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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 04:24

Hommage à Jimi Hendrix décédé le 18 septembre 1970.

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix.

S’il existe un fan, gardien du temple de la mémoire de Jimi Hendrix, c’est bien Yazid.

Il lance des invitations, pour une soirée destinée à commémorer la disparition du guitariste légendaire, décédé le 18 septembre 1970. Il envoie des cartons à Noël Redding, Eric Burdon, Curtis Knight, Janis Joplin… Janis Joplin qui en apprenant le décès de Jimi, se jura de surveiller ses consommations de drogue et d’alcool, confiant à Mary Friedman, son amie et biographe : Je ne peux tout de même pas partir la même année que lui, vu qu’il est plus célèbre que moi. Elle décèdera le 4 octobre 1970 ! D’une overdose.

Né en 1965, Yazid est un petit gars de la banlieue parisienne et ses parents, originaires du Bénin, se sont séparés alors qu’il avait quinze ans. Il a touché du piano et autres bricoles, mais sans jamais vraiment s’y intéresser. Le déclic de sa passion pour Jimi Hendrix s’effectue en 1977, en regardant à la télévision Point chaud, une émission d’Albert Raisner, l’harmoniciste présentateur de l’émission culte Age tendre et tête de bois. L’annonce de Jimi Hendrix comme le plus grand guitariste du monde le laissa rêveur mais bien vite il fut conquis, et s’enticha de Jimi, se faisant offrir des disques, en parlant à ses amis, devenant peu à peu un inconditionnel. Une quête qu’il effectua comme s’il recherchait un assassin, la drogue.

A la suite d’un documentaire des Enfants du rock, en 1980, il se rend compte que l’entourage de Jimi est plus souvent accroché à l’argent qu’à la musique. Particulièrement Mike Jeffery, le manager escroc controversé de son idole, jusqu’à ce que le père, Al Hendrix, le chasse pour confier l’exploitation de l’héritage Hendrixien à l’avocat noir Leo Branton, lequel s’occupa aussi de Nat King Cole. Personnage sulfureux qui selon certaines personnes serait à l’origine de la mort par overdose de Jimi. Ce n’est pas pour autant que Yazid voue un culte particulier en collectionnant colifichets et autres bricoles témoins du fan obsessionnel, tout au moins au début.

Peu à peu l’âme de Jimi s’infiltre en lui. Il traine au New Morning, se met en relation avec d’autres fans dont Nona, une femme qui habite les Etats-Unis et avec laquelle il correspond longuement, et rêve de réaliser une soirée spéciale Jimi, un hommage gigantesque avec d’anciens musiciens et de nouveaux artistes dilettantes qui jouent du Hendrix pour le plaisir et par passion.

Il va concrétiser son rêve, organiser une soirée spéciale Jimi Hendrix à l’Olympia en septembre 1990, mythique scène parisienne sur laquelle son idole s’est produit par trois reprises. Son jour de gloire lorsqu’enfin il concrétise ce à quoi il aspire avec comme artistes Noel Redding, Eric Burdon, Randy California, Curtis Knight, et dans les coulisses Monika Dannemann, celle qui découvrit Jimi mort dans son lit et que beaucoup accusèrent de ne pas avoir alerté les urgences rapidement, ou même de l’avoir drogué, en lui faisant ingurgiter des somnifères. Bref de l’avoir laissé à son sort, des versions encouragées par sa rivale Kathy Etchingham, laquelle déclarait aimer Jimi mais ne se privait pas de le tromper lorsqu’il était absent et s’était mariée par ailleurs.

En narrant le parcours de Jimi Hendrix via celui plus sage de Yazid Manou, Stéphane Koechlin nous invite à pénétrer l’univers des adorateurs, des idolâtres même, du guitariste décédé à près de 28 ans, mort controversée, mais également à restituer aussi celui des musiciens qui ont gravité dans son sillage (et ses sillons).

Plus qu’une simple biographie, Blues pour Jimi Hendrix est un peu une poupée russe littéraire, colorée, pétillante, additionnée de nombreuses anecdotes et l’on entend presque les riffs de guitare que ceux qui ont assisté à un concert à l’Olympia le 18 octobre 1966 en première partie de Johnny Hallyday puis en vedette en 1967 s’en souviennent encore.

Et ceux qui comme moi n’ont pas eu le privilège de pouvoir s’acheter des places, Europe 1 était là pour suppléer et enregistrer les concerts, et l’émission Musicorama était fort prisée. J’aurais pu évoquer également les relations avec Eric Clapton, Chas Chandler (des Animals tout comme Eric Burdon), Mitch Mitchell, et combien d’autres qui apportèrent leurs pierres à son édifice musical, lui-même n’étant pas en reste de contributions.

J’aurais pu parler de son groupe le Jimi Hendrix Experience (qui ne vécu que quelques semaines) et d’Electric Ladyland, et de bien d’autres choses encore, mais je vous laisse le plaisir de découvrir ce superbe petit ouvrage signé par un connaisseur qui a baigné dans la musique dès sa plus tendre enfance, son père Philippe étant le cofondateur Rock & Folk

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix. Collection Castor Music. Editions du Castor Astral. Parution avril 2010. 200 pages.

ISBN : 9782859208202.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 03:49

L’inoubliable compositeur et interprète d’Ascenseur pour l’échafaud.

Alain GERBER : Miles.

Après Chet, Lady Day, Louie, Charlie, Paul Desmond, ouvrages tous réédités au Livre de Poche, Alain Gerber nous offre sa vision personnelle d’un autre monstre du jazz : Miles Davis.

Et pour cela il a endossé les personnalités de Max Roach, le batteur qui a joué avec Miles et Charlie Parker alias Bird, quelques autres comparses dont, étonnant quoi que, Jimi Hendricks, et Miles lui-même, changeant à chaque fois de style d’écriture afin de mieux se mettre dans la peau du rôle.

Les relations de Miles avec son père, chirurgien dentiste, sa mère Cleota Henry, ses compagnons de route, la musique, la drogue, sont décrites avec verve, tendresse, virulence, sérieux, rage parfois.

Ainsi le témoignage de Max Roach qui décrit l’état de Miles de retour de Paris et dont la liaison avec Juliette Gréco lui trottine toujours dans la tête. Les virées jusqu’à East Saint-Louis en compagnie de Charlie Mingus dit Le Baron, son père étant allé le repêcher en cours de route suite à un appel au secours, la fausse décontraction de ce père envers un fils qui n’arrive pas à se détacher de la drogue. Un père qui paie les dettes sans sourciller, écœuré par les frasques de son fils, mais qu’il tente à chaque fois de remettre sur la bonne voie.

Le témoignage de Miles vis-à-vis de sa mère, qui ayant quitté le foyer familial pour de fumeuses raisons financières et autres, restera toujours un symbole. Et ce malgré les tannées qu’elle lui infligeait enfant, et lorsqu’elle en avait marre de taper sur son fils passait le fouet au père qui trouvait des subterfuges afin de faire croire qu’il corrigeait le jeune Miles.

Cette femme m’aurait tué sur place, que ça ne m’aurait pas dissuadé de l’admirer. Et il continue sur ce registre « Disons que je suis spécial, de ce côté-là. Je suis ainsi fait que je ne peux pas admirer quelqu’un sans l’aimer (sauf Bird, je l’admets, mais c’est l’exception qui confirme la règle). A l’inverse, j’ai beaucoup de mal à aimer si je n’admire pas. Même s’il s’agit de mes propres enfants ».

Effectivement, les rapports entre Bird et Miles n’étaient que purement musicaux, et encore, Dizzy Gillespie servant de tampon. Une rencontre musicale qui le propulse alors qu’auparavant il s’était produit aux côtés d’Eddy Randle et les Blues Devils.

Il s’engagera, sur les conseils de Clark Terry, dans un orchestre de la Nouvelle-Orléans, les Six Brown Cats d’Adam Lambert. Il les suit jusqu’à Chicago, mais ce n’est pas son truc.

Je ne supportais déjà plus ces vieilleries. Pour moi, dès qu’une musique n’est pas du lendemain, c’est qu’elle est de la veille. Et si elle est de la veille, elle est déjà morte. Ce n’est plus qu’un fossile.

Miles Davis, c’est ce caractère progressiste, avec l’envie, le besoin, de toujours aller de l’avant, d’innover, de rechercher, d’explorer, d’inventer. C’est ainsi que par épisodes Alain Gerber nous entraîne sur les traces de ce musicien qui défraya la chronique tant par sa musique que par son comportement, fidèle à lui-même, orgueilleux, technicien, « poussant l’histoire du jazz dans le dos ».

Des témoignages poignants, révélateurs, qui semblent réels, véridiques. Mais Alain Gerber, même s’il extrapole, a construit ce roman avec des matériaux nobles, solides, fiables. Et à la lecture, il me semble encore entendre Alain Gerber narrer à la radio cette pseudo-biographie de Miles Davis. C’était fin 2006 me semble-t-il.

Alain GERBER : Miles. Le Livre de Poche N°31596. Parution novembre 2009. 480 pages.

ISBN : 9782253124856

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 04:26

Cours plus vite Charlie et tu gagneras
Ne te retourne pas…

Alain GERBER : Charlie.

Alain Gerber se nourrit de jazz et son corps en est tellement imprégné que sous ses doigts la musique s’écoule comme d’une source intarissable et multiforme. Ses ouvrages réédités au Livre de Poche en sont la parfaite exemplarité.

Charlie Parker, the Bird. Dès la première phrase il nous en dit tout le bien qu’il pense, sans ambages, sans affectation, concernant celui qui fut considéré, et l’est aujourd’hui encore, comme l’un des tout saxophonistes alto majeurs de tous l’ère jazzistique : Dans le domaine du jazz, je ne place aucun créateur au-dessus de Charlie Parker. Pourtant comme il nous le narre si bien Charlie n’était à l’origine aucunement un génie précoce. Mais ceci n’est qu’une entame, juste de quoi faire saliver le lecteur et l’amateur de jazz.

Le début de l’ouvrage résonne comme une incantation, empreinte de la marque de fabrique poétique d’Alain Gerber, mettant en place le décor de Kansas City, Kay Cee pour les initiés, usant d’une image biblique avec Benjamin le prophète. Puis il laisse la parole à plusieurs interlocuteurs, comme se relayent les solistes d’un band, se réservant le rôle de scripteur d’arrangeur et chef d’orchestre.

Du 29 août 1920, naissance de Charlie Parker junior à Kansas City au 12 ars 1955, décès à New-York de celui qui entre temps est devenu le Bird, chez la baronne Pannonica de Koeningswarter, la mécène du jazz, toute la vie du musicien défile sous la plume sensible d’Alain Gerber ; ses débuts d’enfant « gâté – fils unique et surprotégé par sa mère, querelleur, tyrannique, plein de morgue – et comme un apprenti musicien aux dispositions plus que médiocres, aux progrès laborieux, aux débuts catastrophiques », les influences subies, car Kansas City était à l’époque le lieu de réunion, de rendez-vous des grands musiciens de jazz, comme Count Basie, qui se rencontraient et s’affrontaient par instruments interposés, jusqu’à sa mort à l’âge de trente quatre ans, le médecin légiste devant ce corps usé, abimé, épuisé lui en donnant entre cinquante et soixante.

La vie de Charlie Parker est consacrée au saxophone. Il débute à cet instrument à onze ans et intègre l’orchestre de l’école à quatorze. A dix-sept ans il joue dans des bands de Kansas, et pour parfaire sa technique il écoute sans relâche les disques qu’il parvient à acquérir, enregistrés par les maitres du saxophone de l’époque : Coleman Hawkins, Lester Young, Johnny Hodges, mais aussi d’autres artiste comme Duke Ellington ou Louis Armstrong. Puis il effectue une tournée à New-York. En 1942, date approximative, ce sont les débuts du Be-bop, style engendré avec des musiciens comme le trompettiste Dizzy Gillespie, le pianiste Thelonius Monk, le guitariste Charlie Christian, et les batteurs Max Roach ou Kenny Clarke, et créé dans le but que ceux qui tenaient le haut du pavé en matière de swing, Benny Goodman, Glenn Miller, Tommy Dorsey et autres représentants d’une « ancienne » génération, ne puissent pas jouer ce nouveau genre.

Mais la musique n’adoucit pas forcément les mœurs, l’alcool et la drogue s’immiscent souvent dans le quotidien de ces artistes en recherche de sensations. L’addiction aux drogues, morphine puis héroïne, plus l’abus d’alcool, n’entachent pas sa créativité. Seulement la recherche frénétique de ses doses prime souvent sur ses engagements et il arrive en retard ou n’assure pas concerts et sessions d’enregistrement.

En 1946 il séjournera six mois dans un hôpital psychiatrique. Si ses enregistrements réalisés avec entre autres Dizzy Gillespie et un jeune trompettiste qui deviendra célèbre, Miles Davis, sont aujourd’hui encore considérés comme des chefs d’œuvre, ce ne sont que la partie visible de l’iceberg Charlie Parker.

Alain Gerber s’intéresse aussi profondément à la partie immergée, mais avec compassion, avec sympathie, avec empathie même pourrait-on dire. Car Alain Gerber ne rédige pas une simple biographie, il retrace avec brio et enthousiasme la vie de ces musiciens dont l’existence fut torturée, mouvementée, accidentée, connaissant des hauts et bas, des heures de gloire mais éphémères, des heures de mélancolie et de cauchemar, leur dépendance aux produits illicites étant trop prégnante.

Aujourd’hui c’est Charlie Parker qu’il délivre du mal, tout comme il l’avait fait pour Chet Baker ou Lady Day. Pour Alain Gerber, le jazz est un roman et il en est le chantre.

Un livre indispensable pour mieux comprendre un musicien, une musique, une époque.

Alain GERBER : Charlie. Le livre de Poche n° 32012. Première édition Fayard. Parution Janvier 2011. 512 pages.

ISBN : 9782253123774

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 03:41

Trompette de la renommée…

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer.

Le jeu, c’est aussi une façon de communiquer avec son prochain, de lui faire partager des sentiments. Mais dans le cas que je vais vous évoquer, il ne s’agit plus du jeu tel que décrit ci dessus, mais de musique, dans un roman qui ne manque pas de souffle. Guest star, comme on dit au cinéma, Louis Armstrong. Année de référence, 1934. Lieu, la France, principalement Paris et sa région, mais également Le Havre et la frontière suisse. Le thème, l’argent, bien évidemment, ou plutôt la corruption.

Attention, ce mot n’est pas écrit, mais c’est tout comme. Louis Armstrong s’est séparé de son agent et celui-ci, affilié avec la Mafia, n’a pas apprécié ce congé venant de la part d’une vedette internationale, d’autant que son poulain n’est pas de race blanche. Alors il lance sur les notes du trompettiste un duo d’affreux jojos dont la mission est d’opérer un kidnapping, histoire de montrer au musicien qui commande. Commence une histoire qui va entraîner les deux ravisseurs dans une course poursuite qui deviendra une cavale.

La reconstitution d’une époque où le jazz prenait son envol, accueilli en France comme une musique évolutive, les divers personnages qui émaillent le parcours tels que Joséphine Baker, Hugues Panassié, Robert Desnos, Henry Miller, Howard Hugues ou encore Boris Vian adolescent, insufflent à ce court roman picaresque une note musicale harmonieuse, joyeuse et triste à la fois, comme seuls savent les musiciens de jazz exprimer leurs sentiments à l’aide de leurs instruments.

Michel Boujut est un fin connaisseur et il s’est amusé, pour son plus grand plaisir et celui du lecteur, à imaginer un avatar à l’une des plus grandes stars de la musique, avatar qui est en même temps un divertissement. Un régal.

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer. Collection Rivages Noir N°349. Editions Rivages. Parution 2 février 2000. 156 pages.

ISBN : 978-2743606015

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 07:43

Petite Fleur, Les oignons, Dans les rues d’Antibes… autant de succès à créditer à l’actif de Sidney Bechet, et qui trottinent toujours dans la tête de ceux qui ont été élevés dans l’ambiance radiophonique d’après-guerre.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père.

Mais ces titres, ces interprétations divisent toujours les spécialistes du jazz. Cette période de création, quasi exclusivement française, est-elle à ranger au point de crête de cet instrumentiste ou à classer dans les soupes commerciales ?

Selon son premier admirateur qui a très bien connu l’homme et le musicien sur la fin de sa vie, Daniel-Sidney Bechet son fils, et cette période féconde et fastueuse qui dura dix ans de 1949 à 1959, ces morceaux « appartiennent au patrimoine français. Ces morceaux existent dans la mémoire collective et les jeunes générations réagissent favorablement. C’est comme l’accordéon musette ou les chansons d’Edith Piaf ».

