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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 13:58

Et l'amas est mon tout... comme dirait Serge.

P.-J. HERAULT : La fédération de l’amas.

Au bout de onze ans de guerre, Procyon et Altaïr ont signé un traité de paix. Les soldats n’ont plus la cote.

Ils sont poursuivis, asservis, tabassés dans la plupart des cas.

Ael Madec, ex capitaine des Brigades d’Assaut d’Altaïr et son compagnon et ami le Sarmaj Michelli en font la douloureuse expérience dans une cafet’ d’une obscure petite planète peuplée de pionniers. Les consommateurs s’en prennent à une jeune militaire de Procyon, Katel qui comme eux porte les costumes défraîchis de l’armée. Malgré la virulence de leurs agresseurs, ils parviennent à prendre la fuite à bord de leur barge, un surplus qu’ils ont acquis grâce à leur pécule, semant leurs poursuivants dans un amas de météorites. Ils atterrissent sur une planète inconnue, composée principalement de sable et de mers.

Lors de leur exploration, Ael trouve des sortes de roses des sables, rouges et vertes, translucides, puis d’autres, plus rares de couleur blanche. Bientôt les trois compagnons s’aperçoivent que ces pierres en forme d’étoile leur confèrent d’étranges pouvoirs.

D’abord c’est la télépathie qui se manifeste, puis la télékinésie, enfin le téléportage. Mais ce n’est pas tout. Ils se mettent en relation avec les auras, les âmes des morts. Ils quittent la planète et se posent sur une autre qui elle est plus habitable et qu’ils nomment Amas II.

Ael pense pouvoir trouver un débouché financier en se servant de leurs trouvailles et les trois compagnons repartent vers des satellites d’Altaïr. Là ils se rendent compte que la traque des anciens soldats est de plus en plus virulente.

Ael décide alors de déclarer sa découverte auprès de l’Organisation des Fédérations Galactiques et d’en demander la protection. Ainsi ils possèderont un statut particulier qui devrait les mettre à l’abri de toutes représailles et de réunir leurs anciens compagnons d’arme, de Procyon ou d’Altaïr afin de constituer une communauté paisible sur Amas II.

 

La Fédération de l’Amas est le genre de livre, qui malgré ses 400 pages, se dévore d’une traite et l’on aimerait qu’il ne se termine jamais.

Beaucoup d’action, de suspense, mais aussi d’humanisme. Ael est parfois, à son grand regret, contraint de déroger à ses engagements moraux. Lui qui se veut pacifiste est obligé d’utiliser la manière forte. Comme quoi tout ne se règle pas toujours par des grandes paroles et des envies.

Il faut se montrer convaincant et belliqueux, malgré soi, d’une façon expéditive quitte à gérer seul ses états d’âme. Et lorsque l’un des protagonistes déclare que l’Etat, afin de se concilier les bonnes grâces de son électorat, de mettre à l’index les combattants qui furent un temps les héros, malgré eux, les sauveurs recrutés, on ne peut s’empêcher de penser à ce que sont devenus les ressortissants Africains et les Harkis lorsque la paix a été signée entre les nations belligérantes.

Mais ceci n’est qu’un aspect du roman qui comporte un message d’espoir.

P.-J. HERAULT : La fédération de l’amas. Collection Blanche. Rivière Blanche N°2005. 392 pages. 20,00€.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 12:38

Le jeu des 7 terreurs ou Vous reprendrez bien une bonne dose de Haig...

Thierry PONCET : Les guerriers perdus.

1982. Île de Mindanao, Philippines.

Un sale tour que vient de jouer Vanda à ses compagnons et aux ouvriers qui travaillaient dans la mine d'or. Elle a tout fait sauter et s'est emparée du trésor amassé et de l'argent glané durement. Tout le monde connaissait la combinaison du coffre-fort, elle n'a eu aucune difficulté pour l'ouvrir. Seize mineurs philippins sont restés enfouis dans les décombres de la montagne. Quelques-uns en ont réchappés, et parmi eux les sept aventuriers, les sept mercenaires de la chasse aux butins conquis légalement ou non.

Les sept compagnons ne peuvent que constater les dégâts et se promettre de se venger de Vanda, la belle et fougueuse aventurière qui vient de les spolier et mettre dans la panade avec des morts sur les bras.

Cette petite bande est composée de Carlo, l'ancien légionnaire, chef non désigné officiellement mais dont le charisme subjugue ses compagnons qui lui obéissent sans rechigner.

Félix, son bras droit et son copain, plus petit et tout aussi trapu. Blond de cheveux tandis que Carlo est noir de poils.

Baltimore, le gros Juif américain et Kazan, le Kurde, Loum, le Thaï ancien champion de boxe, Boogie, le Français de Bordeaux, mécano à l'éternelle salopette maculée de gras, et enfin Haig, le gamin d'à peine dix-neuf ans, parti à l'aventure en compagnie de ces vieux briscards.

Ils se quittent en se promettant bien de mettre tôt ou tard la main sur Vanda, et de lui faire payer largement son forfait.

 

1990. Irlande.

Huit ans plus tard, Haig a roulé sa bosse un peu partout et même ailleurs. Traficoté de tout. Il a hérité d'une vieille baraque située sur la côte nord de l'Irlande. Il s'y repose entre deux aventures, rédigeant ses mémoires.

En 1988, un vieil habitant du port situé non loin fait intrusion dans son domicile. Ce n'est pas pour boire son whisky, quoique, qu'il investit ainsi la pièce où réside Haig, mais pour lui annoncer que deux hommes désirent le voir. Il s'agit de Carlo et Félix qui ont retrouvé la trace de Vanda en Floride, à Miami. La jeune femme dirige une boîte de nuit, le Wendy's, et le moment est venu de tenir leur promesse.

Ils partent à la recherche des autres compagnons, sauf Baltimore qui est déjà sur place et leur a signalé cet endroit. Seul Boogie qui s'est installé à Gao, au Mali, est propriétaire d'un garage prospère et il refuse de repartir à l'aventure. Les cinq hommes, Carlo, Félix, Loum, Kazan et Haig arrivent donc à Miami où ils rejoignent Baltimore, l'organisateur et le régisseur de ce qui va devenir un massacre.

Mais pas comme Carlo et ses compagnons l'avaient imaginé. Un fiasco enregistré, non pas à cause d'un manque de préparation, mais à la faute à pas de chance et aux impondérables qui surgissent toujours au moment où l'on s'y attend le moins. Alors, direction pour les survivants le Mexique, puis chacun pour soi.

Jusqu'au jour où Haig, continuant à parcourir le monde et trafiquant avec la même constance, apprend que Vanda est toujours vivante et s'est réfugiée en Albanie, au cœur des Balkans, dans une citadelle en haut d'un mont et jugée imprenable.

 

Successeur des aventuriers célèbres, Haig est une sorte de Bob Morane mâtiné de Corto Maltèse et de Doc Savage, pour la version papier, et pour la version historique et non fictionnesque, des hommes nommés Henry de Monfreid et de Joseph Kessel, ou encore Cizia Zyké qui fut le mentor de l'auteur, mais en plus violent, plus brigand, plus en marge de la légalité.

Roman d'aventures dans la plus pure acception du terme, Les guerriers perdus est une histoire d'amitiés, de vengeance, pleine de bruit et de fureur.

Mais c'est également l'occasion pour Thierry Poncet de décrire la situation géopolitique et sociale de l'Albanie après la chute d'Enver Hodja, dictateur d'obédience communiste de 1946 à 1985, date de sa mort. Le pays, à l'époque où se déroule cette histoire, se relève peu à peu de l'isolement dans lequel il était confiné, après la rupture avec toutes les puissances communistes soviétiques, en 1956, et chinoises en 1978, Hodja étant un fervent admirateur de Staline.

 

Thierry PONCET : Les guerriers perdus. Haig 2. Editions Taurnada. Parution 1er août 2016. 242 pages. 9,99€.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 13:25

Comme le précise l'édition Omnibus, Raffles, un

Arsène Lupin anglais... sauf que...

Ernest William HORNUNG : Raffles, un cambrioleur amateur

Tout le monde connait Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, qui apporta à la littérature policière une bouffée de fraîcheur, prenant le contre-pied des enquêtes policières sérieuses ou des romans dans lesquels la pègre avait le beau rôle. Arsène Lupin né en 1905 sous la plume féconde de Maurice Leblanc.

Mais peu de personnes savent qu'Arsène Lupin ne fut pas le premier gentleman-cambrioleur à obtenir les faveurs du public mais qu'il eut un précurseur en la personne de Raffles.

Ernest William Hornung créa en 1899 Raffles, une sorte de Robin des Bois moderne qui fut le chef de file d'une quantité impressionnante d'émules, à commencer par Arsène Lupin, mais aussi Le Saint de Leslie Charteris, Lord Lister dont les auteurs sont apparemment inconnus mais d'origine étrangère probablement batave ou flamande, des fascicules édités chez Eichler dans les années 1920, Le Baron d'Anthony Morton, et bien d'autres, moins célèbres et avouons-le, moins intéressants aussi.

Raffles donc, créé par E.W. Hornung, le beau-frère de Conan Doyle, est l'antihéros du héros, c'est à dire Sherlock Holmes.

Comme le célèbre détective, Raffles possède son confident, son historien, son faire-valoir en la personne de Bunny, un personnage un peu falot. Bunny prodigue maints conseils d'intégrité à son ami mais cela ne l'empêche point de suivre Raffles dans ses sorties nocturnes et délictueuses.

Tout comme Arsène Lupin plus tard, Raffles est un adepte du déguisement et possède des points de chute différents. Mais ce qui devient avec notre héros national une entreprise prospère, reste avec Raffles au stade artisanal. Un situation au coup par coup, lorsque le besoin s'en fait sentir. Pas d'homme de main.

Seul Bunny l'aide dans ses pérégrinations et même parfois risque de faire capoter l'affaire, n'étant pas toujours au courant des agissements de son ami.

 

Cet intéressant personnage qu'est Raffles, sportif accompli spécialiste du cricket, sport alors à la mode, fréquentant les réunions mondaines ce qui li permet de poser des jalons et de repérer les lieux de ses futurs appropriations, connaitra de nombreuses aventures sous la plume de E.W. Hornung, réunies dans trois volumes et un roman, Raffles, cambrioleur pour le bon motif, publié à La Renaissance du livre en 1909. Tout comme Sherlock Holmes, d'autres auteurs se pencheront sur son cas, dont Barrie Perowne, David Fletcher et Peter Tremayne.

Il a été interprété au cinéma, pour au moins huit films, par notamment John Barrymore et David Niven.

Les éditions Rivière blanche ont l'excellente idée d'éditer un recueil de nouvelles de E.W. Hornung, Docteur Crime, dans l'excellente collection Baskerville, dirigée par le non mois excellent Jean-Daniel Brèque, que j'aurai le plaisir de vous présenter bientôt. En attendant voir ci-dessous la bande-annonce de l'ouvrage.

 

Réédition Omnibus. Parution mai 2007.

Réédition Omnibus. Parution mai 2007.

Réédition Petite bibliothèque Ombre. Editions de l'Ombre. Parution novembre 1998.

Réédition Petite bibliothèque Ombre. Editions de l'Ombre. Parution novembre 1998.

Réédition La renaissance du livre. Collection Le Disque Rouge. 1932.

Réédition La renaissance du livre. Collection Le Disque Rouge. 1932.

Ernest William HORNUNG : Raffles, un cambrioleur amateur (The amateur craksman - 18999. Traduction de Henry Evie). Editions Sylvie Messinger. Parution 1988.

Première édition éditions Juven 1905.

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 14:38

Un roman policier mais pas que*...

Jules VERNE : Le pilote du Danube.

En cette année 1876, la tension entre l'empire Ottoman et les autres pays qui bordent le Danube est extrême.

Surtout vers la seconde moitié de son parcours, l'actuelle Hongrie, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie.

Mais à Sigmaringen, l'effervescence règne pour une toute autre raison. La Ligue Danubienne organise son traditionnel et fort prisé concours de pêche. Deux prix sont attribués, l'un à celui qui aura pris à la ligne le plus grand nombre de poissons, l'autre à celui qui sera l'heureux possesseur du poisson le plus gros. Quatre-vingt-dix-sept concurrents, de nationalités diverses comprenant aussi bien Badois, Wurtembergeois, Autrichiens, Hongrois, Serbes, Valaques, Moldaves, Bulgares, Bessarabiens, sont en lice et à la surprise générale, c'est un inconnu, fraîchement adhérent de la Ligue, le Hongrois Ilia Brusch.

