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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 07:46

Coups bas à Cuba….

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango.

Après avoir partiellement exploré la Bolivie dans Soleil noir, puis visité la Thaïlande, Christophe Sémont nous propose un voyage à Cuba, au pays des cigares, du rhum, de la musique personnifiée par Compay Secundo et de la littérature avec Leonardo Padura et Zoe Valdés.

Seulement il ne s’agit pas pour l’auteur de nous entraîner dans des cars flambant neuf (oui, parfois les cars flambent), de nous accrocher aux déclamations élogieuses d’une guide moulée dans une petite robe rouge et de coucher dans des hôtels-casernes à touristes, mais bien de s’introduire façon routard dans un pays au régime politique controversé. De le découvrir de l’intérieur, avec ses maisons délabrées, fissurées, prêtes à s’effondrer, avec ses habitants toujours dépendants des cartes d’alimentation, ou Livrets de fourniture, une idée de Che (Cubano Hermano Ejamplo : Cubain Frère Exemple) Guevarra et mise en pratique par le Lider Maximo, alias Fidel Castro.

 

Amalia, jeune femme brisée physiquement, survit en récoltant des canettes afin de les revendre à une usine de recyclage d’aluminium. Mais cela ne fait pas bouillir la marmite et Julio, son mari, ne gagne pas grand-chose comme pêcheur. Pourtant elle ne se plaint pas, malgré une hanche douloureuse et une claudication provoquées par un accident lorsqu’elle était toute gamine. Un accident de voiture dans lequel ses parents seraient décédés. Du moins c’est ce qu’on lui a toujours dit.

Aylin, sa fille, va fêter son anniversaire dans quelques jours et pour ses quatre ans, Amalia veut lui offrir un gâteau. C’est tout ce qu’elle peut se permettre financièrement. Mais en cours de route elle se rend compte qu’elle a oublié de prendre son porte-monnaie. Elle rebrousse chemin et assiste impuissante à l’enlèvement d’Aylin par des hommes à forte musculature. Et son mari ni sa voisine, en qui elle avait toute confiance, ne peuvent l’aider, au contraire.

 

Dipsomane, ancien militaire et baroudeur ayant effectué de nombreuses missions en ex-Yougoslavie et en Afrique Noire, Franck Carnac ressasse sa mélancolie. Sa femme l’a quitté et son jeune fils Antoine lui manque. Pour seul palliatif, quelques appels téléphoniques de temps à autre et une photographie des deux êtres qui lui sont chers.

Il est convoqué dans un hôtel parisien renommé et se trouve mis en présence de deux hommes accompagnés de gardes du corps. Une mission de confiance lui est proposée et comme les fonds manquent, la possibilité de recevoir 30 000 € influe sur ses réticences. Il doit se rendre à Cuba et réaliser un contrat sur un nommé Pierre Cuevas.

Cuevas est un ancien activiste, anarchiste, ayant participé comme mercenaire principalement en Amérique du Sud, allié aux troupes révolutionnaires combattant les régimes fascistes. Il possède la double nationalité franco-espagnole et est recherché depuis des années par la CIA. Il a été localisé à Santiago de Cuba, et Franck Carnac doit l’abattre sans se poser de questions.

Muni de quelques renseignements et de contacts qui pourront l’aider, éventuellement, lors de son arrivée à La Havane, Franck Carnac ne perd pas de temps dans ses recherches. Seulement, des incidents se produisent dès son arrivée. Il a l’impression d’être suivi, puis une jeune femme l’aborde. Une petite séance de galipettes n’étant pas prohibée dans le cadre de sa mission, il se laisse entraîner. Une séance qui aurait pu lui être fatale s’il n’était pas sur ses gardes. Et lorsqu’il est en face de Pierre Cuevas, il pense qu’il va pouvoir, sa mission effectuée, s’embarquer à bord d’un petit canot pour la côte de Floride. Mais son départ est différé et il est obligé de fuir et de se cacher.

 

Résolument ancré dans l’histoire de Cuba, les années révolutionnaires, la prise du pouvoir de Fidel Castro, puis la suite, les années d’espoir puis la dégringolade lors de l’éclatement de l’ancienne URSS qui était la principale alliée nourricière de l’île, les difficultés ressenties par les Cubains, le fanatisme politique, Les enfants de Chango joue également sur le registre du fanatisme religieux et de la superstition.

La figure de La Mère s’incruste en surimpression dans ce roman, dont le sujet est la disparition d’enfants. La Mère est une vieille dame qui apparaissait déjà auprès de Castro, et d’autres personnalités politiques, en 1962, et déjà elle était âgée. Elle est la représentation de la Santeria, religion dérivée de la religion Yoruba, et ses représentants personnalisés sous formes de statuettes, les Orishas.

Les Africains déportés en esclavage avaient été obligés d’embrasser la religion catholique sous la férule des missionnaires espagnols. Afin de proroger leur propre religion ancestrale, ils avaient trouvé le moyen de représenter leurs dieux sous la forme de statuettes catholiques. Une religion métissée en quelque sorte.

Si la mission confiée à Franck Carnac relève du roman d’aventures, la recherche d’un individu mis au ban par la CIA, la suite s’inscrit dans une forme hybride entre roman noir policier, avec de nombreuses incursions politiques et historiques, et roman fantastique à base de sorcellerie dont La Mère tient une grande place ainsi que les enfants enlevés.

Si le début est conventionnel, la fin du récit est plutôt sombre, âpre, violente, comme un conte de fée moderne dans lequel les superstitions millénaires interfèrent dans une modernité sans concession.

 

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 300 pages. 18,00€.

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 09:28

Le voile est ténu entre le rêve et la réalité.

Jérôme SORRE : L’hiver du magicien.

En cette fin d’après midi de l’été de 1790, le jeune Charles Nodier erre dans les rues. Le temps est exécrable et l’agitation de la populace révolutionnaire importune ce gamin dont le père est notable. De plus il vient de subir une déception, et il n’a guère envie de rentrer chez lui.

Tout en ruminant une déconvenue amoureuse, il arrive dans un quartier dans lequel s’élève un édifice religieux. Des femmes chantent la Carmagnole et vendent de la bimbeloterie religieuse qu’elles ont chapardée.

