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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 04:38

Le 18 septembre 1970, disparaissait Jimi Hendrix. Sa guitare et sa voix vibrent encore dans nos oreilles.

Régis CANSELIER : Jimi Hendrix, le rêve inachevé.

L’image qui restera à jamais attachée à Jimi Hendrix, ce sera celle d’un musicien jouant de la guitare avec ses dents. Image réductrice mais oh combien prégnante, parmi d’autres.

Si l’ouvrage de Stéphane Koechlin Blues pour Jimi Hendrix narrait la vie de l’artiste en parallèle de celle de son fan Yazid Manou, Régis Canselier nous invite à mieux découvrir l’œuvre de ce musicien à travers des enregistrements d’époque et ceux qui en sont le prolongement parfois anarchique. Le lecteur ne doit pas s’attendre à lire une biographie voyeuriste sur la vie privée du musicien, mais il possèdera entre les mains un ouvrage sérieux, documenté, passionnant consacré à un phénomène musical dont les enregistrements du temps de son vivant sont relativement rares, tandis que son aura ne fléchissant pas les albums suivants font florès, pirates officiels ou non, remix de bouts de chandelles qui n’apportent rien aux exégètes et aux véritables fans.

Régis Canselier débute son ouvrage par les trois singles londoniens, et la découverte de Jimi Hendrix par Linda Keith (mannequin anglais qui sortait alors avec Keith Richards des Rolling Stones) qui persuade Chas Chandler, qui jouait comme bassiste dans le groupe des Animals mais avait décidé de se tourner vers la production, d’aller écouter le guitariste. Chandler est séduit par le jeu de ce musicien alors que d’autres managers dont celui des Stones n’avaient pas été convaincus.

C’est ainsi que débute la carrière fulgurante et trop tôt interrompue de Jimi Hendrix.

Cet ouvrage ne s’adresse pas particulièrement à une élite de musicologues mais à tout amateur curieux, désireux de connaître les dessous d’une carrière avec tous les aléas qui en découlent, l’envers du décor de la scène, les séances d’enregistrements en studio, les concerts, les galères diverses qu’il faut surmonter, les vrais et les faux amis, la vie des disques après la mort de l’interprète, de l’artiste, le piratage autorisé et ceux qui sont édités dans la plus grande anarchie, les chacals qui se déchirent un héritage qu’ils se sont appropriés, les financiers qui ne pensent qu’à écouter le cri du dollar dans leur portefeuille.

Cet ouvrage fourmille de détails, d’exemples, de références, d’instants prélevés enchaînés comme un diaporama musical. L’œuvre de Jimi Hendrix est mise à nu, décortiquée, avec passion, sensibilité et rigueur.

Ainsi penchons un peu sur la description de sa prestation télévisée du 4 janvier 1969 dans le cadre de l’émission « Happening for Lulu ». Il arrête l’interprétation de son premier morceau, Hey Joe, déclarant qu’il « aimerait arrêter de jouer cette merde et dédier cette chanson à Cream » groupe qui venait de se séparer officiellement. Mais c’est lors de l’interprétation du cinquième morceau Little Wing que se produit un léger incident qui a peut-être échappé à beaucoup d’auditeurs. Bien que sa Stratocaster soit légèrement désaccordée, Hendrix nous offre avec l’introduction de Little Wing un moment de pur lyrisme.

Jimi Hendrix, le rêve inachevé est donc accessible à tous ceux qui aiment la musique issue du blues, et point n’est besoin pour cela de connaître le solfège mais d’avoir l’oreille accueillante.

Un vrai bonheur de lecture qui peut se faire accompagner par l’écoute de disques originaux ou des éditions ultérieures pirates, officielles, qui sont recensées en fin de volume. Sont recensées également une bibliographie, la liste des concerts, un répertoire de ses morceaux, et figurent les reproductions en couleur des pochettes de disques, dans un cahier en fin d’ouvrage.

Régis CANSELIER : Jimi Hendrix, le rêve inachevé. Collection Formes. Editions Le Mot et le Reste. Parution Mai 2010. 464 pages. 26,00€.

ISBN : 9782360540150

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 04:24

Hommage à Jimi Hendrix décédé le 18 septembre 1970.

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix.

S’il existe un fan, gardien du temple de la mémoire de Jimi Hendrix, c’est bien Yazid.

Il lance des invitations, pour une soirée destinée à commémorer la disparition du guitariste légendaire, décédé le 18 septembre 1970. Il envoie des cartons à Noël Redding, Eric Burdon, Curtis Knight, Janis Joplin… Janis Joplin qui en apprenant le décès de Jimi, se jura de surveiller ses consommations de drogue et d’alcool, confiant à Mary Friedman, son amie et biographe : Je ne peux tout de même pas partir la même année que lui, vu qu’il est plus célèbre que moi. Elle décèdera le 4 octobre 1970 ! D’une overdose.

Né en 1965, Yazid est un petit gars de la banlieue parisienne et ses parents, originaires du Bénin, se sont séparés alors qu’il avait quinze ans. Il a touché du piano et autres bricoles, mais sans jamais vraiment s’y intéresser. Le déclic de sa passion pour Jimi Hendrix s’effectue en 1977, en regardant à la télévision Point chaud, une émission d’Albert Raisner, l’harmoniciste présentateur de l’émission culte Age tendre et tête de bois. L’annonce de Jimi Hendrix comme le plus grand guitariste du monde le laissa rêveur mais bien vite il fut conquis, et s’enticha de Jimi, se faisant offrir des disques, en parlant à ses amis, devenant peu à peu un inconditionnel. Une quête qu’il effectua comme s’il recherchait un assassin, la drogue.

