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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 13:33

On ne peut pas dire que ce soit une déclaration d'amour...

Alexis AUBENQUE : Tout le monde te haïra.

Dans une dizaine de jours, Noël arrivera avec son lot de cadeaux.

Pourtant, la distribution ne sera pas équitable pour tout le monde. Ainsi Alice Lewis arrive dans la petite ville côtière de White Forest, sise au sud de l'Alaska, n'ayant plus de nouvelles de sa sœur Laura. Sa mère, juste avant son décès, lui a appris quatre mois auparavant qu'elle possédait une sœur de vingt ans plus âgée qu'elle. Elle lui a écrit, Laura lui a répondu mais depuis un mois, c'est le silence total.

Alice veut signaler auprès des services du shérif Trévor cette disparition, mais elle se fait jeter dehors, le nom de Laura Barnes n'étant guère en odeur de sainteté. Laura est mariée avec Lloyd, le fils du maire de la petite ville, a un fils de dix-sept ans, Zachary, et travaille comme journaliste dans un périodique local. Elle enquêtait, aux dernières nouvelles, sur l'apparition lors de l'été de cadavres charriés par un iceberg en dérive et provenant d'un navire ayant échoué cent ans auparavant, le New Horizon. Mais c'est pour une toute autre raison que le nom de Barnes est tabou.

A sa sortie du commissariat, Laura glisse sur une plaque de gel et un homme qui passait inopinément par là la relève. Une occasion unique pour faire connaissance, mais lorsqu'Alice déclare qu'elle recherche sa sœur et évoque le nom de Barnes, l'homme a un haut-le-cœur. Il est détective privé, se nomme Nimrod Russel, et a été viré de la police par le maire, Abraham Barnes, pour une vague histoire d'inceste sur laquelle il avait enquêté. Nemrod a gardé de bonnes relations avec ses anciens collègues, car il n'était nullement fautif, au contraire, mais le maire n'avait pas du tout apprécié le résultat de cette enquête, pour des convenances amicales avec le père blâmable.

Nonobstant, Nimrod propose à la jeune fille de l'héberger, en tout bien tout honneur, chez lui, sur l'île Douglas qui est située juste en face de White Forest. Comme Alice n'est pas fortunée, elle s'occupera du ménage, des repas et de sa chienne Laïka, si celle-ci l'accepte. Et lui se mettra à la recherche de Laura, ne promettant pas de résultats probants.

 

Pendant ce temps, Tracy Bradshaw, lieutenant de police, est mandée d'urgence sur une affaire de meurtre particulièrement sanglante. D'ailleurs le meurtrier n'a pas fait dans le détail. Kruger a été pendu, dans sa grange, par les pieds avant d'être éventré du sexe jusqu'à la gorge par un hakapik, un pique de chasse utilisé par les Inuits pour la chasse au phoque. Nul doute que quelqu'un voulait signer le crime, le mettre à l'actif des Inuits qui sont cantonnés dans la région et que les envahisseurs américains tiennent en piètre estime.

Avec Scott, son nouveau coéquipier, qui a remplacé Nimrod, qui comme on l'a lu précédemment a été viré sans gloire, Tracy va s'atteler à une enquête difficile. Comme si elle n'avait pas assez d'ennuis personnels. Avec son mari Vernon, pas de problème, avec Alyson, leur fille, pas plus même si elle entre dans l'âge ingrat, mais Ridley, le garçon, fait des cauchemars la nuit, réveillant ses parents, les empêchant de jouir d'une nuit de repos entière, réparatrice et amplement méritée. Il se réveille en hurlant, déclarant voir des flammes partout, ayant peur pour sa sœur et ses parents, et affirmant que tout le monde le hait.

Avec Nimrod, Tracy a toujours eu de bonnes relations, et ce n'est pas la mise à l'écart de son ancien collègue qui a changé quelque chose. Ils parlent de leurs enquêtes respectives, et éventuellement se proposent d'échanger leurs renseignements, de se suppléer, de retrouver leur ancienne complicité. Mais cela ne se fera pas sans dommage, leurs adversaires inconnus ne leur ménageant pas les coups, ceux qui font mal. Mais qui sont ces adversaires qui se dressent sur leurs chemins ?

Est-ce l'enquête de Laura sur les cadavres du New Horizon, et surtout la disparition inexpliquée d'une centaine d'orphelins qui théoriquement étaient à bord du navire et dont les corps n'ont pas été retrouvés ? La disparition tout simplement de Laura, abandonnant sa famille pour un autre homme ? Le meurtrier de Kruger qui pourrait être une jeune femme d'origine inuit, et tient une sorte de maison de plaisirs particuliers, dont les clients sont adeptes de déguisements en tout genre, particulièrement celui de phoque énamouré ? Autre chose ? Ou tout simplement tout cela à la fois ?

 

Comme ces bons feuilletonistes qui savaient relancer l'action au moment crucial, abandonnant leurs personnages dans une situation délicate pour en retrouver d'autres qui eux aussi connaissaient des problèmes dans les chapitres précédents, Alexis Aubenque construit son intrigue en naviguant d'un protagoniste à un autre, d'une phase angoissante à une autre. En y incorporant ses thèmes de prédilection, l'eau, la mer de préférence, et les îles.

Tel une arachnide méticuleuse, Alexis Aubenque tisse sa toile sans se laisser distraire par les à-côtés tout en élaborant son intrigue comme un véritable Dédale, un labyrinthe qui offre de nombreuses voies de sorties en trompe l'œil. Parfois un cadavre vient s'engluer dans cette dentelle plus solide qu'il y parait, mais rien ne perturbe l'arachnide qui continue à broder. Une secousse qui pourrait sembler sismique, mais au contraire renforce l'édifice patiemment élaboré.

Alexis Aubenque possède cette faculté que n'ont plus de nos jours bon nombre de romanciers, celle d'entretenir l'intérêt du lecteur, sans s'adonner à des considérations oiseuses permettant de gonfler l'ouvrage mais n'apportent rien de plus que de l'ennui.

L'histoire se déroule sur quatre jours, et en incrustation le lecteur découvre le calvaire de Vassili, un gamin qui narre sobrement son parcours de jeune mineur. Pose de dynamite dans des galeries, puis le travail à la pioche comme les grands, les rebuffades, les réprimandes, avec au bout l'espoir qu'un jour il pourra retrouver Mère Russie.

 

Sous couvert d'un roman d'aventures palpitant, les origines complexes de cette intrigue nous offrent un final éblouissant jouant sur l'appât du gain et l'indifférence des êtres humains qui ne se demandent pas pourquoi certains produits sont si peu onéreux, alors que se sont des enfants qui les fabriquent. L'auteur évoque un contexte socio-économique malsain avec une introspection historique.

Vous savez aussi bien que moi que cela arrange toute la planète qu'il y ait des pauvres pour engraisser les riches.

Une déclaration émise par l'un des protagonistes qui démontre un cynisme émanant de riches et de ségrégationnistes ou d'antisémites envers toute une population parfois inconsciente ou aveugle de ce qu'il se passe réellement.

 

Mais Alexis Aubenque joue également avec le lecteur. S'il évoque furtivement Jack London, le décor et certaines scènes nous incitent à penser à ce grand écrivain, il renvoie à d'autres personnages célèbres. On ne peut que rapprocher le prénom du détective, chasseur d'images puisqu'il travaille essentiellement sur des affaires de cocufiages, à celui d'un autre grand chasseur mythologique. Nimrod, qui en hébreu signifie se rebeller, ne serait donc que la déformation de Nemrod, le chasseur éternel. Et que penser du patronyme de cette jeune fille qui recherche sa sœur : Alice Lewis, qui est une référence implicite à Alice de Lewis Carol.

 

Le bon point du jour est également attribué à Alexis Aubenque, qui connait mieux le français que bien des journalistes lesquels n'hésitent pas à déclarer : il y avait deux mille chômeurs l'an dernier et cette année ils sont deux fois moins (ceci n'est qu'un exemple). Ce qui veut dire, si je compte bien, qu'ils sont quatre mille en moins. Deux mille moins quatre mille égale ? Et oui, il y a un truc et pourtant on entend ou on lit ce genre de phrase quotidiennement.

Page 361, Alexis Aubenque écrit : Il mit moitié moins de temps pour rejoindre le campement de base qu'il n'en avait mis pour grimper. La formulation est exacte et nos braves journalistes ou économistes qui veulent nous donner des conseils et affirmer leur supériorité intellectuelle devraient en prendre de la graine.

Alexis AUBENQUE : Tout le monde te haïra. Collection La Bête noire. Editions Robert Laffont. Parution 4 novembre 2015. 432 pages. 20,00€.

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 15:04

Bon anniversaire à Eduardo Mendoza,

né le 11 janvier 1943.

Eduardo MENDOZA : La ville des prodiges.

La ville des prodiges, c'est Barcelone, une ville en pleine expansion, en pleine fièvre industrielle en cette année 1888, et qui organise après Londres et Paris "son exposition universelle".

Dans cette cité en effervescence, débarque un jeune garçon, Onofre Bouvila, qui, à treize ans, se lance à corps perdu dans la bataille de la vie sans aucun complexe.

Il s'installe dans un hôtel miteux et pour payer sa pension va distribuer des tracts de propagande anarchiste. Qu'importe le métier, il veut réussir. Il deviendra successivement camelot, homme de main, chef de gang, trafiquant, grand industriel, et il devra sa réussite grâce à un manque total de préjugés, à sa faculté d'adaptation quelles que soient les épreuves, son obstination sans faille, la facilité avec laquelle il ourdit les plans les plus ingénieux et dans lesquels succombent ses ennemis et ceux même de ses amis tombés en disgrâce à ses yeux.

Il avait une confiance sans limites dans sa capacité à surmonter n'importe quel obstacle et à tirer profit de n'importe quelle difficulté.

 

Au travers de cette ascension, c'est la ville de Barcelone, son histoire, la grande et la petite, son expansion, son développement qui nous sont révélés, avec force détail, avec minutie, avec chaleur, avec amour, avec réalisme mais sans complaisance, par l'un des plus grands romanciers espagnols actuels.

 

Eduardo Mendoza dépeint une jungle dans laquelle vivent, survivent, meurent, rufians, maquereaux, filles de joie, travestis, voyous en quête d'honorabilité, bourgeois décadents aimant s'encanailler, toute une faune haute en couleurs, prête à tuer pour se défendre, prête à toutes les compromissions, mais avide de respectabilité.

Les aventures des derniers des Picaros, ces aventuriers espagnols, qui ont justement fourni ce qualificatif de picaresque aux romans d'action.

 

Un roman dense, touffu, prenant. Le lecteur suit avec intérêt, avec passion, les aventures, l'ascension de Onofre Bouvila, mais aussi l'extension, l'industrialisation de Barcelone souvent à l'avant-garde du progrès, réceptrice d'idées nouvelles, et souvent refrénée dans son essor par Madrid, la capitale.

Plus qu'un roman policier, plus qu'un roman d'aventures, c'est un roman d'amour. Un roman d'amour pour une ville : Barcelone.

Première édition Le Seuil. 1988.

Première édition Le Seuil. 1988.

Eduardo MENDOZA : La ville des prodiges. (La Ciudad de los prodigios - traduction d'Olivier Rolin). Collection Points Romans. Parution septembre 2007. 544 pages. 8,40€.

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 12:06

Les médicaments génériques sont-ils

des contrefaçons ?

Mathias BERNARDI : Toxic Phnom Penh.

En 2008, le jeune Pram Rainsy, voyou canadien d'origine khmère, en délicatesse avec les autorités de son pays, s'associe avec l'Oncle, criminel réputé, afin de fabriquer de faux médicaments. Les chiffres qu'il avance sont sans contestation, il y a de quoi se faire beaucoup d'argent. Ainsi pour une mise de mille dollars, le profit escompté dans le trafic de fausse monnaie est estimé à vingt mille billets verts, tandis que dans la contrefaçon de médicaments, cela peut s'élever jusqu'à quatre cent cinquante mille dollars. Il suffit juste de choisir de fabriquerr un médicament populaire et le tour est joué.

Quatre ans plus tard, les autorités policières, et plus particulièrement la division IV, service luttant contre la contrefaçon de médicaments, est alertée. Des antidépresseurs seraient à l'origine d'une mortalité inquiétante. Un incident mortifère empoisonnant pour l'Oncle qui avait misé sur ce profit en élaborant dans un laboratoire semi-clandestin des médicaments théoriquement inoffensifs, des placebos ou des produits pouvant être utilisés sans aucun impact négatif.

Le général de la police cambodgienne, You Philong, dirige également cette division IV qui possède en son sein quelques éléments extérieurs. Ainsi Alexis Renouart, bientôt quarante ans, policier français travaillant pour l'ambassade de l'Union européenne au Cambodge, en est le conseiller technique. Il est ami avec Sam Sonn, un policier local. Le sexagénaire Bob Farnhost est lui aussi conseiller technique et est payé par un consortium d'entreprises pharmaceutiques américaines. Pour ne citer que les principaux membres de cette division spéciale.

Tandis que les forces de la division IV essaient de remonter la filière de distribution et celle de fabrication des médicaments mortels, Rainsy le neveu et Vorn Vitch, un collaborateur de longue date du contrefacteur, se disputent la prépondérance au sein de l'organisation dirigée par l'Oncle.

 

Est-ce l'influence asiatique exercée sur l'auteur, qui a vécu durant de longues années au Cambodge, mais cette histoire traîne longueur comme les palabres qui s'échangent lors de négociations, de longues heures de discussions pour arriver parfois à pas grand-chose. En réduisant de moitié la taille de ce roman, cette intrigue aurait gagné en puissance.

Dès le début, le lecteur habitué à dévorer des romans policiers se doute de l'identité de l'Oncle, d'autant qu'il n'est pas indiqué dans la liste des personnages principaux. Donc l'un d'entre eux joue un double-jeu.

Le principal intérêt ne réside donc pas dans la construction et la résolution d'une énigme, mais dans la description d'un pays déchiré entre la présence et l'influence encore importante des Khmers rouges, et entre les rapports des Cambodgiens avec leurs voisins chinois et vietnamiens. La trame policière n'est que le vecteur d'une narration géopolitique et socio-économique concernant un pays en pleine mutation.

Mathias BERNARDI : Toxic Phnom Penh. Le Masque Poche N° 67. Prix du roman d'Aventures. Parution le 3 juin 2015. 480 pages. 7,90€.

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 10:45

Bon anniversaire à Eric Legastelois,

né le 9 décembre 1958

Eric LEGASTELOIS : Putain de cargo !

Lucas, le capitaine du Kéops, cargo rouillé qui outre ses activités officielles transporte parfois des matières illicites le long des côtes d’Afrique occidentale, se réveille avec un mal de tête dû à une trop grande absorption de whisky, son péché mignon.

Dans les mains le scalp de Camilla, sa maîtresse de Tenerife. Que fait donc cette chevelure entre ses mains ?

Pas le temps de se poser la question, le commandant Kavadias, un Grec avec qui il partage depuis des années ses aventures maritimes, a besoin de lui. Mais pourquoi le cadavre du bosco, qui pour se faire soigner une maladie dite honteuse devait être chez un toubib et rejoindre le rafiot plus tard, est-il retrouvé dans la chambre abritant l’ancre marine, écrasé comme une galette ?

Le commandant Kavadias est réputé pour son penchant énamouré envers les jeunes filles et même plus jeunes, mais que font les passagères clandestines dans les soutes ?

Autant de questions que le capitaine aura à solutionner entre deux bouteilles de whisky, accessoirement deux lignes de coke, histoire de mieux s’embrumer l’esprit et réfléchir après coup (ce n’est qu’une image, quoique…) et quelques cadavres supplémentaires.

 

Putain de cargo ! (d’accord le titre est un peu racoleur, d’ailleurs mon petit-fils qui sait à peine lire voulait le bouquin uniquement à cause du titre, c’est vous dire !) est une œuvre mi-fiction, mi-autobiographie.

Peut-être est-ce pour cela qu’il accroche autant le lecteur, avec une force d’évocation surprenante, qui par certains côtés rappelle l’ambiance étouffante, poisseuse, des romans de Georges Simenon, ou de ses mémoires, qui ont pour décor les côtes africaines.

Mais outre l’ambiance on retiendra cette forme de déchéance, ce lent plongeon vers l’enfer que seul l’esprit d’une femme aimée pourrait oblitérer. Un roman, puissant même si cette déchéance ne paraît pas toujours crédible, le capitaine d’un cargo possédant des responsabilités qu’il doit assumer, l’esprit clair et dégagé.

Réédition J'Ai Lu septembre 2000. 126 pages.

Réédition J'Ai Lu septembre 2000. 126 pages.

Eric LEGASTELOIS : Putain de cargo. Collection Pique rouge. Editions Atout. Parution mai 1998. 170 pages.

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 13:32

Hommage à Cornell Woolrich, alias William Irish, né le 4 décembre 1903.

William IRISH : Le territoire des morts

En apparence anachronique, ce roman de William Irish reflète pourtant l'un des thèmes majeurs de l'œuvre de l'auteur : le pessimisme.

Pessimisme qui conduit les héros malgré eux, une invitation aux retrouvailles de l'autre côté du monde réel, du monde des vivants.

Les romans qui se terminent bien, à la conclusion heureuse, sont fait rare chez Irish. C'est l'amour passion, l'amour coup de foudre qui prime, trouvant son aboutissement et son apogée dans la tourmente. L'amour éternité ne peut se réaliser qu'après d'âpres combats, dans un au-delà mythique.

Un homme aime une femme sur une vision, une rencontre fortuite, mais est-ce vraiment le déclic émotionnel ou seulement les prémices à une autre passion plus ravageuse, plus intellectuelle ?

Pour cela il faudrait analyser toute l'œuvre de William Irish, et surtout se reporter à sa vie privée et des incidences qu'elle eut sur justement son œuvre. Que ce soit au travers des romans mondialement connus tels que La sirène du Mississippi, La mariée était en noir, J'ai épousé une ombre, Lady Fantôme et d'autres moins connus mais tout aussi intéressants, comme ce Territoire des morts, l'amour contrarié est viscéralement ancré. Mais si Le territoire des morts aborde un thème plus fantastique, il n'a garde d'oublier les relations émotionnelles homme/femme.

 

Parce qu'il est en panne de voiture, Larry frappe une nuit à la porte d'une habitation perdue dans la nature. A l'une des fenêtres du premier étage s'inscrit en blanc le visage d'une jeune femme. Coup de foudre réciproque et Larry enlève Mitty.

Après le mariage devant un juge, ils partent en voyage à bord d'un bateau. Lors de l'escale de Puerto Santo, Mitty descend à terre. Larry s'inquiète, descend lui aussi, fouille la ville à la recherche de son épouse, et lorsqu'enfin il la retrouve, le bateau a levé l'ancre.

Commence alors une étrange histoire. Irrésistiblement Mitty est attirée par ce qui se trouve de l'autre côté de la montagne. Pourtant tous les témoignages concordent et sont formels : il n'y a rien de l'autre côté, personne. C'est le Territoire des morts.

 

Dans une histoire à la Ridder Hagard, William Irish a su créer une atmosphère insidieuse, envoûtante, diabolique, toute à l'image de son œuvre.

Première édition, tirage limité : Sinfonia. 1987.

Première édition, tirage limité : Sinfonia. 1987.

William IRISH : Le territoire des morts (Savage Bride - 1950 ou 1952. Traduction de Gérard de Chergé). Collection Série 33. Editions Clancier-Guénaud. Parution avril 1988. 256 pages.

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 13:33

Bon anniversaire à Pierre Pelot, né le 13 novembre 1945.

Pierre PELOT : Après le bout du monde.

Englué dans la grisaille, la brume et la pluie, Nicolas Courot se demande dans quelle galère il s'est fourvoyé.

Quatre jours qu'il est dans ce camp, au cœur de la Papouasie Nouvelle Guinée, avec Adine la photographe et Zuchetto son commanditaire. Et voilà que l'un des chercheurs d'or, un nommé Dimenbal vient de décéder, lors d'un glissement de terrain.

Nico sent le coup fourré, mais il est incapable de discerner d'où ça provient. Adine vient de lui donner des patates, à moitié cuites, que l'un des indigènes lui a apportées. Caché dans l'une d'elle, un petit trésor constitué de pépites, la fortune de Dimenbal peut-être.

Nico regrette ce voyage entreprit à la demande de Zuchetto. Ce n'est pas qu'il était bien à Paris, mais là, c'est pire que tout. Cinéaste passé de mode, spécialiste des documentaires, Nico est sur la pente descendante. Sa famille se disloque et il n'est plus en odeur de sainteté auprès des différentes chaînes de télévision pour qui il travaillait.

Zuchetto s'est érigé en sauveur un jour, en se pointant à la terrasse d'un café où Nico réfléchissait sur son avenir. Et le voilà à se demander qui a pu glisser les pépites dans le tubercule et à quelles fins.

 

Délaissant le temps d'un roman sa région de prédilection, les Vosges, Pierre Pelot nous entraîne au cœur d'un pays pauvre et riche à la fois, enfer et paradis.

Les chercheurs d'or païulas, véritable secte, vivent comme à l'âge préhistorique, et entassent les billets verts, fruits de leurs fouilles. Ils gardent jalousement leur territoire, en haut de la montagne, la jungle les séparant de Port Moresby, la capitale. Ils possèdent des téléviseurs à pile qui ne captent que difficilement les images ,et ne sont vêtus en tout et pour tout que d'un étui pénien la plupart du temps.

Un roman exotique d'atmosphère dans lequel on reconnaît le coup de patte de Pierre Pelot, auteur prolifique mais jamais décevant.

 

Pierre PELOT : Après le bout du monde. Coll. Aventures sans frontières N°5. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 220 pages.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 13:13

Une réédition poche de fort bon aloi !

Laurent WHALE : Goodbye Billy.

Dans chaque légende, existe toujours une part de vérité.

Pendant dix-sept ans, Richard A. Benton a été agent spécial du F.B.I. puis il a été viré comme un malpropre. Et le voilà nommé comme chef de service à la Bibliothèque du Congrès de Washington, responsable d'une petite phalange de trois personnes et chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs. Lui qui était habitué à côtoyer l'action, le voici devenu le chef des Rats de poussière.

Cette équipe est composée de Maureen McCornwall, à l'allure de punkette mâtinée rebelle gothique, d'Antonia Horowitz, fringuée limite loubard, bardée de diplômes et responsable informatique et technologies nouvelles, et de Andrew Kerouac, aucune parenté avec Jack, archiviste et doyen de la bande. Mais Dick (diminutif de Richard) Benton se rend vite compte qu'il n'est pas à la tête d'une équipe de bras cassés, de farfelus comme il le croyait au départ et que les résultats des enquêtes qui leurs sont confiées ne sont pas forcément transmis au FBI, à la CIA et autres services dits de sécurité comme la NSA, ou alors ils sont vidés d'une partie de leur contenu.

Le sénateur Allan Lloyd Ferguson est candidat à la primaire républicaine dans la course à la Maison Blanche. Digne descendant d'une lignée de Ferguson ayant tous gravité dans les arcanes de la politique il vise plus haut, et les Rats de poussière enquêtent sur son cas afin d'éviter que certaines affaires viennent par la suite entacher son éventuel succès. C'est Antonia qui s'est attelée à la tâche et elle a remonté le temps, jusqu'au grand-père Ferguson et à l'année 1925. Elle a déniché la photocopie d'une déclaration fiscale pour une société d'export de coton. Or théoriquement ce document ne devrait pas exister, caduc quelques cinquante ans avant sa rédaction. Un document qui fleure bon la fraude.

Kerouac, mis lui aussi à contribution, révèle qu'il s'agirait d'une vaste entreprise d'escroquerie immobilière d'un montant de trente-cinq-millions de dollars, ce qui représente une coquette somme surtout dans les années 1920. Et Maureen, en enquêtrice acharnée a établi une corrélation entre Ferguson et Al Capone. Cela sent de plus en plus mauvais, mais leur surprise va atteindre un sommet lorsqu'ils découvrent que quelqu'un a confié à Ferguson l'ancien trente millions en 1921 et ce donateur n'est pas anonyme, il s'agit d'un certain Ollie P. Roberts. Or il semblerait que sous cet alias se cache un célèbre bandit du nom de William Antrim ou Henry Mc Carthy plus connu sous celui de William H. Bonney surnommé Billy the Kid. Et selon la légende Billy the Kid est mort dans les années 1880, abattu par Pat Garrett le shérif qui fut son ami.

Deux agents du FBI, Jarvis et Kraube, les âmes damnées de Stevens, le patron de l'agence, s'introduisent dans le bureau de Dick lui enjoignant de laisser tomber l'affaire Ferguson. Mais Dick ne se laisse pas intimider et il est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses recherches, ce qui évidemment ne peut que lui attirer des ennuis, à lui et aux autres membres de son équipe.

Dick et consorts suivent donc la piste Ollie Roberts-Billy the Kid et en s'infiltrant dans les ordinateurs de différents services, Antonia remonte jusqu'à un journaliste, aujourd'hui en retraite, qui aurait recueilli des informations en 1948. Coup dur, ce journaliste se serait suicidé quelques mois auparavant. Un suicide qui tombe à pic.

Dick est un amateur invétéré de vieux zincs, d'ailleurs il habite sur un ancien terrain d'aviation et lorsqu'il rentre chez lui quelques jours plus tard, il se rend compte que son antre a été visitée. Les événements s'enchainent dans un rythme infernal. Il fait appel à un vieil ami, Jake, susceptible de l'aider. Son ex-femme Jessica disparait et il doit s'occuper de son gamin, Jeremy. Le journaliste aurait tenu un carnet secret et la solution à leurs problèmes y serait peut-être consignée. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. Tout en essayant d'échapper à des tueurs qui en veulent à leur peau. Et si Jarvis et Kraube ne sont pas étrangers à leurs soucis et à leurs désagréments, il n'est pas exclu que d'autres personnages en coulisses tirent les ficelles.

Alors direction le Texas puis le Nouveau Mexique sur la piste du journaliste et de Billy the Kid, à bord d'un vieux Beechcraft 18S des années 1930.

 

De nombreuses scènes épiques attendent le lecteur dont celle d'une course poursuite entre le Beechcraft et un F16 au milieu d'un meeting aérien composé de vieilles gloires des airs, ce qui n'est pas sans rappeler d'anciennes lectures comme par exemple les aventures de Biggles du Captain W.E. Johns ; ou encore comment détourner l'attention d'un couple d'agents du FBI surveillant les abords d'une maison.

Laurent Whale s'empare de la légende de Billy the Kid, la réécrivant selon les suppositions d'historiens, tout en mettant en scène un personnage dont la présence est inattendue, celle de Guu Ji Ya plus connu sous le nom de Géronimo, et en offrant une version réaliste et plausible d'une affaire non encore résolue aujourd'hui et qui date de la fin de la guerre de Sécession.

De même le lecteur est en droit de se demander pourquoi un homme attend, dans le couloir de la mort du pénitencier d'état de Ridgeville en Caroline du Sud, son transfert vers le Texas afin d'y être exécuté. Quel peut-être le rapport entre son histoire et ce pour quoi il a été condamné vingt-quatre ans auparavant avec les recherches de Dick Benton et ses collègues ?

Dans la plus pure tradition du roman d'aventures avec incursion dans le passé et mettant en scène des personnages ayant réellement existés, Laurent Whale a écrit un roman ambitieux et composite puisqu'il interfère roman historique et western du plus bel effet, avec roman d'aviation, incursion dans le domaine politique et magouilles financières sur fond d'élection présidentielle, sans oublier le suspense incarné par les affres d'un prisonnier dans l'attente de son exécution et les souffrances endurées par une jeune femme enfermée dans une cave et subissant les maltraitances, et plus, de ses geôliers.

Un roman complexe, touffu, vivant, qui ne manque pas d'humour et joue sur les nerfs. Laurent Whale dont on avait déjà apprécié Le chant des psychomorphes et Les étoiles s'en balancent monte en puissance et n'a pas fini de faire parler de lui, en bien.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Laurent WHALE : Goodbye Billy. Réédition Folio Policier N°780. Parution 8 octobre 2015. 658 pages. 9,00€.

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 13:10

Accrochez-vous aux branches !

Henri VERNES : L'arbre de la vie.

Bob Morane, de retour d'expédition en compagnie de son indéfectible et inséparable ami Bill Ballantine, n'a pas le temps de défaire ses valises.

Parmi tout son courrier en souffrance un télégramme du professeur Clairembart l'appelle au secours. Après une visite dans l'antre du vieil archéologue, afin d'obtenir des précisions sur le but du voyage qui a conduit le savant au Népal, nos deux aventuriers se lancent sur les traces de leur ami.

En plein cœur de l'Himalaya ils découvrent une vallée verdoyante, la Vallée de l'Eden. Cet endroit mythique, décrit dans un manuscrit de Shimon Ben Mordokkaï, renferme non seulement une communauté juive installée depuis quelques siècles, mais aussi l'Arbre de la vie et l'Arbre de la science, du bien et du mal.

Ces deux symboles hébraïques sont également convoités par une résurgence nazie sud-américaine, l'Ordre noir.

Bob Morane et Bill Ballantine, qui en cours de route ont rencontré la ravissante Sophia Paramount, vont délivrer le professeur Clairembart et échapper à la horde des fanatiques nostalgiques hitlériens, le tout dans une atmosphère mi-mystique mi-fantastique.

Le roman d'aventures n'est pas mort et Bob Morane un bon guide pour entraîner ses lecteurs dans des aventures merveilleuses.

 

Ce roman inaugurait une nouvelle collection du Fleuve Noir qui continuait de se chercher après les abandons de Spécial Police et Espionnage, en multipliant les collections qui ne durèrent que quelques mois, parfois un peu plus quand même.

Cette collection destinée aux adolescents et à tous les nostalgiques de Bob Morane, s’inscrit dans la continuité éditoriale qui avait été entreprise par les éditions du Masque peu avant. Seulement huit inédits pour quarante-six titres publiés provenant quasiment toutes du fond Marabout. Les illustrations de couverture sont signées CORIA.

 

De nouvelles aventures de Bob Morane paraissent aux éditions Ananké sous la plume de Brice Tarvel, aventures que j'espère découvrir prochainement. En attendant vous pouvez vous plonger dans un classique et dans les mémoires d'Henri Vernes.

 

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Henri VERNES : L'arbre de la vie. Inédit Collection Aventures-Jeunes. Bob Morane N°1. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1988. 192 pages.

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 12:51

Il est mort le soleil...

Christophe SEMONT : Soleil noir.

15 mai 2002. Posadas, Argentine, non loin de la frontière avec le Paraguay.

Il peut être fier Esteban Pantoja du commissariat de Posadas, car officiellement son supérieur vient de lui remettre, d'un geste détaché, les galons de sergent.

Il est pressé d'en informer Maria, sa femme caissière dans une banque, et il la rejoint en compagnie de leur fille. C'est l'heure de la fermeture et tandis qu'ils attendent dans la salle d'attente que Maria ait terminé son service, trois hommes cagoulés pénètrent dans l'établissement et ne s'embarrassant pas d'un protocole exigeant qu'ils confirment qu'il s'agit d'un braquage, ils abattent le vigile puis se déploient avec ordre et méthode. L'un d'eux réclame l'argent de la caisse et comme la collègue de Maria n'a pas l'air de comprendre, il lui tire une balle dans la tête.

Des clients sont également froidement abattus et en Esteban se réveille l'instinct du flic. Il sent que personne n'échappera au massacre et il tente de s'emparer de l'arme du vigile. Il y parvient mais l'un des braqueurs, alerté par un mouvement inconsidéré d'un otage, s'en aperçoit. Le sergent nouvellement promu tire, les autres aussi, dans tous les sens, et une balle qui n'était pas perdue lui percute la tête.

Lorsqu'il sort de son évanouissement à l'hôpital, il apprend que sa fille et sa femme n'ont pas survécu au carnage. Il se souvient des yeux des braqueurs, des yeux ternes comme s'ils étaient sous l'emprise d'une drogue. Pourtant rien n'est décelé sur le cadavre de celui qui lui a tiré dessus et qui portait un tatouage représentant comme un soleil traversé d'une épée ou d'un glaive. Afin de pouvoir se rétablir physiquement et moralement, il est mis en congé et il se jure bien de retrouver les agresseurs. Malgré les réticences de son supérieur, il parvient à obtenir des informations. Le lieu où les braqueurs s'étaient réunis pas exemple, mais la maison est vide. Toutefois il trouve des papiers pas complètement calcinés et il sait dorénavant qu'il doit se rendre en Bolivie dans un coin perdu de la forêt amazonienne à Rurrenabaque.

 

Adela est une jeune serveuse d'un bar de nuit de La Paz. Depuis quelques mois elle est en proie à des visions cauchemardesques. Mais cela se passe en plein jour ou la nuit, dans le bar où elle sert les clients. Des clients qui parfois possèdent des têtes cadavériques et dont la langue fourchue se darde inexorablement vers son visage. Ce qui la perturbe fortement et lorsque son patron lui demande ce qu'il se passe, elle aimerait lui désigner ce client particulier, mais bien évidemment il s'est dissous dans la fumée du bar. Ou dans un landau un bras difforme s'élance vers elle tentant de l'agripper. Ou encore un homme qui semble lui faire signe mais se dissout dans la foule. Elle s'en inquiète auprès de son toubib, un vieux médecin qu'elle connait depuis longtemps. Le docteur Zamora lui intime de continuer à prendre malgré tout les pilules qu'il lui a prescrites.

A Rurrenabaque, des gamins, quatre garçons et une fille, jouent dans la forêt et découvrent un étrange conteneur tout rouillé. Ils parviennent après bien des difficultés et des efforts intenses à l'ouvrir. Et lorsque l'intérieur se révèle à eux, c'est l'effroi, la stupeur, la panique. Pourtant tandis deux d'entre eux restent près de ce coffre bien particulier, les autres vont demander à un vieux pisteur, qui recueille le venin des serpents, de téléphoner à la police. Une trentaines de cadavres ont été enfermés dans ce conteneur venu de nulle part, des hommes, des femmes et même des enfants, qui tous portent un tatouage représentant une sorte de soleil noir transpercé d'un glaive.

 

Une histoire sombre qui nous renvoie aux heures noires de l'Argentine et d'autres pays sud-américains, alors que des nazis en fuite après la défaite du IIIe Reich, se sont réfugiés dans ces pays accueillants et sont devenus des citoyens parfois influents auprès des dictateurs. Il ne s'agit pas d'une leçon d'histoire ou d'un documentaire, mais bien de remettre dans le contexte des faits qui se sont réellement déroulés, tout en conservant un aspect anecdotique, voire légèrement pédagogique et non partisan, à ceux pour qui les noms de Perón et autres présidents, élus ou autoproclamés ne disent plus rien.

Mais cette histoire insère également un thème prisé des romans d'aventure d'antan, ceux qui nous faisaient palpiter, celui du savant fou, et nous entraîne dans une intrigue habilement construite, menée à un rythme d'enfer. Les chapitres sont courts et nous présentent, comme des couches successives, les déambulations des différents protagonistes, même si Esteban en est la pièce maîtresse. Le parcours d'Adela est particulièrement poignant, tandis que les gamins, une fois leur mission effectuée, découvrir et ouvrir le conteneur, passent la main, offrant la possibilité à d'autres personnages d'interférer dans l'histoire et de l'approfondir.

Christophe Semond démontre qu'en deux cent soixante pages, un romancier peut écrire une histoire palpitante, sans se disperser dans des considérations oiseuses.

Christophe SEMONT : Soleil noir. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 17 septembre 2015. 272 pages. 17,00€.

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Published by Oncle Paul - dans Roman d'aventures
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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:22

Comme si cela allait les requinquer...

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts.

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Parfois le chercheur et amateur de littérature populaire est tenté de se fier à sa propre intuition et d'extrapoler des pseudonymes à l'aide de suppositions qui ne sont pas étayées.

Ainsi, longtemps j'ai pensé que ce Luck Surmer pouvait être l'alias de quelqu'un qui résidait sur la côte normande, et plus particulièrement près de la station balnéaire de Luc-sur-mer. Donc pour moi il ne faisait aucun doute que ce ne pouvait être que le pseudonyme de Volkaert, belge vivant en France à Courseulles-sur-Mer et ayant écrit de nombreux ouvrages sous les noms de J.V. Kramer (au Fleuve Noir) puis sous ceux, pour les plus connus, de Luc Bernières et Kurt Gerwitz aux éditions du Gerfaut. D'ailleurs pour Luc Bernières il s'agit justement de l'apposition du nom de deux communes limitrophes de Courseulles-sur-Mer : Luc-sur-Mer et Bernières-sur-Mer.

Or il parait qu'il n'en est rien car selon le forum Littérature Populaire il s'agirait de Lucien André Carton, qui aurait signé Luc Carnot, Cantor pour des romans ou encore Luc Saint-Bert pour des scénarii de bandes dessinées chez Jacquier. Dont acte. Je raye donc ce que j'avais présumé et me fie à un spécialiste en recherches patronymiques.

 

Cela dit et écrit, pensons quand même à présenter, succinctement peut-être, ce roman, narré par un certain Caryl Wild-Killer. Un patronyme qu'il a hérité d'un arrière grand-père ainsi surnommé Tueur Sauvage par des Peaux-Rouges qui voulaient absolument accrocher sa chevelure à l'entrée de leur wigwam et dont la confrontation tourna à l'hécatombe, expédiant les indigènes au Pays des Chasses Eternelles. Petite précision assez longuette et peut-être inutile, alors passons rapidement à la suite.

 

Caryl après des études pour devenir avocat et un passage dans l'armée chez les Marines dans le Pacifique, devenant un tueur légal aux yeux de l'Oncle Sam, est revenu à Los Angeles pour se retrouver les mains vides. Alors comme il ne désire pas devenir truand il décide de frapper, muni de ses certificats de bons et loyaux services militaires, à l'OSS devenue la CIA, et il est embauché. Et c'est ainsi que nous le découvrons à Hong-Kong, sur les quais, poursuivi par une horde de policiers. Il court tant et si bien qu'à un certain moment il bute et lorsqu'il sort de son évanouissement il est face à un Noir, un Nègre est-il précisé dans le roman, assis sur un rouleau de cordages. Bénédict, ainsi se nomme-t-il, lui rend son revolver qu'il avait emprunté tandis que Caryl était dans les vapes et le ramène à quai. Caryl comprend alors qu'il est sur un canot et que c'est ainsi qu'il a pu échapper aux forces de l'ordre.

Caryl et Bénédict deviennent potes, après avoir échangé quelques coups dont ils ne sortent vainqueur ni l'un ni l'autre, l'avantage d'avoir suivi les mêmes entrainements de combat à mains nues, et vont entreprendre ensemble à s'acquitter de la mission dont la CIA a chargé l'agent américain. Bénédict est un bon bougre qui immédiatement accepte la domination de Caryl, qui ne cherche pas pour autant à en profiter. Il lui offre même cinq cents dollars pour bons et loyaux services... à venir.

La veille à Manille, Caryl devait retrouver un agent américain, Bruce Donald, or celui-ci n'a pas daigné se trouver au rendez-vous. A moins qu'il ait eu un empêchement, ce qui ne serait pas impossible. Benedict propose à Caryl de se rendre de l'autre côté de Hong-Kong, à Kowloon, et de prendre une chambre chez Li-Chiang. L'endroit ressemble plus à un bouge qu'à un hôtel quatre étoiles, mais il possède toutefois ses avantages.

Après une nuit tranquille, les deux hommes se rendent à Hong-Kong. Ils ont loué une voiture afin de se déplacer rapidement et Caryl téléphone à l'hôtel où théoriquement Bruce Donald réside, avec une petite idée derrière la tête.

Il précise au réceptionniste qu'un ami Noir se rend à la réception et ce qu'il subodorait se déroule : quatre hommes sortent d'une voiture, s'engouffrent dans l'hôtel et ressortent en tenant fermement Bénédict. Un enlèvement en bonne et due forme. Il suit le véhicule puis parvient à libérer Bénédict emmené sur un canot. Les quatre hommes, qu'il prenait pour des policiers sont des hommes de main. Trois d'entre eux restent sur le carreau et le dernier est habilement interrogé par Benedict, avant de rendre son âme noire au diable. Il a eu le temps de parler avec d'expirer et munis des renseignements Caryl et Benedict se rendent dans une maison isolée, près de Canton. Caryl interrompt un échange charnel entre une jeune femme qui se prénomme Clara et un homme qui ne pourra terminer ce qu'il venait d'entreprendre. Mais Caryl découvre aussi dans un placard, c'est là qu'ils se cachent en général, le cadavre de Douglas. S'ensuit quelques péripéties et aventures périlleuses.

 

Dans tout bon roman policier, la logique veut que l'intrigue repose sur cette affirmation : cherchez la femme. Caryl n'a pas eu besoin de se fouler, la femme est là, dans les bras d'un autre, et elle lui en est reconnaissante jusqu'à un certain point :

- Je ne vous ai enlevé qu'un amant, faites comme vous êtes vous vous en offrirez un autre et...
- Vous trouveriez aimable quelqu'un qui a cassé votre tirelire, vous ?

De l'humour, il y en a, de la violence un peu, mais il faut également se projeter dans le contexte de l'époque et accepter certains mots qui aujourd'hui sont devenus tabous. Par exemple, Caryl, le narrateur et donc par conséquent l'auteur, parle de Nègre, un mot couramment utilisé. Mais il se défend de tout racisme.

Je ne souffre d'aucun préjugé racial et ne nourris nulle rancœur particulière contre les Nègres.
Qu'un homme soit noir, cela me laisse indifférent s'il l'est au naturel. La seule chose qui m'irrite c'est que cette noirceur il la doive au whisky ! A noter que je ne reproche à personne de boire - même du whisky et même du Coca-Cola - et que ce que je ne puis supporter c'est qu'un gars absorbe ainsi qu'une futaille quand il ne contient pas plus qu'une cuiller à café !

Quand à l'histoire en elle même, on ne sait pas trop ce qui amène Caryl à Hong-Kong et s'il a réussi sa mission, mais ça c'est une autre histoire.

Annoncé comme un roman d'espionnage, ce livre relève plus du roman d'aventures même si le héros principal qui est le narrateur, appartient à la CIA.

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts. Collection Le Verdict N°1. Editions Presses de la Renaissance. 3e trimestre 1960. 256 pages.

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