L’intérieur est ravagé et près du chœur il aperçoit trois petites chapelles grillagées. Deux sont vides et ouvertes, la dernière est fermée, et dans le réduit gît ce qu’il suppose être un homme. Apeuré, il s’enfuit et se heurte à un individu qui se tient sur le porche, avec à ses côtés une épée qui manifestement ne lui appartient pas. Le garde lui demandant ce qui lui arrive, Charles l’invite à le suivre dans la chapelle. L’homme ne voit rien, pour cause il n’y a personne. Pourtant Charles discerne ce corps recroquevillé.

Charles rentre enfin chez lui, mais sa nuit est mouvementée. Et le lendemain, il retourne à cette église des Dames du Battant. Mircea, c’est le nom de cet être qui n’est visible que pour lui, lui demande de trouver la clé pour ouvrir ce qui constitue son cachot. Mais quelle clé ? D’après Mircea, qui se prétend magicien, ce n’est pas une clé ordinaire, matérialisée en un métal quelconque, mais à Charles de la découvrir.

 

Dans ce court roman fantastique, Jérôme Sorre nous entraîne sur les traces du jeune Charles Nodier qui deviendra le précurseur du romantisme, écrivain, romancier, poète et académicien. Il sera également bibliothécaire, notamment à Laybach, ou Laibach, qui deviendra Ljubljana. Mais ce côté fantastique joue sur la sobriété, et est surtout constitué de rêves entremêlés de tristes réalités. La révolution française s’affirme dans les rues, par la destruction des églises, la décapitation des statues, le vol des objets, la dégradation des lieux.

Pourtant un voyage initiatique lui est quasiment offert, un passage obligé afin devenir adulte. Charles Nodier est amoureux des livres et il a soif de culture. Mais il choisit les matières qu’il préfère, délaissant les mathématiques, que lui enseigne sa mère.

Dans un épisode décrit par Jérôme Sorre, et on ne peut mettre en doute cette fausse biographie, une image naît dans l’esprit du lecteur. Une scène que, peut-être, un certain James Matthew Barrie a empruntée pour mettre en scène son personnage de Peter Pan. A moins que ce ne soit le contraire. Mais quel épisode ? Je vous laisse le découvrir…

 

Ce texte est suivi d’une étude signée Alain Chestier, Rêver la réalité, un texte passionnant qui en révèle un peu plus sur Charles Nodier, un auteur quelque peu délaissé ou oublié de nos jours mais qui influença Victor Hugo, Alfred de Musset ou Sainte-Beuve, excusez du peu.

 

Jérôme SORRE : L’hiver du magicien. Collection LoKhaLe N°6. Editions La Clef d’Argent. Parution 7 septembre 2017. 120 pages. 6,00€.

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 08:44

C’est un os long ou un au secours ?

Jonathan CARROLL : Os de lune

Ils se sont connus à l’université dans le New Jersey, puis chacun a fait sa vie de son côté. Des expériences malheureuses la plupart du temps. Pourtant elle, Cullen, et lui, Danny, entretiennent des relations épistolaires, ce qui leur permet de garder le contact, voire parfois de s’épancher.

Cullen tombe enceinte des œuvres d’un certain Peter, un homme qu’elle croyait aimer. Mais, cruelle désillusion, il abandonne la partie en cours de jeu, et Cullen décide d’avorter. Son angoisse, son mal de vivre, ses regrets, elle les confie par lettre à Danny qui aussitôt accourt. Des retrouvailles qui se terminent par un mariage. Cullen tombe de nouveau enceinte alors qu’ils vivent en Italie, à Milan. Une vie qui pourrait se poursuivre ainsi dans la banalité, le confort, si Cullen ne se mettait bientôt à rêver…

Pas de rêves répétitifs. Un rêve-feuilleton qui, nuit après nuit, se poursuit dans un pays imaginaire, Rondua, en compagnie de Pepsy, un petit garçon qui l’appelle Maman. Des rêves qui, peu à peu, interfèrent avec la réalité et oscillent entre le magique et le cauchemar. L’île de Rondua est peuplée d’animaux géants, parlant italien : Mr Tracy, un gros chien qui porte un chapeau, Félina la Louve, Martio le Chameau…

Blessé lors d’un match de basket, Danny est remercié par son équipe, et le couple doit retourner aux Etats-Unis, emménageant à New York. Cullen donne naissance à une petite fille, Mae, et poursuit son rêve, visitant Rondua en compagnie des animaux parlants. Les médecins qu’elle consulte la rassurent sur son état mental et lui conseillent de ne pas s’inquiéter. Elle décide alors de consigner par écrit son feuilleton. Pendant ce temps, Alvin Williams, leur voisin, tue dans un acte de démence sa mère et sa sœur.

A Rondua, Cullen découvre, avec Pepsy et ses amis, un objet ressemblant à du bois, un « Os de Lune » qui, cassé en morceaux et sculpté, leur sert de bâton de voyage… Cependant, dans la vie réelle, les pensées, les souhaits de Cullen se réalisent, comme par transmission. Elle fait la connaissance d’Eliot, un voisin homosexuel, passionné de sciences occultes. Elle lui raconte ses rêves, les interférences qui se produisent entre eux et la réalité, et il lui propose de rencontrer Weber Gregston, un cinéaste qui se révèle trop entreprenant. Lorsqu’elle veut se défendre, un rayon lumineux, surgi de sa main, frappe Weber qui s’effondre. Face à ce phénomène, Eliot décide de mettre dans la confidence une chiromancienne qui ne décèle aucun pouvoir surnaturel chez la jeune femme.

A Rondua, le périple se poursuit et les voyageurs font connaissance de Pouce Brûlant, le premier être humain qu’ils rencontrent. Cullen lui remet son morceau d’Os de Lune, et ils repartent à la recherche d’un second Os. De grands dangers se profilent à l’horizon…

Weber contacte Cullen afin de s’excuser de son comportement et lui déclare sa flamme. S’ensuit un déluge de correspondances. De son côté, Alvin, du fond de sa cellule, demande à correspondre avec Cullen, ce qu’elle n’ose refuser.

