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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 05:17

Pas facile de vivre avec une femme qui rentrée de couches vous vire de la sienne !

Luc FORI : Vade retro Satanas.

C'est l'expérience que vit William Carvault, ancien policier reconverti comme agent immobilier à Bourges. Faut dire que Heike, sa compagne et commissaire de police quand même, ne s'occupait plus que de leurs fils, et William n'avait pas apprécié d'être délaissé. Alors il était allé voir ailleurs si l'herbe était plus tendre comme le signale le diction qui affirme que changement de pâturage réjouit les veaux. Il s'est trouvé une petite maison en face d'un immeuble allongé comme une barre énergétique.

Tout commence à cause d'un individu guère courtois qui a frôlé la veille son véhicule, a pulvérisé son rétroviseur, sans laisser de coordonnées. Un mec normal quoi. William est abordé par Youssef, un jeune Sarrazin habitant en face de chez lui, qui lui dit qu'il a vu l'accrochage se produire et qu'avec son copain Ahmed ils ont voulu courir derrière le véhicule fautif et que tout ce qu'ils ont réussi à faire c'est de relever le numéro d'immatriculation. Un bon point pour les deux jeunes. Après avoir réglé son problème de rétroviseur, William regarde derrière lui et se rend compte qu'il est toujours amoureux d'Heike. Mais la commissaire de police n'est pas prête à partager sa couche et il n'a plus qu'à attendre que les événements se tassent.

Le lendemain, Youssef vient voir William chez lui, et après quelques palabres tournant autour du rétroviseur, il s'apprête à lui demander quelque chose lorsque Heike s'invite. L'entretien est reporté au lendemain mais ce que lui montre Heike n'est pas piqué des vers, comme dirait le poète.

Elle est en possession d'une clé USB et au visionnage de celle-ci, les cheveux se dressent sur la tête de William. L'assassinat, filmé en direct par le tueur, d'une jeune femme par strangulation à l'aide d'une corde. Le corps a été retrouvé dans une chambre appartenant à une chaîne hôtelière.

Revenons au rendez-vous de William avec Youssef dans la barre en phase de délabrement en face de sa petite maison. Youssef vit avec Djamila, et ils sont inquiets. Le frère de Djamila a disparu et il semblerait que le gamin, Mourad, soit parti pour le Djihad. Un petit film posté sur Youtube montre l'adolescent en compagnie d'un camarade enturbanné dont seuls les yeux sont apparents. Mourad porte une pancarte sur ses genoux sur laquelle est inscrit Mort aux Infidèles, tandis que son compagnon brandit un fusil d'assaut.

Alors William rencontre les parents de Mourad, dont Farid le père pratiquant mais pas intégriste, puis un imam recruteur du nom d'El Zarbi, lequel est effectivement un peu bizarre. Un accrochage oppose l'imam à Farid qui lui tend une photo représentant son gamin. William s'aperçoit qu'El Zarbi n'est pas un Arabe bon teint, mais un Européen converti maniant mal la langue de Khaled. William, assisté de son ami Roger (prononcez Rodgeur comme pour Federer mais qu'il ne faut pas prononcer Fait d'erreur, je sais c'est compliqué), piste El Zarbi, encore plus bizarre qu'il pensait et parvient à lui arracher quelques révélations. El Zarbi reconnait sur la photo l'édifice qui se dresse en arrière-plan. Il s'agit d'une centrale électrique située près de Bruxelles.

Et tandis qu'Heike poursuit l'étrangleur de jeunes femmes, William et Roger (prononcez Rodgeur...) se rendent à Bruxelles, et leur enquête n'est pas véritablement de la petite bière.

 

Avec un ton résolument humoristique, Luc Fori nous emmène de Bourges à Bruxelles puis retour à Bourges, pour une double enquête, qui bientôt n'en fera qu'une.

Mais cet humour, doux-amer, est tempéré, car si l'on peut rire de tout, certaines limites sont difficilement franchissables. Et dans les moments cruciaux, Luc Fori reprend un ton grave, en phase avec les situations.

Ce roman est composé d'événements qui ont réellement eu lieu, comme l'attaque de Charlie Hebdo, mais ils ne servent que de supports à une histoire plus personnelle, celle de la famille de Mourad. Et l'auteur sait faire la différence entre véritables adeptes d'une religion, et les intégristes qui sont aveuglés ou qui ne sont que des arnaqueurs et des charlatans.

Luc Fori construit son récit sur la lame du rasoir, sachant se montrer railleur, tendre, léger, décalé, humoristique ou grave, et offrant un épilogue en pied de nez à la société qui voudrait que tout soit blanc ou noir, mais jamais en demi-teinte.

Mais on vibre également aux aventures de William, et de Roger bien sûr le brave copain qui se montre un peu soupe au lait et vindicatif parfois, ainsi que des relations entre l'agent immobilier qui n'est pas immobile et de sa commissaire de police de compagne, ou ex-compagne, et de leurs relations en dents de scie. William ne se montre pas toujours à la hauteur dans sa nouvelle fonction de père, mais c'est aussi un apprentissage de la vie. Il faut savoir assumer.

 

Luc FORI : Vade retro Satanas. Editions Pavillon Noir. Parution le 10 mars 2017. 256 pages. 14,00€.

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 04:53

La nuit est chaude,

Elle est sauva-age,

La nuit est belle...

A.D.G. : La nuit myope.

Plus roman blême que roman noir, La nuit myope nous entraîne dans une aventure semi-nocturne, matutinale, dans une traversée de Paris qui n'est pas sans rappeler Antoine Blondin avec Monsieur Jadis ou l'école du soir (1970), Jacques Perret, auteur surtout connu pour Le caporal épinglé (1947) et Marcel Aymé avec par exemple son recueil de nouvelles Le vin de Paris (1947) qui contient le très célèbre Traversée de Paris justement.

Une traversée presque à l'aveugle, embrumée, fuligineuse, floue dans le petit matin par un myope qui a perdu un verre. Mais il en avait tellement bu auparavant, en début de nuit, avec Armelle.

Directeur commercial dans une société d'emballages, Domi, comme Domino en référence à la chanson de Dalida, Domi s'était sustenté au restaurant en compagnie de quelques collègues, dans le cadre de son comité d'entreprise, puis ils étaient allés en boîte (eh oui !). Une fin de soirée au cours de laquelle il s'est retrouvé dans les bras d'Armelle, une jolie jeune femme qui elle aussi participait à une soirée festive avec quelques amis (peut-être).

Quelques sloves plus tard, quelques ouisquies et coupettes de champagne absorbés, quelques digressions échangées, Domi rentre chez lui avec en poche son paquet de Gauloises dédicacé de l'adresse de la belle.

L'aventure, Domi en a toujours rêvé, et enfin il va pouvoir réaliser ce phantasme qui le poursuit. Il a proposé à Armelle de partir dans les Cévennes refaire le voyage de Robert-Louis Stevenson juché sur le dos de Modestine, ou d'une lointaine descendante.

Alors il rentre rapidement chez lui, à bord d'un taxi (hon, hon), essaie de ne pas réveiller sa femme couchée avec Morphée, se déguise en randonneur et direction, où ai-je mis mon emballage de cigarettes, là-bas chez Armelle.

Il est cinq heures, Paris s'éveille, Domi n'a pas sommeil, accroché à la laisse de son chien Laskar, tout heureux de prendre le frais.

Et Domi part à l'aventure, toutes voiles dehors, lunettes sur le nez, mais un verre en moins à cause d'un frottement intempestif avec une lingette adéquate, comme Sheila en son temps, d'abord direction le bureau afin de récupérer le double de ses double-foyers, puis après un échange verbal, quoique oral, savoureux avec le veilleur qui par définition dort, puis son patron, moins amène, direction Armelle qui doit l'attendre impatiemment. Toujours avec Laskar en éclaireur.

 

Une balade semée d'embûches pour Domi l'aventurier dans l'univers du début des années 80, jonchée de calembours, de jeux de mots, d'à-peu-près, de références musicales (vous souvenez-vous avoir dansé sur ouatère châle oeuf pâle !) et littéraires, jouissive en diable, une promenade à la recherche d'un amour et d'une vie autre que celle qu'il subit, à la façon de René Fallet dans Paris au mois d'août. Références également à un poète biélorusse du nom de Sergueï Djerbitskine, surnommé Machin, qui n'est autre que le personnage récurrent de quelques romans et.

 

Ce court roman, qualifié de sorte d'épopée dérisoire d'un rêveur velléitaire, est une récréation dans l'œuvre d'A.D.G., de son vrai nom Alain Fournier (d'où le titre d'un de ses romans : Le grand Môme) et qui a utilisé également le pseudonyme d'Alain Camille. En effet ayant débuté comme journaliste pigiste pour la presse socialiste, puis gaulliste, puis tourné vers l'anarchisme de droite devenant grand reporter à Minute, A.D.G. a défrayé la chronique et ses confrères romanciers ainsi que les critiques de gauche (ceux qui encensent malgré tout Céline), par des ouvrages comme Joujoux sur le Caillou, rapides à fabriquer des amalgames et à proférer des conclusions erronées suite à des déductions hâtives.

 

A.D.G. : La nuit myope. Collection La Petite Vermillon N°427. Editions de La Table Ronde.

Première édition : Balland. Collection L'Instant romanesque. 1981 (et non pas 1990 comme indiqué dans le copyright).

Réédition en 2003 chez Christian Durante, collection Poche-numérique.

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 06:34

Quitte à en avoir une indigestion...

Michel MAISONNEUVE : Les Tigres ne crachent pas le morceau.

Promis juré, ils ne diront pas qui leur a refilé de la viande fraîche pour leur petit-déjeuner. Car un bon morceau de dompteur, cela ne se refuse, quelle que soit la main qui les a nourrit.

Et Maurice Truche, l'un des employés du cirque Pantaleoni n'en revient pas. Il peut remballer ses gamelles, les trois tigres, Pim, Pam et Poum n'en auront pas besoin, pour le moment. Et Pam, la tigresse, qui ose jouer avec la tête d'Hildeberg, le défunt dompteur ! Il n'y a plus de respect.

Raoul Babinetti, le mari et associé de Giulietta Pantaleoni, la patronne et héritière de ce petit cirque actuellement basé dans l'enceinte de l'hippodrome de Pont-de-Vivaux à Marseille, ne peut que regretter la défection du clou du spectacle. Pis, il faut prévenir la police, qui va enquêter, et peut-être mettre les jours du chapiteau en danger.

Toutefois, le légiste leur apprend une bonne nouvelle, les tigres ne sont pas fautifs. Ils ont simplement profité de l'aubaine. En effet, après avoir procédé à l'examen du morceau avec lequel jouait Pam, il découvre un trou parfaitement circulaire au dessus de la glotte. Et à moins de posséder un tournevis ou quelque objet similaire, un tigre n'a pu perforer délibérément, ou non, la trachée du pauvre Hildeberg qui ne pourra dénoncer son agresseur.

Malgré tout, le spectacle doit continuer, la survie du cirque Pantaleoni en dépend. Car, même si les artistes ne sont guère nombreux, Raoul ne peut se résoudre à les congédier. D'ailleurs où iraient-ils, personne n'embauche. Raoul s'envoie en l'air comme homme-canon, mais il ne peut assurer le spectacle seul. Parmi les artistes qui composent sa petit troupe, citons en premier la belle, la superbe, l'ébouriffante, la grande Miléna (ce n'est pas moi qui le dis mais Raoul qui la présente ainsi), l'écuyère, l'Amazone (ne vous trompez pas d'adresse !) venue de Hongrie et qui avec ses deux frères, Vlad et Andrès, assure un excellent spectacle de voltige.

Ensuite la jeune Perle de Rosée en Jade Précieux, acrobate-jongleuse-contorsionniste, d'origine peut-être chinoise. Ne chinoisons pas. Et enfin, pour clore la partie féminine, Alice, la benjamine, dix ans et demi, tireuse de cartes, fille d'illusionniste, dresseuse de crickets, ces charmants insectes auxquels elle apprend à faire du trapèze, d'origine Rom probablement.

Chez les hommes, bon d'accord, exit le dompteur. Mais il reste toutefois Bibi le clown et Mitchum l'illusionniste, dont ce n'est pas le véritable patronyme mais est ainsi surnommé à cause de sa ressemblance vestimentaire avec l'acteur dans le rôle de Marlowe. Plus les deux monteurs de chapiteau et hommes de main, Truche dont nous avons déjà fait la connaissance dans des conditions pénibles et dramatiques, et Gaétan Noulet.

Ne possédant, plus par la force des événements, de dompteur, de montreur animalier, Raoul pense alors à son vieux copains Dachi El Ahmed, prof de langues orientales, dénoueur d'intrigues occasionnel, rêveur et sage, adepte de la culture orientale.

Dachi accepte de monter un numéro avec le cobra qui se morfond tout seul dans son vivarium, non sans appréhension, on le comprend. Et son amie-amante Léda la Grecque, infirmière de son état, n'apprécie pas du tout cette nouvelle activité. Toutefois elle démontrera par la suite qu'elle est femme à poigne. Dachi, le soufi, requiert également les services de son ami Grook, profession journaliste.

Tandis que Sammartino, le policier chargé de l'enquête s'empêtre parmi les présumés coupables, c'est une mode, Dachi lui aussi se lance dans l'aventure, fouillant dans le passé de chacun des protagonistes. Car chacun d'eux possède son armoire à balais dans lequel il range des cadavres, des accrocs avec la justice, ou de petites déviances. Ainsi, non je ne vous en dévoilerai pas plus, Bibi, l'alcoolique et joueur invétéré, qui doit de l'argent à des camarades de jeu qui le tannent pour qu'il règle ses dettes.

 

Ce roman dont l'enquête est nébuleuse, pour Dachi mais pas pour le lecteur, comporte quelques belles scènes d'action. Par exemple lorsque Léda se frotte aux tigres, habillée en dompteuse (dommage qu'elle ne se soit pas laissée prendre en photo) ou lorsque Dachi poursuit une voiture à dos de dromadaire. Mais c'est également une incursion vivante dans le quotidien des circassiens, et des problèmes que ces gens du voyage peuvent rencontrer dans leur travail et dans la vie courante.

Mais ce n'est pas tout, l'auteur se fait un petit plaisir en incluant dans son texte, outre des citations d'Omar Khayyâm, par le truchement des conversations et des pensées de Dachi, des bribes extraites de l'œuvre de Shakespeare et de Baudelaire dans la bouche de Mitchum l'illusionniste qui a perdu beaucoup de ses illusions et se révèle plus humain que son attitude pourrait le laisser penser.

Un bon roman qui nous ouvre de belles perspectives concernant l'avenir littéraire de l'auteur et qui sort, enfin, des sentiers, voire des autoroutes, battus.

Michel MAISONNEUVE : Les Tigres ne crachent pas le morceau. Editions Pavillon Noir. Parution le 6 mars 2017. 218 pages. 14,00€.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:14

Il peut encore servir...

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe !

Légèrement imbu de sa personne et de l'aura dont il pourrait jouir grâce à ses écrits philosophiques, Voltaire revient à Paris, après un an d'absence, pensant être accueilli par une foule en délire. Las, personne ne se précipite au devant de son équipage, il peut franchir l'octroi sans même être embêter par les douaniers. Franchement c'est lui faire injure.

Alors il regagne son domicile rue de Longpont, chez les époux Dumoulin, et décide d'arroser Paris de papillons publicitaires (à l'époque il n'était pas encore en usage de parler de flyers !) vantant ses mérites. Naturellement il reçoit chez lui des quémandeurs, mais ce sont des quémandeurs peu intéressants. Si, quand même, les d'Alas, une fratrie de protestants qui se plaignent des agissement d'un ecclésiastique avec lequel ils entretiennent des relations plutôt tendues. Tellement tendues que l'un d'eux a reçu une bastonnade qu'il n'a pas digérée, obligé de garder le lit durant quelques temps. Le curé hargneux est un certain père Elisabeth, et le portefeuille garni que lui offrent les trois frères est convaincant.

L'abbé Linant, dont la principale préoccupation est de nourrir son estomac, et celui de Voltaire par la même occasion, se voit remettre sur le marché, non point une profession électorale, mais un billet de réclame pour un musée de curiosités anatomiques, tenu par maître Hérissant, taxidermiste de profession. L'entrée n'est pas donnée, mais la curiosité poussant le philosophe, une visite s'impose.

L'empailleur vient justement de recevoir une jeune fille qui a été pendue, coupable d'avoir dérobé à son maître des chemises. La foule, toujours avide de sensations fortes, a pu remarquer que le bourreau a laissé le soin à son apprenti de réaliser la pendaison a sa place, un travail saboté aux yeux de tous. Tellement saboté que la jeune fille n'est pas tout à fait morte. C'est ce que peuvent constater Voltaire et son secrétaire, ainsi que Hérissant qui perd une pièce à naturaliser.

Blanche est emmenée chez le philosophe et il est procédé à un bain revigorant et nettoyeur. Et lorsque la belle Emilie, marquise du Châtelet et néanmoins amante de Voltaire, débarque à l'improviste, c'est pour voir une nymphette à moitié nue, ou à moitié vêtue, déambuler dans l'appartement. Bon ami, ainsi est surnommé Voltaire dans les bons jours, narre, pour faire diversion, les problèmes rencontrés par la fratrie d'Alas avec l'abbé commanditaire, le Père Elisabeth. Et pour faire diversion, c'est loupé. Elisabeth Théodose de Breteuil n'est autre que le frère d'Emilie.

Emilie n'aime pas que l'on touche à sa famille, philosophe ou pas. Elle propose une sorte de marché, elle lance un défi à l'écrivain aux écrits pas vains : Le premier qui résoudrait le problème de Melle Blanche alias Cunégonde prouverait sa supériorité en matière de générosité, d'efficacité dans l'établissement des droits humains, dans la protection de la liberté, et règlerait à sa façon l'affaire d'Alas.

Jolie joute en perspective, d'autant que des cuillers disparaissent mystérieusement et réapparaissent tout aussi mystérieusement dans les effets de Blanche, et que des morts vont interférer dans cette enquête qui va mettre aux prises les deux amants, adversaires le temps de prouver à l'autre une supériorité factuelle, et que des personnages font leur apparition au grand dam des deux antagonistes. Ainsi Marguerite, veuve du marquis de Bernières, qui aimerait bien mettre Voltaire dans son lit afin de lui réchauffer les pieds, ou encore Hérault, lieutenant général de police et Tamaillon son adjoint. Sans oublier que le précédent maître de Blanche a disparu dans des conditions inexplicables, jusqu'à ce que son corps soit retrouvé.

 

Joyeusement iconoclaste et sympathiquement irrévérencieux, Ne tirez pas sur le philosophe ! est une récréation pour le lecteur. Selon la quatrième de couverture, En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleurs.

Si je suis entièrement d'accord sur les deux dernières affirmations, la première, elle, me laisse dubitatif, même si l'on peut lire, par exemple :

Je ne la connais ni d'Eve ni d'avant. Alors que San Antonio écrivait : Je ne la connais ni des lèvres ni des dents.

Mes références iraient plutôt vers P. G. Wodehouse ou Jerome K. Jerome, deux auteurs britanniques certes, mais dont le style de l'auteur se rapproche sérieusement, ou pas.

Le mieux est peut-être de vous proposer un florilège de citations :

Tous les coups sont permis quand on est homme de foi, c'est l'Eglise qui définit la morale.

Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Hélas, souvent, le bibliothécaire était gaga.

Dans la pièce mitoyenne, son frère Elisabeth s'amusait avec les enfants, une occupation bien masculine. Il jouait à l'inquisiteur avec les peluches, Torquemada-tortue s'apprêtait à brûler sur un bûcher M. Lapin-marrane, ses neveux battaient des mains, il n'est jamais trop tôt pour inculquer à la jeunesse la véritable échelle des valeurs chrétiennes.

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe ! Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 8 mars 2017. 350 pages. 19,00€.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:02

Cela mettrait ce livre à 5$36... Y'a un truc...

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne.

Homme de principes, Falcon ne veut pas être qualifié de tueur à gages mais tient à l'appellation d'assassin professionnel. Et effectivement, il ne joue pas dans la cour des amateurs, des bricolos qui sabotent le travail qui leur est confié.

Ainsi, à Caracas, où sa mission l'a conduit, il a maquillé son boulot de tireur isolé en attentat laissant sur place assez d'indices pour induire les policiers en erreur. Il quitte les lieux la conscience pas vraiment tranquille. Non pas qu'il regrette son geste, il a été payé pour, mais parce qu'il sent qu'il a omis une petite vérification qui pourrait lui être fatale.

De plus, il commence à vieillir, l'âge de la retraite va bientôt sonner pour lui, et les tueurs à gages, principalement issus d'Europe de l'Est arrivent sur le marché en cassant les prix. D'ailleurs il n'a pas touché la totalité de la rétribution qui lui est due, et, homme de principes, il n'accepte pas ce manque à la déontologie. Et il rencontre aux USA son commanditaire, ou plus exactement le représentant de commanditaires texans. Ce n'est pas Dallas, mais ça sent bien le pétrole.

 

Agent analyste de la CIA, Lucy Chan, d'origine chinoise mais Américaine à part entière, elle sait le préciser lorsqu'on la titille sur la couleur de sa peau et sur son nom, Lucy Chan donc, surnommée Lady-Lee, survole l'Atlantique pour une mission au Nigéria. Après Lagos, elle se rend à Port Harcourt, et là aussi ça sent le pétrole, à plein nez, jusque dans ses bottes dont elle a eu soin de se prémunir. Elle rencontre le chef d'antenne de la base locale de la CIA, qui entretient quelques préjugés sur les femmes et leur capacité à mener à bien leurs missions. Elle le détrompe rapidement. L'agent West a alerté la CIA à cause de la tension actuelle et de la chute des cours du pétrole, ce qui est préjudiciable à tout le monde.

Un message crypté attend Lucy Chan lui demandant de se rendre au Nord-Kivu, dans la région des Grands Lacs, en République Démocratique du Congo. A Goma, l'un des résidents, un major parait-il, lui explique que les avions qu'elle entend voler au dessus d'elle sont chargés de cassitérite, provenant des mines exploitées manuellement par les locaux travaillant dans des conditions dangereuses pour un coût extrêmement bas mais qui à la revente grimpe à des prix d'or. Elle approche un Chinois faisant partie d'un groupe de visiteurs appartenant à un conglomérat guère préoccupé d'écologie ou de recherches zoologiques.

 

A Londres un opérateur de marché surveille jour et nuit, sur les quatre écrans disposés devant lui, les cours des actions et des matières premières, des fluctuations régies selon l'offre et la demande.

 

Pendant ce temps, un individu qui se cache sous l'alias de Mister K. envoie des mails, des newsletters, plus ou moins subversifs prétendant éclairer les masses en divulguant les scandales de la spéculation boursière. Une pratique que n'apprécient pas la CIA et d'autres services d'état. Pour un courtier en immobilier, il ne s'agit que d'un emmerdeur qui peut déranger les esprits faibles et agiter ceux des crétins complotistes. Il est vrai que montrer du doigt certaines pratiques financières en jouant avec de l'argent virtuel, peut déstabiliser les marchés boursiers.

 

Sérieux, détaillé, documenté, précis, ce roman est toutefois nimbé d'un humour subtil et Jean-Hugues Oppel se montre même persifleur par intermittence, lors de certaines scènes.

Et le final pourrait paraître baroque, emprunter au non sens, se révéler comme une immense farce, sauf que ce genre de pratiques s'établit en coulisses, sans que le commun des mortels soit dans la confidence. Le maquillage au nom du secret et de la raison d'état et surtout des financiers.

Et ce n'est pas tant l'histoire en elle-même qui n'en est que le support, mais le fond de l'intrigue qui interpelle (c'est un mot à la mode !), mais qui devrait donner froid dans le dos des petits épargnants. Il ne s'agit pas d'une leçon d'économie pour les Nuls, mais de montrer en évidence quelques pratiques peu avouables, et d'ailleurs peu avouées. Et tant pis pour ceux qui se laissent prendre les doigts dans le pot de confiture, ou dans le paquet d'actions achetées et revendues en quelques secondes, empochant ou perdant quelques millions de dollars ou d'euros. La Bourse n'est qu'un immense jeu de Monopoly.

 

Il faut toujours se méfier des pays qui croient nécessaire de mentionner démocratique (ou populaire) dans leur nom.


- Savoir dépenser pour économiser, ne pas hésiter à commencer par perdre pour gagner ensuite, de sages préceptes que trop de grands patrons négligent ou méprisent. Vous connaissez la différence entre un producteur de cinéma américain et un producteur de cinéma européen, surtout français ?
- Allez toujours, je sens que ça va être hilarant.
- Le producteur français se demande toujours combien va lui coûter un film, l'américain combien il peut lui rapporter. A méditer, mon vieux.

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne. Editions La Manufacture de Livres. Parution le 2 mars 2017. 256 pages. 16,90€.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 05:51

L'effet qui se coule ?

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine.

Nouvelle aventure pour l'ami Cicéron peu de temps après avoir retrouvé puis perdu son père. Et comme l'on dit quand quelqu'un décède, c'est la vie !

L'installation de caméras vidéos à la gare de Vitry perturbe sérieusement la vie du commissaire Saint Antoine, car les images qu'elles enregistrent lui posent un problème. Il demande l'aide de Cicéron, contre gratification puisée sur une caisse noire, naturellement, mais lorsque le détective qui rien d'autre en chantier entame son enquête, c'est trop tard. Le commissaire a obtenu une explication de la part de la SNCF, ou plutôt des informaticiens chargés du programme, et Cicéron se retrouve une fois de plus les poches vides. Et même qu'il a dû mettre la main à la poche pour surveiller une femme qui figurait sur les photos, quotidiennement, mais dont l'apparence changeait à chaque apparition.

Un problème administratif mais la vie continue, avec ses aléas. Les problèmes administratifs, Momo y est confronté lui aussi, car manchot depuis un attentat, il vend devant l'Interpascher ses Belvédères, un journal de réinsertion, mais la COTOREP, dans sa grande bonté a décidé que comme il n'avait plus qu'un bras, il ne pouvait pas vendre et récolter le pognon en même temps. Le voilà donc sur la touche.

Cicéron a hérité de son père un petit pavillon à Villejuif, et la clerc de notaire qui a réglé la succession lui demande de déjeuner avec elle. Cicéron aurait-il fait une touche ? Non, pas lui mais son commissaire qui se retrouve avec un noyé retrouvé dans la Seine, et dont il ne sait que faire. Mais j'anticipe.

Sandrine, la clerc très claire de notaire, n'a pas invité notre détective pour ses beaux yeux, mais parce qu'elle n'a plus de nouvelles de son mari, disparu depuis deux ou trois jours. Et cette défection conjugale l'alarme. D'autant que Gérard, son époux qui se nomme Manvussa, est un producteur de Téléréalités pour une chaîne câblée, et qu'il lui téléphone tous les jours, non pas pour s'enquérir de sa santé, mais afin de savoir s'il a du courrier. Or Laurence, la secrétaire de Gérard, n'a pas de signes de la part de son patron, et ça c'est inquiétant.

Cicéron accepte d'enquêter, et il emmène avec lui Momo pour prendre accessoirement l'atmosphère des Studios de Brétigny qui sont placés sur Arpajon, simple détail géographique, mais surtout pour rencontrer et interroger Laurence qui confirme l'absence de son patron. Une absence qui l'inquiète (je l'ai déjà dit ? Pas grave, car Laurence double ses phrases, alors ça balance) d'autant qu'il lui avait semblé que la dernière fois qu'elle a vu Gérard dans son bureau, celui-ci paraissait attendre un appel téléphonique ou un message important.

J'ai oublié de préciser qu'entre temps, durant le week-end, Cicéron a rendu visite à son ex-belle-mère, enfin pas vraiment belle-mère puisque son père ne s'était pas marié avec Jocelyne, et à son frère Jérôme, beaucoup plus jeune que lui, qui n'est pas utérin mais consanguin. Vous suivez ? De toute façon, ceci n'interfère pas dans l'enquête que Cicéron doit mener.

Donc, comme je l'ai écrit un peu vite tout a l'heure, enfin il n'y a pas si longtemps que cela, le commissaire Saint Antoine s'est retrouvé avec un noyé sur les bras. Eventuellement, et cela arrangerait Cicéron, si le noyé était Gérard, tout le monde serait content, les deux enquêtes seraient bouclées, et on pourrait passer à autre chose. Mais non, l'aspect physique ne correspond pas. C'est ce qui ressort d'une conversation entre Saint Antoine et Cicéron. Et Saint Antoine, pas bégueule, propose une transaction à Cicéron.

Il a appris que Gérard possédait des relations, notamment avec Le Mahousse, le patron de NRV14, La grande chaîne de télévision, lequel est en relations avec des ministres, et donc Saint Antoine accepte d'enquêter sur la disparition de Manvussa, tandis que Cicéron, officieusement et sans se mouiller, se penchera sur son noyé, en compagnie de Vanessa R'Messa, lieutenante de police, et accessoirement amante, pas religieuse, de Cicéron.

Et voilà Cicéron engagé dans une enquête où il fera de la figuration intelligente, tout comme Momo et René, lequel pris de boisson, comme cela lui arrive souvent, se retrouve en accident de travail à cause d'un accident de cave. La sienne, de cave, précisons-le, mais comme il n'est pas si cave que ça, il s'arrange pour être indemnisé.

 

 

Si les références à San Antonio sont nombreuses et justifiées, notamment lors de sa production dans les années 1950/1960, j'en ajouterai une autre qui peut-être semble moins évidente car cinématographique. Il y a du Charlot, du Charlie Chaplin, là-dedans. Les gags, l'humour, mais la tendresse également, un petit côté naïf et fleur bleu, imprègnent les aventures de Cicéron, avec un brin de désabusement envers la société.

Cicéron n'est pas avare de ses prestations auprès de la gente féminine, mais il pense également à sa famille. Enfin celle qu'il vient de retrouver, car quoique fauché la plupart du temps, il n'est ni pingre ni égoïste. Et avec ses deux compagnons il incarne un célèbre trio, plus respectueux de la loi, mais dont les démêlés sont assez vaudevillesques, les célèbres Pieds-Nickelés, un manchot remplaçant un borgne.

 

Quelques scènes amusantes mériteraient d'être adaptées en sketchs humoristiques telles la leçon de conduite par René dont le permis de conduire a rejoint les archives de la préfecture, ou l'obstination de Brigitte, la pharmacienne préférée de Cicéron, à lui faire ingurgiter des pullules destinées à pallier une éventuelle DSLA (déficience sexuelle liée à l'âge) alors qu'il lui prouve, ainsi qu'à Vanessa, combien son système érectile bénéficie d'une vigueur que personne ne peut remettre en cause. Heureusement pour lui et pour ses partenaires.

Voilà, je vous ai tout dit, ou presque. Et si vous trouvez que mon billet est quelque peu décousu, c'est la faute à Cicéron, ou plutôt à la lecture de ses aventures, des pérégrinations et des situations qui reviennent hanter mon esprit durant la narration et qui me fait parfois perdre le fil. Mais bon, le mieux est peut-être de vous plonger dans ce livre, et non pas dans la Seine.

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine. Les enquêtes de Cicéron N°6. Editions du Palémon. Parution le 23 février 2017. 266 pages. 10,00€.

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 05:28

Méfiez-vous : le ciel est généreux mais imprévisible !

Francis MIZIO  : Tout ce qui tombe du ciel.

Après La Santé par les plantes, édité par La loupiote puis réédité en Série Noire (la consécration !), après quelques nouvelles de fort bonne facture dont j'aurai sûrement l'occasion de vous en reparler, voici son dernier ouvrage en date : Tout ce qui tombe du ciel aux jeunes éditions Lignes Noires. J'écrivais ces lignes en l'an 2000, déjà ! Depuiq Francis Mizio c'est fait discret, mais ces ouvrages continuent à vivre, et c'est ce que l'on peut demander de mieux pour un auteur.

 

Le village de Château-Carrois est tout bonnement remarquable. C’est un écrin de verdure dans une terre de contrastes ”.

Les habitants pourraient y vivre heureux, comme dans toute monde rural qui se respecte, avec ses jalousies, son hobereau, ses petits commerces, son simplet, sa nymphomane, et j’en passe.

Seulement, Ladislas Krobka, cafetier de son état par la volonté de son cousin qui lui a légué l’établissement sous la condition expresse que Ladislas s’occupât de son animal favori, un poisson carnivore, un frico carmin à canines, lequel ne se nourrit que de gerboises, Ladislas donc s’était acheté une voiture toute neuve, une Bouzoo, dont il était fier à juste raison.

Etait, car ne voilà-t-il pas qu’une météorite, venue d’on ne sait d’où, du ciel probablement, s’est fichée dans la carrosserie, écrasant le véhicule et causant des dommages irréparables. Cette pierre va semer la discorde dans cette petite communauté.

Chacun espère en tirer profit, mais Ladislas se doit de la conserver précieusement car n’est-elle point la preuve tangible, matérielle, des dégâts occasionnés sur sa Bouzoo, alors que l’assurance rechigne (comme toujours) à lui verser des dommages et intérêts.

 

Tout ce qui tombe du ciel est un roman difficile à classer dans un genre défini. Pas vraiment noir ou policier, surtout humoristique, ce livre renoue avec le genre populaire dans le bon sens du terme, qui accroche le lecteur dès la première page et le conduit par les yeux jusqu’à l’épilogue.

Francis Mizio possède un style à nul autre pareil, et c’est un vrai bonheur burlesque, cocasse, où le sérieux, la gravité, le disputent au désopilant, à l’ironie, à la verve malicieuse, voire au sarcasme.

Un ouvrage qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale grâce à ses vertus bénéfiques sur l’apaisement de l’esprit après une dure journée de labeur. C'est aussi ce que j'écrivais en l'an 2000, je ne change rien, et faut croire que cette petite phrase a conquis de nombreux chroniqueurs car je la retrouve souvent au détour d'articles toujours élogieux.

Première parution : Editions Lignes Noires. Parution 14 mars 2000.

Première parution : Editions Lignes Noires. Parution 14 mars 2000.

Francis MIZIO : Tout ce qui tombe du ciel. Collection Hélios Noir. Editions Actu SF. Parution 9 février 2017. 392 pages. 9,00€.

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 06:00

Le roman policier, ou roman criminel, était à peine né que déjà il était pastiché et parodié.

Paul FEVAL : La fabrique de crimes.

S’il faut en croire l’auteur dans sa préface, chaque chapitre de ce court roman contiendra soixante-treize assassinats ! Evidemment, ceci n’est qu’une accroche propre à méduser, surprendre et estomaquer le futur lecteur. Car il ne faut pas oublier que les romans en ce XIXème siècle paraissaient en priorité en feuilletons, et Paul Féval savait que pour appâter le lecteur, le début se doit d’être assez mystérieux et surprenant. Aussi, l’écriture de la préface n’est pas confiée à un spécialiste, un confrère ou un critique littéraire, mais il se charge lui-même de la rédiger, annonçant la couleur :

Nous aurions pu, imitant de très loin l’immortel père de Don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.

C’est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette œuvre extraordinaire, qu’on n’ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.

 

Nous savons tous que les records sont faits pour être battus, et le bon Paul Féval s’il vivait aujourd’hui verrait ses cheveux se dresser sur sa tête s’il lisait certaines productions. Pourtant, toujours dans sa préface, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d’enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les attentats à la pudeur, ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mais dans cette œuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot Contre nature, après laquelle, rien n’étant plus possible, pas même la Putréfaction avancée, il faudra, Tirer l’échelle !

 

Mais avant d’aller plus loin dans cette mini étude, je vous propose de découvrir l’intrigue dans ces grandes lignes.

Dans la rue de Sévigné, trois hommes guettent dans la nuit la bâtisse qui leur fait face. Ce sont les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée. Ils ont pour crie de ralliement Messa, Sali, Lina, et pour mission de tuer les clients du docteur Fandango. L’un d’eux tient sous le bras un cercueil d’enfant. Un guetteur surveille les alentours, placé sur la Maison du Repris de Justice. Ils ont pour ennemis Castor, Pollux et Mustapha. Ce dernier met le feu à une voiture qui sert à transporter les vidanges des fosses dites d’aisance et derrière laquelle sont cachés les trois malandrins. Sous l’effet de la déflagration, les trois hommes sont propulsés dans les airs, mais le nombre des victimes de l’explosion se monte à soixante-treize. Le docteur Fandango s’est donné pour but de venger la mort d’une aristocrate infidèle, homicidée par son mari le comte de Rudelane-Carthagène. Les épisodes se suivent dans un rythme infernal, tous plus farfelus, baroques, insolites et épiques les uns que les autres. Tout autant dans la forme que dans le fond, dans l’ambiance, le décor, les faits et gestes des divers protagonistes.

Ce malfaiteur imita le cri de la pieuvre femelle, appelant ses petits dans les profondeurs de l’Océan. Avouez que ceci nous change agréablement de l’ululement de la chouette ou du hurlement du loup, habituellement utilisés par les guetteurs et par trop communs. Et puis dans les rues nocturnes parisiennes, au moins cela se confond avec les bruits divers qui peuvent se produire selon les circonstances.

Paul Féval ironise sur les feuilletonistes qui produisent à la chaîne, lui-même en tête. Derrière eux venait le nouveau mari de la jeune Grecque Olinda. Nous ne sommes pas parfaitement sûrs du nom que nous lui avons donné, ce doit être Faustin de Boistord ou quelque chose d’analogue. Il est vrai que parfois les auteurs se mélangeaient les crayons dans l’attribution des patronymes de leurs personnages, rectifiant après coup sous les injonctions des lecteurs fidèles, intransigeants et attentifs.

Le sensationnel est décrit comme s’il s’agissait de scènes ordinaires, mais qui relèvent du Grand Guignol : Bien entendu, les malheureuses ouvrières, composant l’atelier des Piqueuses de bottines réunies, avaient été foulées aux pieds et écrasées dès le premier moment ; elles étaient maintenant enfouies sous les cadavres à une très grande profondeur, car le résidu de la bataille s’élevait jusqu’au plafond et les nouveaux venus, pour s’entr’égorger, étaient obligés de se tenir à plat ventre… Le sang suintait comme la cuvée dans le pressoir.

Tout cela est décrit avec un humour féroce, débridé et en lisant ce livre, le lecteur ne pourra s’empêcher de penser aux facétieux Pierre Dac et Francis Blanche dans leur saga consacrée à Furax ou à Cami pour les aventures de Loufock-Holmès, ainsi qu’à Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la différence près que Paul Féval fut un précurseur, et ces auteurs se sont peut-être inspirés, ou influencés, par cette Fabrique de crimes. Nous sommes bien loin de l’esprit du Bossu et autres œuvres genre Les Mystères de Londres, Alizia Pauli, Châteaupauvre, ou encore Les Habits Noirs, Les Couteaux d’or ou La Vampire. Quoi que…

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Editions SKA. version numérique. 3,99€.

Editions SKA. version numérique. 3,99€.

Paul FEVAL : La fabrique de crimes. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 2 février 2017. 160 pages. 10,50€.

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 06:55

Allez hop, tout le monde à la campagne !

Frédéric REVEREND : La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud.

C'est ce que pourraient chanter les nombreux voyageurs qui s'entassent dans les wagons en cette année 1906.

Parmi ces migrants d'un jour, le jeune Gilbert Petit-Rivaud qui a abandonné son emploi d'archiviste pour devenir peintre. Et il n'a en tête qu'une idée, rencontrer Claude Monet à Giverny. Pour passer le temps agréablement il croque ses voisins de compartiment sur un carnet à dessin.

Le train stoppe à toutes les gares et l'annonce de celle d'Andrésy une femme habillée de mauve s'écrit Raoul et s'évanouit. Enfin l'équipée se termine et nombreux ceux qui descendent à Giverny désirant rencontrer le Maître, mais celui-ci ne reçoit pas. Il est à sa peinture.

Alors que Gilbert se promène dans le village, il est abordé par un individu, qui se nomme Chasseauboeuf, qui semble fort bien le connaître alors que c'est la première fois que Gilbert le voit. Un farfelu sans aucun doute, mais au moins il a des mots qui ne peuvent qu'entretenir l'égo de notre jeune ami puisqu'il affirme qu'il a du talent.

Pour être artiste, Gilbert n'en est pas moins prévoyant et il a retenu une chambre chez les dames Suzé, la mère et la fille, veuves toutes deux et fort aimables. Le lieu charmant, où il pourra travailler en toute quiétude s'appelle le Trou Normand. De sa plus belle plume, il calligraphie à merveille, il écrit un mot au Maître, lui demandant de bien vouloir avoir l'amabilité de le recevoir, et il joint à sa missive quelques-uns de ses dessins, quémandant son avis.

Gilbert, en attendant de rencontrer Claude Monet, fait la connaissance de ses voisins, de peintres qui gîtent chez madame Baudy qui tient un café-restaurant fort fréquenté, de Trapp l'archéologue suisse qui prétend que l'origine du monde se trouve à La Roche-Guyon et le sauve d'une situation périlleuse, de Krlkw l'ingénieur qui s'efforce de faire fonctionner avec l'aide de quelques étudiants une draisienne à vapeur, les demoiselles Soulages surnommées Maman Biche et Maman Crème par Muk leur jeune protégé qui voue une véritable passion pour la fée verte, l'absinthe, ou encore Butler, le gendre de Monet. Mais le parfum de la dame en mauve le poursuit, puisque Lady Blossom, tel est son nom, l'invite chez elle afin qu'il fixe son portrait sur une toile, même plus que son portrait puisqu'elle se présente nue sur un divan.

Mais un incident va accaparer son attention. Un cadavre sans tête au milieu des nymphéas dans un ru pourrait être l'objet d'une peinture impressionniste, mais il s'agit d'une macabre découverte qui va mettre en émoi la paroisse dirigée par l'énergique abbé Toussaint. Un commissaire de police s'empare de l'enquête, en compagnie d'un docteur venu effectuer les premières constatations, et Gilbert Petit-Rivaud qui attend toujours une réponse de Monet, va se mêler de la partie.

Et comme on lui a offert obligeamment un vélo, il se met à parcourir la région, jusqu'à Montfermeil et même un peu plus loin, relevant sur son chemin des pièces de vêtement jetées comme un Petit Poucet aurait pu le faire pour marquer son chemin. Il va même se trouver au milieu de clones de Napoléon, s'encanailler légèrement au Chabanais (maison de plaisirs parisienne fort en vogue à l'époque et fréquentée par de nombreuses personnalités, mais fermée en 1946, ce qui fait que je ne l'ai jamais connue).

 

En lisant ce roman, je n'ai pu m'empêcher de penser que Frédéric Révérend possédait une filiation spirituelle avec P.G. Wodehouse et Jacques Tati. Tout en gardant sa propre personnalité, facétieuse, farfelue et pourtant rigoureuse.

S'il évoque des artistes ayant réellement existé, ce sont les héros de fiction dont il se nourrit. Par petites touches comme lorsque Gilbert avait attendu la seconde séance avec pour seul viatique le parfum de la dame en mauve, une certaine dame Raquin, ou alors de façon prégnante, comme Raoul Andrésy alias Arsène Lupin, ou les descendants des Thénardier. Mais il serait désobligeant d'oublier les personnages politiques de l'époque, dont un espèce de tigre avec des grosses moustaches retombantes.

On suit avec Gilbert Petit-Rivaud dans ses déambulations dans la commune de Giverny et ses environs, puis dans ses promenades à vélocipède jusqu'à Paris avec un regard amusé. Car il se démène ce peintre qui veut absolument rencontrer Monet, et il engrange de nombreuses esquisses. Il pratique le style Impressionniste mais pour autant ne se laisse pas impressionner, et de ce roman on garde forcément une bonne impression.

Frédéric REVEREND : La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud. Editions Lajouanie. Parution le 7 octobre 2016. 240 pages. 18,00€.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 13:58

Il ne s'agit pas du regard du patron !

Hugo BUAN : L’œil du singe.

Célèbre paléoanthropologue ayant découvert l’Homo Octavius, un de nos ancêtres néanderthaliens, Maximilien Lachamp en effectuant une randonnée solitaire à vélo en forêt de Rennes est tombé sur un os. Un caillou en réalité mais le résultat est le même.

Il se réveille trois jours plus tard dans une clinique rennaise, atteint d’une amnésie passagère. Certains mots le font frémir mais il n’arrive pas à comprendre pourquoi. Peu à peu la mémoire lui revient et il aurait bien aimé ne pas se souvenir ce qui lui était parvenu. D’autant qu’il n’apprécie guère le petit jeu de questions auquel se livre son neurologue. Il décide de raconter au commissaire Workan l’histoire invraisemblable qui lui est survenue.

Pourquoi Workan et pas un autre ? Tout simplement parce que l’un de ses amis, surnommé la Gélule, pharmacien de son état, joue dans la même équipe de rugby que le commissaire. Ce qu’il pense être une référence, mais il ne connaît pas le bonhomme. Il narre donc cette invraisemblable histoire à son interlocuteur. Alors qu’il pédalait sur son VTT afin de se ressourcer et évacuer les miasmes de ses recherches au CNRS, il a été abordé par deux hommes cagoulés qui l’ont obligé à creuser une tombe et enfouir un cadavre. Sur le chemin du retour, perdu dans ses pensées et traumatisé par cette rencontre, il butte et se retrouve à terre dans le coma. Sa femme inquiète de ne pas le revoir a fait appel à la gendarmerie et depuis il se demande s’il a rêvé, cauchemardé plutôt, ou non. Sur place, il est invité à pratiquer l’opération inverse, mais au fond du trou, rien. Le néant.

Seulement son histoire ne s’arrête pas là. La mésaventure se reproduit une seconde fois et là sous les yeux médusés du commissaire, et des siens évidemment, un emballage plastique git au fond du trou enrobant un cadavre. Mais pas n’importe quel cadavre, celui d’un cochon coupé par moitié.

Une autre affaire enquiquine l’existence de Workan et de ses subordonnés : le capitaine Lerouyer, les agents Roberto, Cindy Vitarelli et Leila Mahir. Et ce n’est pas parce qu’il couche parfois avec Leila qu’il oublie ses prérogatives de supérieur hiérarchique.

En cette fin de mois de juin, alors que la température est caniculaire, est-il normal de retrouver dans un placard frigorifique de la morgue un cadavre non recensé ? Et l’on ne peut même pas dire que ce cadavre dénudé est à poil puisqu’il a été entièrement rasé. Et comme il a été congelé, il est difficile d’appréhender avec exactitude sa date de décès. Seule la cause de la mort est déterminée. L’homme a été assassiné à l’aide d’un os de mammouth porté avec violence sur son crâne. Précision, il s’agissait d’un os prélevé sur un jeune mammouth, sinon, la tête aurait été entièrement pulvérisée.

 

Le commissaire Workan est quelqu’un d’acrimonieux, vindicatif, agressif, soupe-au-lait, et tout autre qualificatif que vous pouvez choisir dans la liste ci-jointe : acerbe, hargneux, rogue, belliqueux, atrabilaire et j’en oublie sûrement.

Il se conduit de façon désagréable tout autant envers ses supérieurs et la juge d’instruction, qu’avec ses subordonnés (sauf en de rares occasions dans lesquelles l’appel de la chair lui fait perdre ses défenses naturelles) et les témoins et supposés suspects.

Parfois il use même de la force physique pour appuyer ses propos et ses ressentiments. Son caractère est comme ça et de toute façon, ayant un lien profond avec le général de Gaulle, il se sent à l’abri de toutes représailles provenant des instances hiérarchiques. D’où lui vient ce caractère de cochon, le lecteur l’apprend dans cet épisode qui, tout comme le commissaire, est légèrement déjanté. Normal, qui se ressemble s’assemble, c’est bien connu.

Hugo Buan nous narre ce quatrième épisode des aventures, des enquêtes de Workan, avec verve, humour, nous dévoilant un peu plus les différentes facettes psychiques de son héros et son passé. Il nous emmène aussi dans l’univers feutré mais pas toujours aimable des scientifiques, univers qui ressemble à la guerre des anciens et des modernes sur fond de jalousie.

Un roman à conseiller lors de déprime passagère, ou simplement pour passer un bon moment de lecture.

Tuer ! Toujours tuer ! Ça lasse à la fin…

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Janvier 2011.

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Janvier 2011.

Hugo BUAN : L’œil du singe. Collection une enquête du commissaire Workan. N°4. Editions du Palémon. Parution 6 novembre 2015. 336 pages. 9,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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