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13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 09:35

L’héritier ? Oui, de Dumas et de Zévaco !

Pierre PEVEL : L’Héritier. Le Haut-Royaume 2.

Dans le précédent volume du Haut-Royaume, Le Chevalier, nous avions laissé Lorn Askarian dans une fort mauvaise posture. Pour preuve, en l’hiver 1547, se déroulent ses funérailles dans la Citadelle. Les chevaliers de la Garde d’Onyx, dont il avait trié sur le volet les membres, assistent à l’enterrement, en présence du Haut-Roi Erklant II, un souverain en fin de vie.

La reine Célyane, nettement plus jeune que son époux, n’est que la régente en attendant le décès, proche selon les apparences, du roi. Pour autant elle ne devrait pas régner, car Erklant II possède un fils de son premier mariage, et d’autres de son remariage avec Célyane. Elle est conseillée par Estévéris, son premier ministre.

Alan a pris la tête de la Garde d’Onyx, qui était plus ou moins dissolue, suite à la mort présumée de Lorn et il en a fait une petite armée qui recommence à s’imposer dans le paysage politique trouble du Haut-Royaume.

Dans le même temps, au duché de Sarme, Alissia se morfond et vit en recluse. Elle pleure son amour, Lorn, et passe son temps à la lecture. Mais on n’échappe pas à son destin, surtout lorsque celui-ci est commandé par des intérêts politiques. Elle est promise à un vieux noble, le Duc Erian d’Ansgarn. Dans quelques mois elle sera mariée et auparavant il faut sacrifier à la cérémonie des fiançailles. Le vieux duc est représenté par le jeune comte Brendal de Forland lors de cette fête, et alors que normalement les deux jeunes gens ne doivent pas se voir avant d’être présentés officiellement, Alissia l’aperçoit. Ils se retrouvent côte à côte, et ce qui n’était pas prévu arrive. Ils tombent amoureux l’un de l’autre.

Les frontières sont fragiles, des hommes complotent en secret, des armées se constituent, la guerre est prête à être déclenchée. Il suffit d’un rien pour que tout bascule. Et ce rien est provoqué par la mort d’un homme, un assassinat.

Mais un événement que nul n’avait prévu se produit. Lorn n’est pas mort comme annoncé à la fin du premier épisode, Le Chevalier. Et bientôt il va faire son retour, bousculant les événements. Certains seront contents de sa réapparition, d’autres, peut-être les plus nombreux, beaucoup moins satisfaits car il dérange des plans ourdis par des personnages réunis en congrès.

 

Cette suite des aventures d’Alan, d’Alissia, de Lorn et autres personnages dont on a fait la connaissance dans Le Chevalier, est tout aussi prenante, même si elle est un peu touffue, les chapitres se succédant selon le principe sacré du roman-feuilleton, au moment où un personnage est en difficulté, où un événement se profile, hop, on saute dans un nouvel univers et on reprend ceux qu’on avait perdus ou laissés en plan quelques chapitres précédents.

Amours, trahisons, combats, retournements de situation, réapparition de personnages, tout est employé pour appâter le lecteur, sans oublier quelques animaux merveilleux, dont les dragons-volants chers à Pierre Pevel. Un souffle épique plane sur cette saga, et l’on ne peut s’empêcher de penser à quelques romans lus dans notre jeunesse et qui nous ont profondément marqués.

Il existe une filiation avec Dumas, le grand Alexandre, et son héros du Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantès, mais également à Michel Zévaco, pour la bravoure, la ruse, les situations inextricables, les chevauchées, l’amitié, les amours et les trahisons, des éléments indispensables, qui animaient Pardaillan ou Le Capitan.

Pierre Pevel est le digne héritier de ces romanciers, mais il évolue dans un domaine qui à l’époque leur était inconnu, l’heroic-fantasy ou en français le merveilleux fantastique. Il maîtrise admirablement et rigoureusement ses intrigues, même si le lecteur se sent parfois un peu perdu dans le foisonnement bouillonnant de son imaginaire et du déroulement de ses intrigues.

 

Pierre PEVEL : L’Héritier. Le Haut-Royaume 2. Collection Fantasy. Editions Milady. Parution le 26 août 2016. 628 pages. 8,20€.

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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 08:58

Hommage à André Ruellan, alias Kurt Steiner, décédé le 10 novembre 2016, à l'âge de 94 ans. L'une des figures marquantes des collections Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Kurt STEINER : Le prix du suicide.

Agée de vingt-quatre ans, Catherine vient d'enregistrer une désillusion qui la laisse désemparée. Joël, son amant artiste-peintre lui a signifié que leur liaison est terminée. Son emploi de laborantine n'est plus à la hauteur de ses espérances et de son ambition, lui dont l'avenir est prometteur.

Heureusement pour elle, elle avait gardé le petit logement qu'elle habitait avant de s'installer chez Joël. Elle tergiverse, indécise sur son avenir. Elle choisit le suicide, et comme elle travaille dans un laboratoire d'analyse médicale, elle possède sous la main tout ce qu'il lui faut pour quitter la vie. Toutefois, avant de procéder à l'acte ultime elle attend un appel téléphonique de la part de son ancien amant. Résignée, elle s'injecte une dose concentrée de penthotal pur. C'est alors que le téléphone sonne. Elle décroche et entend Joël s'excusant pour son geste. C'est trop tard.

Joël se rend immédiatement chez Catherine, en compagnie d'un médecin et d'un serrurier. Ils ne peuvent que constater le décès.

Rentré dans son atelier à Montparnasse, Joël est perturbé par la présence de portraits de Cathy qu'il a réalisés et accrochés au mur. Il les retourne contre les parois et décide toutefois de peindre un dernier visage de Catherine, celui de son souvenir. Or il a beau faire, y passer des heures, le résultat n'est pas celui qu'il espérait. Alors qu'il voulait la représenter telle qu'elle était au début de leur liaison, il ne parvient qu'à mettre sur toile une Cathy morte. Cela ne lui convient pas et la pose à terre, à l'envers contre le mur.

Alors que d'habitude ses nuits étaient peuplées de cauchemars, cette nuit-là se passe sans anicroche. Sauf qu'au réveil il s'aperçoit que la toile a été retournée et que Catherine le regarde. Il a beau la remettre à l'envers, la toile n'en fait qu'à sa tête et il la retrouve dans des endroits où il est sûr de ne pas l'y avoir entreposée. Il en vient à se demander si ce tableau ne possède pas une vie propre, si le fantôme de Catherine ne joue pas avec ses nerfs.

Il décide d'entreposer la peinture dans un placard mais au cours de la nuit, il entend la voix de Catherine s'échappant du réduit. Il n'en peut plus et fuit avec sa Jaguar vers la Bretagne, pensant ainsi échapper à ses tourments. En cours de route, le visage de Catherine lui apparaît sur le pare-brise. Il s'affole et l'accident est inévitable. Il continue son périple en train puis en car jusqu'à Kerguillou, petit village sis non loin de Quimper.

Sur place, Joël retrouve d'anciennes connaissances qu'il n'avait pas revu depuis trois ans et plus. Le père Le Hermeur, un marin qui vient d'acheter un navire neuf et embaucher un équipage, sa femme, et surtout sa fille Anaïk. Il a du mal reconnaître en cette belle jeune fille de dix-neuf ans, la gamine qu'il avait connu quelques années auparavant.

Il retrouve également Kermadec, un ancien avocat à la réputation sulfureuse. Il fréquente selon les rumeurs les korrigans, ces lutins qui peuvent se montrer bienveillant ou malveillant.

Le problème pour notre peintre, réside en cette faculté délétère de superposer Cathy à AnaïK et bien entendu il tombe amoureux de la jeune fille. Seulement celle-ci disparaît.

