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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 03:53

Limat ? C'est le Pérou...

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan.

En cette année 2931, les membres de l’astronef Scorpion se déplacent aux confins de l’univers, vers la constellation d’Hercule. Ils sont à la recherche d’un vaisseau fantôme qui se signale par un œil rouge. Or aucun des vaisseaux s’étant aventurés près de cet Œil Rouge n’est jamais revenu sur Terre, perdus corps et biens, ou alors des navigateurs ont recueillis, en plein espace, des naufragés flottant dans leurs scaphandres protecteurs. Ces naufragés de l’espace étaient vivants mais fous.

A bord du Scorpion, outre les membres d’équipage, des scientifiques sont présents. Ils savent qu’ils encourent des nombreux dangers, mais la curiosité et l’espoir de percer le secret de l’Œil Rouge les animent. Deux couples, des scientifiques, des pionniers, composés de la brune Wanda, minéralogiste, Ulric son coéquipier océanographe, la blonde Norma et son compagnon Didier, tous deux botanistes-zoologistes.

Un fanal rouge étincelle dans l’immensité galactique et aussitôt tout le monde se retrouve dans la cabine du commandant. Il leur faut se mettre en contact avec cet astronef inconnu, et cette tâche est confiée au lieutenant Bruno Coqdor qui possède un pouvoir hors du commun. Il est capable de se mettre en relation mentalement avec d’autres êtres, humains ou non, et il est considéré par tous comme un voyant.

Coqdor communique donc par télépathie avec les occupants de ce vaisseau au fanal rouge. La réponse qui émane de ses correspondants le laisse sans voix. Presque puisqu’il peut restituer leur message : ils veulent périr de leur main. Ils rendent un culte à la Mort, la vie leur fait horreur. Ce vaisseau navigue depuis des siècles avec toujours le même équipage à bord. Et de l’Œil Rouge émane cette pensée : Bienvenue à nos meurtriers. Etrange accueil qui incite le commandant et Coqdor à envisager une sortie afin de se rendre auprès de cet astronef.

Coqdor, accompagné des quatre savants et de deux hommes d’équipage, rejoignent le vaisseau fantôme où ils sont accueillis d’abord par un drôle d’animal tenant du chien et de l’écureuil, avec des ailes membraneuses qui lui permettent de sauter et de se soutenir en l’air, et une gueule de bouledogue. Il se nomme Râx, explique le chef des morts vivants, des sortes de zombies complètement décharnés, vieux de plusieurs siècles qui apparaissent alors. Râx veut s’élancer sur Coqdor mais il est rapidement mâté par le Chevalier de la Terre. Un échange de regards et une forme de communion s’établit entre l’homme et l’animal.

Les spectres, du moins ces vieillards issus de la planète Dzo, qui ressemblent à des spectres, sont devenus immortels grâce, ou à cause d’un savant fou qui s’était trompé dans ses préparations. Depuis, ils ne peuvent décéder que lors d’un accident. Mais le suicide, la tuerie collective, ou individuelle, leur sont interdits. Aussi ils demandent à Coqdor et à ses compagnons de les aider à mourir, ce que refuse naturellement le Chevalier. Alors ils sont pris en otages et débute une aventure qui s’avérera dramatique, tragique, pour certains mais dont Bruno Coqdor s’en sortira non sans mal, ce qui n’est pas le cas de tous ses compagnons.

 

L’étoile de Satan constitue la première aventure du Chevalier de la Terre, ainsi est-il défini dans ce roman qui met en scène l’un des héros récurrents de Maurice Limat dans la collection Anticipation.

Il s’agit d’un roman philosophique et psychologique dont les meurtres et le suicide sont ardemment prohibés aussi bien par ces centenaires, que par Coqdor et ses compagnons qui ne veulent pas tuer délibérément des créatures humaines. Un cas de conscience difficile à supporter et qui est proche de celui de l’euthanasie.

Seulement le prosélytisme est trop appuyé, trop de références religieuses sont énoncées, et cela retire un peu du crédit que l’on pourrait apporter à cette histoire qui se déroule en l’an 2931. Car toutes les extrapolations sont possibles en matière d’avancées technologiques et d’explorations des planètes, mais le sixième commandement du Décalogue, Tu ne tueras point, est bien ce qui constitue la trame principale de ce roman.

 

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan. Collection Anticipation N°241. Edition Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1964. 186 pages.

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 04:11

Faut en profiter !

Peter VANETT : Trois jours à vivre.

Méthodique, maniaque, célibataire, Simon Auclair effectue tous les jours, à la même heure, les mêmes gestes avant de se rendre à son travail. Seulement, ce vendredi matin, il entend aux informations une nouvelle qui le ramène cinq ans en arrière et va le perturber pour le début de la journée.

Aldo Frascati avait été inculpé cinq ans auparavant pour meurtre et il avait écopé de la perpétuité. Or c’est Simon Auclair qui l’avait identifié et avait témoigné à charge. Les dénégations de Frascati n’avaient rien changé à la donne, il avait été condamné. Mais Frascati vient de s’évader de la prison où il était enfermé et Simon commence à se poser des questions quant à son avenir.

Au bureau, son chef de service et ses collègues sont évidemment informés de cette évasion, eux qui l’avaient chaudement félicité cinq ans auparavant. Simon était même devenu un petit héros au sein de l’entreprise. Soudain le téléphone sonne, c’est Frascati qui se rappelle à son bon souvenir, lui signifiant qu’il n’a plus que trois jours à vivre.

Simon Auclair décide de se rendre au commissariat et demander une protection. Le commissaire ne croit pas trop en la vengeance du truand, mais il va mettre quand même des hommes en faction, chargés de surveiller les alentours et les déplacements de Simon Auclair, lequel n’est pas au courant des précautions prises.

Et Simon Auclair se trouve le lendemain en présence de Frascati dans la rue mais une voiture arrive sur les entrefaites. Simon s’enfuit pensant à des complices de Frascati et le truand parvient à s’échapper. Dès lors, Simon Auclair va vivre des heures sombres, angoissantes, au cours desquelles il se sent traqué, à juste titre.

Parallèlement, le lecteur suit Frascati dans sa nouvelle vie d’évadé. Il s’est réfugié dans une mansarde, dans l’immeuble où vit Mario, son ancien complice, un truand sur le retour. Il est approvisionné par Mimi, seize ans, qui a bien changé depuis qu’il l’avait vue pour la dernière fois. Et Mimi, jeune plante pas encore tout à fait en fleur, tombe amoureuse de Frascati, et veut absolument l’aider dans sa fuite. Les sentiments de Frascati prennent le même chemin, malgré le jeune âge de Mimi.

 

Si la première partie du roman est consacrée à Simon Auclair et à ses affres qui enflent au fur et à mesure que les heures passent, peu à peu l’intérêt du roman se déplace sur Frascati qui devient le personnage principal avec Mario et la jeune Mimi.

Roman psychologique à suspense, dont l’épilogue est franchement noir et pessimiste, Trois jours à vivre est le seul roman de Viviane Syrmen, plus connue des amateurs de littérature populaire sous les noms de Viviane Pernet et Liane Méry, à avoir été publié au Fleuve Noir. Et ce roman, de par certaines scènes et descriptions, sa structure et les différentes phases (et phrases) d’écriture semble bien être une collaboration entre Viviane Syrmen avec son mari de l’époque, Pierre Cambon.

Mais il infirme également les suppositions que ce roman a été réédité dans la collection Femme Viva sous le titre Véronique et signé Isabelle Verdet. Il s’agit juste d’une légère homonymie entre Syrmen/Vernet et Verdet.

 

Les flics ne sont pas des gens bien malins, tout le monde le sait, mais tout de même, tu pourrais finir par te faire posséder…

Peter VANETT : Trois jours à vivre. Collection Spécial Police N°86. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1955. 224 pages.

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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 04:23

Elle m'a dit d'aller siffler là-haut sur la colline
De l'attendre avec un petit bouquet d'églantines...

 

Maurice PERISSET : Les collines nues.

Stéphane est mort. Les policiers ont retrouvés son corps dans la rivière tandis que sa voiture était sagement stationnée près du pont, comme si elle attendait l’improbable retour de son propriétaire et maître.

Stéphane constituait l’unique famille de Marc Duperry, célèbre metteur en scène, depuis qu’il avait perdu sa femme dix ans auparavant, décédée de maladie.

Marc Duperry ne réalise pas. Stéphane, son fils, s’est suicidé, cela ne fait aucun doute. Mais pourquoi ? Manque de compréhension, d’affection, de chaleur humaine, de présence paternelle ? Un peu de tout cela peut-être.

Marc, déboussolé, se réfugie dans sa propriété de la Courentille dans le Haut-Var. Une grande maison négligée depuis la disparition de sa femme. Un bien triste retour dans ce qui aurait pu, dû, être un havre de paix.

Tout autour les collines, les bois, la garigue ont été dévastés par les flammes. L’incendie s’est arrêté aux portes de la bastide, comme repoussé par d’invisibles barrières.

En visitant quelques pièces, il sent comme une présence. D’ailleurs, les gendarmes le préviennent, ils recherchent un jeune homme.

Un matin, il découvre Cyrille endormi, mais il ne le dénonce pas. Pourtant le jeune homme est soupçonné d’être l’auteur des incendies. Mais ce n’est pas le seul reproche qui lui est imputé.

Marc va reporter sur Cyrille l’affection qu’il n’avait pas su offrir à son fils Stéphane tandis qu’autour d’eux se tisse comme une toile d’araignée venimeuse.

Quels rapports existent entre Cyrille et la cadavérique Sophie, une jeune fille élevée par un oncle autoritaire, quels liens quels secrets ? Et Cyrille est-il l’auteur des incendies qui ont ravagé la région ?

 

Avec sensibilité, avec émotion, avec simplicité, Maurice Périsset nous entraîne une fois de plus dans une histoire où le suspense est toujours présent.

Mais plus que le suspense, ce sont les relations entre les différents personnages qui importent, qui priment.

Une histoire inattendue peut-on lire en quatrième de couverture. Pas tout à fait lorsqu’on connait l’art de conter de Maurice Périsset, de ses qualités dans la mise en scène des personnages aux réactions parfois surprenantes.

Un roman tout de pudeur et de tact dans lequel on retrouve les thèmes chers, pour ne pas dire obsessionnels de Maurice Périsset : le cinéma, la désagrégation de la cellule familiale, l’incendie. Mais d’une manière furtive, fluide, tout en étant omniprésente.

Maurice PERISSET : Les collines nues. Editions de L’Orbe. Parution février 1991. 190 pages.

ISBN : 9782740900031

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 03:01

Une vue imprenable ?

Maurice PERISSET : Avec vue sur la mort.

Après avoir visité l’appartement témoin dans un immeuble en construction, Clémentine et Sébastien, son fiancé, se séparent, se donnant rendez-vous pour le soir même.

Clémentine est intriguée par le manège de deux jeunes hommes en voiture qui semblent noter leurs faits et gestes. Mais elle préfère oublier cet incident, comme les deux autres qui se sont déjà produits dans la journée, pour se consacrer à cette soirée prometteuse.

Chez Ludovic, son ancien amant à qui elle devait annoncer la rupture nette et définitive, n’ayant pas vu celui-ci depuis au moins un an, elle avait senti comme une présence. Rien de bien tangible, juste une impression, qui produit un malaise dont on se débarrasse difficilement. Elle tente de tout effacer, de ne penser qu’à son avenir.

Mais Sébastien est abattu sur la route du Sel, en rejoignant Hyères, petite ville touristique sur la Côte d’Azur.

Ce fait est-il lié à ce qu’elle a déjà subi, et Ludovic en est-il l’auteur ? Apparemment non, car une femme a entendu les coups de feu et si son témoignage comporte de nombreux blancs, il permet toutefois de reconstituer le crime.

Pourtant Sébastien était un garçon calme, tranquille, sans passé trouble, employé comme sous directeur dans une agence immobilière (Notez au passage la finesse du titre !).

Le commissaire Jardet, une vieille connaissance, est chargé de l’enquête, et son fils Raphaël, s’il ne s’implique pas directement dans cette histoire comme dans les précédents romans où il apparaît, fournit toutefois à son père des pistes intéressantes.

Le commissaire Jardet est dubitatif. Tout concourt à penser qu’il s’agit d’un crime gratuit, à moins qu’il y ait eu erreur sur la personne. D’autres crimes antérieurs se greffent à cette affaire qui le laisse pour le moins perplexe.

 

Une fois de plus, Maurice Périsset entretien le suspense jusqu’à la dernière ligne. Il tisse son intrigue comme une araignée sa toile, et le lecteur happé dès les premiers mots ne peut s’échapper de ce roman.

Il construit son histoire comme un puzzle et parfois l’on ressent l’impression de tenir en main des pièces de trop, comme égarées dans la trame. Et pourtant tout s’imbrique à la perfection, sans faute note, sans déchet.

Avec un art consommé, Maurice Périsset construit une œuvre dense, un peu en marge de ses précédents romans. Ni intimiste comme dans La montée aux Enfers, ou Le ciel s’est habillé de deuil, et bien d’autres, ni jeu de piste comme dans Les tambours du Vendredi saint, dans lequel certaines scènes particulièrement spectaculaires, Avec vus sur la mort possède toutefois le cachet, la griffe de celui que j’avais qualifié comme l’un des meilleurs représentants français dans le suspense psychologique avec en prime l’émotion.

Les personnages qui gravitent dans ce roman nous touchent, nous émeuvent, au plus profond de nous, même lorsqu’ils se conduisent en être ignobles, car eux-mêmes réagissent au nom de l’amour, de l’amitié.

Un sentiment que l’on ressent plus profondément que dans les précédents ouvrages de Maurice Périsset.

Maurice PERISSET : Avec vue sur la mort. Collection Hermé Suspense. Editions Hermé. Parution septembre 1991. 276 pages.

ISBN : 9782866651428

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 03:56

C’est quoi la couleur du deuil, déjà ?

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil.

A la suite d’une petite annonce, Fabien Duparc, aux ambitions littéraires incontestables mais pas encore exploitées, Fabien Duparc est engagé comme secrétaire par Gabriel Génébuzin.

Depuis une dizaine d’années, Génébuzin vit dans une grande villa provençale, retranché du monde. A la mort de sa femme, il a abandonné les fastes et réunions littéraires de la Capitale. Cependant les rééditions de ses œuvres ont toujours autant de succès.

Fabien est chargé de mettre de l’ordre dans ses papiers, de les classer et d’aménager au propre ses souvenirs, ses mémoires. Mais Fabien ne s’est pas présenté par hasard chez le célèbre romancier à la retraite. Cette annonce était une opportunité qu’il a su exploiter. Le jeune homme fouille, cherche, en quête d’une vérité sur ses antécédents et ceux de l’écrivain.

Outre Agathe, la gouvernante, et Félix, le chauffeur, un autre personnage, Cyril, le neveu du grand homme, vit dans cette maison isolée. Soi-disant en vacances. Mais qui est également à la recherche d’une vérité sur son passé.

De petits faits tangibles rompent la monotonie du temps qui s’écoule. Le sac de Fabien est fouillé ; en pleine nuit un individu farfouille dans sa chambre ; Génébuzin disparaît mystérieusement pendant quelques jours ; ses livres sont abondamment annotés et les papiers que Fabien trie ne semblent pas tous écrits de la même main. En brûlant des archives dans la cheminée, Génébuzin manque mettre le feu à la villa.

 

Dans ce suspense habilement agencé, Maurice Périsset griffe au passage certaines pratiques éditoriales et exploite une affaire qui alimenta quelques années auparavant les coulisses littéraires.

Une affaire qui mit aux prises une brave dame de province et un intellectuel célèbre. Uns histoire qui connut un certain retentissement mais ce n’est pas un cas isolé.

Cependant, à la lecture de ce roman, j’ai ressenti comme un décalage entre le début et la fin. D’ailleurs si l’on s’en réfère à certains événements décrits dans ce roman, l’action devrait se situer en 1973/1974. De là à supposer que Maurice Périsset avait commencé à rédiger ce roman à cette époque, et que, pour une raison ou une autre, il l’a remisé dans un tiroir et l’a complété ultérieurement, il n’y a qu’un pas.

A moins qu’il s’agisse d’une réédition mais rien dans mes recherches bibliographiques ne corrobore ces suppositions.

Une fois de plus j’ai été envoûté par l’écriture sobre et émotionnelle de Maurice Périsset. Un univers intimiste qui se déroule quasiment en lieu clos, dénué de scènes de violence et d’érotisme, tant pis pour les mateurs amateurs.

Ce qui prouve qu’un véritable écrivain, qu’un auteur comme Maurice Périsset peut accrocher le lecteur, le tenir en haleine sans utiliser d’artifices, de subterfuges.

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil. Collection Suspense. Editions Hermé. Parution 1er avril 1991. 270 pages.

ISBN : 978-2866651398

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 03:57

Il y en avait une de trop !

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire.

Professeur de philosophie dans une institution versaillaise, plus par occupation que par besoins financiers réels, Hervé Savenay est dans le box des accusés, soupçonné d’avoir tué sa sœur, avec laquelle il vivait dans leur maison de Saint-Cloud. Le mois de juillet commence vraiment mal pour lui.

Anne-Marie, âgée de quarante ans alors que lui en a vingt-neuf, a élevé son frère depuis la mort tragique de leurs parents. Seulement, il a commis l’impensable : il s’est marié deux ans auparavant avec Catherine. Une union qui déplaisait fortement, pour ne pas dire plus, à Anne-Marie qui a toujours considéré Hervé comme son bien. Possessive, jalouse, elle n’a jamais accepté l’intruse dans le domicile familial. Elle avait tellement couvé son petit frère que celui-ci était vierge lorsqu’il a couché pour la première fois avec Catherine, qui lui a tout appris. Mais n’entrons pas dans les détails, cela relève de la vie privée.

Or début mai, Catherine est partie avec son bagage au bout du bras, et depuis Hervé n’a jamais eu de nouvelles de sa femme. Il a demandé à une officine de détectives privés d’enquêter, payant assez grassement pour des résultats maigrelets.

Il est au bout du rouleau mentalement, d’ailleurs il est suivi par un docteur qui lui préconise des calmants susceptibles de lui remettre les neurones dans le bon ordre de marche. Et un soir, il décide de se suicider. Ni plus, ni moins, à l’aide d’une arme à feu provenant de son père. C’est à ce moment qui aurait pu être fatal et en même temps une délivrance, que surgit hors de la nuit, non pas Zorro mais un homme qui prétend s’appeler Ribérac et être détective privé.

Au compte-gouttes et promesse de gros billets à l’appui, Ribérac prétend pouvoir fournir des informations, alors que lorsqu’il était employé dans l’officine, il n’y avait jamais eu de résultats probants. Comme depuis il a donné sa démission, il est libre. Hervé accepte ce marchandage afin de pouvoir remonter la piste de Catherine et retrouver sa femme.

Anne-Marie confisque le Browning dont voulait se servir Hervé et le cache afin qu’il ne récidive. Ribérac revient à la charge et lui remet un bijou de famille qu’Hervé avait offert à Catherine. Une preuve selon le détective qui affirme avoir rencontré début mai la jeune femme. Une collègue de Catherine se manifeste, affirmant elle aussi avoir rencontré en coup de vent sa copine début mai, et bientôt entre Nathalie, c’est son nom, et Hervé, les atomes sont tellement crochus qu’ils se retrouvent dans le même lit.

 

Louis C. Thomas est, était puisqu’il est décédé le 10 mai 2003, le spécialiste du roman policier de suspense psychologique mais pas que. En effet il fut l’auteur de nombreuses pièces radiophoniques dans le cadre des Maîtres du mystère, et le scénariste de nombreux scenarii pour la série télévisée des Cinq dernières minutes.

Peu de personnages dans ce roman, comme souvent, et qui fait penser un peu à une pièce de théâtre. Tout tourne autour d’Hervé, le personnage principal, de sa sœur Anne-Marie, de Ribérac le détective privé et de Nathalie, la jolie et accueillante collègue de Catherine. Plus quelques personnages, des seconds rôles, plus particulièrement à la fin, dans le prétoire.

Et l’épilogue ne manque pas de suspense, car si Hervé est accusé d’avoir tué sa sœur, ce dont il se défend, le fantôme de Catherine est omniprésent.

 

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire. Collection Les Maîtres de la Littérature Policière. Editions du Rocher. Parution février 1985. 246 pages.

Première édition : éditions Opta. 1976.

ISBN : 9782268003528

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 04:04

Et maux croisés ?

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés.

Licencié, ce qui ne veut pas dire qu’il possède de nombreux diplômes mais qu’il vient d’être débauché de l’entreprise parisienne où il travaillait, Mathieu Desaulty est rentré au pays, chez papa et maman, à Berck.

Ses parents, le père ancien brigadier de police, sont octogénaires tandis que lui n’a que trente et un ans. Pour autant la différence d’âge n’est pas un obstacle insurmontable pour l’amour filial. Mathieu erre dans les rues de Berck, une habitude matinale prise dès son retour, parcourant le même itinéraire. Et ce matin là, il est abordé par un vieil homme qui lui demande de l’aider à relever sa femme qui vient d’avoir un malaise.

Mathieu se rend donc dans l’appartement du couple, qui est situé au rez-de-chaussée d’une résidence, puis la conversation s’engage tout en dégustant café et croissants. L’homme se nomme Paul Slama, et sa femme, qui approche des quatre-vingt-dix ans, se prénomme Monica. Entre eux ils parlent une langue étrange, le chelha, une langue berbère de Tunisie.

Tout comme le père de Mathieu, Paul Slama avait eu envie de partir à Chicago dans les années 1950. Le père de Mathieu jouait dans un petit orchestre de jazz, du saxo, en compagnie d’un certain Paul Ducroquet qui lui officiait à la batterie. Mais ce Paul Ducroquet est décédé comme sa femme Anna, dans un accident de voiture. Anna était la tante de Mathieu, la sœur de sa mère. Paul Slama confie également que lui et sa femme sont victimes du racisme d’une certaine Sylvette Cholu.

Une photo accrochée au mur attire l’attention de Mathieu. Il pense qu’il s’agit de la fille du couple, mais c’est Monica qui figure sur le cliché. Une Monica jeune mais le photographe ne l’a pas mise en valeur. Il s’est loupé pense Mathieu. Les confidences s’enchainent. Le couple a eu un fils, Louis, qui vit à Londres, tandis que Monica a connu son heure de gloire dans les années 50 comme modèle dans des revues de mode, pour des romans-photos, et même dans des pièces de théâtre et de petits rôles au cinéma.

En sortant de ce petit immeuble, le regard de Mathieu est attiré par la pancarte proposant la location d’un appartement, proposé par l’étude notariale de David Grandet. Les Grandet sont des familles de notables à Berck. Notaire pour Henry Grand, d’autres Grandet sont pharmaciens ou gèrent un magasin d’optique.

Or, Henry, de son nom Grandet, n’est autre qu’un ami du père de Mathieu, et faisait partie du trio de jazz, étant affecté au piano. Intrigué, Mathieu retourne dans l’entrée de la résidence. Il n’existe aucune boîte à lettres portant le nom de Slama, mais il y en a une au premier étage attribuée à Sylvette Cholu-Grandet. La fameuse Sylvette dont se méfient les Slama, et qui traîne derrière elle une réputation sulfureuse, connue comme le loup blanc à Berck.

 

Les principaux personnages sont présentés, ou presque, car d’autres évoluent dans cette intrigue qui s’avère être un puzzle, ou un labyrinthe patronymique. Une intrigue qui prend sa source dans les années 50, et pour certains épisodes un peu avant même, et dont les différentes pièces sont un assemblage de quelques familles, unies les unes aux autres par des liens familiaux ou non, mais qui possèdent ensemble un lourd passé meurtrier.

Peu à peu, le lecteur entre dans cette histoire complexe, voire compliquée, dans des allers et retours entre avant-hier et aujourd’hui, s’immisçant dans des secrets de famille, ouvrant les placards et découvrant des cadavres. Un jeu de miroir déformant que Mathieu essaie de comprendre, le passé et le présent s’amalgamant.

Un bon roman dont le suspense est maintenu, même si peu à peu l’auteur dévoile une partie de ces secrets de familles provinciales, comme des pièces du puzzle prélevées au hasard, qui s’imbriquent doucement, mais qui bientôt sont délaissées au profit d’autres pièces posées un peu au hasard dans une apparence trompeuse.

Parfois il est difficile au lecteur, je parle en mon nom personnel, de suivre tous les protagonistes de cette intrigue et il eut été bon de placer en début de roman la liste des personnages évoluant ou non, dans ce qui se transforme en partie d’échecs. Ou d’établir une sorte d’arbre généalogique, une arborescence des personnages qui parfois jouent un double jeu de substitution.

Alors entre échecs, puzzle ou labyrinthe, le lecteur a le choix du jeu qu’il préfère mais auquel il est convié par une romancière qui a maîtrisé subtilement sa mise en scène, grâce aux multiples connexions entre les protagonistes, les plaçant dans une toile d’araignée.

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés. Le Chat Moiré éditions. Parution le 2 mai 2020. 330 pages. 11,00€.

ISBN : 9782956188346

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 03:49

Il serait peut-être temps !

Thomas STONE : Suzanne se réveille

Ils se sont mariés jeunes, ne se connaissant guère, n’ayant aucune expérience de la vie et étant encore vierges. Mais la guerre est là qui sépare le couple.

Michel est parti durant quatre ans comme fusilier-marin dans le Pacifique. A son retour, il retrouve Suzanne sa femme qui est restée sage, et son emploi chez un notaire. Mais au bout de quelques semaines, alors qu’en épouse dévouée, Suzanne nettoie le costume de son mari, elle découvre une lettre anonyme adressée à Michel et qui débute en ces termes : Mon chéri, crois-tu que nous avons passé une bonne soirée !… Et le reste est encore plus explicite.

Naturellement, lorsque Michel rentre, plus tard qu’il ne le devrait, et qu’il lu annonce qu’il doit repartir le soir même pour San Francisco, Suzanne n’est guère satisfaite. Avant de lui remonter les bretelles, elle lui offre un whisky, s’en sert un, alors qu’auparavant ils ne buvaient jamais.

Lorsqu’elle avait rencontré Michel, elle se demandait même si un jour elle trouverait un mari. Et Michel, qui commence à se mettre en colère lui rétorque qu’elle est en train d’avouer qu’elle l’a épousé uniquement parce qu’elle voyait en lui le seul mari possible. Enfin, il accepte de dévoiler le nom de sa maîtresse. Eve (un prénom prédestiné ?) Hazen, la fille de son patron, bien connue pour ses frasques, son premier mariage, devenue une veuve joyeuse, puis remariée avec Tommy Travis, un richissime quinquagénaire (un vieux quoi !), dont elle s’est séparée une semaine après les noces, à moins que ce soit lui qui l’ai congédiée, et surtout elle est réputée dans toute la ville pour sa collection d’amants. Une nymphomane conclut Suzanne.

Suzanne sait qu’elle doit reconquérir son mari et elle se fait chatte, pensant pallier son inexpérience en s’offrant à lui. Et Michel, comme tout homme qui se sent supérieur, il la rejoint dans leur lit, mais si la nuit se déroule agréablement, ou presque, rien n’y fait. Un appel téléphonique et Michel quitte l’appartement pour rejoindre Eve et croquer la pomme ensemble. Mais il se rend compte qu’il n’est juste qu’un passe-temps pour la jeune femme et se réfugie à San Diego, s’installant dans un hôtel minable, passant ses soirées à boire.

Pendant ce temps, Travis qui doit revoir son fils Sonny, perdu de vue depuis des années, sa femme ayant déserté le foyer conjugal, demande à Eve de réintégrer leur logement afin de démontrer artificiellement que son ménage n’est pas en déliquescence comme les mauvaises langues le prétendent. Mais c’est une fausse bonne idée. Puis il demande à Suzanne de travailler pour lui, l’aidant à rédiger ses mémoires et les tapant à la machine. Seulement Sonny, qui est fiancé et va se marier prochainement, fait la cour par jeu à Suzanne. La prude et inexpérimentée Suzanne.

 

Roman d’amour ou plutôt de désamour psychologique, Suzanne se réveille est l’œuvre d’une femme, malgré ce pseudonyme masculin.

En effet sous l’alias de Thomas Stone, se cache Florence Stonebraker, auteur de très nombreux ouvrages dits romantiques dont certains ont été édités en France sous son nom et dans la même collection.

En aucun cas ce roman peut être catalogué comme érotique. Seuls, parfois, quelques allusions, et surtout les reproches que se fait Suzanne quant à son inexpérience, ou les propositions de Sonny envers la jeune femme, tournent autour du sexe, mais jamais il n’y a de descriptions érotiques.

 

Tu me reproches d’être froide, frigide, même ? C’est donc de cela que tu m’en veux, Michel ? Je ne vaux rien au lit, et tu es tombé amoureux d’une femme plus experte ? C’est ça ? Evidemment, elle a tant d’expérience et moi j’en ai si peu ! Elle n’a pas manqué de professeurs qui lui ont enseigné la technique de l’amour et moi je n’ai que toi… Voilà ma faiblesse. Peut-être que si je prenais des amants… Comme Eve Hazen…

 

Tout réside dans la psychologie des personnages, dans leurs différences, dans leurs relations sociales plus que physiques ou charnelles, dans des mises au moins parfois difficiles à avouer dans un couple.

Souvent dans les romans noirs américains, comme chez Day Keene par exemple, la femme, la plupart du temps la maîtresse, se montre nymphomane ou rouée, mais rarement l’épouse avoue n’être qu’une oie blanche. Suzanne, dévalorisée depuis son enfance par sa tante qui l’a élevée, continue à se rabaisser, physiquement et mentalement.

 

Suzanne lui apparu comme une étrangère. S’il avait changé, elle n’était plus la même non plus. Elle semblait plus mûre, plus sûre d’elle-même. Dans les petites choses, elle se montrait presque trop gentille, lui apportant son petit déjeuner au lit s’il était enrhumé, lui recommandant de prendre son manteau de pluie si le temps menaçait, semblant oublier qu’il avait fait la guerre, que diable ! Qu’il n’avait rien d’une mauviette… Oui, pour les petites choses, elle était parfaite, mais pour la grande chose, c’est-à-dire le lit, là alors… Quelle déception ! Froide, réservée, toujours un peu craintive, un vrai glaçon ! Il en vint à penser qu’elle n’avait pas le moindre tempérament.

 

Tommy Travis, qui passe lui aussi pour un homme à femmes, ne demande rien de plus que de se retrouver au calme, à lire un bon livre. Il a été jeune, a connu des conquêtes faciles, mais elles ne lui ont jamais apporté la moindre satisfaction. D’ailleurs il est aussi sage dans sa vie sexuelle que dans son alimentation et il ne boit jamais. Que du lait cacheté placé dans un réfrigérateur. Nous sommes loin de l’image du Don Juan collectionneur de bonnes fortunes et dégustateur d’alcools en tous genres.

Le reflet de l’Amérique à la fin de la guerre, narré d’une façon pudique et sobre, par une romancière qui, outre la vingtaine de romans dits conventionnels mettant en scène des femmes chastes, fut également l’auteur de plus de 80 romans de pulps-fictions lesbiens entre 1937 et 1967.

Thomas STONE : Suzanne se réveille (Passion’s Darling – 1946. Traduction de Pierre Drize). Collection Les Romans américains N°57. Editions Ferenczi. Parution 1er trimestre 1957. 96 pages.

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 04:17

Ah si j'étais riche...

Georges DUHAMEL : Le notaire du Havre.

Âgé de cinquante ans, Laurent Pasquier, chercheur et professeur de biologie au Collège de France, entreprend de narrer l’histoire familiale. Dans le prologue de ce récit, il nous présente ses ancêtres, paternels et maternels, et quelques ramifications qui s’avèrent indispensables, non pas pour la compréhension de l’histoire, mais pour poser les bases de cette saga qui s’étalera sur dix volumes.

Né en 1881, Laurent Pasquier ne possède que peu de souvenirs de sa petite enfance. Comme tout un chacun de nous. Aussi ce que l’on peut appeler ses mémoires débutent en 1889, alors que la Tour Eiffel est à peine achevée. Son père Eugène-Etienne-Raymond, né en 1846, mais son épouse ne l’appellera que Raymond ou encore plus familièrement Ram, est employé chez Cleiss et parallèlement entame des études de médecine. Sa mère, Lucie née Delahaie, un an plus jeune, sera le pivot, malgré elle, des espoirs et désillusions subies les deux années durant lesquelles se déroule cette histoire.

Outre Laurent, il ne faut pas oublier les garçons Joseph, l’aîné, puis Ferdinand, qui précède également Laurent, et Cécile la petite dernière de deux ans, avant la prochaine qui ne naîtra quelques mois après la fin de ce tome. Il y eut auparavant deux autres enfants, Marthe et Michel, décédés en 1884 de la scarlatine, alors que Laurent n’avait que trois ans. Mais il ne s’en souvient que par les propos de ses parents.

Donc en cette année 1889, alors que les parents ont déménagé à moult reprises, établis à l’époque à Nesles-la-Vallée, Lucie reçoit un courrier du notaire du Havre, l’informant qu’à la suite du décès de la tante Augustine elle en est l’héritière. Théoriquement.

Car les deux sœurs de Lucie qui vivaient à Cusco au Pérou, sont aussi héritières potentielles. Elles ont disparu lors d’un séisme et nul ne sait si elles sont toujours vivantes ou non. Lucie va donc recevoir un tiers de l’héritage en attendant le résultat des démarches entreprises par le notaire et le consulat général de France. Sinon, il faudra attendre les trente ans requis pour les porter définitivement décédées. Autre problème, cet héritage est en grande partie composé de titres dont ne pourra disposer Lucie qu’à la majorité de ses enfants.

La famille s’installe néanmoins rue Vandamme à Paris, non loin de la Gare Montparnasse, de la rue du Maine et de la rue de l’Ouest, dans un appartement plus grand. Raymond pourra ainsi disposer de son bureau, les enfants et les parents se partageant les autres chambres, tandis que Lucie se réserve la salle pour ses travaux de couture. Ils ne roulent pas sur l’or, loin de là, mais vivent avec l’espoir d’une lettre en provenance du notaire leur annonçant la bonne nouvelle.

Parmi leurs voisins, Wasselin, un homme qui s’emporte facilement contre sa femme et surtout leur fils Désiré qu’il traite d’enfant déchu. Désiré se trouve dans la même classe que Laurent, malgré ses trois ans de plus, et les deux gamins deviennent amis. Quant à Wasselin, comptable, il change régulièrement de patron et surtout, il propose souvent des plans financiers qui s’avèrent tous plus ou moins toxiques. Ce qui n’empêche pas le père de Laurent d’écouter les sirènes financières et d’y perdre des plumes.

 

Ce premier volet de la saga familiale des Pasquier nous plonge dans les espoirs, souvent déçus, d’une famille modeste. Ils sont confrontés à la pénurie d’argent récurrente, ce qui reflète une époque, mais pourrait se décliner aussi de nos jours.

Les petites joies et les grands abattements quasi quotidiens sont narrés avec réalisme mais sans tomber dans le misérabilisme. La pauvreté est le lot de bien des ouvriers et la famille Pasquier subit les coups du sort sans vraiment se plaindre, avec une sorte de fatalité. La mère dans ces cas là ne compte plus ses heures devant sa machine à coudre, payée chichement par des couturiers qui lui confient les coupons de tissus prédécoupés ou non.

Il n’y a pas souvent de viande dans les gamelles et le plat principal consiste en lentilles, ce qui ne les gêne guère, pourvu qu’il soit agréable à l’œil du père. Alors la mère parsème par-dessus ces légumes du persil afin de donner un peu de couleur.

Raymond, sous l’impulsion de Wasselin, effectue des placements hasardeux, et l’affaire des titres de la société Incanda-Finska nous ramène à ces scandales financiers dont l’affaire du Canal de Panama et celle de l’Union générale, banque catholique française qui fit faillite lors d’un krach boursier. Un fois de plus on ne peut s’empêcher d’évoquer des affaires récentes, américaines, qui déteignirent sur les bourses mondiales. L’appât du gain facile attire toujours les plus démunis, que ce soit dans des placements boursiers ou les jeux de hasard. Un roman qui ne peut vieillir quel que soit le contexte.

Si Raymond se laisse facilement influencer par Wasselin, Lucie est plus réfléchie. Elle a la tête sur les épaules et est pragmatique devant les envolées utopiques de son mari.

Le point positif réside dans l’amitié des deux garçons, Laurent et Désiré, mais qui se clôturera tragiquement.

 

Le notaire du Havre, dont il est souvent question dans le roman, est un peu comme l’Arlésienne. On en parle, la famille Pasquier reçoit des lettres, rarement, de sa part, mais il n’apparaît jamais.

Or, justement, j’ai acheté ce roman parce que je pensais qu’il y avait une relation avec cette ville portuaire où j’ai passé mon enfance, croyant retrouver quelques images. Nostalgie…

Par certains points, ce roman pourrait être considéré comme un roman noir dont le thème serait la finance délétère, comme cela a déjà été traité à maintes reprises par Hector Malot dans Les Millions honteux, ou par Emile Zola dans L’argent. Mais les exemples ne manquent pas.

 

C’était vraiment un homme du dix-neuvième siècle qui n’a pas voulu douter du savoir souverain, de ce siècle qui a fait la sourde oreille aux avertissements de Schopenhauer et s’est plu tenacement à confondre science et sagesse.

Georges DUHAMEL : Le notaire du Havre. Chronique des Pasquiers 1. Le Livre de Poche N°731. Parution 20 janvier 1971. 256 pages.

Première édition : Le Mercure de France 1933. Nombreuses rééditions.

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 04:39

Brantonne signant la couverture d’un Espionnage du Fleuve Noir ? C’est pas clair comme aurait Chazal !

Robert CHAZAL: La nuit des espions.

Hiver 41. Les responsables de l’antenne des services secrets allemands, basée à Londres, confient à Elga des documents confidentiels qu’elle doit remettre dans un petit village de Normandie à l’un de ses compatriotes.

Les services secrets britanniques sont sur les dents et investissent l’immeuble où se tient la réunion. Elga parvient toutefois à échapper au filet.

Aussitôt les Anglais ripostent et un agent féminin se rend en France afin de rencontrer l’espion allemand et lui fournir de faux documents. Parallèlement un agent masculin est lui aussi envoyé en France afin de prendre si possible la place du Teuton au cas où Elga parviendrait à quitter le sol britannique et accomplir sa mission.

La rencontre entre la femme et l’homme a lieu à l’endroit indiqué, mais chacun est sur ses gardes. N’est-il pas en face de l’ennemi ou au contraire de son compatriote ?

Comme le déclare Robert Hossein dans sa préface : « ...La situation est complexe. L’homme et la femme peuvent être l’un et l’autre Anglais ou Allemand. L’on voit le jeu des combinaisons : deux Anglais; deux Allemands; un Anglais et une Allemande; un Allemand et une Anglaise. Et cela sans certitude possible. Avec la complication supplémentaire des rapports sentimentaux inévitables entre deux êtres jeunes, beaux, et qui, s’ils ne sont pas de la même race géographique, sont de la même espèce humaine ; celle des audacieux, des aventuriers, des conquérants, des héros ».

 

Cette intrigue, qui se déroule quasiment en vase clos, est l’adaptation romancée du film La nuit des espions, coécrit et réalisé par Robert Hossein avec dans les rôles principaux Robert Hossein et Marina Vlady.

Sur la fiche Wikipedia de ce film, il est précisé que le scénario aurait été adapté d’après le roman La Nuit des espions de Robert Chazal, pourtant c’est bien le contraire qui s’est produit, comme l’indique toujours Robert Hossein dans sa préface. Et comme le précise le bandeau sur l’ouvrage.

Donc, puisqu’il s’agit d’une novellisation de ce scénario, le roman pêche d’un manque de liant, de lyrisme. Il est écrit d’une façon sèche, dense, froide, presque comme s’il s’agissait d’un nouveau scénario. Chaque geste, chaque action sont décrits soigneusement, mais il manque ce petit plus du romancier qui se libère d’un carcan pour en faire une œuvre originale. Il manque la sympathie, l’affection de l’auteur pour ses personnages. Il manque l’émotion.

 

Robert Chazal, né le 3 septembre 1912 à Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines) a été rédacteur en chef de Cinémonde, chef du service des spectacles de Paris-Presse, puis de France-Soir et du Journal du Dimanche. Critique cinématographique de France-Soir, il était président d'honneur du Syndicat de la critique de cinéma et a produit de nombreuses émissions radiophoniques et télévisées, dont Pour le cinéma. Il fut également l'auteur de romans et d'ouvrages sur le cinéma, consacrés à Marcel Carné, Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès, Gérard Depardieu, Les années Cannes.

Cet ouvrage possède deux particularités. C’est un numéro bis dans cette collection et, une fois n’est pas coutume, la couverture n’est pas signée par Gourdon mais par Brantonne.

Robert CHAZAL: La nuit des espions. Collection espionnage N°211bis. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1959. 224 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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