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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 09:44

Lorsqu'Adrien Sobra ne s'appelait pas encore Marc Agapit.

Ange ARBOS : La tour du silence.

Ce sont les gens qui disent... rétorque le narrateur à son ami et voisin Julien Delambre qui affirme qu'il vient d'émettre une hypothèse idiote. Et les gens ont vite fait d'échafauder des conjectures non vérifiées.

Il paraitrait qu'un cadavre a été retrouvé dans le parc du pépiniériste, leur voisin, et que ledit pépiniériste aurait tué l'amant de sa femme.

Delambre, afin que son voisin ne s'échappe pas et aille raconter n'importe quoi, l'enferme dans son salon puis entreprend de narrer la genèse de cette découverte macabre. Mais auparavant il lui pose quelques questions concernant cette découverte, notamment si le bahut dans lequel le squelette a été retrouvé était un magnifique meuble sculpté. Si une épée en bois peint reposait à côté du mort et si la tête de celui-ci était ceinte d'une couronne en bois peint également.

Suite aux affirmations de son voisin, il raconte cette histoire édifiante :

Lors d'une réception costumée, alors qu'un diseur accapare l'attention des invités, le majordome informe le maître des lieux qu'il est mandé au téléphone pour une affaire importante. Puis peu après, le majordome revient dans la pièce prévenant le secrétaire du comte que celui-ci l'attendait dans son bureau un quart d'heure plus tard. Le temps imparti étant écoulé, le secrétaire s'éclipse puis revient et parle à voix basse à la comtesse qui sort de la pièce puis réapparait en poussant des cris et s'évanouit.

Dans le bureau situé à l'autre bout du château les invités ne peuvent que constater l'absence du comte, mais relèvent néanmoins quelques indices prouvant qu'un attentat aurait été commis à l'encontre du noble. Des traces de sang, une statuette brisée, des douilles d'arme à feu.

Immédiatement averti le juge d'instruction pose les questions rituelles à la comtesse, une jeune femme d'une vingtaine d'années et mariée depuis peu. Et bien évidemment il s'agit de savoir si le comte possédait des ennemis. Et c'est à partir de ce moment que l'affaire se corse, même si elle se déroule en région parisienne.

Peu avant, Eloi, un vieux serviteur du comte, et sa fille Véronique, avaient été congédiés. Eloi, veuf de bonne heure, avait donné à Véronique une instruction raffinée et celle-ci âgée de dix-huit ans était entrée au service de la nouvelle comtesse comme lectrice. Les deux jeunes femmes n'étaient séparées que de quatre ans, mais, coïncidence troublante, elles se ressemblaient comme deux sœurs. Et Véronique entretint cette ressemblance en prenant la démarche, la coiffure, la voix même de sa maîtresse. Maîtresse qui fut bafouée semble-t-il car Véronique aurait effectué des avances éhontées au comte, d'où son renvoi et celui de son père.

Or Eloi et sa fille Véronique sont partis en Normandie, dans un petit village où le vieil homme possède une demeure. Les enquêteurs interrogent évidemment les voisins, les fonctionnaires dont le chef de gare, et selon tout ce beau monde, Eloi et Véronique ne se seraient pas absentés de leur villa, ou tout au moins du village.

Mais le doute s'installe. La comtesse est-elle celle qu'elle prétend être, ou Véronique aurait-elle pris sa place ? Commence un chassé-croisé qui embrouille les enquêteurs, une sombre histoire de substitution de personnes, et il est difficile de démêler le vrai du faux du faux du vrai. D'autant que selon les circonstances, la comtesse avoue être Véronique, puis se rétracte, revenant sur ses déclarations.

 

Ange Arbos, dont ce roman figure parmi ses premiers écrits, propose un jeu de miroir, proche d'une affaire de gémellité sans en être une puisqu'il s'agit de sosies. Mais le lecteur sait d'avance que les deux femmes se ressemblent, qu'elles peuvent se substituer l'une à l'autre. Ange Arbos ne sort pas un protagoniste de son chapeau en fin d'intrigue mais la présence de ces deux femmes est toujours constante. A moins que l'une d'elle joue deux rôles.

Dans un registre résolument policier classique, le futur Marc Agapit imprègne toutefois son histoire d'une once de fantastique, avec subtilité, la mise en scène du départ y influent pour beaucoup, de même que l'approche du récit par Delambre.

