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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 05:44

Hommage à Robert Heinlein décédé le 8 mai 1988.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille

Question : A quel moment un Zygote, c'est à dire l'œuf fécondé produit de l'union des gamètes, peut-il penser, sachant qu'un spermatozoïde et un ovocyte ne pas sont conscients de leur existence ?

Partant de ce principe, n'est-il pas envisageable d'imaginer qu'à force de connexions et d'interconnexions, un ordinateur puisse un jour se mettre à penser ?

Ces deux questions pourraient donner le ton et l'ambiance qui se dégagent de la troisième partie du livre de Robert Heinlein, ce Chat passe-muraille, un chaton plutôt du nom de Pixel qui passe au travers des murs parce qu'il est trop jeune pour savoir que c'est impossible.

Après deux parties farfelues et complètement délirantes débutant comme un roman policier, cette histoire diverge vers les multi-dimensions, les mondes parallèles (l'on retrouve la théorie du chat de Schrödinger) comme si l'auteur avait voulu changer de sujet en cours de route.

Pour rappel :

Un individu qui lui est inconnu demande au colonel Campbell d'assassiner quelqu'un. Mais lui-même meurt assassiné. Du coup Campbell s'enfuit avec sa nouvelle épouse afin d'échapper à un complot. Un trajet qui les oblige à quitter la station spatiale Règle d'or à bord d'une navette trop vétuste et ils s'écrasent sur la Lune. Un incident qui les emmène à fréquenter des personnages de tous bords dans différentes villes lunaires jusque dans un hôtel miteux. La femme de Campbell, avec laquelle il n'est marié que depuis trois jours, tente de le persuader qu'elle est un agent spatio-temporel dans un univers totalement déjanté, où il est difficile de savoir, par exemple, si les gens sont âgés de trente ou trois cents ans, où les navettes ne comportent que quatre places munies de toilettes victoriennes, ce qui est évidemment plus agréable et confortable que la cabane au fond du jardin, et autres élucubrations jouissives.

La troisième partie, qui est légèrement soporifique en comparaison des deux précédentes, ne doit pas justement faire oublier les deux premières. Un roman jubilatoire dû à une imagination débordante et débridée d'un auteur de science-fiction engagé.

Cette citation extraite d'un dialogue souligne la différence pouvant exister entre écrivain et romancier.

- Vous êtes écrivain, vous faites de la littérature peut-être ? Sans intrigue ?
- Moi ? Je ne sais pas écrire de littérature, j'écris des histoires.

Réimpression mars 1993.

Réimpression mars 1993.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille (The Cat who walks through Walls - 1985. Traduction de Jean-Paul Martin). Inédit. Collection J'ai Lu Science-fiction N°2248. Parution 1987. 508 pages.

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 05:32

Pas une seule fausse note

Arnaud CUIDET : Les chœurs de la mer rouge.

Est-ce un lac, ou véritablement une mer rouge ? Henry Bradford, archéologue, est sceptique et regardant l'eau écarlate qui s'étend devant lui. Il veut en avoir le cœur net, et la petite expédition se remet en route.

Bradford est à la recherche du continent de Mû, et d'après un vieux grimoire récupéré dans la pyramide d'Arand-Ka, il est persuadé toucher au but. Mais pour cela il lui faut déterminer si cette immensité rouge est bien la Mer rouge ou simplement un lac. Et des difficultés matérielles commencent à se dresser devant la petite expédition. Il leur faut absolument trouver à boire ainsi que du pétrule (orthographe certifiée d'origine contrôlée !) pour les véhicules.

Alors que l'expédition roule dans les dunes de sable tout en suivant les contours du rivage, ils sont tout à coup face à des ossements qui datent de milliers d'années, les reliquats d'un Drakonis Major. Mais la tension monte entre les membres de cet équipage conduit par un jeune explorateur archéologue. D'autant qu'un Drakonis vivant fait irruption et malgré les armes automatiques en action, il propulse et détruit quelques véhicules, semant la perturbation dans le convoi. Une roquette récupérée parmi les rangs de l'Axe Noir, et qui a déjà causé des dégâts parmi les rangs de l'Alliance, permet d'annihiler le monstre. Deux indigènes à la peau bleue assistent à cette démonstration de force.

Harry Bradford continue son périple, bravant mille dangers, et pour mieux s'en rendre compte, le lecteur peut se référer au dessin de couverture, qui montre notre héros campé sur un radeau de fortune bravant les éléments marins et météorologiques déchaînés.

 

Il est évident que l'auteur emprunte à quelques éléments de la mythologie grecque et à des périodes modernes pour construire son intrigue. Naturellement le continent de Mû fait référence à l'Atlantide, un mythe qui perdure et souvent utilisé par les fantastiqueurs, mais également on peut penser au voyage d'Ulysse raconté dans l'Odyssée.

Quant aux références de l'Axe Noir et de l'Alliance, elles nous renvoient à des épisodes militaires de la Seconde Guerre Mondiale en Afrique du Nord, et le côté archéologique peut être lié aux découvertes dues à de nombreux explorateurs et archéologues, dont Max Mallowan qui épousa Agatha Christie, dont il fut le second époux, en 1930, le couple voyageant en Irak, Syrie par exemple. Et l'archéologie égyptienne et le mystère des pyramides et autres lieux, ont influencé et inspiré bon nombre de romanciers.

Né en 1975, Arnaud Cuidet est notamment l'auteur d'un roman paru chez Rivière Blanche, Le crépuscule des Rois (collection Blanche N° 2135) mais surtout est surtout connu comme auteur de Jeux de rôles.

 

Arnaud CUIDET : Les chœurs de la mer rouge. Collection Aventures N°3. Editions du Carnoplaste. Parution Avril 2017. 28 pages. 3,00€.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 05:22

Dans la jungle, terrible jungle...

Jean-Hugues VILLACAMPA : Loyola de la jungle.

Dans ce deuxième fascicule de la nouvelle collection Aventures aux éditions du Carnoplaste (voir ci-dessous ma présentation), Jean-Hugues Villacampa joue avec les genres et les codes du roman populaire, roman populaire qui a diverti des millions de lecteurs dans les années fastes de la littérature dite, improprement de gare.

Et l'on retrouvera, parsemés dans le texte des clins d'œil à Xavier de Montépin, à Ridder Haggard, à Jules Verne, Edgar Rice Burroughs, voire à Arthur Rimbaud, sans que leurs noms soient indiqués. Juste un amusement entre l'auteur et le lecteur qui retrouvera les références, ou pas.

Ce n 'est pas un rêve ou un cauchemar qui sort de son endormissement Mathilde, qui n'était pas partie, la bonne du curé d'une paroisse de Valenciennes en cette nuit du 16 décembre 1854. Des vagissements provenant, elle n'en doute point, de la gorge d'une créature monstrueuse, des coups frappés à la porte et Mathilde s'évanouit. Lorsqu'elle reprend conscience, c'est pour constater, en compagnie du père Deboul (!) qu'un couffin a été déposé sur le seuil.

A l'intérieur, un bambin souriant, aux cheveux d'un blond-blanc (ou inversement) et des yeux aux iris blancs striés de bleu quasi iridescent. A son cou est accrochée une fine chaînette d'argent à laquelle pendouille une médaille mariale. En inscription un prénom Ignace, et une date, 4 octobre 1854. Le père Deboul ne veut pas garder ce garçonnet de deux mois et quelques jours, malgré les implorations de Mathilde, mais bientôt il doit s'y résoudre. La tempête du siècle oblige les gens à se calfeutrer chez eux, et Ignace trouve donc un foyer où il peut s'épanouir en toute quiétude, avec, outre les deux personnes déjà citées, Charles-Louis, le chat de la maisonnée. Eh, oui, le père Deboul a un chat...

Les années passent, Ignace grandit, se passionne pour les livres scolaires et religieux mais surtout pour les romans ayant un rapport avec les exploits militaires et pour décor l'Afrique. Seuls ses yeux perturbent le père Deboul qui décide de l'envoyer à Munich, effectuer son noviciat. Ses camarades, taquins comme tous les gamins, ne tardent à le surnommer Loyola. Et c'est ainsi qu'à seize ans Ignace est une belle plante d'un mètre quatre-vingt-dix, vivant à l'école de jésuites de Munich mais il refuse d'intégrer les rangs des officiers militaires. il devient toutefois ami avec un major des uhlans, rapides, de la garde noire de Bavière.

Ignace va pouvoir démontrer sa force et ses réflexes, lors d'un incident provoqué par un agresseur envers un évêque et les paroissiens sont subjugués par la chevelure nimbée de soleil du géant, blond et non vert. Bientôt Ignace et son ami nommé Kavallerieangriff vont partir en Afrique sur les traces de Pline l'Ancien, dont ils partagent la passion pour ce continent.

Une dernière petite chose, une dernière petite précision : Ignace, malgré son physique avantageux, n'a jamais été attiré par les femmes, nonobstant les nombreux regards énamourés dont il jouit. Il a trop été entouré d'amour par la vieille Mathilde, une forte femme poilue, dont il garde un souvenir ému.

 

Je vous laisse poursuivre les aventures africaines d'Ignace, ai-je précisé que c'était un petit, petit, petit nom charmant, dans ce court roman exotique et militaire, à la conquête de territoires inconnus, parsemés de dangers, en compagnie d'hommes valeureux et d'une science aéronautique naissante.

 

Dans la même collection, à lire :

Présentation de la collection Aventures :

Jean-Hugues VILLACAMPA : Loyola de la jungle. Collection Aventures N°2. Editions du Carnoplaste. Parution avril 2017. 28 pages. 3,00€.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 14:32

Et la chair n'est pas forcément faible...

Jacques BAUDOU : Le naufragé de l'île de chair.

Tout étonné de se retrouver en pleine mer dans un dinghy, Hugues essaie de se souvenir ce qui lui est arrivé.

Il se rappelle juste qu'il était à bord d'un hydravion, qu'il venait de boire un cocktail rafraîchissant puis qu'il s'était endormi.

Heureusement son sac de voyage a été déposé près de lui et il trouve une pagaie à ses pieds, ce qui va lui permettre de rejoindre la bande de terre qui se profile à l'horizon.

Après des heures d'effort, il parvient à mettre le pied sur l'estran. Epuisé mais content, il cache son canot de sauvetage et part découvrir les lieux en s'immisçant dans la forêt qui borde la plage. Un sentier s'enfonce sous la canopée et il le suit, découvrant des débris bétonnés couverts de lichens et des structures métalliques rongées par la rouille.

Puis Hugues arrive dans une clairière dans laquelle s'égaillent quelques gallinacées et au milieu de cet espace libre se dresse une tente marabout. Le local abrite une diversité d'objets qui auraient plus leur place dans un laboratoire urbain, ainsi que des bibliothèques, des étagères emplies de dossiers et même une machine à écrire.

L'île n'est pas déserte, et Hugues n'est pas un nouveau Robinson. Une jeune femme descend d'une échelle de corde à la lisère de la clairière. Il se présente, c'est la moindre des choses, Hugues Laudace, globe-trotter, et l'habitante des lieux se nomme Rachel Winter, biologiste. Elle est armée d'une arbalète d'une arbalète et Hugues est effrayé à l'idée de penser qu'elle va s'en servir contre lui.

Elle a aperçu l'hydravion amerrir et Hugues être balancé comme un sac de linge sale dans le canot. Puis elle lui narre son parcours de biologiste et pourquoi elle réside depuis quelques années sur cette île qui dans les années 50 et début 60 fut le théâtre d'essais atomiques par l'armée britannique.

C'est ainsi que Hugues est amené à partager le quotidien de Rachel, et à vivre une aventure qui ne manque pas de piquant.

 

Inscrit résolument dans l'esprit des récits d'aventures qui étaient publiés en fascicule, Le naufragé de l'île de chair n'est pas qu'une aimable bluette destinée à des adolescents. En effet les îles du Pacifique furent le théâtre de nombreux essais atomiques, souvenons-nous de Mururoa, et Jacques Baudou nous propose une vision, pas forcément joyeuse et optimiste de ce qui pourrait arriver dans quelques années, si ce n'est déjà fait, sur ces morceaux de terre que l'on décline comme paradisiaques. Et le titre trouve se justification dans la dernière partie du récit.

Un texte simple, sans prétention, aimablement construit et amené, avec à l'intérieur une histoire qui se greffe autour de Hugues et du pourquoi de son débarquement de l'hydravion. Une double histoire donc et Jacques Baudou inaugure cette nouvelle collection avec une saveur à l'ancienne pour un monde moderne.

Jacques BAUDOU : Le naufragé de l'île de chair. Collection Aventures N°1. Editions du Carnoplaste. Parution avril 2017. 32 pages. 3,00€.

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 05:01

Aventures dans les mers du Sud...

Robert-Louis STEVENSON : Ceux de Falesa

Surtout connu pour son roman L'île au trésor (1883), pour sa nouvelle L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886) et pour son récit Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879), Robert-Louis Stevenson fut comme Jack London un grand voyageur, mais ce n'est pas le seul lien qui les unit.

Ils sont décédés tous deux prématurément, Stevenson à 44 ans, London à 40 ans, et tous deux écrivirent des articles journalistiques qui rencontrèrent le succès, dans lesquels les deux écrivains narraient leurs expériences personnelles et mettaient en scène des histoires ayant la mer pour décor.

Moins connu que les précédentes œuvres citées, Ceux de Falesa fait partie d'un recueil de trois nouvelles intitulé Les Veillées des îles, initialement paru en 1893. Or Ceux de Falesa est ici restitué dans son intégralité, dans sa forme originelle, car ce texte n'eut pas l'heur de plaire pour des raisons que l'on qualifierait aujourd'hui de politiquement incorrectes. En effet, et Michel Le Bris l'explique longuement dans sa présentation, Ceux de Falesa fut honteusement tronqué, modifié, mais l'époque ne se prêtait pas non plus à la modernité de ton et d'écriture de Stevenson.

Les propos tenus et les actions de Wiltshire, le narrateur, ne plaisant pas à l'Angleterre puritaine dirigée par l'inamovible Reine Victoria. Ou du moins c'est l'interprétation qu'invoquent les amis et conseillers littéraires de Stevenson.

Devant reprendre le comptoir délaissé par son prédécesseur parti précipitamment, Wiltshire à son arrivée à Falesa est accueilli par Case, Black Jack et le vieux capitaine Randall. Il doit troquer des marchandises contre le copra, denrée fort recherchée en Europe.

Le premier conseil que donne Case à Wiltshire est de trouver une femme et de lui en présenter dans la foulée. Beaucoup de prétendantes sont agglutinées autour d'eux, mais le choix de Wiltshire, encouragé par Case, se porte sur une jeune fille, dont la morphologie diffère quelque peu des autres postulantes. Alors qu'elles sont potelées, Uma est une maigrichonne au regard étrange, espiègle et voilé. Un accord est rapidement conclu et le mariage peut alors se dérouler selon un rite guère catholique.

Il s'agit d'un mariage qui compte pour du beurre et Black Jack sert d'aumônier, et à l'issue de la cérémonie un certificat leur est remis, rédigé en ces quelques lignes.

Il est certifié qu'Uma, fille de Faavao, de l'île de Falesa de l'archipel des..., est illégalement mariée à M. John Wiltshire, pour une nuit, et que M. John Wiltshire peut à sa guise l'envoyer au diable le lendemain matin. Signé...

Mais Wiltshire est tombé amoureux au premier coup d'œil d'Uma, un véritable coup de foudre, partagé semble-t-il. Et il pense être intégré à la communauté, sauf que les clients ne se pressent pas à son comptoir. Personne ne daigne franchir la porte, et troquer du copra contre les marchandises qui attendent dans l'arrière boutique.

Pourtant les autochtones s'installent devant son magasin, des gamins également, des adultes qui les regardent sans parler, ou entre eux en catimini. Il est tabou ! Ce qui l'inquiète et il sent qu'un coup fourré a été préparé à son insu.

 

Stevenson dénonce l'hypocrisie et le colonialisme, surtout celui exercé par les missionnaires. Et ce n'est pas uniquement ce mariage factice qui a pu choquer les puritains en cette fin de XIXe siècle.

Le certificat de mariage est remis à Uma qui le garde précieusement par devers elle. Pourtant :

On aurait honte pour bien moins. Mais telle était la coutume dans cette partie du monde et, ainsi que je me le dis, la faute n'était nullement la nôtre, à nous les hommes blancs, mais bien celle des missionnaires. S'ils avaient laissé les indigènes vivre leur vie, jamais cette mascarade n'aurait été nécessaire, j'aurais pu prendre toutes les femmes que je voulais et les abandonner à loisir, la conscience nette.

Stevenson, par la voix de Wiltshire, le narrateur, regrette toute cette hypocrisie dans les relations entre les canaques et les blancs, ceux qui viennent apporter leur loi, et surtout l'imposer.

Il faut d'abord que je vous dise que je n'approuve pas du tout les missions, repris-je. M'est avis que vous et vos pareils ne faites que du mal, en bourrant le crâne des indigènes avec des contes de bonnes femmes, tout en jouant les importants.

Wiltshire n'est pas un saint, loin s'en faut, pour autant il est moins pire que ses commensaux.

Et bien des racistes aujourd'hui devraient méditer cette phrase :

Nous arrivions en vue de la maison des trois hommes blancs, car un Nègre, là-bas, compte comme un Blanc - et un Jaune pareil, d'ailleurs ! Une idée singulière, mais commune dans les îles.

 

Mais Stevenson ne rédige pas un réquisitoire, il construit une histoire solide, le problème d'un négociant pour s'implanter sur une île déjà sous la coupe d'autres individus, sur les relations qui peuvent se construire ou non simplement à cause du négoce et des bénéfices qui peuvent en résulter. Il ne s'agit pas d'une histoire d'amour comme une autre puisque construite sur un malentendu, mais de démontrer que les lois édictées par un pays, mises en pratique dans un pays ne peuvent pas forcément être intégrées dans un autre qui possède déjà ses coutumes millénaires. Et par essence, c'est aussi un roman d'aventures !

 

Deux nouvelles complètent ce recueil : Le pauvre John Wiltshire à propos de la situation, qui est inédite, et dans laquelle on retrouve le narrateur de Ceux de Falesa se plaignant de la façon de procéder du Haut Commissaire Sir John Bates Thurston, qui est le Principal Officier Consulaire Britannique en Fonction aux Samoa, et notamment d'une ordonnance dite Ordonnance contre la Sédition de 1892. Il écrit à un journal analysant le mot de sédition.

Mari et femme est le texte paru dans le Sun le 10 novembre 1891, corrigé sur épreuves par Stevenson, et non celui paru ultérieurement dans le volume Dans les mers du Sud, qui avait été spolié.

 

Edition de 1994.

Edition de 1994.

Robert-Louis STEVENSON : Ceux de Falesa (The Beach of Falesa, 1892). Edition établie et présentée par Michel Le Bris. Collection La Petite Vermillon N°28. Editions de La Table Ronde. Parution 19 mai 2016. 240 pages. 7,10€.

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 05:39

Un doudou, c'est sacré !

Couverture et illustrations intérieures de Godo.

Couverture et illustrations intérieures de Godo.

Muté auprès du Service Sécurisation et Bien-être du Président, notre ami Gustave Flicman, déjà héros malgré lui de trois précédentes aventures, est le témoin d'un incident auquel apparemment lui seul assiste, ses collègues chaussés de lunettes noires regardant ailleurs.

Gustave a bénéficié d'une promotion après avoir sauvé la Grosse Cité d'un péril décrit précédemment, et en ce moment, costume noir et lunettes idem, il doit assurer la sécurité d'un visiteur : le PDG du Pépettochistan accompagné de son gamin, turbulent comme il se doit. Affublé de vêtements hétéroclites, le gamin porte en bandoulière un serpent. Horreur, malheur... Vérification faite, il s'agit d'une peluche. Ouf, on a eu chaud, pense Gustave qui admire la voûte.

Une sorte de yéti, un animal à fourrure grise vêtu d'une culotte de peau et armé d'une masse (examinez la couverture) s'introduit dans la salle par une fenêtre du plafond. Une véritable tornade qui déboule, s'empare de la peluche sacrée du pacha-héritier, et pfouittt (ou bruit similaire) l'espèce d'animal se fait la malle.

Gustave Flicman est tout autant embêté que gêné, car lorsqu'il raconte la scène à laquelle il a assisté, il dit tout ou presque. Le commissaire Velu, son ancien supérieur, l'encourage fortement à continuer d'assurer sa mission au Service Sécurité et Bien-être, l'avenir du pays en dépend. En effet le Pépettochistan, et son PDG, Pacha Directeur Général anciennement Pacha Dictateur Général, est le principal fournisseur en énergie, et si le fiston ne récupère pas sa peluche, les conséquences seront terribles.

Alors Gustave poussé par sa conscience, un peu, et le Supérieur Inconnu qui dirige la BRO, Brigade de Répression de l'Onirisme, beaucoup, se met à la recherche du Yéti et de la peluche qu'il a glissée sous une bretelle de sa culotte de peau, à bord d'un tracteur urbain, 4X4 équipé d'un système de conduite assistée parlante.

C'est à ce moment, mais cela aurait pu être à un autre mais c'est maintenant, que se manifestent le Professeur B. et son assistante la jeune Loligoth en s'installant dans son véhicule de fonction. Et voilà Gustave entraîné à son esprit défendant, et à son corps aussi, à la lisière du Pays d'Onirie et de la normalité, à la recherche du Yéti, qui se présente spontanément à lui accompagné du Lutin aux pieds de fromages (humez cette odeur !) appelé aussi le Troll.

Les péripéties vont s'enchaîner en cascades, Gustave Flicman n'a pas le temps de souffler, le lecteur non plus, et les rencontres imprévues vont se succéder, se catapulter, se métamorphoser, comme dans un rêve, sauf que pour Gustave il s'agit bien d'une réalité, attraper la queue du Mickey dans ce cirque effréné. Quand je dis la queue du Mickey, il s'agit bien entendu du serpent à poil, le doudou du Pacha-junior.

La route est belle, sur le papier, car les impondérables que vont rencontrer Gustave Flicman et le duo, le Yéti et le Troll, qui s'entendent comme larrons en foire, les entraînent dans un voyage périlleux semé d'embûches, qui ne sont pas de Noël.

 

Le péril Groumf est la quatrième aventure de Gustave Flicman, le jeune policier qui parfois philosophe sans s'en rendre compte, ou alors si, mais il ne l'avoue pas de peur d'être pris pour celui qu'il n'est pas.

Evidemment, quand on voit ce à quoi la croyance des adultes a donné vie, on devine ce qui nous attend avec celle des enfants...

Un univers dédié aux enfants, dans lequel l'adulte a du mal à trouver sa place, sauf s'il a gardé, préservé, l'innocence qu'il n'aurait jamais dû perdre. Et ce n'est pas en se rendant aux objets trouvés qu'on peut la récupérer cette innocence, cette candeur, cette ingénuité qui manque tant aux adultes, mais en cultivant tout jeune et même avant cette forme d'esprit qui permet d'accepter tout et son contraire sans pour autant se montrer naïf.

L'on ne peut s'empêcher de songer à Lewis Carroll et à son Alice au Pays des Merveilles, une dégringolade horizontale dans un univers décalé, déjanté, désaxé, abracadabrantesque, féérique, merveilleusement incorrect (j'ai emprunté la citation car je l'aime bien, quoiqu'elle ne soit pas de moi) et onirique.

Si ce roman est destiné à des enfants, d'après l'éditeur de 6 à 9 ans, les adolescents de 10 à 110 ans pourront se délecter à cette lecture, et je doute personnellement que l'auteur, à vérifier auprès de ses papiers d'identité, soit encore un enfant et pourtant il s'amuse comme un petit gamin à décrire, à écrire, à rédiger, à délivrer ces récits farfelus, loufoques, mais qui font du bien en nous changeant d'une réalité morose.

 

Renaud MARHIC : Le péril Groumf. Les Lutins urbains N°4. Roman Jeunesse. Editions P'tit Louis. Parution le 22 mars 2017. 200 pages. 9,00€.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 13:17

N'est pas celui des appas rances...

Muriel MOURGUE : Le jeu des apparences.

Installée en Normandie et ayant acquis une renommée comme romancière-graphiste, Angie Werther pensait couler des jours heureux, loin des problèmes politiques.

Seulement Luc Malherbe, le responsable de la Sécurité auprès de la présidente française Rose Leprince, surnommée la Princesse, lui téléphone, lui demandant de lui rendre un petit service. Clara, son amour de jeunesse est décédée accidentellement à Lisbonne. Accidentellement, rien n'est moins sûr, et c'est pour cela qu'il se permet de requérir l'aide d'Angie, la sortant de sa retraite volontaire. Elle doit vérifier sur place, s'il ne s'agirait pas d'un attentat, on ne sait jamais, ou d'un suicide et dans ce cas pourquoi.

Nous sommes en 2026, comme le temps passe, et l'Europe Unie doit élire un nouveau président, l'actuel ne désirant pas poursuivre ses fonctions. En lice, les présidentes de l'Allemagne et de la France. Et Rose Leprince essaie de tout faire pour convaincre de ses capacités à diriger L'Europe, toujours Unie.

Dans quelques semaines, un vol spatial habité s'élancera vers la planète rouge, le 25 décembre exactement, quittant la base de Kourou en Guyane. Une grande première qu'il ne faut pas rater, le prestige étant en jeu. Or un agent infiltré en Guyane vient d'être assassiné, et la mission projetée pourrait en pâtir. C'est Gervaise Gerson, la responsable sécurité pour la partie outremer qui en a informé Luc Malherbe, et elle prend cet assassinat au sérieux. D'autant que peu après c'est le corps d'une femme qui est découvert, démembré et étêté. Sûrement afin de retarder l'identification au maximum de la victime.

Angie Werther se rend à Lisbonne, découvrant la ville, et la librairie que tenait Clara associée avec Pythagore Luna, un homme qui lit continuellement son journal et ne semble guère intéressé par la vie des livres. Au contraire de Joanna, la vendeuse et amie de Clara qui s'implique dans la bonne marche de la boutique et organise des soirées lectures suivies par quelques fidèles.

Luc Malherbe a bien fait les choses. La chambre d'hôtel a été réservée et elle travaillera en binôme avec Alex, un spécialiste de l'informatique qui ausculte les entrailles des ordinateurs et voyage dans Internet avec jouissance. Tandis qu'Angie et son compère Alex effectuent des recherches sur les enregistrements vidéo le moment où Clara a chuté sur le bitume, sa face effacée, sa figure défigurée, ou s'intéressent à la vie et aux habitués de la librairie, que Gervaise Gerson cherche à comprendre les événements mortifères qui se produisent en Guyane, Luc Malherbe tient les rênes de la sécurité tout en déplorant le comportement bizarre qu'affiche la Princesse depuis quelques temps..

Peut-être cela provient-il de l'enjeu que représentent les élections à l'échelon européen et l'avenir de la présidente française à la tête de l'Europe Unie, ou le prochain voyage dans une navette habitée vers Mars.

 

Avec cette nouvelle aventure d'Angie Werther, Muriel Mourgue nous entraîne dans un roman de politique fiction mâtinée d'aventures se déroulant à Paris, Lisbonne et Cayenne, des lieux emblématiques pour nombre d'auteurs actuels - voir notamment L'exil des mécréants de Tito Topin -  avec des projections qui ne sont pas si farfelues que cela pourrait laisser supposer.

Muriel Mourgue monte habilement son intrigue, même si lecteur peut légitiment prévoir une partie de l'épilogue, dans une histoire qui comporte plusieurs entrées qui finiront par se rejoindre.

Et j'ai été agréablement surpris à cette lecture, même si l'anticipation politique proche ne m'accroche pas trop, car souvent en vieillissant l'on se rend compte que les événements prévus ne se produisent pas, heureusement dans la plupart des cas ! Je préfère l'ambiance des années 50, avec son personnage de Thelma Vermont. Peut-être parce que je ne veux pas vieillir !

 

Muriel MOURGUE : Le jeu des apparences. Collection Rouge. Editions Ex Aequo. Parution le 31 mars 2017. 164 pages. 14,00€. Version numérique : 3,99€.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 09:33

Les lacunes de Venise ou Les lagunes de l'Histoire ?

François DARNAUDET : Le papyrus de Venise.

Il existe certaines professions qu'il vaut mieux éviter de se flatter d'exercer. Ainsi Despons est le médiateur entre les propriétaires d'œuvres d'art et ceux qui veulent les acquérir. Mais justement ces détenteurs ne sont pas forcément prêts à se débarrasser de tableaux, de sculptures ou autres objets qui font leur fierté mais sont parfois relégués aux greniers.

Despons sert donc d'intermédiaire, s'emparant de façon illicite des bricoles convoitées par des amateurs n'hésitant pas à le défrayer grassement, et en les remplaçant par des faux exécutés de main de maître par des artistes qui eux aussi n'ont pas obligatoirement pignon sur rue.

En ce mois de novembre 2025, Despons réside à Venise et il se définit comme antiquaire-libraire. Mais il possède beaucoup de temps libre et se rend régulièrement dans un bar où officie la belle et jeune Sofia et où il déguste indifféremment café ou fragolino blanc. Ce jour du 23 novembre 2025, un homme entouré de deux gardes du corps gigantesques s'installe face à lui. Il se présente, Karl Minkmar, galeriste à Hambourg.

Despons ne le connait pas personnellement mais il a déjà travaillé pour son interlocuteur. L'homme a un petit travail à lui confier, l'objet qu'il recherche se trouve précisément à Venise. La proposition financière de dédommagement n'étant pas à négliger Despons accepte alors de rencontrer Minkmar chez lui, à l'abri des oreilles indiscrètes.

Minkmar possède des objets uniques qui vont d'une tablette rongo-rongo, une pièce qu'avait dérobé, ou emprunté, c'est selon l'appréciation du lecteur, Despons à la collection du Vatican et remplacée par une œuvre similaire mais factice, à un vélociraptor. Le clou de la collection réside en une pièce inconnue des exégètes d'Isidore Ducasse, un inédit signé Lautréamont rédigé quelques jours avant le décès du poète maudit, une traduction, maladroite selon Minkmar, du grec de La Minoade de Solon.

Cet ouvrage et Solon sont répertoriés par Platon dans Le Timée mais il s'agit de savoir s'il s'agit d'une affabulation ou la traduction d'une copie imprimée en grec ancien réalisée par un érudit, Marco Mussuros, quelques siècles auparavant. Un expert de la mythologie grecque s'appuie sur la traduction qu'il aurait effectuée du deuxième dialogue de Platon consacré à l'Atlantide dans le Critias, et particulièrement un passage concernant la dernière guerre entre les Atlantes et les Athéniens. Despons doit donc retrouver ce manuscrit ancien, sachant qu'un éventuel danger peut le guetter, l'expert ayant disparu depuis une quinzaine de jours. S'agit-il d'un meurtre, d'un enlèvement ou d'un simple voyage ?

 

Débute alors une enquête non dénuée de dangers comme le supposait avec raison son commanditaire, dans Venise, et ses îles, Murano, Burano et Torcello, mettant aux prises descendants d'Atlantes et des membres d'une secte constituée d'hommes en noir, ou rencontrant un vieil érudit nommé Odilon Vergé.

Cette narration est entrecoupée d'emprunts à l'Histoire, la découverte d'un Dinosaure dans le Wyoming en 1878, la bataille de Little Big Horn le 25 juin 1876 entre Sitting Bull et Custer, et surtout les quelques semaines précédant la disparition d'Isidore Ducasse dans des conditions ici dévoilées, et du fameux manuscrit de la Minoade. Ducasse qui résidait dans un hôtel rue du faubourg Montmartre, dont l'un des locataire, Antoine Milleret, a rédigé dans ses confessions les événements qui se sont déroulés.

 

François Darnaudet nous plonge dans une histoire entre mythe et réalité, entre personnages réels et fictifs, une étape de transition entre quelques romans, parus précédemment ou qui suivirent cette édition, dont principalement Les Dieux de Cluny et Le Fantôme d'Orsay, d'une part, et de l'autre Trois guerres pour Emma.

Ces extensions dans le passé s'intègrent parfaitement dans cette narration qui emprunte au feuilleton littéraire publié sous forme de fascicules mensuels. Et l'on retrouve des thèmes chers à François Darnaudet, l'art en général et la peinture en particulier, la bataille de Little Big Horn mettant aux prises Custer et d'amers indiens, mais aussi la répression sanglante de la Commune de 1870 par les Versaillais, thèmes qu'il développe dans les romans précités.

Le lecteur qui aborde ce roman, sans connaître François Darnaudet et l'univers fantastique dont il aime s'entourer dans son œuvre, pourrait penser que l'auteur nage en plein délire. Mais il s'agit d'un délire organisé, méthodique, dans lequel le virtuel emprunte à des faits établis. Ou ne transposant dans l'avenir que ce qui pourrait advenir. Ce roman date pour sa première édition de 2006, pourtant on peut lire, concernant Odilon Vergé :

A la retraite depuis une dizaine d'années, conformément aux lois européennes sur les 62 années de cotisation, il continuait, malgré ses 95 ans déclarés, à donner tous les 16 juin, une unique conférence aux étudiants vénitiens.

Ainsi les références aux Atlantes et à l'Atlantide ne sont pas pures suppositions, et François Darnaudet s'appuie sur des écrits et des textes anciens, ce qui ne prouve pas l'existence de ce qui était une île mais ne la dément pas non plus.

L'œuvre de François Darnaudet mériterait d'être plus connue, plus présente sur les étals des libraires, afin d'échapper au sort de quelques romanciers ou poètes qui ne connurent la gloire qu'après leur décès.

Quant à Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont, il pourrait avoir emprunté son pseudonyme, c'est moi qui l'avance, au titre d'un ouvrage d'Eugène Sue, datant de 1837, Latréaumont.

 

Cet ouvrage est complété par une autobiographie évolutive ainsi que de trois nouvelles dont l'inspiration est puisée par l'auteur dans le décès de sa mère alors qu'il n'avait dix ans. Trois nouvelles regroupées sous le titre de Nouvelles amères mais qui pourraient également s'intituler Nouvelles à mère.

Réédition version numérique 23 novembre 2012. Couverture d'Elric Dufau. 2,99€.

Réédition version numérique 23 novembre 2012. Couverture d'Elric Dufau. 2,99€.

François DARNAUDET : Le papyrus de Venise. Editions Nestiveqnen. Parution le 16 novembre 2006. 224 pages. 17,30€.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 14:55

Hommage à Jacques Blois né le 26 mars 1922.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille.

Des entrefilets dans des journaux corses, que lui montre son ami le Baron et voilà Joi lancé dans de nouvelles aventures.

Trois cadavres ont été retrouvés au large du détroit de Bonifacio, flottant dans les eaux ou couchés au fond d’une barque. Trois cadavres ayant reçu une balle dans l’œil gauche.

Joi s’inscrit dans un village-vacances au nord de la Sardaigne. Il est entouré de jolies filles et de jeunes gens qui l’aident dans son enquête, un dérivatif durant leurs vacances.

Des jeunes femmes qui s’inquiètent de son couchage, d’autres cadavres éborgnés de la même façon, des grenades cachées dans le ravitaillement destiné au village vacances, un petit voyage rapide en Corse, une troublante réminiscence de soldats déserteurs, des caisses contenant de mystérieuses spirales de ferraille ponctuent le séjour de Joi qui ne repartira pas les mains vides.

 

Les premiers romans mettant en scène Joi, Jacques-Octave d’Iseran, entraîneur de chevaux à Chantilly, tout comme son frère jumeau, Ami, Arnaud-Mathieu d’Iseran, sont publiés fin 1966 dans la collection L’Aventurier.

Joi a les yeux verts, ceux d’Ami sont bleus. Seule différence visible, lorsque les deux hommes sont habillés. C’est Joi qui narre ses aventures dans lesquelles souvent Ami est impliqué, parfois sans en informer son jumeau. Quelques clichés émaillent ces pérégrinations. Les femmes, plus belles les unes que les autres, se laissent facilement tomber dans les bras de Joi qui n’en demande pas tant et se gargarise au whisky.

Jacques Blois possède un style particulier et plaisant, écrivant à la première personne du singulier, ce qui permet au lecteur de participer aux réflexions intérieures de Joi lequel se pose de nombreuses questions et s’invective lorsque tout ne va pas comme il voudrait.

Les phrases sont courtes, le point de suspension est souvent employé, l’humour et la dérision planent tout du long du récit mais également ce petit brin de poésie enjouée qui met en valeur les descriptions. Si les chevaux sont sa passion, et il en vit bien, Joi se montre bon vivant, esthète, cultivé, polyglotte, ce qui ne l’empêche pas de se servir de ses poings ou d’une arme quand l’occasion s’en fait sentir. Et comme tout aventurier qui se respecte ne dédaigne pas d’arrondir son pécule.

L’un de ses jurons favori est Charrette. Parmi les seconds rôles, l’inspecteur Phil D’Arcy, un Américain spécialisé dans la lutte contre les trafiquants de drogue et Le Baron, patron d’un bar à Saint Germain des Prés où Joi possède ses habitudes.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille. Collection L'Aventurier N°126. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1967.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 06:41

Vous reprendrez bien un petit verre ?

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire.

Depuis de longs mois, le jeune Santos travaille dans une mine d'extraction d'argent. Comme tous les autres mineurs, il s'est laissé embobiner par des promesses alléchantes, seulement il n'avait pas lu, comme souvent, les petites lignes.

En effet ce qui est donné, gagné à la sueur de leur front, est repris, dépensé en alcool et en prostituées dans les almacen, les casas et les bazars pouilleux. Et comme ils se sont engagés à ne pas quitter Chimihuaca, dans les Andes, avant la fin de leur contrat, et qu'ils dépensent plus que ce qu'ils gagnent, les mineurs sont aspirés dans une spirale infernale.

Pour Santos, les filles, l'alcool, c'est fini, et le soir il rêve à un avenir flou, accroupi au pied d'un tuna, un cactus candélabre. Et il distingue dans la nuit Consuelo, la femme du capataz, le directeur de la mine. Elle est belle, plus jeune que son mari, réservée et distante. Il s'introduit chez le capataz, en l'absence de celui-ci. Consuelo est allongée sur un divan, écoutant de la musique mais elle ne rejette pas l'intrus.

Santos se blesse à la main, et le docteur, ou supposé tel, étant absent, Consuelo le soigne. Peu à peu, ils vont prendre l'habitude de se retrouver le soir jusqu'au jour où Santos tente de la prendre dans ses bras. Mais elle se rebiffe et le griffe au visage.

Auprès de ses deux camarades de chambrée, Santos allègue un contact violent avec une bête. Si Aleichu est trop imbibé pour se réveiller, Oruro le borgne lui est bien réveillé et ne croit pas à la fable que veut lui faire croire Santos.

Santos n'a plus envie de retourner à la mine, et tandis que ses compagnons le quittent, il décide de se pendre. Après l'appel rituel, Santos est porté manquant et le capataz se rend à la casa de Santos pour le découvrir étranglé. Aussitôt il requiert les services du toubib et direction l'infirmerie où le pendu est laissé pour mort. Consuelo est secouée par la vision du corps mais Santos n'est pas décédé.

Consuelo lui demande pardon pour la veille et tous deux avouent s'aimer. Afin de punir Santos, le capataz lui signifie qu'il va le transférer à Tujuy, une autre mine. Consuelo lui propose alors de s'enfuir au Chili, à Antofagasta, où ils pourront voir la mer, car elle même doit partir en voyage et elle le rejoindra. Elle lui avoue qu'elle a travaillé à Tujuy, comme prostituée mais pour Santos, c'est une période révolue qu'il vaut mieux oublier.

Alors Santos s'évadera à dos de mulet, le capataz en possède trois, qu'Oruro empruntera et ils partiront ensemble, malgré le différent qui a opposé les deux hommes. Ils se sont battus, Oruro ayant prononcé des paroles malheureuses concernant Consuelo, mais la hache de guerre est enterrée. Les deux hommes quittent donc le camp à dos de mulet, se dirigeant vers la frontière chilienne par de petits chemins escarpés, bravant les dangers, aussi bien humains que géographiques.

 

Roman d'aventures et de suspense, La dynamite est bonne à boire doit son titre à cause de l'habitude que prennent les mineurs de mélanger de la dynamite à l'alcool qu'ils ingurgitent, provoquant un mélange détonnant leur permettant d'oublier leur condition d'exploités.

C'est également un roman d'amour entre Consuelo, l'ancienne prostituée, et Santos, le frustre et jeune mineur. Amour magnifié par le voyage entrepris par Santos en compagnie d'Oruro, ponctué par le bivouac près d'un mausolée dédié à deux amants qui se donnèrent la mort en 1934 et qui rappelle le destin des amants de Vérone.

Le long périple entrepris par les deux hommes verra son apogée la frontière chilienne franchie. Et la deuxième partie du roman est particulièrement poignant et émouvant. Un des mulets portant un cadavre sur le dos va rebrousser chemin, rentrant au bercail en empruntant les routes parcourues à l'aller.

Un voyage pénible car contrairement aux deux hommes le mulet n'a pas de provisions et d'eau pour subsister et il parcourt les chemins escarpés avec pour seul viatique son obstination, son courage, son inconscience devant les multiples dangers qui se dressent devant lui. Au dessus de lui tournoient les buîtres, des vautours, et à ses pieds se dressent des serpents, tandis que les mouches le harcèlent.

Un roman de suspense qui monte en puissance au fil des pages, et même si le lecteur pense connaitre la fin, il est emmené dans cette intrigue qui recèle son lot de surprises. Un roman psychologique également dans lequel Frédéric Dard démontre toute la puissance de son écriture.

L'un des plus beaux romans de Frédéric Dard, sinon le meilleur et le plus chargé émotionnellement sans mièvrerie.

 

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Autres chroniques  :

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire. Editions Pocket. Parution le 23 mars 2017. 192 pages. 6,30€.

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