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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 08:29

Fais comme l'oiseau

Ça vit d'air pur et d'eau fraîche, un oiseau

D'un peu de chasse et de pêche, un oiseau

Mais jamais rien ne l'empêche, l'oiseau, d'aller plus haut…

Bill MOODY : Bird est vivant !

Après de nombreuses semaines de travail, d’abnégation, de courage, de persévérance, le pianiste de jazz Evan Horne parvient à retrouver l’usage de sa main, un handicap occasionné lors d’un accident de voiture, et comble du bonheur à jouer en compagnie de ses deux amis musiciens au club Jazz Bakery.

Une prestation qui se solde par des retrouvailles avec le public qui augure d’un avenir prometteur. D’autant plus que le directeur d’une petite mais prometteuse maison de disques lui propose d’effectuer des enregistrements en compagnie de ses deux musiciens, contrebassiste et batteur.

Parmi le public son ami le lieutenant Cooper de la police de Los Angeles, et Natalie sa petite amie depuis deux ans. Cooper est obligé de quitter précipitamment le spectacle, et peu appelle Evan. Un musicien de jazz, le célèbre saxophoniste Ty Rodman vient d’être découvert assassiné de plusieurs coups de couteau, dans sa loge après un concert. Evan n’est guère enthousiaste à se rendre sur place mais n’écoutant que son amitié il rejoint Cooper.

Sur le miroir qui sert au maquillage, deux lettres écrites avec le sang de la victime : Bird Lives ! Bird est vivant, comme les inscriptions qui avaient fleuri sur les murs de Greenwich Village, le jour du décès de Charlie Parker, le 12 mars 1955. Le lecteur de CD jouait en boucle Now’s the time, un blues signé Parker. L’instrument de Rodman a été fracassé, et dans l’étui Evan découvre une plume blanche. Rodman a été assassiné le jour anniversaire de la mort de Bird.

Evan est happé dans l’engrenage de l’enquête, car le FBI est sur le coup. Deux autres meurtres ont été répertoriés à New-York, deux saxophonistes tués selon les mêmes procédés et mises en scène, à des dates commémoratives. Evan doit donc collaborer avec les agents fédéraux, dont Andrea, une promiscuité que n’apprécie guère Natalie. Un autre saxophoniste est assassiné selon le même scénario, et le meurtrier, pardon, la meurtrière contacte par téléphone Evan, lui enjoignant d’enquêter sur le suicide supposé de son frère Greg, saxophoniste lui aussi.

 

Bill Moody, qui n’est pas apparenté au saxophoniste James Moody, est lui-même un batteur de jazz reconnu, ayant joué dans le Dick Conte quartet ou avec le Susan Sutton trio, se meut avec aisance dans le milieu du jazz et ses références musicales sont évidemment nombreuses et issues d’expériences personnelles et professionnelles, restant toutefois dans un genre pas forcément commercial.

D’ailleurs l’un des protagonistes de son roman, mais n’est-ce pas Bill Moody qui se sert de son personnage pour clamer son rejet du jazz-rock, du jazz-fusion, du smooth jazz et autres dérivés, articulés autour de l’un des chantres de cette forme musicale qu’est Kenny G. alias Kenneth Gorelick qui a accompagné notamment Whitney Houston, Natalie Cole et Aretha Franklin, déclare : « Ils ne méritent pas de vivre, tu ne comprends pas ? Ils bafouent la mémoire de Bird, de Dizzy et de Miles, ces prétendus jazzmen ! Nous infliger cette soupe électronique, cette sous-merde insipide qu’ils osent appeler du jazz… ! ». La messe est dite !

Et en parlant de messe, Bill Moody nous emmène à San Francisco sur les traces d’Evan Horne, visiter l’église de Saint John Coltrane.

Avouons tout de suite que ce roman, ode au jazz de Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Monk et Miles, pêche parfois par quelques longueurs, quelques langueurs, et que les motivations de la meurtrière sont minces sauf que, parfois il ne faut pas méjuger ce qui mène quelqu’un à supprimer son prochain :

« Il faut tout de même avoir une sérieuse case vide, pour commettre quatre meurtres à cause d’une simple divergence musicale ». Il n’empêche que ce roman résolument jazz qui confronte classiques aux modernes offre un épilogue musical enlevé.

