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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 05:44

Mais pas sans cervelle ?

Gilles SCHLESSER : Mort d’un académicien sans tête.

Prénommé Oxymor, par un père farceur dont le patronyme est Baulay, on ne peut qu’aimer les mots, voire les maux. Oxy est journaliste indépendant travaillant pour plusieurs journaux et magazines, et sous l’impulsion de deux amis, Paul Mistraki qui dirige les éditions Visconti, et Lazare, qui n’est pas un saint, il décide de rédiger des articles consacrés à des membres de l’Académie Française et un ouvrage alphabétique.

Son ami Mistraki lui a fait visionner une émission télévisée, la Grande Librairie pour ne pas la nommer, au cours de laquelle Jean Mareuil, le poulain et la tête de gondole des éditions Visconti, et l’académicien Edmond de Rohan-Soubise, auteur de nombreux ouvrages de références, surtout apologiques de sa propre personne, se sont écharpés.

C’est ainsi qu’il se rend rue Bellini, le bureau de Rohan-Soubise, afin d’obtenir un entretien avec le maître. Maître et demi lorsqu’il le retrouve, adossé tenant entre ses petits bras sa tête encadrée. Il a été décapité à l’aide d’un coutelas malais de collection et la toile signée Soutine dont le cadre servait de support éparpillée en plusieurs lambeaux représentant la femme à l’écharpe blanche.

Le commandant Cathala, chargé de l’enquête en compagnie de ses adjoints qui jouent dans la catégorie deux poids deux mesures, et Oxy se connaissent bien. Cinq ans auparavant ils ont été mêlés à la résolution d’un crime, puis ils ont fraternisé, puis le temps a passé et comme à chaque fois dans ce genre de conditions, ils se sont perdus de vue.

Si Oxy est rapidement écarté des possibles coupables (le mot est adéquat dans ce cas), les prétendants à l’embastillement foisonnent. En premier lieu, Jean Mareuil, qui avait également rendez-vous avec Rohan-Soubise, désirant s’attirer ses bonnes grâces pour son élection à l’académie. Lazare, ami d’Oxy et écrivain fantôme de l’académicien décapité, mais pour lui cela signifierait un manque de rentrée d’argent. Et il ne faut pas oublier les gitons que Rohan-Soubise payait pour satisfaire sa libido. Car, quoique marié à une ravissante femme plus jeune que lui, il recherchait d’autres plaisirs.

 

C’est ainsi qu’Oxy se retrouve plongé malgré lui, quoiqu’il l’ait cherché, dans une recherche familiale. Car en effectuant ses recherches, indépendamment de Cathala, Oxy découvre des liens que sa grand-mère, fille-mère, a entretenus avec les Surréalistes d’André Breton. Notamment avec Robert Desnos.

Débute alors un retour en arrière, pour Oxy, tandis que Cathala, plus pragmatique se contente de se pencher sur une piste islamique, puis sur des proches de Rohan-Soubise. Notamment Jean Mareuil qui était l’amant de la femme de l’académicien.

Un roman qui oscille entre des pistes contradictoires, et qui s’avère jubilatoire dans sa description des personnages, dans l’ambiance qui règne, et les nombreuses balades et découvertes que l’auteur nous propose à travers d’anecdotes souvent amusantes, érudites et littéraires.

 

A partir d’une certaine somme, l’argent n’a pas d’odeur.

Gilles SCHLESSER : Mort d’un académicien sans tête. Editions City. Parution 23 août 2017. 272 pages.

ISBN : 978-2824610290

Réédition City Poche 6 mars 2019. 7,90€.

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 04:47

Un roman épistolaire et polyphonique

Frédéric LENORMAND : Un beau captif.

Le 7 prairial an VI, soit en langage universel le 26 mai 1798, un jeune garçon, âgé probablement de treize à quatorze ans, surgi de nulle part, vêtu tel un petit seigneur mais chaussé de sabots, est conduit à la maison d’arrêt de Châlons-sur-Marne par le garde-champêtre de Mairy. Il refuse de révéler sa véritable identité auprès de Nicolas-Joseph Lecacheur, directeur du jury ou commissaire de police, et est incarcéré dans la prison dont la concierge, Rosalie Delaunay n’est autre que l’épouse Lecacheur. Etait, car depuis 1792, une loi permet le divorce.

Si Lecacheur reste sur la réserve concernant ce gamin qui affirme être de noble naissance, sans apporter de véritables preuves, Rosalie Delaunay s’entiche de ce vagabond, lui aménageant des appartements luxueux. Elle le cajole et bientôt elle est persuadée qu’il s’agit de Louis XVII, le Dauphin qui officiellement est décédé en la prison du Temple en 1795 à l’âge de dix ans.

Bientôt Rosalie est rejointe dans sa conviction par d’autres personnalités issues de tous bords, tandis que des voix contraires s’élèvent, traitant ce gamin d’imposteur. Des nobles, des émigrés la plupart du temps, revenus en France, se rendent auprès de l’adolescent, notamment une marquise, ancienne dame d’atour de Marie-Antoinette qui reconnait formellement le Dauphin. A la voix, car elle est atteinte de cécité. Mais aux questions qu’elle lui pose, il répond avec assurance, fournissant les bonnes réponses, du moins celles qu’elle attendait.

Il explique qu’il a été aidé dans son évasion par un inconnu qui aurait déposé sur sa paillasse au Temple un garçonnet et que lui se serait caché dans un panier de linge emporté par la blanchisseuse. Et d’autres détails complètent son récit et ses allégations.

 

Plus qu’un roman, Un beau captif est un exercice de style, composé d’échanges épistolaires, de rapports, de témoignages, d’extraits de journaux intimes, de documents qui parfois se complètent, parfois se contredisent.

Ceci n’est pas pour rebuter Lecacheur, par son goût de l’enquête et en même temps par son désir de contrer, contrarier, son ex-femme. Une enquête à rebondissements, située dans une période trouble, le Directoire, durant laquelle fleurissent de nombreux complots, aussi bien du côté des Royalistes que des Jacobins, et qui se terminera par le coup d’état du 18 brumaire An VIII et la période du Consulat qui verra la montée en puissance de Napoléon Bonaparte. Mais ceci est une autre histoire comme l’écrivit Rudyard Kipling.

Les différentes pièces qui constituent ce roman, surtout celles qui s’avèrent contradictoires mais sont nécessaires, ralentissent un peu l’intrigue, mais apportent un goût de véracité à l’histoire.

Car cet épisode est véridique et si tout ceci est englobé comme une fiction, il n’en est pas moins réel. D’ailleurs les sceptiques peuvent cliquer sur le lien ci-dessous afin de connaître les tenants et les aboutissants de cet épisode légèrement abracadabrant, pour ne pas écrire rocambolesque puisque ce terme n’existait pas alors.

 

Frédéric LENORMAND : Un beau captif. Editions Fayard. Parution 3 mai 2001. 306 pages.

ISBN : 978-2213609461

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 05:27

A consommer avec modération !

Christopher NICOLE : Un petit blanc

En ce mois d’aout 1936, la Guyane britannique est en effervescence. Les travailleurs des plantations se soulèvent, des autochtones et des coolies originaires des Indes orientales principalement. Ils sont menaçants, brandissant coutelas, se dirigeant vers la demeure de leur maître.

Rupert, un jeune garçon âgé de six ans, joue aux soldats de plomb, et est bientôt rejoint par son copain Johnnie Sikram. Le garçon est un peu plus vieux et c’est le fils du maître d’hôtel de la plantation Longdene. Jouer avec Rupert est un rite qu’il apprécie. Tous les après-midi, après l’école, il va s’amuser à cache-cache avec Rupert. Mais ce jour-là, la déferlante des ouvriers en colère gâche sa joie.

Le jeune Rupert ne se démonte pas et aussitôt il s’engouffre dans la demeure et ressort avec deux pistolets. Deux colts qu’il décharge sans coup férir sur les ouvriers en colère. Pour le principe, car ce sont des pistolets factices et ses munitions, des amorces. Mais cela produit son petit effet, tout autant auprès des ouvriers de la plantation que des domestiques. Bientôt les policiers arrivent en renfort afin de mettre bon ordre à ce soulèvement.

Ce petit blanc, blond et frêle, qui accumule tous les ans des maladies, est considéré comme un petit héros. Puéril mais quand même, il a de l’avenir. Du moins c’est ce que pense sa famille, son père évidemment, son oncle Simon, qui lui offre même un verre de whisky pour récompenser son courage, sa mère et les autres femmes de la maison ainsi que la domesticité.

Mais cet éclat spontané le marquera à jamais. Il ne se sentira plus jamais en phase dans cette ambiance dans laquelle évoluent Noirs et Blancs. Malgré quelques unions entre races, le mariage de certains des habitants en provenance de la Grande-Bretagne avec des autochtones, ce soulèvement laissera des traces. Aussi bien chez les Noirs dont la prépondérance se fait de plus en plus prégnante que chez les Blancs qui ne sont après tout que des colonisateurs.

 

Né en Guyane Britannique, Christopher Nicole, né le 7 décembre 1930 à Georgetown au Guyana, a probablement vécu de l’intérieur les incidents qu’il décrit. Et peut-être connu ce petit garçon qui va devenir un adolescent séduisant, pathétique, partagé, déchiré, par ses passions, ses désirs, ses remords, et ses peurs.

La reconstitution d’une époque trouble qui se décline quelques années avant le grand conflit mondial, mais entraînera d’autres soulèvements, le rôle des Blancs se montrant parfois délétère envers les populations locales.

Si l’histoire semblait intéressante, j’avoue m’être ennuyé à la lecture du roman. Il y manque un peu de mouvement, d’humour, même si l’intrigue ne s’y prête guère, d’un petit quelque chose d’indéfinissable qui fait, qu’une fois la dernière page tournée, on reste dubitatif. Mais comme ce n’est pas le seul que je possède, une nouvelle tentative s’impose.

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur prolifique, plus de deux cents romans, mais peu traduit en France, une quinzaine au Fleuve Noir, chez Buchet-Chastel, à la Série Noire, aux Presses de la Cité… je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous.

 

Christopher NICOLE : Un petit blanc (White Boy – 1966. Traduction de Lily Jumel). Collection Grands Romans. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1970. 316 pages.

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 03:46

Sans rire, il est difficile d’être un bouffon du roi…

Michel ZEVACO : Triboulet.

A cinquante ans, François 1er est las de sa maîtresse Madeleine Ferron, dite la Belle Ferronnière. Il a jeté son dévolu sur une adolescente de dix-sept ans, Gilette. Il annonce à ses courtisans cette décision et Triboulet, le Fou du Roi, un bossu dont les réparties sont sarcastiques, et font souvent rire jaune ceux à qui il s’adresse, l’entend. Même le roi est importuné dans certaines circonstances et ne mâche pas ses mots. Mais rien n’y fait.

Triboulet oyant la déclaration de François 1er est bouleversé, car Gilette est sa fille. Ou du moins, il considère l’orpheline comme sa fille, l’ayant élevée. Et Gilette est persuadée que Triboulet est son géniteur.

Afin de parvenir à ses fins François 1er avertit Jean Ferron, le mari de la Belle Ferronnière de son infortune, et va jusqu’à lui donner la clé de la chambre dans laquelle elle reçoit son royal amant. Cela ne se fait pas, surtout de la part d’un personnage aussi important, et elle médite sa vengeance.

Gilette, lorsqu’elle apprend l’envie du roi, est chagrinée. Elle aime un malandrin du nom de Mandred, qui vit dans la cour des Miracles en compagnie d’un autre jeune homme de son âge, Lanthenay. Tous deux sont orphelins, comme bon nombre de personnages qui gravitent dans ce roman. Orphelins, ou enlevés à leurs parents dans leur plus jeune âge.

Gilette aime Mandred, depuis qu’elle l’a aperçu de sa fenêtre et Mandred aime Gilette depuis qu’en déambulant dans la rue il l’avait vue appuyée à sa fenêtre. Pourtant autant ils ne se sont jamais parlé.

De nuit il rencontre le roi, accompagné de quelques-uns de ses fidèles, importunant Gilette (cela commence à devenir rasoir penserez-vous) et le provoque. Il est arrêté et promis à la pendaison. Il en réchappera grâce à un subterfuge. Il aura à cœur de venger l’honneur de sa belle et aidé de Lanthenay et des membres de la cour des Miracles en s’introduisant dans le palais royal.

Le roi François qui ne deviendra 1er lorsque François II accèdera, pour quelques mois, au trône, apprend que Gilette dont il voulait faire sa maîtresse est sa fille. Pourtant il sera toujours le cul entre deux chaises, ressentant un vague amour paternel mais surtout une grosse envie de la coucher dans son lit.

 

Tout comme Alexandre Dumas, Michel Zévaco s’inspire de l’histoire de France, mettant en scène des personnages célèbres et des épisodes réels. Il les déforme un peu parfois, tout comme le fit son célèbre prédécesseur. Mais ses romans sont parfois plus hauts en couleurs, plus exubérants, plus démesurés, plus épiques, plus théâtraux dans la description des événements et des combats.

Zévaco narre des intrigues d’amour et de haine, dans lesquelles coups fourrés, trahisons, empoisonnements et transmissions de maladies, vengeance, amitiés, combats, foisonnent offrant des heures de lecture passionnantes.

Parmi les personnages réels, outre la Belle Ferronnière, on retrouve Etienne Dolet, écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue, qui prend une part active dans le cours de l’intrigue, et surtout François 1er et Ignace de Loyola, fondateur et premier supérieur de la Compagnie de Jésus, les Jésuites.

Et il reste fidèle à ses idées anarchistes, pour lesquelles il fût arrêté à plusieurs reprises et purgeât plusieurs mois en prison pour ses déclarations : Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture.

Michel Zevaco n’est pas tendre envers le roi et le jésuite. François 1er est ainsi décrit :

François 1er était un type de reître policé. Sous le vernis brillant de son imagination, sous le faste de ses prétentions à la poésie et aux arts, ce qu’on trouvait en lui, c’était l’homme de la bataille. On en a fait un ténor, c’était un tueur.

 

Quant à Loyola, c’est un religieux prêt à tout pour imposer ses idées.

Savez-vous, leur dit-il, qu’il est permis de mentir dans l’intérêt et pour la gloire de Dieu ?...

Savez-vous qu’aucune action n’est condamnable, si elle tend au bien de l’Eglise et à la gloire de Dieu ? Je dis aucune action : même le vol, même le meurtre…

Il faut qu’on le sache ! Tout est permis, tout est juste, tout est bon qui conduit au triomphe de Jésus et de la Vierge. Si la fin proposée est bonne, tous les moyens sont bons.

 

Et lorsqu’il s’entretient avec Rabelais, il lui déclare, en présence de Manfred et de Calvin :

Ces philosophies, je leur déclare une guerre à mort. Ce sera avant peu l’extermination des hérésies, et de la science. La science est maudite. L’ignorance est sacrée. En Espagne, nous avons commencé à traquer les faiseurs de livres. En France, j’ai obtenu du roi chrétien François de Valois que les mêmes poursuites soient commencées. Malheur ! Trois fois malheur aux hérétiques et aux savants ! Il y a à Paris un homme de perdition : Etienne Dolet… Nous voulons tuer la science. Pour tuer la science, nous tuerons l’imprimerie. Pour tuer l’imprimerie, nous tuerons Dolet.

Un peu plus loin il ajoute :

Il faudra choisir entre la croix et le bûcher. Ou la croix dominera le monde, ou le monde deviendra un véritable bûcher !

 

Une étrange conception de la région qui n’est pas très catholique !

Ce roman possède une suite qui s’intitule La Cour des Miracles. A lire prochainement sur cet écran. En attendant, je vous laisse juge des bienfaits et des méfaits des Jésuites, et de l’influence sur ceux qui en ont reçu l’éducation. Comme un certain président actuel.

 

Vous pouvez lire ce roman en le téléchargeant gratuitement et légalement en pointant votre curseur sur le lien ci-dessous :

Michel ZEVACO : Triboulet. Texte établi d'après l'édition Arthème Fayard, Le Livre populaire 1948. Version numérique gratuite sur Bibliothèque électronique du Québec. 482 pages.

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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 04:21

Quand le Celte tique !

Gérard ALLE : Scottish Lamento.

Il existe des endroits, de par le monde, privilégiés, par leur beauté, leur emplacement géographique, leur histoire, leurs coutumes, leurs attraits touristiques.

L’île de Skye, par exemple, située dans l’archipel des Hébrides au nord de l’Ecosse, jouit d’une excellente popularité grâce à ses paysages grandioses, qui incitèrent de nombreux cinéastes à venir poser leurs caméras afin de tourner des films d’obédience fantastique et historique.

Mais la quiétude de l’inspecteur Finley Mac Intosh, du commissariat de Portree, est bousculée par un appel téléphonique du Canada. Une mère s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de sa fille Charlotte Mac Leod, qui voyage en compagnie de son petit ami, Mahmoud Oz, qui n’est pas magicien mais de nationalité turque.

Mac Intosh essaie de faire comprendre à cette mère éplorée, qu’une disparition depuis deux jours n’est pas significative, mais elle possède une réponse imparable : elle n’a pas souhaité l’anniversaire de son père malade. Quelque peu ému, il compulse son ordinateur afin de dénicher quelques renseignements. Mahmoud Oz, vingt-sept ans, est signalé comme demandeur d’asile au Canada où il réside depuis deux ans, précisément à Winnipeg.

Bientôt une autre affaire accapare Finley Mac Intosh, et ses collègues du commissariat. Un aubergiste se plaint qu’un de ses clients, Duncan Mac Donald de Fayetteville aux Etats-Unis, serait parti sans régler sa note. Un acte de grivèlerie sans conséquence apparente. Pourtant ces deux affaires, les disparitions de Charlotte Mac Leod et Duncan Mac Douglas, vont se rejoindre.

Finley Mac Intosh, plus ou moins aidé par le commissaire Herderson, dit La Limace, qui remplace le commissaire principal Cochran en arrêt de maladie, l’inspecteur-chef Strachan, une jeune femme qui ne rigole pas, et deux autres policiers, va enquêter un peu partout, essayant de remonter la filière. Car les noms de Fayetteville et de Mac Donald lui rappellent une autre affaire. C’est ainsi qu’il apprend par le responsable d’un musée que Charlotte, accompagnée de son soupirant, et Duncan Mac Donald se sont rencontrés et ont échangés des propos plus ou moins acerbes.

Duncan joue à la cornemuse du pibroc’h, cette musique ancestrale écossaise, et malgré sa nationalité américaine déchiffre un manuscrit vieux de plusieurs siècles rédigé en picte. Charlotte monte vite sur ses grands chevaux, quoiqu’en Ecosse ils soient de petites races, et inévitablement elle va se chamailler avec Duncan. Les clans Mac Leod et Mac Donald se sont par le passé affrontés à de nombreuses reprises, accumulant les cadavres. Une page d’histoire sanglante qui se perpétue depuis le XIVe siècle, depuis la guerre d’indépendance écossaise jusqu’à nos jours, ou presque, en passant par la rébellion jacobite.

Grâce aux fichiers de réservation, Finley localise où Charlotte Mac Leod est locataire. Il s’agit d’une maison isolée à Bernisdale. Il s’y rend immédiatement et découvre le cadavre de la jeune fille. Elle est allongée sur le lit, en chemise blanche, ensanglantée, et en kilt. Des fleurs fanées ont été déposées tout autour d’elle, et à la tête du lit, il peut lire une inscription tracée avec le sang de la victime : Peace.

 

L’enquête proprement dite est insérée dans des chapitres présentant les divers personnages, Charlotte Mac Leod, son ami Mahmoud Oz, Duncan Mac Donald le joueur de cornemuse dont l’esprit est taraudé par son passage dans l’armée et son séjour au Viêt-Nam, jusqu’au drame. Aux drames devrais-je écrire, car l’auteur mêle habilement plusieurs histoires d’hier et d’aujourd’hui.

En effet, outre la rencontre entre les deux ressortissants d’origine écossaise, il met en scène les nombreux conflits qui ont jalonnés l’existence des deux clans depuis des siècles. Une remontée dans le temps avec à la clé la narration de légendes qui, comme chacun sait, ont souvent une origine réelle et historique, qui donne la saveur au récit.

Mais l’époque actuelle est également évoquée avec la participation de Mahmoud Oz, Turc de nationalité mais qui est confronté à son origine kurde.

Dans un paysage grandiose, au timbre de la cornemuse toujours en fond sonore, Gérard Alle transpose hier et aujourd’hui, mettant en avant les conflits séculaires entre deux clans, deux nations, deux prééminences, deux haines inextinguibles qui probablement ne se résoudront jamais, même dans le sang.

Plus qu’un roman policier, Scottish Lamento est une œuvre qui se veut le reflet d’une société en déliquescence, à cause de la haine et de la rivalité entre les peuples et de ses conséquences, les conflits armés.

 

Les forces de police, en Grande Bretagne, lors des manifestations, par exemple, cherchent à éviter tout affrontement, et je crois que c’est une bonne chose. Les Britanniques ne nous voient pas comme des ennemis. Ce qui se passe en France, où les forces de l’ordre cherchent systématiquement l’affrontement pour dissuader les gens de descendre dans la rue, je crois que ça ne marche pas. La confiance disparait, les gens se radicalisent, et à un moment ou à un autre, il faudra en payer le prix : la violence se retournera contre ceux qui l’exercent.

Gérard ALLE : Scottish Lamento. Editions IN8. Parution 15 septembre 2020. 256 pages. 18,00€.

ISBN : 9782362241109

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 04:24

Hommage à Jimi Hendrix décédé le 18 septembre 1970.

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix.

S’il existe un fan, gardien du temple de la mémoire de Jimi Hendrix, c’est bien Yazid.

Il lance des invitations, pour une soirée destinée à commémorer la disparition du guitariste légendaire, décédé le 18 septembre 1970. Il envoie des cartons à Noël Redding, Eric Burdon, Curtis Knight, Janis Joplin… Janis Joplin qui en apprenant le décès de Jimi, se jura de surveiller ses consommations de drogue et d’alcool, confiant à Mary Friedman, son amie et biographe : Je ne peux tout de même pas partir la même année que lui, vu qu’il est plus célèbre que moi. Elle décèdera le 4 octobre 1970 ! D’une overdose.

Né en 1965, Yazid est un petit gars de la banlieue parisienne et ses parents, originaires du Bénin, se sont séparés alors qu’il avait quinze ans. Il a touché du piano et autres bricoles, mais sans jamais vraiment s’y intéresser. Le déclic de sa passion pour Jimi Hendrix s’effectue en 1977, en regardant à la télévision Point chaud, une émission d’Albert Raisner, l’harmoniciste présentateur de l’émission culte Age tendre et tête de bois. L’annonce de Jimi Hendrix comme le plus grand guitariste du monde le laissa rêveur mais bien vite il fut conquis, et s’enticha de Jimi, se faisant offrir des disques, en parlant à ses amis, devenant peu à peu un inconditionnel. Une quête qu’il effectua comme s’il recherchait un assassin, la drogue.

A la suite d’un documentaire des Enfants du rock, en 1980, il se rend compte que l’entourage de Jimi est plus souvent accroché à l’argent qu’à la musique. Particulièrement Mike Jeffery, le manager escroc controversé de son idole, jusqu’à ce que le père, Al Hendrix, le chasse pour confier l’exploitation de l’héritage Hendrixien à l’avocat noir Leo Branton, lequel s’occupa aussi de Nat King Cole. Personnage sulfureux qui selon certaines personnes serait à l’origine de la mort par overdose de Jimi. Ce n’est pas pour autant que Yazid voue un culte particulier en collectionnant colifichets et autres bricoles témoins du fan obsessionnel, tout au moins au début.

Peu à peu l’âme de Jimi s’infiltre en lui. Il traine au New Morning, se met en relation avec d’autres fans dont Nona, une femme qui habite les Etats-Unis et avec laquelle il correspond longuement, et rêve de réaliser une soirée spéciale Jimi, un hommage gigantesque avec d’anciens musiciens et de nouveaux artistes dilettantes qui jouent du Hendrix pour le plaisir et par passion.

Il va concrétiser son rêve, organiser une soirée spéciale Jimi Hendrix à l’Olympia en septembre 1990, mythique scène parisienne sur laquelle son idole s’est produit par trois reprises. Son jour de gloire lorsqu’enfin il concrétise ce à quoi il aspire avec comme artistes Noel Redding, Eric Burdon, Randy California, Curtis Knight, et dans les coulisses Monika Dannemann, celle qui découvrit Jimi mort dans son lit et que beaucoup accusèrent de ne pas avoir alerté les urgences rapidement, ou même de l’avoir drogué, en lui faisant ingurgiter des somnifères. Bref de l’avoir laissé à son sort, des versions encouragées par sa rivale Kathy Etchingham, laquelle déclarait aimer Jimi mais ne se privait pas de le tromper lorsqu’il était absent et s’était mariée par ailleurs.

En narrant le parcours de Jimi Hendrix via celui plus sage de Yazid Manou, Stéphane Koechlin nous invite à pénétrer l’univers des adorateurs, des idolâtres même, du guitariste décédé à près de 28 ans, mort controversée, mais également à restituer aussi celui des musiciens qui ont gravité dans son sillage (et ses sillons).

Plus qu’une simple biographie, Blues pour Jimi Hendrix est un peu une poupée russe littéraire, colorée, pétillante, additionnée de nombreuses anecdotes et l’on entend presque les riffs de guitare que ceux qui ont assisté à un concert à l’Olympia le 18 octobre 1966 en première partie de Johnny Hallyday puis en vedette en 1967 s’en souviennent encore.

Et ceux qui comme moi n’ont pas eu le privilège de pouvoir s’acheter des places, Europe 1 était là pour suppléer et enregistrer les concerts, et l’émission Musicorama était fort prisée. J’aurais pu évoquer également les relations avec Eric Clapton, Chas Chandler (des Animals tout comme Eric Burdon), Mitch Mitchell, et combien d’autres qui apportèrent leurs pierres à son édifice musical, lui-même n’étant pas en reste de contributions.

J’aurais pu parler de son groupe le Jimi Hendrix Experience (qui ne vécu que quelques semaines) et d’Electric Ladyland, et de bien d’autres choses encore, mais je vous laisse le plaisir de découvrir ce superbe petit ouvrage signé par un connaisseur qui a baigné dans la musique dès sa plus tendre enfance, son père Philippe étant le cofondateur Rock & Folk

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix. Collection Castor Music. Editions du Castor Astral. Parution avril 2010. 200 pages.

ISBN : 9782859208202.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 03:49

L’inoubliable compositeur et interprète d’Ascenseur pour l’échafaud.

Alain GERBER : Miles.

Après Chet, Lady Day, Louie, Charlie, Paul Desmond, ouvrages tous réédités au Livre de Poche, Alain Gerber nous offre sa vision personnelle d’un autre monstre du jazz : Miles Davis.

Et pour cela il a endossé les personnalités de Max Roach, le batteur qui a joué avec Miles et Charlie Parker alias Bird, quelques autres comparses dont, étonnant quoi que, Jimi Hendricks, et Miles lui-même, changeant à chaque fois de style d’écriture afin de mieux se mettre dans la peau du rôle.

Les relations de Miles avec son père, chirurgien dentiste, sa mère Cleota Henry, ses compagnons de route, la musique, la drogue, sont décrites avec verve, tendresse, virulence, sérieux, rage parfois.

Ainsi le témoignage de Max Roach qui décrit l’état de Miles de retour de Paris et dont la liaison avec Juliette Gréco lui trottine toujours dans la tête. Les virées jusqu’à East Saint-Louis en compagnie de Charlie Mingus dit Le Baron, son père étant allé le repêcher en cours de route suite à un appel au secours, la fausse décontraction de ce père envers un fils qui n’arrive pas à se détacher de la drogue. Un père qui paie les dettes sans sourciller, écœuré par les frasques de son fils, mais qu’il tente à chaque fois de remettre sur la bonne voie.

Le témoignage de Miles vis-à-vis de sa mère, qui ayant quitté le foyer familial pour de fumeuses raisons financières et autres, restera toujours un symbole. Et ce malgré les tannées qu’elle lui infligeait enfant, et lorsqu’elle en avait marre de taper sur son fils passait le fouet au père qui trouvait des subterfuges afin de faire croire qu’il corrigeait le jeune Miles.

Cette femme m’aurait tué sur place, que ça ne m’aurait pas dissuadé de l’admirer. Et il continue sur ce registre « Disons que je suis spécial, de ce côté-là. Je suis ainsi fait que je ne peux pas admirer quelqu’un sans l’aimer (sauf Bird, je l’admets, mais c’est l’exception qui confirme la règle). A l’inverse, j’ai beaucoup de mal à aimer si je n’admire pas. Même s’il s’agit de mes propres enfants ».

Effectivement, les rapports entre Bird et Miles n’étaient que purement musicaux, et encore, Dizzy Gillespie servant de tampon. Une rencontre musicale qui le propulse alors qu’auparavant il s’était produit aux côtés d’Eddy Randle et les Blues Devils.

Il s’engagera, sur les conseils de Clark Terry, dans un orchestre de la Nouvelle-Orléans, les Six Brown Cats d’Adam Lambert. Il les suit jusqu’à Chicago, mais ce n’est pas son truc.

Je ne supportais déjà plus ces vieilleries. Pour moi, dès qu’une musique n’est pas du lendemain, c’est qu’elle est de la veille. Et si elle est de la veille, elle est déjà morte. Ce n’est plus qu’un fossile.

Miles Davis, c’est ce caractère progressiste, avec l’envie, le besoin, de toujours aller de l’avant, d’innover, de rechercher, d’explorer, d’inventer. C’est ainsi que par épisodes Alain Gerber nous entraîne sur les traces de ce musicien qui défraya la chronique tant par sa musique que par son comportement, fidèle à lui-même, orgueilleux, technicien, « poussant l’histoire du jazz dans le dos ».

Des témoignages poignants, révélateurs, qui semblent réels, véridiques. Mais Alain Gerber, même s’il extrapole, a construit ce roman avec des matériaux nobles, solides, fiables. Et à la lecture, il me semble encore entendre Alain Gerber narrer à la radio cette pseudo-biographie de Miles Davis. C’était fin 2006 me semble-t-il.

Alain GERBER : Miles. Le Livre de Poche N°31596. Parution novembre 2009. 480 pages.

ISBN : 9782253124856

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 04:26

Cours plus vite Charlie et tu gagneras
Ne te retourne pas…

Alain GERBER : Charlie.

Alain Gerber se nourrit de jazz et son corps en est tellement imprégné que sous ses doigts la musique s’écoule comme d’une source intarissable et multiforme. Ses ouvrages réédités au Livre de Poche en sont la parfaite exemplarité.

Charlie Parker, the Bird. Dès la première phrase il nous en dit tout le bien qu’il pense, sans ambages, sans affectation, concernant celui qui fut considéré, et l’est aujourd’hui encore, comme l’un des tout saxophonistes alto majeurs de tous l’ère jazzistique : Dans le domaine du jazz, je ne place aucun créateur au-dessus de Charlie Parker. Pourtant comme il nous le narre si bien Charlie n’était à l’origine aucunement un génie précoce. Mais ceci n’est qu’une entame, juste de quoi faire saliver le lecteur et l’amateur de jazz.

Le début de l’ouvrage résonne comme une incantation, empreinte de la marque de fabrique poétique d’Alain Gerber, mettant en place le décor de Kansas City, Kay Cee pour les initiés, usant d’une image biblique avec Benjamin le prophète. Puis il laisse la parole à plusieurs interlocuteurs, comme se relayent les solistes d’un band, se réservant le rôle de scripteur d’arrangeur et chef d’orchestre.

Du 29 août 1920, naissance de Charlie Parker junior à Kansas City au 12 ars 1955, décès à New-York de celui qui entre temps est devenu le Bird, chez la baronne Pannonica de Koeningswarter, la mécène du jazz, toute la vie du musicien défile sous la plume sensible d’Alain Gerber ; ses débuts d’enfant « gâté – fils unique et surprotégé par sa mère, querelleur, tyrannique, plein de morgue – et comme un apprenti musicien aux dispositions plus que médiocres, aux progrès laborieux, aux débuts catastrophiques », les influences subies, car Kansas City était à l’époque le lieu de réunion, de rendez-vous des grands musiciens de jazz, comme Count Basie, qui se rencontraient et s’affrontaient par instruments interposés, jusqu’à sa mort à l’âge de trente quatre ans, le médecin légiste devant ce corps usé, abimé, épuisé lui en donnant entre cinquante et soixante.

La vie de Charlie Parker est consacrée au saxophone. Il débute à cet instrument à onze ans et intègre l’orchestre de l’école à quatorze. A dix-sept ans il joue dans des bands de Kansas, et pour parfaire sa technique il écoute sans relâche les disques qu’il parvient à acquérir, enregistrés par les maitres du saxophone de l’époque : Coleman Hawkins, Lester Young, Johnny Hodges, mais aussi d’autres artiste comme Duke Ellington ou Louis Armstrong. Puis il effectue une tournée à New-York. En 1942, date approximative, ce sont les débuts du Be-bop, style engendré avec des musiciens comme le trompettiste Dizzy Gillespie, le pianiste Thelonius Monk, le guitariste Charlie Christian, et les batteurs Max Roach ou Kenny Clarke, et créé dans le but que ceux qui tenaient le haut du pavé en matière de swing, Benny Goodman, Glenn Miller, Tommy Dorsey et autres représentants d’une « ancienne » génération, ne puissent pas jouer ce nouveau genre.

Mais la musique n’adoucit pas forcément les mœurs, l’alcool et la drogue s’immiscent souvent dans le quotidien de ces artistes en recherche de sensations. L’addiction aux drogues, morphine puis héroïne, plus l’abus d’alcool, n’entachent pas sa créativité. Seulement la recherche frénétique de ses doses prime souvent sur ses engagements et il arrive en retard ou n’assure pas concerts et sessions d’enregistrement.

En 1946 il séjournera six mois dans un hôpital psychiatrique. Si ses enregistrements réalisés avec entre autres Dizzy Gillespie et un jeune trompettiste qui deviendra célèbre, Miles Davis, sont aujourd’hui encore considérés comme des chefs d’œuvre, ce ne sont que la partie visible de l’iceberg Charlie Parker.

Alain Gerber s’intéresse aussi profondément à la partie immergée, mais avec compassion, avec sympathie, avec empathie même pourrait-on dire. Car Alain Gerber ne rédige pas une simple biographie, il retrace avec brio et enthousiasme la vie de ces musiciens dont l’existence fut torturée, mouvementée, accidentée, connaissant des hauts et bas, des heures de gloire mais éphémères, des heures de mélancolie et de cauchemar, leur dépendance aux produits illicites étant trop prégnante.

Aujourd’hui c’est Charlie Parker qu’il délivre du mal, tout comme il l’avait fait pour Chet Baker ou Lady Day. Pour Alain Gerber, le jazz est un roman et il en est le chantre.

Un livre indispensable pour mieux comprendre un musicien, une musique, une époque.

Alain GERBER : Charlie. Le livre de Poche n° 32012. Première édition Fayard. Parution Janvier 2011. 512 pages.

ISBN : 9782253123774

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 03:41

Trompette de la renommée…

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer.

Le jeu, c’est aussi une façon de communiquer avec son prochain, de lui faire partager des sentiments. Mais dans le cas que je vais vous évoquer, il ne s’agit plus du jeu tel que décrit ci dessus, mais de musique, dans un roman qui ne manque pas de souffle. Guest star, comme on dit au cinéma, Louis Armstrong. Année de référence, 1934. Lieu, la France, principalement Paris et sa région, mais également Le Havre et la frontière suisse. Le thème, l’argent, bien évidemment, ou plutôt la corruption.

Attention, ce mot n’est pas écrit, mais c’est tout comme. Louis Armstrong s’est séparé de son agent et celui-ci, affilié avec la Mafia, n’a pas apprécié ce congé venant de la part d’une vedette internationale, d’autant que son poulain n’est pas de race blanche. Alors il lance sur les notes du trompettiste un duo d’affreux jojos dont la mission est d’opérer un kidnapping, histoire de montrer au musicien qui commande. Commence une histoire qui va entraîner les deux ravisseurs dans une course poursuite qui deviendra une cavale.

La reconstitution d’une époque où le jazz prenait son envol, accueilli en France comme une musique évolutive, les divers personnages qui émaillent le parcours tels que Joséphine Baker, Hugues Panassié, Robert Desnos, Henry Miller, Howard Hugues ou encore Boris Vian adolescent, insufflent à ce court roman picaresque une note musicale harmonieuse, joyeuse et triste à la fois, comme seuls savent les musiciens de jazz exprimer leurs sentiments à l’aide de leurs instruments.

Michel Boujut est un fin connaisseur et il s’est amusé, pour son plus grand plaisir et celui du lecteur, à imaginer un avatar à l’une des plus grandes stars de la musique, avatar qui est en même temps un divertissement. Un régal.

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer. Collection Rivages Noir N°349. Editions Rivages. Parution 2 février 2000. 156 pages.

ISBN : 978-2743606015

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 07:43

Petite Fleur, Les oignons, Dans les rues d’Antibes… autant de succès à créditer à l’actif de Sidney Bechet, et qui trottinent toujours dans la tête de ceux qui ont été élevés dans l’ambiance radiophonique d’après-guerre.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père.

Mais ces titres, ces interprétations divisent toujours les spécialistes du jazz. Cette période de création, quasi exclusivement française, est-elle à ranger au point de crête de cet instrumentiste ou à classer dans les soupes commerciales ?

Selon son premier admirateur qui a très bien connu l’homme et le musicien sur la fin de sa vie, Daniel-Sidney Bechet son fils, et cette période féconde et fastueuse qui dura dix ans de 1949 à 1959, ces morceaux « appartiennent au patrimoine français. Ces morceaux existent dans la mémoire collective et les jeunes générations réagissent favorablement. C’est comme l’accordéon musette ou les chansons d’Edith Piaf ».

Des succès énormes, repris par bon nombre d’instrumentistes, de groupes, d’interprètes, qui ont peut-être donné une impression de facilité.

Le premier disque d’or fut remis pour Petite Fleur. Autant de bonnes ou mauvaises raisons pour hurler avec les loups ? Daniel Bechet écrit encore : « J’ai rencontré des spécialistes du jazz traditionnel qui n’aimaient pas Bechet parce qu’ils ne supportaient pas le soprano. D’autres m’ont dit : Ton père était un génie, mais dommage qu’il ne soit pas resté à la clarinette ! J’ai entendu dire qu’il bêlait comme une chèvre avec son soprano, et que son vibrato était vulgaire. J’en ai entendu d’autres s’enthousiasmer sur les disques américains de mon père, les New-Orleans Feetwarmers, comme ils disent avec importance, et vouloir jeter tous les disques français à la poubelle ! C’est étonnant ! J’ai remarqué aussi que c’était toujours les musiciens les plus médiocres qui donnaient des avis aussi sévères ».

La messe est dite, la jalousie fera toujours « jaser ».

De la naissance de son père à La Nouvelle-Orléans le 14 mai 1897, et même avant, jusqu’à son décès en 1959, le jour où il devait fêter son anniversaire, Daniel Bechet retrace la carrière de celui qui fut un précurseur et un interprète magistral.

Souvent avec pudeur, parfois avec cet enthousiasme juvénile et filial que l’on ne saura lui reprocher, il relate les débuts de cette carrière qui s’accomplit en dents de scie, avec des moments privilégiés comme en ce jour de l’été 1919 lorsque Sidney Bechet joua à Londres devant le roi George V d’Angleterre et la reine Mary. Ce qui, pour la petite histoire, engendrera la parution du premier article écrit sur le jazz par le chef d’orchestre de musique classique Ernest Ansermet qui assista à plusieurs reprises aux prestations du quintet de Will Marion Cook, formation à laquelle appartenait le jeune clarinettiste.

Mais il y eut l’épisode désastreux de fin 1928, à Paris, une rixe qui opposa Bechet à un jeune banjoïste Mike McKendrik et dont l’origine peut être imputée à une histoire banale de fille, ou à une histoire de racisme.

Né au début des années cinquante, Daniel Bechet n’a pas vécu tous les épisodes décrits, mais il s’appuie sur des témoignages fiables de compagnons de route de son père. Ce qui apporte non seulement un éclairage nouveau mais donne une force, une tonicité, une authenticité, une pudeur, une réserve dans certains cas, au récit, que l’on ne retrouve pas dans les dictionnaires et certains ouvrages consacrés au jazz.

Daniel Bechet va au-delà des années soixante, intégrant sa jeunesse puis son parcours de musicien, les drames familiaux et épisodes malheureux vécus de l’intérieur, ses relations avec sa mère, avec d’autres musiciens, sur le jazz et autres considérations qui ne manquent pas d’intérêt et de sel.

Cet ouvrage, passionnant comme un roman policier et qui comporte de nombreuses photos inédites, a été écrit avec la complicité de Fabrice Zammarchi, musicien lui-même jouant des mêmes instruments que Sidney Bechet et auteur de biographies, dont dernièrement : Claude Luter, Saint-Germain Dance.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution 13 novembre 2009. 234 pages.

ISBN : 978-2753805187

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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