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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 15:24

Surtout ceux qui veulent s'affranchir 

d'un conformisme académique...

Maurice GOUIRAN : Maudits soient les artistes.

Maurice Gouiran soulève les tapis sous lesquels les femmes de ménage de l'Histoire ont glissé les poussières allergènes qui font éternuer les hommes politiques.

 

Afin de pouvoir payer la rénovation du toit de sa bergerie, Clovis Narigou, qui ne veut pas laisser d'ardoises, a accepté de faire quelques piges pour Les Temps Nouveaux, un magazine national. Ce n'est pas pour autant qu'il ne va pas accumuler les tuiles.

La première, et de taille, est l'annonce qui lui est faite par son fils Eric. A première vue ce serait une bonne nouvelle, car il va passer quelques jours à la Varune, le hameau au dessus de Marseille, où vit Clovis, en compagnie de Gaëlle, sa Galline, qui est enceinte. Et Clovis est tout content de revoir son fils et sa compagne. Ça c'est pour la bonne nouvelle. Car ils ne vont pas arriver seuls. Trois couples et dix gamins seront de la partie. Des amis parisiens qui se conduisent comme des mal embouchés, surtout les gamins.

Un triste spectacle que découvre Clovis en revenant d'un reportage dans l'Ariège. Il était parti avec la mission d'obtenir des renseignements sur un mathématicien illustre mais méconnu, qui venait de décéder en ermite dans un incendie. C'est ainsi qu'il découvre qu'Alexander Grothendieck, le matheux en question, avait été interné tout jeune au camp de Rieucros, en Lozère, avec sa mère anarchiste allemande durant les années de guerre en 1940, en compagnie de nombreuses autres détenues. Il ne reste guère de survivants mais Clovis obtient toutefois l'adresse d'une vieille femme qui vit à Nice.

Ce qui vaut à Clovis une demande de la part de son rédacteur en chef, un deuxième papier sur ce camp d'internement, et par la même occasion un troisième article lui est proposé concernant une certaine Valentine Bertignac qui réclame à corps et à cris la restitution d'une douzaine de toiles de maîtres. Or coïncidence, cette Valentine Bertignac, qui rêvait d'un autre monde, aurait elle aussi été élevée avec sa mère au camp de Rieucros, ayant des antécédents juifs.

Voilà qui devrait mettre du beurre dans les épinards et l'apport d'argent frais pour la rénovation de sa bergerie. De quoi mettre de bonne humeur Clovis qui rentre donc à Marseille pour se plonger dans l'enfer de la tribu de campeurs indésirables. Or Clovis apprend coup sur coup le décès d'un habitant du quartier du Rove. Un vieil homme qui a été assassiné à la façon des chauffeurs des siècles derniers qui brûlaient les pieds des personnes susceptibles de détenir un magot chez elles afin de les obliger à dévoiler leur cachette. Et peu après c'est au tour de Valentine Bertignac et de son mari de subir le même traitement de défaveur.

Dans l'appartement d'un octogénaire munichois, des centaines d'œuvres d'art ont été retrouvées, et c'est cette affaire qui a déclenché la demande de Valentine Bertignac. Mais quelle corrélation entre son assassinat et celui de Bert, qui vivait chichement. Or son passé ne plaidait guère en la faveur de ce petit voyou qui avait essayé de racketter des pizzaïolos en camions, dans les années 70. C'est loin dans le temps, mais une vengeance serait toujours possible, à moins qu'étant un habitué des jeux de hasards, il aurait touché le gros lot. Evidemment les rumeurs vont bon train, et Clovis doit les éplucher afin de démêler le vrai du faux et inversement.

Commence alors pour Clovis une enquête à laquelle il associera son amie de cœur, la belle et jeune tatouée et percée Emma qui accessoirement travaille pour les forces de l'ordre.

Une enquête qui l'amènera à remonter le passé de peintres dit dégénérés, rencontrer des avocats défendant les intérêts de familles spoliées, et à renouer avec d'anciens amis correspondants de journaux allemands. Car même s'il ne les voit pas souvent, Clovis garde toujours dans un petit carnet les coordonnées de ses confrères, ce qui peut toujours servir, pour preuve.

 

Allié à une documentation impressionnante et rigoureuse qui pourrait faire penser que ce livre est plus un ouvrage historique et pédagogique, Maudits soient les artistes joue sur plusieurs tableaux. Bien évidemment le rejet par le parti nazi du renouvellement de la culture, les peintres et plasticiens novateurs étant considérés comme des dégénérés, forme l'ossature du roman, mais d'autres thèmes sont abordés. La spoliation des juifs par les Nazis, la difficulté de rendre à leurs propriétaires des œuvres d'art, la législation n'étant pas uniforme pour chaque pays. Autre difficulté, celle de prouver l'appartenance d'une œuvre familiale.

L'évocation du camp d'internement de Rieucros n'est qu'abordé, et devrait faire peut-être l'objet d'un prochain roman de la part de Maurice Gouiran. En effet, ce camp a été créé par décret le 21 janvier 1939, et accueillit les Républicains espagnols, des membres des Brigades internationales, qui étaient dénommé étrangers indésirables.

 

La touche d'humour, indispensable dans un roman noir, réside avec la colonisation par des familles et leurs gamins d'un domaine privé, en l'occurrence celui de Clovis par des trublions saccageurs.

Enfin, petite précision que j'ai eu sous les yeux dès premières les aventures de Clovis Narigou que j'ai lues et qui est si évidente que j'aurai dû la déceler depuis longtemps : Narigou n'est autre que l'anagramme de Gouiran. Bien des lecteurs ont dû faire ce rapprochement mais il a fallu que l'auteur me souffle la réponse pour que le déclic opère. Et ce que parce que dans sa jeunesse, à la fin des années soixante, Clovis s'était senti une âme de peintre, comme d'autres tentent de rimailler, et qu'il avait commis un tableau psychédélique qu'il n'avait pas osé signer de son patronyme et donc avait détourné son nom en Gouiran.

Maurice Gouiran ne manque pas d'humour en se moquant de lui-même. D'ailleurs c'est ça l'humour. Savoir se moquer de soi-même. En général quand on se moque des autres, cela devient vite de la méchanceté.

