Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 05:13

On nous cache tout, on nous dit rien
Plus on apprend plus on ne sait rien
On nous informe vraiment sur rien…

Gildas GIRODEAU : Nuclear parano.

En allant à la pêche, occupation fort prisée lorsque le confinement le permet, Jaume Ferrer ne pensait pas trouver un aussi gros poisson. En bas de la falaise de Cap Béar, non loin de Port-Vendres, gît le corps d’une femme. Il descend pour constater les dégâts, et courageux mais pas téméraire, il informe la police d’une cabine téléphonique. En remontant il trouve dans les herbes une gourmette qu’il empoche.

Paul Feder, qui vit sur une goélette amarrée sur les quai de Port-Vendres, désire s’approvisionner en oursins, et pour cela il possède son vendeur attitré, Loïc Lebozec. Malheureusement, ce jour-là, Loïc n’a pu récolter ses hérissons de mer. Il a toutefois découvert une pierre dont Paul aura l’utilisation. Mais ce n’est pas tout. Loïc pêche parfois des moules au large pour le compte d’un laboratoire. Or une scientifique lui avait donné rendez-vous mais elle ne s’est pas présentée. De plus, et Paul assiste de loin à la scène, il est importuné par un petit vieux qui marche avec une canne.

Le soir même Loïc réveille Paul, qui dort doucement balancé par la houle. Il lui demande de l’héberger car rentrant chez lui, il s’est fait attaquer par un individu. Il a pu échapper au coup de matraque qui lui était destiné et à son agresseur, et a eu le temps d’apercevoir un second individu dans une voiture. Il s’est jeté dans les eaux du port et a nagé jusqu’à l’embarcation de son ami.

Le lendemain matin, alors que Loïc dort encore, Paul va prendre son petit jus chez Raoul. Le cafetier lui tend le journal local. D’après le journaliste, Loïc est recherché par la police pour une affaire de drogue et pour ses accointances avec la morte qui a été identifiée. Il s’agit de Laure Blanchet, une scientifique vivant à Perpignan.

Loïc affirme n’avoir jamais vu cette scientifique. Juste des relations téléphoniques et des moules. Des bivalves qu’il pêchait près d’une des bouées cardinales de la réserve marine de Banyuls et qu’il plaçait dans des emballages isothermes qu’un transporteur express venait chercher. Or, d’après le canard local et son concurrent, une histoire de drogue relierait Loïc à cette Laure. Ce qu’il dément formellement.

Paul convainc Loïc de prévenir les forces de l’ordre. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ces braves représentants de l’ordre arriveront dans une demi-heure, le temps de venir de Perpignan. Seulement lorsque les pandores arriveront sur place, ce sera pour récolter Loïc qui vient de se farcir quelques pruneaux, expédiés aimablement par deux individus circulant à bord d’un véhicule noir.

Le commissaire principal Fernand Costes est chargé de cette affaire et demande à Paul Feder, qui fédère tout le monde apparemment, de l’aider à retrouver les assassins. Paul accepte, pour la mémoire de son ami, mémoire salie par cette présomption de marchand de drogue, alors qu’il sait pertinemment que jamais Loïc n’y aurait jamais touché ni vendu.

Paul pense que les policiers se trompent de chemin et qu’ils sont mal embarqués. Les événements vont lui donner raison et les morts vont s’accumuler sur son chemin, tels les cailloux du Petit Poucet.

 

Le lecteur avisé aura compris que cette affaire cache une affaire liée au nucléaire, la nouvelle drogue étatique. Et Gildas Girodeau nous propose par ce roman, qui relève tout autant du policier que de l’espionnage, une diatribe contre les agissements de l’Etat français de l’époque, rappelons que ce roman a été édité pour la première fis en 2009, qui veut nous faire croire que ses mains sont blanches alors qu’il amoncelle les mensonges avec effronterie. Mais ceci n’est pas nouveau.

Les Français sont forcément mêlés à ça. Dans la situation actuelle, si un accident nucléaire a eu lieu ils l’étoufferont par tous les moyens. Les enjeux sont trop importants.

Oui, en plus leur nouveau président s’est fit l’apôtre du nucléaire dans le monde. Partout où il se rend, de la Chine à l’inde en passant par la Libye ou les Emirats du Golfe, il promet le soutien de la France pour l’accès au nucléaire civil et propose la vente de leur nouvel E.P.R.

Ça ne m’étonne guère, la France a toujours penché pour le nucléaire. Le consensus est général, gauche et droite confondues. Sous les manipulations répétées du lobby, ils ont fini par croire que c’était le futur, alors que maintenant c’est franchement le passé. Mais comme leur économie va mal, ils exportent leur savoir-faire.

Ce n’est pas le seul exemple proposé.

Petit aparté : L’E.P.R. deuxième génération de Flamanville (Manche) dont la construction a débuté en décembre 2007, et dont la mise en service était prévue pour 2012, accumule retards et vice de forme si bien (ou mal) que cela est reporté à 2023. Si tout va bien, car les incidents n’en finissent pas de se déclarer et on se demande si un jour il sera opérationnel. Nonobstant, des milliards sont engloutis tous les ans pour rien, alors que cet argent pourrait servir ailleurs, dans la recherche médicale par exemple. Voir à ce sujet l’article détaillé dans le lien ci-dessous :

Avec ce roman qui aurait mérité une plus large diffusion, Gildas Girodeau fait œuvre pie, mais comme écrivit Mathias Lübeck Nul n’est prophète en son pays, et dont la citation complète est : Nul n'est prophète en son pays, mais qu'on veuille l'être à l'étranger on se fait appeler métèque.

