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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 04:59

Bienvenu chez moi
Pour partager l'ivresse, les doutes, les peines et les joies…

Clarence COOPER : Bienvenue en enfer

Comment ce fait-il qu'on ne trouve jamais de logement, de boulot, d'endroit où étudier, mais qu'en revanche, on puisse trouver de la drogue sans aucun problème ?

Cette question fondamentale, qui reste sans réponse, Clarence Cooper la pose dans un dialogue entre détenus, son narrateur étant enfermé‚ dans un centre de détention dit la Ferme.

En théorie cet établissement doit permettre aux "pensionnaires" de purger une peine carcérale, le tribut à la société, tout en s'habituant progressivement à l'indépendance vis à vis de la drogue. Ce qui n'empêche pas les détenus de garder le contact avec le vice via l'herbe qu'ils fument en cachette.

La discrimination raciale existe, même si quelques matons, deux ou trois, sont Noirs. Ce qui pèse le plus, c'est le manque de femmes, une abstraction sexuelle avivée par les rencontres entre les représentants des deux sexes au cours de pauses-cafés. Des réunions tolérées et encouragées à la fois, en forme de récompense pour bonne conduite, qui ne permettent que des approches orales. Le toucher est interdit. En dehors de ces occasions, la conversation entre homme et femme, même par le langage des signes, les échanges oculaires sont prohibés.

Comment dans ce cas ne pas confondre avec une silhouette celle qui a disparu de votre vie. Un homme ne devrait jamais se repasser les images qu'une femme a laissées en lui.

 

La drogue est toujours présente dans ce roman, comme une obsession, et l'auteur qui affirme...et je crois donc que la meilleure drogue qui soit, c'est la lucidité n'applique pas à lui-même cette réflexion.

C'est ainsi qu'il sera découvert mort en 1978, dans une chambre d'hôtel, les poches vides et les veines bourrées d'héroïne.

Né en 1934 Clarence Cooper subit la dépendance de la drogue et connaît la prison à plusieurs reprises.

Bienvenue en Enfer est une sorte de message autobiographique, qui comme tout conseil (faites ce que je vous dis, ne faites pas ce que je fais), ne s'applique jamais à autrui et est toujours délivré pour les autres. L'on ne peut s'empêcher de tracer un parallèle avec la vie et la fin misérable de Donald Goines.

Clarence Cooper n'est pas un inconnu des amateurs de la Série Noire puisque son roman La Scène a paru en 1962 et réédité de nombreuses fois. L'écriture de Cooper est anachronique, parfois déconcertante mais non dénuée de charme.

Clarence COOPER : Bienvenue en enfer (The Farm – 1967. Traduction Jean-François Ménard). Collection Soul Fiction. Editions de L’Olivier. Parution Avril 1997. 302 pages.

ISBN : 9782879291338

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 04:50

Le poids des maux et le choc des mots, ou leur contraire.

Brigitte GUILHOT : 22/10 22 :10.

Ange ou démon ? Le démon, c’est Marcus, qui mâche ses mots mais ne les digère pas toujours. Il sort de prison, on ne sait pas pourquoi, d’ailleurs cela ne nous intéresse pas. Sachons toutefois que c’est une boule de nerfs qui ressemblerait à un soufflet. Il monte rapidement mais redescend aussi vite, sans parachute. L’ange se prénomme Lucie, fleur blanche fragile, filiforme presque, si menue qu’il pourrait la tenir dans sa pogne.

Mais comme les balourds, il fond devant Lucie. Un peu comme le Capitaine Crochet qui voudrait tenir dans sa main manquante la Fée Clochette.

Ils se sont connus dans un cinéma. Marcus l’avait remarquée à cause de sa bretelle en dentelle qui pendouillait sur son épaule dénudée. Et ils se sont revus et il en garde toujours le souvenir ému.

Puis il est parti comme colocataire terre-à-terre dans une espèce de résidence monastique où vivent des végétaliens. Ils aiment tellement la nature qu’ils la mangent crue. C’est Richard, que Marcus a baptisé l’Enorme (chut, il ne faut pas le répéter), qui l’a convoyé jusqu’à destination.

