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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 09:01

Jolie fleur de pa pa pa

Jolie fleur de papillon

Dit une voix dans l' pa pa pa

Dans le pavillon…

Eric CHAVET : Le vacarme du papillon.

En 1972, Edward Lorenz posait cette question fondamentale : Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? Ray Bradbury apporte en 1952 une réponse anticipée dans sa nouvelle Un coup de tonnerre.

Partant de ce postulat, la présence d’un Parnassius Apollo dans le logement de monsieur Lange provoque-t-il la cascade en chaîne qui nous est proposée dans ce roman ? Je serais tenté de répondre oui, mais à condition d’y adjoindre un second animal déclencheur, un chat mité du nom de Podekol.

Installons le décor, et visionnons les prémices de ce drame.

Monsieur Lange est bien embarrassé. Il vient de recevoir un appel téléphonique de Roberto Sacchi à qui il doit de l’argent. Il met une bonne daube à réchauffer sur le gaz puis monte se doucher. Les ennuis d’argent attendront plus tard, car étant en villégiature dans sa maison familiale dans le Vercors, il ne compte pas se rendre immédiatement à Lyon régler sa dette. Pas de problème pour Sacchi qui va se déplacer pour rechercher son dû. Pour l’instant tout va bien. Mais ne voilà-t-il pas que le Parnassius Apollo vient titiller les moustaches du félin qui lui saute dessus renversant une carafe disposée près du gaz. Monsieur Lange n’aura plus de problèmes d’argent, mais Sacchi si.

Quand Roberto Sacchi (prononcez Saki je crois, sinon, c’est tendancieux) arrive sur place, il ne reste que des ruines. Et comme lui aussi doit de l’argent à Gras-Double, il est dans la mouise. Gras-Double, un truand qui navigue dans tous les domaines de l’illégalité, veut absolument récupérer son argent, même s’il n’en a pas un besoin immédiat. C’est une question de principe. Aussi il dépêche un de ses hommes de main en qui il a confiance, Michel, lequel sera assisté d’un jeunot ambitieux et sans état d’âme, adepte de la manière forte, dédaignant la diplomatie, le Blondin. Et pour que la transaction s’effectue dans les plus brefs délais, Michel et le Blondin kidnappent la Mamma, la mère septuagénaire de Sacchi.

Je vous en dis encore un peu plus ? A la demande générale, je ne peux résister au plaisir de vous dévoiler que Roberto Sacchi a connu dans sa jeunesse la belle Hélène, qu’il ne l’avait pas prise pour une poire, qu’ils avaient même goûté un temps à la joie de partager la même couche, se déniaisant mutuellement, puis chacun était parti faire son bout de chemin dans la vie, empruntant des voies différentes. Sacchi est devenu un mauvais garçon, Hélène commissaire de police. Mais ils ne se sont pas oubliés, et quand Roberto quémande l’aide d’Hélène pour le sortir de la panade dans laquelle il est embourbé, celle-ci ne lui refuse pas de lui prodiguer un coup de main. D’autant que la perspective d’arraisonner Gras-Double qui a toujours su passer à travers les mailles du filet, n’est pas pour lui déplaire. Elle va essayer d’attraper dans ses filets ce gros poisson en compagnie de Julien, son adjoint et amant occasionnel. Seulement l’homme est un requin plus coriace qu’elle l’avait imaginé.

La scène du début va provoquer des conséquences inattendues, se propageant de Grenoble à Issoire en passant par Lyon, en une ramification impitoyable et verra son apogée jusqu’à La Maison Blanche. Je ne vous dévoile rien puisque c’est le sujet de la quatrième de couverture. Quatrième de couverture énigmatique et le lecteur se demande quand sera dévoilé cet épisode.

 

Parnassius apollo

Parnassius apollo

Le vacarme du papillon est un roman enlevé, humoristique, parfois même sarcastique, mais tendre et voguant sur des problèmes majeurs, et dans lequel on trouvera sûrement quelques influences dont l’auteur ne se cache pas, puisqu’il a été nourri littérairement aux écrits de Frédéric Dard, de Pierre Desproges ou encore de Woody Allen. Mais également de Boris Vian.

Un roman cascade, certains diront un ruissellement, dans lequel les actions s’enchainent, sans trêve ou presque, dans une continuité logique, entre drames et gags. Avec des dialogues ciselés, aux réparties parfois savoureuses, qui ne jouent pas dans le maniérisme.

Du plus bas de l’échelle jusqu’aux huiles de la République, huiles qui en feront afin de graisser un engrenage ne souffrant d’aucun dérapage, l’auteur nous entraîne sur un chemin chaotique, et l’on est en droit de se demander si tout ce qui se déroule en est uniquement le fruit de son imagination. Et une fois de plus le rôle des journalistes est prépondérant, sachant que ceux-ci sont souvent manipulés, sous le couvert de secrets d’état, et du principe du Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais.

L’histoire éditoriale de ce roman nous offre deux pistes de réflexion. D’abord, il ne faut pas entretenir d’à-priori envers les romans autoédités, car celui-ci en est un. Ensuite, que les soi-disant petits éditeurs sont souvent plus courageux que leurs homologues germanopratins, et n’hésitent pas à publier de petites perles dédaignées par les gros vendeurs.

 

L’uniforme est sur un homme ce qu’un déshabillé est sur une femme.

Il s’apercevait à cet instant combien il était douloureux de mourir de son vivant.

Première parution In Libro Veritas. Février 2012.

Première parution In Libro Veritas. Février 2012.

Eric CHAVET : Le vacarme du papillon. Collection Parabellum. Editions Atelier Mosesu. Parution le 14 septembre 2017.

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 07:50

Mais j´entends siffler le train,

Mais j´entends siffler le train,

Que c´est triste un train qui siffle dans le soir...

Sylvie MILLER : Satinka.

