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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 05:39

Un commissaire qui s'accroche à ses enquêtes !

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5.

Pour parodier une journaliste critique de cinéma sur France 3 qui affirmait sans vergogne Ce film m'a appris quelque chose que je ne connaissais pas, je pourrais déclarer qu'à la lecture de ce roman j'ai appris quelque chose. Et si j'ai appris, c'est bien parce que je ne connaissais pas, mais bon, passons rapidement au vif du sujet qui est un lithopédion.

Un lithopédion est un fœtus calcifié, ou fossilisé, et cet objet d'origine malgache va être le clou de l'exposition organisée au Centre d'Art contemporain de Quimper en ce mois de novembre 2015. Benoit Syl, fils du fondateur des Antiquités Syl et qui a repris la succession n'est pas peu fier de montrer et prêter le petit corps fossilisé dans son sac. Madame Nielsen, la commissaire de l'exposition en est toute retournée d'extase.

Si Benoit Syl est le propriétaire de cet objet, il le doit à son ami Jimmy Quévélé, brocanteur et revendeur-fournisseur d'objets d'art à l'antiquaire. Et ses trésors, il va les chercher directement sur place, étant grand voyageur, et sachant dénicher à petit prix des œuvres qu'il négocie avec une marge bénéficiaire assez importante. L'un de ses fournisseurs est Jean-Philippe, dit J.P., archéologue et ami des deux hommes, depuis leurs études communes.

Lorsqu'une affaire bretonne requiert les bons offices de la Criminelle sise encore au 36 Quai des Orfèvres (et non quai d'Orsay comme étourdiment placé dans le roman), le commissaire Velcro est immédiatement désigné pour se rendre sur place. Il vient d'arriver à Quimper, sur les ordres de son supérieur afin d'enquêter sur les agissements d'un certain Hennéque, militaire mais surtout négociateur louche auprès de gouvernements non moins louches. Il fournit, ou plutôt fournissait, des bricoles notamment à Jimmy, lequel vient d'être découvert assassiné dans son dépôt-vente. Théoriquement, Velcro doit enquêter sur Hennéque mais l'effet boule de neige l'amène à s'intéresser au meurtre du brocanteur.

Tout en se promenant dans la vieille ville, s'intéressant aux curiosités locales comme la faïencerie, Velcro parvient au dépôt-vente. L'enquête sur la mort de Jimmy est théoriquement dirigée par le commissaire divisionnaire Le Goff, un vieux briscard, et à son adjoint le tout jeune commissaire Le Goff, du commissariat de Quimper, et naturellement l'intrusion du policier parisien venant marcher sur leurs brisées ne plait guère aux flics du cru. Après avoir effectué ses repérages, Velcro est conduit au commissariat où est déjà présent Benoit Syl, qui a découvert le corps de Jimmy.

Myriam, la légiste, après examen du corps, peut donner la cause du décès du brocanteur. Une injection de tanghin mêlé à des sucs de feuilles de grande cardamone, une piqûre placée au dessus de l'omoplate gauche l'atteste. Un poison que l'on ne trouve qu'à Madagascar. Et sur les lieux du crime, car maintenant il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien d'un crime de sang, une empreinte de pied nu a été relevée.

Ensuite Velcro se rend à l'inauguration de l'exposition au Centre d'Art Moderne. Et il est le témoin de quelques scènes qui ne manquent pas de piquant, à des altercations entre des personnages qui possèdent des liens, forts ou distendus. Pratiquement tous les protagonistes qui évolueront dans ce roman sont présents mais Velcro se rendra compte par la suite au cours de son enquête que les amitiés de façade recèlent de profondes lézardes.

 

Dans cette intrigue que n'aurait pas désavouée Agatha Christie, l'histoire et les relations entre les personnages sont mis au service d'un plaidoyer pour le respect des civilisations qui nous sont étrangères, et qui parfois existent depuis plus longtemps que celle dans laquelle nous vivons.

Les bienfaits de la colonisation contre la culture ancestrale, un thème porteur qui divisera toujours surtout lorsque les hommes politiques s'en mêlent et s'emmêlent, et pourtant en France, combien des fêtes de villages, de revues, d'associations font la part belle aux traditions.

Mais roman policier ou non, les valeurs morales telles que l'amour, l'amitié, et leurs corollaires sont de mises, avec pour arme la vengeance.

 

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5. Editions du Palémon. Parution le 28 mars 2017. 224 pages. 10,00€.

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 05:39

Billie, je suis morgane de toi...

Joolz DENBY : Billie Morgan

En préambule de cet ouvrage, cette petite phrase donne le ton :

Ce récit constitue mes mémoires; la vérité, telle qu'elle existe dans mon souvenir.

Et la reviviscence des épisodes malheureux de la jeunesse de Billie Morgan, la narratrice, s'inscrit plus comme un récit, quasiment autobiographique, que comme un roman. D'ailleurs ce mot, Roman, n'est jamais écrit, aussi bien en couverture du livre qu'à l'intérieur.

Et plusieurs pistes peuvent laisser supposer qu'il s'agit d'une histoire réelle, vécue, prégnante dans une mémoire toujours vive. Ainsi le premier chapitre débute par : A vrai dire, je ne sais pas pourquoi je fais ça. Pourquoi j'écris ces mots, pourquoi j'immortalise cette histoire à la con en noir et blanc, en caractères Times New Roman taille 14. Peut-être ai-je besoin de me confesser, comme on le fait dans les mauvais films.

Plus loin, l'auteure ou la narratrice, l'une étant la copie de l'autre, complète son propos par ces mots : Ah, ah, et ça me fait encore mal maintenant, alors que j'écris ce... cette... je ne sais pas ce que c'est. Cette histoire ? Cette confession ? Ce journal ? Ça fait mal et des larmes s'écrasent sur le clavier alors que je martèle les touches d'un seul doigt, le cœur gros.

