Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 13:32

Hommage à Cornell Woolrich, alias William Irish, né le 4 décembre 1903.

William IRISH : Le territoire des morts

En apparence anachronique, ce roman de William Irish reflète pourtant l'un des thèmes majeurs de l'œuvre de l'auteur : le pessimisme.

Pessimisme qui conduit les héros malgré eux, une invitation aux retrouvailles de l'autre côté du monde réel, du monde des vivants.

Les romans qui se terminent bien, à la conclusion heureuse, sont fait rare chez Irish. C'est l'amour passion, l'amour coup de foudre qui prime, trouvant son aboutissement et son apogée dans la tourmente. L'amour éternité ne peut se réaliser qu'après d'âpres combats, dans un au-delà mythique.

Un homme aime une femme sur une vision, une rencontre fortuite, mais est-ce vraiment le déclic émotionnel ou seulement les prémices à une autre passion plus ravageuse, plus intellectuelle ?

Pour cela il faudrait analyser toute l'œuvre de William Irish, et surtout se reporter à sa vie privée et des incidences qu'elle eut sur justement son œuvre. Que ce soit au travers des romans mondialement connus tels que La sirène du Mississippi, La mariée était en noir, J'ai épousé une ombre, Lady Fantôme et d'autres moins connus mais tout aussi intéressants, comme ce Territoire des morts, l'amour contrarié est viscéralement ancré. Mais si Le territoire des morts aborde un thème plus fantastique, il n'a garde d'oublier les relations émotionnelles homme/femme.

 

Parce qu'il est en panne de voiture, Larry frappe une nuit à la porte d'une habitation perdue dans la nature. A l'une des fenêtres du premier étage s'inscrit en blanc le visage d'une jeune femme. Coup de foudre réciproque et Larry enlève Mitty.

Après le mariage devant un juge, ils partent en voyage à bord d'un bateau. Lors de l'escale de Puerto Santo, Mitty descend à terre. Larry s'inquiète, descend lui aussi, fouille la ville à la recherche de son épouse, et lorsqu'enfin il la retrouve, le bateau a levé l'ancre.

Commence alors une étrange histoire. Irrésistiblement Mitty est attirée par ce qui se trouve de l'autre côté de la montagne. Pourtant tous les témoignages concordent et sont formels : il n'y a rien de l'autre côté, personne. C'est le Territoire des morts.

 

Dans une histoire à la Ridder Hagard, William Irish a su créer une atmosphère insidieuse, envoûtante, diabolique, toute à l'image de son œuvre.

Première édition, tirage limité : Sinfonia. 1987.

Première édition, tirage limité : Sinfonia. 1987.

William IRISH : Le territoire des morts (Savage Bride - 1950 ou 1952. Traduction de Gérard de Chergé). Collection Série 33. Editions Clancier-Guénaud. Parution avril 1988. 256 pages.

Repost 0
13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 13:33

Bon anniversaire à Pierre Pelot, né le 13 novembre 1945.

Pierre PELOT : Après le bout du monde.

Englué dans la grisaille, la brume et la pluie, Nicolas Courot se demande dans quelle galère il s'est fourvoyé.

Quatre jours qu'il est dans ce camp, au cœur de la Papouasie Nouvelle Guinée, avec Adine la photographe et Zuchetto son commanditaire. Et voilà que l'un des chercheurs d'or, un nommé Dimenbal vient de décéder, lors d'un glissement de terrain.

Nico sent le coup fourré, mais il est incapable de discerner d'où ça provient. Adine vient de lui donner des patates, à moitié cuites, que l'un des indigènes lui a apportées. Caché dans l'une d'elle, un petit trésor constitué de pépites, la fortune de Dimenbal peut-être.

Nico regrette ce voyage entreprit à la demande de Zuchetto. Ce n'est pas qu'il était bien à Paris, mais là, c'est pire que tout. Cinéaste passé de mode, spécialiste des documentaires, Nico est sur la pente descendante. Sa famille se disloque et il n'est plus en odeur de sainteté auprès des différentes chaînes de télévision pour qui il travaillait.

Zuchetto s'est érigé en sauveur un jour, en se pointant à la terrasse d'un café où Nico réfléchissait sur son avenir. Et le voilà à se demander qui a pu glisser les pépites dans le tubercule et à quelles fins.

 

Délaissant le temps d'un roman sa région de prédilection, les Vosges, Pierre Pelot nous entraîne au cœur d'un pays pauvre et riche à la fois, enfer et paradis.

Les chercheurs d'or païulas, véritable secte, vivent comme à l'âge préhistorique, et entassent les billets verts, fruits de leurs fouilles. Ils gardent jalousement leur territoire, en haut de la montagne, la jungle les séparant de Port Moresby, la capitale. Ils possèdent des téléviseurs à pile qui ne captent que difficilement les images ,et ne sont vêtus en tout et pour tout que d'un étui pénien la plupart du temps.

Un roman exotique d'atmosphère dans lequel on reconnaît le coup de patte de Pierre Pelot, auteur prolifique mais jamais décevant.

 

Pierre PELOT : Après le bout du monde. Coll. Aventures sans frontières N°5. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 220 pages.

Repost 0
19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 13:13

Une réédition poche de fort bon aloi !

Laurent WHALE : Goodbye Billy.

Dans chaque légende, existe toujours une part de vérité.

Pendant dix-sept ans, Richard A. Benton a été agent spécial du F.B.I. puis il a été viré comme un malpropre. Et le voilà nommé comme chef de service à la Bibliothèque du Congrès de Washington, responsable d'une petite phalange de trois personnes et chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs. Lui qui était habitué à côtoyer l'action, le voici devenu le chef des Rats de poussière.

Cette équipe est composée de Maureen McCornwall, à l'allure de punkette mâtinée rebelle gothique, d'Antonia Horowitz, fringuée limite loubard, bardée de diplômes et responsable informatique et technologies nouvelles, et de Andrew Kerouac, aucune parenté avec Jack, archiviste et doyen de la bande. Mais Dick (diminutif de Richard) Benton se rend vite compte qu'il n'est pas à la tête d'une équipe de bras cassés, de farfelus comme il le croyait au départ et que les résultats des enquêtes qui leurs sont confiées ne sont pas forcément transmis au FBI, à la CIA et autres services dits de sécurité comme la NSA, ou alors ils sont vidés d'une partie de leur contenu.

Le sénateur Allan Lloyd Ferguson est candidat à la primaire républicaine dans la course à la Maison Blanche. Digne descendant d'une lignée de Ferguson ayant tous gravité dans les arcanes de la politique il vise plus haut, et les Rats de poussière enquêtent sur son cas afin d'éviter que certaines affaires viennent par la suite entacher son éventuel succès. C'est Antonia qui s'est attelée à la tâche et elle a remonté le temps, jusqu'au grand-père Ferguson et à l'année 1925. Elle a déniché la photocopie d'une déclaration fiscale pour une société d'export de coton. Or théoriquement ce document ne devrait pas exister, caduc quelques cinquante ans avant sa rédaction. Un document qui fleure bon la fraude.

Kerouac, mis lui aussi à contribution, révèle qu'il s'agirait d'une vaste entreprise d'escroquerie immobilière d'un montant de trente-cinq-millions de dollars, ce qui représente une coquette somme surtout dans les années 1920. Et Maureen, en enquêtrice acharnée a établi une corrélation entre Ferguson et Al Capone. Cela sent de plus en plus mauvais, mais leur surprise va atteindre un sommet lorsqu'ils découvrent que quelqu'un a confié à Ferguson l'ancien trente millions en 1921 et ce donateur n'est pas anonyme, il s'agit d'un certain Ollie P. Roberts. Or il semblerait que sous cet alias se cache un célèbre bandit du nom de William Antrim ou Henry Mc Carthy plus connu sous celui de William H. Bonney surnommé Billy the Kid. Et selon la légende Billy the Kid est mort dans les années 1880, abattu par Pat Garrett le shérif qui fut son ami.

Deux agents du FBI, Jarvis et Kraube, les âmes damnées de Stevens, le patron de l'agence, s'introduisent dans le bureau de Dick lui enjoignant de laisser tomber l'affaire Ferguson. Mais Dick ne se laisse pas intimider et il est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses recherches, ce qui évidemment ne peut que lui attirer des ennuis, à lui et aux autres membres de son équipe.

Dick et consorts suivent donc la piste Ollie Roberts-Billy the Kid et en s'infiltrant dans les ordinateurs de différents services, Antonia remonte jusqu'à un journaliste, aujourd'hui en retraite, qui aurait recueilli des informations en 1948. Coup dur, ce journaliste se serait suicidé quelques mois auparavant. Un suicide qui tombe à pic.

Dick est un amateur invétéré de vieux zincs, d'ailleurs il habite sur un ancien terrain d'aviation et lorsqu'il rentre chez lui quelques jours plus tard, il se rend compte que son antre a été visitée. Les événements s'enchainent dans un rythme infernal. Il fait appel à un vieil ami, Jake, susceptible de l'aider. Son ex-femme Jessica disparait et il doit s'occuper de son gamin, Jeremy. Le journaliste aurait tenu un carnet secret et la solution à leurs problèmes y serait peut-être consignée. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. Tout en essayant d'échapper à des tueurs qui en veulent à leur peau. Et si Jarvis et Kraube ne sont pas étrangers à leurs soucis et à leurs désagréments, il n'est pas exclu que d'autres personnages en coulisses tirent les ficelles.

Alors direction le Texas puis le Nouveau Mexique sur la piste du journaliste et de Billy the Kid, à bord d'un vieux Beechcraft 18S des années 1930.

 

De nombreuses scènes épiques attendent le lecteur dont celle d'une course poursuite entre le Beechcraft et un F16 au milieu d'un meeting aérien composé de vieilles gloires des airs, ce qui n'est pas sans rappeler d'anciennes lectures comme par exemple les aventures de Biggles du Captain W.E. Johns ; ou encore comment détourner l'attention d'un couple d'agents du FBI surveillant les abords d'une maison.

Laurent Whale s'empare de la légende de Billy the Kid, la réécrivant selon les suppositions d'historiens, tout en mettant en scène un personnage dont la présence est inattendue, celle de Guu Ji Ya plus connu sous le nom de Géronimo, et en offrant une version réaliste et plausible d'une affaire non encore résolue aujourd'hui et qui date de la fin de la guerre de Sécession.

De même le lecteur est en droit de se demander pourquoi un homme attend, dans le couloir de la mort du pénitencier d'état de Ridgeville en Caroline du Sud, son transfert vers le Texas afin d'y être exécuté. Quel peut-être le rapport entre son histoire et ce pour quoi il a été condamné vingt-quatre ans auparavant avec les recherches de Dick Benton et ses collègues ?

Dans la plus pure tradition du roman d'aventures avec incursion dans le passé et mettant en scène des personnages ayant réellement existés, Laurent Whale a écrit un roman ambitieux et composite puisqu'il interfère roman historique et western du plus bel effet, avec roman d'aviation, incursion dans le domaine politique et magouilles financières sur fond d'élection présidentielle, sans oublier le suspense incarné par les affres d'un prisonnier dans l'attente de son exécution et les souffrances endurées par une jeune femme enfermée dans une cave et subissant les maltraitances, et plus, de ses geôliers.

Un roman complexe, touffu, vivant, qui ne manque pas d'humour et joue sur les nerfs. Laurent Whale dont on avait déjà apprécié Le chant des psychomorphes et Les étoiles s'en balancent monte en puissance et n'a pas fini de faire parler de lui, en bien.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Laurent WHALE : Goodbye Billy. Réédition Folio Policier N°780. Parution 8 octobre 2015. 658 pages. 9,00€.

Repost 0
8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 13:10

Accrochez-vous aux branches !

Henri VERNES : L'arbre de la vie.

Bob Morane, de retour d'expédition en compagnie de son indéfectible et inséparable ami Bill Ballantine, n'a pas le temps de défaire ses valises.

Parmi tout son courrier en souffrance un télégramme du professeur Clairembart l'appelle au secours. Après une visite dans l'antre du vieil archéologue, afin d'obtenir des précisions sur le but du voyage qui a conduit le savant au Népal, nos deux aventuriers se lancent sur les traces de leur ami.

En plein cœur de l'Himalaya ils découvrent une vallée verdoyante, la Vallée de l'Eden. Cet endroit mythique, décrit dans un manuscrit de Shimon Ben Mordokkaï, renferme non seulement une communauté juive installée depuis quelques siècles, mais aussi l'Arbre de la vie et l'Arbre de la science, du bien et du mal.

Ces deux symboles hébraïques sont également convoités par une résurgence nazie sud-américaine, l'Ordre noir.

Bob Morane et Bill Ballantine, qui en cours de route ont rencontré la ravissante Sophia Paramount, vont délivrer le professeur Clairembart et échapper à la horde des fanatiques nostalgiques hitlériens, le tout dans une atmosphère mi-mystique mi-fantastique.

Le roman d'aventures n'est pas mort et Bob Morane un bon guide pour entraîner ses lecteurs dans des aventures merveilleuses.

 

Ce roman inaugurait une nouvelle collection du Fleuve Noir qui continuait de se chercher après les abandons de Spécial Police et Espionnage, en multipliant les collections qui ne durèrent que quelques mois, parfois un peu plus quand même.

Cette collection destinée aux adolescents et à tous les nostalgiques de Bob Morane, s’inscrit dans la continuité éditoriale qui avait été entreprise par les éditions du Masque peu avant. Seulement huit inédits pour quarante-six titres publiés provenant quasiment toutes du fond Marabout. Les illustrations de couverture sont signées CORIA.

 

De nouvelles aventures de Bob Morane paraissent aux éditions Ananké sous la plume de Brice Tarvel, aventures que j'espère découvrir prochainement. En attendant vous pouvez vous plonger dans un classique et dans les mémoires d'Henri Vernes.

 

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Henri VERNES : L'arbre de la vie. Inédit Collection Aventures-Jeunes. Bob Morane N°1. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1988. 192 pages.

Repost 0
30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 12:51

Il est mort le soleil...

Christophe SEMONT : Soleil noir.

15 mai 2002. Posadas, Argentine, non loin de la frontière avec le Paraguay.

Il peut être fier Esteban Pantoja du commissariat de Posadas, car officiellement son supérieur vient de lui remettre, d'un geste détaché, les galons de sergent.

Il est pressé d'en informer Maria, sa femme caissière dans une banque, et il la rejoint en compagnie de leur fille. C'est l'heure de la fermeture et tandis qu'ils attendent dans la salle d'attente que Maria ait terminé son service, trois hommes cagoulés pénètrent dans l'établissement et ne s'embarrassant pas d'un protocole exigeant qu'ils confirment qu'il s'agit d'un braquage, ils abattent le vigile puis se déploient avec ordre et méthode. L'un d'eux réclame l'argent de la caisse et comme la collègue de Maria n'a pas l'air de comprendre, il lui tire une balle dans la tête.

Des clients sont également froidement abattus et en Esteban se réveille l'instinct du flic. Il sent que personne n'échappera au massacre et il tente de s'emparer de l'arme du vigile. Il y parvient mais l'un des braqueurs, alerté par un mouvement inconsidéré d'un otage, s'en aperçoit. Le sergent nouvellement promu tire, les autres aussi, dans tous les sens, et une balle qui n'était pas perdue lui percute la tête.

Lorsqu'il sort de son évanouissement à l'hôpital, il apprend que sa fille et sa femme n'ont pas survécu au carnage. Il se souvient des yeux des braqueurs, des yeux ternes comme s'ils étaient sous l'emprise d'une drogue. Pourtant rien n'est décelé sur le cadavre de celui qui lui a tiré dessus et qui portait un tatouage représentant comme un soleil traversé d'une épée ou d'un glaive. Afin de pouvoir se rétablir physiquement et moralement, il est mis en congé et il se jure bien de retrouver les agresseurs. Malgré les réticences de son supérieur, il parvient à obtenir des informations. Le lieu où les braqueurs s'étaient réunis pas exemple, mais la maison est vide. Toutefois il trouve des papiers pas complètement calcinés et il sait dorénavant qu'il doit se rendre en Bolivie dans un coin perdu de la forêt amazonienne à Rurrenabaque.

 

Adela est une jeune serveuse d'un bar de nuit de La Paz. Depuis quelques mois elle est en proie à des visions cauchemardesques. Mais cela se passe en plein jour ou la nuit, dans le bar où elle sert les clients. Des clients qui parfois possèdent des têtes cadavériques et dont la langue fourchue se darde inexorablement vers son visage. Ce qui la perturbe fortement et lorsque son patron lui demande ce qu'il se passe, elle aimerait lui désigner ce client particulier, mais bien évidemment il s'est dissous dans la fumée du bar. Ou dans un landau un bras difforme s'élance vers elle tentant de l'agripper. Ou encore un homme qui semble lui faire signe mais se dissout dans la foule. Elle s'en inquiète auprès de son toubib, un vieux médecin qu'elle connait depuis longtemps. Le docteur Zamora lui intime de continuer à prendre malgré tout les pilules qu'il lui a prescrites.

A Rurrenabaque, des gamins, quatre garçons et une fille, jouent dans la forêt et découvrent un étrange conteneur tout rouillé. Ils parviennent après bien des difficultés et des efforts intenses à l'ouvrir. Et lorsque l'intérieur se révèle à eux, c'est l'effroi, la stupeur, la panique. Pourtant tandis deux d'entre eux restent près de ce coffre bien particulier, les autres vont demander à un vieux pisteur, qui recueille le venin des serpents, de téléphoner à la police. Une trentaines de cadavres ont été enfermés dans ce conteneur venu de nulle part, des hommes, des femmes et même des enfants, qui tous portent un tatouage représentant une sorte de soleil noir transpercé d'un glaive.

 

Une histoire sombre qui nous renvoie aux heures noires de l'Argentine et d'autres pays sud-américains, alors que des nazis en fuite après la défaite du IIIe Reich, se sont réfugiés dans ces pays accueillants et sont devenus des citoyens parfois influents auprès des dictateurs. Il ne s'agit pas d'une leçon d'histoire ou d'un documentaire, mais bien de remettre dans le contexte des faits qui se sont réellement déroulés, tout en conservant un aspect anecdotique, voire légèrement pédagogique et non partisan, à ceux pour qui les noms de Perón et autres présidents, élus ou autoproclamés ne disent plus rien.

Mais cette histoire insère également un thème prisé des romans d'aventure d'antan, ceux qui nous faisaient palpiter, celui du savant fou, et nous entraîne dans une intrigue habilement construite, menée à un rythme d'enfer. Les chapitres sont courts et nous présentent, comme des couches successives, les déambulations des différents protagonistes, même si Esteban en est la pièce maîtresse. Le parcours d'Adela est particulièrement poignant, tandis que les gamins, une fois leur mission effectuée, découvrir et ouvrir le conteneur, passent la main, offrant la possibilité à d'autres personnages d'interférer dans l'histoire et de l'approfondir.

Christophe Semond démontre qu'en deux cent soixante pages, un romancier peut écrire une histoire palpitante, sans se disperser dans des considérations oiseuses.

Christophe SEMONT : Soleil noir. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 17 septembre 2015. 272 pages. 17,00€.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Roman d'aventures
commenter cet article
22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:22

Comme si cela allait les requinquer...

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts.

c

Parfois le chercheur et amateur de littérature populaire est tenté de se fier à sa propre intuition et d'extrapoler des pseudonymes à l'aide de suppositions qui ne sont pas étayées.

Ainsi, longtemps j'ai pensé que ce Luck Surmer pouvait être l'alias de quelqu'un qui résidait sur la côte normande, et plus particulièrement près de la station balnéaire de Luc-sur-mer. Donc pour moi il ne faisait aucun doute que ce ne pouvait être que le pseudonyme de Volkaert, belge vivant en France à Courseulles-sur-Mer et ayant écrit de nombreux ouvrages sous les noms de J.V. Kramer (au Fleuve Noir) puis sous ceux, pour les plus connus, de Luc Bernières et Kurt Gerwitz aux éditions du Gerfaut. D'ailleurs pour Luc Bernières il s'agit justement de l'apposition du nom de deux communes limitrophes de Courseulles-sur-Mer : Luc-sur-Mer et Bernières-sur-Mer.

Or il parait qu'il n'en est rien car selon le forum Littérature Populaire il s'agirait de Lucien André Carton, qui aurait signé Luc Carnot, Cantor pour des romans ou encore Luc Saint-Bert pour des scénarii de bandes dessinées chez Jacquier. Dont acte. Je raye donc ce que j'avais présumé et me fie à un spécialiste en recherches patronymiques.

 

Cela dit et écrit, pensons quand même à présenter, succinctement peut-être, ce roman, narré par un certain Caryl Wild-Killer. Un patronyme qu'il a hérité d'un arrière grand-père ainsi surnommé Tueur Sauvage par des Peaux-Rouges qui voulaient absolument accrocher sa chevelure à l'entrée de leur wigwam et dont la confrontation tourna à l'hécatombe, expédiant les indigènes au Pays des Chasses Eternelles. Petite précision assez longuette et peut-être inutile, alors passons rapidement à la suite.

 

Caryl après des études pour devenir avocat et un passage dans l'armée chez les Marines dans le Pacifique, devenant un tueur légal aux yeux de l'Oncle Sam, est revenu à Los Angeles pour se retrouver les mains vides. Alors comme il ne désire pas devenir truand il décide de frapper, muni de ses certificats de bons et loyaux services militaires, à l'OSS devenue la CIA, et il est embauché. Et c'est ainsi que nous le découvrons à Hong-Kong, sur les quais, poursuivi par une horde de policiers. Il court tant et si bien qu'à un certain moment il bute et lorsqu'il sort de son évanouissement il est face à un Noir, un Nègre est-il précisé dans le roman, assis sur un rouleau de cordages. Bénédict, ainsi se nomme-t-il, lui rend son revolver qu'il avait emprunté tandis que Caryl était dans les vapes et le ramène à quai. Caryl comprend alors qu'il est sur un canot et que c'est ainsi qu'il a pu échapper aux forces de l'ordre.

Caryl et Bénédict deviennent potes, après avoir échangé quelques coups dont ils ne sortent vainqueur ni l'un ni l'autre, l'avantage d'avoir suivi les mêmes entrainements de combat à mains nues, et vont entreprendre ensemble à s'acquitter de la mission dont la CIA a chargé l'agent américain. Bénédict est un bon bougre qui immédiatement accepte la domination de Caryl, qui ne cherche pas pour autant à en profiter. Il lui offre même cinq cents dollars pour bons et loyaux services... à venir.

La veille à Manille, Caryl devait retrouver un agent américain, Bruce Donald, or celui-ci n'a pas daigné se trouver au rendez-vous. A moins qu'il ait eu un empêchement, ce qui ne serait pas impossible. Benedict propose à Caryl de se rendre de l'autre côté de Hong-Kong, à Kowloon, et de prendre une chambre chez Li-Chiang. L'endroit ressemble plus à un bouge qu'à un hôtel quatre étoiles, mais il possède toutefois ses avantages.

Après une nuit tranquille, les deux hommes se rendent à Hong-Kong. Ils ont loué une voiture afin de se déplacer rapidement et Caryl téléphone à l'hôtel où théoriquement Bruce Donald réside, avec une petite idée derrière la tête.

Il précise au réceptionniste qu'un ami Noir se rend à la réception et ce qu'il subodorait se déroule : quatre hommes sortent d'une voiture, s'engouffrent dans l'hôtel et ressortent en tenant fermement Bénédict. Un enlèvement en bonne et due forme. Il suit le véhicule puis parvient à libérer Bénédict emmené sur un canot. Les quatre hommes, qu'il prenait pour des policiers sont des hommes de main. Trois d'entre eux restent sur le carreau et le dernier est habilement interrogé par Benedict, avant de rendre son âme noire au diable. Il a eu le temps de parler avec d'expirer et munis des renseignements Caryl et Benedict se rendent dans une maison isolée, près de Canton. Caryl interrompt un échange charnel entre une jeune femme qui se prénomme Clara et un homme qui ne pourra terminer ce qu'il venait d'entreprendre. Mais Caryl découvre aussi dans un placard, c'est là qu'ils se cachent en général, le cadavre de Douglas. S'ensuit quelques péripéties et aventures périlleuses.

 

Dans tout bon roman policier, la logique veut que l'intrigue repose sur cette affirmation : cherchez la femme. Caryl n'a pas eu besoin de se fouler, la femme est là, dans les bras d'un autre, et elle lui en est reconnaissante jusqu'à un certain point :

- Je ne vous ai enlevé qu'un amant, faites comme vous êtes vous vous en offrirez un autre et...
- Vous trouveriez aimable quelqu'un qui a cassé votre tirelire, vous ?

De l'humour, il y en a, de la violence un peu, mais il faut également se projeter dans le contexte de l'époque et accepter certains mots qui aujourd'hui sont devenus tabous. Par exemple, Caryl, le narrateur et donc par conséquent l'auteur, parle de Nègre, un mot couramment utilisé. Mais il se défend de tout racisme.

Je ne souffre d'aucun préjugé racial et ne nourris nulle rancœur particulière contre les Nègres.
Qu'un homme soit noir, cela me laisse indifférent s'il l'est au naturel. La seule chose qui m'irrite c'est que cette noirceur il la doive au whisky ! A noter que je ne reproche à personne de boire - même du whisky et même du Coca-Cola - et que ce que je ne puis supporter c'est qu'un gars absorbe ainsi qu'une futaille quand il ne contient pas plus qu'une cuiller à café !

Quand à l'histoire en elle même, on ne sait pas trop ce qui amène Caryl à Hong-Kong et s'il a réussi sa mission, mais ça c'est une autre histoire.

Annoncé comme un roman d'espionnage, ce livre relève plus du roman d'aventures même si le héros principal qui est le narrateur, appartient à la CIA.

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts. Collection Le Verdict N°1. Editions Presses de la Renaissance. 3e trimestre 1960. 256 pages.

Repost 0
17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 13:04

Un Simenon ? Mais si !

Christian BRULLS : Les pirates du Texas.

Dans un bar américain, près des Champs Elysées à Paris, un homme corpulent accompagné de sa fille bouscule un client accoudé au comptoir. Lorsqu'il sort des toilettes, à nouveau il le culbute et celui-ci ne peut plus faire l'ignorant. D'autant que le colosse l'apostrophe par son nom.

Ted Brown est un agent américain de la police spéciale pour la défense de la prohibition et il est aux basques de Bob Cummins, à la tête d'un important réseau de trafiquants d'alcool. Seulement, le hic (c'est le cas de le dire !) réside dans le fait que Ted Brown est amoureux de la fille de Cummins et qu'il n'est pas indifférent aux yeux de celle-ci. Mais ils ne sont pas à Galveston, haut lieu du trafic d'alcool, mais à Paris, et donc ils peuvent déguster ensemble un, voire plusieurs verres d'un breuvage interdit.

Cummins ne se prive pas d'offrir un cocktail bien tassé à Ted Brown puis de l'inviter à déjeuner en sa compagnie et celle de sa fille Winnie, qui n'est pas une oursonne. Il va même chercher à la cave, c'est un habitué des lieux, une bouteille poussiéreuse et verse généreusement le vin dans le godet de Ted Brown. Celui-ci s'assoupit peu après, il sombre même dans un profond endormissement.

Cummins se rend au Havre, toujours avec Winnie, où ils doivent embarquer à bord de l'Hidalgo, un cargo battant pavillon d'une nation sud-américaine et qui transporte pour quatorze millions de francs d'alcool. L'équipage est armé jusqu'aux dents, provenant de diverses nations mais ayant comme point commun d'être des malfrats. La destination du navire est inconnue et la cargaison sera débarquée en un endroit tenu secret afin que les autorités américaines, toujours sur la brèche, ne puissent pas l'arraisonner.

Seulement à bord se cache Ted Brown, qui méfiant, n'avait pas avalé la boisson proposée et avait rejoint le port normand à bord d'un avion. Ted Brown se cache dans un canot de sauvetage bâché et fait tout son possible pour ne pas être découvert. Il possède quelques tablettes de chocolat qu'il économise et passe son temps à regarder Winnie déambuler sur le pont, tout en restant soigneusement caché. Il récupère un journal américain qui allait tomber à l'eau et est fort étonné en découvrant un article consacré à Cummins, le fameux milliardaire qui effectue, selon le journaliste, une croisière le long des côtes de Floride. Bizarre. Comment se fait-il que Cummins soit en deux endroits en même temps ?

Un jour, alors qu'il veut écouter une conversation entre le capitaine du navire et Cummins, il bouge légèrement son embarcation qui émet un petit bruit. Il espère ne pas avoir éveillé la curiosité des deux hommes, mais ceux-ci continuent leur discussion comme si de rien n'était. De plus Ted Brown n'a rient entendu, étant placé trop loin.