Du plus loin qu’elle se souvienne, Jenny Boyd a été confrontée à des visions nocturnes. Des trains emplissent ses rêves, des images sonorisées. Mais pas n’importe quels trains. Ceux de la Transcontinentale dont la ligne ferroviaire fut construite entre 1863 et 1869 avec comme main d’œuvre de nombreux immigrés chinois.

Et le matin, elle est la proie d’une migraine tenace. Elle s’en était ouverte à sa mère qui avait balayé d’un revers de manche ses déclarations. Elle voulait une fille normale. Alors Jenny s’était réfugiée auprès de son ami d’école, Mike, qui avait compati sans pouvoir lui apporter de réconfort réel, sauf celui de son écoute et de son affection.

Les années ont passé. Et en ce mois de juillet 2016, alors qu’elle a arrêté ses études au grand dam de sa mère et qu’elle travaille comme serveuse dans un bar à Colfax en Californie, les visions se font de plus en plus prégnantes. Au point de découvrir que durant la nuit elle a saigné du nez. Et ces visions ne se produisent plus uniquement la nuit, mais aussi le jour, dans certaines circonstances.

Pour ses vingt ans, elle revient à Dutch Flat, où elle a passé sa jeunesse. Elle n’est pas enchantée mais c’est un jour spécial. Parmi les nombreux invités, surtout la famille du côté de son père car personne n’est présent du côté de sa mère, elle retrouve avec plaisir son ami Mike qui a pensé à elle. Il lui offre une petite boite dans laquelle a été déposé un boulon datant de 1865 et provenant d’un chantier de la Central Pacific Railroad. Mike a acheté ce présent chez un vieil antiquaire chinois dont l’ancêtre, Wing On Wo, avait été ouvrier et médecin herboriste sur le site de construction et qui avait vécu dans le quartier chinois de Dutch Flat. Mais dès qu’elle touche l’objet, à nouveau elle est la proie d’une vision qui la met en syncope.

Mike la reconduit à Colfast et lui propose de rencontrer l’antiquaire. Celui-ci est obligé de s’absenter mais son petit-fils leur remet une malle-cabine contenant de nombreux objets d’origine chinoise et Yani, une peuplade d’Amérindiens qui vivaient dans la Sierra Nevada. Le jeune homme avait pour mission de remettre un jour cette malle à une jeune fille brune au teint mat. Pour lui, il est évident que Jenny en est la destinataire. Mike connait des personnes qui seraient intéressées par ces objets anciens et historiques. Ils se rendent tous deux à l’université de Stanford, où Mike effectue ses études, et effectivement les professeurs contactés aimeraient pouvoir en disposer. Ce que refuse Jenny qui les ramène chez elle. Mais elle cache certaines de ces reliques, une initiative Heureuse, car pendant son absence son studio est visité et dévasté.

Parmi ce qui pourrait ressembler à un fatras, Jenny et Mike ont également découvert un médaillon représentant un trèfle et des photographies. L’une des personnes figurant sur ces clichés ressemble étonnamment à la jeune fille.

 

Sylvie MILLER : Satinka.

Ce récit pourrait n’être qu’une simple histoire teintée de fantastique, un peu comme Richard Matheson ou Jonathan Carroll en ont écrit avec un petit côté Ma sorcière bien aimée. Mais c’est beaucoup plus profond. Un suspense teinté de fantastique tournant autour de la magie. Une situation en apparence normale mais qui perd le contrôle de la réalité. Le lecteur, alors, retrouve par ce jeu certaines des peurs ancestrales de l’humanité telles que la folie, l’abandon, la mort, la solitude. Ici, il s’agit d’une conjonction entre deux époques qui possèdent des points communs, et ancrés dans l’histoire des États-Unis et plus particulièrement de la Californie.

En 1857, le jeune Harmon Augustus Good, dit Hi Good, est content. Enfin il a atteint l’âge et possède l’argent nécessaire pour acquérir une centaine d’acres de terre californienne. Il doit satisfaire quelques obligations qui ne relèvent pas des travaux d’Hercule. Il construit donc une cabane et élève quelques têtes de bétail tout en cultivant ses plans de légumes. Seulement ces terres ont été confisquées aux Amérindiens de la tribu des Yahi, ce qui engendre de leur part une vengeance sanguinaire. Les renégats, ainsi surnommés, se sont réfugiés dans Mill Creek et descendent parfois dans la vallée afin de se procurer des vivres indispensables à leur survie. Mais une partie de la tribu, les Yanas, se conduisent en pacifistes, pourtant ils seront eux aussi traqués.

Des colons irlandais, chassés de leur terre natale par la famine, traversent les Etats-Unis en convoi. Leur but, la terre promise californienne et peut-être des mines d’or. En cours de route des divergences s’élèvent, mais ils continuent toutefois leur pérégrination, malgré le froid, la rudesse du terrain, affrontant les pires dangers dans la chaîne des Rocheuses et la Sierra Nevada.

Et durant les années 1860, partant de Sacramento, des milliers de Chinois construisent la ligne ferroviaire de la Transcontinentale. Ils sont traités en esclaves par des contremaîtres sans pitié. Ils s’organisent et parmi eux des hommes médecins pallient aux bobos divers, blessures provoquées par des accidents de travail ou aux inévitables problèmes de cohabitation ou de nutrition.

Un roman qui insiste sur les difficultés d’intégration des migrants, de leurs dissensions entre extrémistes et modérés tolérants, des conditions de vie et du quotidien des Chinois expatriés et exploités, du génocide envers des populations locales qui ne demandaient qu’à vivre sur leurs terres. Une leçon d’humanisme en tout point exemplaire mais qui n’oublie pas la magie, un don utilisé par les Amérindiens, les Chinois ou les Irlandais, pas tous, magie exercée pour se dépatouiller de situations périlleuses mais pas que.

