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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:14

Le parfum du roman noir américain !

Serge LAFOREST : Une poigne de fer.

A trente neuf ans, seize ans de service et trente-six enquêtes résolues à son actif, le lieutenant Sol Barker peut enfin espérer obtenir ses trois ficelles et devenir capitaine. Il est affecté dans un commissariat de Brownsville, et est célibataire depuis que sa jeune compagne Gail a déserté le foyer conjugal.

Elle était danseuse et n’a pas supporté les horaires de travail de Barker. Alors depuis seize mois, elle a repris sa liberté. Ce qui n’a pas empêché Sholto, dit Sol, Barker de s’intéresser à ses faits et gestes.

L’annonce que son dossier va enfin être déposé sur le bureau du maire, communication signifiée par son patron le commissaire Haraden, lui fait évidemment plaisir mais la nouvelle d’un meurtre vient gâcher l’avis de cette promotion, pas encore signée. Et ce meurtre a été signalé à l’adresse d’une certaine dame Namara, nouveau nom de Gail, née Owens mais ayant théoriquement gardé son nom d’épouse puisque le divorce n’a pas été prononcé entre eux.

Il s’agit d’un jeune gangster du nom de Buggsy Lazlo, qui avait fait ses armes avec Fredo le Sicilien puis, depuis que la bande avait été détruite, évoluait dans le sillage de Goldie Gaione. Sol, de la Brigade Criminelle, arrive sur place alors que deux policiers gardent l’entrée et interroge la femme de service qui était dans les escaliers. La concierge est toujours dans l’escalier ! Les ambulanciers partent avec le cadavre et Sol farfouille dans la pièce, retrouvant les objets et les vêtements chics de Gail. En sortant il se trouve nez à nez avec celle-ci.

Au début elle nie connaître Buggsy puis avoue qu’il la courtisait. Elle lui avait prêté une clé mais jure que jamais il n’a couché avec elle. Sol n’est pas convaincu par ses affirmations. Sol se rend ensuite chez Vito Lazlo, le frère de Buggsy, qui a quinze ans de plus que le défunt et qui tient un bar. Il lui annonce la mort violente de son frère, ce dont Vito n’est guère surpris, sachant les relations que celui-ci entretenait avec la pègre.

Dice Appledoe s’invite dans la pièce où se tient Vito, Sol s’étant caché derrière une porte. Appledoe est envoyé par Goldie Gaione pour que Vito lui refile un pourcentage sur ses recettes et fournit un endroit pour que le shylock, prêteur sur gages aux taux usuraires, puisse s’y installer. Vito refuse catégoriquement, ne mangeant pas de ce pain-là. C’est à ce moment que Sol se dévoile et embarque Appeldoe pour diverses infractions. Il demande au policier de garde de relâcher Appledoe au bout d’une heure.

Se faisant passer pour Bix Skouris, un concurrent de Goldie Gaione, il téléphone, d’un drugstore, au truand, l’informant qu’Appledoe aurait craché le morceau concernant Buggsy Lazlo. Car Sol est déterminé à donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Il veut monter l’un contre l’autre les deux truands, chefs de bandes rivales, mais le résultat n’est pas tout à fait conforme à ses prévisions.

Haraden l’informe que son dossier pour obtenir les trois ficelles a été mis à la poubelle. Le district attorney et le maire mangeant dans la main des truands. Sol pense que quelqu’un d’autre manipule les tygoons (gangsters).

 

Une poigne de fer, si ce roman était signé d’un pseudonyme américain et traduit par Serge Laforest, aurait très bien pu passer pour la traduction d’un livre en provenance d’Outre-Atlantique. On sent l’influence d’auteurs américains, dans le style de Bruno Fisher, de Day Keene et de quelques autres, de par le contexte. Et il ne faut pas oublier que Serge Laforest fut le premier auteur français publié dans la Série noire, sous le pseudonyme de Terry Stewart en 1948.

Il est étonnant qu’au départ Sholto Barker évolue à Brownsville puis au court du récit ce quartier ou cette ville devient tout simplement Brooklyn. Mais ce n’est qu’un détail, ce qui importe c’est le traitement de l’intrigue.

Un policier qui veut à tout prix, et par tous les moyens, se débarrasser de deux bandes de gangsters, mettant sa vie en jeu. Et le lecteur n’est pas étonné du résultat ni du nom de la personne qui tire les ficelles.

Un roman solide comme les écrivait Serge Laforest, et chez lui il n’y avait guère de déchet. Il fut l’un des piliers des collections Spécial Police et Espionnage jusqu’à son éviction ( ?) du Fleuve Noir en 1969.

 

Serge LAFOREST : Une poigne de fer. Collection Spécial Police N°60. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1954. 224 pages.

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 03:57

Une plongée dans le Paris des années 1950.

André HELENA : Le demi-sel.

Heureuse initiative que celle des éditions Fanval de rééditer l’un des romans composant la série « Les Compagnons du destin » d’André Héléna.

André Helena, un auteur peu ou mal connu, redécouvert cycliquement par des maisons d’édition qui ne mènent pas jusqu’au bout leur entreprise dont 10/18. Mais rééditer son œuvre, même partiellement, n’est que justice. Des romans qui malgré un petit air désuet n’ont pas pris une ride. Paradoxal ? Non.

Ceux qui n’ont pas connu ces endroits chauds que sont Pigalle, Barbès, La Goutte d’Or, n’ont pas connu Paris à la fin de la guerre, n’ont pas connu ces bouges avec les comptoirs en zinc, et la sciure sur le sol, ne peuvent pas se rendre compte de la force d’évocation des écrits d’Héléna. Si les mauvais garçons et les filles écument encore les trottoirs entre l’avenue de Clichy et Barbès, les lumières, les musiques, les devantures accrocheuses ne sont plus les mêmes et c’est le Paris d’aujourd’hui qui semble superficiel.

Les romans d’Héléna n’ont pas pris une ride car son écriture possède toujours cette force d’évocation, ce mélange acidulé de langue française et d’argot que l’on retrouve chez les grands anciens comme Francis Carco dans certains de ses romans. De même les histoires sont de tout temps. Cette mouise dans laquelle se débattent les acteurs des drames de la ville, cette déchéance dans laquelle ils sont aspirés comme dans des sables mouvants, cette misère qui s’accroche à leurs basques et avec laquelle ils s’habituent à vivre, tout cela existe encore.

Les demi-sels qui veulent se prendre pour des caïds ou qui sont jugés à tort comme tels, des victimes de la société, des autres, d’eux-mêmes ou du hasard qui complique toujours la vie.

Ce roman d’Héléna publié pour la première fois en 1952 retrouve une nouvelle jeunesse, et ce n’est que justice. Mais une fois de plus l’auteur, comme bien d’autres, ne jouira pas de ce regain d’intérêt porté à son œuvre car il est décédé en 1972. Restent ses compagnons de route, ses admirateurs, ses condisciples qui rendent hommage ici ou là à un romancier trop tôt disparu, dans l’indifférence générale et qui n’eut jamais de chance auprès des éditeurs ou alors trop tard.

Sans oublier qu’il fut spolié, réédité sous des noms d’emprunts pseudo-américains, ou obligé d’écrire à la va-vite chez des éditeurs plus ou moins véreux afin de gagner la pitance quotidienne. Et ceux qui aiment chiner dans les vide-greniers tenteront de retrouver ses romans parus dans la collection La Chouette sous le pseudonyme de Noël Vexin qui pour certains critiques sont des ouvrages mineurs, mais pour les nostalgiques des romans populaires des ouvrages dignes de figurer sur les étagères des bibliothèques populaires.

Réédition Collection Noir Rétro. Editions Plon. Parution septembre 2010. 220 pages.

Réédition Collection Noir Rétro. Editions Plon. Parution septembre 2010. 220 pages.

André HELENA : Le demi-sel. Les Compagnons du destin. Postface de Léo Malet. Collection Fanval Noir. Editions Fanval. Parution avril 1988. 192 pages.

ISBN : 9782869284074

 

 

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 03:47

Quand André-Paul Duchâteau s’adonnait à la sherlockmania !

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient.

Surtout connu pour les scénarii de Ricochet, illustrés par son compère Tibet, André-Paul Duchâteau a également écrit de nombreux romans policiers à dominance humoristique.

Dans ce recueil, il s’attaque, gentiment et toujours avec humour, à un monument de la littérature policière en offrant quatre nouvelles, qui ne révolutionnent pas la geste de Sherlock Holmes mais contribuent à magnifier la légende du détective créé par Arthur Conan Doyle.

Quatre nouvelles sans fil conducteur mais dont certains personnages apparaissent et réapparaissent au long des récits, et je ne parle pas bien sûr de Sherlock Holmes et de son inamovible ami, secrétaire, et biographe.

