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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 07:50

Mais j´entends siffler le train,

Mais j´entends siffler le train,

Que c´est triste un train qui siffle dans le soir...

Sylvie MILLER : Satinka.

Du plus loin qu’elle se souvienne, Jenny Boyd a été confrontée à des visions nocturnes. Des trains emplissent ses rêves, des images sonorisées. Mais pas n’importe quels trains. Ceux de la Transcontinentale dont la ligne ferroviaire fut construite entre 1863 et 1869 avec comme main d’œuvre de nombreux immigrés chinois.

Et le matin, elle est la proie d’une migraine tenace. Elle s’en était ouverte à sa mère qui avait balayé d’un revers de manche ses déclarations. Elle voulait une fille normale. Alors Jenny s’était réfugiée auprès de son ami d’école, Mike, qui avait compati sans pouvoir lui apporter de réconfort réel, sauf celui de son écoute et de son affection.

Les années ont passé. Et en ce mois de juillet 2016, alors qu’elle a arrêté ses études au grand dam de sa mère et qu’elle travaille comme serveuse dans un bar à Colfax en Californie, les visions se font de plus en plus prégnantes. Au point de découvrir que durant la nuit elle a saigné du nez. Et ces visions ne se produisent plus uniquement la nuit, mais aussi le jour, dans certaines circonstances.

Pour ses vingt ans, elle revient à Dutch Flat, où elle a passé sa jeunesse. Elle n’est pas enchantée mais c’est un jour spécial. Parmi les nombreux invités, surtout la famille du côté de son père car personne n’est présent du côté de sa mère, elle retrouve avec plaisir son ami Mike qui a pensé à elle. Il lui offre une petite boite dans laquelle a été déposé un boulon datant de 1865 et provenant d’un chantier de la Central Pacific Railroad. Mike a acheté ce présent chez un vieil antiquaire chinois dont l’ancêtre, Wing On Wo, avait été ouvrier et médecin herboriste sur le site de construction et qui avait vécu dans le quartier chinois de Dutch Flat. Mais dès qu’elle touche l’objet, à nouveau elle est la proie d’une vision qui la met en syncope.

Mike la reconduit à Colfast et lui propose de rencontrer l’antiquaire. Celui-ci est obligé de s’absenter mais son petit-fils leur remet une malle-cabine contenant de nombreux objets d’origine chinoise et Yani, une peuplade d’Amérindiens qui vivaient dans la Sierra Nevada. Le jeune homme avait pour mission de remettre un jour cette malle à une jeune fille brune au teint mat. Pour lui, il est évident que Jenny en est la destinataire. Mike connait des personnes qui seraient intéressées par ces objets anciens et historiques. Ils se rendent tous deux à l’université de Stanford, où Mike effectue ses études, et effectivement les professeurs contactés aimeraient pouvoir en disposer. Ce que refuse Jenny qui les ramène chez elle. Mais elle cache certaines de ces reliques, une initiative Heureuse, car pendant son absence son studio est visité et dévasté.

Parmi ce qui pourrait ressembler à un fatras, Jenny et Mike ont également découvert un médaillon représentant un trèfle et des photographies. L’une des personnes figurant sur ces clichés ressemble étonnamment à la jeune fille.

 

Sylvie MILLER : Satinka.

Ce récit pourrait n’être qu’une simple histoire teintée de fantastique, un peu comme Richard Matheson ou Jonathan Carroll en ont écrit avec un petit côté Ma sorcière bien aimée. Mais c’est beaucoup plus profond. Un suspense teinté de fantastique tournant autour de la magie. Une situation en apparence normale mais qui perd le contrôle de la réalité. Le lecteur, alors, retrouve par ce jeu certaines des peurs ancestrales de l’humanité telles que la folie, l’abandon, la mort, la solitude. Ici, il s’agit d’une conjonction entre deux époques qui possèdent des points communs, et ancrés dans l’histoire des États-Unis et plus particulièrement de la Californie.