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Chinois travaillant sur la ligne ferrée de la Transcontinentale

Il s’agit d’une parabole sur le courage et la volonté de vouloir, de pouvoir, de réaliser ce qui semble insurmontable, de se transcender. Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un gémir Je n’y arrive pas… et qui grâce à l’effort, par la volonté de réussir, par les encouragements aussi, parvient à surmonter les épreuves. Quelles soient physiques, mentales, psychologiques, corporelles. Mais c’est aussi la parabole sur l’intégration, sur les bienfaits d’une mixité ethnique, raciale, culturelle, mais je n’en dis pas plus.

Certains personnages ont réellement existé, Alexander Gardner, photographe par exemple. Quant aux faits historiques concernant la construction de la ligne ferroviaire Transcontinentale, ils ont fait l’objet de nombreux articles.

Un roman construit façon mille-feuilles, normal pour un roman de cinq-cents pages, appétissant et qui garde tout au long de la dégustation une saveur exquise. Si l’histoire de Jenny pourrait constituer la pâte feuilletée, croustillante, ce qui sert de crème est tout aussi goûtu. Les différentes époques s’entremêlent, puis convergent, et mon tout est hybride sans pour autant se montrer hétéroclite ou saccadé dans la narration. Bientôt la pâte feuilletée absorbe la crème et mon tout ne fait plus qu’un.

Il ne faut pas se fier à l’emballage, paraît-il. Pour une fois le contenant et le contenu sont d’égale valeur. L’ouvrage possède une couverture cartonnée rigide, avec une illustration de Xavier Colette, un dos toilé, et rien qu’à le voir on a envie d’ouvrir le livre.

Au fait, madame Sylvie Miller, à quand le prochain opus de Lasser détective des dieux ? Seriez-vous fâchée avec votre complice Philippe Ward ? Allez, un petit effort, un peu de volonté, une once de magie, cela devrait le faire.

 

Vous pouvez également retrouver les chroniques concernant la série Lasser détective des dieux ci-après :

Et pour finir :

Sylvie MILLER : Satinka. Collection Fantasy. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 516 pages. 25,00€.

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 07:46

Coups bas à Cuba….

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango.

Après avoir partiellement exploré la Bolivie dans Soleil noir, puis visité la Thaïlande, Christophe Sémont nous propose un voyage à Cuba, au pays des cigares, du rhum, de la musique personnifiée par Compay Secundo et de la littérature avec Leonardo Padura et Zoe Valdés.

Seulement il ne s’agit pas pour l’auteur de nous entraîner dans des cars flambant neuf (oui, parfois les cars flambent), de nous accrocher aux déclamations élogieuses d’une guide moulée dans une petite robe rouge et de coucher dans des hôtels-casernes à touristes, mais bien de s’introduire façon routard dans un pays au régime politique controversé. De le découvrir de l’intérieur, avec ses maisons délabrées, fissurées, prêtes à s’effondrer, avec ses habitants toujours dépendants des cartes d’alimentation, ou Livrets de fourniture, une idée de Che (Cubano Hermano Ejamplo : Cubain Frère Exemple) Guevarra et mise en pratique par le Lider Maximo, alias Fidel Castro.

 

Amalia, jeune femme brisée physiquement, survit en récoltant des canettes afin de les revendre à une usine de recyclage d’aluminium. Mais cela ne fait pas bouillir la marmite et Julio, son mari, ne gagne pas grand-chose comme pêcheur. Pourtant elle ne se plaint pas, malgré une hanche douloureuse et une claudication provoquées par un accident lorsqu’elle était toute gamine. Un accident de voiture dans lequel ses parents seraient décédés. Du moins c’est ce qu’on lui a toujours dit.

Aylin, sa fille, va fêter son anniversaire dans quelques jours et pour ses quatre ans, Amalia veut lui offrir un gâteau. C’est tout ce qu’elle peut se permettre financièrement. Mais en cours de route elle se rend compte qu’elle a oublié de prendre son porte-monnaie. Elle rebrousse chemin et assiste impuissante à l’enlèvement d’Aylin par des hommes à forte musculature. Et son mari ni sa voisine, en qui elle avait toute confiance, ne peuvent l’aider, au contraire.

 

Dipsomane, ancien militaire et baroudeur ayant effectué de nombreuses missions en ex-Yougoslavie et en Afrique Noire, Franck Carnac ressasse sa mélancolie. Sa femme l’a quitté et son jeune fils Antoine lui manque. Pour seul palliatif, quelques appels téléphoniques de temps à autre et une photographie des deux êtres qui lui sont chers.

Il est convoqué dans un hôtel parisien renommé et se trouve mis en présence de deux hommes accompagnés de gardes du corps. Une mission de confiance lui est proposée et comme les fonds manquent, la possibilité de recevoir 30 000 € influe sur ses réticences. Il doit se rendre à Cuba et réaliser un contrat sur un nommé Pierre Cuevas.

Cuevas est un ancien activiste, anarchiste, ayant participé comme mercenaire principalement en Amérique du Sud, allié aux troupes révolutionnaires combattant les régimes fascistes. Il possède la double nationalité franco-espagnole et est recherché depuis des années par la CIA. Il a été localisé à Santiago de Cuba, et Franck Carnac doit l’abattre sans se poser de questions.

Muni de quelques renseignements et de contacts qui pourront l’aider, éventuellement, lors de son arrivée à La Havane, Franck Carnac ne perd pas de temps dans ses recherches. Seulement, des incidents se produisent dès son arrivée. Il a l’impression d’être suivi, puis une jeune femme l’aborde. Une petite séance de galipettes n’étant pas prohibée dans le cadre de sa mission, il se laisse entraîner. Une séance qui aurait pu lui être fatale s’il n’était pas sur ses gardes. Et lorsqu’il est en face de Pierre Cuevas, il pense qu’il va pouvoir, sa mission effectuée, s’embarquer à bord d’un petit canot pour la côte de Floride. Mais son départ est différé et il est obligé de fuir et de se cacher.

