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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 10:57

Une incursion à la Foire du Trône et ses baraques de saltimbanques…

Fortuné du BOISGOBEY : Le Pouce crochu.

Dans le boulevard Voltaire, sis dans le XIe arrondissement parisien, non loin de la place du Trône, se dresse une maison, entourée d’un jardinet. Cette demeure ne paie pas de mine de l’extérieur, mais l’intérieur est confortable, douillet.

Vivent dans cette maisonnette, le père Monistrol, mécanicien et chercheur dont la femme est décédée lors l’accouchement, et sa fille de vingt ans, Camille, qui travaille à une tapisserie. Il vient de mettre au point un condensateur qui devrait équiper des machines à vapeur. Un associé vient de lui remettre vingt-mille francs, une somme qui devrait lui permettre de débuter la fabrication. Cette somme il l’a gardée par devers lui, mais il affirme que dès le lendemain il la déposera à la banque.

Seulement, il n’en aura pas la possibilité. Camille aperçoit une main derrière les rideaux, avec un pouce griffu d’une longueur démesurée, puis comme un éclair d’argent, et un homme surgit, étrangle Monistrol et le bouscule, s’empare des billets et s’enfuit. Le père Monistrol reste à terre après s’être cogné la tête à un angle.

N’écoutant que son courage, et non la voix de la raison, Camille s’élance sur les traces de l’inconnu, jusqu’à la place du Trône qui est en pleine effervescence. En effet c’est l’époque de la fameuse Foire du Trône et l’individu se glisse dans l’une des baraques foraines.

Elle choque quelque peu les badauds, habillée en négligé, certains pensent même qu’il s’agit d’une fille, d’une coureuse, mais elle n’en a cure. Elle s’intéresse au spectacle qui se déroule sur les planches, car démunie elle a pu entrer grâce à un jeune homme qui lui a payé sa place. Elle pense reconnaitre en Zig-Zag le clown son voleur, mais il est masqué et ses bras sont enfermés dans une sorte de sac qui lui couvre le corps.

Elle fait le foin, importune les spectateurs, et se retrouve à la porte de la baraque où les saltimbanques continuent leurs exhibitions. Son bienfaiteur financier qui est accompagné d’un ami, se présente. Il se nomme Julien Gémozac et n’est autre que le fils de l’associé du père de Camille. Heureuse coïncidence. Camille narre ses déboires et Julien lui propose de la raccompagner chez elle, tandis qu’Alfred de Fresnay préfère se rendre à son cercle où ils ont l’habitude de rencontrer des horizontales et jouer à quelques parties de cartes, enjeu sur table.

Le père Monistrol est décédé et ils font appel à des policiers qui soupçonnent la jeune fille. Celle-ci tombe en syncope et ne se réveillera que quelques jours plus tard. Zig-Zag est passé devant la justice et a été libéré, faute de preuves. Camille décide donc de se venger elle-même et déclare qu’elle épousera l’homme qui l’aidera. Julien se met sur les rangs, mais il ne l’aide pas beaucoup. Comme elle se retrouve sans ressources Gémozac père lui offre une belle somme d’argent, un acompte sur l’argent qu’elle doit percevoir en guise d’héritage, l’invention de son père s’avérant plus que rentable.

Camille se rend donc à la Foire aux pains d’épices, seulement il ne reste plus devant la baraque des saltimbanques que le pitre, du nom de Courapied, qui est accablé et son fils Georget, âgé d’une douzaine d’années. Le patron a fait faillite et a préféré partir sous d’autres cieux. Amanda, qui n’est autre que la marâtre de Georget, les a plantés là, s’enfuyant en compagnie de Zig-Zag. Vigoureux, le chien de Zig-Zag arrive en courant, et commence à fouiner dans une cache, ressortant avec une cassette dans la gueule. Courapied et son fils parviennent à l’attraper et lui mettent autour du cou une laisse. L’animal tire sur son collier improvisé et repart, entraînant derrière lui l’homme et l’enfant suivis de Camille, jusque dans les terrains vagues de la Plaine Saint-Denis. Ils aperçoivent une maison délabrée où vit Amanda et ils veulent pénétrer dans la bicoque. Malheureusement Courapied et son fils tombent dans la cave et Camille pense qu’ils sont décédés lors de leur chute. Deux malfrats s’en prennent à elle, tentant de la détrousser, et elle est sauvée par un hobereau de province, Georges de Menestreau, qui va la ramener chez elle, puis l’aider dans ses recherches.

Pendant ce temps, Julien et son ami Alfred font la connaissance dans un café-concert d’une jeune femme rousse, la comtesse de Lugos, d’origine hongroise, communiquant par signes avec un homme qui pourrait être Zig-Zag. Alfred rencontre également une femme aux mœurs légères et tireuse de cartes, entre autres. Alfred va même jusqu’à installer la prétendue comtesse dans ses meubles, dans une petite maison qu’il a reçu en héritage. Julien essaie de renouer avec Camille, dont il est tombé amoureux, mais la jeune fille le dédaigne, monsieur de Menestreau lui semblant plus fiable dans ses démarches et dans sa volonté de l’aider.

 

Fortuné du Boisgobey fait paraître ce roman en 1885, et il évoque quelques-uns de ses confrères romanciers, incidemment lors des conversations entre protagonistes. De Gaboriau et ses romans criminels ou d’Adolphe d’Ennery et de ses romans mettant en scène des orphelines. Mais le style de Fortuné du Boisgobey est plus vivant, plus actuel que celui de ses confrères, même si Gaboriau est plus souvent réédité que lui et par ce fait plus connu.

Ce roman est intéressant à plus d’un titre, même s’il existe des coïncidences heureuses, des hasards inexpliqués, car il permet de retrouver un mode de vie parisien lors de la fin du XIXe siècle, avec ses cabarets, ses bourgeois et hobereaux dépensant leur argent dans des cercles de jeux, et ses femmes de petite vertu, entretenues mais libres.

C’est le plaisir de découvrir comment Paris et sa proche banlieue ont bien changé depuis des décennies, remplaçant les bidonvilles qui proliféraient par des immeubles. Il est à noter, que ces bidonvilles s’appelaient alors des cités et de nos jours ce mot a été remplacé par jungle. Vivaient là toute une faune hétéroclite, marlous et gens honnêtes. Principalement les biffins ou chiffonniers et pauvres hères. Et les maisons, ou plutôt les baraques et bicoques, étaient construites à l’aide de boîtes de sardines emplies de terre et jointes par du plâtre.

S’élevaient aussi les fortifications ou Enceinte de Thiers, les Fortifs chers à quelques romanciers dont Auguste Le Breton, et qui ont disparu peu à peu remplacées par le Périphérique. Sans oublier les postes de l’Octroi, la douane qui vérifiait surtout les entrées de voyageurs et de marchandises. Mais s’agit bien d’une photographie instantanée de Paris et ses environs, et non pas une reconstitution aléatoire par un romancier moderne. De même la narration est fluide, et les dialogues ne sont pas ampoulés, relevant d’un langage argotique populaire de l’époque, sans pour autant que ce soit vulgaire. Certaines scènes sont décrites avec réalisme sans violence inutile.

Bref, un roman policier, même si les représentants des force de l’ordre ne sont que des personnages évanescents sans réelle consistance, agréable à lire, élégant, plus contemporain que l’on pourrait penser, qui n’a pas vieilli, mais dans lequel on retrouve quelques thèmes qui à l’époque étaient abondamment développés, mais qui ne tombe pas forcément dans le misérabilisme, entre Victor Hugo et ses Misérables et Eugène Sue et ses Mystères de Paris.

 

Fortuné du BOISGOBEY : Le Pouce crochu. Avant-propos de Franq Dilo. Collection Noire sœur, Perle noire. Parution 20 juillet 2017. 230 pages. 3,99€.

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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 07:38

Mais j’espère bien vivre en d’autres…

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver.

Dans une célèbre boutique de luxe parisienne qui possède pour enseigne le messager des dieux, donneur de la chance, inventeur des poids et des mesures, dieux des voyageurs, des commerçants, des voleurs, des orateurs et des prostituées, c’est-à-dire Hermès, un cadavre vient d’être découvert. Et ce n’est pas tant parce que le corps a été découpé et les morceaux entreposés les uns sur les autres que parce qu’il est calciné que ce cadavre indispose.

Le commandant Marc Brunier, du 36 Quai des Orfèvres, est dépêché sur place avec quelques membres de sa brigade, dont Thomas qui sert de maître de stage à Marie, vingt ans, étudiante prometteuse en biologie moléculaire, qui rêve d’intégrer la police scientifique. Le seul problème qui la perturbe, ce sont ses céphalées incessantes ou presque et ses boyaux qui se contractent de temps à autre comme si des mains intérieures les entortillaient.

Lors de l’autopsie du cadavre, ou de ce qu’il en reste, le légiste et ses assistants se rendent compte qu’il manque des morceaux. Mais le plus énervant pour Brunier c’est de savoir comment le calciné s’est retrouvé dans la boutique, car aucune marque de début de feu ou de crémation n’est visible. Pour les enquêteurs, le cadavre a été déplacé.

Non loin, sur la place Michel Debré, s’élève la célèbre statue du Centaure, réalisée par César, le spécialiste de la compression. Toutefois, et il n’y avait qu’une femme pour le remarquer (non, ce n’est pas du sexisme, juste une constatation sur les capacités féminines à voir ce que les hommes ignorent), l’animal a perdu les choses de la vie. Sa fierté de reproducteur lui a été ôtée. Et sous l’animal, coincé dans une petite grille, un morceau de charbon de bois. Rectification, il ne s’agit pas d’un résidu prétendument cancérigène, mais d’un fragment d’os calciné. En effectuant quelques recherches dans des archives, il s’avère que sous cette grille, un escalier conduit à la station de métro fantôme Croix-Rouge, fermée depuis le 2 septembre 1939.

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver.

Grâce à un historien du métropolitain, qui leur prodigue moult renseignements, Brunier et consorts s’infiltrent dans ce vestige qui, à leur grand étonnement, est couvert de graffiti. Brunier manque même de se faire écraser lors du passage d’une rame. Ce n’est qu’un épisode dans cette histoire mouvementée, dans laquelle Marie apprendra que sa mère n’est pas du tout celle qu’elle croit, et va côtoyer professionnellement, ou non, des personnes qui sont liées à sa génitrice. Mais elle va se rendre compte, au grand dam de Brunier, qu’elle est liée à des meurtres, car oui évidemment un seul cadavre chez Hermès ne suffit pas, qui sont le prolongement de ce qui s’est déroulé plus mille six cents ans en arrière.

 

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver.

Abandonnons donc quelque peu nos enquêteurs dans la continuation de leurs recherches, et puisque l’on a évoqué le métro, suivons une histoire en parallèle qui se décline comme une ligne de métro, avec stations de croix à l’appui.

En tête de ligne, c’est-à-dire en l’an 415 après J.C., nous assistons à la mise à mort d’Hypatie, célèbre philosophe, mathématicienne et astronome, en conflit avec l’évêque Cyrille. Elle est brûlée vive, le feu étant alimenté par des rouleaux de papyrus provenant de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Elle meurt en emportant son secret. Quelques semaines plus tard, Synésios, un de ses plus brillants disciples, revient en catastrophe de Ptolémaïs, ou il a été nommé évêque, s’infiltre dans une des salles obscures de la bibliothèque et récupère un codex.

Mille ans plus tard, en décembre 1415, Poggio Bracciolini, philosophe, érudit, écrivain, puis homme politique, chancelier de la République de Florence, arrive à l’abbaye de Cluny, fuyant Constance, ville du Saint Empire romain germanique, son maître le Pape Jean XXIII ayant été déchu par les cardinaux et jugé comme antipape. Poggio s’intéresse de près aux parchemins et à un nouveau support, le papier, ainsi qu’aux travaux des copistes. Il initie même certains d’entre eux à cet art et parvient à subtiliser le Codex avant de s’enfuir.

Et sont insérés ainsi divers épisodes, jusqu’à nos jours, relatant les recherches du fameux Codex par d’éminents savants, philosophes et autres.

 

Le dernier Hyver, une histoire historico-ésotérique, ne manquera pas de surprendre le lecteur par ses côtés réalistes. Touffu, documenté, il possède de nombreux atouts pour happer le lecteur, dont un souffle épique ménageant le suspense. Si je n’ai pas forcément tout apprécié dans cette intrigue, notamment la complaisance de l’auteur dans certaines scènes, il me faut avouer que ce pavé est toutefois digeste.

Le rôle de l’Inquisition, la férocité avec laquelle des religieux torturaient des femmes, n’est plus à démontrer, et je me serais volontiers contenté de ne lire que des évocations, des ellipses dans les forfaits perpétrés par Heinrich Kramer dit aussi Henri Institoris, le dominicain inquisiteur qui joue un rôle prépondérant dans la chasse aux sorcières et connu également pour avoir écrit avec Jacques Sprenger le Malleus Maleficarum (le Marteau des sorcières), un ouvrage sur la sorcellerie commandé et approuvé par le pape Innocent VIII en 1484. L'ouvrage est publié pour la première fois à Strasbourg en 1487 puis réédité plus de trente fois malgré son interdiction par l'Église catholique dès 1490.

Ce roman nous plonge dans des arcanes insoupçonnés qui marquent l’esprit.

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver. Collection Thriller. Editions Belfond. Parution le 5 octobre 2017. 624 pages. 21,90€.

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 07:12

Loterie nationale

Balancez vos cent balles

Approchez d' mon comptoir

Le tirage est pour ce soir

Dans mon p'tit kiosque à La Madeleine

J' vends des dixièmes à la douzaine…

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Il est loin le temps où la Loterie nationale, crée par décret de l'article 136 de la loi de finances du 22 juillet 1933, dans le but de venir en aide aux invalides de guerre, aux anciens combattants et aux victimes de calamités agricoles, n’était pas une société transformée à accumuler les profits pour alimenter les caisses de l’Etat.

Les billets, émis au nom des Gueules cassées ou des Ailes brisées, étaient souvent vendus par des dames, veuves, qui siégeaient dans de petites guérites, genre cabane au fond du jardin, et vantaient les tirages spéciaux de la Saint Valentin, du Vendredi 13 ou autres.

En cette fin mars 1935, Alexandre Gendrot, un mutilé de la face quinquagénaire, est avisé par télégramme de retrouver le colonel Picot qui préside l’association des mutilés de la face. Il n’est pas le seul à avoir été convoqué puisque Fend-la-gueule et Piquemouche, eux aussi des amochés des tranchées de la Der des ders, sont également présents. Car la vie de l’association est en jeu. Deux gagnants de la Loterie nationale viennent d’être découverts morts, l’un probablement suicidé, l’autre franchement assassiné.

Gendrot est obligé de mettre une prothèse oculaire, Fend-la-gueule porte bien son nom et arbore un masque, tandis que Piquemouche est aveugle et se fabricant un nez avec de la pâte à modeler. Tous sont plus ou moins ravagés de la figure, plus que moins d’ailleurs. Mais ils ne sont pas pour autant aigris et même il leur arrive de se moquer d’eux. Un humour noir pour conjurer les affres et les cauchemars qui les tyrannisent la nuit.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

La première affaire est suivie par un policier qui est persuadé qu’il s’agit d’un suicide. Gendrot va le rencontrer mais auparavant il se rend au domicile du suicidé. La concierge lui fournit quelques renseignements sur cet artiste-peintre qui fréquentait une fille de joie, Minouchette, et lui dit qu’elle a aperçu trois hommes descendant l’escalier le jour du drame peu après avoir entendu le coup de feu. Quant à Minouchette, elle affirme qu’il détestait les armes.

Pendant ce temps Fend-la-gueule et Piquemouche se rendent près de Vaumort dans l’Yonne, lieu où le second gagnant de la loterie a été abattu. Il s’agit d’un paysan et un gamin déclare avoir vu trois hommes sillonner les routes non loin de la ferme. En fouillant les alentours du drame, Piquemouche et Fend-la-gueule trouvent un dé à jouer. Ce sont les gendarmes qui instruisent l’affaire, et l’on sait que les rapports entre policiers et gendarmes sont tendus, ce qui fait que chacun d’eux ne dévoilent pas aux autres les résultats de leurs recherches.

Pourtant des ressemblances existent entre les deux affaires. D’abord les gagnants n’ont pas touché à leur argent, qui est placé à la banque. Ensuite, à chaque fois, trois hommes bien mis, dont l’un était muni d’un carnet, étaient présents sur les lieux. Gendrot distingue une affiche parmi toutes celles qui sont collées sur un mur et aussitôt il effectue une corrélation avec la mort du peintre.

Un journaliste de Paris Soir glose sur l’affaire des gagnants de la Loterie nationale et demande si le prochain heureux élu par le sort subira lui aussi justement le même sort. Ce qui n’arrange pas du tout Gendrot et compagnie et surtout le colonel Picot, ancien député et Président des Gueules cassées.

Ce que le lecteur apprend mais que nos trois amis ne savent pas encore, mais ne sauraient tarder à apprendre, c’est qu’un communiste affilié au Komintern est lui aussi intéressé, qu’un policer des Renseignements généraux, et non généreux, est sur les rangs, et que trois chercheurs, professeurs ou thésard à la Sorbonne, concoctent en secret des formules aléatoires, des algorithmes. Ils rencontrent de temps à autre un nazi allemand qui fait l’objet de la surveillance du communiste espion aux ordres de Moscou.

Un troisième décès est à déplorer, celui d’une mère de famille. Elle avait gagné à la Loterie, le jour du tirage ayant été avancé, et l’identité de la gagnante non dévoilée.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Julien Heylbroeck nous restitue avec saveur l’ambiance du Paris d’avant-guerre, avec son parler argotique, et Minouchette avec sa gouaille m’a fait penser à Arletty. Il nous emmène également dans différents lieux de la capitale, la Villette avec ses abattoirs et ses bouchers qui viennent écluser un verre de rouquin dans les troquets, la Goutte d’Or et Barbès, Montmartre, les Grands Boulevards, le quartier Saint-Michel jusque sur la Zone, les anciennes fortifications où sont installés les Bouifs ou chiffonniers. La circulation vient d’être soumise à un nouveau procédé, celui des feux qui remplacent les sonneries. Ce qui est fort dommageable pour les aveugles. Les voitures automobiles et hippomobiles se partagent les rues, dans une promiscuité parfois dangereuse.

Mais la montée du fascisme se précise et les étudiants de la Sorbonne dénigrent la présence de condisciples étrangers. C’est donc dans une atmosphère délétère que se déroule l’enquête confiée par le colonel Yves Picot, qui a réellement existé, aux trois mutilés de la face.

Ceux-ci possèdent une famille sauf Piquemouche qui vit à Luynes dans une sorte de couvent investi par des végétariens. Lui-même ne peut plus manger de viande, dégouté par les morceaux de cadavres stagnant dans les tranchées. Fend-la-gueule porte toujours sur lui une paille afin de boire proprement sinon il en met partout. Quant à Gendrot, qui a eu une fille avec sa femme qui possédait déjà des garçons d’une précédente union, et outre ses problèmes faciaux, il claudique ce qui l’handicape lors de longues promenades. Et ses cauchemars récurrents le montrent toujours dans la même situation, enfant confronté à un orage ou des incendies.

Si l’auteur décrit les ravages physiques subis par ces trois personnages, il le fait sans s’appesantir. Il constate avec bienveillance et pudeur. Mais sans se voiler la face.

Julien Heylbroeck nous propose un thème peu souvent traité, celui des gueules cassées, des débuts de la loterie nationale, par le biais du roman noir et celui de l’aléatoire par le truchement de la science-fiction ou de l’anticipation, voire du fantastique. Quelques scènes épiques sont décrites avec réalisme, surtout vers la fin. Et dites-vous bien que les mathématiques sont toujours aléatoires, quelque soit la formule…

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Visitez le site de l’éditeur, vous y trouverez sans nul doute votre bonheur :

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants. Collection Les saisons de l’étrange. Editions Les Moutons électriques. Parution le 7 septembre 2017. 252 pages. 17,00€.

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 08:50

C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau, hisse et haut…

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer.

Aventure mythique s’il en est, authentique, vécue il y a un peu plus de deux siècles par des marins courageux, ombrageux, coléreux, mais amoureux de la mer, souvent reprise et exploitée par des romanciers attirés, fascinés par cet avatar maritime, transposée au cinéma, la mutinerie de La Bounty reflète ce soubresaut à al discipline qui devait embraser la France peu de mois après, ainsi que la soir de justice et de liberté.

Tous ceux qui ont vibré à la lecture des Révoltés de la Bounty, mêmes auteurs et même éditeur, vont enfin pouvoir connaître la suite des péripéties maritimes subies par les marins qui ont accompagné leur capitaine déchu.

Et Bligh, ce fameux capitaine Bligh, montré comme un tortionnaire, exerçant une discipline de fer, démontre dans cette odyssée que sous la carapace d’airain bat un cœur.

Marin accompli, il va pendant plus de huit mille kilomètres combattre les éléments et amener à bon port son équipage, dix-sept hommes, le dix-huitième, Norton, tombant sous les projectiles des sauvages à l’aube de leur traversée du Pacifique.

Répartissant équitablement les vivres, encourageant les plus timorés, se montrant dur à la tache et aux agressions extérieures, défiant les éléments déchaînés, le vent, la mer et la pluie conjuguant leurs efforts pour faire sombrer le frêle esquif dans l’immensité glauque et froide, Bligh va se transcender et transcender ses hommes, réalisant la performance d’amener tout son équipage à bon port.

Leçon de courage, de discipline, Dix-neuf hommes contre la mer est un roman chaleureux où la dimension humaine atteint son apogée, malgré ou à cause des privations, du froid, du découragement qui atteint parfois les limites du supportable, les reculant même.

Et si Bligh était jugé lorsqu’il était aux commandes de La Bounty comme un homme fier, intraitable, impitoyable, ce sont ces défauts qui transformés en qualité permettront à ces marins de défier l’adversité, et de gagner un impossible pari.

Un troisième volet, Pitcairn, mêmes auteurs et même éditeur, décrit les aventures de Christian Fletcher et ses compagnons, quinze hommes et douze femmes, Blancs et « Indiens » liés par un même destin de mutins, se réfugiant sur un îlot perdu du Pacifique, tentant d’instaurer une République.

 

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer. L’odyssée de La Bounty tome 2. (Men Against the Sea, 1933. Traduction de Gérard Piloquet). Editions Libretto. Parution 26 avril 2002. 256 pages. 9,05€.

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 08:09

Si tu vas à Rio, n’oublie pas de monter là-haut…

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro.

En ce mois d’août 1711, Loïc, le jeune mousse de quinze ans surnommé Sabre d’or, se prépare à une excursion prochaine dans la capitale brésilienne.

L’Amiral René Duguay-Trouin envisage une expédition à Rio de Janeiro pour un double motif. D’abord soumettre et rançonner la colonie lusitanienne, et délivrer les prisonniers français détenus après l’échec de l’expédition de Duclerc. Et il lui faut compléter l’équipage de la prise de la Coimbra rebaptisé La Belle Marquise.

Loïc est chargé, avec son ami Clément l’indiscret, du recrutement, et c’est Grand Timon qui prendra le capitanat. Port-au-Rocher, la capitale de l’île de la Tortue, a été décimé partiellement par une épidémie, un mal inconnu, mais la main d’œuvre est assez conséquente pour faire un tri. Seulement le jour de l’embarquement, personne ne se présente. Le Baron Caussade, l’un des trois nobles qui commandent trois navires, sur seize, de la flotte de Duguay-Trouin a débauché les marins pressentis. Un accroc dans la bonne entente mais l’affaire se tasse.

Pourtant ce ne sera la seule qui opposera le jeune marin, devenu le second de Pierre Pongérard, alias Grand Timon, à ce nobliau qui est apparenté au roi Louis XIV par une histoire de coucherie de sa mère. Les aventures et mésaventures ne manquent pas de se produire, affectant les relations entre marins, entre les différents capitaines de cette armada, car la jalousie envenime parfois les rapports entre tout ce petit monde.

Loïc a reçu une lettre de son amie Amalia et il peut enfin prendre connaissance de son contenu. La belle Lisboète lui déclare sa flamme, ce qui lui met le cœur en joie et les sens en émoi, mais elle lui écrit aussi que son père songe à la marier, lorsqu’elle aura seize ans, date fatidique qui se rapproche, avec un noble Portugais.

 

Au cours de la traversée vers Rio de Janeiro, les marins de La Belle Marquise recueillent des naufragés, deux hommes, une femme et un enfant. L’un des hommes est décédé mais les autres sont soignés par le médecin du bord. D’après lui ce sont des esclaves noirs qui se sont enfuis. Loïc est stupéfait du traitement qui leur était réservé, et indigné lorsqu’il apprend qu’à leur retour aux Antilles ces trois fuyards, le frère et la sœur, l’enfant que celle-ci a eu de son employeur qui l’avait violée, que ces trois fuyards seront revendus. Le Code noir édicté par Louis XIV en 1685, inique mais observé par tous.

En attendant, ils restent à bord et l’on verra par la suite qu’un bienfait n’est jamais perdu.

L’escadre parvient en baie de Rio de Janeiro, mais la cité est gardée par douze mille soldats, deux forts tenant en respect tout bâtiment ennemi, et six navires patrouillant dans le port. René Duguay-Trouin ne peut attaquer de front Rio de Janeiro, aussi une tactique est mise en avant, les artilleurs, dont ceux de La Belle Marquise, réputés pour être les meilleurs vont devoir montrer leur adresse.

La cité prise, il faut finir le travail, car les soldats portugais se sont réfugiés dans la forêt, là où sévissent les réducteurs de tête. Loïc pourra une fois de plus démontrer son courage, et son humanisme.

 

Roman d’aventures maritimes et terrestres, ce second, pour le moment, volet des aventures de Loïc, dit Sabre d’Or, est plus qu’un livre destiné à la jeunesse. Leçon de courage, certes, mais également de respect de la parole et respect de soi et des autres.

Les scènes d’action ne manquent pas, normal pour un roman d’aventures, mais une certaine tendresse se dégage du récit, surtout dans les missives échangées entre Amalia et Loïc. Mais ce ne sont pas les seuls instants qui procurent ce moment de pause entre deux combats.

La prise de Rio par Duguay-Trouin et ses hommes, est un épisode marquant parmi les hauts faits maritimes et les combats navals. L’Espagne, qui connait une crise de succession, et la France sont en guerre contre une coalition menée par l’Angleterre, le Portugal et de nombreux pays européens. Ce qui constitue la partie historique de l’ouvrage. Mais cette épopée met en avant le sort des esclaves, qui sont considérés par les Portugais comme des marchandises et les achètent ou les vendent au gré de leur besoin.

Comme le précise monsieur de Jessey, un médecin herboriste qui fait partie de l’expédition afin de recueillir de nouvelles plantes, le monde n’est pas régi par des êtres généreux et bienfaisants, mais par des administrateurs soucieux de leurs intérêts et de ceux de leur pays.

Et lorsque Loïc réclame la liberté pour les trois esclaves en fuite, il lui est rétorqué que ceci n’est pas envisageable :

Parce que les esclaves appartiennent à la Couronne de France. Les planteurs des Antilles nous en réclament toujours plus. Louis XIV les soutient. Nos navigateurs les achètent sur les côtes d’Afrique et les revendent un bon prix dans les colonies. Ce commerce enrichit nos ports, nos marins, nos armateurs, nos colons et la Couronne. Tout le monde y trouve son compte.

Un roman qui dépasse le cadre d’un lectorat composé de jeunes, mais que bien des adultes devraient lire afin de changer leur regard méprisant sur toute une population souvent mise à l’index. Mais il n’est pas sûr pour autant que cela infléchira leur état d’esprit et leurs sentiments racistes.

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro. Les aventures de Loïc le corsaire N°2. Editions du Volcan. Parution le 20 juillet 2017. 192 pages. 12,00€.

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 13:27

On l’appelle le Dénicheur…

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau.

Un surnom qui convient comme un gant à Maurice Gouiran qui à chacun de ses livres parvient à amalgamer Grande Histoire, faits-divers et fiction avec un réalisme impressionnant.

Dans ce nouvel opus, Maurice Gouiran nous entraîne dans une aventure basse-alpine en l’an 1967 mais qui prend ses racines dans les années sombres de la Seconde Guerre Mondiale, à Dachau, entre 1943 et 1945.

 

Lorsqu’Henri Majencoule, installé près de San Francisco, revient après quinze ans d’absence dans son village natal d’Agnost-d’en-haut, l’atmosphère d’insouciance, d’allégresse, de permissivité californienne tranche avec la rigueur et le mutisme des habitants du village.

Prévenu par son père du décès proche de sa mère, il vient de voyager durant plus de trente heures, avion, train, car, mais lorsqu’il arrive sur place, c’est trop tard. Sa mère est allongée dans son cercueil de bois remisé dans la chambre du bas.

Henri est un mathématicien, qui dès ses douze ans est parti à l’école loin de ses parents, qu’il ne voyait plus que de temps à autre, et ses études terminées, il a été recruté par une société américaine pour des développements informatiques. Il travaille au Standford Resarch Institute, le SRI, à Menlo Park en Californie, et son patron Doug Engelbart met au point de nombreuses applications dont il serait difficile de se passer aujourd’hui, par exemple les réseaux informatiques, ou tout simplement la délicieuse petite souris que l’on tripote activement face à son écran.

Il couche avec une collègue, histoire de se décompresser, et s’adonne à la prise de LSD, mais il dépasse la dose prescrite par l’organisme militaire qui fournit cette drogue susceptible d’améliorer l’intellect et favoriser les recherches.

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau.

Lors de l’enterrement de sa mère, il retrouve dans le cimetière deux de ses anciens copains d’école, mais ce ne sont pas les seules retrouvailles. Il y a aussi Alida, son amie Alida Avigliana, qu’il avait embrassée, chastement, avant de partir au collège à Marseille. Elle a vieilli physiquement, pourtant il ressent un petit pincement au cœur. Puis au café local, c’est Antoine, connu au collège, devenu journaliste réputé qui s’est fait un nom en couvrant la guerre des Six jours, qui l’aborde.

Antoine est envoyé par son journal pour couvrir une affaire de meurtre qui s’est déroulé trois semaines auparavant, celui d’une famille américaine venue passer quelques jours dans une maison du village. L’homme, Paul Stokton, un scientifique, était venu dans le village au début des années 1950, Henri s’en souvient vaguement, il avait acheté une magnanerie délabrée, puis il revenait tous les deux ou trois ans avec sa femme, plus jeune que lui, et sa fille âgée de huit ans au moment du drame.

Les soupçons se sont immédiatement portés sur le patriarche de la famille Avigliana, originaire du Piémont, et donc un étranger, ainsi que sur l’un des fils, réputé comme mauvais garçon. Le commissaire Castagnet de Marseille, un personnage imbu de ses prérogatives et de son grade, organise de temps à autre une conférence de presse dans le café, délivrant les informations aux nombreux journalistes qui se sont installés dans la vallée.

Antoine demande à Henri s’il veut bien participer à son enquête, et comme celui-ci ne doit retourner aux Etats-Unis que quelques jours plus tard, il accepte. Or quelle n’est pas leur surprise d’apprendre, grâce aux appels téléphoniques qu’Henri passe à des connaissances américaines, et à son amie collaboratrice, que Stokton est inconnu des services, et que les diplômes qu’il s’enorgueillissait de détenir, d’après son C.V., il ne les avait jamais obtenu dans les prestigieuses écoles qu’il aurait soi-disant fréquentées.

 

En interlude, le lecteur visite le camp de Dachau et peut assister à quelques expériences réalisées notamment par Sigmund Rascher un médecin sans véritable envergure mais désireux de complaire à son mentor. S’il est exécuté le 26 avril 1945 à Dachau, pour avoir déplu à Heinrich Himmler, son mentor, ses travaux seront récupérés et utilisés notamment par la NASA. Certains de ces scientifiques seront jugés à Nuremberg, d’autres, comme le docteur Paul Nowitski qui travaille sur la mescaline et ses effets, seront récupérés par l’armée américaine et l’OSS, ancêtre de la CIA, et seront même naturalisés américains un peu plus tard, l’exemple le plus connu étant Von Braun, le père des V2, qui participera activement au programme de vols habités comme Gemini et Mercury. Il deviendra même administrateur adjoint de la NASA. Toutes les récupérations sont bonnes.

 

Sigmund Rascher

Sigmund Rascher

Comme le précise en liminaire Maurice Gouiran, même si ce roman fait référence à des événements historiques, toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait purement fortuite. Une précaution de la part de l’auteur, et effectivement, les personnages du roman n’ont pas existé, du moins sous les noms qui leur ont été attribués. Mais outre les recherches scientifiques effectuées par des médecins, les fameux savants fous à Dachau et autres camps de concentration, on ne peut s’empêcher de penser à deux affaires qui ont défrayé la chronique dans les années 1950.

L’affaire Dominici, par exemple. Petit rappel : dans la nuit au 4 au 5 août 1952, trois Anglais, Sir Jack Drummond, un scientifique de 61 ans, sa femme et sa fille de 10 ans sont retrouvés assassinés à proximité de la ferme des Dominici, à Lurs dans ce qui était à l’époque les Basses-Alpes, devenues aujourd’hui les Alpes de Haute-Provence. Le patriarche, Gaston Dominici est accusé et condamné à mort, sans que sa culpabilité soit prouvée. Mais il sera grâcié.

Autre affaire, l’histoire du pain empoisonné de Pont-Saint-Esprit. Durant l’été 1951, une série d’intoxications alimentaires se déclarent en France dont la principale à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard. De nombreux morts, une cinquantaine de personnes internées et plus de deux cent cinquante atteintes de troubles plus ou moins grave. Les symptômes ressemblaient à une forme d’ergotisme, une maladie provenant de l’ergot du seigle, mais le diagnostique n’a pu être prouvé. De nombreux romanciers et journalistes ont glosé sur ces deux affaires, apportant des solutions toutes plus ou moins réalistes mais n’amenant aucune preuve de leurs conjectures.

Maurice Gouiran apporte sa pierre à l’édifice, sans référencer ces deux affaires, mais ceux qui ont connu, vu, lu ou entendu dans leur enfance les reportages sur ces drames, reconnaitront aisément les protagonistes de ce qui reste des mystères.

Quant aux savants démoniaques ou tout simplement qui pensaient en toute bonne foi ou presque faire avancer la science médicale, ce sujet grave a également été traité maintes fois, mais tout ce qu’écrit Maurice Gouiran s’inscrit dans une logique romanesque non dénuée de logique et de preuves. Il a réussi à imbriquer les uns dans les autres trois faits avérés, et offre des solutions qui tiennent la route, plausibles à défaut d’être véridiques, et mieux encore en respectant les dates, les événements, les conclusions.

 

A lire également la chronique de Pierre de Black Novel1 :

Autre chronique sur un récent roman de Maurice Gouiran :

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution 18 mai 2017. 216 pages. 18,50€.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 13:28

Le Diable au corps ?

Serge et Viviane JANOUIN-BENANTI : Les Possédées de Loudun.

Si dans la mémoire collective proche la bonne ville de Loudun reste attachée à ce garagiste qui fut durant quatre décennies le maire de la cité et devint ministre, président du Conseil régional de Poitou-Charentes et Président du Sénat, j’ai nommé René Monory, dans les années 1630, elle fut le théâtre d’une affaire retentissante liée aux guerres de religion et aux superstitions mises en scène dans le but d’édifier les Loudunais et d’asseoir un peu plus la prédominance du catholicisme sous la houlette du Cardinal de Richelieu.

Tout commence par une série de malheurs telle cette grande peste qui s’était abattue sur la ville au printemps 1632, laissant derrière elle plus du quart de la population défuntée, soit trois mille cinq cents personnes environ. Ensuite le Cardinal de Richelieu, jaloux et inquiet de la prépondérance de cette ancienne place-forte huguenote décide de détruire la forteresse édifiée par Philippe-Auguste, et de construire à une vingtaine de kilomètres de là une ville portant son nom.

Si bon nombre d’habitants se résignent, d’autres comme le gouverneur de la ville, proche de Luis XIII, et Urbain Grandier, le curé de Saint-Pierre du Marché, s’opposent à ce qu’ils pensent être un rabaissement de la ville.

 

En mercredi 13 octobre 1632, dans la chapelle du couvent des Ursulines, se tient une nouvelle séance d’exorcisme. Depuis douze jours, le père Barré, venu de Chinon, et le père Mignon, qui ne l’est pas, tentent de démontrer la présence de démons dans les corps de quelques Ursulines soi-disant possédées par les forces du Mal. La mère supérieure, sœur Jeanne des Anges, la trentaine, se contorsionne furieusement, et les autres sœurs, nettement plus jeunes et issues de la noblesse, ne sont pas en reste. Elles crachent des insanités, répondent en latin aux questions des deux curés, alors que théoriquement elles ne connaissent pas un traître mot de cette langue.

Le bailli, tout comme le lieutenant civil Louis Chauvet, ne sont pas convaincus et pensent que tout ceci n’est qu’une mise en scène éhontée. Toutes accusent Urbain Grandier d’avoir eu avec elles des relations charnelles, et de pactiser avec le diable et ses affidés, très nombreux, et dont les curés déclinent avec virulence les noms.

Les deux prêtres, mais ce ne sont pas les seuls, ont en commun d’entretenir une haine et une jalousie féroces envers Urbain Grandier. Pour des raisons diverses. Il ne manque pas de bonnes fortunes et il ne s’en plaint pas. Seulement ce sont ses prises de position envers des problèmes de société, qui vont à l’encontre des dogmes religieux qui énervent ses détracteurs. Et son Traité contre le célibat des prêtres, qu’il écrit à la suite de sa liaison avec Madeleine de Brou, laquelle lui réclame le mariage, n’est pas du tout à l’ordre du jour. Une revendication qui aujourd’hui encore divise les Catholiques.

 

A son ami le père Pierre Bucher qui lui signifie :

Ne blasphème pas, un prêtre ne peut pas se marier, il se doit sans partage à Dieu.

Urbain Grandier rétorque :

Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas une hérésie. Le célibat n’est pas un dogme de notre Eglise, juste une règle disciplinaire que notre pape peut à tout moment défaire. C’est pure hypocrisie d’affirmer la règle du célibat et de fermer les yeux quand des curés entretiennent des concubines sous leur toit sous couvert de servantes, de sœurs ou de nièces.

 

Plus loin, toujours au cours de cette discussion, il remémore une affaire qui s’est déroulée quelques années auparavant, celle du conseiller de Langre chargé de purger le Pays basque de ses sorcières. Une centaine de femmes ont ainsi été torturées puis menées au bûcher, accusées de sorcellerie.

En fait, elles n’étaient coupables que d’être des musulmanes, juives, gitanes, chassées d’Espagne ou d’exercer comme cartomanciennes, guérisseuses… En lisant son Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons, j’ai compris ce qu’il reprochait principalement aux femmes qu’il a soumis à la torture : c’est de croire qu’elles étaient l’égales de l’homme… Il ne concevait la femme que voilée, pour cacher sa chevelure enivrante et ses yeux ensorcelants, et soumise à son mari.

Ce qui nous ramène à une forme d’intégrisme actuel développé par d’autres religieux, d’une autre religion, et dont les dictats provoquent des fêlures dans la société, pour ne pas dire qu’ils entraînent de nouvelles guerres de religion.

 

Accusé de sorcellerie, il est arrêté et jugé devant un tribunal ecclésiastique. Il est acquitté, ce qui n’a l’heur de plaire à Richelieu, et un nouveau procès est instruit sous la présidence de Jean Martin de Laubardemont, homme lige du cardinal et parent de la mère supérieure. Tout est falsifié, les témoignages, les aveux, les pièces du procès, et dans ce cas, il est difficile d’échapper à la décision des plus hautes instances, et des Jésuites et du père Joseph, l’éminence grise du cardinal.

 

Evidemment, il ne s’agit que d’un roman historique s’inspirant de faits réels, selon les auteurs, et s’ils se sont imprégnés de diverses sources, dont les archives nationales et départementales, Serge et Viviane Janouin-Benanti n’en ont pas moins écrit un roman à la tonalité actuelle. Rien n’a vraiment changé dans les esprits, la mentalité, la façon de procédé, même si, en France, la chasse aux sorcières n’existe plus. Officiellement. Mais la femme est-elle enfin reconnue comme l’égale de l’homme ? Il est permis d’en douter lorsqu’on entend certains propos, ne serait-ce qu’à l’Assemblée Nationale, instance qui devrait montrer l’exemple.

Un titre qui est plus qu’un roman, mais une leçon de tolérance, de réflexion, de méditation, de compréhension, de respect des autres, quel que soit leur religion, leur appartenance ethnique, leur origine.

 

Serge et Viviane JANOUIN-BENANTI : Les Possédées de Loudun. Editions La Geste. Parution mars 2017. 256 pages. 20,00€.

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 08:04

Ne sont pas des coups d’épée dans l’eau !

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche.

Auprès des Trois Mousquetaires qui se sont vaillamment illustrés dans le roman de cape et d'épée, j'ai cité Alexandre Dumas Porthos, Paul Féval Aramis, Michel Zévaco Athos, se glisse la silhouette d’un jeune homme qui tel d’Artagnan se bat comme un beau diable afin de se hisser au niveau des grands: Amédée Achard.

Contemporain de Dumas père, Amédée Achard s’est perdu dans les oubliettes de la littérature à cause d’une trop grande facilité et d'une prolixité romanesque qui lui ont porté ombrage. Pourtant Amédée Achard a longtemps figuré au catalogue de la bibliothèque Verte, dans une version malheureusement tronquée, près d’auteurs aussi éminent que Jules Verne, Jack London ou Paul Féval.

Les coups d'épée de Mr de la Guerche est un roman assez curieusement proche des Trois Mousquetaires et en même temps fort éloigné dans la lettre et dans l’esprit. Évidemment l’on retrouve le ton épique, les chevauchées, la soif d’aventures, l’amitié et l’amour, les conflits et les serments, les fourbes et les serviteurs loyaux, tous ingrédients nécessaires à la crédibilité d’un roman d’aventures, de cape et d'épée, et qui seront largement utilisés dans les westerns et autres romans populaires. De même quelques similitudes de lieux et de personnages apparaissent dans les deux romans. Par exemple le siège de la Rochelle, prétexte à bravoure. Cependant la comparaison s'arrête là.

Chez Dumas, quatre personnages en quête de gloire et de fortune s’opposaient au Cardinal de Richelieu et à ses sbires. Dans Les coups d'épée de Mr de la Guerche, deux amis d’enfance vont se côtoyer, se battre l’un l’autre, puis l’un près de l’autre, jusqu’en Suède. Pourtant à l’origine tout devait les séparer : Armand-Louis de la Guerche est un protestant convaincu tandis que Renaud de Chaufontaine rêve de convertir son parpaillot de camarade à la religion catholique.

Et c’est là qu’Amédée Achard diffère profondément de Dumas. Car jamais il ne raillera les Huguenots comme le fait, par Mousquetaires interposés, Dumas, lors, par exemple, de la description du siège de la Rochelle. Au contraire il se montre sobre, tolérant, renvoyant dos à dos catholiques et protestants, ou mieux, les faisant s'apprécier en maintes occasions. Et c’est peut-être justement cette to1érance, cette largesse d’esprit qui jetèrent un voile d’oubli sur ces romans, les brocardeurs de tous poils, de toutes convictions n’ayant rien à leur reprocher, sauf peut-être cette indulgence qu’ils qualifièrent de platitude.

Et si les personnages d'Amédée Achard ne possèdent point l’envergure de ceux mis en scène par Dumas père, l’action, elle, s’en trouve sublimée. Il n’existe aucune longueur dans ces romans. Trop souvent omis, jusque dans les histoires de la littérature populaire française, Amédée Achard recouvre une nouvelle jeunesse, un second souffle avec la complicité de Michel Le Bris et des éditions Phébus.

Et s’il m’était permis de faire une petite suggestion, je proposerais à l’éditeur de continuer dans cette voie en exhumant quelques ouvrages moins connus dont ceux d’Alfred Assolant, par exemple.

 

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche. Préface de Michel Le Bris. Collection Verso. Editions Phébus. Parution août 1991. 374 pages. 23,05€.

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:42

Mais ça, c'était avant. Maintenant c'est meurtre aux ampoules basse-consommation !

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Tout comme Sherlock Holmes, dont la première aventure Une étude en rouge est parue deux ans auparavant, possédait son historiographe ami et confident en la personne du bon docteur Watson, Oscar Wilde est souvent accompagné de Robert Sherard, poète, romancier, écrivain et journaliste. Leur première rencontre ne prédisposait pourtant pas à ce qu'une amitié relie les deux hommes mais depuis ils se sont découvert une affinité sans faille.

Lorsque Wilde arrive en retard, ce qui n'est pas dans ses habitudes, ce soir-là à son club, l'Albemarle, c'est pour annoncer une bonne et une mauvaise nouvelles à son ami Robert Sherard, qui l'attendait stoïquement comme tout bon Anglais sait le faire lorsqu'il est inoccupé.

La bonne nouvelle, c’est qu’Oscar Wilde a rencontré l’après-midi même son éditeur et qu’il a fait la connaissance d’un médecin écossais installé à Southsea et romancier promis à un bel avenir, Arthur Conan Doyle. D’ailleurs le poète s’est entiché de Sherlock Holmes dont la première aventure, Une étude en rouge, a paru deux ans auparavant, en 1887.

La mauvaise nouvelle, c’est la découverte du cadavre d’un jeune homme dans un meublé où se rendait Wilde. Et il a eu la désagréable surprise de reconnaître en ce défunt assassiné un de ses amis, Billy Wood. Autour du corps étaient disposées des chandelles allumées, comme si le meurtre relevait d’un rituel.

Mais il est minuit, l’heure pour Oscar Wilde de rentrer chez lui, retrouver femme et enfants. Sherard lui est moins pressé, son épouse étant en voyage en France. Lorsqu’il sort du club, il aperçoit Wilde en compagnie d’une jeune femme au visage défiguré.

Le lendemain, 1er septembre 1889, les deux amis se retrouvent en compagnie d’Arthur Conan Doyle, et Wilde en profite pour démontrer qu’il possède des qualités d’observation et de déduction dont pourrait se targuer Sherlock Holmes, au grand ébahissement du médecin-écossais. Il narre sa découverte macabre de la veille, comment la porte de l’immeuble lui a été ouverte par une personne à laquelle il n’a guère prêté attention, puis s’est trouvé face au cadavre égorgé du jeune Billy Wood. Ils se rendent ensemble à l’endroit du drame, mais la pièce est vide, nettoyée, le parquet ciré fraîchement.

Wilde décide d’enquêter sur ce meurtre et de découvrir l’assassin et ses motivations. Conan Doyle et Sherard, qui possède un petit carnet qu’il trimballe en permanence, vont lui servir d’assistants. Heureusement Billy Wood lui avait fait quelques confidences, notamment qu’il était venu à Londres parce qu’il ne supportait plus l’ambiance familiale, en butte aux tracasseries et aux coups assenés par son oncle.

 

Wilde et Sherard se rendent à Broadstairs où il vivait et informent sa mère de la mauvaise nouvelle. Madame Wood, enceinte jeune, avait perdu son amant, gardien de phare, dans une noyade. Ils n’avaient pas eu le temps de se marier et le gamin n’avait pas connu son père. Le frère aîné du père à l’époque était au Canada, mais depuis il est rentré et impose sa loi dans Le Château, nom de la villa de madame Wood, un héritage de ses parents. Edward O’Donnell est un ivrogne au caractère belliqueux mais madame Wood est bien obligée de le supporter.

Munis de ces confessions, Wilde et Sherard regagnent la capitale pour continuer leur enquête. Une enquête en dents de scie, car le poète doit livrer à son éditeur un roman, Le portrait de Dorian Gray, et il est fort occupé. Quant à Sherard, il fait la connaissance d’une jeune femme dont il s’éprend, et comme sa femme est absente…

Seulement cette jeune femme n’est pas n’importe qui. Elle se nomme Veronica et est la fiancée de l’inspecteur Fraser du Yard. Fraser, qui, mit au courant du meurtre, n’engage pas de procédure n’ayant pas de cadavre à se mettre sous la main. C’est un ami de Doyle, qui a présenté le policier aux deux détectives en herbe.

Entre Veronica et Robert Sherard une amitié amoureuse s’établit sous les yeux de Fraser qui est occupé ailleurs. Et c’est dans cette atmosphère que Wilde et consorts vont résoudre cette énigme.

 

Un roman dont justement l’énigme se révèle classique, mais c’est tout ce qui entoure l’enquête qui importe. Sherard est le Watson de Wilde, lequel se pique de se montrer à la hauteur de Sherlock Holmes.

Personnages réels et de fiction se complètent ou s’affrontent, mais c’est surtout pour l’auteur, Gyles Brandreth, de montrer Oscar Wilde sous un jour différent de celui qui nous est présenté habituellement. Et si la fumée vous incommode, n’hésitez pas à ouvrir la fenêtre, car Oscar Wilde fume beaucoup de cigarettes mais pas la pipe. Et même s’il ne roule pas sur l’or, il n’hésite pas à inviter ses amis, à leur offrir des cadeaux, souvent des étuis à cigarettes avec leur nom gravé à l’intérieur, et à distribuer les pourboires avec munificence.

Les bons mots et les petites phrases ironiques ne manquent pas, pour preuves les quelques citations ci-dessous :

 

C’est une chose terrible que de voir son nom dans la presse, mais c’est plus terrible encore que de ne pas l’y voir.

Il n’y a pas de bon âge pour se marier, plaisanta Oscar. Le mariage est aussi démoralisant que les cigarettes, et bien plus coûteux.

Quand l’Angleterre sera une république, et que j’en serai l’empereur, cet animal – ma fidèle Rossinante – sera nommé sénateur. Il semble avoir toutes les qualités dont manquent nos législateurs actuels : travailleur, discret et conscient de ses limites !

Fumer une cigarette est l'exemple parfait d'un plaisir parfait, ne trouvez-vous pas ? C'est exquis tout en vous laissant sur votre faim.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (Oscar Wilde and the Candlelight Murders – 2007. Traduction de Jean-Baptiste Dupin). Collection Grands détectives N°4194. Editions 10/18. Première parution 5 février 2009. 386 pages. Réimpression le 10 septembre 2013. 7,50€.

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 09:02

Par ce jeu de dupes :
Voir sous les jupes des filles.


 

François FIEROBE: Les spectres d'Eiffel.

Ou sous celle de la Demoiselle en fer, surnom donné à la Tour Eiffel !

Combien de visiteurs de toutes nationalités se pressent entre ses quatre piliers afin d'apercevoir ce qui se cache sous cette structure métallique s'élançant à l'assaut des nuées ?

Mais tous ces touristes savent-ils que cette Demoiselle en fer n'est pas en réalité la vraie, qu'il ne s'agit que d'une simple copie ? Du moins, c'est ce que longtemps le grand-père a voulu faire croire au narrateur, lui contant une affabulation que longtemps celui-ci prit pour argent comptant. Ce n'est que bien plus tard que le narrateur s'aperçut de cette supercherie, pourtant il était tombé amoureux de ce monument qui gratte les nuages. Et par la suite il s'installa près de la Tour Eiffel afin de la voir le plus souvent possible et de rechercher, traquer les secrets qui l'entourent.

Et parmi cet entourage invisible, les Eiffelines, des ectoplasmes qui hantent la Tour sans indisposer qui que soit, comme de petits papillons invisibles.

Mais bientôt il s'aperçoit qu'il n'est pas le seul à rechercher les secrets de la Tour. Les Eiffeliens, les Eiffelopathes, les Eiffelographes et autres amoureux de la Demoiselle en fer tournent autour des piliers, grimpant les étages, s'arrêtant aux plateformes, recueillant témoignages, épisodes, historiettes, plans, tout ce qui peut avoir un rapport quelconque avec les structure et son constructeur. Son constructeur mais également tous ceux qui travaillèrent à son érection, car Eiffel n'était pas seul à dessiner les plans, à imaginer cette toile d'araignée.

C'est ainsi qu'il fait la rencontre de Hugues Larigaudière, ancien ingénieur passionné d'histoire des sciences et aux découvertes scientifiques des siècles précédents, et d'un autre historien, Henri de la Vergondière. Et de rencontres en rendez-vous, le narrateur approfondit ses connaissances et surtout il va se plonger dans un véritable conte eiffelien grâce à Cressot-Blossière, guide touristique érudit qui enchante les visiteurs grâce à des péripéties qu'il invente pour happer l'intérêt de ses interlocuteurs. Seulement tout ce qu'il dévoile n'est pas à prendre au pied de la lettre et encore moins à ceux de la Tour Eiffel.

 

Un voyage onirique, scientifique, merveilleux, fabuleux, inspiré d'histoires réelles et de fictions, mais si bien narrées, enrobées de détails si réalistes que le faux devient vrai et inversement. Des histoires charmantes, étonnantes, merveilleuses, fabuleuses, à vous faire perdre la tête parfois, mais toujours empreintes d'une certaine forme de réalisme qui confine à une authenticité que l'on ne peut mettre en doute tellement l'auteur y apporte des détails sur des événements qui auraient pu réellement se dérouler.

Ce roman est suivi de Folklore, fictions et fantômes de Jean Mazepin, un texte édité dans une petite revue, Le piéton singulier, un fascicule édité à l'usage de sa famille et ses amis.

 

Avec ce roman le lecteur prendra de la hauteur.

François FIEROBE: Les spectres d'Eiffel. Collection LoKhaLe N°5. Editions de La Clef d'Argent. Parution 22 juillet 2017. 210 pages. 9,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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