Le soir, il reçoit la visite de Cummins, hilare, qui avait bien entendu le craquement. Le bootlegger lui propose de venir partager sa confortable cabine, et une fois installés, il lui tient un discours sur la force des bootleggers, environ vingt mille, et celle des policiers qui ne possèdent pas le nombre d'éléments susceptibles de les contrer, et surtout ne peuvent prendre d'initiatives sans en référer à leurs chefs et n'ont guère de moyens financiers pour mener à bien leur chasse. Il propose même à Ted Brown, son ennemi potentiel, dix mille dollars pour rejoindre leurs rangs et fermer les yeux. un marché que refuse bien évidemment le policier.

Le bâtiment approche des eaux du Texas, non loin de Galveston, et un petit rafiot embarque à son bord une partie du chargement. Le lendemain, même manège. Ted Brown sent que l'escale va bientôt se terminer et il se débarrasse de Cummings, saute par dessus bord et échappe de peu à de petits canots à moteur qui patrouillent, surveillant le bon déroulement des opérations. Blessé, il gagne le rivage et s'évanouit sur le sable. Lorsqu'il reprend connaissance, il est installé dans une chambre et une brave femme lui propose à manger répondant avec un accent allemand à quelques questions. Notamment qu'il a été sauvé par Le mari. Le mari, pas son mari...

Mais l'histoire continue et Ted Brown se demande s'il reverra Winnie et parviendra à mettre fin aux agissements des bootleggers, Cummings en tête. Un dilemme le ronge en même temps. Comment conquérir le cœur de la jeune fille, si ce n'est déjà fait, alors qu'il traque son père. Les embûches, les coups de feu, des empoignades, des journées passées en prison et bien d'autres péripéties attendent Ted Brown jusqu'au mot Fin.

 

Sous l'alias de Christian Brulls, Georges Simenon peaufine sa plume et ses intrigues, tout en songeant sérieusement aux premiers Maigret via des romans dans lesquels il ébauche celui qui deviendra le policier le plus célèbre de France, et en entamant le cycle de ses romans noirs, ou durs, sous son véritable patronyme. En cette fin de décennie, il produit beaucoup, des romans d'aventures ou sentimentaux, chez Ferenczi, Tallandier, des éditeurs populaires.

Ce roman dans lequel résonne le souffle de l'aventure avec un côté sentimental qui aurait pu cataloguer cette histoire dans les collections dédiées justement à ce genre de romans, possède les prémices de ce qui fera le succès par la suite de l'œuvre simenonienne, une marque de fabrique à nulle autre pareille. L'intrigue est simple sans être simpliste et Simenon commence à fouiller la psychologie des personnages et introduit dans certaines scènes le côté intimiste de ses grands romans comme La maison du canal, Betty, La neige était sale, La fuite de Monsieur Monde, La neige était sale, Les inconnus dans la main, Feux rouges, La vieille et bien entendu Trois chambres à Manhattan.

Une curiosité à ne pas dédaigner et qui possède l'avantage de transporter le lecteur de l'époque dans un univers qu'il connait peu, celui des trafiquants lors de la Prohibition. Depuis de nombreux auteurs, Américains plus particulièrement ont traité abondamment de ce sujet, mais le charme de Simenon opère toujours et le roman n'a guère vieilli. Et l'alcool s'est bonifié.

C'est une remarque que chacun a fait cent fois dans son existence, que la vie est beaucoup plus romanesque que les plus romanesques des romans.

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Christian BRULLS : Les pirates du Texas. Collection Les introuvables de Georges Simenon. Presses de la Cité. Parution novembre 1980. 196 pages.

Repost 0
6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 13:05

En général, c'étaient les jeunes filles qui se faisaient enlever !

Albert BONNEAU : L'enlèvement de Catamount. Les nouvelles aventures de Catamount.

Dans un bouge de Galveston, un port du Texas, cinq hommes discutent, se demandant comment ils vont pouvoir remplacer Kirby, marin comme eux qui vient de décéder à la suite d'une mauvaise fièvre.

Sam Trill, le second du Sea-Mew dont le capitaine Hyatt est gravement malade, sait qu'il peut compter sur ses quatre compagnons car la cargaison embarquée sur le navire, dont la destination est Cuba, n'est pas exactement celle prévue. Théoriquement ce sont des balles de coton qui sont entreposées dans la cale, mais celles-ci renferment des armes.

En compagnie de Sam Trill sont assis à la table, Sardell, que les scrupules n'étouffent pas et qui vient de Baltimore; Brackson, un gros homme qui apprécie la bonne chère, embarqué à New-Orléans un soir de carnaval; Cobilovici qui exhibe fièrement ses nombreux tatouages et enfin Hermann, un Allemand déserteur.

Le seul problème qui se présente à eux, outre remplacer Kirby, c'est la fille de Hyatt qui voyage en compagnie de son père sur le trois-mâts. Un homme aux yeux clairs et à l'allure d'un cow-boy entre dans l'établissement et Sam Trill l'invite à sa table. Un Tenderfoot, un pied tendre, à la dégaine de vacher, la recrue idéale pense le marin.

L'homme, qui dit s'appeler Bill Lern, accepte le whisky qui lui est servi, whisky qui sera suivi de beaucoup d'autres, et les marins sont obligés de le soutenir pour regagner le navire.

Lorsqu'il se réveille à fond de cale où il a été balancé, Catamount, car c'est de lui dont il s'agit, a la tête dans un étau. Et les pieds enchainés. Sardel lui rend une petite visite amicale, l'avertissant qu'il aura à manger s'il est sage et promet de travailler comme un forçat. Un avertissement confirmé par Trill qui le fait détacher. Il est confié à Luiggi, le cuistot du bord, qui le sustente et lui apprend qu'il prépare le bouillon du capitaine, lequel bouillon est confectionné à base d'herbes. Mais ce bol d'eau amélioré ressemble plus à un poison qu'à une panacée. Et trois fois par jour cette boisson est ingurgitée par le capitaine.

Ils essuient une tempête et Catamount, qui n'a pas le pied marin, s'en tire sans dégats. Il est affecté à la cambuse et se propose de préparer la soupe du capitaine, tandis que Luiggi est occupé par ailleurs. Le bouillon à base de pommes de terre est plus reconstituant que l'infect préparation aux herbes, ce qui conforte le ranger dans son impression.

Un Chinois rôde dans les cales, considéré par tous comme une vermine. Catamount s'en fait un ami et Chink, tel est le nom du pauvre asiate, lui montre que les ballots de coton sont en fait des caches d'armes. Le ranger s'empare de quelques-uns de ces objets providentiels et affronte Trill et ses hommes qui organisent une mutinerie. Les armes sont destinées aux insurgés cubains en lutte contre l'oppresseur espagnol et Hyatt n'était pas au courant de ce trafic.

Catamount organise la fuite en chaloupe emmenant avec lui Hyatt mal en point, sa fille Claudette et Chink. Ils abordent sur l'île de Pinas et sont recueillis par des Cubains insurgés contre la domination espagnole.

 

Catamount et ses compagnons vont vivre des aventures mouvementées, Trill et ses compagnons partant à leur poursuite. Mais un navire espagnol cabote dans les eaux cubaines prêt à intervenir contre les trafiquants d'armes.

 

Une aventure maritime pour Catamount qui regrette son fidèle cheval, Mezquite, et les chevauchées dans la Prairie. Il était envoyé en mission afin de mettre la main au collet d'un bandit et se retrouve entraîné malgré lui dans des aventures périlleuses.

Mais il y a un léger antagonisme dans cette histoire concernant ce trafic d'armes. On peut comprendre que Catamount combat les mutins du Sea Mew, dont les agissements sont en marge de la loi et qui veulent prendre la place du capitaine par des moyens plutôt brutaux. Toutefois ces mutins font de la contrebande d'armes en faveur des insurgés cubains et Catamount est lui aussi, en tant qu'Américain, aux côtés de ces révoltés. C'est à dire que les deux clans œuvrent pour une même cause mais avec des moyens différents.

Il est amusant de constater que lors de notre adolescence on s'attache moins au style qu'à l'intrigue. Et c'est en relisant ce roman, quelques décennies plus tard, que je me suis aperçu qu'Albert Bonneau possédait un style d'écriture particulier, que l'on pourrait qualifier de Célinien, à moins qu'il ait influencé le fameux docteur Destouches dans l'emploi systématique de points de suspension en fin de phrase. Mais une autre particularité est attribuée à l'écriture d'Albert Bonneau. Celle de phrases à rallonge, dont voici un exemple :

Brackson refusa d'obtempérer, il allait diriger son arme contre le ranger, il n'eut pas le temps de le mettre en joue, une détonation éclata, avant même qu'il eût pu se rendre compte de ce qui lui arrivait, le matelot éprouvait une violente douleur à la main, le sang se mit à couler entre ses phalanges déchirées par la balle que venait de lui adresser l'homme aux yeux clairs...

La date à laquelle se déroule cette histoire n'est pas précisée mais on peut raisonnablement penser qu'elle se passe après 1868, durant ce qui fut appelé la Guerre des dix ans, ou guerre d'indépendance. Et c'est un épisode qu'Albert Bonneau a choisi de mettre en évidence, alors que les indépendantistes, des Mambis ou guérilleros antiespagnols cubains pour la plupart, ayant à leur tête Pablo Alvarez, s'étaient réfugiés sur l'île de Pinos située à quelques miles de Cuba. Cette île serait la fameuse île qui aurait servi de décor pour L'île au trésor de Robert Stevenson.

Albert BONNEAU : L'enlèvement de Catamount. Les nouvelles aventures de Catamount. Editions Jules Tallandier. Janvier 1956. 220 pages.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables