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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:45

Faites l'amour et pas la guerre ou l'art de s'envoyer en l'air !

Jan THIRION : La grande déculottée.

Cela commence à bien faire. Ils étaient partis pour trois semaines, maximum, et les mois s'éternisent.

Les hommes du front en ont marre et ils se prennent la tête. A l'arrière, les autres, les civils, eux aussi en ont marre. Ah, si c'étaient eux qui étaient là-bas, du côté de Souain, dans les tranchées, sûr que ce serait tranché depuis longtemps.

Marcaillou, vingt-six ans et quatre mois. Dans la fleur de l'âge comme ses compagnons d'infortune. Ceux qui restent, les valides. Mais une rumeur enfle, un espoir fleurit, il paraitrait qu'elle s'approche. Elle était là-bas, il n'y a pas si longtemps, et puis là pas plus tard que... Mais si, là voilà, trois véhicules verts s'arrêtent, des hommes en descendent, au garde-à-vous, cela prêterait à rire.

Les pioupious n'ont même pas eu le temps de se décrotter les vêtements et les godillots. Ils ne sont pas présentables et pourtant ils sont tous là, à présenter armes à la capitaine Pubis. Mon Dieu, qu'elle est belle, pensent-ils tous, certains avec d'autres mots mais tous avec admiration.

Elle passe en revue les hommes alignés devant elle dans la tranchée bombardée. Parfois des éclaboussures de terre voltigent, mais ce n'est rien. Tous sont obnubilés par sa beauté, et son courage. Elle doit remplir une mission, choisir un adjoint.

Marcaillou, contre toute attente, et à sa grande surprise, est désigné comme celui qui va remplir l'office auprès de la capitaine Pubis. Quoi, il ne sait pas, entre les rumeurs et le réel, c'est plus qu'une tranchée, c'est un gouffre. Alors il suit ceux qui accompagnaient la capitaine vers une destination inconnue, traversant le camp où tous les pioupious sont en train de ranger, nettoyer, démonter, armes et véhicules.

Dans une guitoune un bac d'eau l'attend. Il doit procéder à des ablutions qui ne sont pas du luxe. Puis il est invité à se rendre sous une autre tente, celle de la Capitaine pubis, où l'attend un repas fin (pour l'époque, car roboratif et chaud) et le lit de la capitaine.

Mais quel est le dessein de la Capitaine Pubis en choisissant un jeune mâle fougueux et en manque ?

Il est temps maintenant de s'intéresser au parcours de Célestine Pubis, parcours amoureux entamé par des plaisirs solitaires non dénués de conséquences. Car ses transports amoureux, seule ou en compagnie, se traduisent toujours par des manifestations étranges et sismiques. Et la locution coup de foudre prend ici toute sa signification sous la plume de Jan Thirion. Alors pourquoi ne pas utiliser ses dons orgasmiques pour la Patrie ?

 

Jamais trivial, tout est en pudeur et en retenue (si l'on peut dire !), La grande déculottée est un conte grivois, moral, tournant la guerre en dérision, ce qui n'est pas dérisoire, usant d'un humour caustique, d'une ironie mordante, prônant une guerre en dentelle, avec parfois des accents oniriques.

Ce qui pourrait être une bluette est en réalité un réquisitoire contre la guerre et toutes les vicissitudes qu'elle engendre. Ode à l'amour, charnel, et surtout à l'encontre des soldats qui ont l'honneur de se trouver au premier rang des combats, sans compensation, alors qu'à l'arrière les militaires en chausson se prélassent dans les divans des belles respectueuses.

Jan Thirion nous propose une utopie qui malheureusement ne jamais se réalisera. On ne pourra que le regretter. Ce serait trop beau si un jour cela pouvait se réaliser. Et s'il revisite la Grande Guerre, Verdun, Amiens et autres endroits où le courage des soldats était à la hauteur de l'incompétence de leurs chefs, c'est bien pour leur rendre hommage, mais également au rôle parfois méconnu de certaines femmes qui savaient remonter dans l'ombre le moral des troupes.

 

Vous pouvez faire votre marché, sur le site des éditions SKA. La visite est gratuite, pas comme au Salon du Livre de Paris.

 

Jan THIRION : La grande déculottée. Novella numérique. Collection Culissime. Edition Ska. Parution mars 2016. 227 pages. 3,99€.

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 17:08

Le nez dans la poussière...

C'est pas la faute à Voltaire !

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde.

Et de la poussière, il en vole dans Paris et plus particulièrement dans l'échoppe d'un apothicaire. Une poudre blanche qui provoque la mort du potard. Pour les policiers arrivés sur place, il ne fait aucun doute, l'homme a été poignardé. Pour le médecin, la situation est plus grave. Le défunt avait contracté la peste. Mais il ne faut pas ébruiter cette information, afin d'éviter un vent de panique qui pourrait se transmettre comme une traînée de poudre. Il ne faut en aucun cas que les Parisiens s'affolent. Dernière petite précision, le pharmacien italien se nommait Sanofo Sanofi, un nom prédestiné.

Pendant ce temps François-Marie Arouet, plus connu des collégiens et des lycéens sous le nom de Voltaire, passe du bon temps à Cirey, propriété de la famille du Châtelet dont une représentante est Emilie, sa maîtresse avouée. La noble demeure tombe en ruines et il a toute latitude pour rénover ce château ancestral. Il ne ménage pas sa peine, ni l'argent. Emilie bientôt vient lui rendre visite. Mais ils ne s'entendent pas sur la disposition des fenêtres, des escaliers, de petits détails.

Des Anglais viennent s'immiscer dans ce bel ordonnancement foutraque. Accompagné de deux personnages qui feraient fortune dans une foire aux monstres, le sujet de la perfide Albion se présente. Hyde, gardeneur, enfin jardinier-paysagiste, baronet of Jek'Hill. Mais les incidents s'enchaînent. Voltaire manque sombrer alors qu'il s'est réfugié à bord d'un canot. Il est sauvé de la noyade par Buffon, qui se promenait dans le quartier, étudiant faune et flore. Il échappe également de peu à une poutre éprise de liberté qui tombe d'un échafaudage. Et un message codé lui est remis, signifiant à peu près qu'il est en danger, qu'il doit regagner Paris au plus vite. Signé un admirateur secret.

C'est le départ pour la capitale mais les soldats rôdent. Hyde lui conseille de se cacher dans une malle capitonnée, lubie à laquelle il se plie volontiers. Enfin presque. La cantine est emplie de ses œuvres tandis que Voltaire qui se doutait d'une manœuvre pas très catholique gagne Paris dans la voiture d'Emilie. Arrêté par les douaniers, il ne peut faire que contre mauvaise fortune bon cœur. Ses charcuteries lorraines, rillettes et saucissons sont taxés hors de prix.

- Mais c'est vu vol, s'insurgea la philosophie maltraitée.
- oui, mais c'est décidé par l'Etat, alors c'est légal, dit le douanier.

Alors que le syndrome de la peste s'est propagé comme une traînée de poudre (bis), Hérault, lieutenant de police, mande à Voltaire d'enquêter sur cette manifestation mettant en péril la vie de ses concitoyens, malgré les gens d'arme qui sont à la recherche du philosophe pour ses écrits séditieux. Voltaire, toujours accompagné de son fidèle secrétaire, l'abbé Linant, s'installe chez son frère Armand, celui-ci supposé vaquer en un autre lieu en province. Il se vêt des habits de son aîné et bientôt il va se trouver confronté à de nombreuses péripéties, en compagnie ou séparément et malgré lui, d'Armand, receveur des épices, ce qui ne veut pas dire qu'il était épicier, mais qu'il était chargé de percevoir la taxe due pour les minutes à l'issue d'un procès par écrit. Ce point d'histoire éclairci, revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Et c'est ainsi qu'entre Voltaire et son frère Armand s'établit un chassé-croisé qui met aux prises les deux hommes à des personnages qui prennent l'un pour l'autre, et inversement.

 

Un livre réjouissant, humoristique, mettant Voltaire dans des situations périlleuses, mêlant personnages de fiction et ceux ayant véritablement existés.

Les rapports entre Voltaire et son frère, qui s'entendent comme chien et chat, leurs démêlés, les incidents, pour ne pas dire les accidents et tentatives de meurtre auxquels ils sont confrontés, l'ambiance qui règne dans un Paris pesteux, et les manigances médicales et autres, les tours de passe-passe, tout ceci fait de ce roman un livre hautement jouissif.

Voltaire est montré sous un jour facétieux, entre Louis de Funés et Rowan Atkinson (mais si, vous connaissez ! Mister Bean !), et pourtant certains épisodes sont véridiques. Pour preuve les différents documents, lettres principalement, qui sont donnés en exemple en fin de volume.

Voltaire est en avance sur son temps et certaines de ses expressions resteront dans la mémoire musicale. Ainsi s'écrie-t-il, alors qu'il est dans une barque en train de couler : Help ! I need somebody ! Help ! Des paroles dont s'empareront quatre garçons dans le vent plus de deux siècles plus tard pour forger un tube mondial, le terme planétaire devenant tellement galvaudé, et qui marquerat toute une génération.

Les petites répliques acides, les remarques non dénuées de bon sens prolifèrent comme autant de piques :

- Les gens ont du mal à comprendre que les livres sont tous différents, surtout quand ils ne les lisent pas.

Et l'auteur, Frédéric Lenormand, ne se prive pas de s'amuser avec l'actualité, qui comme nous le savons, n'est qu'une répétition d'épisodes déjà joués dans les siècles précédents.

- Alors ? Vous avez réfléchi à ma proposition ?
- J'y pense tous les matins en me rasant.
- Tiens ? Vous vous rasez vous-même ?
- Oui, je côtoie trop de raseurs dans la journée.

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde. Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 février 2016. 342 pages. 18,00€.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:56

Un cimeterre pour un cimetière...

Jean MAZARIN : Handschar.

Sarajevo. 5 février 1994. Entre Serbes, Croates et Bosniaques, les divergences, souvent religieuses et politiques, se résolvent par armes à feu interposées. Des tireurs d'élite sont embusqués sur les toits des habitations.

En temps de guerre comme en temps de paix, les langues se délient l'heure de la mort venue. Ainsi Djamila sentant sa fin prochaine déclare dans son dernier souffle à Farid Karaïlo que son père a été assassiné, lors de la Seconde Guerre Mondiale, par Mustapha Nuvjak. Or Mustapha Nuvjak est un héros local. Il ne peut y croire mais Djamila possède une preuve détenue dans une boîte.

Karaïlo profite de sa position de snipper pour abattre Mustapha. Seulement un homme, un ancien policier, déduit par les balles retrouvées dans le corps qu'il s'agit de quelqu'un de chez eux. Il prévient Laïk, le petit-fils de Mustapha, qui parle parfaitement le français sert comme interprète, le lançant sur la piste du Handschar. Le jeune homme décide de se venger et se rend au siège de la milice Handschar. Il apprend auprès d'un vieux milicien que le Handschar est venue en aide aux Bosniaques afin de résister aux offensives serbes. Mais le soldat lui avoue également que lui, Salem Meho, son grand-père Mustapha Nevjak et le père de Farid Karaïlo, Osman Karaïlo, étaient amis, comme des frères, durant l'autre guerre, alors que les Allemands envahissaient le pays.

Enfin il apprend que l'assassin est effectivement Farid Karaïlo et il l'abat sans tergiverser. Seulement un témoin a vu Laïk sortant de chez Karaïlo et il doit s'enfuir. Grâce à une adresse fournie par son père il sait qu'il va trouver refuge chez un nommé Cambérac à Villefranche-de-Rouergue, France.

 

A Villefranche-de-Rouergue, dans le même moment, les policiers et les gendarmes sont sur les dents. Un second cadavre, voire un deuxième, a été retrouvé dans une ravine près de la cité. Si le premier cadavre était celui d'une étrangère, cette fois il s'agit d'une payse. Un suspect est rapidement appréhendé, un Hongrois dépendant à la Légion Etrangère. Il possédait dans ses affaires un briquet appartement à la morte. Le présumé coupable se défend, prétendant qu'il venait retrouver une certaine Wanda qui vend ses charmes à Paris. Evidemment il s'agit d'un prénom d'emprunt. De toute façon il ne dira rien de plus, car il se pend dans sa cellule. C'est dans cette ambiance délétère que Laïk arrive, muni de papiers en bonne et due forme, ou presque, afin de connaître l'histoire dans laquelle son grand-père, Karaïlo père et Meho étaient impliqués.

 

Février 1943. Les trois hommes, Karaïlo, Nuvjak et Meho, comme bien d'autres ayant écouté l'appel du grand Mufti de Jérusalem, se sont engagés dans la 13e division de la Waffen-SS Handschar. Ces musulmans bosniaques étaient partis avec la ferme intention, après avoir subi un entraînement prodigué par les officiers Allemands, de revenir en Bosnie combattre les communistes, les partisans titistes dirigés par le chef communiste Tito, mais également les Oustachis, mouvement séparatiste croate, antisémite, fasciste et antiyougoslave. Ces combattants d'un nouveau genre sont encadrés également par des imans qui les exhortent à la discipline. Justement cette discipline de fer et les outrages, les violences, les exactions déshonorantes pratiquées par les officiers et sous-officiers allemands à leur encontre bientôt leur insuffle l'idée d'une mutinerie.

 

L'emblème de la 13e division Waffen-SS Handschar

L'emblème de la 13e division Waffen-SS Handschar

C'est cet épisode que narre Jean Mazarin, alternant récit d'une histoire vraie mais méconnue qui s'est déroulée sur le sol français en 1943, et les meurtres enregistrés cinquante ans plus tard dans la même ville aveyronnaise.

Bien sûr les noms ont été changés, des situations et des événements, notamment ceux qui se déroulent en 1994, sont pure fiction, mais l'histoire de la 13e division de montagne de la Waffen-SS Handschar est, elle, réelle, de même que la mutinerie qui se produisit en septembre 1943.

Ces deux récits, l'un historique et l'autre imaginé, s'intègrent parfaitement l'un dans l'autre et nous suivons tour à tour ces épisodes douloureux. Deux histoires en une écrites avec force et sobriété par un auteur qui avait déjà abordé l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale dans des romans comme Collabo Song, Il va neiger sur Venise, ou encore Zazou.

 

Deux enseignements, deux leçons sont à tirer de ce roman. D'abord sur les religions qui prônent l'amour du prochain, et qui sont les premières à soulever les hommes les uns contre les autres pour des raisons de préséance déitique. Ensuite, il ne faut pas faire foi aux rumeurs, aux racontars, aux préjugés, se fier à des impressions qui peuvent se révéler erronées et qui amènent à accomplir des gestes regrettables non en conformité avec la réalité des faits.

 

Couverture prévue pour une édition chez Nuit Blanche programmée en 2011/2012 puis abandonnée par faute de moyens financiers

Couverture prévue pour une édition chez Nuit Blanche programmée en 2011/2012 puis abandonnée par faute de moyens financiers

Jean MAZARIN : Handschar. Editions L'Atelier Mosesu. Parution 10 février 2016. 174 pages. 16,00€.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 09:15

Et les gondoles vont servir de luges ?

Jean MAZARIN : Il va neiger sur Venise.

Lorsqu’il était étudiant, Michel Brannelec avait participé au tournage de quelques films en tant que figurant puis il avait été obligé de partir en Algérie, la nation française lui ayant offert un billet de bateau avec l’uniforme de para d’infanterie de marine en prime.

Il est revenu avec une jambe claudicante et ses rêves à exaucer. Lorsque son agent lui propose de rejoindre Vadim qui tourne à Venise son film Sait-on jamais avec Christian Marquand et Françoise Arnoul, il pense qu’enfin sa voie est tracée et son avenir assuré.

L’emploi proposé n’est pas tout à fait à la hauteur de ses attentes, mais au moins il aura un pied dans la bobine. Il est embauché comme stagiaire assistant, chargé des feuilles de paye des machinistes italiens, mais au moins il peut fréquenter une équipe de tournage et c’est ce qui lui importe. A son arrivée, il est pris en charge par un surnommé La Louche et fait connaissance avec l’équipe qui loge au Palais Bembo. En face, c’est l’effervescence.

Le cadavre d’un homme a été retrouvé dans l’appartement qu’il louait, la tête défoncée par un pilon de cuivre. Le vice-brigadier Adolfo Serra et le commissaire Busetti, chargés de l’enquête, apprennent auprès du concierge que l’homme était accompagné d’une femme, absente depuis la veille. Mais leurs investigations dans l’appartement révèlent bien des surprises. Sous le cadavre ils découvrent une vieille clé dont la destination leur est pour l’heure inconnue, puis dans un tiroir une forte somme d’argent. Si des vêtements féminins sont accrochés dans la penderie de la seconde chambre, ils sont forts étonnés d’en trouver également dans celle du défunt de même que des pots de soins corporels. Le légiste discerne un tatouage sous l’aisselle du défunt démontrant que l’homme aurait appartenu à la Waffen SS. En réalité celui-ci n’est pas Allemand mais Autrichien et son épouse supposée, rentrée le matin de la découverte du meurtre, est sa sœur Heidi.

Michel se rend compte que Heidi semble s’intéresser à lui, pourtant la jeune femme rencontre un autre homme, plus âgé. C’est un ami de son frère assure-t-elle, et les policiers eux aussi sont intéressés par cet homme, Autrichien comme le mort.

 

Entre 1957, année du tournage de Sait-on jamais, et 1936, puis 1945, l’histoire, et l’Histoire, se catapultent. Enquête sur un meurtre et secrets liés à des événements qui ont eu lieu avant et pendant la guerre puis durant la débâcle italienne s’imbriquent avec rigueur. Les personnages fictifs et réels sont liés sur le même plateau de tournage à Venise, dans les mêmes lieux, mais seuls quelques protagonistes chanceux, dont le lecteur qui fait partie prenante de l’intrigue, connaitront véritablement le fin mot de cette histoire.

Jean Mazarin fait revivre une époque qui n’est pas encore débarrassée des miasmes de la Seconde guerre mondiale, alors que la guerre d’Algérie meurtrit déjà les esprits et les corps. Vadim, Christian Marquand, Françoise Arnoul ainsi que Benito Mussolini et quelques autres ne sont pas là pour effectuer de la figuration intelligente, mais deviennent acteurs parfois décisifs malgré le petit rôle qui leur est alloué.

Jean Mazarin aurait pu étoffer son roman de descriptions de scènes de tournage, mais tout est dans le suggestif. Venise, ses canaux, ses vaporettos, ses hôtels particuliers plus ou moins bien entretenus s’intègrent comme le décor nécessaire, loin du cliché de carte postale.

Après bien des années d’absence pour cause d’écriture de scénario, Jean Mazarin nous revient avec un roman à placer à côté de ses ouvrages majeurs comme Collabo-song, Grand Prix de Littérature Policière en 1983. Un retour qui je l’espère ne sera pas un feu de paille ou le chant du cygne.

Il revient au cadavre qui porte pour tout vêtement un caleçon à fleurs. C’est grotesque et indécent. La loi devrait interdire aux cadavres de se présenter en pareille tenue.

- Ce Français, tu as couché avec ?
- Tu connais d’autres moyens pour une femme de rendre un homme dépendant ?

Jean MAZARIN : Il va neiger sur Venise. Collection Polar, éditions Nuits Blanches. Parution janvier 2011. 230 pages.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:14

Quand on vous dit, mesdames, de ne pas trop vous maquiller !

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison.

Si la comtesse de Lignac est venue s'installer dans le couvent de l'Assomption afin de se reposer, c'est mal connaître ce qu'il s'y déroule.

Pas tout le temps, d'accord, mais ce jour là, en descendant l'escalier, elle aperçoit, allongé sur les tomettes qui recouvrent le sol, le cadavre d'une novice. Morte.

Un spectacle horrible qui suit celui, charmant, que regardait peu de temps auparavant, Madame de Lignac par la fenêtre de son appartement. Les gamines mises en pension et qui s'ébrouaient lors de la récréation, dont une jolie fillette ayant pour nom Alexandrine Lenormant d'Etiolles, la fille de Madame de Pompadour.

Selon toute probabilité sœur Agnès est tombée dans l'escalier et s'est tuée en se cognant la tête contre une marche. Sœur Angélique est effondrée. Les deux religieuses étaient si proches. Aussitôt François Vernet le chirurgien de l'institution est prévenu. Mais surtout il faut mettre les jeunes pensionnaires à l'abri, afin de leur éviter un traumatisme. Sœur Antoine se rend auprès de la Supérieure car elle a une communication importante à lui confier, quelque chose qui la tourmente concernant sœur Agnès.

 

Dans son laboratoire où elle prépare avec amour et quelques ingrédients choisis potions, pommades, fards et autres substituts de beauté, Marie-Anne, dite Manon, est dépitée. Son lait virginal (un cosmétique, je précise) a tourné. Elle a vingt ans, s'est mariée avec Joseph Vérité, un garde-française, et reprend avec bonheur la boutique familiale, le Bouquet de Senteurs, en compagnie de son frère Claude et de quelques employés dont Louis, Rosine, et son neveu Jean-Baptiste, un gamin qui présente des signes d'autisme, même si cette maladie était inconnue à l'époque, mais qui possède un nez, lequel appendice sera d'un grand recours à Manon plus tard. Si elle mène la baraque avec vivacité, bonheur et intelligence, ses fards étant fort prisés, c'est Claude qui en est le propriétaire officiel, car en ce temps les femmes n'avaient pas voix et voie au commerce.

François Vernet, son beau-frère époux de sa sœur Catherine, vient lui rendre visite et lui annonce le drame du couvent. Or la sœur de François Vernet, elle-même religieuse dans cette communauté sous le nom de sœur Antoine, lui a appris qu'elle avait lavé le couloir après la chute de sœur Agnès et qu'il y avait du sang sur un chandelier. La supérieure n'avait été convaincue par les assertions de sœur Antoine, qui a parfois un comportement trouble. Mais cela suffisait-il pour enfermer la religieuse à la Salpêtrière, dans la partie réservée aux folles ? Et si sœur Antoine ne délirait pas et avait réellement vu du sang et l'avait effacé avec un linge ?

 

Manon profite de livrer savons et autres produits à madame de Lignac à l'Assomption et en profite pour rencontrer madame Dornoy, la gouvernante d'Alexandrine, et la belle Anne-Sophie de la Forge, la sous-gouvernante, il faut bien deux personnes pour s'occuper de la fille de Madame de Pompadour, sinon plus. Elle désire en apprendre un peu plus sur le drame qui s'est déroulé peu de temps auparavant. Nicole du Hausset, sa marraine et femme de compagnie de madame de Pompadour, est venue rendre visite à Alexandrine et Anne-Sophie est intéressée par ce genre de confidences.

 

Mais l'attention de Manon va bientôt être accaparée par une autre affaire qui risque de nuire à son commerce. Des fards provenant de son laboratoire ont été empoisonnés, et madame de Pompadour semble en être la principale destinataire. Pourtant c'est une jeune soprano qui, pour interpréter un rôle dans Les Indes Galantes de Rameau, s'était maquillée et en a subit les funestes conséquences. Funestes pour son visage défiguré par des boursouflures purulentes. Mais qui donc peut en vouloir à Madame de Pompadour, si c'est bien elle qui était visée ? Comment le boîtier contenant la poudre a pu atterrir entre les mains de l'actrice ? D'autres victimes seraient-elles à déplorer ? Ou tout simplement un concurrent de Manon n'essaierait-il pas de lui porter préjudice ? Et enfin, le décès de sœur Agnès n'est-il pas lié justement à celle des fards empoisonnés ?

 

De la rue Saint-honoré où est située la boutique le Bouquet de Senteurs à la Salpêtrière, du château de Versailles au château de Bellevue, résidence offerte par Louis XV à la favorite, le lecteur est entraîné dans un roman policier historique de fort bon aloi.

La plupart des personnages qui évoluent dans ce roman ont réellement existé, mais n'ont pas joué forcément le rôle qui leur est dévolu dans cette intrigue.

Manon est l'héroïne principale mais François Vernet, son beau-frère, Joseph, son mari, Jean-Baptiste, son neveu, et le lieutenant général Berryer vont prendre une part auxiliaire mais non négligeable dans la résolution de cette énigme. Manon, une forte femme, moralement, dans un XVIIIe siècle dans lequel les femmes n'avaient guère droit au chapitre, et ne pouvaient s'occuper d'affaires commerciales, n'est mariée que depuis un peu plus de six mois. Pourtant elle commence à se languir et à se demander quelle va être sa vie avec un mari souvent parti pour obligations militaires. De plus Joseph, sans être volage, revoit de temps à autre Violette, qui fut sa maîtresse, et est devenue une mamie de Manon. Violette, qui interprète un petit rôle dans Les Indes Galantes et qui a trouvé dans la loge de la soprano, un coffret contenant les fards empoisonnés appartenant à Madame de Pompadour, plongeant Manon dans des affres indescriptibles. Car ce coffret provient de sa boutique, Violette inconsciemment déclenchant toute cette histoire.

Apparemment, Béatrice Egémar possède une affection particulière pour les prénoms en A. Outre Marie-Anne dite Manon et Anne-Sophie de la Forge, évoluent Alexandrine, Agnès, Angélique, sœur Antoine, Aimée, Aglaé et quelques autres. Mais peut-être était-ce l'époque qui voulait cela.

 

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison. Editions Presses de la Cité. Parution le 14 janvier 2016. 368 pages. 21,50€.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:53

Mais c'est Dieu qui l'a créée ! Il parait...

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme

Dans la série Moi j'aime le cinéma, incontestablement on ne peut passer sous silence, et je m'en voudrais de le faire, de passer sous silence donc, les romans de Stuart Kaminsky.

Du moins ceux qui mettent en scène le privé californien Toby Peters. Je ne veux pas dire pour autant que les autres sont moins intéressants, loin de là, mais j'ai comme qui dirait un faible pour ce mec qui a toujours mal au dos. Peut-être une forme inavouée de symbiose.

Revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Un des romans de Stuart Kaminsky porte le titre français de Moi, j'aime le cinéma, et qui s'en plaindra, contant l'une des aventures de Toby, l'homme qui enquête dans les milieux cinématographiques hollywoodiens des années 1940 et se retrouve à chaque fois fauché, malgré la qualité de ses clients qui, soit dit en passant, pourraient se fouler un peu plus le poignet en versant l'obole qu'il a largement mérité.

Je sais, j'utilise abondamment des adverbes, surtout en ment, et alors, c'est défendu ? Il me semble qu'ils sont dûment répertorié dans les dictionnaires de bon aloi. Et Bernard Pivot à qui un journal littéraire avait posé la question s'il était pour la suppression des adverbes se terminant pas ment, avait répondu évidemment !

Vous remarquerez que je ne me prive pas, comme les scénaristes ou les feuilletonistes qui divergent afin de faire durer le suspense, à moins qu'ils se trouvent bloqués dans une situation inextricable et demandent à un de leurs copains de leur souffler la suite du texte qu'ils doivent écrire, de prendre des chemins de traverse et d'allonger la sauce.

Dans Et le Diable rencontra la femme (le veinard !), Toby est contacté par le mari de Bette Davis. Il travaille pour un bureau d'études non gouvernemental, s'occupant de recherches aéronautiques confidentielles, et dont le résultat pourrait influer sur la prolongation du conflit modial (je rappelle que cette histoire se déroule en 1943, mais vous le saviez déjà peut-être). Un inconnu lui a téléphoné, le menaçant de créer un énorme scandale, d'enlever sa femme, affirmant posséder un enregistrement dans lequel Bette Davis... (Toby ne veut pas en savoir davantage), bref de lui fournir certains renseignements, notre détective devant assurer la transaction.

Toby accepte le mission, c'est à dire protéger la vedette, et fait appel à ses amis, Gunther le nain, Sheldon le dentiste, Jérémy le poète. Persuadé que le premier mari de Bette Davis ne peut qu'être le maître-chanteur, il décide de s'octroyer également les services d'Andréa Pincketts, le détective le plus louche du monde, avec qui il avait fait équipe à ses débuts quelques années auparavant.

Pinketts se souvient fort bien de l'incident de l'enregistrement, auquel Toby avait lui aussi participé n'étant pas au courant du travail peu ragoûtant qu'il devait alors effectuer et les conséquences qui en résulteraient.

Pinketts et Toby avaient procédé à la demande du premier mari de Bette à un enregistrement des relations charnelles entre l'actrice et un troisième larron, de la conversation explicite échangée et des bruits non moins explicites. Le mari bafoué, je sais dit comme ça cela fait un peu tiré par la queue, avait récupéré l'objet compromettant ignorant que Pinketts en avait réalisé un autre, échangé quelques semaines plus tard contre une coquette somme d'argent.

Toby tente de remonter la filière, mais des tueurs se dressent sur son chemin et il se fait enlever en compagnie de celle qu'il doit protéger. Pas bon pour son image de marque !

 

Cette aventure inédite de Toby Peters, qui a toujours mal au dos et entretient avec sa logeuse des relations non équivoques, d'ailleurs cela ne le tente pas, est un véritable régal aussi bien pour les cinéphiles que pour les autres. Le lecteur découvre une facette de l'actrice qui porte mal son prénom, facette qu'il ne connaissait peut-être pas.

Celle d'une femme qui, malgré son statut de star, n'hésite pas à remonter le moral des troupes, proposant par exemple un lieu de rencontres, de spectacles, aux soldats en permission ou en instance de départ pour le Pacifique. Ou encore, récitant un poème lors d'une soirée organisée entre gens de la petite société.

Un roman qui nous change des serials killers à la mode et donne envie de retrouver le charme des films en noir et blanc.

 

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme (The devil met a lady - 1993. Traduction de François Loubet). Collection Grands Détectives N°3011. Editions 10/18. Parution novembre 1998. 240 pages.

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 10:29

Bon anniversaire à Hubert Prolongeau

né le 27 janvier 1962.

Hubert PROLONGEAU : L’assassin de Bonaparte.

Le décor, l’ambiance, la restitution de scènes historiques sont aussi pour Hubert Prolongeau les ressorts principaux utilisés, la partie enquête n’étant qu’un ingrédient dilué dans l’histoire.

Lors de la campagne d’Italie en 1796, le jeune Sébastien Cronberg, d’origine franco-allemande, voit sa mère et une partie des habitants du village où il habite passés par les armes, désignés au hasard par Lannes.

Il ressent une terrible envie de vengeance envers Bonaparte et va tenter de l’assassiner. Curieusement, son forfait ne peut être perpétré, et Cronberg va s’enticher de ce général qui ne pense qu’à rejoindre sa femme Joséphine.

De retour à Paris, Bonaparte confie une mission délicate à Cronberg. Retrouver des missives qu’il aurait écrite et qui ont été dérobées lors du meurtre de Barbey, un proche du Directoire.

 

Etonnant que ce revirement dans les sentiments d’un jeune homme meurtri physiquement et moralement par Bonaparte et ses hommes et qui deviendra le plus fervent défenseur de celui qui déjà est considéré comme un futur dictateur.

La reconstitution de la tuerie du village de Binasco, près de Pavie, est un moment d’horreur tel qu’ont pu en connaître certains habitants de bourgades décimées lors de la seconde guerre mondiale, les moyens n’étant pas les mêmes mais les représailles si.

Et la ferveur napoléonienne, la fascination envers celui qui deviendra Napoléon 1er, ressemble un peu à celle ressentie par les Allemands, du moins une partie de la population, envers qui vous savez.

 

Première édition Le Masque moyen Format. Parution décembre 2001.

Première édition Le Masque moyen Format. Parution décembre 2001.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°35009. Parution janvier 2005.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°35009. Parution janvier 2005.

Hubert PROLONGEAU : L’assassin de Bonaparte. Réédition J'Ai Lu Librio. Collection J'Ai Lu Roman. 15 octobre 2014. 384 pages. 7,60€.

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 09:21

Et si c'était vrai...

Jean-Jacques REBOUX : Je suis partout ; les derniers jours de Nicolas Sarkozy.

Politique-fiction ou uchronie ? Satire, pamphlet, ou simple fiction basée sur des personnages réels ? Un peu de tout ça mon général, comme dirait Sarko qui voue à de Gaulle une grande admiration. Un relent de mai 68 qui lui obstrue encore les bronches et le fait vitupérer contre la chienlit encore aujourd’hui. Mais ceci est une autre histoire, quoi que, si l’on se réfère à sa motivation à devenir président, c’est un peu à cause des conséquences de mai 68. S’il n’avait pas été interdit de manifestation par sa mère pour soutenir le général le 31 mai 1968, son destin aurait-il été autre ? Peut-être. C’est à partir de cette époque et en 1970 qu’il décide qu’un jour il sera président. On peut affirmer qu’il ne s’agit pas dès lors d’une idéologie mais d’une ambition personnelle.