Ilia Brusch, qui se déclare comme vivant à Szalka petite bourgade située à quelques lieues de Budapest, émet une proposition qui enthousiasme l'assistance. Il déclare qu'il va descendre le Danube jusqu'à son embouchure, soit trois mille kilomètres, ce qui devrait lui prendre deux mois environ, en ne vivant uniquement que de sa pêche.

Si cette décision est annoncée dans les journaux comme il se doit, une autre affaire tient la une des médias. Depuis plusieurs mois une bande de brigands sévit sur les bords du Danube, et le nombre de fermes dévalisées, de châteaux pillés, de meurtres même ne se comptent plus. Un policier hongrois, Karl Dragoch, est désigné comme chef d'une police internationale destinée à traquer ces voleurs. Certains émettent l'hypothèse que Karl Dragoch et Ilia Brusch ne feraient qu'un.

Et le 10 août, c'est le grand départ, fêté comme il se doit par une présence importante de membres de la Ligue Danubienne. Mais Ilias Brusch, lorsque les regards ne sont pas portés sur lui, se dépêche de descendre le Danube, pêchant certes comme il l'avait promis et vendant son poisson dans les petits ports lors de ses escales, mais la nuit il godille frénétiquement et avance à grande vitesse.

A Ulm, un individu s'invite dans son embarcation, lui offrant une forte somme afin de continuer sa route en sa compagnie. Au départ, Ilia Brusch refuse catégoriquement de prendre un passager à son bord, mais l'homme qui se présente comme un certain Jaeger possède un sésame. Lorsqu'un gendarme se pointe sur le quai et demande à Ilia Brusch ses papiers d'identité, Jaeger soumet une lettre au représentant de la loi et affirme qu'il répond de son hôte. Brusch est bien obligé d'accéder à la demande de Jaeger, et continue sa route fluviale en sa compagnie.

 

Mais intéressons de plus près de ces deux personnages, puisque Jules Verne lui-même les présente quasiment dès le début du roman, avec un autre protagoniste pour l'instant caché mais qui fera parler de lui.

Tout d'abord Ilia Brusch, qui bien évidemment ne se nomme pas ainsi mais Serge Ladko et est natif de Roustchouck, petit port sur la partie bulgare du Danube. Il exerce la profession de pilote de gabarre, et connait donc bien le fleuve. Mais c'est également un patriote, et il est chargé d'une mission afin de contrer les avancées et l'emprise de l'Empire Ottoman sur son pays. Il aime et est aimé de Natcha, seulement un second prétendant se met sur les rangs, Striga, le côté obscur de Roustchouk, un rival qui dirige la bande de brigands qui sévit sur les bords du Danube. Personne n'a vu son visage, sauf quelques fidèles et il signe ses crimes du nom de Ladko, guidé par la jalousie.

Sous le nom de Jaeger, le passager de Brusch/Ladko n'est autre que le policier Karl Dragoch. Il est chargé comme dit plus haut de traquer et surtout découvrir l'identité du chef des brigands semant la terreur le long du Danube.

Et bien sûr cette intrigue repose sur les machinations et les méprises des uns et des autres, sur fond historique belliqueux entre les pays austro-hongrois, balkans et slaves et la Turquie, guerre qui continuera par la suite et connaitra son apogée en 1912/1913.

Le cours du Danube

Le cours du Danube

Ebauché dès 1880, ce roman, qui à l'origine sera titré Le beau Danube jaune, sera publié à titre posthume en 1908. Si l'on retrouve une grande partie des thèmes chers à l'auteur, les déclinaisons géographiques notamment, les promenades en bateau, et accessoirement la pratique halieutique, Jules Verne intègre à son récit une dimension policière, dont l'enquête tient plus du roman noir que du roman problème tel qu'il fut en vogue à l'époque jusque dans les années cinquante.

Jules Verne, toujours précurseur, quel que soit le domaine littéraire populaire dans lequel il se produit, est donc en rupture complète ne proposant pas une intrigue sophistiquée mais juste une intrigue dans un contexte historique. Dragoch ne se montre pas particulièrement inspiré dans ses déductions, même lorsqu'il se prend pour un émule de Zadig, de Voltaire, en déduisant d'après une lecture du terrain que les bandits, lors du pillage d'un château, ont utilisé une charrette à quatre roues, attelée de deux cheveux dont l'un, celui de flèche, offre cette particularité qu'il manque un clou au fer de son pied extérieur droit.

De même il remarque qu'Ilia Brusch n'est pas véritablement noir de cheveux puisque, au bout de quelques jours, les racines deviennent d'un blond anachronique. De même il fouillera les coffres du pilote, lors d'une absence de celui-ci, absence qui correspond à un nouveau pillage, découvrant l'identité réelle de son compagnon.

L'aspect scientifique présent dans bon nombre des romans de Jules Verne y est gommé. Peut-on tout au plus mettre en avant le plaisir de la pêche, qui est nettement supérieur à celui de la chasse, selon le président de la Ligue Danubienne, et donc de l'auteur :

Quel mérite y a-t-il à tuer un perdreau ou un lièvre, lorsqu'on le voit à bonne portée, et qu'un chien - est-ce que nous avons des chiens, nous ? - l'a dépisté à votre profit ?... Ce gibier, vous l'apercevez de loin, vous le visez à loisir et vous le visez à loisir et vous l'accablez d'innombrables grains de plomb, dont la plupart sont tirés en pure perte !... Le poisson, au contraire, vous ne pouvez le suivre du regard... Il est caché sous les eaux... Ce qu'il faut de manœuvres adroites, de délicates invites, de dépenses intellectuelles et d'adresse, pour le décider à mordre à votre hameçon, pour le ferrer, pour le sortir de l'eau, tantôt pâmé à l'extrémité de la ligne, tantôt frétillant et pour ainsi dire, applaudissant lui-même à la victoire du pêcheur !

Un roman qui n'a pas vieilli, justement grâce au côté précurseur de Jules Verne, et qui par certains côtés nous ramène à des problèmes sociaux-ethniques actuels.

 

*Petit clin d'œil aux éditions Lajouanie !

Edition 10/18, N°1286, du 1er trimestre 1979. Préface de Francis Lacassin.