Oui, le lecteur a l'impression indicible de pénétrer dans un univers non fictionnesque, dans une confession qui peut mener à une rédemption, une expiation, un vomissement d'une enfance et d'une adolescence marquée par une ambiance matriarcale lourde et dénuée d'amour, dans une ville de la province anglaise, Bradford dans le Yorkshire.

Billie n'a quasiment pas connu son père parti avec une autre femme alors qu'elle n'avait que cinq ans et décédé quand elle en avait neuf. Elle a été élevée par sa mère, Jen sa sœur plus âgée qu'elle de huit ans et Liz l'amie de sa mère, qui habitait dans un autre appartement mais était quasiment tout le temps fourrée chez elles.

Son père était une référence, normal pour une petite fille qui cherche des repères, mais sa mère s'ingéniait à briser toute tentative de rapprochement. Billie écrivait des lettres qui aussitôt étaient déchirées par sa génitrice. C'est dans cette atmosphère délétère que Billie a grandi, timide et rebelle à la fois, cherchant à se démarquer et à trouver sa voie. Avec ses copines d'école, c'est presque à qui se maquillerait le plus outrageusement, à porterait des vêtements qui, pour l'époque, choquaient les bonnes âmes, tandis que de nos jours être affublés de pantalons savamment balafrés est pratiquement une mise obligatoire, pour les jeunes s'entend.

C'était l'époque, fin des années 1960, de la libération sexuelle. Mais pas pour tout le monde. En fait, la pilule n'a pas libéré les femmes, mais plutôt les mecs. Ça voulait dire qu'ils n'avaient plus à se soucier de mettre une nana en cloque. C'était sa responsabilité à elle. Et ils ne vous demandaient jamais si vous la preniez, non, pour eux c'était un fait acquis, parce qu'en ce temps là, on ne posait pas ce genre de question, c'était gênant.

C'était l'époque aussi où Billie a commencé, non pas à faire l'amour, il n'en était pas question, mais à ressentir le besoin d'émancipation. Elle est inconsciente et commence à fréquenter les pubs mal famés, pour faire comme ses copines. En mieux si possible et elle se laisse entraîner à devenir porteuse de drogue. Elle-même en use mais si elle accepte de devenir transporteuse de trips, c'est dans la secrète intention d'être acceptée par les Grandes Personnes. Elle aurait fait n'importe quoi.

Elle fait la connaissance de Terry, peut-être le plus malsain de ses fréquentations, et il la viole. Mais elle préfère cacher sa honte et sa peine et si elle se détourne d'une partie de son entourage, elle tombe amoureuse de Mike, un motard qui essaie d'intégrer une bande comparable aux Hell's Angels, les Devil's Own. Ils vont même finir par se marier, dans l'indifférence générale de la famille.

Billie suit des cours aux Beaux-arts, sa passion c'est le dessin, et elle se débrouille bien. Mais un soir que Billie est en manque elle demande à Micky de faire quelque chose. Il y a bien une solution, se rendre chez Terry, qui habite dans une bâtisse située dans un lotissement promis à la démolition. Micky n'est pas en forme, pourtant il accepte de l'accompagner. C'est le drame.

Terry vivait avec Jasmine, une paumée nantie d'un gamin dont il était le mère, Natty. Et Billie va s'occuper de Jas et de Natty. Les années passent et Natty monte en graine, Tata Billie étant son phare, son refuge, son repère. Billie est devenue boutiquière, avec Leckie, qui est également sa meilleure amie. Jusqu'au jour où Natty tombe sur un article journalistique, avec photos en première page, qui s'interroge sur le devenir de personnes disparues. Et Terry y figure en première page. Natty est persuadé qu'il va retrouver son père dont personne n'a plus entendu parler depuis des années.

 

Un livre prenant, dérangeant, pudique, dans lequel Billie se dévoile, intimement, dans fard.

J'ai été quelqu'un de violent. Je n'ai jamais prétendu le contraire. Etant donné que c'est moi qui écrit cette confession, j'imagine que je pourrais me donner le beau rôle. Si je le souhaitais, je pourrais me présenter comme une mère Teresa bis. Je pourrais justifier tout ce que j'ai fait, tracer le portrait idyllique d'une pauvre demoiselle qui a fricoté avec des gens qu'elle aurait pu éviter et... Mais ce n'est pas là mon but. Ce que je veux, c'est dire la vérité.

Et cette vérité, elle s'étale sur le papier, en forme de rémission, peut-être pour l'édification des lecteurs, mais surtout avec l'espérance d'apaiser, de soulager.

Le lecteur ne peut s'empêcher de vibrer à cette histoire, et pour les plus anciens, il retrouvera une époque, celle qui paraît aujourd'hui comme une incursion dans la liberté, dans l'insouciance, dans une forme de délivrance, mais qui n'est qu'un épisode où les hippies prônaient l'amour, mais qui étaient aussi entourés de haine. La drogue, l'alcool, le refus des convenances, étaient comme un soufflet jeté à la figure des personnes campées dans des certitudes morales, religieuses, ancrées dans une époque qui désirait se débarrasser d'un carcan.

Une évocation sans complaisance de la société anglaise des années 1970, période que l'auteure a bien connue puisque Joolz Denby, de son vrai nom Julianne Mumford, est née en 1955. Poétesse, romancière, artiste peintre et photographe, tatoueuse professionnelle, personnalité de la scène punk anglaise depuis les années 1980, elle vit à Bradford, autant d'éléments qui se rattachent à son personnage de Billie Morgan.

Joolz Denby en 2006

Joolz Denby en 2006

Joolz DENBY : Billie Morgan (Billie Morgan - 2004. Traduction de Thomas Bauduret). Editions du Rocher. Parution le 26 avril 2017. 392 pages. 21,90€.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 05:33

Huître ou ne pas huître, telle est la question !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon

Obligé d'assister à un séminaire pour justifier une promotion, Georges Dupin apprécie durant sa pause les évolutions des manchots dans l'enceinte de l'Océanopolis de Brest. Il traîne des pieds, rechignant à rentrer dans le centre des séminaires lorsque son téléphone vient le perturber, comme d'habitude.

