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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 15:41

Mais il y eut aussi les braves gars de la rade !

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest.

Imaginez que vous entrez dans une salle de réunion? De petits groupes de quelques personnes bavardent, discutent, conversent. Vous vous approchez de l'un puis de l'autre, essayant de comprendre les propos échangés, mais tout cela vous parait fort confus.

Puis à un certain moment vous prenez en oreille un fil auquel vous vous raccrochez. Vous tirez doucement dessus et ce lien ténu en ramène d'autres, comme une dentelle, comme un filet de pêche, une nasse grouillante et vous parvenez enfin à relier tout ce puzzle qui joue avec le temps. Des événements qui se déroulent pour certains à partir de la fin octobre 2011 à Brest et ses environs, pour d'autres en octobre 1943 dans la prison Jacques Cartier de Rennes.

 

Dans un coin, des personnes évoquent la mort de la veuve Le Moign, riche héritière d'un élevage porcin industriel et d'une conserverie de pâtés fort prisés. Elle est décédée dans l'incendie de sa villa de Plougonvelin, seulement à l'autopsie il est démontré qu'elle possède dans le corps un plomb impropre à la consommation. Il s'agit d'une balle provenant selon toute vraisemblance d'une arme ancienne et étrangère. L'affaire est confiée au capitaine Gourmelon, de la gendarmerie territoriale, ce qui n'arrange vraiment pas son ex-femme qui pense qu'il a encore trouvé une échappatoire pour se défiler de la garde des gamins. Et comme le garçon a été privilégié par rapport à la fille, les doutes sont permis sur une éventuelle jalousie.

 

Dans un autre endroit, on parle du corps d'un vieil homme a été ramené dans ses hélices. Un vieil homme âgé de près de soixante-dix ans selon les premières constatations. L'homme était atteint d'une tumeur en phase terminale au cerveau. Un suicide, apparemment par une balle, seulement la balle proviendrait d'une arme à feu ancienne et étrangère. Et comme il est impossible de retrouver l'arme, là aussi des doutes se forgent dans les neurones de Sahliah Oudjani, lieutenant à la gendarmerie maritime. L'affaire n'avance pas assez vite au goût du juge Salaun. Le cadavre est bientôt identifié, il s'agit d'un ancien responsable de la Fraction armée rouge en Allemagne de l'Ouest dans les années 1970, début 1980, du nom de Hans Schwitzer, qui a passé une vingtaine d'année en prison et n'a été libéré qu'en 2005.

 

Voyons ce qui se dit ailleurs, dans un autre groupe. Il est question de Maryse Dantec, nouvelle retraitée qui a décidé de reprendre ses études d'histoire, de passer un master II, dont le thème est lié à la Résistance à l'Arsenal de Brest durant la seconde guerre mondiale. Par la même occasion elle veille sur son père hospitalisé à Brest, et qui fut durant quelques décennies maire communiste de la ville de Saint-Denis, l'un des fiefs de la ceinture rouge parisienne.

 

Enfin, dans un coin, cachés dans une pénombre prononcée, des silhouettes plongées dans une opacité entretenue, se remémorent Yves, interné dans la prison Jacques Cartier de Rennes. Des fantômes qui ont pour nom Eliane, Robert-Max, Guermeur, Dantec, Morriss, un employé de la préfecture, un nommé Mercier qui fricote avec les Nazis qui tiennent Brest, et le patronyme de Trotski qui flotte comme un étendard, des phrases qui circulent emportées par le vent, La crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire, des probabilités avancées, le basculement possible des staliniens, choisir entre une idéologie ou des représentants de la bourgeoisie, Churchill, De Gaulle, des problèmes de conscience, des trahisons...

 

Peu à peu les groupes du capitaine Gourmelon et du lieutenant Oudjani se rapprochent insensiblement, car il est indiscutable que les deux affaires qu'ils ont en charge sont liés.

 

Des souvenirs segmentés, comme incomplets...un lien ténu entre hier et aujourd'hui, qui tire dans sa nasse la bêtise humaine, séculaire, l'aveuglement de quelques dogmatiques qui pensent détenir la vérité, et qui conduisent aux meurtres via une lâcheté stupide et dégénérée. L'histoire se répète, pas toujours dans les mêmes circonstances, pas toujours au même endroit, mais l'on ne peut nier quelques corrélations entre événements d'hier et ceux d'aujourd'hui, celle d'idéologies malsaines, néfastes ou mal interprétées.

Et comme trois avis valent mieux qu'un je vous invite à visiter les liens ci-dessous :

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 208 pages. 10,90€.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 14:54

En piste pour le quadrille...

Michel QUINT : Fox-trot.

La foule est en effervescence, des hommes principalement arrachent des bancs, brandissent à bout de bras des grilles d'arbre, dressent des barricades. Des camions de troupes sont stationnés au bout du Pont de la Concorde qui justement ne règne pas, devant l'Assemblée Nationale, et des silhouettes casquées prêtes à charger.

Nous ne sommes pas en mai 1968 mais le 6 février 1934. L'affaire Stavisky vient d'éclater, éclaboussant les hommes politiques. La droite, l'extrême-droite, des associations d'anciens combattants, les Croix de feu, les Ligueurs prônant le retour de la monarchie et du Duc de Guise, manifestent violemment contre le limogeage du Préfet de Police Chiappe qui entretient des amitiés avec les factieux. Le gouvernement Daladier est sur la sellette.