 

Résolument ancré dans l’histoire de Cuba, les années révolutionnaires, la prise du pouvoir de Fidel Castro, puis la suite, les années d’espoir puis la dégringolade lors de l’éclatement de l’ancienne URSS qui était la principale alliée nourricière de l’île, les difficultés ressenties par les Cubains, le fanatisme politique, Les enfants de Chango joue également sur le registre du fanatisme religieux et de la superstition.

La figure de La Mère s’incruste en surimpression dans ce roman, dont le sujet est la disparition d’enfants. La Mère est une vieille dame qui apparaissait déjà auprès de Castro, et d’autres personnalités politiques, en 1962, et déjà elle était âgée. Elle est la représentation de la Santeria, religion dérivée de la religion Yoruba, et ses représentants personnalisés sous formes de statuettes, les Orishas.

Les Africains déportés en esclavage avaient été obligés d’embrasser la religion catholique sous la férule des missionnaires espagnols. Afin de proroger leur propre religion ancestrale, ils avaient trouvé le moyen de représenter leurs dieux sous la forme de statuettes catholiques. Une religion métissée en quelque sorte.

Si la mission confiée à Franck Carnac relève du roman d’aventures, la recherche d’un individu mis au ban par la CIA, la suite s’inscrit dans une forme hybride entre roman noir policier, avec de nombreuses incursions politiques et historiques, et roman fantastique à base de sorcellerie dont La Mère tient une grande place ainsi que les enfants enlevés.

Si le début est conventionnel, la fin du récit est plutôt sombre, âpre, violente, comme un conte de fée moderne dans lequel les superstitions millénaires interfèrent dans une modernité sans concession.

 

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 300 pages. 18,00€.

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 08:50

C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau, hisse et haut…

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer.

Aventure mythique s’il en est, authentique, vécue il y a un peu plus de deux siècles par des marins courageux, ombrageux, coléreux, mais amoureux de la mer, souvent reprise et exploitée par des romanciers attirés, fascinés par cet avatar maritime, transposée au cinéma, la mutinerie de La Bounty reflète ce soubresaut à al discipline qui devait embraser la France peu de mois après, ainsi que la soir de justice et de liberté.

Tous ceux qui ont vibré à la lecture des Révoltés de la Bounty, mêmes auteurs et même éditeur, vont enfin pouvoir connaître la suite des péripéties maritimes subies par les marins qui ont accompagné leur capitaine déchu.

Et Bligh, ce fameux capitaine Bligh, montré comme un tortionnaire, exerçant une discipline de fer, démontre dans cette odyssée que sous la carapace d’airain bat un cœur.

Marin accompli, il va pendant plus de huit mille kilomètres combattre les éléments et amener à bon port son équipage, dix-sept hommes, le dix-huitième, Norton, tombant sous les projectiles des sauvages à l’aube de leur traversée du Pacifique.

Répartissant équitablement les vivres, encourageant les plus timorés, se montrant dur à la tache et aux agressions extérieures, défiant les éléments déchaînés, le vent, la mer et la pluie conjuguant leurs efforts pour faire sombrer le frêle esquif dans l’immensité glauque et froide, Bligh va se transcender et transcender ses hommes, réalisant la performance d’amener tout son équipage à bon port.

Leçon de courage, de discipline, Dix-neuf hommes contre la mer est un roman chaleureux où la dimension humaine atteint son apogée, malgré ou à cause des privations, du froid, du découragement qui atteint parfois les limites du supportable, les reculant même.

Et si Bligh était jugé lorsqu’il était aux commandes de La Bounty comme un homme fier, intraitable, impitoyable, ce sont ces défauts qui transformés en qualité permettront à ces marins de défier l’adversité, et de gagner un impossible pari.

Un troisième volet, Pitcairn, mêmes auteurs et même éditeur, décrit les aventures de Christian Fletcher et ses compagnons, quinze hommes et douze femmes, Blancs et « Indiens » liés par un même destin de mutins, se réfugiant sur un îlot perdu du Pacifique, tentant d’instaurer une République.

 

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer. L’odyssée de La Bounty tome 2. (Men Against the Sea, 1933. Traduction de Gérard Piloquet). Editions Libretto. Parution 26 avril 2002. 256 pages. 9,05€.

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 08:09

Si tu vas à Rio, n’oublie pas de monter là-haut…

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro.

En ce mois d’août 1711, Loïc, le jeune mousse de quinze ans surnommé Sabre d’or, se prépare à une excursion prochaine dans la capitale brésilienne.

L’Amiral René Duguay-Trouin envisage une expédition à Rio de Janeiro pour un double motif. D’abord soumettre et rançonner la colonie lusitanienne, et délivrer les prisonniers français détenus après l’échec de l’expédition de Duclerc. Et il lui faut compléter l’équipage de la prise de la Coimbra rebaptisé La Belle Marquise.

Loïc est chargé, avec son ami Clément l’indiscret, du recrutement, et c’est Grand Timon qui prendra le capitanat. Port-au-Rocher, la capitale de l’île de la Tortue, a été décimé partiellement par une épidémie, un mal inconnu, mais la main d’œuvre est assez conséquente pour faire un tri. Seulement le jour de l’embarquement, personne ne se présente. Le Baron Caussade, l’un des trois nobles qui commandent trois navires, sur seize, de la flotte de Duguay-Trouin a débauché les marins pressentis. Un accroc dans la bonne entente mais l’affaire se tasse.

Pourtant ce ne sera la seule qui opposera le jeune marin, devenu le second de Pierre Pongérard, alias Grand Timon, à ce nobliau qui est apparenté au roi Louis XIV par une histoire de coucherie de sa mère. Les aventures et mésaventures ne manquent pas de se produire, affectant les relations entre marins, entre les différents capitaines de cette armada, car la jalousie envenime parfois les rapports entre tout ce petit monde.

Loïc a reçu une lettre de son amie Amalia et il peut enfin prendre connaissance de son contenu. La belle Lisboète lui déclare sa flamme, ce qui lui met le cœur en joie et les sens en émoi, mais elle lui écrit aussi que son père songe à la marier, lorsqu’elle aura seize ans, date fatidique qui se rapproche, avec un noble Portugais.

 

Au cours de la traversée vers Rio de Janeiro, les marins de La Belle Marquise recueillent des naufragés, deux hommes, une femme et un enfant. L’un des hommes est décédé mais les autres sont soignés par le médecin du bord. D’après lui ce sont des esclaves noirs qui se sont enfuis. Loïc est stupéfait du traitement qui leur était réservé, et indigné lorsqu’il apprend qu’à leur retour aux Antilles ces trois fuyards, le frère et la sœur, l’enfant que celle-ci a eu de son employeur qui l’avait violée, que ces trois fuyards seront revendus. Le Code noir édicté par Louis XIV en 1685, inique mais observé par tous.

En attendant, ils restent à bord et l’on verra par la suite qu’un bienfait n’est jamais perdu.

L’escadre parvient en baie de Rio de Janeiro, mais la cité est gardée par douze mille soldats, deux forts tenant en respect tout bâtiment ennemi, et six navires patrouillant dans le port. René Duguay-Trouin ne peut attaquer de front Rio de Janeiro, aussi une tactique est mise en avant, les artilleurs, dont ceux de La Belle Marquise, réputés pour être les meilleurs vont devoir montrer leur adresse.

La cité prise, il faut finir le travail, car les soldats portugais se sont réfugiés dans la forêt, là où sévissent les réducteurs de tête. Loïc pourra une fois de plus démontrer son courage, et son humanisme.

 

Roman d’aventures maritimes et terrestres, ce second, pour le moment, volet des aventures de Loïc, dit Sabre d’Or, est plus qu’un livre destiné à la jeunesse. Leçon de courage, certes, mais également de respect de la parole et respect de soi et des autres.

Les scènes d’action ne manquent pas, normal pour un roman d’aventures, mais une certaine tendresse se dégage du récit, surtout dans les missives échangées entre Amalia et Loïc. Mais ce ne sont pas les seuls instants qui procurent ce moment de pause entre deux combats.

La prise de Rio par Duguay-Trouin et ses hommes, est un épisode marquant parmi les hauts faits maritimes et les combats navals. L’Espagne, qui connait une crise de succession, et la France sont en guerre contre une coalition menée par l’Angleterre, le Portugal et de nombreux pays européens. Ce qui constitue la partie historique de l’ouvrage. Mais cette épopée met en avant le sort des esclaves, qui sont considérés par les Portugais comme des marchandises et les achètent ou les vendent au gré de leur besoin.

Comme le précise monsieur de Jessey, un médecin herboriste qui fait partie de l’expédition afin de recueillir de nouvelles plantes, le monde n’est pas régi par des êtres généreux et bienfaisants, mais par des administrateurs soucieux de leurs intérêts et de ceux de leur pays.

Et lorsque Loïc réclame la liberté pour les trois esclaves en fuite, il lui est rétorqué que ceci n’est pas envisageable :

Parce que les esclaves appartiennent à la Couronne de France. Les planteurs des Antilles nous en réclament toujours plus. Louis XIV les soutient. Nos navigateurs les achètent sur les côtes d’Afrique et les revendent un bon prix dans les colonies. Ce commerce enrichit nos ports, nos marins, nos armateurs, nos colons et la Couronne. Tout le monde y trouve son compte.

Un roman qui dépasse le cadre d’un lectorat composé de jeunes, mais que bien des adultes devraient lire afin de changer leur regard méprisant sur toute une population souvent mise à l’index. Mais il n’est pas sûr pour autant que cela infléchira leur état d’esprit et leurs sentiments racistes.

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro. Les aventures de Loïc le corsaire N°2. Editions du Volcan. Parution le 20 juillet 2017. 192 pages. 12,00€.

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 08:37

Comme on fait son lit, on se couche. Il parait !

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer.

Mais ce n’est pas dans les habitudes du capitaine Johny Sopper, agent du gouvernement, qui en ce mois de novembre se sent perdu dans New-York. Il a plus l’habitude de parcourir les plaines de l’Alabama que parcourir les rues d’une ville dont les habitants résident dans des immeubles de six étages.

Avec le sergent Steve, il doit réceptionner un professeur en provenance de Paris et le conduire à Washington. Seulement il a la désagréable impression, ressentie pareillement par Steve, d’être suivi au cours de ses déambulations sur le port. D’ailleurs il fait sensation auprès des gamins, habillé avec sa veste en pécari, ses culottes de cheval, ses bottes noires et son feutre à larges bords.

Enfin ils récupèrent le voyageur, un nommé Adalbert Durandal, du Musée d’Histoire de Paris. Des chambres d’hôtel sont réservées aux trois hommes en attendant de joindre Washington. Durandal confie qu’il doit remettre des documents, soigneusement gardée dans un portefeuille rouge, concernant des trésors qui auraient été enfouis par les premiers migrants, dont notamment au lac Erié, sur une île. Mais à cet hôtel s’est installée également une jeune femme, une Française selon le directeur, Jeanne Berry.

Alors que Johny Sopper avait prévu une soirée au théâtre, Durandal annonce qu’il se sent quelque peu malade. Il préfère rester dans sa chambre qu’il boucle à double tour. Au retour de leur sortie, Sopper et le sergent Steve s’aperçoivent que la porte n’est plus fermée et que Durandal a disparu. Les événements se précipitent.