 

Ce roman justifie amplement le titre de la collection. L'auteur ne joue pas sur le registre du fantastique, tout au plus en parsème-t-il son texte d'une petite couche légère, mais c'est bien l'angoisse qui prédomine.

Catherine n'apparaît que peu dans le récit, juste au début, mais sa présence est insistante et perturbe le peintre. Il a quasi assisté à sa mort en direct et il tente en vain de l'oublier. D'abord chez lui en conjurant le sort par une nouvelle peinture, puis en essayant de les cacher et enfin en fuyant vers une région qui lui semble-t-il sera propice à l'oubli. Mais c'est l'angoisse qui sournoisement l'étreint.

Catherine s'insinue dans son esprit, le harcèle, le broie, et Joël est obnubilé par cette présence fantomatique qui lui fait perdre le sens des réalités. Et lui qui se jouait des femmes, grâce ou à cause de sa gloire naissante, devient le proie d'une morte et éventuellement d'une vivante.

Un roman qui est plus axé sur le côté psychologique du personnage principal que sur l'action. Et, si ce titre n'avait pas été classé Angoisse, il aurait figurer dans des séries romantiques, comme les collections des années 1950, Nous-Deux, Intimité, Stella et autres, en proposaient, alternant aussi bien roman dit à l'eau de rose, angoisse et policier ou le tout conjugué.

La femme délaissée qui se venge post-mortem par imprégnation dans l'esprit d'un homme égoïste. Le roman du remord.

 

Réédition Super luxe N°108. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1981. 192 pages.

Réédition Super luxe N°108. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1981. 192 pages.

Kurt STEINER : Le prix du suicide. Collection Angoisse N°48. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1958. 222 pages.

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 07:14

Comme celui de tomber du lit ?

Marie-Bernadette DUPUY : Nuits à haut risque.

Ce volume contient trois historiettes, courts romans ou longues nouvelles selon les appréciations, de 140 pages environ chaque. Il s’agit de L’enfant mystère des terres confolentaises, de Maud sur les chemins de l’étrange et de Nuits à haut risque qui donne son titre à ce volume.

 

L’enfant mystère des terres confolentaises :

Brigueuil, 2 juin 1998.

C’est bientôt l’heure pour Irwan Vernier, inspecteur divisionnaire au commissariat d’Angoulême, de Maud Delage, inspectrice principale et accessoirement amante du susdit Irwan, et de Xavier Boisseau, inspecteur principal aussi et ami des deux précités, de boucler la journée. Il est vingt-deux heures et un repas et une bonne nuit de sommeil ne seraient pas de refus. Sauf qu’un accident de la route vient de se produire et qu’ils doivent immédiatement se rendre sur place. Normalement le SAMU devrait suffire dans ce cas d’intervention banale, mais si l’homme est blessé, c’est d’une balle dans le ventre. Et le revolver gît sur le siège passager.

Il leur faut prévenir la femme de ce Flavien Rousselot, VRP de profession, seulement personne ne répond au bout du fil. Alors Irwan et Maud se rendent à Brigueuil, dans la région de Confolens, au nord du département de la Charente, tandis que Xavier est chargé de nourrir et éventuellement rassurer Albert, le chat persan blanc de Maud.

Or cette brave épouse répondant au doux prénom de Michèle, ne se résout à leur ouvrir la porte qu’après plusieurs appels et déclinaisons d’identité. Elle est choquée car elle pensait son mari à Limoges. Il donnera une explication, valable, plus tard, ne nous attardons pas, car Michèle, ma belle, est dans tous ses états. Depuis quelque temps, elle reçoit des appels téléphoniques mais personne ne lui parle, ainsi que des lettres anonymes dont le texte est composé de lettres découpées dans des journaux. Et elle a peur pour sa fille Raphaëlle, bientôt treize ans, qui dort chez une amie.

Une enquête qui va se régler assez rapidement mais pas sans dommages, mésaventures, ni sans révélations qui confinent au drame familial. Une belle opportunité pour Xavier de démontrer ses connaissances d’historien amateur éclairé, mais qui parfois se fait damer le pion par la jeune Raphaëlle. Le plaisir de la découverte de la région par la description de vieux quartiers, de maisons anciennes et de monuments, sans pour autant que cela relève d’une déclinaison sèche d’un guide touristique, et un thème social et familial comme support de l’intrigue. L’intrigue est gentiment développée, sans pathos, mais assez révélatrice de drames et tensions dont parfois les médias se font l’écho et qui sont plus dramatiques dans la réalité que dans les romans.

 

Maud sur les chemins de l’étrange :

Bonnes 6 novembre 1998.

Comme son titre l’indique ce texte est ancré dans le paranormal. Alors que Maud et Irwan se prélassent au lit, il faut bien décompresser un peu de temps en temps, les assassins eux ne prennent pas de repos. En attendant qu’Irwan prépare le petit-déjeuner, Maud lit le journal. C’est ainsi qu’elle apprend qu’un homme a été retrouvé dans la Dronne, à Aubeterre, le corps lardé de coups de couteau. Elle regrette que cette affaire ne dépende pas de leur circonscription.

C’est à ce moment que le téléphone sonne, comme toujours au mauvais moment. Une certaine Jasmine Corvisier la contacte, ayant entendu parler de ses dons de médium, et elle souhaite la rencontrer chez elle au manoir de Bellevigne, à Bonne, non loin d’Aubeterre. Elle affirme être victime de phénomènes paranormaux.

Maud refuse tout d’abord, car elle doit partir en Bretagne en compagnie de son amant et supérieur. Mais voilà, l’attrait d’une nouvelle enquête, qui plus est requérant son don, est plus fort. Ce qui occasionne une brouille avec Irwan qui refuse tout net de reporter leurs vacances en famille.

Si tu m’aimais vraiment, tu viendrais, tu m’accompagnerais là-bas, ose-t-elle lui répliquer, un chantage qui met en fureur Irwan.

Maud décide toutefois de se rendre chez Jasmine, en compagnie de Xavier qui est toujours prêt à lui rendre service. Lors de la conversation qui s’ensuit avec Jasmine, Maud apprend non seulement que cette belle femme est importunée par des bruits à l’étage, des coups sur les murs comme si quelqu’un frappait avec une masse, son chien est lui aussi perturbé, grognant,qu’elle se réveille avec dans la tête des images horribles, et surtout un homme lui apparait, et pourtant ce n’est qu’une ombre, une vision. Arrive sur les entrefaites, Amélie, une amie chère, c’est ainsi que Xavier va tomber amoureux de cette jeune personne au corps sculptural. Mais Maud distingue elle aussi, et elle est la seule, cet homme évoqué par Jasmine.

Une enquête à la rencontre d’un fantôme, plaisante à lire pour le lecteur, mais déplaisante à vivre pour Maud et Irwan. Mais ils s’en remettront, heureusement sinon il n’y aurait pas une troisième intrigue en commun développée ci-dessous.

 

Nuits à haut risque.

Angoulême 22 mai 1999.

Une série de meurtres secoue la bonne ville d’Angoulême, qui n’en demandait pas tant pour se réveiller de sa torpeur pré-estivale.

A une heure d’écart deux corps sont découverts, morts par strangulation. Une infirmière et un docteur, qui tous deux exerçaient leur art dans la clinique des Ajassons située dans la commune de La Couronne, célèbre pour sa papeterie et sa cimenterie. Bientôt la découverte par la femme de ménage du docteur Dhuillier, des cadavres de ses patrons et de leurs enfants, sans oublier le chien, est enregistrée au commissariat. Tous ont été étranglés, sauf le chien qui lui a été égorgé. Dhuillier travaillait également à la clinique des Ajassons, mais faut-il parler d’épidémie ? Xavier remarque qu’ils vont manquer de personnel à force.