Edition 10/18, N°1286, du 1er trimestre 1979. Préface de Francis Lacassin.

Jules VERNE : Le pilote du Danube. Collection L'Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 2 juin 2016. 328 pages. 13,00€.

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 10:00

Bon anniversaire à John Farris né le 26 juillet 1936.

John FARRIS : La forêt sauvage

Whitman Bowers profite de la venue de son fils Terry, quatorze ans et demi, qu'il ne voit que lors des vacances, pour allier plaisir et travail. C'est à dire qu'en plus de quelques excursions de détente, il va visiter les Great Smoky Mountains, principalement la forêt de Wildwood, pour le compte de son employeur.

En effet celui-ci compte bâtir un village de vacances ainsi que des pistes de ski, et Whitman doit étudier sur place si ces projets sont réalisables.

Il va retrouver sur place Arn Rutledge et sa femme Faren. Arn servit sous ses ordres pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Mais Wildwood semble bien être une forêt maléfique. Faren se montre réticente lorsque Whitman lui expose ses projets. Quant à Arn, il est parti à la chasse, mais nul ne sait exactement quel est son gibier.

Wildwood, forêt sauvage, mystérieuses, enchantée, magique, mais aussi maléfique, et qui recèle bien des secrets.

En 1916, il y a un peu plus de quarante ans de cela, lors d'une réception organisée par Edgar Langford, Edgar le Fou, magicien et prestidigitateur à ses heures, passionné d'archéologie et de la civilisation assyrienne en particulier, lors d'une réception donc, ses cinq cents invités et son château disparaissent bizarrement.

Un château immense, construit à la manière des châteaux européens des XVIe et XVIIe siècles, ne peut se volatiliser ainsi dans la nature, et pourtant !

Des manifestations bizarres se produisent de temps à autre. De même apparaissent des personnages étranges, mi êtres humains, mi animaux.

 

John Farris, dont on n'a pas oublié le magnifique Ecailles, paru dans la même collection, nous livre cette fois encore un roman envoûtant, magique, angoissant, moins teinté d'exotisme mais tout aussi prenant, à cause ou grâce à l'ambiance ténébreuse, démoniaque et énigmatique qu'il distille avec un art consommé du suspense d'épouvante.

John Farris semble obsédé, obnubilé, fasciné par les serpents, puisque, tout comme dans Ecailles, ils jouent un rôle important. Mais le serpent n'est-il pas l'origine biblique de la race humaine, tout au moins l'un de ses acteurs principaux.

John FARRIS : La forêt sauvage (Wildwood - 1986. Traduction de Michel Demuth). Collection J'ai Lu épouvante N°2407. Editions J'ai Lu. Parution juin 1988. 448 pages.

Réédition février 2001.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 09:02

Où Zigomar passe, l'ennui trépasse !

Léon SAZIE : Zigomar. Livre 2.

Ce volume propose la suite de Les lions et les tigres dont la première partie figure dans Zigomar Livre 1, et L'heure de la justice.

Nous retrouvons Paulin Broquet, miraculeusement épargné lors de l'effondrement d'un tunnel souterrain, et laissé pour mort. Courageusement, il s'est sorti de ce mauvais pas, et depuis, il travaille en sous-marin, seuls quelques amis et ses fidèles adjoints étant dans la confidence de sa résurrection.

Les membres de la bande des zigomars ne tiennent plus leurs réunions à la Barbottière mais au dernier étage d'un immeuble à Grenelle, près de l'ex-Village suisse. C'est en écoutant les conversations entre les malfrats chez Clafous, café fréquenté par les affidés de Zigomar, que l'Amorce a appris que le lieu de rendez-vous était maintenant chez Zulma, une ancienne blanchisseuse mariée à un militaire en retraite.

L'Amorce et ses compères sont persuadés avoir reconnu le Comte de la Guairinière sous le déguisement de Zigomar et de quelques-uns de ses complices et amis dont l'admirable Baron Dupont. Aussi Paulin Broquet s'invite-t-il clandestinement lors de cette réunion mais il est découvert et fait prisonnier. Il a beau nier être Paulin, lui ressembler certes, mais il n'est pas cru et il est laissé à son sort, c'est-à-dire périr saucissonné dans le grenier avec un explosif sur lui. Il n'est pas libre de ses mouvements, mais sportif accompli il parvient à défaire quelques liens. Il est sauvé in extremis par une mystérieuse femme rousse et peut continuer sa lutte contre ce nouveau génie du mal.

Paulin Broquet, dans cette scène se montre un admirable comédien puis plus tard un roi du déguisement, tout comme Zigomar qui utilise les mêmes ingrédients afin d'échapper aux poursuites. Zigomar ou comte de la Guairinière selon les déductions de Paulin Broquet et de ses hommes, possède toutefois le don d'ubiquité, car tandis qu'il œuvre à un méfait dans un endroit, il est également bien en vue dans une soirée comptant un bon nombre de participants tous de bonne foi. Il se montre également un bretteur accompli, ne dédaignant pas les duels, les provoquant même.

 

Cette mystérieuse femme rousse qui a aidé Paulin Broquet à se sortir d'un mauvais pas alors que la mort rôdait, cette mystérieuse femme va se montrer à plusieurs reprises sur le chemin du policier, jouant sur les deux tableaux, étant tour à tour complice ou adversaire dans les cas les plus critiques.

 

De l'action, encore de l'action, toujours de l'action, avec quelques plages de romantisme, de tendresse, d'émotion. Les épisodes se succèdent sans interruption ou presque, la priorité étant donnée à l'action. Toutefois quelques scènes sont réservées aux amours platoniques et contrariées entre Raoul Montreil, le médecin, et Riri alimentent les pages et servent de lien entre les différents protagonistes. Il ne faut pas oublier que la mère de Riri et la sœur bossue de la jeune furent spoliées par le banquier Montreil d'après les premiers résultats de l'enquête. De même l'avocat Robert Montreil, son frère amoureux également de Riri mais non déclaré car pas de jalousie entre les deux frères, joue un rôle non négligeable dans cette histoire. En effet les deux frères sont amis avec Paulin Broquet et leur aide se révèle efficace lors de certaines interventions.