Bill MOODY : Bird est vivant ! (Bird lives – 1998. Traduction Stéphan Carn). Collection Rivages/Noir N°768. Parution mars 2010. 384 pages. 9,65€.

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 09:44

Toute la musique que j'aime, elle vient de là elle vient du blues...

Doug ALLYN : Juke-box Cadillac.

Motown est le nom d’un célèbre label de disques de chanteurs de soul et de blues, mais c’est également le surnom de Détroit, la cité de l’automobile.

Si Tommy DeMeo est devenu un délinquant, peut-être est-ce la faute de sa mère. Peut-être en possédait-il les gènes aussi. Car son père, Bello, était le complice de Moishe Abrams, qui possède des juke-boxes et rackette pour le compte d’un capo de la Mafia dans le quartier noir de Motown. Son père est décédé alors qu’il était jeune. Il ne l’a pas connu et a été élevé par sa mère, qui récoltait les hommes, en pressait le jus mais ne savait pas les garder.

Le drame a éclaté lorsqu’il surprend l’adjoint du shérif, Wes McKinney, en train de tabasser sa mère. S’emparant d’une batte de base-ball, il lui fracasse le poignet alors que l’homme est en train de se rafraîchir, et peut-être raconter ses exploits dans un bar. Bénéfice net pour Tommy, qui n’a que seize ans, un an de prison. Mais ses codétenus apprécient la chair fraîche et de nouveau il doit se rebeller afin d’éviter de subir des outrages sexuels. Ce qui lui joue bien évidemment un mauvais tour.

A sa sortie de prison il part pour le Sud chez son grand-père fermier. Passionné par les véhicules automobiles, il cumule le travail à la ferme et un emploi chez un garagiste local. Mais il est mal vu par les autochtones et pour s’affirmer il entre dans un club de boxe où il apprend les rudiments du noble art. Ses poings lui servent souvent à se faire respecter, jusqu’au jour où son grand-père est victime d’un accident cardiaque. Le shérif local et le pasteur, qui est aussi banquier, lui démontrent que la ferme leur appartient pour la fallacieuse raison d’un arriéré d’impôts fonciers, et qu’il n’a plus qu’à dégager. Retour pour Tommy à la case départ, c’est-à-dire Détroit.

Il est engagé par Moishe Abrams pour l’aider à récolter les enveloppes que lui doivent commerçants et autres, seulement l’affaire tourne mal auprès d’un chanteur guitariste de blues dans le quartier noir, Maurice Walker surnommé Mojo. Mojo se défend à l’arme blanche, Tommy est légèrement blessé, Moishe plus sérieusement atteint tandis que Mojo est bon pour le cimetière qui ne sera autre qu’un marécage, son véhicule servant de linceul. Tandis que Moishe se remet lentement à l’hôpital, Tommy s’installe dans le bureau minable de son mentor et prend la relève en tant que facteur, mais au lieu de distribuer les enveloppes, il les récolte.

Il lui faut parfois user d’arguments frappants, et dans un bar où il attendu comme un chien dans un jeu de quilles il est obligé de défendre sa peau laissant sur le sol quelques cadavres. Et il sait que McKinney guette la moindre occasion de se venger. Il possède deux passions, les belles et grosses voitures américaines, et ses connaissances acquises dans le Sud lui permettent parfois d’en emprunter au nez et à la barbe de leurs propriétaires légitimes, ainsi que la musique. Pas n’importe quoi comme musique. S’il a une coiffure à la Elvis, c’est parce que c’est la mode, mais le blues le fait chavirer, lui petit blanc d’origine italienne. Et lorsque la possibilité lui est offerte de s’offrir le studio d’enregistrement de Mojo, qui à cause de son décès n’a pas pu régler sa dette, il nage dans le bonheur.

Et comme Moishe possède plus de trois cents juke-boxes disséminés dans divers bars et clubs, il accepte, après mûre réflexion, la proposition de Léo Brown.