Alors Maud, Xavier et Irwan décident de se rendre à l’établissement qui perd ses employés comme si un raz-de-marée mortifère venait de se produire, et rencontrent la docteur Eléonore Bonnel, psychiatre, mais elle ne peut leur apporter aucun élément de début de réponse à cette hécatombe. Une protection rapprochée lui est proposée, mais pour Irwan, cette enquête ne devrait pas trop poser de problèmes. Pour le commissaire non plus, puisqu’il les enjoint de résoudre cette affaire pour le lundi.

Or le couple Dhullier avait reçu à dîner toutes ces personnes, plus un artiste mais celui-ci reste introuvable. Il ne figure nulle part. Dans aucun registre. Probablement un nom d’emprunt. Mais autre chose se profile à l’horizon, et qui n’est pas du goût de Maud. Son Irwan semble plus qu’intéressé par la belle Eléonore, amoureux même. Et il n’apprécie pas la jalousie qui étreint Maud. Maud qui la nuit fait des cauchemars, avec une araignée comme protagoniste.

Parmi les personnages qui évoluent dans cette enquête, on remarquera la présence d’une femme romancière qui signe ses ouvrages M.B.D.

 

Des histoires simples, charmantes, prenantes, parfois un peu naïves, et qui s’intéressent tout autant à une énigme dont le thème n’est jamais le même, qu’à une région, l’Angoumois, géographiquement et historiquement, ainsi à la personnalité des protagonistes et les aléas subis principalement pas Maud et Irwan, et surtout leurs rapports parfois tendus.

Xavier est un historien amateur qui connait fort bien la région, les vieilles maisons et les monuments intéressants mais il trouve en Raphaëlle, la gamine de L’enfant mystère des terres confolentaises, un interlocuteur qui lui arrive non seulement à la cheville, mais lui apprend quelques anecdotes.

Quant à Maud et Irwan, leurs relations sont parfois sur la corde raide. Ils vivent séparément, même si l’inspecteur principal se rend souvent à Gond-Pontouvre chez Maud. Maud dont on apprend dans la première de ces historiettes qu’elle est enceinte.

Et l’évolution de leurs rapports se montre plus souvent intéressante que les intrigues policières en elles-mêmes.

Autre édition : JCL Editions (Chicoutimi – Québec - Canada). Décembre 2013.

Autre édition : JCL Editions (Chicoutimi – Québec - Canada). Décembre 2013.

Marie-Bernadette DUPUY : Nuits à haut risque. Les enquêtes de Maud Delage. Editions de l’Archipel. Parution le 7 juin 2017.  Pages. 19,50€.

Autre édition : JCL Editions (Chicoutimi – Québec - Canada). Décembre 2013.

Première édition : L’enfant mystère des terres confolentaise. Editions Le soleil de minuit 1998. 10,00€.

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31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 06:57

Le seul arbre sur lequel poussent les citrouilles…

 

Ils sont venus, ils sont tous là, ils vont fêter Halloween, et ils sont tout excités !

Tom Skelton, qui pour être digne de son nom se transforme en Squelette. Skelton, Skeleton… pas difficile à trouver, mais fallait quand même qu’il le confectionne son costume. Sont également présents, prêts pour la course aux friandises, la Sorcière, l’Homme-singe, la Gargouille, le Mendiant, la Mort, la Momie… Horreur, malheur, il manque Pipkin !

Les gamins se dirigent immédiatement vers la maison de leur ami, qui se présente enfin à eux, aussi délabré physiquement que les maisons qu’il aime dénicher pour jouer avec ses copains. C’est un bon garçon Pipkin, toujours le plus en retard à l’école et le premier à fuir lorsque la cloche sonne. Mais sa préférence va à l’école buissonnière   

Pipkin, s’il est bien chez lui, n’a pas l’air en forme. Il n’est même pas déguisé, il ne porte pas de masque. Il se tient le flanc, il n’en n’a pas parlé à ses parents, afin que ceux-ci ne s’inquiètent pas, il mais promet à Tom et consorts de les rejoindre. A plus tard Pipkin, et les gamins commencent leur tournée de récoltes de friandises !

Puis ils se dirigent vers un ravin, profond, descendent puis remontent de l’autre côté, là où une baraque immense se dresse avec moult fenêtres, cheminées, et un battant ressemblant à Marley, le compagnon de Scrooge dans Un conte de Noël de Dickens. Un vieil homme leur ouvre et les reçoit comme des chiens dans un jeu de quilles, lorsqu’ils prononcent la phrase rituelle : Un don ou t’es dindon ! Alors, en désespoir de cause, ils se promènent dans le jardin, dans lequel se dresse un arbre couvert de citrouilles. Un millier peut-être de cucurbitacées, des sculptures grimaçantes avec des bougies à l’intérieur.

Près de l’arbre, ils observent en frissonnant des phénomènes étranges, une main blanche et squelettique qui émerge d’un tas de feuilles qui craquètent, un crâne qui plane et se fait éplucher par la main volante, un homme en noir qui surgit des feuilles et qui déclame : Pas de sucreries, les petits, mais des fourberies ! Pas de gourmandises mais des traîtrises ! Et Pipkin ? Il est là-bas, se tenant toujours le flanc, essayant de grimper le sentier du ravin, mais glissant vers le fond, inexorablement.

Alors, sous l’impulsion de Carapace Clavicule Montsuaire, l’homme en noir, ils construisent un énorme cerf-volant auquel ils s’accrochent les uns derrière les autres, formant une traîne dans le ciel. Débute un étrange voyage dans le temps et dans l’espace. Ils se retrouvent d’abord quatre mille ans en arrière, au temps des pyramides. Une cérémonie se déroule célébrant l’anniversaire de la mort du soleil, et ils retrouvent en momie Pipkin. Puis arrivée chez les hommes des cavernes autour d’un feu, puis dans l’Angleterre des druides, dans l’Europe médiévale, ou sous le ciel de Paris parmi les gargouilles, jusqu’au Mexique…

 

Conte philosophique, onirique, fantastique, poétique, L’Arbre d’Halloween nous emmène dans un voyage à la découverte d’Halloween, de ses mystères, de son origine.

Aujourd’hui Halloween est fêté par tous les petits Français, mais lors de la traduction en France de ce roman, cette fête païenne n’était pas aussi implantée, et encore moins lors de sa parution aux Etats-Unis en 1972. Cette célébration des morts est issue, selon la légende, d’une culte se déroulant au début de l’automne par les Celtes, mais elle s’est implantée surtout dans les pays anglo-saxons, importée aux Etats-Unis par des Irlandais chassés par la famine dans le milieu des années 1850.

Ce conte semble destiné plus particulièrement aux enfants, puisque ce sont eux qui sont directement concernés dans cette chasse aux bonbons, des bonbons ou un sort étant la phrase rituelle lorsqu’ils se présentent aux portes des futurs donateurs, mais que peut lire tout adulte désirant s’imprégner de cette atmosphère si particulière.

 

 

Première édition : Le Seuil. Octobre 1994. 160 pages.

A lire sur le même thème :

Ray BRADBURY : L’arbre d’Halloween. (The Halloween tree – 1972. Traduction d’Alain Dorémieux). Collection Folio SF N°525. Editions Folio/Gallimard. Parution octobre 2015. 176 pages. 6,60€.

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 08:18

C'est la femme aux bijoux,

Celle qui rend fou

C'est une enjôleuse

Tous ceux qui l'ont aimé

Ont souffert, ont pleuré…

Alain BLONDELON : Le collier des Corrilimbes.