Le narrateur aperçoit quelques photos dont une de groupe représentant des personnages costumées et une autre le portrait de Jeanne la Folle. Or s'il s'agit de la comtesse et des membres participant à la soirée organisée par le comte, ceci n'est pas anodin. Car le comte était déguisé en Philippe le Beau et la comtesse en Jeanne la Folle, deux personnages historiques. Jeanne la Folle ainsi dénommée suite à la douleur ressentie à la mort de son mari.

Sans oublier les quelques allées et venues du domestique de Delambre lors de la narration de cette affaire, qui jette un doute sur les motivations du conteur vis-à-vis de ce voisin-narrateur pressé d'arriver à une conclusion qui au départ est erronée, puisque puisant dans des rumeurs.

Le sens de la narration est déjà présent, mais trouvera son développement par la suite lorsque Ange Arbos alias Marc Agapit se tournera résolument vers le fantastique et l'angoisse pour ses romans édités au Fleuve Noir, et qui restent des ouvrages de référence recherchés par les amateurs et les collectionneurs.

 

Ange ARBOS : La tour du silence. Collection Police N°155. Editions Ferenczi & fils. Parution 4 avril 1936. 64 pages.

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 11:13

Aucun rapport avec la Pop-star britannique !

Elton JONES : Tu vas payer !

Vous ne savez pas qu'il ne faut jamais rien dire aux journalistes... surtout quand ce sont des femmes ?

L'homme qui rabroue ainsi Bob Jozan n'est autre que son patron, Raymond Lacy, un détective privé qui commence à avoir une certaine notoriété.

Bob Jozan, gamin mi-Irlandais mi-Français, est bavard, gaffeur. Et s'il possède des intuitions étonnantes, il lui arrive de saboter les enquêtes de Lacy, tout en lui fournissant des révélations qui au bout du compte se révèlent payantes.

Lacy doit quitter Nice, après avoir effectué avec réussite la mission qui lui avait été confiée, et regagner Londres, mais Bob interrompt son travail de rangement vestimentaire dans les valises adéquates, lui annonçant qu'il vient de lui prendre un rendez-vous pour une affaire importante. Lacy se méfie, Bob a l'habitude de lui dégoter des affaires qui sont toujours importantes mais se révèlent banales. Pourtant lorsqu'il apprend le nom de son futur client, le détective décide de sursoir à son départ et d'écouter les desiderata de son assistant.

Le beau-père d'Hervé, un des copains de Bob, a reçu des lettres de menace de la part d'un de ses anciens employés. Il n'en sait guère plus aussi le mieux pour Lacy est de se rendre à Grasse rencontrer Marcellini-Diaz, le destinataire des missives, qui dirige une grosse usine de parfumerie. Comme Lacy ne refuse jamais une possible rentrée d'argent, dès le lendemain direction la ville des parfums à bord d'un autocar. Mais auparavant il se renseigne auprès d'un inspecteur de police et d'un rédacteur en chef d'un journal local.

Roger Téry, condamné à quinze ans pour le meurtre de sa femme en 1947, vient d'être libéré. Il était l'inspecteur des ventes de Marcellini-Diaz mais il a toujours nié être le meurtrier.

Bob, insouciant, ne peut s'empêcher de faire la cour à deux jeunes filles qui voyagent en leur compagnie. Sido est reporter aux Nouvelles Niçoises et sa compagne, âgée de seize ou dix-sept ans, est présentée comme photographe. Elles doivent effectuer un reportage sur les vieux moulins à huile. Sido en profite pour leur demander s'il serait possible d'écrire un papier sur l'usine de parfumerie.

Marcellini-Diaz donne toutes les explications possibles, du moins ce qu'il en sait vraiment, sur cette affaire et sur Roger Téry, un homme aimable, leur montre également les lettres de menaces, et surtout avoue qu'il était l'amant de la femme du meurtrier présumé.

 

Une histoire simple, sans chichis, qui tourne autour d'un drame familial, comme souvent, avec des rebondissements et une chute logique mais pas téléphonée. Pourtant l'auteur, outre la déclaration émanant de Lacy, placée au début de cet article, procède avec un humour involontaire.