 

Le Noël de Sherlock Holmes :

Une jeune actrice, Janet Fields, se présente le soir de Noël chez Sherlock Holmes. Elle est reçue par Watson qui, coïncidence heureuse, vient de lire un article concernant la pièce de théâtre dans laquelle elle joue.

Mal apparemment d’après un spectateur car elle vient de recevoir un message l’avertissant que son correspondant va la tuer ce 24 décembre, au cours de la représentation. Et c’est signé Jack l’Eventreur.

Alors Sherlock et son ami Watson se rendent au théâtre afin d’assister à la représentation et se présenter dans la loge de la jeune comédienne. Mais c’est le directeur de l’établissement qui est retrouvé assassiné.

 

Défis à Sherlock Holmes :

Raffles, le célèbre aventurier et gentleman cambrioleur, lance deux défis à Sherlock Holmes, lequel accepte galamment et s’en tirera à son avantage. Ce n’est point tant ces deux défis, bien imaginés par André-Paul Duchâteau, qui comptent, quoi que, mais bien ce personnage de Raffles, précurseur d’Arsène Lupin, créé par William Ernest Hornung, lequel n’était autre que le beau-frère d’Artur Conan Doyle. Une affaire de famille.

 

Le meurtre de Diana Bonté :

Trois sœurs, les sœurs Hawkins, se présentent chez Sherlock Holmes, requérant son aide dans une affaire de meurtre programmé. Elles sont toutes trois romancières, écrivant sous le pseudonyme commun de Diana Bonté des romans catalogués comme livres pour dames. Elles ont reçu un de leurs ouvrages avec une croix rouge tracée à côté de leur nom de plume, puis une boîte contenant une veuve noire, cet amical arachnide poilu.

A Sherlock Holmes rien d’impossible, ce qui n’empêche pas une pendaison. Suicide ou meurtre ?

On reconnaîtra aisément dans ce pseudonyme commun (mais pas commun) un clin d’œil appuyé aux sœurs Brontë.

 

Le propriétaire de Chelsea :

Etre un riche industriel, cela n’empêche de mourir d’un accident de la route. Une deux-chevaux, une voiture hippomobile, renverse le richissime Fortescue victime d’un meurtre avéré, le véhicule ayant été volé et retrouvé la nuit suivante. Pour Sherlock Holmes, l’assassin ne peut être que l’un des quatre locataires d’un immeuble dont Fortescue était le propriétaire. Des personnages étant étroite relation avec le défunt.

Le lecteur retrouve, dans cette nouvelle, Janet Fields dont il a fait la connaissance dans Le Noël de Sherlock Holmes ainsi que l’inspecteur Lestrade.

 

Quatre nouvelles empreintes d’un humour très British, ce qui ne gâte rien, et des déductions émises par Watson lequel est souvent contredit par Holmes. Ce qui ne l’empêche pas de tarabuster parfois le grand homme.

Mais il vous faut réagir et prendre un peu de distraction, Holmes. Vous ne pouvez pas continuer à rester confiné ici vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient. Collection Attitudes. Claude Lefrancq éditeur. Couverture et illustrations intérieures de René Follet. Parution 1992. 160 pages.

ISBN : 9782871530862

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 04:10

Quand on vous dit de ne pas laisser traîner vos déchets un peu partout !

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont.

Deux gamins découvrent un cadavre dans un square désert situé près du pont de Saint Nazaire, et il n’en faut pas plus pour que la grande maison, la Chancellerie, demande à Marie Lester de se rendre sur place afin d’enquêter sur ce meurtre apparemment banal.

Sauf que le cadavre lui n’est pas banal. L’ex juge Ménaudoux, le défunt, n’avait bonne presse aussi bien dans ses anciennes relations professionnelles que dans son voisinage. Un homme renfermé, qui avait côtoyé l’extrême-gauche et dont les jugements allaient à l’encontre de celle de la justice. Sa femme, acariâtre, n’est guère appréciée non plus. Tous les jours, à la même heure, il sortait son chien, effectuant le même parcours immuable. Le commissaire local et ses adjoints ont rapidement conclu à un crime de rôdeur. Quant au petit chien il gisait mort dans une mare, comme s’il avait reçu un coup de tatane mortel.

Pour Mary Lester, qui a été détachée de son commissariat de Quimper, tout est à reprendre de zéro. Son arrivée dans la cité portuaire, dans laquelle flotte encore l’ombre de Tintin, est entachée de quelques incidents. D’abord elle est accueillie par un gardien de la paix rébarbatif, puis comme elle est en retard, le commissaire est parti déjeuner. Tant pis, après son repas, elle retourne à son lieu d’affectation provisoire, et se fait remonter les bretelles car elle est élastique sur les horaires.

Seulement la belle et jeune officier de police n’est pas une personne à se laisser monter sur les pieds, et elle remet tout ce petit monde en place, sans s’énerver, ce qui énerve encore plus ses interlocuteurs. Elle prend une chambre puis se rend sur les lieux du drame à la recherche d’un indice omis par ses collègues. Bingo, elle trouve près d’un feu de camp un bout de papier. La notice d’emploi d’une pellicule photographique peu courante. Un premier indice important qu’elle recueille.

Elle revient sur place le lendemain matin, armée d’un appareil photo et d’une pellicule idoine en noir et blanc, et commence à prendre quelques clichés. Le manège de deux hommes autour d’une camionnette et d’une femme l’intriguent mais d’autre faits également. Elle s’inscrit dans le club-photo local afin de développer sa pellicule, se liant avec le responsable de l’association ainsi qu’avec d’autres membres de ce club. L’un des adjoints du commissaire reconnait sur l’une des photos un ancien rugbyman, une gloire qui était fort connue pour ses coups de poings, sur et en dehors des terrains et qui, en véritable brute, a eu maille à partir avec la justice. Devenu petit truand, il était arrivé à Saint-Nazaire incognito et totalement désargenté.

Or il circule des billets de deux cents francs reconstitués, laissant à penser qu’une moitié des billets avaient été donnés comme acompte, puis l’autre moitié lors de la réalisation du petit travail demandé.

 

Peu à peu Mary Lester remonte le fil de cette enquête linéaire, ce qui ne veut pas dire que les péripéties sont inexistantes, au contraire, pour arriver à une solution simple et subtile dans sa résolution, malgré les sarcasmes du commissaire local et de ses adjoints. Au début ils se gaussent d’elle mais bientôt ils sont obligés de rabattre leur caquet.

 

Si la trame de cette énigme n’est pas trop tarabiscotée, ce sont surtout l’humour qui se dégage principalement dans les dialogues, et les réflexions pleines de bon sens émises principalement par l’auteur qui priment et en donnent le sel.

Une lecture agréable qui ne s’embarrasse pas trop de digressions philosophiques de comptoir mais dont le contenu met le doigt parfois sur les travers de la société. Et Mary Lester possède une répartie que bon nombre de personnes aimeraient détenir face à leurs patrons, les remettant en place lors de leurs délires sans pour autant user de propos mal sonnants. L’art de la dialectique et de la rhétorique, le tout asséné avec un sourire plein de candeur mais efficace pour démonter les interlocuteurs.

 

De cette plate-forme elle avait une vue plongeante sur feu le magasin. Comme dans le bureau, il restait des ferrailles tordues, les squelettes métalliques de ces présentoirs appelés gondoles non par souci d’introduire un vocabulaire poétique dans cet univers de rentabilité à tout prix, mais, qui sait, pour signifier ironiquement au chaland qu’on le menait en bateau à grand renfort de promotions bidons et de faux prix coutants.

Jean FAILLER : Brume sous le Grand pont. Mary Lester 10. Editions du Palémon. Parution 2e trimestre 1997. 270 pages.

ISBN : 9782907572057

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 03:45

Magali, Magali
Qu'est-ce qui t'a pris de t'en aller
Pour le pays de nulle part…

Maurice DEKOBRA : Opération Magali.

Garagiste honnête (si, ça existe !) et apprécié de ses concitoyens de Courseulles-sur-Loire, Mario Lespinasse nage dans le bonheur. Ce soir là il a invité quelques amis pour participer au repas donné en l’honneur de son jeune fils Raymond qui vient d’être baptisé. Parmi les quelques invités, figure monsieur Abel Paoli, ancien commissaire de police à la PJ parisienne, venu cultiver son lopin de terre dans le Nivernais, un peu comme le Candide de Voltaire.

Mais ne philosophons point trop, car l’heure n’est pas vouée à la littérature mais à des retrouvailles dont Mario se serait bien passé. Deux clients attendent Mario dans le garage. Une réparation fictive car les deux hommes, Mario les connait bien. Cela faisait plus de dix ans qu’il ne les avait pas vu. Une plongée dans son passé de truand marseillais dont il pensait s’être débarrassé.

