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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 13:50

Polar mode d'emploi et une enquête brillamment construite.

Paul FOURNEL : Avant le polar.

Le lieutenant Maussade ne l'est pas tant que ça, ce qui n'est pas un anachronisme comme le fait remarquer justement, finement et aimablement l'auteur puisque la corpulence du commissaire Maigret n'était pas en adéquation avec son patronyme.

Une gamine est retrouvée morte dans le parc Montsouris, dans le quatorzième arrondissement parisien, avec une mise en scène macabre dont je passe les détails puisque tout est précisé dès les premières pages. Un meurtre non signé, même si une culotte Petit-Bateau blanche avec des cœurs roses est retrouvée non loin.

La démarche consistant à recueillir les premières informations sur la jeune Clémentine auprès des parents d'icelle revient à Maussade. Il rencontre donc la mère qui répond volontiers à ses questions. Le père ? Parti depuis trop longtemps. Ils ne se parlent plus. Clémentine était, je cite, une jeune fille très régulière, bonne élève, travailleuse, sans histoire. Donc rien de spécial à signaler, sauf qu'elle regardait depuis un certain temps plus souvent la photo de son père bien mise en évidence, se renseignait sur son mode de vie, qu'elle n'allait plus à la messe depuis quelques semaines, qu'elle connaissait un garçon plus vieux qu'elle et qui lui écrivait des poèmes. Bref une petite vie d'adolescente de treize ou quatorze ans que connaissent bon nombre de jeunes filles de son âge.

Il ne reste plus à Maussade qu'à enquêter justement auprès des fréquentations de Clémentine, le jeune homme, ses copines d'école, le collège La Bruyère Sainte Isabelle, et quelques autres. Et la sage Clémentine était-elle si sage qu'il y paraissait ?

 

L'intérêt de cette intrigue ne se niche pas dans le déroulement de l'enquête menée par Maussade, de sa déception du départ de Mathilde, celle qui partageait sa vie avant de vivre ailleurs, de sa relation avec la mère de Clémentine. Non, car ceci n'est pas qu'un roman c'est un mode d'emploi.

Polar, mode d'emploi pourrait être le sous-titre de cet ouvrage, car l'auteur, qui est le troisième président de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), met en place les principes qui régissent à la construction d'un roman policier sous forme de notes.

Ainsi peut-on lire en début de la Note 1 : Trouver une entame. Placer le crime. Après avoir longuement regardé la scène, le lieutenant Maussade ferma les yeux comme pour l'imprimer.

Note 2 : Fixer le héros. Le lieutenant Maussade. Brun, grand, la trentaine, plutôt élégant.

Note 4 : Un peu de documentation. Sous son aspect domestiqué, le parc Montsouris est le territoire des ombres.

Et ainsi de suite jusqu'à la Note 99, chaque note équivalent à un chapitre plus ou moins court.

Des conseils qui se résument à comment aborder un roman, mettre en place les personnages, laisser planer le doute, et éventuellement réfléchir à un avenir possible en adaptation télévisée :

Note 16 : Si ce polar doit faire un téléfilm un jour, ou mieux encore une série ("Lieutenant Maussade") il est indispensable de mettre un personnage noir ou handicapé.

Donc des notes utiles à un débutant désirant se lancer dans l'écriture d'un roman policier, lui fournissant des conseils, des trucs et astuces, des balises, tout en racontant sous forme d'exemple l'enquête de Maussade et ses différentes interventions. En laissant soin au lecteur parfois de combler quelques trous, de lui suggérer certaines scènes, de l'amener à participer lui aussi.

Un exercice de style réjouissant qui ne pourra laisser indifférent.

Paul FOURNEL : Avant le polar. 99 notes préparatoires à l'écriture d'un roman policier. Editions Dialogues. Parution 19 mai 2016. 78 pages. 15,00€.

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 11:13

Aucun rapport avec la Pop-star britannique !

Elton JONES : Tu vas payer !

Vous ne savez pas qu'il ne faut jamais rien dire aux journalistes... surtout quand ce sont des femmes ?

L'homme qui rabroue ainsi Bob Jozan n'est autre que son patron, Raymond Lacy, un détective privé qui commence à avoir une certaine notoriété.

Bob Jozan, gamin mi-Irlandais mi-Français, est bavard, gaffeur. Et s'il possède des intuitions étonnantes, il lui arrive de saboter les enquêtes de Lacy, tout en lui fournissant des révélations qui au bout du compte se révèlent payantes.

Lacy doit quitter Nice, après avoir effectué avec réussite la mission qui lui avait été confiée, et regagner Londres, mais Bob interrompt son travail de rangement vestimentaire dans les valises adéquates, lui annonçant qu'il vient de lui prendre un rendez-vous pour une affaire importante. Lacy se méfie, Bob a l'habitude de lui dégoter des affaires qui sont toujours importantes mais se révèlent banales. Pourtant lorsqu'il apprend le nom de son futur client, le détective décide de sursoir à son départ et d'écouter les desiderata de son assistant.

Le beau-père d'Hervé, un des copains de Bob, a reçu des lettres de menace de la part d'un de ses anciens employés. Il n'en sait guère plus aussi le mieux pour Lacy est de se rendre à Grasse rencontrer Marcellini-Diaz, le destinataire des missives, qui dirige une grosse usine de parfumerie. Comme Lacy ne refuse jamais une possible rentrée d'argent, dès le lendemain direction la ville des parfums à bord d'un autocar. Mais auparavant il se renseigne auprès d'un inspecteur de police et d'un rédacteur en chef d'un journal local.

Roger Téry, condamné à quinze ans pour le meurtre de sa femme en 1947, vient d'être libéré. Il était l'inspecteur des ventes de Marcellini-Diaz mais il a toujours nié être le meurtrier.

Bob, insouciant, ne peut s'empêcher de faire la cour à deux jeunes filles qui voyagent en leur compagnie. Sido est reporter aux Nouvelles Niçoises et sa compagne, âgée de seize ou dix-sept ans, est présentée comme photographe. Elles doivent effectuer un reportage sur les vieux moulins à huile. Sido en profite pour leur demander s'il serait possible d'écrire un papier sur l'usine de parfumerie.

Marcellini-Diaz donne toutes les explications possibles, du moins ce qu'il en sait vraiment, sur cette affaire et sur Roger Téry, un homme aimable, leur montre également les lettres de menaces, et surtout avoue qu'il était l'amant de la femme du meurtrier présumé.

 

Une histoire simple, sans chichis, qui tourne autour d'un drame familial, comme souvent, avec des rebondissements et une chute logique mais pas téléphonée. Pourtant l'auteur, outre la déclaration émanant de Lacy, placée au début de cet article, procède avec un humour involontaire.

Ainsi Sido, la jeune journaliste, à la question de Bob leur demandant :

Votre journal ne vous donne pas de voiture ?

Sido répond en toute ingénuité :

Il faut se mettre à genoux devant le rédacteur en chef, l'administrateur et les chauffeurs pour en avoir une. Nous préférons prendre le car.

Une réponse pour le moins ambigüe qui ferait gloser dans les chaumières de nos jours.

 

Mais qui est cet Elton Jones qui ose mettre de telles réparties dans la bouche de jeunes filles ?

Un écrivain qui a produit de nombreux romans policiers et sentimentaux, sous les pseudonymes de Tony Guilde, Patrick Regan ou encore Gilles Grey, et qui s'appelait Gilette Ziegler, décédée en1981.

Archiviste-paléographe et historienne, cette Niçoise qui fit partie de la Résistance, commença à écrire en 1941 pour diverses maisons d'éditions en zone libre puis chez Ferenczi, Jacquier ou encore Julliard. Son dernier roman policier connu, Le bois du silence parait chez EFR en 1963 puis elle revient à la rédaction d'ouvrages historiques dont Les coulisses de Versailles et Les Templiers.

Malgré son prénom, les romans de Gilette Ziegler n'étaient pas rasoir.

Elton JONES : Tu vas payer ! Collection Mon Roman Policier N°519. Editions Ferenczi. Parution 1er trimestre 1958. 32 pages.

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:22

Comme si cela allait les requinquer...

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts.

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Parfois le chercheur et amateur de littérature populaire est tenté de se fier à sa propre intuition et d'extrapoler des pseudonymes à l'aide de suppositions qui ne sont pas étayées.

Ainsi, longtemps j'ai pensé que ce Luck Surmer pouvait être l'alias de quelqu'un qui résidait sur la côte normande, et plus particulièrement près de la station balnéaire de Luc-sur-mer. Donc pour moi il ne faisait aucun doute que ce ne pouvait être que le pseudonyme de Volkaert, belge vivant en France à Courseulles-sur-Mer et ayant écrit de nombreux ouvrages sous les noms de J.V. Kramer (au Fleuve Noir) puis sous ceux, pour les plus connus, de Luc Bernières et Kurt Gerwitz aux éditions du Gerfaut. D'ailleurs pour Luc Bernières il s'agit justement de l'apposition du nom de deux communes limitrophes de Courseulles-sur-Mer : Luc-sur-Mer et Bernières-sur-Mer.

Or il parait qu'il n'en est rien car selon le forum Littérature Populaire il s'agirait de Lucien André Carton, qui aurait signé Luc Carnot, Cantor pour des romans ou encore Luc Saint-Bert pour des scénarii de bandes dessinées chez Jacquier. Dont acte. Je raye donc ce que j'avais présumé et me fie à un spécialiste en recherches patronymiques.

 

Cela dit et écrit, pensons quand même à présenter, succinctement peut-être, ce roman, narré par un certain Caryl Wild-Killer. Un patronyme qu'il a hérité d'un arrière grand-père ainsi surnommé Tueur Sauvage par des Peaux-Rouges qui voulaient absolument accrocher sa chevelure à l'entrée de leur wigwam et dont la confrontation tourna à l'hécatombe, expédiant les indigènes au Pays des Chasses Eternelles. Petite précision assez longuette et peut-être inutile, alors passons rapidement à la suite.

 

Caryl après des études pour devenir avocat et un passage dans l'armée chez les Marines dans le Pacifique, devenant un tueur légal aux yeux de l'Oncle Sam, est revenu à Los Angeles pour se retrouver les mains vides. Alors comme il ne désire pas devenir truand il décide de frapper, muni de ses certificats de bons et loyaux services militaires, à l'OSS devenue la CIA, et il est embauché. Et c'est ainsi que nous le découvrons à Hong-Kong, sur les quais, poursuivi par une horde de policiers. Il court tant et si bien qu'à un certain moment il bute et lorsqu'il sort de son évanouissement il est face à un Noir, un Nègre est-il précisé dans le roman, assis sur un rouleau de cordages. Bénédict, ainsi se nomme-t-il, lui rend son revolver qu'il avait emprunté tandis que Caryl était dans les vapes et le ramène à quai. Caryl comprend alors qu'il est sur un canot et que c'est ainsi qu'il a pu échapper aux forces de l'ordre.

Caryl et Bénédict deviennent potes, après avoir échangé quelques coups dont ils ne sortent vainqueur ni l'un ni l'autre, l'avantage d'avoir suivi les mêmes entrainements de combat à mains nues, et vont entreprendre ensemble à s'acquitter de la mission dont la CIA a chargé l'agent américain. Bénédict est un bon bougre qui immédiatement accepte la domination de Caryl, qui ne cherche pas pour autant à en profiter. Il lui offre même cinq cents dollars pour bons et loyaux services... à venir.

La veille à Manille, Caryl devait retrouver un agent américain, Bruce Donald, or celui-ci n'a pas daigné se trouver au rendez-vous. A moins qu'il ait eu un empêchement, ce qui ne serait pas impossible. Benedict propose à Caryl de se rendre de l'autre côté de Hong-Kong, à Kowloon, et de prendre une chambre chez Li-Chiang. L'endroit ressemble plus à un bouge qu'à un hôtel quatre étoiles, mais il possède toutefois ses avantages.

Après une nuit tranquille, les deux hommes se rendent à Hong-Kong. Ils ont loué une voiture afin de se déplacer rapidement et Caryl téléphone à l'hôtel où théoriquement Bruce Donald réside, avec une petite idée derrière la tête.

Il précise au réceptionniste qu'un ami Noir se rend à la réception et ce qu'il subodorait se déroule : quatre hommes sortent d'une voiture, s'engouffrent dans l'hôtel et ressortent en tenant fermement Bénédict. Un enlèvement en bonne et due forme. Il suit le véhicule puis parvient à libérer Bénédict emmené sur un canot. Les quatre hommes, qu'il prenait pour des policiers sont des hommes de main. Trois d'entre eux restent sur le carreau et le dernier est habilement interrogé par Benedict, avant de rendre son âme noire au diable. Il a eu le temps de parler avec d'expirer et munis des renseignements Caryl et Benedict se rendent dans une maison isolée, près de Canton. Caryl interrompt un échange charnel entre une jeune femme qui se prénomme Clara et un homme qui ne pourra terminer ce qu'il venait d'entreprendre. Mais Caryl découvre aussi dans un placard, c'est là qu'ils se cachent en général, le cadavre de Douglas. S'ensuit quelques péripéties et aventures périlleuses.

 

Dans tout bon roman policier, la logique veut que l'intrigue repose sur cette affirmation : cherchez la femme. Caryl n'a pas eu besoin de se fouler, la femme est là, dans les bras d'un autre, et elle lui en est reconnaissante jusqu'à un certain point :

- Je ne vous ai enlevé qu'un amant, faites comme vous êtes vous vous en offrirez un autre et...
- Vous trouveriez aimable quelqu'un qui a cassé votre tirelire, vous ?

De l'humour, il y en a, de la violence un peu, mais il faut également se projeter dans le contexte de l'époque et accepter certains mots qui aujourd'hui sont devenus tabous. Par exemple, Caryl, le narrateur et donc par conséquent l'auteur, parle de Nègre, un mot couramment utilisé. Mais il se défend de tout racisme.

Je ne souffre d'aucun préjugé racial et ne nourris nulle rancœur particulière contre les Nègres.
Qu'un homme soit noir, cela me laisse indifférent s'il l'est au naturel. La seule chose qui m'irrite c'est que cette noirceur il la doive au whisky ! A noter que je ne reproche à personne de boire - même du whisky et même du Coca-Cola - et que ce que je ne puis supporter c'est qu'un gars absorbe ainsi qu'une futaille quand il ne contient pas plus qu'une cuiller à café !

Quand à l'histoire en elle même, on ne sait pas trop ce qui amène Caryl à Hong-Kong et s'il a réussi sa mission, mais ça c'est une autre histoire.

Annoncé comme un roman d'espionnage, ce livre relève plus du roman d'aventures même si le héros principal qui est le narrateur, appartient à la CIA.

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts. Collection Le Verdict N°1. Editions Presses de la Renaissance. 3e trimestre 1960. 256 pages.

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 15:10

Lorsque Siniac signait Signac !

Pierre SIGNAC : Illégitime défense.

Il est cinq heure, Paris s'éveille... Et Arthur Boildieu aussi, dans un café, avec devant lui une table surchargée de verres. Pourtant ce n'est pas un habitué de la bouteille. Il a mal à la tête et ne se souvient de rien. Sa migraine est due à sa cicatrice récoltée durant la guerre et parfois elle lui joue des mauvais tours.

Alors qu'il habite près de la place Clichy, il est dans un troquet près de Montparnasse, où il s'est installé la veille peu avant minuit. C'est le serveur qui l'affirme. Il faut qu'il prévienne sa femme Suzanne qui doit s'inquiéter, à moins qu'elle soit chez Prenon, de même que son associé Jérôme Laherse avec lequel il gère une entreprise de quincaillerie. Il ne sait même plus quel jour on est. Un journal lui apprend la date : jeudi 7 novembre. Il ne se souvient plus de son emploi du temps des derniers jours.

Traversant la rue de Rennes afin de téléphoner, il se fait bousculer par un scooter. Son crâne heurte le trottoir et il perd connaissance. Lorsqu'il reprends ses esprits, il préfère échapper aux badauds compatissants et rentre chez lui en taxi.

Sa chute malencontreuse lui a déverrouillé le cerveau, et les souvenirs affluent. Seulement ils ne sont pas là pour lui remonter le moral.

Le samedi soir précédent, il a tenu à accompagner sa femme jusqu'à Montargis, afin de se rendre au chevet de la mère de celle-ci. Ils ont reçu un télégramme envoyé par la sœur de Suzanne qui leur demandait de venir au plus vite. Mais à proximité de la forêt il s'arrête à une pompe à essence et prétextant un besoin urgent, ça arrive, il s'éloigne. Il n'apprécie guère le manège du pompiste qui reluque sa femme.

Faut dire que Suzanne, en plus d'être belle, commence à se faire un nom comme comédienne et elle ne manque pas d'admirateurs. Prenon, l'homme honnis, travaille dans le théâtre et le cinéma, et évidemment, cela attise la jalousie d'Arthur Boildieu. Il s'était marié avec Suzanne, alors jeune provinciale, puis l'avait aidée à devenir actrice. Seulement il n'estime pas ses nouvelles relations. Tant et si bien qu'exécré et remonté, il s'arrête à nouveau et étrangle Suzanne à l'aide d'un foulard. Elle se défend, on la comprend, et elle lui tape sur la tête à l'aide d'une pierre, réveillant sa blessure. Il transporte le corps dans un fourré puis repart tranquillement chez lui. La montre cassée de sa femme lui indique que le drame s'est déroulé deux minutes avant minuit.

Mais entre le samedi jour du drame et ce jeudi matin, il ne se souvient pas de ce qu'il a pu faire. Alors il recherche dans son subconscient qui refuse de lui donner les réponses, interroge des membres de sa famille, ses amis et connaissances. Qu'a-t-il fait en rentrant puis les soirées du dimanche, du lundi, du mardi, du mercredi ? Peu à peu il arrive à renouer les fils auprès de ses proches et même de ceux qu'il n'aime guère et dont les sentiments sont réciproques. Certains lui avouent spontanément son emploi du temps, d'autres se demandent bien ce qu'il lui arrive, alors qu'ils s'emberlificote dans ses déclarations. Et tout va bien jusqu'au moment où il se retrouve avec deux alibis !

 

Ce premier roman de Pierre Siniac, qui de prime abord peut être catalogué de facture classique, est le révélateur de ce qui sera considéré plus tard le style de Siniac. Comme un roman en spirale, dont le dénouement est surprenant, voire paradoxal. Un retournement de situation illogique et logique à la fois.

En effet le lecteur, tout comme le héros malgré lui de cette intrigue, a l'impression de tourner en rond, à la recherche d'une mémoire défaillante, puis lorsqu'il possède tous les éléments en main, tout bascule. En effet, alors qu'il recherche un alibi pour se dédouaner lorsque le corps de sa femme sera découvert, le plus tard possible espère-t-il, Arthur Boildieu se trouve confronté à un double problème. Il a deux alibis, dont l'un est apparemment incontestable. Or de ce dernier alibi il n'en veut pas, même si le premier est établi sur un mensonge.

Ce roman, publié en 1958, sera suivi en 1959 de Bonjour cauchemar, dans la même collection, et de Monsieur Cauchemar, chez Denoël en 1960 dans la collection Crime-Club. Il faudra attendre 1968 pour que Pierre Siniac retrouve son nom et un éditeur, en l'occurrence la Série Noire, pour la publication d'n roman qui aura un grand succès, au cinéma : Les Morfalous !

Pierre SIGNAC : Illégitime défense. Collection Crime parfait ? N°19. Editions de l'Arabesque. Parution 3e trimestre 1958. 224 pages.

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 12:29

Because... toujours !

Jean RAYNAL : Because coco.

Il ne faut jamais se fier aux notices mises en ligne sur Wikipedia. Ainsi le nom de Jean Raynal est associé à celui d'André Duquesne, connu également sous celui de Peter Randa.

Or ce roman, Because coco, malgré son titre, ne correspond pas du tout au style du prolifique auteur d'origine belge. Mais avant de revenir justement sur le style, découvrons cette histoire.

Alors qu'il s'apprête à quitter le Palais de Justice qui jouxte les locaux du fameux 36 Quai des Orfèvres, le juge Baldeyroux est abordé par un motocycliste qui lui remet une enveloppe volumineuse. Il s'agit du rapport concernant l'assassinat du commissaire Brossier, survenu une heure auparavant sur le boulevard des Invalides. Il se rend immédiatement sur place. Il ne glane guère de renseignements, un seul témoin étant présent sur place lors de la fusillade effectuée à bord d'une Traction. Toutefois, la mallette contenant des documents que possédait Brossier a disparu.

Le soir même le juge Baldeyroux est invité à une réception chez le docteur Desmottes, professeur à la Faculté de Médecine et médecin psychiatre. Doivent participer à ce petit raout entre gens de bien, le Prince de Witt, le ministre Brun et d'autres personnes que j'énumérerai plus tard.

Pour l'heure, alors qu'il est encore dans le hall d'entrée, Baldeyroux est abordé par le maître de maison qui souhaite l'entretenir d'une question urgente, mais le moment est mal approprié. Le juge a un emploi du temps très chargé, or justement une place s'est libérée pour le lendemain. Elle était réservée à Brossier.

A ce repas assistent donc, outre les deux personnes déjà présentées et leurs épouses, le docteur Fabre, l'assistant de Desmottes, la comtesse Barovici, Jack Frère, égyptologue, Edith Susman, interne à l'hôpital Sainte-Anne bien connu pour son unité psychiatrique. Des rafraichissements divers sont proposés aux convives, whisky, champagne, et comme à son habitude Desmottes s'enferme dans son bureau, afin de pouvoir converser en toute tranquillité avec ses invités qu'il reçoit un à un. Le juge Baldeyroux lui-même participe à ces apartés, suivi par la jeune Edith Susman puis par la comtesse Barovici... En fin de soirée le valet de chambre prévient sa maîtresse, je veux dire la maîtresse de maison, qui affolée se rend immédiatement auprès de son mari. Peu après le juge Baldeyroux est averti que le Docteur Desmottes vient de décéder d'un accident cardiaque.

Le commissaire-principal Mercurave chargé de l'affaire Brossier n'avance guère dans ses investigations. Il se résout à suggérer à Ditot, le Directeur de la Police Judiciaire, de confier l'enquête à Odon Gentil, un commissaire réputé pour son originalité mais efficace.

Odon Gentil débute par se rendre chez son collègue Brossier afin de voir si les policiers qui l'ont précédé n'auraient rien oublié dans leurs investigations. Tout est rangé impeccablement, Brossier étant un homme soigné, limite maniaque. Toutefois son attention est attirée par un annuaire téléphonique ouvert et le numéro du docteur Desmottes y est coché. Odon Gentil en fait part au juge Baldeyroux et avance la supposition que le docteur aurait été assassiné et donc qu'il y aurait corrélation avec le meurtre de Brossier. Une hypothèse que Baldeyroux réfute mais faute de mieux Odon Gentil peut quand même suivre les deux pistes.

Puis Odon Gentil rencontre les différents convives ayant assistés au dîner fatal. Et cela l'emmènera d'abord à l'Institut d'Egyptologie, dirigée par Jack Frère, se faisant passer pour un docteur en médecine en provenance de Tananarive, puis dans une maison spécialisée sise à Saint-Cloud où il est mis en présence d'une femme, cocaïnomane qui ne jure que par le Sauveur, le Christ et l'Antéchrist, puis à Tanger en compagnie du jeune inspecteur Demol, un individu pas très futé et imbu de sa personne. Mais Gentil sait ce qu'il fait lorsqu'il le convie à enquêter avec lui.

 

Le contexte, le style, les situations et les personnages, rien ne peut faire croire un moment qu'il s'agit d'un roman écrit sous pseudonyme par André Duquesne. Et, en exergue de ce roman se trouve une citation extraite d'un poème de Saint-John Perse.

Renverse, ô scribe, sur la table des grèves, du revers de ton style la cire empreinte du mot vain.

 

Les personnages ne fument pas de cigarettes, mais des cigares et ne battent pas le briquet, expression employée à répétition notamment les romans qui sont signés Peter Randa, mais allument tout simplement l'objet de leur passion.

Pas de malfrats, ou guère, dans cette histoire qui est narrée à la troisième personne, et la description des jeunes femmes dites de petite vertu ou des danseuses dans les clubs de Tanger n'est pas forcée mais presque respectueuse.

 

Le style de Jean Raynal est nettement plus travaillé que celui d'André Duquesne comme peut le démontrer la citation suivante :

La femme l'observa sans rien dire, la tête rejetée en arrière, les cheveux fous. Elle ressemblait un peu à ces chérubins abuminuriques de la Renaissance, dont les joues trop gonflées font penser à des ballons sur le point d'éclater.

Mais peut-être existe-t-il une coquille et faudrait-il lire albuminuriques...

 

Enfin, en clôture de ce roman figure la précision suivante concernant l'écriture de ce roman :

Quelque part en mer, août 1957.

 

La confirmation de mes hypothèses et l'identité réelle de ce romancier est venue de la part de Tonton Pierre, infatigable et minutieux chercheur, qui révèle le résultat de ses recherches sur le forum de Littérature Populaire dont je vous livre le lien ci-dessous :

Jean RAYNAL : Because coco. Collection SOS-SOS. N°8. Editions Baudelaire. Parution 1958. 192 pages.

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 15:06

Un roman de Léo Malet piraté !

Léo MALET : Alerte !

Les éditions Bel-Air ne manquaient pas... d'Air justement.

Au bas de la page 6, là où figurent les habituelles mises en garde des éditeurs concernant les copyrights, voici ce que le lecteur peut lire :

Copyright. 1964 Editions Bel-Air Paris. Tous droits réservés pour tous les pays, y compris l'URSS et les pays scandinaves. Reproduction et traduction même partielles interdites.

Seulement cette mise en garde, les éditions Bel-Air ont omis de l'appliquer à elles-mêmes.

En effet Alerte ! est la réédition non signalée de L'ombre du grand mur de Léo Malet (dont le nom figure uniquement page5 et sur la tranche de la couverture mais non sur la couverture elle-même), roman publié pour la première fois en 1944 aux éditions S.E.P.E. dans la collection Le Bandeau Noir puis réimprimé en 1949. Il sera réédité à de nombres reprises, notamment aux éditions Métal en 1955, Eurédif dans la collection Suspense en 1972, Marabout en 1979, Fleuve Noir, 10/18...

A noter que certaines éditions, dont les éditions Métal, donnent comme titre : A l'ombre du grand mur.

Léo MALET : Alerte !

Cette édition Bel-Air est légèrement amputée et remaniée par rapport à l'édition originale. Notamment l'avant-propos qui est purement et simplement passé à la trappe. Pourtant il est intéressant puisque référence à Nestor Burma est faite. Voyons les premières phrases :

Le récit que l'on va lire a été remis par le détenu 9204, de la célèbre prison d'Ossining, une des trois principales maisons de force de l'état de New-York, celle où ont lieu les exécutions, à mon ami Nestor Burma, alors que celui-ci, peu de mois avant la guerre, accomplissait en Amérique un banal voyage d'études.

Suit ensuite la description des intentions de Nestor Burma quant à ce récit et celles de Léo Malet.

Penchons-nous maintenant sur les premières lignes du récit afin de se rendre compte des modifications effectuées par l'éditeur par rapport à l'édition originelle :

 

Version originelle !

Le docteur était un personnage assez gros, d'aspect bonasse. Le rasoir n'entrait que rarement en contact avec son épiderme. Il était vêtu sans recherche, et plutôt pauvrement.

- Où avez-vous fait vos études ? dit-il.

Son regard perçant plongea au plus profond de mes yeux.

- Boston, fis-je.

- Fichtre, siffla le docteur.

 

Version Alerte !

Le docteur était un personnage assez corpulent, d'aspect bonasse. Le rasoir n'entrait que rarement en contact avec son épiderme. Il était vêtu sans recherche, et plutôt pauvrement.

- Où avez-vous fait vos études ? dit-il.

Son regard perçant plongea au plus profond de mes yeux.

Je citai le nom d'une école célèbre.

- Fichtre, siffla le docteur.

 

Peu de divergences mais quelques libertés avec le texte initial, qui ne prêtent guère à conséquence, pouvant même laisser penser que Léo Malet a retravaillé sa prose.

Mais intéressons-nous à l'histoire et du personnage central, le docteur Lewis Ted Crawford.

 

Après trois années passées au pénitencier d'Ossining, condamné pour un meurtre qu'il n'a pas commis, Crawford est enfin libéré. S'il a été soupçonné d'avoir assassiné une jeune femme, les témoignages lors du procès se sont effrités. Un bouton de manchette lui appartenant a été retrouvé sous une carpette de la salle de bain. La domestique pense l'avoir reconnu sortant de chez la jeune femme, de même qu'un policier à qui il aurait demandé du feu non loin de l'appartement tragique.

Pourtant Crawford possédait un alibi : au moment du drame, il était avec sa maîtresse, la femme d'un politicien qui brigue la mairie de New-York. Par galanterie, il a préféré se taire, et comme son amante ne l'a pas soutenu, il en a payé les pots cassés.

En sortant de prison il ne sait plus trop où aller. Ses amis lui tournent le dos, alors il se souvient qu'un codétenu lui a donné l'adresse d'une amie auprès de laquelle il pourrait se réfugier. Celle-ci l'accepte sans poser véritablement de questions mais sait qu'il était toubib. Or justement un appel téléphonique lui demande de contacter un docteur afin de soigner un blessé. L'homme a reçu une balle et le toubib habituel est introuvable, sous l'emprise de l'alcool. Crawford accepte de le remplacer et s'est ainsi qu'il va devenir le monsieur bons soins d'un gang. Suivent des aventures, des règlements de comptes entre gangs, et Crawford qui a changé d'identité s'intègrera dans la bande, sans participer activement aux démêlés mais prodiguant ses conseils.

 

Evidemment Léo Malet a construit une histoire classique d'un homme traîné en justice alors qu'il est innocent mais ne peut justement prouver qu'il n'est pas coupable, d'une guerre des gangs et la participation en sous-main d'un politicien véreux. Tout ça à cause d'une femme qui a préféré rester dans l'ombre, puis la chute inéluctable vers le crime à cause de la défection de ses amis lors de sa libération.

Crawford pourtant s'était juré de ne jamais retourner à L'Ombre du grand mur.

Léo MALET : Alerte !
Léo MALET : Alerte !

Léo MALET : Alerte ! Editions Bel-Air. Collection Détective Pocket N°48. Parution 1964. 160 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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