Atteint par la limite d’âge, l’ex-sergent Jalnius a dû quitter les FIG, Forces d’Interventions Galactiques, et depuis il s’ennuie. Et comme sa pension n’est pas mirobolante, au trentième siècle rien n’a changé dans ce domaine, il végète. Aussi, lorsque son pote Loukian, qui est parti un peu avant lui avec le grade de caporal, lui demande de le rejoindre sur Gormania, il n’hésite nullement, malgré un long voyage de deux semaines dans une navette dont l’équipement laisse à désirer.

A bord du Dexo VI, un antique vaisseau de transport civil, Jalnius profite de son temps libre pour approfondir ses connaissances sur Gormania, et les légendes qui entourent cette planète et plus particulièrement celle de la prêtresse Alba et de La légende des Corrilimbes. Une malédiction s’attache à celle qui régna en despote sur les Corrilimbes durant deux décennies et un collier, composé de perles toriques, serait un vecteur de désastre.

Délaissant son ouvrage, Jalnius étudie ses compagnons de voyage, notamment Spike et Ghislain, deux explos qui pensent qu’en éclusant et en se saoulant copieusement, le temps passera plus vite. Et surtout il s’intéresse à Sherrilyne, une ancienne danseuse reconvertie en directrice d’un spectacle érotique. Elle va diriger un cabaret à Siphré, la ville principale de Gormania. L’aura de Sherrilyne, et ses longues jambes ainsi que sa sveltesse, ne laissent pas Jalnius indifférent, et comme sans aucun doute, Jalnius possède un charme indéfinissable, tous deux se retrouvent dans le même lit, à la conquête d’un septième ciel qui leur permet de rejoindre leur destination dans un passe-temps agréable.

Enfin ils atterrissent sur Gormania et Jalnius est accueilli par Loukian. L’ex-caporal a opté pour la recherche et l’extraction de Billium, et il a un projet qu’il détaille à son ami. Il a acheté pour une poignée de Crédits une concession sur une île. Mais apparemment il est moins bien renseigné que Jalnius car ce morceau de terre n’est autre que les Corrilimbes.

Les vols en basse altitude étant interdits à cause de la pollution, il ne leur reste plus qu’à rallier ce rocher qui tombe à pic dans la mer à bord d’un navire. Loukian connait un armateur qui pourrait mettre à leur disposition un bateau avec son équipage, mais cela ne va pas sans contrepartie. Il leur faut ramener des pierres précieuses qui ne se trouvent que sur l’île afin de reconstituer le fameux collier.

Jalnius, Loukian, les deux ivrognes, un Gormanien et Sherryline embarquent donc, destination Corrilimbes et ses pierres. Jalnius a étudié le Tismal, un livre d’archéologie très ancien, unique exemplaire prêté par l’armateur, et il se pose des questions. D’autant que leur départ a été retardé pour des problèmes entre Loukian et la justice. Bref, ce voyage débute sous de mauvais auspices, car ce retard va être préjudiciable météorologiquement.

Et entendu, les voyageurs vont subir la brume, la tempête ainsi que les assauts des brocchias, d’énormes sangsues qui escaladent les flancs du navire et étouffent les marins qui se défendent comme ils peuvent. Jalnius et ses compagnons, aidés par Sherryline qui n’a pas ses mains dans ses poches, parviennent à s’en dépêtrer, non sans mal. Puis il va falloir aborder la côte abrupte, les plages du débarquement ne sont pas prévues au programme, en chaloupe. Et lorsque Jalnius, assommé, sort de son évanouissement couché sur un rocher, c’est pour se rendre compte que les dégâts sont nombreux. Sherryline en a réchappé, Loukian est tourneboulé des neurones, et d’autres mésaventures les attendent au coin du bois.

Ils vont devoir affronter des reptiles volants, des insectes monstrueux, des plantes carnivores qui lancent des dards, faire connaissance avec les Corrilimbiens, des hommes-lézards, sans compter les blessures et autres avanies corporelles et psychiques.

 

Si au départ on pense se trouver dans un roman d’anticipation, l’histoire se déroule quand même au trentième siècle et plus, bientôt on est plongé dans un véritable roman d’aventures, mâtiné d’amour, ça c’est pour le côté tendresse, avec monstres à l’appui, éléments déchaînés, sans oublier le côté quelque peu sauvage des indigènes. A oui, c’est vrai, on ne dit plus indigène, on dit autochtone. C’est pareil, mais en plus politiquement correct.

En lisant ce roman, j’ai eu l’impression de ressentir les affres de ces aventuriers, comme si je participais moi-même à une forme de Koh-Lanta, grandeur nature dans une nature, justement, hostile.

J’ai pensé à tous ces petits maîtres et ces grands romanciers du roman d’aventures, René-Marcel de Nizerolles, Maurice Limat, Max-André Dazergues, sous leur nom ou sous pseudonymes, avec un soupçon de Jean Ray, une pincée de Jules Verne, une bonne dose de Rider Haggard, une larme de Rosny Aîné, bref tous ces écrivains qui concoctaient des histoires peut-être invraisemblables mais qui font passer le temps agréablement, surtout lorsqu’on est tranquillement installé dans son fauteuil.

Et cela nous change du roman noir qui est à la littérature populaire ce que le glyphosate est à l’agriculture. Un peu, ça va, beaucoup, bonjour les dégâts. Il faut savoir varier les plaisirs sans s’avarier les neurones. Enfin, je parle pour moi, évidemment.

 

Alain BLONDELON : Le collier des Corrilimbes. Collection Blanche N°2140. Editions Rivière Blanche. Parution avril 2016. 196 pages. 20,00€.

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 06:39

Prom'nons-nous dans les bois

Pendant que le loup n'y est pas…

Chantal ROBILLARD et Claudine GLOT : Dimension Brocéliande.

Si les anthologies n’existaient pas, il faudrait les inventer !

Pour plusieurs raisons, toutes meilleures les unes que les autres.

D’abord, on se rend compte combien un même thème peut aborder un spectre d’imaginaires innombrables. Ensuite, cela permet à de jeunes plumes de s’exprimer et de prendre de l’assurance dans l’écriture tout en se faisant connaître des lecteurs qui attendront, peut-être, un roman de leur part.

Enfin des auteurs connus par une frange du lectorat obtiennent une meilleure audience. Oserais-je vous avouer que si je connais de nom Lionel Davoust, Estelle Faye ou Na        thalie Dau, je n’ai encore jamais eu l’occasion de lire un de leurs ouvrages. Donc pour moi une première, mais pas une dernière. Personne n’est parfait, surtout moi !

 

Mais foin de tergiversations, et entrons dans la forêt accompagnés de nos deux guides, et partons à la recherche des farfadets, trolls et korrigans, de Merlin lent chanteur et de Morgane la bien-aimée, de la fée Viviane, d’Arthur et de sa bande, cachons-nous derrière les hêtres, chênes et châtaigniers, soulevons les fougères, passons au travers des buissons de bruyères, des fourrés de genêts et d’ajonc, laissons-nous porter par le vent jusqu’à ces endroits mythiques et mystiques que sont le château de Comper, la Fontaine de Barenton, le Perron de Merlin…

Vous vous croyez seuls ? Non, d’autres solitaires parcourent la sylve comme par exemple Gwenn, qui a perdu un œil et sa bien-aimée dans des conditions tragiques, mais pas en même temps ni au même endroit. Il aime les livres, normal il est bibliothécaire, spécialiste des romans fantastiques et médiévaux, et adossé à un arbre, il lit. Une jeune femme s’intéresse à son ouvrage. Une histoire concoctée par Estelle Faye dans Cent retours.