A Rondua, Cullen se rend soudain compte que Pepsy n’est autre que l’enfant dont elle s’est défait quatre ans auparavant et comprend qu’elle doit absolument l’aider à trouver les cinq Os de lune.

Weber est atteint lui aussi de l’étrange pouvoir onirique de Cullen. Il rêve de Pepsy, de Mr Tracy, de la jeune femme et de quelques autres personnages. Et les péripéties se poursuivent sur Rondua. Pepsy est en possession de trois Os de Lune et Félina la Louve décède… Les personnages de Weber s’immiscent parmi ceux de Cullen, plus particulièrement un certain Jack Chili, dont elle et Pepsy doivent se méfier. Blessé, Mr Tracy se rend compte qu’il a commis une erreur et que, sous les traits de Martio, se dissimulait Jack Chili, l’ignoble…

 

On se sert toujours du passé pour condamner le présent dit Cullen un jour à Danny. Mais au travers de ses rêves, ne serait-ce pas plutôt la condamnation du passé par le présent ? Avec Le pays du fou rire, Jonathan Carroll s’était imposé comme un conteur du merveilleux fantastique, à l’univers feutré.

Des récits qui progressivement basculent du réalisme le plus cartésien dans l’imaginaire onirique. L’imbrication des rêves de Cullen dans le roman, ces interférences font irrémédiablement penser à l’envers du décor reflété dans l’autre côté du miroir. Peut-être l’homonymie avec le créateur du célèbre Alice au pays des merveilles y est-il pour quelque chose ?

Alors, cette petite phrase extraite de ce roman prend toute sa force et une signification plus particulière dans l’univers carrollien : « Un monde où des lapins faisaient surgir des magiciens de leurs haut-de-forme. »

 

Première parution collection Série blême. Editions Albin Michel. 1990.

Première parution collection Série blême. Editions Albin Michel. 1990.

Réédition Collection Terreur n°9230. Editions Presses Pocket. Parution octobre 2001.

Réédition Collection Terreur n°9230. Editions Presses Pocket. Parution octobre 2001.

Jonathan CARROLL : Os de lune (Bones of the moon - 1987 Traduction de Danielle Michel-Chich). Réédition Editions Les Forges de Vulcain. Parution le 11 mai 2017. 236 pages. 19,00€.

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:36

Aurait besoin d’une bonne révision ?

Gaston LEROUX : La machine à assassiner.

Nous avions quitté les protagonistes de La Poupée sanglante sur ces deux phrases : Eh bien, oui l’aventure de Bénédict Masson est sublime ! Elle est sublime en le fait qu’elle ne fait que commencer…

L’arrestation et l’exécution de Bénédict Masson, le relieur qui a perdu sa tête, ne manquent pas d’attiser les conversations, les suppositions, les ragots, et engendrer une forme de terreur comme aime à le préciser Mme Langlois, l’ex-femme de ménage du décapité.

Et lors d’une réunion bihebdomadaire dite à la camomille, breuvage servi dans l’arrière-boutique de Mlle Barescat, et fourni par M. Birouste, l’herboriste, les langues ne s’endorment pas malgré le breuvage. Il paraîtrait que la tête de Bénédict Masson aurait été réclamée par l’Ecole de Médecine et récupérée dans le panier et amenée chez l’horloger, spécialiste des engrenages aux roues carrées, par Baptiste, l’aide de Jacques Cotentin, le fiancé de Christine Norbert, la fille de Jacques Norbert, le fameux horloger qui aurait bricolé le corps de Gabriel. Des suppositions.

C’est à ce moment où la tension est vive entre les quatre participants de cette soirée à la camomille, que Gabriel s’introduit dans la maison portant Christine, évanouie et le visage ensanglanté. Alors ils entendent des voix. Celles de M. Norbert et de Jacques Cotentin qui sont à la recherche de Gabriel et de la jeune fille. Lorsqu’ils pénètrent dans la maison, il n’y a plus personne, sauf les quatre buveurs de camomille. Gabriel est parti par une porte située à l’arrière, avec dans ses bras Christine, écrivant un petit mot sur une feuille de carnet. Le plus surprenant est à venir : L’écriture est celle de Bénédict Masson, il n’y a aucun doute là-dessus.

Alors, non seulement Gabriel serait un homme rafistolé, mais de plus l’horloger et Jacques Cotentin, le prosecteur (personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine), lui auraient greffé le cerveau de Benedict Masson ?

Et si Benedict Masson était mort pour rien, car dans les disparitions de jeunes femmes, en Touraine, continuent, semblant confirmer ses assertions lorsqu’il déclarait qu’il était innocent ?

Débute une partie de cache-cache entre Jacques Cotentin, à la recherche de sa fiancée, et Gabriel accompagné de Christine, ou le contraire, et d’autres protagonistes plus ou moins impliqués dans ce récit d’aventures échevelé, à la trame fantastico-scientifique. De l’Île de la Cité jusqu’en Touraine en passant par la banlieue parisienne, c’est une course poursuite échevelée qui se déroule sous nos yeux.

 

Avec des références à Henri Heine, auteur du Docteur Faust, à Villiers de l’Isle Adam, qui mit en scène L’Eve future, premier roman dans lequel apparait pour la première fois une androïde ou plus exactement Andréide, ainsi qu’à Mary Shelley avec Frankenstein, Gaston Leroux ne fait pas œuvre de véritable nouveauté mais propose une version plus moderne de ces personnages qui ont traversé les siècles de la littérature dite populaire, ouvrant la voie à un fantastique scientifique dont déjà la médecine actuelle commence à s’emparer, et va peut-être bientôt dépasser toutes les affabulations de nos auteurs qui ne manquent pas d’imagination.

L’imagination débridée de Gaston Leroux mêle les deux genres précédemment évoqués en y incluant une trame policière, un petit goût d’exotisme avec des références aux Thugs, le tout dans un voile de poésie noire. Tous les ingrédients sont utilisés par Gaston Leroux afin de tenir le lecteur en haleine, et il y réussit toujours, près de cent ans après la première publication de cet ouvrage en feuilleton dans Le Matin du 10 août et le 19 septembre 1923. Si ce roman peut se lire indépendamment de La Poupée sanglante, il est préférable toutefois d’avoir lu le premier épisode afin de mieux comprendre jusqu’où la folie créatrice de Gaston Leroux peut s’exprimer.

 

Gaston LEROUX : La machine à assassiner. Collection L’Aube Poche. Editions de l’Aube. Parution 18 août 2016. 304 pages. 11,90€

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 12:43

J’ai deux amours… Panthéra et Orloff !

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

A la demande de l’avocat Formellot, Antoine Carlier, ancien policier reconverti dans les filatures, s’attache aux pas d’Heinrich von Verschtaufen, l’ancien nazi qui s’était réfugié en Bolivie, et de son compagnon, Huayna l’Inca, lorsque ceux-ci quittent le cimetière du Père Lachaise et s’engouffrent dans une Floride rouge de location.

Au moins, pense-t-il, il ne risque pas de la perdre de vue et il s’enfourne dans sa petite Dauphine. Et les voilà partis en procession, mais Huayna qui conduit la Floride le repère immédiatement, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’affole. Il parvient à coincer Carlier et à le maîtriser, puis il l’oblige à suivre la Floride conduite par l’Allemand et direction Saint-Maur-des-Fossés.

Ils arrivent devant une magnifique propriété et Heinrich demande à rencontrer le docteur Jean Oster, anciennement Osterweil, qu’il a connu durant la guerre. Le chirurgien n’est pas présent et sa (nouvelle) femme le reçoit. A l’énoncé de son nom, elle est effrayée, car elle sait que durant la guerre, son mari et l’ancien SS étaient dans des camps diamétralement opposés. Le bon docteur appartenait à la Résistance et il avait organisé la fuite à l’étranger de Juifs menacés de déportation. Le toubib, alerté par son épouse arrive en catastrophe, mais Heinrich rumine sa vengeance. Il prend en otage la fille du couple, qui n’a que onze ans, et enferme Carlier dans la cave, se promettant de lui faire passer de chauds moments grâce au chalumeau qu’il repère parmi les outils.

La romancière-journaliste Marie-France d’Aygues-Vives a publié dans le magazine où elle donne des piges, un article demandant à rencontrer Panthéra. Une solution qui s’avère payante puisqu’une personne qui se présente sous ce nom lui donne rendez-vous en banlieue. Seulement il ne s’agit pas de la vraie Panthéra et celle-ci, qui apprend la manigance, décide de surveiller les déplacements de Marie-France. Et elle fait bien. Car la correspondante de Marie-France, s’est déguisée en Panthéra et projette un mauvais coup.

Fautus a réussi à s’enfuir de la demeure où il était enfermé, faussant compagnie à ses deux geôlières, des jumelles pourtant passées maîtres en art martial. Lui aussi peaufine sa vengeance envers ceux qui avaient réussi à le capturer.

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

Toujours aussi virevoltant, enchainant les scènes d’action, les épisodes mouvementés, avec les mêmes personnages et de nouveaux arrivants, ou des revenants, cet Amour de Panthéra est toutefois plus grave dans son propos et dans la trame que dans les précédents épisodes. Tout en décrivant les péripéties endurées par ses personnages, l’auteur n’oublie pas de développer le côté psychologique de ses créatures qu’il fait évoluer avec un plaisir quasi sadique.

Personne, ou presque, n’est épargné dans ces péripéties tourmentées, mais cela n’empêche pas que de la tendresse imprègne certaines scènes. Ainsi Tanya, qui travaille dans un laboratoire, s’éprend de Bertrand, le domestique de son employeur, le professeur Bellières. Mais l’homme préfère ne pas montrer les sentiments qui l’animent envers la jeune femme au pied-bot et voûtée, un handicap auquel s’est habituée Tanya. C’est que Bertrand n’est pas un véritable domestique, s’appelant en réalité Jean Brochart, appartenant au Deuxième Bureau. Et si les Services Secrets sont dans la course, bientôt d’autres éléments vont interférer. Une Licorne par exemple, ou des Trolls qui sont embauchés dans les CFS, Compagnie Faërienne de Sécurité.

Si Tanya trouve en Bertrand une âme sœur, Alice de Sérigny alias Panthéra n’est pas en reste avec Percival Arlington. Pourtant l’amitié qui relie les deux jeunes femmes devrait être incompatible avec les relations qu’elles entretiennent avec des personnes du sexe opposé au leur. Ce qui confère une touche de tendresse dans un monde de brutes mais les aventures de tous ces protagonistes ne sont pas terminées et un nouveau volume est en préparation.

Alors monsieur Michel Pagel, car depuis peu l’on sait que sous le pseudonyme de Pierre-Alexis Orloff se cache ce grand maître de l’intrigue feuilletonesque, s’il vous plait, ne tardez pas trop, j’aimerai connaître la suite des aventures de Panthéra avant de mourir. Sinon, je serais capable de me retourner dans ma tombe de désespoir et de frustration.

 

Vous pouvez commander cet ouvrage directement ici :

Si vous préférez la version numérique, c’est ici :

Retrouvez les précédents épisodes de Panthéra en cliquant sur les liens ci-dessous :

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, quatrième épisode. Collection Noire N°92. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2016. 220 pages. 20,00€.

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 08:34

A en perdre la tête…

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène

Combinaison entre le Club des Cinq d’Enyd Blyton et celui des Veufs noirs d’Isaac Asimov, (il en existe d’autres, mais ce n’étaient que deux exemples) voici le Club Diogène créé par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret.

Ou plutôt dont les aventures sont narrées par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret et créé par Monsieur dont la tête de bébé joufflu repose sur un corps de vieillard et qui intervient de temps à autres dans les récits. « Le club Diogène n’a vœu d’exister que pour contrecarrer l’anesthésie croulante dans laquelle nous maintient la société », déclaration prononcée dans Un péché presque de chair.

Composé de sept membres, cinq hommes, Le Maréchal, D’Orville, Vayec, Franklin et Fédor, et deux femmes, Camille et Lison, ce club évolue dans le Paris de la fin du XIXème siècle, à l’affût de faits divers croustillants et mystérieux.

Ils ne se connaissent que par leur nom d’emprunt, et ne possèdent aucune précision sur leur vie privée. Ils se réunissent le soir rue du Tonneau dans une suite, la 52, d’un hôtel décrépit, l’hôtel Impérial. Ils peuvent se chamailler pour un rien, cela devient un jeu, une joute verbale.

Dans Attention : Traquenard, la nouvelle qui introduit nos personnages, le lecteur est invité à les rencontrer, en chair et en os, une expérience déchirante.

Une amie commune se déroule pendant la semaine sanglante, fin mai 1871. Les Versaillais et les Communards s’affrontent dans des combats sans merci, alors que les denrées viennent à manquer. Le Maréchal, le plus âgé du groupe, accompagné de Lison et Fédor, sent que La Bosse, entité diabolique qui se repaît de la chair fraîche, va sortir de son trou. Tous trois tentent de la pourchasser, de l’annihiler, jusque dans les gargouilles de Notre-Dame ou dans les égouts parisiens jusqu’au Père Lachaise.

Dans Chef d’œuvre, Le Maréchal, doyen du club, vient d’assister à un événement étrange. Un homme s’est emparé de la tête d’un condamné à mort et du panier qui la contenait, avec l’aval du bourreau qui a actionné la guillotine. Qui est donc cet homme, et pourquoi cette emplette d’un genre macabre ? C’est ce que vont s’attacher à découvrir les membres du Club Diogène, dans une enquête qui donnera quelques sueurs froides à l’un d’eux et mettra en scène un personnage mystique et collectionneur.

Ça pour une… met en scène une étrange bestiole tandis que dans Stupre une séance de spiritisme va se clore au cimetière du Père Lachaise.

 

Ce club de l’étrange est un recueil de onze nouvelles plaisantes à lire, écrites dans une langue savoureuse. Cet opus, premier d’une série qui en comporte plusieurs, joue avec la terreur, l'épouvante, mais sans artifice grandguignolesque ou outrageusement sanglant quoique certaines scènes se révèlent assez dégoulinantes. Bref un petit bonheur de lecture.

Un conseil, si vous désirez acquérir cet ouvrage que je vous recommande fortement, évitez de passer par la Zone mais commander le directement chez l’éditeur, cela vous reviendra moins cher et il sera neuf.

 

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène (1871-1877). Collection Absinthes, éthers, opiums N°9. Editions Malpertuis. Parution décembre 2009. 402 pages. 18,00€.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 10:03

Où Panthéra passe, l'ennui trépasse !

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra.

Il aura fallu attendre trois ans pour retrouver nos amis, Panthéra et consorts, que l'on avait laissé en piteux état, dans une situation périlleuse mais pas désespérée, quoique, on ne sait jamais avec l'auteur. Certains protagonistes ont quitté définitivement la scène, d'autres sont mal en point physiquement et moralement.

Heureusement, grâce à la magie des blogs, dont celui-ci en particulier, vous pouvez suivre en intégralité ou presque cette histoire ô combien édifiante, pittoresque, démoniaque, échevelée, et tout ce que vous voulez de positif, en quelques jours.

Donc Panthéra a réussi à s'échapper mais elle a été touchée gravement à une jambe par les balles tirées par l'inspecteur (stagiaire) Carlier. Elle se réfugie derrière une voiture, affalée sur le trottoir, et elle sera récupérée quelques temps plus tard par son amie Tanya, qui avait senti l'embrouille venir grâce, ou à cause, d'un article journalistique écrit par Renouard dans Soir Nouvelles.

Article qui d'ailleurs a engendré en partie cette réunion inopinée. Et Renouard s'en mord les doigts tout en buvant, rentré chez lui, verre sur verre, ce qui l'oblige à rester cuver dans son lit et même par terre. Ce qui n'est pas plus mal, pendant ce temps il n'écrit pas n'importe quoi, même s'il approche plus ou moins de la réalité.

Carlier a préféré tirer sur Panthéra au lieu d'abattre Faustus le faune, le laissant s'enfuir rapidement, juché sur ses sabots sans passer par la Lorraine. Et cet incident va lui coûter cher. Va leur coûter cher devrai-je préciser. Car Fautus est mis à l'index par son employeur Marcel, enfin par son fils Antoine, qui n'apprécie pas vraiment le genre de bévue dont s'est rendu coupable le satyre. Quant à Carlier, il se voit proposer une promotion loin de Paris, à Cahors. Il ne se résigne pas à entrer dans un placard et préfère démissionner, au grand dam de sa femme qui ne s'était marié avec lui que parce qu'il avait embrassé la profession de policier. Ah, l'amour de l'uniforme ! Et Carlier est embauché par l'avocat Formellot pour réaliser quelques opérations de filature.

Passons rapidement sur la présence d'Erynia, la nymphe qui accompagnait Carlier, sur les blessures de Percival Arlington qui s'en remettra, et les autres participants de cette joyeux rassemblement qui aurait pu tourner au drame, et tournons notre regard vers Marcel Duchard qui a la bonne idée de décéder, Antoine ayant décidé de prendre définitivement sa place. Et son amie Berthe Windgassen se mue en Jane Camden, afin de ne pas dépareiller par rapport à son ami Duchard fils.

 

L'article de Renouard ne pas inaperçu non plus d'un ancien nazi réfugié en Bolivie, et qui fut vingt ans auparavant le complice de Duchard, de Windgassen, et d'un prêtre, Honorin, devenu prélat. Et Heinrich von Verschtaufen, ancien colonel de la Waffen SS, décide de venir à Paris, endroit qu'il n'a pas fréquenté depuis des années alors qu'il se rend régulièrement à Londres.

 

Et voilà, tous les personnages sont mis en place ou presque. Dorilien le farfadet compagnon habituel de Faustus, a eu la tête tranchée par Panthéra, mais ne le plaignons pas, il le méritait.

Non, l'incident primordial a été déclenché par Faustus le satyre qui avait commencé à envoûter Panthéra, obligeant la jeune femme à retirer sa cagoule et à avouer son nom, Alice de Sérigny. Et ce patronyme fait réfléchir Marcel/Antoine Duchard et Berthe Windgassen/Jane Camden. Une hypothèse qui les laisse rêveurs se forge dans leurs esprits, les ramenant vingt ans en arrière.

 

Aventures endiablées pour ce troisième opus et ce n'est pas fini, tant mieux pour le lecteur qui se prend d'addiction pour Panthéra. D'autant que l'auteur en révèle un peu plus sur la genèse en incluant dans son récit des épisodes qui se sont déroulés en octobre 1943. Rappelons que les événements décrits se déroulent eux en 1963.

Michel Pagel, zut je l'ai dit, Michel Pagel signe donc un roman-feuilleton en tout point remarquable sans omettre quelques références littéraires, voulues ou non.

Ainsi, si Michel Pagel a pris pour pseudonyme Pierre-Alexis Orloff, ce n'est pas innocent. Mais disséquons, un peu seulement, faut en laisser pour les autres.

Orloff, de son prénom Tania, n'est pas un rôti, mais un personnage de la série Bob Morane. Et on retrouve une Tanya dans ce feuilleton. Tandis que le prénom Pierre-Alexis nous renvoie à Pierre-Alexis de Ponson du Terrail, le créateur de Rocambole, d'ailleurs les aventures de Panthéra sont effectivement rocambolesques. Et puisque l'on cite le nom de Terrail, signalons au passage que le supérieur hiérarchique de l'inspecteur stagiaire Carlier se nomme Duterrail. Et précisons que le commissaire chargé de reprendre l'affaire retirée à Carlier s'appelle Malet, Léon Malet. Comme le monde est petit ! Mais les grands hommes ne manquent pas ! Et pour finir la romancière Marie-France d'Aygues-Vives, dont Alice de Sérigny est la secrétaire lorsqu'elle n'enfile pas la combinaison de Panthéra, écrit un roman qui a pour titre Marion. Faut-il y voir un clin d'œil à la série des Marion de Georges-Jean Arnaud, quinze romans au total publiés sous le pseudonyme d'Ugo Solenza ? Georges-Jean Arnaud, né à Saint-Gilles du Gard, commune du Gard, tout comme, non pas Aygues-Vives qui se situe en Haute-Garonne, mais Aigues-Mortes.

 

Pour commander cet ouvrage, placez le curseur de votre souris sur le lien suivant :

Si vous préférez la version numérique c'est par ici :

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, épisode numéro 3. Introduction de Jean-Marc Lofficier & Jean-Luc Rivera. Collection Noire N°69. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2014. 248 pages. 17,00€.

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 09:02

Par ce jeu de dupes :
Voir sous les jupes des filles.


 

François FIEROBE: Les spectres d'Eiffel.

Ou sous celle de la Demoiselle en fer, surnom donné à la Tour Eiffel !

Combien de visiteurs de toutes nationalités se pressent entre ses quatre piliers afin d'apercevoir ce qui se cache sous cette structure métallique s'élançant à l'assaut des nuées ?

Mais tous ces touristes savent-ils que cette Demoiselle en fer n'est pas en réalité la vraie, qu'il ne s'agit que d'une simple copie ? Du moins, c'est ce que longtemps le grand-père a voulu faire croire au narrateur, lui contant une affabulation que longtemps celui-ci prit pour argent comptant. Ce n'est que bien plus tard que le narrateur s'aperçut de cette supercherie, pourtant il était tombé amoureux de ce monument qui gratte les nuages. Et par la suite il s'installa près de la Tour Eiffel afin de la voir le plus souvent possible et de rechercher, traquer les secrets qui l'entourent.

Et parmi cet entourage invisible, les Eiffelines, des ectoplasmes qui hantent la Tour sans indisposer qui que soit, comme de petits papillons invisibles.

Mais bientôt il s'aperçoit qu'il n'est pas le seul à rechercher les secrets de la Tour. Les Eiffeliens, les Eiffelopathes, les Eiffelographes et autres amoureux de la Demoiselle en fer tournent autour des piliers, grimpant les étages, s'arrêtant aux plateformes, recueillant témoignages, épisodes, historiettes, plans, tout ce qui peut avoir un rapport quelconque avec les structure et son constructeur. Son constructeur mais également tous ceux qui travaillèrent à son érection, car Eiffel n'était pas seul à dessiner les plans, à imaginer cette toile d'araignée.

C'est ainsi qu'il fait la rencontre de Hugues Larigaudière, ancien ingénieur passionné d'histoire des sciences et aux découvertes scientifiques des siècles précédents, et d'un autre historien, Henri de la Vergondière. Et de rencontres en rendez-vous, le narrateur approfondit ses connaissances et surtout il va se plonger dans un véritable conte eiffelien grâce à Cressot-Blossière, guide touristique érudit qui enchante les visiteurs grâce à des péripéties qu'il invente pour happer l'intérêt de ses interlocuteurs. Seulement tout ce qu'il dévoile n'est pas à prendre au pied de la lettre et encore moins à ceux de la Tour Eiffel.

 

Un voyage onirique, scientifique, merveilleux, fabuleux, inspiré d'histoires réelles et de fictions, mais si bien narrées, enrobées de détails si réalistes que le faux devient vrai et inversement. Des histoires charmantes, étonnantes, merveilleuses, fabuleuses, à vous faire perdre la tête parfois, mais toujours empreintes d'une certaine forme de réalisme qui confine à une authenticité que l'on ne peut mettre en doute tellement l'auteur y apporte des détails sur des événements qui auraient pu réellement se dérouler.

Ce roman est suivi de Folklore, fictions et fantômes de Jean Mazepin, un texte édité dans une petite revue, Le piéton singulier, un fascicule édité à l'usage de sa famille et ses amis.

 

Avec ce roman le lecteur prendra de la hauteur.

François FIEROBE: Les spectres d'Eiffel. Collection LoKhaLe N°5. Editions de La Clef d'Argent. Parution 22 juillet 2017. 210 pages. 9,00€.

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 13:41

Faut-il toujours suivre son instinct ?

Vincent VILLEMINOT : Instinct 1.

La vie de Timothy Blackhills a basculé en même temps que la voiture, dans laquelle il rentrait à la maison familiale, effectuait des tonneaux sur la route qui le conduisait, lui et ses parents ainsi que son frère Ben, de Seattle à Missoula.

Il était tout content de retrouver son frère ainé qui revenait du Canada quand soudain l’accident se produisit, sans cause particulière. Assommé, il se réveille ensanglanté. Plus grave ses parents sont décédés, quant à son frère il n’est pas sûr qu’il respire encore. Mais Tim ne se sent pas dans son état normal.

Il essaie de s’extraire du véhicule, avec difficulté, comme si ses mains n’étaient plus des mains, comme s’il ne pensait plus en adolescent, comme s'il réagissait en animal. Lorsqu’il se réveille de son coma quelques heures plus tard, il est entièrement nu, près d’une cascade, loin du lieu de l’accident. A l’hôpital où il a été emmené par les secours, alertés par un couple d’automobilistes, il se confie auprès d’un psychiatre.

Il se souvient qu’il était, mais n’est-ce qu’un rêve ou un cauchemar, un grizzli, une bête assoiffée de sang. L’expert après lui avoir fait passer un IRM afin de déterminer l’état de son cerveau lui annonce qu’une sommité va s’occuper de son cas. En attendant c’est Warren, un policier du DEA, Drug Enforcement Administration, qui l’interroge sans ménagement. D’ailleurs il lui annonce sans détour qu’il suppose que Tim est à l’origine de l’accident ainsi que de la mort de son frère, qu’il sait pertinemment que Ben et lui s’adonnaient à la prise de produits illicites, herbe et amphétamines, et peut-être d’autres produits dont un qui circule depuis peu et à l’origine de meurtres.

Warren le harcèle mais heureusement le docteur McIntyre lui propose de le soigner dans un institut spécialisé, l’Institut de Lycanthropie, situé dans les Alpes françaises. Tim, qui est bilingue car sa mère était française, accepte bien évidemment, ce qui lui permet d’échapper à Warren, d’autant que le médicastre lui affirme qu’il pourra, s’il le désire, quitter l’établissement au bout d’un mois de soins.

L’Institut de Lycanthropie est une sorte de petit village accueillant de nombreux résidents ressentant les mêmes effets de métamorphose. McIntyre réfute un quelconque délire schizophrénique mais parle plutôt de métamorphanthropie. Pour une raison ou une autre, le sujet atteint de cette forme de pouvoir de transformation, devient un anthrope et plus particulièrement comme dans le cas de Tim d’arktanthropie.

Tim est installé dans un petit chalet, un mazot, dans lequel vivent déjà deux autres résidents : Flora, quinze ans et férue d’informatique, et Shariff, douze ans qui ponctue ses dialogues de citations empruntées à Lao-Tseu, Rousseau, Victor Hugo…

Dans le bâtiment principal un étage est réservé à la bibliothèque contenant des milliers de volumes anciens traitant de la lycanthropie et des métamorphoses, essais, recueils de contes, légendes diverses du monde entier. Mais Tim n’a qu’une idée en tête, s’échapper. Et aussitôt qu’il le peut il met son projet à exécution, malgré les mises en garde des surveillants-éducateurs-encadrant.

En compagnie de son frère Ben il escaladait souvent des falaises, des escarpements, des montagnes, et son escapade ne lui fait pas peur. Gravir des hauteurs rocheuses difficiles pour le commun des mortels n’est qu’un jeu pour lui. Ce qui l’est moins, c’est de se retrouver nez à nez avec des chasseurs qui sillonnent les environs, n’attendant qu’une proie se présente devant leurs bâtons fumants.

 

Le lecteur pourrait se sentir frustré d’attendre quelques mois, comme dans la plupart des séries, pour connaître la suite des aventures de Tim et de ses nouveaux compagnons, Flora et Shariff, car tout n’est pas explicité dans l’épilogue.

L’éditeur signale que ce roman est destiné aux plus de quatorze ans. Je dirais même plus, de quatorze à cent-quatorze ans. En effet l’auteur déclare : Je voulais faire un roman pour adolescents et jeunes adultes qui ait une certaine dureté dans un certain nombre de scènes, pour être en confrontation avec un réel qui peut, pour eux, être effrayant. Et en effet certaines scènes se révèlent fortes, comme dans un thriller pour adultes. Et même si le thème du roman emprunte au fantastique, certains faits décrits peuvent mettre l’imaginaire des enfants en confrontation avec des images dures, mais pas forcément insoutenables.

Les enfants sont habitués à pire, ne serait-ce que dans certains jeux vidéo, quoi qu’en disent les concepteurs. Mais les relations entre les personnages amènent le lecteur à comprendre qu’il faut savoir se montrer tolérant, réagir en ne pensant pas qu’à soi, se mettre en osmose avec les autres, comprendre les sentiments, les émotions, les réserves, qui nous animent et animent ceux avec lesquels on vit. Faire la part des choses, et accepter les différences. De mettre en commun ses ressources physiques et mentales afin de dénouer les problèmes, les pièges qui se présentent. Bien sûr ce n’est qu’un roman, et l’auteur ne cherche pas à énoncer une morale comme bon nombre d’auteurs du XIXème et du XXème siècle le faisaient, mais à rendre une histoire vivante, pleine de bruit, de fureur et d’émotions.

Je ne jure jamais, parce que tout ce que je dis est vrai, Timothy. Seuls les menteurs ont besoin de jurer, pour indiquer qu’il leur arrive parfois de dire la vérité.

Première édition Collection BLAST. Editions Nathan. Parution avril 2011.

Première édition Collection BLAST. Editions Nathan. Parution avril 2011.

Vincent VILLEMINOT : Instinct 1. Réédition Pocket Jeunesse. Parution août 2014. 480 pages. 6,95€.

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 06:59

Entre Fantômette et Madame Atomos, n'hésitez pas : Panthéra est là !

Pierre-Alexis ORLOFF : Panthéra contre Faustus.

Mais qui est cette Panthéra qui défraie la chronique, pas plus tard que la semaine dernière, c'est à dire en temps compensé, le 22 octobre 1963 ? Nul ne saurait le dire, pas même François Renouard, journaliste au quotidien Soir-Nouvelles, pourtant toujours bien informé.

Maître Joseph Gorvain, notaire à Corbeil-Essonnes, a été retrouvé mort dans son étude, et si le crime n'est pas formellement établi, une carte signée Panthéra sur laquelle est suscrite la phrase suivante, la vengeance est mienne, a été déposée près du corps.

Or une semaine auparavant, à quinze kilomètres de là, à Saint-Firmin sur Essonne, Mrs Margareth Arlington avait été assassinée, et les témoins, Percival le fils de la victime, et Mireille, la domestique, avaient décrit la meurtrière comme féline. Et coïncidence c'était ce même notaire qui avait procédé à la vente des Peupliers, la propriété des Arlington, à la fin de la guerre.

Un article journalistique qui n'échappe pas à Antoine Duchard, l'héritier de Marcel, industriel dans l'armement et l'aéronautique. Enfin, fils de Marcel, c'est à voir, car il s'agit de Marcel qui grâce à un artifice, disons démoniaque, est resté jeune et pour la galerie a pris sa propre succession. Antoine Duchard fait part de sa lecture à son amie Berthe Windgassen qu'il a connue durant la guerre, grâce à des accointances avec un officier Allemand. Bertha est devenue Bertha Camden, Lady Dunsmore, a hérité de la propriété les Peupliers, et de temps à autre se mue en miss Jane Camden, sa nièce. Elle vit actuellement dans le Devon, secondée par son majordome et amant occasionnel James Fischer.

Il demande, ordonne pourquoi ne pas employer les termes exacts, à Faustus, le satyre, le faune, et son compagnon Dorilien, le farfadet, tous deux faëriens, de découvrir qui se cache sous l'enveloppe de Panthéra. Les Faëriens sont issus d'une lointaine entité ayant pignon sur rue, puisqu'une ambassade de Faërie est implantée à Londres.

 

Alice de Sérigny est depuis peu la secrétaire de Marie-France d'Aygues-Vives, romancière et rédactrice d'un hebdomadaire féminin, ce qui déplait fortement à Tanya Morin, son amie d'enfance et même plus, puisqu'elles ont été élevées ensemble, mais pas que. Tanya, dont le nom d'emprunt est Farnèse, est chercheuse auprès du professeur Bellières, dans un domaine particulier, celui de l'influx nerveux face à l'envoi de fausses informations. Tanya, qui est handicapée, bossue et pied-bot, est quelque peu jalouse mais il faut bien faire avec sa colocataire-amie. D'autant qu'Alice doit ressortir ce soir, après la réception littéraire à laquelle elle a assisté, et redevenir le temps de quelques heures Panthéra, celle dont tout Paris et la France parle, et pas obligatoirement en bien.

Ayant enfilé sa combinaison noire et sa cagoule, Panthéra se rend aux Peupliers afin de vérifier, parmi les papiers, l'acte de vente de la propriété. Seulement l'inspecteur (stagiaire) Carlier a disposé deux hommes afin de garder la demeure et ses occupants. Une demeure dans laquelle elle a vécu les premiers mois de sa vie et dont le blason porte encore les armes de la famille Sérigny. Elle s'introduit dans la pièce où se trouve déjà Percival et celui-ci est tout de suite subjugué par la jeune femme. Mais Mireille, qui a subi les foudres peu avant de son amant de patron, ne peut s'endormir et elle perçoit des bruits. Curieuse, elle aperçoit Panthéra qui s'introduit dans la pièce et immédiatement alerte le policier en faction. Le drame couve, car lorsque le policier veut intervenir, le démon qui est en Panthéra prend du poil de la bête et non seulement se défend mais attaque. Le policier est grièvement blessé, Panthéra peut s'échapper mais le mal est fait.

 

L'inspecteur (stagiaire) Carlier, ami de Renouard le journaliste, est aussitôt sur les lieux, enquêtant et accusant Percival de connivence. Carlier possède d'autres accointances, dont Erynia, la nymphe, et lui fait part de la présence possible d'un démon. Erynia révèle cette information à son compère Sargo, le centaure, et celui-ci embarque pour l'Angleterre et plus précisément dans le Devon, chez lady Dunsmore. Sargo, le faune, et Erynia, la nymphe, sont deux Faëriens, chasseurs de démons, et ne jouent pas dans la même cour de récréation que Faustus et Dorilien.

 

Cette histoire prend sa genèse, du moins une grande partie, durant la seconde guerre mondiale, et en cette année 1963, soit vingt ans après, rien n'est effacé, rien n'est oublié, rien n'est terminé.

A l'instar des grands feuilletonistes des siècles précédents, de Dumas à Léon Sazie, en passant par Féval, Zevaco, Arnould Galopin, Souvestre et Allain, et quelques autres, Pierre-Alexis Orloff, qui est un pseudonyme bientôt dévoilé, construit avec Panthéra une œuvre magistrale, dont les différents volumes se lisent indépendamment mais se suivent, l'épilogue relançant l'action, et comme l'on sait, action - réaction. Car les réactions sont nombreuses et les épisodes s'enchaînent sans discontinuer, le lecteur ne prenant même pas le temps de souffler, à peine celui de boire et de manger.

Un roman épique mélangeant avec bonheur les genres, allant du fantastique au policier, du dramatique au mystérieux, avec incursion historique, et un côté sentimental et familial dont étaient friands les auteurs précités, sans oublier Xavier de Montépin et Hector Malot.

Mais les personnages ne sont pas tous issus de la fiction et de l'imaginaire de Pierre-Alexis Orloff. Ainsi sous le nom de Marcel Duchard, puis de son "fils" Antoine, industriels dans l'armement et l'aéronautique, on ne manquera pas d'accoler ceux d'industriels ayant réellement existé ou vivant encore, le fils entretenant quelques indélicatesses avec la justice. Quant à Maître Roger Formellot, il possède un air de ressemblance avec René Fleuriot, célèbre avocat d'après-guerre.

Et l'on pourra poursuivre les aventures de Panthéra bientôt avec les autres titres de cette série qui ne manque pas d'allant, d'humour, de piquant, et d'imagination. Et surtout on apprendra que les amours entre personnes de même sexe parfois peuvent sauver la vie, ou pas.

 

Pour commander ce livre, version papier, une seule adresse :

 

Mais si vous préférez la version numérique, n'hésitez pas, c'est par ici :

Pierre-Alexis ORLOFF : Panthéra contre Faustus. Collection Noire N°30. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2011. 228 pages. 17,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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