La plupart des musiciens noirs sont dépendants des studios d’enregistrements officiels, mais il n’existe que de trop rares stations de radio qui diffusent leur musique. Aussi, puisque maintenant Tommy possède un studio, celui de Mojo qu’il a récupéré, il n’y a qu’à presser des vinyles et en inonder les juke-boxes, avec des programmations qui permettront, par des passages en boucle, de mettre en valeur la production de musiciens noirs. Enfin, il est subjugué par Martika, la belle secrétaire du studio, une jeune femme volontaire à la tête sur les épaules. Cette double passion musicale va-t-elle l’inciter à sortir de l’ornière dans laquelle il semble s’enfoncer irrémédiablement ? D’autant qu’il doit se plier aux exigences de l’employeur de Moishe, devenu le sien, et de ses hommes de main.

 

Ecrit parfois à coups de serpe, ce roman qui ressemble à une biographie, est placé sous le signe du blues et du soul. D’ailleurs y sont évoqués des musiciens et interprètes tels que Bo Didley, John Lee Hooker, Dinah Washington, les Shirelles, Sam Cooke, Lightning Slim et bien d’autres qui évoluèrent aussi dans le rock, celui des origines. Un roman qui me fait penser, par les thèmes traités, à Willy Mélodia d’Alfio Caruso ou à des auteurs de romans noirs comme Marvin H. Albert alias Tony Rome et Nick Quarry. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne possède pas sa propre atmosphère, au contraire. La plongée dans l’univers musical, auréolé du prestige de la Motown, la présence de musiciens qui ont fait la réputation du label, imprègnent ce roman qui se lit avec une petit pointe de nostalgie.

Un auteur que je découvre et que j’aurai plaisir à retrouver.

Enfin, petite précision, à ne pas confondre avec Cadillac Juke-box de James Lee Burke.

Doug ALLYN : Juke-box Cadillac. traduction de Fabienne Duvigneau. Collection Rivages/Thriller. Editions Rivages. Parution 13 octobre 2010. 400 pages. 22,00€.

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 08:42

Et si Django Reinhardt n’avait pas succombé à une congestion cérébrale le 16 mai 1953 ?

Patrick WILLIAMS : Les quatre vies posthumes de Django Reinhardt.

Partant de ce postulat Patrick Williams, éminent connaisseur du guitariste, imagine, en empruntant trois identités, quatre chemins parcourus par Django, quatre destins vécus par le musicien sorti du coma.

Dans cette première vie, relatée par un journaliste du nom de Guy Leclère, intitulée Sensationnel ! Un concert de Django Reinhardt et Thelonius Monk en duo, le 16 mai 1973 Django se tue dans un accident de la route entre Fontainebleau et Paris. Ce journaliste est chargé d’écrire l’article nécrologique et c’est pour lui l’occasion de revenir sur les deux journées qu’il a partagées avec le Gitan quelques années auparavant. Deux jours composés de déambulations dans le 18ème arrondissement parisien, en évitant toutefois certaines rues, certains quartiers, revisitant les lieux où Django aime manger, boire, jouer. Il va s’infiltrer dans des clubs de jazz en compagnie du musicien, prendre le train pour Samois, l’une des résidences de Django, et l’écouter parler, de Bud Powell, de sa conception de la musique, de l’improvisation, de Bud Powell, des artistes avec lesquels il a joué et enregistré des faces mémorables, de Bud Powell, de son concert programmé avec Monk, de Bud Powell qui inlassablement revient comme une antienne, comme une fixation, un refrain entre deux couplets plus ou moins longs.

A signaler qu’une discographie posthume est recensée, comprenant des enregistrements effectués en compagnie de Mary-Lou Williams, Gerry Mulligan, Henri Crolla, Dizzy Gillespie, Benny Golson, Donald Byrd, Ben Webster ou encore le trio Arvanitas. Que de disques perdus dans la nature !...

 

Dans A room with a view, 43e étage, James D. Cszernynk, critique littéraire nous entraîne à New York sur les traces de Django et de sa femme Naguine dans Manhattan où le guitariste s’est installé après sa sortie du coma. Il vit dans un grand appartement dont les murs sont remplacés par d’immenses baies vitrées et il peut ainsi voir la Grosse Pomme quasiment à 360 degrés. Le plus surprenant n’est pas son insouciance légendaire, ses flâneries dans le quartier, mais bien qu’il se soit reconverti, avec succès, dans la musique électro-acoustique. Une hérésie, peut-être, pourtant le succès discographique est au rendez-vous. Il décède le 23 avril 1983, paisiblement endormi dans son fauteuil préféré, face à l’ouest, rêvant, méditant, contemplant le décor, une ouverture sur l’espace, la liberté.

Laissons les grincheux (de moins en moins nombreux) se lamenter en rappelant que le succès n’est pas obligatoirement synonyme de qualité – il est vrai que l’industrie de la musique populaire en a apporté de multiples preuves dans la seconde moitié du XXème siècle. Il serait étonnant, pouvons-nous leur répliquer, en leur rappelant le caractère spontané de l’emballement populaire, que l’humanité tout entière se trompât. Quel crédit apporter à ce dogme élitiste que la faveur du plus grand nombre dévalorise ce qui en est l’objet ?

 

Dans Sous une pluie de fleurs d’acacias, l’auteur qui se cache sous le pseudo de Bertrand Journens, romancier, nous montre un Django flâneur, bucolique, champêtre, adepte éphémère d’une existence pastorale, puisqu’il fréquente durant un moment l’Eglise Pentecôtiste. Django, se réveillant après un coma de dix-huit mois fin octobre début novembre 1954, déclare avec un surprenant Bonjour ! à l’infirmière de garde, qu’il n’a jamais dormi durant son long séjour dans l’au-delà de la vie active, malgré toute les visites que lui ont rendu sa famille, ses proches, ses amis, des visites souvent bruyantes peu propices au repos. S’est-il reposé, a-t-il réfléchi à un avenir musical ?

Il reprend sa guitare, avec difficulté, à force d’obstination retrouve sa dextérité, mais la foi n’est plus le même. Il apprécie plus les longues balades solitaires sur les bords de la Seine que les concerts, et lorsqu’il se rend dans les clubs de jazz, c’est pour écouter ses amis, ses confrères que pour participer. Et lorsqu’il accepte d’enregistrer à nouveau, fidèle à son habitude, il oublie les rendez-vous. Ensuite il s’établira avec Naguine à Paris, enfin il s’établira, c’est un bien grand mot, disons qu’il vagabondera d’hôtel en hôtel et qu’enfin il s’installera dans une petite maison de ville dans le quartier de Charonne.

Avec Naguine ou seul, de plus en plus souvent seul, il déambulera à Belleville, Ménilmontant, La Chapelle, Barbès, Pigalle, Clichy arpentant l’allée centrale située entre les deux voies des boulevards, là où s’érigent platanes et acacias (en réalité faux-acacias ou robiniers), des arbres presque incongrus comme ceux qui défient les immeubles des deux côtés de cette longue voie qui sépare les 9ème, 10ème, 11ème arrondissements des 17ème, 18ème et 19ème arrondissements ou, plus au nord, les rues parallèles aux boulevards des Maréchaux. Et lorsque Naguine ne pourra plus le suivre dans ses déambulations il continuera, même lorsqu’elle sera hospitalisée. Il la quittera endormi sur un banc, embaumé par la senteur de fleurs d’acacias, trois jours avant le décès de sa compagne de toujours.

 

Enfin la dernière partie de cet ouvrage Une postérité à n’en plus finir, signée Patrick Williams porte bien son titre puisque Django Reinhardt règne toujours dans les cœurs et les oreilles de tous ceux qui apprécient sa musique, jazz manouche, et dont les nombreux émules et membres de la famille des Gitans, portent encore le flambeau, qu’il s’agisse d’Angelo Debarre, Bireli Lagrène, pour citer les plus connus, mais aussi Ninine, Tchavolo Schmitt, Romane, Babik, Coco et David Reinhardt, la famille Ferret : Boulou, Matlo, Sarane, Elios et bien d’autres sans oublier Patrick Saussois et le tout jeune et prometteur Swann.

Un ouvrage dans lequel fiction et réalité se disputent la prépondérance, et qui démontre la connaissance et la virtuosité de Patrick Williams, le djangologue le plus averti des connaisseurs de la vie de Django et de sa musique, et qui lui permet d’imaginer ce qui aurait pu être et ne sera jamais.

Patrick WILLIAMS : Les quatre vies posthumes de Django Reinhardt. Collection Eupalinos. Editions Parenthèses. Parution mars 2010. 288 pages. 16,00€.

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 08:43

Lady Day, un fruit étrange...

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues.

Eleonora aurait pu s’appeler Cendrillon, tant sa jeunesse, son adolescence, sa vie même, seront calqués sur cette héroïne de conte pour enfant. Mais aucun prince charmant ne lui offrira une paire de chaussures de vair, et les souliers vernis qu’elle portera, elle se les aura achetés avec ses propres deniers.

Mais avant de devenir Lady Day, sobriquet affectueux donné par Lester Young, qu’elle même avait surnommé Prez, Billie Holiday, puisque c’est bien d’elle dont il s’agit, aura connu bien des déboires, des misères, des incidents, des viols, des enfermements en maison de redressement, la prison, des brimades familiales, des injures raciales, puis la drogue, toutes choses dont un enfant ne possédant pas sa force de caractère, aurait eu du mal à se relever.

Dès sa naissance, cela s’était mal engagé. Sa mère n’avait que treize ans, son père quinze, et quand ils se sont mariés, Billie en avait trois. Son père rêvait d’être trompettiste mais les aléas de la guerre firent qu’il rentra gazé, les poumons en capilotade. Il se reconverti en guitariste, et au bout de quelques temps trouva un engagement dans l’orchestre de Fletcher Henderson. Sa mère obligée pour gagner son pain, travailla comme boniche, et la confia à la cousine Ida, laquelle avait déjà deux enfants et vivait avec les parents et l’arrière-grand-mère.

Outre les tabassages répétés que la cousine Ida ne manquait pas de lui infliger pour n’importe quelle raison, la plupart du temps sans raison valable, le premier grand choc qu’eut Billie fut de se réveiller coincée dans les bras de l’arrière-grand-mère morte. Afin de se faire un peu d’argent elle lava les perrons blancs des bourgeoises blanches. Lorsqu’elle a commencé à chanter, ce fut pour des picaillons, mais elle courra toujours après l’argent, même lorsque les cachets devinrent conséquent. Faut dire qu’elle se laissait arnaquer naïvement, fallait qu’elle paie sa chambre, ses repas, ses tenues de gala, ses déplacements. Et ce ne sont pas ses enregistrements qui lui assuraient un pécule.

Les faces enregistrées étaient payées au compte gouttes, à la séance, et après, lorsque les disques marchaient bien, avaient du succès, c’étaient les compagnies qui empochaient. Les musiciens, les chanteurs ne touchaient pas de royalties. Et nous étions loin du piratage Internet dénoncé actuellement par les majors.

Elle se sera produit avec les plus grands orchestres et musiciens, Benny Goodman, Lester Young, Ben Webster, Louis Armstrong, et tant d’autres. Dans des clubs huppés ou minables, parfois à sa grande honte. Ne lui a-t-on pas demandé un soir de se foncer la peau car elle était jugée trop claire aux yeux d’un propriétaire de club, en comparaison de ses musiciens.

Le racisme du Sud et du Nord, différents dans leur approche mais tout aussi inconvenant, blessant, désobligeant, offensant, choisissez le qualificatif il ne sera jamais assez fort, elle le subira tout au long de sa vie.

Née le 7 avril 1915, décédée le 17 juillet 1959, Billie Holiday aura vécu un enfer, et succombera d’abus de stupéfiant et d’alcool. Heureusement il restera les disques qu’elle a enregistrés, avec son orchestre ou avec des partenaires prestigieux, et en les écoutant, après avoir lu ce livre, on ne pourra s’empêcher d’être ému et révolté par tout ce qu’elle a enduré. Un véritable roman noir, dans tous les sens du terme, même si ce n’est qu’une biographie.

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues. Collection Eupalinos ; Editions Parenthèses. Récit recueilli par William Dufty . Traduit de l’américain par Danièle Robert. Première parution janvier 2002. Réimpression 2013. 12,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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