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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 04:44

Araignée du matin, chagrin
Araignée du soir, espoir
Araignée du midi, pas d’appétit ?

Fritz LANG : Les Araignées

Entrons dans l’univers du délire, de l’aventure, de l’exotisme bon enfant et quelque peu irréel.

Kay Hoog est un riche jeune homme, sportif accompli, qui excelle dans tous les domaines, érudit et connaissant de très nombreuses langues, à l’esprit curieux et téméraire. Intrépide il fonce tête baissée dès que l’occasion lui est donnée de démontrer ses qualités intellectuelles et physiques.

Alors qu’il participe à une course de canots automobile, il pêche en mer une bouteille dans laquelle il découvre un message émanant d’un éminent professeur disparu au Mexique depuis des années.

Kay Hoog se verra confronté à de multiples dangers au pays des Incas, poursuivi par des membres de la terrible secte des Araignées, qui signe ses forfaits d’un animal factice, et principalement la belle et troublante Lio Sha.

Puis il est sur la piste d’un diamant sur lequel figure une tête de Bouddha, une pierre précieuse activement recherchée par les Araignées et toujours son ennemie intime, Lio Sha.

 

On ne peut parler de racisme mais les Chinois sont catalogués comme des êtres fourbes, sournois, les Noirs sont décrits de façon caricaturale, bref toute la panoplie ridicule et parodique en vigueur à l’époque, c’est-à-dire au début du XXe siècle.

Un univers imaginaire, démesuré, aventureux, mystérieux qui eut ses défenseurs en la personne d’écrivains prolifiques et de cinéastes à l’âme d’enfant.

Parfois un peu naïf, vivant, Les Araignées est un roman inédit et le seul écrit par Fritz Lang, à ne pas confondre avec Jack. Un roman enlevé, un peu désuet mais charmant qui nous replonge dans les livres légèrement candides dont on pouvait se délecter lors de notre adolescence.

Fritz LANG : Les Araignées (Die Spinnen – 1919). Traduction et postface de Georges Sturm. Collection Bibliothèque du Mystère. Editions du Rocher. Parution 2 octobre 2002. 212 pages.

ISBN : 9782268044088

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 05:07

Sur l’écran noir de mes nuits blanches
Moi je me fais du cinéma…

Max OBIONE : Les Micochonnes.

Au début des années 1950, il n’existait pas de complexes cinématographiques démesurés, surtout en province, comme de nos jours. Et il fallait se rabattre souvent sur des salles de fortune.

Heureusement, dans les régions reculées de la capitale, c’est-à-dire à environ quarante kilomètres de Paris, près de Melun, l’une des capitales du fromage de Brie, une petite salle était aménagée dans l’arrière-salle du bistrot local. L’un des bistrots, car en ce temps-là, les cafés de village étaient si nombreux qu’il fallait bien la journée pour en faire le tour.

Or donc, ce jour à l’Arquebuse, l’épicerie-café où doit se tenir la séance, il y aura les Micochonnes. Le narrateur ne sait pas trop à qui Bernard fait référence, mais il possède sa petite idée. Il s’agirait bien de Solange et d’Huguette (Ah la petite Huguette… Air connu) qui pour un Roudoudou à la fraise n’hésitent pas à montrer leurs genoux jusqu’en haut. Mieux que les dessins retouchés de Paris-Hollywood ! De vraies vamps !

Mais en attendant cette séance de cinéma, il faut penser à l’école. Et surtout ne pas se mettre à rêvasser, à se tourner des images dans la tête, surtout moins intéressantes que celles qu’il verra sur l’écran. Il en est persuadé.

Mais avant le film proprement dit, il faut visionner les mêmes documentaires, des pellicules rafistolées à force d’être projetées. Et quant aux films, parfois ils sont incompréhensibles. Qu’importe, le plaisir d’être dans cette salle, et surtout…

Bientôt sur vos écrans les Micochonnes. Carré blanc !

 

Cette historiette me fait penser à un article dû à un critique littéraire, œuvrant dans l’un des rares magazines consacrés à la littérature policière et dans lequel il annonçait la sortie prochaine d’un recueil de nouvelles ou d’un roman dans la collection Un Mystère. Mais ayant eu l’information par téléphone, il n’avait pas compris la subtilité et avait signalé cet ouvrage sous un titre complètement délirant, se demandant même si c’était possible que le traducteur ait osé cette ineptie.

Permettez-moi de ne pas en dévoiler plus, car cela déflorerait l’histoire de Max Obione mais sachez qu’il s’agit d’un pied de nez envoyé à tous ceux qui se font du cinéma rien qu’à l’énoncé d’un titre.

Une histoire qui m’a transporté là-bas, dans ma jeunesse, quand j’allais au patronage rien que pour les films qui étaient proposés par les curés d’une paroisse de Sanvic, sur les hauteurs du Havre.

C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup…

Max OBIONE : Les Micochonnes. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 1er janvier 2020. 16 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023407983

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 05:53

Un message écologique ?

Jean-Louis PESCH : La mystérieuse invention.

Créée par Maurice Cuvillier en 1941, cette série, en apparence naïve, destinée à l’édification de la jeunesse, fut pour beaucoup de nous dans le début des années 1950 le début de l’incursion dans la lecture de la bande dessinée aux côtés des magazines Tintin et Spirou. Dans les patronages de bons curés nous flattaient la tête et nous prêtaient ces ouvrages dans un but de communier avec la nature ou nous offraient des séances de cinéma gratuites.

Les aventures de ces deux gamins vivant dans une chaumière située dans les bois, aux costumes surannés empruntés au monde agricole français du début du XXe siècle, doit peut-être beaucoup à Benjamin Rabier, mais elle comporte des messages parfois cachés, sur le respect de la nature et la protection des animaux, même si les compères s’ingénient à contrecarrer les efforts des deux enfants pour initier la paix entre humains et animaux. Et les compères, Renard, Loup, Ours et Sanglier ont beau se démener, ils n’arrivent jamais à leur fin.

D’ailleurs c’est Renard qui le plus souvent a une idée. Il la propose à ses compères. Loup est souvent plus réticent, Ours ne sait qu’approuver, en répétant à satiété ça c’est vrai tandis que Sanglier prend tout à la rigolade. Le dernier méfait en date, au début du volume, est provoqué par Renard qui voyant Mignonnet l’agneau décidé de partir à la découverte, essaie de le capturer.

Heureusement pour Mignonnet, monsieur Tartalo arrive sur les entrefaites et réduit à néant les velléités de Renard. Monsieur Tartalo est un vieil inventeur et il recherche un endroit calme avec un point d’eau. Justement, non loin, un vieux moulin à eau est désaffecté et Sylvain lui indique le chemin. Monsieur Tartalo est ravi et explique pourquoi il a besoin de cet endroit.

Il vient d’inventer à un moteur à eau révolutionnaire : il n’y aura plus besoin de mettre du carburant polluant pour se déplacer. Plus d’émanations nocives ! Mais les compères veillent, attirés par cette invention extraordinaire.

 

Le côté écologique, surtout de nos jours n’échappera à personne, mais cette idée ne date pas d’hier. En effet, cet album a été publié aux environs de l’année 1958. Et déjà un substitut au pétrole était envisagé.

Mais cet aspect écologique n’est pas le seul message placé dans cette histoire.

En effet Jean-Louis Pesch démontre les absurdités de la langue française, dans une scène hilarante située au début de cette histoire. Ainsi lorsque la tortue demande aux animaux de la ferme comment s’appelle le petit de l’oie, tout le monde sèche. Le petit de l’oie est un oison, explique-t-elle. Puis elle demande comment se nomme le petit de la cane. Souriceau réplique alors, fier de lui : un canon. Logique, non ? La réponse exacte est évidemment un caneton. Aussi lorsque la tortue demande le nom du petit de l’âne, Mignonnet l’agneau s’exclame Moi je sais ! L’aneton ! Toujours logique sauf que la bonne réponse est l’ânon. Comment voulez-vous que les enfants s’y retrouvent ?

Le dessin est précis tout en étant fouillé, proche de la ligne claire. C’est frais, cocasse, humoristique, divertissant et rafraîchissant.

Ce volume est le dernier de Jean-Louis Pesch seul avant la collaboration de Claude Dubois à partir du N°37. Et le succès de Sylvain et Sylvette ne se dément pas puisque les éditions P’tit Louis, publient des inédits signés Belom ou Bruno Bertin et des rééditions.

Jean-Louis PESCH : La mystérieuse invention.

Jean-Louis PESCH : La mystérieuse invention. Sylvain et Sylvette n°36. Editions Le Lombard. Parution le 7 juin 1996. 48 pages. Nombreuses éditions et rééditions.

ISBN : 978-2803610358

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 05:32

Quand Jean Ray écrivait de petites farces…

John FLANDERS : Les joyeux contes d’lngoldsby.

C'est impensable comme il peut se passer d'évènements dans une petite commune tout au long de l’année. De petits faits divers sordides, bizarres, farfelus, tristes ou joyeux, consciencieusement relevés et relatés par le pasteur du village. Les habitants de Tappington, petite cité du Shropshire, en Angleterre, ne diffèrent des autres communautés rurales que par leurs excès de crédulité, de naïveté, de roublardise.

Dès qu’un incident, un malheur, une catastrophe, s’abattent sur tout ou partie du village, aussitôt la cause et l’origine en sont trouvés. Ce ne peul être que le fait d’une vengeance ou de la jalousie de leurs vieux ennemis du village voisin d'Oldham, à moins que toutes les misères qui leurs tombent sur la tête ne soient générées par les farfadets, homoncules, génies et autres lutins qui vivent dans la campagne environnante.

Les Tappingtonnais sont excessivement superstitieux et entretiennent, les légendes, ce qui permet à certains de leurs concitoyens plus délurés ou madrés de se permettre quelques farces ou privautés à leur encontre. Des déboires qui entrainent bonne humeur de tout ou partie de la population, car vous en conviendrez avec moi, en général ce sont les malheurs des autres qui font rire, et qui sont gommés au fil des saisons et des mois.

 

Construit comme un almanach en soixante-neuf historiettes qui s’égrènent du 1er de l’An à la Saint Sylvestre, les Joyeux contes d’lngoldsby nous offrent une savoureuse incursion dans un petit village avec ses personnages et ses situations typiques à la Dickens, revus et corrigés par Maupassant.

Moi non plus je ne peux m’empêcher d’établir des comparaisons ou de rechercher des ressemblances avec tel ou tel texte ancien.

John Flanders, alias Jean Ray, aurait puisé, parait-il dans l’œuvre d’un certain Richard Harry Barham, auteur des légendes d’lngoldsby pour écrire ces petits contes drôlatiques et ruraux. Et alors ?

Comme le fait si bien remarquer Henri Vernes dans sa préface, Molière et Lesage se sont également inspirés d’œuvres antérieures. Et je pourrais citer aussi La Fontaine et ses fables adaptées de celles d’Esope.

Et dans un domaine différent, que serait Walt Disney sans les histoires de Charles Perrault et confrères. Les polémiques concernant tel emprunt ou telle similitude ne sont le fruit que de jaloux.

Quant à nous, contentons-nous de lire avec ravissement ces petits contes parfois joyeusement macabres, ou en forme de règlements de contes, qu'avec simplicité et talent a écrit et légué John Flanders, plus connu sous le nom de Jean Ray.

 

Vous pouvez retrouver le sommaire complet de ce recueil en cliquant sur le lien ci-dessous :

John FLANDERS : Les joyeux contes d’lngoldsby. Collection Attitudes. Claude Lefrancq Editeur. Parution novembre 1991. 256 pages. Illustration de René Follet.

ISBN : 2-87153-072-6

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26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 05:19

Dans l’antre d’une maison close ouverte à tous…

Guy de MAUPASSSANT : A la feuille de rose, maison turque.

La feuille de rose est l’une des figures, pas forcément de style, servant de préliminaires amoureux, également nommée pétale de rose. Son appellation contrôlée est l’anulingus, mais il n’est point besoin de pratiquer le latin pour s’adonner à cette pratique qui remonte à la nuit des temps, et peut-être même avant. Qui sait ?

Je ne m’étendrai pas sur la façon de procéder, de nombreux sites vous indiqueront de visu comment procéder, et ne dites pas que vous donnez votre langue au chat, ce n’est pas là que ça se passe. Mais entrons dans le vif du sujet, si je puis dire.

Cette pièce de théâtre écrite et jouée par Maupassant lorsqu’il avait vingt-cinq ans, en compagnie de quelques-uns de ses commensaux, dont Octave Mirbeau, devant un parterre d’invités dont Gustave Flaubert et quelques femmes. Certains ont apprécié cette prestation grivoise, salace et gouailleuse, d’autres comme Edmond de Goncourt l’ont trouvée dégradante. Mais comme l’a chanté Jacques Brel dans Les Bourgeois, avec l’âge les centres d’intérêts se déplacent, les récriminations et revendications également.

Remercions toutefois Max Obione d’avoir apporté un éclairage lumineux sur cette pièce de théâtre, qui ne fut jouée que deux fois puis oubliée, ou censurée, jusqu’en 1945. Petite précision oblitérée dans la préface, A la feuille de rose, maison turque, fut adaptée à la télévision, sur un scénario de Patrick Pesnot, par Michel Boisron en 1986 pour La Série rose.

 

A la feuille de rose, maison turque, ainsi se nomme la maison close, ou bordel, n’ayons pas peur des mots, dirigée par monsieur Miché. Il est aidé par Crête de Coq, un ancien séminariste chargé, entre autre, de laver les capotes afin qu’elles puissent connaître une seconde vie, et un second vit. Nous laisserons le soin à Maupassant de décrire ce passage plus ou moins méticuleux mettant en exergue l’hygiène, ou le manque d’hygiène, régnant dans ce genre d’établissement accueillant.

Monsieur Miché dirige trois pensionnaires, Raphaële, Fatma et Blondinette, qui pratiquent les diverses positions demandées, gentiment mais avec contrepartie pécuniaire, par des clients en manque d’affection charnelle.

Et nous découvrirons, au cours des scènes légères, grivoises, imagées, quelques clients venant satisfaire leurs besoins, dont un couple de Normands en balade. L’homme, monsieur Beauflanquet, maire de Conville, pense se trouver dans un hôtel et réclame une belle chambre avec deux lits et un cabinet de toilette. C’est un certain monsieur Léon qui leur a recommandé l’établissement.

Débute alors toute une série de quiproquos, madame Beauflanquet n’étant pas si naïve qu’on pourrait le penser et qui a pour amant justement ce monsieur Léon. Tandis que monsieur Beauflanquet va se retrouver dans les bras et entre les cuisses de Raphaële. Mais d’autres clients se présentent.

La première scène toutefois donne le ton de ce conte quelque peu salace (mais ça ne lasse pas !) entre monsieur Miché et un vidangeur bègue. Ce qui entraîne inévitablement des jeux de mots, des allusions équivoques et des confusions comme dans les comédies de boulevards. Pareillement avec le client Anglais, lequel émet dans des réparties grivoises sans véritablement s’en rendre compte.

 

Pourtant derrière cette pièce de théâtre qui peut se montrer choquante ou amusante selon la sensibilité des lecteurs, Maupassant qui débutait alors dans le domaine littéraire, il n’avait que vingt-cinq ans, se cache une étude de mœurs acerbe sous forme de gaudriole. Ce n’est pas tant un anathème envers la prostitution qui est dressé, d’autant qu’il était un habitué parait-il (mais ça je n’ai pas vérifié) des prestations tarifées, mais un constat sur la façon de gérer une maison close et l’hygiène qui y est pratiquée. Et un regard caustique sur certains membres ( ?!) de la société.

Avec, dans le titre, des références exotiques fort prisées à l’époque, et le phantasme des harems.

 

Guy de MAUPASSSANT : A la feuille de rose, maison turque. Préface de Max Obione. Pièce de théâtre version numérique. Collection Perle rose. Editions Ska. Parution le 1er octobre 2015. Environ 75 pages. 4,99€.

ISBN : 9791023404494

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 05:38

Quand Jean-Pierre Andrevon écrivait des nouvelles pour Charlie Hebdo !

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil.

En 1975, à la demande de Georges Wolinski, Jean-Pierre Andrevon a fourni pour Charlie Hebdo, auquel il collaborait depuis 1971, douze nouvelles. A l’origine il y en avait une vingtaine, mais peut-être le côté irrévérencieux de certains textes a fait que certaines ont été écartées par manque de place ou parce que le Professeur Choron, qui alors était aux manettes de ce magazine satirique, ne les avait pas appréciées.

L’on constatera que plus de quarante ans plus tard, elles n’ont pas perdu de leur virulence et que les hommes politiques sont toujours aussi méprisants et arrogants que dans les années 70, quoi que puissent en dire ou faire nos dirigeants.

Ces nouvelles et d’autres avaient été éditées par Lionel Hoebeke, dans la collection Changer de fiction au Dernier Terrain Vague, vingt-sept au total. Les années ont passé, et il était juste et nécessaire de les ressortir de l’oubli, de les retravailler, de leur insuffler un petit goût de jeunesse en les adaptant à notre époque, et, en compagnie de quelques inédits, les voilà qui s’offrent à vous, pour vous faire sourire tout en vous confortant dans votre idée du malaise actuel et de votre rejet d’une certaine forme, voire d’une forme certaine, de la politique. Je ne veux pas vous laisser croire que je pense que c’était mieux avant, mais au moins est-on tenter de dire que ce n’était pas pire.

 

Une colère lucide et désabusée, une violence traitée par la dérision, la causticité et l’ironie acerbe, animent Jean-Pierre Andrevon lorsqu’il rédige ces textes avec une plume trempée dans le vitriol. Quel que soit le thème traité, des thèmes qui, je me répète, sont toujours d’actualité et prennent encore plus de force au fur et à mesure que le temps passe.

Dans Le pet par exemple, pet n’étant pas dans l’esprit du scripteur cette flatulence parfois nauséabonde qui émane d’une digestion mal canalisée mais signifie faire le guet, nous sommes en présence d’un flic qui doit surveiller les abords d’une banque susceptible d’être braquée. Et à la moindre approche d’une personne, ou d’un groupe de personnes, qu’il juge suspect, ce policier n’hésite pas à user de son arme, au grand plaisir des badauds qui applaudissent. Mais à chaque fois il s’agit d’une bavure. Et lorsque la journée se termine et qu’enfin des hommes, habillés comme des actionnaires, pense-t-il, s’introduisent dans l’établissement, il ne réagit pas. L’heure de sa fin de service vient de sonner. Naturellement s’il encourt les blâmes de sa hiérarchie, ce ne sont pas pour les motifs décrits. Et la sanction sera à la hauteur financière de ses méprises. A noter que pour se fondre dans l’actualité, l’auteur précise que ce policier a prénommé l’un de ses enfants, le petit dernier, Emmanuel en l’honneur du président. Fayot !

Et puisque nous sommes dans le domaine policier, que penser de En attendant le client, dont le narrateur est un médecin exerçant son art aux urgences de la police. Des manifestants blessés, des cabossés par des exactions policières, une femme violée, lui sont amenés et à chaque fois son diagnostic est totalement délirant et à côté de la plaque. Tout ça avec la présence d’un journaliste de Libération. Un journal de gauche, donc une quantité négligeable. Il préfère voir l’un des gardiens de la paix présent dans le local compulser Le Figaro, un quotidien impartial. Evidemment. Mais le ton change complètement de registre lorsqu’on lui amène un policier blessé, le petit doigt luxé. Le pauvre. Une fiction, pensez-vous. Naturellement.

Changeons de registre avec La passe, qui, comme son titre l’indique met en scène une travailleuse du trottoir. Une respectueuse comme l’on dit lorsque l’on est bien éduqué. Mais ça, c’était avant la répression, alors que pourtant, cette brave dame n’oublie pas de pratiquer un prix majoré de la TVA, ce qui normalement alimente les caisses de l’Etat. Hypocrites.

Dans Le procès, nous assistons à la confrontation entre une juge d’un âge déjà avancé et d’une jeune femme qui a porté plainte pour viol. Ce monologue, narré à la façon de certains humoristes dont Pierre Palmade, démontre que même entre femmes la solidarité n’existe pas toujours, la juge accablant la jeune femme en lui signifiant :

J’ai les idées larges, et il m’arrive moi-même de goûter aux joies iodées de la mer pour ensuite livrer mon corps aux caresses du soleil. Mais j’ai de la pudeur, moi, mademoiselle. Je porte un maillot. Une pièce, s’il vous plait. Je n’aurais pas l’impudence de dilapider les secrets de mon intimité à toute la France. Alors, je vous le demande : ne comprenez-vous pas que la vision d’un corps féminin dénudé est un appel non équivoque à un acte charnel ?

Je pourrais aligner les exemples de ces textes qui égratignent, qui grattent, qui démangent, mais qui dans le même temps procurent un bien fou, à condition que le lecteur soit phase avec l’état d’esprit de l’auteur, des textes qui sont autant de dénonciations de problèmes sociologiques.

Toutefois, je vous en ai réservé deux petites dernières dont Bilan présidentiel, qui aurait pu convenir à quelques présidents dont en particulier un qui collectionnait les diamants et un autre qui appréciait la tête de veau. Mais ce bilan présidentiel semble n’avoir été écrit que pour l’actuel locataire de l’Elysée. S’adressant à ses concitoyens, celui-ci détaille le nombre de ses repas, de bouteilles vidées, d’animaux tués au cours de parties de chasses, de rapports sexuels… Je cite :

Mes fonctions sexuelles sont normales pour un homme comme moi dans la force de l’âge ; j’ai tiré soixante-seize coups dans l’année écoulée, le dernier en date pas plus tard qu’hier au soir dont treize dans le réceptacle conjugal. Avouez que concernant une union de vingt-trois ans, la moyenne est encore fort honorable.

Et il enfonce le clou, si je puis dire, en déclarant :

J’ajoute que les rumeurs faisant état d’une possible homosexualité sont sans fondement.

L’emploi du mot juste !

Enfin, dans La plume à gauche, Jean-Pierre Andrevon se met lui-même en scène. Comment ? Je vous laisse découvrir son texte.

 

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Ces tranches de vie, ces réflexions non dénuées de bon sens, ces nouvelles sont regroupées en sections dont vous pouvez prendre connaissance ci-dessous :

 

Sommaire :

Le boulot.

Le pet

La passe

En attendant le client

La plume à gauche

Un peu de douceur

Culture bio

A l'école

Youkaïdi Youkaïda

 

Les arts.

Le réalisme

La galère

 

Loisirs et vacances.

L'ouverture

Au camp

Sur le périph'

 

L’empire de la science.

Sur le chantier

Maître de la Terre

La mécanique

Bricolo

L'éternité moins un jour

Entropie

 

L’armée.

Pas de malaise

Un week-end crevant

L'affaire du combat dans les garrigues

 

La politique.

Décrets et signatures

La Corse : une situation confuse

Bilan présidentiel

Ecrivez au journal, on vous répondra

 

Le Q.

Le petit doigt

Le procès

Quand faut s'y mettre

Simulation

Trois Ave et on n'en parle plus

Une grosse

 

La vie et rien d’autre.

Mal foutu

Ami des bêtes

La débrouille

Sympas et tout

Je n'ai pas vu les lumières se rallumer

 

Et ce volume se termine par des Précisions bibliographiques dont on peut très bien se passer, mais qui m’ont semblé indispensables.

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil. Nouvelles. Collection KholekTh N°37. Editions de La Clef d’Argent. Parution décembre 2018. 272 pages. 13,00€.

ISBN : 979-10-90662-51-3

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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 05:28

Bon anniversaire à Mickey Mouse, né officiellement le 18 novembre 1928.

Le Livre Anniversaire. Mickey Mouse : 90 ans.

En effet c’est avec Steamboat Willie, considéré comme le premier dessin animé avec une bande sonore, que nait officiellement Mickey Mouse à New-York le 18 novembre 1928. Officiellement, car auparavant Walt Disney et son ami dessinateur Ub Iwerks avaient déjà écrit et dessiné deux dessins animés, Plane Crazy et Gallopin Gaucho, qui n’avaient obtenu aucun succès.

Le 13 janvier 1930 parait en bande dessinée de quelques cases L’île Mystérieuse (qui figure dans ce volume) et c’est le début de la grande aventure de la petite souris qui sera alors dessinée à partir d’avril de la même année par Floyd Gottfredson, lequel lui consacrera quarante-cinq ans de sa vie.

Pourquoi Mickey est-il affublé de gants blancs ? Pourquoi ne possède-t-il que quatre doigts ? Pourquoi ? Pourquoi ? Autant de questions que se sont peut-être posés les lecteurs et dont les réponses figurent dans cet ouvrage, ainsi que bien d’autres.

Le style de Mickey évoluera au fil des ans et l’on pourra s’en rendre compte avec les reproductions des premiers numéros des bandes dessinées et des magazines dont il sera le héros. De très nombreuses anecdotes émaillent les pages intercalées entre de nombreuses histoires, d’une ou plusieurs pages, récentes ou non.

Ainsi, dans Topolino, le Journal de Mickey italien, Casti avait publié une histoire en 2015 qui démarrait un 18 novembre, jour anniversaire de Mickey. Elle figure ici tout naturellement pour les 90 ans de notre héros.

Cette bande dessinée de 72 pages et intitulée Ça arrivera hier met en scène Mickey, Minnie et Pat Hibulaire dans une histoire de retour sur le passé.

Un voyage dans le temps au cours de laquelle Mickey retrouve Mickey jeune, ainsi que Minnie et Pat Hibulaire, et l’on ne peut confondre les personnages d’hier et d’aujourd’hui, car au fil du temps ils se sont améliorés graphiquement, physiquement et vestimentairement. Un tour de force, mais les dessinateurs sont habitués à se fondre dans les personnages qu’ils dessinent, surtout lorsqu’ils en sont les continuateurs. Une histoire inédite en France.

Parmi les nombreuses histoires qui sont ici reproduites, on n’aura garde d’oublier la série Mickey à travers les siècles, crée en 1952 par le scénariste Pierre Fallot. A chaque fois que Mickey prend un coup sur la tête il est propulsé dans une époque historique, rencontrant les hommes des cavernes, Henri IV, Napoléon et bien d’autres personnages célèbres. Des histoires à épisodes dont la première planche figure dans ce recueil. Figure également Mickey et les Mickeyens, parue en 1969.

On retrouve avec plaisir un dérivé de Mickey dans Les Bébés Disney, une série de gags en une planche qui étaient dessinés par Claude Marin et scénarisés par François Corteggiani, Belon et Gégé.

Et encore beaucoup d’autres histoires et anecdotes qui font de ce recueil de 472 pages une somme nostalgique et permettent aux lecteurs déjà âgés, des vétérans de la lecture, de retrouver avec bonheur tout ce petit monde merveilleux sans les flonflons des parcs d’attractions. Tranquillement assis dans un fauteuil, on se projette quelques années, quelques décennies en arrière, et ceci nous rajeunit.

Le Livre Anniversaire. Mickey Mouse : 90 ans. Hors Série N° 2 Les trésors du Journal de Mickey. Disney Hachette. Parution novembre 2018. 422pages. 8,90€.

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Présentation

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