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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 09:21

Et si c'était vrai...

Jean-Jacques REBOUX : Je suis partout ; les derniers jours de Nicolas Sarkozy.

Politique-fiction ou uchronie ? Satire, pamphlet, ou simple fiction basée sur des personnages réels ? Un peu de tout ça mon général, comme dirait Sarko qui voue à de Gaulle une grande admiration. Un relent de mai 68 qui lui obstrue encore les bronches et le fait vitupérer contre la chienlit encore aujourd’hui. Mais ceci est une autre histoire, quoi que, si l’on se réfère à sa motivation à devenir président, c’est un peu à cause des conséquences de mai 68. S’il n’avait pas été interdit de manifestation par sa mère pour soutenir le général le 31 mai 1968, son destin aurait-il été autre ? Peut-être. C’est à partir de cette époque et en 1970 qu’il décide qu’un jour il sera président. On peut affirmer qu’il ne s’agit pas dès lors d’une idéologie mais d’une ambition personnelle.

Sarkozy, ou plutôt Sàrközy, c’est un nom difficile à porter, quand on en connait la signification – Sàr = boue, Közy = entre, soit entre les boues – et lorsqu’on a un père qui trainaille voir les jolies femmes, délaissant son épouse et ses gosses, fatalement on se fait chahuter à l’école. La vie de gamin n’est pas un long fleuve tranquille, pour le petit Nicolas, Nicolas Minus comme l’avait surnommé jeune son frère Guillaume. Le temps passe et nous retrouvons le petit Nicolas en octobre et novembre 2007.

Réconciliés pour la forme et dans l’optique des élections présidentielles, dans une unité de façade factice afin de ne pas décevoir les électeurs principalement de sexe féminin, Nicolas et Cécilia se sont séparés et Nicolas qui depuis l’enfance est obsédé par son organe génital se trouve bien seul en son grand palais. Grâce à Jacques Séguéla il fait la connaissance de Carla, dont la voix fluette n’aura pas été prépondérante dans les urnes, et youpi, coup de foudre et autres assurés.

Mais notre président, qui a le don d’ubiquité et celui d’énerver pas mal de monde, est sujet à des malaises dont l’origine est indiscernable. D’abord lors d’une réunion du G8 le 7 juillet 2007, puis le 26 juillet 2009, alors qu’il décide d’aller effectuer un petit jogging dominical et qu’un rêve qui va devenir récurrent l’a laissé profondément perturbé physiquement et mentalement. Ce rêve, ou plutôt ce cauchemar le réveille de plus en plus souvent en sursaut, entamant des neurones déjà mis à mal. Ce cauchemar prend sa source dans une page d’histoire, le 21 janvier 1793, jour de l’exécution de Louis XVI. Et Carla est obligée de subir les sautes d’humeur de Chouchou. Le coup de grâce est asséné lors d’un conseil des ministres sous la forme d’un numéro de Paris Match proposant en couverture Carla et Dominique de Villepin, main dans la main à New-York.

Il est évident que ce numéro est un faux, une contrefaçon, mais dès lors tout s’enchaine, les ministres présents s’engueulent, se disent leurs quatre vérités, et le président qui est déjà atteint de paranoïa aigüe voit sa maladie s’amplifier. Il se laisse pousser la moustache à la façon brosse à dents sous le nez, et se bunkérise. Tout va de mal en pis jusqu’au dénouement final qui bien sûr n’est qu’une fiction.

Le début de cette histoire est un peu un rappel biographique de Nicolas, et dont la vérité ne peut être mise en cause, sauf peut-être quelques petits détails, mais de toute façon les historiens lorsqu’ils glissent des dialogues dans leurs livres font aussi preuve d’imagination, même si leurs sources peuvent être vérifiées mais rédigées par des laudateurs ou des opposants au régime.

Et les personnages réels se bousculent au portillon afin de garder leur place prépondérante dans un régime dédié à Pinocchio. Mais si ! Vous savez bien, cette marionnette gesticulante dont le nez s’allonge quand il ment. Vérifiez bien sur les photos, il me semble bien que l’appendice nasal de qui vous savez s’est accru depuis quelques années.

Un livre réjouissant qui s’inscrit dans la longue lignée des pamphlets dont le dernier en date était signé Jean-Hugues Oppel : Réveillez le Président ! Je suis partout, un livre roboratif et jubilatoire malheureusement dédaigné par de nombreux critiques littéraires, peut-être parce qu’ils ont peur de se faire virer, comme Alain Genestar lorsqu’il avait laissé publier la photo de Cécilia et Richard dans Paris Match.

Jean-Jacques REBOUX : Je suis partout ; les derniers jours de Nicolas Sarkozy. Editions Après la lune. Parution juin 2010. 378 pages. 18,00€.

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 12:00

Cette fille là, mon vieux, elle est terrible !

Carl ROYER : Femme de vikings.

Après Justine ou les malheurs de la vertu du divin Marquis de Sade, après Thérèse philosophe de Boyer d'Argens, Emmanuelle et sa suite L'Anti-vierge signé Emmanuelle Arsan, Histoire d'O signé Pauline Réage, L'ordinatrice de Maud Sacquard de Belleroche, il semblait qu'il n'y avait plus rien à écrire, à décrire, sur les rapports coïtaux, la fellation, le cunnilingus, entre homme (s) et femme(s), femme-femme, homme-homme, protagonistes consentants ou non.

Pourtant que d'ouvrages furent publiés dans les années soixante-dix dans des collections, aujourd'hui disparues, dédiées à ce type de roman. La littérature érotique s'est infiltrée partout, dans la littérature blanche, noire, insidieusement, apportant souvent ce petit plus, ce piment à la lecture, ou cachant une intrigue faible.

 

Alors Femme de vikings, un ouvrage érotique supplémentaire qui n'apporte rien de plus à ce qui a déjà été publié ? Oui, si l'on ne retient que les passages dans lesquels Nora va payer de sa personne, allant même au devant des épreuves qu'elle va subir car sa libido l'exige. Non, car l'intrigue en elle-même dépucelle une période historique méconnue. Et surtout, comme pour la littérature policière, il ne faut pas oublier que si le fondement est le même, c'est l'enrobage qui diffère.

En ce mois de juin 866, les Danois, les Vikings, qui débarquent régulièrement sur la côte anglaise, s'infiltrent dans la campagne jusqu'à la ville de York.

Dans un petit village des environs vit Nora et afin d'échapper à l'intrusion des hommes du Nord, elle se cache entre le lit et le foyer aux marmites. Mais elle sait au fond d'elle-même que son gîte est précaire. La porte en bois vole en éclats et s'introduit un homme immense au torse impressionnant, aux yeux bleus de glace. Il est maîtrisé par les hommes du village et enfermé nu dans un enclos, exhibé comme une bête attractive.

Nora est subjuguée par cet individu qui dégage tant de puissance. Elle tourne autour, profitant de l'examiner lorsqu'elle se rend au puits, d'abord que le torse, les membres supérieurs tatoués, puis descendant les yeux, jusqu'à son sexe érigé. Âgée d'à peine vingt ans, mais plus loin on peut estimer son âge à seize ans, Nora est encore pucelle, toutefois elle a déjà joué à jeux interdits avec Denisc, un gamin du village. Les sens en émoi, elle décide nuitamment, en catimini de ses parents, de retrouver le Danois qui, s'il ne saisit pas la langue des autochtones, comprend fort bien les intentions et les désirs exigés par Nora.

Elle a pris son pied Nora, le mettant autour des hanches du Danois et a été tellement satisfaite de la prestation exigée, qu'elle en redemande. Un jour, passant par un chemin détourné, contournant le village, elle est abordée par deux fiers vikings qui veulent lui démontrer qu'eux aussi ne sont pas manchots. Elle subit avec complaisance les assauts de ses agresseurs. Evidemment lorsque ses concitoyens la retrouvent esseulée, ils comprennent tout de suite qu'elle a été violée mais Nora n'en a pas eu assez. Elle retrouve son Danois dont elle est amoureuse, lui entrouvre la porte de l'enclos et ils s'enfuient tous deux.

En sa compagnie elle quitte sans regret son village et ils regagnent le navire où elle servira d'exutoire génital à Halfdan, son Danois, ainsi qu'à ses frères qui ne rechignent pas à l'honorer. Elle deviendra la favorite d'Halfdan, car celui-ci est déjà marié à Odval et a deux enfants, et connaitra les amours saphiques. Ses aventures amoureuses et guerrières se suivent, au gré des déplacements vikings qui reviennent envahir York, devenue Jorvik, et Nora s'épanouit dans le stupre.

Dans la seconde partie, c'est Denisc qui prend la suite de la narration. Dix ans ont passé et les Saxons continuent à essayer à repousser l'invasion incessante des Vikings. Rentrant d'une opération de poursuite, Denisc et la dizaine d'hommes qui composent la petite troupe ne peuvent que constater que leur village est la proie des flammes. Il n'y a pas de survivants. Denisc découvre le cadavre calciné de sa femme. L'horreur, la vengeance, le désespoir se conjuguent dans son esprit. Au loin, dans la nuit, ils distinguent une silhouette féminine à cheval. La Reine noire. Denisc et ses compagnons bientôt rejoints par des centaines d'autres Saxons, sous les ordres d'Ælfred, et va traquer l'ennemi.

 

Les amateurs de littérature érotique seront satisfait de cette histoire mais les amoureux de la grande Histoire y trouveront également leur content. Car parallèlement à l'invasion de la Normandie, dès l'an 820, au cours de laquelle les Danois tente une incursion rapidement avortée de cette province, ils tentent de conquérir la Bretagne du Nord, aujourd'hui l'Angleterre. Les scènes de batailles ne manquent pas et montrent des guerriers barbares face à des autochtones valeureux. Et l'on ne peut s'empêcher de rapprocher cet épisode à ceux qui suivront par la suite, l'invasion, la colonisation, voire l'asservissement des populations africaines par les Européens, je ne cite personne, j'englobe tout le monde.

 

Nora est une jeune fille qui vit dans la dépravation, incapable de réfréner ses pulsions. Dès son premier rapport, elle en redemande, consciente de sa perversion :

Il devint clair que ce que je désirais le plus, au-delà même du prisonnier, c'était de me sentir salie, dominée par des bêtes incontrôlables, imprévisibles. De me sentir en danger. La première nuit loin du Danois, je la passais à crever d'envies toutes plus perverses les unes que les autres, à me toucher sous la laine, à espérer même un nouveau raid sur le village, et qu'un autre grand gaillard vienne s'occuper de moi.

Il est évident que cette jeune fille qui narre son expérience puis ses différentes relations amoureuses, ne se montre pas vraiment à son avantage et ne peut faire l'unanimité aussi bien chez les lecteurs masculins que féminins.

Elle est un cas, que l'on souhaite unique, mais la nature ne se contrôle pas toujours.

 

Dans les années 1930 jusqu'à la fin des années 1970, un auteur publiait des livres considérés comme coquins, grivois voire érotiques aux Editions de France, dans la collection Le Livre d'Aujourd'hui, puis aux Editions de Paris, réédités aux Editions Rabelais. De nos jours cet auteur est bien oublié, pourtant ses romans se vendaient bien, dans les kiosques, dans les halls de gare et les maisons de la presse, emballés sous une protection papier ou plastique cachetée mais transparente laissant voir uniquement les couvertures. Les chalands ne pouvaient compulser les ouvrages, car ils (les livres, pas les chalands !) n'étaient pas destinés à mettre entre toutes les mains. Ce romancier prolifique s'appelait Louis-Charles Royer et il m'a semblé amusant de comparer les noms de cet ancien auteur à celui de Carl Royer. Clin d'œil, hommage ou simple coïncidence, je ne peux le préciser car l'auteur de ce roman se cache sous un pseudonyme.

Carl ROYER : Femme de vikings. Editions de La Musardine. Parution le 14 janvier 2016. 250 pages. 15,00€.

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 16:29

Vers attribué au poète bohême Fernand Desnoyers s'en prenant au défunt Casimir Delavigne. Tout comme les êtres humains, certaines plantes ont du mal à cohabiter.

Roger MARTIN : Il est des morts qu'il faut qu'on tue.

En ce mois d'avril 1915, les soldats allemands et français sont englués dans un cache-cache meurtrier dans les tranchées meusiennes.

Malgré les avis négatifs, l'interdiction même, proférés par son père octogénaire et ancien policier, Romain Delorme s'est engagé et ne s'est pas contenté d'obtenir une place de planqué. S'il apprécie certains de ses camarades de combat, notamment le lieutenant, en réalité sous-lieutenant, Louis Pergaud, le caporal Lévy n'entre pas dans son sérail relationnel. Ce n'est pas qu'il soit foncièrement antisémite, mais Delorme n'apprécie guère les juifs. Un préjugé entretenu durant des décennies mais qui s'efface devant le courage de Lévy lors d'une échauffourée entre soldats Allemands et Français, au cours duquel Pergaud est grièvement blessé. L'auteur de La guerre des boutons, récupéré par les Allemands et soigné dans le camp ennemi, perdra la vie à cause d'un tir de barrage français sur le bâtiment de l'hôpital provisoire.

Lui-même blessé à la cuisse, Romain Delorme est rapatrié et, allongé sur un brancard de fortune, il a droit à une boisson chaude à son arrivée à la gare de l'Est. De nombreuses femmes sont présentes, servant les militaires en souffrance. Mais il reconnait celle qui se présente devant lui. Il l'avait vu quelques années auparavant, alors qu'il appartenait aux Brigades du Tigre, lui sauvant la mise lors d'un affrontement plus que musclé entre partisans de Zola et antisémites, antidreyfusards, nationalistes et bien d'autres qui n'acceptaient pas la panthéonisation de l'écrivain qui avait défendu le capitaine  accusé à tort de forfaiture et de trahison. Mort le 29 septembre 1902, Zola, décédé dans des circonstances mystérieuses, n'entrera au Panthéon que le 4 juin 1908, une reconnaissance de l'Etat Français envers celui qui fut conspué, traité de bâtard vénitien ou encore de larbin de la juiverie. Naturellement les journaux comme La Croix, Le Gaulois, La Libre Parole s'en donnent à cœur joie dans le démesure haineuse.

Séverine est contente de retrouver Romain Delorme, d'autant qu'elle a des révélations à lui faire. Concernant sa naissance et l'explication de la cicatrice qui orne son cou jusqu'à l'oreille. Une plongée plus de trente ans en arrière, au temps de la Commune. Un affrontement entre les Communards et les Versaillais, surtout lors de la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871, une répression inique organisée par le gouvernement Thiers suivie d'exécutions massives des Fédérés et les déportations aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie.

 

En février 1934, Romain Delorme s'est attelé à l'écriture de ses mémoires, un travail utile destiné à l'édification de sa fille Augustine tout en fournissant des feuilletons pour les rez-de-chaussée des journaux. Les émeutes ébranlent une nouvelle fois la Capitale à la suite de l'affaire Stavisky et de son décès sur lequel le mystère place. Et une nouvelle fois, les tenants de l'extrême-droite, les royalistes, les antisémites se dressent en antiparlementaristes. Tout ceci ramène Delorme à son passé et plus particulièrement une période de sa vie qui s'étale de 1891 à 1902.

L'ancien préfet de police Louis Andrieux lui propose, sur les conseils de Delorme père, d'entrer dans la police, mais pas n'importe laquelle. La Secrète, et Romain devient ce que l'on appelle une mouche, un indicateur rémunéré directement sur des fonds qui proviennent d'une caisse noire de l'Etat. Parallèlement il devient journaliste au Petit Journal, écrivant des articles qui lui sont suggérés. L'audience du journal dépasse le million d'exemplaires, et son influence ne cessera pas de croître, devenant le journal au plus haut tirage de France, sinon du monde.

Sous cette couverture, Romain doit approcher des personnages en vue de l'époque afin de connaître leur influence et surtout afin de mieux les contrer dans leur opinions politique. Les journaux comme La Libre Parole d'Edouard Drumont qui se veut un organe proche du socialisme tout en étant anticapitaliste et surtout antisémite. Son succès est considérable lors de l'affaire Dreyfus et Romain à cette époque n'est pas vraiment antisémite, quoi que.

En sous-main, Louis Andrieux, dont le comportement est pour le moins ambigu, lui demande de surveiller des individus qui ont pignon sur rue, comme le marquis de Morès qui a fondé la Ligue Antisémitique de France avec Drumont et Jules Guérin. Delorme suit Morès dans ses différents déplacements et entreprises, aux abattoirs de la Villette par exemple dont les bouchers sont tout acquis à sa cause. Il crée des scandales, dont celui de viande avariée destinée à l'armée. Il faut dire qu'il a fait ses armes aux Etats-Unis en créant un élevage intensif mais a eu sur les bras des affaires de meurtres dont il a été acquitté. Il s'érige comme l'ennemi de Clémenceau, lequel serait justement en cheville avec Andrieux.

Le déclin de Morès est consécutif à deux affaires qui le mettent dans une position difficile. Le duel contre le capitaine Mayer, lequel décèdera, et la révélation par Clémenceau de l'emprunt qu'il a effectuée auprès d'un banquier juif (!) et dont le nom est associé au scandale de Panama.

Mais Delorme est au cœur d'autres événements qui défraient la chronique de cette fin du XIXe siècle et le début du XXe, au cours desquels il participe en compagnie de son amie et maîtresse Aurore, laquelle lui fut présentée par Andrieux, toujours lui. Puis l'épisode dit de Fort Chabrol, qui se déroula du 12 août au 20 septembre 1899, un immeuble fortifié de la rue de Chabrol dans lequel Jules Guérin s'est retranché, et celui du décès de Zola dans lequel il est impliqué bien involontairement, et d'autres faits tragiques.

 

Dans ce roman noir et historique, Roger Martin applique comme à son habitude les principes de rigueur, de sérieux, de précision, de documentation exacte et vérifiable, une marque de fabrique.

D'ailleurs le lecteur est en droit de se demander s'il lit un roman ou un document historique tant les personnages fictifs ont de la consistance et s'intègrent parfaitement à ceux, réels, qui parsèment l'ouvrage. Il remet en cause certaines thèses avancées par des journalistes de l'époque, aveuglés par leur haine et leur fanatisme, il réécrit l'histoire de France telle qu'elle s'est déroulée et non telle que le voudrait des historiens englués dans des hypothèses oiseuses et fallacieuses. Pour preuve ce mystère qui entoure toujours la mort de Zola par asphyxie due à l'émanation d'oxyde de carbone, malgré les révélations de Jean Bedel en 1952, puis d'autres. Sans oublier tous les racontars sur la Commune et l'élégie faite à Thiers qui n'en demandait pas la moitié, dans les manuels d'histoire de mon enfance rédigés selon les opinions politiques de leurs auteurs.

 

Roger Martin essaie de relater en toute impartialité les différents événements qui ont marqué cette époque qui va de la Commune jusqu'en 1934, construisant tout autant un roman noir qu'une œuvre historique dense, dans laquelle on se perd parfois un peu, car manquant des repères qui sont évidents pour l'auteur. Par exemple, je suggère à Roger Martin d'ajouter, lors de la réédition éventuelle et souhaitée de cet ouvrage, d'y incorporer un glossaire des personnages cités.

Ancien professeur de français, Roger Martin met en scène ou évoque des romanciers, polémistes et essayistes qui marquèrent cette époque et dont les noms ont pour la plupart survécus à leur mort. Louis Pergaud, Gyp née Gabrielle Sybille Aimée Marie Antoinette de Riqueti de Mirabeau devenue par son mariage comtesse de Martel, Henri Bauër fils naturel d'Alexandre Dumas, Zevaco, Zola bien entendu, Anatole France et quelques autres traversent ce roman avec leur humanisme ou leurs défauts.

Sans être picaresque, ce roman, puisqu'ainsi cet ouvrage est catalogué, est passionnant et remet quelques pendules à l'heure au moment où justement il est besoin de retrouver la vérité historique et ne pas se laisser aller à des fadaises émises par des personnages qui voudraient réécrire l'histoire afin que celle-ci colle à leurs idées.

 

Concernant La Commune, l'affaire Zola et l'affaire Stavisky le lecteur pourra consulter les chroniques des romans ci-dessous :

 

Quelques ouvrages de Roger Martin :

 

Roger MARTIN : Il est des morts qu'il faut qu'on tue. Editions du Cherche-Midi. Parution 14 janvier 2016. 542 pages. 21,00€.

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 15:04

Bon anniversaire à Eduardo Mendoza,

né le 11 janvier 1943.

Eduardo MENDOZA : La ville des prodiges.

La ville des prodiges, c'est Barcelone, une ville en pleine expansion, en pleine fièvre industrielle en cette année 1888, et qui organise après Londres et Paris "son exposition universelle".

Dans cette cité en effervescence, débarque un jeune garçon, Onofre Bouvila, qui, à treize ans, se lance à corps perdu dans la bataille de la vie sans aucun complexe.

Il s'installe dans un hôtel miteux et pour payer sa pension va distribuer des tracts de propagande anarchiste. Qu'importe le métier, il veut réussir. Il deviendra successivement camelot, homme de main, chef de gang, trafiquant, grand industriel, et il devra sa réussite grâce à un manque total de préjugés, à sa faculté d'adaptation quelles que soient les épreuves, son obstination sans faille, la facilité avec laquelle il ourdit les plans les plus ingénieux et dans lesquels succombent ses ennemis et ceux même de ses amis tombés en disgrâce à ses yeux.

Il avait une confiance sans limites dans sa capacité à surmonter n'importe quel obstacle et à tirer profit de n'importe quelle difficulté.

 

Au travers de cette ascension, c'est la ville de Barcelone, son histoire, la grande et la petite, son expansion, son développement qui nous sont révélés, avec force détail, avec minutie, avec chaleur, avec amour, avec réalisme mais sans complaisance, par l'un des plus grands romanciers espagnols actuels.

 

Eduardo Mendoza dépeint une jungle dans laquelle vivent, survivent, meurent, rufians, maquereaux, filles de joie, travestis, voyous en quête d'honorabilité, bourgeois décadents aimant s'encanailler, toute une faune haute en couleurs, prête à tuer pour se défendre, prête à toutes les compromissions, mais avide de respectabilité.

Les aventures des derniers des Picaros, ces aventuriers espagnols, qui ont justement fourni ce qualificatif de picaresque aux romans d'action.

 

Un roman dense, touffu, prenant. Le lecteur suit avec intérêt, avec passion, les aventures, l'ascension de Onofre Bouvila, mais aussi l'extension, l'industrialisation de Barcelone souvent à l'avant-garde du progrès, réceptrice d'idées nouvelles, et souvent refrénée dans son essor par Madrid, la capitale.

Plus qu'un roman policier, plus qu'un roman d'aventures, c'est un roman d'amour. Un roman d'amour pour une ville : Barcelone.

Première édition Le Seuil. 1988.

Première édition Le Seuil. 1988.

Eduardo MENDOZA : La ville des prodiges. (La Ciudad de los prodigios - traduction d'Olivier Rolin). Collection Points Romans. Parution septembre 2007. 544 pages. 8,40€.

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 11:58

Elles en avaient dans le ventre !

Michel MOATTI : Retour à Whitechapel.

Le mythe, ou plutôt la véritable histoire qui n’a jamais connu de dénouement, de Jack L’Eventreur, alimente depuis plus d’un siècle l’imaginaire des romanciers, et les historiens confrontent leurs conjectures sans véritablement apporter de solution satisfaisante.

Du 31 aout 1888 au 9 novembre de la même année, cinq prostituées, ou cataloguées comme telles car elles ne recherchent souvent que quelque menue monnaie afin de se payer boisson alcoolisée, nourriture et endroit pour dormir, ont été égorgées, éviscérées, découpées, dans l’East-End de Londres, les quartiers de Whitechapel et de Spitalfields. Dont deux la même nuit, comme si leur agresseur n’avait pas réussi ce qu’il voulait entreprendre sur la première.

En septembre 1941 Londres ploie mais résiste sous les bombes lâchées par les bombardiers allemands survolant la capitale depuis des mois. C’est le Blitz. Les nombreux blessés sont dirigés vers les hôpitaux, dont le London Hospital situé dans l’East-End. Mary Amelia Pritlowe, infirmière-chef dans l’établissement vient de recevoir une lettre de son père décédé récemment. Une lettre testament dans laquelle il explique que Mary Amelia est la fille de Mary Jane Kelly, la dernière des cinq victimes de l’Eventreur.

Robert Pritlowe avait quitté Mary Kelly peu après la naissance de leur fille dont la garde était confiée à la mère, ou à une amie de celle-ci ou au père, selon les circonstances. Mary Kelly vivait avec Joe Barnett, fréquentait Maria Harvey, sa meilleure amie, devait plus d’un mois de loyer à John McCarthy, propriétaire de nombreux taudis, l’équivalent des propriétaires qui louent à prix d’or des pièces insalubres actuellement en France, les marchands de sommeil. Mary Jane Kelly n’avait que vingt-trois ans, était encore jolie et insouciante.

Robert Pritlowe avait récupéré définitivement la gamine âgée de deux ans après l’assassinat de Mary Kelly, et la petiote avait suivi son père en France, placée dans une institution près de Dieppe puis dans un établissement où elle a appris le métier d’infirmière. Durant la première guerre mondiale elle avait exercé dans l’Argonne puis était rentrée en Angleterre. Cette lettre émanant de son père la plonge dans le désarroi. Elle veut en connaître davantage sur sa mère dont elle ne se souvient pas, savoir réellement ce qu’il s’est passé en ces semaines tragiques, remonter la piste de l’agresseur. Venger sa mère en découvrant l’identité de son meurtrier. De nombreuses hypothèses ont été énoncées, notamment celle selon que le fameux Jack l’Eventreur serait issu de la Haute, mais cela ne lui suffit pas, et comporte un certain nombre d’aberrations.

Alors elle consigne dans des carnets, achetés spécialement à cette intention, ses différentes démarches effectuées notamment auprès de la Filebox society, qui conserve précieusement toutes les archives, articles de journaux, témoignages divers, photographies d’époque des victimes, des lieux. Elle s’inscrit à cette association qui ne comprend que des hommes, des ripperologues passionnés, et compulse tous les documents mis à leur disposition, parfois aidée par les membres eux-mêmes touchés par sa détresse et sa pugnacité.

Enserrés entre les différentes relations des recherches, des démarches, de ses relations avec les membres de la Filebox society, de ses réflexions, consignées au jour le jour ou presque, car les blessés et les malades n’attendent pas, d’Amelia Pritlowe, l’auteur effectue une véritable reconstitution historique des drames enregistrés. C’est ainsi que nous voyons évoluer tour à tour Mary Ann Nichols dite Polly, Annie Chapman, Elisabeth Stride, Catherine Eddowes et enfin Mary Jane Kelly ainsi que les voisins, les amies, les commerçants, les policiers, l’ombre du tueur lui-même. Mais les scènes de meurtres et ce qui précède ou suit, ne vaudraient guère si des événements extérieurs n’étaient pas retracés, placés dans un contexte de misère. Les ouvriers dépensent leur argent dans des pichets de gin aussitôt le maigre salaire encaissé, afin d’échapper à la réalité désastreuse.

Par exemple le défilé revendicatif des allumettières, les ouvrières des usines Bryant & May, le visage rongé, ravagé, par les projections de phosphore durant la fabrication des allumettes et qui réclament de l’argent à la place des denrées avariées fournies en guise de salaire. Un épisode émouvant de la détresse de ces ouvrières exploitées et qui sont confrontées aux gros bras, les contremaitres de la fabrique, armés de gourdins sous les yeux furieux de la direction et ceux impavides des policiers.

D’autres évocations sont plus amusantes, et utilisées par certains romanciers de la littérature policière à ces débuts. Par exemple le recours à l’optographie, phénomène qui consiste à prélever l’iris d’un œil afin de trouver l’image de l’assassin, image qui se serait plaquée sur la rétine au moment du décès de la victime. Ou encore le recours à l’induction hypnotique qui permettrait à Amelia de recouvrer la mémoire et retrouver certains souvenirs de sa vive enfance, alors qu’elle avait tout juste deux ans. Souvenirs qui devraient être enfouis mais pourraient remonter à la surface en procédant à une forme d’hypnose.

Ces encarts ne sont pas écrits selon la sécheresse des minutes des procès-verbaux rédigés par les greffiers lors des retranscriptions des différents témoignages des policiers, des voisins, des supposés témoins ou autres, mais possèdent une force d’évocation narrative vivante (?!).

Une fiction fort documentée qui amène l’auteur à proposer sa version concernant l’identité du meurtrier, identité évidente car tous les arguments développés se tiennent. Michel Moatti a été hanté par cette affaire et durant trois ans, il a arpenté les rues de Whitechapel, compulsant les dossiers de la Metropolitan Police de Londres, les archives de la presse britanniques de l’époque. Et les documents consultés sont réunis dans un carnet d’enquête, avec de nombreux ajouts, des notes prises sur le vif ( !), carnet qui était joint en annexe lors de la première parution de ce roman.

Un roman fort documenté qui repose sur des bases historiques solides et indéniables dans lequel la fiction s’interfère dans l’authenticité de faits réels et d’une déduction que l’on ne peut guère prendre en défaut. Un roman qui fera date dans le cercle des ripperologues et que tout amateur de littérature policière devrait lire.

Première édition : HC éditions. Parution 24 janvier 2013. 350 pages. 19,90€.

Première édition : HC éditions. Parution 24 janvier 2013. 350 pages. 19,90€.

Réédition éditions Pocket. Parution le 9 janvier 2014. 416 pages. 7,80€.

Réédition éditions Pocket. Parution le 9 janvier 2014. 416 pages. 7,80€.

Michel MOATTI : Retour à Whitechapel. Editions 10/18. N°5020. Parution décembre 2015. 414 pages. 8,10€.

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 10:08

Comme Gérard ?

Paul C. DOHERTY : L’archer démoniaque.

Lors d’une chasse, jour de la saint Matthieu de l’année 1303, Lord Henry Fitzalan décède d’une flèche en plein cœur.

C’était un personnage honnis par de très nombreuses personnes de son entourage, courant volontiers après les beautés féminines et se montrant hautain aussi bien envers les membres de sa famille qu’auprès des autres notables et nobliaux de la province. Bref un homme détestable et détesté.

Ribaud, Fitzalan l’était certes mais c’était surtout un diplomate doublé d’un intrigant ayant voyagé aussi bien en Palestine, à Rome et en France. Sir Hugh Corbett, clerc du roi Edouard d’Angleterre et son complice Ranulf sont conviés à retrouver l’assassin mais également à surveiller les agissements de Craon, espion français qui se trouve dans les parages, invité semble-t-il par Lord Henry.

Les soupçons pèsent naturellement sur Verlian, le chef verdier de Fitzalan, lequel courtisait sans résultat Alicia, la fille du garde-chasse. Mais également sur Jocasta, réputée pour des talents de sorcière, William, le frère du défunt trop souvent rabroué, frère Cosmas, le curé de la paroisse et ancien soldat, sans oublier Lady Madeline, sœur de Lord Henry et prieure au couvent voisin, couvent qui renferme la relique d’une sainte.

Plus quelques autres candidats, dont le Hibou, mystérieux personnage qui envoie des messages à l’aide de flèches.

Ce nouvel opus consacré aux aventures du clerc Hugh Corbett est plaisant à lire malgré quelques longueurs. Un roman parfois oiseux et verbeux. Sinon on se croirait revenu au bon vieux temps de Robin des bois.

Toutefois je préfère les romans signés Paul Harding ou C.L. Grace, autres pseudonymes de l’auteur dont on trouve les ouvrages dans la même collection.

 

Paul C. DOHERTY : L’archer démoniaque. (The demon archer - 1999. Traduction de Christiane Poussier et Nelly Markovic.). Collection Grands détectives n° 3437. Editions 10/18. Parution juillet 2002. 316 pages.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 08:32

Comme Roger ? Roger Raby...

C.L. GRACE : La Rose de Raby

Petit retour dans le temps, celui qui fit rêver de nombreuses générations grâce aux interventions des historiens qui s’imprégnaient de l’Histoire, avec un grand H, pour en construire avec de petites.

Bon, je ne vous énumérerai pas tous ceux qui nous ont permis de voyager à bon compte dans un passé plus ou moins proche, mais grâce (jeu de mot !) à certains auteurs actuels nous pouvons retrouver une atmosphère plus ou moins juvénile dans un encadrement littéraire strict.

Pour en revenir à nos moutons comme disait Jeanne D’Arc, Kathryn Swinbrooke, l’apothicaire de C.L. Grace, revient dans de nouvelles aventures, dans sa bonne vieille ville de Cantorbéry, cette cité qui fut « encontée » (cherchez pas, c’est nouveau !) par Chaucer.

Roger Atworth, le confesseur de la mère du roi Edouard IV, duc d’York qui vient de chiper, au bout d’une guerre des Roses pleine d’épines, le trône à la maison de Lancastre, est décédé dans de mystérieuses conditions.

Ce n’est pas tout car un émissaire, genre espion de la guerre froide, décède lui aussi, dans une chambre où nul n’aurait pu s’infiltrer.

Rude tâche pour Kathryn qui doit soutenir une réputation de détective amateur, mais également démontrer, ou non, que les agissements d’un certain roi surnommé “ l’Universelle Araigne ” est peut-être pour quelque chose dans ces meurtres, l’instigateur pour le moins.

 

Intéressant, ne serait-ce que pour la description de l’époque, des mœurs, des personnages, des évènements qui pour une bonne part font partie de notre patrimoine historique.

Et pour les amateurs, des mystères dont un chambre close. Bon d’accord, un peu simpliste, pas du tout tiré par les cheveux comme aimait à le faire Dickson Carr, mais justement plus réaliste.

A signaler que l’auteur signe également sous les pseudos de Paul Harding ou encore Paul C. Doherty.

 

C.L. GRACE : La Rose de Raby (Saintly murders - Traduction de Founi Guiramand). Collection Grands Détectives N°3406. Editions 10/18. Parution 18 avril 2002. 352 . pages. 7,50€.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 10:15

Lorsque le futur roi Edouard VII se prenait pour Sherlock Holmes...

Peter LOVESEY : Honni soit qui mal y pense. Mémoires policiers d'Edouard VII

Qui aurait eu l'audace de penser un jour que l'honorable et majestueux Edouard VII se serait penché sur la triste fin d'un célèbre jockey.

Que du temps où il n'était encore que Prince de Galles, Albert Edouard, Bertie pour les intimes, le fils aîné de sa très gracieuse et omniprésente Majesté la Reine Victoria, aurait soupçonné que la mort par suicide de Fred Archer, jockey adulé du grand publie et estimé pour son intégrité, ne serait pas due aux raisons officiellement émises par le coroner.

En réalité le suicide ne serait pas dû à un accès de fièvre typhoïde mais bien à cause d'événements, de relations et de bruits divers mettant en cause son honnêteté. En un mot que ce décès ne serait ni catholique, ni orthodoxe encore moins anglican.

Avec délectation et légèrement imbu de sa personne, on n'est pas de sang royal pour rien, Bertie, pardon, le Prince de Galles, va se lancer dans une enquête qui semble-t-il va à l'encontre du but recherché.

Afin de défendre l'honneur et l'intégrité du célèbre jockey, ne met-il pas à jour une sombre histoire de courses truquées, de corruptions, que sais je encore!

Une enquête discrète qui mène le Prince de Galles du célèbre champ de courses de Newmarket jusqu'aux bas fonds londoniens lui faisant côtoyer amateurs véreux, prostituées et femmes du monde, artistes de music hall et drôles d'oiseau.

Sans oublier l'aide inefficace du chef de la police de Londres, Charles Warren, bien connu pour l'incompétence notoire qu'il déploya lors de l'affaire de Jack l'éventreur, qui secouera le royaume deux ans après les tribulations flicardesques du futur Edouard VII.

 

Peter Lovesey, incontestable spécialiste de la fin du I9ème siècle, nous propose avec Honni soit qui mal y pense un livre réjouissant et légèrement irrespectueux à souhait.

Une réussite de celui qui nous avait convaincu de son talent avec des romans comme Le bourreau prend la pose, La course ou la vie, Cidre brut et quelques autres

Ce roman inaugurait la nouvelle collection Grand Format du Masque, une collection qui aurait accueillir les suffrages du public puisqu'elle se proposait d'accueillir en son sein des auteurs aussi divers et talentueux que Joseph Wambaugh, Dorothy Uhnak, Elmore Léonard. Un éclectisme et une complémentarité de bon aloi.

Peter LOVESEY : Honni soit qui mal y pense. Mémoires policiers d'Edouard VII (Bertie and the Tinman - 1987. Traduction de Jean-Michel Alamagny). Collection Grand format. Editions Le Masque. Parution juin 1989. 252 pages.

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 13:50

Il faut tuer Savonarole...

Gérard DELTEIL : La conjuration florentine.

Il est difficile de ne pas effectuer un parallèle entre des événements qui ont secoué la ville de Florence en 1497 et l'état d'esprit qui régnait alors, et certains événements socioreligieux actuels.

Dieu ne veut pas de crucifix d'argent à côté d'estomacs affamés.

Cette diatribe imprimée à Florence et émanant de Jérôme Savonarole, le moine dominicain qui veut imposer aux habitants de la cité une règle de conduite plus pure, indispose fortement le Pape Alexandre VI, Rodrigo Borgia.

Avec l'évêque Adriano Castellesi, qui est également son ami, le pape décide de supprimer purement et simplement son ennemi. Il recherche donc un candidat susceptible de mener à bien cette mission et le trouve en la personne d'un novice, Stefano Arezzi, car selon Castellesi, sa foi frise le fanatisme.

Enfant trouvé, Stefano, qui entre dans sa vingtième année, a été élevé par les Franciscains, a étudié la théologie, les mathématiques, l'astronomie, les langues, à l'université de Bologne, et est actuellement au couvent de l'Aracoeli. Seulement Stefano ne sait pas manier les armes et son maître sera un sicaire qui aurait pu prétendre lui aussi à affronter Savonarole. Après un entraînement poussé, Stefano se rend à Florence, muni d'un coffret contenant une Bible mais qui dissimule des fioles de poisons et des objets pouvant servir de cachette telle qu'une bague au chaton amovible.

 

Les troupes de Charles VIII remontent vers la France, les Médicis ont été chassés de Florence, et la populace est divisée en trois factions d'inégales compositions. Savonarole possède ses partisans, les Piagnoni, tandis que les Arrabiati s'érigent en ennemis du moine, les Compagnacci représentant la tendance dure des Arrabiati. Les Médicis sont soutenus par les Bigi qui espèrent leur retour aux affaires. Mais ce sont surtout les jeunes gens issus de familles riches qui se montrent les plus virulents.

Savonarole a proscrit la musique, la danse, les masques et les carnavals, obligé les femmes à cacher leurs cheveux sous un voile, et bien d'autres manifestations qui font de lui un moine intégriste enflammant une grande partie des Florentins. Les livres, les œuvres d'art licencieuses ne trouvent pas grâce à ses yeux, de même que le luxe affiché par l'Eglise et les puissants, la recherche du profit, et la vente bénéfique financièrement d'Indulgences. Une réforme humaniste dans l'excès.

Le cerveau du Frate est trop étroit pour comprendre que la jeunesse préfère la musique, la danse, les masques et les jeux de l'amour qui accompagnaient les carnavals d'autrefois aux litanies de l'église.

 

Le pape Alexandre VI

Le pape Alexandre VI

C'est dans cette ambiance trouble que Stefano débarque à Florence et il se rend, sur les conseils de Castellesi chez Maître Turca, un riche drapier-lainier, afin de devenir le précepteur de ses deux enfants, Gustavo et Léna. Gustavo se montre un élève appliqué, mais Léna, proche des quatorze ans, est déjà une petite femme aux formes généreuses et elle se montre aguicheuse auprès de Stefano. Mais ce n'est pas Lena qui décrochera le pompon, ce sera Fedora, la femme de Turca, qui lui rendra visite en catimini dans sa couche un soir.

Gustavo est embrigadé dans la formation des Anges blancs, dont la mission est de récolter des subsides pour construire des hospices. Stefano est chargé de le surveiller car Turca se méfie des manigances du Frate, alias Savonarole. En guise de subsides, les Anges blancs reçoivent des pierres lancées par des gamins vivant dans un quartier défavorisé. Il évite toutefois à Vittorio, l'un des agresseurs d'être écharpé, ce qui lui vaut la reconnaissance familiale et celle du voisinage. Il devient même le général d'une section des Anges blancs. Mais il s'attire les quolibets et les inimitiés de la part des Compagnacci, des jeunes gens tout feu tout flamme.

Ce que n'avaient pas prévu Alexandre VI et Castellesi, c'est l'attirance qu'exercera Savonarole sur Stefano. Il rencontrera bien d'autres personnages, dont le jeune Nicolas Machiavel, et surtout la belle et veuve Antonella Sarafini, dont le fils est lui aussi membre des Anges blancs. Il lui faudra également déjouer des tentatives d'assassinat, des complots, car les ennemis de Savonarole ne manquent pas, soit dans Florence même, soit dépêchés par le Pape qui ne s'est pas résigné à subir les affronts de Savonarole, lequel va jusqu'à organiser un autodafé, le bûcher des vanités, au plus grand dam de ses adversaires.

Stefano va apprendre qu'il ne faut pas confondre la religion, la politique et le négoce, ces trois éléments étant souvent incompatibles.

 

Savonarole

Savonarole

Gérard Delteil nous invite à un voyage dans le temps à une époque au cours de laquelle la religion possédait une prépondérance maléfique dans la vie quotidienne des êtres humains, régissait tout et imposait une vision déformée des enseignements humanistes.

Si le but de Savonarole, réfuter l'amas de richesses engrangées de la papauté et les redistribuer aux pauvres, était avisé et louable en soi, c'est sa façon de procéder qui est condamnable. Imposer des préceptes intégristes et plonger la masse populaire dans l'ignorance, et ses prises de positions principalement vis à vis de la gent féminine, nous ramène inconscient (ou pas) aux préceptes des talibans tels qu'ils l'exercent aujourd'hui. Et Savonarole influencera peut-être Luther et Calvin lorsqu'ils poseront les bases de la Réforme.

Et au delà du roman, très fouillé, construit avec une recherche historique, même si cela reste justement un roman, ce sont bien les débordements religieux qui s'ancrent dans l'esprit du lecteur. De plus, entre les Dominicains dont fait partie Savonarole, et les Franciscains, religieux dont le Pape est proche, existe un antagonisme flagrant.

Gérard Delteil démonte l'hypocrisie qui règne, les magouilles et manipulations exercées au nom de l'église en appliquant les doctrines selon ses envies et ses besoins personnels. Le personnage de Savonarole se montre ambigu, et dont justement il faut se méfier. Tout comme les religieux, quelle que soit leur confession, d'aujourd'hui qui veulent infliger leur vision en abaissant moralement leurs fidèles, en se servant de textes dénaturés, et les obligeant à se conduire en rétrogrades exaltés, fanatiques, subissant des enseignements iniques.

Un roman historique passionnant, dans la veine d'Alexandre Dumas, mais avec une approche sur des événements actuels , même si cela n'est pas défini et exprimé dans l'ouvrage, et qui va au-delà du simple plaisir de la lecture.

Gérard DELTEIL : La conjuration florentine. Editions Points. Points Thriller P4222 Inédit. Parution 19 novembre 2015. 480 pages. 7,90€.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:06

Ne le restera pas longtemps, quoi que...

Jean-François PAROT : L'inconnu du pont Notre-Dame.

L'affaire du collier de la Reine, dans laquelle est impliqué le cardinal de Rohan, n'a pas fini de faire des vagues lesquelles se prolongent jusqu'au Vatican. Nicolas Le Floch, commissaire aux affaires extraordinaires au Châtelet a même dû effectuer un voyage à Rome, rencontrer le pape Pie VI, afin de représenter diplomatiquement le roi Louis XVI. Le cardinal Bernis en profite pour lui remettre deux médailles, destinées l'une à madame Louise, la prieure du Carmel de Saint-Denis, l'autre à une personne qui est chère à Le Floch, marquis de Ranreuil. Ce qui ne manque pas de le plonger dans de profondes conjectures.

De retour à Paris, Nicolas Le Floch est invité à se rendre à une réception organisée par le Duc de Dorset, ambassadeur de la couronne d'Angleterre à Paris. Il y retrouve, outre un personnage dont il se méfie, Lord Aschbury, le chef des Services secrets anglais, le vieux Lord Charwel, lequel est accompagné de sa femme. Le Floch est estomaqué car il reconnait en la charmante épouse Antoinette, dite La Satin, agent du Secret français à Londres, et mère de son fils Louis de Ranreuil. Heureusement Antoinette, qu'il n'avait pas revue depuis des années, ne bronche pas. Elle est devenue plus flegmatique que les représentants de la perfide Albion.

 

Le lendemain, 16 mai 1786, il se rend à la Bibliothèque du Roi, dirigée par Le Noir, son ancien supérieur au Châtelet qui depuis est devenu bibliothécaire du roi. Le Noir déplore la disparition de Halluin, le conservateur au cabinet des médailles, depuis quelques jours. Mais aucun vol ne serait enregistré, apparemment. En compagnie de son subordonné et ami, l'inspecteur Bourdeau, Le Foch va s'atteler à la tâche, mais il doit partager son temps avec d'autres affaires qui le requièrent.

Toutefois il se rend en compagnie de son adjoint au domicile du garde des médailles. Et si l'appartement est fort bien rangé, il comporte quelques anomalies. Dans la penderie sont accrochés des vêtements féminins, et des pots de parfumerie et de soin de la peau sont visibles. La portière, causante comme une concierge mal lunée, ne tarit pas d'invectives envers son locataire, ainsi qu'à l'encontre d'un barbier, le merlan comme elle l'appelle, qui lui rend visite de temps à autre. Pour Nicolas Le Floch et son compère, Halluin est un personnage ambigu dont il serait bon d'approfondir la personnalité.

 

Le transfert des inhumés au cimetière des Innocents agite la populace, tandis que la démolition des maisons érigées sur le pont Notre-Dame est entamée au grand dam de nombreux Parisiens. Or le cadavre d'une femme vient d'être découvert dans les ruines du troisième étage d'une de ces habitations. Le Floch et Bourdeau se précipitent. Le visage de la femme est écrasé et donc inidentifiable, seulement, après vérification par Sanson, le bureau qui fait office également de légiste, cette femme est un homme. De plus cet individu n'a pas été trucidé, poignardé sur place mais il a été transporté. Dans une doublure de ses vêtements gît une facture relative à des pots d'onguent, comme ceux découvert chez d'Halluin.

Comme si les choses n'étaient déjà pas assez compliquées comme ça, Sartine, ancien lieutenant général de police et ancien ministre, demande à ce que Louis de Ranreuil, le fils de Nicolas Le Floch, serve de garde rapprochée à Antoinette Godelet, devenue Charwel, la Satin (le S est important !), une mission pour le moins délicate, car comment se déroulera l'entrevue entre la mère et le fils, sans que chacun des personnes mises en présence l'une de l'autre ne dévoile leur parenté. Antoinette serait à même de déjouer un projet visant Louis XVI et la royauté en général. Une guerre larvée et diplomatique qui serait préjudiciable à la France.

 

Une médaille à la Méduse réapparait inopinément et c'est ainsi que Le Floch, Bourdeau et Le Noir se rendent compte que celle enfermée dans une vitrine du cabinet des médailles, n'est qu'un faux, une reproduction en cire, parfaitement imitée. Une médaille convoitée par la Reine afin d'orner un meuble. Et des plans des Champs Elysées sont retrouvés de-ci de-là, mais pour le moment il leur est impossible de comprendre leur signification même auprès de Federici, le gardien de cette promenade possédant une mauvaise réputation malgré les efforts consentis pour son aménagement.

 

Les investigations de Le Floch le mèneront dans un Paris qui sans être comparable à la cour des Miracles est le fief des receleurs et des maisons de jeu, jusqu'en rade de Cherbourg que Louis XVI doit visiter, un projet qui ne doit pas tomber à l'eau.

 

Les intrigues de cour sont le terreau des romans historiques, épicés de dangers disséminés aussi bien dans les tréfonds d'une ville soumise à la perdition ainsi qu'au lucre, à la tentation et à la trahison. Les voyous de basse extraction côtoient les bourgeois et gentilshommes, dont les buts sont différents mais complémentaires.

Et dans ces arcanes qui passent rapidement de la lumière à l'obscurité, Le Floch va devoir naviguer pour mener à bien son enquête qui est rongée par la révélation étonnante et surprenante de sa naissance. Le tout est enrobé d'un voile de complots et d'intrigues de cour et de basse-cour, comme Dumas (et ses complices) savait si bien les écrire et les mettre en scène. D'ailleurs les références à Dumas ne manquent pas, ne serait-ce que cette appétence à décrire les banquets et les recettes de cuisine, dont certaines rapportées d'Italie par Le Floch. Les drames couvent, et des pointes d'humour surgissent, comme par exemple l'entrevue entre La Paulet, tenancière de maison dite close mais ouverte à toutes les bourses, et devineresse au langage fleuri et approximatif.

Et comme dans le roman de Jean-Christophe Portes, L'affaire des Corps sans tête, Jean-François Parot nous présente en Louis XVI un roi différent de celui qui était décrit dans les manuels d'histoire scolaires, pour autant que je m'en souvienne. Ce n'est pas à un roi fade, sans réelle envergure auquel le lecteur est confronté mais à un personnage qui réfléchit, ne dépense pas sans compter, et dont les projets, s'ils avaient pu être menés à bien, auraient pu en faire un monarque influent et considéré. Mais comme toujours, c'est son entourage qui entrava ses velléités de réformes.

 

Jean-François PAROT : L'inconnu du pont Notre-Dame. Les enquêtes de Nicolas Le Floch. Editions Jean-Claude Lattès. Parution 14 octobre 2015. 448 pages. 19,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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