Pour Sarah Doke, celui qui déambule ainsi est lui aussi un solitaire, qui court, fuit. Les halliers arrachent ses vêtements. Mais que fuit-il ainsi ? C’est ce que vous découvrirez dans Le ventre de l’arbre. Autre solitaire, le personnage qui stationne son véhicule dans un chemin, remonte une allée, aperçoit une joggeuse. Pierre Dubois, elficologue célèbre, nous propose L’histoire du monsieur dans la forêt.

Le fils unique du Merle et de ma mère, de Jacques Jouet, narre un amour impossible et pourtant qui a porté ses fruits surtout si l’on sait que le Merle blanc est une émanation de… Chut ! Et Justine Niogret nous narre une autre histoire d’enfant dont la mère est obligée de quitter le village, et de se rapprocher de plus en plus de la forêt. Tout ça parce qu’un jour elle a été abusée. Et cet enfant qu’elle nourrit au sein, elle l’aime sans l’aimer. Le souvenir de sa langue est une histoire pleine de non-dits et d’apparence trompeuse.

Continuons notre incursion et avec Anne Fakhouri nous entrons dans le monde moderne qui s’attache à restituer le passé. Un échange savoureux de mails entre une éditrice qui prodigue ses conseils et ses points de vue à une romancière qui se plie à ses volontés. Et mon tout donne Amours entérines.

Moi, j’y croirais jamais ! affirme le protagoniste imaginé ( ?) par Claudine Glot. Kevin est un gamin de banlieue, un sauvageon, qui n’avait rien demandé, surtout de ne pas aller en camp de vacances en Bretagne. Et avec sa chance habituelle, il avait été sélectionné avec une quarantaine d’autres gamins pour une semaine vivifiante dans les bois. Et naturellement, il faut qu’il se fasse remarquer.

Et Arthur alors, le fameux roi Arthur, la reine Guenièvre, Excalibur l’épée, on n’en parle pas ? Mais si. Lionel Davoust revient sur cette épopée légendaire dans Le meilleur d’entre eux, et principalement sur les amours entre Guenièvre, la reine et épouse du roi Arthur, et Lancelot. Lancelot revient, après quelques années passées en Palestine et en Judée, à Camelot. Les temps ont changé, la peste, les guerres, la famine mine le petit peuple qui accueille toutefois le revenant. Lancelot avoue à Arthur qu’il a failli à sa mission, ramener le Graal. Arthur est déçu toutefois il autorise Lancelot à aller voir la reine Guenièvre, sa maîtresse. Une entente entre les deux hommes qui doit rester secrète. Hélas, même dans les châteaux aux murs épais comme des coffres-forts, les secrets les mieux gardés fuitent.

You were only waiting fort this moment, de Bernard Visse, n’est pas un titre en Breton, mais en Grand-breton. Le narrateur n’est autre que Blaise, le confident de Merlin, son homme de confiance, son scribe. Sous les coups de baguette de la fée Viviane, Merlin est depuis seize siècles perdu dans les limbes, ni mort, ni vivant. Mais il demande à Blaise de consigner ce qu’il s’est passé depuis et entre temps.

Le conseil du jour nous est prodigué par Chantal Robillard qui nous convie à Ne jamais baisser la garde ! L’auteur détourne gentiment, enfin gentiment, c’est vite dit, la légende arthurienne et ses protagonistes en mettant en scène les membres d’un commissariat partis en forêt de Brocéliande afin de se ressourcer. Sous la houlette du commandant Odilon Merlin, sont présents Liselotte Lance, Florian Arthur, Caradoc, ancien champion olympique d’athlétisme qui peine à suivre avec ses prothèses en guise de jambes, Jauffré, handicapé des jambes lui aussi, Govin, Hamm et Hummel. Ils dépendent du commissariat de Strasbourg, et leur nouveau chef, le commissaire Singral, a été parachuté en remplacement de Comper, parti sans prévenir, alors que la place aurait dû échoir à Merlin. De toute façon Merlin n’en a cure, il a d’autres visées.

Et comme la poésie a toujours droit de cité, je vous conseille deux autres textes. L’un est de Frédéric Rees, un courrier de Samuel de Champlain à l’intention de Savinien Cyrano, Champlain l’enchanteur, écrit en vers rimés, tandis qu’Isabelle Minière nous convie au Mystère de la forêt en vers libres.

 

La forêt de Paimpont, lieu présumé de Brocéliande

La forêt de Paimpont, lieu présumé de Brocéliande

La balade est terminée pour moi, je vous laisse maintenant vous débrouiller seuls, défricher et déchiffrer les autres nouvelles qui composent ce recueil. Empruntez les sentiers balisés, faites une pause de temps à autre, grignotez par-ci par-là, vous êtes en bonne compagnie de guides-conférenciers de talent. Vous ressortirez même de cet endroit magique avec des étoiles plein les yeux, et au mot Fin, vous ressentirez peut-être un début de manque.

Sachez toutefois que les éditions Rivière Blanche proposent des ouvrages en tout point compatibles avec vos attentes de merveilleux, d’imaginaire, de frissons, d’exotisme, voire plus si affinité.

 

Sommaire :

Préface.

Estelle Faye : Cent retours.
Sara Doke : Le ventre de l’arbre. 
Pierre Dubois : L’histoire du monsieur dans la forêt 
Jacques Jouet : Le fils unique du Merle et de ma mère. 
Justine Niogret : Le souvenir de sa langue
Anne Fakhouri : Amours entérines. 
Claudine Glot : Moi, j’y croirai jamais ! 
Emmanuel Honegger : La fée et le hérisson. 
Lionel Davoust : Le meilleur d’entre eux. 
Hélène Larbaigt : Feuille fée. 
Bernard Visse : You were only waiting for this moment 
Pierre Marchant : Sur les routes du Graal 
Ozégan : La harpe de Merlin. 
Françoise Urban-Menninger : Biens mal acquis ne profitent jamais !
Marc Nagels : La Quête de Méliant
Elisabeth Chamontin : Les Topinambours de Viviane.
Hélène Marchetto : Cai Hir.
Séverine Pineaux : La Forêt des songes. 
Frédéric Rees : Champlain l’Enchanteur.
Nicolas Mezzalira : Le Mystère de l’Etoile Verte.
Patrick Fischmann : La fleur du chevalier. 
Hervé Thiry-Duval : Le Fada de Féerie.
Claudine Glot : La mort est un cheval pâle. 
Chantal Robillard : Ne jamais baisser la garde ! 
Nathalie Dau : Dame du val et doux dormeur. 
Lionel Davoust : L’île close. 
Isabelle Minière : Le mystère de la forêt 
Postface. 

 

Chantal ROBILLARD et Claudine GLOT : Dimension Brocéliande. Collection Fusée N°60. Editions Rivière Blanche. Parution Août 2017. 272 pages. 20,00€.

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 07:50

Mais j´entends siffler le train,

Mais j´entends siffler le train,

Que c´est triste un train qui siffle dans le soir...

Sylvie MILLER : Satinka.

Du plus loin qu’elle se souvienne, Jenny Boyd a été confrontée à des visions nocturnes. Des trains emplissent ses rêves, des images sonorisées. Mais pas n’importe quels trains. Ceux de la Transcontinentale dont la ligne ferroviaire fut construite entre 1863 et 1869 avec comme main d’œuvre de nombreux immigrés chinois.

Et le matin, elle est la proie d’une migraine tenace. Elle s’en était ouverte à sa mère qui avait balayé d’un revers de manche ses déclarations. Elle voulait une fille normale. Alors Jenny s’était réfugiée auprès de son ami d’école, Mike, qui avait compati sans pouvoir lui apporter de réconfort réel, sauf celui de son écoute et de son affection.