Les débuts n’ont pas été faciles. Forcément, lorsque l’on est un sanguin, un ours qui n’arrive pas à trouver son miel. Mais il trouve Loba, ou plutôt c’est elle qui l’aborde, comme si inconsciente elle s’approcherait d’un plantigrade avec pour seule arme de défense son sourire.

 

Si la cohabitation avec les autres est difficile, Marcus est en proie au même sentiment avec lui-même.

La cohabitation avec moi-même est impossible, voilà la vérité.

Car le narrateur est bien Marcus lui-même, et il n’est pas tendre envers son double. Pourtant il essaie de narrer cette histoire car il aime les mots. Il les choisit comme un gourmand fasciné devant un étalage. Toutefois il est lucide. Lucie de… ?

Peut-on raconter une histoire en n’en disant rien comme on peut raconter le vide d’un instant ?

Un texte minimaliste et intimiste comme sait si bien les écrire Brigitte Guilhot, maniant les mots et les sentiments avec aisance, leur insufflant vigueur et vivacité. Et derrière le personnage de Marcus, l’on devine la silhouette d’Hafed Benotman.

 

Vous pouvez commander cet ouvrage directement chez l’éditeur, cela lui fera plaisir :

Brigitte GUILHOT : 22/10 22 :10. Jacques Flament Alternative éditoriale. Parution novembre 2020. 70 pages. 5,90€.

ISBN : 9782363364623

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 16:06

Allo ? Ne coupez pas !

Gérard GUEGAN : Eurydice ne répond plus.

Journaliste, Christian Lassalle s'intéresse à ce qui se passe dans un centre de réveil réservé aux personnes atteintes d'un coma profond.

Observateur en situation irrégulière, c'est pratiquement le seul homme au milieu d'un aréopage de personnel soignant féminin. Le cas d'Eurydice, prénom qu'il a attribué spontanément à une jeune fille victime d'un accident, l'intéresse particulièrement. Il veut s'identifier à Orphée et l'aider à remonter des Enfers où elle se trouve.

Il se heurte au personnel soignant, notamment à Isabelle Robert, médecin phoniatre, une blonde wagnérienne qui traîne une réputation d'incendiaire. Mais à travers cette patiente dont il s'est entiché, et dont il perçoit une solitude comme un rejet de la société, il se penche sur son propre passé. Un traumatisme le taraude. Celui de son amour pour Jérôme. Une blessure qu'il a tenté de cicatriser avec Mathieu. Sont intacts toutefois ses révoltes contre l'injustice, son besoin de marginalisation.

Un libraire bossu lui met le doigt dans la plaie en lui déclarant: A une bonne question, il n'existe jamais de bonne réponse.

Pourtant c'est une bonne réponse qu'il voudrait entendre de la part d'Eurydice qui progressivement renaît à la vie. Une vie totalement déphasée par rapport à ses antécédents familiaux. Un décalage s'est produit et Eurydice se noie dans ses souvenirs telle une sirène à qui l'on aurait coupé son appendice ichtyologique.

 

Eurydice ne répond plus est un roman parabole qui s'inscrit dans l'œuvre déjà imposante de Gérard Guégan. Le héros, journaliste, se lance dans une quête, un peu à la recherche du Graal de l'identité.

Il se déplace comme un chevalier romanesque et combat l'injustice créée par ses semblables et les avatars de la vie.

 

 

Gérard GUEGAN : Eurydice ne répond plus. Editions de l'Olivier. Parution janvier 1995. 160 pages.

ISBN : 9782879290676

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 03:53

Limat ? C'est le Pérou...

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan.

En cette année 2931, les membres de l’astronef Scorpion se déplacent aux confins de l’univers, vers la constellation d’Hercule. Ils sont à la recherche d’un vaisseau fantôme qui se signale par un œil rouge. Or aucun des vaisseaux s’étant aventurés près de cet Œil Rouge n’est jamais revenu sur Terre, perdus corps et biens, ou alors des navigateurs ont recueillis, en plein espace, des naufragés flottant dans leurs scaphandres protecteurs. Ces naufragés de l’espace étaient vivants mais fous.