Sarkozy, ou plutôt Sàrközy, c’est un nom difficile à porter, quand on en connait la signification – Sàr = boue, Közy = entre, soit entre les boues – et lorsqu’on a un père qui trainaille voir les jolies femmes, délaissant son épouse et ses gosses, fatalement on se fait chahuter à l’école. La vie de gamin n’est pas un long fleuve tranquille, pour le petit Nicolas, Nicolas Minus comme l’avait surnommé jeune son frère Guillaume. Le temps passe et nous retrouvons le petit Nicolas en octobre et novembre 2007.

Réconciliés pour la forme et dans l’optique des élections présidentielles, dans une unité de façade factice afin de ne pas décevoir les électeurs principalement de sexe féminin, Nicolas et Cécilia se sont séparés et Nicolas qui depuis l’enfance est obsédé par son organe génital se trouve bien seul en son grand palais. Grâce à Jacques Séguéla il fait la connaissance de Carla, dont la voix fluette n’aura pas été prépondérante dans les urnes, et youpi, coup de foudre et autres assurés.

Mais notre président, qui a le don d’ubiquité et celui d’énerver pas mal de monde, est sujet à des malaises dont l’origine est indiscernable. D’abord lors d’une réunion du G8 le 7 juillet 2007, puis le 26 juillet 2009, alors qu’il décide d’aller effectuer un petit jogging dominical et qu’un rêve qui va devenir récurrent l’a laissé profondément perturbé physiquement et mentalement. Ce rêve, ou plutôt ce cauchemar le réveille de plus en plus souvent en sursaut, entamant des neurones déjà mis à mal. Ce cauchemar prend sa source dans une page d’histoire, le 21 janvier 1793, jour de l’exécution de Louis XVI. Et Carla est obligée de subir les sautes d’humeur de Chouchou. Le coup de grâce est asséné lors d’un conseil des ministres sous la forme d’un numéro de Paris Match proposant en couverture Carla et Dominique de Villepin, main dans la main à New-York.

Il est évident que ce numéro est un faux, une contrefaçon, mais dès lors tout s’enchaine, les ministres présents s’engueulent, se disent leurs quatre vérités, et le président qui est déjà atteint de paranoïa aigüe voit sa maladie s’amplifier. Il se laisse pousser la moustache à la façon brosse à dents sous le nez, et se bunkérise. Tout va de mal en pis jusqu’au dénouement final qui bien sûr n’est qu’une fiction.

Le début de cette histoire est un peu un rappel biographique de Nicolas, et dont la vérité ne peut être mise en cause, sauf peut-être quelques petits détails, mais de toute façon les historiens lorsqu’ils glissent des dialogues dans leurs livres font aussi preuve d’imagination, même si leurs sources peuvent être vérifiées mais rédigées par des laudateurs ou des opposants au régime.

Et les personnages réels se bousculent au portillon afin de garder leur place prépondérante dans un régime dédié à Pinocchio. Mais si ! Vous savez bien, cette marionnette gesticulante dont le nez s’allonge quand il ment. Vérifiez bien sur les photos, il me semble bien que l’appendice nasal de qui vous savez s’est accru depuis quelques années.

Un livre réjouissant qui s’inscrit dans la longue lignée des pamphlets dont le dernier en date était signé Jean-Hugues Oppel : Réveillez le Président ! Je suis partout, un livre roboratif et jubilatoire malheureusement dédaigné par de nombreux critiques littéraires, peut-être parce qu’ils ont peur de se faire virer, comme Alain Genestar lorsqu’il avait laissé publier la photo de Cécilia et Richard dans Paris Match.

Jean-Jacques REBOUX : Je suis partout ; les derniers jours de Nicolas Sarkozy. Editions Après la lune. Parution juin 2010. 378 pages. 18,00€.

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 12:00

Cette fille là, mon vieux, elle est terrible !

Carl ROYER : Femme de vikings.

Après Justine ou les malheurs de la vertu du divin Marquis de Sade, après Thérèse philosophe de Boyer d'Argens, Emmanuelle et sa suite L'Anti-vierge signé Emmanuelle Arsan, Histoire d'O signé Pauline Réage, L'ordinatrice de Maud Sacquard de Belleroche, il semblait qu'il n'y avait plus rien à écrire, à décrire, sur les rapports coïtaux, la fellation, le cunnilingus, entre homme (s) et femme(s), femme-femme, homme-homme, protagonistes consentants ou non.

Pourtant que d'ouvrages furent publiés dans les années soixante-dix dans des collections, aujourd'hui disparues, dédiées à ce type de roman. La littérature érotique s'est infiltrée partout, dans la littérature blanche, noire, insidieusement, apportant souvent ce petit plus, ce piment à la lecture, ou cachant une intrigue faible.

 

Alors Femme de vikings, un ouvrage érotique supplémentaire qui n'apporte rien de plus à ce qui a déjà été publié ? Oui, si l'on ne retient que les passages dans lesquels Nora va payer de sa personne, allant même au devant des épreuves qu'elle va subir car sa libido l'exige. Non, car l'intrigue en elle-même dépucelle une période historique méconnue. Et surtout, comme pour la littérature policière, il ne faut pas oublier que si le fondement est le même, c'est l'enrobage qui diffère.

En ce mois de juin 866, les Danois, les Vikings, qui débarquent régulièrement sur la côte anglaise, s'infiltrent dans la campagne jusqu'à la ville de York.

Dans un petit village des environs vit Nora et afin d'échapper à l'intrusion des hommes du Nord, elle se cache entre le lit et le foyer aux marmites. Mais elle sait au fond d'elle-même que son gîte est précaire. La porte en bois vole en éclats et s'introduit un homme immense au torse impressionnant, aux yeux bleus de glace. Il est maîtrisé par les hommes du village et enfermé nu dans un enclos, exhibé comme une bête attractive.

Nora est subjuguée par cet individu qui dégage tant de puissance. Elle tourne autour, profitant de l'examiner lorsqu'elle se rend au puits, d'abord que le torse, les membres supérieurs tatoués, puis descendant les yeux, jusqu'à son sexe érigé. Âgée d'à peine vingt ans, mais plus loin on peut estimer son âge à seize ans, Nora est encore pucelle, toutefois elle a déjà joué à jeux interdits avec Denisc, un gamin du village. Les sens en émoi, elle décide nuitamment, en catimini de ses parents, de retrouver le Danois qui, s'il ne saisit pas la langue des autochtones, comprend fort bien les intentions et les désirs exigés par Nora.