De son petit coin catalan, Gildas Girodeau s’élève contre les mensonges, les omissions, les propos faussement vertueux, les écrans de fumée, les thèses supposées complotistes et dénoncées comme telles car trop proches d’une vérité dérangeante. Mais un jour, et peut-être ne serons nous plus là, et nos gouvernants non plus qui entre-temps auront engrangés des pots de vin et auront œuvrés pour laisser l’illusoire trace de leur passage politique à la postérité, pour constater et vérifier les méfaits de toute cette technologie prônée comme le modernisme mais qui pourrait bien être l’ouverture de nos cercueils.

Première édition : Editions Cap Béar. Parution 1er avril 2009.

Première édition : Editions Cap Béar. Parution 1er avril 2009.

Gildas GIRODEAU : Nuclear parano. Suite catalane 2. Collection Noire sœur. Editions Ska. Parution 30 septembre 2020. 150 pages. 4,99€.

Version papier éditée chez Horsain. Parution 27 février 2020. 168 pages. 11,00€.

Partager cet article

Repost0
16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 04:14

Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
A bicyclette
Nous étions quelques bons copains…

Maurice LEBLANC : Voici des ailes.

Deux couples en promenade s’apprêtent à se restaurer dans un établissement du Bois de Boulogne. Les deux hommes comparent leurs montures, en tout bien tout honneur. En effet ils sont arrivés, ainsi que leurs compagnes, en bicyclette, et ils s’extasient devant l’étroitesse des pédaliers, la rigidité des cadres, et autres détails concernant ce moyen moderne permettant de se déplacer partout.

Il est vrai qu’en cette année 1898, la technologie a beaucoup progressé et les bicyclettes sont devenues plus légères, plus maniables et fort agréables à enfourcher.

Les deux couples sont composés de Guillaume d’Arjols et de sa femme Madeleine ainsi que de Pascal Fauvières et de son épouse Régine. Des éléments si dissemblables que l’on se demande comment ils ont pu se marier ou tout simplement se prendre d’amitié.

Au bout d’une année de mariage, Guillaume a repris son habitude de fréquenter les couloirs de théâtres et les boudoirs d’accès facile, n’ayant pas honte d’afficher ses maîtresses. Madeleine est assiégée par les hommes, et elle accueille favorablement leurs hommages. Pour autant elle reste sage, étant d’une nature équilibrée.

Pascal lui est du genre mutique, voire taiseux, sauf lorsqu’un sujet le passionne et dans ce cas il peut être prolixe. Régine est plus gamine et enjouée, alerte et bavarde.

Les deux hommes se sont connus par leurs femmes qui étaient amies de pension.

Comme ils doivent se rendre à Dieppe quelques jours après, pourquoi ne pas y aller à bicyclette, propose Guillaume. C’est un long voyage, mais ils iraient en train jusqu’à Rouen, puis dans la cité portuaire avec leurs vélos, ce qui ne leur prendrait que deux jours. L’idée est adoptée, et les préparatifs achevés, bon voyage Monsieur du mollet…

Puis, comme il fait beau, pourquoi ne pas continuer et visiter la Normandie par petites étapes. Mais bientôt des affinités se créent entre les différents partenaires des deux couples. C’est ainsi que la pétulante Régine est plus souvent en selle aux côtés de Guillaume, tandis que la réservée Madeleine appuie volontiers sur les pédales en compagnie de Pascal.

Et un jour, à l’embranchement de deux chemins, les deux groupes se séparent, volontairement ou non, peu importe, et qu’ils continuent leur périple en couples séparés.

 

Ce court roman est une ode à la nature normande, traversant les cinq départements, mais également un éloge aux bienfaits de la promenade à bicyclette, et naturellement une charmante histoire d’amour qui se développe peu à peu en cours de route.

L’auteur s’attache plus aux pérégrinations de Pascal et Madeleine, laissant Guillaume et Régine batifoler de leurs côtés. Et cet amour naissant surprend ce nouveau couple de vélocipédistes, mais avec pudeur. On est loin du temps où l’on couche d’abord puis échange les prénoms après. C’est tout doucement que les liens se créent, avec des hésitations de part et d’autre, des rougeurs et des pâleurs lors des discussions, des aveux à moitié émis, des baisers chastes volés, et ainsi de suite.

Parfois il règne comme un nuage de libertinage, comme lorsque Madeleine afin de profiter du soleil pédale buste nu, mais cela ne va pas bien loin. Tout est pudiquement décrit, en retenue, contrairement au très érotique roman que Maurice Leblanc écrira plus tard sous le titre Le scandale du Gazon bleu et publié en 1935.