Dans ce brouhaha, à la sortie de l'hôtel Crillon, Lisa Kaiser, danseuse et trapéziste dans la troupe de Max Rivers, aborde Rita Georg, la grande vedette des cabarets du moment. Elle aimerait que celle-ci l'aide à trouver une place dans une revue. Rita attend un homme qui doit lui remettre quelque chose, mais au moment où celui-ci, qui débouche de la sortie de métro la reconnait et lui fait un signe, il tombe à terre. Dans la bousculade, nombreux sont ceux qui entourent le blessé par balles. Lisa s'empare d'une enveloppe épaisse, et au revoir la compagnie, elle prend le train pour Lille, un retour au pays qu'elle a quitté alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Dans la grosse enveloppe sont glissées deux pochettes plus petites, une contenant des papiers d'immatriculation de véhicules, l'autre une importante somme d'argent.

 

Au même moment, à Lille, la même fièvre que celle qui agite Paris règne et Nelly, modiste et trentenaire florissante se trouve bousculée, un homme lui tient la poitrine, c'est pour la retenir, l'empêcher de tomber à terre, peut-être se faire écraser. Il existe d'autres façons, plus subtiles de faire connaissance, mais Charles Bertin, instituteur, à la petite moustache d'acteur de cinéma, est tout de suite pardonné. Elle en tombe même sous le charme et la modeste modiste se montre amoureuse experte.

Lisa arrive en gare de Lille et elle se fait indiquer l'adresse d'un hôtel grâce au kiosquier qui approvisionne Charles Bertin en journaux. Elle s'installe à l'hôtel de Lyon, sis juste en face de la gare, hôtel qui vient de connaître un drame. Une ressortissante belge s'est fait trucider et ses bijoux se sont évaporés dans la nature. Ceci ne concerne pas Lisa qui a en tête autre chose.

Le lendemain alors qu'elle sort de la gare après avoir acheté au kiosquier un journal, elle manque dégringoler et Charles Bertin qui passait par là la retient de justesse en lui plaquant une main sur la poitrine. Décidément, cela devient une habitude surtout pour Charles qui devient pataud devant les femmes. Puis elle remet à Gustave Noblet l'enveloppe contenant les papiers mais garde devers elle l'argent. Elle obtient un engagement au Sphinx, un cabaret, et se produit dans un numéro particulier de trapéziste.

Charles et son amie Nelly assistent au spectacle que reluque une nombreuse assistance médusée. Lisa pratique ses jeux de barres entièrement nue ! Malheureusement elle est découverte peu après, assassinée, le bas-ventre lacéré comme si on avait voulu la dépiauter, et le piano est éventré.

Tout comme à Paris, la rue est en effervescence. Les différentes associations et partis politiques de droite et extrême-droite manifestent violemment. Le suicide de Stavisky, et le scandale qui continue à alimenter les journaux et les embarras de la classe politique, est à l'origine de ces émeutes. Et rien pour éteindre le feu de l'antisémitisme et du racisme.

C'est dans ce contexte que le commissaire Demeyer demande à son neveu Charles Bertin de se fourvoyer dans ces groupuscules, Croix-de-Feu, Alliance française et autres, et de se comporter en taupe de Roger Salengro, le maire socialiste de la cité nordiste. Un véritable cas de conscience pour ce jeune instituteur qui s'est bagarré avec un de ses collègues justement parce que celui-ci se montrait arrogant en déclarant sa flamme aux idées d'extrême-droite. Un conflit qui vaut à Charles Bertin de se retrouver éloigné de l'Education Nationale pour quelques semaines, étant l'agresseur et malgré son bon droit.

 

La montée de l'extrême-droite, l'antisémitisme et le racisme, dont le liant est la précarité de l'emploi, cela nous ramène à une époque actuelle. Pourtant tout ceci se déroule en 1934, alors que venant d'Outre-Rhin et en Italie les noms de Hitler et Mussolini dépassent les frontières.

Dans ce contexte historique nauséeux, qui prend son origine dans des magouilles financières, l'histoire se répète, se greffe une intrigue policière fort habilement menée. Les personnages secondaires prennent autant de place que les rôles principaux car Michel Quint sait mettre en valeur ces représentants du peuple, dont les idées de gauche sont humanistes, les truands qui traficotent, mais également ceux qui profitent des situations, des opportunistes, sans oublier ce couple de médecins légistes qui officient sur les cadavres sans pour autant négliger la chair fraîche.

Et dans ce petit monde qui gravite, signalons cet brave homme qui a gagné le gros lot à la loterie et vient avec une brouette chercher son gain, le couple de bistrotiers qui ont vendu le billet gagnant ou encore Jojo, le kiosquier qui ne comprend pas le retournement de veste de son ami Charles Bertin.

 

Michel Quint fut professeur de propédeutique théâtrale. Et comme dans pratiquement tous ses romans, le spectacle sous toutes ses formes prend une place importante dans l'intrigue. Dans Fox-trot, le théâtre est représenté avec Charles Bertin l'instituteur qui monte des pièces de théâtre avec ses élèves, mettant en scène un épisode de la Révolution Française. Mais le spectacle produit par Lisa est très visuel, réservé aux adultes naturellement. Et bientôt c'est Carnaval qui va investir les rues de Lille tandis qu'au théâtre est jouée l'opérette l'Auberge du Cheval blanc.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Michel Quint qui retrouve la verve des Grands Ducs ou des Joyeuses, dans un contexte historique proche de Veuve Noire.