Les années ont passé. Et en ce mois de juillet 2016, alors qu’elle a arrêté ses études au grand dam de sa mère et qu’elle travaille comme serveuse dans un bar à Colfax en Californie, les visions se font de plus en plus prégnantes. Au point de découvrir que durant la nuit elle a saigné du nez. Et ces visions ne se produisent plus uniquement la nuit, mais aussi le jour, dans certaines circonstances.

Pour ses vingt ans, elle revient à Dutch Flat, où elle a passé sa jeunesse. Elle n’est pas enchantée mais c’est un jour spécial. Parmi les nombreux invités, surtout la famille du côté de son père car personne n’est présent du côté de sa mère, elle retrouve avec plaisir son ami Mike qui a pensé à elle. Il lui offre une petite boite dans laquelle a été déposé un boulon datant de 1865 et provenant d’un chantier de la Central Pacific Railroad. Mike a acheté ce présent chez un vieil antiquaire chinois dont l’ancêtre, Wing On Wo, avait été ouvrier et médecin herboriste sur le site de construction et qui avait vécu dans le quartier chinois de Dutch Flat. Mais dès qu’elle touche l’objet, à nouveau elle est la proie d’une vision qui la met en syncope.

Mike la reconduit à Colfast et lui propose de rencontrer l’antiquaire. Celui-ci est obligé de s’absenter mais son petit-fils leur remet une malle-cabine contenant de nombreux objets d’origine chinoise et Yani, une peuplade d’Amérindiens qui vivaient dans la Sierra Nevada. Le jeune homme avait pour mission de remettre un jour cette malle à une jeune fille brune au teint mat. Pour lui, il est évident que Jenny en est la destinataire. Mike connait des personnes qui seraient intéressées par ces objets anciens et historiques. Ils se rendent tous deux à l’université de Stanford, où Mike effectue ses études, et effectivement les professeurs contactés aimeraient pouvoir en disposer. Ce que refuse Jenny qui les ramène chez elle. Mais elle cache certaines de ces reliques, une initiative Heureuse, car pendant son absence son studio est visité et dévasté.

Parmi ce qui pourrait ressembler à un fatras, Jenny et Mike ont également découvert un médaillon représentant un trèfle et des photographies. L’une des personnes figurant sur ces clichés ressemble étonnamment à la jeune fille.

 

Sylvie MILLER : Satinka.

Ce récit pourrait n’être qu’une simple histoire teintée de fantastique, un peu comme Richard Matheson ou Jonathan Carroll en ont écrit avec un petit côté Ma sorcière bien aimée. Mais c’est beaucoup plus profond. Un suspense teinté de fantastique tournant autour de la magie. Une situation en apparence normale mais qui perd le contrôle de la réalité. Le lecteur, alors, retrouve par ce jeu certaines des peurs ancestrales de l’humanité telles que la folie, l’abandon, la mort, la solitude. Ici, il s’agit d’une conjonction entre deux époques qui possèdent des points communs, et ancrés dans l’histoire des États-Unis et plus particulièrement de la Californie.

En 1857, le jeune Harmon Augustus Good, dit Hi Good, est content. Enfin il a atteint l’âge et possède l’argent nécessaire pour acquérir une centaine d’acres de terre californienne. Il doit satisfaire quelques obligations qui ne relèvent pas des travaux d’Hercule. Il construit donc une cabane et élève quelques têtes de bétail tout en cultivant ses plans de légumes. Seulement ces terres ont été confisquées aux Amérindiens de la tribu des Yahi, ce qui engendre de leur part une vengeance sanguinaire. Les renégats, ainsi surnommés, se sont réfugiés dans Mill Creek et descendent parfois dans la vallée afin de se procurer des vivres indispensables à leur survie. Mais une partie de la tribu, les Yanas, se conduisent en pacifistes, pourtant ils seront eux aussi traqués.

Des colons irlandais, chassés de leur terre natale par la famine, traversent les Etats-Unis en convoi. Leur but, la terre promise californienne et peut-être des mines d’or. En cours de route des divergences s’élèvent, mais ils continuent toutefois leur pérégrination, malgré le froid, la rudesse du terrain, affrontant les pires dangers dans la chaîne des Rocheuses et la Sierra Nevada.

Et durant les années 1860, partant de Sacramento, des milliers de Chinois construisent la ligne ferroviaire de la Transcontinentale. Ils sont traités en esclaves par des contremaîtres sans pitié. Ils s’organisent et parmi eux des hommes médecins pallient aux bobos divers, blessures provoquées par des accidents de travail ou aux inévitables problèmes de cohabitation ou de nutrition.

Un roman qui insiste sur les difficultés d’intégration des migrants, de leurs dissensions entre extrémistes et modérés tolérants, des conditions de vie et du quotidien des Chinois expatriés et exploités, du génocide envers des populations locales qui ne demandaient qu’à vivre sur leurs terres. Une leçon d’humanisme en tout point exemplaire mais qui n’oublie pas la magie, un don utilisé par les Amérindiens, les Chinois ou les Irlandais, pas tous, magie exercée pour se dépatouiller de situations périlleuses mais pas que.

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Il s’agit d’une parabole sur le courage et la volonté de vouloir, de pouvoir, de réaliser ce qui semble insurmontable, de se transcender. Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un gémir Je n’y arrive pas… et qui grâce à l’effort, par la volonté de réussir, par les encouragements aussi, parvient à surmonter les épreuves. Quelles soient physiques, mentales, psychologiques, corporelles. Mais c’est aussi la parabole sur l’intégration, sur les bienfaits d’une mixité ethnique, raciale, culturelle, mais je n’en dis pas plus.

Certains personnages ont réellement existé, Alexander Gardner, photographe par exemple. Quant aux faits historiques concernant la construction de la ligne ferroviaire Transcontinentale, ils ont fait l’objet de nombreux articles.

Un roman construit façon mille-feuilles, normal pour un roman de cinq-cents pages, appétissant et qui garde tout au long de la dégustation une saveur exquise. Si l’histoire de Jenny pourrait constituer la pâte feuilletée, croustillante, ce qui sert de crème est tout aussi goûtu. Les différentes époques s’entremêlent, puis convergent, et mon tout est hybride sans pour autant se montrer hétéroclite ou saccadé dans la narration. Bientôt la pâte feuilletée absorbe la crème et mon tout ne fait plus qu’un.

Il ne faut pas se fier à l’emballage, paraît-il. Pour une fois le contenant et le contenu sont d’égale valeur. L’ouvrage possède une couverture cartonnée rigide, avec une illustration de Xavier Colette, un dos toilé, et rien qu’à le voir on a envie d’ouvrir le livre.

Au fait, madame Sylvie Miller, à quand le prochain opus de Lasser détective des dieux ? Seriez-vous fâchée avec votre complice Philippe Ward ? Allez, un petit effort, un peu de volonté, une once de magie, cela devrait le faire.

 

Vous pouvez également retrouver les chroniques concernant la série Lasser détective des dieux ci-après :

Et pour finir :

N'hésitez pas non plus à visiter le site de Sylvie Miller :

Sylvie MILLER : Satinka. Collection Fantasy. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 516 pages. 25,00€.

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 07:12

Loterie nationale

Balancez vos cent balles

Approchez d' mon comptoir

Le tirage est pour ce soir

Dans mon p'tit kiosque à La Madeleine

J' vends des dixièmes à la douzaine…

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Il est loin le temps où la Loterie nationale, crée par décret de l'article 136 de la loi de finances du 22 juillet 1933, dans le but de venir en aide aux invalides de guerre, aux anciens combattants et aux victimes de calamités agricoles, n’était pas une société transformée à accumuler les profits pour alimenter les caisses de l’Etat.