A la suite d’un documentaire des Enfants du rock, en 1980, il se rend compte que l’entourage de Jimi est plus souvent accroché à l’argent qu’à la musique. Particulièrement Mike Jeffery, le manager escroc controversé de son idole, jusqu’à ce que le père, Al Hendrix, le chasse pour confier l’exploitation de l’héritage Hendrixien à l’avocat noir Leo Branton, lequel s’occupa aussi de Nat King Cole. Personnage sulfureux qui selon certaines personnes serait à l’origine de la mort par overdose de Jimi. Ce n’est pas pour autant que Yazid voue un culte particulier en collectionnant colifichets et autres bricoles témoins du fan obsessionnel, tout au moins au début.

Peu à peu l’âme de Jimi s’infiltre en lui. Il traine au New Morning, se met en relation avec d’autres fans dont Nona, une femme qui habite les Etats-Unis et avec laquelle il correspond longuement, et rêve de réaliser une soirée spéciale Jimi, un hommage gigantesque avec d’anciens musiciens et de nouveaux artistes dilettantes qui jouent du Hendrix pour le plaisir et par passion.

Il va concrétiser son rêve, organiser une soirée spéciale Jimi Hendrix à l’Olympia en septembre 1990, mythique scène parisienne sur laquelle son idole s’est produit par trois reprises. Son jour de gloire lorsqu’enfin il concrétise ce à quoi il aspire avec comme artistes Noel Redding, Eric Burdon, Randy California, Curtis Knight, et dans les coulisses Monika Dannemann, celle qui découvrit Jimi mort dans son lit et que beaucoup accusèrent de ne pas avoir alerté les urgences rapidement, ou même de l’avoir drogué, en lui faisant ingurgiter des somnifères. Bref de l’avoir laissé à son sort, des versions encouragées par sa rivale Kathy Etchingham, laquelle déclarait aimer Jimi mais ne se privait pas de le tromper lorsqu’il était absent et s’était mariée par ailleurs.

En narrant le parcours de Jimi Hendrix via celui plus sage de Yazid Manou, Stéphane Koechlin nous invite à pénétrer l’univers des adorateurs, des idolâtres même, du guitariste décédé à près de 28 ans, mort controversée, mais également à restituer aussi celui des musiciens qui ont gravité dans son sillage (et ses sillons).

Plus qu’une simple biographie, Blues pour Jimi Hendrix est un peu une poupée russe littéraire, colorée, pétillante, additionnée de nombreuses anecdotes et l’on entend presque les riffs de guitare que ceux qui ont assisté à un concert à l’Olympia le 18 octobre 1966 en première partie de Johnny Hallyday puis en vedette en 1967 s’en souviennent encore.

Et ceux qui comme moi n’ont pas eu le privilège de pouvoir s’acheter des places, Europe 1 était là pour suppléer et enregistrer les concerts, et l’émission Musicorama était fort prisée. J’aurais pu évoquer également les relations avec Eric Clapton, Chas Chandler (des Animals tout comme Eric Burdon), Mitch Mitchell, et combien d’autres qui apportèrent leurs pierres à son édifice musical, lui-même n’étant pas en reste de contributions.

J’aurais pu parler de son groupe le Jimi Hendrix Experience (qui ne vécu que quelques semaines) et d’Electric Ladyland, et de bien d’autres choses encore, mais je vous laisse le plaisir de découvrir ce superbe petit ouvrage signé par un connaisseur qui a baigné dans la musique dès sa plus tendre enfance, son père Philippe étant le cofondateur Rock & Folk

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix. Collection Castor Music. Editions du Castor Astral. Parution avril 2010. 200 pages.

ISBN : 9782859208202.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 03:49

L’inoubliable compositeur et interprète d’Ascenseur pour l’échafaud.

Alain GERBER : Miles.

Après Chet, Lady Day, Louie, Charlie, Paul Desmond, ouvrages tous réédités au Livre de Poche, Alain Gerber nous offre sa vision personnelle d’un autre monstre du jazz : Miles Davis.

Et pour cela il a endossé les personnalités de Max Roach, le batteur qui a joué avec Miles et Charlie Parker alias Bird, quelques autres comparses dont, étonnant quoi que, Jimi Hendricks, et Miles lui-même, changeant à chaque fois de style d’écriture afin de mieux se mettre dans la peau du rôle.

Les relations de Miles avec son père, chirurgien dentiste, sa mère Cleota Henry, ses compagnons de route, la musique, la drogue, sont décrites avec verve, tendresse, virulence, sérieux, rage parfois.

Ainsi le témoignage de Max Roach qui décrit l’état de Miles de retour de Paris et dont la liaison avec Juliette Gréco lui trottine toujours dans la tête. Les virées jusqu’à East Saint-Louis en compagnie de Charlie Mingus dit Le Baron, son père étant allé le repêcher en cours de route suite à un appel au secours, la fausse décontraction de ce père envers un fils qui n’arrive pas à se détacher de la drogue. Un père qui paie les dettes sans sourciller, écœuré par les frasques de son fils, mais qu’il tente à chaque fois de remettre sur la bonne voie.