A bord du Scorpion, outre les membres d’équipage, des scientifiques sont présents. Ils savent qu’ils encourent des nombreux dangers, mais la curiosité et l’espoir de percer le secret de l’Œil Rouge les animent. Deux couples, des scientifiques, des pionniers, composés de la brune Wanda, minéralogiste, Ulric son coéquipier océanographe, la blonde Norma et son compagnon Didier, tous deux botanistes-zoologistes.

Un fanal rouge étincelle dans l’immensité galactique et aussitôt tout le monde se retrouve dans la cabine du commandant. Il leur faut se mettre en contact avec cet astronef inconnu, et cette tâche est confiée au lieutenant Bruno Coqdor qui possède un pouvoir hors du commun. Il est capable de se mettre en relation mentalement avec d’autres êtres, humains ou non, et il est considéré par tous comme un voyant.

Coqdor communique donc par télépathie avec les occupants de ce vaisseau au fanal rouge. La réponse qui émane de ses correspondants le laisse sans voix. Presque puisqu’il peut restituer leur message : ils veulent périr de leur main. Ils rendent un culte à la Mort, la vie leur fait horreur. Ce vaisseau navigue depuis des siècles avec toujours le même équipage à bord. Et de l’Œil Rouge émane cette pensée : Bienvenue à nos meurtriers. Etrange accueil qui incite le commandant et Coqdor à envisager une sortie afin de se rendre auprès de cet astronef.

Coqdor, accompagné des quatre savants et de deux hommes d’équipage, rejoignent le vaisseau fantôme où ils sont accueillis d’abord par un drôle d’animal tenant du chien et de l’écureuil, avec des ailes membraneuses qui lui permettent de sauter et de se soutenir en l’air, et une gueule de bouledogue. Il se nomme Râx, explique le chef des morts vivants, des sortes de zombies complètement décharnés, vieux de plusieurs siècles qui apparaissent alors. Râx veut s’élancer sur Coqdor mais il est rapidement mâté par le Chevalier de la Terre. Un échange de regards et une forme de communion s’établit entre l’homme et l’animal.

Les spectres, du moins ces vieillards issus de la planète Dzo, qui ressemblent à des spectres, sont devenus immortels grâce, ou à cause d’un savant fou qui s’était trompé dans ses préparations. Depuis, ils ne peuvent décéder que lors d’un accident. Mais le suicide, la tuerie collective, ou individuelle, leur sont interdits. Aussi ils demandent à Coqdor et à ses compagnons de les aider à mourir, ce que refuse naturellement le Chevalier. Alors ils sont pris en otages et débute une aventure qui s’avérera dramatique, tragique, pour certains mais dont Bruno Coqdor s’en sortira non sans mal, ce qui n’est pas le cas de tous ses compagnons.

 

L’étoile de Satan constitue la première aventure du Chevalier de la Terre, ainsi est-il défini dans ce roman qui met en scène l’un des héros récurrents de Maurice Limat dans la collection Anticipation.

Il s’agit d’un roman philosophique et psychologique dont les meurtres et le suicide sont ardemment prohibés aussi bien par ces centenaires, que par Coqdor et ses compagnons qui ne veulent pas tuer délibérément des créatures humaines. Un cas de conscience difficile à supporter et qui est proche de celui de l’euthanasie.

Seulement le prosélytisme est trop appuyé, trop de références religieuses sont énoncées, et cela retire un peu du crédit que l’on pourrait apporter à cette histoire qui se déroule en l’an 2931. Car toutes les extrapolations sont possibles en matière d’avancées technologiques et d’explorations des planètes, mais le sixième commandement du Décalogue, Tu ne tueras point, est bien ce qui constitue la trame principale de ce roman.

 

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan. Collection Anticipation N°241. Edition Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1964. 186 pages.

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 04:11

Faut en profiter !

Peter VANETT : Trois jours à vivre.

Méthodique, maniaque, célibataire, Simon Auclair effectue tous les jours, à la même heure, les mêmes gestes avant de se rendre à son travail. Seulement, ce vendredi matin, il entend aux informations une nouvelle qui le ramène cinq ans en arrière et va le perturber pour le début de la journée.

Aldo Frascati avait été inculpé cinq ans auparavant pour meurtre et il avait écopé de la perpétuité. Or c’est Simon Auclair qui l’avait identifié et avait témoigné à charge. Les dénégations de Frascati n’avaient rien changé à la donne, il avait été condamné. Mais Frascati vient de s’évader de la prison où il était enfermé et Simon commence à se poser des questions quant à son avenir.