Des succès énormes, repris par bon nombre d’instrumentistes, de groupes, d’interprètes, qui ont peut-être donné une impression de facilité.

Le premier disque d’or fut remis pour Petite Fleur. Autant de bonnes ou mauvaises raisons pour hurler avec les loups ? Daniel Bechet écrit encore : « J’ai rencontré des spécialistes du jazz traditionnel qui n’aimaient pas Bechet parce qu’ils ne supportaient pas le soprano. D’autres m’ont dit : Ton père était un génie, mais dommage qu’il ne soit pas resté à la clarinette ! J’ai entendu dire qu’il bêlait comme une chèvre avec son soprano, et que son vibrato était vulgaire. J’en ai entendu d’autres s’enthousiasmer sur les disques américains de mon père, les New-Orleans Feetwarmers, comme ils disent avec importance, et vouloir jeter tous les disques français à la poubelle ! C’est étonnant ! J’ai remarqué aussi que c’était toujours les musiciens les plus médiocres qui donnaient des avis aussi sévères ».

La messe est dite, la jalousie fera toujours « jaser ».

De la naissance de son père à La Nouvelle-Orléans le 14 mai 1897, et même avant, jusqu’à son décès en 1959, le jour où il devait fêter son anniversaire, Daniel Bechet retrace la carrière de celui qui fut un précurseur et un interprète magistral.

Souvent avec pudeur, parfois avec cet enthousiasme juvénile et filial que l’on ne saura lui reprocher, il relate les débuts de cette carrière qui s’accomplit en dents de scie, avec des moments privilégiés comme en ce jour de l’été 1919 lorsque Sidney Bechet joua à Londres devant le roi George V d’Angleterre et la reine Mary. Ce qui, pour la petite histoire, engendrera la parution du premier article écrit sur le jazz par le chef d’orchestre de musique classique Ernest Ansermet qui assista à plusieurs reprises aux prestations du quintet de Will Marion Cook, formation à laquelle appartenait le jeune clarinettiste.

Mais il y eut l’épisode désastreux de fin 1928, à Paris, une rixe qui opposa Bechet à un jeune banjoïste Mike McKendrik et dont l’origine peut être imputée à une histoire banale de fille, ou à une histoire de racisme.

Né au début des années cinquante, Daniel Bechet n’a pas vécu tous les épisodes décrits, mais il s’appuie sur des témoignages fiables de compagnons de route de son père. Ce qui apporte non seulement un éclairage nouveau mais donne une force, une tonicité, une authenticité, une pudeur, une réserve dans certains cas, au récit, que l’on ne retrouve pas dans les dictionnaires et certains ouvrages consacrés au jazz.

Daniel Bechet va au-delà des années soixante, intégrant sa jeunesse puis son parcours de musicien, les drames familiaux et épisodes malheureux vécus de l’intérieur, ses relations avec sa mère, avec d’autres musiciens, sur le jazz et autres considérations qui ne manquent pas d’intérêt et de sel.

Cet ouvrage, passionnant comme un roman policier et qui comporte de nombreuses photos inédites, a été écrit avec la complicité de Fabrice Zammarchi, musicien lui-même jouant des mêmes instruments que Sidney Bechet et auteur de biographies, dont dernièrement : Claude Luter, Saint-Germain Dance.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution 13 novembre 2009. 234 pages.

ISBN : 978-2753805187

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 03:50

Oh ! dis, Chet, Oh ! joue moi-z-en
D'la trompette,
D'la trompette...

Alain GERBER : Chet.

Ils sont venus, ils sont tous là, la convocation à la main. Ils se présentent groupés auprès de l’écrivain qui les attend dans son bureau, un à un, armé d’une ramette de papier, quelques stylos en réserve. Et ils défilent les uns derrière les autres, sollicités parfois pour une nouvelle audience.

Car l’écrivain veut tout savoir, tout connaître, sur ce que fut la vie de Chet Baker. L’homme à la trompette dort depuis 1988. Le premier à entrer sur scène, c’est Sonny “ Slipper ” James, le marlou qui n’aimait pas la musique de jazz et encore moins celle jouée par un Blanc. Et puis, il avait été commandité pour casser la figure du camé qui ne réglait pas ses notes de drogue.

Il y a la mère et le père qui témoignent eux aussi, pas ensemble, des musiciens dont Gerry Mulligan, Jimmy Rowles, Dick Twardzik, Phil Urso, Dizzy Gillespie, Paul Desmond ou Stan Getz, des producteurs, des amis, des adversaires, ses femmes, officielles ou non, et d’autres encore, des inconnus, ectoplasmes créés pour l’occasion, afin de donner du poids, de la consistance aux déclarations, de mieux comprendre certains faits, certains évènements.

En chef d’orchestre minutieux et aguerri, la partition bien réglée, Alain Gerber a établi un ordre d’entrée en scène des divers intervenants, afin d’obtenir un rythme enlevé, parfois tonitruant, parfois nostalgique, à l’image de la mélodie sortant de l’instrument d’un trompettiste au sommet de son art. Des notes discordantes s’élèvent quelquefois, du fait de la mauvaise fois des participants, mais Alain Gerber ne s’en laisse pas conter.

Et nous retrouvons Chet Baker, souvent comparé physiquement à James Dean, beau gosse aimant la vitesse et les belles voitures, à l’orée de sa vie d’artiste. C’était un bon p’tit gars, et la musique était tout pour lui. Il a tout donné, elle lui a peu rendu. Les honneurs et la gloire il a connu, la déchéance aussi, plus souvent qu’à son tour. Il a côtoyé des drogués, pourtant à part de l’herbe, il restait relativement sage, ne buvant pas d’alcool contrairement à ses compères. Il a commencé sans trop savoir pourquoi ni comment. Dépit sentimental, décès de son complice Twardzik lors d’une tournée à Paris, envie refoulée trop longtemps ?

S’enchaînent les démêlés avec les forces de l’ordre, d’abord aux USA, à cause de sa consommation d’herbe, puis lorsqu’il s’est adonné aux drogues dures en Italie, en Allemagne, un peu partout, rejeté comme un malpropre.

De sa naissance, le 23 décembre 1929, en Oklahoma, son arrivée en Californie, ses débuts avec Charlie Parker, et bien d’autres qui gravitaient dans le sillage du Bird, Miles David, Dizzy Gillespie, puis Gerry Mulligan ou Stan Getz, ses premiers succès, ses premières bêtises, ses amours, son arrivée sur la côte est, le passage à tabac par une petite frappe aux ordres de l’Homme afin de récupérer l’argent de la fenaison, son passage à vide, sa dent manquante, ses gencives douloureuses, son incapacité à sortir la moindre note de son instrument, sa pugnacité, les nouveaux débuts, les accueils triomphants ou les huées, son arrestation en Italie, ses démêlés conjugaux, son manque d’argent chronique, jusqu’à sa mort en 1988, un 13 mai, un vendredi, à Amsterdam, passant par la fenêtre d’un hôtel, désirant peut-être rejoindre les anges cachés derrière les nuages et qui en l’entendant étaient…aux anges.

Alain Gerber nous offre un roman biographique, ou une biographie romancée, peut-être plus proche de la réalité que les biographies officielles, écrites souvent avec un point de vue partisan, rédigeant avec lyrisme, poésie, rigueur, tendresse, sincérité, une vie de gloire et de déchéance. Mais Chet Baker, héros malgré lui d’un roman noir, vit toujours, grâce à son héritage discographique.

Alain GERBER : Chet. Le Livre de Poche N°30886. Parution novembre 2007. 608 pages. Première édition Fayard.

ISBN : 9782253115311

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 04:03

Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas…


 

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards.

Rendez-vous des poètes et rimailleurs, des chansonniers et musiciens, des peintres et des rapins, Le Lapin agile (anciennement Lapin à Gil) accueille une faune diverse et variée. Sans oublier petits truands et anarchistes, ainsi que les représentants d’une société plus huppée désireux de frayer avec la plèbe.

Ce soir, Paul-Gérard Clair, plus communément appelé Gérard, un poète en devenir, s’est invité à une table, et pour s’attirer les bonnes grâces des consommateurs, offre une tournée, payant avec un Louis d’or. Clabaud l’anarchiste l’accuse de régler en fausse monnaie, ce qui provoque une petite émeute. Mais Gérard démontre son innocence, et bientôt il va intégrer ce cénacle dont bon nombre de membres sont logés chez Lucie Rapin, au château des Brouillards. Une grande bâtisse située entre l’allée des Brouillards et la rue Girardon, rendez-vous des artistes et des marginaux.

Gérard vit dans un galetas, remisant dans une armoire quelques rouleaux de pièces d’or, un viatique qui devrait lui permettre de vivre durant deux ans, si tout va bien. Mais il fait la connaissance de Marie-Louise, qui effectue des travaux de couture, et de sa sœur Cri-Cri. Elles vivent au quatrième étage. Marie-Louise est bien gentille et entre les deux jeunes gens s’ébauche une idylle dont la conclusion se trouve entre les draps.

Et pour aider Marie-Louise, Gérard n’hésite pas à se montrer généreux, le magot fondant comme iceberg sous le soleil des tropiques. Mais ce qui obère le plus son pécule, c’est lorsqu’il se montre dispendieux auprès de Daisy Bell, une comédienne américaine qui devrait interpréter une pièce qu’il a écrite et qu’il retravaille souvent. La pièce, évidemment.

Et puis il sympathise avec un vieux feuilletoniste, Gouttenoire, qui achète aux rapins des tableaux afin de leur permettre de subsister. Plus par philanthropie que par l’appât d’un gain éventuel et aléatoire. Ce qui énerve sa femme, parfois il faut peu de choses pour que les reproches acrimonieux éclatent bruyamment dans un ménage.

Le vieil amateur s’était ainsi offert à des prix raisonnables des Picasso, des Modigliani, des Utrillo, des Van Dongen, tous ces produits de Montmartre que dédaignaient les grands marchands…

S’il côtoie le Marquis de la Dèche, Gérard pourrait bientôt s’affubler lui aussi de cet alias, vendant ses objets précieux et ses livres. Alors il se rend souvent chez Lucie Rapin, qui exerce la profession de relieuse, au Château, s’abouchant avec l’un ou l’autre des habitués. Jusqu’au jour où un paquet lui est confié… Et il se trouvera embarqué dans une histoire mêlant anarchistes et faux-monnayeurs.

 

Roland Dorgelès, qui a vécu dans ce quartier montmartrois avant la Grande Guerre, s’inspire d’expériences vécues, ayant fréquenté toute cette faune interlope.

D’ailleurs incidemment il se met en scène par une présence fugitive. Il est un observateur, un spectateur qui ne participe pas au récit.

Quand le bruit se répandit dans Montmartre que la pièce de Paul-Gérard Clair allait être jouée sur les boulevards, ce fut une telle stupéfaction que pas un de nous ne songea à le féliciter.

Le Château des Brouillards permet une incursion dans le passé, dans ce quartier qui depuis a gardé son charme, ses vieilles ruelles et impasses, son aura artistique, mais a bien évolué quand même devenant peut-être un peu trop touristique. L’avenue Junot n’avait pas encore été créée, elle le fut entre 1910 et 1912, dans cette zone connue sous le nom de Maquis de Montmartre, dans le quartier des Grandes Carrières. Mais une partie du pittoresque demeure même si les masures des bohèmes et des chiffonniers ont été rasées.

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards.

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards. Le Livre de Poche N°507. Parution 3e trimestre 1961. 256 pages.

Première parution : Albin Michel. 1932.

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 04:06

Un cavalier, qui surgit hors de la nuit
Court vers l'aventure au galop…

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc

Ce n’est pas une nuit à sortir à cheval, et pourtant, dans la lande qui garnit la route de la corniche, un homme file au galop, au risque de se précipiter du haut de la falaise dans l’océan qui mugit en bas.

Dans ce coin de la Cornouaille anglaise, est niché le petit village de Tregavenney, entre Helston et Penzance, habité principalement par des pêcheurs. Lesquels, le soir se rendent à l’auberge du Loup Blanc, tenue par John Mitchell, le propriétaire, sa femme et ses deux garçons, David et Paul. L’établissement est situé à environ cinq cents mètres de la plus proche maison, un lieu idéal pour qui veut être à l’abri des curieux.

Les deux garçons, âgés respectivement de seize et quatorze ans, se tiennent avec leurs parents près du feu, attendant l’heure proche d’aller se coucher. Soudain, le marteau de la porte retentit. Mitchell sort de la pièce et ils l’entendent parler mais il revient peu après disant qu’il s’agissait d’un voyageur égaré.

David et Paul, qui dorment à l’étage se posent de nombreuses questions, sans pouvoir y apporter le moindre début de réponse. Toutefois ils entendent leur père parler avec quelqu’un puis peu après un individu encapuchonné s’enfuit de l’auberge. Le lendemain matin, ils sont réveillés par des bruits dans la cour. Il s’agit d’un petit groupe de gendarmes avec à leur tête le sergent Bassett.

Il est à la recherche d’un criminel qui vient de s’évader et les deux frères sont fort étonnés d’apprendre que l’homme recherché n’est autre que Kit, leur oncle, le jeune frère de leur père. Il avait été accusé de vol par un seigneur des environs qui lui-même avait hérité des biens et du domaine de son frère, décédé dans des conditions litigieuses.

David et Paul sont persuadés, à raison, que l’inconnu de la veille n’est autre que Kit qui désirait trouver refuge à l’auberge ou tout au moins un endroit où se cacher. Ils entament donc leur enquête en fouillant dans les environs du village, se rendant dans la grotte d’un ermite avec lequel ils ont lié amitié.

La nuit un mystérieux cavalier parcourt la campagne, traînant derrière lui une boule de feu, ce qui ravive la légende qui règne depuis deux cents ans sur la contrée.

Un voyageur s’installe à l’auberge du Loup blanc, un personnage mystérieux nommé Lightfoot, d’une stature imposante le faisant ressembler à un tonneau sur pattes ce qui ne l’empêche pas de démontrer une agilité incroyable et une débauche d’énergie inconcevable aux yeux de des deux gamins. Il est trop souvent sur leur chemin, les obligeant à se méfier. N’est-il point à la recherche de Kit ?

 

David et Paul vont tout faire pour aider Kit afin d’échapper aux recherches de la maréchaussée, mais ils vont devoir affronter moult dangers. Et quand David semble jeter l’éponge, c’est Paul, son jeune frère qui prend la relève, l’invectivant et l’encourageant.

Et surtout ils se mettent en tête l’idée de démontrer que leur oncle est innocent de ce qui lui est reproché. Alors il faut découvrir le véritable coupable et résoudre l’énigme du décès soi-disant accidentel du seigneur du château d’Akin-Tor, sir Brandon Chase. Son frère Barney devenant l’héritier, mais dont le caractère est totalement opposé à celui de son aîné.

 

Ce roman d’aventures historiques, l’histoire se déroule dans les années 1830 en Cornouaille, est l’exemple même du livre pour enfant qui procure découverte et plaisir de lecture.

Il fait partie de ces ouvrages qui enflamment l’imagination, et l’on pourrait le mettre aux côtés des romans de Stevenson, de Walter Scott, et autres auteurs dont certains romans furent adaptés pour les adolescents.

Un personnage mystérieux qui s’installe dans l’auberge, des apparitions nocturnes qui confinent au fantastique, un ermite dont le rôle est mal défini au départ, des grottes qui renferment des secrets, tout concourt à entretenir le suspense. Et pour les plus jeunes, une aura d’angoisse provoquant le petit frisson qui oblige le lecteur à continuer sa lecture au lieu de l’abandonner pour quelques heures.

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc (traduction de Thérèse Lannes). Illustrations d’Henri Dimpre. Collection Rouge et Or Souveraine N°124. Editions G.P. Parution janvier 1958. 192 pages.

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 03:53

L'amour, l'amour, l'amour
Dont on parle toujours
À l'amour, c'est un printemps craintif
Une lumière attendrie, ou souvent une ruine…

Mouloudji.

Alexandre DUMAS : Une aventure d’amour.

Si ses romans historiques et de cape et d’épée ont fait sa renommée, Alexandre Dumas se mettait volontiers en scène dans des courts et charmants romans ou contes et nouvelles.

Une aventure d’amour ne déroge pas à la règle et ce texte aurait pu être incorporé dans les Mémoires de Dumas ou dans les nombreuses Causeries qu’il affectionnait.

Un matin de l’automne 1856, Théodore, le valet de Dumas, introduit dans le salon où se tient le romancier et homme de théâtre une jeune visiteuse, Lilla Bulyowski. Elle se recommande d’un ami commun, Saphir, et n’a que vingt-trois ans. Elle est artiste dramatique et parle couramment quatre langues, l’anglais, l’allemand et le français, outre sa langue natale le hongrois. Tout de suite elle prévient Dumas qu’elle a un mari qu’elle aime et un fils qu’elle adore.

Elle désire découvrir Paris et Dumas lui sert volontiers de chaperon, l’emmenant au théâtre, lui présentant ses amis et dînant avec elle deux ou trois fois par semaine. Se noue une amitié amoureuse et lorsque Lilla annonce qu’elle doit partir pour Bruxelles, Dumas qui connait fort bien cette ville pour y avoir séjourné, lui propose de l’accompagner.

Ils partiront ensuite pour Spa, et Lilla se sent souffrante. Dumas qui se prétend doué de magnétisme, la soulage efficacement par l’apposition de ses mains, en tout bien tout honneur. Puis ils vont descendre le Rhin, de Coblence jusqu’à Mayence, et sur le navire ils font la connaissance d’une Viennoise avec laquelle ils sympathisent.

Dumas leur raconte alors une aventure amoureuse qui lui est arrivée alors qu’il était en Italie, en 1836, avec Maria D. qui est accompagnée de Ferdinand, fou amoureux d’elle. Ne pouvant en faire sa maîtresse, Ferdinand a demandé à Maria de l’épouser. Mais sur le spéronare qui les conduit de Naples jusqu’en Sicile, Dumas va faire connaissance intimement sous la tente située sur le pont avec Maria lors d’une bourrasque, alors que Ferdinand atteint du mal de mer se tient à l’autre bout de l’embarcation. Fin d’un épisode et Dumas ne reverra jamais Maria, pas plus que Lilla qu’il présente à Mme Schroeder, grande artiste allemande qui l'accueillera comme élève.

 

C’est ainsi que se termine cette histoire d’amour platonique avec Lilla mais dont Dumas garde un souvenir ému. Deux femmes qu’il ne reverra jamais mais au moins il n’y a aucun regret, les deux histoires se terminant brutalement mais sans heurt. Maria pourrait être la cantatrice Caroline Ungher lors de son voyage en Sicile.

 

Ce court roman, qui conte deux épisodes de la vie amoureuse de Dumas ne manque pas d’humour et le romancier s’attarde volontiers sur la description des paysages rhénans ou des prestations musicales dont Maria gratifie les marins et les deux voyageurs lors de la traversée, car avant la bourrasque c’état calme plat et le navire était encalminé.

A noter également que Dumas se complait aussi à évoquer la nourriture et la boisson lors de ses différentes étapes de Bruxelles à Mayence. Et il ne manque pas de citer son ami Gérard de Nerval.

Quant au valet Théodore, il est qualifié de sot, d’idiot. Mais un défaut que Dumas préfère à ceux de deux autres valets qui eux étaient fripons.

Au reste, l’idiotisme a un grand avantage sur la friponnerie : on voit toujours assez tôt que l’on a un domestique idiot ; on s’aperçoit toujours trop tard que l’on a un domestique fripon.

 

Vous pouvez télécharger ce texte, gratuitement et en toute légalité, en vous rendant sur le site de la Bibliothèque électronique du Québec :

Alexandre DUMAS : Une aventure d’amour. Première édition 1860. Réédition Editions d’Art Athos. Parution 1947. 128 pages.

Réédition numérique : La Bibliothèque électronique du Québec. Collection A tous les vents.

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 03:05

Roman historique à consonance politique ?

Barbara CARTLAND : Contrebandier de l’amour

Considérée comme la grande prêtresse des romans d’amour, Barbara Cartland, victime de son succès auprès de pseudo-intellectuels probablement jaloux, ne possède pas à son actif que des romances, des livres à l’eau de rose pour Fleurs bleues. En effet sous des dehors très politiquement corrects, mettant en scène des jeunes filles issues de la très haute bourgeoisie et de l’aristocratie, souvent victorienne, ses romans sont nettement plus riches historiquement que présumés et moins sirupeux qu’il y paraît.

Dans Contrebandier de l’amour, l’action se déroule en 1809, alors que règne sur l’Europe Napoléon 1er, encensé par la plupart des Français qui voient en lui un conquérant. Mais pour les Britanniques, il n’est que Bonaparte, un dictateur étendant son emprise sur une grande partie de l’Europe. Ce qui amène à se poser la question sur bien des dictateurs, des hommes politiques influents, vénérés dans leur pays et haïs dans les royaumes ou républiques bordant leurs frontières. Et pour beaucoup le personnage honoré n’est qu’un vil usurpateur, selon du côté de la frontière où l’on se place.

Barbara Cartland ne va pas si loin dans son analyse de la situation politique à l’époque de George III, souverain britannique dont la démence était reconnue et qui fut supplée par son fils Georges IV, qui devint Prince-régent à partir de 1811. Il est donc normal, voire logique, que Barbara Cartland mette l’accent sur la royauté britannique au détriment de l’Impérialisme napoléonien.

 

Nouveau duc de Westcrate, grâce à un héritage inespéré et inattendu, Trydon Raven fuit son château un soir alors qu’il envisageait de se coucher. Une femme est déjà dans son lit, et il sait pertinemment que s’il avait le malheur de succomber, c’en est fait de son célibat et de sa liberté. Dans les coulisses, on veut à tout prix caser une fille afin de lorgner sur sa nouvelle richesse.

Raven ne l’entend pas de cette oreille, ni des deux d’ailleurs, et le voilà chevauchant son fier destrier dans la campagne du Sussex. Le brouillard règne et Raven se perd, se retrouvant près de la mer. Entendant des voix, il se rapproche et il est pris pour un autre par une douzaine de pêcheurs. Ne voulant pas de se dévoiler, il se retrouve à décharger des barils et autres objets de contrebande dans une grotte, sous la houlette d’une jeune femme énergique.

Raven n’est pas trop habitué aux travaux manuels, et inévitablement, il se blesse à une main. Cette femme chef de bande l’emmène dans une riche demeure, et le cache dans une petite pièce meublée avec goût. Il est soigné par une vieille dame qui maugrée, n’appréciant visiblement pas cette intrusion. Mais peu à peu, Nounou se déride et Georgia, la contrebandière, se dévoile un peu. Elle lui confie qu’elle est mariée, son époux étant en mer et dont elle n’a pas de nouvelles depuis leur mariage, mais elle se fait surtout du souci pour son frère Charles. Raven est intrigué par Georgia et son rôle de contrebandière.

Des invités arrivent à l’instigation de sa belle-mère, qui est devenue veuve, et aussitôt Georgia entraîne Raven dans une petite pièce, dite la pièce du prêtre, sous les combles. Il ne doit pas se faire voir, mais il est curieux. Il entend des voix, la marâtre de Georgia qui lui intime de passer une fois de plus la Manche et d’aller chercher un Français sur le Continent. Georgia est obligée de se conformer aux ordres. Une claque est assénée fortement en guise de conclusion. En descendant l’escalier, il aperçoit une petite trappe, et celle-ci poussée, il distingue une dizaine de personnages, des bambocheurs de la haute société et quelques femmes amenées là pour leur plaisir.

Il reconnait en la maîtresse de maison Caroline Standish, une de ses anciennes maîtresses justement, une femme à hommes et surtout une croqueuse de diamants, devenue Lady Grazebrook. Elle l’a mis sur la paille en exigeant des cadeaux couteux, mais depuis il est vacciné. Heureusement pour lui que cet héritage imprévu l’ait remis à flot. Il reconnait également un certain Ravenscroft, bien connu pour ses excès de débauche. Et il se demande, qui peut être cet homme en gris debout dans un coin de la pièce. Un personnage qui l’intrigue.

Georgia lui demande d’effectuer une nouvelle traversée du Channel, afin d’aller récupérer un homme et l’amener en Angleterre. Raven comprend qu’il s’agit d’un espion de l’Empereur qu’il doit convoyer. Il est bien décidé d’en comprendre les finalités et il accepte d’aider Georgia, toujours en dissimulant son identité. En réalité, il n’avoue pas qu’il est le duc de Westcrate, reprenant pour tous son ancien nom de Trydon Raven.

L’opération se déroule sans trop de dégâts, malgré les douaniers et les garde-côtes. Raven emmène Georgia à Londres afin de démêler cette affaire avec l’aide de son ami Pereguine Carrington, auquel il passe la consigne de se taire sur son statut de duc.

 

De nombreuses aventures attendent donc Trydon Raven, duc de Westcrate, devenu un peu le chaperon de Georgia, aussi bien au domaine des Quatre-vents, qu’à Londres et même en France sous les remparts de Calais.

Georgia est une jeune femme forte, énergique, et en même temps une femme fragile, obligée de se conduire en contrebandière pour aider son frère. Elle est dominée par sa belle-mère, une marâtre selon la dénomination de l’époque et qui n’avait pas le sens péjoratif d’aujourd’hui, qui exerce à son encontre, et surtout à celui de son frère, un chantage.

Naturellement, une histoire d’amour se greffe sur cette intrigue romanesque, mi-roman d’aventures, mi-roman historique.

Le Prince de Galles, qui ne régnera que peu de temps après, son père étant reconnu comme fou, étant la cible privilégiée de cet espion qui doit le tuer, sur les ordres de Bonaparte car il n’est jamais question de le nommer Napoléon. Le point de vue des Français et des Européens dans leur ensemble divergeant profondément. Considéré comme un héros national dans notre pays, encore par bon nombre d’historiens, il n’est qu’un dictateur aux yeux des étrangers.

 

Bon Dieu ! s’exclama le duc (s’adressant à Georgia), pour qui donc croyez-vous lutter maintenant ? Vous vous battez pour votre frère et le pays qu’il sert. Vous vous battez pour tous les hommes, les femmes et les enfants de cette île. Ne comprenez-vous pas ce que signifierait pour nous d’être vaincus par Bonaparte ? N’avez-vous donc aucune idée des souffrances, des privations, de la faim qui sont le lot des pays d’Europe actuellement sous la coupe du dictateur ? J’ai vu les paysans chassés de chez eux par l’ennemi, entassés au bord des routes, affamés, assoiffés, ne possédant plus que ce qu’ils portent sur le dos.

 

Evidemment, ce point de vue britannique est dur à encaisser, à propos de celui qui est pour certains une idole. Tout au moins un grand homme. Il faut savoir relativiser, et admettre qu’il a commis des exactions, possédant à son actif des millions de morts.

Alors, évidemment, ce genre de déclaration ne passe pas auprès de tout le monde, certains pouvant se sentir bafoués dans leur orgueil national.

Barbara CARTLAND : Contrebandier de l’amour (Love is contraband). Traduction d’Arlette Rosenblum. Editions J’Ai Lu N°783. Parution le 4 novembre 1977. 256 pages.

ISBN : 2277117838

Première édition : Editions de Trévise. 1970.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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