César et La Fouine sont envoyés par leur patron Zacco, lequel a tiré d’un très mauvais pas avant guerre Mario. Et naturellement notre garagiste possède une dette envers le malfrat marseillais. Zacco vient de voler les bijoux du comte de Saint-Meyral dans la villa Sémiramis à Antibes. Seulement lors du casse il se fait surprendre par le comte et il l’abat. Zacco ne craint rien de ce côté-là, ayant changé d’identité seulement c’est un coureur de jupons. Il a une maîtresse officielle, Magali, et une autre poire pour la soif, la très belle et jeune Manon.

Or Magali qui tient un bar a reçu une lettre l’avertissant de son infortune et de rage elle a clamé partout qu’elle allait avoir la peau de Zacco. Aussi César et la Fouine demandent à Mario de sortir Zacco du pétrin dan lequel il s’est fourvoyé. La solution, se débarrasser de Magali. Mario est plus qu’embêté mais il doit laver sa dette, sinon sa femme, la belle et bonne Fernande deviendra veuve.

Il a quarante-huit heures pour réfléchir aussi le lendemain, Mario se rend chez monsieur Abel Paoli, son ami, et lui narre ses ennuis. Comme l’ancien policier n’a pas de casseroles sur le feu, il propose à Mario de se rendre à Marseille en sa compagnie et de l’aider à démêler l’imbroglio.

Arrivé à Marseille, Mario veut s’entretenir avec Magali, seul, mais il tombe sur un os. Magali vient juste de se faire buter. Mario est dans de sales draps, sans avoir couché.

 

Ce roman, qui a obtenu le Prix du Quai des Orfèvres 1951, voit donc un ancien truand qui s’est fait une virginité allié avec un ancien policier. Ce n’est pas flic ou voyou, mais flic et voyou repenti.

Les deux hommes vont rencontrer sur leur chemin de nombreux incidents de parcours, mais nonobstant, ils s’accrochent. D’abord ils font la connaissance de la belle Manon qui se produit dans un cabaret, ainsi que son petit ami, car elle aussi fait porter des cornes à Zacco. Monsieur Abel Paoli se fait passer pour un imprésario, laissant miroiter un avenir radieux comme chanteuse à Manon, mais il se retrouvera enfermé dans une cabine d’un yacht, destiné à nourrir les requins de la Baie des Anges.

Un roman agréable, qui n’a guère vieilli, du moins dans la trame, et l’auteur n’oublie rien, expliquant tout dans l’épilogue. Il ne se perd pas en cours de route, retombant sur ses pieds à la fin, et le lecteur n’est pas déçu. Et, pour être dans l’air du temps, il use parfois de l’argot, mais un argot compréhensible du lecteur lambda.

Maurice DEKOBRA : Opération Magali. Collection L’Enigme. Editions Hachette. Parution novembre 1951. 192 pages.

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 04:08

Faty, moins offensant que Le Gros ?

Frédéric FAJARDIE : Gentil, Faty !

La première fois que j’ai lu un roman de Fajardie, c’était en 1987. Pourquoi avais-je évité cet auteur, jusqu’alors ? Parce que les critiques négatives concernant l’auteur et sa production, et les quelques pages lues au détour d’un étalage chez les libraires ne m’avaient guère incité à mieux me pencher sur sa production.

Le déclic s’est effectué à la découverte d’Une charrette pleine d’étoiles paru chez Payot. L’occasion m’étant donnée de découvrir cette réédition d’un roman paru en 1981 dans la défunte collection Fayard Noir, j’ai abordé ce roman sans préjugé, sans parti pris, sans opinion préconçue, en ayant fait abstraction de tout ce que j’avais pu entendre ou lire auparavant concernant la production littéraire de Fajardie.

Et je dois avouer que Gentil, Faty ! m’a fait découvrir un univers fajardien glauque, triste, plein de détresse, et en même temps porteur d’espoir. Les personnages sont des marginaux malgré une certaine banalité environnante et enveloppante comme une gangue.

Prenons l’exemple du commissaire Stievet et de ses adjoints Kasbarian et Teissère. Stievet est intérieurement rongé par le Mal, pourtant l’enquête qui lui est confiée, qu’il dirige, il veut la mener au bout, malgré le peu de temps qui lui reste à vivre. Kasbarian, un inspecteur d’origine arménienne, et Teissère, inspecteur lui aussi qui ne manque pas d’asticoter son collègue pour des raisons personnelle mais obscures. Et Amar, l’Algérien, la cinquantaine triste et désabusée, témoin, désire garder l’incognito. Enfin, Faty, le monstre, le tueur, dont la vie a basculé le jour où il a perdu sa mère.