Elle a pris son pied Nora, le mettant autour des hanches du Danois et a été tellement satisfaite de la prestation exigée, qu'elle en redemande. Un jour, passant par un chemin détourné, contournant le village, elle est abordée par deux fiers vikings qui veulent lui démontrer qu'eux aussi ne sont pas manchots. Elle subit avec complaisance les assauts de ses agresseurs. Evidemment lorsque ses concitoyens la retrouvent esseulée, ils comprennent tout de suite qu'elle a été violée mais Nora n'en a pas eu assez. Elle retrouve son Danois dont elle est amoureuse, lui entrouvre la porte de l'enclos et ils s'enfuient tous deux.

En sa compagnie elle quitte sans regret son village et ils regagnent le navire où elle servira d'exutoire génital à Halfdan, son Danois, ainsi qu'à ses frères qui ne rechignent pas à l'honorer. Elle deviendra la favorite d'Halfdan, car celui-ci est déjà marié à Odval et a deux enfants, et connaitra les amours saphiques. Ses aventures amoureuses et guerrières se suivent, au gré des déplacements vikings qui reviennent envahir York, devenue Jorvik, et Nora s'épanouit dans le stupre.

Dans la seconde partie, c'est Denisc qui prend la suite de la narration. Dix ans ont passé et les Saxons continuent à essayer à repousser l'invasion incessante des Vikings. Rentrant d'une opération de poursuite, Denisc et la dizaine d'hommes qui composent la petite troupe ne peuvent que constater que leur village est la proie des flammes. Il n'y a pas de survivants. Denisc découvre le cadavre calciné de sa femme. L'horreur, la vengeance, le désespoir se conjuguent dans son esprit. Au loin, dans la nuit, ils distinguent une silhouette féminine à cheval. La Reine noire. Denisc et ses compagnons bientôt rejoints par des centaines d'autres Saxons, sous les ordres d'Ælfred, et va traquer l'ennemi.

 

Les amateurs de littérature érotique seront satisfait de cette histoire mais les amoureux de la grande Histoire y trouveront également leur content. Car parallèlement à l'invasion de la Normandie, dès l'an 820, au cours de laquelle les Danois tente une incursion rapidement avortée de cette province, ils tentent de conquérir la Bretagne du Nord, aujourd'hui l'Angleterre. Les scènes de batailles ne manquent pas et montrent des guerriers barbares face à des autochtones valeureux. Et l'on ne peut s'empêcher de rapprocher cet épisode à ceux qui suivront par la suite, l'invasion, la colonisation, voire l'asservissement des populations africaines par les Européens, je ne cite personne, j'englobe tout le monde.

 

Nora est une jeune fille qui vit dans la dépravation, incapable de réfréner ses pulsions. Dès son premier rapport, elle en redemande, consciente de sa perversion :

Il devint clair que ce que je désirais le plus, au-delà même du prisonnier, c'était de me sentir salie, dominée par des bêtes incontrôlables, imprévisibles. De me sentir en danger. La première nuit loin du Danois, je la passais à crever d'envies toutes plus perverses les unes que les autres, à me toucher sous la laine, à espérer même un nouveau raid sur le village, et qu'un autre grand gaillard vienne s'occuper de moi.

Il est évident que cette jeune fille qui narre son expérience puis ses différentes relations amoureuses, ne se montre pas vraiment à son avantage et ne peut faire l'unanimité aussi bien chez les lecteurs masculins que féminins.

Elle est un cas, que l'on souhaite unique, mais la nature ne se contrôle pas toujours.

 

Dans les années 1930 jusqu'à la fin des années 1970, un auteur publiait des livres considérés comme coquins, grivois voire érotiques aux Editions de France, dans la collection Le Livre d'Aujourd'hui, puis aux Editions de Paris, réédités aux Editions Rabelais. De nos jours cet auteur est bien oublié, pourtant ses romans se vendaient bien, dans les kiosques, dans les halls de gare et les maisons de la presse, emballés sous une protection papier ou plastique cachetée mais transparente laissant voir uniquement les couvertures. Les chalands ne pouvaient compulser les ouvrages, car ils (les livres, pas les chalands !) n'étaient pas destinés à mettre entre toutes les mains. Ce romancier prolifique s'appelait Louis-Charles Royer et il m'a semblé amusant de comparer les noms de cet ancien auteur à celui de Carl Royer. Clin d'œil, hommage ou simple coïncidence, je ne peux le préciser car l'auteur de ce roman se cache sous un pseudonyme.

Carl ROYER : Femme de vikings. Editions de La Musardine. Parution le 14 janvier 2016. 250 pages. 15,00€.

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 16:29

Vers attribué au poète bohême Fernand Desnoyers s'en prenant au défunt Casimir Delavigne. Tout comme les êtres humains, certaines plantes ont du mal à cohabiter.

Roger MARTIN : Il est des morts qu'il faut qu'on tue.

En ce mois d'avril 1915, les soldats allemands et français sont englués dans un cache-cache meurtrier dans les tranchées meusiennes.

Malgré les avis négatifs, l'interdiction même, proférés par son père octogénaire et ancien policier, Romain Delorme s'est engagé et ne s'est pas contenté d'obtenir une place de planqué. S'il apprécie certains de ses camarades de combat, notamment le lieutenant, en réalité sous-lieutenant, Louis Pergaud, le caporal Lévy n'entre pas dans son sérail relationnel. Ce n'est pas qu'il soit foncièrement antisémite, mais Delorme n'apprécie guère les juifs. Un préjugé entretenu durant des décennies mais qui s'efface devant le courage de Lévy lors d'une échauffourée entre soldats Allemands et Français, au cours duquel Pergaud est grièvement blessé. L'auteur de La guerre des boutons, récupéré par les Allemands et soigné dans le camp ennemi, perdra la vie à cause d'un tir de barrage français sur le bâtiment de l'hôpital provisoire.

Lui-même blessé à la cuisse, Romain Delorme est rapatrié et, allongé sur un brancard de fortune, il a droit à une boisson chaude à son arrivée à la gare de l'Est. De nombreuses femmes sont présentes, servant les militaires en souffrance. Mais il reconnait celle qui se présente devant lui. Il l'avait vu quelques années auparavant, alors qu'il appartenait aux Brigades du Tigre, lui sauvant la mise lors d'un affrontement plus que musclé entre partisans de Zola et antisémites, antidreyfusards, nationalistes et bien d'autres qui n'acceptaient pas la panthéonisation de l'écrivain qui avait défendu le capitaine  accusé à tort de forfaiture et de trahison. Mort le 29 septembre 1902, Zola, décédé dans des circonstances mystérieuses, n'entrera au Panthéon que le 4 juin 1908, une reconnaissance de l'Etat Français envers celui qui fut conspué, traité de bâtard vénitien ou encore de larbin de la juiverie. Naturellement les journaux comme La Croix, Le Gaulois, La Libre Parole s'en donnent à cœur joie dans le démesure haineuse.

Séverine est contente de retrouver Romain Delorme, d'autant qu'elle a des révélations à lui faire. Concernant sa naissance et l'explication de la cicatrice qui orne son cou jusqu'à l'oreille. Une plongée plus de trente ans en arrière, au temps de la Commune. Un affrontement entre les Communards et les Versaillais, surtout lors de la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871, une répression inique organisée par le gouvernement Thiers suivie d'exécutions massives des Fédérés et les déportations aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie.

 

En février 1934, Romain Delorme s'est attelé à l'écriture de ses mémoires, un travail utile destiné à l'édification de sa fille Augustine tout en fournissant des feuilletons pour les rez-de-chaussée des journaux. Les émeutes ébranlent une nouvelle fois la Capitale à la suite de l'affaire Stavisky et de son décès sur lequel le mystère place. Et une nouvelle fois, les tenants de l'extrême-droite, les royalistes, les antisémites se dressent en antiparlementaristes. Tout ceci ramène Delorme à son passé et plus particulièrement une période de sa vie qui s'étale de 1891 à 1902.

L'ancien préfet de police Louis Andrieux lui propose, sur les conseils de Delorme père, d'entrer dans la police, mais pas n'importe laquelle. La Secrète, et Romain devient ce que l'on appelle une mouche, un indicateur rémunéré directement sur des fonds qui proviennent d'une caisse noire de l'Etat. Parallèlement il devient journaliste au Petit Journal, écrivant des articles qui lui sont suggérés. L'audience du journal dépasse le million d'exemplaires, et son influence ne cessera pas de croître, devenant le journal au plus haut tirage de France, sinon du monde.

Sous cette couverture, Romain doit approcher des personnages en vue de l'époque afin de connaître leur influence et surtout afin de mieux les contrer dans leur opinions politique. Les journaux comme La Libre Parole d'Edouard Drumont qui se veut un organe proche du socialisme tout en étant anticapitaliste et surtout antisémite. Son succès est considérable lors de l'affaire Dreyfus et Romain à cette époque n'est pas vraiment antisémite, quoi que.

En sous-main, Louis Andrieux, dont le comportement est pour le moins ambigu, lui demande de surveiller des individus qui ont pignon sur rue, comme le marquis de Morès qui a fondé la Ligue Antisémitique de France avec Drumont et Jules Guérin. Delorme suit Morès dans ses différents déplacements et entreprises, aux abattoirs de la Villette par exemple dont les bouchers sont tout acquis à sa cause. Il crée des scandales, dont celui de viande avariée destinée à l'armée. Il faut dire qu'il a fait ses armes aux Etats-Unis en créant un élevage intensif mais a eu sur les bras des affaires de meurtres dont il a été acquitté. Il s'érige comme l'ennemi de Clémenceau, lequel serait justement en cheville avec Andrieux.

Le déclin de Morès est consécutif à deux affaires qui le mettent dans une position difficile. Le duel contre le capitaine Mayer, lequel décèdera, et la révélation par Clémenceau de l'emprunt qu'il a effectuée auprès d'un banquier juif (!) et dont le nom est associé au scandale de Panama.

Mais Delorme est au cœur d'autres événements qui défraient la chronique de cette fin du XIXe siècle et le début du XXe, au cours desquels il participe en compagnie de son amie et maîtresse Aurore, laquelle lui fut présentée par Andrieux, toujours lui. Puis l'épisode dit de Fort Chabrol, qui se déroula du 12 août au 20 septembre 1899, un immeuble fortifié de la rue de Chabrol dans lequel Jules Guérin s'est retranché, et celui du décès de Zola dans lequel il est impliqué bien involontairement, et d'autres faits tragiques.

 

Dans ce roman noir et historique, Roger Martin applique comme à son habitude les principes de rigueur, de sérieux, de précision, de documentation exacte et vérifiable, une marque de fabrique.

D'ailleurs le lecteur est en droit de se demander s'il lit un roman ou un document historique tant les personnages fictifs ont de la consistance et s'intègrent parfaitement à ceux, réels, qui parsèment l'ouvrage. Il remet en cause certaines thèses avancées par des journalistes de l'époque, aveuglés par leur haine et leur fanatisme, il réécrit l'histoire de France telle qu'elle s'est déroulée et non telle que le voudrait des historiens englués dans des hypothèses oiseuses et fallacieuses. Pour preuve ce mystère qui entoure toujours la mort de Zola par asphyxie due à l'émanation d'oxyde de carbone, malgré les révélations de Jean Bedel en 1952, puis d'autres. Sans oublier tous les racontars sur la Commune et l'élégie faite à Thiers qui n'en demandait pas la moitié, dans les manuels d'histoire de mon enfance rédigés selon les opinions politiques de leurs auteurs.

 

Roger Martin essaie de relater en toute impartialité les différents événements qui ont marqué cette époque qui va de la Commune jusqu'en 1934, construisant tout autant un roman noir qu'une œuvre historique dense, dans laquelle on se perd parfois un peu, car manquant des repères qui sont évidents pour l'auteur. Par exemple, je suggère à Roger Martin d'ajouter, lors de la réédition éventuelle et souhaitée de cet ouvrage, d'y incorporer un glossaire des personnages cités.

Ancien professeur de français, Roger Martin met en scène ou évoque des romanciers, polémistes et essayistes qui marquèrent cette époque et dont les noms ont pour la plupart survécus à leur mort. Louis Pergaud, Gyp née Gabrielle Sybille Aimée Marie Antoinette de Riqueti de Mirabeau devenue par son mariage comtesse de Martel, Henri Bauër fils naturel d'Alexandre Dumas, Zevaco, Zola bien entendu, Anatole France et quelques autres traversent ce roman avec leur humanisme ou leurs défauts.

Sans être picaresque, ce roman, puisqu'ainsi cet ouvrage est catalogué, est passionnant et remet quelques pendules à l'heure au moment où justement il est besoin de retrouver la vérité historique et ne pas se laisser aller à des fadaises émises par des personnages qui voudraient réécrire l'histoire afin que celle-ci colle à leurs idées.

 

Concernant La Commune, l'affaire Zola et l'affaire Stavisky le lecteur pourra consulter les chroniques des romans ci-dessous :

 

Quelques ouvrages de Roger Martin :

 

Roger MARTIN : Il est des morts qu'il faut qu'on tue. Editions du Cherche-Midi. Parution 14 janvier 2016. 542 pages. 21,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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