 

Vous pouvez également télécharger gratuitement, en toute légalité, ce roman sur le site de la Bibliothèque numérique romande :

Maurice LEBLANC : Voici des ailes. Editions Libretto. Parution 2 mai 2016. 128 pages. 7,70€. Première édition 1898.

ISBN : 978-2369142638

Partager cet article

Repost0
5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 04:52

Le Père Noël sera-t-il confiné ?

GUDULE : Géronima Hopkins attend le père Noël.

A soixante-trois ans, Henriette Lemartyr, plus connue sous le pseudonyme de Géronima Hopkins, est une romancière en vue, et ses ouvrages, des bluettes à l’eau de rose, s’arrachent comme des bouquets de fleurs, ou des petits pains, selon l’appétit des lectrices.

Au moment où nous la découvrons, elle est dans un lit, couchée avec le Père Noël. Un fantasme qui remonte à son enfance. Le Père Noël n’est plus en état de marche, dégoulinant de sang partout. Mais au moins, il a auparavant satisfait Géronima, sa libido et ses désirs. Elle aussi a été éclaboussée, un dommage collatéral qui ne prête guère à conséquence.

Alors elle se remémore, entre deux corrections de ses romans en cours, des améliorations concernant surtout Futur Père qu’elle signera peut-être pour une fois de son véritable patronyme, car dans le fond et la forme il est totalement différent de sa production habituelle.

Géronima a toujours cru au Père Noël et à l’aube de ses douze ans, le 24 décembre 1949, elle avait décidé de le surprendre en s’installant dans le salon familial, devant la cheminée. Et effectivement, tout à coup, descendant du conduit, le Père Noël est devant elle. Comment il se fait qu’elle se blottisse dans ses bras, et qu’il commence à lui retrousser sa chemise de nuit, l’appelant fillette, comme son père ?

Les Noëls suivants, elle n’aura pas le plaisir de le surprendre, mais cet épisode restera marqué à jamais dans sa mémoire. Et depuis cinquante ans, elle attend toujours le Père Noël, n’ayant jamais connu d’autres caresses.

Elle est installée près de Plonovez, tout au bout de la Bretagne, dans une demeure rustique, n’ayant à son service qu’une vieille femme qui ne vient qu’une fois par semaine. Elle reçoit la lettre d’une admiratrice qui signe Baby Golgotha. Comme la jeune femme réside dans la région, elle lui donne rendez-vous Aux bons amis, un bar de la petite commune. Elle est tout étonnée de découvrir une jeune fille au crâne rasé, la bouille maladive, affublée d’un gros coquard. Un accident de drap explique Bab, mais il ne faut pas en vouloir à Nono, son compagnon qui la fait grimper aux rideaux si bien qu’elle pardonne tout.

Et, intriguée, Géronima va découvrir le fameux amateur de coups et de douleurs (des coups et des douleurs, on ne discute !), une espèce de brute qui va même lui faire la cour. Elle n’apprécie pas ses manières de rustre, mais pour autant elle ressent dans son corps des fourmillements, à l’instar de ceux qu’elle a ressenti ce fameux soir de Noël alors que la main du Père Noël ( ?) la pelotait et tentait de s’insinuer en elle.

 

Ce qui pourrait être un conte de Noël, Géronima Hopkins attend le Père Noël est bien entendu un court roman destiné aux adultes, alimentant une certaine nostalgie. Celle de l’attente du distributeur de cadeaux, car à cette époque, la découverte des jouets, quand il y en avait, des friandises, et du sapin illuminé, s’effectuait le matin de Noël. La veille, pour certaines familles, c’était messe de minuit obligatoire, ou mini-réveillon, et au lit.

Gudule, alias Anne Duguël, ne se contente pas de délivrer un roman qui touchera peut-être certains lecteurs, ou plutôt lectrices, mais elle va plus loin, en expliquant l’origine de bien des romans. Une origine puisée auprès de proches, de voisins, de personnes rencontrées par hasard, et qui servent de support pour ses descriptions.

Et d’ailleurs certaines de ses rencontres, fortuites ou pas, sont sollicitées. Ainsi Baby Golgotha, dit Bab, écrit : Mon plus grand rêve serait d’être un jour l’héroïne d’un de vos romans, mais je sais que c’est impossible.

Et Géronima, qui s’exprime à la première personne, étant la narratrice, déclare :

Je dois à ce Je une bonne partie de mon succès, j’en ai la conviction. Mais ce n’est pas son seul intérêt.

Dans un texte à la première personne, l’auteur, lui aussi, s’implique différemment. Il ne raconte pas, il se raconte. Vraie ou fausse, l’histoire n’est plus une histoire, mais son histoire. Le livre devient aveu, confession. Véritable confession. Aveu authentique. Ainsi truque-t-on sa propre mémoire.

GUDULE : Géronima Hopkins attend le père Noël. Editions Albin Michel. Parution novembre 2001. 192 pages.

ISBN : 978-2226127396

Réédition Collection Piment. France Loisirs. Parution août 2002. 148 pages.

Partager cet article

Repost0
4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 04:47

Un roman épistolaire et polyphonique

Frédéric LENORMAND : Un beau captif.

Le 7 prairial an VI, soit en langage universel le 26 mai 1798, un jeune garçon, âgé probablement de treize à quatorze ans, surgi de nulle part, vêtu tel un petit seigneur mais chaussé de sabots, est conduit à la maison d’arrêt de Châlons-sur-Marne par le garde-champêtre de Mairy. Il refuse de révéler sa véritable identité auprès de Nicolas-Joseph Lecacheur, directeur du jury ou commissaire de police, et est incarcéré dans la prison dont la concierge, Rosalie Delaunay n’est autre que l’épouse Lecacheur. Etait, car depuis 1792, une loi permet le divorce.

Si Lecacheur reste sur la réserve concernant ce gamin qui affirme être de noble naissance, sans apporter de véritables preuves, Rosalie Delaunay s’entiche de ce vagabond, lui aménageant des appartements luxueux. Elle le cajole et bientôt elle est persuadée qu’il s’agit de Louis XVII, le Dauphin qui officiellement est décédé en la prison du Temple en 1795 à l’âge de dix ans.

Bientôt Rosalie est rejointe dans sa conviction par d’autres personnalités issues de tous bords, tandis que des voix contraires s’élèvent, traitant ce gamin d’imposteur. Des nobles, des émigrés la plupart du temps, revenus en France, se rendent auprès de l’adolescent, notamment une marquise, ancienne dame d’atour de Marie-Antoinette qui reconnait formellement le Dauphin. A la voix, car elle est atteinte de cécité. Mais aux questions qu’elle lui pose, il répond avec assurance, fournissant les bonnes réponses, du moins celles qu’elle attendait.

Il explique qu’il a été aidé dans son évasion par un inconnu qui aurait déposé sur sa paillasse au Temple un garçonnet et que lui se serait caché dans un panier de linge emporté par la blanchisseuse. Et d’autres détails complètent son récit et ses allégations.

 

Plus qu’un roman, Un beau captif est un exercice de style, composé d’échanges épistolaires, de rapports, de témoignages, d’extraits de journaux intimes, de documents qui parfois se complètent, parfois se contredisent.

Ceci n’est pas pour rebuter Lecacheur, par son goût de l’enquête et en même temps par son désir de contrer, contrarier, son ex-femme. Une enquête à rebondissements, située dans une période trouble, le Directoire, durant laquelle fleurissent de nombreux complots, aussi bien du côté des Royalistes que des Jacobins, et qui se terminera par le coup d’état du 18 brumaire An VIII et la période du Consulat qui verra la montée en puissance de Napoléon Bonaparte. Mais ceci est une autre histoire comme l’écrivit Rudyard Kipling.

Les différentes pièces qui constituent ce roman, surtout celles qui s’avèrent contradictoires mais sont nécessaires, ralentissent un peu l’intrigue, mais apportent un goût de véracité à l’histoire.

Car cet épisode est véridique et si tout ceci est englobé comme une fiction, il n’en est pas moins réel. D’ailleurs les sceptiques peuvent cliquer sur le lien ci-dessous afin de connaître les tenants et les aboutissants de cet épisode légèrement abracadabrant, pour ne pas écrire rocambolesque puisque ce terme n’existait pas alors.

 

Frédéric LENORMAND : Un beau captif. Editions Fayard. Parution 3 mai 2001. 306 pages.

ISBN : 978-2213609461

Partager cet article

Repost0
28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 04:30

La taupe est myope, c’est bien connu, mais elle a l’ouïe fine…

Marie WILHELM : Brive la galère.

Apparemment, Kadir se livrait à un travail tranquille. Balancer à la flotte un cadavre. Seulement, une joggeuse qui se reposait des efforts fournis en s’appuyant sur le parapet du pont qui enjambe la Vienne l’a aperçu.

Un témoin placé au mauvais moment et au mauvais endroit, cela ne manque pas, et souvent cela ne prête guère à conséquence, sauf que dans ce cas précis, Juliette, l’adepte de la course à pied, est un témoin gênant que Kadir se promet d’éliminer. Alors il commence à la poursuivre et elle se réfugie au commissariat de Limoges afin d’établir sa déposition. Elle a vu ce qu’il ne fallait pas voir, et il lui faut moucharder.

Seulement le policier siégeant à la réception a pour principe d’enregistrer les dépositions dans l’ordre, et elle est obligée de faire la queue (c’est une image) comme tout le monde. Elle en a marre, elle veut passer la première, commence à expliquer au policier ce qui l’amène, en vain. Elle doit attendre sont tour. Alors, elle s’énerve et part. Tant pis pour le cadavre.

Seulement, Kadir n’a qu’une obsession, la retrouver afin de lui régler son compte. Alors il prévient son commanditaire qui lui intime de réussir cette mission, sinon, il sera lui-même un cadavre dans peu de temps. Son interlocuteur, déjà informé, le lecteur ne sait qui il est mais il connait au moins celui qui l’a renseigné.

Savigny vient d’être nommé commissaire-divisionnaire, et muté à Limoges sur les terres de sa femme Béatrice récemment décédé. Il est veuf avec deux enfants, vient d’emménager dans un appartement en compagnie de Nicole, celle qui lui a servi de secrétaire et est maintenant en retraite. Elle s’occupe uniquement des enfants, n’allez pas chercher autre chose. Alors qu’il pensait que le Limousin était une région calme, Savigny se retrouve avec un cadavre sur les bras, cadavre qui a été découvert coincé contre une pile d’un pont. La cause de ce décès est à déterminer mais il est rapidement démontré qu’il s’agit d’un cas de surdose.

Juliette confie à son amie Jeanne, étudiante à l’université comme elle, et à son ami Eric, ses démêlés. Mais Kadir n’est pas loin de même qu’une religieuse Irlandaise, Sœur Berthaid, qui entend la conversation des deux femmes. Jeanne propose à Juliette de se rendre à Brive chez sa sœur Lara qui pourra l’héberger, et de faire sa déposition au commissariat corrézien. Ce que Juliette accepte volontiers.

Sœur Berthaid, une forte femme énergique, un peu curieuse et altruiste, va se mêler de ce qui ne la regarde pas, pour le plus grand bien des principaux protagonistes et de Savigny qui trouve en elle une aide inopinée. Une héroïne dans une vilaine affaire de cocaïne !

L’enquête se déroule entre Limoges et Brive, et inversement, et de nouveaux protagonistes, des bons, des moins bons et des franchement mauvais, s’infiltrent dans cette histoire régionale aux prolongements inattendus.

 

Le lecteur s’attache aux pas de Juliette et de ses alliés de circonstance, ainsi qu’à ceux de Savigny et ses fidèles adjoints, Berkane et Constantin, qui bientôt font cause commune. Si Juliette en est ligne de mire des tueurs lancés à sa poursuite, elle n’est pas la seule dans le viseur des tueurs. Et le corps de Savigny s’en rappelle encore. Le commissaire se demande bien comment il se fait que les tueurs, et plus précisément leur chef, soit au courant de ses recherches, de ses avancées, et qu’il anticipe les événements.

Entre comédie policière et roman noir, l’intrigue oscille selon les circonstances et les divers personnages présents. Savigny se moque parfois des procédures, ce qui lui attire des reproches plus ou moins masqués (c’est de circonstance) de la part de Berkane notamment, et son veuvage lui pèse. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier la joliesse et le charme de certaines femmes.

Quant à Sœur Berthaid, c’est un cas pas raté. Après avoir été championne de karaté en Irlande, elle est entrée dans les ordres, et si elle se trouve en France, dans une communauté religieuse, c’est théoriquement pour prendre un peu de vacances. C’est une femme active, genre tornade, et elle me fait un peu penser à Imogène McCarthery, l’héroïne de Charles Exbrayat.

Un roman plaisant à lire, humoristique à certains moments, et aux scènes d’action tourbillonnantes et frappantes, qui cache avec subtilité le principal coupable. Sauf pour le lecteur perspicace qui saura mettre un nom, sans apporter de preuves concrètes à ses déductions. Et l’auteur nous épargne les scènes de drogues et de quelle manière ceux qui en sont la proie se les injectent. Ce genre de description est superfétatoire et n’apporte rien de plus aux récits, sauf à faire du remplissage.

Marie WILHELM : Brive la galère. Collection Du Noir au Sud N°101. Editions Cairn. Parution le 8 octobre 2020. 246 pages. 10,0€.

ISBN : 978-2350685670

Partager cet article

Repost0
1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 04:17

Bon appétit, bien sûr !

Pierre LETERRIER et Jean Pierre XIRADAKIS : Fricassée de meurtres à la bordelaise.

L'harmonie du Gascon, restaurant bordelais tenu par Joseph Lauriance, un défenseur acharné de la cuisine du terroir, est troublée par l'intrusion de Camille. Camille est affolée : sa grand-mère Germaine a disparu, le soir même de ses noces, après avoir préparé le repas nuptial.

Germaine est une cuisinière fort prisée et fort demandée lors de réceptions, et qui, tout comme Lauriance son élève, privilégie la cuisine traditionnelle à la nouvelle cuisine. Le motif de cette disparition, de cet enlèvement, semble résider dans l'obtention de son carnet de recettes.

Un carnet secret convoité par de nombreux personnages, dont un Japonais. Mais faut-il aller jusqu'au meurtre pour réussir la sanguette à la ventrêche, la daube de cèpes, l'omelette de pauriées de vigne, la mitonnée de tripes au sauternes, les bouchées de foie de volailles à l'oseille ?

 

Ce polar gastronomique roboratif et savoureux, dû à un journaliste et à un restaurateur bordelais, est à déguster avec gourmandise.

L'histoire prétexte se tient de façon fort honorable, et le liant qui épaissit la sauce lui apporte une onctuosité ni trop épicée, ni trop fade, délicatement parfumée.

La nouvelle cuisine y est battue en brèche, ce que ne déplorerons pas ceux qui savent apprécier à leur juste valeur les nourritures terrestres.

Et l'évocation des templiers ou de la plantureuse Maïté de la cuisine des Mousquetaires agrémentent ce plat d'une pointe de piment, d'Espelette évidemment, ingrédient qui rehausse agréablement la subtilité de ces mets régionaux. Un roman qui ne pouvait qu'être publié à la Table Ronde !

 

Pierre LETERRIER et Jean Pierre XIRADAKIS : Fricassée de meurtres à la bordelaise. Editions de la Table Ronde. Parution le 24 février 1994. 230 pages.

ISBN : 9782710306023

Partager cet article

Repost0
26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 03:19

Mais il y en aura d’autres l’an prochain ! Peut-être !

Antoine DELAFERRE : Dernier film à Deauville.

Ancien énarque ayant démissionné parce qu'il s'était rapidement rendu compte qu'il n'était pas fait pour la haute fonction publique, Dorval vit de l'écriture d'articles et de scénarios. Ce n'est pas le Pérou, et parfois les fins de mois sont difficiles.

Célibataire et quadragénaire, il apprécie à sa juste valeur le terroir, et ses produits, et entretient avec Victor Placide une amitié de longue date. Placide est sous-préfet, et comme il accumule les tuiles à chacune de ses mutations, la promotion tarde à venir. Pour l'heure il est sous-préfet à Vire (Calvados) et Dorval accepte son invitation à passer quelques jours dans le bocage normand ce qui lui permet d'assister au festival du film américain de Deauville dont la vedette cette année est Paul Newman.

L'acteur interprète, dans un film produit par Max Laroche, un magnat américain de la presse écrite, originaire du pays qui voudrait bien racheter le groupe Normandie-Presse. Au grand dam du directeur de la publication et de quelques journalistes localiers. Ce qui n'empêche pas Dorval de batifoler avec Ophélia, la petite fille de Laroche. Le magnat est découvert assassiné et les mobiles, donc les prétendants au titre de meurtrier, ne manquent pas.

 

L'idée de prendre pour cadre d'une enquête policière les départements français, en les traitant les uns après les autres sans pour autant respecter un ordre chronologique, alphabétique, tout comme l'avait fait Léo Malet lorsqu'il a écrit ses Nouveaux Mystères de Paris, arrondissement par arrondissement, était intéressante en soi.

Seulement l'intrigue manque de corps, de même que la présentation des dits départements est superficielle. On eût aimé que la partie touristique soit plus conséquente, plus développée, à la découverte de la France profonde, et que le lecteur ressente plus la saveur des produits du terroir.

D'autant que cette série est patronnée par le Bottin Gourmand et l'IGN. Ainsi l'ambiance du festival du film américain de Deauville ne transparaît pas dans "Dernier film à Deauville", un titre pourtant prometteur.

L'auteur, dont on nous dit que c'est un haut fonctionnaire proche de l'Elysée, remédiera peut-être au fur et à mesure des enquêtes de Dorval, ce "Bayard des temps modernes", à ces lacunes.

Antoine DELAFERRE : Dernier film à Deauville. Collection Départementales N°4. Editions de la Table Ronde. Parution septembre 1997. 160 pages.

ISBN : 9782710308140.

Partager cet article

Repost0
17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 04:10

Quand on vous dit de ne pas laisser traîner vos déchets un peu partout !

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont.

Deux gamins découvrent un cadavre dans un square désert situé près du pont de Saint Nazaire, et il n’en faut pas plus pour que la grande maison, la Chancellerie, demande à Marie Lester de se rendre sur place afin d’enquêter sur ce meurtre apparemment banal.

Sauf que le cadavre lui n’est pas banal. L’ex juge Ménaudoux, le défunt, n’avait bonne presse aussi bien dans ses anciennes relations professionnelles que dans son voisinage. Un homme renfermé, qui avait côtoyé l’extrême-gauche et dont les jugements allaient à l’encontre de celle de la justice. Sa femme, acariâtre, n’est guère appréciée non plus. Tous les jours, à la même heure, il sortait son chien, effectuant le même parcours immuable. Le commissaire local et ses adjoints ont rapidement conclu à un crime de rôdeur. Quant au petit chien il gisait mort dans une mare, comme s’il avait reçu un coup de tatane mortel.

Pour Mary Lester, qui a été détachée de son commissariat de Quimper, tout est à reprendre de zéro. Son arrivée dans la cité portuaire, dans laquelle flotte encore l’ombre de Tintin, est entachée de quelques incidents. D’abord elle est accueillie par un gardien de la paix rébarbatif, puis comme elle est en retard, le commissaire est parti déjeuner. Tant pis, après son repas, elle retourne à son lieu d’affectation provisoire, et se fait remonter les bretelles car elle est élastique sur les horaires.

Seulement la belle et jeune officier de police n’est pas une personne à se laisser monter sur les pieds, et elle remet tout ce petit monde en place, sans s’énerver, ce qui énerve encore plus ses interlocuteurs. Elle prend une chambre puis se rend sur les lieux du drame à la recherche d’un indice omis par ses collègues. Bingo, elle trouve près d’un feu de camp un bout de papier. La notice d’emploi d’une pellicule photographique peu courante. Un premier indice important qu’elle recueille.

Elle revient sur place le lendemain matin, armée d’un appareil photo et d’une pellicule idoine en noir et blanc, et commence à prendre quelques clichés. Le manège de deux hommes autour d’une camionnette et d’une femme l’intriguent mais d’autre faits également. Elle s’inscrit dans le club-photo local afin de développer sa pellicule, se liant avec le responsable de l’association ainsi qu’avec d’autres membres de ce club. L’un des adjoints du commissaire reconnait sur l’une des photos un ancien rugbyman, une gloire qui était fort connue pour ses coups de poings, sur et en dehors des terrains et qui, en véritable brute, a eu maille à partir avec la justice. Devenu petit truand, il était arrivé à Saint-Nazaire incognito et totalement désargenté.

Or il circule des billets de deux cents francs reconstitués, laissant à penser qu’une moitié des billets avaient été donnés comme acompte, puis l’autre moitié lors de la réalisation du petit travail demandé.

 

Peu à peu Mary Lester remonte le fil de cette enquête linéaire, ce qui ne veut pas dire que les péripéties sont inexistantes, au contraire, pour arriver à une solution simple et subtile dans sa résolution, malgré les sarcasmes du commissaire local et de ses adjoints. Au début ils se gaussent d’elle mais bientôt ils sont obligés de rabattre leur caquet.

 

Si la trame de cette énigme n’est pas trop tarabiscotée, ce sont surtout l’humour qui se dégage principalement dans les dialogues, et les réflexions pleines de bon sens émises principalement par l’auteur qui priment et en donnent le sel.

Une lecture agréable qui ne s’embarrasse pas trop de digressions philosophiques de comptoir mais dont le contenu met le doigt parfois sur les travers de la société. Et Mary Lester possède une répartie que bon nombre de personnes aimeraient détenir face à leurs patrons, les remettant en place lors de leurs délires sans pour autant user de propos mal sonnants. L’art de la dialectique et de la rhétorique, le tout asséné avec un sourire plein de candeur mais efficace pour démonter les interlocuteurs.

 

De cette plate-forme elle avait une vue plongeante sur feu le magasin. Comme dans le bureau, il restait des ferrailles tordues, les squelettes métalliques de ces présentoirs appelés gondoles non par souci d’introduire un vocabulaire poétique dans cet univers de rentabilité à tout prix, mais, qui sait, pour signifier ironiquement au chaland qu’on le menait en bateau à grand renfort de promotions bidons et de faux prix coutants.

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont. Mary Lester 10. Editions du Palémon. Parution 2e trimestre 1997. 270 pages.

ISBN : 9782907572057

Partager cet article

Repost0
19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 04:03

Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas…


 

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards.

Rendez-vous des poètes et rimailleurs, des chansonniers et musiciens, des peintres et des rapins, Le Lapin agile (anciennement Lapin à Gil) accueille une faune diverse et variée. Sans oublier petits truands et anarchistes, ainsi que les représentants d’une société plus huppée désireux de frayer avec la plèbe.

Ce soir, Paul-Gérard Clair, plus communément appelé Gérard, un poète en devenir, s’est invité à une table, et pour s’attirer les bonnes grâces des consommateurs, offre une tournée, payant avec un Louis d’or. Clabaud l’anarchiste l’accuse de régler en fausse monnaie, ce qui provoque une petite émeute. Mais Gérard démontre son innocence, et bientôt il va intégrer ce cénacle dont bon nombre de membres sont logés chez Lucie Rapin, au château des Brouillards. Une grande bâtisse située entre l’allée des Brouillards et la rue Girardon, rendez-vous des artistes et des marginaux.

Gérard vit dans un galetas, remisant dans une armoire quelques rouleaux de pièces d’or, un viatique qui devrait lui permettre de vivre durant deux ans, si tout va bien. Mais il fait la connaissance de Marie-Louise, qui effectue des travaux de couture, et de sa sœur Cri-Cri. Elles vivent au quatrième étage. Marie-Louise est bien gentille et entre les deux jeunes gens s’ébauche une idylle dont la conclusion se trouve entre les draps.

Et pour aider Marie-Louise, Gérard n’hésite pas à se montrer généreux, le magot fondant comme iceberg sous le soleil des tropiques. Mais ce qui obère le plus son pécule, c’est lorsqu’il se montre dispendieux auprès de Daisy Bell, une comédienne américaine qui devrait interpréter une pièce qu’il a écrite et qu’il retravaille souvent. La pièce, évidemment.

Et puis il sympathise avec un vieux feuilletoniste, Gouttenoire, qui achète aux rapins des tableaux afin de leur permettre de subsister. Plus par philanthropie que par l’appât d’un gain éventuel et aléatoire. Ce qui énerve sa femme, parfois il faut peu de choses pour que les reproches acrimonieux éclatent bruyamment dans un ménage.

Le vieil amateur s’était ainsi offert à des prix raisonnables des Picasso, des Modigliani, des Utrillo, des Van Dongen, tous ces produits de Montmartre que dédaignaient les grands marchands…

S’il côtoie le Marquis de la Dèche, Gérard pourrait bientôt s’affubler lui aussi de cet alias, vendant ses objets précieux et ses livres. Alors il se rend souvent chez Lucie Rapin, qui exerce la profession de relieuse, au Château, s’abouchant avec l’un ou l’autre des habitués. Jusqu’au jour où un paquet lui est confié… Et il se trouvera embarqué dans une histoire mêlant anarchistes et faux-monnayeurs.

 

Roland Dorgelès, qui a vécu dans ce quartier montmartrois avant la Grande Guerre, s’inspire d’expériences vécues, ayant fréquenté toute cette faune interlope.

D’ailleurs incidemment il se met en scène par une présence fugitive. Il est un observateur, un spectateur qui ne participe pas au récit.

Quand le bruit se répandit dans Montmartre que la pièce de Paul-Gérard Clair allait être jouée sur les boulevards, ce fut une telle stupéfaction que pas un de nous ne songea à le féliciter.

Le Château des Brouillards permet une incursion dans le passé, dans ce quartier qui depuis a gardé son charme, ses vieilles ruelles et impasses, son aura artistique, mais a bien évolué quand même devenant peut-être un peu trop touristique. L’avenue Junot n’avait pas encore été créée, elle le fut entre 1910 et 1912, dans cette zone connue sous le nom de Maquis de Montmartre, dans le quartier des Grandes Carrières. Mais une partie du pittoresque demeure même si les masures des bohèmes et des chiffonniers ont été rasées.

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards.

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards. Le Livre de Poche N°507. Parution 3e trimestre 1961. 256 pages.

Première parution : Albin Michel. 1932.

Partager cet article

Repost0
18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 04:08

Dans la douceur angevine, l’ange vint…

Isabelle VERDET : Véronique.

Dans le petit village de Montdraypon, sis en Anjou, la tension monte. La propriétaire d’un élevage équin a été assassinée et la rumeur accuse l’un des jeunes résidents de la Merlotte, un centre expérimental de rééducation.

Véronique Lamblin, jeune juge d’instruction de trente-deux ans, est chargée de cette affaire et elle se présente à la gendarmerie du bourg où elle est reçue par l’adjudant Guyomard. L’enquête ne lui sera pas retirée au profit du SRJP et il en est satisfait. Personne pour lui marcher sur les plates-bandes, et il se sent en confiance avec cette juge dont il pressent, malgré le jeune âge, une détermination à conduire à bien l’enquête sans se laisser influencer.

Le maire du village est le premier à accuser Michel Crobert, vingt ans, mais dont le passé chargé ne plaide pas en sa faveur. Les époux Brisson qui dirigent ce Centre expérimental défendent évidemment leurs protégés, quatorze garçons et six filles, qui tous ont eu une enfance difficile et doivent se racheter aux yeux de la société. C’est pour cela que Crobert avait été embauché par Suzanne Vuillaume, quadragénaire avancée, afin de s’occuper des chevaux en compagnie de deux employés en place depuis longtemps et d’une stagiaire.

Suzanne Vuillaume s’était mariée sur le tard, avec un homme plus jeune qu’elle de sept ans, et depuis, elle avait abandonné ses frasques, se concentrant uniquement à soigner ses chevaux et à son mari qui s’occupe également de l’établissement équin.

Crobert est un coupable tout désigné mais pour Véronique Lamblin, il existe des failles dans les accusations. Alors elle reprend les témoignages, organise une reconstitution, contre le maire qui clame haut et fort avoir l’appui du préfet, de député, du procureur, pour fermer la Merlotte. Elle reçoit aussi les confidences et l’appui d’une vieille dame qui connaît bien les habitants du village et leurs antécédents.

 

Dans un contexte rural, Isabelle Verdet noue et dénoue une intrigue assez simple, et le lecteur rapidement se doute de l’identité du ou de la coupable.

Mais c’est l’atmosphère et l’ambiance qui priment, cette arrogance d’un édile vindicatif qui veut à tout prix se débarrasser d’un centre de rééducation pour adolescents difficiles en marge de la loi.

Toute cette vermine, ça vous a déjà des antécédents : vol, drogue, prostitution ! Ici c’est pas une décharge publique pour que ceux de la ville nous y envoient leurs ordures !

Mais Véronique Lamblin ne se laisse pas démonter, ni influencer. Elle sait se montrer diplomate, rester calme face aux provocateurs, amener les témoins à compléter leurs dépositions, relever les failles et revenir sur de petits faits omis lors de leurs première déclarations. Une femme énergique sachant créer de l’empathie autour d’elle.

Il est précisé que ce texte est l’adaptation d’un roman paru dans la collection Spécial Police, sans autre renseignement. Une indication qui nous a fourvoyé, Pierre Turpin et moi-même dans l’attribution de ce livre à Peter Vanett alias Liane Méry, alias Viviane Syrmen, n’ayant pas eu l’ouvrage sous les yeux afin d’effectuer une comparaison.

Je remercie Olivier Ancel de la Librairie L’Amour du noir de m’avoir fourni ce livre et maintenant je possède une intime conviction quant au nom de l’auteur, mais ceci serait encore à démontrer. Je pense à Giova Selly, auteur dans la dite collection, et qui par la suite a fourni quelques romans pour Alain Grèzes dans la collection Nous Deux qu’il dirigea dans les années 1990. Donc il faudrait piocher dans sa bibliographie, mais d’autres pistes ne sont pas à écarter, même si elles me semblent moins probables, telle que celle de Mario Ropp, pseudonyme derrière lequel se cachait une femme.

Isabelle VERDET : Véronique. Collection Femme Viva N°11. Une coproduction Alain Grèzes - Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1987. 192 pages.

ISBN : 9782265037038

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables