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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 08:06

Hommage en retard à Marcel Priollet, alias Henri de Trémières, Claude Fleurange, René Valbreuse et René-Marcel de Nizerolles, décédé le 10 novembre 1960.

R.M. De NIZEROLLES : L’océan vagabond. Les aventuriers du ciel N°21.

Tandis que Tintin le petit Parisien et ses compagnons se trouvent captifs du monde géant de Jupiter, sans grand espoir de jamais retourner sur leur planète d’origine, sur Terre la vie continue avec quelques aléas pour leurs amis.

Notamment pour Jean de Requirec, fougueux descendant des corsaires malouins et fidèle camarade d’Yvonne, la sœur de Tintin. Cette gentille jeune fille a été enlevée et Jean se lance sur sa trace afin qu’elle puisse participer à l’aventure du Bolide N°2 destiné à partir à la recherche des Aventuriers.

Jean, habillé en boy-scout, a retrouvé la tanière de Ferdinand Lahoulette et de Jack Smith, les kidnappeurs, et il se rend dans leur gîte rue du Moulin Vert. Lahoulette étant parti, il subit les assauts de Jack Smith qui tente de l’étrangler. Mais Jean possède des ressources insoupçonnées. Par exemple de retenir son souffle, feignant d’étouffer, puis lorsque Smith se penche sur sa poitrine, de simuler sa mort en suspendant les battements de son cœur.

Persuadé que Smith le croit mort, Jean quitte la pièce quelques moments plus tard et interrogeant finement la tenancière de l’hôtel il apprend que Lahoulette était revenu en taxi chercher son compère. Si elle est incapable de donner le numéro du véhicule, elle sait toutefois que le taxi a parcouru 14 kilomètres aller-retour, et qu’il s’était arrêté place du Théâtre-Français, son client désirant effectuer une course. Des informations précieuses dont va se servir Jean de Requirec en se rendant chez son ami Gérard Lonvalet, le célèbre explorateur.

Grâce à leurs calculs, Jean situe à peu près le garage, d’où est parti le chauffeur, du côté de la rue Dautancourt. Et c’est sur un coup de chance, comme souvent, et à un chat un peu familier, qu’il repère le bâtiment, miteux. Il converse avec un jeune employé et feint de s’intéresser à un véhicule couvert de boue. En fouillant discrètement il découvre une feuille de papier griffonnée portant ces quelques lignes : Yvonne Blanchard sera embarquée à Boulogne à bord du cargo hollandais Gogh.

C’est peu et c’est beaucoup à la fois. Tandis que Gérard Lonvalet va continuer d’enquêter à Paris, Jean de Requirec et Jacques Lambert, un pilote aérien, s’envolent à bord d’un monoplan. Arrivés à Boulogne, ils se mettent en quête du Gogh qui possède quelques heures d’avance sur eux. Le bâtiment a gagné la haute mer, mais pour quelle destination ?

 

Pendant ce temps, que deviennent Tintin, le petit Parisien, et ses amis, M. Saint-Marc, Timmy-Ropp et Rhinoff ? Ils ont été accueillis avec enthousiasme dans le palais du roi du Douzième Etat, et peuvent à loisir découvrir les nombreuses inventions joviennes.

Ils avaient pu cultiver l’impression d’avoir sous les yeux le spectacle de nos cités futures, lorsque le progrès, sur Terre, aura dit son dernier mot.

Sous la houlette d’un guide jovien, que Tintin surnomme Chrysostome, ce qui veut dire Bouche d’or, ce que tout le monde sait mais que j’ai appris, ils visitent le pays et découvrent le secret de la fameuse Tâche rouge sur Jupiter, voyagent à bord d’une bulle et s’aperçoivent que sur Jupiter, des attentats peuvent aussi être perpétrés.

 

Parmi tous les récits d’expéditions interplanétaires, cette série des Voyages extraordinaires d’un petit Parisien dans la lune et les planètes est peut-être la plus susceptible d’intéresser, voire de passionner les jeunes lecteurs. Du moins c’est que pensait l’éditeur à l’époque et qui déclarait en quatrième de couverture :

Ce merveilleux récit – destiné aux jeunes… mais qui passionnera aussi les grands – constitue une lecture saine et abondante, paraissant en volume illustré.

Et il est vrai qu’on ne s’ennuie pas dans cette suite, parfois farfelue, parfois scientifique, du moins certaines thèses avancées sont plausibles, qui n’a que pour but de divertir.

L’imagination de l’auteur n’était pas centrée que sur un seul genre et Marcel Priollet s’était diversifié dans sa production romanesque, passant aussi bien du roman d’aventures à la science-fiction et au roman policier, mais surtout au roman de mœurs et d’amour, avec des titres tels que : Mère à quinze ans (6 fascicules), Trompée au seuil de la chambre nuptiale (30 fascicules), Pour une heure d’abandon (6 fascicules), tous titres évocateurs qui ne pouvaient qu’attirer l’œil des lecteurs, et lectrices, en mal de sensations émotionnelles.

Au total, plus de 350 titres ont été recensés pour le catalogue de la BNF, ce qui en fait l’un des auteurs les plus prolifiques de la littérature dite de gare mais que l’on nommera tout simplement littérature d’évasion ou littérature populaire.

La série des Aventuriers du ciel est composé dans son édition originale de 1936 comporte 108 fascicules de 16 pages chacun. La deuxième édition ne comporte que 26 fascicules de 32 pages.

 

Première édition Les Aventuriers du ciel n°47. FERENCZI (Joseph Ferenczi et fils éditeurs), Parution juillet 1936. 16 pages. Illustration de Raymond HOUY.

Première édition Les Aventuriers du ciel n°47. FERENCZI (Joseph Ferenczi et fils éditeurs), Parution juillet 1936. 16 pages. Illustration de Raymond HOUY.

R.M. De NIZEROLLES : L’océan vagabond. Les aventuriers du ciel N°21. Editions Ferenczi. Parution janvier 1951. 32 pages.

Voyages extraordinaires d'un petit Parisien dans la Lune et les planètes - 2ème édition.

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 10:16

Il n’y a plus de saisons !

Gabriel JAN : Et le vent se mit à souffler.

Combien de fois avons-nous entendu cette antienne dans notre enfance et encore de nos jours, par nos parents, grands-parents et autres personnes âgées, sachant que nous-mêmes approchons de la porte de sortie.

Mais en 2048, cette affirmation prend toute son acception.

Le 12 novembre, lorsque Virgile quitte en compagnie de son chien Pirate, sa maison le thermomètre affiche déjà 23°. Mais le réel problème, c’est le vent qui souffle souvent en rafale. Comme la veille, il a plu d’abondance, Virgile pense récolter quelques champignons qui amélioreront l’ordinaire et qu’il pourra déguster avec son ami Horace, qui pourrait être son grand-père.

Virgile a trente-deux ans et il vit seul, un célibat qui lui convient très bien, dans l’Ardèche. Horace son plus proche voisin est à deux cents mètres de chez lui, et parfois il se rend à Aubenas, rebaptisé Obnas en langage jeune, pour effectuer quelques courses.

De champignons, il n’en trouve pas, juste un lapereau que Pirate vient de débusquer. Pour une fois sa gamelle sera plus consistante qu’à l’accoutumée. Il traverse à gué un ruisseau, et s’enfonçant sous la cépée, il se sent oppressé. Comme si quelque chose l’empêchait d’avancer. Pirate ressent lui aussi comme des manifestations étranges. La tempête se déchaîne et la forêt ressemble à un rideau mouvant. Soudain Virgile aperçoit ce qui les troublait, lui et son chien. Une jeune femme nue, mouillée, gît sous les frondaisons. Elle est encore vivante mais éprouve beaucoup de mal à respirer.

Virgile la prend dans ses bras et l’emporte de l’autre côté du ruisseau. Il la sèche avec un linge et à ce moment un homme surgit. Il se présente, Vigo, et se prétend le frère de la belle Sybille qui se remet doucement. Elle affirme avoir été surprise pas un Muzul et se rend compte qu’elle vient de laisser échapper une information capitale que ne comprend pas Virgile. Vigo se prétend climatologue mais quelques jours plus tard il avouera que tous deux sont des Eltys, et que les Muzuls, tout comme eux, viennent de planètes situées quelque part dans la galaxie.

Virgile a narré cette aventure à son ami Horace, mais il ne peut s’empêcher de songer à Sybille. Alors il décide revenir sur les lieux où il a découvert la jeune femme et il assiste à un nouveau phénomène. Il est entraîné, enchâssé dans une sorte de bulle qui l’emmène jusqu’à la cabane où vivent Sybille et Vigo. Il est au cœur du Pangéa, en un lieu nommé Reconquête 102.

Les Muzuls, qui comme eux possèdent un aspect humanoïde, sont leurs ennemis. Pire, ces extraterrestres ont décidé d’annexer la Terre. Les Eltys, quant à eux se sont implantés sur Terre également, formant des colonies, mais vivant dans un monde parallèle nommé Terre II.

Et c’est ainsi que Virgile, Horace, puis un journaliste travaillant en indépendant pour un magazine spécialisé dans les Mystères, un habitant d’Obnas, ancien professeur de philosophie surnommé Socrate, et une gamine dont les parents ont été assassinés par les Rats, des déchus de la société, vont se retrouver au cœur d’une histoire qui enregistre la lutte entre Muzuls, dont certains se disent des dissidents proches des Eltys, les Eltys et une compagnie dite BIIS, Brigade d’Intervention Internationale de Sécurité.

 

Mais ce roman est à double lecture. La première, l’histoire d’une anticipation proche, l’affrontement entre les Eltys et les Muzuls, est un peu la parabole du Bien et du Mal, des Anges et des Démons, s’opposant dans une société en déliquescence. Avec toutefois une once d’optimisme, puisque certains Muzuls décident de se mettre en dissidence et de rejoindre les Eltys dans leurs combats.

Mais au second degré, qui d’ailleurs est peut-être le premier, c’est le coup de colère et de désabusement de Gabriel Jan avec son regard porté sur les agissements délétères des hommes politiques en général et sur les financiers, ce qui parfois est la même chose, pour qui tout est bon, même la dégénérescence de la planète. Des procédés et des méthodes qui mènent la Terre à sa perte, mais comme ce sera dans des décennies, ils s’en moquent, ils ne seront plus là pour voir la fin du Monde.

Ou plutôt la fin d’un Monde.

Alors les petites phrases, les réflexions, les coups de gueule, les constats, les vérités ne manquent pas d’être assénées, venant soit de la part de l’auteur, indirectement car il ne se met pas en scène, soit de la part des protagonistes « sains » évoluant dans ce roman et traduisant la vision pessimiste d’un écologiste, avoué ou non, s’effrayant d’un soi-disant progrès.

 

Ce secteur était probablement le triste résultat d’une pollution, une autre forme de cette pollution qui sévissait dans le monde… Ce ne pouvait être que cela : une conséquence de l’utilisation sans conscience des engrais, des pesticides et autres poisons.

- La fin du monde est inéluctable. Ce qui me hérisse, cependant, c’est que les dirigeants de tous les pays font semblant de ne rien voir et qu’ils continuent bêtement de parler de progrès.

- Oui, je suis très critique en ce qui concerne les opinions de nos dirigeants, parce que ceux-ci s’entêtent à parler de choses futiles, voire ridicules, quand le sort du monde est en jeu ! Que font les gouvernements contre la pollution galopante, contre la fonte des calottes polaires, contre la désertification, contre la famine, contre l’extinction d’espèces entières d’animaux, contre le pillage des mers et des océans, contre le réchauffement planétaire ?...Rien, rien du tout ! Parce qu’ils ne pensent qu’à leurs fauteuils, à leurs sous, à leurs places. Ils se complaisent dans leurs paradis artificiels qu’ils replâtrent avec de beaux discours qui puent la lâcheté et l’hypocrisie. La politique de l’autruche n’a jamais apporté de solutions. Jouer du violon à cordes boursières non plus !

Chose incroyable on parlait une fois de plus des retraites dont les montants allaient encore baisser. On assistait au discours d’un « spécialiste politique », un discours fait d’une suite ininterrompue de platitudes gonflées occasionnellement de redondances et de formules superfétatoires. Une grosse pilule à faire avaler.

