Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 08:02

Les particules pour les nobles, c’est comme la barbe pour l’Oncle Paul. Cela ne sert à rien, mais ça fait plus distingué !

Samuel SUTRA : Les Particules et les menteurs.

L’art et la manière, tout se résume en cette expression qui offre un champ de possibilités infinies à Aimé Duçon, plus connu sous le surnom de Tonton.

L’art est représenté par un tableau de Ruffy, peintre hongrois exilé en France au début des années trente, contemporain de Buffet et autres peinturlureurs colorés au talent intimiste, voire anecdotique. Pour Bruno, l’un des comparses de Tonton, c’est du n’importe quoi, mais comme chacun sait, les égouts et les odeurs, ça ne se discute pas. Et la valeur financière d’un tableau ne se juge pas à ce qu’il représente ni à au talent de son auteur.

Ce tableau est convoité par un richissime collectionneur et cela suffit. Or il existe deux exemplaires de cette œuvre, fait rarissime, et le premier n’étant pas le bon d’après Chicaude, l’homme qui désire ardemment s’approprier la toile, le second qui pourrait n’être qu’une copie du premier, ou inversement, se trouve accroché chez une famille nobiliaire de Touraine. J’ai omis de vous préciser que cette huile est connue sous le titre de La Dame aux Godasses. Tout un programme.

 

La manière, c’est Tonton qui l’a cogitée, mais pour cela il a besoin de Gérard, un ineffable obtus du bulbe, et d’une de ses vieilles amies qu’il n’a pas vue depuis des lustres. C’est ainsi qu’il se rend en compagnie de Gérard, qui n’y comprend rien mais on ne lui demande pas d’interpréter les résultats des cogitations des petites cellules grises qui travaillent à plein régime dans le cerveau de Tonton, chez la Baronne Donatienne de Gayrlasse, qui possède une immense demeure en plein Paris.

Qui possédait, car cette dernière descendante d’une longue litanie de nobles remontant en des temps fort reculés où l’on se battait encore à main nue et à pied, le cheval n’ayant pas encore été inventé, car cette gente dame a été obligée de vendre sa résidence à un émir. L’entretien coûte cher et elle n’a plus que la jouissance de chambres de bonne, ce qui lui suffit largement pour vivoter et se payer le vin blanc sec qu’elle déguste dans des bols et le tabac pour ses cigarettes qu’elle se roule sur la cuisse.

Et Tonton pensait naïvement que cette Donatienne allait pouvoir transformer Gérard en prince charmant et lui inculquer les bonnes manières. C’en est trop pour Gérard qui est nature comme l’on dit des niais indécrottables. Les séances de rattrapage ne sont même pas envisageables. Toutefois une autre solution se profile aux yeux ébaubis de Donatienne et de Tonton. En effet l’indécrottable Gérard, s’il ne peut acquérir les bonnes manières, est le sosie parfait du Vicomte George De La Taille.

George doit convoler prochainement avec Benoite, fille du vicomte de Rompay-Layran et une répétition du mariage va avoir lieu au Château Froy de Crin, à Echauday, Touraine, précisément là où trône le fameux tableau qui sous ses airs de barbouillage vaut une fortune. Mariage contre nature, pourtant les deux fiancés proviennent de familles de haute lignée, mais George possède des attirances sexuelles qui théoriquement ne permettent pas à ses partenaires de procréer un jour.

 

Je clos ici mon petit résumé qui n’est qu’une entame dans les moult tribulations qui ponctueront le parcours aventureux de Tonton, Gérard et leurs acolytes, Pierre, Bruno et Mamour qui, même s’il est aveugle, est le plus clairvoyant de tous.

Une cascade de péripéties en tous genres attendent le lecteur qui halète de plaisir comme un chien devant le nonos qui lui est promis et qui sait qu’il pourra le déguster avec un contentement non dissimulé lorsque son maître aura fini de jouer avec ses nerfs. Pas de temps morts dans cette histoire un peu farfelue, loufoque, baroque, et quelques rebondissements s’interposent en montagnes russes jusqu’à l’épilogue surprenant mais fort bien venu.

Un ouvrage qui engendre la bonne humeur et devrait être remboursé par la sécurité sociale en lieu et place des anxiolytiques, antidépresseurs et autres panacées supposées remettre le cerveau en place mais qui provoquent parfois des dommages stomacaux. Ce n’est pas la première fois que j’émets cette réflexion, mais elle est toujours d’actualité !

 

Samuel SUTRA : Les Particules et les menteurs. Tonton, l’art et la manière 2. Editions Flamant Noir. Parution 15 août 2017. 200 pages. 15,00€.

Première édition Editions Terriciaë. Parution juin 2012. 152 pages.

Repost 0
15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 08:02

Non, non, rien n’a changé
Tout, tout a continué…

JEAN-CHARLES : La foire aux cancres.

Dans son préambule, Jean-Charles écrit, attention accrochez-vous aux branches car ceci est tellement d’actualité qu’on oublie que l’ouvrage a paru en 1962 :

Si les lycées avaient des clochers, ils sonneraient sans cesse le tocsin. L’enseignement secondaire français traverse en effet une crise grave qui s’explique par plusieurs raisons.Nous sommes obligés de refuser des élèves, disent les proviseurs.

Les classes sont surchargées, se plaignent les professeurs.

On ne s’occupe que des élèves les plus doués, protestent les parents.

Cela commence bien, vous ne trouvez pas ? Et les cancres là-dedans ? Ils sont furieux. Et pourquoi sont-ils furieux ?

Moins, comme l’imaginent les parents, parce que l’on ne s’occupe pas d’eux que parce qu’ils se rendent compte de l’ineptie des programmes scolaires.

Naturellement la solution est toute trouvée : modifier les programmes scolaires. Plus facile à dire qu’à faire, vous en conviendrez, à moins de laisser ce soin à des technocrates qui n’y connaissent rien mais se font fort de trouver des réponses à ces questions angoissantes.

Le Ministre de l’éducation nationale a annoncé, lors de la dernière rentrée, la création d’une commission chargée de supprimer, dans les programmes scolaires, tout ce qui n’était pas essentiel… Sur quoi, on apprit, qu’en plus du reste, les élèves allaient avoir droit à des cours d’éducation civique.

Il a dû frapper fort sur son clavier de sa machine à écrire, Jean-Charles, en rédigeant cette critique qui ne manque pas de bons sens.

 

A l’école, les cancres rivalisent d’âneries, ceci est un fait avéré. Mais ils ont de qui tenir, car nos romanciers, et non des moindres ne furent pas en reste. L’on connait les célèbres bourdes littéraires de Ponson du Terrail, mais bien moins celles de Balzac :

Un commissaire de police répond silencieusement : Elle n’est point folle.

Ou encore de Prosper Mérimée :

Enfin, mettant la main sur ses yeux comme les oiseaux qui se rassurent…

Les traducteurs n’échappent pas non plus aux erreurs. Florian, dans sa traduction de Don Quichotte affirme :

Ces belles qui, toujours sages, couraient les champs sur leurs palefrois et mourraient à quatre-vingts ans tout aussi vierges que leurs mères…

 

Il ne faut pas croire que ce livre n’est qu’une recension de bons mots, d’à-peu-près, de réponses désopilantes, de perles d’incultures qui auraient fait les délices de Ray Ventura et ses Collégiens qui ont chanté Le Lycée Papillon, une chanson de Georgius, mais il s’agit bien d’un véritable réquisitoire sous forme de diatribe, pour la défense de l’enseignement et des enseignants.

 

Ainsi peut-on lire, page 81 de la présente édition :

Je ne vais pas cependant jusqu’à prétendre qu’il faut remplacer les professeurs par des machines. … Nous savons que rien ne remplace un excellent professeur. Malheureusement il y a de moins en moins d’excellents professeurs. Pourquoi ? Je l’ai déjà dit : parce qu’ils ne sont pas assez payés. Un homme est un homme, disait ma grand-mère. Que l’on essaie donc de rétribuer les médecins de campagne au même tarif que les instituteurs et de payer les cardiologues et autres spécialistes comme les professeurs de faculté, on verra alors si le niveau de la médecine française ne diminue pas.

 

Ceci mérite réflexion, n’est-ce pas ? Mais il semble que le niveau intellectuel des hommes, et femmes, politiques a baissé plus vite et plus profondément que celui des étudiants et du commun des mortels. Et de nos jours, tous les ans on nous informe que des changements vont intervenir à chaque rentrée, que de nouveaux programmes vont être appliqués, avant d’être expérimentés, et qu’il y aura de plus en plus de bacheliers, la France en a besoin.

Comme l’écrit Jean Failler dans Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu :

Les examinateurs ne paraissent plus aussi exigeants qu'autrefois, quand ils éliminaient impitoyablement nos grands-parents pour cinq fautes dans une dictée de certificat d'études. Si vous voyiez les rapports que rédigent certains de ces bacheliers ces dernières couvées !

 

Alors que bon nombre d’animateurs télé ou radio, de comédiens, de romanciers, de chefs d’entreprises, voire d’hommes politiques se vantent, s’enorgueillissent d’avoir été des cancres à l’école, il est désolant de constater que des BAC +3, 4, 5, frappent, sans succès, à la porte de madame Paule Emploi.

Il serait bon que cet ouvrage, dont la dernière édition remonte à 1999, soit réédité, et fourni à nos braves députés et ministres, afin de leur donner un sujet de réflexion, ce qui les occuperait au lieu de pondre des lois qui n’ont aucun sens, et répondre n’importe quoi lors des interviews. N’est-ce pas monsieur Emmanuel Macron, qui déclarait le 26 mars dernier :

Ce qu'il se passe en Guyane depuis plusieurs jours est grave. C'est grave en raison des débordements. Mon premier mot est celui d'un appel au calme parce que, je crois que bloquer les pistes d'aéroport, bloquer les décollages, parfois même bloquer le fonctionnement de l'île ne peut être une réponse apportée à la situation.

JEAN-CHARLES : La foire aux cancres. Editions Calmann-Lévy. Parution 1962. 220 pages.

Repost 0
14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 09:52

Pour lutter contre la morosité automnale, prenez une véritable panacée naturelle, pas un placebo pharmaceutique qui risque de vous démolir

les neurones !

Samuel SUTRA : Le pire du Milieu.

Si toi tu te coupes avec une enveloppe, lui peut s’égorger avec le timbre. Lui, c’est Bruno, dit le Zébré, un vieux copain de cellule de Tonton. Son surnom, il le doit à toutes les années passées en tôle, à regarder le soleil à travers les barreaux. Tonton, c’est un vieux de la vieille, un truand patenté, dont le réseau sanguin transporte l’atavisme familial. Digne fils de ses parents, Aimé Duçon alias Tonton, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis et à organiser des affaires tordues susceptibles de gonfler son portefeuille. Et c’est grâce justement au Zébré qu’il sent l’odeur de l’argent flotter sous son nez.

Donc, comme je l’ai dit, Le Zébré, fidèle hôte des prisons, peut-être parce qu’il apprécie la nourriture abondante et raffinée qui y est servie et assuré d’avoir un toit sur la tête lors des intempéries, Le Zébré a fait la connaissance du Belge qui lui a narré comment il a réussi à glaner quelques millions d’euros, cachés précautionneusement chez lui. Tonton, sachant que son ami, à peine sorti de geôle a trouvé le moyen d’y retourner, décide de s’accaparer de cette petite fortune qui lui tend les bras.

Il convoque l’arrière-ban de ses fidèles, Gérard, Pierre son neveu pas très futé de l’avis de tous, et Mamour, un non-voyant qui traîne à ses basques un chien appelé Kiki. Pour leur expliquer ce qu’il envisage, Tonton est obligé de prendre des détours lexicaux mais il parvient quand même à leur inculquer les prémices de son idée. Tandis que ses comparses doivent se conformer à ses instructions précises, plus ou moins bien, il faut l’avouer, Tonton requiert les services d’un vieil ami, Le docteur Moreau-Défunt. Déguisé en Jules César, accompagné de ses fidèles Centurions Gérard and Co, Tonton est accepté dans la clinique Le Vilipende du psychiatre Branlant-Dudaume. Le pourquoi du comment me demanderez-vous à juste raison ? Tout simplement parce que le Belge, de son vrai nom Emile Von Stroumpf, serait interné dans l’établissement suite à une altercation avec un codétenu, lequel n’est autre que Le Zébré qui lui serait passé de vie à trépas.

Tout est soigneusement pensé, Tonton a fignolé son plan en gérant les moindres détails. D’ailleurs il précise : « Bon, les enfants, on synchronise nos montres, qu’on soit sûr d’être tous le même jour ».

De nombreux gags, je voulais dire de nombreux incidents, vont émailler les pérégrinations de nos lascars, avec quelques cadavres déposés ici et là comme les cailloux du Petit Poucet. Et un épilogue fin ouverte qui nous laisse présager que nos Branquignols vont revenir dans de nouvelles aventures.

 

Ce roman, sous-titré Tonton et ses chinoiseries, possède un humour dans la narration, dans la description des situations, dans les dialogues, qui pourrait rapprocher de San Antonio, première période, de Charles Exbrayat, mais surtout de Viard & Zacharias comme dans leur roman La bande à Bonape. Un humour qui sera peut-être dédaigné par les réfractaires à la lecture de ce genre de production, préférant les romans noirs, durs, violents et âpres. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent, mais à chacun son choix que je ne peux que respecter.

Avoir l’air con, c’est à la portée du premier intello venu. Avoir l’air fou n’est pas forcément à la portée d’un sain d’esprit.

Samuel SUTRA : Le pire du Milieu. Tonton et ses chinoiseries 1. Editions Flamant Noir. Parution 12 juillet 2017. 240 pages. 15,00€.

Première édition Editions Terraciea. Parution 2011.

Repost 0
29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 08:08

Que je l’aimeuuuu, que je l’aimeeeem !

Henri GIRARD : Sous l’aile du concombre.

Quadragénaire célibataire, Hubert Corday, qui n’a aucune parenté avec Charlotte jusqu’à preuve du contraire, n’a pas pour habitude de prononcer cette phrase à tout venant ni même aux autres.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de relations, dans son travail il n’en manque pas, mais ce ne sont que des épisodes charnels, genre Je t’aime moi non plus, bonjour madame, au revoir madame et on passe à autre chose. C’est ce que l’on appelle un en-cas !

Donc Hubert, qui est le dernier de Corday, travaille dans, attention accrochez-vous, l’impalpable complexité protéiforme des ressources humaines. Concrètement il intervient en entreprise ou organise des cours, je résume, pour apprendre aux responsables comment gérer ceux qui sont sous leur coupe, annihiler leurs aspirations, les motiver, leur faire comprendre qu’ils ne sont que des pions. Je passe. Mais cela démontre qu’il a du bagout et qu’il sait parler à ses interlocuteurs. Et que souvent, dans ces réunions, il trouve chaussure à son pied, pour une nuit.

Pourtant, depuis quelques semaines il fréquente assidûment Milady, une jeune femme qu’il a rencontrée lors d’une exposition de peintures abstraites, étant en phase sur la prestation de l’artiste, puis prenant un pot ensembles afin de parfaire leur connaissance et échangeant leurs points de vue. De fil en aiguille, ils se sont revus, ce qui est un peu un exploit de la part d’Hubert qui préfère en général butiner.

Mais il rend visite également la famille, à sa sœur Clotilde, mariée, cinq enfants, dont Marine, l’aînée, est quelque peu déboussolée par son manque d’engouement à perpétrer la descendance des Corday. D’abord il n’aime pas qu’on l’appelle Tonton, ça l’horripile, et puis de quoi elle se mêle, même si lui-même ne se prive pas de lui poser des questions sur son ego.

Il va voir également ses parents, qui vivent depuis vingt-cinq ans séparés, habitant deux maisons qui se font face. La mère dans la demeure familiale, du temps d’avant, et son père dans celle héritée de son père, du Papou d’Hubert.

Et le Papou d’Hubert, ce fut quelqu’un dont le quadragénaire se souvient avec une forme de nostalgie liée à une enfance au cours de laquelle le vieil homme lui a beaucoup appris. L’Internationale par exemple.

 

Chaque lecteur pourra s’identifier plus ou moins au héros narrateur de cette histoire, soit dans ses rapports familiaux, dans ses conflits, sa gestion sentimentale, ou tout simplement dans son environnement professionnel, tout un chacun ayant eu un jour ou l’autre des réunions d’information, des séminaires, des remises à niveau.

De nombreux retours en arrière émaillent ce roman plaisant, parfois humoristique, souvent nostalgique, voyageant allègrement dans sa région natale, le terroir bas-normand, à Paris, puis en Floride, histoire de se dépayser et de se voir confirmer que le verbe Aimer existe, et qu’il est bon parfois de l’employer.

Des scènes amusantes côtoient les épisodes mélancoliques, la tendresse étant toujours au rendez-vous, le tout dilué dans une bolée de cidre et quelques coups de canon, du rouge de préférence, pour bien montrer l’appartenance politique de certains protagonistes.

Un roman qui engendre la bonne humeur, mais qui également fait réfléchir car tout un chacun se reconnaîtra dans certaines scènes, et si ce n’est toi c’est donc ton frère, qui ne tombent jamais dans le grotesque mais engendrent des réflexions auxquelles il est bon de réfléchir, afin de ne pas s’engluer dans un mode de vie en marge. Sans oublier une grosse dose de tendresse bourrue qui s’impose dans la pudeur des sentiments.

Et Henri Girard, via ses protagonistes, n’hésite pas à souligner combien il est important de s’aimer, pas uniquement avec le cœur et la tête, mais également physiquement, à tout âge, les relations sexuelles n’ayant pas de date de péremption, même si certains, jeunes et moins jeunes, pensent qu’arrivés à un certain âge, voire un âge certain, les galipettes ne devraient plus être autorisées.

Au fait, me direz-vous fort à propos, que vient faire ce Concombre du titre. Disons qu’il s’agit d’un des protagonistes du roman, qui est ainsi surnommé, et qui sous des dehors débonnaires de bon gros vivant, se montre malin en diable.

 

Et si vous désirez en savoir un peu plus sur l’auteur, qui n’hésite pas à se mettre en scène, partiellement, dans ce roman, cliquez sur le lien suivant :

 

Henri GIRARD : Sous l’aile du concombre. Editions Atelier Mosesu. Parution le 6 juillet 2017. 200 pages. 13,00€.

Repost 0
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 10:18

Réglez vos montres !

David MORALES SERRANO : 18h37.

Alors que dans quelques semaines, Edgar Fillot, directeur du 36 Quai des Orfèvres, va prendre une retraite amplement méritée après trente cinq ans de bons et loyaux service, Edgar Fillot reçoit au courrier une lettre qui le ramène justement à ses débuts, alors qu’il n’était que simple policier en uniforme.

Depuis il a grimpé les échelons, mais il n’a pas oublié cette affaire qui s’est déroulée dans un wagon du métropolitain, le 16 mais 1937 à 18h37.

Une femme était entrée dans une voiture de première classe, à la station Porte des Charmilles, et à la station suivante, elle avait été retrouvée morte, un couteau dans la gorge. Au départ comme à l’arrivée, elle était seule dans cette voiture placée au milieu de la rame.

L’enquête diligentée n’avait pas abouti et voilà que trente cinq ans après, un inconnu qui signe X pour anonyme, se réveille et écrit au futur directeur retraité. Il narre comment il a connu Dolores Rinconada, comment il en était tombé amoureux, puis pourquoi il a été amené à lui ouvrir les portes du Paradis en la trucidant.

Edgar Fillot montre la missive à son assistant et secrétaire, Harald Dumarais, un jeune homme à l’avenir prometteur, et ils discutent tous deux de cette affaire dont l’enquête avait débouché sur une impasse. Mais en cette fin d’année 1971, le délai de prescription est dépassé, et il n’est pas envisageable de rouvrir le dossier.

Pour autant Edgar Fillot aimerait connaître le fin mot de cette histoire et connaître l’identité de son correspondant dont la lettre recèle quelques indices.

Tout au plus sait-il qu’il s’est installé dans le sud pyrénéen, et qu’il s’est établi comme médecin. Il demande à Harald Dumarais de bien vouloir rechercher dans les archives de l’Ecole de Médecine le nom de cet étudiant qui aurait pu effectuer des études dans les années 1935.

Les recherches demandent du temps, mais grâce à la bonne volonté d’un vieil archiviste en retraite qui passe son temps dans les sous-sols à garder les précieuses boîtes, et surtout grâce à la gentillesse et l’affabilité de la demoiselle de l’accueil, bientôt des traces du passage de monsieur X sont relevées.

Bonne pioche pour Harald Dumarais qui par la même occasion, ce qui ne veut pas dire que la demoiselle en question en est une, d’occasion, ressent un tendre sentiment bientôt partagé par cette sympathique hôtesse qui se prénomme Jeanne mais préfère qu’on lui dise Jane.

 

Une enquête qui s’étale durant plusieurs mois, car Edgar Fillot, retraité et ayant déménagé avec sa femme dans les Landes, ne peut consacrer tout son temps maintenant libre à cette occupation hors la loi.

Tiré d’un fait-divers ayant réellement existé et dont Pierre Siniac s’était également inspiré pour écrire son roman Le crime du dernier métro, ce roman se lit comme une histoire véridique, avec une histoire d’amour, tout en offrant quelques belles pages, dont un chapitre, écrit par Harald, gentiment sensuel, le tout enrobé d’un humour subtil.

Un vrai sens du mystère, de la profondeur et de l’émotion, tel est l’avis d’Amélie Nothomb, avis que je partage volontiers, pour une fois étant en accord avec le bandeau, ce qui ne m’arrive guère souvent, jugeant ce procédé racoleur. Je lui tire mon chapeau.

Un roman tout en pudeur, émaillé de digressions savoureuses, tout autant de la part du narrateur principal, Edgar Fillot qui rédige ses mémoires, que de la part d’Harald Dumarais dont la prose est inclue dans le corps du texte, comme un aparté, un interlude vivifiant mais qui ne sort pas du contexte.

 

A la suite de ce roman figure une nouvelle, Les boules et les blettes, mettant en scène, ensemble ou séparément, les deux membres d’un couple de septuagénaires, qui sacrifient, l’un à sa passion des boules, l’autre à son occupation favorite, l’achat de bottes de blettes sur le marché. Deux faits insignifiants en apparence, mais en apparence seulement. Une nouvelle qui a été finaliste du prix Nolim 2014, présidé par Michel Bussy.

 

Dans ses remerciements, l’auteur tient à remercier un certain Yannick qui avait en charge de traquer les coquilles. Ce qu’il a fait consciencieusement, mais il a omis de rectifier quelques petites tournures grammaticales mal venues. Ainsi on ne dit pas J’ai été m’asseoir sur une chaise, mais je suis allé m’asseoir sur… Mais ce n’est qu’un détail, répété trois fois, une insignifiance, mais qu’il serait bon de corriger par la suite, à mon humble avis, comme il est bon de le signaler.

 

 

David MORALES SERRANO : 18h37. Collection Polar. Editions De Borée. Parution 15 juin 2017. 238 pages. 7,50€.

Repost 0
25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 08:15

Tout le contraire de moi !

Lilian Jackson BRAUN : Le Chat qui cassait la baraque

Jim Qwilleran, journaliste et chroniqueur, vit à la frontière des Etats-Unis et du Canada dans une grange rénovée en compagnie de ses deux chats, Koko et Yom-Yom.

Une vie paisible émaillée parfois de petits faits-divers dont il tire partir pour écrire ses papiers dans le journal local. C’est ainsi que l’annonce du retour au pays de Thelma Tackeray, riche octogénaire installée depuis des décennies à Hollywood, est précédée d’une réputation de star. Or personne ne connaît Thelma Tackeray. S’agirait-il d’une farce comme souvent les journalistes s’en font entre eux ?

Après enquête, il découvre que Thelma existe bien mais qu’elle tenait un restaurant fort prisé en Californie et qu’elle a décidé de finir ses jours au pays natal, accompagnée de sa secrétaire, de ses cinq perroquets et d’un neveu dispendieux, joueur et touche-à-tout incapable.

Qwilleran apprend que les perroquets de Thelma ont été enlevés puis échangés contre une forte rançon composée de bijoux. Un témoin aurait vu un camion de déménagement et une camionnette garés dans un endroit désert et deux hommes se livrer à un étrange ballet d’imposants cartons. Peu après le conducteur d’une camionnette est retrouvé mort au volant de son véhicule. Thelma veut aménager l’ancien cinéma désaffecté en salle de spectacles mais le neveu s’arrange pour tirer profit de cette installation.

 

On ne peut pas dire que ce nouvel opus de Qwilleran et de ses chats, en particulier l’impressionnant Koko avec son sixième sens, soit véritablement policier même si une simili enquête en soit le fil conducteur.

En réalité il s’agit plus d’une chronique provinciale américaine, souvent humoristique, ponctuée de petits faits divers, de tiraillements entre villages, de jalousies, et évocatrice d’un mode de vie rural paisible loin des affres de la grande ville.

Lilian Jackson BRAUN : Le Chat qui cassait la baraque (The Cat Who Brought Down the House. 2003. Traduction de Marie-Louise Navarro). Collection Grands Détectives N°3536. Editions 10/18. Parution le 5 juin 2003. 256 pages. 7,10€.

Repost 0
23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:42

Mais ça, c'était avant. Maintenant c'est meurtre aux ampoules basse-consommation !

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Tout comme Sherlock Holmes, dont la première aventure Une étude en rouge est parue deux ans auparavant, possédait son historiographe ami et confident en la personne du bon docteur Watson, Oscar Wilde est souvent accompagné de Robert Sherard, poète, romancier, écrivain et journaliste. Leur première rencontre ne prédisposait pourtant pas à ce qu'une amitié relie les deux hommes mais depuis ils se sont découvert une affinité sans faille.

Lorsque Wilde arrive en retard, ce qui n'est pas dans ses habitudes, ce soir-là à son club, l'Albemarle, c'est pour annoncer une bonne et une mauvaise nouvelles à son ami Robert Sherard, qui l'attendait stoïquement comme tout bon Anglais sait le faire lorsqu'il est inoccupé.

La bonne nouvelle, c’est qu’Oscar Wilde a rencontré l’après-midi même son éditeur et qu’il a fait la connaissance d’un médecin écossais installé à Southsea et romancier promis à un bel avenir, Arthur Conan Doyle. D’ailleurs le poète s’est entiché de Sherlock Holmes dont la première aventure, Une étude en rouge, a paru deux ans auparavant, en 1887.

La mauvaise nouvelle, c’est la découverte du cadavre d’un jeune homme dans un meublé où se rendait Wilde. Et il a eu la désagréable surprise de reconnaître en ce défunt assassiné un de ses amis, Billy Wood. Autour du corps étaient disposées des chandelles allumées, comme si le meurtre relevait d’un rituel.

Mais il est minuit, l’heure pour Oscar Wilde de rentrer chez lui, retrouver femme et enfants. Sherard lui est moins pressé, son épouse étant en voyage en France. Lorsqu’il sort du club, il aperçoit Wilde en compagnie d’une jeune femme au visage défiguré.

Le lendemain, 1er septembre 1889, les deux amis se retrouvent en compagnie d’Arthur Conan Doyle, et Wilde en profite pour démontrer qu’il possède des qualités d’observation et de déduction dont pourrait se targuer Sherlock Holmes, au grand ébahissement du médecin-écossais. Il narre sa découverte macabre de la veille, comment la porte de l’immeuble lui a été ouverte par une personne à laquelle il n’a guère prêté attention, puis s’est trouvé face au cadavre égorgé du jeune Billy Wood. Ils se rendent ensemble à l’endroit du drame, mais la pièce est vide, nettoyée, le parquet ciré fraîchement.

Wilde décide d’enquêter sur ce meurtre et de découvrir l’assassin et ses motivations. Conan Doyle et Sherard, qui possède un petit carnet qu’il trimballe en permanence, vont lui servir d’assistants. Heureusement Billy Wood lui avait fait quelques confidences, notamment qu’il était venu à Londres parce qu’il ne supportait plus l’ambiance familiale, en butte aux tracasseries et aux coups assenés par son oncle.

 

Wilde et Sherard se rendent à Broadstairs où il vivait et informent sa mère de la mauvaise nouvelle. Madame Wood, enceinte jeune, avait perdu son amant, gardien de phare, dans une noyade. Ils n’avaient pas eu le temps de se marier et le gamin n’avait pas connu son père. Le frère aîné du père à l’époque était au Canada, mais depuis il est rentré et impose sa loi dans Le Château, nom de la villa de madame Wood, un héritage de ses parents. Edward O’Donnell est un ivrogne au caractère belliqueux mais madame Wood est bien obligée de le supporter.

Munis de ces confessions, Wilde et Sherard regagnent la capitale pour continuer leur enquête. Une enquête en dents de scie, car le poète doit livrer à son éditeur un roman, Le portrait de Dorian Gray, et il est fort occupé. Quant à Sherard, il fait la connaissance d’une jeune femme dont il s’éprend, et comme sa femme est absente…

Seulement cette jeune femme n’est pas n’importe qui. Elle se nomme Veronica et est la fiancée de l’inspecteur Fraser du Yard. Fraser, qui, mit au courant du meurtre, n’engage pas de procédure n’ayant pas de cadavre à se mettre sous la main. C’est un ami de Doyle, qui a présenté le policier aux deux détectives en herbe.

Entre Veronica et Robert Sherard une amitié amoureuse s’établit sous les yeux de Fraser qui est occupé ailleurs. Et c’est dans cette atmosphère que Wilde et consorts vont résoudre cette énigme.

 

Un roman dont justement l’énigme se révèle classique, mais c’est tout ce qui entoure l’enquête qui importe. Sherard est le Watson de Wilde, lequel se pique de se montrer à la hauteur de Sherlock Holmes.

Personnages réels et de fiction se complètent ou s’affrontent, mais c’est surtout pour l’auteur, Gyles Brandreth, de montrer Oscar Wilde sous un jour différent de celui qui nous est présenté habituellement. Et si la fumée vous incommode, n’hésitez pas à ouvrir la fenêtre, car Oscar Wilde fume beaucoup de cigarettes mais pas la pipe. Et même s’il ne roule pas sur l’or, il n’hésite pas à inviter ses amis, à leur offrir des cadeaux, souvent des étuis à cigarettes avec leur nom gravé à l’intérieur, et à distribuer les pourboires avec munificence.

Les bons mots et les petites phrases ironiques ne manquent pas, pour preuves les quelques citations ci-dessous :

 

C’est une chose terrible que de voir son nom dans la presse, mais c’est plus terrible encore que de ne pas l’y voir.

Il n’y a pas de bon âge pour se marier, plaisanta Oscar. Le mariage est aussi démoralisant que les cigarettes, et bien plus coûteux.

Quand l’Angleterre sera une république, et que j’en serai l’empereur, cet animal – ma fidèle Rossinante – sera nommé sénateur. Il semble avoir toutes les qualités dont manquent nos législateurs actuels : travailleur, discret et conscient de ses limites !

Fumer une cigarette est l'exemple parfait d'un plaisir parfait, ne trouvez-vous pas ? C'est exquis tout en vous laissant sur votre faim.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (Oscar Wilde and the Candlelight Murders – 2007. Traduction de Jean-Baptiste Dupin). Collection Grands détectives N°4194. Editions 10/18. Première parution 5 février 2009. 386 pages. Réimpression le 10 septembre 2013. 7,50€.

Repost 0
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 08:55

Hommage (tardif) à Michel Durafour, homme

politique et romancier, décédé le 27 juillet 2017.

Pierre JARDIN : Agnès et les vilains messieurs.

Les lectures de l'Oncle Paul étant un blog sérieux, il n'est pas question pour le scripteur de se dévoyer en rédigeant une chronique politique mais de garder la barre sous le vent de la littérature populaire.

Aussi le propos n'est pas de rendre hommage à un politicien qui a œuvré sous différents ministères, qui a été maire de Saint-Etienne lors de l'apogée des Verts (quand même !) mais à un romancier qui a écrit de nombreux romans policiers et d'espionnage. Une carte de visite plus glorieuse que celle d'homme politique, et ceci ne s'adresse pas uniquement à Michel Durafour mais à tous ceux qui magouillent sous les ors de la République.

 

Fille d'un industriel ancien épicier qui a fait son beurre en inventant une crème dessert-minute, Agnès Lorin n'est âgée que de vingt ans mais elle sait déjà ce qu'elle veut. Surtout pas le mari que son père espère qu'elle épouse car elle a des vues sur Marc Bérard, représentant en machines agricoles. Du moins c'est ce qu'il lui a indiqué.

Mais Marc Bérard n'exerce pas du tout ce métier. Il est agent secret et pour l'heure, il est en conversation avec son patron, au sujet de plans du Guyenne, la nouvelle fusée française. L'homme chargé de les transporter a été assassiné et bien entendu, les plans ont été dérobés. Et l'enquête confiée à Blaise Saron, un jeune agent, piétine. Bérard a connu Blaise un an auparavant et le jeune homme se réclamait d'une amitié entre leurs parents, bien des années auparavant. Et c'est ainsi qu'il est devenu agent secret, avec l'appui de Bérard.

Le grand patron des Services secrets montre une lettre anonyme indiquant que les plans seront restitués contre une forte somme et que l'échange pourrait avoir lieu à l'Hôtel Athena à Rhodes. Il est également signifié qu'une place vacante de barman pourrait convenir à un collaborateur des Services Secrets. Comme Blaise est en charge de l'affaire, il sera envoyé sur place, après une rapide formation, mais Bérard n'est pas du tout d'accord. Il le signifie à son patron et va prendre des vacances... à Rhodes.

Il en informe également Agnès lors d'une repas vespéral et en tête à tête, alors que celle-ci lui a réservé une petit surprise. Pour elle, c'était leur repas de fiançailles.

A l'hôtel Athena, ou il est reçu par le directeur italien Pipardi, lequel ne semble guère intéressé par l'arrivée de nouveaux pensionnaires, il a la surprise de retrouver Alexis, un confrère espion russe qui doit se produire dans un club comme chanteur. Au cours du voyage il a fait la connaissance d'une charmante vieille dame, pas indigne mais presque, septuagénaire, et d'un professeur, archéologue syrien. Plus un couple d'amoureux, lui Irlandais, elle Espagnole du doux prénom d'Adoracion.

Sans oublier les employés de l'hôtel, un Turc et un Grec, ce qui naturellement donne de l'ambiance sachant que les deux peuples n'entretiennent guère de relations amicales. Et Blaise qui semble à l'aide dans son rôle de barman, sans oublier Agnès qui arrive inopinément.

 

S'ensuit un chassé-croisé dans une réunion d'espions, déclarés ou non, de contrebandiers sans scrupules, de vrais faux amoureux, un ensemble de quiproquos alimentés par l'humeur versatile d'Agnès. Car la jeune fille, qui croit que son prétendu fiancé et Marc sont à Rhodes pour effectuer un cambriolage de banque, pique ses colères aussitôt éteintes pour redevenir la tendre fiancée, exerçant un chantage auprès de Bérard, devenant sans prévenir une tigresse. Elle fait un peu penser à l'héroïne caractérielle de Charles Exbrayat, Imogène McCarthery, mais sans sa propension à ingurgiter du whisky. Cette boisson est réservée à Mrs Galiday, l'Américaine septuagénaire, au caractère bien trempé.

Les malentendus, les situations équivoques s'enchaînent avec un humour débridé qui n'a rien perdu de sa saveur, même si certains passages paraissent un peu longuets. Malgré son statut d'homme politique en devenir, car à l'époque où parait ce roman, Michel Durafour n'est que maire-adjoint de Saint-Etienne, depuis 1947 toutefois, et fut conseiller général du canton de Saint-Etienne Nord-Est. Parfois, il se permet quelques piques, concernant les communistes notamment, mais celles-ci sont rapidement contrebalancées, comme dans une conversation entre deux personnes honnêtes mais de confession politique différente.

 

Curiosité : Le copyright est attribué à Jean Claude Fiard, lui-même auteur dans la même collection de quelques romans dont Des raisons pour mourir et Quand chante le tambour, auteur dont on ne sait rien, sinon qu'il a également publié Une tombe sous les hévéas, dans la collection Vidocq N°1 aux éditions Cœur de Vey en 1959. D'après l'étude de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret, Le Vrai visage du Masque paru aux éditions Futuropolis en 1984, Jean-Claude Fiard serait né à Montluçon, sans plus de précision.

Alors erreur de l'éditeur ? Pierre Jardin alias Michel Durafour se cacherait-il sous le pseudonyme de Jean-Claude Fiard ? Ou le contraire ? Toutes les suppositions sont à envisager.

Pierre JARDIN : Agnès et les vilains messieurs. Collection Espionnage Charles Exbrayat N°3. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution juin 1963. 192 pages.

Repost 0
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 08:07

Où il est démontré qu'un bon vaudeville vaut mieux qu'un mauvais bœuf de campagne...

Jerry JOSNES : Flic flaque.

Les romanciers qui se cachent sous divers pseudonymes, cela ne manque pas en littérature. Par exemple Frédéric Dard/San-Antonio, Romain Gary/Emile Ajar, Agatha Christie/Mary Westmacott, la liste est trop longue pour la continuer, mais si vous avez d'autres noms, rien ne vous empêche de les ajouter dans votre Ford intérieure.

Et pourquoi se dissimulent-ils sous des noms d'emprunt, me demanderez-vous avec juste raison. Pour différentes raisons, le changement de style et donc pour ne pas perturber leurs lecteurs habituels, à cause de contrats d'exclusivité avec leur maison d'édition, ou encore plus rarement pour échapper au fisc.

Donc, sous le pseudonyme de Jerry Josnes, j'ai ri jaune comme me le souffle dans le creux de l'oreille l'auteur du livre, se tient à l'affût Gérard Boutet, son double, son jumeau, son siamois, son nègre qui sait. Et pourquoi Josnes, tout simplement parce que... Attendez, je vérifie sur mon Atlas, papier, et oh surprise, il s'agit du nom d'un village du Loir et Cher (Ma famille habite dans le Loir et Cher, Ces gens-là ne font pas de manières... comme le chantait Michel Delpech) et qui plus est le village natal de l'auteur. Au moins, on sait d'où il vient mais pas où il va. Mais penchons-nous, sans tomber, sur cette prose qui devrait vous ébouriffer, comme la mignonne que le héros, mais s'agit-il vraiment d'un héros, recueille un soir de pluie d'avril. Oui, je me dépêche, je ne veux pas vous laisser vous languir d'autant que la belle Babette, Babie pour les intimes, va prendre froid, mouillée comme elle est. Par la pluie ai-je besoin de préciser.

 

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps,

Le beau temps me dégoûte et m' fait grincer les dents,

Le bel azur me met en rage,

Car le plus grand amour qui m' fut donné sur terr'

Je l' dois au mauvais temps, je l' dois à Jupiter,

Il me tomba d'un ciel d'orage.

C'est beau, c'est du Brassens, et c'est de circonstance, mais les conséquences ne seront pas celles évoquées dans la chanson. D'ailleurs le narrateur, Jeanjean de son prénom, gendarme de son statut professionnel, à Colombier-Sainte-Croix, nous plonge dans le bain dès les premières pages. Et depuis quelques mois il folâtre avec Babie mais cela ne lui suffit pas. Il est marié avec Letty, mais les rapports ne sont plus ce qu'ils étaient au début de leur mariage. Pas besoins de préciser quels rapports, vous êtes assez grands pour comprendre à demi mot.

Tandis qu'avec Babie, c'est nettement mieux. Babie il la connait depuis tout petit et même avant ou presque, car ils habitaient des maisons mitoyennes. Et arrivés à l'âge où ils auraient enfin pu se démontrer l'inclinaison qu'ils se portaient, Babie n'a pas voulu, car selon une croyance populaire, s'il l'avait embrassée, ne serait-ce qu'une fois, elle serait tombée enceinte. Ce qui ne l'a pas empêchée par la suite de fréquenter d'autres garçons et de jouer à touche-pipi, comme on disait dans la bonne société, mais ce ne sont que des on-dit que personnellement je n'ai pas vérifié.

Donc il rencontre Babie à la faveur d'une pluie d'orage. Il était à bord de l'estafette, et oui, ce fut sa fête, de la gendarmerie, et quelques mois plus tard, il manigance de tuer Paulo, le mari de Babie, garagiste de son état, qui préfère jouer aux boulons qu'au vice. Une envie qui a mûri sous son képi et une Juvaquatre remisée au fond d'un garage de la maréchaussée lui servira à perpétrer son forfait. Normalement Paulo devrait remettre en état le véhicule qui appartient tout de même à l'Etat, et Jeanjean peaufine son stratagème dont je ne vous dévoile pas les détails, mais sachez que l'on entre de plain-pied dans un vaudeville alambiqué et humoristique que Donald Westlake n'aurait pas désavoué, d'ailleurs il s'est servi d'une combinaison approchante, presque, pour écrire Un jumeau singulier. Et puisque nous sommes dans les comparaisons, nous pouvons affirmer que Day Keene, Bruno Fisher, Brett Halliday et James Hadley Chase, pour ne citer que les principaux, se seraient régaler à écrire ce genre d'aventures, même si eux-aussi parfois s'en sont approchés.

 

Jerry JOSNES : Flic flaque.

Je sens que je vous laisse sur votre faim, mais je peux toutefois vous préciser que l'histoire se déroule en 1972, mais écrite en 1976, et pour ceux qui avaient vingt ans à cette époque, ils ne seront pas dépaysés par certains événements décrits, certains personnages évoqués, et ou magazines de référencés.

Avec un humour proche de celui de San-Antonio, mais qui n'était pas uniquement la marque de fabrique du seul Frédéric Dard, d'autres autres auteurs avant lui écrivant dans ce style, et d'autres après lui prolongeant cette manière d'écrire, Cicéron Angledroit et Maxime Gillo, pour n'en citer que deux.

Un vaudeville plaisant, avec une brigade de gendarmerie tirée d'un film de la série des Gendarmes avec Louis de Funès et qui démontre que sous des airs parfois niais un gendarme peut en avoir sous le képi, à lire et à conseiller, mais pas à exécuter même si vous connaissez des problèmes familiaux et que vous êtes du bon côté de la loi.

 

Jerry JOSNES : Flic flaque. Collection Les Polars du terroir. Editions Marivole. Parution le 27 avril 2016. 224 pages. 20,00€.

Repost 0
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 13:10

Workan, son cousin et leurs chinoiseries.

Hugo BUAN : Opération porcelaine.

Irascible, bougon, bourru, sarcastique, ironique, voire même parfois de mauvaise foi, Workan, entre deux démêlés avec sa bientôt ex-épouse, sa kiné et un agent immobilier qui l'a grugé, est obligé de résoudre une affaire de tête sans corps disposée artistiquement sur un plateau.

Cette tête sans corps et son plateau chinois, œuvre d'art remontant à quelques siècles, période Ming, ou Qing, est de celle de monsieur Zhou, de son véritable patronyme Zhou Zhou. L'ensemble, esthétique il est vrai, a été retrouvé dans la baraque servant de guichet à un forain, le Speed Rabbit, un des manèges installés devant le musée. Ce brave homme était l'un des membres d'une délégation accompagnant une exposition d'œuvres d'art rarissimes devant être exposées à la Chapelle de l'Oratoire de Nantes.

Cet incident risque d'entacher les relations sino-françaises, et le commissaire nantais préfère appeler la direction de la police judiciaire de Rennes pour mener l'enquête. Workan est tout désigné pour se rendre sur place accompagné de Leila Mahir, son adjointe et maîtresse selon les circonstances. Une enquête qui demande du doigté de la part de Workan plus habitué à mettre les pieds dans le plat que de marcher sur des œufs. Pourtant il lui faudra faire preuve d'une bonne dose de patience et de diplomatie pour résoudre cet imbroglio.

Car Workan est mis en cause dans ce meurtre. Enfin pas lui, mais son petit-cousin Fletcher Nowski, avec qui il partage son nom de famille. Officiellement il se nomme Workanowski, mais afin de les départager et ne pas les confondre, le policier a préféré porter les deux premières syllabes de son patronyme, tandis que son petit-cousin, il y tient au petit, est devenu Nowski. Or Nowski a été filmé, en compagnie de trois gros bras cassés, par des caméras de vidéosurveillance, aux abords du musée.

Fletcher Nowski est bien connu des services de police, non pas à cause ou grâce à ses relations distendues avec Workan, mais parce qu'il est fiché en tant que délinquant notoire. Alors, Nowski tueur de chinois au coupe-coupe ? Ce n'est pas dans ses habitudes. Voleur, oui, assassin, non !

 

Workan rencontre les autres membres de la délégation chinoise, dont principalement Lian Wu, l'interprète féminine qui semble apeurée. D'autres Chinois, qui ne font pas partie de la délégation, s'invitent dans la danse, et Lian Wu met en cause une organisation secrète, enfin pas si secrète puisqu'elle a un nom, celle du Lotus Blanc. Mais alors que vient faire dans ce mix-mac Nowski et ses trois Pieds-Nickelés ?

 

Nuit de Chine, nuit câline, nuit d'amour... Ce sera pour une autre fois car Workan est confronté à un problème de résultat. Son petit-cousin, même s'il réfute la plupart du temps cette parenté, n'en fait qu'à sa tête. Ne voilà-t-il pas qu'il prend en otages les membres de la délégation chinoise, l'officielle, l'organisateur de l'exposition ainsi qu'une quarantaine de visiteurs. Et il est difficile de déroger à ses exigences, sinon, c'est vaisselle cassée, c'est la fessée, comme le chantait Pierre Perret.

 

On pourrait scinder ce roman en deux parties et un entracte, au cours duquel il ne se passe pas grand chose mais permet une pause respiratoire. La première partie ressemble un peu à une pièce radiophonique tellement ce sont les dialogues savoureux qui importent. La seconde partie est, elle, plus cinématographique, dont ne seraient pas exclus les dialogues mais avec action, réaction, effets spéciaux et coups de théâtre.

Un roman qui progresse peu à peu dans le côté humour décalé, voire déjanté, et on verrait bien à l'affiche des Gueules comme Jean Gabin, Lino Ventura ou Robert Lamoureux, Francis Blanche, Jean Lefèvre, Louis de Funès et quelques autres dont la réputation n'est plus à faire. Le tout sans contrefaçon. Et où l'on apprend à différencier la porcelaine chinoise des assiettes proposées par un célèbre fabricant de meuble suédois. Et si vous confondez toujours, vous êtes limogés !

Hugo BUAN : Opération porcelaine. Série Une enquête du commissaire Workan N°9. Editions du Palémon. Parution le 18 mai 2017. 280 pages. 10,00€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables