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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 16:07

Ce ne serait pas bête !

Nicholas BLAKE : Que la bête meure...

Six mois après le drame qui a coûté la vie à son fils Marty, alors âgé de huit ans, Franck Cairnes, auteur de romans policiers sous le pseudonyme de Felix Lane, décide de rédiger son journal destiné à un lecteur inconnu. Et il débute sa narration ainsi :

20 juin 1937. Je vais tuer un homme. Je ne connais ni son nom, ni son adresse, ni son aspect physique. Mais je vais le trouver et le tuer.

Marty a été renversé par un chauffard, il est décédé, et les recherches effectuées par la maréchaussée n'ont rien donné. Alors Felix, car c'est sous ce nom que notre romancier a décidé d'enquêter, va se substituer aux policiers et retrouver l'automobiliste indélicat qui n'a pas daigné s'arrêter alors qu'il savait pertinemment qu'il avait percuté quelqu'un.

Il raisonne comme l'auteur de romans policiers qu'il est et à force de suppositions, de déductions, arrive à la conclusion que l'homme est en accointance avec un garagiste, ou garagiste lui-même, car son véhicule ayant été endommagé, il a dû le faire réparer en catimini afin de ne pas laisser de trace auprès des enquêteurs. C'est par hasard qu'en franchissant un gué, pensant que l'homme aurait pu se débarrasser des pièces endommagées dans la rivière, qu'il trouve un témoin. L'homme a aperçu un couple avec une voiture à l'avant cabossé. Une piste se profile, le témoin ayant reconnu la femme, actrice de cinéma.

Tandis qu'il essaie de remonter la piste, Felix Lane reçoit des lettres anonymes l'accusant de ne pas avoir su s'occuper de son gamin. Ce qui le chagrine fortement, car il faisait tout pour pallier l'absence de la mère décédée quelques années auparavant.

Lane contacte son agent afin qu'il puisse s'introduire dans les milieux du cinéma, prétextant qu'il a besoin de s'instruire pour planter les décors de son nouveau roman. La pêche est fructueuse puisqu'il fait la connaissance de Lena, actrice jouant dans des seconds rôles. Elle lui apprend que sa sœur est mariée avec un garagiste, dans un petit village du comté de Gloucester où lui même vit. Ce ne sont pas les quelques dizaines de kilomètres qui le séparent de ce village qui font obstacle.

Ses relations avec Lena deviennent assez intimes. Il s'installe dans une auberge du village puis il s'arrange pour être invité chez George Rafferty, le garagiste. L'homme est violent, contrairement à son associé Harrisson Carfax, tandis que sa femme, Violet, la sœur de Lena, est une femme effacée. Sa mère est directive et son fils Phil subit les remontrances du père et de la grand-mère, toute incartade, minime qu'il soit, étant sujette à rebuffade, voire plus. Felix est attiré par la fragilité de Phil et propose même de lui donner des cours de rattrapage.

Felix Lane étudie le comportement de Rafferty afin de parvenir à la conviction que celui-ci est bien le chauffard ayant pris la vie de son fils Marty. Puis il envisage de se débarrasser du bonhomme lors d'une partie de pêche en canot sur la rivière. Seulement il ne peut mener à bien son projet. Le soir même, Rafferty décède d'un empoisonnement. Et Felix jure qu'il n'est pas coupable, possédant même un alibi.

 

Ce roman divisé en trois partie, avant, pendant et après, c'est à dire la recherche du chauffard, la perpétration du meurtre ou plutôt l'essai manqué, puis l'enquête sur le décès par empoisonnement de Rafferty. Et l'entrée en scène Nigel Strangeways, détective amateur renommé et sa femme Georgia qui a déjà participé à quelques-unes de ses enquêtes ainsi que de l'inspecteur Blount de Scotland Yard.

La première partie, écrite à la première personne puisqu'il s'agit d'un journal allant du 20 juin au 21 août, narre l'enquête de Felix Lane concernant le meurtrier de son fils. Une histoire de vengeance décrite en direct par le principal intéressé, principalement psychologique et déductive. La deuxième partie étant l'essai de perpétration du meurtre envers le garagiste, la troisième étant du domaine du roman policier classique cherchant à découvrir le coupable dans l'empoisonnement du garagiste, à moins qu'il s'agisse tout simplement d'un suicide maquillé. Le tout sur fond de manipulation et de machiavélisme.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Publié en 1938 dans la collection de l'Empreinte, ouvrage de référence pour la rédaction de cet article, ce roman a été adapté en 1969 au cinéma par Claude Chabrol avec dans les rôles principaux, Michel Duchaussoy, Caroline Cellier, Anouk Ferjac et Jean Yanne.

 

La Collection de l'Empreinte proposait en outre en fin de volume une chronique d'échecs signée François Le Lionnais, ingénieur chimiste, mathématicien épris de littérature, doublé d’un écrivain passionné de sciences, fondateur en 1960 de l'Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, qui donnera naissance plus tard à l'Oulipopo, Ouvroir de Littérature Potentielle Policière.

Suivaient ensuite un concours de problèmes policiers et bien entendu la solution au problème précédent. Ce concours était doté de cinquante prix, le premier étant un magnifique lampadaire (c'est du moins ce qui est annoncé), le deuxième étant de 300 francs de livres à choisir dans le catalogue des éditions de la Nouvelle Revue Critique et ainsi de suite. Sachant que ce roman valait 7,50 francs, cela équivalait à 40 ouvrages pour le gagnant en deuxième position et 8 ouvrages pour ceux arrivés entre la vingt-sixième et cinquantième position. A noter que les participants à ces concours envoyaient leur réponse de toute la France mais également de Belgique, de Suisse, du Portugal, du Maroc, de Tunisie, d'Indochine...

 

Une canne à pêche est une baguette munie d'un hameçon à un bout et d'un imbécile à l'autre.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Voir également les avis enthousiastes de Claude dans Action-Suspense et de Pierre dans BlackNovel1.

Nicholas BLAKE : Que la bête meure... (The Beast Must Die - 1938. Traduction de Simone Lechevrel). Collection Bibliomnibus Polar. Editions Omnibus. Parution 12 mai 2016. 224 pages. 13,00€.

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 15:15

Lorsque l'assassin défie le temps...

Michel BUSSI : Le temps est assassin.

Le 23 août 1989, alors que Clotilde, alias Clo, consigne dans un carnet ses petits secrets et rêvasse, elle est happée par la main par son père qui est pressé. Tout le monde en voiture. Paul, le père, est nerveux, Palma, la mère, à côté de lui est non moins nerveuse, et derrière les deux gamins, Nicolas statique et Clo qui déplore avoir oublié son précieux carnet sur le tronc d'arbre sur lequel elle était assise. Papa conduit vite, trop vite et l'accident est inévitable. La voiture défonce une barrière et plonge dans la mer en dessous du ravin. Lorsque Clo sort de son étourdissement, elle est hospitalisée et la seule survivante. Elle n'a que quinze ans.

Vingt sept ans plus tard, Clo revient sur le théâtre de cet accident, au camping des Euproctes, celui où elle passait ses vacances avec ses parents, situé sur la presqu'île de la Revelatta, non loin de Calvi. Elle est mariée avec Franck, qui connait ses antécédents familiaux, et ils ont une gamine, Valentine, dite Valou, du même âge que Clo lors de cet été funeste.

Ce n'est pas vraiment un pèlerinage qu'effectue Clo, mais presque. Car à quelques kilomètres de là, à la bergerie d'Arcanu, vivent encore ses grands-parents. L'accident dont ont été victimes ses parents et son frère lui taraude toujours l'esprit. Son père n'avait pas braqué le volant, il avait foncé tout droit dans les barrières de protection de la corniche de Petra Coda. Et la moindre des choses, c'est bien de déposer un bouquet de fleurs à l'endroit où la voiture a dévalé le ravin. Quelques minutes de recueillement, c'est peu, et pourtant c'est déjà beaucoup pour Valou et Franck.

Le camping des Euproctes est dirigé par Cervone Spinello, le fils de l'ancien directeur. Cervone, qu'elle n'aimait guère à l'époque faisait partie de la petite bande qu'elle formait avec quelques autres adolescents. Elle va retrouver d'autres compagnons, filles et garçons, qu'elle fréquentait plus ou moins à l'époque. Ils ont vieilli, comme elle, ils ont changé, comme elle, certains ont disparu de la circulation, d'autres se sont fait un nom et sont devenus plus ou moins célèbres. Les souvenirs affluent.

Dès les premiers jours, quelque chose ne tourne pas rond. D'abord une lettre l'attend à l'emplacement de la caravane que ses parents louaient. Une lettre non signée mais c'est l'écriture de sa mère, Clo en est sure. Et le contenu est une forme de prière. Elle doit se tenir le lendemain sous le chêne vert de la bergerie d'Arcanu, lors de sa visite chez Cassanu et Lisabetta, ses grands-parents. Et Valou, sa fille, devra être présente également. Une mauvaise blague, sans aucun doute, pourtant comme le ver dans le fruit, cette missive la perturbe. Et alors qu'elle désire prendre ses papiers dans le coffre où elle les a déposé, elle s'aperçoit qu'ils ont disparu. Un coffre fermé par une combinaison.

Peu à peu, le drame s'installe, d'abord diffus. Selon un ancien gendarme en retraite, qui aurait participé à l'enquête, l'accident ne serait pas dû à un défaut de maîtrise de la part du conducteur mais à un acte de sabotage. A la bergerie, Orsu, qui travaille au camping, a appelé son chien Pacha. Comme celui qu'elle possédait lorsqu'elle jeunette. Un vieil Allemand, habitué du camping, aujourd'hui veuf, mais dont le fils fréquentait la petite bande, est un passionné de photographie. Et depuis des décennies il entasse les clichés dans des cartons. Lorsque Clo lui demande si elle peut regarder celles de l'année 89, il accède à se demande sans rechigner. Hélas, le carton est vide, les photos se sont envolées, volées.

Valou manque se casser les os lors d'une sortie organisée, alors qu'elle devait plonger dans la mer, attachée par une corde, afin de ne pas se fracasser sur les rochers et laisser emporter par les eaux. Le mousqueton lâche, probablement saboté D'autres événements se précipitent, et le drame qui couvait se transforme en tragédie, ou du moins ça y ressemble. Clo reçoit d'autres messages de sa mère, ou d'une personne qui s'est substituée à elle.

 

Tel Pénélope qui le jour tissait sa tapisserie et la nuit la défaisait, la détissait afin de prolonger le temps, Michel Bussi construit son histoire en habillant la trame de son histoire avec des épisodes, des événement, des personnages, des sentiments, puis il détricote ce qu'il a patiemment assemblé pour reprendre et offrir de nouvelles images sur une toile tout en gardant l'esquisse originelle, les fils étant entremêlés de façon différente mais toujours dans un décor identique.

Un jeu de miroir habilement développé car l'histoire des jours qui ont précédé l'accident qui ont coûté la vie des parents de Clo ont été consignés dans le carnet qu'elle trimbalait partout avec elle. Un carnet qui était resté abandonné sur le tronc d'arbre à la bergerie alors que son père l'entraînait de force. Un carnet qui n'a pas été perdu pour tout le monde et qu'un lecteur inconnu lit, ou relit, avidement, laissant parfois transparaître ses sentiments mais pas son identité.

Comme dans une galerie des glaces où l'image se déforme quelque peu, à cause des souvenirs de Clo qui ne sont pas forcément le reflet de la réalité, le lecteur vit intensément les quelques jours entre l'arrivée de Clo et sa petite famille dans la presqu'île de la Revelatta, et les événements qui se sont déroulés vingt-sept ans auparavant. Tout s'imbrique et se détache en une succession inexorable d'épisodes qui vont crescendo.

La magie Bussi opère une fois de plus, plus intéressante dans la puissance d'évocation que dans son roman précédent, Maman a tort, dans une construction implacable, à l'égale de Nymphéas noirs, et qui marque le lecteur. Un suspense qui oblige le lecteur à ne reposer le livre qu'une fois le mot fin apparait et qui réconforte.

Cela nous change d'une production actuelle où tout est basé sur des histoires répétitives de banlieues, de marlous de banlieues, de drogue, de casses mal ficelés, de délinquants minables, le tout dans un style déplorable et une écriture bâclée qui se veulent être modernes mais qui ne sont que le mépris de la langue française.

 

Michel BUSSI : Le temps est assassin. Editions Presses de la Cité. Parution 4 mai 2016. 544 pages. 21,50€.

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 13:01

Mais viande saignante...

Claude AMOZ : Bois-brûlé.

Comme bon nombre de romans qui paraissent actuellement Bois-Brûlé ne se démarque pas de cette forme d’obsession envers les périodes troubles, et joue en filigrane avec les cicatrices morales de la Grande Guerre et des évènements d’Algérie.

Ce ne sont que des images, avec une résonance matérielle, éclats d’obus, queues de grenades, ossements, mais qui expliquent le comportement des “ héros ”, du moins des protagonistes.

Victor Brouilley, standardiste dans une maison d’édition, plaque tout du jour au lendemain, sur un coup de tête. Il a cru reconnaître sur les photos d’un magazine la maison où il passait enfant ses vacances, avec comme occupante Mara, une chanteuse populaire.

Viviane vit à Bois-Brûlé, en lisière de la forêt d’Argonne, avec son fils Stephen, dont le père est parti soigner ses blessures et celles des autres et Martin Tissier, notaire. Stephen n’apprécie guère ce père de substitution, et Viviane n’attend que le retour du géniteur. Leila a été embauchée, le temps des vacances de Pâques comme baby-sitter de Stephen.

Le drame naît lors de l’arrivée de Victor, mais en est-il vraiment responsable ? Les images qui se bousculent dans la tête des protagonistes sont autant de photos choc qui s’inscrivent dans l’esprit.

 

Claude Amoz découpe son histoire d’une façon insidieuse, laissant le suspense monter, s’installer, tarauder l’esprit du lecteur qui croit détenir une vérité habilement déformée et dont l’ambiguïté ne sera levée qu’à la toute fin du dernier chapitre.

 

Claude AMOZ : Bois-brûlé. Rivages Noir N°423. Parution février 2002. 320 pages. 8,65€.

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 13:10

Que ne ferait-on pas pour promotionner un film !

J.B. LIVINGSTONE : Crime au festival de Cannes.

En l'honneur de Carla Haverstock, le comte de Marie-mort, un producteur, et Kirk Formeroy, son agent artistique, ont invité l'actrice à assister à une projection privée.

Carla, qui est sur le terrain depuis une vingtaine d'années, a interprété quantité de premiers rôles dans des films de second ordre et de seconds rôles dans des films de premier ordre.

Alors que débute le festival de Cannes, la rumeur murmure que le Premier Prix d'interprétation ne peut lui échapper. Enfin la consécration !

La séance privée débute sous de mauvais auspices. La bobine est à l'envers, le films casse, pourtant c'est Monsieur Marcel, considéré comme le meilleur projectionniste, qui est aux commandes.

Le film n'est qu'un montage de petits films, souvent dus à des amateurs, et dont la vedette n'est autre qu'Anita Guzman, la mère de Carla et actrice elle-même, décédée alors que Carla était encore une enfant.

Soudain Carla blêmit, pâlit, s'enfuit sous le coup d'une vive émotion.

Elle a un accident de voiture, et le véhicule prend feu. Carla décède et Hitchcock, son petit chien, également.

Le superintendant Scott Marlow qui justement se trouve à Cannes dans le cadre d'un congrès est chargé de l'enquête. Carla venait d'être reçue par sa Gracieuse Majesté, la Reine Elizabeth, et il faut à tout prix effacer la mauvaise impression, ne pas laisser ébruiter n'importe quel racontar, dans le genre La Reine lui a porté le mauvais œil ou autre réflexion du même style.

Higgins refuse d'abord d'aider Marlowe puis, apprenant que parmi les victimes figure un chien, accepte de seconder son ami.

 

J. B. Livingstone, pseudonyme sous lequel se cachait Christian Jacq, l'égyptologue bien connu, J.B. Livingstone n'est pas tendre avec les personnages qu'il nous présente, véritables caricatures du cinéma.

Mais il faut avouer que l'envers du décor n'est pas toujours aussi idyllique qu'on pourrait le croire. Après Michel Lebrun avec Les rendez-vous de Cannes (chronique à venir), Alain Bellet avec Aller simple pour Cannes, Brigitte Aubert avec La mort au festival de Cannes, et quelques autres, J.B. Livingstone nous fait découvrir les à-côtés du festival de Cannes, au travers d'un petit noyau de personnages.

Mais plus que le festival, c'est Cannes que J.B.Livingstone nous dévoile, et par petites touches nous raconte la naissance et l'histoire de cette ville.

Un petit reportage documentaire au sein d'un roman policier qui sait être divertissant et instructif.

J.B. LIVINGSTONE : Crime au festival de Cannes. Collection Dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution 22 avril 1992. 198 pages.

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 12:56

Hommage à Louis C. Thomas, décédé le 12 mai 2003.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac.

Entre Perrine, comédienne souvent à la recherche d'un cacheton, et Jo, boxeur sur la touche suite à un combat au cours duquel il a failli perdre la vue, c'est le grand amour.

Mais il faut bien faire bouillir la marmite, et il n'est pas dans la mentalité de Jo de vivre aux crochets de Perrine.

Aussi la proposition de Vezzano, ex-condisciple de Jo, qui traficote dans les milieux pugilistiques, cette proposition, pour douteuse qu'elle soit, arrange bien les affaires du boxeur au chômage et en panne de liquidités.

Mais Jo, un peu cupide et pas assez méfiant, va se mordre les doigts de cette association.

A la clé une mallette bourrée de billets de 500 francs tout neufs, une histoire de gnons, et un cadavre.

 

Une histoire typiquement américaine traitée par un grand monsieur Français de la littérature policière, et ce roman paru initialement en 1983 dans la collection Engrenage n'a pas perdu de son charme et de sa force, les années passant.

Bien des années après, Des briques en vrac est le genre de roman que l'on relit avec plaisir, tant Louis C. Thomas sait (savait) raconter des histoires avec maîtrise, d'une manière simple mais efficace.

De plus, le décor et l'endroit y sont pour quelque chose de particulier, ayant travaillé et habité moi-même non loin des lieux dans lesquels se déroulent l'action de ce roman, La Fourche et l'avenue de Clichy, quartier que Louis C. Thomas connaissait fort bien puisqu'il y habitait également.

A noter que dans ce roman un clin d'œil est adressé à Michel Lebrun, romancier et scénariste qui lui aussi résidait tout près.

Des briques en vrac, parmi toute la production de Louis C. Thomas, reste un grand souvenir de lecture avec Les Mauvaises fréquentations, Les écrits restent, Jour des morts et un certain nombre d'autre, car il n'y a pas de déchets dans la production de cet auteur atteint de cécité tout jeune, ce qui ne l'a pas empêché d'être un romancier prolifique et un scénariste pour des séries télévisées comme Les cinq dernières minutes et des films comme Voulez-vous danser avec moi ? de Michel Boisrond.

 

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac. Collection Hermé Suspense. Editions Hermé. Parution août 1990. 226 pages.

Réédition format EPub parution 23 octobre 2015. 4,49€.

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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 08:04

Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés...

Olivia DUPUY : Sur parole. Sous titré : Fausses notes en Ré.

Et cadavre dénudé, étranglé, dont la poitrine est surmontée d'une petite pyramide de gros sel tassé et la lèvre supérieure agrémentée d'une ligne de farine, ou quelque chose d'approchant.

Pour le quinquagénaire commissaire Meyer, nouvellement muté à La Rochelle, la mise en scène de ce meurtre est particulièrement déroutante. Seule petite compensation, cela lui permet de découvrir l'île de Ré, qu'il ne connaissait que par la chanson de Charles Aznavour, Dans le petit bois de Trousse chemise.

En compagnie du lieutenant Privat, qui connait fort bien la région, Meyer entame son enquête en interrogeant les compagnons de la jolie rousse assassinée. Ce sont des étudiants toulousains venus passer quelques jours de détente, et rien dans leurs propos indique une quelconque faille dans leur emploi du temps. Laetitia, ainsi se prénomme la défunte, vingt-trois ans, seule au dernier recensement ayant plaqué son petit ami, ou le contraire, s'était éloignée du groupe de vacanciers afin de répondre au téléphone.

L'opérateur de son portable fournit une indication précieuse : le dernier appel qu'elle avait reçu provenait de La Rochelle, et plus particulièrement du commissariat. Probablement un coup d'épée dans l'eau. Bizarre quand même.

Une deuxième jeune fille est retrouvée morte, dans des conditions similaires. Le point commun principal entre ces deux mortes réside dans la couleur de leurs cheveux. Rousses toutes les deux. Un tueur en série roussophobe sévirait-il sur l'île de Ré ?

Afin de cerner le tueur, d'analyser son comportement, voire ses pulsion, il est fait appel au Département des sciences comportementales de la gendarmerie, c'est-à-dire à une profileuse, un gendarme cynophile et son animal, mais sont recensés également les individus ayant sur leur casier judiciaire des antécédents prohibés, viols notamment. Quatre personnes sont susceptibles d'avoir perpétré ces crimes, mais il ne faut pas s'arrêter sur quatre noms. Car la deuxième victime (il y en aura une autre !) avait également correspondu avec le commissariat de La Rochelle, du moins l'un de ses éléments.

Meyer s'empêtre dans les différentes démarches qu'il effectue, heureusement secondé par le lieutenant Privat. Veuf, il s'inquiète pour l'avenir de sa fille, d'autant qu'elle ne lui donne guère de nouvelles, et souvent oublie de lui téléphoner. Et puis une autre affaire requiert son attention. Des pommes de pin sont récoltées illégalement afin de récupérer les pignons destinés à des pays étrangers dont les habitants en font une consommation excessive.

 

Ce roman, de facture classique, possède un petit côté Agatha Christie avec les comptines qui permettaient la résolution des affaires. Bien construit, il offre au lecteur une énigme et un suspense habilement menés. Et les candidats-tueurs, s'ils sont en nombre réduits, cachent bien leur jeu. En incrustation, figure quelques pages d'un journal intime.

Le commissaire Meyer est attendrissant et possède ses secrets que l'on découvre peu à peu, mais pas tous. Quant à Privat, il cultive une particularité, qu'en général seuls les ensuqués utilisent afin de dissiper les brumes éthyliques et vidanger leur estomac : il jette des grains de sel, à la place de sucre, dans son café.

Toutefois, les nombreuses coquilles et approximations, surtout dans les premiers chapitres, perturbent la lecture, tout comme les comédons défigurent un angélique visage d'adolescent acnéique.

Par exemple, page 35, il est fait mention de 15 heures pour un appel téléphonique, et quelques lignes suivantes, on peut lire 11 heures, au lieu de 23 heures. Ceci n'est pas grave, mais choque mes yeux. De même page 21, On en sera plus dès qu'on connaîtra... au lieu de On en saura plus... Des bricoles, vous dis-je, mais qui empoisonnent la lecture.

Olivia DUPUY : Sur parole. Sous titré : Fausses notes en Ré. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution 1er avril 2016. 204 pages. 12,90€.

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 12:32

La dernière collaboration entre Pierre Boileau et Thomas Narcejac.

BOILEAU-NARCEJAC : J'ai été un fantôme.

Christine est une jeune fille réservée, timide et sentimentale.

Peut-être est-ce pour cela qu'elle se marie avec Bernard Vauchelle, philatéliste de son état et qui pourrait être plus que largement son père.

Un mariage blanc en quelque sorte puisque le mari s'avère impuissant à accomplir ce que l'on nomme pudiquement le devoir conjugal.

Personnellement, je puis vous assurer que si tous les devoirs à remplir étaient aussi agréables que celui-ci, je ne rechignerais pas devant l'ampleur de la tâche.

Pauvre Christine qui s'étiole et finirait bien par devenir timbrée à force de manipuler les figurines postales.

Dominique, un bellâtre, artiste peintre de profession, n'a guère de mal à chavirer le cœur et le corps de Christine qui connait enfin les joies de l'épanouissement féminin et les douceurs des liaisons extraconjugales.

Hélas Dominique n'y a vu là qu'une aimable passade tandis que Christine, enfin révélée en tant que femme, pensait pouvoir faire durer cette relation accompagnée de joutes amoureuses.

Son amant envolé vers d'autres cieux, elle tente de se suicider, mais alors que son âme allait frapper à l'antichambre du Paradis, le portier lui enjoint de retourner sur Terre, lui signifiant son refus par cette petite phrase :

Plus tard, quand tu seras libre.

Après avoir connu le grand frisson de l'amour puis celui de la mort, là voilà de nouveau vivante, mais sa conception de la vie n'est plus la même qu'auparavant.

Elle se détache progressivement de son mari et effectue un pèlerinage hebdomadaire à Roissy afin de supprimer de son cœur et de son esprit le surgeon Dominique.

De retour de l'un de ces pèlerinages expiatoires, elle découvre sa mère victime d'un assassinat. A nouveau sa vie bascule.

 

J'ai été un fantôme est le dernier roman écrit en collaboration par Pierre Boileau et Thomas Narcejac.

En effet Pierre Boileau est décédé le 16 janvier 1989. Mais il n'a pas effectué une fausse sortie comme l'héroïne de ce roman. Un homme barbu ne lui a pas dit : Plus tard, quand tu seras libre.

Lui était libre et a regagné directement le Paradis des mauvais garçons de la littérature policière.

Avait-il un pressentiment en collaborant à l'écriture de ce roman ? Que ce serait le dernier ? Est-ce un héritage en forme de clin d'œil ?

Non, Pierre Boileau n'est pas tout à fait mort. Dans nos cœurs et nos esprits il vivra toujours en compagnie de son compère Narcejac, qui lui est décédé le 7 juin 1998, et nous prenons toujours autant de plaisir à lire et à relire les œuvres de ce duo infernal.

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1989. 206 pages.

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1989. 206 pages.

BOILEAU-NARCEJAC : J'ai été un fantôme.

Réédition collection Folio Policier N°104. Parution le 19 octobre 1999. 192 pages. 6,50€.

Version EPub 6,49€. Disponible 1er mai 2016.

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 15:47

Le sabre et le goupillon.

GREG : Le crime de Saint-Anastase.

Normalement, la Criminelle n'aurait jamais dû s'occuper de cette affaire de corbeau, d'anonymographe, mais le bedeau a été si convaincant dans sa démarche que les inspecteurs Hardy et Lesage se sont laissés convaincre de l'utilité de l'usage de leurs compétences.

Casimir Monsang, soixante-cinq ans, bedeau en la paroisse Saint-Anastase, déclare qu'on veut tuer le curé. Et il en apporte la preuve noir sur blanc, ou presque.

Le père Bachelard officie dans la petite église située dans l'ile de la Jatte, à Neuilly, et il reçoit depuis quelque temps des poulets anonymes dans des enveloppes jaune poussin. Le bedeau le sait car il a surpris le curé lisant cette missive. Il l'a récupérée dans la corbeille à papiers, l'a lu et depuis se pose de multiples questions quant à la teneur du message.

Tu as intérêt à cesser de couvrir qui tu sais. C'est ta peau qui est en jeu. et en guise de signature, la formule passe-partout, un ami qui te veux du bien ou similaire.

Hardy et Lesage sont convaincus, quelque chose de pas catholique se profile envers le curé et ils décident de se rendre sur l'île de la Jatte, rencontrer le religieux. Ils sont reçu par le vicaire, le père Jacques Lanuit, qui est désolé, mais la santé du père Bachelart est chancelante et il leur est conseillé de ne pas le déranger durant son repos. Ce qui n'empêche pas le père Bachelard de se présenter à eux, tel un hercule, une enveloppe jaune à la main, et dont la souscription est composée de lettres découpées dans un journal.

Comme il est l'heure de se restaurer, les deux policiers en profitent pour déjeuner non loin, tout en conversant. Dans l'établissement où le père Lanuit crèche. D'ailleurs deux sœurs, des jeunes filles, semblent le narguer, l'atticher. Revenons à notre sujet. N'importe qui pourrait en vouloir au destinataire des lettres, il ne faut écarter aucune hypothèse.

Quant ils rentrent au bercail, Hardy et Lesage apprennent la mort d'un jeune enfant de chœur, par empoisonnement. Voilà qui ouvre des horizons nouveaux.

Les enfants de chœur, c'est bien connu, ont tendance à déguster en douce le contenu de la fiole de vin de messe, afin de vérifier si par exemple le breuvage n'aurait pas un goût de bouchon. Donc, normalement, ce n'est pas le gamin qui procédait à la préparation de la cérémonie quotidienne, qui était visé, mais bien le curé. Ou le vicaire, car il était prévu que le père Lanuit (quand revient la nuit) devait s'acquitter de cette tâche.

Une enquête qui réserve à Hardy, Lesage, et leurs collègues, bien des surprises et entrevoir des répercussions dont les prémices sismiques datent de nombreuses années en arrière. Le journal dans lequel les lettres ont été découpées n'est autre que Le Drapeau, un canard qui ne paraît plus depuis vingt ans, et personne ne le regrette, sauf ceux qui y étaient abonnés. Une réputation de journal de droite, voire d'extrême-droite, aux relents sulfureux de racisme et de déclarations patriotiques.

Il leur faut alors vérifier les antécédents de tout ce petit monde, et apprennent par exemple que le père Bachelard fut aumônier. Ce n'est pas la seule révélation intéressante qu'ils se mettent sous les yeux.

 

Fini d'écrire en avril 1986 au Connecticut, ce roman abordait déjà les odeurs nauséabondes qui ont toujours flotté autour de partis politiques ou de groupuscules d'extrême-droite. La fin de la guerre, la défaite des nazis, le parlé politiquement correct n'ont que peu mis sous la cendre les idées nauséeuses de cette extrême. Et il semble que plus on en parle, plus les hommes (et femmes) politiques fustigent ces idées, plus ces idées s'ancrent dans la population lui donnant une crédibilité non justifiée.

Donc Le crime de Saint Anastase, roman policier classique dans sa construction aborde également le roman psychologique, le roman noir moderne, avec peut-être moins de force que ceux qui sont écrits de nos jours, mais a le mérite d'aborder un problème qui ne finit pas de remuer la vase.

 

Greg le créateur d'Achille Talon ou encore de Modeste et Pompon, a écrit cinq romans policiers publiés dans cette collection 14X22, après avoir séjourné quelques années aux Etats-Unis, séjour au cours duquel il rédige ses romans et mais également quelques-uns des scénarios pour des épisodes de La Croisière s'amuse et de Perry Mason.

 

Il en est de certaines enquêtes comme de petits jeux que l'on trouve dans les pages récréatives des magazines : cinq ou six pêcheurs à la ligne sont représentés d'un côté, un unique poisson, ferré, de l'autre. Entre les personnages et la proie, un écheveau compliqué de traits emmêlés, chaque pêcheurs étant au départ d'un des tracés, mais un seul de ceux-ci aboutissant au poisson. Qui l'a pêché ?

GREG : Le crime de Saint-Anastase. Editions du Fleuve Noir. Parution janvier 1987. 178 pages.

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 08:57

Hommage à Pierre Siniac disparu le 13 mars 2002.

Pierre SINIAC : Le crime du dernier métro.

Nous retrouvons dans cet ouvrage l’univers particulier de Pierre Siniac, avec toutefois un petit plus : un crime en vase clos.

Un petit vieillard d’aspect fragile se trouve seul dans la dernière rame du métro qui mène à la Porte de la Chapelle. Tout seul dans le dernier wagon à la station Jules Joffrin. Lorsque la rame arrive à la station suivante, Marcadet Poissonniers, deux voyageurs montent, ne le voient pas aussitôt et s’installent chacun dans leur coin. Quelle n’est pas leur surprise de le trouver quelques moments plus tard, pendu à l’affiche qui détaille le nom des stations. Un meurtre mais personne pour le commettre.

Quant au suicide, il est difficile de l’imaginer, ou du moins difficile d’imaginer comment le pendu aurait pu exécuter son projet. Evidemment au terminus, il est malaisé de cacher, disons l’incident. La police est rapidement sur les lieux, et pour l’un des deux voyageurs, brocanteur de son état, c’est la catastrophe. Il est fiché, ayant déjà accompli quelques années à l’ombre des hauts murs. D’autant que le lendemain il est accusé par une vieille dame accro des romans policiers, voyageuse un peu trop voyeuriste, de l’avoir dévalisée.

Pour le commissaire Cliquetangueuse, l’affaire n’est pas simple, et effectivement elle ne le sera pas.

S’inspirant d’un fait-divers de mai 1937, une mystérieuse jeune femme assassinée dans un wagon de métro où elle se trouvait seule, Pierre Siniac avec Le crime du dernier métro nous entraîne dans son univers particulier, avec des personnages issus d’une imagination débridée, dans des situations alliant le tragique au comique, narrant une histoire banale sans l’être, usant de termes argotiques désuets et une verve de feuilletoniste sans faille.

Pierre Siniac réussit à nous étonner à chacun de ses romans.

 

Pierre SINIAC : Le crime du dernier métro. Série grise N°11. Editions Baleine. Parution septembre 2001. 164 pages.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 10:14

Hommage à Louis C. Thomas, né le 27 décembre 1921.

Louis C. THOMAS : Une femme de trop.

Laurent Malijai voulait devenir écrivain, mais les maisons d'édition ne l'entendait pas ainsi.

Un jour rejeté par tous, il décide de se suicider, mais une riche veuve passant par là lui redonne goût à la vie.

Bientôt il devient l'homme-objet d'Hélène, une mante religieuse qui lui rappelle à chaque moment que tout ce qui l'entoure lui appartient à elle. Il trouve consolation auprès de Charlotte, la jeune bonne, laquelle s'intéresse vraiment à ce qu'il fait.

Le voilà coincé entre deux vampires et il ne sait plus où donner de la tête. L'une d'elle est de trop. Charlotte le pousse à éliminer son tyran, mais Laurent n'est qu'un velléitaire et il va falloir qu'elle fasse elle-même le travail.

Seulement le résultat n'est pas celui escompté et Hélène devenue amnésique est l'antithèse de ce qu'elle était auparavant.

Laurent est placé devant un cruel dilemme que le destin résoudra pour lui.

 

A une époque où les romans ayant pour héros des sérials killer font florès, il est bon de se replonger dans une intrigue en forme de vaudeville.

Louis C. Thomas, en vieux routier ménage ses effets, joue avec le lecteur, campe ses personnages en sachant les rendre tour à tour attachants ou déplaisants.

Trois têtes d'affiche, deux ou trois rôles secondaires, il n'en faut pas plus à Louis C. Thomas pour construire une intrigue solide et machiavélique. Une bouffée de fraîcheur dans la production actuelle qui privilégie le sensationnel.

 

Réédition Folio Policier N°156. Parution avril 2000. 240 pages. 6,40€.

Réédition Folio Policier N°156. Parution avril 2000. 240 pages. 6,40€.

Louis C. THOMAS : Une femme de trop. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution octobre 1995. 208 pages.

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