Gabriel Jan énonce des vérités premières, qui souvent dérangent. Pourtant il suit les traces de René Barjavel. Quand aura-t-il enfin la même reconnaissance littéraire. Ce n’est pas un visionnaire, mais quelqu’un qui observe et en tire des conclusions pour le moins pessimistes. Mais comme souvent la porte est entrouverte à un monde meilleur, à venir.

Gabriel Jan nous fait entendre la voix et nous montre la voie de la raison et de la sagesse.

Pour acquérir ce roman, le bon réflexe est de cliquer sur le lien suivant :

Gabriel JAN : Et le vent se mit à souffler. Illustration de Mike Hoffman. Collection Blanche N°2122. Editions Rivière Blanche. Parution octobre 2014. 244 pages. 17,00€.

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 08:18

C'est la femme aux bijoux,

Celle qui rend fou

C'est une enjôleuse

Tous ceux qui l'ont aimé

Ont souffert, ont pleuré…

Alain BLONDELON : Le collier des Corrilimbes.

Atteint par la limite d’âge, l’ex-sergent Jalnius a dû quitter les FIG, Forces d’Interventions Galactiques, et depuis il s’ennuie. Et comme sa pension n’est pas mirobolante, au trentième siècle rien n’a changé dans ce domaine, il végète. Aussi, lorsque son pote Loukian, qui est parti un peu avant lui avec le grade de caporal, lui demande de le rejoindre sur Gormania, il n’hésite nullement, malgré un long voyage de deux semaines dans une navette dont l’équipement laisse à désirer.

A bord du Dexo VI, un antique vaisseau de transport civil, Jalnius profite de son temps libre pour approfondir ses connaissances sur Gormania, et les légendes qui entourent cette planète et plus particulièrement celle de la prêtresse Alba et de La légende des Corrilimbes. Une malédiction s’attache à celle qui régna en despote sur les Corrilimbes durant deux décennies et un collier, composé de perles toriques, serait un vecteur de désastre.

Délaissant son ouvrage, Jalnius étudie ses compagnons de voyage, notamment Spike et Ghislain, deux explos qui pensent qu’en éclusant et en se saoulant copieusement, le temps passera plus vite. Et surtout il s’intéresse à Sherrilyne, une ancienne danseuse reconvertie en directrice d’un spectacle érotique. Elle va diriger un cabaret à Siphré, la ville principale de Gormania. L’aura de Sherrilyne, et ses longues jambes ainsi que sa sveltesse, ne laissent pas Jalnius indifférent, et comme sans aucun doute, Jalnius possède un charme indéfinissable, tous deux se retrouvent dans le même lit, à la conquête d’un septième ciel qui leur permet de rejoindre leur destination dans un passe-temps agréable.

Enfin ils atterrissent sur Gormania et Jalnius est accueilli par Loukian. L’ex-caporal a opté pour la recherche et l’extraction de Billium, et il a un projet qu’il détaille à son ami. Il a acheté pour une poignée de Crédits une concession sur une île. Mais apparemment il est moins bien renseigné que Jalnius car ce morceau de terre n’est autre que les Corrilimbes.

Les vols en basse altitude étant interdits à cause de la pollution, il ne leur reste plus qu’à rallier ce rocher qui tombe à pic dans la mer à bord d’un navire. Loukian connait un armateur qui pourrait mettre à leur disposition un bateau avec son équipage, mais cela ne va pas sans contrepartie. Il leur faut ramener des pierres précieuses qui ne se trouvent que sur l’île afin de reconstituer le fameux collier.

Jalnius, Loukian, les deux ivrognes, un Gormanien et Sherryline embarquent donc, destination Corrilimbes et ses pierres. Jalnius a étudié le Tismal, un livre d’archéologie très ancien, unique exemplaire prêté par l’armateur, et il se pose des questions. D’autant que leur départ a été retardé pour des problèmes entre Loukian et la justice. Bref, ce voyage débute sous de mauvais auspices, car ce retard va être préjudiciable météorologiquement.

Et entendu, les voyageurs vont subir la brume, la tempête ainsi que les assauts des brocchias, d’énormes sangsues qui escaladent les flancs du navire et étouffent les marins qui se défendent comme ils peuvent. Jalnius et ses compagnons, aidés par Sherryline qui n’a pas ses mains dans ses poches, parviennent à s’en dépêtrer, non sans mal. Puis il va falloir aborder la côte abrupte, les plages du débarquement ne sont pas prévues au programme, en chaloupe. Et lorsque Jalnius, assommé, sort de son évanouissement couché sur un rocher, c’est pour se rendre compte que les dégâts sont nombreux. Sherryline en a réchappé, Loukian est tourneboulé des neurones, et d’autres mésaventures les attendent au coin du bois.

Ils vont devoir affronter des reptiles volants, des insectes monstrueux, des plantes carnivores qui lancent des dards, faire connaissance avec les Corrilimbiens, des hommes-lézards, sans compter les blessures et autres avanies corporelles et psychiques.

 

Si au départ on pense se trouver dans un roman d’anticipation, l’histoire se déroule quand même au trentième siècle et plus, bientôt on est plongé dans un véritable roman d’aventures, mâtiné d’amour, ça c’est pour le côté tendresse, avec monstres à l’appui, éléments déchaînés, sans oublier le côté quelque peu sauvage des indigènes. A oui, c’est vrai, on ne dit plus indigène, on dit autochtone. C’est pareil, mais en plus politiquement correct.

En lisant ce roman, j’ai eu l’impression de ressentir les affres de ces aventuriers, comme si je participais moi-même à une forme de Koh-Lanta, grandeur nature dans une nature, justement, hostile.

J’ai pensé à tous ces petits maîtres et ces grands romanciers du roman d’aventures, René-Marcel de Nizerolles, Maurice Limat, Max-André Dazergues, sous leur nom ou sous pseudonymes, avec un soupçon de Jean Ray, une pincée de Jules Verne, une bonne dose de Rider Haggard, une larme de Rosny Aîné, bref tous ces écrivains qui concoctaient des histoires peut-être invraisemblables mais qui font passer le temps agréablement, surtout lorsqu’on est tranquillement installé dans son fauteuil.

Et cela nous change du roman noir qui est à la littérature populaire ce que le glyphosate est à l’agriculture. Un peu, ça va, beaucoup, bonjour les dégâts. Il faut savoir varier les plaisirs sans s’avarier les neurones. Enfin, je parle pour moi, évidemment.

 

Alain BLONDELON : Le collier des Corrilimbes. Collection Blanche N°2140. Editions Rivière Blanche. Parution avril 2016. 196 pages. 20,00€.

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:42

Un hommage non déguisé à Jules Verne.

Pierre BARBET : Voyage au centre de la Lune.

Le 21 juillet 1969, le monde entier est rivé devant son téléviseur ou les oreilles accrochées à son poste de radio. Pour la première fois, un homme va poser un pied sur la Lune. Puis un deuxième et ainsi de suite. Armstrong et Aldrin entrent dans la légende faisant naître des vocations.

Ainsi, en France, Jacques, douze ans, et son frère Eric, son aîné de trois ans, ont demandé à leur père de les réveiller afin d’assister en direct à cet événement. Au Japon le jeune Natsumé profite également de ce reportage, tout comme à Moscou Grégory, dont les parents ne possèdent pas la télévision, écoute à la radio les commentateurs.

Douze ans plus tard, et après de sérieuses études scientifiques, les quatre gamins devenus des adultes, sont sélectionnés pour participer à un voyage sur la Lune pour une mission qui leur sera signifiée sur place. Le parcours s’effectue en quelques étapes, avec arrêts sur des stations orbitales et deux autres compagnons leur sont adjoints : Guiseppe, un Italien et Karl, un Allemand. Ils sont géologue, spéléologue, géophysicien, spécialiste de la communication radio ou vulcanologue et ensemble ils devront mener à bien ce pour quoi ils ont été embauchés.

L’arrivée sur le sol lunaire, à bord d’une capsule, une espèce de canot de sauvetage en forme du suppositoire, leur réserve quelques surprises. Bientôt les six hommes commencent à manquer d’oxygène, l’un d’eux tombe même en syncope. Heureusement, des pionniers installés dans une base sur la face cachée de la Lune les retrouvent et ils sont soignés. Mais leur mission doit se poursuivre, et Jane, une médecin-psychologue, intègre le petit de même qu’un petit singe rhésus, qui leur tient compagnie dans leurs déplacements, les amusant par ses facéties.

Enfin la mission peut débuter et les voilà tous les sept, plus le macaque, s’enfonçant dans les entrailles lunaires à bord d’une fouisseuse munie d’une tarière.

 

Dans ce roman inédit, écrit probablement au début des années 1970 et qui était resté inédit, Pierre Barbet démontre son engagement écologique et son pacifisme, surtout vers la fin de l’intrigue. Une utopie, mais l’on peut toujours rêver. Alors que bien d’autres de ces romans, il s’amusait avec l’uchronie, mettant en scène des épisodes de l’histoire de France et les détournant, ici c’est dans une anticipation proche qu’il nous entraîne.

Ainsi que le déclare l’un des protagonistes :

Pour éviter une guerre meurtrière, il faut que les habitants de ces planètes possèdent un sens moral, une notion de fraternité qui, souvent, ne se développe pas de pair avec les sciences de la matière. Il faut donc éduquer ces gens sur le plan moral en faisant disparaître les luttes entre états, en provoquant la formation d’un gouvernement international qui soit au-dessus de tous les préjugés raciaux et répartisse les richesses du globe.

Il y a du travail pour, avant de mettre en pratique cette déclaration, en faire comprendre le sens et le bienfondé à nos dirigeants.

Les développements scientifiques sont nombreux mais pas lourds à digérer, contrairement parfois à ce que pouvait développer Jules Verne, et donc abordable à tout un chacun, adolescents compris.

 

Quatre nouvelles complètent ce recueil préfacé par Jean-Marc Lofficier, ainsi que deux articles. Le premier étant une conférence, Le pharmacien devant la science-fiction, dans lequel il retrace, un peu, son parcours et fait l’éloge de quelques grands maîtres Français et Américains, dont l’un des fondateur de ce qui était nommé à l’époque le Merveilleux scientifique, Jules Verne, l’autre article étant relatif à la Bionique, contraction de biologie électronique.

La première de ces nouvelles, Psycho-contrôle, est une critique ironique et désabusée de la Terre vue par un extraterrestre chargé d’étudier le comportement des humains.

Stupéfiante planète est une aimable parodie de roman noir et policier, avec un enquêteur qui a pour but de mettre fin aux agissements d’un trafiquant de drogue sur une planète lointaine. Avec quelques gadgets qui semblent issus de la panoplie d’un James Bond futuriste. A noter que l’une des protagonistes de cette histoire se prénomme Dora, Dora comme la compagne de Jean-Louis Le May qui était fort ami avec le couple Barbet.

Des ossements dans une épave relève tout aussi bien du passé que de l’avenir. Mais le titre à lui seul est quelque peu explicite donc je n’en dirais pas plus. Toutefois, dans Voyage au centre de la Lune, une phrase annonce cette nouvelle.

Les papillons sont au parfum joue également dans le domaine du policier. Le narrateur est dérangé durant ses vacances par un sien ami hippie. L’homme fait partie d’un petit groupe d’écologistes, le Process, qui effectue des recherches notamment sur des appareils pouvant fonctionner sans pollution. Or il semblerait qu’il y ait des fuites. Une histoire qui respire l’écologie, avec des technologies nouvelles à inventer comme le moteur à collagène.

Cette petite phrase pourrait, aujourd’hui, faire bondir quelques personnes au langage politiquement correct, ou se prétendent ouvertement hostiles à certaines déclarations, mais n’en pensent pas moi le contraire.

Je déteste qu’on m’appelle flicard : les flics, il en faut. Tout le monde n’apprécie pas leur boulot, mais c’est comme les putes : ils existent depuis le commencement du monde – dit civilisé – et personne ne peut s’en passer.

 

Pierre BARBET : Voyage au centre de la Lune. Collection Blanche N°2149. Editions Rivière Blanche. Parution janvier 2017. 246 pages. 20,00€.

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 10:02

Ne la laissez-pas ouverte, cela risque

de s'évaporer...

Laurent GENEFORT : Une porte sur l’éther.

Lors de la parution de ce roman, Laurent Genefort n'avait que 32 ans, mais il possédait déjà à son actif plus de vingt cinq titres.

Imaginez deux planètes, Favor et Dunaskite reliées par une espèce de tube, l’Axis, un peu comme les haltères soulevés par les athlètes lors des derniers jeux olympiques. Ce tube, long de 126 000 km pour un diamètre de 815 km, est un peu le régulateur des deux planètes puisqu’il sert de conduit navigable et aérien au pollen de l’Ambrozia, une plante qui pousse sur une des deux planètes et sert à la survie commerciale de l’autre.

Jarid Murray, envoyé de la DemeTer est chargé de régler diplomatiquement l’animosité qui règne entre les deux planètes jumelles, voire siamoises, animosité qui pourrait bien conduire à leur destruction commune. L’Axis n’est pas vierge mais est habité par les Kunis et les Ogounistes, divisés en nombreux clans marginaux, pouvant pencher en faveur de l’une ou l’autre planète ou profitant de l’état belliqueux qui les animent pour développer une indépendance et une reconnaissance de leur situation de marginaux.

Comme tout roman de science-fiction, ce livre pourrait être une parabole sur les arrivistes qui privilégient une carrière personnelle au détriment de la communauté, sur le risque d’anéantissement d’un monde lorsque le déséquilibre économique, avec tout ce comporte de disfonctionnements entre deux états, est engendré par les phantasmes dictatoriaux d’un clan politique résolu à devenir le maître du monde au détriment des autres humains, au nom d’un système, d’une religion, d’une idéologie.

Le vecteur de la science fiction est parfois plus souple, plus anonyme, que le roman noir afin de mieux cerner la réalité actuelle et la mettre en évidence, de dénoncer les dangers qui nous guettent devant les prises de positions de certains chefs d’état.

 

Réédition J'ai lu Science-fiction N°6544. Parution 10 avril 2003. 252 pages.

Réédition J'ai lu Science-fiction N°6544. Parution 10 avril 2003. 252 pages.

Laurent GENEFORT : Une porte sur l’éther. Grand format SF, Fleuve Noir. Parution 16 mai 2000. 266 pages.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 09:15

Les nouvelles aventures de Blade et Baker, à ne pas confondre avec Blake et Mortimer ou encore Black et Decker...

Rémy GALLART : Les otages de Maalsthrom.

Alors qu'il voyage à bord d'un nouvel engin, l'aérobulle, concocté par le professeur Zébulon Krasbaueur, afin de se rendre à l'astroport de Nylghur, sur la planète Joklun-N'Ghar, et récupérer ses amis Baker, Samantha Montgomery et le jeune Xhyvor, Ronnie Blade est tiré en sursaut de ses rêveries par la voix métallique de Robic, le cerveau cybernétique.

Robic est un robot multifonctions, aussi bien domestique que chien de garde, qui vient de changer de statut grâce, ou à cause, du professeur Zébulon, lequel l'a intégré à la nouvelle machine volante.

Donc Blade est tiré de ses rêveries par Robic qui lui indique qu'un engin est en difficulté non loin. Il récupère, non sans mal, une jeune femme sur le point de se noyer, son engin gîtant fortement sur les eaux de l'océan. Elle dit s'appeler Xolvianne, une Centaurienne, mais ses assertions concernant des problèmes techniques sont réfutées par Robic, toujours aussi véloce dans ses interventions.

Comme si ce que dément Robic ne la touchait pas, la Centaurienne sort un poudrier et commence à souffler dessus. La poudre se disperse et Blade se retrouve dans les bras de Morphée.

 

Pendant ce temps, Blake et consorts sont tout étonnés de ne pas être accueillis par Blade à l'astroport. Le lendemain alors qu'ils devisent devant la télévision, les journalistes déblatèrent sur la disparition de l'homme d'affaires. Soudain l'un d'eux prend la parole pour diffuser un reportage en provenance d'Hisspaniola, une planète dont la réputation est douteuse. Le reportage, effectué en caméra cachée, montre Blade dans une taverne malfamée, jouant aux cartes, et abattant l'un des participants sous prétexte que celui-ci l'aurait accusé de tricherie.

Pour Samantha, Blake et Xhyvor, il s'agit d'un montage grossier, un trucage. Seulement, auprès du public, la réputation de Blade est entachée, et les bourses commencent à dévisser sur les actions de la multi-planétaire dont ils sont les propriétaires. Et Xhyvor déplore de ne plus être en possession de ses facultés psy, ce qui évidemment se révèle être un handicap.

 

Blade se réveille sur Maalsthrom, et Xolvianne est présente lorsqu'il ouvre les yeux. L'un de ses gardes du corps se montre quelque peu agressif mais la Centaurienne le remet à sa place, puis elle explique à Blade le motif de son enlèvement. Le sous-sol est riche en matière première, par exemple le diamant alpha qui à moindre coût peut remplacer avantageusement les autres combustibles ou minéraux.

Mais Maalsthrom est en proie à une révolution interne, opposant les deux ethnies l'habitant. La configuration de la planète a évolué à cause d'une légère rotation et les territoires désertiques empiètent maintenant sur les marécages, obligeant les b'athrax qui vivent dans les zones humides à se replier tandis que les fromiis préfèrent les zones plus sèches.

 

Le professeur Zébulon est lui aussi kidnappé, selon un informateur inconnu et lorsque Baker et Cie se rendent vers la villa qu'ils ont dû abandonner pour vice de construction, ils sont attaqués par des thermiques. La situation est grave, mais pas désespérée. Quoique...

 

Reprendre des personnages de la littérature populaire après que leur créateur ait passé la main, n'est souvent pas chose facile. Il faut respecter le fond et la forme, tout en inventant de nouvelles histoires, de nouvelles aventures, en conformité avec les précédentes, respecter, peut-être, un cahier des charges, même si toute latitude est laissée au scripteur.

