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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 03:55

Alexandrie
Alexandra
Alexandrie où l'amour danse au fond des draps…

Francis CARCO : Palace Egypte.

Labellisé sobrement Roman, cet ouvrage est surtout un récit de voyage, une histoire d’amour et une autobiographie romancée.

Au moment où cette histoire débute, le narrateur, qui n’est autre que Francis Carco, est installé dans un vieil hôtel opulent et bourgeois du Caire. Son ami Poloche, guide dans le pays depuis dix-huit ans, l’informe qu’il a obtenu des prix au Sémiramis, un établissement plus sélect, et surtout la chambre qu’il a réservée est avec vue sur le Nil.

En investissant sa nouvelle chambre, l’auteur s’aperçoit que son balcon est mitoyen avec la chambre voisine. Une ravissante jeune femme blonde l’occupe et une autre femme qui se tient dans la rue l’appelle par le prénom de Naïla. Un bien joli prénom, Poloche précisant que Naïla veut dire Soupirante en arabe. N’écoutant que son courage, Francis s’avance et lorgne dans la pièce où évolue cette charmante personne. Elle ne s’offusque pas de cette curiosité déplacée, au contraire, cela l’amuse de même ainsi que la brune qui l’a rejointe.

Naïla partage son lit avec Freddy, mais, et cela Francis l’entend de sa chambre, les deux amants se disputent souvent, se réconciliant après, en personnes bien élevées. Francis est attiré par cette femme, et il fait la connaissance de Freddy, un individu qu’il n’apprécie pas plus que cela. Grâce à Naïla, le narrateur fera connaissance également de Yasmine, cette amie brune qui hélait de la rue sa copine. Deux inséparables et Francis se demande même si, des fois, afin de changer d’herbage, les deux amies ne batifoleraient pas du côté de Lesbos.

Yasmine est mariée et elle change souvent d’amant. Elle n’en est plus à compter ses aventures. Mais comme le déclare Freddy, On ne lui avait jamais connu deux amants à la fois. Francis est attiré par Naïla mais bientôt c’est Yasmine qui la supplante dans son cœur. Il est invité chez l’une ou chez l’autre, il visite la ville et surtout les quartiers chauds, en compagnie la plupart du temps de Naïla, puis il se rend à Louxor puis à Alexandrie, retrouvant Yasmine de plus en plus souvent.

 

L’auteur nous fait partager ses aventures amoureuses platoniques avec Naïla et Yasmine, ses élans, ses retenues, mais également jette un œil critique sur la société égyptienne et la condition féminine. Il évolue dans les milieux huppés, et reçoit les confidences de Naïla et Yasmine. Les femmes égyptiennes étouffent, et à Yasmine qui déclare à une plantureuse et jolie créature : Tu as de la chance, ton mari te laisse partir, celle-ci lui rétorque :

Eh bien rends-toi malade. Ce n’est pas sorcier. Veux-tu l’adresse de mon docteur ? il te donnera des gouttes ou une potion…

Naïla, qui les écoutait, me dit :

Entendez-les. Toutes ne pensent qu’à s’enfuir. Chaque année, vers la fin de l’hiver, elles s’arrangent avec des médecins qui prescrivent une cure à Vittel, Vichy ou Brides. C’est une comédie !

Mais pourquoi ce besoin de départ, Naïla ?

Pour être libres ! Vous ne savez pas ce que c’est… Ici aucune indépendance. Tout se sait immédiatement. A moins d’avoir le toupet de la princesse qui a loué, dans la maison de son coiffeur, une garçonnière…

 

Cet état de fait, depuis ne s’est pas amélioré, au contraire ! Mais restons dans le sujet, ce livre, qui traite également de la drogue. Ainsi Naïla, qui se promène en compagnie de Yasmine, déclare à Francis lors de la visite d’un quartier :

On passait autrefois de la drogue par ici.

Quelle drogue ?

Haschich, opium, héroïne, coco.

Et maintenant ?

Oh ! on en a toujours.

Naïla, objecta timidement Yasmine, qu’en sais-tu ?

Il suffit de lire les rapports de Russel Pacha. Ils sont édifiants. Ainsi les trafiquants plaçaient les tablettes de haschich sous les touffes de poils de chameaux, et ils fixaient ces touffes à l’aide d’un peu de glu, entre la bosse et le flanc de la bête.

Un peu plus loin, Naïla dévoile de quelle façon les mercantis débarquent leur drogue :

Ils recourent à diverses méthodes. Certains utilisent des suppositoires que se mettent des gamins, à bord, avant de descendre. D’autres fraudeurs se servaient des jarretelles que portaient des jeunes filles complices.

 

Un livre intéressant à plus d’un titre, loin de l’univers argotique et montmartrois de Jésus la Caille, le premier roman de Francis Carco publié en 1914, mais dans lequel on retrouve certains thèmes, comme la prostitution. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à Henry de Monfreid et à Joseph Kessel dans certains passages du livre.

Francis CARCO : Palace Egypte. Editions Albin Michel. Parution juillet 1933. 252 pages.

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 03:53

Limat ? C'est le Pérou...

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan.

En cette année 2931, les membres de l’astronef Scorpion se déplacent aux confins de l’univers, vers la constellation d’Hercule. Ils sont à la recherche d’un vaisseau fantôme qui se signale par un œil rouge. Or aucun des vaisseaux s’étant aventurés près de cet Œil Rouge n’est jamais revenu sur Terre, perdus corps et biens, ou alors des navigateurs ont recueillis, en plein espace, des naufragés flottant dans leurs scaphandres protecteurs. Ces naufragés de l’espace étaient vivants mais fous.

A bord du Scorpion, outre les membres d’équipage, des scientifiques sont présents. Ils savent qu’ils encourent des nombreux dangers, mais la curiosité et l’espoir de percer le secret de l’Œil Rouge les animent. Deux couples, des scientifiques, des pionniers, composés de la brune Wanda, minéralogiste, Ulric son coéquipier océanographe, la blonde Norma et son compagnon Didier, tous deux botanistes-zoologistes.

Un fanal rouge étincelle dans l’immensité galactique et aussitôt tout le monde se retrouve dans la cabine du commandant. Il leur faut se mettre en contact avec cet astronef inconnu, et cette tâche est confiée au lieutenant Bruno Coqdor qui possède un pouvoir hors du commun. Il est capable de se mettre en relation mentalement avec d’autres êtres, humains ou non, et il est considéré par tous comme un voyant.

Coqdor communique donc par télépathie avec les occupants de ce vaisseau au fanal rouge. La réponse qui émane de ses correspondants le laisse sans voix. Presque puisqu’il peut restituer leur message : ils veulent périr de leur main. Ils rendent un culte à la Mort, la vie leur fait horreur. Ce vaisseau navigue depuis des siècles avec toujours le même équipage à bord. Et de l’Œil Rouge émane cette pensée : Bienvenue à nos meurtriers. Etrange accueil qui incite le commandant et Coqdor à envisager une sortie afin de se rendre auprès de cet astronef.

Coqdor, accompagné des quatre savants et de deux hommes d’équipage, rejoignent le vaisseau fantôme où ils sont accueillis d’abord par un drôle d’animal tenant du chien et de l’écureuil, avec des ailes membraneuses qui lui permettent de sauter et de se soutenir en l’air, et une gueule de bouledogue. Il se nomme Râx, explique le chef des morts vivants, des sortes de zombies complètement décharnés, vieux de plusieurs siècles qui apparaissent alors. Râx veut s’élancer sur Coqdor mais il est rapidement mâté par le Chevalier de la Terre. Un échange de regards et une forme de communion s’établit entre l’homme et l’animal.

Les spectres, du moins ces vieillards issus de la planète Dzo, qui ressemblent à des spectres, sont devenus immortels grâce, ou à cause d’un savant fou qui s’était trompé dans ses préparations. Depuis, ils ne peuvent décéder que lors d’un accident. Mais le suicide, la tuerie collective, ou individuelle, leur sont interdits. Aussi ils demandent à Coqdor et à ses compagnons de les aider à mourir, ce que refuse naturellement le Chevalier. Alors ils sont pris en otages et débute une aventure qui s’avérera dramatique, tragique, pour certains mais dont Bruno Coqdor s’en sortira non sans mal, ce qui n’est pas le cas de tous ses compagnons.

 

L’étoile de Satan constitue la première aventure du Chevalier de la Terre, ainsi est-il défini dans ce roman qui met en scène l’un des héros récurrents de Maurice Limat dans la collection Anticipation.

Il s’agit d’un roman philosophique et psychologique dont les meurtres et le suicide sont ardemment prohibés aussi bien par ces centenaires, que par Coqdor et ses compagnons qui ne veulent pas tuer délibérément des créatures humaines. Un cas de conscience difficile à supporter et qui est proche de celui de l’euthanasie.

Seulement le prosélytisme est trop appuyé, trop de références religieuses sont énoncées, et cela retire un peu du crédit que l’on pourrait apporter à cette histoire qui se déroule en l’an 2931. Car toutes les extrapolations sont possibles en matière d’avancées technologiques et d’explorations des planètes, mais le sixième commandement du Décalogue, Tu ne tueras point, est bien ce qui constitue la trame principale de ce roman.

 

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédition Les Maîtres Français de la S.F. N°6. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Maurice LIMAT : L’étoile de Satan. Collection Anticipation N°241. Edition Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1964. 186 pages.

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 04:48

Si tu ne vas pas à l’aventure, l’aventure viendra à toi…

Henri VERNES : Trafic aux Caraïbes.

En villégiature à Port-au-Prince, Bob Morane et son ami Bill Ballantine ont loué une villa située sur les hauteurs de la ville. Mais l’aventure guette nos héros. Elle vient à eux sous la forme d’une silhouette s’introduisant nuitamment dans le garage.

Il s’agit d’un individu du nom de Phil Jourdan, qui désirait se venger de l’actuel propriétaire, un certain Mathias Van Horn, qui l’a fait inculper pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Aussi s’était-il mis en tête de bricoler le véhicule de location de Bob Morane, qu’il pensait appartenir à Van Horn, afin de provoquer un accident.

Il narre aux deux amis ses déboires. Jourdan habitait à La Havane et était à la tête d’une petite entreprise de pêche au gros. Il possédait une petite vedette à moteur et emmenait les touristes désireux de sacrifier à leur passion, la pêche au thon, au tarpon ou encore à l’espadon. Sa femme malade devait subir une opération, mais il n’avait pas assez d’argent et était au désespoir. Mathias Van Horn, connu dans les Caraïbes sous le nom de Requin de La Havane, surnom qui lui a été donné à cause de son implication dans divers trafics, lui demande de conduire sur la côte américaine, une personnalité cubaine du nom de Ramon Ramirez. Pressé par le besoin d’argent, Jourdan accepta non sans réticence.

Le jour dit, Ramon Ramirez, à la main une serviette à laquelle il semble tenir beaucoup, embarque sur le bateau de Jourdan en compagnie de Van Horn. Les deux hommes s’enferment dans la cabine, puis Van Horn en ressort, la fermant à clé, arguant que Ramirez désire se reposer. Puis Jourdan fait cap sur la Floride où il est arraisonné par la police maritime américaine. Le cadavre de Ramirez gît dans la cabine et le contenu de la serviette a disparu. Jourdan est accusé de meurtre et emprisonné. Il parvient à s’échapper de longs mois plus tard. Cependant sa femme est morte et Van Horn s’est réfugié à Port-au-Prince, d’où sa présence dans la villa.

Bob Morane promet de faire la lumière sur cette affaire et il se rend en priorité chez Forceville, l’agent immobilier qui a procédé à la location. Celui-ci se retranche derrière le secret professionnel et ne peut donner aucun renseignement concernant Van Horn. Dépité, Morane ressort mais un employé de l’agence lui glisse dans l’oreille, dans la rue, le nom de Basil Cortés qui vivrait au Cap Haïtien. Un appel téléphonique anonyme confirme le renseignement, un dédommagement financier à la clé.

C’est ainsi que Morane et Ballantine se rendent au Cap Haïtien, après avoir mis Jourdan en sécurité. Localiser Cortès n’est guère aisé mais ils parviennent enfin à le trouver dans un bouge à Port-de-Paix où il officie derrière le comptoir. Cortès, prévenu de leur visite, déclare ne pas aimer les curieux et bientôt les clients présents, ses copains, se lancent dans une rixe destinée à réduire les deux amis comme appâts à requins. Heureusement, l’un des clients, qui était de passage, se joint à eux et ils peuvent s’extraire de cette souricière.

Leur sauveur providentiel s’appelle Tiger Jack et il déclare avoir bourlingué durant des années dans cette région des Caraïbes, ayant participé au Boulevard du Rhum durant la Prohibition. Il leur indique un éventuel individu, à qui il a rendu service un jour, pouvant leur fournir des éléments de recherches. Et c’est ainsi qu’ils rencontrent Hiéronimus Li lequel affirme ne pas pouvoir leur être de grand secours.

De Haïti aux Bahamas, près d’un petit îlot où gît une épave, en passant par La Havane, Bob Morane et Bill Ballantine vont affronter moult dangers et Tiger Jack sera toujours là à point nommé pour les tirer des griffes de leurs adversaires.

 

Roman d’aventures de facture classique, Trafic aux Caraïbes vaut surtout par la présence de Tiger Jack, sobriquet sous lequel se cache Jean Ray. Même si celui-ci n’est jamais nommé, le lecteur reconnaitra aisément ce fantastiqueur belge.

Né en Belgique à Gand sur Escaut, la merveilleuse cité flamande qui mire ses vieux pignons, les façades précieuses de ses anciens hôtels et son château moyenâgeux, compact comme un œuf de pierre, dans les eaux béates et glauques de ses canaux, Tiger Jack était le fils d’une famille de marins et c’était à sa grand-mère, une authentique indienne Dakota, qu’il devait son profil courbe de Sioux.

Après avoir décrit ses aventures maritimes de trafiquant d’alcool, ce sexagénaire et plus a raccroché un jour et s’est installé chez lui dans sa bonne ville de Gand.

Un beau jour il en avait eu assez de la flibuste, avait vendu au plus offrant bateau et arsenal pour aller chercher le calme à l’ombre des pignons espagnols de sa bonne ville de Gand, où il s’était mis à écrire de merveilleuses histoires pleines d’aventures, de sel, de brume et d’angoisse, où les spectres du passé se pressaient en fantastiques sarabandes. Ces histoires, traduites dans le monde entier, avaient valu la célébrité à leur auteur qui, après avoir été l’un des derniers pirates, était devenu l’un des plus prodigieux conteurs de son temps, sinon de tous les temps.

Un magnifique hommage d’Henri Vernes à Jean Ray.

Mais on n’aurait garde d’oublier le contexte de ce roman, l’aspect politique, avec des personnages qui pourraient ressembler à Batista et Fidel Castro.

L’illustration de couverture est signée Pierre Joubert et les illustrations intérieures de Forton.

Henri VERNES : Trafic aux Caraïbes. Bob Morane N°49. Collection Junior Marabout N°206. Editions Gérard & C°. Parution 1961. 160 pages.

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 04:21

Peggy Sue, Peggy Sue
Jolie, jolie, jolie, jolie Peggy Sue...

Serge BRUSSOLO : Armés et dangereux.

Heureux les auteurs soutenus par leurs éditeurs ! Peggy Sue Fairway a connu le succès avec la publication de son premier roman, mais depuis quatre ans, plus rien. L’imagination n’est plus au rendez-vous et conséquence inévitable, elle n’a plus rien écrit. Elle essaie, mais en vain.

Obligée de se loger dans un vieil immeuble, elle est en proie au cafard. Aux cafards, devrais-je dire, car ça grouille de partout. Heureusement le propriétaire fait appel à une entreprise spécialisée dans la destruction de ces insectes nuisibles et un jeune homme se présente afin de la débarrasser de ces blattes envahissantes. Au cours de la conversation, Andy lui apprend que son entreprise, Exterminator, recherche des participants pour un stage afin de déterminer si leur nouveau produit est efficace.

Comme elle est aux abois financièrement, elle se présente au siège de la société mais déjà d’autres prétendants attendent leur tour. A son vif contentement, et étonnement, elle est sélectionnée avec 1000 dollars à la clé pour une semaine de travail.

Départ donc pour ce stage particulier organisé par la société Exterminator, et quelle n’est pas la surprise de Peggy Sue de se retrouver en compagnie d’Andy, grand amateur de whisky, de June Dawson, présidente du Club des Amis de Kitty et Dum, de Ken adepte des préceptes de la religion tibétaine enregistrés sur cassettes. Leur lieu de résidence, la maison Hellsander, est une bâtisse décrépite et à peine terminée, à la lisière du désert de Mojave, gardée par un vieil homme qui se déclare en avoir été le guide lorsque cette demeure avait été transformée en musée.

Car cette vieille maison possède une histoire, elle fut le théâtre d’un épisode tragique que connait fort bien Peggy Sue. En effet son père s’était pris de passion vingt ans auparavant pour l’épopée de deux jeunes truands, Kitty Doyle et Dum Heresford, qui se prenant pour Bonnie and Clyde, avaient braqué avec succès douze banques. Mais lors de l’attaque de la treizième, un gros pépin les attendait. Ils durent fuir les policiers et se réfugièrent dans la maison Hellsander. Cette histoire Peggy Sue l’a entendue et digérée durant toute son enfance et son adolescence, aussi la connaît-elle par cœur sous toutes ses coutures.

Le couple résista tant bien que mal, tuant une trentaine de policiers, avant de succomber sous les balles. Seulement leur magot, qui devait être conséquent, ne fut jamais retrouvé. De même que les corps d’ailleurs. Depuis une légende circule dans le pays, et Peggy Sue se rend compte que ses compagnons, chargés d’exterminer les cafards, ne sont pas insensibles à cette légende.

Outre le vieil homme qui se veut le gardien du temple, vivent à quelques centaines de mètres de là, une vieille femme et sa nièce, dérangée mentalement.

 

On retrouve dans ce roman, qui est plus d’aventures que policier, les thèmes chers à Serge Brussolo, notamment la montée progressive de l’angoisse conjuguée au déchaînement des éléments atmosphériques, et la présence supposée de fantômes, le désert et l’atmosphère délétère qui se dégage d’une bâtisse en ruines. Peu de personnages mais de forts contrastes entre eux. Et les monstres sont remplacés par des cafards, des blattes énormes.

La tension entre les divers protagonistes monte progressivement et l’angoisse s’installe, sans qu’il y ait une once de fantastique dans ce récit.

L’atmosphère repose sur des fantômes supposés, sur la présence d’un énigmatique trésor, et sur les préoccupations des différents protagonistes. Et pour sublimer cette ambiance baignant dans l’angoisse, un orage se déchaîne ajoutant à la peur diffuse qui s’est installée progressivement dans le groupe.

 

Ecrire est un métier, répétait la grande Carrie. Un roman est un produit comme un autre, il faut le bricoler en y mettant tous les ingrédients réclamés par le public. Un roman c’est une recette de cuisine… si on ne respecte pas, on gâche la pâte pour rien. Aujourd’hui, ce qui marche, ce sont les histoires de bonnes femmes coupées en morceaux. Les bouquins avec des psychotiques, vous voyez ? Les têtes tranchées qu’on conserve au réfrigérateur. Les tueurs en série. Faites-moi quelque chose avec un tueur en série. Sans oublier les détails sexuels qui s’imposent, bien sûr. Ça fait vendre.

 

Serge BRUSSOLO : Armés et dangereux. Collection Le Masque N°2157. Librairie des Champs-Elysées. Parution novembre 1993. 224 pages.

ISBN : 9782702424247

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 08:27

Un Sou, c’est un Sou !

Jean LAUNE : Torpédos en Java.

Grâce à son ami Lu qui émarge au Koung An Pou, le Service de contre-espionnage chinois, Sou espère pouvoir échapper aux remous de la Révolution Culturelle qui agite l’Empire du Milieu sous la domination de Mao. Lui-même responsable d’une section des Affaires Etrangères, Sou n’accepte plus les conditions sociologiques et politiques dans lesquelles il se retrouve. D’autant que Lu se montre convaincant dans ses propos.

Sou espère rejoindre Hong-Kong puis un pays où la démocratie n’est pas un vain mot. Muni de microfilms récupérés lors d’un voyage en Albanie, il attend que Lu lui facilite le passage, la traversée de la Rivière des Perles pour rejoindre Kowloon. Dans la nuit il distingue les miradors. Une salve est tirée, mais pas dans la direction prévue. Sou comprend que son ami Lu l’a trahi. Il le tue d’un coup de couteau, lui prend ses papiers et s’enfonce dans la rizière.

Il parvient, après quelques périples, à rejoindre Djakarta, la capitale de l’Indonésie dans l’île de Java. Il s’installe dans un hôtel miteux tenu par Ping un Chinois borgne (comme l’hôtel ?) puis il se rend à l’ambassade du Portugal où il rencontre le capitaine Moreira de Andrada. Les discussions sont assez difficiles, d’autant que la somme exigée est conséquente. 400 000 dollars qui lui permettront de s’exiler dans un autre pays, loin de la Chine. En contrepartie l’attaché d’ambassade demande un échantillon des documents. Une lettre adressée à Tchou, son nouveau nom d’emprunt, lui est remise par l’hôtelier et comme la suscription est en anglais, Ping la lui traduit. Un certain King lui donne rendez-vous au Musée, dans la salle des porcelaines. Il est abordé par un individu qui l’appelle par son véritable nom. Il réagit immédiatement, bouscule son agresseur potentiel et s’évanouit dans la nature.

Le Portugal ne peut débourser une telle somme et le capitaine Andrada fait appel aux services spéciaux australiens. Hank Turnbull, le directeur du service, envoie sur place deux de ses Torpédos. Roy Gilroy, appelé familièrement Gil, et Chess qui doit lui servir de couverture. Gil embauche un jeune conducteur de betjack débrouillard pour le mener en différents endroits de la ville, puis il va lui confier la mission de retrouver Sou en lui fournissant une photographie.

Si Sou se doute qu’il est suivi depuis son départ de Chine par agents des services secrets chinois, Gil lui l’ignore. Et c’est ainsi qu’il se retrouve par hasard dans le même taxi que Yung-mei, une charmante jeune femme qui se produit comme chanteuse dans un cabaret qui lui a été enseigné. Yung-mei ne ménage pas ses charmes auprès de l’Australien mais Chess veille au grain. Et lorsque son compatriote est en mauvaise posture Chess la doublure l’extraie des ennuis dans lesquels il s’est fourvoyé.

Un véritable jeu de piste entraîne les divers protagonistes dans une course effrénée, avec morts d’hommes à la clé.

 

Roman d’espionnage classique, Torpédos en Java dont on comprend mieux le titre lorsque l’on sait que les contre espions australiens sont ainsi surnommés et que l’île de Java sert de décor, utilise les clichés de l’époque. Les microfilms, un personnage désirant fuir un régime politique, l’espionne femme fatale qui boit trois whiskys sans perdre sa lucidité, l’agent spécial qui allume une cigarette au mégot de la précédente. Par exemple. Toutefois la Chine et surtout la présence d’agents australiens changent un peu des éternelles confrontations Est-Ouest.

Jean Laune, un auteur de l’Arabesque, est fort disert sur la géopolitique et décrit, peut-être grâce aux encyclopédies mises à sa disposition, avec nombre de détails la région, surtout la ville de Kowloon, les mœurs et coutumes, et emploie de nombreux mots du dialecte local dont il donne la traduction immédiatement.

Recruté par Roger Maury, qui sous le nom de Jacky Fray est chargé des relations publiques, Jean Laune est un auteur peu prolifique. Un reproche justement de Roger Maury à son encontre dans une lettre adressée à Pierre Turpin avec lequel il fut longtemps en relations épistolaires, car Jean Laune rédigeait un roman en trois ou quatre mois. Ce qui était rédhibitoire pur un auteur qui pondait un roman en huit ou dix jours.

Mais justement ce roman fourmille de détails et l’écriture est travaillée, essayant de placer le mot juste et de définir avec pertinence le profil psychologique des différents protagonistes.

Jean LAUNE : Torpédos en Java. Collection La Cible Noire N°1. Transworld Publications-Holding. Parution 2e trimestre 1972. 192 pages.

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 03:42

Par l’auteur de L’Inspecteur de la mer, devenu Flic ou voyou au cinéma.

Michel GRISOLIA : L’été rouge.

Lorsqu’on a une mère qui ne roule pas sur l’or, loin de là, et qui aurait grand besoin de repos, le meilleur moyen est de la suppléer dans l’une des tâches qu’elle effectue pour subvenir à la subsistance de ses enfants. Et c’est ainsi que Frédéric, quatorze ans, et sa sœur Adriana, de deux ans plus jeune, sont embauchés pour distribuer des échantillons dans des boîtes aux lettres.

En compagnie d’autres jeunes distributeurs de leur âge, ils sont emmenés par la patronne de leur mère à quelques dizaines de kilomètres de chez eux, en Haute-Provence. Un petit village tout en montées, et en descentes dans le sens contraire.

Munis d’une sacoche dans laquelle sont glissés les échantillons de crème solaire, Frédéric et Adriana entame leur périple, selon l’itinéraire choisi par madame Longhi. Ils doivent respecter la consigne, c’est à dire mettre un échantillon dans chaque boîte aux lettres, sans en oublier une seule, et marquer leur passage au sol par une croix inscrite dans un rond avec des craies de couleur. Comme ça, pas d’oubli ni de doublon.

Alors qu’ils grimpent une rude montée, ils aperçoivent une maison semblant abandonnée. Puis ils entendent des cris. Ils s’introduisent dans le jardin, puis dans la bâtisse. A ce moment, en plus des cris, la détonation d’une arme à feu attise leur curiosité. A l’étage ils découvrent un couple, un homme tenant un revolver et une femme ensanglantée. C’est elle qui a poussé les cris. Elle est blessée, mais l’homme ne désirait pas la meurtrir. Du moins c’est ce qu’il prétend.

Le coup de feu et les cris ont alertés les voisins qui sont sortis de leurs maisons et se sont rassemblés. Afin de pouvoir s’échapper, l’homme entraîne la femme et les deux enfants, qui sont consentants mais ne le font pas voir. Bientôt ce sera la chasse à l’homme.

 

Cet épisode se passe en 1963, à Nice et dans ses environs. Un peu plus de trente ans plus tard, Frédéric, le narrateur, revient sur cette histoire qui l’a profondément marqué.

Les relations entre le frère et la sœur sont conflictuelles à cause du caractère d’Adriana. Elle est susceptible, soupe au lait comme l’on dit dans le langage populaire. Pourtant à certains moments leurs idées se rejoignent.

Pour Frédéric, Rochester, leur ravisseur, est un homme amoureux de Marianne, son amie blessée, jaloux aussi. Mais il est emporté et c’est probablement accidentellement qu’il a tiré sur son amie.

Rochester parlait comme certains héros, ou plutôt comme certains hommes qui, dans les films, ne sont pas supposés paraître sympathiques. C’est eux que je préfère.

Frédéric est plus mâture que son âge et peut-être est-ce pour cela qu’il analyse la situation avec une certaine indifférence. Ou qu’il ressent une vive sympathie à l’égard de Rochester.

Je n’avais que quatorze ans mais je ne me fiais déjà plus beaucoup aux apparences, je n’accordais déjà plus ma confiance aux réponses toutes faites, aux réactions qui nous viennent par facilité et par paresse, aux déclarations des adultes pour nous endormir. Il ne faut pas trop prendre les enfants pour des enfants.

Ce premier roman pour enfants de Michel Grisolia ne manque pas d’humour dans certaines situations et dialogues. Et il ne se gêne pas pour égratigner au passage sa ville natale et sa région.

Un jour, Marianne et moi, on a surpris du trafic d’animaux. De la contrebande, des trucs pas nets, entre le contremaître d’une réserve et des hommes d’affaires véreux. Vous savez ce que ça veut dire, véreux, les enfants ?

Bien sûr qu’on sait, m’sieur, a dit Adriana. On habite la Côte d’Azur.

 

 

Michel GRISOLIA : L’été rouge. Collection Vertige N°809. Editions Hachette. Parution 21 mars 1997. 192 pages.

ISBN : 9782012097117

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 04:06

Un cavalier, qui surgit hors de la nuit
Court vers l'aventure au galop…

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc

Ce n’est pas une nuit à sortir à cheval, et pourtant, dans la lande qui garnit la route de la corniche, un homme file au galop, au risque de se précipiter du haut de la falaise dans l’océan qui mugit en bas.

Dans ce coin de la Cornouaille anglaise, est niché le petit village de Tregavenney, entre Helston et Penzance, habité principalement par des pêcheurs. Lesquels, le soir se rendent à l’auberge du Loup Blanc, tenue par John Mitchell, le propriétaire, sa femme et ses deux garçons, David et Paul. L’établissement est situé à environ cinq cents mètres de la plus proche maison, un lieu idéal pour qui veut être à l’abri des curieux.

Les deux garçons, âgés respectivement de seize et quatorze ans, se tiennent avec leurs parents près du feu, attendant l’heure proche d’aller se coucher. Soudain, le marteau de la porte retentit. Mitchell sort de la pièce et ils l’entendent parler mais il revient peu après disant qu’il s’agissait d’un voyageur égaré.

David et Paul, qui dorment à l’étage se posent de nombreuses questions, sans pouvoir y apporter le moindre début de réponse. Toutefois ils entendent leur père parler avec quelqu’un puis peu après un individu encapuchonné s’enfuit de l’auberge. Le lendemain matin, ils sont réveillés par des bruits dans la cour. Il s’agit d’un petit groupe de gendarmes avec à leur tête le sergent Bassett.

Il est à la recherche d’un criminel qui vient de s’évader et les deux frères sont fort étonnés d’apprendre que l’homme recherché n’est autre que Kit, leur oncle, le jeune frère de leur père. Il avait été accusé de vol par un seigneur des environs qui lui-même avait hérité des biens et du domaine de son frère, décédé dans des conditions litigieuses.

David et Paul sont persuadés, à raison, que l’inconnu de la veille n’est autre que Kit qui désirait trouver refuge à l’auberge ou tout au moins un endroit où se cacher. Ils entament donc leur enquête en fouillant dans les environs du village, se rendant dans la grotte d’un ermite avec lequel ils ont lié amitié.

La nuit un mystérieux cavalier parcourt la campagne, traînant derrière lui une boule de feu, ce qui ravive la légende qui règne depuis deux cents ans sur la contrée.

Un voyageur s’installe à l’auberge du Loup blanc, un personnage mystérieux nommé Lightfoot, d’une stature imposante le faisant ressembler à un tonneau sur pattes ce qui ne l’empêche pas de démontrer une agilité incroyable et une débauche d’énergie inconcevable aux yeux de des deux gamins. Il est trop souvent sur leur chemin, les obligeant à se méfier. N’est-il point à la recherche de Kit ?

 

David et Paul vont tout faire pour aider Kit afin d’échapper aux recherches de la maréchaussée, mais ils vont devoir affronter moult dangers. Et quand David semble jeter l’éponge, c’est Paul, son jeune frère qui prend la relève, l’invectivant et l’encourageant.

Et surtout ils se mettent en tête l’idée de démontrer que leur oncle est innocent de ce qui lui est reproché. Alors il faut découvrir le véritable coupable et résoudre l’énigme du décès soi-disant accidentel du seigneur du château d’Akin-Tor, sir Brandon Chase. Son frère Barney devenant l’héritier, mais dont le caractère est totalement opposé à celui de son aîné.

 

Ce roman d’aventures historiques, l’histoire se déroule dans les années 1830 en Cornouaille, est l’exemple même du livre pour enfant qui procure découverte et plaisir de lecture.

Il fait partie de ces ouvrages qui enflamment l’imagination, et l’on pourrait le mettre aux côtés des romans de Stevenson, de Walter Scott, et autres auteurs dont certains romans furent adaptés pour les adolescents.

Un personnage mystérieux qui s’installe dans l’auberge, des apparitions nocturnes qui confinent au fantastique, un ermite dont le rôle est mal défini au départ, des grottes qui renferment des secrets, tout concourt à entretenir le suspense. Et pour les plus jeunes, une aura d’angoisse provoquant le petit frisson qui oblige le lecteur à continuer sa lecture au lieu de l’abandonner pour quelques heures.

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc (traduction de Thérèse Lannes). Illustrations d’Henri Dimpre. Collection Rouge et Or Souveraine N°124. Editions G.P. Parution janvier 1958. 192 pages.

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 04:03

Perry en la demeure !

Félix SALTEN : Perri l’écureuil

Un roman animalier prisé par Walt Disney, tout comme le grand succès de Félix Salten : Bambi !

Aussitôt réveillée, la petite Annette, trois ans, s’habille et s’installe sur son petit banc à l’extérieur de la maison. Elle parle, elle discute, elle converse, elle bavarde avec ses amis les animaux. Elle s’inquiète des uns et des autres et les réconforte.

Ainsi ce matin-là, elle est en compagnie de la pie et du geai et d’une nouvelle invitée, une maman écureuil. L’écureuille (orthographe selon Colette qui dans La paix chez les bêtes fait ainsi la distinction entre mâle et femelle) se plaint. Elle avait cinq enfants et il ne lui en reste plus qu’un. Sa petite Perri. Les autres ont été enlevés par la martre, la chouette et l’épervier. Mais le pinson la rassure, Perri vit.

Lorsque son père, garde-chasse, et son propriétaire reviennent, Annette veut leur raconter sa matinée et ses conversations avec ses petits amis, mais ils ne comprennent rien à ce qu’elle dit. Ce sont des hommes et elle n’est encore qu’une enfant au babillage confus.

Faisons maintenant la connaissance de Perri, la jeune écureuille qui découvre son environnement. Elle sait qu’elle doit se méfier de la martre, toujours à rôder, des corneilles et du renard, son amie la pie l’a mise en garde.

On va la suivre dans ses différentes pérégrinations dans la forêt au cours de la fin d’un printemps jusqu’au début du printemps suivant. Ses retrouvailles avec sa mère, la connaissance de Porro qui devient son ami et avec lequel elle joue dans les arbres, ramassant noisettes et faînes, les cachant puis oubliant où ils ont déposés leurs provisions.

La peur alors que la martre, le renard, les corneilles les surveillent et essaient de s’emparer d’eux, les mises en garde de la pie et du geai, du pivert et du pinson. L’orage qui les surprend et leur fait peur, les feuilles d’automne qui tombent mettant à découvert leurs cachettes sur les branches, les battues des chasseurs, leur surprise en découvrant d’autres animaux tels que lièvres et chevreuils ou encore les fiers cerfs, le contact visuel avec l’Homme, les visites à Annette de temps à autres, la séparation avec la mère, et bien d’autres péripéties comme la neige et la froidure qui font de Perri un animal presqu’adulte.

Et Porro qui s’éclipse parfois, la rencontre d’un écureuil noir, puis les aventures narrées par un écureuil inconnu qui a connu l’enfermement dans une cage grillagée (c’est quoi un grillage ?) et l’obligation qu’il avait pour se défouler et entretenir sa forme de se glisser dans une espèce de rouleau qui fait avancer tout en restant sur place. Des balivernes, des mensonges pour certains des animaux qui écoutent les divagations de cet écureuil qui a vécu bien des avatars qui ressemblent à des inventions de l’esprit, des mensonges, mais qu’il aura pourtant connus. Il a subi les méfaits de l’Homme, mais tous ne savent pas ce dont il veut parler.

Un univers vu et décrit par des animaux en liberté devant affronter moult dangers mais sachant en même temps profiter de la nature, quelle que soit la saison, avec ses bienfaits et ses inconvénients.

C’est également le roman du courage de l’animal, considéré comme sauvage, face à l’Homme supposé civilisé.

Un roman destiné aux filles et aux garçons jusqu’à 14 ans selon l’éditeur. Mais un grand nombre d’adultes devraient lire ou relire ce conte charmant, s’en imprégner et partager les multiples aventures de Perri et vibrer avec elle. Peut-être l’adulte portera-t-il un autre regard sur la Nature après cette lecture.

 

Félix SALTEN : Perri l’écureuil (Die Jugend Des Eichhörnchens Perri – 1938). Texte français de Jacqueline Des Gouttes. Illustrations d’Henri Blanc. Collection Idéal Bibliothèque N°158. Parution 1958. 192 pages.

Première édition : Delachaux & Niestlé à Neufchâtel. 1943. 182 p.

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25 juillet 2020 6 25 /07 /juillet /2020 03:59

C’est l’amour en héritage ?

Léo GESTELYS : Le fantôme de la fiancée.

Romancier multicartes ou multi-genres, Léo Gestelys a écrit de nombreux romans policiers et d’aventures, mais cela ne l’empêchait pas d’écrire également des romans d’amour, et inversement, comme bon nombre de ses confrères.

Le fantôme de la fiancée joue sur plusieurs genres, et il aurait pu être publié aussi bien dans des collections dites policières que réservées à celles de l’angoisse et le suspense. Mais penchons-nous sur cette intrigue charmante dénuée de violence qui frise presque le paranormal. Sans vouloir bien entendu en dévoiler tous les aspects, même si de nos jours cette publication serait mal vue comme on le verra par la suite.

Obscur employé d’une compagnie d’assurances, René Trévannes se dépêche car il a peur d’arriver en retard à son bureau. Seulement sa concierge l’intercepte lui remettant une enveloppe blanche. Pas le temps de l’ouvrir car l’heure tourne. C’est au bureau qu’il s’acquitte de cette tâche peu compliquée et quelle n’est pas sa surprise de constater que ce pli émane d’un notaire le convoquant le plus tôt possible. Cela ne fait pas un pli, il demande sa demi-journée et une nouvelle surprise l’attend à l’office notarial.

Non seulement il apprend qu’il n’est (n’était) pas seul dans la vie, qu’il possédait un oncle dont il n’avait jamais entendu parler, mais de plus qu’il en hérite. Toutefois, cet héritage se fera en deux temps. D’abord il doit déménager et s’installer dans la propriété du Comte de Novelles dont il découvre l’existence. Il va recevoir une importante somme d’argent qui va le mettre à l’abri des contingences matérielles pour un bon bout de temps, et devient comme le propriétaire par substitution de cette demeure sise près de La Rochelle. Il sera en quelque sorte le gardien du temple du château des Eaux-Vives.

Ce premier testament indique les conditions dans lesquelles René Trévannes devra s’acquitter de ses fonctions. Durant un délai de dix ans, rien ne devra être modifié ou vendu, le train de la maison ni augmenté ni diminué, les domestiques gardés jusqu’au jour où ceux-ci prendront d’eux-mêmes leur retraite afin de jouir des dons qui leur sont faits en prévision de leurs vieux jours. Il devra habiter en permanence le château au minimum huit mois par an et ne pas entreprendre de voyage qui le retienne plus de deux mois éloigné du château. Le second testament qui est glissé dans une autre enveloppe ne devra être découvert que si Trévannes contracte mariage au cours des dix ans impartis. Sinon, si au bout de cette épreuve il se trouve encore célibataire, ses droits à l’héritage seraient définitivement tranchés par la lecture du document pour l’heure scellé.

Malgré ces dispositions et ces injonctions, Trévannes accepte de se rendre immédiatement, c’est-à-dire le plus rapidement possible au château des Eaux-Vives. L’esprit quelque peu perturbé, il quitte l’étude notariale et comme il est l’heure, il déjeune dans un restaurant huppé du quartier de l’Opéra tout proche. Il donne sa démission d’employé d’assurance, et rentrant chez lui il recueille un chien affamé et frigorifié. Un geste qui semble anodin mais dont il se félicitera plus tard. Il nomme ce bâtard Capi, comme le caniche dans Sans Famille d’Hector Malot. Puis il rend visite à un de ses collègues, l’archiviste Gérard Dorfeuil, pour l’heure hospitalisé et qui pense mourir sous peu, atteint d’hémoptysie. Il propose à Dorfeuil de venir s’installer chez lui, tandis qu’il sera dans sa nouvelle demeure, puis de le rejoindre au château, le bon air maritime devant lui permettre de se refaire une santé.

Installé au château des Eaux-Vives, Trévannes est impressionné. Le chauffeur est allé le chercher à la gare en Cadillac, quant au majordome et sa femme, ils ne tarissent pas d’éloges envers leur ancien maître. Trévannes qui est resté simple est accueilli avec une déférence qui bientôt se transformera en estime réciproque. Trévannes visite les lieux et il est intrigué par trois peintures, trois portraits peints à des époques différentes, sur des supports différents mais qui semblent représenter la même femme. Puis il découvre dans le tiroir d’un meuble qui semble l’attirer, une photo assez récente d’une jeune femme qui est la réplique des trois portraits.

Son oncle Didier de Novelles a fait fortune au Brésil, découvrant dans une fazenda un filon d’émeraudes. Puis il est rentré en France, effectuant auparavant un long séjour en Angleterre à cause de la guerre. Il avait perdu la trace de sa sœur, la mère de Trévannes, et ce n’est que peu avant sa mort qu’il a appris l’existence de René.

L’arrivée d’un couple d’Anglais, Lord et Lady Weenendale, accompagnés de leur nièce Muriel, une jeune fille au visage ingrat mais médium est fêtée par le majordome qui les connait fort bien. Grâce à eux, Trévannes va découvrir une partie du mystère qui entoure cet oncle richissime et surtout des avatars qui ont jalonné une grande partie de son existence. Didier de Novelles était tombé amoureux de la belle Sylvia, qui croyait être veuve de Tullio di Mari, une sorte de mafioso, et ils s’étaient mariés. Une fillette du nom de Stella avait scellé leur union. Seulement, Tullio di Mari n’était pas mort dans une algarade et il s’était manifesté auprès du couple. Sylvia était donc bigame et avait dû rejoindre l’infâme Tullio, emmenant leur petite Stella.

Et c’est ainsi que Trévannes, accompagné des trois Anglais et de son ami Dorfeuil, qui tombe amoureux de Muriel, va se mettre à rechercher Stella, la découvrant, grâce à Capi, retenue prisonnière dans une île près de la Côte d’Azur.

 

Le fantôme de la fiancée est tout autant un roman d’aventures qu’un roman d’amour, avec suspense et énigme garantis. Le lecteur pourrait y voir une légère analogie avec le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, mais bien d’autres ouvrages de cette époque peuvent revendiquer cet héritage littéraire.

Ce n’est pas tant l’intrigue qui est à retenir que le contexte de cet amour qui va se développer entre René Trévannes et la jeune Stella. Aujourd’hui, ce qui semblait normal, naturel, dans les années 1950, serait considéré comme une atteinte aux bonnes mœurs, même si cet amour reste platonique. En effet la belle et jeune Stella n’a que seize ans, et encore, et de nos jours bien des lecteurs pourraient crier au scandale, oubliant quelques romans qui eurent en leur temps un énorme succès, témoin Le blé en herbe de Colette, mettant en scène les amours adolescentes. Mais je le répète, les amours entre René et Stella sont platoniques, et donc ne peuvent choquer que les hypocrites, de nos jours de plus en plus nombreux.

 

Ce roman est la réédition d’un ouvrage paru en 1958 chez le même éditeur dans la collection Mirabelle 2e série, numéro 66. Mais il est dommage que ceci ne soit pas signalé, le lecteur étant induit en erreur. Encore heureux que le titre reste identique. Mais d’autres romans de Gestelys ont connu le même sort, et j’aurais peut-être l’occasion d’y revenir.

Léo GESTELYS : Le fantôme de la fiancée.

Léo GESTELYS : Le fantôme de la fiancée. Collection Jasmine N°40. Editions des Remparts. Parution 2e semestre 1980. 192 pages.

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 04:04

Urbanisme contre vestiges !

Jerry WEST : Les Jolivet et l’or des pionniers.

L’arrivée d’engins de chantier à Shoreham signifie le début d’une nouvelle aventure et d’une épopée dangereuse pour les cinq enfants Jolivet.

Bob, 12 ans, et Ricky, 7 ans, et leurs sœurs, Patty, 10 ans, Jenny, 6 ans, et Susie, la petite dernière de 4 ans mais qui ne donnerait pour rien au monde sa place dans les tribulations de cette fratrie, composent cette famille dont le père est un homme aimable, toujours souriant, pour ne pas dire rieur, et d’une mère jolie, mince et toujours prête à confectionner des gâteaux. Bref une famille américaine comme l’on aimerait en voir plus souvent.

Ce jour-là, alors que débutent les vacances de Pâques, les enfants sont abordés par l’un des conducteurs qui leur demande son chemin, pensant s’être perdu. Il conduit un énorme tracteur remorquant un plateau sur lequel est placé un énorme engin de terrassement, une pelle mécanique. Il se nomme Buster et est accompagné de Stan, et invite les enfants à monter dans la cabine ou sur la remorque afin qu’ils leur montrent le chemin jusqu’à l’entrée du chantier de la nouvelle route.

Ce chantier avait été retardé à cause de l’emplacement d’un vieux fort historique, le fort de la Liberté, mais la décision vient d’être prise. Et si durant les travaux les ruines de ce vieux fort sont mises au jour, le tracé de la nouvelle route sera dévié afin de les contourner. En cours de route, l’engin manque écraser un jeune cycliste. Il s’agit de Jo Brill, le mauvais garnement, la teigne, le tourmenteur des Jolivet. Plus de peur que de mal, heureusement.

Rentrés chez eux, les enfants Jolivet trouvent leur mère en train de lire Le phare de Shoreham, la gazette locale. Un article retient son attention : la municipalité offre 10 000$ au propriétaire du terrain sur lequel se trouvent les vestiges du Fort de la Liberté, et 500$ à la personne qui découvrira le fort.

Il n’en faut pas plus pour que les Jolivet construisent des châteaux en Espagne, même s’ils vivent aux Etats-Unis, probablement dans l’état du Vermont. Patty et Jenny décident de se rendre au musée municipal, la bibliothèque regorgeant de vieux papiers, vieux livres et journaux d’autrefois tandis que les garçons retournent sur le chantier.

Dans un ancien magazine, mis aimablement à leur disposition par le bibliothécaire, Patty et Jenny lisent un article dans lequel il est question d’un vieux monsieur de quatre-vingt-quinze ans. Il avait écrit au conseil municipal et dans sa missive il avait joint un parchemin indiquant l’emplacement du fort de la Liberté. Or cette lettre n’était jamais parvenue à destination. Un individu au long nez, appendice pratique pour fouiller dans les affaires des autres, s’intéresse à leur lecture. Elles ne le connaissent pas et s’en méfient.

Les travaux de démolition avancent et les ouvriers s’attaquent à l’ancienne gare, où justement était placée la boîte aux lettres. Les enfants Jolivet parviennent à découvrir le fameux pli avant la démolition complète. Il ne leur reste plus qu’à continuer leurs recherches, recherches qui sont entravées par le fouineur et la teigne toujours placée dans leurs jambes au mauvais moment.

Mais un autre fait se dresse sur leur chemin. La maison d’une famille est située non loin et doit être rasée. Ils vont tout faire pour empêcher un drame familial et social avec cette nouvelle démolition programmée. Mais ils n’ont guère de temps pour réaliser leur projet. Le relogement ou plutôt le transport de cette maison sur un nouveau terrain, lequel est à définir.

 

Une charmante histoire avec les bons éléments, les enfants Jolivet, leurs parents et la famille qui doit être expulsée, et les mauvais éléments, Jo Brill et l’homme au long nez. Avec pour conclusion la découverte de l’emplacement de cet ancien fort, et de ses ruines, ainsi que d’un trésor signalé dans le titre fort explicite.

Le point intéressant dans cette intrigue réside dans le fait du transport d’une maison à l’aide d’un plateau avec des madriers et des poutres de soutènement. Une technique hasardeuse qui demande un savoir-faire sans précédent, mais qui date de plus d’un siècle. A ce propos voir l’intéressant article paru dans Sciences et Voyages N°272 du 13 novembre 1924 ici.

Une raison de plus pour les adultes de se pencher sur les romans publiés à l’attention des juvéniles et qui se révèlent être source d’informations tout en restant un plaisir de lecture.

L’auteur, qui se cache sous le pseudonyme de Jerry West, se nomme en réalité Andrew E. Svenson, et a également écrit sous l’alias d’Alan Stone. Il est l’auteur de plus de soixante-dix romans pour enfants, sous divers pseudonymes dont certains sont partagés avec d’autres romanciers.

Sur les trente-trois romans consacrés à la série Les Joyeux Jolivet, seuls dix-huit titres ont été traduits en France. Quant aux personnages, l’auteur n’a pas eu besoin de chercher loin puisqu’il s’est inspiré de ses propres enfants, et de son entourage. Même celui de Jo Brill évoluait près de chez eux. Ainsi que le chien Zip et le chat Nez-blanc de la famille Jolivet ne sont que des projections des propres animaux de Jerry West.

Toutefois on peut se demander par quelle aberration le patronyme de cette famille américaine a été modifié dans la version française en Joyeux Jolivet. Mais ce n’était pas une première car d’autres séries traduites ont subies le même sort dont Alice de Caroline Quine, ou encore Le Club des Cinq d’Enid Blyton. Bizarre et inconvenant, pour ma part.

Jerry WEST : Les Jolivet et l’or des pionniers. Série Les Joyeux Jolivet (The Happy Hollisters and The Secret Fort – 1955. Texte français de Suzanne Pairault). Illustrations de Maurice Paulin. Nouvelle Bibliothèque Rose N°340. Editions Hachette. Parution 30 janvier 1970. 190 pages.

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