Les billets, émis au nom des Gueules cassées ou des Ailes brisées, étaient souvent vendus par des dames, veuves, qui siégeaient dans de petites guérites, genre cabane au fond du jardin, et vantaient les tirages spéciaux de la Saint Valentin, du Vendredi 13 ou autres.

En cette fin mars 1935, Alexandre Gendrot, un mutilé de la face quinquagénaire, est avisé par télégramme de retrouver le colonel Picot qui préside l’association des mutilés de la face. Il n’est pas le seul à avoir été convoqué puisque Fend-la-gueule et Piquemouche, eux aussi des amochés des tranchées de la Der des ders, sont également présents. Car la vie de l’association est en jeu. Deux gagnants de la Loterie nationale viennent d’être découverts morts, l’un probablement suicidé, l’autre franchement assassiné.

Gendrot est obligé de mettre une prothèse oculaire, Fend-la-gueule porte bien son nom et arbore un masque, tandis que Piquemouche est aveugle et se fabricant un nez avec de la pâte à modeler. Tous sont plus ou moins ravagés de la figure, plus que moins d’ailleurs. Mais ils ne sont pas pour autant aigris et même il leur arrive de se moquer d’eux. Un humour noir pour conjurer les affres et les cauchemars qui les tyrannisent la nuit.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

La première affaire est suivie par un policier qui est persuadé qu’il s’agit d’un suicide. Gendrot va le rencontrer mais auparavant il se rend au domicile du suicidé. La concierge lui fournit quelques renseignements sur cet artiste-peintre qui fréquentait une fille de joie, Minouchette, et lui dit qu’elle a aperçu trois hommes descendant l’escalier le jour du drame peu après avoir entendu le coup de feu. Quant à Minouchette, elle affirme qu’il détestait les armes.

Pendant ce temps Fend-la-gueule et Piquemouche se rendent près de Vaumort dans l’Yonne, lieu où le second gagnant de la loterie a été abattu. Il s’agit d’un paysan et un gamin déclare avoir vu trois hommes sillonner les routes non loin de la ferme. En fouillant les alentours du drame, Piquemouche et Fend-la-gueule trouvent un dé à jouer. Ce sont les gendarmes qui instruisent l’affaire, et l’on sait que les rapports entre policiers et gendarmes sont tendus, ce qui fait que chacun d’eux ne dévoilent pas aux autres les résultats de leurs recherches.

Pourtant des ressemblances existent entre les deux affaires. D’abord les gagnants n’ont pas touché à leur argent, qui est placé à la banque. Ensuite, à chaque fois, trois hommes bien mis, dont l’un était muni d’un carnet, étaient présents sur les lieux. Gendrot distingue une affiche parmi toutes celles qui sont collées sur un mur et aussitôt il effectue une corrélation avec la mort du peintre.

Un journaliste de Paris Soir glose sur l’affaire des gagnants de la Loterie nationale et demande si le prochain heureux élu par le sort subira lui aussi justement le même sort. Ce qui n’arrange pas du tout Gendrot et compagnie et surtout le colonel Picot, ancien député et Président des Gueules cassées.

Ce que le lecteur apprend mais que nos trois amis ne savent pas encore, mais ne sauraient tarder à apprendre, c’est qu’un communiste affilié au Komintern est lui aussi intéressé, qu’un policer des Renseignements généraux, et non généreux, est sur les rangs, et que trois chercheurs, professeurs ou thésard à la Sorbonne, concoctent en secret des formules aléatoires, des algorithmes. Ils rencontrent de temps à autre un nazi allemand qui fait l’objet de la surveillance du communiste espion aux ordres de Moscou.

Un troisième décès est à déplorer, celui d’une mère de famille. Elle avait gagné à la Loterie, le jour du tirage ayant été avancé, et l’identité de la gagnante non dévoilée.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Julien Heylbroeck nous restitue avec saveur l’ambiance du Paris d’avant-guerre, avec son parler argotique, et Minouchette avec sa gouaille m’a fait penser à Arletty. Il nous emmène également dans différents lieux de la capitale, la Villette avec ses abattoirs et ses bouchers qui viennent écluser un verre de rouquin dans les troquets, la Goutte d’Or et Barbès, Montmartre, les Grands Boulevards, le quartier Saint-Michel jusque sur la Zone, les anciennes fortifications où sont installés les Bouifs ou chiffonniers. La circulation vient d’être soumise à un nouveau procédé, celui des feux qui remplacent les sonneries. Ce qui est fort dommageable pour les aveugles. Les voitures automobiles et hippomobiles se partagent les rues, dans une promiscuité parfois dangereuse.

Mais la montée du fascisme se précise et les étudiants de la Sorbonne dénigrent la présence de condisciples étrangers. C’est donc dans une atmosphère délétère que se déroule l’enquête confiée par le colonel Yves Picot, qui a réellement existé, aux trois mutilés de la face.

Ceux-ci possèdent une famille sauf Piquemouche qui vit à Luynes dans une sorte de couvent investi par des végétariens. Lui-même ne peut plus manger de viande, dégouté par les morceaux de cadavres stagnant dans les tranchées. Fend-la-gueule porte toujours sur lui une paille afin de boire proprement sinon il en met partout. Quant à Gendrot, qui a eu une fille avec sa femme qui possédait déjà des garçons d’une précédente union, et outre ses problèmes faciaux, il claudique ce qui l’handicape lors de longues promenades. Et ses cauchemars récurrents le montrent toujours dans la même situation, enfant confronté à un orage ou des incendies.

Si l’auteur décrit les ravages physiques subis par ces trois personnages, il le fait sans s’appesantir. Il constate avec bienveillance et pudeur. Mais sans se voiler la face.

Julien Heylbroeck nous propose un thème peu souvent traité, celui des gueules cassées, des débuts de la loterie nationale, par le biais du roman noir et celui de l’aléatoire par le truchement de la science-fiction ou de l’anticipation, voire du fantastique. Quelques scènes épiques sont décrites avec réalisme, surtout vers la fin. Et dites-vous bien que les mathématiques sont toujours aléatoires, quelque soit la formule…

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Visitez le site de l’éditeur, vous y trouverez sans nul doute votre bonheur :

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants. Collection Les saisons de l’étrange. Editions Les Moutons électriques. Parution le 7 septembre 2017. 252 pages. 17,00€.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 07:30

Allons donc, London…

Pêcher la crevette

Allons donc, London…

Pêcher le petit poisson.

Jason DARK : Peur sur Londres.

Médium amateur mais ne faisant pas commerce de ses dons, Miriam Di Carlo est réveillée brusquement en pleine nuit dans son appartement londonien par un pressentiment.

De sa fenêtre, elle assiste impuissante à un cataclysme qui s’abat sur la capitale britannique. Les bâtiments, les monuments s’effondrent, et dans le ciel s’inscrit l’image d’une jeune femme à la beauté froide, visage surmonté de deux petites cornes.

Il s’agit d’Asmodina, la fille du Diable.

A peu près au même moment, John Sinclair, inspecteur du Yard, spécialiste des affaires criminelles surnaturelles, est lui aussi tiré de son sommeil. Sa montre, arrêtée de même que son réveil, marque cinq heures.

C’est alors que le cauchemar commence.

Sa secrétaire, son patron, ses amis ne le reconnaissent pas. Pourtant il n’a pas changé physiquement. Quant à imaginer un complot, à une farce, ce n’est pas le genre de la maison. Alors ?

Intrigué John Sinclair revient chez lui, bien décidé à tier au clair ces manifestations pour le moins inamicales.

Le cauchemar continue.

L’immeuble où il habite s’effondre, projetant d’énormes blocs de béton sur la chaussée, écrasant les passants. C’est l’affolement général. La catastrophe tourne au chaos, à l’apocalypse. Soho n’est plus que ruines.