En 1857, le jeune Harmon Augustus Good, dit Hi Good, est content. Enfin il a atteint l’âge et possède l’argent nécessaire pour acquérir une centaine d’acres de terre californienne. Il doit satisfaire quelques obligations qui ne relèvent pas des travaux d’Hercule. Il construit donc une cabane et élève quelques têtes de bétail tout en cultivant ses plans de légumes. Seulement ces terres ont été confisquées aux Amérindiens de la tribu des Yahi, ce qui engendre de leur part une vengeance sanguinaire. Les renégats, ainsi surnommés, se sont réfugiés dans Mill Creek et descendent parfois dans la vallée afin de se procurer des vivres indispensables à leur survie. Mais une partie de la tribu, les Yanas, se conduisent en pacifistes, pourtant ils seront eux aussi traqués.

Des colons irlandais, chassés de leur terre natale par la famine, traversent les Etats-Unis en convoi. Leur but, la terre promise californienne et peut-être des mines d’or. En cours de route des divergences s’élèvent, mais ils continuent toutefois leur pérégrination, malgré le froid, la rudesse du terrain, affrontant les pires dangers dans la chaîne des Rocheuses et la Sierra Nevada.

Et durant les années 1860, partant de Sacramento, des milliers de Chinois construisent la ligne ferroviaire de la Transcontinentale. Ils sont traités en esclaves par des contremaîtres sans pitié. Ils s’organisent et parmi eux des hommes médecins pallient aux bobos divers, blessures provoquées par des accidents de travail ou aux inévitables problèmes de cohabitation ou de nutrition.

Un roman qui insiste sur les difficultés d’intégration des migrants, de leurs dissensions entre extrémistes et modérés tolérants, des conditions de vie et du quotidien des Chinois expatriés et exploités, du génocide envers des populations locales qui ne demandaient qu’à vivre sur leurs terres. Une leçon d’humanisme en tout point exemplaire mais qui n’oublie pas la magie, un don utilisé par les Amérindiens, les Chinois ou les Irlandais, pas tous, magie exercée pour se dépatouiller de situations périlleuses mais pas que.

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Il s’agit d’une parabole sur le courage et la volonté de vouloir, de pouvoir, de réaliser ce qui semble insurmontable, de se transcender. Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un gémir Je n’y arrive pas… et qui grâce à l’effort, par la volonté de réussir, par les encouragements aussi, parvient à surmonter les épreuves. Quelles soient physiques, mentales, psychologiques, corporelles. Mais c’est aussi la parabole sur l’intégration, sur les bienfaits d’une mixité ethnique, raciale, culturelle, mais je n’en dis pas plus.

Certains personnages ont réellement existé, Alexander Gardner, photographe par exemple. Quant aux faits historiques concernant la construction de la ligne ferroviaire Transcontinentale, ils ont fait l’objet de nombreux articles.

Un roman construit façon mille-feuilles, normal pour un roman de cinq-cents pages, appétissant et qui garde tout au long de la dégustation une saveur exquise. Si l’histoire de Jenny pourrait constituer la pâte feuilletée, croustillante, ce qui sert de crème est tout aussi goûtu. Les différentes époques s’entremêlent, puis convergent, et mon tout est hybride sans pour autant se montrer hétéroclite ou saccadé dans la narration. Bientôt la pâte feuilletée absorbe la crème et mon tout ne fait plus qu’un.

Il ne faut pas se fier à l’emballage, paraît-il. Pour une fois le contenant et le contenu sont d’égale valeur. L’ouvrage possède une couverture cartonnée rigide, avec une illustration de Xavier Colette, un dos toilé, et rien qu’à le voir on a envie d’ouvrir le livre.

Au fait, madame Sylvie Miller, à quand le prochain opus de Lasser détective des dieux ? Seriez-vous fâchée avec votre complice Philippe Ward ? Allez, un petit effort, un peu de volonté, une once de magie, cela devrait le faire.

