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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 09:00

Je suis partie un soir d'été

Sans dire un mot, sans t'embrasser

Sans un regard sur le passé…

Oh Mamy ! Oh Mamy, Mamy blue

Oh Mamy blue

Marie-Claire BOUCAULT : Aigre doute.

Se retrouver sans mère à quatorze ans, c’est dur, mais les semaines passant, Tom commence à oublier son visage. Cela fait un peu plus d’un an que sa mère n’est plus au foyer, et elle a disparu dans des conditions mal définies.

D’ailleurs à la maison, ni son père Eric, plombier, puis électricien et maintenant réparateur électronicien, ni son aîné Gabriel, n’en parlent plus. Ses effets personnels ont été enlevés, tout a été débarrassé, livres, photos, objets, ordinateur… Eric s’occupait principalement des deux garçons car leur mère Karine, beaucoup plus jeune que lui, vivait dans son monde, souvent recluse dans son bureau, à lire ou à tapoter sur son ordinateur.

Parfois elle avait des gestes de tendresse, épisodiques et dans ce cas elle était assez expansive, mais le reste du temps, elle était comme absente. Et puis un jour, elle a été véritablement absente, physiquement absente, alors que les deux garçons étaient en vacances chez leurs grands-parents en Vendée, tandis que le père était resté avec Karine à Blois.

Une enquête a eu lieu, des policiers sont venus chez eux, et des traces de sang ont été retrouvées dans la salle de bain. Le corps de Karine a été recherché dans le jardin, dans la Loire, et même en l’absence de cadavre, le père fut accusé d’assassinat. Les témoignages de la sœur de Karine, Emeline, et des voisins, n’ont pas plaidé en sa faveur. Grâce à son avocat, Eric a été relaxé à l’issue du procès et c’est ainsi que la mère est devenu un sujet tabou.

Jusqu’au jour où, Emeline se présente à la sortie du collège, arguant qu’elle aussi pleure sa sœur, qu’elle est toute seule maintenant, qu’elle n’a qu’eux comme neveux. Gabriel est furieux et la repousse, mais ça cogite dans l’esprit de Tom. Et c’est ainsi qu’il décide de rechercher des affaires, des photos, des preuves de l’existence de sa mère, avant sa disparition. Qu’il va rencontrer aussi Emeline qui après tout est aussi sa marraine. Qu’il va en apprendre un plus sur la jeunesse des deux sœurs, et surtout qu’il va dénicher une nouvelle écrite dans l’ordinateur de sa mère, rangé dans l’atelier du père.

 

Aigre doute est une nouvelle gigogne, puisque le texte écrit par Karine s’inscrit dans le récit, mais en même temps, ce sont les doutes, les tourments d’un gamin qui se pose les questions naturelles concernant la disparition de sa mère. Meurtre, suicide, départ volontaire ? Pourquoi et dans quelles circonstances ? Volonté de récupérer une partie de son enfance, de retrouver des racines coupées trop jeune, un besoin de souffler puis de refaire une vie peut-être gâchée ? Ou tout simplement l’abominable ?

Avec subtilité, jusque dans l’épilogue, Marie-Claire Boucault nous entraîne dans les affres du garçon qui entre dans l’adolescence et se pose des questions naturelles mais pas existentielles. Le désir de savoir et surtout de comprendre.

Ne pas avoir de mère, cela arrive, quelques soient les circonstances dans lesquelles cette absence intervient, mais que ce soit délibérément, suite à une séparation, un accident, une maladie, en général le corps est là, présent. C’est comme si Tom avait été amputé et que la douleur se réveillait par une manifestation extérieure alors qu’il avait tout fait, et on l’avait aidé, pour oublier.

Un court roman pour adolescent, mais qui n’est pas confiné dans une tranche d’âge, car ce genre de situation, tout le monde un jour peut la vivre, si ce n’est déjà fait.

 

Marie-Claire BOUCAULT : Aigre doute. Collection Noire Sœur Polarado. Editions Ska. Parution le 1er mars 2017. 89 pages. Version numérique. 3,99€.

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 09:11

On trouve de tout sur les marchés aux puces…

Marie-Claire BOUCAULT : Le mystère de la tombe Gaylard.

Ses parents sont divorcés et pour des raisons pratiques Sybille Mercier a préféré vivre chez sa mère non loin de la porte de Vanves. Chez son père, avenue de Villiers, ce n’est pas mal non plus, mais elle s’y sent moins à l’aise.

En fin de semaine sa mère, ancien mannequin reconvertie dans les magazines de mode se rend chez son nouvel amant, son patron, quant à son père, célèbre animateur à la télévision, il ne peut la recevoir tout le temps. Alors elle passe son temps à chiner dans les brocantes, les marchés aux puces notamment celui de Vanves et souvent elle découvre son bonheur. Ce ne sont que des bricoles mais cela lui fait plaisir.

C’est ainsi qu’elle tombe un jour devant un objet insolite qui ne devrait, en théorie, ne pas se trouver au milieu d’un ramassis de bricoles usagées. Un album photos, pareil à celui que possédait sa grand-mère, ouvert sur un cliché représentant une tombe sur laquelle figure l’inscription Gaylard. Elle ramène l’album chez elle et découvre sur la face intérieure de la couverture, un nom et une adresse. Germaine Turpin, avenue de Villiers. La rue où elle a vécu et où réside encore son père.

Elle décide de rendre l’album à sa propriétaire et pour cela elle se renseigne auprès de la concierge de l’immeuble. Hélas la propriétaire est décédée, ne restent que quelques héritiers. La bignole lui fournit, après avoir été amadouée par la jeune Sybille, l’adresse du fils de Germaine, antiquaire dans le XVIème arrondissement. L’antiquaire ne se montre pas si heureux que ça de recevoir l’album, qu’il garde néanmoins. Puis c’est le petit-fils, Pierre, qui contacte Sybille.

Mais elle aimerait bien percer le mystère de la tombe Gaylard, qui selon les renseignements qui lui sont fournis serait la sépulture d’un ami de la famille. Mais l’enquête ne s’arrête pas là, car elle a gardé par devers elle un cliché qui est doublé d’un fort carton. La réapparition de cet album n’a pas l’heur de plaire à certains descendants de la famille Turpin, tout du moins cela sème quelque peu la zizanie et Sybille est au cœur du conflit.

 

Dans cette histoire bon chic bon genre, enfin serait-on tenté d’écrire, les protagonistes ne se livrent pas à une débauche de grossièretés, de vulgarité. Il faut dire que les lieux décrits ne sont pas propices à ce genre de débordements.

Le personnage de Sybille est touchant. Elle est esseulée, ne possédant que peu d’amis, tout au plus Charles son confident, ce qui lui suffit amplement, même si parfois elle aspire à autre chose. Lucide, elle avoue être d’un naturel réservé et d’une intelligence moyenne. Alors aller fouiner dans les affaires des autres ce n’est pas vraiment son style. Ce qui l’amène à rechercher la propriétaire de l’album photos, c’est que justement celui-ci ressemble à un objet semblable ayant appartenu à sa grand-mère, elle aussi décédée depuis peu. Et c’est en souvenir de son aïeule qu’elle va entamer ses démarches. Dans le but de faire une bonne action sans en tirer le moindre parti. Elle le fait gratuitement, mais cela lui permettra de découvrir en certains personnages, l’âme noire qui se cache sous des apparences trompeuses.

Marie-Claire BOUCAULT : Le mystère de la tombe Gaylard. Collection Syros Noir. Editions Syros. Parution le 25 novembre 2010. 82 pages. Existe en version numérique 5,99€. A partir de 12 ans.

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 10:57

Une incursion à la Foire du Trône et ses baraques de saltimbanques…

Fortuné du BOISGOBEY : Le Pouce crochu.

Dans le boulevard Voltaire, sis dans le XIe arrondissement parisien, non loin de la place du Trône, se dresse une maison, entourée d’un jardinet. Cette demeure ne paie pas de mine de l’extérieur, mais l’intérieur est confortable, douillet.

Vivent dans cette maisonnette, le père Monistrol, mécanicien et chercheur dont la femme est décédée lors l’accouchement, et sa fille de vingt ans, Camille, qui travaille à une tapisserie. Il vient de mettre au point un condensateur qui devrait équiper des machines à vapeur. Un associé vient de lui remettre vingt-mille francs, une somme qui devrait lui permettre de débuter la fabrication. Cette somme il l’a gardée par devers lui, mais il affirme que dès le lendemain il la déposera à la banque.

Seulement, il n’en aura pas la possibilité. Camille aperçoit une main derrière les rideaux, avec un pouce griffu d’une longueur démesurée, puis comme un éclair d’argent, et un homme surgit, étrangle Monistrol et le bouscule, s’empare des billets et s’enfuit. Le père Monistrol reste à terre après s’être cogné la tête à un angle.

N’écoutant que son courage, et non la voix de la raison, Camille s’élance sur les traces de l’inconnu, jusqu’à la place du Trône qui est en pleine effervescence. En effet c’est l’époque de la fameuse Foire du Trône et l’individu se glisse dans l’une des baraques foraines.

Elle choque quelque peu les badauds, habillée en négligé, certains pensent même qu’il s’agit d’une fille, d’une coureuse, mais elle n’en a cure. Elle s’intéresse au spectacle qui se déroule sur les planches, car démunie elle a pu entrer grâce à un jeune homme qui lui a payé sa place. Elle pense reconnaitre en Zig-Zag le clown son voleur, mais il est masqué et ses bras sont enfermés dans une sorte de sac qui lui couvre le corps.

Elle fait le foin, importune les spectateurs, et se retrouve à la porte de la baraque où les saltimbanques continuent leurs exhibitions. Son bienfaiteur financier qui est accompagné d’un ami, se présente. Il se nomme Julien Gémozac et n’est autre que le fils de l’associé du père de Camille. Heureuse coïncidence. Camille narre ses déboires et Julien lui propose de la raccompagner chez elle, tandis qu’Alfred de Fresnay préfère se rendre à son cercle où ils ont l’habitude de rencontrer des horizontales et jouer à quelques parties de cartes, enjeu sur table.

Le père Monistrol est décédé et ils font appel à des policiers qui soupçonnent la jeune fille. Celle-ci tombe en syncope et ne se réveillera que quelques jours plus tard. Zig-Zag est passé devant la justice et a été libéré, faute de preuves. Camille décide donc de se venger elle-même et déclare qu’elle épousera l’homme qui l’aidera. Julien se met sur les rangs, mais il ne l’aide pas beaucoup. Comme elle se retrouve sans ressources Gémozac père lui offre une belle somme d’argent, un acompte sur l’argent qu’elle doit percevoir en guise d’héritage, l’invention de son père s’avérant plus que rentable.

Camille se rend donc à la Foire aux pains d’épices, seulement il ne reste plus devant la baraque des saltimbanques que le pitre, du nom de Courapied, qui est accablé et son fils Georget, âgé d’une douzaine d’années. Le patron a fait faillite et a préféré partir sous d’autres cieux. Amanda, qui n’est autre que la marâtre de Georget, les a plantés là, s’enfuyant en compagnie de Zig-Zag. Vigoureux, le chien de Zig-Zag arrive en courant, et commence à fouiner dans une cache, ressortant avec une cassette dans la gueule. Courapied et son fils parviennent à l’attraper et lui mettent autour du cou une laisse. L’animal tire sur son collier improvisé et repart, entraînant derrière lui l’homme et l’enfant suivis de Camille, jusque dans les terrains vagues de la Plaine Saint-Denis. Ils aperçoivent une maison délabrée où vit Amanda et ils veulent pénétrer dans la bicoque. Malheureusement Courapied et son fils tombent dans la cave et Camille pense qu’ils sont décédés lors de leur chute. Deux malfrats s’en prennent à elle, tentant de la détrousser, et elle est sauvée par un hobereau de province, Georges de Menestreau, qui va la ramener chez elle, puis l’aider dans ses recherches.

Pendant ce temps, Julien et son ami Alfred font la connaissance dans un café-concert d’une jeune femme rousse, la comtesse de Lugos, d’origine hongroise, communiquant par signes avec un homme qui pourrait être Zig-Zag. Alfred rencontre également une femme aux mœurs légères et tireuse de cartes, entre autres. Alfred va même jusqu’à installer la prétendue comtesse dans ses meubles, dans une petite maison qu’il a reçu en héritage. Julien essaie de renouer avec Camille, dont il est tombé amoureux, mais la jeune fille le dédaigne, monsieur de Menestreau lui semblant plus fiable dans ses démarches et dans sa volonté de l’aider.

 

Fortuné du Boisgobey fait paraître ce roman en 1885, et il évoque quelques-uns de ses confrères romanciers, incidemment lors des conversations entre protagonistes. De Gaboriau et ses romans criminels ou d’Adolphe d’Ennery et de ses romans mettant en scène des orphelines. Mais le style de Fortuné du Boisgobey est plus vivant, plus actuel que celui de ses confrères, même si Gaboriau est plus souvent réédité que lui et par ce fait plus connu.

Ce roman est intéressant à plus d’un titre, même s’il existe des coïncidences heureuses, des hasards inexpliqués, car il permet de retrouver un mode de vie parisien lors de la fin du XIXe siècle, avec ses cabarets, ses bourgeois et hobereaux dépensant leur argent dans des cercles de jeux, et ses femmes de petite vertu, entretenues mais libres.

