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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 15:13

Un boulanger roulé dans la farine, du grain à moudre pour les médias.

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer.

En ce milieu du mois d'août 1951, Jacques, le narrateur, est de retour dans son village natal après une absence de trois ans, absence due à la poursuite de ses études à Lille.

Il réintègre sa chambre sous les toits, retrouvant avec plaisir les lieux et sa mère qui vit seule depuis le décès de son mari. Rien n'a changé ou presque.

A vingt-quatre ans, Jacques est encore célibataire, mais il a aperçu une ancienne condisciple, Julie, qu'il a connue sur les bancs de l'école et qui s'est muée en adorable jeune fille. Mais l'heure n'est guère au marivaudage car en ce 17 août la vie et la mort vont bousculer les habitudes des Spiripontains.

Des phénomènes étranges envahissent le corps et l'esprit de certains des habitants de la petite cité. Ils ressentent des troubles du comportement, sont atteints d'hallucinations, d'hystérie.

Se rendant dans un café, afin de boire un verre de lait et tenter de voir Julie, il peut constater certaines de ces manifestations sur des clients. L'un d'eux se plaint de dérangements intestinaux, l'autre regarde tout à coup le plafond et se conduit comme s'il venait de découvrir une bête monstrueuse, et son visage devient exsangue. Un gamin dans la rue est plié en deux et grimace affreusement. Ce sont les premiers symptômes qui vont bientôt prendre pour victimes quelques trois cents personnes. Certaines en décèderont dans de terribles souffrances. Et les animaux ne sont pas épargnés.

Le narrateur lui-même ressent certains troubles, mais sa jeunesse alliée au fait qu'il n'est à Pont-Saint-Esprit que depuis peu, font qu'il se remet assez vite, non sans en garder des séquelles. Tout comme la plupart des autres malades atteints de cette épidémie d'origine inconnue. Mais il sera dénombré toutefois environ une dizaine de morts.

Jacques assiste nuitamment de la fenêtre de sa chambre à de mystérieuses allées et venues, des hommes en noir décharnés, qui s'activent dans le cimetière voisin. Il croit les revoir les jours suivants, mais ne sont-ce que des visions provoquées par la maladie ?

Si le boulanger ne fut pas accusé de vive voix, il fut toutefois soupçonné d'être à l'origine de cette étrange épidémie. Tous ceux qui ont été atteints de cette forme d'intoxication s'approvisionnaient chez lui.

Inspiré par une affaire véridique, mais mettant en scène quelques protagonistes fictifs, Laurent Mantese a écrit un roman relevant du fantastique et de l'angoisse dans un contexte historique. Son personnage principal narre cet épisode, soixante ans après son déroulement, mais il se contente de relater ce qu'il a vu, entendu, constaté, ressentit, sans jeter l'opprobre sur qui que ce soit. Et avec le recul, les questions n'ont toujours pas eu de réponses. Un texte fort et émouvant complété par Jean-Pierre Favard dans son article : Pont-Saint-Esprit, autour de l'affaire du pain maudit.

En effet si Laurent Mantese traite ce sujet avec l'âme d'un poète torturé, Jean-Pierre Favard reconstitue cette affaire d'un point de vue historique. De nombreuses supputations ont été lancées, présence de mercure, rappel d'épidémies dans les siècles passés dont la fameuse Grande Peste, mais rien n'est définitif.

Et de temps à autre, Pont-Saint-Esprit est évoqué dans les médias au travers d'articles, recensés en fin de l'ouvrage, s'appuyant sur des recherches et des hypothèses. De nombreuses pistes furent explorées, mais certaines rapidement enterrées. Et comme le précise Jean-Pierre Favard, mais si cette piste fut rapidement abandonnée, c'est peut-être aussi, on peut l'imaginer, parce qu'elle constituait un risque majeur pour des intérêts économiques de tout premier plan.

Et l'on peut se poser moult questions notamment sur les agissements de certains ensemenciers, de laboratoires phytosanitaires et de décisions prises à Bruxelles. Mais chut, c'est top secret, et il y a trop d'argent en jeu pour vouloir remuer la vase.

 

Dans la même collection :

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer. Collection LoKhaLe N°2. Editions La Clef d'Argent. Parution 13 octobre 2015. 112 pages. 6,00€.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 13:17

Un fantôme peut aussi avoir mal, mais on ne l'entend jamais se plaindre...

CANESI & RAHMANI : La douleur du fantôme.

Tout comme le sparadrap colle au doigt du capitaine Haddock, la mort colle à l’existence de Charlotte de Montbrun.

Cette jeune fille de dix-huit ans, accro à Internet et aux services de messagerie en ligne, assiste en direct à la noyade de Pierre Mande aux pieds de la statue de la Vierge à Biarritz. Elle récupère, surgie de l’eau en colère, une page du livre que tenait dans ses mains le noyé lorsqu’il fut englouti. Seuls quelques mots ont échappés au lavage de l’écume présente en abondance : Une dame enveloppée dans le soleil…. Dragon rouxson enfant fut enlevé et conduit….

Charlotte était en villégiature avec son père dans un hôtel de la cité basque lorsque des éclats de voix provenant de la chambre contiguë la mirent mal à l’aise. Dans la salle de restaurant les deux protagonistes mangent près de leur table et elle peut les détailler. Une jeune femme en compagnie de son oncle âgé qu’elle suivra peu après, assistant à ce qui pourrait ressembler à un accident, ou encore à un suicide, à moins qu’il s’agisse d’un meurtre.

Elle appelle les secours mais se garde bien de révéler son identité. De retour à Paris dans l’appartement familial déserté par sa mère depuis quatre ans, vivant avec son père architecte renommé qui voue une passion peu commune à tout ce qui touche la période Napoléon III, elle assiste en direct à la télévision à la retransmission d’une émission consacrée à un jeune magicien. Celui-ci décède en ingérant de l’azote liquide dans le cadre de l’un de ses tours.

Charlotte se lie d’amitié avec Hélène Weinstein, la nièce du noyé, et assiste à sa prestation dans Le Lac des cygnes à l’Opéra Garnier en compagnie de son père. Hélène aspire à devenir danseuse étoile et elle en a tous les moyens. Seulement une flèche lancée du plafond ne lui permet pas de terminer le ballet.

Charlotte requiert les services d’un correspondant dont elle ne connait que le prénom, Roland, avec lequel elle échange de nombreux mails, qui va l’aider dans ses recherches. Mais le plus souvent ses réponses sont obscures et elle doit les interpréter. Toutefois elle apprend que le texte énigmatique est emprunté à la Bible.

Les assassinats mystérieux se suivent et Charlotte établit un tableau recensant les points communs reliant ces morts. Chaque défunt possédait un livre à la couverture blanche, livre qui a disparu après leur mort, ils possédaient un tatouage triangulaire sur l’épaule et leur corps recelait une dose importante d’amphétamines. Et à chaque fois Charlotte en a été le témoin, en direct et seule comme pour Mande, soit en compagnie d’autres personnes.

Or c’est bien cette coïncidence qui la chagrine, d’autant qu’elle apprend par Roland que les grands-parents d’Hélène sont morts en déportation et non d’un accident comme la jeune danseuse le croyait. Une fiche mise à jour par sa mère ! D’autres faits la troublent comme d’apprendre que Mande, qui œuvrait afin que les Juifs spoliés durant la dernière guerre puissent récupérer leurs biens, était profondément antisémite.

 

Dans une ambiance baroque, rappelant l’univers littéraire et réel de la fin du XIXème siècle, avec de nombreuses références à l’époque du Second Empire et haussmannien, tout en étant résolument plongé dans notre monde assujetti à l’informatique, évoluent des personnages rêveurs, esthètes, petits génies de la téléinformatique, artistes voués à exalter une culture en décalage avec la frénésie musicale actuelle.

Les auteurs jouent sur l’ambivalence, entre réel et virtuel, culture du passé et technologies de pointe, machiavélisme, manipulation et candeur, haine et amour, beauté et laideur psychique et physique, réalité et virtuel, froideur de l’intelligence et chaleur du cœur, force et vulnérabilité, certitude et incertitude, mâle ou femelle ou plutôt mâle et femelle…

Un roman qui joue avec les nerfs, principalement dans la première partie, quant au début de la seconde, il se laisse glisser, nonchalant, comme le luxueux paquebot qui fend les eaux de la Méditerranée avec à son bord Charlotte, son père et Hélène. Le calme avant la tempête. Un roman à l’intrigue puissante, décalée et fort documentée.

CANESI & RAHMANI : La douleur du fantôme. Editions Phébus. Parution 25 mars 2010. 320 pages. 23,35€.

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 10:58

Angoisse, mystère et suspense...

Georges-Jean ARNAUD : Une si longue angoisse.

Après avoir rédigé de très nombreux volumes pour la série La Compagnie des Glaces, la plus grande saga de science-fiction écrite par un romancier français, série parue dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, et un admirable roman récit inspiré de la vie de son grand-père dans Les moulins à nuages, chez Calmann-Lévy, Georges-Jean Arnaud revenait au roman policier avec Une si longue angoisse.

Fidèle à lui-même, Arnaud a écrit un roman intimiste, de mystère de suspense.

Répondant à la convocation de leur sœur aînée, Patricia, Romain, Julien et Odile accompagnés de leurs compagnes ou compagnons respectifs, vont se réunir pour la première fois depuis des années.

Le motif de cette réunion familiale consiste en l'avenir de la maison, du parc et de l'usine désaffectée, héritage de leurs parents. Doivent-ils et peuvent-ils vendre cette immense demeure ainsi que ses dépendances à une société immobilière qui se chargera de tout démolir et de faire construire à la place des appartements ?

Mais un doute place sur cette maison. Lors d'une boum, un crime y a-t-il été commis ? Et si oui, Noël, leur frère débile, en a-t-il été l'auteur ? Mais alors qu'est devenu le corps ? Et qu'adviendra-t-il si au cours des travaux des ouvriers le découvrent ?

 

Ce roman est construit comme un huis-clos, avec des personnages qui réagissent différemment selon leur sensibilité, leur appartenance à la famille, selon qu'ils se sentent concernés ou non.

L'on retrouve les thèmes chers à Georges-Jean Arnaud, la maison-piège et la tribu, le clan constitué entre frères et sœurs.

Mais ce clan est-il réellement soudé ? Patricia aimerait le croire, et en même temps soupçonne un peu tout le monde d'un crime hypothétique. Plane sur le groupe une pénible sensation de doute, d'inquisition, de méfiance qui met les nerfs à vif.

Une angoisse sourde qui étreint les participants de cette réunion familiale à quelques jours de Noël, une angoisse qui est savamment distillée par un grand maître de la littérature populaire.

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 12:46

Bon anniversaire à Jean-Pierre Andrevon né le 19 septembre 1937.

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou.

L’angoisse, c’est délicieux. Surtout lorsque ce sentiment nous est procuré à la lecture d’un livre d’où surgissent les fantasmes de la peur.

Avec L’amour, comme un camion fou, Jean-Pierre Andrevon continue son exploration de l’angoisse ordinaire.

François Valmont, la quarantaine assurée - il va fêter ses quarante-deux balais - passe quelques jours chez sa mère. Un courrier reçu de son ami Xavier, qu’il n’a pas vu depuis des années, lui sauve ses vacances. C’est ce qu’il pense car arrivé à Caussac, au fin fond de la campagne auvergnate, les déboires commencent.

Des rêves, des apparitions nocturnes étranges qui le réveillent en pleine nuit, des fantômes qui s’obstinent à venir entretenir des cauchemars dont il se passerait bien - mais sont-ce vraiment des cauchemars ou une réalité changeante - perturbent ce séjour qu’il regrette peu à peu, les réminiscences se ressentant plus vives d’heure en heure, la mémoire défaillante dont il est affligé se réveillant peu à peu transformant son univers en catastrophe.

 

Roman noir, roman d’angoisse, L’amour, comme un camion fou est précédé d’une courte préface signée Serge Brussolo. Andrevon reste un maître angoisseur, quel que soit le domaine littéraire dans lequel il évolue. Un domaine bien particulier, étrange, parsemé de petites touches comme une composition à la Vasarely, partant du noir le plus sombre pour aboutir au blanc le plus éclatant, en passant par toutes les gammes du gris mais qui par un effet d’optique inverserait les couleurs.

 

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou. Moyen Format. Le Masque. Parution décembre 2001. 282 pages.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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