Les deux hommes partent à la recherche du professeur, chacun de leur côté, et le lendemain, un cadavre est découvert sur les rails. Il s’agit probablement de Steve car l’inconnu porte ses bottes et sa montre. Jeanne Berry a quitté l’hôtel, direction Saratoga selon le directeur de l’établissement. Mais Sopper apprend qu’en réalité elle a pris le train pour Albany. Le directeur de l’hôtel est assassiné et le portier est trop serviable pour être honnête.

Sopper, après déjà avoir été agressé et assommé, part pour Albany et retrouve inopinément Steve qui n’était pas mort. Ils apprennent que Jeanne Berry voyage en compagnie de son frère et d’un homme qui ressemble fort à Durandal. Puis c’est la suite du voyage vers le lac Erié.

 

Johny Sopper échappe à de multiples dangers dont, dans le désordre, un affrontement homérique avec un grizzli, des agressions avec des individus particulièrement belliqueux, à quelques noyades et un plongeon dans les chutes du Niagara, des bagarres avec des Comanches, puis des coups de feu, des rencontres inopinées avec des gourdins, de quoi démontrer sa force herculéenne mais également qu’il n’est pas à l’abri d’interventions musclées, aidé dans tous ses démêlés par la présence opportune de Comanches, une autre tribu que la précédente, puis de Cheyennes qui pensent le délivrer, les deux peuples ne s’appréciant guère.

Mais si les « Indiens » ne sont pas toujours montrés sous un jour favorable, il existe un code de l’honneur que ne pratiquent pas en général les Blancs. Ils ne peuvent pas tuer un homme qu’ils sont sauvé d’un péril. Celui que nous avons sauvé est des nôtres, affirme ainsi Tête d’Or le chef Cheyenne. D’ailleurs Johny Sopper, s’il ne pratique pas la langue française, comme on le constate au début du récit, s’exprime aisément en langue comanche ou cheyenne, ce qui est quand même un avantage dans certaines situations.

Un roman qui privilégie l’action au détriment des longues narrations descriptives des lieux et des personnages. Pas le temps pour le lecteur de s’ennuyer, de reprendre son souffle, son seul souci étant de tourner les pages afin de connaître la fin de cette intrigue très mouvementée. Johny Sopper encaisse, et donne, de nombreux coups, comme dans les scènes de bagarre au cinéma, au cours desquelles chaque protagoniste se rue contre son adversaire sans jamais ressentir le moindre mal ou presque.

 

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer. Collection Western N°8. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1953. 192 pages.

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 08:14

Une variante de Un pour tous, Tous pour un

Amédée ACHARD : Envers et contre tous. Les aventures de Monsieur de la Guerche 2.

Ou la suite des aventures de Monsieur de la Guerche et de son ami Renaud de Chaufontaine.

Des aventures épiques, dangereuses, qui les conduisent de Suède en Tchécoslovaquie, un peu pour accompagner le roi Gustave-Adolphe dans ses démêlés belliqueux avec la coalition germano-autrichienne, mais surtout pour délivrer des griffes de leurs ennemis, Jean de Werth et ses acolytes Matheux Orlscopp et le capitaine Jaconus, les belles cousines Mademoiselle de Souvigny et Mademoiselle de Pardaillan.

Les liens du cœur sont une chose que ne respectent guère les ruffains et nos deux héros sont soumis à rudes épreuves afin de mériter l’amour de leurs belles.

La guerre fait rage, mais pas uniquement sur les champs de bataille. La jalousie exacerbée et féminine de Madame d’Igomer ferait se battre des montagnes mais l’amour se montre toujours (dans les romans !) le plus fort.

 

Embuscades, guet-apens, château-forts, oubliettes, passages secrets, tortures morales et physiques, marais, déguisements, traîtrises, ce roman est parsemé d’embûches pour nos deux preux chevaliers français, véritable parcours du combattant, jeux de rôle avant la lettre.

De tous les personnages secondaires qui gravitent dans ces deux romans, Les coups d’épée de Monsieur de la Guerche et celui-ci, c’est Carquefou, le doux et peureux valet et compagnon d’armes de Monsieur de la Guerche, qui m’a laissé l’impression la plus forte, envers qui j’ai ressenti comme une certaine affection.

Carquefou, qui devant le danger ou tout simplement par amitié, arrive à faire fi de sa peur, de sa couardise naturelle, et se montrer aussi courageux, sinon plus, que ses compagnons. Comme il le déclare sans fausse pudeur :

On peut être poltron de naissance, par caractère et par principe, et n‘en être pas moins brave dans l’occasion.

 

Il eut été dommage de laisser ces romans s’étioler au fond de bibliothèques poussiéreuses alors que tant d’inepties encensées sont présentées aujourd’hui comme des chefs-d’œuvre.

 

Amédée ACHARD : Envers et contre tout. Les aventures de Monsieur de la Guerche 2. Collection Verso. Editions Phébus. Parution août 1991. 324 pages. 22,45€.

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:36

Aurait besoin d’une bonne révision ?

Gaston LEROUX : La machine à assassiner.

Nous avions quitté les protagonistes de La Poupée sanglante sur ces deux phrases : Eh bien, oui l’aventure de Bénédict Masson est sublime ! Elle est sublime en le fait qu’elle ne fait que commencer…

L’arrestation et l’exécution de Bénédict Masson, le relieur qui a perdu sa tête, ne manquent pas d’attiser les conversations, les suppositions, les ragots, et engendrer une forme de terreur comme aime à le préciser Mme Langlois, l’ex-femme de ménage du décapité.

Et lors d’une réunion bihebdomadaire dite à la camomille, breuvage servi dans l’arrière-boutique de Mlle Barescat, et fourni par M. Birouste, l’herboriste, les langues ne s’endorment pas malgré le breuvage. Il paraîtrait que la tête de Bénédict Masson aurait été réclamée par l’Ecole de Médecine et récupérée dans le panier et amenée chez l’horloger, spécialiste des engrenages aux roues carrées, par Baptiste, l’aide de Jacques Cotentin, le fiancé de Christine Norbert, la fille de Jacques Norbert, le fameux horloger qui aurait bricolé le corps de Gabriel. Des suppositions.

C’est à ce moment où la tension est vive entre les quatre participants de cette soirée à la camomille, que Gabriel s’introduit dans la maison portant Christine, évanouie et le visage ensanglanté. Alors ils entendent des voix. Celles de M. Norbert et de Jacques Cotentin qui sont à la recherche de Gabriel et de la jeune fille. Lorsqu’ils pénètrent dans la maison, il n’y a plus personne, sauf les quatre buveurs de camomille. Gabriel est parti par une porte située à l’arrière, avec dans ses bras Christine, écrivant un petit mot sur une feuille de carnet. Le plus surprenant est à venir : L’écriture est celle de Bénédict Masson, il n’y a aucun doute là-dessus.

Alors, non seulement Gabriel serait un homme rafistolé, mais de plus l’horloger et Jacques Cotentin, le prosecteur (personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine), lui auraient greffé le cerveau de Benedict Masson ?

Et si Benedict Masson était mort pour rien, car dans les disparitions de jeunes femmes, en Touraine, continuent, semblant confirmer ses assertions lorsqu’il déclarait qu’il était innocent ?

Débute une partie de cache-cache entre Jacques Cotentin, à la recherche de sa fiancée, et Gabriel accompagné de Christine, ou le contraire, et d’autres protagonistes plus ou moins impliqués dans ce récit d’aventures échevelé, à la trame fantastico-scientifique. De l’Île de la Cité jusqu’en Touraine en passant par la banlieue parisienne, c’est une course poursuite échevelée qui se déroule sous nos yeux.

 

Avec des références à Henri Heine, auteur du Docteur Faust, à Villiers de l’Isle Adam, qui mit en scène L’Eve future, premier roman dans lequel apparait pour la première fois une androïde ou plus exactement Andréide, ainsi qu’à Mary Shelley avec Frankenstein, Gaston Leroux ne fait pas œuvre de véritable nouveauté mais propose une version plus moderne de ces personnages qui ont traversé les siècles de la littérature dite populaire, ouvrant la voie à un fantastique scientifique dont déjà la médecine actuelle commence à s’emparer, et va peut-être bientôt dépasser toutes les affabulations de nos auteurs qui ne manquent pas d’imagination.

L’imagination débridée de Gaston Leroux mêle les deux genres précédemment évoqués en y incluant une trame policière, un petit goût d’exotisme avec des références aux Thugs, le tout dans un voile de poésie noire. Tous les ingrédients sont utilisés par Gaston Leroux afin de tenir le lecteur en haleine, et il y réussit toujours, près de cent ans après la première publication de cet ouvrage en feuilleton dans Le Matin du 10 août et le 19 septembre 1923. Si ce roman peut se lire indépendamment de La Poupée sanglante, il est préférable toutefois d’avoir lu le premier épisode afin de mieux comprendre jusqu’où la folie créatrice de Gaston Leroux peut s’exprimer.

 

Gaston LEROUX : La machine à assassiner. Collection L’Aube Poche. Editions de l’Aube. Parution 18 août 2016. 304 pages. 11,90€

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 08:04

Ne sont pas des coups d’épée dans l’eau !

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche.

Auprès des Trois Mousquetaires qui se sont vaillamment illustrés dans le roman de cape et d'épée, j'ai cité Alexandre Dumas Porthos, Paul Féval Aramis, Michel Zévaco Athos, se glisse la silhouette d’un jeune homme qui tel d’Artagnan se bat comme un beau diable afin de se hisser au niveau des grands: Amédée Achard.

Contemporain de Dumas père, Amédée Achard s’est perdu dans les oubliettes de la littérature à cause d’une trop grande facilité et d'une prolixité romanesque qui lui ont porté ombrage. Pourtant Amédée Achard a longtemps figuré au catalogue de la bibliothèque Verte, dans une version malheureusement tronquée, près d’auteurs aussi éminent que Jules Verne, Jack London ou Paul Féval.

Les coups d'épée de Mr de la Guerche est un roman assez curieusement proche des Trois Mousquetaires et en même temps fort éloigné dans la lettre et dans l’esprit. Évidemment l’on retrouve le ton épique, les chevauchées, la soif d’aventures, l’amitié et l’amour, les conflits et les serments, les fourbes et les serviteurs loyaux, tous ingrédients nécessaires à la crédibilité d’un roman d’aventures, de cape et d'épée, et qui seront largement utilisés dans les westerns et autres romans populaires. De même quelques similitudes de lieux et de personnages apparaissent dans les deux romans. Par exemple le siège de la Rochelle, prétexte à bravoure. Cependant la comparaison s'arrête là.

Chez Dumas, quatre personnages en quête de gloire et de fortune s’opposaient au Cardinal de Richelieu et à ses sbires. Dans Les coups d'épée de Mr de la Guerche, deux amis d’enfance vont se côtoyer, se battre l’un l’autre, puis l’un près de l’autre, jusqu’en Suède. Pourtant à l’origine tout devait les séparer : Armand-Louis de la Guerche est un protestant convaincu tandis que Renaud de Chaufontaine rêve de convertir son parpaillot de camarade à la religion catholique.

Et c’est là qu’Amédée Achard diffère profondément de Dumas. Car jamais il ne raillera les Huguenots comme le fait, par Mousquetaires interposés, Dumas, lors, par exemple, de la description du siège de la Rochelle. Au contraire il se montre sobre, tolérant, renvoyant dos à dos catholiques et protestants, ou mieux, les faisant s'apprécier en maintes occasions. Et c’est peut-être justement cette to1érance, cette largesse d’esprit qui jetèrent un voile d’oubli sur ces romans, les brocardeurs de tous poils, de toutes convictions n’ayant rien à leur reprocher, sauf peut-être cette indulgence qu’ils qualifièrent de platitude.

Et si les personnages d'Amédée Achard ne possèdent point l’envergure de ceux mis en scène par Dumas père, l’action, elle, s’en trouve sublimée. Il n’existe aucune longueur dans ces romans. Trop souvent omis, jusque dans les histoires de la littérature populaire française, Amédée Achard recouvre une nouvelle jeunesse, un second souffle avec la complicité de Michel Le Bris et des éditions Phébus.

Et s’il m’était permis de faire une petite suggestion, je proposerais à l’éditeur de continuer dans cette voie en exhumant quelques ouvrages moins connus dont ceux d’Alfred Assolant, par exemple.

 

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche. Préface de Michel Le Bris. Collection Verso. Editions Phébus. Parution août 1991. 374 pages. 23,05€.

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 12:43

J’ai deux amours… Panthéra et Orloff !

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

A la demande de l’avocat Formellot, Antoine Carlier, ancien policier reconverti dans les filatures, s’attache aux pas d’Heinrich von Verschtaufen, l’ancien nazi qui s’était réfugié en Bolivie, et de son compagnon, Huayna l’Inca, lorsque ceux-ci quittent le cimetière du Père Lachaise et s’engouffrent dans une Floride rouge de location.

Au moins, pense-t-il, il ne risque pas de la perdre de vue et il s’enfourne dans sa petite Dauphine. Et les voilà partis en procession, mais Huayna qui conduit la Floride le repère immédiatement, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’affole. Il parvient à coincer Carlier et à le maîtriser, puis il l’oblige à suivre la Floride conduite par l’Allemand et direction Saint-Maur-des-Fossés.

Ils arrivent devant une magnifique propriété et Heinrich demande à rencontrer le docteur Jean Oster, anciennement Osterweil, qu’il a connu durant la guerre. Le chirurgien n’est pas présent et sa (nouvelle) femme le reçoit. A l’énoncé de son nom, elle est effrayée, car elle sait que durant la guerre, son mari et l’ancien SS étaient dans des camps diamétralement opposés. Le bon docteur appartenait à la Résistance et il avait organisé la fuite à l’étranger de Juifs menacés de déportation. Le toubib, alerté par son épouse arrive en catastrophe, mais Heinrich rumine sa vengeance. Il prend en otage la fille du couple, qui n’a que onze ans, et enferme Carlier dans la cave, se promettant de lui faire passer de chauds moments grâce au chalumeau qu’il repère parmi les outils.

La romancière-journaliste Marie-France d’Aygues-Vives a publié dans le magazine où elle donne des piges, un article demandant à rencontrer Panthéra. Une solution qui s’avère payante puisqu’une personne qui se présente sous ce nom lui donne rendez-vous en banlieue. Seulement il ne s’agit pas de la vraie Panthéra et celle-ci, qui apprend la manigance, décide de surveiller les déplacements de Marie-France. Et elle fait bien. Car la correspondante de Marie-France, s’est déguisée en Panthéra et projette un mauvais coup.

Fautus a réussi à s’enfuir de la demeure où il était enfermé, faussant compagnie à ses deux geôlières, des jumelles pourtant passées maîtres en art martial. Lui aussi peaufine sa vengeance envers ceux qui avaient réussi à le capturer.

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

Toujours aussi virevoltant, enchainant les scènes d’action, les épisodes mouvementés, avec les mêmes personnages et de nouveaux arrivants, ou des revenants, cet Amour de Panthéra est toutefois plus grave dans son propos et dans la trame que dans les précédents épisodes. Tout en décrivant les péripéties endurées par ses personnages, l’auteur n’oublie pas de développer le côté psychologique de ses créatures qu’il fait évoluer avec un plaisir quasi sadique.

Personne, ou presque, n’est épargné dans ces péripéties tourmentées, mais cela n’empêche pas que de la tendresse imprègne certaines scènes. Ainsi Tanya, qui travaille dans un laboratoire, s’éprend de Bertrand, le domestique de son employeur, le professeur Bellières. Mais l’homme préfère ne pas montrer les sentiments qui l’animent envers la jeune femme au pied-bot et voûtée, un handicap auquel s’est habituée Tanya. C’est que Bertrand n’est pas un véritable domestique, s’appelant en réalité Jean Brochart, appartenant au Deuxième Bureau. Et si les Services Secrets sont dans la course, bientôt d’autres éléments vont interférer. Une Licorne par exemple, ou des Trolls qui sont embauchés dans les CFS, Compagnie Faërienne de Sécurité.

Si Tanya trouve en Bertrand une âme sœur, Alice de Sérigny alias Panthéra n’est pas en reste avec Percival Arlington. Pourtant l’amitié qui relie les deux jeunes femmes devrait être incompatible avec les relations qu’elles entretiennent avec des personnes du sexe opposé au leur. Ce qui confère une touche de tendresse dans un monde de brutes mais les aventures de tous ces protagonistes ne sont pas terminées et un nouveau volume est en préparation.

Alors monsieur Michel Pagel, car depuis peu l’on sait que sous le pseudonyme de Pierre-Alexis Orloff se cache ce grand maître de l’intrigue feuilletonesque, s’il vous plait, ne tardez pas trop, j’aimerai connaître la suite des aventures de Panthéra avant de mourir. Sinon, je serais capable de me retourner dans ma tombe de désespoir et de frustration.

 

Vous pouvez commander cet ouvrage directement ici :

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Retrouvez les précédents épisodes de Panthéra en cliquant sur les liens ci-dessous :

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, quatrième épisode. Collection Noire N°92. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2016. 220 pages. 20,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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