 

John Sinclair, chasseur de spectres, n’est pas sans rappeler ces héros qui passent leur vie à combattre les démons, les forces du Mal.

Successeur d’Harry Dickson, qui connut son heure de gloire grâce à Jean Ray mais issu d’une imagination teutonne, John Sinclair pourrait être le cousin de Bob Morane et autres grands pourfendeurs du Mal dans la tradition de la lutte contre les Esprits malfaisants dans une atmosphère de surnaturel.

Priorité est donnée à l’action, au spectaculaire, au divertissement populaire, ce qui n’exclut pas une certaine recherche dans l’intrigue, les rebondissements, et la maîtrise de l’histoire.

Bizarrement cette série a démarré, à quelques jours près, au moment où Léo Campion, chansonnier, homme de théâtre et de cinéma, est décédé. Léo Campion avait interprété pour la télévision une série, La Brigade des maléfices, dans laquelle il incarnait un policier, le commissaire Paumier, spécialisé dans les enquêtes relevant du surnaturel et dont les bureaux étaient situés dans les combles du 36 Quai des Orfèvres. Six épisodes ont été diffusés en 1970.

 

Jason DARK : Peur sur Londres. Une aventure de John Sinclair, chasseur de spectres N°1. (Angst über London – 1981. Traduction de Jean-Paul Schweighauser). Editions Fleuve Noir. Parution mars 1992.

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 07:32

Ma petite est comme l’eau

Elle est comme l’eau Vouivre…

Jean-Pierre FAVARD : La nuit de la Vouivre.

Cela faisait plus de vingt ans la bête avait poussé son cri, et voilà qu’il retentit à nouveau dans la nuit fraîche morvandelle, et plus particulièrement nivernaise.

Aviné comme trop souvent, Jean-Grégoire rentre péniblement chez lui. Sa compagne l’attend, ulcérée et inquiète à la fois. Il a passé la soirée à écluser au bar le Rendez-vous des amis, et Gérard, le bistrotier l’a mis à la porte sous le regard de quelques gamins qui décident de finir la soirée en boîte.

Elno, Bastien, Léon, accompagnés de deux jeunettes, Mona et sa cousine Sidonie, embarquent donc pour l’Hacienda, un dancing perdu en pleine campagne, entouré de bois. Sauf Ludo qui n’est pas un adepte des sorties nocturnes et préfère rentrer chez lui. Mais bientôt il sera obligé de ressortir, empruntant la voiture de sa mère. Après avoir fermé son bistrot, Gérard rentre chez lui, avec son chien Heinrich dont il est inutile de préciser la race.

Les gamins, qui sont à peine majeurs, prennent quelques verres supplémentaires, et ils commencent à être pompettes comme on dit. Plus franchement éméché, Léon tripote Mona mais sans douceur. Ce que n’apprécie pas du tout la jeune fille qui préfère sortir et traverser le parking sous les yeux de Marvin, le videur.

Dans un coin, deux hommes, barbus et chevelus, se rafraîchissent avant de reprendre la route. Ils ont encore une longue distance à parcourir avant d’arriver à Marseille où ils doivent convoyer quelques caisses d’un produit qui ne doit pas tomber entre les mains de la maréchaussée.

C’est à ce moment que le cri de la bête retentit. Les réactions sont diverses.

Jean-Gabriel, après avoir dormi un peu sur un banc rentre chez lui et alors que Marie, sa compagne plus jeune que lui de dix ans, s’apprête à le réprimander, il s’écroule. Un accident cardiaque. Elle alerte immédiatement les secours et une ambulance doit le transporter jusqu’à l’hôpital de Nevers.

Les deux hommes, Tony et Mario, reprennent la route mais bientôt leur van tombe en panne.

Mona n’est pas rentrée et la gendarmerie est prévenue. Si elle s’était perdue, si elle avait été victime de la bête ? Si elle était victime du froid qui règne sur la région ?

Quant à Gérard, il prend son fusil et en compagnie d’Alphonse, et de son chien, il décide lui aussi de parcourir les champs et les bois. Le chien découvre des hardes, appartenant sans conteste à une forte personne et les deux hommes rebroussent chemin. Une brigade cynophile est quémandée afin de retrouver Mona.

Pour le maréchal des logis-chef Anguenin, accompagné par le brigadier Fougerolles, une jeune femme qui prend son rôle au sérieux, et du gendarme Maturin, lequel glose souvent sur son chef, c’est l’histoire qui recommence. Vingt ans auparavant, il avait déjà enquêté sur la bête, la Vouivre, et cela lui remémore de mauvais souvenirs. De nombreux morts avaient été à déplorer, et Anguenin depuis traque toutes les informations susceptibles de lui apporter des éléments de réponse. Mais sa hiérarchie n’avait pas suivi, pis, il avait par la suite végété dans sa brigade sans obtenir d’avancement. C’est ainsi qu’il narre à Amandine Fougerolles ce qu’il a vécu, son savoir, ses connaissances, ses inquiétudes, revenant sur vingt ans de cohabitation spirituelle avec la Vouivre.

La Vouivre, bête légendaire, un dragon ou un serpent ailé portant une escarboucle sur le front et qui au contact de l’eau peut se transformer en naïade. C’est pour cela qu’elle est aussi appelée la Nageuse. Et selon toute vraisemblance, elle vient de réapparaitre, recommençant ses méfaits.

 

Tout s’entremêle, s’enchaîne, se culbute, se percute, se télescope, le passé, le présent, et les imbrications entre les divers protagonistes confinent, parfois, au burlesque et au tragique à la fois. Et cela se traduit par des bavures, des quiproquos, des règlements de compte, et des embrouilles.

Développé en séquences courtes, en alternance avec les divers protagonistes, ce roman débute par une atmosphère angoissante qui ne se dilue pas tout le long du récit. Qui s’amplifie même. Et le lecteur a hâte d’arriver à la fin de l’intrigue en se demandant, existe-t-elle ou non cette Vouivre ? Va-t-elle apparaître, va-t-on la voir perpétrer de nouveaux méfaits ? Et pourtant cette Vouivre, ou Guivre pour les Franc-Comtois, est omniprésente, tout au moins dans l’esprit de la plupart des personnages et de celui du lecteur.

 

Il existe un côté Jules Verne chez Jean-Pierre Favard, par la précision et l’aspect didactique développé dans certaines séquences. Ainsi il s’attarde sur les légendes et aspects de la Vouivre en diverses régions, sur les écrits concernant les légendes et la thérianthropie, remontant le temps jusqu’à Ovide et ses Métamorphoses et se reposant sur divers écrits, de la Vouivre de Marcel Aymé au Nécronomicon de Lovecraft, sur les différentes sortes de drogue et éventuellement comment les reconnaître, ce qui nous ramène à un fameux sketch de Fernand Reynaud, sur les premiers secours, comment diagnostiquer et réagir, une sorte d’examen-test entre secouristes, et bien d’autres détails qui alimentent le récit sans l’alourdir. Lui donnant même une dimension que ne possèdent pas tous les romans d’angoisse. Des explications qui ne sont pas inutiles, car il ne s’agit pas pour l’auteur d’effectuer une forme de remplissage vain.

Un roman remarquable, qui oscille entre enquête policière et œuvre fantastique, ces deux thèmes s’entrecroisant, et nous ramène à nos contes juvéniles mais qui s’adresse toutefois plus aux adultes même si les adolescents ne doivent pas être écartés du lectorat.

Jean-Pierre FAVARD : La nuit de la Vouivre. Grand Format Hors collection. Editions Clef d’Argent. Parution le 10 mai 2017. 336 pages. 19,00€.

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