C’est le plaisir de découvrir comment Paris et sa proche banlieue ont bien changé depuis des décennies, remplaçant les bidonvilles qui proliféraient par des immeubles. Il est à noter, que ces bidonvilles s’appelaient alors des cités et de nos jours ce mot a été remplacé par jungle. Vivaient là toute une faune hétéroclite, marlous et gens honnêtes. Principalement les biffins ou chiffonniers et pauvres hères. Et les maisons, ou plutôt les baraques et bicoques, étaient construites à l’aide de boîtes de sardines emplies de terre et jointes par du plâtre.

S’élevaient aussi les fortifications ou Enceinte de Thiers, les Fortifs chers à quelques romanciers dont Auguste Le Breton, et qui ont disparu peu à peu remplacées par le Périphérique. Sans oublier les postes de l’Octroi, la douane qui vérifiait surtout les entrées de voyageurs et de marchandises. Mais s’agit bien d’une photographie instantanée de Paris et ses environs, et non pas une reconstitution aléatoire par un romancier moderne. De même la narration est fluide, et les dialogues ne sont pas ampoulés, relevant d’un langage argotique populaire de l’époque, sans pour autant que ce soit vulgaire. Certaines scènes sont décrites avec réalisme sans violence inutile.

Bref, un roman policier, même si les représentants des force de l’ordre ne sont que des personnages évanescents sans réelle consistance, agréable à lire, élégant, plus contemporain que l’on pourrait penser, qui n’a pas vieilli, mais dans lequel on retrouve quelques thèmes qui à l’époque étaient abondamment développés, mais qui ne tombe pas forcément dans le misérabilisme, entre Victor Hugo et ses Misérables et Eugène Sue et ses Mystères de Paris.

 

Fortuné du BOISGOBEY : Le Pouce crochu. Avant-propos de Franq Dilo. Collection Noire sœur, Perle noire. Parution 20 juillet 2017. 230 pages. 3,99€.

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 08:56

Sous la houlette du Chien de Montargis.

Armelle GUEGANT et Daniel DAIX : Crime à la Société d’Emulation.

Arriver à son travail un lundi matin, vaillante et reposée, et découvrir un cadavre, voila de quoi fiche en l’air un début de semaine qui semblait tout ce qu’il y a de plus ordinaire.

Un épisode de la vie montargoise que lit Guy dans le journal local tout en dégustant son café matinal dans le petit bar où il se rend quotidiennement. Selon le canard, la femme de ménage de la bibliothèque Durzy, autrement dit la bibliothèque de Montargis, a découvert le corps inanimé de William Husley, professeur d’anglais au Lycée en forêt et membre de la Société d’Emulation de Montargis.

Cet érudit, qui était venu des Etats-Unis et s’était intégré dans la petit communauté, aurait heurté de la tête un coin d’armoire métallique, décédant de ses blessures. Mais la porte du bureau où son corps a été retrouvé était fermée à clé, et la clé posée sur une table. De plus ses mains portaient des traces de morsures ainsi que des traces d’encre.

Un mystère de meurtre en chambre close, voilà qui n’est pas pour déplaire à Guy ce qui va le changer de ses habitudes de vieux garçon. Il arrondit ses fins de mois en bricolant par-ci par-là, remplaçant par exemple l’antiquaire lorsque celui-ci par en vacances, mais ce n’est qu’un pis-aller. Or donc, il lit l’article et en discute avec Dédé le Tatoué, un petit malfrat qui pourtant est ami avec Marco, un policier.

Puis il se rend à la bibliothèque, où il possède ses habitudes, malgré la foule qui se presse dans les locaux, des badauds attirés par ce fait-divers. Virginie, la préposée aux prêts d’ouvrages, en est toute chamboulée. Elle ne se fait pas prier pour narrer la soirée du samedi, alors que sa patronne, la directrice de la bibliothèque, mademoiselle Lenoir, avait rendez-vous avec le sieur Husley à un concert de musique baroque donné en l’église de la Madeleine. Elle l’avait vue inquiète de la non-présence de l’érudit.

Dans un nouvel article de la Nouvelle République, la journaliste est plus prolixe concernant Husley, ses antécédents, et surtout les dernières heures avant son arrivée à la bibliothèque pour effectuer de nouvelles recherches. Il se serait rendu dans l’après-midi à Cortrat, objet d’une possible communication à la SEM. Guy fréquente également un bouquiniste qui apporte quelques renseignements sur cette société ainsi que sur le site de Cortrat.

Une piste possible que va remonter Guy. Alors il se rend sur place et admire le porche d’une vieille église, proche sur lequel sont gravés des sortes de hiéroglyphes, découvre un souterrain, puis près du cimetière Lète, il aperçoit un grand chien noir, perdu sans collier, qu’il va adopter et affubler du nom de Clovis.

Guy rencontre le président de la Société d’Emulation de Montargis, une société savante crée en 1853 et publiant une revue d’études historiques, scientifiques et littéraires, comme il en existe beaucoup en France. Mais le docteur Garnier, psychiatre, était en froid avec Husley, comme l’apprend Guy de la bouche même de l’intéressé. Husley, vice-président, voulait devenir président à la place du président. Guy va rencontrer d’autres personnages évoluant au sein de cette société, qui devaient assister eux-aussi au concert, dont un baron dont il ne lui reste que la particule en guise de fortune, et quelques personnages hauts en couleurs, par exemple Régis Mougin, employé municipal à la retraite et ufologue, persuadé que des extraterrestres, des petits gris, vivent parmi nous.

Guy randonne dans la région à bord de son vélo Solex, vestige qu’il entretient amoureusement, et lorsque son engin ne peut l’emmener dans des endroits qui exigent un peu plus d’ardeur motorisée, c’est Huguette, sa bonne amie Huguette, la gironde Huguette, qui va conduire notre « héros » par vaux et par monts. Huguette est très gentille, bourrue mais gentille, et elle lui offre souvent le couvert, à défaut du gîte. Mais elle le réprimande à l’occasion, il n’existe pas d’entente parfaite.

 

Armelle GUEGANT et Daniel DAIX : Crime à la Société d’Emulation.

Ce roman est placé sous le signe du chien. Le chien de Montargis, célèbre figure locale, honoré de nos jours par ses crottes, dites crottes du Chien, un praliné noisette dans une coque de nougatine entourée de chocolat noir ou encore Clovis, véritable estomac sur pattes.

Ce roman aborde également plusieurs thématiques de la littérature policière sans vraiment les exploiter à fond. Ainsi le meurtre en chambre close, le fantastique avec les petits gris chers à Régis Mougin, des extraterrestres selon son idée fixe, alors que tout réside dans une intrigue dont l’épilogue est relativement simple et cartésienne.

Mais les auteurs se sont amusés dans cette intrigue à suspense érudite, dont l’approche tourne autour de Cortrat et de sa chapelle, à tourner autour du pot, et laisser Guy mijoter durant quelques semaines avant qu’il découvre la solution à cette énigme, une solution en cascade.

Armelle GUEGANT et Daniel DAIX : Crime à la Société d’Emulation. Collection Polars du Gâtinais N°1. Editions de l’Ecluse. Parution 1er novembre 2009.

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:18

Mais attention aux piquants des bogues…

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron

Si Arthur Morrison, 1863 – 1945, fut célébré de son vivant comme un brillant représentant anglais du naturalisme et un des maîtres de la detective fiction, de nos jours il est quasiment oublié, sauf des nostalgiques des parutions anciennes.

Or cet auteur fut un précurseur et un innovateur dans le domaine de la littérature policière, mettant en scène Dorrington, un détective peu scrupuleux. Ses aventures sont narrées par l’une de ses victimes, James Rigby, ce qui le différencie d’un Watson par exemple lequel était béat d’admiration devant son colocataire et ami, mais de plus ses exploits sont racontés à rebrousse-temps.

Nous découvrons le personnage Dorrington, par l’intermédiaire de James Rigby qui voyage à bord d’un steamer le menant en Angleterre. Rigby, en confiance envers ce compagnon affable et fin diseur, lui narre son enfance en Australie, puis lors d’un voyage en Europe la mort de son père assassiné par la Camorra alors qu’il n’avait que huit ans, son adolescence, la mort de sa mère et son intention de réaliser ses affaires, un héritage immobilier concernant un terrain susceptible de receler des gisements de cuivre. Il doit rencontrer un solicitor mais Dorrington est fort intéressé et il envisage de s’approprier les documents. Rigby va se trouver dans une fâcheuse posture et grâce à un ouvrier parvient à s’en sortir vivant. C’est ainsi qu’il s’accapare quelques documents appartenant à Dorrington, dans le bureau de celui-ci, et qu’il va pouvoir remonter le parcours délictueux de ce détective peu commun.

 

Après Le récit de Mr. James Rigby, nous remontons donc le temps, avec toujours ce spolié comme narrateur. Janissaire est un jeune cheval de course, un yearling, prometteur. Naturellement, peu de temps avant la course auquel ce poulain de deux ans doit participer, les paris vont bon train. Dorrington, apprenant par hasard que l’animal risque de subir un traitement néfaste, imagine un artifice pour déjouer les manigances.

Le Miroir de Portugal est, comme son nom ne l’indique pas forcément, un diamant à la valeur inestimable qui a parcouru les siècles, passant de main en main jusqu’à sa disparition au cours de la Révolution Française. Deux cousins, d’origine française mais installés à Londres, se disputent cette pierre, et Dorrington est sollicité pour trancher. Il le fera, mais à sa façon.

Dans La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited, nous retrouvons le monde des paris, mais cette fois dans un sport en plein développement, la course de bicycle sur piste. Le vélocipède prend une telle ampleur que de nombreuses entreprises se montent, et afin de se développer lancent un système de participation financière par action. Et naturellement, certains petits débrouillards s’immiscent dans ce qui peut devenir un marché juteux. Heureusement Dorrington est là pour rétablir la situation.

Comme le dit fort justement l’un des protagonistes :

Comme je l’ai dit mille fois, les parieurs sont, de nos jours, le fléau de tous les sports.

Plus de cent ans après cette déclaration, cela ne s’est pas arrangé.

 

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon nous entraine dans les aîtres d’un vieux collectionneur d’objets japonais. L’homme a été retrouvé assassiné dans son appartement, et les policiers se trouvent devant un problème de meurtre en chambre close. Un ami de cet amateur de japonaiseries et exécuteur testamentaire sollicite l’aide de Dorrington, lequel va découvrir, sinon l’assassin, mais comment il s’est débrouillé pour perpétrer son forfait. Une arme blanche a été dérobée, un Katana forgé par un maître armurier quelques siècles auparavant. Or ce Katana est un objet sacré dont un Samouraï ne peut se défaire, quel qu’en soit le motif. L’un des principaux présumés coupables n’est autre que le fils de celui qui a cédé le Katana à Mr. Loftus Deacon, et il désirait à tout prix récupérer l’objet.

L'argent du vieux Cater prend pour intrigue également, comme Le Miroir de Portugal, une histoire d’héritage que se disputent deux cousins. Dorrington va mettre son grain de sel dans cet imbroglio dont les trois protagonistes principaux, le vieux Cater et les deux cousins, sont de fieffés usuriers, n’ayant aucun scrupule et n’hésitant pas à mettre sur la paille leurs débiteurs.

 

Si ces trois histoires mettent en scène un détective dont la préoccupation principale est de gruger clients et autres, parfois la morale est sauve.

L’auteur s’attache plus à décrire les traits de caractère des personnages que leur physique, et n’hésite pas à remonter dans le temps pour leur donner du volume.

Ces nouvelles, qui ont été publiées dans The Windsor Magazine de janvier à juin 1897, n’ont en rien perdu de leur saveur, et ne sont en rien désuètes, même si elles reflètent une certaine époque. Or justement, c’est cette plongée dans le vieux Londres, qui parfois fait penser à Dickens, dans les milieux sportifs ou des collectionneurs, milieux qui n’ont guère changé dans leur comportement même si le modernisme est passé par là, ou des usuriers dont les pratiques sont aujourd’hui celles de certaines banques, qui donnent du charme à ces historiettes. Les valeurs morales sont battues en brèche, légalement ou non, et Dorrington est toujours présent pour essayer d’en tirer profit. Essayer, car parfois il se retrouve le bec dans l’eau, ne tirant pas le profit qu’il escomptait, mais sachant retomber toutefois sur ses pieds.

Arthur Morrison, un auteur à découvrir ainsi que son personnage dont Arsène Lupin a emprunté quelques traits de caractère et de façon de procéder.

 

Sommaire :

Introduction de Jean-Daniel Brèque.

Le récit de Mr. James Rigby

Janissaire

Le Miroir de Portugal

La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon

L'argent du vieux Cater

Sources.

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron (Dorrington Deed-Box – 1897. Traduction d’Albert Savine, revue et complétée par Jean-Daniel Brèque). Collection Baskerville N°35. Editions Rivière Blanche. Parution février 2017. 236 pages. 20,00€.

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:42

Mais ça, c'était avant. Maintenant c'est meurtre aux ampoules basse-consommation !

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Tout comme Sherlock Holmes, dont la première aventure Une étude en rouge est parue deux ans auparavant, possédait son historiographe ami et confident en la personne du bon docteur Watson, Oscar Wilde est souvent accompagné de Robert Sherard, poète, romancier, écrivain et journaliste. Leur première rencontre ne prédisposait pourtant pas à ce qu'une amitié relie les deux hommes mais depuis ils se sont découvert une affinité sans faille.

Lorsque Wilde arrive en retard, ce qui n'est pas dans ses habitudes, ce soir-là à son club, l'Albemarle, c'est pour annoncer une bonne et une mauvaise nouvelles à son ami Robert Sherard, qui l'attendait stoïquement comme tout bon Anglais sait le faire lorsqu'il est inoccupé.

La bonne nouvelle, c’est qu’Oscar Wilde a rencontré l’après-midi même son éditeur et qu’il a fait la connaissance d’un médecin écossais installé à Southsea et romancier promis à un bel avenir, Arthur Conan Doyle. D’ailleurs le poète s’est entiché de Sherlock Holmes dont la première aventure, Une étude en rouge, a paru deux ans auparavant, en 1887.

La mauvaise nouvelle, c’est la découverte du cadavre d’un jeune homme dans un meublé où se rendait Wilde. Et il a eu la désagréable surprise de reconnaître en ce défunt assassiné un de ses amis, Billy Wood. Autour du corps étaient disposées des chandelles allumées, comme si le meurtre relevait d’un rituel.

Mais il est minuit, l’heure pour Oscar Wilde de rentrer chez lui, retrouver femme et enfants. Sherard lui est moins pressé, son épouse étant en voyage en France. Lorsqu’il sort du club, il aperçoit Wilde en compagnie d’une jeune femme au visage défiguré.

Le lendemain, 1er septembre 1889, les deux amis se retrouvent en compagnie d’Arthur Conan Doyle, et Wilde en profite pour démontrer qu’il possède des qualités d’observation et de déduction dont pourrait se targuer Sherlock Holmes, au grand ébahissement du médecin-écossais. Il narre sa découverte macabre de la veille, comment la porte de l’immeuble lui a été ouverte par une personne à laquelle il n’a guère prêté attention, puis s’est trouvé face au cadavre égorgé du jeune Billy Wood. Ils se rendent ensemble à l’endroit du drame, mais la pièce est vide, nettoyée, le parquet ciré fraîchement.

Wilde décide d’enquêter sur ce meurtre et de découvrir l’assassin et ses motivations. Conan Doyle et Sherard, qui possède un petit carnet qu’il trimballe en permanence, vont lui servir d’assistants. Heureusement Billy Wood lui avait fait quelques confidences, notamment qu’il était venu à Londres parce qu’il ne supportait plus l’ambiance familiale, en butte aux tracasseries et aux coups assenés par son oncle.

 

Wilde et Sherard se rendent à Broadstairs où il vivait et informent sa mère de la mauvaise nouvelle. Madame Wood, enceinte jeune, avait perdu son amant, gardien de phare, dans une noyade. Ils n’avaient pas eu le temps de se marier et le gamin n’avait pas connu son père. Le frère aîné du père à l’époque était au Canada, mais depuis il est rentré et impose sa loi dans Le Château, nom de la villa de madame Wood, un héritage de ses parents. Edward O’Donnell est un ivrogne au caractère belliqueux mais madame Wood est bien obligée de le supporter.

Munis de ces confessions, Wilde et Sherard regagnent la capitale pour continuer leur enquête. Une enquête en dents de scie, car le poète doit livrer à son éditeur un roman, Le portrait de Dorian Gray, et il est fort occupé. Quant à Sherard, il fait la connaissance d’une jeune femme dont il s’éprend, et comme sa femme est absente…

Seulement cette jeune femme n’est pas n’importe qui. Elle se nomme Veronica et est la fiancée de l’inspecteur Fraser du Yard. Fraser, qui, mit au courant du meurtre, n’engage pas de procédure n’ayant pas de cadavre à se mettre sous la main. C’est un ami de Doyle, qui a présenté le policier aux deux détectives en herbe.

Entre Veronica et Robert Sherard une amitié amoureuse s’établit sous les yeux de Fraser qui est occupé ailleurs. Et c’est dans cette atmosphère que Wilde et consorts vont résoudre cette énigme.

 

Un roman dont justement l’énigme se révèle classique, mais c’est tout ce qui entoure l’enquête qui importe. Sherard est le Watson de Wilde, lequel se pique de se montrer à la hauteur de Sherlock Holmes.

Personnages réels et de fiction se complètent ou s’affrontent, mais c’est surtout pour l’auteur, Gyles Brandreth, de montrer Oscar Wilde sous un jour différent de celui qui nous est présenté habituellement. Et si la fumée vous incommode, n’hésitez pas à ouvrir la fenêtre, car Oscar Wilde fume beaucoup de cigarettes mais pas la pipe. Et même s’il ne roule pas sur l’or, il n’hésite pas à inviter ses amis, à leur offrir des cadeaux, souvent des étuis à cigarettes avec leur nom gravé à l’intérieur, et à distribuer les pourboires avec munificence.

Les bons mots et les petites phrases ironiques ne manquent pas, pour preuves les quelques citations ci-dessous :

 

C’est une chose terrible que de voir son nom dans la presse, mais c’est plus terrible encore que de ne pas l’y voir.

Il n’y a pas de bon âge pour se marier, plaisanta Oscar. Le mariage est aussi démoralisant que les cigarettes, et bien plus coûteux.

Quand l’Angleterre sera une république, et que j’en serai l’empereur, cet animal – ma fidèle Rossinante – sera nommé sénateur. Il semble avoir toutes les qualités dont manquent nos législateurs actuels : travailleur, discret et conscient de ses limites !

Fumer une cigarette est l'exemple parfait d'un plaisir parfait, ne trouvez-vous pas ? C'est exquis tout en vous laissant sur votre faim.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (Oscar Wilde and the Candlelight Murders – 2007. Traduction de Jean-Baptiste Dupin). Collection Grands détectives N°4194. Editions 10/18. Première parution 5 février 2009. 386 pages. Réimpression le 10 septembre 2013. 7,50€.

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 12:19

Parfois je préfère rester à la mienne de place !

Guy RECHENMANN : A la place de l'autre.

En ce 21 septembre 1992, passage de l'été à l'automne, Anselme Viloc qui promène Jipsy, épagneul bécassière en manque d'activité, est stupéfié à la vue d'une statue vivante représentant une jeune femme en position de yogi sur l'estran, près d'une casemate.

En cette fin d'après-midi, l'inconnue est seule sur la plage, mais ce n'est pas ce qui interloque l'inspecteur Anselme Viloc. Elle a les yeux dans le vide, comme absente, et marmonne en boucle, je sais où est mon fils, je sais où il est. Seul le chauffeur du car l'a vue la veille, mutique, pourtant elle n'avait pas l'air perdue. Mais personne ne peut indiquer qui elle est.

Une énigme pour Viloc qui se voit confier cette affaire par son supérieur hiérarchique puisqu'apparemment une disparition serait à déplorer. D'ailleurs c'est ce que pense le psychiatre à qui a été confiée la jeune femme dans l'unité neurologique de l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Et toujours cette incantation, Je sais où est mon fils... complétée par C'était le 21... Le 21 quoi ? Une anomalie puisque, selon le toubib, cette jeune femme dont on apprendra un peu plus tard le prénom, Marina, est vierge. Et elle parle de son fils ! Incompréhensible.

Anselme et Jérémy, son ami et collègue, ne possèdent que peu d'éléments pour débrouiller ce casse-tête qui se débloque grâce à une observation d'un bistrotier. Et si on utilisait les épingles à cheveux trouvées dans le sac de Marina, pieds dans l'eau, et de lui mettre des lunettes de soleil pour prendre une photo qui serait diffusée dans les journaux locaux ? Bingo, les cafetiers sont de bons conseils en général et le bailleur de Marina se manifeste.

Il s'agit d'un ancien boucher, copain avec le père de Marina parti vivre dans la région paloise avec sa seconde femme. Et c'est à la demande de celui-ci qu'il a hébergé dans une de ses propriétés la jeune femme. Une énigme de résolue, mais cela n'avance pas le schmilblick de l'enfant disparu. Lilly, la fille de la compagne de Jérémy, âgée de douze ans mais nettement plus mature que sa mère, avance l'hypothèse d'une réincarnation. Pourquoi pas !

 

L'inspecteur Anselme Viloc est un policier à l'ancienne, proche de Maigret, se montrant à l'instar de son prédécesseur à l'écoute, n'hésitant pas à côtoyer témoins et suspects, à discuter avec eux, à partager un verre. Un policier que l'on pourrait, non pas aimer, faut pas abuser quand même, mais apprécier pour cet humanisme qui se dégage de sa personne.

Il est le contraire des policiers actuels, formatés à ne pas sourire, un fer-à-cheval greffé sous le nez à la place de la bouche. Des policiers homéopathes qui soignent le mal par le mal, combattent la violence par la violence.

Donc Viloc, discute, cause, parle, bavarde, papote, et j'en passe, avec les cafetiers, du Cap-Ferret, d'Andernos, de Taussat, et d'ailleurs, côtoyant des personnages, des imbibés qui se montrant affables, diserts, ou peu réceptifs.

Heureusement, son patron, le commissaire Plaziat, apprécie sa façon de procéder, même s'il lui met la pression, lui accordant un sursis d'un mois pour résoudre cette affaire, mois renouvelable à la demande en fonction des résultats. Et en compagnie de Jérémy qui parfois se dérange sur le terrain, pour affiner des renseignements, Viloc épluche les mains courantes des années précédentes, puis remontant en arrière jusqu'à la période de la seconde guerre mondiale, à la recherche d'un fameux 21 septembre. Et cela devient délicat lorsqu'un bout de tissu dépassant légèrement du sable près de la casemate prouve qu'un enfant a été enterré quelques décennies auparavant. Avec ce morceau de chiffon, il tient une piste, mais c'est un chat qui l'aidera à résoudre cette énigme, un Sacré de Birmanie à trois pattes, le chat du boucher. Un chat mais également un dessinateur-médium qui met son don au service de la recherche. Car quelqu'un s'évertue à pratiquer la politique de la terre brûlée en éliminant quelques protagonistes.

 

Tout cela s'expliquera par la découverte de cahiers rédigés depuis des décennies, des cahiers familiaux qui remontent au début du XXe siècle. Et si une partie des événements prend sa naissance durant la Seconde Guerre mondiale, la genèse remonte dans un éclatement familial et dans des esprits perturbés pour des raisons que la raison ignore.

Un roman en deux parties, la première privilégiant les éléments d'enquête puis la seconde qui fournit des éléments de réponse au fur et à mesure que Viloc, policier poète-philosophe-archiviste, décortique les journaux, puis les carnets familiaux, démêlant les imbrications familiales jonchées de coïncidences. Coïncidences qui deviennent logiques lorsque le puzzle est reconstitué.

Ce roman a été distingué au Prix Polar de Cognac 2016 et a reçu le Prix Virtuel du Polar 2016 du site Rayon Polar grâce aux votes des lecteurs, amateurs avertis. Et une visite à ce site riche en chroniques littéraires et cinématographiques est vivement conseillée.

 

Une jeune femme ou une vieille dame ? A vous de jouer.

Une jeune femme ou une vieille dame ? A vous de jouer.

Guy RECHENMANN : A la place de l'autre. Editions Vents Salés. Parution le 13 mai 2016. 286 pages. 19,50€.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 07:29

Objection votre Honneur !

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

Avec 82 aventures papier mettant en scène le célèbre avocat de Los Angeles Perry Mason, de 1933 1970, année du décès d'Erle Stanley Gardner, les six films et les 316 épisodes télévisés, comportant trois séries distinctes, dont seulement la dernière, tournée de 1985 à 1995, fut diffusée en France, la littérature policière d'énigme et de suspense alliée à ce qui fut appelé roman de prétoire, connut un engouement sans précédent.

La prestation de Raymond Burr dans la quasi totalité des épisodes télévisés en est pour une grande partie déterminante dans ce succès, mais pas que. Les intrigues d'Erle Stanley Gardner étaient parfaitement huilées, même si le ressort en pratiquement toujours le même.

Une jeune femme, souvent une starlette en puissance, ou son représentant, se présente dans le cabinet de l'avocat et demande à ce que celui-ci la sorte des ennuis dans laquelle elle s'est fourré, consciemment ou non. Perry Mason va donc enquêter, parfois en marge de la légalité, assisté efficacement de Della Street, sa secrétaire, et du détective Paul Drake dont les bureaux sont dans le même immeuble.

 

Perry Mason se montre retors, prêchant le faux pour connaître le vrai, employant des moyens que les policiers ne possèdent pas ou que la déontologie professionnelle leur interdit de se servir. Et s'il bafoue le code déontologique, c'est toujours dans l'intérêt de sa cliente. Il sort sans barguigner et sans vergogne, lors du procès devant le juge et à la grande stupéfaction du procureur, des preuves ou des arguments qui jusqu'alors étaient tenus secrets, recueillis par des procédés pas toujours honnêtes, comme un prestidigitateur sort un lapin ou plutôt une colombe de sa manche. Et surtout c'est un comédien né qui sait jouer de tous les sentiments.

De plus il connait le code et la loi, il sait s'en jouer, et il ne faut pas oublier que son créateur, Erle Stanley Gardner était lui-même avocat et donc qu'il connaissait toutes les ficelles du métier et la rhétorique face à des témoins, des jurés et les représentants de la justice et de la police en général pour parvenir à ses fins. Mais Perry Mason n'est pas seul et il est secondé efficacement par sa fidèle secrétaire, Della Street, qui n'hésite pas pour plaire et servir les intérêts de son patron au mieux à se lancer elle-même dans les enquêtes lorsque ceci s'avère nécessaire. Et puis il emploie les services de Paul Drake, un détective privé, et son agence pour dénicher les éléments qui lui manquent, pour exercer une filature ou s'introduire dans des lieux car il ne possède pas le don d'ubiquité. Il a parfois recours également à un Bureau d'Enquêtes Coopératif, pour suppléer Paul Drake.

Il ne compte pas ses heures, travaillant, enquêtant, se déplaçant, rencontrant des témoins ou des personnes susceptibles de lui apporter des éléments nécessaires à la résolution de l'affaire, à toute heure du jour et de la nuit. Et cela se termine en général dans l'enceinte du tribunal, alternant les atermoiements, les grandes envolées, les effets de manche, la présentation inopinée de témoins en faveur de son client ou cliente, sachant déceler et contrer les mensonges et hésitations de ceux que présente le procureur.

 

Perry Mason n'est pas misogyne, même si on ne lui connait aucune relation sentimentale, pas même avec sa secrétaire, toutefois la plupart du temps il se décarcasse pour innocenter une jeune femme, celle-ci étant naïve ou retorse. En témoignant les titres de certains ouvrages : La Blonde boudeuse; La Veuve vigilante, La Brunette bouclée; La Nymphe négligente; L'Hôtesse hésitante; La Séduisante spéculative...

Si en général tout se résout dans prétoire, dans certains romans, au début de sa saga, les scènes de tribunal sont inexistantes.

 

Ainsi dans Jeu de jambes, Bradbury, un des principaux actionnaires d'une banque de Cloverdale, en Californie, requiert l'assistance de Mason pour aider une jeune fille, Marjorie Clune, qui a été bernée par un certain Frank Patton, lequel se présentait comme organisateur et représentant une société productrice de films. Marjoris Clune, que le client de Mason pensait épouser, est venue à Los Angeles mais il a perdu sa trace. Quant à Frank Patton, il recherchait soi-disant des jeunes filles pour leur faire signer des contrats de films dans lesquels elles devaient jouer un rôle. Elles étaient susceptibles de devenir de futures grandes vedettes de cinéma. Il prenait en photo les jambes et celle qui était retenue devenant Les plus belles jambes du monde. Il ramassait de l'argent auprès de commerçants locaux et de la Chambre de Commerce. Une mystification rentable et juteuse. Mason accepte l'affaire, et se rend auprès du District Attorney de Los Angeles qui refuse de s'occuper de cette affaire arguant du fait que Cloverdale n'est pas dans sa juridiction. C'est le seul moment où Mason a une entrevue avec un représentant de la justice. Mason va se démener pour retrouver Marjorie Clune et dénouer le meurtre perpétré sur la personne de Patton.

 

En France, un émule d'Erle Staley Gardner se fit un nom dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir sous l'alias de Jean-Pierre Garen, qui à une lettre près était l'anagramme du célèbre romancier américain.

 

Curiosité : Il est regrettable, alors que tant de romans ont été traduits en France et plus particulièrement dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité, que la couverture de cet Omnibus soit la reprise d'un fascicule des éditions Rex consacré aux rééditions des aventures de Fantômas, Le mort qui tue, dans les années 1950, et que l'illustrateur, Michel Gourdon ne soit pas crédité.

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

Sommaire :

Cœurs à vendre (The Case of the Lonely Heiress - 1948) Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no67, Presses de la Cité, 1951. 

 

La prudente pin-up (The Case of the Cautious Coquette - 1949). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no53; Presses de la Cité, 1951.

 

Jeu de jambes (The case of the Lucky Legs - 1934). Première édition sous le titre Jambes d'or, Paris, Arthaud, coll. L'Aigle noir no 6, 1949, traduction de P. Ferrieu. Réédité dans une nouvelle traduction d'Igor Maslowski sous le titre Jeu de jambes, Un mystère no 260, 1956 .  

 

L'hôtesse hésitante (The Case of the Hesitant Hostess - 1953). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 148, 1953.

 

Gare au gorille (The Case of the Grinning Gorilla - 1952). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 140, 1953 ;

 

La nymphe négligente (The Case of the Negligent Nymph - 1950). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 206, 1955. 

 

La vamp aux yeux verts (The Case of the Green-Eyed Sister - 1953) D'après la traduction de M. Michel-Tyl. Collection Un mystère no 257, 1956 ;

 

Postface de Jacques Baudou.

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

En complément de mon article, vous pouvez lire également sur Action Suspense celui complémentaire de l'ami Claude Le Nocher :

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier. Postface de Jacques Baudou. Editions Omnibus. Parution le 15 juin 2017. 958 pages. 29,00€.

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 09:54

Et preuves à l'appui !

Jean-Luc HOUDU : Ultime épreuve.

L’action se situe à Saumur, au début du XVIIe siècle. Un des ouvriers, ou oeuvriers comme on les appelait à l’époque, de l’imprimeur Maillet est découvert assassiné alors que toutes les issues sont hermétiquement fermées.

Un homme habillé de noir s’est présenté, selon Petit Pierre l’apprenti réfugié dans les combles, et a occis le compagnon. Apeuré, il s’est barricadé et c’est dans un recoin que Pierre Peloup, le lieutenant criminel de la cité chargé de réorganiser la police, va le trouver tout tremblant et incapable de donner le moindre détail. Il a assisté au début de l’entretien, puis au meurtre mais ne sait comment s’est volatilisé le meurtrier. Une enquête compliquée pour le policier, d’autant qu’entre les protestants et les catholiques la tension monte.

Maître Maillet s’est installé depuis deux ans à Saumur, auparavant il exerçait à La Rochelle, et c’est de cette même cité qu’était originaire son employé. Quelqu’un de bien, muni de recommandations élogieuses. Pourtant, selon les éléments découverts près du cadavre, il imprimait en cachette de son patron, des almanachs, sur du mauvais papier, ce qui est contraire à l’éthique de l’époque et des membres de cette profession sise à Saumur. Un mystère qui s’il n’est pas élucidé rapidement risque de faire dégénérer les relations entres les membres des deux communautés religieuses de la ville.

 

La prise de La Rochelle sous le règne de Louis XVIII, à l’instigation de Richelieu et si bien décrite dans Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, est en fond de drame de ce récit qui met en scène une petite ville de province en apparence sans préoccupation.

Quoique le départ du gouverneur de la ville, Duplessis-Mornay, renvoyé par le roi lors de son passage à Saumur, n’ait guère fait de vagues, le lieutenant Peloup doit marcher sur des œufs et surtout ne pas soulever de vagues, qui pourraient se transformer en mascaret et mettre la ville à feu et à sang.

C’est dans ce contexte historique que Jean-Luc Houdu nous propose un roman qui, sans être vraiment didactique ou pédagogique, nous imprègne de l’atmosphère de l’époque et nous familiarise avec l’imprimerie, une noble profession qui a bien changé depuis. Les tenants et les aboutissants, les problèmes politiques qui se rattachent à ce meurtre n’ont guère changé. Il suffit de remplacer Catholiques et Protestants par Gauche et Droite, ou inversement, pour retrouver des imbrications actuelles. Le meurtre en chambre close étant le petit plus qui accroche.

Les dialogues posent quelquefois problème de lecture, en ce que l’auteur s’est amusé à reconstituer le parler d’autrefois. Au début c’est amusant, mais pour qui n’est pas habitué à cette démarche cela devient un tantinet lassant à moins que cela se révèle une découverte, l'héritage de Rabelais, de Scarron, de Cyrano de Bergerac, le vrai pas celui de la fiction d'Edmond Rostand, de Madeleine de Scudéry ou encore de Madame de Lafayette et son décrié, par un certain N.S., Princesse de Clèves, et des libertins représentés par Théophile de Viau, Tristan L'Hermitte, liste non exhaustive...

En annexe les curieux pourront étancher leur soif de connaissance avec l’âge d’or de l’Imprimerie et de la Librairie à Saumur, une partie qui ne manque pas d’intérêt et met en valeur ce métier qui à l’origine était une véritable révolution dans l’écrit, beaucoup plus que le passage de la machine à écrire à l’ordinateur.

Première édition : Editions Cheminements. Parution mai 2001.

Première édition : Editions Cheminements. Parution mai 2001.

Jean-Luc HOUDU : Ultime épreuve. Editions Feuillage. Parution 8 juin 2017. 260 pages. 14,00€.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 04:49

Avant ou après le bain... de minuit ?

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit.

Alors qu'il vitupère contre un article le mettant en cause et paru dans une revue, André Brunel, policier privé de son état, reçoit la visite de son ami le narrateur. Âgé d'une petite trentaine d'années, André Brunel s'est fait connaître en résolvant quelques affaires délicates, et il est reconnu comme l'un des meilleurs de sa catégorie. Peu à peu il se calme, et comme il se considère comme le flegme personnifié, il déclare à son ami que le jour où je t'autoriserai à publier mes aventures, tu commenceras par cette petite mise au point. Dont acte.

Les deux hommes ont à peine terminé de déjeuner qu'un visiteur demande à être introduit, ou demande audience si vous voulez. Il se nomme Lucien Blaisot et habite à Côteville, près de Dieppe. Il leur expliquera pourquoi il requiert les services du détective pendant le trajet qu'ils vont effectuer en voiture.

Leur mission, si André Brunel l'accepte, est de retrouver le père de Lucien Blaisot qui a disparu depuis le jeudi. Et c'est pourquoi, inquiet, Blaisot a décidé de se tourner vers le détective au lieu de la police locale.

La famille Blaisot est composée du père, de la mère, de Lucien le fils qui vit chez toujours chez eux, et de leur pupille Hélène qui est également la fiancée de Lucien. C'est lui qui l'affirme. Quoique Normands eux-mêmes, ils n'ont jamais pu s'habituer à la mentalité des gens du cru, et c'est Bertrand, leur domestique, qui est chargé du ravitaillement. Mais le père Blaisot possède une passion particulière. Il s'est installé dans un pavillon de garde un établi et la nuit il s'y rend afin de bricoler à son aise. Or Lucien s'est aperçu, un soir qu'il avait entendu des bruits suspects, que le cheval et la carriole n'étaient pas dans la remise. Le père entretiendrait-il une relation extérieure, c'est ce que s'était demandé Lucien, mais sa disparition l'inquiète.

Outre les personnes présentes dans cette demeure, l'Oncle Charles est lui aussi au courant de cette disparition pour le moins mystérieuse. L'oncle Charles vit non loin des Blaisot, et comme eux habite une demeure isolée. Lorsque les trois hommes arrivent à destination, c'est pour apprendre que l'Oncle Charles vient d'être assassiné. La mère vient de recevoir un appel téléphonique d'Honorine, la servante de Charles. Charles a été découvert sur son perron, le ventre ouvert. Immédiatement la gendarmerie a été prévenue et le lieutenant Perruchet procède aux premières constatations. Charles s'est pris une décharge de plomb dans les boyaux, ce qui lui fut fatal. Les soupçons se portent sur un braconnier, mais lequel car plusieurs personnes revendiquent les chapardages sur les terres des Blaisot.

Mais pour André Brunel, d'autres éléments mystérieux se greffent sur ce meurtre. Et il a raison, car ce sont bien deux affaires, qui s'imbriquent mais dont la portée est totalement différente, que Brunel aura à résoudre. Et comme la mer n'est pas loin, imaginez qu'un trafic de marchandises peut aussi se trouver à l'origine de ce qui pourrait être un règlement de comptes et qu'un braconnier n'est pas forcément seul en course comme coupable.

 

Comme le déclare Brunel à Perruchet : Croyez-moi lieutenant, le petit jeu des déductions constitue une distraction excellente mais qui risque de devenir dangereuse pour qui s'y livre sans réserve. Il ne faut pas prendre pour des certitudes de simples présomptions.

Oh combien cette phrase est prémonitoire, car si Brunel observe, examine, analyse, déduit, ce ne sera pas sans danger pour sa personne, ainsi que de celle son confident et historiographe. Il va donner de sa personne, se mouiller sans vraiment l'avoir désiré, et les rebondissements vont surgir sous ses pieds comme un lapin qui déboule d'un fourré.

Une intrigue classique mais assez rouée qui annonce l'état d'esprit dans lequel Pierre Boileau concevait ses intrigues, intrigues qui prendront de l'ampleur et de la consistance lors de son association avec Thomas Narcejac, association qui fournira de très nombreux succès littéraires dont s'emparera notamment Hitchcock pour assoir sa réputation de cinéaste.

Alors évidemment, cette histoire a quelque peu vieilli de par le contexte, mais l'intrigue en elle-même est toujours aussi roublarde pour ne pas décevoir le lecteur tout en l'emmenant dans des chemins de traverse. Les explications finales ne traînent pas en longueur comme dans certains romans de détection de l'époque et le tout est vif, enlevé.

A noter qu'André Brunel habite Cité Malesherbes, une voie qui unit la rue des Martyrs et la rue Victor-Massé. Lorsque l'on sait que les rue des Martyrs fut surnommée la rue des hommes mariés, et qu'elle était reliée à la rue Massé, faut-il y voir une simple coïncidence ou une corrélation ?

 

Première parution Les Editions de France. 1934.

Première parution Les Editions de France. 1934.

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit. Collection Police privée - bibliothèque. Editions Dancoine. Parution 2e trimestre 1945. 192 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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