Au bureau, son chef de service et ses collègues sont évidemment informés de cette évasion, eux qui l’avaient chaudement félicité cinq ans auparavant. Simon était même devenu un petit héros au sein de l’entreprise. Soudain le téléphone sonne, c’est Frascati qui se rappelle à son bon souvenir, lui signifiant qu’il n’a plus que trois jours à vivre.

Simon Auclair décide de se rendre au commissariat et demander une protection. Le commissaire ne croit pas trop en la vengeance du truand, mais il va mettre quand même des hommes en faction, chargés de surveiller les alentours et les déplacements de Simon Auclair, lequel n’est pas au courant des précautions prises.

Et Simon Auclair se trouve le lendemain en présence de Frascati dans la rue mais une voiture arrive sur les entrefaites. Simon s’enfuit pensant à des complices de Frascati et le truand parvient à s’échapper. Dès lors, Simon Auclair va vivre des heures sombres, angoissantes, au cours desquelles il se sent traqué, à juste titre.

Parallèlement, le lecteur suit Frascati dans sa nouvelle vie d’évadé. Il s’est réfugié dans une mansarde, dans l’immeuble où vit Mario, son ancien complice, un truand sur le retour. Il est approvisionné par Mimi, seize ans, qui a bien changé depuis qu’il l’avait vue pour la dernière fois. Et Mimi, jeune plante pas encore tout à fait en fleur, tombe amoureuse de Frascati, et veut absolument l’aider dans sa fuite. Les sentiments de Frascati prennent le même chemin, malgré le jeune âge de Mimi.

 

Si la première partie du roman est consacrée à Simon Auclair et à ses affres qui enflent au fur et à mesure que les heures passent, peu à peu l’intérêt du roman se déplace sur Frascati qui devient le personnage principal avec Mario et la jeune Mimi.

Roman psychologique à suspense, dont l’épilogue est franchement noir et pessimiste, Trois jours à vivre est le seul roman de Viviane Syrmen, plus connue des amateurs de littérature populaire sous les noms de Viviane Pernet et Liane Méry, à avoir été publié au Fleuve Noir. Et ce roman, de par certaines scènes et descriptions, sa structure et les différentes phases (et phrases) d’écriture semble bien être une collaboration entre Viviane Syrmen avec son mari de l’époque, Pierre Cambon.

Mais il infirme également les suppositions que ce roman a été réédité dans la collection Femme Viva sous le titre Véronique et signé Isabelle Verdet. Il s’agit juste d’une légère homonymie entre Syrmen/Vernet et Verdet.

 

Les flics ne sont pas des gens bien malins, tout le monde le sait, mais tout de même, tu pourrais finir par te faire posséder…

Peter VANETT : Trois jours à vivre. Collection Spécial Police N°86. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1955. 224 pages.

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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 04:23

Elle m'a dit d'aller siffler là-haut sur la colline
De l'attendre avec un petit bouquet d'églantines...

 

Maurice PERISSET : Les collines nues.

Stéphane est mort. Les policiers ont retrouvés son corps dans la rivière tandis que sa voiture était sagement stationnée près du pont, comme si elle attendait l’improbable retour de son propriétaire et maître.

Stéphane constituait l’unique famille de Marc Duperry, célèbre metteur en scène, depuis qu’il avait perdu sa femme dix ans auparavant, décédée de maladie.

Marc Duperry ne réalise pas. Stéphane, son fils, s’est suicidé, cela ne fait aucun doute. Mais pourquoi ? Manque de compréhension, d’affection, de chaleur humaine, de présence paternelle ? Un peu de tout cela peut-être.

Marc, déboussolé, se réfugie dans sa propriété de la Courentille dans le Haut-Var. Une grande maison négligée depuis la disparition de sa femme. Un bien triste retour dans ce qui aurait pu, dû, être un havre de paix.

Tout autour les collines, les bois, la garigue ont été dévastés par les flammes. L’incendie s’est arrêté aux portes de la bastide, comme repoussé par d’invisibles barrières.

En visitant quelques pièces, il sent comme une présence. D’ailleurs, les gendarmes le préviennent, ils recherchent un jeune homme.

Un matin, il découvre Cyrille endormi, mais il ne le dénonce pas. Pourtant le jeune homme est soupçonné d’être l’auteur des incendies. Mais ce n’est pas le seul reproche qui lui est imputé.

Marc va reporter sur Cyrille l’affection qu’il n’avait pas su offrir à son fils Stéphane tandis qu’autour d’eux se tisse comme une toile d’araignée venimeuse.

Quels rapports existent entre Cyrille et la cadavérique Sophie, une jeune fille élevée par un oncle autoritaire, quels liens quels secrets ? Et Cyrille est-il l’auteur des incendies qui ont ravagé la région ?

 

Avec sensibilité, avec émotion, avec simplicité, Maurice Périsset nous entraîne une fois de plus dans une histoire où le suspense est toujours présent.

Mais plus que le suspense, ce sont les relations entre les différents personnages qui importent, qui priment.

Une histoire inattendue peut-on lire en quatrième de couverture. Pas tout à fait lorsqu’on connait l’art de conter de Maurice Périsset, de ses qualités dans la mise en scène des personnages aux réactions parfois surprenantes.

Un roman tout de pudeur et de tact dans lequel on retrouve les thèmes chers, pour ne pas dire obsessionnels de Maurice Périsset : le cinéma, la désagrégation de la cellule familiale, l’incendie. Mais d’une manière furtive, fluide, tout en étant omniprésente.

Maurice PERISSET : Les collines nues. Editions de L’Orbe. Parution février 1991. 190 pages.

ISBN : 9782740900031

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 03:01

Une vue imprenable ?

Maurice PERISSET : Avec vue sur la mort.

Après avoir visité l’appartement témoin dans un immeuble en construction, Clémentine et Sébastien, son fiancé, se séparent, se donnant rendez-vous pour le soir même.

Clémentine est intriguée par le manège de deux jeunes hommes en voiture qui semblent noter leurs faits et gestes. Mais elle préfère oublier cet incident, comme les deux autres qui se sont déjà produits dans la journée, pour se consacrer à cette soirée prometteuse.

Chez Ludovic, son ancien amant à qui elle devait annoncer la rupture nette et définitive, n’ayant pas vu celui-ci depuis au moins un an, elle avait senti comme une présence. Rien de bien tangible, juste une impression, qui produit un malaise dont on se débarrasse difficilement. Elle tente de tout effacer, de ne penser qu’à son avenir.

Mais Sébastien est abattu sur la route du Sel, en rejoignant Hyères, petite ville touristique sur la Côte d’Azur.

Ce fait est-il lié à ce qu’elle a déjà subi, et Ludovic en est-il l’auteur ? Apparemment non, car une femme a entendu les coups de feu et si son témoignage comporte de nombreux blancs, il permet toutefois de reconstituer le crime.

Pourtant Sébastien était un garçon calme, tranquille, sans passé trouble, employé comme sous directeur dans une agence immobilière (Notez au passage la finesse du titre !).

Le commissaire Jardet, une vieille connaissance, est chargé de l’enquête, et son fils Raphaël, s’il ne s’implique pas directement dans cette histoire comme dans les précédents romans où il apparaît, fournit toutefois à son père des pistes intéressantes.

Le commissaire Jardet est dubitatif. Tout concourt à penser qu’il s’agit d’un crime gratuit, à moins qu’il y ait eu erreur sur la personne. D’autres crimes antérieurs se greffent à cette affaire qui le laisse pour le moins perplexe.

 

Une fois de plus, Maurice Périsset entretien le suspense jusqu’à la dernière ligne. Il tisse son intrigue comme une araignée sa toile, et le lecteur happé dès les premiers mots ne peut s’échapper de ce roman.

Il construit son histoire comme un puzzle et parfois l’on ressent l’impression de tenir en main des pièces de trop, comme égarées dans la trame. Et pourtant tout s’imbrique à la perfection, sans faute note, sans déchet.

Avec un art consommé, Maurice Périsset construit une œuvre dense, un peu en marge de ses précédents romans. Ni intimiste comme dans La montée aux Enfers, ou Le ciel s’est habillé de deuil, et bien d’autres, ni jeu de piste comme dans Les tambours du Vendredi saint, dans lequel certaines scènes particulièrement spectaculaires, Avec vus sur la mort possède toutefois le cachet, la griffe de celui que j’avais qualifié comme l’un des meilleurs représentants français dans le suspense psychologique avec en prime l’émotion.

Les personnages qui gravitent dans ce roman nous touchent, nous émeuvent, au plus profond de nous, même lorsqu’ils se conduisent en être ignobles, car eux-mêmes réagissent au nom de l’amour, de l’amitié.

Un sentiment que l’on ressent plus profondément que dans les précédents ouvrages de Maurice Périsset.

Maurice PERISSET : Avec vue sur la mort. Collection Hermé Suspense. Editions Hermé. Parution septembre 1991. 276 pages.

ISBN : 9782866651428

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 03:56

C’est quoi la couleur du deuil, déjà ?

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil.

A la suite d’une petite annonce, Fabien Duparc, aux ambitions littéraires incontestables mais pas encore exploitées, Fabien Duparc est engagé comme secrétaire par Gabriel Génébuzin.

Depuis une dizaine d’années, Génébuzin vit dans une grande villa provençale, retranché du monde. A la mort de sa femme, il a abandonné les fastes et réunions littéraires de la Capitale. Cependant les rééditions de ses œuvres ont toujours autant de succès.

Fabien est chargé de mettre de l’ordre dans ses papiers, de les classer et d’aménager au propre ses souvenirs, ses mémoires. Mais Fabien ne s’est pas présenté par hasard chez le célèbre romancier à la retraite. Cette annonce était une opportunité qu’il a su exploiter. Le jeune homme fouille, cherche, en quête d’une vérité sur ses antécédents et ceux de l’écrivain.

Outre Agathe, la gouvernante, et Félix, le chauffeur, un autre personnage, Cyril, le neveu du grand homme, vit dans cette maison isolée. Soi-disant en vacances. Mais qui est également à la recherche d’une vérité sur son passé.

De petits faits tangibles rompent la monotonie du temps qui s’écoule. Le sac de Fabien est fouillé ; en pleine nuit un individu farfouille dans sa chambre ; Génébuzin disparaît mystérieusement pendant quelques jours ; ses livres sont abondamment annotés et les papiers que Fabien trie ne semblent pas tous écrits de la même main. En brûlant des archives dans la cheminée, Génébuzin manque mettre le feu à la villa.

 

Dans ce suspense habilement agencé, Maurice Périsset griffe au passage certaines pratiques éditoriales et exploite une affaire qui alimenta quelques années auparavant les coulisses littéraires.

Une affaire qui mit aux prises une brave dame de province et un intellectuel célèbre. Uns histoire qui connut un certain retentissement mais ce n’est pas un cas isolé.

Cependant, à la lecture de ce roman, j’ai ressenti comme un décalage entre le début et la fin. D’ailleurs si l’on s’en réfère à certains événements décrits dans ce roman, l’action devrait se situer en 1973/1974. De là à supposer que Maurice Périsset avait commencé à rédiger ce roman à cette époque, et que, pour une raison ou une autre, il l’a remisé dans un tiroir et l’a complété ultérieurement, il n’y a qu’un pas.

A moins qu’il s’agisse d’une réédition mais rien dans mes recherches bibliographiques ne corrobore ces suppositions.

Une fois de plus j’ai été envoûté par l’écriture sobre et émotionnelle de Maurice Périsset. Un univers intimiste qui se déroule quasiment en lieu clos, dénué de scènes de violence et d’érotisme, tant pis pour les mateurs amateurs.

Ce qui prouve qu’un véritable écrivain, qu’un auteur comme Maurice Périsset peut accrocher le lecteur, le tenir en haleine sans utiliser d’artifices, de subterfuges.

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil. Collection Suspense. Editions Hermé. Parution 1er avril 1991. 270 pages.

ISBN : 978-2866651398

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 03:57

Il y en avait une de trop !

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire.

Professeur de philosophie dans une institution versaillaise, plus par occupation que par besoins financiers réels, Hervé Savenay est dans le box des accusés, soupçonné d’avoir tué sa sœur, avec laquelle il vivait dans leur maison de Saint-Cloud. Le mois de juillet commence vraiment mal pour lui.

Anne-Marie, âgée de quarante ans alors que lui en a vingt-neuf, a élevé son frère depuis la mort tragique de leurs parents. Seulement, il a commis l’impensable : il s’est marié deux ans auparavant avec Catherine. Une union qui déplaisait fortement, pour ne pas dire plus, à Anne-Marie qui a toujours considéré Hervé comme son bien. Possessive, jalouse, elle n’a jamais accepté l’intruse dans le domicile familial. Elle avait tellement couvé son petit frère que celui-ci était vierge lorsqu’il a couché pour la première fois avec Catherine, qui lui a tout appris. Mais n’entrons pas dans les détails, cela relève de la vie privée.

Or début mai, Catherine est partie avec son bagage au bout du bras, et depuis Hervé n’a jamais eu de nouvelles de sa femme. Il a demandé à une officine de détectives privés d’enquêter, payant assez grassement pour des résultats maigrelets.

Il est au bout du rouleau mentalement, d’ailleurs il est suivi par un docteur qui lui préconise des calmants susceptibles de lui remettre les neurones dans le bon ordre de marche. Et un soir, il décide de se suicider. Ni plus, ni moins, à l’aide d’une arme à feu provenant de son père. C’est à ce moment qui aurait pu être fatal et en même temps une délivrance, que surgit hors de la nuit, non pas Zorro mais un homme qui prétend s’appeler Ribérac et être détective privé.

Au compte-gouttes et promesse de gros billets à l’appui, Ribérac prétend pouvoir fournir des informations, alors que lorsqu’il était employé dans l’officine, il n’y avait jamais eu de résultats probants. Comme depuis il a donné sa démission, il est libre. Hervé accepte ce marchandage afin de pouvoir remonter la piste de Catherine et retrouver sa femme.

Anne-Marie confisque le Browning dont voulait se servir Hervé et le cache afin qu’il ne récidive. Ribérac revient à la charge et lui remet un bijou de famille qu’Hervé avait offert à Catherine. Une preuve selon le détective qui affirme avoir rencontré début mai la jeune femme. Une collègue de Catherine se manifeste, affirmant elle aussi avoir rencontré en coup de vent sa copine début mai, et bientôt entre Nathalie, c’est son nom, et Hervé, les atomes sont tellement crochus qu’ils se retrouvent dans le même lit.

 

Louis C. Thomas est, était puisqu’il est décédé le 10 mai 2003, le spécialiste du roman policier de suspense psychologique mais pas que. En effet il fut l’auteur de nombreuses pièces radiophoniques dans le cadre des Maîtres du mystère, et le scénariste de nombreux scenarii pour la série télévisée des Cinq dernières minutes.

Peu de personnages dans ce roman, comme souvent, et qui fait penser un peu à une pièce de théâtre. Tout tourne autour d’Hervé, le personnage principal, de sa sœur Anne-Marie, de Ribérac le détective privé et de Nathalie, la jolie et accueillante collègue de Catherine. Plus quelques personnages, des seconds rôles, plus particulièrement à la fin, dans le prétoire.

Et l’épilogue ne manque pas de suspense, car si Hervé est accusé d’avoir tué sa sœur, ce dont il se défend, le fantôme de Catherine est omniprésent.

 

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire. Collection Les Maîtres de la Littérature Policière. Editions du Rocher. Parution février 1985. 246 pages.

Première édition : éditions Opta. 1976.

ISBN : 9782268003528

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 04:04

Et maux croisés ?

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés.

Licencié, ce qui ne veut pas dire qu’il possède de nombreux diplômes mais qu’il vient d’être débauché de l’entreprise parisienne où il travaillait, Mathieu Desaulty est rentré au pays, chez papa et maman, à Berck.

Ses parents, le père ancien brigadier de police, sont octogénaires tandis que lui n’a que trente et un ans. Pour autant la différence d’âge n’est pas un obstacle insurmontable pour l’amour filial. Mathieu erre dans les rues de Berck, une habitude matinale prise dès son retour, parcourant le même itinéraire. Et ce matin là, il est abordé par un vieil homme qui lui demande de l’aider à relever sa femme qui vient d’avoir un malaise.

Mathieu se rend donc dans l’appartement du couple, qui est situé au rez-de-chaussée d’une résidence, puis la conversation s’engage tout en dégustant café et croissants. L’homme se nomme Paul Slama, et sa femme, qui approche des quatre-vingt-dix ans, se prénomme Monica. Entre eux ils parlent une langue étrange, le chelha, une langue berbère de Tunisie.

Tout comme le père de Mathieu, Paul Slama avait eu envie de partir à Chicago dans les années 1950. Le père de Mathieu jouait dans un petit orchestre de jazz, du saxo, en compagnie d’un certain Paul Ducroquet qui lui officiait à la batterie. Mais ce Paul Ducroquet est décédé comme sa femme Anna, dans un accident de voiture. Anna était la tante de Mathieu, la sœur de sa mère. Paul Slama confie également que lui et sa femme sont victimes du racisme d’une certaine Sylvette Cholu.

Une photo accrochée au mur attire l’attention de Mathieu. Il pense qu’il s’agit de la fille du couple, mais c’est Monica qui figure sur le cliché. Une Monica jeune mais le photographe ne l’a pas mise en valeur. Il s’est loupé pense Mathieu. Les confidences s’enchainent. Le couple a eu un fils, Louis, qui vit à Londres, tandis que Monica a connu son heure de gloire dans les années 50 comme modèle dans des revues de mode, pour des romans-photos, et même dans des pièces de théâtre et de petits rôles au cinéma.

En sortant de ce petit immeuble, le regard de Mathieu est attiré par la pancarte proposant la location d’un appartement, proposé par l’étude notariale de David Grandet. Les Grandet sont des familles de notables à Berck. Notaire pour Henry Grand, d’autres Grandet sont pharmaciens ou gèrent un magasin d’optique.

Or, Henry, de son nom Grandet, n’est autre qu’un ami du père de Mathieu, et faisait partie du trio de jazz, étant affecté au piano. Intrigué, Mathieu retourne dans l’entrée de la résidence. Il n’existe aucune boîte à lettres portant le nom de Slama, mais il y en a une au premier étage attribuée à Sylvette Cholu-Grandet. La fameuse Sylvette dont se méfient les Slama, et qui traîne derrière elle une réputation sulfureuse, connue comme le loup blanc à Berck.

 

Les principaux personnages sont présentés, ou presque, car d’autres évoluent dans cette intrigue qui s’avère être un puzzle, ou un labyrinthe patronymique. Une intrigue qui prend sa source dans les années 50, et pour certains épisodes un peu avant même, et dont les différentes pièces sont un assemblage de quelques familles, unies les unes aux autres par des liens familiaux ou non, mais qui possèdent ensemble un lourd passé meurtrier.

Peu à peu, le lecteur entre dans cette histoire complexe, voire compliquée, dans des allers et retours entre avant-hier et aujourd’hui, s’immisçant dans des secrets de famille, ouvrant les placards et découvrant des cadavres. Un jeu de miroir déformant que Mathieu essaie de comprendre, le passé et le présent s’amalgamant.

Un bon roman dont le suspense est maintenu, même si peu à peu l’auteur dévoile une partie de ces secrets de familles provinciales, comme des pièces du puzzle prélevées au hasard, qui s’imbriquent doucement, mais qui bientôt sont délaissées au profit d’autres pièces posées un peu au hasard dans une apparence trompeuse.

Parfois il est difficile au lecteur, je parle en mon nom personnel, de suivre tous les protagonistes de cette intrigue et il eut été bon de placer en début de roman la liste des personnages évoluant ou non, dans ce qui se transforme en partie d’échecs. Ou d’établir une sorte d’arbre généalogique, une arborescence des personnages qui parfois jouent un double jeu de substitution.

Alors entre échecs, puzzle ou labyrinthe, le lecteur a le choix du jeu qu’il préfère mais auquel il est convié par une romancière qui a maîtrisé subtilement sa mise en scène, grâce aux multiples connexions entre les protagonistes, les plaçant dans une toile d’araignée.

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés. Le Chat Moiré éditions. Parution le 2 mai 2020. 330 pages. 11,00€.

ISBN : 9782956188346

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