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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:42

Bon anniversaire à Brigitte Aubert, née le 17 mars 1956.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer.

Les apparences sont trompeuses : Georges Lyons n’est pas économiste et ne pointe pas dans une entreprise comme il l’affirme.

En réalité, lorsqu’il quitte son domicile de Genève le matin, c’est pour se rendre dans un petit bureau où il se livre à des exercices physiques pour entretenir sa forme, ou alors il participe à un hold-up en compagnie de Benny, Phil et Max, la dernière recrue.

Le braquage, ce jeudi 8 mars à Bruxelles, s’effectue sans trop de problèmes. Seul grain de sable dans une machine bien huilée, Lyons croit reconnaître Martha, sa femme, au bras d’un inconnu. Il pense se trouver devant un sosie et téléphone à Martha, sensée se trouver chez sa mère.

La jeune femme décroche et Lyons est rassuré. Arrivé chez lui, il se rend compte que quel que soit le numéro de téléphone qu’il compose, il obtient Martha au bout du fil. Il se confie à Lanzman, un psychiatre qu’il voit régulièrement depuis un accident de voiture dont il est sorti indemne, légèrement amnésique, mais qui a fait une victime, un auto-stoppeur. Les souvenirs affluent parfois, surtout le visage de Grégory, son frère battu et abandonné par leur mère alcoolique à l’âge de quatre ans.

Tout se dérègle lorsque Max lui apprend que Phil a été détroussé et l’accuse d’avoir facilité cette spoliation. Dans le même temps, des tueurs tentent de l’abattre. A nouveau, il aperçoit celle qui ressemble tant à sa femme, couleur de cheveux exceptée, et la suit jusqu’à une réunion chez un avocat du nom de Silberman, dirigeant d’un parti néo-fasciste. La femme dit s’appeler Magdalena et être mariée avec l’un des invités. Il est poursuivi à la fois par des tueurs et par ses anciens acolytes.

Max, le premier, le convoque, mais Georges évite le piège tendu et tue son complice, s’apercevant que celui-ci travaillait en réalité pour les Palestiniens. C’est Phil ensuite qui se présente chez lui, et Georges doit la vie sauve à Martha qui abat sans complexe l’intrus. Une facette de la personnalité de Martha que découvre Georges, le confortant dans sa suspicion envers cette femme devenue énigmatique.

Un ami chinois vivant en fraude à Genève lui donne l’explication des mystères téléphoniques : les numéros qu’il compose sont reliés à un téléphone sans fil détenu par Martha. Le souvenir de Grégory, le frère mythique, le taraude de plus en plus. Une réminiscence obsessionnelle. Benny lui tend également un piège, mais il est abattu par un tueur auquel Georges échappe. Martha confirme à Georges qu’elle est effectivement Magdalena, ce sosie qui se trouve souvent sur son chemin et lui avoue qu’elle est à la recherche d’une liste d’anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Une liste qu’elle n’est pas seule à convoiter d’où les avatars subis par Georges. Il va comprendre peu à peu qu’il a été manipulé, hypnotisé par son psychiatre et qu’en réalité il est peut-être Grégory, Georges étant mort dans l’accident, et qu’il serait le fils d’un nazi.

 

Autant le précédent roman de Brigitte Aubert — Les quatre fils du docteur March (1992) — jouait sur le suspense psychologique et mêlait avec habileté angoisse et noirceur, autant celui-ci s’avère rocambolesque, parfois à la limite de la parodie du roman d’espionnage, d’aventures et du feuilleton fin de siècle dernier.

Le côté humoristique au deuxième degré et l’absence de temps mort allègent une histoire désordonnée, qui fuse en tous sens. Les thèmes de la gémellité, du double, double vie de certains personnages par exemple, et la quête de l’identité sont une fois de plus largement exploités, alliés à des préoccupations plus actuelles : la chasse aux criminels de guerre et la résurgence du fascisme.

Double intrigue dans laquelle patauge le héros, mais parfois aussi le lecteur. Il faut du talent pour se sortir de cet imbroglio et Brigitte Aubert n’en manque pas. Elle ne se cantonne pas dans un seul genre, et l’entreprise est louable en soi.

 

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Une autre couverture de la Collection Points

Une autre couverture de la Collection Points

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer. Collection Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 3 juin 1993. 300 pages. 17,30€.

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 08:52

C'est le plus grand des voleurs
Oui mais c'est un gentleman

 

Philippe VALCQ : Le diamant jaune.

Après avoir été injustement accusé du meurtre d'un Boer six ans auparavant, Rémi d'Andrésy est de retour en France.

Il a quitté le Transvaal, recueillant le dernier souffle de Jacob Joubert, lequel détenait un magnifique diamant jaune, une rareté dont s'est emparé Ernst van Straaten, un lointain cousin du Boer.

En ce 21 septembre 1906, Rémi d'Andrésy arrive à Etaples, après avoir bourlingué durant dix ans, d'abord comme militaire puis ensuite en Egypte aidant des archéologues sur le site de Thèbes. De bonnes et mauvaises surprises l'attendent lorsqu'il arrive à la ville nouvelle de Paris-Plage.

Il retrouve Hortense, la femme de Jacob Joubert, et Anne, sa fille, qui étaient en Europe lors du drame. Elles vivent dans une villa chez Herlof von Straaten, le père d'Ernst. Celui-ci est absent pour quelques mois, en voyage d'affaire en Prusse. Ce pourrait être la bonne nouvelle. Quant à la mauvaise, c'est d'apprendre que ses parents adoptifs sont décédés. Le père guillotiné, accusé d'avoir tué une jeune femme, quoiqu'il s'en défendit. La mère est morte de chagrin quelques mois plus tard.

Grâce à la voisine, qui n'a pas vécu ces événements mais les a appris lors de son installation, il peut entrer dans ce qui est devenu son chez lui. Il se présente comme un parent éloigné, ayant changé de nom lors de sa cavale. Désormais il répond au patronyme d'Armand Lamier. C'est ainsi qu'il est engagé comme précepteur d'Anne afin de prouver l'innocence de son père nourricier.

Mais il apprend également qu'il possède un frère jumeau qui a été élevé comme lui par une nourrice, mais dans un autre village de leur Normandie natale. Il se rend chez le notaire, obligé de fournir sa véritable identité, afin de régler quelques problèmes concernant son héritage. Ce qui va l'aider à vivre quelque temps, étant complètement démuni et sa place de précepteur compromise.

En effet un individu s'était engouffré chez lui, narrant à Armand/Rémi ses origines, où du moins ce qu'il en savait, lui apportant d'autres précisions sur des dénommés Liebman, fabricants de canons, mais il ne peut poursuivre étant abattu par un coup de feu tiré de la fenêtre. La bonne de sa voisine, la jeune et belle Clarisse qui ne lui veut que du bien, a aperçu deux hommes. L'un dégingandé et attifé de vêtements clownesques, l'autre vieux joueur de limonaire. Notre héros décide de porter le corps sur l'estran où il sera découvert le lendemain.

Le commissaire Brochard, qui traque depuis des mois un monte-en-l'air dont les exploits défraient la chronique, s'introduisant chez de riches bourgeois afin de s'emparer de leurs bijoux, le commissaire Brochard ayant appris que ce malfaiteur aurait été vu à Etaples et sa région, est sur place et il hérite de l'enquête, le policier local étant absent pour des raisons familiales ou autres.

Il arrête Armand/Rémi, à cause de sa ressemblance avec son cambrioleur mais en coulisse d'autres personnages veillent. Et s'enchaînent alors une succession de péripéties toutes plus épiques les une que les autres.

Armand/Rémi s'évade du train dans lequel il est emmené à Paris en compagnie de Brochard et ses deux adjoints, grâce à Anne qui veillait. Mais Longues jambes, le dégingandé, et le joueur d'orge de Barbarie étaient eux aussi dans le train.

 

Philippe Valcq, tout comme le faisaient les feuilletonistes du XIXe et début XXe siècles, enchaine les mystères, les meurtres, les retournements de situation, les drames, les situations cocasses, les personnages ambigus, malsains, ou au contraire qui essaient de dénouer les avatars subis avec brio, une pointe d'espionnage et les idylles amoureuses, l'homme fiancé deux fois, la première étant à but lucratif, les courses poursuites, le double-jeu, les traitrises.

Il emprunte à ce que l'on pourrait prendre pour des clichés, le rarissime diamant disparu, les frères jumeaux ignorant tout ou presque de leurs origines, car leur mère, rejetée par un père n'acceptant pas la grossesse de sa fille, est décédée sans divulguer le nom du géniteur, les imbrications de secrets et d'histoires de famille, les quiproquos résultant de cette situation, et pourtant, cela semble neuf et inédit.

Si les feuilletonistes, étant payés à la ligne, écrivaient parfois plus vite que leur stylo, Philippe Valcq soigne sa narration et ses dialogues tout en laissant une part d'ombre et de suspense dans son intrigue légèrement complexe et parfois elliptique.

Des personnages atypiques tels que le commissaire Brochard, un policier imbu de lui-même, pontifiant, obtus, dont les déductions hâtives sont toujours à côté de la réalité, accusant sans preuve, ne voulant pas reconnaître qu'il puisse se tromper. Ses adjoints, répliques antérieures des Dupont/Dupont. Longues jambes et son compère le Limoneux, la cantatrice Hélène de Bouliquet, ancienne maîtresse de Raoul d'Andrésy, le poète Albéric de Gervisy, et la liste n'est pas exhaustive.

D'autres, ayant réellement existés ceux-là, font leur apparition au détour des pages, Louis Blériot par exemple qui procède à des essais sur son aéroplane, ou encore le préfet Lépine.

Paris-Plage, créé en 1882, sur la pointe du Touquet, par un Français et un Anglais, connu dès ses débuts une vogue touristique marquée par la construction de nombreuses villas huppées, habitées en saison par des Britanniques, des Belges et Hollandais, et naturellement des gens du cru. Mais l'auteur entraîne le lecteur également à Paris et en Allemagne, dans un rythme effréné, pour une histoire qui comporte des énigmes qui s'entremêlent.

Naturellement les lecteurs que la littérature populaire n'effraie pas, heureusement il en existe de moins en moins, connaissent l'identité de Raoul d'Andrésy, mais je n'en dis pas plus, laissant le plaisir de la découverte aux autres. Et certains épisodes font également penser à Gaston Leroux, surtout avec son roman Rouletabille chez Krupp. Mais les références à Rocambole d'Alexis Ponson du Terrail sont également présentes.

 

Et l'on s'aperçoit que le réchauffement climatique n'est pas un vain mot.

Le 11 octobre 1906, Armand déposa son bouquet de jonquilles sur le marbre et, un genou en terre, se recueillit.

De nos jours les jonquilles fleurissent de février à mai. Quant on vous dit que le temps est détraqué !

Philippe VALCQ : Le diamant jaune. Collection Belle époque. Pôle Nord éditions. Parution octobre 2016. 436 pages. 12,00€.

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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 13:09

Une loupiote fragile dans l'obscurité...

Kurt VONNEGUT Jr : Nuit noire

Enfermé dans une geôle de Jérusalem, Howard Campbell Junior revient sur sa vie, son œuvre, et surtout son passé d'espion.

Il est surveillé par quatre matons qui se relaient toutes les six heures, et, s'ils ne sympathisent pas, il parlote toutefois avec certains d'entre eux. Et il rédige ses confessions sur une vieille machine à écrire allemande. La nuit il prononce quelques mots, des prénoms féminins, Helga, sa femme, et Resi, la jeune sœur de celle-ci.

Son crime, avoir été la plume et la parole sur une radio allemande, la langue de la propagande nazie, vitupérant contre les Juifs, les Noirs, l'ennemi en général, et prônant les vertus aryennes. Il était l'homme qui propageait l'endoctrinement insufflé par Goebbels. Mais comment lui, l'américain de naissance, nazi de réputation, apatride par inclination, en est-il arrivé à mettre son talent au service des idées hitlériennes ?

Né à Schenectady, en 1912, dans l'état de New-York, Howard Campbell junior est le fils d'un ingénieur de la General Electric. A l'âge de onze ans il suit ses parents, son père ayant été assigné dans un poste à Berlin. Et c'est ainsi qu'il passe son adolescence dans une atmosphère trouble, connaissant la montée du nazisme. Il devient homme de théâtre et ses pièces sont jouées avec succès. Il fait la connaissance d'Helga, elle-même comédienne, fille du chef de la police de Berlin. Un amour fou les lie et ils se marient. Il n'est pas particulièrement attiré par les idées nazies, mais un jour de 1938 il est contacté par les services de renseignements américains.

C'est ainsi que débute sa carrière d'espion. Il doit, lorsqu'il déclame son texte à la radio, véritable ode au nazisme, fustigeant principalement les Juifs et donc tout ce qui touche à la finance, il doit tousser, émettre de petits bruits, et autres interruptions qui semblent anodines. Mais ces manifestations sont en réalité des messages cachés que seuls peuvent décrypter le service de renseignements. Seulement le major Wirtanen, l'homme qui l'a contacté, qu'il a surnommé Ma bonne marraine la Fée, est inconnu des services américains lorsque Berlin est occupée par les Alliés en 1945.

Howard Campbell est extradé aux Usa où il trouve un petit logement dans Greenwich, tandis qu'Helga est portée disparue, morte en Russie. Helga qui n'a jamais connu ses activités d'espion. Et de 1945 jusqu'en 1961 Howard Campbell va vivre, sous son nom, et faire la connaissance de ses voisins, dont George Kraft, dont ce n'est pas l'identité réelle, et avec lequel il joue aux échecs. Le docteur Epstein, qui le soigne pour un petit bobo au doigt et dont la mère se demande s'il n'est pas le Howard Campbell de sinistre réputation.

Un beau jour il reçoit dans sa boîte aux lettres une missive émanant de l'American Legion, ainsi qu'un journal, le White Christian Minuteman, dirigé par le Révérend Docteur Jones, qui cumule les fonctions de docteur en chirurgie dentaire, et dont le cheval de bataille est la composante d'une haine envers les Juifs, les Noirs et les Catholiques. L'une des formules chocs de sa profession de foi réside en cette phrase lapidaire : La Croix-Rouge met du sang noir dans les veines des Blancs.

Jones et ses séides, dont le Führer Noir ne tarissent pas d'éloges sur les prises de positions antérieures d'Howard Campbell jr et quelques temps plus tard, il rend visite à l'ancien espion en compagnie d'une femme sensiblement âgée, ses cheveux en attestent quoique son visage reste avenant, et qui se présente comme étant Helga. Helga est de retour. Un choc dans la vie d'Howard.

 

Constamment sur le fil du rasoir, ce récit dans lequel le narrateur tente d'expliquer ses faits et gestes, ses prises de position, laisse un goût amer et en même temps explique que des Français pouvaient tout à la fois collaborer et résister, être dans la lumière tout en étant dans l'ombre.

Il montre également que les Etats-Unis, qui se veulent le chantre de la démocratie peuvent aussi constituer un foyer fasciste à travers les nombreuses associations du Nord qui, tout comme le Ku Klux Klan dans le Sud, prêchent pour la suprématie de la race blanche. Les conseils qui sont largement distillés aux autres nations, européennes, africaines ou asiatiques devraient être déjà appliqués à l'intérieur même du pays.

Ce roman écrit en 1961, révisé en 1966, n'a aucune perdu de sa force et de son ambigüité, les hommes politiques actuels le prouvant largement semant dans l'esprit naïf de certaines personnes l'ivraie.

Première édition : Le Sagittaire. Collection Contre-Coup N°7. 1976.

Première édition : Le Sagittaire. Collection Contre-Coup N°7. 1976.

Les éditions Gallmeister rééditent ce roman le 18 août 2016, dans une nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre, sous le titre originel de Nuit Mère. Une réédition fort bien venue de ce roman majeur dans l'œuvre de Kurt Vonnegut Jr, mais une nouvelle traduction s'imposait-elle ? Serait-ce à dire que Michel Pétris avait failli, que des coupures de texte avaient été honteusement pratiquées ? Que les éditeurs précédents également avaient absous cette pratique ? Il faudrait comparer les deux textes, ce que je ne ferai pas, n'étant pas anglophile et donc ne pouvant lire ce roman dans la version originale afin de me faire ma propre opinion.

Réédition Editions Gallmeister. Nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre. Parution 18 août 2016. 248 pages. 10,50€.

Réédition Editions Gallmeister. Nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre. Parution 18 août 2016. 248 pages. 10,50€.

Kurt VONNEGUT Jr : Nuit noire (Mother night - 1961/1966. Traduction de l'américain de Michel Pétris). Série Domaine étranger N°2011. Editions 10/18. Parution février 1989. 286 pages.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 12:31

C'est l'effet papillon...

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide.

26 décembre 2011. Lille la nuit, sur les bords de la Deûle.

Anouk Furhman inspecte les bords des quais à la recherche d'un tueur en série qui doit théoriquement être présent et peut-être même habiter à bord d'une barge. Elle le repère et essaie d'entrer en contact avec son ami l'ex-commandant Léo Matis. Celui tarde à répondre, elle prévient ses collègues, s'étant réfugiée dans sa voiture.

Lorsque Matis arrive enfin sur les lieux, il est vertement rabroué par l'un des responsables des forces de l'ordre. Anouk a été grièvement blessée par des hommes qui ont tiré sur elle et sont partis emmenant le suspect de meurtres en série sur des femmes.

Seul le procureur Dudzinski, qu'il connait depuis près de trente ans, lui garde une certaine amitié. Matis est effondré, le pronostic vital d'Anouk est engagé et c'est sa faute si elle est à l'hôpital entre vie et mort. Matis avait fourni des informations à son ancienne collègue et amie, mais il n'avait pas su assurer par la suite. La faute à l'alcool.

Le lendemain, l'esprit encore encombré des vapeurs de l'alcool, Matis se rend à l'hôpital prendre des nouvelles d'Anouk, puis rentre chez lui à Bruxelles. Quatre jours plus tard, le 31 décembre 2011, Dudzinski lui donne rendez-vous dans un bar. Il tient à lui montrer une photo, datant des années 60/70, représentant deux hommes discutant dans un parc. L'un des photographiés était fort connu en son temps. Il s'agit de Fabiew, un espion russe de la grande époque. Au dos de la photo, retrouvée dans la boîte aux lettre d'Anouk, une date : 1er mai 1968.

Matis s'étonne se demandant non sans raison quel rapport il peut y avoir avec Boily, le tueur en série enlevé sous le nez d'Anouk. Pour Dudzinski, il n'existe aucun doute. Ce sont les Russes qui ont enlevé Boily. Mais pourquoi, à quelles fins ?

 

Plus tard, ailleurs. L'homme, qui s'exprime à la première personne, est enfermé et subit des tortures morales et physiques. Ceux qui l'ont enlevé et le supplicient ainsi connaissent tout de son passé, de son activité de tueur en série, jusqu'aux noms de ses victimes. Une lente mise en condition organisée par le Colonel. Une programmation mentale afin de lui inculquer une autre forme de s'exprimer, mais dans un domaine semblable. Du statut de tueur en série il est programmé pour devenir tueur à gages.

Le Colonel possède ses raisons pour manipuler ainsi Boily, car c'est bien de lui dont il s'agit. Pour des motifs politiques qui lui sont propres.

 

Quelques semaines plus tard, après une sérieuse cure de désintoxication, Matis retrouve Dudzinski pour une nouvelle séance d'informations et de travail. Selon des sources fiables, Boily serait aux Etats-Unis pour mener à bien une mission délicate. Et Matis doit le contrer. Alors lui aussi s'envole pour New-York, descendant dans le même hôtel huppé que Boily.

 

Débutant comme un roman policier noir, Chrysalide bifurque légèrement vers le roman d'espionnage pour se terminer en apothéose dans le genre roman d'aventures.

Dès le prologue, daté du 31 décembre 1968, le lecteur sent qu'il va planer en lisant cet ouvrage, puisqu'un personnage regarde à la télévision le reportage concernant le premier vol d'essai du Tupolev. Un mastodonte dont les ressemblances avec le Concorde étaient troublantes.

Mais Jean-Marc Demetz fait jouer à ses protagonistes une terrible partie de poker-menteur, à l'issue incertaine, car la manipulation guide un grand nombre des personnages évoluant dans ce roman endiablé traversant allègrement les frontières puisque le dénouement nous entraîne jusqu'au Canada, dans une région désertique où plane l'ombre de Jack London. Mais les maîtres du jeu ne sont-ils pas manipulés eux-mêmes ?

 

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide. Abysses éditions. Parution le 23 mars 2016. 182 pages. 12,00€.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 09:12

Mais quelle petite demoiselle ? C'est un secret...

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle.

Alors qu'il est en train d'honorer sa belle-sœur, son mari étant parti pour affaires, Ernest Hornes, qui pallie ainsi la défection de son frère pour la plus grande satisfaction de sa partenaire, est dérangé par le coup de sonnette d'un jeune télégraphiste qui lui remet un pli le mandant de suite et immédiatement.

Besoins talents. Malo-les-Bains. Urgent. Decoopman.

Une invitation laconique qui ne déstabilise pas Hornes. Et peu après il est fin prêt, et débarque en gare de Dunkerque en ce mois de juillet 1903. Les retrouvailles avec Decoopman sont celles qui régissent les rapports entre deux amis. Aujourd'hui homme de confiance du maire de Malo-les-Bains, station balnéaire en plein développement touristique sise près de Dunkerque, Decoopman travailla dans une autre vie au ministère de l'Intérieur, quant à Hornes, son passé est plutôt trouble aussi nous ne nous attarderons par dessus.

Deux personnalités influentes de la cité, ou de sa grande sœur Dunkerque viennent d'être découvertes mortes. Le premier s'était pendu et le dernier en date a été retrouvé noyé. La version officielle qui a été donnée en pâture aux journalistes. En réalité Thébord avait été enseveli dans le sable, seule la tête dépassant. Toutefois quelque chose relie ces deux morts : des roses blanches ont été déposées chez les victimes. Une signature qu'il convient de déchiffrer.

Hornes, ou plutôt Darras, selon les vrais faux papiers en sa possession, s'installe dans un hôtel coté malouin, et lorsqu'il voudra rencontrer son ami, il lui suffira d'emprunter le véhicule hippomobile conduite par Marcel, le cocher, sur la plage, près des cabines de bains.

Leberghe, le pendu, et Thébord l'ensablé noyé, avaient l'habitude de jouer en compagnie d'autres personnages au casino, et Hornes, qui se prétend auprès du directeur comme dirigeant d'une petite fabrique de porcelaine près d'Arras, s'y rend afin de pouvoir infiltrer ce groupe. Il souhaite, prétend-il, faire la connaissance d'hommes d'affaires, afin d'étendre ses activités, et le directeur le présente à ces joueurs assidus dont une femme, Félicie Duval. Les premiers contacts sont cordiaux et le charme d'Hornes-Darras opère sur Félicie (aussi !) et il va jusqu'à la raccompagner chez elle, une grande villa malouine, et on les laissera sur le pas de la porte.

Il repère le manège de deux individus qui rôdent près de chez Félicie, les met en fuite en fuite, et puis s'enquiert de leur identité. Il fait également la connaissance de Denise, la jeune bonne de l'un des membre du groupe d'habitués du casino, des investisseurs. Mais un autre membre est assassiné, et Hornes recueille l'une des fleurs blanches afin de la faire analyser par l'un de ses amis horticulteurs et d'en déterminer la provenance.

L'hécatombe continue et lui-même se trouvera à plusieurs reprises dans des situations périlleuses et délicates. Et ce n'est pas parce qu'il pratique la savate et le Jiu-jitsu qu'il annihile du premier coup les coups bas à bas coût de ses agresseurs.

 

En cette année 1903, le ressentiment envers l'Allemagne est encore très profond. Et les investisseurs qui vitupèrent contre l'ancienne Prusse qui a annexé l'Alsace et la Lorraine ne sont pas les seuls à s'exprimer véhémentement et même à souhaiter une revanche prompte, rapide et efficace.

Parmi les rencontres de Darras-Hornes, un jeune adolescent de treize ans, ayant plus la dégaine d'une asperge que une endive, avec lequel il s'affronte à la nage dans la Mer du Nord. Un gamin sportif qui passe ses vacances en compagnie de ses parents et qui plus tard fera parler de lui : Charles de Gaulle.

Si les roses blanches jouent un rôle primordial dans cette intrigue, il ne faut pas croire qu'à cette époque cette célèbre chanson misérabiliste interprétée par de nombreux artistes, dont Berthe Sylva, était une rengaine sur toutes les lèvres puisqu'elle n'a été écrite qu'en 1925 par, pour les paroles, Charles-Louis Pothier et, pour la musique, par Léon Raiter.

Mais quelle est donc cette demoiselle dont il est question dans le titre ?

Une jeune fille qui aurait disparu ? Une grosse crevette qui est également appelée demoiselle dans certaines régions ? Un avion construit par Santos-Dumont ? Un insecte type libellule ? La carcasse d'un canard ou le grain de maïs qui servait en cuisine pour les pop-corn ? Une pièce de bois utilisée par les paveurs, appelée aussi hie ou marquise ? Ou encore autre chose ? La réponse est bien évidemment dans l'épilogue !

Roman historique, comprenant de nombreuses références, ce roman policier est aussi un roman d'espionnage, habilement troussé, Félicie aussi, et avec Un Américain sur la Côte d'Opale de Jean-Christophe Macquet dont je publierai sous peu la chronique, ce roman donc inaugure de belle manière la nouvelle collection Belle époque des éditions Pôle Nord, éditions qui avaient fait une entrée remarquée avec sa collection 14/18.

 

L'amour est l'apprentissage de la souffrance, et le chagrin une armure pour affronter la vie.

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle. Collection Belle époque N°2. Pôle Nord éditions. Parution 15 janvier 2016. 184 pages. 9,00€.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 14:51

A lire Dard-Dard...

DARD, paire et fils

Sous l'impulsion de Maxime Gillio, L'Atelier Mosesu a décidé de rééditer l'œuvre d'Alix Karol, parue dans les années 1970 dans la collection Espionnage au Fleuve Noir. Une heureuse initiative s'il en est.

 

Ce qui m'a incité de mettre en ligne cet article écrit pour la revue Le Monde San Antonio en 2004.

 

Depuis quelques numéros du Monde de San-Antonio, des lecteurs s’interrogent sur le bien-fondé de la reprise par le fils du personnage créé et immortalisé par le père. Cette question me turlupinant l’esprit, et de bien d’autres aussi, abonnés ou non de la revue qui se sentent concernés par le même problème sans pour autant oser l’écrire, je me suis penché sur l’œuvre du fils avoir de savoir si celui-ci était digne de proroger l’œuvre du père.

En bref une polémique qui m’a poussé à me demander si Patrice se conduisait comme un soudard, pardon un sous-Dard, ou méritait amplement de continuer l’œuvre si bien déclamée par Dard père. Et si je m’exprime ainsi, ce n’est pas pour l’aiguillonner. Bref, une situation dans laquelle les employés d’une usine se demandent si le descendant continuera à marcher sur les brisées du père et saura insuffler une seconde vie à l’entreprise. Question délicate qui demande une réponse circonstanciée. Aussi afin de vérifier si le fils était le mieux à même de reprendre le flambeau, je me suis plongé dans les ouvrages d’un certain Alix Karol, fils spirituel de Frédéric Dard, je les ai disséqué, analysé, et aujourd’hui je peux vous livrer le résultat de mes cogitations, résultat que vous pourrez trouver en fin de cet article.

 

Alix Karol est né littérairement en 1973 avec la parution sous le numéro 1082 de la collection Espionnage du Fleuve Noir de « En tout bien toute horreur ». Avouons-le tout de suite, la trame de ce roman est un balbutiement dans l’œuvre karolienne. Mais ne jetons pas le manche avant la cognée. Donc jetons un coup d’œil sur la quatrième de couverture, souvent révélatrice du contenu. Précisons quand même que la plupart du temps le directeur de la collection, François Richard, demandait à ses auteurs de s’atteler à cette tâche. Cette prose est-elle issue de la plume de Karol, autre question. En voici le texte :

Alix Karol sera sans doute bientôt l’auteur de romans d’espionnage le plus controversé.

Déjà la polémique est engagée.

C’est porno ! s’offusquent quelques esprits chagrins.

Simplement érotique ! protestent les autres.

Certaines scènes relèvent du sadisme pur et simple ! poursuivent les âmes sensibles.

Un réalisme objectif commande d’oser dénoncer l’éternelle violence des hommes ! assurent les défenseurs.

La désinvolture de l’auteur et de son héros (qui sont en fait une seule et même personne) frise la contestation.

Et alors ? Un écrivain de 29 ans n’a-t-il pas le droit de s’enthousiasmer pour les nobles causes ?

N’a-t-il pas le devoir de balayer les grotesques tabous de notre société ?

Les lecteurs qui plongeront le nez “ EN TOUT BIEN TOUTE HORREUR ”, le premier roman de cette série échevelée et tonitruante, se diviseront vite en Karoliens et anti-Karoliens…

Mais soyons sérieux : on ne va pas tout de même recommencer l’affaire Dreyfus autour d’un nouveau héros d’espionnage !

Comme vous pouvez le constater, déjà les mots de controverse, de polémique sont déclinés.

Mais ne nous engageons pas encore dans une voie qui pourrait être sans issue et ouvrons le livre et lisons cet envoi : Les protagonistes de cette histoire sont fictifs. Toutefois, si un ambassadeur se reconnaissait dans l’un des personnages, je n’hésiterais pas à le démettre de ses fonctions pour éviter toute coïncidence. A.K.

Troublant, n’est-ce pas ?

 

Et nous nous laissons donc entraîner à la lecture de ce premier épisode de Alix Karol, surnommé Karolus depuis ses années de lycée, trente ans, les yeux bleus, propriétaire d’un restaurant sis à La Queue en Yvelines nommé La Pommeraie. Ceci ne vous rappelle-t-il rien, chers amis lecteurs et fins connaisseurs ? Non ? C’est tout simplement le restaurant tenu par Patrice Dard himself au lieu cité.

Sans m’étendre sur la trame de l’intrigue, je veux nonobstant parler d’un second personnage, récurrent, Bis. Bis de son prénom originel Karolus, est natif des Pays-Bas. Karolus et Bis forme un curieux couple œuvrant dans la pseudo-divination, la télépathie, se produisant dans des cabarets partout dans le monde. Pour ce faire, Bis est appelée Karola et est travesti en femme, ce qui d’ailleurs lui sied bien sans avoir pour autant des penchants homosexuels. Dans ce premier épisode, lors d’une attraction, Karolus, qui pratique également la prestidigitation, subtilise le cigare d’un spectateur et lui en fournit un autre, empoisonné. L’homme décède. Rentré à la Pommeraie Karolus apprend que son chien Plouk a été assassiné. Le numéro de duettistes auquel il se livre (pas le chien, mais Karolus) en compagnie de Bis n’est qu’une façade. En réalité ils sont tous deux membres d’une organisation mondiale, la S.S.T.M : Service Secret du Tiers Monde, dirigée par l’Inca, chargée d’organiser une forme de résistance envers les pays du bloc sino-russo-américano-européen. C’est dire qu’ils ne manquent pas de travail. Une jeune fille serait retenue à l’ambassade de Suède au Brésil et les deux compères sont chargés de la délivrer. Seulement ils sont confrontés à la CIA et doivent déjouer les embûches dont certains représentants de cette organisation ne manquent de leur tendre. Volées de plomb à l’appui. Voilà pour l’intrigue. Mais attachons-nous plutôt à ce qui nous intéresse : la corrélation entre Dard père et Alix Karol.

DARD, paire et fils

Quelques passages glanés au hasard nous entraînent dans un début de réponse à la question précédemment posée, voir plus haut, je ne sais plus où exactement :

Des fois t’as des gonzesses pas plus épaisses qu’une seringue qu’ont l’entrée de service large comme la Place de la Concorde.

 

Moins humoristique mais tout autant révélateur :

C’est fou ce qu’on se console vite de la misère des autres.

Deux facettes, et ce ne sont pas les seules (je ne vous parle pas des scènes d’amour ou de copulation qui n’ont rien à voir dans mon propos) qui démontrent déjà un certain mimétisme, une osmose parentale dans l’écriture. Mais ceci n’est que le premier ouvrage publié et gageons que d’autres surprises nous attendent. Avançons dans nos investigations.

Ah, j’allais oublier. Deux notes en bas de pages, seulement, mais ce n’est qu’un début, supposons-le.

Passons rapidement sur le deuxième opus, non pas qu’il soit inintéressant, mais parce que ne le possédant pas, je n’ai pu le lire et par conséquent le disséquer. Il s’agit de « Assassin pour tout le monde », collection Espionnage n°1093. Passons sans plus attendre au troisième roman de la série et retrouvons nos duettiste Karolus et Bis dans « Suicides par contumace », Espionnage N°1107.

Karolus et Bis sont chargés par l’Inca de jouer la chèvre afin de découvrir pourquoi Hendricks, l’agent de la S.S.T.M. s’est fait descendre par des agents de la C.I.A. Il venait de recevoir un message annonçant une découverte stupéfiante, assez grave pour provoquer la troisième guerre mondiale. Pas de signature. Seule piste, l’expéditeur du dit message doit embarquer sur un avion effectuant la navette New York – Miami. Nos deux compères doivent donc servir de chèvres (je l’ai déjà dit) et découvrir l’identité du mystérieux passager. L’avion est détourné, comme prévu, l’anonymat soulevé, et quelques péripéties plus tard, dont le crash du Boeing, Karolus et Bis atterrissent en Finlande, puis se dirigent vers un camp de Lapons. Signalons juste, pour ne pas déflorer l’intrigue, qu’ils vont être confrontés à un savant qui a découvert comment se débarrasser d’une partie de l’humanité.

Abordons ce qui constitue le sel de cette chronique. D’abord les avertissements aux lecteurs. Le lecteur est informé que les personnages de ce roman sont criants de vérité, que les lieux décrits sont rigoureusement authentiques et que l’histoire qui va suivre s’est réellement déroulée. A.K.

Juste en dessous :

Le lecteur est informé que les personnages de ce roman sont totalement fictifs et que, pour trouver une histoire aussi peu véridique, il faut remonter jusqu’à la Bible. Tout dans cette aventure est tellement imaginaire, que l’auteur lui-même se demande s’il existe. A.K.

Enfin :

Le lecteur est informé que l’auteur souffre manifestement d’incohérence mentale. L’éditeur.

L’auteur montre qu’il possède une certaine culture littéraire puisqu’il cite : La Finlande, cette terre que Dieu oublia de séparer des eaux ! ” disait joliment Chateaubriand, cet intrépide voyageur de l’époque ante-club-méditerranéenne.

 

La description des figurantes (et des figurants, ne soyons pas sectaires !) est imagée : La môme est une canaille rouquine au nez en trompette, menue comme une épingle à chapeau. Elle a un sourire niais, une voix de pintade et l’œil plus vide que les hémisphères de Magdebourg. Un portrait qui aurait pu être l’œuvre du peintre que fut San-Antonio et qui prouve que Alix Karol manie la métaphore avec verve.

Alix Karol sait aussi se glisser dans la peau d’un philosophe et abandonner l’humour pour se montrer plus réaliste : Je tiens le cynisme pour l’attitude la plus noble de l’homme en face de l’adversité. Toutes les lamentations, jérémiades et autres pleurnicheries ne seront jamais que larmes perdues dans le déversoir de l’inutilité. Quelques pages plus loin l’auteur revient à des considérations plus terre à terre, disons corporelles et métaboliques : C’est plus fort que moi. Je ne peux regarder une jolie fille sans que des manifestations intempestives ne se produisent dans mes régions australes. Voilà qui est explicite sans pour autant tomber dans la grivoiserie. Il me doit de signaler que les passages dits érotiques sont toutefois assez nombreux pour contenter le lecteur en manque d’images (et d’actions) croustillantes.

Les notes en bas de page sont au nombre de cinq dont trois font référence aux romans précédemment parus.

Passons illico au quatrième tome de cette série dont le titre se décline ainsi : Et cinquante qui font sang, Espionnage n°1116. De nos petits doigts agiles et fébriles, ouvrons et découvrons l’envoi : A F.D., l’homme le plus intelligent du monde (1). Tendrement. A.K. Note en bas de page : (1) Avec moi, bien entendu ! Tout de suite le ton est donné et l’on devine à qui s’adresse cette dédicace. Mais était-ce clair pour l’époque, sachant que ce roman a été édité en 1974 ? Pas sûr. Peut-être pour des exégètes comme Fred Hidalgo (laudateur de San Antonio et créateur du défunt magazine Chorus), mais pour le commun des mortels, ce fut sûrement une énigme. D’autant que peu de lecteurs prêtent attention aux avertissements, envois et autres hommages. Passons.

Alors que Karolus se défoule en jouant au billard, il est perturbé par l’entrée du facteur. Ce n’est pas le préposé habituel mais un remplaçant. Il doit lui remettre le paquet contre signature mais au lieu de cela, l’homme pointe un pistolet. Maniant la boule avec maestria, Karolus lui en propulse une en pleine tête. Exit brutal de l’agresseur qui brandissait une arme à vide. Le malheureux préposé, qui est retrouvé ligoté dans sa camionnette, se propose de déficeler le colis sans l’aide d’un outil tranchant (il n’y a pas de petites économies !) mais le paquet est piégé. Un peu plus tard, alors que nos deux compères gagnent Paris en compagnie de l’inspecteur Lapôtre, (apparu dans Assassin pour tout le monde), un motard balance dans leur véhicule un serpent qui s’avère inoffensif. Début du roman qui conduira nos amis (considérons-les ainsi) jusqu’au cœur des Andes, dans les ruines du Machu-Pichu. Je passe rapidement sur l’intrigue, car c’est surtout le style qui est le moteur de cet article. Première citation, philosophique (c’est moi qui le décrète ainsi) : Les individus se consolent vite de leurs petits drames à la pensée de l’intérêt et de la jalousie qu’ils susciteront chez les autres, ces malheureux englués dans le quotidien lénifiant ! . Ne me dites pas que cette pensée écrite par le fils ne reflète pas celle du père. Et vous n’avez pas tout lu ! Alix Karol sait souffler le chaud et le froid, et ne perd pas une once de son humour quelques pages plus loin lorsqu’il croque les acteurs secondaires de ses histoires : Il est mignon tout plein, ce cher Lapôtre, en infirmier. En raison de sa gueule persillée de couperose, de sa dégaine rustaude et de l’éclat obstiné de son œil, la blouse blanche lui confère davantage des allures de tripier en gros que d’interne des hôpitaux !  Une caricature à la Dubout ! Ce n’est que mon avis personnel, mais je vous invite à le partager.

DARD, paire et fils
DARD, paire et fils

Frédéric Dard, tout le monde s’accorde à le dire et à l’écrire, sous un humour de façade gaulois, était un profond humaniste maniant aussi bien le cynisme (Je l’ai déjà dit ?) que la causticité, montrant la voie à … (voir ci-dessous), non attendez d’abord la citation d’Alix Karol : Au cours de cet impressionnant périple dans ce monde situé à mi-chemin entre la terre et le ciel, entre l’été et l’hiver, entre le paradis et l’enfer, nous avons pu mesurer mieux que jamais le fossé qui sépare les peuples nantis des populations sous-développées. Un gouffre ! Un abîme ! Et qui ne cesse de s’élargir… Je me suis livré à quelques calculs particulièrement édifiants, pendant que Flora et Bis ramassaient les bidons de lait. Sur l’ensemble des “ producteurs ” que nous avons rencontrés, en tenant compte du rendement journalier d’une bête, du prix du lait et du nombre de personnes par famille, ma statistique était affolante : 350 à 400 soles par individus et par mois pour vivre ! Quarante à quarante cinq francs français ! Soit le prix d’un bon petit gueuleton raisonnable dans un restaurant du quartier latin. Ou trois places cinéma ! Ou cinquante grammes de caviar ! Monstrueux !

- A quoi tu penses ? Me demande Bis en baillant fortissimo.

Je vire mon mégot par la portière.

-Je pense à tous les petits Péruviens que j’ai déjà mangés, digérés, déféqués…

Je rappelle à toutes fins utiles que ce livre a paru dans le courant du 2ème trimestre 1974, et n’a donc rien à voir avec José Bové. Le problème était déjà actuel, la tiers-mondialisation existait, qui en parlait ? Refusant d’entrer dans un débat politicien, ceci n’est point mon propos, je ne peux que constater qu’Alix Karol s’investissait lui (lui est peut-être de trop ?). Dans des romans peut-être, mais il en parlait quand même ! Et ça dérange. Et le problème n’est toujours pas résolu.

DARD, paire et fils

Retournons, comme le faisait si bien San-Antonio, après ses considérations sur la misère humaine, vers l’humour et réalisons une pirouette. Pour terminer en beauté, je m’apprête à tortiller une vieille Anglaise fripée dont le chapeau représente trois pots de géraniums sur une crêpe au Grand Marnier. Ah, j’ai oublié de vous dire qu’Alix Karol s’exprime à la première personne et que ce passage relate un instantané lors de l’une de ses prestations divinatoires en compagnie de Bis, dans un cabaret de Lima.

Meurt et tais-toi (vous remarquerez tout de suite l’analogie avec Mange et tais-toi, titre de San-Antonio n° 565 de la collection Spécial Police) espionnage 1130, possède un dernier chapitre extrêmement court, le XIVème et dernier pour être précis, puisqu’il ne comporte qu’un mot : FIN. D’abord, pour ceux qui n’auraient pas très bien assimilés la philosophie de S.S.T.M ; (Services Secrets du Tiers Monde), Alix Karol nous en rappelle les principes : Je ne suis ni communiste, ni anticommuniste… Disons que je suis tiers-mondiste. [] Nous nous battons pour que les peuples sous-développés puissent un jour partager le gâteau dont les grands se gobergent.

 

Karolus connaît Ecaterina depuis dix ans, et de temps en temps ils se retrouvent, avec plaisir, et procèdent au simulacre de la reproduction. Ce jour-là, Ecaterina est soucieuse. Elle n’a plus de nouvelles de son frère resté à Bucarest. Alors qu’Alix Karol veut se renseigner auprès de Jacobi, le responsable de la section France, celui-ci l’enjoint à mener une mission périlleuse en Roumanie. Il doit, en compagnie de Bis, procéder à une exécution capitale envers un certain Mihai Silescu, qui n’est autre que le frère d’Ecaterina. Evidemment les deux compères n’auront pas la vie facile de l’autre côté du mur et se trouveront une fois de plus entraînés dans une histoire abracadabrante qui se terminera, je ne vous dis pas comment, à Venise.

Alors que certaines scènes composées d’acteurs masculins et féminins, principalement Karolus ou Bis, décrivant le simulacre de la reproduction étaient particulièrement explicites tout en étant jouissives (ai-je eu raison d’employer ce mot ?), lors des précédents épisodes, en voici une qui s’inscrit directement dans la logique san-antonienne :

Instinctivement nous tendons l’oreille.

Et ça en vaut la peine, car de la cabine d’essayages s’échappe un spectacle auditif d ‘une remarquable qualité.

Il consiste essentiellement en un enchaînement de gémissements aux inflexions sans cesse modulées et émanant d’une jeune créature du sexe féminin – d’après l’organe. Elle semble avoir restreint son vocabulaire à deux simples syllabes : Oh et oui.

Mais il faut entendre comment elle les récite, ses oh oui !

Dans toutes les gammes.

Sur tous les tons.

Seule constante, la musicalité de l’ensemble paraît grimper insensiblement vers les aigus.

  • Oh oui… ooh ouii… ohh ououi… ooohhh ouououiii !!!

Quel dommage que la littérature ne soit pas encore sonorisée ! Quelques lettres sur une feuille blanche ne traduiront jamais le superpied vers lequel s’envole la personne.

Ça chavire brutalement à la frénésie. Le rideau de la cabine est agité comme le drap du fantôme de service.

Seulement c’est léger ce genre d’assemblage. Quatre tringles emboîtées à la sommaire et fichées au sommet de quatre tubulures verticales. Autant dire rien, ou pas grand chose en regard du cyclone qui souffle à l’intérieur.

D’un coup la cabine s’effondre livrant ipso facto le couple effréné à la convoitise publique

Jugeons plutôt !

Bis, cabré en arrière, a plaqué ses épaules et sa tête à la longue chevelure d’or contre la paroi du fond. Son poitrail et son bassin, braqués vers l’avant, se trouvent de ce fait presque horizontaux.

Sa partenaire, elle, est une charmante jeunesse d’une frêle trentaine, bâtie tout en longueur et en finesse. Elle porte le cheveu court, une paire de lunettes à monture dorée et un tailleur de chez Chanel.

Du moins la partie boléro, vu que la jupe traîne à terre à côté d’une robe qu’elle comptait sans doute essayer.

Poussée par un sens délicat de la pudeur, elle a gardé son slip… à la main…

Vous aurez remarqué la finesse, la justesse, la sobriété de ce tableau primesautier et vivant.

 

Ceci m’amène à vous parler un peu plus longuement de Bis. Mais qui d’autre peut mieux le décrire que l’auteur lui-même. Laissons-lui donc le soin de nous le présenter :

Bis possède le génie de l’accoutrement.

On pourrait penser qu’il fait de la provocation. Mais non ! C’est plus simple que ça.

Il aime un certain style d’habillement qui ne cadre pas tout à fait avec la tradition vestimentaire bourgeoise.

Pour l’heure, il arbore un bonnet péruvien aux coloris meurtriers, un pull jacquard avec un maxi col roulé qui lui enchâsse la tronche comme une minerve, un pantalon style knickerbockers dans les mauves gueulards, des bottes de cheval et le fameux manteau.

Imaginons une vieille peau de chèvre mal tannée, foulée durant des heures par des sabots crottés, élimée, effilochée, trouée, frangée, percée de deux orifices ménageant le passage des bras. Le tout pestilentiel comme la ménagerie d’un cirque en faillite.

Qui pourrait penser que sous ces dehors clownesques se cache un être doté d’une rare subtilité ? L’intelligence de Bis est la plus éclectique qu’il m’ait été donné de rencontrer.

Bis parle, outre le Néerlandais qui est sa langue maternelle, une dizaine de langues avec un réel bonheur. De plus son cerveau est très largement ouvert aux choses mathématiques et scientifiques. Plusieurs licences dans des domaines très variés sanctionnent cette universalité d’esprit.

Issu de la grande bourgeoisie d’Amsterdam, Bis est tout naturellement entré dans l’armée à la suite de son père, brillant général d’infanterie et grand résistant de 39-45.

Bis était lieutenant du chiffre lorsqu’il a été contacté par les Services Secrets du Tiers Monde. Comme il ne lui manquait qu’un idéal pour devenir un homme comblé, Bis s’est jeté à corps perdu dans la défense des petits et des opprimés.

Idéal sommaire, peut-être, voire utopiste ; mais idéal qu’il est parvenu à me faire épouser par la suite.

Il en va de son physique comme de son moral : Bis trompe son monde.

Gringalet – un petit mètre soixante-dix pour une petite soixantaine de kilos, tout en os et en cheveux, il est pâle, presque translucide comme les véritables blonds du nord. En dépit de ses trente-deux ans, on le prend souvent pour un adolescent.

Et parfois même pour une adolescente !

Et si vous voulez en savoir plus reportez-vous au roman. Les deux extraits cités ci dessus sont certes un peu long certes mais les connaisseurs apprécieront pour la suavité et la délicatesse qui s’en dégagent. Mais, et c’est là où je voulais en venir (même si je ne le savais pas lorsque je tapais ce texte), Bis n’est pas un Bérurier bis. Il n’a pas été créé comme faire-valoir du personnage principal, même si Béru parfois ne joue plus les rôles secondaires qui lui ont été dévolus à l’origine et tend à prendre une place prépondérante, et ce non pas forcément grâce (ou à cause) de son physique conséquent et à un manque de culture remplacé par une sagesse issue du terroir. Non, Bis est supplanté par l’auteur, lequel est peut-être jaloux, insidieusement, des capacités intellectuelles et physiques (malgré un air de gringalet) de son compagnon. Alix Karol, le rédacteur de ces aventures échevelées, internationales et amoureuses, tire un peu la couverture à lui, ce qui est compréhensible lorsque l’on se met en scène. Ou alors le lecteur crierait au scandale, à la fausse modestie, que sais-je encore. Les mots me manquent tellement je suis outré par les appréciations malveillantes que j’imagine et qui ne seraient pas forcément proférées. Laissez-moi rêver et divaguer. Où en étais-je ? Le moment de placer une citation adéquate :

Je me sens navré comme un type qui a attendu dix ans avant de sauter sa fiancée et qui chope les oreillons la veille des noces.

Et comme je ne suis pas avare, une seconde pour le plaisir :

C’est curieux comme l’homme embarrassé cherche souvent refuge dans la connerie !

DARD, paire et fils

Karolus un peu imbu de lui-même ? Cela lui arrive, quoiqu’il sait aussi reconnaître ses erreurs, ses petits travers, ses défauts, ses gaffes, ses lacunes :

Dans le plus pur style du western-spaghetti, je jongle avec mon revolver, l’expédiant d’une main dans l’autre, puis le fait tourner autour de mon médius et l’inévitable se produit : le pétard m’échappe des doigts et tombe par terre. Il fuse sur le parquet et disparaît sous le lit.

Ou encore :

Sans être particulièrement doué pour les langues, je peux naviguer, sans difficulté, de ma langue maternelle à celle de Shakespeare. A ceci près que si Shakespeare avait causé l’anglais comme moi, il ne serait jamais passé à la postérité !

 

L’épisode suivant, intitulé Garanti sur fracture (Espionnage n° 1148) se déroule en Iran, au temps du Shah. Un Iranien a été arrêté et il révèle à la traductrice un terrible secret si grave qu’elle doit d’abord en référer à son ambassadeur. Alix et Bis ont rendez-vous avec l’un de leur contact qui doit leur donner le contenu de se fameux secret mais l’homme est assassiné. Les révélations de l’Iranien ont été enregistrées sur une cassette mais il leur est impossible de retrouver la bande magnétique. Un envoyé du Shah confirme que celui-ci s’était adressé à la S.S.T.M. désirant connaître les révélations que devait effectuer l’Iranien aux policiers français. Désirant joindre l’utile à l’agréable, cet envoyé propose de déguster une boîte de caviar blanc mais au lieu d’œufs d’esturgeon, le récipient contient les attributs sexuels d’un homme. Et voilà nos deux complices en route pour Bagdad.

Encore une fois Alix Karol joue entre humour et philosophie (de comptoir penseront certains, mais cela ne me chaut guère). Ainsi :

Jeunesse d’aujourd’hui ! ricane-Bis. Jeunesse d’aujourd’hui ! Elle est forcément d’aujourd’hui la jeunesse ! Si elle était d’hier, ça serait de la vieillesse, et si elle était de demain, ça serait des spermatozoïdes !

Je ne vais pas vous abreuver de citations et de descriptions, je pense avoir déjà été assez prolixe mais je tiens toutefois à vous signaler que lors d’une copulation entre Alix et une princesse, leurs ébats sont retransmis via le trou de serrure de la pièce dans laquelle ils batifolent, devant lequel (trou) se sont agglutinés les serviteurs du palais. Mais il ne faut pas croire que notre auteur héros n’est pas insensible à la vue de scènes se déroulant devant ses yeux :

Mon épiderme, qui affiche ordinairement le coloris bronzé des bidets d’hôtel de passe vire au blanc de poulet.

 

DARD, paire et fils

Donc, comme je l’écrivais ci dessus, voir plus haut, je ne vais pas vous bassiner avec l’œuvre complète d’Alix Karol, sauf demande expresse, bien entendu. Voici donc quelques petites notes extraites de Nous avons les moyens de vous faire parler, espionnage 1157, dédié à L’auteur auteur de l’auteur auteur de l’auteur… avec ma tendresse non stop. A.K.

Suit cet avertissement, un peu long, et si vous commencez à fatiguer, vous pouvez le passer, mais ce serait vraiment dommage :

Avis à la copulation ! A l’unanimité de moi-même plus ma voix, j’ai décidé de frapper la seconde partie du présent ouvrage d’une rigoureuse interdiction aux mineurs. Y compris les mineurs de fond, car l’étincelante intelligence de cette œuvre ferait péter le grisou ! Je ne prends bien sûr aucun risque à pratiquer cette autocensure puisque le lecteur qui parcourt ces lignes a déjà acheté le bouquin… Aussi j’annonce la couleur : Rouge ! Rouge sang ! Les sados, les masos, les branlos, les salos, tous les tourmentés de l’hormone vont prendre un méchant panard, j’affirme ! Quant aux autres, les modesty baise, les foutriquets qui crient haro sur le bidet, je les autorise à descendre en marche à la fin de la première partie. Alors on y va ?

Et bien allons-y et pour étoffer cette introduction voyons les intitulés des deux parties :

Des parties comme cette PREMIERE PARTIE vous en avez déjà peut-être déjà vues, mais pas souvent !  Ensuite Des parties comme cette SECONDE PARTIE vous n’en avez jamais vues, ou alors je veux bien être pendu par les C… à un crochet de boucherie !

 

En parlant de boucherie, je ne vous ai pas dit qu’Alix Karol était aussi un épicurien. Il le prouve en dégustant dans un bouchon lyonnais … une salade de pieds de mouton à la crème, un saucisson chaud pistaché, un râble de lapin à la moutarde et une cervelle de canut, le tout noyé du mâcon blanc et de Chiroubles maison. Pour clore ce chapitre, deux petites pensées, sur les enfants et les septuagénaires. Les enfants ne présentent d’intérêt que celui que l’adulte veut bien leur accorder. La haine, la cruauté, le racisme et la veulerie sont profondément ancrés chez l’enfant et, contrairement à ce que l’on pense souvent, tendent à s’estomper avec l’âge. Sauf bien sûr, chez l’adulte non concerné qui se réfugie derrière une autorité suprême. Le plus navrant est, que cette catégorie d’individus se rencontre même au plus haut niveau. Je sais des hommes politiques occupant les tout premiers rangs dont la lâcheté et la soumission n’ont d’égales que la paresse et l’incompétence ! Je connais des septuagénaires aux muscles soigneusement entretenus et au bide plat comme une rédaction de troisième qui font davantage godiller les gonzesses que les jeunes gras-mous aux mentons gigognes qui traînent leur sangle abdominale sur les genoux.

Ouf ! Personne ne se sent concerné et c’est heureux.

 

J’ai omis de vous narrer succinctement cette intrigue, réparons cette lacune sans plus tarder : Envoyés en Savoie, Bis et Alix (et vice versa) attendent un événement. Celui-ci se présente avec la découverte d’un cadavre dans un champ et dans les poches duquel figurent les photos des deux membres des S.S.T.M. sous des noms d’emprunt. Bis est embastillé et le cadavre mis au frais dans une gendarmerie. Alix récupère les deux pour peu de temps. Le cadavre est enfermé dans le coffre d’une voiture qui se volatilise. L’Inca lui confie une mission : convoyer un criminel nazi, Martin Gorman, jusqu’en Espagne. Seulement quelques trublions s’immiscent dans cette histoire : des agents du Shin-Bêt (service secret israélien) plus quelques Teutons, nostalgiques du bon vieux temps ( ! ?).

Je ne peux terminer cet article sans vous allécher avec l’avant-propos qui figure dans l’ouvrage intitulé Objets Violents Non Identifiés, espionnage 1176 :

Parlons-en, puisqu’on en cause.

Les vrais cons, en plus, ils veulent que ça se sache ! Ils aiment se reconnaître entre eux, ils ont besoin de signes de ralliement. Une franc-maconnerie, quoi. Il suffit qu’un important con, dans les colonnes d’un journal, à la radio, à la télévision, ou du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, laisse tomber une redondante expression frappée au coin de la platitude pour que aussitôt tout un chacun la reprenne à l’unisson. La dernière ânerie à la mode consiste à débuter une phrase par un quelconque adverbe suivi du participe présent du verbe “ parler ”. Exemple : quand un type attaque par architecturalement parlant ou énergétiquement parlant, aucun doute à avoir, c’est un con majuscule. Et comme tout con qui se respecte, il manque de confiance en ses moyens de communication. Alors il préfère annoncer la couleur : c’est bien d’énergie ou d’architecture qu’il va être question, pas de topinambours ni de papier-cul. J’ai décidé d’élever cette tournure jusqu’au pinacle de la connerie. Philosophiquement parlant, elle en vaut la peine. Ce qui nous renvoie ipso-facto au livre de San-Antonio, publié en novembre 1973 dans la collection Grands Succès (ou Grands Romans ?) et tout simplement titré : Les Con .

 

DARD, paire et fils

Intrinsèquement parlant, je ne peux qu’opiner du chef avant de vous laisser savourer encore deux ou trois bricoles :

Première partie dans laquelle je ne sais pas encore ce qui va se passer, mais je suis sûr que ce sera très bien.

Ce roman débute par un chapitre Zéro, avec ce petit renvoi : “ Les auteurs avaient pris l’habitude de commencer leurs romans par le chapitre premier. Fini le gaspillage ! En ces temps de restriction, nous débuterons donc la numérotation à zéro.

En conclusion (est-ce nécessaire ?) je laisse les détracteurs soit s’embourber dans leur opinion, soit changer de veste (les moins riches peuvent la retourner) ce que tout un chacun fait lors des variations saisonnières.

Il est amusant de constater (pas forcément pour le portefeuille !) que les ouvrages d’Alix Karol, longtemps boudés par les bouquinistes, deviennent aujourd’hui une denrée à forte valeur inflationniste depuis le départ de Frédéric Dard, les chalands étant appâtés par des bandeaux apposés sur les ouvrages ayant connus de nombreuses manipulations : fils de Frédéric Dard, ou encore fils de San-Antonio. Comme quoi il suffit d’un nom connu pour faire monter une côte qui à l’origine était peut-être sous-évaluée. Mais aujourd’hui j’aurais tendance à dire qu’elle est surévaluée, tout comme les romans de San-Antonio qui sont proposés à la louche sans que le revendeur effectue une différence entre édition originale et rééditions.

L’article « Dard, paire et fils », a paru dans Le Monde de San-Antonio n° 28, printemps 2004, pages 29-33 et Le Monde de San-Antonio n° 30, automne 2004, pages 30-33, et je n’ai procédé qu’à des modifications mineures.

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:22

Comme si cela allait les requinquer...

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts.

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Parfois le chercheur et amateur de littérature populaire est tenté de se fier à sa propre intuition et d'extrapoler des pseudonymes à l'aide de suppositions qui ne sont pas étayées.

Ainsi, longtemps j'ai pensé que ce Luck Surmer pouvait être l'alias de quelqu'un qui résidait sur la côte normande, et plus particulièrement près de la station balnéaire de Luc-sur-mer. Donc pour moi il ne faisait aucun doute que ce ne pouvait être que le pseudonyme de Volkaert, belge vivant en France à Courseulles-sur-Mer et ayant écrit de nombreux ouvrages sous les noms de J.V. Kramer (au Fleuve Noir) puis sous ceux, pour les plus connus, de Luc Bernières et Kurt Gerwitz aux éditions du Gerfaut. D'ailleurs pour Luc Bernières il s'agit justement de l'apposition du nom de deux communes limitrophes de Courseulles-sur-Mer : Luc-sur-Mer et Bernières-sur-Mer.

Or il parait qu'il n'en est rien car selon le forum Littérature Populaire il s'agirait de Lucien André Carton, qui aurait signé Luc Carnot, Cantor pour des romans ou encore Luc Saint-Bert pour des scénarii de bandes dessinées chez Jacquier. Dont acte. Je raye donc ce que j'avais présumé et me fie à un spécialiste en recherches patronymiques.

 

Cela dit et écrit, pensons quand même à présenter, succinctement peut-être, ce roman, narré par un certain Caryl Wild-Killer. Un patronyme qu'il a hérité d'un arrière grand-père ainsi surnommé Tueur Sauvage par des Peaux-Rouges qui voulaient absolument accrocher sa chevelure à l'entrée de leur wigwam et dont la confrontation tourna à l'hécatombe, expédiant les indigènes au Pays des Chasses Eternelles. Petite précision assez longuette et peut-être inutile, alors passons rapidement à la suite.

 

Caryl après des études pour devenir avocat et un passage dans l'armée chez les Marines dans le Pacifique, devenant un tueur légal aux yeux de l'Oncle Sam, est revenu à Los Angeles pour se retrouver les mains vides. Alors comme il ne désire pas devenir truand il décide de frapper, muni de ses certificats de bons et loyaux services militaires, à l'OSS devenue la CIA, et il est embauché. Et c'est ainsi que nous le découvrons à Hong-Kong, sur les quais, poursuivi par une horde de policiers. Il court tant et si bien qu'à un certain moment il bute et lorsqu'il sort de son évanouissement il est face à un Noir, un Nègre est-il précisé dans le roman, assis sur un rouleau de cordages. Bénédict, ainsi se nomme-t-il, lui rend son revolver qu'il avait emprunté tandis que Caryl était dans les vapes et le ramène à quai. Caryl comprend alors qu'il est sur un canot et que c'est ainsi qu'il a pu échapper aux forces de l'ordre.

Caryl et Bénédict deviennent potes, après avoir échangé quelques coups dont ils ne sortent vainqueur ni l'un ni l'autre, l'avantage d'avoir suivi les mêmes entrainements de combat à mains nues, et vont entreprendre ensemble à s'acquitter de la mission dont la CIA a chargé l'agent américain. Bénédict est un bon bougre qui immédiatement accepte la domination de Caryl, qui ne cherche pas pour autant à en profiter. Il lui offre même cinq cents dollars pour bons et loyaux services... à venir.

La veille à Manille, Caryl devait retrouver un agent américain, Bruce Donald, or celui-ci n'a pas daigné se trouver au rendez-vous. A moins qu'il ait eu un empêchement, ce qui ne serait pas impossible. Benedict propose à Caryl de se rendre de l'autre côté de Hong-Kong, à Kowloon, et de prendre une chambre chez Li-Chiang. L'endroit ressemble plus à un bouge qu'à un hôtel quatre étoiles, mais il possède toutefois ses avantages.

Après une nuit tranquille, les deux hommes se rendent à Hong-Kong. Ils ont loué une voiture afin de se déplacer rapidement et Caryl téléphone à l'hôtel où théoriquement Bruce Donald réside, avec une petite idée derrière la tête.

Il précise au réceptionniste qu'un ami Noir se rend à la réception et ce qu'il subodorait se déroule : quatre hommes sortent d'une voiture, s'engouffrent dans l'hôtel et ressortent en tenant fermement Bénédict. Un enlèvement en bonne et due forme. Il suit le véhicule puis parvient à libérer Bénédict emmené sur un canot. Les quatre hommes, qu'il prenait pour des policiers sont des hommes de main. Trois d'entre eux restent sur le carreau et le dernier est habilement interrogé par Benedict, avant de rendre son âme noire au diable. Il a eu le temps de parler avec d'expirer et munis des renseignements Caryl et Benedict se rendent dans une maison isolée, près de Canton. Caryl interrompt un échange charnel entre une jeune femme qui se prénomme Clara et un homme qui ne pourra terminer ce qu'il venait d'entreprendre. Mais Caryl découvre aussi dans un placard, c'est là qu'ils se cachent en général, le cadavre de Douglas. S'ensuit quelques péripéties et aventures périlleuses.

 

Dans tout bon roman policier, la logique veut que l'intrigue repose sur cette affirmation : cherchez la femme. Caryl n'a pas eu besoin de se fouler, la femme est là, dans les bras d'un autre, et elle lui en est reconnaissante jusqu'à un certain point :

- Je ne vous ai enlevé qu'un amant, faites comme vous êtes vous vous en offrirez un autre et...
- Vous trouveriez aimable quelqu'un qui a cassé votre tirelire, vous ?

De l'humour, il y en a, de la violence un peu, mais il faut également se projeter dans le contexte de l'époque et accepter certains mots qui aujourd'hui sont devenus tabous. Par exemple, Caryl, le narrateur et donc par conséquent l'auteur, parle de Nègre, un mot couramment utilisé. Mais il se défend de tout racisme.

Je ne souffre d'aucun préjugé racial et ne nourris nulle rancœur particulière contre les Nègres.
Qu'un homme soit noir, cela me laisse indifférent s'il l'est au naturel. La seule chose qui m'irrite c'est que cette noirceur il la doive au whisky ! A noter que je ne reproche à personne de boire - même du whisky et même du Coca-Cola - et que ce que je ne puis supporter c'est qu'un gars absorbe ainsi qu'une futaille quand il ne contient pas plus qu'une cuiller à café !

Quand à l'histoire en elle même, on ne sait pas trop ce qui amène Caryl à Hong-Kong et s'il a réussi sa mission, mais ça c'est une autre histoire.

Annoncé comme un roman d'espionnage, ce livre relève plus du roman d'aventures même si le héros principal qui est le narrateur, appartient à la CIA.

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts. Collection Le Verdict N°1. Editions Presses de la Renaissance. 3e trimestre 1960. 256 pages.

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