 

Un nouveau personnage entre dans la danse, un sucrier du Nord venu applaudir la chanteuse Lucette Minois, maitresse attitrée du comte de la Guairinière. Des soupçons, fondés ou non, se portent sur ce brave homme surnommé La Betterave, bien sûr à cause de ses antécédents professionnels.

Parmi les nombreuses scènes audacieuses et mémorables qui fourmillent dans cette intrigue foisonnante, celle du chalumeau utilisé pour ouvrir un coffre-fort, mais pas de n'importe quelle façon. Les cambrioleurs utilisent une technique astucieuse et infaillible pour récupérer billets et documents dissimulés de ce meuble sans que ceux-ci soient détériorés sous l'action du feu et des flammes.

Quant au personnage de Paulin Broquet, qui je l'ai déjà signalé est un parfait comédien et un roi du déguisement, il possède des atouts et une psychologie particulière le mettant hors du lot des policiers habituels.

Paulin Broquet ne suivait pas la méthode policière un peu démodée, des conjectures, des suppositions; il ne courait pas après des probabilités ou des déductions dont le point de départ pouvait être faux, quoique logique en apparence. Il n'avançait que sur une donnée certaine, quand l'ennemi s'était découvert. De la sorte si au début il semblait perdre un peu de temps, il ne se voyait pas par la suite dans l'obligation de bifurquer et il parvenait à marcher beaucoup plus vite. Sa méthode, un peu spéciale, allait à son tempérament, elle lui réussissait.

Comme déjà précisé, entre Zigomar et Fantômas il n'existe que peu de différences, Fantômas étant le reflet de Zigomar à travers une loupe grossissante. Ce personnage récurrent de malfaiteur va connaître d'autres aventures, sous son nom et par le même auteur, ou sous un autre nom par des auteurs différents, la littérature policière, comme toute sorte de littérature, aimant se répéter.

Léon Sazie, un auteur à redécouvrir, car Zigomar n'est qu'une faible portion de sa production et il serait bon de redécouvrir les treize aventures de la série Martin Numa, et la quarantaine de titres isolés ne faisant partie d'aucune série. Mais cela dépend-il peut-être de l'accueil réservé aux deux ouvrages mettant en scène Zigomar et publiés chez les Moutons électriques éditeurs.

 

Léon SAZIE : Zigomar. Livre 2. Les Moutons Electriques éditeurs. Parution le 4 février 2016. 320 pages. 21,00€.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 15:16

Pas si sûr !

Alexis AUBENQUE : Tu ne manqueras à personne.

C'est le jour de la rentrée et Raphaël est quelque peu angoissé. Il ne connait personne au collège Bellamy de Pacific View et il se demande comment il va pouvoir s'intégrer.

Or la première personne qu'il aperçoit engluée dans la foule des étudiants, c'est Kelly, son amie Kelly, enfin son ancienne amie car depuis que sa sœur est décédée, elle le fuit.

Mais cette rentrée n'est pas placée sous le signe de la bonne humeur, au contraire. Une étudiante est retrouvée dans les toilettes, morte. Aussitôt le lieutenant Gregory Davis, le père de Raphaël, est dépêché sur place en compagnie du sergent Veronica Boom. Lorsqu'ils arrivent sur place, c'est pour constater que la jeune Lucy Torper est sur les toilettes, totalement nue, décapitée, la tête sur les genoux, les cheveux teints en vert. Un simulacre macabre du Joker de Batman.

Faye Sheridan, journaliste au San Francisco Chronicle, apprenant cette découverte veut immédiatement couvrir l'événement. Normalement elle est spécialiste des chroniques de l'Art de vivre, mais l'art de mourir ne la répugne pas. Seulement elle va devoir collaborer avec un envoyé de la maison-mère, Angelo Guadardo, qui souvent la prend de haut, du moins c'est ce qu'elle imagine. Elle possède sa fierté.

Les premiers interrogatoires des étudiants révèlent que Lucy n'était guère appréciée par ses condisciples. Une question de physique car elle détonait parmi les jeunes filles sosies de mannequins délurées. Mégan, sa seule copine en apparence, dévoile toutefois qu'il y a une rumeur de vidéo cochonne qui traînerait et dont Lucy aurait fait les frais. Mégan aussi désavantagée que Lucy accuse Heather d'avoir incité Conrad, un petit connard qu'elle déteste, ce sont ses propres mots, à coucher avec Lucy et de les avoir filmés.

Pour Gregory Davis et Veronica Bloom commence la longue tournée des parents à prévenir ou à interroger. Faye elle aussi, en compagnie de son ange gardien Angelo, s'attelle à la même tâche. Et bien entendu ils sont, aussi bien Davis que Faye, reçus comme des chiens dans des jeux de quilles. D'un côté ceux qui ont perdu leur fille, de l'autre ceux qui n'acceptent pas que leur progéniture, bien sous tous rapports, soit soupçonnée. On fait partie de la bonne société ou pas. Cette histoire de vidéo est toutefois contrebalancée lorsqu'un nom est avancé, celui d'un professeur.

Ryan, un motard en rupture de ban de la société, travaillant pour une mystérieuse organisation dont le but est de suppléer les policiers lorsque ceux-ci ont failli dans leurs enquêtes, revient se cacher dans la caravane de Faye. Les deux amants se retrouvent avec plaisir, tout en sachant que l'épée de Damoclès plane sur la tête de Ryan. Il veut savoir ce qu'est devenue Rosie, une collègue de Faye, disparue depuis des semaines et qui du jour au lendemain alors qu'elle effectuait des recherches, a disparu de la circulation.

Bien entendu ce meurtre à la mise en scène peu ordinaire met en transe la petite ville. Et dans ce microcosme, se trame une intrigue à plusieurs entrées, dont l'épilogue laisse entrevoir une suite.

 

En effet, nous retrouvons les principaux personnages qui ont été présentés dans Ne crains pas la Faucheuse, avec en suspens des interrogations qui se prolongent.

Ainsi Ryan qui cherche après Rosy, est toujours persuadé que Gregory Davis a tué sa femme Charleen pour capter son héritage. D'ailleurs Davis a effectivement hérité de la magnifique villa de Pacific View dont l'oncle de Charleen était propriétaire. Davis fait des cauchemars récurrents concernant Charleen, et il va découvrir une pièce secrète dans le grenier, pièce dans laquelle son entreposés des tableaux peints par Charleen.

Faye et Veronica qui étaient fâchées depuis des années ont renoué suite à l'épisode précédent. Quant aux amours de Kelly et de Raphaël, ils semblent au point mort depuis le décès de la sœur de la jeune fille, décès relaté dans des circonstances décrites elles aussi dans Ne crains pas la Faucheuse.

Mais ce ne sont pas les seuls points noirs, ou roses, qui parsèment ce roman, car l'attitude de Ryan est peu à peu développée, surtout ses relations avec l'association secrète, mais des brumes subsistent, de même que les prises de position du shérif Crawford. Le plat de résistance, le meurtre de Lucy et ses conséquences, reste le cœur de l'intrigue et lui ne souffre d'aucune échappatoire, tout étant résolu à la fin, mais dans des conditions qui ne sont pas évidentes au départ.

Encore une intrigue à double facette maîtrisée de bout en bout et qui nous annonce un troisième épisode particulièrement palpitant. Un troisième épisode qui pourrait s'intituler : Le principal est que je sois en vie.

 

Petite précision : Je ne comprends pas trop la mention en quatrième de couverture : Texte intégral, sachant que ce roman est inédit !

 

Je suis moi aussi une farouche adepte du respect du droit des femmes et dans tous les domaines. Mais je vais dire une évidence, l'homme et la femme sont différents, même s'ils sont égaux. Les instincts existent. Qu'on le veuille ou non, chaque sexe a le sien propre.

Alexis AUBENQUE : Tu ne manqueras à personne. Editions J'ai Lu. N°11251. Inédit. Parution le 2 juin 2016. 380 pages. 8,00€.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:05

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai.

Délaissant pour un temps - des cerises - le roman noir, Jacques Mondoloni nous entraîne dans la cueillette primesautière de ses souvenirs. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains. Souvenirs de jeune déluré, sonorisateur engagé‚ pour accompagner Chanteur Engagé par une station de radio périphérique.

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Chanteur Engagé est la vedette du Car Podium et bien content de porter la bonne parole aux ruraux et provinciaux. Engagé mais pas intellectuel, le Chanteur. Populaire. C'est la consigne. Etre et rester populaire.

 

Le narrateur, embarqué dans cette galère, entre province et Paris, entre sono et lumière, entre pétards et turbulence, entre théâtre en plein air et Odéon. Le bon vieux temps où les étudiants bizutaient les syndicats, où les hommes politiques tiraient à eux une couverture effilochée, où flics et grévistes se tenaient par la main dans une ronde enflammée, prémices de la Saint-Jean et des départs en vacances. Il faut bien que jeunesse se passe et la turbulence d'un enfant témoigne de sa bonne santé.

 

Merci Jacques de l'avoir fait, et nostalgie livre de chevet. Mondoloni joue des phrases comme des ricochets. Les verbes se catapultent, billes de flippers renvoyés par les plots des événements. Mai, j'y étais, vieux grognard sans étiquette ni distinction.

 

Ce roman est précédé d'extraits de Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Les tribulations d'un ingénieur du son, surnommée la Boue, et de ses compagnons, l'éclairagiste, les musiciens, le secrétaire de J.B., la révélation de l'année 87, lors d'une tournée de l'Idole. Il ne faut pas oublier les groupies qui accompagnent l'Idole, mais également Marie-Jeanne que les musicos et les techniciens se partagent allègrement entre deux canettes. Marie-Jeanne, plus ou moins bien roulée mais toujours en pétard !

Les difficultés avec les bénévoles des communes dans lesquelles J.B. et ses accompagnateurs doivent se produire, la grève envisagée afin d'obtenir une augmentation, les voyages de nuit après le spectacle et le débranchement des spaghettis de fils électriques, les beuveries et les réveils difficiles, l'annonce impromptue de l'arrivée des femmes de J.B. et de la Boue, les deux F. pour Fantôme et Framboise, qui débarquent le thermomètre à la main pour bien signifier que c'est le moment propice pour procréer, la méthode Ogino à l'envers en quelque sorte, relâche dans un gîte-château... et... Bref, la galère quoi !

Narrée sur un mode caustique et humoristique, cette histoire, Jacques Mondoloni l'a peut-être vécue, ou tout au moins il en a emprunté des séquences véridiques pour décrire le monde du spectacle et surtout des intermittents. Lui-même ayant été sonorisateur-régisseur, il sait ce dont il écrit et c'est réjouissant en diable, sauf pour ceux qui vivent ce genre de situation mais n'en perdent pas pour autant leur bonne humeur.

 

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai. Préface d'Alphonse Boudard. Réédition Editions Arcane 17. Parution 9 juin 2016. 316 pages. 22,00€.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 14:10

Le roi des détectives, le Sherlock Holmes américain, le détective de l'impossible,

l'immortel Harry Dickson est de retour !

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Tout comme le Sherlock Holmes de Conan Doyle, Harry Dickson possède ses admirateurs qui en véritables passionnés perpétuent ses aventures dans des ouvrages apocryphes, des pastiches qui ne sont pas parodiques mais entretiennent la légende.

Robert Darvel est de ceux qui perpétuent sa mémoire, tout comme l'ont fait ou le font encore Gérard Dôle et Brice Tarvel.

Mais reste l'examen de passage. Et à la lecture de ces cinq histoires, dont quatre avaient été précédemment publiées sous de très belles couvertures, aux éditions du Carnoplaste, on peut dire que Robert Darvel respecte le fond et la forme tout en imaginant de nouveaux épisodes tout aussi prenants, surprenants, plongeant le lecteur dans une atmosphère digne de ceux écrits par Jean Ray.

Le fond avec cette ambiance fuligineuse qui entoure chacune de ces enquêtes, souvent enrobée de fantastique, et dans la forme avec des phrases élégantes sublimées par l'adjonction recherchée de mots désuets, sans pour cela tomber dans la facilité de la vulgarité. Ce qui nous change d'une grande production actuelle et nous ramène au bon vieux temps où les écrivains avaient du style, et surtout n'utilisaient pas, pour masquer leur méconnaissance de la langue française, des mots issus du vocabulaire anglo-saxon, sans que cela soit justifié. Mais ceci est un autre débat.

Mais explorons un peu cet ouvrage :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le dieu inhabité. Harry Dickson N°185.

C'est Goodfield qui l'affirme, il s'agit d'un crime banal. Mais pour Harry Dickson, qui habite non loin du lieu où s'est déroulé le meurtre, aucun crime ne saurait être qualifié de banal. Une femme aux mœurs légères a été retrouvée égorgée et son corps a été placé dans un broyeur. Pas beau le corps, sauf pour le médecin légiste. Un policier a aperçu le meurtrier mais n'a pas réussi à le rattraper. C'est lui qui a prévenu Goodfield lequel s'est rendu séance tenante chez Harry Dickson. Un autre assassinat est perpétré dans les mêmes conditions, à la différence près qu'il semblerait que le second tueur soit un gamin ayant copié le maître. Les événements se précipitent, Ted Manley est retrouvé décapité, un gamin ayant Auntie Daphné dans la tête est alpagué mais échappe aux policiers dont un qui possède une oreille factice, et des plumes blanches sont retrouvées voletant de-ci de-là. Le gamin s'est défilé mais il a laissé derrière lui une chaussure contenant son pied. Un pied factice lui aussi. Pour Harry Dickson, il faut interroger le fabricant, un artisan ébéniste-prothésiste. Seulement Goodfield a lui aussi été égorgé...

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le secret de la pyramide invisible. Harry Dickson N°183.

Quatre hommes ont rendez-vous à Haggerdale Manor, un château en ruine dans la lande Whitestone Heath, propriété de Augustus Haggerdale qui n'a pas donné signe de vie depuis des années. Le mystère plane et la mort rôde. Deux ingrédients qui ne peuvent qu'inciter Harry Dickson et son sympathique élève Tom Wills à enquêter sur place. Une affaire qui ne va pas les laisser de glace, à laquelle on ajoute des singes, une pyramide incongrue, une tempête fantastique et autres éléments propices à nous plonger dans une aventure dont les stigmates peuvent se lire sur des visages.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La treizième face du crime. Harry Dickson N°202

De retour d'Equateur où il a accompli avec succès un accord portant sur l'importation de satin, George Beetham est importuné sur les quais par un barbier qui veut à tout prix lui faire la barbe. Beetham l'éconduit, il n'a pas besoin de ses services, et il s'éloigne rapidement. John Symond, un collègue de notre voyageur devait lui proposer de l'emmener en cab. Tant pis pour George et comme Symond n'a pu se tenir au courant des derniers événements, il achète au crieur qui passe le journal du jour. La manchette annonce un nouveau crime horrible. Le Barbier Gloussant a encore sévi. Et ce n'est pas fini car George est suivi et même précédé par ce fameux barbier, qui n'est pas de Séville. Alors que le figaro s'apprête à trancher la gorge de George, deux piliers encadrant un porche et représentant deux colosses s'emparent de l'individu et le portent dans une niche où se terre la reine Elisabeth, Première je précise, et le broient. Une affaire qui ne peut laisser indifférent Harry Dickson, toujours accompagné de Tom Wills, et entraînera les deux hommes dans les dédales d'un Londres particulièrement sanglant.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La rivière sans visage. Harry Dickson N°181.

Tom Wills est sous le choc de l'émotion. Son ami Jack Crofton avec qui il a couru de multiples dangers et fait les quatre-cents coups a disparu. Jack Crofton est surnommé Fascicule Jack à cause d'une particularité indélébile : il a le visage tatoué. Mais pas n'importe quels tatouages. Un fatras de lettres et de mots scarifiés par des marins qui ne lui avaient pas pardonné son intrusion dans un schooner. Tom Wills faisait partie de l'équipée mais agile comme une anguille il avait pu échapper aux griffes des matelots vindicatifs. Bref Fascicule-Jack a disparu et c'est inquiétant. Harry Dickson promet de tout faire pour le retrouver et leur enquête sera jalonnée de personnages tous plus inquiétants les uns que les autres.

L’Homme qui n’avait pas tué sa femme, le détrousseur à l’étalingure et des Six Couples Sanglants, un spirite ambulant et sa charrette à ectoplasmes et bien d'autres phénomènes.

 

Harry Dickson s'amuse. Inédit.

Nouvelle inédite qui clôt avec bonheur cet ouvrage et est suivie d'une postface mêlant fiction et réalité, vécu et imaginaire.

Le modeste jardin botanique de Bridgenorth est clos au public le soir. Les deux gardiens veillent consciencieusement à fermer à double tour les entrées qui sont dans l'autre sens les sorties. Toutefois, dans les bâtiments toute vie n'est pas exclue. En effet des chercheurs travaillent sur des plantes médicinales rares dont Lafolley qui reste tard dans la serre qui leur est attribuée. Redhead et deMars attendent tranquillement dans leur logement que le souper leur soit servi. Les deux hommes aperçoivent une silhouette de femme qui s'approche de la serre où se tient Laffoley et il leur semble qu'il s'agit de leur collègue miss Lafertoe en train de marmonner. Un cri retentit et peu après Lafolley est retrouvé mort.

 

Un ouvrage à conseiller pour tous les nostalgiques d'Harry Dickson et aussi à ceux qui veulent découvrir de nouveaux auteurs qui sortent du lot et reprennent l'héritage des grands anciens avec bonheur.

On y retrouve l'ambiance, l'atmosphère fantastique, fantasmatique même, qui prédominent dans les nouvelles du sieur de Gand, un mélange d'enquêtes policières et de surnaturel, effarantes, surprenantes, ahurissantes, inventives.

Un registre dans lequel Robert Darvel excelle et qu'il est bon de découvrir dans une collection moins confidentielle que les fascicules qu'il édite, même si ceux-ci sont proposés en ligne sur un site cavalier.

 

Pour retrouver toutes les publications du Carnoplaste, rendez-vous ci-dessous :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1. Collection Hélios noir N°49. Editions Les Moutons électriques. Parution le 3 mars 2016. 322 pages. 9,90€.

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 07:38

Les hommes préfèrent les blondes ? Je demande sept ans de réflexion...

Philippe LAGUERRE : Manhattan Marilyn.

Si Marilyn n'avait connu un si tragique destin, l'aura dont elle jouit encore de nos jours serait-elle aussi brillante ? La question mérite d'être posée, mais vous n'aurez jamais la réponse.

Quoi qu'il en soit, Philippe Laguerre revient sur ce drame, ce destin brisé, mais également sur tout ce et ceux qui ont entouré cette étoile filante du cinéma.

Née d'un père émigré mexicain et d'une mère new-yorkaise, Kristin Arroyo milite au sein du mouvement Occupons Wall Street, avec pour slogan Nous sommes les quatre-dix neuf pour cent. A trente-quatre ans et dix années passées comme Marine en Afghanistan, elle vit seule et sans ami(e)s. Elle n'a pas eu une jeunesse facile, suivant des études à l'Université où elle était rejetée à cause de son côté Hispanique, puis l'enchaînement de petits boulots et enfin son engagement à l'armé deux mois après les événements du 11 septembre. Elle a obtenu le grade de lieutenant, profitant de ses permissions pour voyager puis elle a décidé de regagner New-York, vivant de son pécule et de l'héritage immobilier de ses parents.

A son retour elle se retrouve dans les mêmes dispositions d'esprit qu'à son départ, et sa solitude ne l'empêche pas d'analyser la situation de son pays. Elle avait compris que les lobbies pesaient toujours plus sur la société, au pont de devenir plus important même que le bulletin de vote des citoyens américains. Et c'est ainsi qu'elle s'engage dans ce mouvement dénonçant une Amérique malade de la crise économique.

En ce 12 octobre, parmi la foule qui défile dans le parc Zuccotti, elle percute un homme qui photographie les participants de cette manifestation. Il se présente, Nathan Stewart, photographe professionnel, et il aimerait réaliser plusieurs clichés d'elle et sur le combat qu'elle mène. Au départ réticente, elle cède devant les arguments de ce quinquagénaire sympathique et une semaine plus tard elle se rend dans sa galerie afin de sélectionner les photos susceptibles d'être intéressantes pour figurer dans une exposition.

En discutant avec Nathan, elle se souvient qu'elle possède une malle héritée de son grand-père, Edward Pyle, lui même photographe. Or ce qu'elle ignorait c'est qu'il était connu et reconnu dans la profession, et parmi les nombreux clichés qu'elle déniche, figurent des portraits de nombreux artistes des années 50 et 60, dont quelques tirages représentant Marylin Monroe. Nathan examine soigneusement les tirages et est interloqués par certaines d'entre elles. L'une d'elle représente Marilyn dans le désert, avec en arrière-plan une fusée. Un détail anachronique, mais d'autres photos présentent elles aussi des détails troublants.

Aussitôt Nathan décide d'organiser une autre exposition mettant en parallèle Kristin et Marilyn et lors de ce que l'on peut appeler le vernissage, elle s'aperçoit que cette rétrospective attire du monde. Notamment Michael Pear, un jeune homme qui travaille à la Fondation Monroe, un ami de Nathan. Michael, un golden boy, représente tout ce que Kristin combat, l'argent gagné facilement. Deux mondes qui s'affrontent, mais si les atomes ne sont pas crochus à leur première rencontre, bientôt ils vont tisser une complicité qui ne demandera qu'à s'exprimer plus amoureusement. Nathan n'a pas exposé toutes les photos et alors qu'il en montre certaines à Michael, un homme s'approche et sans vergogne les compulse. C'est le début d'une aventure dans laquelle Nathan va perdre la vie, et à laquelle Kristin est mêlée à son corps défendant. Car ces photographies attisent la curiosité et n'auraient jamais dû sortir de leur cachette recélant un secret d'état.

Des policiers, des agents du FBI, des membres d'une organisation nommée le Triangle de Fer défiant les lois et passant au-dessus des régimes politiques, et d'autres, n'auront de cesse de prendre Kristin pour cible, et Michael par la même occasion.

Tout est lié à ces photographies représentant Marilyn et si mystère il y a , il faut le percer afin de battre leurs adversaires qui ne manquent pas d'arguments frappants tout en défendant leur vie. Et remonte alors à la surface les thèses d'un complot, d'un faux suicide, d'un meurtre déguisé, avec pour principaux protagonistes le président américain de l'époque, et son frère, leur implication dans le décès de la vedette. Il s'agit de la recherche d'une vérité engluée dans les rumeurs et les thèses diverses, peut-être plus farfelues les unes que les autres, avancées pour cacher une réalité bien plus embarrassante.

 

Un roman ambitieux qui tient toutes ses promesses. Philippe Laguerre part d'une hypothèse qui pourrait être jugée saugrenue, insolite, mais parvient à la rendre crédible grâce à cette magie des explications étayées avec rigueur. L'invraisemblable peut cacher des vérités encore plus incroyables que la réalité et il n'est pas vain de rêver que tout ceci pourrait être vrai.

Mais au-delà du mythe Marilyn et des mésaventures vécues par Kristin et ses amis, c'est Manhattan qui se trouve en vedette. Philippe Laguerre ne décrit pas cet arrondissement de New-York comme un guide touristique mais en voyageur-explorateur tombé amoureux de cette portion de ville dans la mégapole.

Et surtout c'est le regard porté sur ses habitants, ou plutôt une frange de la population dédaignée par les administrations et les politiques. Les vétérans du Vietnam et de l'Afghanistan, des valides partis combattre pour la renommée de la patrie et rentrés éclopés, délaissés, abandonnés, trouvant refuge dans des coins improbables, dans des tunnels, mais qui possèdent encore l'honneur de survivre sans devenir des hors-la-loi.

Si le mythe de Marilyn sert de prétexte, quoi que l'égérie du cinéma y figure de façon prégnante, on croirait même presque la voir, ce roman est également une diatribe contre les agissements des multinationales qui passent les lois des Etats pour affirmer leur prépondérance financière, économiques, au détriment de la population. D'où ce mouvement des Quatre-dix neuf pour cent, qui représente le pourcentage de pauvres par rapport à celle des nantis.

Un regard sans concession et une intrigue diabolique qui monte en puissance au fil des chapitres qui s'enchainent inexorablement, un peu à la manière des feuilletons d'antan. La dernière phrase relançant l'action qui va suivre.

 

Depuis toujours, le monde appartient aux grosses fortunes. Elles sont au dessus des frontières et des lois. Elles rachètent les médias, paient les campagnes présidentielles et diffusent des divertissements abrutissants.

Nous parlons bien des Etats-Unis, non ?

Philippe LAGUERRE : Manhattan Marilyn. Thriller. Editions Critic. Parution le 19 mai 2016. 340 pages. 19,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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