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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 09:54

Et preuves à l'appui !

Jean-Luc HOUDU : Ultime épreuve.

L’action se situe à Saumur, au début du XVIIe siècle. Un des ouvriers, ou oeuvriers comme on les appelait à l’époque, de l’imprimeur Maillet est découvert assassiné alors que toutes les issues sont hermétiquement fermées.

Un homme habillé de noir s’est présenté, selon Petit Pierre l’apprenti réfugié dans les combles, et a occis le compagnon. Apeuré, il s’est barricadé et c’est dans un recoin que Pierre Peloup, le lieutenant criminel de la cité chargé de réorganiser la police, va le trouver tout tremblant et incapable de donner le moindre détail. Il a assisté au début de l’entretien, puis au meurtre mais ne sait comment s’est volatilisé le meurtrier. Une enquête compliquée pour le policier, d’autant qu’entre les protestants et les catholiques la tension monte.

Maître Maillet s’est installé depuis deux ans à Saumur, auparavant il exerçait à La Rochelle, et c’est de cette même cité qu’était originaire son employé. Quelqu’un de bien, muni de recommandations élogieuses. Pourtant, selon les éléments découverts près du cadavre, il imprimait en cachette de son patron, des almanachs, sur du mauvais papier, ce qui est contraire à l’éthique de l’époque et des membres de cette profession sise à Saumur. Un mystère qui s’il n’est pas élucidé rapidement risque de faire dégénérer les relations entres les membres des deux communautés religieuses de la ville.

 

La prise de La Rochelle sous le règne de Louis XVIII, à l’instigation de Richelieu et si bien décrite dans Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, est en fond de drame de ce récit qui met en scène une petite ville de province en apparence sans préoccupation.

Quoique le départ du gouverneur de la ville, Duplessis-Mornay, renvoyé par le roi lors de son passage à Saumur, n’ait guère fait de vagues, le lieutenant Peloup doit marcher sur des œufs et surtout ne pas soulever de vagues, qui pourraient se transformer en mascaret et mettre la ville à feu et à sang.

C’est dans ce contexte historique que Jean-Luc Houdu nous propose un roman qui, sans être vraiment didactique ou pédagogique, nous imprègne de l’atmosphère de l’époque et nous familiarise avec l’imprimerie, une noble profession qui a bien changé depuis. Les tenants et les aboutissants, les problèmes politiques qui se rattachent à ce meurtre n’ont guère changé. Il suffit de remplacer Catholiques et Protestants par Gauche et Droite, ou inversement, pour retrouver des imbrications actuelles. Le meurtre en chambre close étant le petit plus qui accroche.

Les dialogues posent quelquefois problème de lecture, en ce que l’auteur s’est amusé à reconstituer le parler d’autrefois. Au début c’est amusant, mais pour qui n’est pas habitué à cette démarche cela devient un tantinet lassant à moins que cela se révèle une découverte, l'héritage de Rabelais, de Scarron, de Cyrano de Bergerac, le vrai pas celui de la fiction d'Edmond Rostand, de Madeleine de Scudéry ou encore de Madame de Lafayette et son décrié, par un certain N.S., Princesse de Clèves, et des libertins représentés par Théophile de Viau, Tristan L'Hermitte, liste non exhaustive...

En annexe les curieux pourront étancher leur soif de connaissance avec l’âge d’or de l’Imprimerie et de la Librairie à Saumur, une partie qui ne manque pas d’intérêt et met en valeur ce métier qui à l’origine était une véritable révolution dans l’écrit, beaucoup plus que le passage de la machine à écrire à l’ordinateur.

Première édition : Editions Cheminements. Parution mai 2001.

Première édition : Editions Cheminements. Parution mai 2001.

Jean-Luc HOUDU : Ultime épreuve. Editions Feuillage. Parution 8 juin 2017. 260 pages. 14,00€.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 04:49

Avant ou après le bain... de minuit ?

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit.

Alors qu'il vitupère contre un article le mettant en cause et paru dans une revue, André Brunel, policier privé de son état, reçoit la visite de son ami le narrateur. Âgé d'une petite trentaine d'années, André Brunel s'est fait connaître en résolvant quelques affaires délicates, et il est reconnu comme l'un des meilleurs de sa catégorie. Peu à peu il se calme, et comme il se considère comme le flegme personnifié, il déclare à son ami que le jour où je t'autoriserai à publier mes aventures, tu commenceras par cette petite mise au point. Dont acte.

Les deux hommes ont à peine terminé de déjeuner qu'un visiteur demande à être introduit, ou demande audience si vous voulez. Il se nomme Lucien Blaisot et habite à Côteville, près de Dieppe. Il leur expliquera pourquoi il requiert les services du détective pendant le trajet qu'ils vont effectuer en voiture.

Leur mission, si André Brunel l'accepte, est de retrouver le père de Lucien Blaisot qui a disparu depuis le jeudi. Et c'est pourquoi, inquiet, Blaisot a décidé de se tourner vers le détective au lieu de la police locale.

La famille Blaisot est composée du père, de la mère, de Lucien le fils qui vit chez toujours chez eux, et de leur pupille Hélène qui est également la fiancée de Lucien. C'est lui qui l'affirme. Quoique Normands eux-mêmes, ils n'ont jamais pu s'habituer à la mentalité des gens du cru, et c'est Bertrand, leur domestique, qui est chargé du ravitaillement. Mais le père Blaisot possède une passion particulière. Il s'est installé dans un pavillon de garde un établi et la nuit il s'y rend afin de bricoler à son aise. Or Lucien s'est aperçu, un soir qu'il avait entendu des bruits suspects, que le cheval et la carriole n'étaient pas dans la remise. Le père entretiendrait-il une relation extérieure, c'est ce que s'était demandé Lucien, mais sa disparition l'inquiète.

Outre les personnes présentes dans cette demeure, l'Oncle Charles est lui aussi au courant de cette disparition pour le moins mystérieuse. L'oncle Charles vit non loin des Blaisot, et comme eux habite une demeure isolée. Lorsque les trois hommes arrivent à destination, c'est pour apprendre que l'Oncle Charles vient d'être assassiné. La mère vient de recevoir un appel téléphonique d'Honorine, la servante de Charles. Charles a été découvert sur son perron, le ventre ouvert. Immédiatement la gendarmerie a été prévenue et le lieutenant Perruchet procède aux premières constatations. Charles s'est pris une décharge de plomb dans les boyaux, ce qui lui fut fatal. Les soupçons se portent sur un braconnier, mais lequel car plusieurs personnes revendiquent les chapardages sur les terres des Blaisot.

Mais pour André Brunel, d'autres éléments mystérieux se greffent sur ce meurtre. Et il a raison, car ce sont bien deux affaires, qui s'imbriquent mais dont la portée est totalement différente, que Brunel aura à résoudre. Et comme la mer n'est pas loin, imaginez qu'un trafic de marchandises peut aussi se trouver à l'origine de ce qui pourrait être un règlement de comptes et qu'un braconnier n'est pas forcément seul en course comme coupable.

 

Comme le déclare Brunel à Perruchet : Croyez-moi lieutenant, le petit jeu des déductions constitue une distraction excellente mais qui risque de devenir dangereuse pour qui s'y livre sans réserve. Il ne faut pas prendre pour des certitudes de simples présomptions.

Oh combien cette phrase est prémonitoire, car si Brunel observe, examine, analyse, déduit, ce ne sera pas sans danger pour sa personne, ainsi que de celle son confident et historiographe. Il va donner de sa personne, se mouiller sans vraiment l'avoir désiré, et les rebondissements vont surgir sous ses pieds comme un lapin qui déboule d'un fourré.

Une intrigue classique mais assez rouée qui annonce l'état d'esprit dans lequel Pierre Boileau concevait ses intrigues, intrigues qui prendront de l'ampleur et de la consistance lors de son association avec Thomas Narcejac, association qui fournira de très nombreux succès littéraires dont s'emparera notamment Hitchcock pour assoir sa réputation de cinéaste.

Alors évidemment, cette histoire a quelque peu vieilli de par le contexte, mais l'intrigue en elle-même est toujours aussi roublarde pour ne pas décevoir le lecteur tout en l'emmenant dans des chemins de traverse. Les explications finales ne traînent pas en longueur comme dans certains romans de détection de l'époque et le tout est vif, enlevé.

A noter qu'André Brunel habite Cité Malesherbes, une voie qui unit la rue des Martyrs et la rue Victor-Massé. Lorsque l'on sait que les rue des Martyrs fut surnommée la rue des hommes mariés, et qu'elle était reliée à la rue Massé, faut-il y voir une simple coïncidence ou une corrélation ?

 

Première parution Les Editions de France. 1934.

Première parution Les Editions de France. 1934.

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit. Collection Police privée - bibliothèque. Editions Dancoine. Parution 2e trimestre 1945. 192 pages.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 05:33

Huître ou ne pas huître, telle est la question !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon

Obligé d'assister à un séminaire pour justifier une promotion, Georges Dupin apprécie durant sa pause les évolutions des manchots dans l'enceinte de l'Océanopolis de Brest. Il traîne des pieds, rechignant à rentrer dans le centre des séminaires lorsque son téléphone vient le perturber, comme d'habitude.

En réalité, il est plutôt content car la nouvelle que lui transmet Labat, l'un de ses inspecteurs, va lui permettre d'échapper à cette corvée. Un homme a été retrouvé allongé près du parking d'un restaurant de Port Bélon, couvert de sang. C'est une vieille dame qui a aperçu le cadavre et elle a immédiatement prévenu la gendarmerie de Riec-sur-Bélon.

Le problème se pose lorsque les autorités arrivent sur place : il n'y a plus de cadavre ! Envolé l'inconnu ! Dupin se rend donc à Port Bélon où il rencontre la vieille dame, qui n'est pas indigne, qui a, la première et apparemment la seule, aperçu le corps volatilisé.

Qu'elle n'est pas la stupéfaction de Dupin, et son immense plaisir, de rencontrer une de ses idoles de cinéma, la belle et talentueuse Sophie Bandol. D'accord, elle n'est plus aussi fringante que dans sa jeunesse, mais avec ses quatre-vingts printemps, c'est toujours une femme agréable avec laquelle il fait bon discuter. Malheureusement elle commence à perdre la mémoire, et elle ne se souvient plus très bien des détails.

Une double déception pour Dupin qui attendait plus de cette rencontre. D'autant que Sophie Bandol n'est pas Sophie Bandol, mais sa sœur jumelle, Armandine, créatrice de mode. Et à part un ou deux amis proches, tout le monde dans la région est persuadé qu'il s'agit de Sophie. Et Zizou n'est pas là pour confirmer ou infirmer. Zizou c'est le chien de Sophie, enfin je veux dire Armandine.

Un autre cadavre est découvert dans les Monts d'Arrée, et l'identification est rapidement effectuée. Il s'agit d'un Ecossais qui possède dans son village une huitrière et sur le bras un tatouage représentant le Tribann, symbole d'une association druidique. C'est un mideste pêcheur qui effectue les saisons à Riec et Port Bélon. Ce pourrait-il qu'une corrélation exista entre les deux cadavres, et surtout qu'un rapport pourrait être établi avec les producteurs et affineurs bretons de Riec-sur-Bélon de ces délicieux mollusques.

A moins que, d'autres possibilités s'offrent au commissaire et à ses deux adjoints, Le Ber et Labat. Le Ber s'est entiché depuis quelques temps de culture bretonne mais surtout celtique et il est incollable sur les légendes, les diverses traditions, les associations druidiques existantes dont d'ailleurs font parties quelques membres de la profession ostréicole locale. Nolwenn, la précieuse assistante de Dupin, est elle aussi une adepte de la celtitude qui passionne bon nombre de finistériens. Quant à Labat, il est plus terre à terre, s'inquiétant des ravages que peuvent provoquer des voleurs de sable sur les côtes du sud Bretagne. Pas les vacanciers avec leurs petites pelles et leurs petits seaux. Non des industriels qui pillent l'estran la nuit avec des camions, et qui revendent leur manne aux constructeurs peu délicats. Et Labat risque de s'enliser dans cette affaire qu'il mène en solitaire.

Tiraillé entre trois potentialités, Dupin mène son enquête entre Riec et Port Bélon, les Monts d'Arrée, et Concarneau, son fief, enquête qui s'étant jusqu'à Cancale et en Ecosse, voire jusqu'à Quimper, mais pour des raisons non professionnelles. Car sa Claire, sa fine de Claire, a décidé de quitter la région parisienne et elle vient de trouver une place en cardiologie à l'hôpital de Quimper.

Outre Nolwenn et ses deux assistants, Dupin va devoir composer avec les autorités locales et les légistes. Et comme dans toutes relations professionnelles il existe des atomes crochus ou pas, ce qui n'entrave pas l'enquête, ou peu. Et surtout il doit subir les acrimonies du Préfet, qui s'emporte vite et a tendance à récupérer les lauriers récoltés par Dupin pour s'en coiffer.

De très nombreux animaux jouent les personnages secondaires : des manchots, un requin pèlerin, une oie grise, un chien nommé Zizou, des fruits de mer en abondance et surtout des huîtres, que Dupin déteste cordialement et qu'il ne mange jamais à cause d'une forme d'appréhension non contrôlée.

C'est surtout l'occasion pour Jean-Luc Bannalec, qui n'est pas Celte mais Allemand, de son vrai nom Jörg Bong, de s'étendre longuement sur les aspects touristiques, de décrire la région, de développer les racines de certains us et coutumes bretons et plus précisément celtes en concordance avec les puristes qui ne reconnaissent que six régions celtiques, c'est à dire, l'Ecosse, l'Irlande, le Pays de Galle, l'île de Man, la Cornouaille et la Bretagne. Il s'intéresse également à l'histoire et à la culture de l'huître et aux maladies qui ravagent actuellement les naissains, au grand dam des ostréiculteurs et par voie de conséquence des dégustateurs. Un roman pédagogique qui sera peut-être superflu pour des Bretons, quoique, mais présente de façon attractive cette province du bout de la terre aux touristes et à ces compatriotes teutons qui s'arrachent ses romans.

Ce suspense est à rapprocher des ouvrages façon Agatha Christie, et d'ailleurs Armandine Bandol ne manque pas de déclarer à Dupin : Vous êtes un véritable détective. Peut-être pas aussi bon qu'Hercule Poirot, mais vous vous débrouillez. Vous aller éclaircir ce mystère !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon (Bretonisches Stolz - 2014. Traduction par Amélie de Maupeou). Une enquête du commissaire Dupin. Collection Terres de France. Editions des Presses de la Cité. Parution 13 avril 2017.464 pages. 21,00€.

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 10:24

Hommage à Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers

Une silhouette de femme entrevue dans la foule, et pour Elizabeth, c’est tout un passé d’angoisse qui remonte à la surface. Cette silhouette c’est celle de Bell, une jeune femme qui a énormément compté dans la jeunesse d’Elizabeth, et plus particulièrement pendant les années vécues dans la Maison aux Escaliers. Une maison toute en hauteur, cinq étages, cent six marches. Une maison achetée par Cosette, drôle de nom pour une riche veuve, et qui sert de refuge à de nombreux parasites, hommes et femmes marginalisés.

S’établissent une période de liberté, de sexualité active, une atmosphère de débauche. L’amitié et la camaraderie comptent autant, ou plus, que l’amour sentiment. Cosette a bien eu quelques soupirants mais elle entretient l’obsession d’un amant selon ses critères. Un amant qui se fait attendre. Les jours passent, s’étirent.

Un jour, Elizabeth fait la connaissance de Bell. Bell est une énigme vivante, ressemblant étrangement à un portrait peint par Bronzino au seizième siècle et à une héroïne de Henry James décrite dans son roman Les ailes de la colombe. Entre Cosette, la cinquantaine décrépite, récente veuve à la recherche de l’amant insaisissable, Elizabeth traumatisée par une maladie héréditaire, la chorée de Huntington, et Bell, affabulatrice, peut-être responsable de la mort de son mari, peintre raté adepte de la roulette russe, s’établissent des relations plus qu’amicales.

Mais un ver ronge le beau fruit. Bell vit maintenant à demeure dans la Maison aux Escaliers. Elle leur présente comme son frère, Mark, un jeune homme qui lui ressemble étrangement. Mark est un acteur, jouant un rôle dans un feuilleton radiophonique. Pour Cosette, c’est le coup de foudre. Et Mark tombe sous son charme vieillissant. Situation qui provoque un effet inverse entre Bell et Elizabeth, leurs relations saphiques s’estompant. Cosette, déjà riche, se retrouve soudain en possession d’une forte somme d’argent quand Mark perd son emploi, son petit rôle dans le feuilleton, seule activité qui le reliait au monde du théâtre.

Il informe Elizabeth que Cosette et lui ont décidé de déménager, de vivre ensemble et de vendre la Maison. En aucun cas Bell ne doit être au courant, enfin pas dans l’immédiat. Et puis elle aura une compensation, un petit appartement que lui offrira Cosette. Un soir, alors que Mark, Cosette, Elizabeth. Bell et quelques autres sont conviés au restaurant par un couple d’amis, surgit une femme, Sheila Henryson, qui se présente comme la belle-sœur de Mark. Le pavé dans la mare. Consternation à la tablée. Mark et Bell ne sont pas frère et sœur, mais amants. Ou étaient. A l’origine une méprise de la part d’Elizabeth et que Bell a su exploiter. Mais Mark avoue à Cosette que, de plus en plus, il était réticent à jouer dans cette mise en scène ignoble.

 

Ecrit à la première personne, ce roman est narré par Elizabeth qui revit ses souvenirs, ses amours, ses amitiés, ce drame également au contact de Bell. Des mémoires où le passé se mêle au présent et où, peu à peu, les zones d’ombre s’évanouissent au fur et à mesure des révélations de Bell : l’assassinat de Silas, son mari, camouflé en accident, ses années de prison, etc. Mais pour Elizabeth, c’est également la révélation ou la confirmation de sa responsabilité directe et indirecte dans ce drame.

Ruth Rendell, spécialiste des romans d’énigme dans lesquels la psychologie joue un grand rôle, n’est jamais allée aussi loin dans l’introspection de ses personnages. Des personnages ambigus déchaînant des passions qui se traduisent par des violences morales et une angoisse latente. Cependant, ce roman est un peu comme un anachronisme dans son œuvre. L’étude de caractère de ses personnages pervers, névrosés, psychopathes est comme à l’habitude extrêmement fouillée mais la façon de les décrire présente comme un décalage par rapport à ses autres romans et s’érige en marge.

Par certains côtés, La maison aux escaliers est un livre dense, poignant, violent ; par d’autres il se révèle décevant. Trop d’introspection, de calculs, pas assez de réalisme. Un roman qui oscille entre l’écriture, le romantisme fin du dix-neuvième siècle et la liberté de mœurs des années soixante-dix. Reste qu’un palier de plus est franchi par cette grande dame qui nous réserve bien d’autres surprises sous le pseudonyme de Barbara Vine.

 

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers (The house of stairs - 1988. Traduction de Isabelle Rosselin-Bobulesco). Editions Calmann-Levy. Parution 1990.

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 05:21

Hommage à Frédéric H. Fajardie décédé le 1er mai 2008.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé.

Susceptible, et avec raison, Quintin n'a pas apprécié qu'un adolescent boutonneux se moque de sa bosse. La scène s'est déroulée sur les quais du métro à la station Bel-Air. Evidemment, à dix-sept ans et pour se faire mousser auprès de ses camarades, il faut se faire remarquer. Et c'est ainsi qu'il a glissé sa main sur la bosse mouillée par la pluie de Quintin, par défi et en le traitant de Polichinelle mouillé. Et que Quintin a déclaré dans sa moustache Pour ça je te tuerai.

Et c'est comme cela que Quentin, septuagénaire vivant seul dans son petit appartement de Montreuil, sa femme Mauricette qu'il avait surnommée Barbara étant décédée neuf mois auparavant, devient un tueur. Car ce qu'il a ressenti en bousculant l'adolescent dont il ne connait pas le nom et donc qu'il appelle Bel-Air du nom de la station où il a perpétré son forfait, c'est comme une délivrance, un acte patriote, éliminant un individu qu'il a classé comme fasciste, un nazi.

Quintin prend goût à débarrasser la société de ce qu'il prend pour des loques, des nuisibles, des inconsistants. Ainsi l'homme qui vient de se pincer les doigts dans les vantaux à fermeture automatique et qui se plaint auprès des autres voyageurs n'aurait pas attiré plus que ça son attention, si l'homme ne s'était blessé volontairement à un doigt à l'aide d'un petit couteau, juste pour qu'on compatisse. Et ce n'est pas le fait que l'individu soit Arabe qui attise l'ire de Quintin, mais bien cette propension à geindre.

Sa prochaine victime est un homme qui profère à l'encontre d'une jeune fille des mots inconvenants, des propositions malhonnêtes. D'accord, cette gamine qui paraît n'avoir que seize ans est attifée façon allumeuse qui refuse la pompe à incendie, une aguicheuse attirant tous les regards vers elle, ne semblant pas se rendre compte de l'intérêt qu'elle suscite avec sa jupe aussi grande qu'une ceinture et son habillement en rouge et noir. Au lieu d'embrasser la bouche pulpeuse de la gamine, l'individu peu scrupuleux va embrasser les rails, ça lui apprendra.

 

Le commissaire Antoine Padovani est chargé de l'enquête sur le Pousseur du métro. Il est entouré par Tonton, son supérieur, et d'autres commissaires, l'affaire le vaut bien, mais par quel bout prendre cette affaire, les témoins se contredisant comme souvent dans ces cas-là. Il remarque même que la jeune fille, qui a toutefois dix-huit ans, toujours aussi séductrice et provocante, fournit un signalement probablement erroné, peut-être en remerciement pour l'homme qui a châtié l'importun. Mais l'affaire n'est pas simple à résoudre, d'autant que malgré leur statut de commissaires certains des enquêteurs se montrent quelque peu des bras cassés. Enfin, Padovani, habitué des affaires pourries, ne renonce pas. Même si des membres de la maffia locale s'immiscent dans ce drôle de cirque. Même si cette jeune fille essaie de détourner Antoine Padovani de son rôle d'époux intègre.

 

Pour Fajardie, le roman était le vecteur idéal pour montrer les travers d'une société urbaine contemporaine, mettant en scène des personnages qui relèvent d'une certaine chevalerie, tel Quintin, mais dont les actes ne sont guère en conformité avec la légalité.

Profondément enraciné politiquement dès 1968 à la Gauche Prolétarienne, Fajardie ne renie pas ses valeurs, même si au fil des ans il "s'assagit", se montrant moins virulent, plus mesuré dans ses propos.

Nouveau prêtre du Néo-polar à ses débuts, Fajardie aborde avec Polichinelle mouillé une narration plus souple, tout en gardant ses repères idéologiques, n'hésitant pas à dénoncer des pratiques jugées fascistes ou nazies. Si le personnage de Quintin peut paraître immoral, il réagit à des besoins profonds, dont la réminiscence se dévoile au fil du déroulement de ses méfaits. Et Fajardie déplace peu à peu le côté roman noir vers une enquête-énigme construite comme un jeu de piste avec un côté poétique.

Ce roman est dédié à Francine, comme tous ses livres d'ailleurs, et la femme du commissaire Antoine Padovani se nomme Francine, tout comme la femme de Fajardie. Une nouvelle preuve de fidélité qui l'animait et d'ailleurs on se rend compte que Padovani est un peu une projection de l'auteur dans ses gestes, ses réflexions, son regard envers ses contemporains, ses engagements.

Un roman court et percutant.

 

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé. Collection La Petite Vermillon N°61. Editions de La Table Ronde. Parution le 22 septembre 2016. 176 pages. 7,10€.

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 07:14

Mais on ne brade pas les toiles... Faut pas rêver quand même !

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre.

Récemment recruté pour être directeur de la Sécurité du Musée du Louvre, Nicolas Lesur, de lui, s'imprègne de l'ambiance des lieux et fait la connaissance de ses collègues ainsi que de sa secrétaire Maryse, qui a longtemps travaillé avec l'ancien responsable qu'elle regrette un peu.

D'ailleurs elle l'appelait par son prénom, André, une familiarité que Nicolas n'envisage pas à son encontre. André a été viré, comme un malpropre précise Maryse, deux mois auparavant et il s'est recyclé dans le mobilier urbain. La première journée, le mercredi 22 novembre 1995 précisément, se passe en découvertes, les différentes salles, les autres responsables, celui des relations humaines (ce qui ne veut pas dire que coucheries existent entre collègues), celui de l'exploitation technique et celui des finances et Nicolas doit attendre le lendemain pour enfin rencontrer le Président, le Grand Patron, surnommé Sa Majesté. Rencontrer est un bien grand mot, juste un appel téléphonique de bienvenue.

Mais ce jeudi 23 novembre, Nicolas Lesur va s'en souvenir, car il est confronté à sa première affaire. Rien de grave, mais sérieux quand même. Un ou des petits plaisantins se sont amusés à dévisser quelques tableaux, au point que ceux-ci sont prêt de tomber. Juste le dernier petit tour de vis qui n'a pas été donné, évitant une catastrophe. Une récidive pour le Dévisseur, ainsi que surnomme Nicolas l'énergumène.

Et Nicolas se promet bien de coincer le Dévisseur, de gagner une bataille personnelle envers le malotru, ne serait-ce que pour gagner une considération à laquelle il se sent avoir droit.

Alors il arpente les couloirs et les salles, et repère une jeune femme qui se consacre à un étrange manège. Elle regarde, observe, prend des notes. En réalité il s'agit d'une copiste qui vient régulièrement au Louvre pour ses travaux. Il la suit et tout étonné s'aperçoit qu'elle rencontre l'ancien directeur dans son antre. Cela sent le mystère à plein nez.

Nicolas n'épargne pas son temps, d'autres vandalismes sont perpétrés, et la nuit, dans les sous-sols du Louvre, là où sont rangées les toiles et les sculptures en attente de départ pour d'autres musées, ou de subir quelques réparations, Belphégor, ou son clone rôde.

 

Nocturne au Louvre est un aimable divertissement qui permet au lecteur de voyager dans les arcanes du Louvre, d'en découvrir les faces cachées, de ne plus être un touriste égaré mais l'un des gardiens du Temple vérifiant le système de sécurité et de chercher qui manie les ficelles et le tournevis.

Roman pour grand adolescent, Nocturne au Louvre se veut une récréation entre deux romans noirs, et offre son petit lot de suspense et de frissons. Avec péripéties à la clé, mais pas ou peu de cadavres, ou de victimes, à part quelques objets précieux, ce qui est déjà pas mal.

Un roman d'énigme qui fait penser à Tintin, d'accord, mais un peu dans le style des Bijoux de la Castafiore, avec une ambiance à la Blake et Mortimer.

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre. Collection ArtNoir. Editions Cohen et Cohen. Parution le 23 mars 2017. 254 pages. 20,00€.

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:32

N'oublie-pas de monter là-haut...

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont...

Trois nouvelles écrites par Bruno Senny et joliment illustrées par René Follet, lequel nous invite également à compulser son carnet de croquis.

Détective amateur, Baudruche possède le physique du bon vivant, de l'honnête homme. La panse rebondie, la trogne réjouie, la calvitie assumée et la moustache conquérante, il se dirige, à l'heure où nous le retrouvons, vers le Mont-Saint-Michel.

Ce n'est pas forcément pour s'adonner à quelques dévotions envers l'archange Michel, celui qui a vaincu le dragon, ou alors accessoirement, afin de justifier le déplacement, mais bien pour goûter, et déguster, quelques produits locaux.

A l'auberge Saint-Jacques, où il a réservé une chambre, et après avoir effectué une promenade apéritive sur les remparts, il se leste l'estomac de pas moins de dix plats, sans compter les corbeilles de pain puis les desserts, ce qui honore la cuisine de l'aubergiste. Celui-ci, afin de rendre hommage à la capacité d'ingurgitation de son hôte, l'invite à déguster quelques petits verres d'alcool de cidre, et lui narre l'histoire de Maître Jean, perdu quarante ans auparavant dans la baie, quasiment jour pour jour. Maître Jean avait rendez-vous, mais ce fut un lapin et il repartit chez lui, de nuit. Mais la marée l'ayant surpris, il fut retrouvé le lendemain, totalement déboussolé et noyé.

Toujours intéressé par des énigmes non résolues, Baudruche se penche sur ce cas, et refait le chemin parcouru par le noyé entre le Mont-Saint-Michel et le Bec d'Andaine, tout en interrogeant, placidement, quelques témoins de l'époque.

Baudruche est un fin observateur et un déductif avisé. Rien ne peut lui faire perdre l'appétit et encore moins la boussole.

 

Dans Le pendu de la chambre 8, par une sombre fin de journée orageuse, Baudruche rend visite à son neveu Benjamin, qui travaille en compagnie de deux ouvriers à la réfection d'une vieille maison.

Naturellement il n'arrive pas les mains vides et une collation roborative est proposée à Kajick, Mehdine et à son neveu. Il ne s'oublie pas, naturellement.

Pour ceux qui seraient intéressés, cette collation est composée de vingt-quatre œufs pochés, d'autant de belles tranches de pain grillé, du saumon fumé de l'Atlantique et de jambon à l'os, d'épinards, de sel et de poivre, et du Vouvray afin d'humecter leurs papilles. Des œufs Bénédicte ! Bon appétit, bien sûr !

Kajick et Moretti râlent. Leur entrepreneur ne les a pas payé, et ils promettent de lui montrer de quel bois ils se chauffent. D'ailleurs Benjamin venait de garnir la cheminée. C'est alors que Kajick découvre un papier qui a été poussé lorsque la table a été disposée pour ces agapes improvisées. Un message précisant : Je vais me pendre dans la chambre 8 et signé Moretti, l'entrepreneur indélicat.

L'orage gronde, la lumière s'éteint, et c'est dans le noir que tout ce petit monde grimpe l'escalier et se rend dans la fameuse chambre 8. Grâce à une lueur diffuse venant de l'extérieur ils peuvent constater que personne ne les attend. Pas le moindre pendu. Une boule de feu s'introduit et c'est un peu la panique à bord.

Toutefois, la panne d'électricité n'était due qu'à la défaillance momentanée du disjoncteur, et Baudruche, aperçoit Kajick remontant l'escalier en catimini. Il le suit, un cri s'élève, et dans la fameuse chambre 8 ils découvrent le pendu.

Une histoire de meurtre en chambre close, un peu tirée par les cheveux, malgré la calvitie totale de Baudruche qui possède du flair, malgré l'énorme moustache arborée sous son nez.

 

Enfin, avec Natures mortes, nous suivons Baudruche dans ses déambulations parisiennes, attendant que son estomac se manifeste bruyamment afin de lui signaler qu'il est l'heure de procéder à un repas sinon pantagruélique, tour au moins digne de satisfaire une panse toujours avide de mets reconstituants. Il est attiré par la devanture d'un bistrot affichant Anguille aux petits légumes et à la Leffe Triple, et il s'assied à une table, la seule qui reste.

Un jeune homme, entré en même temps que lui, est convié par le patron à s'installer en face de Baudruche. La conversation s'établit immédiatement entre les deux hommes, tous deux étant attirés par la littérature, et ils se découvrent des passions communes envers des auteurs comme Thomas Owen. Le jeune homme se présente, Pierre Jeanneau, et son repas terminé, repas auquel il ne s'est guère intéressé ses papilles ayant perdu leurs capacités dégustatives à cause d'une sinusite, il lui propose de se rendre le soir même à un vernissage privé organisé par son futur beau-père, Alexandre de Saint Cyr, à Rambouillet.

Baudruche s'y rend, attiré par une curiosité toute légitime, et fait la connaissance de quelques personnalités en vue déjà présentes que lui présente Pierre qui semblait l'attendre avec impatience. Tout en dégustant une bière, son liquide favori, Baudruche écoute les conversations. Alors que Fernande, la cuisinière apporte le plateau sur lequel sont disposées les flûtes de Champagne, sauf pour Baudruche abonné à ses bières, Lucien, le secrétaire particulier de l'hôte de la soirée, la bouscule involontairement, ou par inadvertance, ou pour une autre raison. Flûte alors, les flûtes tombent. Une nouvelle tournée est proposée, l'une des convives s'écroule, verre en main.

Plus que l'histoire, et sa résolution, ce sont les personnages mis en scène qui offrent un charme certain et humoristique à cette histoire. Sophie, la belle jeune femme blonde évaporée, gouailleuse et aguicheuse, Bernard-Henri Jones, son compagnon, Maryline, la promise de Pierre, belle jeune fille pudique et effacée, et quelques autres qui font penser à des personnages existants ou ayant pu exister.

 

Baudruche, à placer entre Hercule Poirot, le commissaire Montalbano et Pépé Carvalho, est un détective amateur qui se conduit comme un professionnel. Ventre affamé n'a pas d'oreille dit-on, aussi est-ce pour cela que l'ami Baudruche qui porte bien son nom, ne le renie pas, mais n'apprécie que quiconque blague sur son patronyme, est-ce pour cela qu'il voit et entend les petits faits, les discussions feutrées, grâce à sa capacité à ingurgiter moult productions gastronomiques du terroir avec bonhommie, rondeur, et satisfaction voluptueuse. Pas le genre vorace de Bérurier qui engloutit tout en éclaboussant son marcel. Car Baudruche reste digne dans l'accomplissement de son rite culinaire.

Le lecteur lui ne restera pas sur sa faim mais demandera toutefois un supplément, comme une friandise, d'autres aventures gourmandes.

 

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont... Collection Baudruche N°6. Editions de l'Elan. Parution le 25 janvier 2017. 128 pages. 16,00€.

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:33

Attention à la casse, car il ne s'agit pas de verre blanc susceptible de porter bonheur...

Eric FOUASSIER : Le piège de verre.

En cette fin du mois d'octobre de l'an 1503, l'assassinat d'un troisième alchimiste inquiète Anne de Bretagne en son palais de Blois.

Elle est convaincue que sa couronne est en danger, du moins celle de son mari le roi Louis XII. D'autant que d'étranges messages ont été gravés sur le front de chacun des homicidés. Sur le dernier en date figurent les lettres Let D.

Se souvenant que cinq ans auparavant, de ce qui est advenu lors du décès accidentel, du moins c'est ce qui a été officiellement déclaré, de Charles VIII, elle fait appel à Héloïse Sanglar, fille d'apothicaire et apothicaire elle-même, ayant repris l'échoppe de son père décédé dans de troublantes circonstances.

La jeune fille, âgée maintenant de vingt-trois ans, avait enquêté en compagnie de Pierre Terrail, le chevalier Bayard, démontrant un esprit intelligent, vif, et se montrant courageuse dans des moments difficiles. Elle prépare à l'aide de produits naturels des onguents, des panacées, des parfums et autres médications destinées à soulager les maux de toutes sortes. Au moment où l'envoyé de la reine lui enjoint de quitter Amboise et de se rendre immédiatement à Blois, elle met la dernière main à la confection de cierges commandé par un monastère. Elle se met immédiatement en route laissant son apothicairerie aux mains de son ouvrier-compagnon, compagnon dans le sens de compagnon du devoir, qui sait se débrouiller seul la plupart du temps.

Sur place, Héloïse fait montre de détermination et ne s'en laisse point conter par la Reine. Elle veut savoir pourquoi celle-ci est persuadée que le trône est en danger. Anne de Bretagne lui montre alors un parchemin qui avait été glissé dans son psautier et sur lequel est inscrite cette phrase pour le moins sibylline : Qu'En Ce Vitrail Le Lys Défaille.

Peu avant que Maître Barello, l'alchimiste, soit assassiné, il avait reçu la visite d'un maître verrier et de son assistant Jean surnommé l'Angelot. Héloïse recueille plus de renseignements auprès de Tiphaine, la servante, et de Guillaume, l'apprenti de l'alchimiste. Le jeune garçon a assisté à une scène étrange qui le fait frissonner encore d'horreur. L'alchimiste avait découvert une vitre rouge enchâssée dans un cadre de cuivre, avait déposé un jeune chiot près du verre puis allumé une chandelle. La lumière se reflétant dans le verre rouge avait touché l'animal qui en était mort. Incroyable.

Le maître verrier est reparti en compagnie de l'Angelot et il faut percer le secret qui entoure ce phénomène étrange et mortifère. Pour cela, le mieux est de se rendre à l'abbaye de Baume-les-Moines, dans le Jura, et le rencontrer. Anne de Bretagne adjoint à Héloïse le chevalier Henri de Comballec, baron de Conches, et son écuyer Robin. Toutefois avant de repartir pour Amboise afin de préparer ses affaires, Héloïse est agressée dans les jardins royaux par des soudards et elle ne doit, sinon la vie sauve, tout du moins une virginité intacte à Philippe de Clèves, évêque de Nevers, qui baguenaudait dans les parages.

Puis c'est le grand départ et Héloïse ne peut emmener tout son attirail d'onguents et autres médicaments, juste une petite trousse de premier secours, et là voilà juchée sur une mule alors qu'elle pensait effectuer le trajet à bord d'une litière. Faut pas rêver non plus.

En cours de route, les dangers guettent nos voyageurs, et arrivés sains et saufs, à Baume-les-Moines, c'est pour repartir munis d'un parchemin découvert dans une anfractuosité de l'édifice. Un parchemin comportant de nombreuses strophes qu'ils doivent décrypter s'ils veulent continuer leur chemin qui les conduira au maître vitrier. Bourges, Sens, Autun autant de villes étapes qui ponctuent ce jeu de piste et ce chemin de croix jalonnés de dangers de toutes sortes. Ils sont suivis par un albinos chargé de leur mettre des bâtons dans les roues, ou sous les pieds de leurs cheveux, voire de les éliminer.

Pendant ce temps, que fait Pierre Terrail, le chevalier Bayard, cet homme auquel pense si fortement Héloïse ? A la même chose, c'est-à-dire qu'il pense à la jeune femme et son souvenir est prégnant, malgré les nombreuses années au cours desquelles ils ne se sont pas vus, ayant tout juste correspondu la plupart du temps par pigeon voyageur. Bayard est actuellement près de Naples, combattant pour le compte du roi de France et affrontant les troupes espagnoles qui désirent elles aussi se partager ce morceau de province.

 

Roman historique, Le piège de verre est également un roman ludique, un thriller ésotérique, mais pas trop, et une histoire d'amour entre deux jeunes gens, voire trois car bientôt Héloïse s'aperçoit qu'Henri de Comballec ne lui est pas indifférent.

Mais c'est bien le thème historique qui prévaut, les problèmes rencontrés par Anne de Bretagne pour assoir sa notoriété, les jalousies exacerbées de celle qui a été répudiée, à cause d'une tradition qui veut que le nouveau roi épouse la veuve du précédent et surtout pour des intérêts domaniaux ou dont la descendance pourrait prétendre régner à la place de Louis XII, si celui-ci venait à décéder sans postérité.

Quant à la partie ludique, il s'agit de décrypter une énigme. Mais celle-ci est alambiquée, et il faudra user de leurs connaissances mais compter aussi sur une grande part de chance pour parvenir à décoder ce texte. Car une véritable course contre la montre se joue dans un contexte à étapes foisonnantes de rebondissements.

Roman de la manipulation, cette histoire est habilement construite et réserve son lot de surprises. Quant à l'épilogue, ouvert, il ouvre la voie à une nouvelle aventure d'Héloïse, aventure qui je l'espère sera écrite et publiée avant cinq ans, comme le laps de temps qui sépare celle-ci de la précédente.

 

Eric FOUASSIER : Le piège de verre. Roman historique. Editions Jean-Claude LATTES. Parution le 1er février 2017. 480 pages. 20,00€.

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 09:28

Ce n'est pas moi, hélas...

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible.

La genèse du roman policier s’inscrit chez des auteurs comme Sir Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux, Agatha Christie, puis John Dickson Carr et quelques autres, je ne vous apprends rien.

Les temps changent, la mode en supplante une autre, et aujourd’hui le roman noir tient le haut du pavé. Mais ce n’est pas pour autant que le roman policier classique, de détection ou d’énigme est relégué dans un tiroir.

Tout comme le free jazz ou le jazz fusion n’ont enterré le jazz Nouvelle-Orléans.

Il en faut pour tous les goûts, et celui qui n’aime pas peut le dire mais non pas déclarer avec emphase que telle ou telle catégorie de musique ou de littérature est bonne à jeter en pâture, et que ceux qui les écoutent ou les lisent ne sont qu’abrutis et rétrogrades. Il faut savoir se montrer tolérant en tout.

Cette petite mise au point effectuée, revenons à nos moutons ou plutôt aux mystères de meurtres en chambres closes. Si le maître incontesté en fut John Dickson Carr, Paul Halter a su reprendre le flambeau contre vents et marées et continue à nous distiller des œuvres en tout point remarquables. Il était le seul pratiquement sur le marché français mais un petit nouveau a décidé de jouer dans la cour des grands.

En effet Daniel Verdier nous invite avec son premier roman à entrer dans le cercle fermé des auteurs de MCC (meurtres en chambres closes), et dont le cadre est la Brenne, le pays des Mille étangs, un territoire situé aux confins du Berry, de la Touraine et du Poitou.

Paul Kestevan est détective privé à Châteauroux et ses principales enquêtes résident en filatures et autres occupations éminemment fastidieuses mais il faut bien assurer la paie de sa secrétaire, régler le loyer et autres dépenses inhérentes à toutes personnes vivantes et décidées à le rester en s’alimentant.

Parfois la police fait appel à ses services, et c’est autrement plus intéressant et gratifiant (pas financièrement, malheureusement pour lui !) car cela veut dire que ces braves représentants de l’ordre pataugent et qu’ils reconnaissent ses aptitudes à démêler les affaires les plus embrouillées.

Mrs Stratton, en invitant dans son manoir isolé sis dans la Brenne, quelques représentants du 7ème art, ne pensait pas qu’elle allait être au cœur d’une aventure meurtrière. En effet, le célèbre réalisateur de cinéma britannique Andrew Carter est retrouvé mort dans sa chambre, abattu de deux balles dans le dos. Ce ne pourrait être qu’une affaire banale de vengeance, de jalousie, seulement la porte de la chambre ainsi que la fenêtre étaient fermées hermétiquement, alors que les volets étaient ouverts. La clé, exemplaire unique, reposait près du cadavre.

Un cri poussé par Carter puis les coups de feu ont alerté les résidents du manoir mais ce sont des policiers qui ont fracturé la porte. Ce meurtre a été perpétré par qui et pourquoi, sont les questions habituelles qui se posent aux enquêteurs. Comment ? Par une arme à feu qui sera retrouvée peu après dans les toilettes attenantes. Non la véritable question est de savoir comment l’assassin a pu s’évaporer de la chambre qui était allouée au défunt.

Parmi les invités, des hommes et des femmes, ayant tous un rapport avec le cinéma, acteurs, scénariste et script, connaissant Carter et possédant pour beaucoup des ressentiments envers ce personnage qui était attiré par les femmes et pas toujours affable dans l’exercice de son activité. Sans oublier parmi les assassins probables et possibles le majordome.

Paul Kestevan, délaissant les affaires en cours, au grand dam d’Alexandra sa secrétaire, interroge chacun des participants à ce Cluedo nature. Et la clé de la solution lui sera fournie par un banal geste quotidien. Mais avant de résoudre cette énigme, un autre cadavre viendra ponctuer son enquête.

Bon sang, mais c’est bien sûr, s’écriera le lecteur lors de l’explication finale. Oui, mais il fallait y penser.

 

Comme le déclaraient les Shadocks, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. De la belle ouvrage qui manque un peu d’épaisseur et qui pêche par quelques défauts de jeunesse, mais ce n’est qu’un premier roman et tout est perfectible.

Toutefois Daniel Verdier possède de véritables possibilités et comme le laisse entendre son héros Paul Kestevan, d’autres affaires résolues sont à mettre à son actif. Il ne lui reste plus donc qu’à les coucher sur le papier. Paul Kestevan qui possède une vie privée, il en a le droit, en la personne de Rachel, jeune femme qu’il ne connait pas physiquement et dont les seules relations sont téléphoniques.

Là aussi le lecteur est en droit de connaître la suite de cette intrigue amoureuse. Et Kestevan possède ses Watson, ses faire-valoir dirons-nous, via deux policiers, Tharel qu’il connait bien et Duchêne un nouveau venu à la brigade. Ce roman constitue donc une agréable récréation qu’il serait dommage de louper.

Depuis la parution de ce roman, David Verdier a récidivé et j'aurai peut-être le plaisir de vous présenter ses nouvelles productions.

 

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible. Préface de Paul Halter. Collection Black Berry. Editions La Bouinotte. Parution 25 avril 2010. 168 pages.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:36

Hommage à John Dickson Carr, né le 30 novembre 1906.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre

Lorsqu'Helen Dean, la fiancée de Hugh Prentice, du cabinet d'avoués Prentice & Vaughan, se moquait de celui-ci parce qu'il lisait en cachette des romans policiers, elle était à cent lieues de se douter que la phrase qu'elle venait de prononcer allait devenir réalité quelques instants plus tard.

D'un ton emphatique et dramatique, la jeune fille déclamait : Du brouillard épais surgit un inconnu au visage basané et à l'accent étranger qui déclare : Je suis Omar d'Hispahan. Il te parle d'un cadavre dans une pièce hermétiquement close...

Quelques minutes plus tard, alors que Londres en cette fin d'après-midi du mois de novembre est noyée dans le brouillard, entre dans l'étude un mystérieux inconnu qui dit s'appeler Abu d'Ispahan. Stupeur des protagonistes.

Hugh Prentice qui a rendez-vous avec Patrick Butler, un éminent avocat corpulent dont le point faible est le sexe, justement dit faible, et dont la devise est : Je ne me trompe jamais, Hugh Prentice donc consulte son associé et presque beau-frère James Vaughan.

Pendant ce temps Abu d'Ispahan se fait trucider d'un coup de poignard par... par... par qui au fait ? puisque les deux seules personnes qui se trouvaient dans l'étude à ce moment-là étaient en train de deviser.

 

Si la traduction en Français de ce roman favorise la découverte de l'assassin, sinon le comment tout au moins le par qui, ce roman de John Dickson Carr n'en est pas moins excellent, humoristique en diable et légèrement coquin, style quelque peu inhabituel à l'auteur.

 

En fait le mystère de la chambre close, thème trop cher à J.-D. Carr pour qu'il ne nous livre pas un roman comportant un meurtre apparemment insoluble, n'est que prétexte à une suite d'avalanche de gags, d'aventures loufoques, farfelues, avec un personnage haut en couleur, Patrick Butler, mais aussi quelques jeunes filles dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles cachent bien leur jeu.

Le jeu de l'amour et du falzar en quelque sorte !

 

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre (Patrick Butler for the Defense - 1956. Traduction de Jean-André Rey). Le Masque Jaune N°1926. Librairie des Champs Elysées. Parution juillet 1988.

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