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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 07:14

Mais on ne brade pas les toiles... Faut pas rêver quand même !

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre.

Récemment recruté pour être directeur de la Sécurité du Musée du Louvre, Nicolas Lesur, de lui, s'imprègne de l'ambiance des lieux et fait la connaissance de ses collègues ainsi que de sa secrétaire Maryse, qui a longtemps travaillé avec l'ancien responsable qu'elle regrette un peu.

D'ailleurs elle l'appelait par son prénom, André, une familiarité que Nicolas n'envisage pas à son encontre. André a été viré, comme un malpropre précise Maryse, deux mois auparavant et il s'est recyclé dans le mobilier urbain. La première journée, le mercredi 22 novembre 1995 précisément, se passe en découvertes, les différentes salles, les autres responsables, celui des relations humaines (ce qui ne veut pas dire que coucheries existent entre collègues), celui de l'exploitation technique et celui des finances et Nicolas doit attendre le lendemain pour enfin rencontrer le Président, le Grand Patron, surnommé Sa Majesté. Rencontrer est un bien grand mot, juste un appel téléphonique de bienvenue.

Mais ce jeudi 23 novembre, Nicolas Lesur va s'en souvenir, car il est confronté à sa première affaire. Rien de grave, mais sérieux quand même. Un ou des petits plaisantins se sont amusés à dévisser quelques tableaux, au point que ceux-ci sont prêt de tomber. Juste le dernier petit tour de vis qui n'a pas été donné, évitant une catastrophe. Une récidive pour le Dévisseur, ainsi que surnomme Nicolas l'énergumène.

Et Nicolas se promet bien de coincer le Dévisseur, de gagner une bataille personnelle envers le malotru, ne serait-ce que pour gagner une considération à laquelle il se sent avoir droit.

Alors il arpente les couloirs et les salles, et repère une jeune femme qui se consacre à un étrange manège. Elle regarde, observe, prend des notes. En réalité il s'agit d'une copiste qui vient régulièrement au Louvre pour ses travaux. Il la suit et tout étonné s'aperçoit qu'elle rencontre l'ancien directeur dans son antre. Cela sent le mystère à plein nez.

Nicolas n'épargne pas son temps, d'autres vandalismes sont perpétrés, et la nuit, dans les sous-sols du Louvre, là où sont rangées les toiles et les sculptures en attente de départ pour d'autres musées, ou de subir quelques réparations, Belphégor, ou son clone rôde.

 

Nocturne au Louvre est un aimable divertissement qui permet au lecteur de voyager dans les arcanes du Louvre, d'en découvrir les faces cachées, de ne plus être un touriste égaré mais l'un des gardiens du Temple vérifiant le système de sécurité et de chercher qui manie les ficelles et le tournevis.

Roman pour grand adolescent, Nocturne au Louvre se veut une récréation entre deux romans noirs, et offre son petit lot de suspense et de frissons. Avec péripéties à la clé, mais pas ou peu de cadavres, ou de victimes, à part quelques objets précieux, ce qui est déjà pas mal.

Un roman d'énigme qui fait penser à Tintin, d'accord, mais un peu dans le style des Bijoux de la Castafiore, avec une ambiance à la Blake et Mortimer.

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre. Collection ArtNoir. Editions Cohen et Cohen. Parution le 23 mars 2017. 254 pages. 20,00€.

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:32

N'oublie-pas de monter là-haut...

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont...

Trois nouvelles écrites par Bruno Senny et joliment illustrées par René Follet, lequel nous invite également à compulser son carnet de croquis.

Détective amateur, Baudruche possède le physique du bon vivant, de l'honnête homme. La panse rebondie, la trogne réjouie, la calvitie assumée et la moustache conquérante, il se dirige, à l'heure où nous le retrouvons, vers le Mont-Saint-Michel.

Ce n'est pas forcément pour s'adonner à quelques dévotions envers l'archange Michel, celui qui a vaincu le dragon, ou alors accessoirement, afin de justifier le déplacement, mais bien pour goûter, et déguster, quelques produits locaux.

A l'auberge Saint-Jacques, où il a réservé une chambre, et après avoir effectué une promenade apéritive sur les remparts, il se leste l'estomac de pas moins de dix plats, sans compter les corbeilles de pain puis les desserts, ce qui honore la cuisine de l'aubergiste. Celui-ci, afin de rendre hommage à la capacité d'ingurgitation de son hôte, l'invite à déguster quelques petits verres d'alcool de cidre, et lui narre l'histoire de Maître Jean, perdu quarante ans auparavant dans la baie, quasiment jour pour jour. Maître Jean avait rendez-vous, mais ce fut un lapin et il repartit chez lui, de nuit. Mais la marée l'ayant surpris, il fut retrouvé le lendemain, totalement déboussolé et noyé.

Toujours intéressé par des énigmes non résolues, Baudruche se penche sur ce cas, et refait le chemin parcouru par le noyé entre le Mont-Saint-Michel et le Bec d'Andaine, tout en interrogeant, placidement, quelques témoins de l'époque.

Baudruche est un fin observateur et un déductif avisé. Rien ne peut lui faire perdre l'appétit et encore moins la boussole.

 

Dans Le pendu de la chambre 8, par une sombre fin de journée orageuse, Baudruche rend visite à son neveu Benjamin, qui travaille en compagnie de deux ouvriers à la réfection d'une vieille maison.

Naturellement il n'arrive pas les mains vides et une collation roborative est proposée à Kajick, Mehdine et à son neveu. Il ne s'oublie pas, naturellement.

Pour ceux qui seraient intéressés, cette collation est composée de vingt-quatre œufs pochés, d'autant de belles tranches de pain grillé, du saumon fumé de l'Atlantique et de jambon à l'os, d'épinards, de sel et de poivre, et du Vouvray afin d'humecter leurs papilles. Des œufs Bénédicte ! Bon appétit, bien sûr !

Kajick et Moretti râlent. Leur entrepreneur ne les a pas payé, et ils promettent de lui montrer de quel bois ils se chauffent. D'ailleurs Benjamin venait de garnir la cheminée. C'est alors que Kajick découvre un papier qui a été poussé lorsque la table a été disposée pour ces agapes improvisées. Un message précisant : Je vais me pendre dans la chambre 8 et signé Moretti, l'entrepreneur indélicat.

L'orage gronde, la lumière s'éteint, et c'est dans le noir que tout ce petit monde grimpe l'escalier et se rend dans la fameuse chambre 8. Grâce à une lueur diffuse venant de l'extérieur ils peuvent constater que personne ne les attend. Pas le moindre pendu. Une boule de feu s'introduit et c'est un peu la panique à bord.

Toutefois, la panne d'électricité n'était due qu'à la défaillance momentanée du disjoncteur, et Baudruche, aperçoit Kajick remontant l'escalier en catimini. Il le suit, un cri s'élève, et dans la fameuse chambre 8 ils découvrent le pendu.

Une histoire de meurtre en chambre close, un peu tirée par les cheveux, malgré la calvitie totale de Baudruche qui possède du flair, malgré l'énorme moustache arborée sous son nez.

 

Enfin, avec Natures mortes, nous suivons Baudruche dans ses déambulations parisiennes, attendant que son estomac se manifeste bruyamment afin de lui signaler qu'il est l'heure de procéder à un repas sinon pantagruélique, tour au moins digne de satisfaire une panse toujours avide de mets reconstituants. Il est attiré par la devanture d'un bistrot affichant Anguille aux petits légumes et à la Leffe Triple, et il s'assied à une table, la seule qui reste.

Un jeune homme, entré en même temps que lui, est convié par le patron à s'installer en face de Baudruche. La conversation s'établit immédiatement entre les deux hommes, tous deux étant attirés par la littérature, et ils se découvrent des passions communes envers des auteurs comme Thomas Owen. Le jeune homme se présente, Pierre Jeanneau, et son repas terminé, repas auquel il ne s'est guère intéressé ses papilles ayant perdu leurs capacités dégustatives à cause d'une sinusite, il lui propose de se rendre le soir même à un vernissage privé organisé par son futur beau-père, Alexandre de Saint Cyr, à Rambouillet.

Baudruche s'y rend, attiré par une curiosité toute légitime, et fait la connaissance de quelques personnalités en vue déjà présentes que lui présente Pierre qui semblait l'attendre avec impatience. Tout en dégustant une bière, son liquide favori, Baudruche écoute les conversations. Alors que Fernande, la cuisinière apporte le plateau sur lequel sont disposées les flûtes de Champagne, sauf pour Baudruche abonné à ses bières, Lucien, le secrétaire particulier de l'hôte de la soirée, la bouscule involontairement, ou par inadvertance, ou pour une autre raison. Flûte alors, les flûtes tombent. Une nouvelle tournée est proposée, l'une des convives s'écroule, verre en main.

Plus que l'histoire, et sa résolution, ce sont les personnages mis en scène qui offrent un charme certain et humoristique à cette histoire. Sophie, la belle jeune femme blonde évaporée, gouailleuse et aguicheuse, Bernard-Henri Jones, son compagnon, Maryline, la promise de Pierre, belle jeune fille pudique et effacée, et quelques autres qui font penser à des personnages existants ou ayant pu exister.

 

Baudruche, à placer entre Hercule Poirot, le commissaire Montalbano et Pépé Carvalho, est un détective amateur qui se conduit comme un professionnel. Ventre affamé n'a pas d'oreille dit-on, aussi est-ce pour cela que l'ami Baudruche qui porte bien son nom, ne le renie pas, mais n'apprécie que quiconque blague sur son patronyme, est-ce pour cela qu'il voit et entend les petits faits, les discussions feutrées, grâce à sa capacité à ingurgiter moult productions gastronomiques du terroir avec bonhommie, rondeur, et satisfaction voluptueuse. Pas le genre vorace de Bérurier qui engloutit tout en éclaboussant son marcel. Car Baudruche reste digne dans l'accomplissement de son rite culinaire.

Le lecteur lui ne restera pas sur sa faim mais demandera toutefois un supplément, comme une friandise, d'autres aventures gourmandes.

 

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont... Collection Baudruche N°6. Editions de l'Elan. Parution le 25 janvier 2017. 128 pages. 16,00€.

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:33

Attention à la casse, car il ne s'agit pas de verre blanc susceptible de porter bonheur...

Eric FOUASSIER : Le piège de verre.

En cette fin du mois d'octobre de l'an 1503, l'assassinat d'un troisième alchimiste inquiète Anne de Bretagne en son palais de Blois.

Elle est convaincue que sa couronne est en danger, du moins celle de son mari le roi Louis XII. D'autant que d'étranges messages ont été gravés sur le front de chacun des homicidés. Sur le dernier en date figurent les lettres Let D.

Se souvenant que cinq ans auparavant, de ce qui est advenu lors du décès accidentel, du moins c'est ce qui a été officiellement déclaré, de Charles VIII, elle fait appel à Héloïse Sanglar, fille d'apothicaire et apothicaire elle-même, ayant repris l'échoppe de son père décédé dans de troublantes circonstances.

La jeune fille, âgée maintenant de vingt-trois ans, avait enquêté en compagnie de Pierre Terrail, le chevalier Bayard, démontrant un esprit intelligent, vif, et se montrant courageuse dans des moments difficiles. Elle prépare à l'aide de produits naturels des onguents, des panacées, des parfums et autres médications destinées à soulager les maux de toutes sortes. Au moment où l'envoyé de la reine lui enjoint de quitter Amboise et de se rendre immédiatement à Blois, elle met la dernière main à la confection de cierges commandé par un monastère. Elle se met immédiatement en route laissant son apothicairerie aux mains de son ouvrier-compagnon, compagnon dans le sens de compagnon du devoir, qui sait se débrouiller seul la plupart du temps.

Sur place, Héloïse fait montre de détermination et ne s'en laisse point conter par la Reine. Elle veut savoir pourquoi celle-ci est persuadée que le trône est en danger. Anne de Bretagne lui montre alors un parchemin qui avait été glissé dans son psautier et sur lequel est inscrite cette phrase pour le moins sibylline : Qu'En Ce Vitrail Le Lys Défaille.

Peu avant que Maître Barello, l'alchimiste, soit assassiné, il avait reçu la visite d'un maître verrier et de son assistant Jean surnommé l'Angelot. Héloïse recueille plus de renseignements auprès de Tiphaine, la servante, et de Guillaume, l'apprenti de l'alchimiste. Le jeune garçon a assisté à une scène étrange qui le fait frissonner encore d'horreur. L'alchimiste avait découvert une vitre rouge enchâssée dans un cadre de cuivre, avait déposé un jeune chiot près du verre puis allumé une chandelle. La lumière se reflétant dans le verre rouge avait touché l'animal qui en était mort. Incroyable.

Le maître verrier est reparti en compagnie de l'Angelot et il faut percer le secret qui entoure ce phénomène étrange et mortifère. Pour cela, le mieux est de se rendre à l'abbaye de Baume-les-Moines, dans le Jura, et le rencontrer. Anne de Bretagne adjoint à Héloïse le chevalier Henri de Comballec, baron de Conches, et son écuyer Robin. Toutefois avant de repartir pour Amboise afin de préparer ses affaires, Héloïse est agressée dans les jardins royaux par des soudards et elle ne doit, sinon la vie sauve, tout du moins une virginité intacte à Philippe de Clèves, évêque de Nevers, qui baguenaudait dans les parages.

Puis c'est le grand départ et Héloïse ne peut emmener tout son attirail d'onguents et autres médicaments, juste une petite trousse de premier secours, et là voilà juchée sur une mule alors qu'elle pensait effectuer le trajet à bord d'une litière. Faut pas rêver non plus.

En cours de route, les dangers guettent nos voyageurs, et arrivés sains et saufs, à Baume-les-Moines, c'est pour repartir munis d'un parchemin découvert dans une anfractuosité de l'édifice. Un parchemin comportant de nombreuses strophes qu'ils doivent décrypter s'ils veulent continuer leur chemin qui les conduira au maître vitrier. Bourges, Sens, Autun autant de villes étapes qui ponctuent ce jeu de piste et ce chemin de croix jalonnés de dangers de toutes sortes. Ils sont suivis par un albinos chargé de leur mettre des bâtons dans les roues, ou sous les pieds de leurs cheveux, voire de les éliminer.

Pendant ce temps, que fait Pierre Terrail, le chevalier Bayard, cet homme auquel pense si fortement Héloïse ? A la même chose, c'est-à-dire qu'il pense à la jeune femme et son souvenir est prégnant, malgré les nombreuses années au cours desquelles ils ne se sont pas vus, ayant tout juste correspondu la plupart du temps par pigeon voyageur. Bayard est actuellement près de Naples, combattant pour le compte du roi de France et affrontant les troupes espagnoles qui désirent elles aussi se partager ce morceau de province.

 

Roman historique, Le piège de verre est également un roman ludique, un thriller ésotérique, mais pas trop, et une histoire d'amour entre deux jeunes gens, voire trois car bientôt Héloïse s'aperçoit qu'Henri de Comballec ne lui est pas indifférent.

Mais c'est bien le thème historique qui prévaut, les problèmes rencontrés par Anne de Bretagne pour assoir sa notoriété, les jalousies exacerbées de celle qui a été répudiée, à cause d'une tradition qui veut que le nouveau roi épouse la veuve du précédent et surtout pour des intérêts domaniaux ou dont la descendance pourrait prétendre régner à la place de Louis XII, si celui-ci venait à décéder sans postérité.

Quant à la partie ludique, il s'agit de décrypter une énigme. Mais celle-ci est alambiquée, et il faudra user de leurs connaissances mais compter aussi sur une grande part de chance pour parvenir à décoder ce texte. Car une véritable course contre la montre se joue dans un contexte à étapes foisonnantes de rebondissements.

Roman de la manipulation, cette histoire est habilement construite et réserve son lot de surprises. Quant à l'épilogue, ouvert, il ouvre la voie à une nouvelle aventure d'Héloïse, aventure qui je l'espère sera écrite et publiée avant cinq ans, comme le laps de temps qui sépare celle-ci de la précédente.

 

Eric FOUASSIER : Le piège de verre. Roman historique. Editions Jean-Claude LATTES. Parution le 1er février 2017. 480 pages. 20,00€.

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 09:28

Ce n'est pas moi, hélas...

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible.

La genèse du roman policier s’inscrit chez des auteurs comme Sir Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux, Agatha Christie, puis John Dickson Carr et quelques autres, je ne vous apprends rien.

Les temps changent, la mode en supplante une autre, et aujourd’hui le roman noir tient le haut du pavé. Mais ce n’est pas pour autant que le roman policier classique, de détection ou d’énigme est relégué dans un tiroir.

Tout comme le free jazz ou le jazz fusion n’ont enterré le jazz Nouvelle-Orléans.

Il en faut pour tous les goûts, et celui qui n’aime pas peut le dire mais non pas déclarer avec emphase que telle ou telle catégorie de musique ou de littérature est bonne à jeter en pâture, et que ceux qui les écoutent ou les lisent ne sont qu’abrutis et rétrogrades. Il faut savoir se montrer tolérant en tout.

Cette petite mise au point effectuée, revenons à nos moutons ou plutôt aux mystères de meurtres en chambres closes. Si le maître incontesté en fut John Dickson Carr, Paul Halter a su reprendre le flambeau contre vents et marées et continue à nous distiller des œuvres en tout point remarquables. Il était le seul pratiquement sur le marché français mais un petit nouveau a décidé de jouer dans la cour des grands.

En effet Daniel Verdier nous invite avec son premier roman à entrer dans le cercle fermé des auteurs de MCC (meurtres en chambres closes), et dont le cadre est la Brenne, le pays des Mille étangs, un territoire situé aux confins du Berry, de la Touraine et du Poitou.

Paul Kestevan est détective privé à Châteauroux et ses principales enquêtes résident en filatures et autres occupations éminemment fastidieuses mais il faut bien assurer la paie de sa secrétaire, régler le loyer et autres dépenses inhérentes à toutes personnes vivantes et décidées à le rester en s’alimentant.

Parfois la police fait appel à ses services, et c’est autrement plus intéressant et gratifiant (pas financièrement, malheureusement pour lui !) car cela veut dire que ces braves représentants de l’ordre pataugent et qu’ils reconnaissent ses aptitudes à démêler les affaires les plus embrouillées.

Mrs Stratton, en invitant dans son manoir isolé sis dans la Brenne, quelques représentants du 7ème art, ne pensait pas qu’elle allait être au cœur d’une aventure meurtrière. En effet, le célèbre réalisateur de cinéma britannique Andrew Carter est retrouvé mort dans sa chambre, abattu de deux balles dans le dos. Ce ne pourrait être qu’une affaire banale de vengeance, de jalousie, seulement la porte de la chambre ainsi que la fenêtre étaient fermées hermétiquement, alors que les volets étaient ouverts. La clé, exemplaire unique, reposait près du cadavre.

Un cri poussé par Carter puis les coups de feu ont alerté les résidents du manoir mais ce sont des policiers qui ont fracturé la porte. Ce meurtre a été perpétré par qui et pourquoi, sont les questions habituelles qui se posent aux enquêteurs. Comment ? Par une arme à feu qui sera retrouvée peu après dans les toilettes attenantes. Non la véritable question est de savoir comment l’assassin a pu s’évaporer de la chambre qui était allouée au défunt.

Parmi les invités, des hommes et des femmes, ayant tous un rapport avec le cinéma, acteurs, scénariste et script, connaissant Carter et possédant pour beaucoup des ressentiments envers ce personnage qui était attiré par les femmes et pas toujours affable dans l’exercice de son activité. Sans oublier parmi les assassins probables et possibles le majordome.

Paul Kestevan, délaissant les affaires en cours, au grand dam d’Alexandra sa secrétaire, interroge chacun des participants à ce Cluedo nature. Et la clé de la solution lui sera fournie par un banal geste quotidien. Mais avant de résoudre cette énigme, un autre cadavre viendra ponctuer son enquête.

Bon sang, mais c’est bien sûr, s’écriera le lecteur lors de l’explication finale. Oui, mais il fallait y penser.

 

Comme le déclaraient les Shadocks, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. De la belle ouvrage qui manque un peu d’épaisseur et qui pêche par quelques défauts de jeunesse, mais ce n’est qu’un premier roman et tout est perfectible.

Toutefois Daniel Verdier possède de véritables possibilités et comme le laisse entendre son héros Paul Kestevan, d’autres affaires résolues sont à mettre à son actif. Il ne lui reste plus donc qu’à les coucher sur le papier. Paul Kestevan qui possède une vie privée, il en a le droit, en la personne de Rachel, jeune femme qu’il ne connait pas physiquement et dont les seules relations sont téléphoniques.

Là aussi le lecteur est en droit de connaître la suite de cette intrigue amoureuse. Et Kestevan possède ses Watson, ses faire-valoir dirons-nous, via deux policiers, Tharel qu’il connait bien et Duchêne un nouveau venu à la brigade. Ce roman constitue donc une agréable récréation qu’il serait dommage de louper.

Depuis la parution de ce roman, David Verdier a récidivé et j'aurai peut-être le plaisir de vous présenter ses nouvelles productions.

 

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible. Préface de Paul Halter. Collection Black Berry. Editions La Bouinotte. Parution 25 avril 2010. 168 pages.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:36

Hommage à John Dickson Carr, né le 30 novembre 1906.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre

Lorsqu'Helen Dean, la fiancée de Hugh Prentice, du cabinet d'avoués Prentice & Vaughan, se moquait de celui-ci parce qu'il lisait en cachette des romans policiers, elle était à cent lieues de se douter que la phrase qu'elle venait de prononcer allait devenir réalité quelques instants plus tard.

D'un ton emphatique et dramatique, la jeune fille déclamait : Du brouillard épais surgit un inconnu au visage basané et à l'accent étranger qui déclare : Je suis Omar d'Hispahan. Il te parle d'un cadavre dans une pièce hermétiquement close...

Quelques minutes plus tard, alors que Londres en cette fin d'après-midi du mois de novembre est noyée dans le brouillard, entre dans l'étude un mystérieux inconnu qui dit s'appeler Abu d'Ispahan. Stupeur des protagonistes.

Hugh Prentice qui a rendez-vous avec Patrick Butler, un éminent avocat corpulent dont le point faible est le sexe, justement dit faible, et dont la devise est : Je ne me trompe jamais, Hugh Prentice donc consulte son associé et presque beau-frère James Vaughan.

Pendant ce temps Abu d'Ispahan se fait trucider d'un coup de poignard par... par... par qui au fait ? puisque les deux seules personnes qui se trouvaient dans l'étude à ce moment-là étaient en train de deviser.

 

Si la traduction en Français de ce roman favorise la découverte de l'assassin, sinon le comment tout au moins le par qui, ce roman de John Dickson Carr n'en est pas moins excellent, humoristique en diable et légèrement coquin, style quelque peu inhabituel à l'auteur.

 

En fait le mystère de la chambre close, thème trop cher à J.-D. Carr pour qu'il ne nous livre pas un roman comportant un meurtre apparemment insoluble, n'est que prétexte à une suite d'avalanche de gags, d'aventures loufoques, farfelues, avec un personnage haut en couleur, Patrick Butler, mais aussi quelques jeunes filles dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles cachent bien leur jeu.

Le jeu de l'amour et du falzar en quelque sorte !

 

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre (Patrick Butler for the Defense - 1956. Traduction de Jean-André Rey). Le Masque Jaune N°1926. Librairie des Champs Elysées. Parution juillet 1988.

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 16:19

La parole est d'argent mais le silence est d'or...

Jean-Michel LECOCQ : Les bavardes.

Les vacances à Sainte-Maxime, le commandant Tragos les savoure au comptoir son hôtel restaurant.

Un peu plus loin, à une table, deux femmes dégustent leur thé en papotant. Le serveur très prolixe lui confie que le patron les a surnommées les Bavardes, en référence à un tableau de Noëlle Mauret datant de 1989. Effectivement le loufiat montre la toile à Tragos, mais celui-ci n'en n'a rien à faire. Ce n'est pas parce qu'il n'apprécie pas l'art pictural, mais parce qu'il a connu vingt ans auparavant.

Charlotte Visani était médecin légiste à Marseille alors que Tragos venait d'être affecté à l'Evêché au début des années 1990. Il avait travaillé quelques temps avec elle sur certaines affaires, puis elle était partie à l'étranger. Depuis, il est monté en grade mais est toujours en poste à la police judiciaire marseillaise. La compagne de Charlotte, Mélanie, fut également en poste à la Crim, durant dix ans, partie juste avant sa nomination.

Mais ce n'est pas parce qu'il est en vacances que les affaires sont en suspens. D'abord il y a le cas Pavlidis, un truand qui vient de se faire la belle. Il faisait partie en 1980 à une bande appelée les Beaux Gosses, dirigée par Max Germanos et réalisé le braquage d'un fourgon blindé. Les membres de la bande ont été arrêtés, le cerveau de l'opération braquage est décédé dans sa voiture accidentée, et l'argent n'a pas été retrouvé. Mais peut-être y aurait-il eu un des braqueurs qui n'aurait pas été identifié, c'est ce que tout laisse supposer.

Un cadavre est découvert dans le port azuréen. Particularité, il lui manque un bras et la tête. Aucun doute, le coupable voulait dissimuler une marque pouvant l'identifier.

Normalement cette affaire ressort du domaine de la gendarmerie, mais comme Tragos est déjà sur place, et qu'éventuellement ce crime pourrait être mis sur le compte de Pavlidis, il est chargé par son patron de s'atteler à l'enquête. Il se rend à la morgue en compagnie de la toujours belle et sexagénaire Charlotte Visani, qui peut apporter un œil de spécialiste sur ce crime. Tout comme son collègue officiel qui a procédé à l'autopsie, elle remarque que le membre a été découpé dans les règles de l'art.

Tragos, toujours officiellement en vacances, met ses fidèles adjoints sur la piste du meurtrier qui se conduit en Petit Poucet, semant des cadavres autour de Sainte-Maxime mais également dans l'Ariège. Pivlatis est le premier suspecté, lui sur lequel se focalisent tous les soupçons, mais il ne faut pas négliger d'autres pistes, peu apparentes mais réelles.

 

Pour peu que le lecteur lise attentivement le texte, et ne saute pas des lignes ou des passages, si j'en connais qui le font pour avancer plus vite, il se doutera assez rapidement de la solution finale, ou tout au moins de l'identité du coupable. Ou des coupables.

Mais outre l'intrigue, malgré tout bien menée, ce sont les personnages qui gravitent dans cette histoire qui entretiennent l'intérêt. Comme le jeu des acteurs sans qui une pièce de théâtre ne passionnerait pas.

Tragos, policier qui joue parfois avec les règles et n'hésite pas à les enfreindre afin de parvenir à son but, mouillant par là-même ses adjoints, les plaçant dans des positions délicates vis-à-vis des autorités, gendarmerie, procureurs, voire ministère. Vergne, l'ancien, Venot, le jeune, tout est relatif, se voient confier des missions périlleuses. Mais Vergne jalouse plus ou moins son jeune collègue, croyant celui-ci plus dans les petits papiers du commandant, et par ce fait aspirant plus rapidement à une promotion, un grade qu'il pense lui être dévolu vu ses années de bons et loyaux services.

Les Bavardes également, Charlote Visani, l'ancienne légiste, et Mélanie Le Guen, l'ancienne policière, qui interfèrent plus ou moins dans l'enquête et ont été plus ou moins mêlées dans l'affaire des Beaux Gosses trente ans auparavant.

Maud, la jeune journaliste du quotidien local et se comporte en reporter aguerrie, fouillant et n'hésitant pas à donner de son corps pour faire avancer son article. Elle est ambitieuse, certes, mais pragmatique, reconnaissante, et amoureuse.

Sans compter ceux qui sont réduits aux cailloux du Petit Poucet meurtrier, dont on découvre peu à peu les antécédents, et accessoirement les corps.

Pour ses vacances, Tragos a emporté un roman de Linwood Barclay, auteur dont dit Jean-Michel Lecocq en exergue : Un des meilleurs conteurs que je connaisse...

Linwood Barclay, j'en ai entendu parler, mais je n'ai rien lu de lui. Et ce n'est pas près d'arriver, car si Jean-Michel Lecocq effectue de temps à autre un résumé de ce que Tragos vient de lire, le policier ne semble pas passionné. En effet, du 17 juin 2012, au 6 juillet, de la même année je vous rassure, Tragos n'a pas le temps de lire entièrement ce livre. Une hérésie, même s'il a d'autres occupations, car au début tout du moins, il a du temps libre.

 

Jean-Michel LECOCQ : Les bavardes. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution le 3 octobre 2016. 276 pages. 12,90€.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 14:03

Hommage à Maurice Périsset décédé le 12 novembre 1999.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu.

Horriblement défigurée, Valentine est irrémédiablement clouée dans un fauteuil roulant depuis l'accident de voiture survenu cinq ans auparavant.

Entre l'infirme et sa sœur Catherine, la fautive, de quinze ans sa cadette, les relations sont assez tendues.

Valentine passe son temps comme elle peut, assistée par Marie une jeune femme du village. Catherine, qui travaille en tant que secrétaire médicale à Toulon, effectue chaque jour quatre-vingts kilomètres et supporte de moins en moins cette charge.

Elles vivent dans une villa de location, à l'abri des regards indiscrets, alors qu'il serait si facile de vendre La Bastide rose, propriété inhabitée de Valentine, et de placer l'infirme dans une maison spécialisée tandis que Catherine s'achèterait un studio.

Bastien, dix-neuf ans, accusé d'avoir voulu étrangler sa jeune belle-mère, s'évade du Centre psychiatrique de Pierrefeu. Un fait-divers qui va précipiter les événements et exacerber la tension entre les deux sœurs. Bastien va trouver l'hospitalité auprès de Valentine mais pour peu de temps. Il est obligé de fuir.

La gendarmerie est sur les dents; le corps d'un clochard est découvert dans la forêt de Dom. Si le meurtre ne fait aucun doute, le lieu du crime est aléatoire. Bastien est soupçonné, d'autant qu'il a été vu en compagnie du vagabond faire la manche.

Catherine, qui rencontre en cachette son ami Sergio, un bellâtre, décide de partir en week-end. Marie s'occupera de Valentine. Le drame qui couvait s'embrase soudain. La forêt prend feu et Valentine qui était resté seule dans la villa a dû périr dans les flammes.

Marie et Catherine sont convoquées à la gendarmerie pour y effectuer leur déposition. C'est le moment que choisit Marie pour tenter un chantage auprès de Catherine. Elle lui donne même rendez-vous à la Bastide rose, cette fameuse bastide dont Valentine ne voulait se séparer sous aucun prétexte, et que Catherine aurait vendu avec joie.

D'ailleurs cet incendie d'origine criminelle n'a-t-il point été allumé afin de se débarrasser de l'infirme et d'un testament défavorable ?

 

L'épilogue de cette histoire est prévisible et hitchcockien.

La montée de la tension est toutefois admirablement décrite et même si lecteur se doute de ce qui doit inévitablement et logiquement se passer, il est pris par l'ambiance.

Une situation standard exploitée avec bonheur par un auteur qui excellait dans l'art du suspense.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 1ernovembre 1990. 240 pages.

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 06:18

Un roman qui ne laisse pas de glace...

J. J. MURPHY : L'affaire de la belle évaporée

En ce 31 décembre, durant les années 1920, l'effervescence règne dans l'hôtel Alconquin.

Tous les résidents sont invités à participer à fêter cet événement, dans la joie et la bonne humeur. Dorothy Parker, journaliste au New-Yorker, attend avec impatience son ami Robert Benchley dont elle est secrètement amoureuse. Mais son ami tarde à venir et Alexander Woollcott, autre compagnon et journaliste lui aussi la tanne pour organiser une partie d'un jeu de société dit du jeu de l'Assassin entre amis. Cela ne la tente guère et elle se défile.

Si Douglas Fairbanks et sa compagne Mary Pickford, qui organisent une réception dans leur luxueuse suite au dernier étage de l'établissement pavanent parmi les invités qui bientôt vont se bousculer près du buffet, d'autres résidents ne sont pas à la fête. Un cas de varicelle vient d'être détecté. Normalement cela ne devrait pas influer sur le déroulement de la joyeuse manifestation, seulement, le docteur Hurst, qui vient de recevoir un pli télégraphique, déclare soudainement qu'il s'agit d'un cas de variole. Et réclame la mise en quarantaine immédiate de l'établissement. Plus personne ne pourra sortir, plus personne ne pourra entrer.

Dorothy Parker est plus qu'inquiète. Heureusement son ami Benchley s'est infiltré au dernier moment et elle pousse un soupir de soulagement tout en lui adressant un énorme sourire.

Parmi les résidents, un hôte marque se fait discret. Il s'agit de Sir Arthur Conan Doyle qui est tourné vers le spiritisme et il n'apprécie que moyennement que Sherlock Holmes et ses exploits reviennent continuellement sur le tapis au détriment de ses autres œuvres. Dorothy le présente à Woollcott, qui ne réagit pas à cette confrontation amicale, mais l'exhorte à participer à son jeu de l'Assassin. Une demande que Conan Doyle refuse avec diplomatie.

Bientôt tout ce petit monde, quelques dizaines de personnes quand même, peuvent écluser des boissons alcoolisées, malgré les mises en garde de Franck Casey, le directeur de l'hôtel. La prohibition doit être respectée, du moins en public.

Arrive enfin le grand moment. Douglas Fairbanks présente à tous Lydia Trumbull, une actrice et reine de la soirée. Seulement l'aura de celle-ci est complètement éclipsée lorsque se présente Bibi Bibelot, une starlette en devenir, complètement nue mais ayant gardé ses chaussures, et parade parmi les invités. Elle fait sensation. Tous les hommes n'ont d'yeux que pour elle et surtout sa plastique, quelques femmes aussi.

Elle arbore autour du cou un médaillon, un objet que le docteur Hurst possédait et a remis à son ami Doyle, puis qui a changé de main, le bijou ayant été confié à Fairbanks. Bibi Bibelot s'introduit dans la salle de bain, et demande aux participants mâles d'aller chercher des caisses de champagne et de les vider dans la baignoire. Deux religieuses râlent devant cette impudeur affichée avec ingénuité. Le docteur Hurst s'introduit dans la salle de bain, la porte est fermée, des cris s'élèvent, puis il ressort. Il est presque minuit, et tout le monde est convié au rendez-de-chaussée afin de fêter le nouvel an. Peu après Bibi Bibelot sera retrouvée morte dans sa baignoire par Dorothy Parker. La porte est fermée à clef. Nulle trace de ce qui aurait pu provoquer le décès de la starlette. Est-ce un suicide ? Difficile d'y croire. Un meurtre ? oui, mais comment, par qui, car aucune blessure apparente ne laisse supposer que Bibi a été assassinée.

 

Voilà un problème de meurtre en chambre close qui va occuper durant toute la nuit Dorothy Parker, Benchley, Conan Doyle, Franck Casey, Douglas Fairbanks et quelques autres, seul Woollcott ne pensant qu'à son jeu de l'Assassin. Pourtant il ne s'agit plus de jouer mais bien de découvrir ce qu'il s'est réellement passé. D'autant que les policiers, en la personne du capitaine Church prévenu, ne peuvent entrer dans l'hôtel puisque celui-ci est placé en quarantaine.

Si la résolution de savoir comment l'assassin s'est débrouillé pour sortir de la pièce à l'insu de tous est assez simplette, reste le problème de savoir comment c'est déroulé ce meurtre, avec quelle arme et pourquoi. Le mobile pourrait en être le médaillon, mais comme dirait l'autre, que vient-il faire en cette galère ?

Une galère véritablement pour Dorothy Parker et son ami Benchley qui se croisent, se cherchent, se perdent de vue pour mieux se retrouver, à la poursuite d'un cadavre baladeur qui n'est autre que Bibi Bibelot, disparue en chaise roulante.

Quiproquos, courses poursuites, réparties égrillardes, jeux de mots, situations rocambolesques parsèment ce roman jubilatoire mais parfois un peu longuet. L'auteur semble tirer à la ligne, mais il est vrai que la nuit du 31 décembre au 1er janvier est l'une des plus longues de l'année.

Personnages réels, Dorothy Parker, Benchley et Woollcott et quelques autres ont effectivement existé, et personnages de fiction s'entremêlent pour une intrigue classique qui ne manque pas de charme, d'humour et de situations parfois rocambolesques. Si Conan Doyle devient l'assistant de Dorothy Parker dans la résolution de cette intrigue de meurtre en chambre close, un protagoniste du nom de Harpo Marx fait des apparitions épisodiques, dans un rôle de figurant endormi.

J. J. MURPHY : L'affaire de la belle évaporée (A friendly game of murder - 2013. Traduction Yves Sarda). Editions Baker Street. Parution le 3 novembre 2016. 336 pages. 21,00€.

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 09:54

Aujourd'hui, fête de tous les saints, une pensée particulière pour les bibliothécaires avec Saint Laurent.

L. R. WRIGHT : Le suspect

A Sechelt, comme dans tous les autres villages qui parsèment la Côte du Soleil dans l’île de Vancouver, la police montée canadienne n’a qu’une activité assez restreinte.

Un meurtre sur la personne d’un vieux monsieur solitaire, voilà de quoi rompre la monotonie du commissariat et détourner l’esprit du brigadier Karl Alberg de ses soucis affectifs et domestiques.

Qui a pu tuer Carlyle Burke et pour quels motifs ? Le seul qui pourrait donner les réponses à ces questions et à quelques autres, est George Wilcox, son beau-frère, l’assassin.

A quatre-vingts ans, George, veuf depuis quelques mois, pacifiste convaincu, vient de perdre la tête sous les sarcasmes de Carlyle. Alors, il a tué l’homme envers qui il ressentait depuis des années une profonde aversion, pour ne pas dire une haine féroce.

George ne se dénonce pas aussitôt à la police, car ni le remords, ni la satisfaction d’avoir perpétré son acte ne le taraudent. Et puis qui s’occuperait de son jardin s’il allait en prison ?

Le brigadier, peu à peu, cristallise ses soupçons sur le vieillard qui ne démord pas de ses allégations : il a découvert le corps et appelé la police, un point c’est tout.

Le passé de la victime recoupe celui du suspect, de quoi apporter de l’eau au moulin des convictions de Karl. Mais il faut des preuves pour accuser. Entre les deux hommes jouant au chat et à la souris, s’érige en arbitre Cassandra, bibliothécaire de son état.

Elle a fait la connaissance de Karl grâce à une petite annonce. Quant à George, elle le connaît bien comme assidu de la bibliothèque qu’elle dirige. Or, ce dernier lui confie son envie de quitter Sechelt et lui avoue impunément avoir occis Carlyle. La bibliothécaire se retrouve déchirée, coincée entre les deux hommes.

Karl découvre dans la cabane de jardin de Burke un coffret contenant de vieilles lettres et finit par comprendre que, si George a assassiné son beau-frère, c’est parce que celui-ci l’avait poussé à bout. Mais s’il possède le scénario, il lui manque les motivations.

 

Si, dès le premier chapitre, le lecteur connaît le nom de l’assassin, son attention et l’intérêt de l’histoire ne s’en trouvent pas pour autant dévalorisés.

Car, outre les motifs qui ont amené George à commettre ce meurtre et à ne pas se dénoncer, le long cheminement du policier à la recherche du coupable sont décrits d’une façon subtile.

Sans utilisation de violence inutile, la Canadienne L.R. Wright, qui se place entre Ruth Rendell et Mary Higgins Clark, joue plus sur l’angoisse, l’appréhension, l’oppression qui imprègnent cette enquête. Ce qui n’exclut pas les notes d’humour parsemant ce roman qui renouvelle le système du ménage à trois.

La trinité ici n’a rien d’un marivaudage, pourtant, entre l’assassin et le policier, la femme joue un rôle d’arbitre et de régulateur de tension. Un arbitre, malheureusement pas toujours très objectif, mais entre l’amour et l’affection, il existe un grand fossé à combler.

Karl l’apprend à ses dépens, car l’avenir qu’envisageait la bibliothécaire avec lui, timidement certes, se fissure. Et l’on se réfère plus à l’amitié et à l’affection qu’à l’amour, ce dernier sentiment étant peut-être plus difficile à discerner malgré le coup de foudre trompeur et l’attirance physique.

Réédition Le Point N° 612. 1993

Réédition Le Point N° 612. 1993

L. R. WRIGHT : Le suspect (The suspect - 1985. Traduction de Robert Pépin. Le Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 30 mai 1991. 252 pages. 15,30€.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 13:25

Comme le précise l'édition Omnibus, Raffles, un

Arsène Lupin anglais... sauf que...

Ernest William HORNUNG : Raffles, un cambrioleur amateur

Tout le monde connait Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, qui apporta à la littérature policière une bouffée de fraîcheur, prenant le contre-pied des enquêtes policières sérieuses ou des romans dans lesquels la pègre avait le beau rôle. Arsène Lupin né en 1905 sous la plume féconde de Maurice Leblanc.

Mais peu de personnes savent qu'Arsène Lupin ne fut pas le premier gentleman-cambrioleur à obtenir les faveurs du public mais qu'il eut un précurseur en la personne de Raffles.

Ernest William Hornung créa en 1899 Raffles, une sorte de Robin des Bois moderne qui fut le chef de file d'une quantité impressionnante d'émules, à commencer par Arsène Lupin, mais aussi Le Saint de Leslie Charteris, Lord Lister dont les auteurs sont apparemment inconnus mais d'origine étrangère probablement batave ou flamande, des fascicules édités chez Eichler dans les années 1920, Le Baron d'Anthony Morton, et bien d'autres, moins célèbres et avouons-le, moins intéressants aussi.

Raffles donc, créé par E.W. Hornung, le beau-frère de Conan Doyle, est l'antihéros du héros, c'est à dire Sherlock Holmes.

Comme le célèbre détective, Raffles possède son confident, son historien, son faire-valoir en la personne de Bunny, un personnage un peu falot. Bunny prodigue maints conseils d'intégrité à son ami mais cela ne l'empêche point de suivre Raffles dans ses sorties nocturnes et délictueuses.

Tout comme Arsène Lupin plus tard, Raffles est un adepte du déguisement et possède des points de chute différents. Mais ce qui devient avec notre héros national une entreprise prospère, reste avec Raffles au stade artisanal. Un situation au coup par coup, lorsque le besoin s'en fait sentir. Pas d'homme de main.

Seul Bunny l'aide dans ses pérégrinations et même parfois risque de faire capoter l'affaire, n'étant pas toujours au courant des agissements de son ami.

 

Cet intéressant personnage qu'est Raffles, sportif accompli spécialiste du cricket, sport alors à la mode, fréquentant les réunions mondaines ce qui li permet de poser des jalons et de repérer les lieux de ses futurs appropriations, connaitra de nombreuses aventures sous la plume de E.W. Hornung, réunies dans trois volumes et un roman, Raffles, cambrioleur pour le bon motif, publié à La Renaissance du livre en 1909. Tout comme Sherlock Holmes, d'autres auteurs se pencheront sur son cas, dont Barrie Perowne, David Fletcher et Peter Tremayne.

Il a été interprété au cinéma, pour au moins huit films, par notamment John Barrymore et David Niven.

Les éditions Rivière blanche ont l'excellente idée d'éditer un recueil de nouvelles de E.W. Hornung, Docteur Crime, dans l'excellente collection Baskerville, dirigée par le non mois excellent Jean-Daniel Brèque, que j'aurai le plaisir de vous présenter bientôt. En attendant voir ci-dessous la bande-annonce de l'ouvrage.

 

Réédition Omnibus. Parution mai 2007.

Réédition Omnibus. Parution mai 2007.

Réédition Petite bibliothèque Ombre. Editions de l'Ombre. Parution novembre 1998.

Réédition Petite bibliothèque Ombre. Editions de l'Ombre. Parution novembre 1998.

Réédition La renaissance du livre. Collection Le Disque Rouge. 1932.

Réédition La renaissance du livre. Collection Le Disque Rouge. 1932.

Ernest William HORNUNG : Raffles, un cambrioleur amateur (The amateur craksman - 18999. Traduction de Henry Evie). Editions Sylvie Messinger. Parution 1988.

Première édition éditions Juven 1905.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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