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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 04:07

Attention à ne pas se faire plumer…

Marie MOREAU-BELLECROIX : Le perroquet pourpre.

En cette année 1520, cinq à six gamins visitent le château de la Garde-Villemontel, en Provence, Jean-Blaise, le fils du propriétaire des lieux leur servant de guide. Ils ont environ seize ans et sont fort curieux. L’un d’eux est plus particulièrement vindicatif lorsque Jean-Blaise refuse d’ouvrir une porte bardée de bronze. Cette pièce est la salle d’armes et il lui est interdit de pénétrer aussi il se montre catégorique. Gaspard et Jean-Blaise en viennent aux mains lorsque le noble chevalier Gédéon de la Garde-Villemontel survient.

Au grand étonnement de Jean-Blaise, il leur propose de visiter son antre et les adolescents sont tout pantois. D’autant que dans le fond de la pièce, quelque chose bouge. Il ne s’agit que d’un oiseau dans une cage. Mais quel oiseau ! Un magnifique perroquet pourpre dans une cage d’or. Un présent destiné à Philippe Villiers de l’Isle-Adam, le Grand-Maître des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean dont le siège est à Rhodes, et grand-oncle de Jean-Blaise.

Le soir un grand repas est donné en l’honneur d’Arnauld Villiers de l’Isle-Adam, frère du Grand-Maître, et les garçons ébaubis écoutent les échanges entre les deux hommes, notamment sur les menaces concernant la terre de Rhodes convoitée par Soliman. Les adolescents proviennent tous d’horizons divers et doivent embarquer de Fréjus le lendemain pour Rhodes, en constituant la Caravane de la Religion.

Le lendemain matin donc, Jean-Blaise et ses compagnons, habillés de noir avec une croix blanche aux huit pointes sur le devant, descendent vers le rivage, accompagnés de Siphorien, l’homme de confiance du chevalier Gédéon, portant la cage d’or et le perroquet pourpre. Seulement en route, Frimouille, le cheval monté par Gaspard, s’emballe, au grand étonnement de Jean-Blaise qui sait que la monture est le plus calme et le plus pacifique des écuries. L’accident est funeste aussi bien à la monture qu’au cavalier. Dans la selle qui s’est détachée un clou a été fiché.

Puis c’est l’embarquement à bord de la caraque Santa-Anna. Siphorien qui a le goût du jeu délaisse le perroquet pourpre et l’un des marins s’en empare, car l’oiseau possède un secret selon les ouï-dire, et le caresse. Un âpre pugilat s’ensuit et le marin touché au menton s’écroule, mort. Selon le médecin du bord, ce décès n’est pas consécutif au coup de poing. Dans l’algarade l’oiseau s’enfuit et Siphorien se jette à l’eau. Puis la tempête fait rage et des Barbaresques arraisonnent la caraque qui prend feu.

Jean-Blaise est emmené à bord d’une pinasse mais il arrive à se défaire de ses liens. Il plonge échappant aux marins qui ont goûté à la boisson qu’il transportait dans une gourde que lui avait remise son père et qui contenait un cordial alcoolisé. Heureusement, la côte tunisienne n’est pas loin et il parvient à aborder une plage complètement épuisé. Il est recueilli quelques heures plus tard alors qu’il sort péniblement de son étourdissement par un gamin qui le présente à ses parents, lesquels accueillent Jean-Blaise chaleureusement. Minchaoui, le gamin, a vécu quelques temps à Marseille et il s’exprime à peu près en français, un avantage car Jean-Blaise le Provençal est mis en confiance.

Mais le voyage de Jean-Blaise n’est pas terminé, car il n’a pas rempli sa mission. Le village où vit Minchaoui est tout proche de Sfax, et le marchand qui avait vendu le perroquet pourpre vit justement dans cette ville. Lorsque Jean-Blaise s’enquiert auprès de l’oiseleur d’un volatile de substitution ressemblant au perroquet, le vendeur lui propose un lori à collerette. Il est certes ressemblant, mais ce qui perturbe Jean-Blaise ce sont les confidences du marchand. Des confidences qui font réfléchir l’adolescent sur la mort subite du marin et sur l’avenir du Grand Maître des chevaliers hospitaliers, et surtout sur le rôle de son père dans une supposée conspiration.

 

Ce roman d’aventures est également un roman historique s’inspirant de faits et de personnages réels.

En effet, la compagnie des chevaliers hospitaliers de Rhodes, qui devint plus tard lors de leur déménagement forcé celle de Malte, ont existé, et existent encore, le grand-maître Philippe Villiers de l’Isle-Adam, Don Amaral et quelques autres personnages sont inscrits dans l’Histoire de ces compagnies religieuses et dans l’Histoire tout court. Avec toutefois quelques nuances puisque Philippe Villiers de L’Isle Adam ne fut élu Grand Maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qu’en janvier 1521. Quant à la caraque Santa Anna, elle fut construite et lancée à Nice le 21 décembre 1522 juste quand l'Ordre est chassé de Rhodes, remplaçant la caraque Santa Maria.

Et Marie Moreau-Bellecroix a brodé autour de ces épisodes véridiques, malgré quelques petites distorsions, une intrigue dont le Perroquet pourpre devait servir de meurtrier.

Si le roman met en scène des religieux, il ne sert pas pour autant de vecteur prosélyte, et il est à noter que l’accueil de Jean-Blaise par Minchaoui et ses parents est tout à fait remarquable, alors que bien souvent les contradictions religieuses et raciales servent de support à ce genre d’histoire, et reflète la réalité de l’époque concernant l’hospitalité. Peut-être.

 

Marie MOREAU-BELLECROIX : Le perroquet pourpre. Illustrations de Jacques Pecnard. Collection Idéal-Bibliothèque N°87. Editions Hachette. Parution 4e trimestre 1955. 192 pages.

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