 

Michel QUINT : Fox-trot. Editions Héloïse d'Ormesson. Parution 8 octobre 2015. 336 pages. 20,00€.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 13:13

Une réédition poche de fort bon aloi !

Laurent WHALE : Goodbye Billy.

Dans chaque légende, existe toujours une part de vérité.

Pendant dix-sept ans, Richard A. Benton a été agent spécial du F.B.I. puis il a été viré comme un malpropre. Et le voilà nommé comme chef de service à la Bibliothèque du Congrès de Washington, responsable d'une petite phalange de trois personnes et chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs. Lui qui était habitué à côtoyer l'action, le voici devenu le chef des Rats de poussière.

Cette équipe est composée de Maureen McCornwall, à l'allure de punkette mâtinée rebelle gothique, d'Antonia Horowitz, fringuée limite loubard, bardée de diplômes et responsable informatique et technologies nouvelles, et de Andrew Kerouac, aucune parenté avec Jack, archiviste et doyen de la bande. Mais Dick (diminutif de Richard) Benton se rend vite compte qu'il n'est pas à la tête d'une équipe de bras cassés, de farfelus comme il le croyait au départ et que les résultats des enquêtes qui leurs sont confiées ne sont pas forcément transmis au FBI, à la CIA et autres services dits de sécurité comme la NSA, ou alors ils sont vidés d'une partie de leur contenu.

Le sénateur Allan Lloyd Ferguson est candidat à la primaire républicaine dans la course à la Maison Blanche. Digne descendant d'une lignée de Ferguson ayant tous gravité dans les arcanes de la politique il vise plus haut, et les Rats de poussière enquêtent sur son cas afin d'éviter que certaines affaires viennent par la suite entacher son éventuel succès. C'est Antonia qui s'est attelée à la tâche et elle a remonté le temps, jusqu'au grand-père Ferguson et à l'année 1925. Elle a déniché la photocopie d'une déclaration fiscale pour une société d'export de coton. Or théoriquement ce document ne devrait pas exister, caduc quelques cinquante ans avant sa rédaction. Un document qui fleure bon la fraude.

Kerouac, mis lui aussi à contribution, révèle qu'il s'agirait d'une vaste entreprise d'escroquerie immobilière d'un montant de trente-cinq-millions de dollars, ce qui représente une coquette somme surtout dans les années 1920. Et Maureen, en enquêtrice acharnée a établi une corrélation entre Ferguson et Al Capone. Cela sent de plus en plus mauvais, mais leur surprise va atteindre un sommet lorsqu'ils découvrent que quelqu'un a confié à Ferguson l'ancien trente millions en 1921 et ce donateur n'est pas anonyme, il s'agit d'un certain Ollie P. Roberts. Or il semblerait que sous cet alias se cache un célèbre bandit du nom de William Antrim ou Henry Mc Carthy plus connu sous celui de William H. Bonney surnommé Billy the Kid. Et selon la légende Billy the Kid est mort dans les années 1880, abattu par Pat Garrett le shérif qui fut son ami.

Deux agents du FBI, Jarvis et Kraube, les âmes damnées de Stevens, le patron de l'agence, s'introduisent dans le bureau de Dick lui enjoignant de laisser tomber l'affaire Ferguson. Mais Dick ne se laisse pas intimider et il est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses recherches, ce qui évidemment ne peut que lui attirer des ennuis, à lui et aux autres membres de son équipe.

Dick et consorts suivent donc la piste Ollie Roberts-Billy the Kid et en s'infiltrant dans les ordinateurs de différents services, Antonia remonte jusqu'à un journaliste, aujourd'hui en retraite, qui aurait recueilli des informations en 1948. Coup dur, ce journaliste se serait suicidé quelques mois auparavant. Un suicide qui tombe à pic.

Dick est un amateur invétéré de vieux zincs, d'ailleurs il habite sur un ancien terrain d'aviation et lorsqu'il rentre chez lui quelques jours plus tard, il se rend compte que son antre a été visitée. Les événements s'enchainent dans un rythme infernal. Il fait appel à un vieil ami, Jake, susceptible de l'aider. Son ex-femme Jessica disparait et il doit s'occuper de son gamin, Jeremy. Le journaliste aurait tenu un carnet secret et la solution à leurs problèmes y serait peut-être consignée. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. Tout en essayant d'échapper à des tueurs qui en veulent à leur peau. Et si Jarvis et Kraube ne sont pas étrangers à leurs soucis et à leurs désagréments, il n'est pas exclu que d'autres personnages en coulisses tirent les ficelles.

Alors direction le Texas puis le Nouveau Mexique sur la piste du journaliste et de Billy the Kid, à bord d'un vieux Beechcraft 18S des années 1930.

 

De nombreuses scènes épiques attendent le lecteur dont celle d'une course poursuite entre le Beechcraft et un F16 au milieu d'un meeting aérien composé de vieilles gloires des airs, ce qui n'est pas sans rappeler d'anciennes lectures comme par exemple les aventures de Biggles du Captain W.E. Johns ; ou encore comment détourner l'attention d'un couple d'agents du FBI surveillant les abords d'une maison.

Laurent Whale s'empare de la légende de Billy the Kid, la réécrivant selon les suppositions d'historiens, tout en mettant en scène un personnage dont la présence est inattendue, celle de Guu Ji Ya plus connu sous le nom de Géronimo, et en offrant une version réaliste et plausible d'une affaire non encore résolue aujourd'hui et qui date de la fin de la guerre de Sécession.

De même le lecteur est en droit de se demander pourquoi un homme attend, dans le couloir de la mort du pénitencier d'état de Ridgeville en Caroline du Sud, son transfert vers le Texas afin d'y être exécuté. Quel peut-être le rapport entre son histoire et ce pour quoi il a été condamné vingt-quatre ans auparavant avec les recherches de Dick Benton et ses collègues ?

Dans la plus pure tradition du roman d'aventures avec incursion dans le passé et mettant en scène des personnages ayant réellement existés, Laurent Whale a écrit un roman ambitieux et composite puisqu'il interfère roman historique et western du plus bel effet, avec roman d'aviation, incursion dans le domaine politique et magouilles financières sur fond d'élection présidentielle, sans oublier le suspense incarné par les affres d'un prisonnier dans l'attente de son exécution et les souffrances endurées par une jeune femme enfermée dans une cave et subissant les maltraitances, et plus, de ses geôliers.

Un roman complexe, touffu, vivant, qui ne manque pas d'humour et joue sur les nerfs. Laurent Whale dont on avait déjà apprécié Le chant des psychomorphes et Les étoiles s'en balancent monte en puissance et n'a pas fini de faire parler de lui, en bien.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Laurent WHALE : Goodbye Billy. Réédition Folio Policier N°780. Parution 8 octobre 2015. 658 pages. 9,00€.

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 13:11

Ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient sans esprit...

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête.

Déjà que trouver un cadavre dans la Seine n'est guère réjouissant, en harponner un qui ne possède plus sa tête, il y a de quoi perdre la sienne.

L'enquête sur ce meurtre, la découverte de l'identité du cadavre et celui de son coupeur de tête est confiée au brigadier Picot, de la brigade de Nanterre, un sexagénaire averti et pugnace. Bouvreuil, le chirurgien-barbier ami de Picot, procède à l'autopsie.

Cette découverte a été effectuée le 21 février 1791, au petit matin.

Le même jour, le lecteur surprend une conversation entre deux hommes, dont un dénommé Talon, conversation dont l'objet réside en une demande pour le moins farfelue émanant d'un certain Danton. Celui-ci réclame cent mille livres pour le remboursement de sa charge d'avocat.

Le soir même, le sous-lieutenant Victor Dauterive, de la Gendarmerie Nationale, investit une imprimerie assisté d'une quinzaine de gardes nationaux. Il est chargé de procéder à l'arrestation du sieur Marat, le rédacteur belliqueux du journal L'Ami du Peuple, dont les écrits appellent à prendre les armes contre une possible et éventuelle fuite du roi. Mais Marat, comme à son habitude, sentait le vent de la maréchaussée, renommée gendarmerie nationale, venir et justement il n'était pas venu, évitant soigneusement la maréchaussée.

Dauterive est le protégé de Lafayette, il n'a que dix-neuf ans et est sous-lieutenant de la Gendarmerie Nationale. Il vient de Bourgogne, après des démêlés avec son père et espère bien se faire une place dans la capitale. Sa mission est donc d'arrêter Marat qui appelle au meurtre des aristocrates, seulement cette mission est contrariée à cause des questions qu'il pose ici et là. Il attire sur lui l'attention du commissaire Charpier, du quartier du Théâtre Français, et de quelques personnages inquiétants. Mais il va être aidé par des personnages du petit peuple qui vont se révéler habiles auxiliaires dans ses démarches.

Lafayette lui fait remettre par Talon, lieutenant civil qui lui sert de secrétaire, une bourse de deux milles livres, somme destinée à soudoyer quelques personnages. Mais rentrant chez lui, il croise une jeune femme fort avenante, et ne rend pas compte immédiatement qu'elle vient de lui subtiliser sa bourse (celle qui lui a été remise, je précise). Pourtant il aurait dû se méfier, car des locataires de son immeuble se sont plaints de petits vols, de disparitions bizarres et lui ont demandé d'enquêter. Mais il a tant à faire.

Il enquête dans différents clubs et lieux de réunions dans lesquels Danton et consorts haranguent leurs troupes. Au club des Cordeliers par exemple, ou aux Jacobins, et il découvre que tous ces révolutionnaires ne prêchent pas forcément les mêmes idées, et que leurs propos ne s'accordent pas toujours avec leurs actes. De plus il apprend l'existence d'un mystérieux Comité de liquidation des dettes chargé de récupérer et rembourser des créances.

Seulement il découvre que trois créanciers, qui devaient récupérer cent cinquante milles livres chacun, ont disparu. Le lecteur, futé fera immédiatement la liaison avec les trois corps retrouvés dans la Seine. Car deux autres cadavres ont été retrouvés et les enquêtes sont confiées au brigadier Picot.

Dauterive fait la connaissance d'un archiviste du Châtelet, De Gastine, lui-même en relation avec Bouvreuil. Or Picot est assassiné et Bouillon en est fort marri d'avoir perdu son ami. Par De Gastine, Dauterive est amené à faire la connaissance de Bouvreuil, et il retrouve la trace de sa petite voleuse, une nommée Suzanne. Bouillon, De Gastine et Dauterive vont joindre leurs efforts pour découvrir qui a assassiné Picot et leurs ennuis commencent. Le commissaire Charpier, protecteur de Marat, et deux Volontaires de la Bastille sont à leurs trousses, et les trois hommes sont devenus des lapins pour ces trois chasseurs à l'affût de mauvais coups.

 

Avec ce roman, nous découvrons un nouveau et jeune détective de dix-neuf ans qui fait son apprentissage dans la Gendarmerie Nationale, nouvellement crée en remplacement de la Maréchaussée. Le parcours de Dauterive, un nobliau de province qui s'est échappé du carcan familial, et dont on apprend peu à peu les origines, sera semé d'embûches.

Mais s'il s'érige en personnage principal, d'autres protagonistes parcourent le récit. Danton, Marat, Lafayette, et bien d'autres révolutionnaires qui ne s'entendent guère entre eux, à cause de conflits d'intérêts. L'ombre du Comte d'Artois, le frère du roi, flotte sur cette intrigue, tandis que Louis XVI se montre moins falot que ce monarque décrit dans les manuels d'histoire. Et par dessus tous ces personnages réels ou fictifs, s'élève la grâce, le charme, la combattivité, le féminisme d'Olympe de Gouges.

C'est surtout pour Jean-Christophe Portes l'occasion de décrire un pan de la Révolution, alors que le comité travaille sur la rédaction de la Constitution, et de montrer que la plupart des Révolutionnaires œuvrent principalement pour leur chapelle et que souvent ils agissent en paranoïaques.

L'intrigue se situe entre février et fin juin 1791, et on ne peut éviter d'établir une corrélation entre la situation qui existait alors et celle qui prévaut de nos jours.

 

Ces coquins de financiers ont provoqué la Révolution en endettant le Royaume. Maintenant, ils mènent le pays à sa perte ! s'écria Duperrier, scandalisé. Ah ! quelle belle Révolution !!

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête. Une enquête de Victor Dauterive. Editions City. Parution 30 septembre 2015. 400 pages. 19,00€.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 11:20

Hommage à Ellis Peters décédée le 14 octobre 1995.

Ellis PETERS : La foire de Saint-Pierre

De tous temps, et de nos encore, les marchés importants, les foires comme celles de Lessay ou de Gavray dans la Manche, des foires millénaires, ont drainé un nombre impressionnant de visiteurs, d'acheteurs, de marchands, de camelots.

Et pour les cités, cela représente une rentrée non négligeable d'argent.

Sauf qu'à Shrewsbury, lors des trois jours pendant lesquelles se tient la foire de Saint-Pierre, les taxes et autres redevances tombent dans l'escarcelle de l'abbaye.

Les édiles de la cité ont beau envoyer auprès de l'abbé une délégation afin qu'une quote-part soit reversée en vue d'améliorer les fortifications et les rues de la ville, ceux-ci repartent sans avoir obtenu gain de cause.

Alors ce sont les jeunes qui prennent la relève et vont manifester leur mécontentement auprès des forains. Mais comme bien souvent, cela se termine par des rixes. Une bataille rangée qui laisse sur le carreau le meneur, suite à un malencontreux coup de bâtons assené par l'un des commerçants.

Le lendemain, le forain est retrouvé assassiné tandis que le jeune homme, qui cuve une cuite carabinée, ne peut se souvenir avec exactitude ses faits et gestes nocturnes.

Frère Cadfael, notre vieille connaissance, va écouter les uns et les autres, fouiner de ci de là, mener son enquête, l'honneur de l'abbaye étant en jeu.

J'avoue ne pas me lasser de lire les aventures de frère Cadfael.

Dame Ellis Peters possède bien du talent mais le contexte, l'époque dans laquelle elle situe ses intrigues y sont également pour beaucoup.

L'époque médiévale m'a toujours fasciné, mais je ne suis pas le seul. Et le roman historique décliné de cette manière élégante devrait en passionner plus d'un.

 

Réédition juillet 2001. 288 pages. 7,10€.

Réédition juillet 2001. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : La foire de Saint-Pierre (Saint Peter’s fair - 1981. Traduction de Serge Chwat). Collection Grands Détectives. Editions 10/18. N°2043. Première parution 1989.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 13:11

Hommage à Ellis Peters née le 28 septembre 1913.

Ellis PETERS : Trafic de reliques

Les romans policiers historiques nous offrent une bouffée d'air pur et vivifiant, remontant le temps, alors que nous sommes tranquillement installés dans un fauteuil accueillant.

Par exemple projetons-nous quelques siècles en arrière et atterrissons au Pays de Galles en pleine période médiévale.

 

Les jardins de l'abbaye de Shrewsbury sont le domaine exclusif de frère Cadfael et il se plait tant à soigner ses plantes que toutes ses pensées sont tournées vers la naissance, la croissance et la fertilité de ses protégées. L'idée de devoir rentrer pour la messe et le chapitre qui suit l'ennuie un peu, regrettant le temps volé à ses légumes. Mais il faut bien s'acquitter de ses obligations, n'est-ce pas ?

Aussi profite t'il de ces quelques moments de répits pour s'évader et dormir un peu. Non, je me trompe, il ne se repose pas, il médite.

Pourtant ce jour là, le chapitre est quelque peu mouvementé par les révélations de frère Colombanus. Celui-ci aurait eu une apparition ! Une vierge martyre, Sainte Winifred, recherche une abbaye comme dépositaire de ses saints ossements, ce qui arrange bien le prieur de Shrewsbury qui aimerait posséder des reliques afin de relever l'honorabilité, la notoriété de son abbaye et attirer des fidèles.

Une délégation de six moines, dont frère Colombanus et frère Cadfael, se met en route pour le Pays de Galles. Les tractations avec le seigneur du village où repose Sainte Winifred sont ardues, celui-ci ne désirant pas se défaire de la dépouille de sa sainte. Mal lui en prend car le hobereau est découvert assassiné.

Les soupçons se portent sur le soupirant de sa fille Sioned, pensez-donc, c'est un étranger ! Mais frère Cadfael, en bon Sherlock Holmes avant la lettre qu'il est, va enquêter et démasquer le coupable.

 

Dame Ellis Peters, célèbre Outre-manche, commençait enfin à se faire connaitre en France à la fin des années 1980 et ce n'était que justice.

Dans la même collection nous avons pu lire Un cadavre de trop, roman dans lequel nous faisions la connaissance de Frère Cadfael, ex-croisé, ex-homme d'armes reconverti comme moine.

Trafic de reliques est nettement supérieur et possède une fraîcheur, une vivacité, un humour qui savent séduire même les plus irréductibles ennemis du roman policier et ne laissera pas indifférent les athées et agnostiques.

 

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Trafic de reliques (A morbid taste for bones - 1977.. Traduction de Nicolas Gille). Collection Grands Détectives. Editions 10/18. N°1964. Première parution 1989.

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 12:59

Tous des planqués, surtout les gradés...

Léo LAPOINTE : Le planqué des huttes.

Printemps 1903 dans la région d'Abbeville. Julien, douze ans, avant d'aller à l'école doit aider ses parents et notamment emmener les vaches pâturer tandis que P'tit frère, trois ans, ramasse les œufs en essayant de ne pas les casser.

Un matin comme les autres, sauf qu'un inconnu l'aborde, lui demandant où se trouve la gendarmerie. Puis, après avoir donné quelques piécettes à Julien, il se dirige vers l'opposé de Pont-Rémy, ce qui étonne le gamin. Il ne sait pas qu'il vient de rencontrer Alexandre Marius Jacob, l'anarchiste recherché par toutes les polices, et qu'il va entraîner de ce fait sa famille dans la déroute. Mais un autre homme, l'oncle Emile, le frère de leur mère, sera lui aussi le pion de ce drame qui plongera ses parents, P'tit frère et leur deux sœurs dans la tourmente.

L'homme s'éloigne surveillé par Julien et P'tit frère. Les gendarmes ne sont pas loin et interrogent les gamins qui bien entendu ne disent rien, pas même qu'ils ont trouvé une longue-vue perdue par l'inconnu. L'homme n'est pas un inconnu pour les gendarmes, il s'agit d'Alexandre Marius Jacob, recherché comme anarchiste.

L'oncle Emile est colporteur, et dans sa musette et sous ses habits il transporte des tracts jugés subversifs. Alors qu'il est abordé pour un contrôle de routine il est arrêté par des représentants de la maréchaussée qui découvrent les papiers compromettants. Aussitôt il est catalogué lui-aussi comme anarchiste, les faits ne plaidant pas en sa faveur. Il devient la bête noire du commissaire Giraud d'Abbeville, lequel fera tout pour le coincer et l'envoyer en prison. Les gendarmes s'acharneront même sur Capi, le chien d'Emile, une pauvre bête qui ne leur avait rien fait mais qui est exécutée.

Mais Giraud ne s'arrête pas là, car il est obsédé par ces groupuscules qui menacent le gouvernement selon lui. Et non content de traquer l'oncle Emile, il va également forger son ire envers la famille Coulon, le père Gustave, la Mère Victoire, et les quatre enfants, Rémi et Julien les garçons, France et Jeanne les filles.

Les gendarmes sont obtus, ils détruisent tout à l'intérieur de la ferme des Coulon, à la recherche de Jacob, éventuellement de l'oncle Emile. Celui-ci emprisonné ne sera guère longtemps derrière les barreaux et libéré il trouvera du travail dans une usine à Amiens. Mais les méthodes patronales, réduisant les ouvriers en esclaves, encouragent ceux-ci à fomenter une grève qui sera réprimée. L'oncle Emile est catalogué dans le lot des meneurs. Le commissaire Giraud, qui élabore et tient à jour ses petites fiches sur toutes les personnes ayant eu maille à partir avec la justice, inculpés, famille proche, amis, une première qui bientôt deviendra chose courante, se focalise sur Gustave et sa famille. Ils seront obligés de déménager et se rendre dans l'ancienne ferme qui appartenait aux parents de Victoire à Nolette près de Nouvion.

 

Les années passent, les Coulon essayent de s'en sortir comme ils peuvent, malgré Giraud. L'oncle Emile est au bagne, et Julien est incorporé mais la guerre arrive. Il partira au front et participera aux nombreux combats qui se déroulent dans la région et en Champagne. L'armée ayant de plus en plus besoin de viande fraîche pour combler les tranchées, Rémi lui aussi va être convoqué pour participer au bal de la mitraille. Une guerre plus ou moins attendue par les habitants de la région, de nombreux Français ne digérant pas la défaite de 1870 et l'annexion de l'Alsace et La Lorraine à la Prusse. Mais Rémi ne veut pas quitter la terre afin de protéger sa famille et il se réfugie dans des gabions (d'où le titre du roman), ces édifications semi enterrées qui permettent aux chasseurs de traquer le gibier à plumes.

Des troupes britanniques s'installent non loin de la ferme des Coulon, et érigent un camp. Bientôt c'est l'arrivée de Chinois, transportés par bateaux via le Canal de Suez ou par le Canada. Ces supplétifs son traités rien moins que des bêtes de somme, de nouveaux esclaves, et les tentatives d'évasion sont durement réprimées.

 

Roman naturaliste, roman historique, roman de guerre, roman engagé, Le planqué des huttes est tout cela à la fois, et même un peu plus. L'auteur n'est pas tendre envers les Anglais, dont la méthode pour s'approprier les terrains est comparable à celle des envahisseurs et colonisateurs. Mais c'est la guerre, ce sont des alliés, ils ont donc tous les droits. L'arrogance et le mépris affiché des officiers tant Français que Britanniques à l'encontre des soldats et des civils, ne peut qu'aviver la rancœur et l'amertume. Et des scènes d'entraide sont particulièrement poignantes et démontrent le courage des petites gens face à ceux qui considèrent qu'ils peuvent tout se permettre.

Ainsi la scène au cours de laquelle la ferme des Coulon à Nolette est déménagée car empiétant sur le terrain annexé par la soldatesque britannique est émouvante, tout le village s'unissant pour que les bâtiments ne soient pas détruits et que la famille soit à la belle étoile.

 

Léo Lapointe remet les pendules à l'heure concernant les généraux français qui planqués dans leurs bureaux envoient sans scrupules leurs hommes à la boucherie. Clémenceau n'est pas épargné lui non plus, mais l'auteur ne fait qu'exprimer les sentiments de l'oncle Emile.

Il savait toutefois que son ennemi, le commissaire Giraud, était toujours en poste à Abbeville avec une autorité grandissante depuis son rapprochement avec le traître Clémenceau. Cette année-là, le moustachu, à la fois président du Conseil et ministre de l'intérieur, avait définitivement renié tout son passé à l'extrême-gauche en décidant de forger un appareil répressif contre le mouvement populaire. Il modernisait l'organisation de la Sûreté générale notamment par la création de brigades régionales de police mobile et par la mise en place d'un fichier central. Brigade des Renseignements généraux qu'il l'avait appelée, au lieu tout bêtement de police politique comme avant.

Petit aparté : c'est cet homme, Clémenceau, que Luc Ferry, professeur de philosophie et ancien ministre de l'éducation, aurait préféré que François Hollande rende hommage au lieu de Jules Ferry, dont il serait un cousin éloigné. Il est vrai que Jules Ferry était en faveur de la colonisation et non Clémenceau. Mais c'est oublier, impardonnable de la part de Luc Ferry, que Clémenceau fut un briseur de grèves et qu'il réprima dans le sang la révolte des vignerons au printemps 1907. Fin de l'aparté.

 

Le commissaire Giraud, un paranoïaque, obtus, sadique, a réellement existé et qu'une partie de ses rapports peuvent être consultés aux archives départementales de la Somme ainsi que sur le lien ici proposé.

 

Si l'histoire de la famille Coulon est fictive, quoi que possédant peut-être un fond de réalité, bien des événement décrits dans ce roman se sont réellement déroulés.

 

Mais ce roman aurait dû, à mon avis, être publié en deux parties. La première en effet s'intéresse plus aux avatars de la famille Coulon, par le truchement de la présence de Marius Jacob et de l'oncle Emile, tandis que la seconde est plus axée sur la guerre de 14/18, avec l'affaire de cette "invasion" britannique et le comportement de l'armée envers des déracinés chinois. Si l'oncle Emile est quelque peu perdu de vue dans la seconde partie, le lien est effectué par la présence malsaine du commissaire Giraud. Quant à l'épilogue, il suggère une suite.

 

Léo LAPOINTE : Le planqué des huttes. Collection 14/18. Pôles Nord éditions. Parution le 5 juin 2014. 504 pages. 12,50€.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 12:28

C'est pas bon pour les statistiques !

Ellis PETERS : Un cadavre de trop.

Frère Cadfael vit paisiblement en l'abbaye de Shrewsbury, parmi ses plantes médicinales, dans son potager et son herbarium, tandis qu'en cette année 1138 l'Angleterre est en pleine guerre civile.

Deux prétendants au trône se disputent la suprématie royale. Entre Maud et Stephen s'est engagée une lutte fratricide et bien malin celui qui pourrait nommer le vainqueur.

Frère Cadfael est seul pour accomplir ses travaux et lorsque l'aumônier lui propose un aide, c'est avec joie et reconnaissance qu'il accepte. Un jeune garçon vigoureux ne peut que lui rendre d'immenses services. Or il s'avère que le jeune garçon qui lui a été confié est une jeune fille.

Pendant ce temps Stephen s'est emparé de la cathédrale de Shrewsbury et fait pendre quatre-vingt-quatorze soldats de la garnison. Frère Cadfael, requis pour donner bonne façon aux cadavres fait machinalement ses comptes et s'aperçoit que non seulement il y a un corps en trop, mais que celui-ci a été assassiné. Il va donc se lancer dur la piste de l'assassin tout en continuant de veiller sur son, enfin sa protégée. Le tout sur fond de luttes, de courses au trésor et d'éveil amoureux.

 

Ce roman médiéval, antérieur de trois ans à celui d'Umberto Eco Au nom de la Rose, est qualifié de policier. Mais il pourrait l'être également d'historique. C'est une simple affaire d'étiquetage qui sera régularisée par la suite avec les nombreux succès enregistrés avec les romans d'Ellis Peters et autres auteurs qui ont offert de nombreux romans dans cette veine.

Quoiqu'il en soit ne boudons notre plaisir à la lecture de ce roman qui a imposé le nom d'Ellis Peters en France. Mais lors de la parution de ce titre, Ellis Peters avait déjà écrit quatorze romans dans lesquels Frère Cadfael joue un rôle important et il eut été dommage de les ignorer.

 

Jacques Baudou, spécialiste de la littérature policière anglo-saxonne, présentait l'auteur et son œuvre dans la préface dans sa préface à la première édition de ce roman en 1988. Et lorsque j'écrivis ce billet en décembre 1988 pour une émission radio j'ajoutais :

Pour peu que les éditions 10/18 fassent paraître d'autres romans d'Ellis Peters, nul doute que celle-ci se retrouvera sur le podium des ladies du crime aux côtés de Ruth Rendell et de P.D. James. Enfin des romans qui sortent de l'ordinaire, fort bien documentés et qui feront le régal non seulement des amateurs de littérature policière mais également de ceux qui apprécient les romans historiques. Le roman policier historique, un genre un peu délaissé mais qui comporte pourtant de nombreuses possibilités littéraires.

Depuis cette tendance n'a pas cessé d'évoluer et de s'amplifier.

 

Ressembler à un héros sans en être un, c'est dur.

Réimpression octobre 2001. 288 pages. 7,10€.

Réimpression octobre 2001. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Un cadavre de trop. (One Corpse to Many - 1979. traduction de Nicolas Gilles) Collection Grands Détectives N°1963. Edition 10/18. Première parution 1988.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 13:43

Une enquête médiévale comme si vous y étiez, avec

problème de chambre close à la clé !

Paul HARDING : Sacrilège à Blackfriars

Dans un registre, qui plaira aux amateurs de bons vieux romans policiers d’énigme dont le charme n’est pas si suranné comme d’aucuns voudraient nous en persuader, Sacrilège à Blackfriars de Paul Harding, sous-titré troisième des riches et navrantes aventures de frère Athelstan.

L’action, ou plutôt les actions comme la suite le démontrera, se passe à Londres et ses environs en l’an de grâce 1379. L’été se met progressivement en place mais il n’est point besoin des ardents rayons du soleil pour que Sir John Cranston, le coroner de la cité, ait recours à sa gourde mystérieuse.

Homme rubicond et gargantuesque avant l’heure, il aime sa femme, ses deux marmousets (des jumeaux qui lui ressemblent physiquement pour l’heure puisqu’ils ne sont âgées que de quelques mois), la dive bouteille et la bonne chère. Le tout dans le désordre afin de ne déplaire à personne.

Invité à un grand banquet au palais de Savoie par le régent du royaume, Jean de Gand et le futur roi Richard II, il est mis au défi par un noble Italien, Gian Galeazzo, de résoudre en quinze jours une énigme de meurtres en chambre close. Des crimes ont été perpétrés autrefois dans la demeure ancestrale et aucun des interlocuteurs qu’il a sollicités a pu apporté de solution fiable. Une prime conséquente de 1000 livres est à la clé. Si Sir John ne peut résoudre ce petit problème, c’est lui qui devra débourser la somme en jeu.

Et Sir John compte bien sur son clerc, frère Athelstan, afin de le sortir de ce mauvais pas. Frère Athelstan pendant ce temps est confronté à deux dilemmes d’origines macabres. La première affaire réside dans la disparition de frère Alcuin, un de ses anciens condisciples du couvent de Blackfriars, disparition accompagnée d’assassinats déguisés en accidents. Plus la mise à jour d’un cadavre de femme au cours de la rénovation du chœur de la petite église dont il est le prêtre, découverte qui perturbe profondément la vie quotidienne de la paroisse puisque cette exhumation s’accompagne de miracles.

Voilà pour le décor et la mise en scène. Pour le reste, je vous conseille fortement la lecture de ce roman de Paul Harding, qui signe aussi des romans sous les pseudonymes ou patronymes de C.L. Grâce ou Paul C. Doherty, et est dans le civil professeur d’histoire médiévale.

Des romans qui ne sacrifient pas à la démonstration pédagogique mais au contraire se veulent imprégnés d’une atmosphère bon enfant dont le but principal est de narrer de façon plaisante des histoires imbriquées les unes dans les autres sans forfanterie.

 

Paul HARDING : Sacrilège à Blackfriars

Paul HARDING : Sacrilège à Blackfriars (Murder Most Holy - 1992. Traduction de Anne Bruneau & Christiane Poussier). Collection Grands Détectives N°3226. Editions 10/18. Première parution 2 novembre 2000. 288 pages. 7,80€.

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