Maurice GOUIRAN : Maudits soient les artistes. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution le 17 février 2016. 232 pages. 18,50€.

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 15:13

Un boulanger roulé dans la farine, du grain à moudre pour les médias.

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer.

En ce milieu du mois d'août 1951, Jacques, le narrateur, est de retour dans son village natal après une absence de trois ans, absence due à la poursuite de ses études à Lille.

Il réintègre sa chambre sous les toits, retrouvant avec plaisir les lieux et sa mère qui vit seule depuis le décès de son mari. Rien n'a changé ou presque.

A vingt-quatre ans, Jacques est encore célibataire, mais il a aperçu une ancienne condisciple, Julie, qu'il a connue sur les bancs de l'école et qui s'est muée en adorable jeune fille. Mais l'heure n'est guère au marivaudage car en ce 17 août la vie et la mort vont bousculer les habitudes des Spiripontains.

Des phénomènes étranges envahissent le corps et l'esprit de certains des habitants de la petite cité. Ils ressentent des troubles du comportement, sont atteints d'hallucinations, d'hystérie.

Se rendant dans un café, afin de boire un verre de lait et tenter de voir Julie, il peut constater certaines de ces manifestations sur des clients. L'un d'eux se plaint de dérangements intestinaux, l'autre regarde tout à coup le plafond et se conduit comme s'il venait de découvrir une bête monstrueuse, et son visage devient exsangue. Un gamin dans la rue est plié en deux et grimace affreusement. Ce sont les premiers symptômes qui vont bientôt prendre pour victimes quelques trois cents personnes. Certaines en décèderont dans de terribles souffrances. Et les animaux ne sont pas épargnés.

Le narrateur lui-même ressent certains troubles, mais sa jeunesse alliée au fait qu'il n'est à Pont-Saint-Esprit que depuis peu, font qu'il se remet assez vite, non sans en garder des séquelles. Tout comme la plupart des autres malades atteints de cette épidémie d'origine inconnue. Mais il sera dénombré toutefois environ une dizaine de morts.

Jacques assiste nuitamment de la fenêtre de sa chambre à de mystérieuses allées et venues, des hommes en noir décharnés, qui s'activent dans le cimetière voisin. Il croit les revoir les jours suivants, mais ne sont-ce que des visions provoquées par la maladie ?

Si le boulanger ne fut pas accusé de vive voix, il fut toutefois soupçonné d'être à l'origine de cette étrange épidémie. Tous ceux qui ont été atteints de cette forme d'intoxication s'approvisionnaient chez lui.

Inspiré par une affaire véridique, mais mettant en scène quelques protagonistes fictifs, Laurent Mantese a écrit un roman relevant du fantastique et de l'angoisse dans un contexte historique. Son personnage principal narre cet épisode, soixante ans après son déroulement, mais il se contente de relater ce qu'il a vu, entendu, constaté, ressentit, sans jeter l'opprobre sur qui que ce soit. Et avec le recul, les questions n'ont toujours pas eu de réponses. Un texte fort et émouvant complété par Jean-Pierre Favard dans son article : Pont-Saint-Esprit, autour de l'affaire du pain maudit.

En effet si Laurent Mantese traite ce sujet avec l'âme d'un poète torturé, Jean-Pierre Favard reconstitue cette affaire d'un point de vue historique. De nombreuses supputations ont été lancées, présence de mercure, rappel d'épidémies dans les siècles passés dont la fameuse Grande Peste, mais rien n'est définitif.

Et de temps à autre, Pont-Saint-Esprit est évoqué dans les médias au travers d'articles, recensés en fin de l'ouvrage, s'appuyant sur des recherches et des hypothèses. De nombreuses pistes furent explorées, mais certaines rapidement enterrées. Et comme le précise Jean-Pierre Favard, mais si cette piste fut rapidement abandonnée, c'est peut-être aussi, on peut l'imaginer, parce qu'elle constituait un risque majeur pour des intérêts économiques de tout premier plan.

Et l'on peut se poser moult questions notamment sur les agissements de certains ensemenciers, de laboratoires phytosanitaires et de décisions prises à Bruxelles. Mais chut, c'est top secret, et il y a trop d'argent en jeu pour vouloir remuer la vase.

 

Dans la même collection :

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer. Collection LoKhaLe N°2. Editions La Clef d'Argent. Parution 13 octobre 2015. 112 pages. 6,00€.

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 15:49

Une Amandine à croquer...

Lucienne CLUYTENS : Amandine et les brigades du Tigre.

En ce joli mois de mai 1909, le 19 pour être précis, Amandine se promène à bicyclette dans les environs du Crotoy, la résidence d'été de ses parents, car le restant de l'année c'est à Amiens qu'ils habitent. Sa mère a hérité d'une chocolaterie, et s'active à la confection de nouvelles friandises. Son père est féru de mécanique, et en ce moment il aide les frères Caudron dans la construction d'un nouvel appareil volant.

Amandine elle aussi ne dédaigne pas mettre les mains dans le cambouis, mais pour l'heure elle roule vers Le Crotoy tout en pensant au bel Alexander Weather, son ami anglais connu trois ans auparavant alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Une amitié amoureuse, du moins de la part d'Amandine, et elle se sent si bien en sa compagnie, lorsqu'il passe ses vacances sur la côte bien évidemment. Et puis, avantage non négligeable, cela lui permet de parfaire son anglais.

Mais il n'est pas encore arrivé, sa tante non plus. Et Mesdames Colette Willy et son amie Mathilde de Morny, dite Missy, ne sont pas arrivées non plus. Les volets sont fermés. Les semaines passent, retour à Amiens car la chocolaterie doit produire, même si la mère d'Amandine ne s'occupe pas des papiers et de la direction.

Enfin, mi-juillet, retour au Crotoy. Colette et Missy sont déjà là depuis un mois, et Alexander est là lui aussi avec sa tante. Le 29 juillet, un bal costumé est organisé dans la riche villa des Weather, Lady Priscilla fêtant son anniversaire, et pour la première fois Amandine a le droit de sortir sans chaperon. Amandine se déguise en Charlotte Corday, son côté jeune fille émancipée, même si par d'autres côtés elle est un peu fleur bleue et oie blanche. Pour preuve, alors qu'elle visite la villa, elle aperçoit des invités massés dans une pièce à l'étage, s'occupant avec des sortes de pipes à longs manches. Elle se demande à quoi cela peut correspondre, surtout l'odeur étrange qui s'en dégage.

Alex n'apprécie pas du tout cette incursion et le lui fait savoir mais soudain un cri résonne. Lady Priscilla fait de grands gestes et semble affolée. Amandine se dirige vers la plage et s'endort sur le sable. Heureuse nature. Alex se charge de la réveiller en douceur et lui apprend que les bijoux de Lady Priscilla ont été dérobés. Personne n'y a vu quoi que ce soit, le voleur s'étant introduit par l'arrière grâce à une échelle.

Missy et Colette, comme les autres estivants et habitants du Crotoy ont appris l'indélicatesse. Missy propose de demander directement à ses amis Lepine, préfet de police de Paris, et Hennion, le directeur de la Sûreté Générale un renfort policier. Un inspecteur des Brigades du Tigre va donc être détaché pour enquêter sur ce vol.

Raoul Plantier, le policier parisien, interroge, entre autres personnes, Amandine puisqu'elle participait à la petit fête. Mais l'homme ne plait pas à la jeune fille qui le trouve quelconque, et surtout imbu de sa personne :

Il a des manières de Parisien qui se croit le centre du monde. Il ne fera pas mieux que nos gendarmes.

Quelque temps plus tard, le corps d'Anaïs, la petite bonne qui travaille chez les parents d'Amandine, est retrouvé sur la plage. De physique plutôt ingrat, il semble qu'elle avait eu un rendez-vous galant, les vêtements qu'elle porte le prouve. D'accord ce ne sont pas des habits neufs, mais donnés par la mère d'Amandine, afin de déblayer quelque peu les armoires, ils sont tout juste défraîchis, et encore. L'anomalie réside dans la bague que son doigt arbore fièrement : elle fait partie du lot qui a été dérobé à Lady Priscilla.

Amandine se lance à corps perdu dans cette enquête qui la touche de près, aidée par Juliette, son amie, puis par Plantier. Celui-ci rouspète car il l'a toujours entre les jambes (c'est une métaphore !), mais peu à peu ils vont collaborer. Il reconnait à Amandine des dons de déduction et d'observation, qui théoriquement sont incompatibles avec la condition féminine.

 

Dans ce roman policier de facture classique, deux personnages retiennent l'attention, Amandine et Plantier, même si un antagonisme certain les oppose.

Amandine se délecte à la lecture des romans, de Colette bien évidemment, mais également des ouvrages consacrés à Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Rouletabille. C'est cette fréquentation littéraire, de bon aloi, qui l'incite à vouloir enquêter sur le vol des bijoux ainsi que sur le meurtre d'Anaïs. Sans oublier qu'elle veut démontrer que son père et elle ne sont pour rien dans ces deux affaires. Naïve parfois dans ses réactions, elle n'en est pas moins femme en devenir, et la libido qui est en gestation en elle commence à la travailler au corps. D'ailleurs elle glisse au cours d'une conversation avec son amie Juliette :

Toi, tu as déjà pratiqué. Et moi, j'en suis toujours au même point que le jour de ma communion. Savoir les choses, c'est bien, mais les faire, c'est mieux !

Quant à Plantier, il s'agit d'un intrus, en provenance de Paris, et bien entendu, tout le monde s'en méfie. D'autant qu'il n'est guère abordable et pose ses gros sabots un peu partout.

Les autres protagonistes ne manquent pas non plus d'intérêt, même s'ils ne traversent le roman parfois qu'en coup de vent, comme Colette et Missy.

Un roman qui se lit avec d'autant plus de plaisir qu'il allie à l'intrigue, classique comme je l'ai écrit et fort bien menée, des références historiques et littéraires intéressantes. De même c'est la condition féminine à cette époque qui est explorée, les prémices du féminisme justement envahissant peu à peu la province. La libéralisation de la femme est en marche, elle connaîtra quelques arrêts intempestifs et des à-coups désordonnés, mais comme toute machine lancée avec force, elle traverse l'histoire pour mieux s'imposer.

Il serait bienvenu de la part de Lucienne Cluytens de donner une suite aux aventures d'Amandine, le personnage étant fort intéressant, et l'on aimerait la voir évoluer dans d'autres enquêtes.

Lucienne CLUYTENS : Amandine et les brigades du Tigre. Collection Belle époque. Pôle Nord Editions. Parution le 5 mars 2016. 214 pages. 10,00€.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:45

Faites l'amour et pas la guerre ou l'art de s'envoyer en l'air !

Jan THIRION : La grande déculottée.

Cela commence à bien faire. Ils étaient partis pour trois semaines, maximum, et les mois s'éternisent.

Les hommes du front en ont marre et ils se prennent la tête. A l'arrière, les autres, les civils, eux aussi en ont marre. Ah, si c'étaient eux qui étaient là-bas, du côté de Souain, dans les tranchées, sûr que ce serait tranché depuis longtemps.

Marcaillou, vingt-six ans et quatre mois. Dans la fleur de l'âge comme ses compagnons d'infortune. Ceux qui restent, les valides. Mais une rumeur enfle, un espoir fleurit, il paraitrait qu'elle s'approche. Elle était là-bas, il n'y a pas si longtemps, et puis là pas plus tard que... Mais si, là voilà, trois véhicules verts s'arrêtent, des hommes en descendent, au garde-à-vous, cela prêterait à rire.

Les pioupious n'ont même pas eu le temps de se décrotter les vêtements et les godillots. Ils ne sont pas présentables et pourtant ils sont tous là, à présenter armes à la capitaine Pubis. Mon Dieu, qu'elle est belle, pensent-ils tous, certains avec d'autres mots mais tous avec admiration.

Elle passe en revue les hommes alignés devant elle dans la tranchée bombardée. Parfois des éclaboussures de terre voltigent, mais ce n'est rien. Tous sont obnubilés par sa beauté, et son courage. Elle doit remplir une mission, choisir un adjoint.

Marcaillou, contre toute attente, et à sa grande surprise, est désigné comme celui qui va remplir l'office auprès de la capitaine Pubis. Quoi, il ne sait pas, entre les rumeurs et le réel, c'est plus qu'une tranchée, c'est un gouffre. Alors il suit ceux qui accompagnaient la capitaine vers une destination inconnue, traversant le camp où tous les pioupious sont en train de ranger, nettoyer, démonter, armes et véhicules.

Dans une guitoune un bac d'eau l'attend. Il doit procéder à des ablutions qui ne sont pas du luxe. Puis il est invité à se rendre sous une autre tente, celle de la Capitaine pubis, où l'attend un repas fin (pour l'époque, car roboratif et chaud) et le lit de la capitaine.

Mais quel est le dessein de la Capitaine Pubis en choisissant un jeune mâle fougueux et en manque ?

Il est temps maintenant de s'intéresser au parcours de Célestine Pubis, parcours amoureux entamé par des plaisirs solitaires non dénués de conséquences. Car ses transports amoureux, seule ou en compagnie, se traduisent toujours par des manifestations étranges et sismiques. Et la locution coup de foudre prend ici toute sa signification sous la plume de Jan Thirion. Alors pourquoi ne pas utiliser ses dons orgasmiques pour la Patrie ?

 

Jamais trivial, tout est en pudeur et en retenue (si l'on peut dire !), La grande déculottée est un conte grivois, moral, tournant la guerre en dérision, ce qui n'est pas dérisoire, usant d'un humour caustique, d'une ironie mordante, prônant une guerre en dentelle, avec parfois des accents oniriques.

Ce qui pourrait être une bluette est en réalité un réquisitoire contre la guerre et toutes les vicissitudes qu'elle engendre. Ode à l'amour, charnel, et surtout à l'encontre des soldats qui ont l'honneur de se trouver au premier rang des combats, sans compensation, alors qu'à l'arrière les militaires en chausson se prélassent dans les divans des belles respectueuses.

Jan Thirion nous propose une utopie qui malheureusement ne jamais se réalisera. On ne pourra que le regretter. Ce serait trop beau si un jour cela pouvait se réaliser. Et s'il revisite la Grande Guerre, Verdun, Amiens et autres endroits où le courage des soldats était à la hauteur de l'incompétence de leurs chefs, c'est bien pour leur rendre hommage, mais également au rôle parfois méconnu de certaines femmes qui savaient remonter dans l'ombre le moral des troupes.

 

Vous pouvez faire votre marché, sur le site des éditions SKA. La visite est gratuite, pas comme au Salon du Livre de Paris.

 

Jan THIRION : La grande déculottée. Novella numérique. Collection Culissime. Edition Ska. Parution mars 2016. 227 pages. 3,99€.

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 17:08

Le nez dans la poussière...

C'est pas la faute à Voltaire !

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde.

Et de la poussière, il en vole dans Paris et plus particulièrement dans l'échoppe d'un apothicaire. Une poudre blanche qui provoque la mort du potard. Pour les policiers arrivés sur place, il ne fait aucun doute, l'homme a été poignardé. Pour le médecin, la situation est plus grave. Le défunt avait contracté la peste. Mais il ne faut pas ébruiter cette information, afin d'éviter un vent de panique qui pourrait se transmettre comme une traînée de poudre. Il ne faut en aucun cas que les Parisiens s'affolent. Dernière petite précision, le pharmacien italien se nommait Sanofo Sanofi, un nom prédestiné.

Pendant ce temps François-Marie Arouet, plus connu des collégiens et des lycéens sous le nom de Voltaire, passe du bon temps à Cirey, propriété de la famille du Châtelet dont une représentante est Emilie, sa maîtresse avouée. La noble demeure tombe en ruines et il a toute latitude pour rénover ce château ancestral. Il ne ménage pas sa peine, ni l'argent. Emilie bientôt vient lui rendre visite. Mais ils ne s'entendent pas sur la disposition des fenêtres, des escaliers, de petits détails.

Des Anglais viennent s'immiscer dans ce bel ordonnancement foutraque. Accompagné de deux personnages qui feraient fortune dans une foire aux monstres, le sujet de la perfide Albion se présente. Hyde, gardeneur, enfin jardinier-paysagiste, baronet of Jek'Hill. Mais les incidents s'enchaînent. Voltaire manque sombrer alors qu'il s'est réfugié à bord d'un canot. Il est sauvé de la noyade par Buffon, qui se promenait dans le quartier, étudiant faune et flore. Il échappe également de peu à une poutre éprise de liberté qui tombe d'un échafaudage. Et un message codé lui est remis, signifiant à peu près qu'il est en danger, qu'il doit regagner Paris au plus vite. Signé un admirateur secret.

C'est le départ pour la capitale mais les soldats rôdent. Hyde lui conseille de se cacher dans une malle capitonnée, lubie à laquelle il se plie volontiers. Enfin presque. La cantine est emplie de ses œuvres tandis que Voltaire qui se doutait d'une manœuvre pas très catholique gagne Paris dans la voiture d'Emilie. Arrêté par les douaniers, il ne peut faire que contre mauvaise fortune bon cœur. Ses charcuteries lorraines, rillettes et saucissons sont taxés hors de prix.

- Mais c'est vu vol, s'insurgea la philosophie maltraitée.
- oui, mais c'est décidé par l'Etat, alors c'est légal, dit le douanier.

Alors que le syndrome de la peste s'est propagé comme une traînée de poudre (bis), Hérault, lieutenant de police, mande à Voltaire d'enquêter sur cette manifestation mettant en péril la vie de ses concitoyens, malgré les gens d'arme qui sont à la recherche du philosophe pour ses écrits séditieux. Voltaire, toujours accompagné de son fidèle secrétaire, l'abbé Linant, s'installe chez son frère Armand, celui-ci supposé vaquer en un autre lieu en province. Il se vêt des habits de son aîné et bientôt il va se trouver confronté à de nombreuses péripéties, en compagnie ou séparément et malgré lui, d'Armand, receveur des épices, ce qui ne veut pas dire qu'il était épicier, mais qu'il était chargé de percevoir la taxe due pour les minutes à l'issue d'un procès par écrit. Ce point d'histoire éclairci, revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Et c'est ainsi qu'entre Voltaire et son frère Armand s'établit un chassé-croisé qui met aux prises les deux hommes à des personnages qui prennent l'un pour l'autre, et inversement.

 

Un livre réjouissant, humoristique, mettant Voltaire dans des situations périlleuses, mêlant personnages de fiction et ceux ayant véritablement existés.

Les rapports entre Voltaire et son frère, qui s'entendent comme chien et chat, leurs démêlés, les incidents, pour ne pas dire les accidents et tentatives de meurtre auxquels ils sont confrontés, l'ambiance qui règne dans un Paris pesteux, et les manigances médicales et autres, les tours de passe-passe, tout ceci fait de ce roman un livre hautement jouissif.

Voltaire est montré sous un jour facétieux, entre Louis de Funés et Rowan Atkinson (mais si, vous connaissez ! Mister Bean !), et pourtant certains épisodes sont véridiques. Pour preuve les différents documents, lettres principalement, qui sont donnés en exemple en fin de volume.

Voltaire est en avance sur son temps et certaines de ses expressions resteront dans la mémoire musicale. Ainsi s'écrie-t-il, alors qu'il est dans une barque en train de couler : Help ! I need somebody ! Help ! Des paroles dont s'empareront quatre garçons dans le vent plus de deux siècles plus tard pour forger un tube mondial, le terme planétaire devenant tellement galvaudé, et qui marquerat toute une génération.

Les petites répliques acides, les remarques non dénuées de bon sens prolifèrent comme autant de piques :

- Les gens ont du mal à comprendre que les livres sont tous différents, surtout quand ils ne les lisent pas.

Et l'auteur, Frédéric Lenormand, ne se prive pas de s'amuser avec l'actualité, qui comme nous le savons, n'est qu'une répétition d'épisodes déjà joués dans les siècles précédents.

- Alors ? Vous avez réfléchi à ma proposition ?
- J'y pense tous les matins en me rasant.
- Tiens ? Vous vous rasez vous-même ?
- Oui, je côtoie trop de raseurs dans la journée.

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde. Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 février 2016. 342 pages. 18,00€.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:56

Un cimeterre pour un cimetière...

Jean MAZARIN : Handschar.

Sarajevo. 5 février 1994. Entre Serbes, Croates et Bosniaques, les divergences, souvent religieuses et politiques, se résolvent par armes à feu interposées. Des tireurs d'élite sont embusqués sur les toits des habitations.

En temps de guerre comme en temps de paix, les langues se délient l'heure de la mort venue. Ainsi Djamila sentant sa fin prochaine déclare dans son dernier souffle à Farid Karaïlo que son père a été assassiné, lors de la Seconde Guerre Mondiale, par Mustapha Nuvjak. Or Mustapha Nuvjak est un héros local. Il ne peut y croire mais Djamila possède une preuve détenue dans une boîte.

Karaïlo profite de sa position de snipper pour abattre Mustapha. Seulement un homme, un ancien policier, déduit par les balles retrouvées dans le corps qu'il s'agit de quelqu'un de chez eux. Il prévient Laïk, le petit-fils de Mustapha, qui parle parfaitement le français sert comme interprète, le lançant sur la piste du Handschar. Le jeune homme décide de se venger et se rend au siège de la milice Handschar. Il apprend auprès d'un vieux milicien que le Handschar est venue en aide aux Bosniaques afin de résister aux offensives serbes. Mais le soldat lui avoue également que lui, Salem Meho, son grand-père Mustapha Nevjak et le père de Farid Karaïlo, Osman Karaïlo, étaient amis, comme des frères, durant l'autre guerre, alors que les Allemands envahissaient le pays.

Enfin il apprend que l'assassin est effectivement Farid Karaïlo et il l'abat sans tergiverser. Seulement un témoin a vu Laïk sortant de chez Karaïlo et il doit s'enfuir. Grâce à une adresse fournie par son père il sait qu'il va trouver refuge chez un nommé Cambérac à Villefranche-de-Rouergue, France.

 

A Villefranche-de-Rouergue, dans le même moment, les policiers et les gendarmes sont sur les dents. Un second cadavre, voire un deuxième, a été retrouvé dans une ravine près de la cité. Si le premier cadavre était celui d'une étrangère, cette fois il s'agit d'une payse. Un suspect est rapidement appréhendé, un Hongrois dépendant à la Légion Etrangère. Il possédait dans ses affaires un briquet appartement à la morte. Le présumé coupable se défend, prétendant qu'il venait retrouver une certaine Wanda qui vend ses charmes à Paris. Evidemment il s'agit d'un prénom d'emprunt. De toute façon il ne dira rien de plus, car il se pend dans sa cellule. C'est dans cette ambiance délétère que Laïk arrive, muni de papiers en bonne et due forme, ou presque, afin de connaître l'histoire dans laquelle son grand-père, Karaïlo père et Meho étaient impliqués.

 

Février 1943. Les trois hommes, Karaïlo, Nuvjak et Meho, comme bien d'autres ayant écouté l'appel du grand Mufti de Jérusalem, se sont engagés dans la 13e division de la Waffen-SS Handschar. Ces musulmans bosniaques étaient partis avec la ferme intention, après avoir subi un entraînement prodigué par les officiers Allemands, de revenir en Bosnie combattre les communistes, les partisans titistes dirigés par le chef communiste Tito, mais également les Oustachis, mouvement séparatiste croate, antisémite, fasciste et antiyougoslave. Ces combattants d'un nouveau genre sont encadrés également par des imans qui les exhortent à la discipline. Justement cette discipline de fer et les outrages, les violences, les exactions déshonorantes pratiquées par les officiers et sous-officiers allemands à leur encontre bientôt leur insuffle l'idée d'une mutinerie.

 

L'emblème de la 13e division Waffen-SS Handschar

L'emblème de la 13e division Waffen-SS Handschar

C'est cet épisode que narre Jean Mazarin, alternant récit d'une histoire vraie mais méconnue qui s'est déroulée sur le sol français en 1943, et les meurtres enregistrés cinquante ans plus tard dans la même ville aveyronnaise.

Bien sûr les noms ont été changés, des situations et des événements, notamment ceux qui se déroulent en 1994, sont pure fiction, mais l'histoire de la 13e division de montagne de la Waffen-SS Handschar est, elle, réelle, de même que la mutinerie qui se produisit en septembre 1943.

Ces deux récits, l'un historique et l'autre imaginé, s'intègrent parfaitement l'un dans l'autre et nous suivons tour à tour ces épisodes douloureux. Deux histoires en une écrites avec force et sobriété par un auteur qui avait déjà abordé l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale dans des romans comme Collabo Song, Il va neiger sur Venise, ou encore Zazou.

 

Deux enseignements, deux leçons sont à tirer de ce roman. D'abord sur les religions qui prônent l'amour du prochain, et qui sont les premières à soulever les hommes les uns contre les autres pour des raisons de préséance déitique. Ensuite, il ne faut pas faire foi aux rumeurs, aux racontars, aux préjugés, se fier à des impressions qui peuvent se révéler erronées et qui amènent à accomplir des gestes regrettables non en conformité avec la réalité des faits.

 

Couverture prévue pour une édition chez Nuit Blanche programmée en 2011/2012 puis abandonnée par faute de moyens financiers

Couverture prévue pour une édition chez Nuit Blanche programmée en 2011/2012 puis abandonnée par faute de moyens financiers

Jean MAZARIN : Handschar. Editions L'Atelier Mosesu. Parution 10 février 2016. 174 pages. 16,00€.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 09:15

Et les gondoles vont servir de luges ?

Jean MAZARIN : Il va neiger sur Venise.

Lorsqu’il était étudiant, Michel Brannelec avait participé au tournage de quelques films en tant que figurant puis il avait été obligé de partir en Algérie, la nation française lui ayant offert un billet de bateau avec l’uniforme de para d’infanterie de marine en prime.

Il est revenu avec une jambe claudicante et ses rêves à exaucer. Lorsque son agent lui propose de rejoindre Vadim qui tourne à Venise son film Sait-on jamais avec Christian Marquand et Françoise Arnoul, il pense qu’enfin sa voie est tracée et son avenir assuré.

L’emploi proposé n’est pas tout à fait à la hauteur de ses attentes, mais au moins il aura un pied dans la bobine. Il est embauché comme stagiaire assistant, chargé des feuilles de paye des machinistes italiens, mais au moins il peut fréquenter une équipe de tournage et c’est ce qui lui importe. A son arrivée, il est pris en charge par un surnommé La Louche et fait connaissance avec l’équipe qui loge au Palais Bembo. En face, c’est l’effervescence.

Le cadavre d’un homme a été retrouvé dans l’appartement qu’il louait, la tête défoncée par un pilon de cuivre. Le vice-brigadier Adolfo Serra et le commissaire Busetti, chargés de l’enquête, apprennent auprès du concierge que l’homme était accompagné d’une femme, absente depuis la veille. Mais leurs investigations dans l’appartement révèlent bien des surprises. Sous le cadavre ils découvrent une vieille clé dont la destination leur est pour l’heure inconnue, puis dans un tiroir une forte somme d’argent. Si des vêtements féminins sont accrochés dans la penderie de la seconde chambre, ils sont forts étonnés d’en trouver également dans celle du défunt de même que des pots de soins corporels. Le légiste discerne un tatouage sous l’aisselle du défunt démontrant que l’homme aurait appartenu à la Waffen SS. En réalité celui-ci n’est pas Allemand mais Autrichien et son épouse supposée, rentrée le matin de la découverte du meurtre, est sa sœur Heidi.

Michel se rend compte que Heidi semble s’intéresser à lui, pourtant la jeune femme rencontre un autre homme, plus âgé. C’est un ami de son frère assure-t-elle, et les policiers eux aussi sont intéressés par cet homme, Autrichien comme le mort.

 

Entre 1957, année du tournage de Sait-on jamais, et 1936, puis 1945, l’histoire, et l’Histoire, se catapultent. Enquête sur un meurtre et secrets liés à des événements qui ont eu lieu avant et pendant la guerre puis durant la débâcle italienne s’imbriquent avec rigueur. Les personnages fictifs et réels sont liés sur le même plateau de tournage à Venise, dans les mêmes lieux, mais seuls quelques protagonistes chanceux, dont le lecteur qui fait partie prenante de l’intrigue, connaitront véritablement le fin mot de cette histoire.

Jean Mazarin fait revivre une époque qui n’est pas encore débarrassée des miasmes de la Seconde guerre mondiale, alors que la guerre d’Algérie meurtrit déjà les esprits et les corps. Vadim, Christian Marquand, Françoise Arnoul ainsi que Benito Mussolini et quelques autres ne sont pas là pour effectuer de la figuration intelligente, mais deviennent acteurs parfois décisifs malgré le petit rôle qui leur est alloué.

Jean Mazarin aurait pu étoffer son roman de descriptions de scènes de tournage, mais tout est dans le suggestif. Venise, ses canaux, ses vaporettos, ses hôtels particuliers plus ou moins bien entretenus s’intègrent comme le décor nécessaire, loin du cliché de carte postale.

Après bien des années d’absence pour cause d’écriture de scénario, Jean Mazarin nous revient avec un roman à placer à côté de ses ouvrages majeurs comme Collabo-song, Grand Prix de Littérature Policière en 1983. Un retour qui je l’espère ne sera pas un feu de paille ou le chant du cygne.

Il revient au cadavre qui porte pour tout vêtement un caleçon à fleurs. C’est grotesque et indécent. La loi devrait interdire aux cadavres de se présenter en pareille tenue.

- Ce Français, tu as couché avec ?
- Tu connais d’autres moyens pour une femme de rendre un homme dépendant ?

Jean MAZARIN : Il va neiger sur Venise. Collection Polar, éditions Nuits Blanches. Parution janvier 2011. 230 pages.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:14

Quand on vous dit, mesdames, de ne pas trop vous maquiller !

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison.

Si la comtesse de Lignac est venue s'installer dans le couvent de l'Assomption afin de se reposer, c'est mal connaître ce qu'il s'y déroule.

Pas tout le temps, d'accord, mais ce jour là, en descendant l'escalier, elle aperçoit, allongé sur les tomettes qui recouvrent le sol, le cadavre d'une novice. Morte.

Un spectacle horrible qui suit celui, charmant, que regardait peu de temps auparavant, Madame de Lignac par la fenêtre de son appartement. Les gamines mises en pension et qui s'ébrouaient lors de la récréation, dont une jolie fillette ayant pour nom Alexandrine Lenormant d'Etiolles, la fille de Madame de Pompadour.

Selon toute probabilité sœur Agnès est tombée dans l'escalier et s'est tuée en se cognant la tête contre une marche. Sœur Angélique est effondrée. Les deux religieuses étaient si proches. Aussitôt François Vernet le chirurgien de l'institution est prévenu. Mais surtout il faut mettre les jeunes pensionnaires à l'abri, afin de leur éviter un traumatisme. Sœur Antoine se rend auprès de la Supérieure car elle a une communication importante à lui confier, quelque chose qui la tourmente concernant sœur Agnès.

 

Dans son laboratoire où elle prépare avec amour et quelques ingrédients choisis potions, pommades, fards et autres substituts de beauté, Marie-Anne, dite Manon, est dépitée. Son lait virginal (un cosmétique, je précise) a tourné. Elle a vingt ans, s'est mariée avec Joseph Vérité, un garde-française, et reprend avec bonheur la boutique familiale, le Bouquet de Senteurs, en compagnie de son frère Claude et de quelques employés dont Louis, Rosine, et son neveu Jean-Baptiste, un gamin qui présente des signes d'autisme, même si cette maladie était inconnue à l'époque, mais qui possède un nez, lequel appendice sera d'un grand recours à Manon plus tard. Si elle mène la baraque avec vivacité, bonheur et intelligence, ses fards étant fort prisés, c'est Claude qui en est le propriétaire officiel, car en ce temps les femmes n'avaient pas voix et voie au commerce.

François Vernet, son beau-frère époux de sa sœur Catherine, vient lui rendre visite et lui annonce le drame du couvent. Or la sœur de François Vernet, elle-même religieuse dans cette communauté sous le nom de sœur Antoine, lui a appris qu'elle avait lavé le couloir après la chute de sœur Agnès et qu'il y avait du sang sur un chandelier. La supérieure n'avait été convaincue par les assertions de sœur Antoine, qui a parfois un comportement trouble. Mais cela suffisait-il pour enfermer la religieuse à la Salpêtrière, dans la partie réservée aux folles ? Et si sœur Antoine ne délirait pas et avait réellement vu du sang et l'avait effacé avec un linge ?

 

Manon profite de livrer savons et autres produits à madame de Lignac à l'Assomption et en profite pour rencontrer madame Dornoy, la gouvernante d'Alexandrine, et la belle Anne-Sophie de la Forge, la sous-gouvernante, il faut bien deux personnes pour s'occuper de la fille de Madame de Pompadour, sinon plus. Elle désire en apprendre un peu plus sur le drame qui s'est déroulé peu de temps auparavant. Nicole du Hausset, sa marraine et femme de compagnie de madame de Pompadour, est venue rendre visite à Alexandrine et Anne-Sophie est intéressée par ce genre de confidences.

 

Mais l'attention de Manon va bientôt être accaparée par une autre affaire qui risque de nuire à son commerce. Des fards provenant de son laboratoire ont été empoisonnés, et madame de Pompadour semble en être la principale destinataire. Pourtant c'est une jeune soprano qui, pour interpréter un rôle dans Les Indes Galantes de Rameau, s'était maquillée et en a subit les funestes conséquences. Funestes pour son visage défiguré par des boursouflures purulentes. Mais qui donc peut en vouloir à Madame de Pompadour, si c'est bien elle qui était visée ? Comment le boîtier contenant la poudre a pu atterrir entre les mains de l'actrice ? D'autres victimes seraient-elles à déplorer ? Ou tout simplement un concurrent de Manon n'essaierait-il pas de lui porter préjudice ? Et enfin, le décès de sœur Agnès n'est-il pas lié justement à celle des fards empoisonnés ?

 

De la rue Saint-honoré où est située la boutique le Bouquet de Senteurs à la Salpêtrière, du château de Versailles au château de Bellevue, résidence offerte par Louis XV à la favorite, le lecteur est entraîné dans un roman policier historique de fort bon aloi.

La plupart des personnages qui évoluent dans ce roman ont réellement existé, mais n'ont pas joué forcément le rôle qui leur est dévolu dans cette intrigue.

Manon est l'héroïne principale mais François Vernet, son beau-frère, Joseph, son mari, Jean-Baptiste, son neveu, et le lieutenant général Berryer vont prendre une part auxiliaire mais non négligeable dans la résolution de cette énigme. Manon, une forte femme, moralement, dans un XVIIIe siècle dans lequel les femmes n'avaient guère droit au chapitre, et ne pouvaient s'occuper d'affaires commerciales, n'est mariée que depuis un peu plus de six mois. Pourtant elle commence à se languir et à se demander quelle va être sa vie avec un mari souvent parti pour obligations militaires. De plus Joseph, sans être volage, revoit de temps à autre Violette, qui fut sa maîtresse, et est devenue une mamie de Manon. Violette, qui interprète un petit rôle dans Les Indes Galantes et qui a trouvé dans la loge de la soprano, un coffret contenant les fards empoisonnés appartenant à Madame de Pompadour, plongeant Manon dans des affres indescriptibles. Car ce coffret provient de sa boutique, Violette inconsciemment déclenchant toute cette histoire.

Apparemment, Béatrice Egémar possède une affection particulière pour les prénoms en A. Outre Marie-Anne dite Manon et Anne-Sophie de la Forge, évoluent Alexandrine, Agnès, Angélique, sœur Antoine, Aimée, Aglaé et quelques autres. Mais peut-être était-ce l'époque qui voulait cela.

 

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison. Editions Presses de la Cité. Parution le 14 janvier 2016. 368 pages. 21,50€.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:53

Mais c'est Dieu qui l'a créée ! Il parait...

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme

Dans la série Moi j'aime le cinéma, incontestablement on ne peut passer sous silence, et je m'en voudrais de le faire, de passer sous silence donc, les romans de Stuart Kaminsky.

Du moins ceux qui mettent en scène le privé californien Toby Peters. Je ne veux pas dire pour autant que les autres sont moins intéressants, loin de là, mais j'ai comme qui dirait un faible pour ce mec qui a toujours mal au dos. Peut-être une forme inavouée de symbiose.

Revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Un des romans de Stuart Kaminsky porte le titre français de Moi, j'aime le cinéma, et qui s'en plaindra, contant l'une des aventures de Toby, l'homme qui enquête dans les milieux cinématographiques hollywoodiens des années 1940 et se retrouve à chaque fois fauché, malgré la qualité de ses clients qui, soit dit en passant, pourraient se fouler un peu plus le poignet en versant l'obole qu'il a largement mérité.

Je sais, j'utilise abondamment des adverbes, surtout en ment, et alors, c'est défendu ? Il me semble qu'ils sont dûment répertorié dans les dictionnaires de bon aloi. Et Bernard Pivot à qui un journal littéraire avait posé la question s'il était pour la suppression des adverbes se terminant pas ment, avait répondu évidemment !

Vous remarquerez que je ne me prive pas, comme les scénaristes ou les feuilletonistes qui divergent afin de faire durer le suspense, à moins qu'ils se trouvent bloqués dans une situation inextricable et demandent à un de leurs copains de leur souffler la suite du texte qu'ils doivent écrire, de prendre des chemins de traverse et d'allonger la sauce.

Dans Et le Diable rencontra la femme (le veinard !), Toby est contacté par le mari de Bette Davis. Il travaille pour un bureau d'études non gouvernemental, s'occupant de recherches aéronautiques confidentielles, et dont le résultat pourrait influer sur la prolongation du conflit modial (je rappelle que cette histoire se déroule en 1943, mais vous le saviez déjà peut-être). Un inconnu lui a téléphoné, le menaçant de créer un énorme scandale, d'enlever sa femme, affirmant posséder un enregistrement dans lequel Bette Davis... (Toby ne veut pas en savoir davantage), bref de lui fournir certains renseignements, notre détective devant assurer la transaction.

Toby accepte le mission, c'est à dire protéger la vedette, et fait appel à ses amis, Gunther le nain, Sheldon le dentiste, Jérémy le poète. Persuadé que le premier mari de Bette Davis ne peut qu'être le maître-chanteur, il décide de s'octroyer également les services d'Andréa Pincketts, le détective le plus louche du monde, avec qui il avait fait équipe à ses débuts quelques années auparavant.

Pinketts se souvient fort bien de l'incident de l'enregistrement, auquel Toby avait lui aussi participé n'étant pas au courant du travail peu ragoûtant qu'il devait alors effectuer et les conséquences qui en résulteraient.

Pinketts et Toby avaient procédé à la demande du premier mari de Bette à un enregistrement des relations charnelles entre l'actrice et un troisième larron, de la conversation explicite échangée et des bruits non moins explicites. Le mari bafoué, je sais dit comme ça cela fait un peu tiré par la queue, avait récupéré l'objet compromettant ignorant que Pinketts en avait réalisé un autre, échangé quelques semaines plus tard contre une coquette somme d'argent.

Toby tente de remonter la filière, mais des tueurs se dressent sur son chemin et il se fait enlever en compagnie de celle qu'il doit protéger. Pas bon pour son image de marque !

 

Cette aventure inédite de Toby Peters, qui a toujours mal au dos et entretient avec sa logeuse des relations non équivoques, d'ailleurs cela ne le tente pas, est un véritable régal aussi bien pour les cinéphiles que pour les autres. Le lecteur découvre une facette de l'actrice qui porte mal son prénom, facette qu'il ne connaissait peut-être pas.

Celle d'une femme qui, malgré son statut de star, n'hésite pas à remonter le moral des troupes, proposant par exemple un lieu de rencontres, de spectacles, aux soldats en permission ou en instance de départ pour le Pacifique. Ou encore, récitant un poème lors d'une soirée organisée entre gens de la petite société.

Un roman qui nous change des serials killers à la mode et donne envie de retrouver le charme des films en noir et blanc.

 

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme (The devil met a lady - 1993. Traduction de François Loubet). Collection Grands Détectives N°3011. Editions 10/18. Parution novembre 1998. 240 pages.

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 10:29

Bon anniversaire à Hubert Prolongeau

né le 27 janvier 1962.

Hubert PROLONGEAU : L’assassin de Bonaparte.

Le décor, l’ambiance, la restitution de scènes historiques sont aussi pour Hubert Prolongeau les ressorts principaux utilisés, la partie enquête n’étant qu’un ingrédient dilué dans l’histoire.

Lors de la campagne d’Italie en 1796, le jeune Sébastien Cronberg, d’origine franco-allemande, voit sa mère et une partie des habitants du village où il habite passés par les armes, désignés au hasard par Lannes.

Il ressent une terrible envie de vengeance envers Bonaparte et va tenter de l’assassiner. Curieusement, son forfait ne peut être perpétré, et Cronberg va s’enticher de ce général qui ne pense qu’à rejoindre sa femme Joséphine.

De retour à Paris, Bonaparte confie une mission délicate à Cronberg. Retrouver des missives qu’il aurait écrite et qui ont été dérobées lors du meurtre de Barbey, un proche du Directoire.

 

Etonnant que ce revirement dans les sentiments d’un jeune homme meurtri physiquement et moralement par Bonaparte et ses hommes et qui deviendra le plus fervent défenseur de celui qui déjà est considéré comme un futur dictateur.

La reconstitution de la tuerie du village de Binasco, près de Pavie, est un moment d’horreur tel qu’ont pu en connaître certains habitants de bourgades décimées lors de la seconde guerre mondiale, les moyens n’étant pas les mêmes mais les représailles si.

Et la ferveur napoléonienne, la fascination envers celui qui deviendra Napoléon 1er, ressemble un peu à celle ressentie par les Allemands, du moins une partie de la population, envers qui vous savez.

 

Première édition Le Masque moyen Format. Parution décembre 2001.

Première édition Le Masque moyen Format. Parution décembre 2001.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°35009. Parution janvier 2005.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°35009. Parution janvier 2005.

Hubert PROLONGEAU : L’assassin de Bonaparte. Réédition J'Ai Lu Librio. Collection J'Ai Lu Roman. 15 octobre 2014. 384 pages. 7,60€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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