 

Vous pouvez également retrouver les chroniques concernant la série Lasser détective des dieux ci-après :

Et pour finir :

Sylvie MILLER : Satinka. Collection Fantasy. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 516 pages. 25,00€.

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 08:37

Comme on fait son lit, on se couche. Il parait !

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer.

Mais ce n’est pas dans les habitudes du capitaine Johny Sopper, agent du gouvernement, qui en ce mois de novembre se sent perdu dans New-York. Il a plus l’habitude de parcourir les plaines de l’Alabama que parcourir les rues d’une ville dont les habitants résident dans des immeubles de six étages.

Avec le sergent Steve, il doit réceptionner un professeur en provenance de Paris et le conduire à Washington. Seulement il a la désagréable impression, ressentie pareillement par Steve, d’être suivi au cours de ses déambulations sur le port. D’ailleurs il fait sensation auprès des gamins, habillé avec sa veste en pécari, ses culottes de cheval, ses bottes noires et son feutre à larges bords.

Enfin ils récupèrent le voyageur, un nommé Adalbert Durandal, du Musée d’Histoire de Paris. Des chambres d’hôtel sont réservées aux trois hommes en attendant de joindre Washington. Durandal confie qu’il doit remettre des documents, soigneusement gardée dans un portefeuille rouge, concernant des trésors qui auraient été enfouis par les premiers migrants, dont notamment au lac Erié, sur une île. Mais à cet hôtel s’est installée également une jeune femme, une Française selon le directeur, Jeanne Berry.

Alors que Johny Sopper avait prévu une soirée au théâtre, Durandal annonce qu’il se sent quelque peu malade. Il préfère rester dans sa chambre qu’il boucle à double tour. Au retour de leur sortie, Sopper et le sergent Steve s’aperçoivent que la porte n’est plus fermée et que Durandal a disparu. Les événements se précipitent.

Les deux hommes partent à la recherche du professeur, chacun de leur côté, et le lendemain, un cadavre est découvert sur les rails. Il s’agit probablement de Steve car l’inconnu porte ses bottes et sa montre. Jeanne Berry a quitté l’hôtel, direction Saratoga selon le directeur de l’établissement. Mais Sopper apprend qu’en réalité elle a pris le train pour Albany. Le directeur de l’hôtel est assassiné et le portier est trop serviable pour être honnête.

Sopper, après déjà avoir été agressé et assommé, part pour Albany et retrouve inopinément Steve qui n’était pas mort. Ils apprennent que Jeanne Berry voyage en compagnie de son frère et d’un homme qui ressemble fort à Durandal. Puis c’est la suite du voyage vers le lac Erié.

 

Johny Sopper échappe à de multiples dangers dont, dans le désordre, un affrontement homérique avec un grizzli, des agressions avec des individus particulièrement belliqueux, à quelques noyades et un plongeon dans les chutes du Niagara, des bagarres avec des Comanches, puis des coups de feu, des rencontres inopinées avec des gourdins, de quoi démontrer sa force herculéenne mais également qu’il n’est pas à l’abri d’interventions musclées, aidé dans tous ses démêlés par la présence opportune de Comanches, une autre tribu que la précédente, puis de Cheyennes qui pensent le délivrer, les deux peuples ne s’appréciant guère.

Mais si les « Indiens » ne sont pas toujours montrés sous un jour favorable, il existe un code de l’honneur que ne pratiquent pas en général les Blancs. Ils ne peuvent pas tuer un homme qu’ils sont sauvé d’un péril. Celui que nous avons sauvé est des nôtres, affirme ainsi Tête d’Or le chef Cheyenne. D’ailleurs Johny Sopper, s’il ne pratique pas la langue française, comme on le constate au début du récit, s’exprime aisément en langue comanche ou cheyenne, ce qui est quand même un avantage dans certaines situations.

Un roman qui privilégie l’action au détriment des longues narrations descriptives des lieux et des personnages. Pas le temps pour le lecteur de s’ennuyer, de reprendre son souffle, son seul souci étant de tourner les pages afin de connaître la fin de cette intrigue très mouvementée. Johny Sopper encaisse, et donne, de nombreux coups, comme dans les scènes de bagarre au cinéma, au cours desquelles chaque protagoniste se rue contre son adversaire sans jamais ressentir le moindre mal ou presque.

 

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer. Collection Western N°8. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1953. 192 pages.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 08:12

Maman vient de terminer
L'histoire de cow-boy Johny …

La collection WESTERN du Fleuve Noir.

Cette collection, sous-titrée Aventures et Bagarres de Johny Sopper, s’inscrit dans une mode cinématographique alors florissante, le Western.

Contrairement à d’autres collections concurrentes elle ne rencontra pas le succès espéré. Peut-être parce que vouée quasi en exclusivité à un auteur et à un héros récurrent, elle ne sut pas se renouveler ou s’adapter à de véritables actions de western.

Le cinéma de western connaissait ses plus beaux jours et la prolifération des bandes dessinées petit format (Kit Carson, Hopalong Cassidy…) et des fascicules romans-photos adaptés des films détournèrent peut-être aussi les lecteurs potentiels de cette série qui débuta en 1952 pour mourir en 1954.

L’auteur principal Johny Sopper n’était autre José-André Lacour qui signa dans les différentes collections du Fleuve Noir sous les pseudonymes de Benoît Becker (pour certains ouvrages de la collection Angoisse), Marc Avril (Espionnage) ou Christopher Stork (Anticipation) en collaboration avec Stéphane Jourat. Seul il fut également Connie O’Hara pour le fameux Clayton’s collège. Sous son nom on retiendra L’année du bac (pièce de théâtre) en 1958, et Le rire de Caïn en 1980. Mais participa également à l’aventure Eugène Maréchal, un auteur et éditeur belge, qui apporta à Armand de Caro, l’un des fondateurs du Fleuve Noir, quelques auteurs qu’il avait déjà publié ou dont il connaissait les qualités d’écriture. Et l’on se rend compte de l’apport de l’un et de l’autre dans les aventures de Johny Sopper, le style étant différent parfois entre deux ouvrages, voire deux chapitres.

A noter que le dernier roman de cette collection serait une traduction de l’Américain par Gertie Colin.

Or l’épouse J-.A. Lacour s’appelait Gertie Colin et était romancière. Pour certains, il se pourrait donc que Cole Laramee soit J.-A. Lacour ou une œuvre de Gertie Colin qui dans ce cas aurait pu signer également au Fleuve Noir sous le nom de Lise Lacour.

Autre piste selon littérature populaire Cole Laramée, ou plutôt Cole LARAMEE. Il semble que ce dernier ait fini par livrer son secret: il ne s'agit pas, comme certains le suspectaient, d'un alias de J.A Lacour, ni de sa femme, mais de l'écrivain anglais Leonard Gribble, mieux connu des amateurs de romans policiers! (d'après la Bibliothèque du Congrès américaine, mais non confirmé par les ouvrages de référence anglo-saxons, notamment le bien informé TCCMW).

 

Dans le recueil de la collection Superpoche, publié en juin 1995, comprenant quatre romans de la collection Angoisse signés Benoît Becker, José-André Lacour précise dans sa préface :

Sans doute le western n’est-il pas fait pour la France qui est un pays trop petit pour cela. En conséquence, Johnny Sopper ne fit pas la fortune de Johnny Sopper, qui descendit de son cheval.

On remarquera au passage que Johny devient Johnny…

 

En quatrième de couverture du N°4, Johny chasse l’homme, le héros est ainsi présenté :

Avec le prestigieux Johny Sopper, les lecteurs de notre collection Western vont vivre des épopées exaltantes et suivront à la trace des hommes farouches qui n’ont peur de rien, qui aiment la bagarre et les ardentes chevauchées dans un décor de plaine immense, de vaste ciel et où le souffle héroïque et vivifiant des luttes, de la force, de la ruse et du courage sont indispensables.

 

Et effectivement Johny Sopper, dont le lieu de naissance diffère selon les romans, ce qui conforte l’idée qu’en réalité plusieurs auteurs se sont attelés à la tâche de l’écriture de ses aventures, n’a peur de rien, ni de personne, se battant comme un lion, n’abandonnant jamais la partie, et triomphant toujours, malgré les nombreuses scènes au cours desquelles il est vaincu par des quidams qui en veulent à sa vie. Mais il s’en sort toujours, seul ou avec l’aide de protagonistes arrivant fort opportunément.

 

Les couvertures sont signées Gourdon.

1 - Sopper Johny : Johny prends ton colt [1952]

2 - Sopper Johny : Johny et le démon blanc [3/52]

3 - Sopper Johny : Johny dans l'Arizona [1952]

4 - Sopper Johny : Johny chasse l'homme [1952]

5 - Sopper Johny : Johny règle un compte [1953]

6 - Sopper Johny : Johny et les pirates noirs [1953]

7 - Sopper Johny : Johny a disparu [1953]

8 - Sopper Johny : Johny et le lit de l'enfer [2/53]

9 - Sopper Johny : Johny et les esclaves blanches [1953]

10 - Sopper Johny : Johny et le tueur sans visage [1953]

11 - Sopper Johny : Johny joue avec la mort [1953]

12 - Sopper Johny : Johny et le garçon sauvage [1953]

13 - Sopper Johny : Johny casse le calumet [3/53]

14 - Sopper Johny : Les sioux voient dans la nuit [1953]

15 - Sopper Johny : L'agonie de Fort Anaconda [3/53]

16 - Sopper Johny : Piste de la tragédie [1953]

17 - Sopper Johny : Le poteau de torture [1953]

18 - Sopper Johny : Les pendus du Nevada [1/54]

19 - Sopper Johny : L'indienne captive [1/54]

20 - Sopper Johny : Massacre des pionniers [2/54]

21 - River J.S. : La diligence des maudits [2/54]

22 - Sopper Johny : Le fusil de l'homme mort [2/54]

23 - Laramee Cole : Frontière de la mort [3/54]

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Published by Oncle Paul - dans Collections Roman Western
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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 13:54

S'il est invisible, c'est quoi sa couleur ?

Pierre PELOT : La couleur de Dieu.

Même s'il savait ce qu'il allait découvrir, Dylan Stark ne peut s'empêcher d'éprouver une vive émotion en revenant au pays, à la ferme familiale. Ou ce qu'il en reste.

Il était parti, enrôlé malgré lui dans les rangs sudistes, et son retour à Jaspero, Arkansas, ne signifie pas les retrouvailles du fils prodigue. La ferme a été incendiée, ses parents sont décédés, et son jeune frère a disparu. Mais ce ne sont pas les soldats nordistes, même s'ils patrouillent encore dans la région, qui sont à l'origine de cette destruction.

Son arrivée à Jaspero ne passe pas inaperçue. Personne ne l'attend, lui ce fils de métis Cherokee, un Bois-Brûlé comme ont l'habitude de les surnommer les Sudistes ancrés dans un racisme primaire. Mais il sait qu'il doit accomplir une mission : retrouver ceux qui ont dénoncé ou massacré ses parents.

A Jaspero, l'instituteur Dashiell Manton songe. Depuis un mois il a accueilli un élève noir dans l'unique classe du village. Mais les habitants sont furieux et ont même décidés de retirer leurs gamins de l'école si Lincoln Sodom continue à fréquenter l'établissement. Le vieux Rakaël, son seul ami, lui apprend que Dylan est de retour. Manton est effondré et soupire. Dylan, l'ami et le condisciple lorsqu'ils étaient gamins.

Dylan se présente chez Manton, ne sachant où aller et pensant à juste titre qu'il y sera bien reçu. Il est étonné toutefois d'apprendre que son ami est marié, avec Lilith, celle qui partageait leurs jeux lorsqu'ils étaient gamins. Les seuls avec Rakaël qui se réjouissent de retrouver Dylan tout en ayant peur pour lui.

 

Car en ville, dans une pièce du saloon Beckett, des hommes, des scélérats discutent, surveillant l'arrivée de Dylan qui franchit la porte de l'école. Ils n'ont pas spécialement peur, quoi que l'un d'eux redoute ce retour. Il sait que Dylan va chercher à se venger. Les Stark ont été abattus par des guérilleros, la version officielle, mais les assassins ne sont pas venus uniquement pour le plaisir.

Le maire, Lovedown, suivi comme son ombre par le shérif, n'en a cure du retour de Dylan Stark. Pour l'heure, seule l'affaire Lincoln Sodom l'énerve, l'exaspère. Un Noir dans une école réservée aux Blancs, c'est inadmissible. D'ailleurs les parents n'osent plus envoyer leurs gamins étudier.

 

C'est dans ce contexte délétère sur fond de racisme que Dylan Stark va se battre, moralement et physiquement sur plusieurs fronts. Retrouver ceux qui sont à l'origine du meurtre de sa famille, mais également aider les parents du petit Lincoln. Le gamin ne comprend pas ce qui lui arrive, lui qui ne demande qu'à apprendre à lire et à compter.

Les habitants de Jaspero sont en majorité des racistes qui n'acceptent pas que les Noirs puissent jouir des mêmes avantages que les Blancs, si l'éducation peut être considéré comme un avantage. Et le maire, homme tout puissant du village, riche et méprisant, va devoir subir la colère de Dylan Stark. Mais celui-ci, de même que Rakaël, est confronté à la vindicte des scélérats et les coups de fouet, une arme dont le vieil homme s'est fait une spécialité, sont un moyen dérisoire pour se défendre contre les armes à feu.

 

En cette année 1865, la guerre de Sécession a cessé, c'est sûr, mais pour autant les mentalités n'ont pas changé. Au contraire, il semble que le racisme, l'acrimonie envers les Noirs, se sont renforcés avec la défaite devant les Nordistes. Et cent ans plus tard, lors de l'écriture du roman, Pierre Pelot ne racontait pas une histoire qui se terminait, mais bien qui se prolongeait et se prolonge encore à cause de l'imbécilité des hommes et de leur supposée prépondérance naturelle envers ceux qui ne sont pas de la même couleur de peau qu'eux. Pourtant, qui peut dire quelle est la couleur de peau de Dieu ?

Bizarrement, en lisant la description des paysages peints par Pierre Pelot, j'ai eu l'impression diffuse que l'auteur était assis devant sa fenêtre et s'inspirait du décor qu'il avait devant lui.

Ce roman est destiné pour tous, à partir de onze ans affirme l'éditeur. Je suis sceptique, même si l'intention est bonne. Je ne sais pas si à onze ans, on comprend toutes les subtilités, les messages que désirait faire passer Pierre Pelot. Il est vrai qu'en 1967 ou encore en 1980, le contexte n'était pas le même qu'aujourd'hui. Les enfants lisaient plus et n'étaient pas saturés par les jeux vidéos et les violences, et donc étaient plus réceptifs à ce genre de lecture. Mais ce n'est que mon avis, et je pencherai plutôt pour une lecture à partir de quatorze ans.

 

Merci à Serge, qui m'a offert ce livre et qui se reconnaîtra.

Première édition Marabout. 1967.

Première édition Marabout. 1967.

Réédition Lefrancq. 1997.

Réédition Lefrancq. 1997.

Réédition Le Navire en pleine ville. 2006.

Réédition Le Navire en pleine ville. 2006.

Réédition Bragelonne. Version numérique. Février 2014.

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