En réalité, il est plutôt content car la nouvelle que lui transmet Labat, l'un de ses inspecteurs, va lui permettre d'échapper à cette corvée. Un homme a été retrouvé allongé près du parking d'un restaurant de Port Bélon, couvert de sang. C'est une vieille dame qui a aperçu le cadavre et elle a immédiatement prévenu la gendarmerie de Riec-sur-Bélon.

Le problème se pose lorsque les autorités arrivent sur place : il n'y a plus de cadavre ! Envolé l'inconnu ! Dupin se rend donc à Port Bélon où il rencontre la vieille dame, qui n'est pas indigne, qui a, la première et apparemment la seule, aperçu le corps volatilisé.

Qu'elle n'est pas la stupéfaction de Dupin, et son immense plaisir, de rencontrer une de ses idoles de cinéma, la belle et talentueuse Sophie Bandol. D'accord, elle n'est plus aussi fringante que dans sa jeunesse, mais avec ses quatre-vingts printemps, c'est toujours une femme agréable avec laquelle il fait bon discuter. Malheureusement elle commence à perdre la mémoire, et elle ne se souvient plus très bien des détails.

Une double déception pour Dupin qui attendait plus de cette rencontre. D'autant que Sophie Bandol n'est pas Sophie Bandol, mais sa sœur jumelle, Armandine, créatrice de mode. Et à part un ou deux amis proches, tout le monde dans la région est persuadé qu'il s'agit de Sophie. Et Zizou n'est pas là pour confirmer ou infirmer. Zizou c'est le chien de Sophie, enfin je veux dire Armandine.

Un autre cadavre est découvert dans les Monts d'Arrée, et l'identification est rapidement effectuée. Il s'agit d'un Ecossais qui possède dans son village une huitrière et sur le bras un tatouage représentant le Tribann, symbole d'une association druidique. C'est un mideste pêcheur qui effectue les saisons à Riec et Port Bélon. Ce pourrait-il qu'une corrélation exista entre les deux cadavres, et surtout qu'un rapport pourrait être établi avec les producteurs et affineurs bretons de Riec-sur-Bélon de ces délicieux mollusques.

A moins que, d'autres possibilités s'offrent au commissaire et à ses deux adjoints, Le Ber et Labat. Le Ber s'est entiché depuis quelques temps de culture bretonne mais surtout celtique et il est incollable sur les légendes, les diverses traditions, les associations druidiques existantes dont d'ailleurs font parties quelques membres de la profession ostréicole locale. Nolwenn, la précieuse assistante de Dupin, est elle aussi une adepte de la celtitude qui passionne bon nombre de finistériens. Quant à Labat, il est plus terre à terre, s'inquiétant des ravages que peuvent provoquer des voleurs de sable sur les côtes du sud Bretagne. Pas les vacanciers avec leurs petites pelles et leurs petits seaux. Non des industriels qui pillent l'estran la nuit avec des camions, et qui revendent leur manne aux constructeurs peu délicats. Et Labat risque de s'enliser dans cette affaire qu'il mène en solitaire.

Tiraillé entre trois potentialités, Dupin mène son enquête entre Riec et Port Bélon, les Monts d'Arrée, et Concarneau, son fief, enquête qui s'étant jusqu'à Cancale et en Ecosse, voire jusqu'à Quimper, mais pour des raisons non professionnelles. Car sa Claire, sa fine de Claire, a décidé de quitter la région parisienne et elle vient de trouver une place en cardiologie à l'hôpital de Quimper.

Outre Nolwenn et ses deux assistants, Dupin va devoir composer avec les autorités locales et les légistes. Et comme dans toutes relations professionnelles il existe des atomes crochus ou pas, ce qui n'entrave pas l'enquête, ou peu. Et surtout il doit subir les acrimonies du Préfet, qui s'emporte vite et a tendance à récupérer les lauriers récoltés par Dupin pour s'en coiffer.

De très nombreux animaux jouent les personnages secondaires : des manchots, un requin pèlerin, une oie grise, un chien nommé Zizou, des fruits de mer en abondance et surtout des huîtres, que Dupin déteste cordialement et qu'il ne mange jamais à cause d'une forme d'appréhension non contrôlée.

C'est surtout l'occasion pour Jean-Luc Bannalec, qui n'est pas Celte mais Allemand, de son vrai nom Jörg Bong, de s'étendre longuement sur les aspects touristiques, de décrire la région, de développer les racines de certains us et coutumes bretons et plus précisément celtes en concordance avec les puristes qui ne reconnaissent que six régions celtiques, c'est à dire, l'Ecosse, l'Irlande, le Pays de Galle, l'île de Man, la Cornouaille et la Bretagne. Il s'intéresse également à l'histoire et à la culture de l'huître et aux maladies qui ravagent actuellement les naissains, au grand dam des ostréiculteurs et par voie de conséquence des dégustateurs. Un roman pédagogique qui sera peut-être superflu pour des Bretons, quoique, mais présente de façon attractive cette province du bout de la terre aux touristes et à ces compatriotes teutons qui s'arrachent ses romans.

Ce suspense est à rapprocher des ouvrages façon Agatha Christie, et d'ailleurs Armandine Bandol ne manque pas de déclarer à Dupin : Vous êtes un véritable détective. Peut-être pas aussi bon qu'Hercule Poirot, mais vous vous débrouillez. Vous aller éclaircir ce mystère !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon (Bretonisches Stolz - 2014. Traduction par Amélie de Maupeou). Une enquête du commissaire Dupin. Collection Terres de France. Editions des Presses de la Cité. Parution 13 avril 2017.464 pages. 21,00€.

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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 05:30

Le Poulpe aime les boissons gazeuses.

Mariano SANCHEZ–SOLER : Oasis pour l’OAS.

Gérard, le patron du Pied de Porc, pour une fois accueille Gabriel Lecouvreur de façon un peu trop servile pour être honnête. C'est qu'il a un service à lui demander.