Rémy Gallart, est un auteur méconnu car trop longtemps caché derrière les noms des romanciers dont il a poursuivi l'œuvre, son patronyme n'apparaissant pas sur la couverture mais à l'intérieur des romans, aussi bien pour la série des Blade et Baker de Jimmy Guieu que des Bob Morane d'Henri Vernes. Il faut également préciser que pour les Blade et Baker, il avait pris le pseudonyme de Frank Walhart, ou écrit sous son nom en collaboration avec Roland C. Wagner, qui lui signait Richard Wolfram, et qui lui avait mis le pied à l'étrier,.

Alors Rémy Gallart, dont le talent explose dans ce roman, le dix-huitième de la série Blade et Baker qu'il a écrit et qui est inédit, devrait pouvoir se faire un nom, le sien, en inventant des personnages nouveaux, peut-être ressemblant à des Héros ayant vécu moult aventures, mais faire œuvre personnelle. Il en a les capacités, l'aptitude, une écriture maîtrisée, d'ailleurs s'il a prolongé les aventures de Blade et Baker et Bob Morane, ce n'est pas un hasard.

 

Pour commander ce roman, voyagez sur la Rivière Blanche en cliquant sur le lien ci-dessous.

Rémy GALLART : Les otages de Maalsthrom. Collection Blanche N°2154. Editions Rivière Blanche. Parution juin 2017. 224 pages. 18,00€.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 05:44

Hommage à Robert Heinlein décédé le 8 mai 1988.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille

Question : A quel moment un Zygote, c'est à dire l'œuf fécondé produit de l'union des gamètes, peut-il penser, sachant qu'un spermatozoïde et un ovocyte ne pas sont conscients de leur existence ?

Partant de ce principe, n'est-il pas envisageable d'imaginer qu'à force de connexions et d'interconnexions, un ordinateur puisse un jour se mettre à penser ?

Ces deux questions pourraient donner le ton et l'ambiance qui se dégagent de la troisième partie du livre de Robert Heinlein, ce Chat passe-muraille, un chaton plutôt du nom de Pixel qui passe au travers des murs parce qu'il est trop jeune pour savoir que c'est impossible.

Après deux parties farfelues et complètement délirantes débutant comme un roman policier, cette histoire diverge vers les multi-dimensions, les mondes parallèles (l'on retrouve la théorie du chat de Schrödinger) comme si l'auteur avait voulu changer de sujet en cours de route.

Pour rappel :

Un individu qui lui est inconnu demande au colonel Campbell d'assassiner quelqu'un. Mais lui-même meurt assassiné. Du coup Campbell s'enfuit avec sa nouvelle épouse afin d'échapper à un complot. Un trajet qui les oblige à quitter la station spatiale Règle d'or à bord d'une navette trop vétuste et ils s'écrasent sur la Lune. Un incident qui les emmène à fréquenter des personnages de tous bords dans différentes villes lunaires jusque dans un hôtel miteux. La femme de Campbell, avec laquelle il n'est marié que depuis trois jours, tente de le persuader qu'elle est un agent spatio-temporel dans un univers totalement déjanté, où il est difficile de savoir, par exemple, si les gens sont âgés de trente ou trois cents ans, où les navettes ne comportent que quatre places munies de toilettes victoriennes, ce qui est évidemment plus agréable et confortable que la cabane au fond du jardin, et autres élucubrations jouissives.

La troisième partie, qui est légèrement soporifique en comparaison des deux précédentes, ne doit pas justement faire oublier les deux premières. Un roman jubilatoire dû à une imagination débordante et débridée d'un auteur de science-fiction engagé.

Cette citation extraite d'un dialogue souligne la différence pouvant exister entre écrivain et romancier.

- Vous êtes écrivain, vous faites de la littérature peut-être ? Sans intrigue ?
- Moi ? Je ne sais pas écrire de littérature, j'écris des histoires.

Réimpression mars 1993.

Réimpression mars 1993.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille (The Cat who walks through Walls - 1985. Traduction de Jean-Paul Martin). Inédit. Collection J'ai Lu Science-fiction N°2248. Parution 1987. 508 pages.

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 08:09

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : L’inondation.

Depuis plusieurs jours des trombes d’eau se déversent Paris et la région Ile de France. Un déluge inquiétant, car les inondations se précisent et la population commence à s’inquiéter.

Les services techniques, les services de prévention des crues, la préfecture de région, l’EDF, la RATP, sont débordés, malgré les plans de prévention mis en place. Dans cet affolement général, certains se frottent les mains, n’hésitant pas à mouiller la chemise.

Ainsi Charles Raquet, truand notoire, envisage de dévaliser une célèbre bijouterie de la place Vendôme. L’idée est simple : il suffit de plonger dans la place inondée, de s’introduire et de rafler bijoux et joyaux. Aucun risque du côté des alarmes qui privées d’électricité seront inopérantes.

La Secte du Temple de la Science Mentale, créée par l’idéologue Norbert Bradduh (cela ne vous rappelle rien ?) supervisée pour la capitale par Brignac, un petit homme falot, entend bien elle aussi tirer profit de cette catastrophe immanente. D’ailleurs Sarah Brandt, l’une des exaltées de la secte, enfonce le clou en citant un passage des écrits de Bradduh : “ Le jour où les quatre fleuves entreront en crue, l’Apocalypse sera proche… ”.

L’Oise, la Marne, et l’Yonne ne sont que des fleuves mais il existe toujours une part d’approximation dans les prédictions. Mais sait-elle Sarah qu’elle est manipulée par un homme résidant en Suisse ? Un homme qui envisage même, afin de parvenir à ses fins, de faire monter l’eau un peu plus si l’inondation ne suffit pas.

Sarah Brandt suit à la lettre les consignes ainsi que d’autres membres de la secte. Ainsi quatre barrages en amont de Paris sont dynamités. Comme il n’y a pas de petits profits, des plaisantins avides subtilisent dans un entrepôt de la banlieue parisienne des parpaings et des matériaux de construction destinés à construire ou renforcer les digues. Alain Collard, responsable à Europe Télécom, est chargé par son patron d’en négocier le rachat, cinq fois au moins le prix de leur valeur.

Et pas question de payer en liquide, l’argent doit être viré sur des comptes étrangers, dans des pays peu scrupuleux de connaître la provenance des fonds. Deux flics des R .G. enquêtent, l’un sur Sarah Brandt dénoncée comme dangereuse par Brignac, l’autre sur Collard, supposé être à l’origine du vol. Pendant ce temps la Protection civile tente d’aider les particuliers à survivre, à les aider à fuir leurs appartements menacés par les eaux, à réconforter et à soigner.

 

Gérard Delteil, dans ce roman qui a été publié en 2005 sous le titre 2011, et dont le titre de cette présente réédition est nettement plus explicite, nous entraîne dans une fiction proche qui pourrait très bien survenir, dans un avenir indéfini mais inéluctable si rien n’est concrètement réalisé, si personne ne prend conscience des dangers, si rien n’est fait pour endiguer les risques.

Nous sommes tous conscients que sans électricité, nous nous trouvons démunis dès la plus petite interférence des éléments naturels. Pour quoi que ce soit, nous sommes dépendants. Même si les usines, les hôpitaux, les immeubles, les administrations sont équipées de groupes électrogènes.

Et Gérard Delteil montre du doigt tous les dysfonctionnements qui existent dans l’emplacement de ces groupes qui deviennent inopérants parce que placés par exemple au quatrième sous-sol des immeubles, à la merci des infiltrations par capillarité. Sans électricité, plus d’ascenseurs, plus de téléphones portables, à cause des batteries non rechargées, plus de radio, plus de télévision, plus de chauffage, même à fuel puisque l’allumage est électrique, et j’en passe.

Le captage des eaux, le ramassage des ordures, pour ne citer qu’eux sont également perturbés, et la rue devient le domaine rêvé des rats. Et il ne faut pas oublier l’influence de l’idéologie négative des sectes. Un roman qui devrait être mis entre les mains de tous ceux qui à un échelon ou un autre détiennent les rênes de la société : hauts fonctionnaires, administrations, pouvoirs publics de plus en plus privés.

Première édition 2011. Editions de l'Archipel. Parution janvier 2005.

Première édition 2011. Editions de l'Archipel. Parution janvier 2005.

Gérard DELTEIL : L’inondation. Archipoche n° 85. Parution janvier 2009. 464 pages. 8,65€.

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:43

Juste quelques litres de sang suffiront !

Pierre BAMEUL : Pour nourrir le soleil.

A l'origine ce roman a été édité en deux tomes dans la collection Anticipation du Fleuve Noir : La saga d'Arne Marsson (N°1458 - mai 1986) et Le choix des destins (N°1489 - octobre 1986). Plus qu'une anticipation, il s'agit d'une uchronie se déroulant en deux épisodes qui peuvent se lire indépendamment, mais prennent toute leur saveur dans ce volume complet car des incompréhensions, ou du moins ce que le lecteur aurait pu juger comme telles en s'arrêtant à la première partie, sont expliquées et dévoilées à la fin de la seconde partie.

Collection Anticipation N°1458. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1986. 192 pages.

Collection Anticipation N°1458. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1986. 192 pages.

La saga d'Arne Marsson :

Le knorr est dans le potage et le bateau est soumis à la pression des eaux qui déferlent. Cela fait deux jours que la tempête s'amuse avec le drakkar qui est parti du Vinland quinze jours auparavant.

Les avaries sont nombreuses et dix hommes et quatre femmes ont péri dans la tourmente. Il ne reste plus à bord qu'Arne Marsson, le capitaine, Oleg, Olaf, Rolf et Franck dit le Savant, ses compagnons, ainsi qu'Erika, sa femme enceinte.

Soudain Arne rugit Trollstein, le mot magique qui calme peu à peu les éléments déchaînés. Il aurait dû y penser plus tôt, se morigène-t-il, mais dans la confusion ceci lui était sorti de l'esprit. Et puis il s'inquiète de cette fameuse pierre qu'il transporte à son bord, la Pierre des Trolls, une plaque de granit poli gravé de runes qui lui été offerte par un troll, lors d'un voyage en Suomie.

Les éléments marins calmés, il faut penser à remettre en état le drakkar, et puis sacrifier à quelques traditions, si l'on veut tenir en main son équipage. Arne accepte donc que son épouse Erika, quoique celle-ci soit réticente au départ, procède à un exutoire génital de ses compagnons, et, si l'on de réfère aux gémissements qui sortent du taud, Franck le Savant y met du sien afin de satisfaire ses exigences naturelles et qu'Erika ne dédaigne pas à le rejoindre dans ses transports.

Bientôt ils abordent la terre à quelques mille-deux-cents miles marins de leur point de départ. Alors qu'ils réparent leur navire, les premiers Skraelings font leur apparition. Cette invasion sur leurs terres n'a pas l'heur de leur plaire, une bataille est inévitable. Grâce à sa magnanimité et à son sens de la diplomatie, bientôt Arne et ses compagnons sont acceptés par la tribu. Ils vont même les défendre contre les attaques de barbares qui veulent déposséder leurs hôtes de leurs terrains de chasse.

Tant et si bien qu'Arne devient le chef à la place du jeune chef Skraeling qui a été tué dans un combat. Mais il pense toujours à l'inscription gravée sur sa Pierre de troll, et toute la compagnie s'exile vers le Sud, au pays des Chichimèques et des Toltèques, avant de partir plus loin à la conquête du mystérieux pays évoqué par la pierre. Une légende va naître, celle de Quetzalcoatl, plus connu sous le nom de Serpent à plumes, ainsi dénommé à cause de ses vêtements militaires, une adaptation de la vêture viking et des coutumes des autochtones.

Mais là aussi, il faut sacrifier à certaines traditions, lorsque le Soleil risque de s'éteindre. Et un voile noir issu du fin fond de la galaxie s'amuse parfois à frôler la Terre plongeant le peuple dans la crainte et l'anxiété.

Collection Anticipation N°1489. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1986. 192 pages.

Collection Anticipation N°1489. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1986. 192 pages.

Le choix des destins.

Ce second volet se déroule environ mille ans après les événements décrits ci-dessus.

Les Aztèques ont conquis le monde et étendent leur domination jusqu'en Orient. L'ordre par obscurantisme règne et Motecuhzoma V est l'empereur incontesté du Royaume du Soleil et de l'Antique Anáhuac. Son frère Tonatiuh arrive face à l'île Réac à bord d'un dirigeable.

Marié depuis deux mois, Malic, à peine vingt ans, quitte son travail à l'arsenal et rejoint, juché sur sa draisienne, le port de Tarochellan où l'attend théoriquement son épouse la belle Orana. Théoriquement car arrivé sur place, il ne peut que constater que celle-ci a été sélectionnée, comme bien d'autres femmes, pour servir d'offrande à Tonatiuh.

Mais un vent de fronde, d'insurrection règne sur l'Heurohuac et plus particulièrement en pays Franhauc. Les Sarrazins concentrent leurs troupes dans le Mahgreb, et Gallix, un ancien officier franhauc s'est exilé dans les îles du Nord afin de diriger la rébellion.

Malic se révolte contre l'enlèvement de sa femme et il est arrêté par la soldatesque. Emprisonné, il sera délivré par des partisans, résistants pour les uns, terroristes pour les autres, et rejoindra la Résistance.

Evidemment cet épisode ramène le lecteur à des événements qui se sont déroulés il y a maintenant plus de soixante-dix ans mais dans des conditions différentes. Ce sont les Aztèques qui ont conquis le monde et non le contraire. Un peu grâce à Quetzalcoatl, alias Arne Marsson.

Auparavant, les Indios n'avaient pas de chevaux, et ils ignoraient l'usage de la roue, du fer, de l'arbalète et du mousquet. En outre, contrairement aux Vikings païens, les Espaňoles, poussés par le mythe manichéen chrétien, pratiquaient la guerre totale.

Mais le régime aztèque interdit les avancées scientifiques, pensant, à tort ou à raison, que justement le modernisme leur serait fatal. Il s'agit donc bien d'une uchronie, mais ce roman ne serait pas complet, et ne justifierait pas l'appellation d'Anticipation et de Science-fiction, si Pierre Bameul n'intégrait des données supplémentaires. D'abord ce voile noir qui perturbe le bon déroulement des événements, et d'ailleurs voile noir pourrait tout aussi bien être la métaphore de l'obscurantisme scientifique et son refus des avancées techniques, louables ou non ceci est une autre histoire.

Et ce voile noir provoque un phénomène bien connu des romanciers de science-fiction, les mondes parallèles. Et alors, ce qui semblait antinomique dans la première partie, les distances en miles par exemple qui n'avaient pas cours en pays viking lors de leurs premières migrations en Vinland, c'est-à-dire, Terre-Neuve et le haut du Canada. D'autres éléments, que je n'ai pas évoqués afin de laisser un peu de suspense, sont également décryptés. Quant au pays Franhuac et Tarochellan, il s'agit bien évidemment de la France et La Rochelle. Je vous laisse deviner qui se cache sous Gallix.

Un roman plaisant à lire aussi bien dans le fond que dans la forme, et il est dommage que Pierre Bameul se montre aussi discret.

 

Pierre BAMEUL : Pour nourrir le soleil. Collection e-Anticipations. Editions L'Ivre book. Parution le 06 janvier 2017. Version numérique. 3,99€.

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 09:04

Bon anniversaire à Pierre Colin-Thibert

né le 29 janvier 1951.

Colin THIBERT : Le bâtard de l’espace.

Projetant, dans un futur plus ou moins proche, des faits de société, pseudo culturels ou scientifiques, Colin Thibert extrapole avec une ironie grinçante des petits événements qui semblent de prime abord anodins. Seulement il faut se méfier de ce que l’avenir nous réserve.

Dans Le bâtard de l’espace, nouvelle éponyme de ce recueil, des producteurs de télévision ont imaginé, afin de redorer leur blason et reconquérir une part d’audience qui fléchit, de réaliser un nouveau concept de Loft Story à bord d’une navette spatiale. Bien sûr les dés sont pipés, seulement pendant que les téléspectateurs se focalisent sur cette émission, des actes graves se déroulent sur Terre.

Fauché par un camion alors qu’il s’amusait en skate, le héros de Bonheur et Alacrité se réveille dans une chambre d’hôpital en 3057. Décédé, il avait été cryogénisé, et c’est par hasard que son corps a été découvert. Les êtres humains sont devenus plus paisibles, plus tolérants, plus calmes, plus pacifiques. Mais il suffit d’une visite, en compagnie d’autres élèves, d’un musée pour que tout se dérègle.

Dans Pivorce un jeune adolescent rencontre un avocat afin de se plaindre des mauvais traitements qu’il subit de la part de ses parents. Il veut pivorcer, comme les parents qui divorcent. Mais ses revendications sont-elles recevables ?

Le jour de ses quinze ans Lionel a comme cadeau d’anniversaire la surprise d’apprendre que son père lui a programmé un clone, pour si un jour il lui arrivait un accident. Tel est le point de départ de Alter Ego, une nouvelle qui prouve que parfois il est plus commode de se retrancher dans la facilité que d’affronter l’adversité.

Nettement plus poignante Le cobra nous entraîne à la suite de touristes qui découvrent avec effroi que dans le pays qu’ils visitent, de nombreux autochtones sont handicapés. Se renseignant auprès de l’un d’eux, ils apprennent avec horreur que tous ces mutilés vendent soit un œil, soit un bras, soit une jambe pour survivre.

Dans Vendredi sur la huitième lune, un chercheur de sélénium va se rendre compte, à ses dépens, qu’il n’est pas bon de trafiquer un robot, même s’il manque de compagnie. Quatre autres nouvelles complètent ce recueil qui s’intéresse à l’avenir, notre avenir, et sous couvert d’un humour souvent ravageur, décapant, et nous amène à réfléchir à un soi-disant progrès. A classer auprès des ouvrages de Fredric Brown.

 

Colin THIBERT : Le bâtard de l’espace. Nouvelles. Editions Thierry Magnier. Parution 19 janvier 2009. 186 pages. 10,10€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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