Le témoignage de Miles vis-à-vis de sa mère, qui ayant quitté le foyer familial pour de fumeuses raisons financières et autres, restera toujours un symbole. Et ce malgré les tannées qu’elle lui infligeait enfant, et lorsqu’elle en avait marre de taper sur son fils passait le fouet au père qui trouvait des subterfuges afin de faire croire qu’il corrigeait le jeune Miles.

Cette femme m’aurait tué sur place, que ça ne m’aurait pas dissuadé de l’admirer. Et il continue sur ce registre « Disons que je suis spécial, de ce côté-là. Je suis ainsi fait que je ne peux pas admirer quelqu’un sans l’aimer (sauf Bird, je l’admets, mais c’est l’exception qui confirme la règle). A l’inverse, j’ai beaucoup de mal à aimer si je n’admire pas. Même s’il s’agit de mes propres enfants ».

Effectivement, les rapports entre Bird et Miles n’étaient que purement musicaux, et encore, Dizzy Gillespie servant de tampon. Une rencontre musicale qui le propulse alors qu’auparavant il s’était produit aux côtés d’Eddy Randle et les Blues Devils.

Il s’engagera, sur les conseils de Clark Terry, dans un orchestre de la Nouvelle-Orléans, les Six Brown Cats d’Adam Lambert. Il les suit jusqu’à Chicago, mais ce n’est pas son truc.

Je ne supportais déjà plus ces vieilleries. Pour moi, dès qu’une musique n’est pas du lendemain, c’est qu’elle est de la veille. Et si elle est de la veille, elle est déjà morte. Ce n’est plus qu’un fossile.

Miles Davis, c’est ce caractère progressiste, avec l’envie, le besoin, de toujours aller de l’avant, d’innover, de rechercher, d’explorer, d’inventer. C’est ainsi que par épisodes Alain Gerber nous entraîne sur les traces de ce musicien qui défraya la chronique tant par sa musique que par son comportement, fidèle à lui-même, orgueilleux, technicien, « poussant l’histoire du jazz dans le dos ».

Des témoignages poignants, révélateurs, qui semblent réels, véridiques. Mais Alain Gerber, même s’il extrapole, a construit ce roman avec des matériaux nobles, solides, fiables. Et à la lecture, il me semble encore entendre Alain Gerber narrer à la radio cette pseudo-biographie de Miles Davis. C’était fin 2006 me semble-t-il.

Alain GERBER : Miles. Le Livre de Poche N°31596. Parution novembre 2009. 480 pages.

ISBN : 9782253124856

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 04:26

Cours plus vite Charlie et tu gagneras
Ne te retourne pas…

Alain GERBER : Charlie.

Alain Gerber se nourrit de jazz et son corps en est tellement imprégné que sous ses doigts la musique s’écoule comme d’une source intarissable et multiforme. Ses ouvrages réédités au Livre de Poche en sont la parfaite exemplarité.

Charlie Parker, the Bird. Dès la première phrase il nous en dit tout le bien qu’il pense, sans ambages, sans affectation, concernant celui qui fut considéré, et l’est aujourd’hui encore, comme l’un des tout saxophonistes alto majeurs de tous l’ère jazzistique : Dans le domaine du jazz, je ne place aucun créateur au-dessus de Charlie Parker. Pourtant comme il nous le narre si bien Charlie n’était à l’origine aucunement un génie précoce. Mais ceci n’est qu’une entame, juste de quoi faire saliver le lecteur et l’amateur de jazz.

Le début de l’ouvrage résonne comme une incantation, empreinte de la marque de fabrique poétique d’Alain Gerber, mettant en place le décor de Kansas City, Kay Cee pour les initiés, usant d’une image biblique avec Benjamin le prophète. Puis il laisse la parole à plusieurs interlocuteurs, comme se relayent les solistes d’un band, se réservant le rôle de scripteur d’arrangeur et chef d’orchestre.

Du 29 août 1920, naissance de Charlie Parker junior à Kansas City au 12 ars 1955, décès à New-York de celui qui entre temps est devenu le Bird, chez la baronne Pannonica de Koeningswarter, la mécène du jazz, toute la vie du musicien défile sous la plume sensible d’Alain Gerber ; ses débuts d’enfant « gâté – fils unique et surprotégé par sa mère, querelleur, tyrannique, plein de morgue – et comme un apprenti musicien aux dispositions plus que médiocres, aux progrès laborieux, aux débuts catastrophiques », les influences subies, car Kansas City était à l’époque le lieu de réunion, de rendez-vous des grands musiciens de jazz, comme Count Basie, qui se rencontraient et s’affrontaient par instruments interposés, jusqu’à sa mort à l’âge de trente quatre ans, le médecin légiste devant ce corps usé, abimé, épuisé lui en donnant entre cinquante et soixante.

La vie de Charlie Parker est consacrée au saxophone. Il débute à cet instrument à onze ans et intègre l’orchestre de l’école à quatorze. A dix-sept ans il joue dans des bands de Kansas, et pour parfaire sa technique il écoute sans relâche les disques qu’il parvient à acquérir, enregistrés par les maitres du saxophone de l’époque : Coleman Hawkins, Lester Young, Johnny Hodges, mais aussi d’autres artiste comme Duke Ellington ou Louis Armstrong. Puis il effectue une tournée à New-York. En 1942, date approximative, ce sont les débuts du Be-bop, style engendré avec des musiciens comme le trompettiste Dizzy Gillespie, le pianiste Thelonius Monk, le guitariste Charlie Christian, et les batteurs Max Roach ou Kenny Clarke, et créé dans le but que ceux qui tenaient le haut du pavé en matière de swing, Benny Goodman, Glenn Miller, Tommy Dorsey et autres représentants d’une « ancienne » génération, ne puissent pas jouer ce nouveau genre.

Mais la musique n’adoucit pas forcément les mœurs, l’alcool et la drogue s’immiscent souvent dans le quotidien de ces artistes en recherche de sensations. L’addiction aux drogues, morphine puis héroïne, plus l’abus d’alcool, n’entachent pas sa créativité. Seulement la recherche frénétique de ses doses prime souvent sur ses engagements et il arrive en retard ou n’assure pas concerts et sessions d’enregistrement.

En 1946 il séjournera six mois dans un hôpital psychiatrique. Si ses enregistrements réalisés avec entre autres Dizzy Gillespie et un jeune trompettiste qui deviendra célèbre, Miles Davis, sont aujourd’hui encore considérés comme des chefs d’œuvre, ce ne sont que la partie visible de l’iceberg Charlie Parker.

Alain Gerber s’intéresse aussi profondément à la partie immergée, mais avec compassion, avec sympathie, avec empathie même pourrait-on dire. Car Alain Gerber ne rédige pas une simple biographie, il retrace avec brio et enthousiasme la vie de ces musiciens dont l’existence fut torturée, mouvementée, accidentée, connaissant des hauts et bas, des heures de gloire mais éphémères, des heures de mélancolie et de cauchemar, leur dépendance aux produits illicites étant trop prégnante.

Aujourd’hui c’est Charlie Parker qu’il délivre du mal, tout comme il l’avait fait pour Chet Baker ou Lady Day. Pour Alain Gerber, le jazz est un roman et il en est le chantre.

Un livre indispensable pour mieux comprendre un musicien, une musique, une époque.

Alain GERBER : Charlie. Le livre de Poche n° 32012. Première édition Fayard. Parution Janvier 2011. 512 pages.

ISBN : 9782253123774

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 03:41

Trompette de la renommée…

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer.

Le jeu, c’est aussi une façon de communiquer avec son prochain, de lui faire partager des sentiments. Mais dans le cas que je vais vous évoquer, il ne s’agit plus du jeu tel que décrit ci dessus, mais de musique, dans un roman qui ne manque pas de souffle. Guest star, comme on dit au cinéma, Louis Armstrong. Année de référence, 1934. Lieu, la France, principalement Paris et sa région, mais également Le Havre et la frontière suisse. Le thème, l’argent, bien évidemment, ou plutôt la corruption.

Attention, ce mot n’est pas écrit, mais c’est tout comme. Louis Armstrong s’est séparé de son agent et celui-ci, affilié avec la Mafia, n’a pas apprécié ce congé venant de la part d’une vedette internationale, d’autant que son poulain n’est pas de race blanche. Alors il lance sur les notes du trompettiste un duo d’affreux jojos dont la mission est d’opérer un kidnapping, histoire de montrer au musicien qui commande. Commence une histoire qui va entraîner les deux ravisseurs dans une course poursuite qui deviendra une cavale.

La reconstitution d’une époque où le jazz prenait son envol, accueilli en France comme une musique évolutive, les divers personnages qui émaillent le parcours tels que Joséphine Baker, Hugues Panassié, Robert Desnos, Henry Miller, Howard Hugues ou encore Boris Vian adolescent, insufflent à ce court roman picaresque une note musicale harmonieuse, joyeuse et triste à la fois, comme seuls savent les musiciens de jazz exprimer leurs sentiments à l’aide de leurs instruments.

Michel Boujut est un fin connaisseur et il s’est amusé, pour son plus grand plaisir et celui du lecteur, à imaginer un avatar à l’une des plus grandes stars de la musique, avatar qui est en même temps un divertissement. Un régal.

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer. Collection Rivages Noir N°349. Editions Rivages. Parution 2 février 2000. 156 pages.

ISBN : 978-2743606015

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 07:43

Petite Fleur, Les oignons, Dans les rues d’Antibes… autant de succès à créditer à l’actif de Sidney Bechet, et qui trottinent toujours dans la tête de ceux qui ont été élevés dans l’ambiance radiophonique d’après-guerre.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père.

Mais ces titres, ces interprétations divisent toujours les spécialistes du jazz. Cette période de création, quasi exclusivement française, est-elle à ranger au point de crête de cet instrumentiste ou à classer dans les soupes commerciales ?

Selon son premier admirateur qui a très bien connu l’homme et le musicien sur la fin de sa vie, Daniel-Sidney Bechet son fils, et cette période féconde et fastueuse qui dura dix ans de 1949 à 1959, ces morceaux « appartiennent au patrimoine français. Ces morceaux existent dans la mémoire collective et les jeunes générations réagissent favorablement. C’est comme l’accordéon musette ou les chansons d’Edith Piaf ».

Des succès énormes, repris par bon nombre d’instrumentistes, de groupes, d’interprètes, qui ont peut-être donné une impression de facilité.

Le premier disque d’or fut remis pour Petite Fleur. Autant de bonnes ou mauvaises raisons pour hurler avec les loups ? Daniel Bechet écrit encore : « J’ai rencontré des spécialistes du jazz traditionnel qui n’aimaient pas Bechet parce qu’ils ne supportaient pas le soprano. D’autres m’ont dit : Ton père était un génie, mais dommage qu’il ne soit pas resté à la clarinette ! J’ai entendu dire qu’il bêlait comme une chèvre avec son soprano, et que son vibrato était vulgaire. J’en ai entendu d’autres s’enthousiasmer sur les disques américains de mon père, les New-Orleans Feetwarmers, comme ils disent avec importance, et vouloir jeter tous les disques français à la poubelle ! C’est étonnant ! J’ai remarqué aussi que c’était toujours les musiciens les plus médiocres qui donnaient des avis aussi sévères ».

La messe est dite, la jalousie fera toujours « jaser ».

De la naissance de son père à La Nouvelle-Orléans le 14 mai 1897, et même avant, jusqu’à son décès en 1959, le jour où il devait fêter son anniversaire, Daniel Bechet retrace la carrière de celui qui fut un précurseur et un interprète magistral.

Souvent avec pudeur, parfois avec cet enthousiasme juvénile et filial que l’on ne saura lui reprocher, il relate les débuts de cette carrière qui s’accomplit en dents de scie, avec des moments privilégiés comme en ce jour de l’été 1919 lorsque Sidney Bechet joua à Londres devant le roi George V d’Angleterre et la reine Mary. Ce qui, pour la petite histoire, engendrera la parution du premier article écrit sur le jazz par le chef d’orchestre de musique classique Ernest Ansermet qui assista à plusieurs reprises aux prestations du quintet de Will Marion Cook, formation à laquelle appartenait le jeune clarinettiste.

Mais il y eut l’épisode désastreux de fin 1928, à Paris, une rixe qui opposa Bechet à un jeune banjoïste Mike McKendrik et dont l’origine peut être imputée à une histoire banale de fille, ou à une histoire de racisme.

Né au début des années cinquante, Daniel Bechet n’a pas vécu tous les épisodes décrits, mais il s’appuie sur des témoignages fiables de compagnons de route de son père. Ce qui apporte non seulement un éclairage nouveau mais donne une force, une tonicité, une authenticité, une pudeur, une réserve dans certains cas, au récit, que l’on ne retrouve pas dans les dictionnaires et certains ouvrages consacrés au jazz.

Daniel Bechet va au-delà des années soixante, intégrant sa jeunesse puis son parcours de musicien, les drames familiaux et épisodes malheureux vécus de l’intérieur, ses relations avec sa mère, avec d’autres musiciens, sur le jazz et autres considérations qui ne manquent pas d’intérêt et de sel.

Cet ouvrage, passionnant comme un roman policier et qui comporte de nombreuses photos inédites, a été écrit avec la complicité de Fabrice Zammarchi, musicien lui-même jouant des mêmes instruments que Sidney Bechet et auteur de biographies, dont dernièrement : Claude Luter, Saint-Germain Dance.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution 13 novembre 2009. 234 pages.

ISBN : 978-2753805187

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 03:50

Oh ! dis, Chet, Oh ! joue moi-z-en
D'la trompette,
D'la trompette...

Alain GERBER : Chet.

Ils sont venus, ils sont tous là, la convocation à la main. Ils se présentent groupés auprès de l’écrivain qui les attend dans son bureau, un à un, armé d’une ramette de papier, quelques stylos en réserve. Et ils défilent les uns derrière les autres, sollicités parfois pour une nouvelle audience.

Car l’écrivain veut tout savoir, tout connaître, sur ce que fut la vie de Chet Baker. L’homme à la trompette dort depuis 1988. Le premier à entrer sur scène, c’est Sonny “ Slipper ” James, le marlou qui n’aimait pas la musique de jazz et encore moins celle jouée par un Blanc. Et puis, il avait été commandité pour casser la figure du camé qui ne réglait pas ses notes de drogue.

Il y a la mère et le père qui témoignent eux aussi, pas ensemble, des musiciens dont Gerry Mulligan, Jimmy Rowles, Dick Twardzik, Phil Urso, Dizzy Gillespie, Paul Desmond ou Stan Getz, des producteurs, des amis, des adversaires, ses femmes, officielles ou non, et d’autres encore, des inconnus, ectoplasmes créés pour l’occasion, afin de donner du poids, de la consistance aux déclarations, de mieux comprendre certains faits, certains évènements.

En chef d’orchestre minutieux et aguerri, la partition bien réglée, Alain Gerber a établi un ordre d’entrée en scène des divers intervenants, afin d’obtenir un rythme enlevé, parfois tonitruant, parfois nostalgique, à l’image de la mélodie sortant de l’instrument d’un trompettiste au sommet de son art. Des notes discordantes s’élèvent quelquefois, du fait de la mauvaise fois des participants, mais Alain Gerber ne s’en laisse pas conter.

Et nous retrouvons Chet Baker, souvent comparé physiquement à James Dean, beau gosse aimant la vitesse et les belles voitures, à l’orée de sa vie d’artiste. C’était un bon p’tit gars, et la musique était tout pour lui. Il a tout donné, elle lui a peu rendu. Les honneurs et la gloire il a connu, la déchéance aussi, plus souvent qu’à son tour. Il a côtoyé des drogués, pourtant à part de l’herbe, il restait relativement sage, ne buvant pas d’alcool contrairement à ses compères. Il a commencé sans trop savoir pourquoi ni comment. Dépit sentimental, décès de son complice Twardzik lors d’une tournée à Paris, envie refoulée trop longtemps ?

S’enchaînent les démêlés avec les forces de l’ordre, d’abord aux USA, à cause de sa consommation d’herbe, puis lorsqu’il s’est adonné aux drogues dures en Italie, en Allemagne, un peu partout, rejeté comme un malpropre.