L’oncle et la tante de Maria, les époux Binet (la femme de Gérard pour qui ne connaîtrait pas encore les personnages récurrents de cette saga) ont été abattus à Alicante, lui dans son magasin de confiseries pulvérisé par une bombe, elle dans son bungalow détruit par des explosifs. Vengeance de gangsters, c’est vite dit, et d’abord quel serait le motif ?

La cause en est peut-être dans cette somme d’argent léguée à Gérard et sa femme par des époux, qui franco-espagnols, (Franco étant le mot exact) sont des réfugiés pieds-noirs ayant eu des accointances avec l’OAS, comme le découvrira Le Poulpe en prenant connaissance des documents enfouis dans un coffre-fort d’une banque située à Andorre.

Gabriel est plongé au cœur d’une vieille histoire datant de près de quarante ans. L’OAS de sinistre mémoire, avec comme protagonistes Salan, Susini et un certain lieutenant Le Pen. Les morts s’accumulent parmi les réfugiés ayant appartenu à un groupe Delta et le commissaire qui enquête sur cette affaire n’est pas loin d’inculper Gabriel comme le fauteur de trouble.

Les habitués de la Série Noire retrouveront avec plaisir Martin Brett, de son nom Ronald Douglas Sanderson, qui fournit quinze romans à la célèbre collection dirigée par Marcel Duhamel, avant de voir un de ses manuscrit refusé, jugé comme trop politiquement engagé.

 

Roman écrit par un Espagnol, traduit par Georges Tyras, Oasis pour l’OAS est composé principalement de documents écrits par Binet, de coupures de journaux, qui éclairent l’activité des membres de l’OAS et fournissent une piste sur l’attentat du Petit-Clamart, ou tout du moins offrent une alternative sur cet attentat manqué.

C’est un cas Binet (merci, elle était facile) et ses rejetons par alliance, Maria et Gérard, ne sont guère, dans ce roman, à la hauteur de leur réputation. L’appât du gain les submerge et on les connu meilleurs, plus humains, plus proches de l’idéologie poulpienne.

Un dérapage dans leur comportement mais ne leur en tenons pas rigueur, ils sauront n’en doutons pas, rattraper cette évolution qui ne leur sied guère.

 

Mariano SANCHEZ–SOLER : Oasis pour l’OAS. Traduction de Georges Tyras. Le Poulpe N°206. Editions Baleine. Parution novembre 2000. 168 pages. 8,00€

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 05:35

Bon appétit, bien sûr !

Pascal GRAND : De sucre et de sang.

Installé depuis quelques mois à Orléans, Antoine Léonard Toussaint est un jeune chirurgien juré, une profession à l'origine des médecins légistes.

Il a fait ses études à Rouen, mais pour des raisons qui lui sont propres, il a été obligé de changer de région. Depuis, il enseigne et dissèque les cadavres, quand il y en a, évidemment. Des morts suspectes comme celui de cet inconnu qui est retrouvé dans une bascule, c'est à dire un tonneau empli d'eau dans lequel les pêcheurs sur la Loire glissent leurs prises afin de rentrer au port avec une cargaison encore frétillante.

Toussaint a fait son trou dans la bonne société, fréquentant plus ou moins les édiles, parfois par obligation, mais surtout le libraire Couret de Villeneuve auprès duquel il achète des ouvrages de La Mettrie, médecin libertin, dont il apprend par cœur des passages. L'un de ses ouvrages de référence est intitulé l'Art de jouir, tout un programme. Il n'est pas indifférent aux jeunes filles de la bonne société, ni aux autres d'ailleurs, mais il est affligé d'un problème, pour le moment insoluble : il a l'aiguillette nouée.

Au cours d'une séance organisée de mesmérisme animal par Louis-Amédée Soupault, riche négociant en produit divers, Toussaint fait la connaissance de la belle et jeune Hortense, fille de la famille Marotte dont il ne reste plus que la mère, le père étant décédé, et un oncle, Etienne. Et Hortense, dont il apprécie la conversation, le mande bientôt chez elle afin de soigner un sien cousin qui a été blessé. Toussaint n'est guère convaincu par les liens de parenté, mais après tout, ceci ne le regarde pas.

Toussaint vit dans un petit logement que lui a conseillé Grostête, lieutenant à l'administration des Turcies et Levées, organisme qui est en charge de la construction et de l'entretien des digues édifiées le long de la Loire. Et l'histoire du tonneau ne plait pas du tout à Grostête, cette affaire pouvant jeter le discrédit sur les pêcheurs.

La mère d'Hortense est l'héritière d'une des nombreuses raffineries sucrières orléanaises, et elle dirige son entreprise d'une main de maître. Seulement, des jeunes femmes sont retrouvées égorgées et les pistes suivies par le commissaire Cerisier, qui mène l'enquête en compagnie de Toussaint, semblent converger vers cette raffinerie.

Toussaint, Cerisier et Grôstête qui apporte son aide, ses connaissances des lieux et son soutien par amitié, vont devoir mener une enquête difficile, contrariée et contrecarrée par le lieutenant général de police Miron de Pont le Roy, et surtout des représentants royaux de la justice. D'autant qu'une directive émanant de l'intendant du roi demande à ce que l'enquête sur le cadavre de la bascule soit considérée comme affaire classée.

 

Toussaint et ses compagnons sont confrontés à des affaires et des enquêtes qui s'intercalent les unes dans les autres, comme un imbroglio dont il est difficile de démêler les différents fils. Le cadavre de la bascule, les femmes égorgées, la faction des Illuminés de Bavière, les expériences de mesmérisme animal, le cousin blessé, les dissensions entre les différents service de police et de justice (déjà !), les tentatives de meurtres envers Toussaint et Hortense, des anciens galériens, une faune qui vit dans les bouges sur les ports d'Orléans et des environs, tout un amalgame admirablement maîtrisé par Pascal Grand qui restitue avec vivacité l'Ancien Régime.