En phrases courtes, concises, rapides, Fajardie entraîne son lecteur sans lui donner le temps de respirer, de reprendre son souffle, et plus que l’histoire de Faty, le tueur de jeunes femmes, ce sont les à-côtés, les personnages qui comptent à ses yeux.

Une histoire, oui, mais peut-être aussi une façon de dire son amour de l’humanité, de l’homme en général, surtout celui du déstabilisé, du marginal, du déséquilibré, de l’immigré. Toute une aura de tendresse baigne ce roman dans une subtilité qui dénote une profonde pudeur. Comme un halo de sensibilité nimbant une morbidité agressive.

Les couvertures de Jean-Claude Claeys sont à l’origine de la renommée et l’engouement pour cette collection dont les titres sont recherchés justement pour leurs illustrations.

Première édition Fayard Noir en 1981.

Première édition Fayard Noir en 1981.

Frédéric FAJARDIE : Gentil, Faty ! Collection Le Miroir Obscur N°150. Edition Néo. Couverture de Jean-Claude Claeys. Parution août 1988. 192 pages.

ISBN : 9782730405072

Première édition Fayard Noir en 1981.

Réédition Babel Noir N°21. Editions Actes Sud. Juin 2008.

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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 03:59

Bouche des goûts ?

Pascal DESSAINT : Bouche d'ombre.

Ce n'est pas vraiment par humanisme que Daniel sort du caniveau où il croupissait depuis quelques mois Simon. Le jeune homme l'apprendra à ces dépens, mais tout compte fait, sa nouvelle vie n'est pas pour lui déplaire.

La condition de chauffeur garde du corps n'est certes pas bien payée, mais le travail n'est guère fatiguant.

Et puis il y a Elvire, la sœur de Daniel, qui ne le laisse pas insensible. Elvire, elle, est à la merci de ce frère qui ne lui donne que le minimum vital pour acheter les provisions. Ce qui ne l'empêche pas de rogner pour se payer une bouteille de porto, trouvant dans l'euphorie dispensée par l'alcool, la force de continuer à vivre.

Daniel ne possède pas vraiment la fibre familiale et considère sa sœur un peu comme une Cendrillon dont il pourrait abuser à volonté. D'ailleurs il vérifie si elle prend bien la pilule, on ne sait jamais, certains débordements peuvent amener à une grossesse non désirée.

Julia, c'est l'extra, le jardin secret de Daniel, sa fleur sauvage. Elle ne connaît rien de lui mais couche avec lorsqu'il en ressent l'envie.

 

Perfidie, machiavélisme, duplicité sont les maîtres mots de ce roman qui aurait pu être un vaudeville si Pascal Dessaint sciemment ne l'avait profondément ancré dans le drame.

Noir c'est Noir, un univers que ce jeune auteur explore avec de plus en plus d'intensité, fouillant, creusant, extirpant de l'âme humaine toute la vilenie qu'elle recèle, la mettant en lumière, la portant à bout de bras. Chaque nouveau roman semble être une gageure que Pascal Dessaint s'impose et dont il sort avec brio.

Il s'affirme comme le prétendant sérieux du roman noir français, apportant sa touche, sa sensibilité, sa conviction dans l'écriture.

(Chronique rédigée le 28 octobre 1996)

Pascal DESSAINT : Bouche d'ombre. Collection Rivages Noir N°255. Editions Rivages. Parution septembre 1996. 252 pages.

ISBN : 9782743601218

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 03:40

A ne pas confondre avec L’époux vante…

Maurice LEVEL : L’épouvante.

La trentaine, Onésime Coche, journaliste au Monde, désire s’imposer dans la profession. Et il égratigne souvent les représentants de l’ordre en déclarant à la fin de ses billets : La police est mal faite.

Un soir d’hiver, en sortant de chez son ami Ledoux où il a dîné, il entrevoit comme dans un rêve, la Gloire se promettre à lui. Comme si un double s’immisçait dans son esprit. Il est vrai que des vapeurs d’alcool flottent dans sa tête,

Il avait [déjà] éprouvé cette même sensation inattendue et nette d'être quelqu'un, de porter en lui de grandes choses, et de se dire: «En ce moment, si j'avais une plume, de l'encre et du papier, j'écrirais des phrases immortelles...»

Il est minuit et demi et il sait qu’il vient de louper le dernier tramway. Il ne lui reste qu’à remonter le boulevard Lannes, emprunter la rue Henri-Martin et rentrer chez lui à pied. C’est alors qu’il est le témoin d’une scène opposant deux hommes et une femme. Ils viennent de s’introduire dans l’une des demeures de l’avenue, s’emparant d’objets précieux. Mais l’un des hommes est blessé, ensanglanté.

Alors, effectuant des recherches, et grâce à quelques déductions, Onésime retrouve l’endroit du cambriolage. Il s’introduit dans la demeure, découvre un vieil homme décédé depuis peu, assassiné, et la pièce où il gît chamboulée. Comme l’un de ses mantras est de déclarer que la police est mal faite, il décide de ranger le bazar, et de disposer négligemment quelques indices, dont un bouton de manchette et des morceaux épars d’une enveloppe dont la suscription portait son nom mais n’est plus qu’une sorte de message. Il met les policiers au défi de remonter jusqu’à lui, qui est innocent.

Onésime fait parvenir à son journal un papier dans lequel il narre ce meurtre et le vol. Puis, au petit matin, il s’insère parmi les enquêteurs, se mêle aux journalistes présents, recueille auprès du commissaire du quartier quelques renseignements qu’il divulgue à certains de ses confrères. Puis il donne sa démission et décide de quitter son appartement, change deux trois fois de lieu de résidence afin d’effacer ses traces.

Le commissaire du quartier est dans l’embarras, échafaude un raisonnement ni bon, ni mauvais, mais son adjoint s’attelle à la tâche de résoudre cet imbroglio. La chasse est ouverte et Onésime se sent peu à peu traqué. Au départ ce qui n’était dans son esprit qu’un jeu, une bravade, se retourne contre lui. La descente aux enfers débute.

Qui va gagner dans ce bras de fer ?

 

Placé sous le signe de l’angoisse, qui peu à peu va transformer en épouvante comme l’indique le titre de ce roman, ce texte pourrait être considéré comme la fable de l’arroseur arrosé.

Et à force de vouloir jouer avec le feu, Onésime risque de se brûler les ailes et de finir sur l’échafaud. C’est ce combat entre le journaliste orgueilleux et bravache et les policiers déboussolés mais accrocheurs que Maurice Level raconte. Le suspense va grandissant, étant de plus en plus prégnant. La tension monte progressivement mais inéluctablement.

 

Vous pouvez télécharger gratuitement et légalement ce texte en vous rendant à l’adresse ci-dessous :

Maurice LEVEL : L’épouvante. Edition Ebooks libres et gratuits. Date parution mars 2012. 156 pages.

Première édition 1908.

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 03:41

Trompette de la renommée…

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer.

Le jeu, c’est aussi une façon de communiquer avec son prochain, de lui faire partager des sentiments. Mais dans le cas que je vais vous évoquer, il ne s’agit plus du jeu tel que décrit ci dessus, mais de musique, dans un roman qui ne manque pas de souffle. Guest star, comme on dit au cinéma, Louis Armstrong. Année de référence, 1934. Lieu, la France, principalement Paris et sa région, mais également Le Havre et la frontière suisse. Le thème, l’argent, bien évidemment, ou plutôt la corruption.

Attention, ce mot n’est pas écrit, mais c’est tout comme. Louis Armstrong s’est séparé de son agent et celui-ci, affilié avec la Mafia, n’a pas apprécié ce congé venant de la part d’une vedette internationale, d’autant que son poulain n’est pas de race blanche. Alors il lance sur les notes du trompettiste un duo d’affreux jojos dont la mission est d’opérer un kidnapping, histoire de montrer au musicien qui commande. Commence une histoire qui va entraîner les deux ravisseurs dans une course poursuite qui deviendra une cavale.

La reconstitution d’une époque où le jazz prenait son envol, accueilli en France comme une musique évolutive, les divers personnages qui émaillent le parcours tels que Joséphine Baker, Hugues Panassié, Robert Desnos, Henry Miller, Howard Hugues ou encore Boris Vian adolescent, insufflent à ce court roman picaresque une note musicale harmonieuse, joyeuse et triste à la fois, comme seuls savent les musiciens de jazz exprimer leurs sentiments à l’aide de leurs instruments.

Michel Boujut est un fin connaisseur et il s’est amusé, pour son plus grand plaisir et celui du lecteur, à imaginer un avatar à l’une des plus grandes stars de la musique, avatar qui est en même temps un divertissement. Un régal.