Ainsi Sido, la jeune journaliste, à la question de Bob leur demandant :

Votre journal ne vous donne pas de voiture ?

Sido répond en toute ingénuité :

Il faut se mettre à genoux devant le rédacteur en chef, l'administrateur et les chauffeurs pour en avoir une. Nous préférons prendre le car.

Une réponse pour le moins ambigüe qui ferait gloser dans les chaumières de nos jours.

 

Mais qui est cet Elton Jones qui ose mettre de telles réparties dans la bouche de jeunes filles ?

Un écrivain qui a produit de nombreux romans policiers et sentimentaux, sous les pseudonymes de Tony Guilde, Patrick Regan ou encore Gilles Grey, et qui s'appelait Gilette Ziegler, décédée en1981.

Archiviste-paléographe et historienne, cette Niçoise qui fit partie de la Résistance, commença à écrire en 1941 pour diverses maisons d'éditions en zone libre puis chez Ferenczi, Jacquier ou encore Julliard. Son dernier roman policier connu, Le bois du silence parait chez EFR en 1963 puis elle revient à la rédaction d'ouvrages historiques dont Les coulisses de Versailles et Les Templiers.

Malgré son prénom, les romans de Gilette Ziegler n'étaient pas rasoir.

Elton JONES : Tu vas payer ! Collection Mon Roman Policier N°519. Editions Ferenczi. Parution 1er trimestre 1958. 32 pages.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 13:15

Ce n'est pas un nouveau groupe de Jazz !

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans.

Alors qu'il songeait sérieusement à finir de préparer ses bagages et prendre son train pour Miami, pour une nouvelle prestation, l'artiste Walt Gobbler est importuné par un visiteur.

Ce n'est autre qu'un vieux camarade de Havard devenu policier, avec quelques affaires délicates résolues avec succès à son actif. Et Den Borson souhaite utiliser les talents de Walt Gobbler pour mener à bien une transaction dans laquelle sont impliquées deux gamines.

En effet Walt Gobbler est un transformiste à l'égal de Fregoli et ses interprétations de personnages célèbres tels que Mussolini, Hitler, Chamberlain, le président Roosevelt, Lindbergh ou encore Maurice Chevalier enchantent les spectateurs partout sur les scènes où il se produit, étant même surnommé l'homme-protée.

Les filles de Morrimer, un gros industriel surnommé le Roi du béton, ont été kidnappées et la rançon exigée s'élève à deux cent mille dollars. Et Walt Gobbler doit endosser le personnage de Morrimer afin de rencontrer les kidnappers afin de leur remettre l'argent de la rançon sous la forme d'un chèque.

Il devient à s'y méprendre Morrimer et parvient à imiter la signature du Roi du béton puis c'est le début de la grande aventure. Il se rend sur le lieu du rendez-vous où il est réceptionné par une jeune femme qui l'emmène au refuge des truands.

Le grimage est parfait, trompant tout le monde, y compris les fillettes, mais il faut compter sur les impondérables. De petites erreurs de comportement qui ne prêtent pas à conséquence, mais les accessoires ne sont toujours... au poil.

 

En soixante-quatre pages, à la typographie petits caractères, ce qui équivaut au double au minimum d'une pagination actuelle, Jacques Chambon nous emmène dans les environs de la Nouvelle-Orléans pour une histoire simple et plaisante. Certes il n'entre pas dans tous les détails, il ne digresse pas, le quota de pages exigé par l'éditeur lui imposant de respecter un cahier des charges.

Pourtant il met en scène de façon presque parodique des truands, une affaire de kidnapping rondement menée, et les transactions qui s'ensuivent sans s'embarrasser de détails inutiles. Avec bien entendu un retournement de situation auquel on s'attend peut-être mais qui est le bienvenu. Pas de violence, pas de trémolos non plus, juste une histoire policière rondement menée.

Donc pas de musique en général ni de jazz en particulier, pas de descriptions touristiques sauf par moments le Mississipi, ses berges et leurs retenues d'eau afin de planter rapidement le décor, rien de ce qui fait le charme de cette ville et de ses environs ou encore l'ambiance des carnavals. L'intrigue pourrait tout aussi bien se dérouler en France, dans une petite ville de province.

Il est amusant de constater qu'en juin 1939, date de parution de ce roman, des personnages célèbres pouvaient être copier sur scène et plus particulièrement Hitler ou Mussolini. Quelques semaines plus tard, il est évident que ceux-ci ne provoquent plus l'amusement.

 

J'allais omettre le principal. Sous la signature de Jacques Chambon, ce cache le créateur de Catamount, Albert Bonneau. Vous pouvez découvrir cet auteur dans un ouvrage lui a été consacré et dont la chronique se trouve ici

Et une chronique des aventures de Catamount ici

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans. Collection Police N°321. Editions Ferenczi & Fils. Parution 12 juin 1939. 64 pages.

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 11:03

Ça doit faire un de ces chahuts...

R. M. De NIZEROLLES : La forêt qui parle.

Cet ouvrage est la réédition abrégée d'une série sous-titrée Voyages extraordinaires d'un petit Parisien dans la stratosphère, la Lune et les planètes, publiée entre 1935 et 1937. A l'origine les aventures de Tintin, le petit Parisien, comportait 108 fascicules qui furent reliés en un seul volume en 1938. Le fascicule présenté ici portait le numéro 30.

De 1950 à 1951 seuls 26 fascicules ont été réédités.

 

Le Bolide, l'engin spatial en forme d'obus dans lequel voyagent M. Saint-Marc, un vieux savant, Timmy-Ropp le reporter anglais, le capitaine Rhinoff, agent secret, et Justin, alias Tintin l'intrépide petit Parisien, s'élance gaillardement vers Mercure à la demande d'un passager qu'ils ont accepté à bord en quittant Vénus.

La planète dédiée à la déesse de l'amour et de la séduction a accueilli au fil du temps des Dieux mythologiques et l'un d'eux, se prétendant Mercure, désirait rejoindre la planète qui porte son nom. Et après quelques mises au point et un parachute qui leur permet de se poser en douceur, les voici mettant le pied sur cette terre mystérieuse et inconnu. Il leur semble bien que la vie existe sur Mercure. Seul inconvénient, ils doivent porter un masque lorsqu'ils sortent de leur engin à cause du manque d'oxygène. Et ils commencent leur exploration, s'enfonçant dans la forêt proche.

De cette agglomération de troncs d'espèce inconnue, se dégagent des bruits, comme si des habitants parlaient une langue dont ils ne comprennent pas la signification.

Pendant ce temps sur Terre, Yvonne Blanchard, la jeune sœur de Tintin, est accompagnée d'amis fidèles dont le jeune et impétueux Jean de Requirec. Grâce au richissime Mac Brown ils ont obtenu les fonds nécessaires à la construction d'un autre engin spatial, le Bolide numéro 2, une invention du créateur génial qu'est le Français Germain Landry, astronome de son état.

Seulement dans l'ombre veille leur ennemi, le professeur Schilber, le redoutable chef de l'Etoile Noire, une vaste organisation qui s'étend sur le monde comme une gigantesque toile d'araignée.

Le richissime mécène a disparu depuis quelques jours en même temps que d'autres passagers à bord de la Flèche d'Azur. L'épave avait été retrouvée surnageant sur l'océan. Yvonne et ses compagnons se trouvent à Visby, sur l'île Götland, lorsqu'ils reçoivent un appel téléphonique de Jacques Lambert, un ingénieur qui contribue efficacement aux progrès de la science aéronautique.

 

Chacune de leur côté les deux équipes vont courir des dangers et lorsque le roman se clôt; Tintin est dans une position critique. Bien entendu nous savons qu'il va se dépêtrer de ses ennuis, car la suite comporte de nombreux épisodes tout aussi prenant et mouvementés. Mais c'est un moyen efficace pour fidéliser les lecteurs.

Quant aux explications scientifiques elles peuvent tout à la fois se montrer farfelues tout en étant plausibles.

Sous le nom de R.M. de Nizerolles se cache un prolifique romancier ayant œuvré dans tous les domaines de la littérature populaire : Marcel Priolet qui signé également sous les pseudonymes de Henri ou Henry de Trémières, René Valbreuse, Claude Fleurange, Marcelle-Renée Noll.

R. M. De NIZEROLLES : La forêt qui parle. Série les Aventuriers du ciel. N°14. Editions Ferenczi. Parution 3e trimestre 1950. 32 pages.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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