En ce mois de mars 1785, la France et ce petit coin du Val de Loire, ne sont pas plongés dans une léthargie lénifiante. La Révolution approche, mais ce sont surtout les innovations qui se profilent grâce à des jeunes promis à un bel avenir et qui désirent se démarquer de leurs anciens confits dans leurs certitudes. Ainsi Toussaint, ce chirurgien juré, dont les attributions sont les prémices de la médecine légale, peste contre les manquements de ses confrères, contre leurs méthodes désuètes et mortifères.

Plus qu'une histoire policière, Pascal Grand nous offre une reconstitution historique à la Dumas, comme dans le Docteur Mystère, mais sans nous plonger au cœur de la Révolution. Cela viendra peut-être si l'auteur daigne poursuivre les aventures de ce chirurgien et de ses amis, Grostête et Cerisier.

 

Si vous introduisez des femmes dans les loges, les maçons, qui aiment à se dire des hommes libres, deviendront des libertins.

Pascal GRAND : De sucre et de sang. Editions Pavillon Noir. Parution le 18 avril 2017. 320 pages. 14,00€.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:33

Hommage à Michel Audiard né le 15 mai 1920.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Journaliste à Paris-Matin, féru d'arts, Georges Masse attire les femmes, de préférence jolies, tel l'acacia les abeilles.

D'après ses dires il serait le gendre idéal :

Ayant reçu de mes chers parents le bon exemple, solidement instruit chez les Pères, drôlement porté sur le travail honnête, éclairé quant aux bienfaits de la vie rustique et aux méfaits de l'alcool (le whisky... Pouah!); voilà le garçon que je suis.

Tenez ! Mon rêve serait de rencontrer l'âme sœur, une petit provinciale avec des nattes dans le dos et des joues roses, jouant d Mozart au clavecin, lisant Paul Bourget dans le texte et ne voulant pas se laisser embrasser de peur d'attraper un enfant.

Au lieu de cela, devinez sur quoi je tombe à tous les coups ?... Sur des évaporées scandaleuses, moulées dans des pull-overs lance-grenades, avec des jupes à ouverture éclair et des battements de cil à dégeler un Conseil des Ministres.

Donc le garçon bien sous tout rapport qui organise avec ses collègues une petite fête pour l'anniversaire de son patron qui vient juste d'avoir cinquante ans, et tout ce beau monde pointe chez le sieur Golstein les bras chargés de bouteilles. Mais les fioles de champagne ne suffisent pas et Golstein puise dans sa réserve personnelle, perdant justement de sa réserve quant à Masse qu'il avait pourtant reçu avec une cartouchière en bandoulière et un fusil à la main, connaissant l'humeur farceuse de son employé. Et il avait raison Golstein de se méfier du journaliste puisqu'il retrouve Masse avec sa femme dans le même plumard. A la masse il est. En représailles, il lui suggère de prendre des vacances et c'est comme ça que Masse se retrouve à Venise. Et que le début de ses aventures mouvementées commence.

Lors de sa première soirée il est abordé par Arsène de Loubiac, fils de notaire en rupture de ban, qui lui propose de lui faire visiter la ville et ses endroits pas forcément touristiques. Et son cicérone l'entraîne au Triana-Club, un endroit fréquenté par les joueurs de poker. Masse n'est pas contre et les voilà tous deux embarqués dans un canot pour rejoindre le tripot haut de gamme installé sur un yacht, toléré par la police mais supposé clandestin, tenu par le Grec. Personne n'y trouve à redire sauf un concurrent, un certain Saddley.

Masse se rend compte rapidement que ses deux adversaires au poker sont des tricheurs, mais le prouver est une autre paire de manche. Et bientôt son portefeuille est réduit à l'état de limande. Les esprits s'échauffent et Zelos, dit le Grec, invite le journaliste à se rendre dans son bureau afin de régler le contentieux. Il lui ouvre la porte et tandis que Masse s'engouffre dans la pièce plongée dans le noir, un coup de feu est tiré. Une réception pour le moins imprévue.

C'est le début des ennuis pour Masse qui n'en demandait pas autant. La tireuse véhémente se nomme Nora Cassidi et elle en veut au Grec, une vague histoire familiale. Naturellement elle s'était trompée de cible, cela arrive. Mais pour Masse qui pensait rentrer dans ses fonds, c'est le contraire qui se produit. Le Grec exerce une forme de chantage et Masse doit signer un chèque de dix fois supérieur à ce qu'il doit, chèque qui sera remis à la banque le surlendemain. Mais Masse est à sec.

S'ensuit une sorte de complicité entre Nora et lui et ils se rendent chez le père de la jeune fille. Cassidi, qui s'est remarié avec Clara, une femme nettement plus jeune que lui, est alité, malade. Entre dans la danse le fameux Saddley, concurrent du Grec, et Masse est obligé de composer avec lui. Le journaliste est tiraillé entre Nora, sa belle-mère Clara, Cassidi le malade, Saddley et ses sbires, le Grec et les siens. Un imbroglio auquel s'ajoute Térésa Leoni, jeune commissaire de police de Venise qui ne prend pas de gants pour mener ses interrogatoires mais plutôt une lampe à souder. Il paraît que c'est très efficace pour délier les langues.

 

Ce roman ne possède pas la gouaille qui fera la réputation de Michel Audiard, même si le narrateur est ironique, cynique et persifleur.

Dans cet opus Michel Audiard me fait penser à Brett Halliday par certains côtés et en même temps à Peter Cheney. Une intrigue tarabiscotée, noyée dans des relents d'alcool, avec un personnage un peu débordé par les événements et en même temps insolent, possédant une arme à feu, ce qui n'est pas courant pour un journaliste.

Concomitamment à la parution de ce roman est sorti en salles le film éponyme réalisé par André Hunebelle, sur un scénario et des dialogues de Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux, Raymond Rouleau, Anne Vernon, Tilda Thamar, Monique Darbaud, Bernard Lajarrige, Jacques Dynam, John Kitzmiller...

 

A noter que la quatrième de couverture précise : Tout ce que le film ne peut montrer, vous le lirez dans Massacre en dentelles, un nouveau succès de Michel Audiard.

J'ai toujours couché avec tous les hommes qui se sont donnés la peine d'y arriver.

S'il fallait que les femmes s'occupent d'où vient l'argent qu'elles dépensent, les bijoutiers pourraient fermer boutique.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.
Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles. Collection Spécial Police N°26. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1952. 224 pages.

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 13:16

Entrez dans l'intimité d'une vedette du cinéma, puisque l'on vous dit que c'est confidentiel...

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel.

Curieux roman et curieuse histoire que celle de cet ouvrage publié aux Presses de la Cité en 1970.

En effet, Hollywood confidentiel, premier manuscrit qu'ait écrit Michel Lebrun, resta dans les tiroirs de celui-ci pendant vingt-sept ans, et lors de sa parution, nombreux furent les critiques qui louèrent la facilité avec laquelle Michel Lebrun savait se renouveler.

Michel Lebrun, qui avec quelques décennies d'avance sur Stuart Kaminsky et bien d'autres, avait utilisé ce qu'on appelle de nos jours la Hollywood-mania, ou l'art rétro de mettre en scène quelques personnalités éminentes de la capitale cinématographique, que ce soit des acteurs, des réalisateurs, des metteurs en scène, des scénaristes...

Plus que l'histoire, c'est la construction feuilletonnesque du roman qui retient l'attention. C'est une parodie, un pastiche jubilatoire de ces feuilletons qui enchantèrent l'enfance de bon nombre d'entre nous, de Rocambole à Fantômas en passant pas Belphégor. Mais c'est aussi un hommage à une littérature qui respecte son statut : celui de plonger le lecteur dans des aventures extraordinaires, de le captiver, de l'intéresser et l'inciter à lire encore et encore de nombreux romans d'aventures.

Les têtes de chapitres et les questions posées à la fin de ceux-ci sont en tous points savoureux et obligent le lecteur à continuer à tourner les pages avec avidité, gourmandise, se délectant des aventures du personnage principal. En voici quelques exemples pris au hasard.

Premier chapitre : Le cri de l'épouvante.

Question posée à la fin du dit chapitre : Quel drame se déroulait dans la mystérieuse demeure ?

Ou encore :

Le tortionnaire au masque noir, Le secret du mort qui marche, Le laboratoire des épouvantes, Au milieu des mangeurs d'homme...

Ou encore :

Le narrateur se réveillera-t-il ? L'homme aux poings d'acier se lavera-t-il de l'infamant soupçon ? Notre héros se rendra-t-il à l'inquiétant rendez-vous ? Le faux prince hindou sera-t-il démasqué ?

 

Voyons maintenant et superficiellement le début de ce roman sans trop en déflorer l'intrigue :

Warren qui vient de purger trois ans dans la prison de Jacksonville, motif meurtre, se fait engager comme garde du corps par Bill Slone, acteur célèbre pour son interprétation dans le rôle du Cow-boy masqué. Drôle de famille quand même que la famille Slone, puisque la femme de l'acteur, Zelda Chevalier, actrice elle aussi, est une fervente adepte du masochisme, tandis que ses deux filles sont nymphomanes. Mais il n'était aucunement prévu que Karl, le chauffeur, se fasse assassiner et les événements qui en découlent mettent notre héros dans des situations impossibles et invraisemblables.

Hollywood confidentiel est en quelque sorte un bain de jouvence qui malheureusement se fait trop rare. Vive l'humour et la bonne humeur, cela aide à rajeunir...

 

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel. Editions J'ai Lu Policier N° 2305. Parution 1987.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 09:00

Honnête, honnête, c'est vite dit. Ou alors comme un homme politique...

Pierre NEMOURS : Le gang des honnêtes gens.

Âgé d'à peine cinquante ans, Paul Récord s'est vu démettre de ses fonctions de directeur chez Nordcoop, pour le simple motif de rendement trop faible. Et pour confier le poste à un homme plus jeune, sans expérience mais bardé de diplômes, mais issu du sérail, gendre du grand patron.

Nous sommes en 1970 et déjà les cadres valsent selon les résultats. Et résultat des courses Paul Record traîne depuis quelques semaines dans la campagne ou en ville, dans les bars et sur le port en attendant de rentrer chez lui, car en homme fier il n'a pas annoncé à sa femme son nouveau statut d'homme libre de ne rien faire.

On lui avait bien proposé un autre poste, bien sûr moins élevé et par conséquence moins rémunéré, mais il a refusé. En tête, il a idée de monter sa propre entreprise, et pour cela il lui faut des fonds qu'il ne possède pas. Il pourrait puiser dans son patrimoine, au risque d'alerter son épouse éloignée de la réalité.

Alors que faire dans ce cas ? Il s'accoquine avec trois autres compagnons, issus de milieux divers mais qui tous sont dans le besoin pour des motifs avouables, ou presque, et dont le métier va servir ses desseins et exécuter l'opération projetée.

Les quatre hommes se retrouvent dans un café tranquille, parmi des joueurs de belote et afin de ne pas se faire remarquer, manipulent les cartes sans vraiment y porter attention. Outre Paul Récord, assis autour de la table se trouvent Francis Ballogne, dont la fille est atteinte d'une maladie neuromusculaire et la seule intervention de chirurgie envisageable ne peut se produire qu'aux Etats-Unis. Norbert Souche et Raphaël Davila eux aussi ont besoin d'argent pour concrétiser leurs rêves. Mais ce sont surtout les métiers qu'ils effectuent qui intéressent Paul Récord.

Ballogne travaille dans une banque où justement Récord possède ses comptes et un coffre. Norbert Souche est un policier qui était promis à un bel avenir mais un excès de zèle lui a coupé les échelons à un grade supérieur. Raphaël Davila à la Caisse Autonome de la construction et du Logement. Métiers disparates mais complémentaires pour ce qu'envisage Récord. Le cambriolage d'une banque, celle où travaille certes Ballogne, mais sans coups de feu. Tout est prévu et chaque corps de métier va apporter la pierre à cet édifice minutieusement élaboré par Record.

De toute façon ce sont d'honnêtes gens, puisqu'aucun d'eux n'a un casier judiciaire entaché de la moindre peccadille.

 

La préparation puis le cambriolage de la banque prennent une grande place dans ce roman resserré dans le temps. Le port, la ville et un peu la campagne forment un décor imaginaire, pour une intrigue qui pourrait se situer aussi bien au Havre qu'à Boulogne sur mer ou Calais. Car c'est bien l'ingéniosité de l'intrigue qui préoccupe l'auteur.

Toutefois, et c'est ce qui rétrospectivement interpelle le lecteur, c'est la similitude ou presque avec le Casse du siècle, préparé par Albert Spaggiari à Nice en... 1976, soit six ans après la parution de ce roman.

Mais il faut remarquer également que dès 1970, les cadres pouvaient valser pour manques de résultats, être virés comme des malpropres, les dirigeants et actionnaires d'entreprises ou sociétés commerciales n'ayant pour humanisme que leur portefeuille.

Un roman prémonitoire qui démontre, une fois de plus que les auteurs de romans policiers et/ou noirs sont plus en phase avec la réalité quotidienne que bien des écrivains qui se piquent d'intellectualisme.

Une réédition fort bien venue.

Première parution Collection Spécial Police N°796. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1970. 240 pages.

Première parution Collection Spécial Police N°796. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1970. 240 pages.

Pierre NEMOURS : Le gang des honnêtes gens. French Pulp Editions. Parution 4 avril 2017. 232 pages. 9,50€. Version numérique 4,99€.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 05:39

Qu'ils s'arrangent entre eux, ceci ne nous regarde pas !

Stanislas PETROSKY : Dieu pardonne, lui pas !

Se prénommer Estéban n'est pas rédhibitoire, mais porter comme patronyme celui de Lehydeux, surtout quand on n'est pas mal foutu de sa personne, c'est comme une injure à la nature. Alors Estéban préfère qu'on l'appelle Requiem, d'ailleurs ce n'est pas antinomique puisqu'il est prêtre. Et plus particulièrement curé exorciste attaché à un cabinet du Vatican.

Après une journée liturgique à célébrer la messe, puis une soirée supposée de détente en compagnie de son amie Cécile à qui il donne sa bénédiction urbi et orbite à plusieurs reprises, puis une matinée de rattrapage au pieu histoire de se reposer de ses efforts nocturnes, Requiem se sustente afin de récupérer de ses débordements dans la salle de restaurant de l'hôtel chic et lit le journal, un Paris-Normandie du jour qui traine à portée de ses yeux.

Un article l'interpelle (à tarte) concernant une rixe sur le port du Havre, un syndicaliste du nom de Jules Durant étant soupçonné d'assassinat. Jules Durand ne jouait du piano debout, c'est peut-être un détail pour vous, mais pour Requiem ça veut dire beaucoup. Ce nom, banal sans aucun doute, porté par de nombreuses personnes, est pourtant celui d'un homme qui en 1910 fut victime d'une grave erreur judiciaire, et l'homonymie n'échappe pas à Requiem toujours friand de faits divers à résonance libertaire

Et voici Requiem fouillant sur le Net, à la recherche de renseignements concernant cette affaire et il découvre que l'employeur de Jules Durand, le présumé assassin et sa victime travaillaient tous deux pour Ody-Art, une société fondée par Jean-François Roy. Cette société est spécialisée dans l'achat, la revente, la négociation d'objets d'art auprès des collectionneurs privés. Mais pas privée de moyens. Et Roy n'est pas un inconnu, car une photo le montre, posant vingt ans auparavant effectuant un salut nazi avec les breloques et écussons de même nature et évidence, en illustration d'un article posté sur le-libertaire.net signé Sandy M.

Comme Esteban alias Requiem possède une copine demeurant au Havre - tels les marins Esteban aurait-il une femme des chaque port sachant que dans chaque homme sommeille un porc ? - il contacte donc Elena à qui il narre le pourquoi du comment il est dans la cité construite sous François 1er. Elena lui promet de lui trouver un emploi chez Ody-Art par le truchement de Vigneron, un employé affilié à la CGT et grande gueule sympa chargé des recrutements. Requiem avoue à Vigneron son statut de curé exorciste, et c'est ainsi qu'Esteban met les deux pieds dans l'entrepôt et les deux mains dans les opérations de colisage, rôle qui était dévoué auparavant à Jules Durand.

Il est embauché sous le nom d'Alix et il met tant de cœur à l'ouvrage qu'il se fait estimer. Il se fait également apprécier de Sandy M. grâce à sa façon de manier le goupillon, laquelle Sandy ne résiste pas à ses charmes et à sa façon de caresser dans le sens du poil. Il fouille dans les caisses, à l'insu de son patron, mais pas à celui de Sandy, mais restons avec Roy et ne nous immisçons pas dans les draps de Sandy.

Roy, le néo-fasciste est fortement intéressé par ce nouvel employé qui se dit prêtre intégriste, relégué en marge de l'Eglise, et au cours d'un entretien se réfère aux prêtres de Phinéas, une secte néo-nazie.

 

Une aventure dans les méandres des idées néo-nazies propagées par de nouveaux adeptes de cette doctrine nauséabonde, cela ne pouvait pas échapper à Requiem. Et Stanislas Petrosky met tout son cœur et le reste, à la rédaction de cette histoire, légère dans la forme et au combien d'actualité dans le fond.

Naturellement, placée sous le saint patronage de San-Antonio, cette intrigue ne peut manquer d'être humoristique, avec nombre de références et façons de procéder dignes du maître. Notamment avec les interpellations au lecteur et les renvois en bas de pages. Mais comme souvent avec Frédéric Dard lorsqu'il signait San Antonio, surtout dans la seconde partie de sa production, il s'agit souvent d'un humour amer.

Il y a un côté Don Camillo chez Requiem, mais pas que et l'on pourra retrouver quelques ressemblances avec ces prêtres libertins du XVIIIe siècle tels que l'on en voit par exemple sous la plume de Boyer d'Argens dans Thérèse philosophe ou encore avecRabelais qui était ecclésiastique et anticlérical. Enfin, Requeim est un fervent adepte des asticots-cercueil, c'est à dire, pour ceux qui n'auraient pas compris, des verres de bière.

Bon nombre de personnages portent le nom d'auteurs émergeant et émargeant chez Lajouanie ou Atelier Mosesu. Des clins d'œil amicaux sans nul doute, même si certains ou certaines sont traités avec une certaine légèreté.

Curiosité : Chaque tête de chapitre comporte une contrepèterie. Certaines sont faciles, d'autres moins. Amusez-vous à les déchiffrer !

 

Stanislas PETROSKY : Dieu pardonne, lui pas ! Série Requiem N°2. Roman policier mais pas que... Préface de Patrice Dard. Editions Lajouanie. Parution le 14 avril 2017. 200 pages. 18,00€.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 07:57

Un livre de circonstance ?

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs !

Les hommes du shérif du comté de Blossom sont à l'affût. Ce qui n'empêche pas l'oncle Sagamore de déguster sa production locale détenue dans un pot à confiture. Une provocation délibérée et il enterre immédiatement son bocal sous un tas de bois.

Dans douze jours, de nouvelles élections vont avoir lieu afin de choisir un nouveau shérif. Ou reconduire l'ancien, puisqu'il est seul pour l'instant à se (re)présenter. Personne n'envie sa place et pourtant les habitants du comté ne tarissent pas de critiques négatives sur sa façon d'administrer et de gérer les problèmes de production illicite d'alcool.

Les adjoints du shérif déterre le bocal mais lorsqu'ils apprennent qu'il contient de la nitroglycérine, ils repartent la queue entre les jambes, ce qui morphologiquement n'est pas faux mais qui traduit une peur rétrospective à l'idée de s'envoyer en l'air dans avoir pu prendre du plaisir. cela amuse l'oncle Sagamore et Pop, le père du jeune Billy. A part eux, à la ferme Noonan réside également l'oncle Finley, mais il ne compte pas, trop occupé qu'il est par son idée fixe de construction d'arche.

Oncle Sagamore, Pop et son fils Billy partent pour la ville, et ils se ravitaillent en cours de route à une pompe à essence. Tandis que les hommes procèdent à des besoins naturels, Billy entend le garagiste déclarer à un de ses amis qu'il va vendre des pneus rechapés sans difficulté à ceux qu'il prend pour des ploucs. Billy en informe son oncle et commence alors un curieux échange de billets contre pièces d'argent, ce que l'on appelle couramment le vol au rendez-moi. L'oncle Sagamore repart plus riche qu'il était en arrivant, avec en prime les pneus.

Le shérif tient absolument à prendre sur le fait Sagamore et compagnie alors que l'oncle se prépare à une nouvelle séance de distillation. Mais comme il ne peut le faire clandestinement, il va réaliser cette opération en plein air, devant un attroupement de villageois curieux et attendant du shérif qu'enfin il mette fin à ces pratiques.

Sacs de maïs et sacs de sucre sont entassés dans la cour et la bouillotte est installée dans une petite cabane. Théoriquement il va produire de l'alimentation pour cochons, ainsi que de la térébenthine grâce à de la résine prélevée sur les pins environnants. La poudre de maïs et le sucre sont mis à macérer dans des cuves, mais cela ne tourne pas comme le souhaitent Sagamore et Pop. La fermentation provoque des bulles et les cuves sont vidées à terre, le sol engloutissant le liquide. Le shérif et ses adjoints sont présents et ne peuvent que constater que le résultat produit ne peut servir de pièces à conviction.

Le garagiste se lance lui aussi dans la course électorale, contre le shérif actuel, et déclare que s'il est élu, il mettra l'oncle Sagamore en prison. Un programme ambitieux qui est calqué sur celui du shérif. Qui gagnera ?

La question est posée, mais l'oncle Sagamore s'érige en arbitre, et cela nous donne quelques scènes du plus haut effet comique, surtout lorsque madame Horne et ses nièces, qui ne sont pas ses nièces vous l'aurez compris mais des jeunes femmes de petite vertu, sont invitées à participer à ce simulacre de campagne électorale.

 

Narrée par Billy, un gamin de huit ans, cette histoire complètement loufoque reprend les personnages de Fantasia chez les ploucs, dans de nouvelles aventures délirantes.

Bien sûr Billy, vu son jeune âge, ne comprend pas toujours ce que font les adultes, et plus particulièrement son oncle Sagamore. Mais il lui fait confiance de même qu'à Pop, son père. Seul l'oncle Finley est à part, mais incidemment il se trouve au bon endroit au bon moment pour compléter certaines scènes de panique élaborées par les deux hommes, à l'encontre du shérif, de Curly la garagiste vindicatif et sûr de lui, ou les badauds qui affluent de plus en plus à la ferme Noonan.

Mais sous des dehors naïfs, l'oncle Sagamore, et dans sa foulée Pop, est nettement plus retors, matois et roublard que sa dégaine pourrait le faire croire. Il marche pieds nus, ce qui n'est pas rédhibitoire, et agit comme s'il était simplet. Or c'est tout le contraire et il possède une intelligence à faire pâlir d'envie bien des ministres.

Mais sous des dehors de comique façon Branquignols, Charles Williams édicte des propos, sans en avoir l'air, à l'encontre des ligues de vertus, le pouvoir et la façon de procéder des candidats pour gagner des électeurs, l'hypocrisie et le fanatisme religieux. Un roman publié en 1960 et qui n'a rien perdu de son charme, de son humour mais surtout des enseignements que l'on veut bien y trouver, d'autant que de nos jours, ce sont toutes ces dérives qui sont portées parfois à leur paroxysme. Il y a du Rabelais revisité par Voltaire en Charles Williams.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs ! (Uncle Sagamore and his girls - . Traduction de C. Wourgaft). Série Noire N°602. Parution novembre 1960. 256 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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