De sa naissance, le 23 décembre 1929, en Oklahoma, son arrivée en Californie, ses débuts avec Charlie Parker, et bien d’autres qui gravitaient dans le sillage du Bird, Miles David, Dizzy Gillespie, puis Gerry Mulligan ou Stan Getz, ses premiers succès, ses premières bêtises, ses amours, son arrivée sur la côte est, le passage à tabac par une petite frappe aux ordres de l’Homme afin de récupérer l’argent de la fenaison, son passage à vide, sa dent manquante, ses gencives douloureuses, son incapacité à sortir la moindre note de son instrument, sa pugnacité, les nouveaux débuts, les accueils triomphants ou les huées, son arrestation en Italie, ses démêlés conjugaux, son manque d’argent chronique, jusqu’à sa mort en 1988, un 13 mai, un vendredi, à Amsterdam, passant par la fenêtre d’un hôtel, désirant peut-être rejoindre les anges cachés derrière les nuages et qui en l’entendant étaient…aux anges.

Alain Gerber nous offre un roman biographique, ou une biographie romancée, peut-être plus proche de la réalité que les biographies officielles, écrites souvent avec un point de vue partisan, rédigeant avec lyrisme, poésie, rigueur, tendresse, sincérité, une vie de gloire et de déchéance. Mais Chet Baker, héros malgré lui d’un roman noir, vit toujours, grâce à son héritage discographique.

Alain GERBER : Chet. Le Livre de Poche N°30886. Parution novembre 2007. 608 pages. Première édition Fayard.

ISBN : 9782253115311

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 03:48

Quand Giova Selly, bien connue des amateurs de la collection Spécial Police du Fleuve Noir, écrivait pour Nous Deux sous un autre pseudonyme.

Véronica BALDI : Souviens-toi.

Dans le quartier de Brixton, au sud de Londres, s’érigent des immeubles industriels reconvertis en lofts, squats et autres. C’est aussi le quartier des musiciens, comme en témoignent les nombreuses scènes musicales qui y proliférèrent et dont Paul Simomon, le bassiste des Clash qui a grandi dans ce quartier, en a fait une chanson revendicative : The guns of Brixton.

Au moment où débute cette histoire, dans Crescent Studios, un jeune groupe de musiciens, Dandelion, répète leurs nouveaux morceaux. Une musique infernale agresse un porteur de dépêches mais le travail avant tout. D’autant qu’il est envoyé par Jupiter Records.

Sont présents dans la pièce Ruppert, aux claviers, Warren, le bassiste, Duncan, le guitariste, et Stella, la chanteuse. Manque le batteur qui vient de partir. Le pli est accompagné d’un paquet contenant une bouteille de champagne. Leur premier disque, tout fraîchement mis en vente, vient d’atteindre la 21e place au Top 75, ce qui est presqu’un exploit pour un groupe encore inconnu du grand public quelques jours auparavant.

Leur maison de disques leur demande instamment d’enregistrer un 33 tours le plus tôt possible c’est-à-dire immédiatement. Seul Duncan est contre, car il n’a pas fini de peaufiner la musique et les textes. Il refuse de se précipiter au risque de faire éclater le groupe. Ce qui d’ailleurs se produit.

Cinq ans plus tard, Duncan qui était parti courir le monde, à la découverte d’autres cultures musicales, rentre au pays. Chez lui, dans la campagne anglaise. Son père se meurt et son frère Malcolm le réceptionne à l’aéroport. Le chauffeur de la vieille limousine familiale, une Daimler, le retrouve avec une joie non feinte. Lord Duncan est de retour au pays et tout le monde apprécie l’arrivée du fils prodigue. En cours de route, il demande au chauffeur de s’arrêter et il court acheter un journal, dont la première page a attiré son attention. Il y est question de Stella, la chanteuse du groupe qui depuis a fait du chemin, enregistrant quelques disques qui ont obtenu un franc succès. Sauf le dernier qui patine dans les profondeurs du classement.

Le journal promet des révélations sur Stella, et pas forcément à son avantage. Le journaliste avec lequel elle a eu un entretien est réputé pour déstabiliser ses interlocuteurs, de plus depuis le départ de Duncan, ses autres anciens compagnons de groupe ont changé de carrière.

Ruppert signe les chansons de Stella tandis que Warren s’est improvisé son imprésario. Mais Ruppert ne possède pas le talent de Duncan, seule la voix, et la beauté de Stella l’ont propulsée au firmament. Or les deux hommes ont fomenté, afin de relancer la carrière de Stella, un coup fourré. Une idée bête qui reste en travers de la gorge de Duncan. Ruppert doit faire publier un ouvrage épicé sur Stella. Une belle mentalité se dégage de ces deux compagnons de partition !

Duncan décide de mettre les pieds dans le plat. Et il va troquer ses habits de Lord pour enfiler les frusques de musicien qu’il portait à Londres et durant son périple. Il ne ménage pas ses effets, ce Lord en barre !

 

Une incursion dans le Londres des musiciens, et dans l’univers des groupes parfois éphémères. La mésentente alliée au comportement délictueux et voraces de quelques membres, et c’est comme ça qu’un groupe promis à un bel avenir se dissous, éclate en pleine ascension vers le succès. Souvent le chanteur se retrouve seul à la barre, les exemples dans la vie réelle ne manquent pas.

Si Véronica Baldi situe le décor de ce roman dans le quartier de Brixton, temple de la musique rock, punk, reggae et autres, ce n’est pas innocent car de nombreux groupes qui y ont éclos. Mais elle a débuté comme artiste lyrique avant de se tourner vers l’écriture et fut directrice artistique des troupes comme le Théacanto à Paris.

 

Véronica BALDI : Souviens-toi. Collection Nous Deux N°53. Editions EMAP. Parution 5 août 1997. 126 pages.

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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 03:44

Hommage à Benny Goodman décédé le 13 juin 1986.

Jean-Pierre JACKSON : Benny Goodman.

S’il ne fallait garder en mémoire qu’un seul fait marquant dans la carrière de musicien de Benny Goodman, ce serait incontestablement celui-ci : Benny Goodman fut le premier à intégrer des Noirs dans ses formations de Jazz se produisant en public.

Il avait déjà à son actif des enregistrements mixtes puisque le 24 novembre 1933 il participait au dernier enregistrement de la chanteuse Bessie Smith et trois jours plus tard il invitait en studio une jeune interprète de dix-huit ans : c’était la première prestation discographique de Billie Holiday. Le 2 juillet 1935 invité par Teddy Wilson il participe à une séance en compagnie de Ben Webster, Roy Elridge, John Trueheart, John Kirby et Cozy Cole afin d’accompagner à nouveau Billie Holiday pour une séance d’enregistrement de trois titres. Il est le seul blanc de cette formation.

Mais c’est un plus tard qu’il enfreindra, avec la complicité du batteur Gene Krupa et de John Hammond directeur artistique chez Columbia, cette loi raciale pour ne pas dire raciste qui stipulait que Noirs et Blancs ne pouvaient se produire sur scène ensemble. Au premier trimestre 1936 le Rhythm Club de Chicago désire engager les trois musiciens, c’est-à-dire Benny Goodman, Gene Krupa et Ted Wilson. Aussi Ted Wilson se produit d’abord seul sur scène, et bientôt Benny et Gene le rejoignent brisant un tabou et enfonçant un premier coin dans le racisme.

Mais Benny Goodman innove également en étant le premier musicien de jazz à se produire au Carnegie Hall, le temple de la musique classique. Benny Goodman est un musicien éclectique et par ailleurs il enregistrera en 1965 sous la direction d’Igor Stravinsky Ebony Concerto écrit par Woody Herman. Mais ce n’était pas sa première incursion dans le domaine classique puisqu’il enregistra dès 1956 le Concerto pour clarinette de Mozart en compagnie du Boston Symphony Orchestra sous la direction de Charles Munch et quelques autres plages dont le Concerto pour clarinette n°1 de Weber avec l’orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Jean Martinon, et bien avant, en 1939, un concert au Carnegie Contrastes pour violon, clarinette et piano, une partition de Bartók, avec au piano Béla Bartók lui-même et au violon Joseph Szigeti.

Né le 30 mai 1909 d’un couple d’exilés hongrois juifs de Varsovie, le jeune Benjamin David bénéficie de leçons de musique gratuites. Son père, tailleur dans une fabrique fréquentait assidument la synagogue de Baltimore qui offrait aux jeunes garçons une formation à l’orchestre de la synagogue, profite de l’occasion pour l’inscrire lui et ses frères Harry et Freddy, d’autant que les instruments sont loués à bas prix. Benny est fasciné par la clarinette et devant les progrès de celui qui sera surnommé plus tard King of Swing, terme qu’il n’apprécie que modérément car il sait combien cette distinction peut-être fugace, il bénéficie de cours payants auprès du vénérable professeur Franz Schoepp, qui avait déjà formé notamment Jimmy Noone.

A douze ans il gagne son premier cachet, cinq dollars, alors que son père en gagne vingt par semaine. En 1923 il gagne quarante-huit dollars en se produisant quatre soirs par semaine au Guyon’s Paradise. Dès son premier cachet le jeune Benny avait décidé que la musique serait son métier et qu’il sortirait ses parents de la misère.

Sa réputation grandit rapidement et il deviendra l’un des grands noms du jazz d’avant-guerre soit en étant à la tête de grands orchestres ou de petites formations, genre quartet ou sextet. Mais ce sera avec les petites formations qu’il sera le plus à l’aise notamment son association avec Gene Krupa à la batterie, Ted Wilson au piano et Lionel Hampton au vibraphone.

Il donna également leur chance à de nombreux musiciens qui graveront leur nom au fronton du Jazz, comme Charlie Christian, Wardell Gray ou encore Stan Hasselgard, lesquels décédèrent tous malheureusement jeunes, le premier de tuberculose, le deuxième d’un accident de voiture et le dernier assassiné. Après guerre Benny Goodman, qui ne s’adapte pas au Be-bop, connait une période de latence mais grâce à sa foi en la musique il rebondit et enchaine les tournées principalement en Europe, malgré des problèmes récurrents de sciatique.

Décrié par quelques pisse-froid, pas toujours reconnu à sa juste valeur par des mélomanes partiaux, Benny Goodman a marqué le jazz durant plus de soixante ans, enchainant les succès. Et Jean-Pierre Jackson fait œuvre pie en proposant ce premier ouvrage français consacré à ce grand instrumentiste, le seul d’ailleurs car si des ouvrages de références ont été écrits et publiés aux Etats-Unis, aucun n’a été traduit à ce jour.

Jean-Pierre Jackson s’attache à la jeunesse et à la carrière musicale du clarinettiste sans entrer dans la vie privée, mettant en avant ses qualités, les artistes qu’il a côtoyé, les concerts, tout ce qui se rapporte au monde musical.

Avec quelques belles pages sur ses relations avec les autres musiciens, pour lesquels il professait souvent admiration. Ainsi avec Ted Wilson dont il déclarait : « Teddy jouait parfaitement les morceaux en trio. C’est ce que nous pensions de lui… Un sacré bon musicien. Nous n’avons juste jamais pensé à lui comme étant un Noir ». Peut-être à cause de son origine juive, car il faut se souvenir que certains hôtels et bars du Sud des Etats-Unis arboraient des écriteaux signalant que ces établissements étaient « Interdits aux Noirs, aux Juifs et aux chiens ».

L’ouvrage est complété d’une chronologie, de repères discographiques et bibliographiques, d’un index des noms et d’un autre des titres cités.

Jean-Pierre JACKSON : Benny Goodman. Editions Actes Sud/Classica. Parution 3 novembre 2010. 152 pages.

ISBN : 978-2742795222

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10 juin 2020 3 10 /06 /juin /2020 03:40

Viens voir les comédiens
Voir les musiciens,
Voir les magiciens
Qui arrivent…

Paul-Jacques BONZON : Le jongleur à l’étoile.

Epuisé par une journée de dur labeur, le jeune Jehan des Huttes s’endort. Il a d’abord aidé son père, Eloi des Huttes, à labourer le champ puis, en fin de journée, il est allé ramasser des branches mortes. Le fagot est lourd, il se plante une épine dans le pied, il fait nuit, il se perd et il s’assied attendant le couvre-feu de la cloche de Montmaur afin de se guider au son.

Et c’est ainsi, que se réveillant, il aperçoit une petite lumière briller dans le bois. S’approchant du chaleil, une petite lampe à huile, il entend une musique douce et distingue une forme bizarre. Il n’est pas trop rassuré, pensant qu’il s’agit d’une bête, peut être dangereuse. La lune monte dans le ciel et il peut retrouver son chemin. Il est accueilli fraîchement par son père, mécontent du retard. Dans la nuit tout en rêvant il se met à chantonner et sa sœur Gisquette lui affirme que c’était un très joli air. Alors il lui raconte tout mais défense d’en parler aux parents, des fois que le père prenne sa fourche pour tuer la bête.

Deux soirs plus tard, Jehan peut enfin retourner dans la forêt et entend à nouveau la douce musique. Il s’agit d’un nain contrefait, au visage laid, qui l’apostrophe. Jehan est conquis par cet homme qui vit seul et lui offre son bois d’olivier, un pipeau. Jehan découvre sa vocation, il deviendra jongleur, musicien, et parcourra la Provence, son terroir. Mais les premières notes sortant de sa flûte ne sont guère harmonieuses. Pourtant bientôt il maîtrisera son instrument pour la plus grande joie de ceux auxquels il offre ses ballades.

Jehan connaîtra de nombreuses aventures, heureuses ou malheureuses, notamment auprès du seigneur Bruno de Gumiane, mais les rencontres avec des personnages amicaux sont plus constructives. Ainsi Grégoire, le nain, qui lui offre par le truchement du don de la flûte une possibilité de voir du monde et de s’affirmer, de Fleuric, le gamin qui lui donne trois souris blanches domestiquées capables de réaliser des tours provoquant l’amusement des badauds, et d’autres contacts dont ce musicien atteint de la lèpre et obligé de se cacher, qui lui offre une vielle qu’il apprivoisera. Des rencontres toutes plus enrichissantes moralement et professionnellement les unes que les autres et qui vont décider de son avenir.

Jehan permettra même à des familles qui s’étaient perdues de vue, de se retrouver à la plus grande satisfaction de tous, mais au détriment d’autres personnages dont les actions néfastes et navrants ne plaident guère en leur faveur.

 

Loin des séries des Six Compagnons ou de la Famille H.L.M., ce roman se démarque d’abord parce qu’il est unique dans la production de Paul-Jacques Bonzon, mais également parce qu’il entraîne le lecteur dans une épopée médiévale, là-bas vers le grand Rhône, cette région où il avait déménagé à la suite de son mariage avec une Drômoise.

L’histoire de ce petit jongleur musicien aurait pu être écrite par Hector Malot, par exemple, car souvent les enfants qu'il met en scène sont confrontés à la misère, au handicap, à l'abandon.

La misère, est bien celle d’Eloi des Huttes et de sa famille, des manants comme l’on disait à l’époque médiévale, de pauvres paysans aujourd’hui travaillant une terre ingrate, mais le handicap et l’abandon sont représentés par Grégoire, nain, bossu, laid, et dont l’origine de la naissance est floue, très floue ou ce lépreux obligé de se cacher.

Il existe dans ce roman historique une part de suspense, d’aventures riches moralement, ou déprimantes, selon les cas, mais l’auteur ne force jamais le trait. L’histoire de Jehan des Huttes est remarquable par sa simplicité et en même temps par sa force évocatrice. Et l’on sait tous que de nombreux musiciens furent ou sont incapables de lire une partition et ne jouent qu’à l’oreille.

Paul-Jacques BONZON : Le jongleur à l’étoile. Bibliothèque Rose. Editions Hachette. Parution 20 avril 1976. 192 pages.

Première parution 1948.

ISBN : 2010010493

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