Michel BOUJUT : Souffler n’est pas jouer. Collection Rivages Noir N°349. Editions Rivages. Parution 2 février 2000. 156 pages.

ISBN : 978-2743606015

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 03:51

Loft story…

Luis ALFREDO : Téléréalité.

Pour le commandant René-Charles de Villemur, cette soirée aurait dû se dérouler comme les autres. Dans le calme et la sérénité, avec ses pensées vagabondes et mortuaires.

A partir de 19h30, la télévision est éteinte, et il préfère choisir un livre au hasard dans sa monumentale bibliothèque, placer un CD dans le lecteur, déguster un verre et un cigarillo. Et ses idées vagabondent, revoyant les morts qui jalonnent son parcours amoureux. Christian, son ami-amant avec lequel il a vécu deux ans, leur séparation et la découverte de son cadavre sur une plage landaise, ou encore Patricia dont il avait fait la connaissance lors de la traque d’un serial-qui-leurre, Patricia qui s’est suicidée. Il pense également à Joan Nadal, le détective parti à Lourdes pour régler une affaire de cocufiage confiée à lui par un mari jaloux.

Le téléphone l’arrache à ses pensées négatives. D’abord Patrick, le journaliste, qui l’informe qu’il se rend immédiatement à Lourdes, un reportage sur un mort tombé du haut de la Basilique et retrouvé parmi les cierges une dizaine de mètres plus bas. Les cierges ont-ils résisté à cette chute, l’histoire ne le dit pas.

Nouvel appel téléphonique, émanant cette fois-ci de son adjoint Octave avec lequel il fait ses gammes depuis dix ans. L’affaire est sérieuse. Une concurrente d’une émission de téléréalité a été découverte morte, un poignard dans le cœur. Dwelling s’appelle cette émission culturelle suivie par des millions de téléspectateurs qui se délectent à regarder les évolutions d’une bande de jeunes au physique hollywoodien confinés dans une demeure aménagée exprès pour cette étude sociale.

Cette demeure (dwelling en français) se situe à une dizaine de kilomètres de Toulouse (pour la candidate, c’est to loose !) aux portes de Muret, dans un ancien restaurant. Géraldine, la concurrente, a été retrouvée morte dans les toilettes, un poignard dans le cœur. Et les cabinets d’aisance n’étaient pas fermés de l’intérieur !

 

Débute pour le commandant Villemur, une enquête en local clos avec tout ce que cela implique d’interrogations et de démarches parfois inutiles.

René-Charles de Villemur se fait d’abord expliquer les règles du jeu auprès de la productrice déléguée, du réalisateur, du psychiatre de service, de quelques concurrents. Géraldine aurait dû depuis longtemps quitter cette résidence, mais le vote des téléspectateurs l’avait à chaque fois repêchée. Et il apprend également que les séquences montrées à la télévision ne reflètent pas forcément la réalité, car il faut du gratiné pour entretenir le suspense et surtout capter l’attention du public, sinon c’est la désaffection, et donc une perte irrémédiable de recettes publicitaires.

Et il hésite entre conclure à un meurtre, certains des candidats n’appréciant guère leur compagne de réclusion, volontaire au départ, ou à un suicide. Mais le suicide n’est guère envisageable car la poignée du couteau a été soigneusement nettoyée. De plus certaines séquences enregistrées ont été effacées, et d’autres caméras, dont celle placée dans les WC, sont factices.

Une enquête résolue en quelques heures par le commandant et son adjoint, mais cette intrigue n’est pas le seul intérêt de cette histoire. Le lecteur découvre les coulisses de ce genre d’émission de téléréalité suivie par des millions de téléspectateurs-voyeurs et se rend compte que le sensationnel prime sur la vérité.

Il est dommage que Luis Alfredo se complaise à cette mode abêtissante de l’utilisation d’un vocabulaire anglo-saxon, le mot dwelling et ses déclinaisons étant assénés à longueur de pages alors qu’il possède ses équivalents en français. D’autant que Villemur se montre quelque peu vieille France avec son nœud papillon, son couvre-chef mitterrandien et ses cigares dont il se délecte dès la nuit tombée, ses vis-à-vis profitant souvent des émanations fumigènes nocives.

Luis ALFREDO : Téléréalité. Itinéraire d’un flic. Saison 2, épisode 1. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 24 août 2020. 96 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408256

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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