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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 05:15

Quand l’espion se jette à l’eau…

P.J. HERAULT : Le barrage maudit.

Avant de se lancer avec brio dans l’écriture de romans de science-fiction, P.J. Hérault avait tâté de l’espionnage, genre alors fort en vogue dans les années 1960 et 1970.

Afin de démontrer l’innocence de Gorringe, un ingénieur français accusé de sabotage, Loïc Prach, agent des Services Secrets français, est envoyé au Mozambique sur le chantier de l’édification d’un barrage à Cabora-Bassa.

Il se présente, sous le nom de Gérard Grandier, comme ingénieur-électronicien, envoyé par la Compagnie Européenne d’Electricité, aux autorités locales ainsi qu’aux responsables du chantier. Le Mozambique est toujours sous domination portugaise et il tout naturel que la plupart des conducteurs de travaux relèvent de la nationalité portugaise. Mais il s’agit d’un programme concocté par des pays européens, et Grandier va côtoyer outre les Lusitaniens, des Belges, des Allemands, et de nombreux autochtones. Seulement la région est sous la coupe de rebelles qui combattent pour l’indépendance du pays.

Grandier est présenté comme il se doit à quelques nouveaux collègues et il consacre les premiers jours de son installation à la visite du chantier et à se faire une idée de l’avancée des travaux. Il a un rôle particulier dans l’organisation et ne dépend de personne, aux yeux de tous.

Mais apparemment sa venue n’a pas l’heur de plaire car il manque tomber dans un guet-apens. Il doit sa survie grâce à un missionnaire, le père Angelo, qui est inconnu du supérieur de la mission locale. Le religieux explique qu’il est l’héritier des émissaires du Vatican, ce qui fait de lui, au grand étonnement de Grandier, un curé-barbouze.

Un autre religieux est lui aussi dans les parages, un pasteur protestant, qui vit à l’écart de ses coreligionnaires. Grandier va apprendre qu’entre les deux communautés, les deux religions en général, c’est Je t’aime, moi non plus. Chacune désirant étendre son monopole auprès des autochtones.

Mais plus que la preuve de l’innocence de Gorringe, ce qui importe à l’Ordinateur, le patron de Grandier, c’est de savoir qui a décidé et organisé ce sabotage qui est avéré. Et à qui cela profite. Outre les responsables des travaux, que Grandier retrouve le soir au bar, jouant avec eux au poker, Grandier fait également la connaissance de la comptable du camp, une très jolie jeune femme pas très farouche mais qui promène dans son sac une arme à feu.

 

Naturellement on retrouve dans ce roman les ingrédients indispensables, qui étaient peut-être notifiés dans un cahier des charges édicté par le Fleuve Noir, c’est à dire l’alcool principalement le whisky mais également la vodka, les cartouches de cigarettes (pour faire un écran de fumée ?) et la scène de frotti-frotta destinée à remettre les neurones en place.

Mais ce qui importe dans l’intrigue, c’est déjà la présence des Chinois sur le continent africain, afin de déstabiliser les finances européennes. Chinois qui jouent les sous-marins car ils n’apparaissent jamais dans le récit, comme s’il s’agissait d’hypothèses.

Et naturellement, les rebelles appartenant au Frelimo, organisation qui dès 1964 lance la guerre d’indépendance du Mozambique, guerre qui se poursuivra durant dix ans.

Et comme souvent dans les romans d’espionnage de cette époque, la mention authentique est maintes fois portée en note de bas de page.

Cinquante ans après sa parution, ce roman n’a pas vieilli. On peut juste le considérer comme un roman historique avec une trame d’aventures et d’espionnage et l’activité chinoise en Afrique y est encore plus prégnante car affichée.

A noter que le barrage de Cabora-Bassa existe réellement et a été construit à l’époque de la rédaction du roman. Seul le nom a été très légèrement modifié.

 

P.J. HERAULT : Le barrage maudit. Collection Espionnage N°948. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1972. 240 pages.

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 04:56

A ne pas confondre avec Les Amitiés particulières, si chères à Roger Peyrefitte.

Laurence EDMEE : Une étrange amitié.

Echanger quelques balles sur un court de tennis, c’est le meilleur moyen d’échapper au confinement et surtout de se créer des amitiés.

C’est ainsi que Julien et Yves qui fréquentent l’école des Arts et Métiers à Lyon, ont fait la connaissance tour à tour de Stéphanie puis de Catherine. Stéphanie, qui n’est pas de Monaco mais de Grenoble, est en sixième année de médecine. Et elle fait équipe avec Julien, battant régulièrement l’autre équipe, au grand dam d’Yves. Catherine fait ce qu’elle peut, sans plus, tout en étant obnubilée par Yves.

Entre Julien et Stéphanie, c’est le début d’un grand amour, quant à Yves c’est un bon copain sans plus. Catherine ne lui dit rien, au grand désespoir de la jeune fille.

Ayant obtenu leur diplôme d’ingénieur, ce qu’ils espéraient sans plus, il ne reste plus qu’aux deux amis de trouver une place. Grâce au père de Julien qui est ami avec un entrepreneur de travaux publics, les voilà en partance pour le Soudan, chargés de superviser la construction d’un canal afin d’alimenter en eau la région.

Stéphanie est fort marrie, mais comme le lui fait comprendre Julien elle ne doit pas sacrifier ses études de médecine, alors qu’il ne lui reste plus qu’une année avant d’obtenir son diplôme. Et puis ils ne partiront qu’un an. Avec un peu de bonne volonté, tout devrait s’arranger. Elle les rejoindra lors des vacances de Noël. Une petite coupure qui devrait les satisfaire tous.

Lorsqu’elle les rejoint au bout de quelques mois, elle sent la tension qui s’est installée entre les deux amis. Ils se font la gueule, ils se disputent, pour des bricoles, des anicroches, dans l’exécution des travaux.

Revenant en France, Stéphanie se demande bien ce qui a pu s’ériger entre les deux hommes au point de se détester. Mais un jour, Catherine l’appelle au téléphone. Elle a entendu à la radio que des rebelles se sont emparés d’otages Français. Bientôt la nouvelle est confirmée. Yves qui était en voyage à Khartoum pour régler quelques problèmes est sain et sauf tandis que Julien est porté manquant. Peut-être mort.

Un an après, Stéphanie s’est mariée avec Yves. Ce n’est pas le grand amour comme avec Julien, disons qu’elle a sacrifié à un pis-aller. Elle se souvient toujours des baisers, des caresses, de l’amour que Julien lui prodiguait. Mais elle espère avoir trouvé la sérénité avec Yves, l’ami et le compagnon des beaux jours.

Mais le destin est farceur, même s’il n’est pas toujours drôle.

 

Sous le pseudonyme de Laurence Edmée, se cache Giova Selly qui trouvait un nouveau débouché pour ses romans.

Une étrange amitié est tout autant un roman d’amour, normal c’est dans les gênes de la collection, mais aussi un roman d’aventures, avec un zeste de policier et de suspense psychologique. La jalousie en est le moteur, pourtant, curieusement Stéphanie ne semble pas s’en rendre compte. Elle cultive l’amour et l’amitié, mais ce sont souvent des sentiments incompatibles.

 

Laurence EDMEE : Une étrange amitié. Collection Nous Deux N°54. Groupe éditions mondiales. Parution 1er septembre 1992. 126 pages.

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 05:27

A consommer avec modération !

Christopher NICOLE : Un petit blanc

En ce mois d’aout 1936, la Guyane britannique est en effervescence. Les travailleurs des plantations se soulèvent, des autochtones et des coolies originaires des Indes orientales principalement. Ils sont menaçants, brandissant coutelas, se dirigeant vers la demeure de leur maître.

Rupert, un jeune garçon âgé de six ans, joue aux soldats de plomb, et est bientôt rejoint par son copain Johnnie Sikram. Le garçon est un peu plus vieux et c’est le fils du maître d’hôtel de la plantation Longdene. Jouer avec Rupert est un rite qu’il apprécie. Tous les après-midi, après l’école, il va s’amuser à cache-cache avec Rupert. Mais ce jour-là, la déferlante des ouvriers en colère gâche sa joie.

Le jeune Rupert ne se démonte pas et aussitôt il s’engouffre dans la demeure et ressort avec deux pistolets. Deux colts qu’il décharge sans coup férir sur les ouvriers en colère. Pour le principe, car ce sont des pistolets factices et ses munitions, des amorces. Mais cela produit son petit effet, tout autant auprès des ouvriers de la plantation que des domestiques. Bientôt les policiers arrivent en renfort afin de mettre bon ordre à ce soulèvement.

Ce petit blanc, blond et frêle, qui accumule tous les ans des maladies, est considéré comme un petit héros. Puéril mais quand même, il a de l’avenir. Du moins c’est ce que pense sa famille, son père évidemment, son oncle Simon, qui lui offre même un verre de whisky pour récompenser son courage, sa mère et les autres femmes de la maison ainsi que la domesticité.

Mais cet éclat spontané le marquera à jamais. Il ne se sentira plus jamais en phase dans cette ambiance dans laquelle évoluent Noirs et Blancs. Malgré quelques unions entre races, le mariage de certains des habitants en provenance de la Grande-Bretagne avec des autochtones, ce soulèvement laissera des traces. Aussi bien chez les Noirs dont la prépondérance se fait de plus en plus prégnante que chez les Blancs qui ne sont après tout que des colonisateurs.

 

Né en Guyane Britannique, Christopher Nicole, né le 7 décembre 1930 à Georgetown au Guyana, a probablement vécu de l’intérieur les incidents qu’il décrit. Et peut-être connu ce petit garçon qui va devenir un adolescent séduisant, pathétique, partagé, déchiré, par ses passions, ses désirs, ses remords, et ses peurs.

La reconstitution d’une époque trouble qui se décline quelques années avant le grand conflit mondial, mais entraînera d’autres soulèvements, le rôle des Blancs se montrant parfois délétère envers les populations locales.

Si l’histoire semblait intéressante, j’avoue m’être ennuyé à la lecture du roman. Il y manque un peu de mouvement, d’humour, même si l’intrigue ne s’y prête guère, d’un petit quelque chose d’indéfinissable qui fait, qu’une fois la dernière page tournée, on reste dubitatif. Mais comme ce n’est pas le seul que je possède, une nouvelle tentative s’impose.

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur prolifique, plus de deux cents romans, mais peu traduit en France, une quinzaine au Fleuve Noir, chez Buchet-Chastel, à la Série Noire, aux Presses de la Cité… je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous.

 

Christopher NICOLE : Un petit blanc (White Boy – 1966. Traduction de Lily Jumel). Collection Grands Romans. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1970. 316 pages.

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 04:55

Hommage à P.-J. Hérault, décédé le 26 octobre 2020.

P.-J. HERAULT : Les bâtisseurs du monde

Lorsqu’il sort de sa nouvelle hibernation, qui a duré près de six cents ans, Cal est surpris d’apercevoir à ses côtés Louro. L’ordinateur H1 de la base des Loys dans laquelle il s’était enfermé, a construit une réplique de son ami vahussi, un robot recouvert d’une peau dont la ressemblance humaine est à s’y méprendre. Lou, c’est son nom, parle et agit comme un être humain. Il suffit de lui donner les bonnes instructions, qu’il suit fidèlement. Il est même capable d’anticiper, comme s’il possédait une intelligence non artificielle.

Décidé à visiter à nouveau la planète Vaha et se rendre compte des améliorations apportées grâce à ses conseils, Cal demande à H1 de lui fabriquer trois autres robots, mais exige qu’ils soient différents afin de ne pas ressembler à des clones. Puis il part à la découverte, espérant que ses conseils prodigués quelques siècles auparavant ont été appliqués.

Après avoir trouvé où son fils a été enterré et repris la bague dont il était muni, Cal se dirige vers le port de Semoul à bord d’un char à voiles rudimentaire. En chemin il rencontre un chasseur solitaire et agressif. Cal parvient à l’apaiser en discutant aimablement avec Sistaz, c’est ainsi que se nomme le chasseur. L’homme se méfie des prêtres, malgré tout il accepte de monter à bord du char.

En cours de route, ils rencontrent une chaîne humaine, des prisonniers attachés par le cou les uns derrière les autres. Ils sont encadrés par des soldats en armes, arc et épée. Deux autres personnages les accompagnent, plus petits que les Vahussis. Ce sont des Hommes-de-Frahal. Cal refuse de se plier aux injonctions de l’un des prêtres et la bagarre est déclenchée, laissant sur le carreau les soldats et les Hommes-de-Frahal. Ensuite Cal s’enquiert de quel forfait ont été reconnus coupables les prisonniers. L’un d’eux, Divo, se fait le porte-parole de ce petit groupe d’hommes libérés et explique dans quelle situation se trouve le pays Vahussi.

Le territoire des Vahussis est dirigé par un Seigneur et les prêtres. Les habitants doivent obéissance à Frahal, un dieu fabriqué de toutes pièces et la moindre incartade est violemment réprimée. Cal est révolté par cette nouvelle civilisation imposée alors que son but était de pousser les Vahussis sur la voie de la civilisation et de l’indépendance.

Alors il va s’élever contre cette forme d’esclavage religieux et bâtir un port sur une langue de terre, et dans lequel les Vahussis désireux de s’affranchir de ce diktat pourront se réfugier. Pour cela, il demande à l’ordinateur de la base de lui fabriquer quelques centaines de robots qui devront bâtir cette nouvelle ville et construire des navires. Pour communiquer avec H1, il possède un micro émetteur-récepteur implanté dans une dent. Et il offre à ses amis de la première heure, Sistaz et Divo, des postes clés, des responsabilités dont ils s’acquittent avec reconnaissance.

 

Alors que dans Rescapé de la Terre, Cal prônait la tolérance et le pacifisme, deux vertus qu’il exhorte encore, nous assistons dans ce deuxième volet à de multiples combats entre Vahussis et Hommes-de-Frahal. Mais Cal est soutenu dans son entreprise par l’ordinateur qui lui fournit des hommes-robots, des technologies dont il se garde bien de révéler l’origine auprès de ceux qu’il veut aider à sortir des griffes de la religion et surtout de ceux qui s’en servent à des fins personnelles et politiques.

Il fabrique une imprimerie rudimentaire, des armes plus perfectionnées que les arcs, des arbalètes, et il va même jusqu’à enseigner comment distiller de l’alcool. Ce qui va à l’encontre des préceptes qu’il défendait dans Rescapé de la Terre.

Un roman sociologique entrecoupé de très nombreuses scènes de batailles. La science-fiction et l’aventure font bon ménage, et l’on se demande ce qui prime de l’un sur l’autre.

C’est également un roman qui se veut un vibrant hommage à la liberté, refusant des contraintes imposées par des hommes se réclamant d’un Dieu inaccessible et invisible, ou d’une morale ressemblant à celle qui était en vigueur sur Terre, lorsque Cal l’a quittée. Par exemple, autrefois les femmes se mettaient en couple et pouvait quitter leur compagnon, à n’importe quel moment, sans que cela entraîne une quelconque forme de jalousie. Mais depuis la main mise des prêtres sur la vie des Vahussis, il n’en va plus de même. Un couple n’a plus le droit de se séparer, au nom de la morale. Sinon, la femme est condamnée à être brûlée par les prêtres, au Temple, quant à l’homme il est condamné aux bricks (voir image) pour dix ans.

Et voilà, songe Cal, la bonne vieille morale terrienne se retrouve ici. Il est probable qu’elle y fait autant de ravages.

 

P.-J. HERAULT : Les bâtisseurs du monde
Réédition collection Anticipation N°1722. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1989.

Réédition collection Anticipation N°1722. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1989.

Réédition Milady Poche dans Cal de Ter 1. Parution avril 2013.

Réédition Milady Poche dans Cal de Ter 1. Parution avril 2013.

P.-J. HERAULT : Les bâtisseurs du monde (Cal de Ter 2). Collection Anticipation N°714. Editions Fleuve Noir. Parution février 1976. 224 pages.

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 03:46

Sans rire, il est difficile d’être un bouffon du roi…

Michel ZEVACO : Triboulet.

A cinquante ans, François 1er est las de sa maîtresse Madeleine Ferron, dite la Belle Ferronnière. Il a jeté son dévolu sur une adolescente de dix-sept ans, Gilette. Il annonce à ses courtisans cette décision et Triboulet, le Fou du Roi, un bossu dont les réparties sont sarcastiques, et font souvent rire jaune ceux à qui il s’adresse, l’entend. Même le roi est importuné dans certaines circonstances et ne mâche pas ses mots. Mais rien n’y fait.

Triboulet oyant la déclaration de François 1er est bouleversé, car Gilette est sa fille. Ou du moins, il considère l’orpheline comme sa fille, l’ayant élevée. Et Gilette est persuadée que Triboulet est son géniteur.

Afin de parvenir à ses fins François 1er avertit Jean Ferron, le mari de la Belle Ferronnière de son infortune, et va jusqu’à lui donner la clé de la chambre dans laquelle elle reçoit son royal amant. Cela ne se fait pas, surtout de la part d’un personnage aussi important, et elle médite sa vengeance.

Gilette, lorsqu’elle apprend l’envie du roi, est chagrinée. Elle aime un malandrin du nom de Mandred, qui vit dans la cour des Miracles en compagnie d’un autre jeune homme de son âge, Lanthenay. Tous deux sont orphelins, comme bon nombre de personnages qui gravitent dans ce roman. Orphelins, ou enlevés à leurs parents dans leur plus jeune âge.

Gilette aime Mandred, depuis qu’elle l’a aperçu de sa fenêtre et Mandred aime Gilette depuis qu’en déambulant dans la rue il l’avait vue appuyée à sa fenêtre. Pourtant autant ils ne se sont jamais parlé.

De nuit il rencontre le roi, accompagné de quelques-uns de ses fidèles, importunant Gilette (cela commence à devenir rasoir penserez-vous) et le provoque. Il est arrêté et promis à la pendaison. Il en réchappera grâce à un subterfuge. Il aura à cœur de venger l’honneur de sa belle et aidé de Lanthenay et des membres de la cour des Miracles en s’introduisant dans le palais royal.

Le roi François qui ne deviendra 1er lorsque François II accèdera, pour quelques mois, au trône, apprend que Gilette dont il voulait faire sa maîtresse est sa fille. Pourtant il sera toujours le cul entre deux chaises, ressentant un vague amour paternel mais surtout une grosse envie de la coucher dans son lit.

 

Tout comme Alexandre Dumas, Michel Zévaco s’inspire de l’histoire de France, mettant en scène des personnages célèbres et des épisodes réels. Il les déforme un peu parfois, tout comme le fit son célèbre prédécesseur. Mais ses romans sont parfois plus hauts en couleurs, plus exubérants, plus démesurés, plus épiques, plus théâtraux dans la description des événements et des combats.

Zévaco narre des intrigues d’amour et de haine, dans lesquelles coups fourrés, trahisons, empoisonnements et transmissions de maladies, vengeance, amitiés, combats, foisonnent offrant des heures de lecture passionnantes.

Parmi les personnages réels, outre la Belle Ferronnière, on retrouve Etienne Dolet, écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue, qui prend une part active dans le cours de l’intrigue, et surtout François 1er et Ignace de Loyola, fondateur et premier supérieur de la Compagnie de Jésus, les Jésuites.

Et il reste fidèle à ses idées anarchistes, pour lesquelles il fût arrêté à plusieurs reprises et purgeât plusieurs mois en prison pour ses déclarations : Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture.

Michel Zevaco n’est pas tendre envers le roi et le jésuite. François 1er est ainsi décrit :

François 1er était un type de reître policé. Sous le vernis brillant de son imagination, sous le faste de ses prétentions à la poésie et aux arts, ce qu’on trouvait en lui, c’était l’homme de la bataille. On en a fait un ténor, c’était un tueur.

 

Quant à Loyola, c’est un religieux prêt à tout pour imposer ses idées.

Savez-vous, leur dit-il, qu’il est permis de mentir dans l’intérêt et pour la gloire de Dieu ?...

Savez-vous qu’aucune action n’est condamnable, si elle tend au bien de l’Eglise et à la gloire de Dieu ? Je dis aucune action : même le vol, même le meurtre…

Il faut qu’on le sache ! Tout est permis, tout est juste, tout est bon qui conduit au triomphe de Jésus et de la Vierge. Si la fin proposée est bonne, tous les moyens sont bons.

 

Et lorsqu’il s’entretient avec Rabelais, il lui déclare, en présence de Manfred et de Calvin :

Ces philosophies, je leur déclare une guerre à mort. Ce sera avant peu l’extermination des hérésies, et de la science. La science est maudite. L’ignorance est sacrée. En Espagne, nous avons commencé à traquer les faiseurs de livres. En France, j’ai obtenu du roi chrétien François de Valois que les mêmes poursuites soient commencées. Malheur ! Trois fois malheur aux hérétiques et aux savants ! Il y a à Paris un homme de perdition : Etienne Dolet… Nous voulons tuer la science. Pour tuer la science, nous tuerons l’imprimerie. Pour tuer l’imprimerie, nous tuerons Dolet.

Un peu plus loin il ajoute :

Il faudra choisir entre la croix et le bûcher. Ou la croix dominera le monde, ou le monde deviendra un véritable bûcher !

 

Une étrange conception de la région qui n’est pas très catholique !

Ce roman possède une suite qui s’intitule La Cour des Miracles. A lire prochainement sur cet écran. En attendant, je vous laisse juge des bienfaits et des méfaits des Jésuites, et de l’influence sur ceux qui en ont reçu l’éducation. Comme un certain président actuel.

 

Vous pouvez lire ce roman en le téléchargeant gratuitement et légalement en pointant votre curseur sur le lien ci-dessous :

Michel ZEVACO : Triboulet. Texte établi d'après l'édition Arthème Fayard, Le Livre populaire 1948. Version numérique gratuite sur Bibliothèque électronique du Québec. 482 pages.

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 03:08

Entre Robinson et Tarzan…

P.J. HERAULT : Le rescapé de la Terre.

Lorsqu’il se réveille de son hibernation forcée, Cal pense n’avoir été confiné dans sa cellule spatiale que durant dix jours. En touchant sa chevelure qui s’est allongée comme celle d’un hippie, son raisonnement l’amène à croire à quelques mois, voire quelques années. Mais en fixant le calendrier numérique à quatre chiffres, il n’est plus obligé de calculer. Le cadran affiche le 6 avril 1631. Alors qu’il a été opéré en juillet 2296.

Et voilà, cela fait au moins plus de neuf mille ans qu’il voyage dans l’espace, alimenté par des espèces de sonde. Et il entend un message enregistré par son ami Giusse, un message qui n’est pas porteur d’espoir, car cela signifie que si ce message lui est diffusé, il n’est que le seul rescapé d’une catastrophe.

Il arrive en vue d’une planète bleue, le seul genre de planète qui, comme chacun sait, est susceptible d’abriter une présence humaine. L’atterrissage s’effectue en douceur et il peut récupérer des caisses de survie. Il s’imprègne du paysage composé d’une végétation abondante puis s’éloigne jusqu’à une falaise au milieu de laquelle il distingue une grotte.

Il parvient à grimper, explore cette caverne, et l’aménage en hissant ses caisses à l’aide d’un treuil qu’il fabrique grâce aux divers objets contenus dans ses caissons. Il s’installe confortablement selon les moyens du bord, qui sont quand même conséquents puisqu’il possède deux tubes laser dont il doit limiter l’usage, et d’autres bricoles, puis part à la découverte de son nouvel environnement grâce aux cartes issues de l’ordinateur de bord et qu’il a imprimées. La faune ne manque pas et il peut s’alimenter sans problème en chassant et fumant la viande ou en pêchant les poissons qui foisonnent dans une rivière proche.

Mais parmi ces animaux certains ne sont guère accommodant comme ces espèces de babouins belliqueux. Pris en tenaille par de gros ursidés il est sauvé par un homme qui est muni d’une lance. Alors il fait la connaissance d’une tribu dont les représentants, mâles et femelles, ont les cheveux blonds, presque blancs. C’est un Vahussi, nom de cette peuplade qui vit sur cette terre d’asile et s’exprime dans un langage que ne comprend pas Cal. Pourtant à l’aide de geste il apprend que son sauveteur se nomme Lourogastoyu, rapidement abrégé en Louro tout simplement.

Louro l’emmène dans son village et Cal est pris en charge par une jeune fille dénommée Meztiyano laquelle lui enseigne avec patience leur langue et leur mode de vie. Par exemple, il n’existe pas de mariage proprement dit mais la femme peut s’installer en couple avec un homme, puis changer de partenaire sans que cela pose problème. Et inversement. Ils ne connaissent pas la jalousie. Ils sont aussi individualistes et tolérants. En contrepartie Cal, pacifique de conviction, apprend à ses nouveaux amis l’art de fabriquer des arcs, et de s’en servir, puis à construire une roue qui va les aider pour déplacer de grosses charges, à nager puis à construire des petits bateaux. Car si ces hommes et femmes vivent près d’un grand lac, ou de la mer, ils se conduisent en béotiens devant cet élément liquide.

Mais en aucun cas, Cal ne veut devenir un chef de tribu, juste se montrer comme un guide ou un aide dans certaines situations. Par exemple lorsque les Vahussis sont en butte à la vindicte d’envahisseurs esclavagistes. Il tombe amoureux de Meztiano, à la mode des Vahussis et la jeune femme semble être dans les mêmes dispositions. Il en résultera la naissance d’un fils.

Au cours d’une de ses déambulations il découvre une sorte de tumulus qui s’avère être une base souterraine, contrôlée par un ordinateur extraterrestre endormi aménagé par un ancien peuple, les Loys.

 

Le rescapé de la terre est le premier volume d’une série prometteuse, admirablement servi par un auteur qui ne sombre pas dans la violence. Il met en scène une sorte de Robinson arrivant sur une planète inconnue et qui est obligé de se débrouiller contre la nature parfois hostile. Tout comme son prédécesseur, Cal récupère des outils et des armes qui vont l’aider dans son installation.

Mais contrairement à ce qu’il se passe parfois dans bien des romans d’aventures et de robinsonnades, Cal ménage les représentants de la tribu des Vahussis. Sans se montrer paternaliste, il est un peu leur protecteur dans certaines conditions difficiles, ne désirant pas devenir le chef mais au contraire se mettant à leur service.

La narration est selon les chapitres, à la première personne ou à la troisième, selon les circonstances.

S’il y a un côté Robinson dans les aventures de Cal, il existe également une légère analogie avec Tarzan :

Alors, à tout hasard, je reste ainsi, immobile, les regardant calmement. Puis je me frappe la poitrine des deux poings, en poussant un hurlement, allez savoir pourquoi. Paniqués, les trois babouins font demi-tour et s’enfuient !

 

Réédition collection Anticipation N°1716. Editions Fleuve Noir. Parution 8ctobre 1989.

Réédition collection Anticipation N°1716. Editions Fleuve Noir. Parution 8ctobre 1989.

Réédition Collection Imaginaire. L’intégrale Cal de Ter volume 1. Editions Milady.

Réédition Collection Imaginaire. L’intégrale Cal de Ter volume 1. Editions Milady.

P.J. HERAULT : Le rescapé de la Terre. Série Cal de Ter. Tome 1. Collection Anticipation N°691. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1975. 224 pages.

Réédition collection Anticipation N°1716. Editions Fleuve Noir. Parution 8ctobre 1989.

Réédition Collection Imaginaire. L’intégrale Cal de Ter volume 1. Editions Milady. Contient : Le rescapé de la Terre, Les bâtisseurs du Monde et La planète folle. Parution Mars 2012. 600 pages. Réédition du même en Poche, éditions Milady. Parution avril 2013. 480 pages.

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 03:57

Ce n’est pas la clé de Sol, alors ?

Sax ROHMER : La clé du temple du ciel.

Le véritable héros, le véritable protagoniste des œuvres de Sax Rohmer, romans et nouvelles, ce n’est pas le diabolique docteur Fu-Manchu, mais bien l’Orient.

Pas seulement la Chine et ses habitants, quoiqu’ils tiennent une place prépondérante, mais également l’Inde ou l’Asie mineure. C’est l’Orient, l’Orient mystérieux transposé, transplanté, réduit telle une maquette dans un quartier londonien, Chinatown, situé entre Limehouse Causeway et Pennyfields.

Un quartier mal famé, aux impasses noyées dans le brouillard, aux ruelles peu sûres, aux bouges enfumés, exhalant une forte odeurs d’épices et d’encens, avec une arrière senteur d’opium ; des façades grises, monotones, des fenêtres aux carreaux sales qui dissimulent des richesses incomparables, anachroniques, dans un décor de misère, de beuveries, de crimes crapuleux et sinistres, avec en bruit de fond la Tamise et ses docks.

L’on pourrait croire que Sax Rohmer a un compte à régler avec les Asiatiques, mais en réalité ce n’est qu’un paravent (chinois). Pour preuve ce dialogue extrait de la première nouvelle de ce recueil, Rhapsodie pour Limehouse.

Parfois dans vos écrits vous avez dit du mal de mes compatriotes. N’est-ce pas la vérité ?

C’est la vérité, répondis-je, mais seulement dans une certaine limite. Peut-être ai-je dépeint sous un jour défavorable certains individus de votre race ; mais jamais le Chinois en général. Il y a des méchants en Chine comme dans tous les pays.

L’exotisme et le mystère ont toujours fasciné et l’aventure est toujours plus belle lorsqu’elle est parée de dorures et de brocards scintillants, dissimulée dans des boîtes ou des cercueils à secrets, parfumée à l’encens et aux extraits de pavots, gardée et défendue par des dragons de jade.

Sans oublier les sectes mystérieuses et leurs mots de passe, leurs rendez-vous énigmatiques.

Composant ce volume, où l’on retrouve les inspecteurs Wessex et Kerry, le détective Paul Harley et le journaliste Malcolm Knox, le narrateur, huit nouvelles aux titres alléchants, dans la tradition des feuilletons et romans populaires. Parmi ces nouvelles deux ont déjà été traduites en France et non pas une seule comme annoncée dans la bibliographie due à Francis Lacassin. Mais tout ceci est détaillé dans le sommaire ci-dessous :

 

Préface par Francis Lacassin.

Rhapsodie pour Limehouse (Limehouse Rapsody – 1939. Traduction Jacques Brécard. Publiée dans Le Saint Détective Magazine n°53 de juillet 1959 sous le titre Un bourreau respectable).

La clé du temple du ciel (The Key of the Temple of Heaven – 1922. Traduction Robert-Pierre Castel)

Le mandarin noir (The Black Madarin – 1922. Traduction de Jacques Brécard. Publiée dans Le Saint Détective Magazine n° 139 de septembre 1966).

La fille de Huang Chow (The daughter of Huang Chow - 1921. Traduction Robert-Pierre Castel).

La natte de Hi Wing Ho (The Pigtail of Hi Wing Ho – 1916. Traduction Robert-Pierre Castel).

La maison de l’idole d’or (The House of the Golden Joss – 1920. Traduction Robert-Pierre Castel).

L’homme au crâne rasé (The Man with the Shaven Skull – 1920. Traduction Robert-Pierre Castel).

Le gosse de Kerry (Kerry’s Kid – 1922. Traduction Robert-Pierre Castel).

Bibliographie par Francis Lacassin avec l’indication des revues et éventuellement des recueils dans lesquels ces nouvelles ont été publiées.

Sax ROHMER : La clé du temple du ciel. Série L’Aventure insensée dirigée par Francis Lacassin N°2067. Edition 10/18. Parution décembre 1989. 320 pages.

ISBN : 9782264013040

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 04:40

Entre Arsène Lupin et Sam et Sally.

Anthony FEEK : Echec à Barnaby.

Alors qu’il attend le moment favorable pour s’introduire dans la demeure de Sir Happleton, Barnaby Hope s’aperçoit qu’il est devancé par une silhouette qui se déplace dans la nuit.

Il avait pourtant bien préparé son expédition consistant à s’emparer des pierres précieuses du châtelain. Sir James Happleton avait emmené au restaurant sa conquête du moment, Jemina Sharp rencontrée lors de l’un de ses nombreux déplacements à Londres, et théoriquement la place était libre, nonobstant la présence de son serviteur. Barnaby s’était installé à l’auberge du village de Saint John’s sous le nom de Ginspotter et il avait réglé sa note, devant regagner son domicile le vol effectué.

Mais les choses n’ont pas tourné comme il l’avait prévu, et il s’introduit quand même dans le château par le même chemin que son prédécesseur afin de constater les dégâts. Les vitrines dans lesquelles les diamants étaient enfermés n’ont pas été fracturées et le fil de l’alarme a été coupé près de la porte de la pièce aux trésors. Ce qui fait tiquer Barnaby.

Le soir même il avait remis une lettre destinée à sir James Happelton à l’aubergiste, pensant ne pas revenir dans l’établissement, mais lorsqu’il désire la récupérer, trop tard. L’aubergiste avait fait du zèle.

Les policiers locaux ainsi que le directeur de la compagnie d’assurance sont avertis du vol, et débutent leur enquête sous les yeux du propriétaire. A ce moment sir James Happelton reçoit la fameuse missive mais il en retarde la lecture. Il part pour Londres en compagnie de l’assureur. Barnaby alias Ginspotter rencontre comme par hasard miss Jemina Sharp, qui n’est autre que sa sœur Mabel. Elle avait demandé à sir James de l’emmener au restaurant afin que son frère puisse œuvrer en toute liberté, préparant le terrain, ou plutôt le chemin.

Seulement, coup de théâtre : sir James Happelton, de retour au château, se fait assassiner dans les bois, alors qu’un certain capitaine Garvin Jones venait de solliciter une entrevue.

 

Un roman français dû à Anthony Feek, pseudonyme sous lequel se cache Auguste Franco, mais à forte connotation britannique. Et au lieu d’Arsène Lupin, j’aurais dû évoquer Raffles, son prédécesseur créé par W.E. Hornung, le beau-frère de Conan Doyle.

Echec à Barnaby est constitué de deux épisodes qui se complètent car le meurtre de sir James Happelton est rapidement résolu, le capitaine Garvin Jones s’accusant du méfait. Il avait connu l’officier au cours de la seconde guerre mondiale en Afrique du Nord, dans des conditions guère glorieuses pour le nobliau. Mais la seconde partie est nettement plus vivante, façon de s’exprimer car les morts se comptent à la pelle.

Barnaby, qui est recherché sous un autre nom ainsi que Mabel/Jemina, se confie à son meilleur ennemi, un policier de Scotland Yard. Car les diamants sont toujours dans la nature, et le vol lui est toujours imputé, du moins à son alias, quoi qu’il s’en défende. Et il veut absolument les récupérer afin de les empocher. Il ne s’attaque qu’à des individus méprisables et le plus gros de ses gains est reversé à des œuvres caritatives. Ainsi, s’il récupère les diamants, une partie du produit de la vente sera destinée à un organisme s’occupant de l’avenir des orphelins de guerre.

Barnaby connaîtra au moins trois aventures dans la même collection chez le même éditeur, et Anthony Feek sera publié au Fleuve Noir dans les collections Angoisse et Feu.

Anthony FEEK : Echec à Barnaby. Collection Le Corbeau. Editions Oris. Parution3e trimestre 1947. 224 pages.

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 04:29

C’est un homme comme un autre…

Barbara CARTLAND : Le Diable amoureux

Quelle n’est pas la désillusion de la famille Stanton lors du décès du père Sir Beaugrave Stanton. Celui-ci a dilapidé toute sa fortune dans des voyages et dans des livres couteux et rares pour satisfaire sa passion sur l’Antiquité grecque.

Une passion qui s’était étalée jusque dans le choix des prénoms de ses quatre filles et de son unique fils. L’aînée, Cynthé, dix neuf ans, Larrissa, dix-huit ans, Athéna, dix-sept ans, Delos la petite dernière, quinze ans. Enfin le fils, Nicias, dont bien vite le prénom fut transformé en Nicky, afin d’éviter les moqueries de la part de ses condisciples. Ils vivent dans le château familial, Redmarley, sis dans la campagne anglaise, non loin de Gloucester, mais comme le portefeuille commence à se rétrécir en peau de chagrin, il va falloir opérer quelques coupes dans le train de vie.

Nicky est destiné à poursuivre ses études à Oxford afin de devenir diplomate, mais cela semble compromis. Ses sœurs n’acceptent pas qu’il sacrifie sa carrière à cause d’un manque pécuniaire. Aussi ses sœurs et leur mère envisagent diverses solutions pour pallier cette infortune. Larrissa écrit à sa marraine qui vit à Londres, laquelle connaît une vieille dame établie en France, la comtesse de la Roche, dont le frère, le comte de Barmont recherche une gouvernante pour son petit-fils Jean-Pierre.

Une situation en poche de gouvernante, ou plutôt de préceptrice, ne peut se refuser, aussi afin de paraître à son avantage en France, Larissa restaure quelques vieilles robes de ses sœurs ou de se mère, en leur ajoutant dentelles et les réaménageant. Puis c’est le départ, l’arrivée sur le continent. Dans le train qui l’emmène vers la capitale, Larissa fait la connaissance de Madame Madeleine qui s’extasie sur ses robes. Elle est une coutière renommée et apprécie le travail de rénovation. Elle parle également du comte Raoul de Barmont, le père veuf du jeune Jean-Pierre, mais ce n’est pas à l’avantage du trentenaire. Raoul est un fêtard bien connu dans les clubs de la capitale et des endroits de débauches comme les Folies-Bergères.

En gare un coche attend Larissa qui va enfin connaître les aîtres et les êtres. Le comte de Barmont père est un sexagénaire froid et distant qui ne voit que par son petit-fils, ne désirant pas entendre parler de son fils qu’il veut répudier. Madame de Savigny sa sœur qui vit au château accueille Larissa avec sympathie, ainsi que le personnel dont la nourrice de Jean-Pierre qui fut également celle du père, le comte Raoul.

Larissa doit enseigner surtout la langue anglaise à Jean-Pierre, un petit bonhomme de six ans qui ne pense qu’à jouer. C’est un gamin rêveur qu’un rien distraie, n’essayant pas de retenir les leçons de sa préceptrice. Au contraire, comme s’il en faisait exprès. Larissa s’aperçoit rapidement qu’il manque quelques neurones dans le cerveau de Jean-Pierre ce dont, à part son grand-père, tout le monde s’est aperçu. Et elle ne peut mettre en doute l’intelligence du gamin, au risque de se faire renvoyer au bout de quinze jours comme les gouvernantes précédentes.

Un jour, Jean-Pierre, toujours dans la lune, manque se faire écraser par un cheval qui galope dans une allée du château. Il s’agit du comte Raoul venu prendre des nouvelles de son fils, de la nouvelle préceptrice, et proposer une affaire à son père. Celui-ci refuse sans même étudier la proposition, engoncé qu’il est dans sa morgue et sa prévention envers le fils qui n’est pas prodigue. Mais le jeune comte Raoul tape dans les yeux et le cœur de Larissa et apparemment, c’est réciproque.

 

Sous cette ébauche d’histoire d’amour, qui se déroule en 1890, se niche un drame familial, un épisode imprévisible, dans sa conclusion, mais dont Barbara Cartland avait déjà posé les prémices par quelques péripéties sentant le roman policier. En effet, le comte Raoul manque être empoisonné, selon l’un des serviteurs toujours à l’affût des ragots, par une des bouteilles de Champagne ramenées du domaine. Car le comte, ne pouvant déshériter son fils, avait imaginé un meurtre afin que son petit-fils devienne l’héritier.

Mais Larissa, mise au courant, sauvera la vie de Raoul, en se précipitant à Paris, découvrant par la même occasion les lieux supposés de débauche du père de Jean-Pierre, à l’insu de son patron. Mais ce n’est pas fini.

 

Barbara Cartland se pique également de psychologie, mettant en parallèle les sociétés huppées britanniques et françaises, et leurs conceptions du mariage.

Les Français ont la réputation d’être très audacieux avec les femmes affirme Lady Stanton, qui ajoute : Un Anglais, s’il est homme d’honneur, ne courtisera une jeune fille que si ses intentions sont honnêtes, que s’il compte lui offrir le mariage.

On pourrait longtemps gloser sur ces deux affirmations tendancieuses. Mais laissons les philosophes s’écharper sur ces allégations, Ah bon, il n’existe pas de Français homme d’honneur, et que font les Anglais qui ne sont pas hommes d’honneur, comme il en existe partout ? Vaste sujet de dissertation, n’est-il point ?

Alors que le comte Raoul lui déclare qu’elle est infiniment ravissante, et qu’il suppose que de nombreux admirateurs le lui ont déjà dit, Larissa rétorque :

En Angleterre, monsieur, les hommes sont bien élevés.

Elle avait eu l’intention de le rabrouer, mais elle vit Raoul sourire. Ses yeux pétillaient.

Serait-il mal élevé de dire la vérité ? demanda-t-il. A vous voir, j’aurais cru que, plus que quiconque, vous apprécieriez la franchise.

Peut-on penser qu’il s’agit d’un cas de harcèlement ou d’un compliment mérité ?

Ce qu’un enfant ne connait pas ne lui manque pas.

Barbara CARTLAND : Le Diable amoureux (The devil in love – 1974. Traduction de Denyse Renaud). Collection Nous Deux N°358. Les Editions Mondiales. Parution juillet 1976. 222 pages.

ISBN : 2707413585

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 03:55

Alexandrie
Alexandra
Alexandrie où l'amour danse au fond des draps…

Francis CARCO : Palace Egypte.

Labellisé sobrement Roman, cet ouvrage est surtout un récit de voyage, une histoire d’amour et une autobiographie romancée.

Au moment où cette histoire débute, le narrateur, qui n’est autre que Francis Carco, est installé dans un vieil hôtel opulent et bourgeois du Caire. Son ami Poloche, guide dans le pays depuis dix-huit ans, l’informe qu’il a obtenu des prix au Sémiramis, un établissement plus sélect, et surtout la chambre qu’il a réservée est avec vue sur le Nil.

En investissant sa nouvelle chambre, l’auteur s’aperçoit que son balcon est mitoyen avec la chambre voisine. Une ravissante jeune femme blonde l’occupe et une autre femme qui se tient dans la rue l’appelle par le prénom de Naïla. Un bien joli prénom, Poloche précisant que Naïla veut dire Soupirante en arabe. N’écoutant que son courage, Francis s’avance et lorgne dans la pièce où évolue cette charmante personne. Elle ne s’offusque pas de cette curiosité déplacée, au contraire, cela l’amuse de même ainsi que la brune qui l’a rejointe.

Naïla partage son lit avec Freddy, mais, et cela Francis l’entend de sa chambre, les deux amants se disputent souvent, se réconciliant après, en personnes bien élevées. Francis est attiré par cette femme, et il fait la connaissance de Freddy, un individu qu’il n’apprécie pas plus que cela. Grâce à Naïla, le narrateur fera connaissance également de Yasmine, cette amie brune qui hélait de la rue sa copine. Deux inséparables et Francis se demande même si, des fois, afin de changer d’herbage, les deux amies ne batifoleraient pas du côté de Lesbos.

Yasmine est mariée et elle change souvent d’amant. Elle n’en est plus à compter ses aventures. Mais comme le déclare Freddy, On ne lui avait jamais connu deux amants à la fois. Francis est attiré par Naïla mais bientôt c’est Yasmine qui la supplante dans son cœur. Il est invité chez l’une ou chez l’autre, il visite la ville et surtout les quartiers chauds, en compagnie la plupart du temps de Naïla, puis il se rend à Louxor puis à Alexandrie, retrouvant Yasmine de plus en plus souvent.

 

L’auteur nous fait partager ses aventures amoureuses platoniques avec Naïla et Yasmine, ses élans, ses retenues, mais également jette un œil critique sur la société égyptienne et la condition féminine. Il évolue dans les milieux huppés, et reçoit les confidences de Naïla et Yasmine. Les femmes égyptiennes étouffent, et à Yasmine qui déclare à une plantureuse et jolie créature : Tu as de la chance, ton mari te laisse partir, celle-ci lui rétorque :

Eh bien rends-toi malade. Ce n’est pas sorcier. Veux-tu l’adresse de mon docteur ? il te donnera des gouttes ou une potion…

Naïla, qui les écoutait, me dit :

Entendez-les. Toutes ne pensent qu’à s’enfuir. Chaque année, vers la fin de l’hiver, elles s’arrangent avec des médecins qui prescrivent une cure à Vittel, Vichy ou Brides. C’est une comédie !

Mais pourquoi ce besoin de départ, Naïla ?

Pour être libres ! Vous ne savez pas ce que c’est… Ici aucune indépendance. Tout se sait immédiatement. A moins d’avoir le toupet de la princesse qui a loué, dans la maison de son coiffeur, une garçonnière…

 

Cet état de fait, depuis ne s’est pas amélioré, au contraire ! Mais restons dans le sujet, ce livre, qui traite également de la drogue. Ainsi Naïla, qui se promène en compagnie de Yasmine, déclare à Francis lors de la visite d’un quartier :

On passait autrefois de la drogue par ici.

Quelle drogue ?

Haschich, opium, héroïne, coco.

Et maintenant ?

Oh ! on en a toujours.

Naïla, objecta timidement Yasmine, qu’en sais-tu ?

Il suffit de lire les rapports de Russel Pacha. Ils sont édifiants. Ainsi les trafiquants plaçaient les tablettes de haschich sous les touffes de poils de chameaux, et ils fixaient ces touffes à l’aide d’un peu de glu, entre la bosse et le flanc de la bête.

Un peu plus loin, Naïla dévoile de quelle façon les mercantis débarquent leur drogue :

Ils recourent à diverses méthodes. Certains utilisent des suppositoires que se mettent des gamins, à bord, avant de descendre. D’autres fraudeurs se servaient des jarretelles que portaient des jeunes filles complices.

 

Un livre intéressant à plus d’un titre, loin de l’univers argotique et montmartrois de Jésus la Caille, le premier roman de Francis Carco publié en 1914, mais dans lequel on retrouve certains thèmes, comme la prostitution. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à Henry de Monfreid et à Joseph Kessel dans certains passages du livre.

Francis CARCO : Palace Egypte. Editions Albin Michel. Parution juillet 1933. 252 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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