais écrire à la place vintage, par exemple.

Michel LEBRUN : La caravane passe.

Michel LEBRUN : La caravane passe. Collection Un Mystère N°427. Editions Presses de la Cité. Parution juin 1958. 192 pages.

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