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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 05:39

Un doudou, c'est sacré !

Couverture et illustrations intérieures de Godo.

Couverture et illustrations intérieures de Godo.

Muté auprès du Service Sécurisation et Bien-être du Président, notre ami Gustave Flicman, déjà héros malgré lui de trois précédentes aventures, est le témoin d'un incident auquel apparemment lui seul assiste, ses collègues chaussés de lunettes noires regardant ailleurs.

Gustave a bénéficié d'une promotion après avoir sauvé la Grosse Cité d'un péril décrit précédemment, et en ce moment, costume noir et lunettes idem, il doit assurer la sécurité d'un visiteur : le PDG du Pépettochistan accompagné de son gamin, turbulent comme il se doit. Affublé de vêtements hétéroclites, le gamin porte en bandoulière un serpent. Horreur, malheur... Vérification faite, il s'agit d'une peluche. Ouf, on a eu chaud, pense Gustave qui admire la voûte.

Une sorte de yéti, un animal à fourrure grise vêtu d'une culotte de peau et armé d'une masse (examinez la couverture) s'introduit dans la salle par une fenêtre du plafond. Une véritable tornade qui déboule, s'empare de la peluche sacrée du pacha-héritier, et pfouittt (ou bruit similaire) l'espèce d'animal se fait la malle.

Gustave Flicman est tout autant embêté que gêné, car lorsqu'il raconte la scène à laquelle il a assisté, il dit tout ou presque. Le commissaire Velu, son ancien supérieur, l'encourage fortement à continuer d'assurer sa mission au Service Sécurité et Bien-être, l'avenir du pays en dépend. En effet le Pépettochistan, et son PDG, Pacha Directeur Général anciennement Pacha Dictateur Général, est le principal fournisseur en énergie, et si le fiston ne récupère pas sa peluche, les conséquences seront terribles.

Alors Gustave poussé par sa conscience, un peu, et le Supérieur Inconnu qui dirige la BRO, Brigade de Répression de l'Onirisme, beaucoup, se met à la recherche du Yéti et de la peluche qu'il a glissée sous une bretelle de sa culotte de peau, à bord d'un tracteur urbain, 4X4 équipé d'un système de conduite assistée parlante.

C'est à ce moment, mais cela aurait pu être à un autre mais c'est maintenant, que se manifestent le Professeur B. et son assistante la jeune Loligoth en s'installant dans son véhicule de fonction. Et voilà Gustave entraîné à son esprit défendant, et à son corps aussi, à la lisière du Pays d'Onirie et de la normalité, à la recherche du Yéti, qui se présente spontanément à lui accompagné du Lutin aux pieds de fromages (humez cette odeur !) appelé aussi le Troll.

Les péripéties vont s'enchaîner en cascades, Gustave Flicman n'a pas le temps de souffler, le lecteur non plus, et les rencontres imprévues vont se succéder, se catapulter, se métamorphoser, comme dans un rêve, sauf que pour Gustave il s'agit bien d'une réalité, attraper la queue du Mickey dans ce cirque effréné. Quand je dis la queue du Mickey, il s'agit bien entendu du serpent à poil, le doudou du Pacha-junior.

La route est belle, sur le papier, car les impondérables que vont rencontrer Gustave Flicman et le duo, le Yéti et le Troll, qui s'entendent comme larrons en foire, les entraînent dans un voyage périlleux semé d'embûches, qui ne sont pas de Noël.

 

Le péril Groumf est la quatrième aventure de Gustave Flicman, le jeune policier qui parfois philosophe sans s'en rendre compte, ou alors si, mais il ne l'avoue pas de peur d'être pris pour celui qu'il n'est pas.

Evidemment, quand on voit ce à quoi la croyance des adultes a donné vie, on devine ce qui nous attend avec celle des enfants...

Un univers dédié aux enfants, dans lequel l'adulte a du mal à trouver sa place, sauf s'il a gardé, préservé, l'innocence qu'il n'aurait jamais dû perdre. Et ce n'est pas en se rendant aux objets trouvés qu'on peut la récupérer cette innocence, cette candeur, cette ingénuité qui manque tant aux adultes, mais en cultivant tout jeune et même avant cette forme d'esprit qui permet d'accepter tout et son contraire sans pour autant se montrer naïf.

L'on ne peut s'empêcher de songer à Lewis Carroll et à son Alice au Pays des Merveilles, une dégringolade horizontale dans un univers décalé, déjanté, désaxé, abracadabrantesque, féérique, merveilleusement incorrect (j'ai emprunté la citation car je l'aime bien, quoiqu'elle ne soit pas de moi) et onirique.

Si ce roman est destiné à des enfants, d'après l'éditeur de 6 à 9 ans, les adolescents de 10 à 110 ans pourront se délecter à cette lecture, et je doute personnellement que l'auteur, à vérifier auprès de ses papiers d'identité, soit encore un enfant et pourtant il s'amuse comme un petit gamin à décrire, à écrire, à rédiger, à délivrer ces récits farfelus, loufoques, mais qui font du bien en nous changeant d'une réalité morose.

 

Renaud MARHIC : Le péril Groumf. Les Lutins urbains N°4. Roman Jeunesse. Editions P'tit Louis. Parution le 22 mars 2017. 200 pages. 9,00€.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 13:17

N'est pas celui des appas rances...

Muriel MOURGUE : Le jeu des apparences.

Installée en Normandie et ayant acquis une renommée comme romancière-graphiste, Angie Werther pensait couler des jours heureux, loin des problèmes politiques.

Seulement Luc Malherbe, le responsable de la Sécurité auprès de la présidente française Rose Leprince, surnommée la Princesse, lui téléphone, lui demandant de lui rendre un petit service. Clara, son amour de jeunesse est décédée accidentellement à Lisbonne. Accidentellement, rien n'est moins sûr, et c'est pour cela qu'il se permet de requérir l'aide d'Angie, la sortant de sa retraite volontaire. Elle doit vérifier sur place, s'il ne s'agirait pas d'un attentat, on ne sait jamais, ou d'un suicide et dans ce cas pourquoi.

Nous sommes en 2026, comme le temps passe, et l'Europe Unie doit élire un nouveau président, l'actuel ne désirant pas poursuivre ses fonctions. En lice, les présidentes de l'Allemagne et de la France. Et Rose Leprince essaie de tout faire pour convaincre de ses capacités à diriger L'Europe, toujours Unie.

Dans quelques semaines, un vol spatial habité s'élancera vers la planète rouge, le 25 décembre exactement, quittant la base de Kourou en Guyane. Une grande première qu'il ne faut pas rater, le prestige étant en jeu. Or un agent infiltré en Guyane vient d'être assassiné, et la mission projetée pourrait en pâtir. C'est Gervaise Gerson, la responsable sécurité pour la partie outremer qui en a informé Luc Malherbe, et elle prend cet assassinat au sérieux. D'autant que peu après c'est le corps d'une femme qui est découvert, démembré et étêté. Sûrement afin de retarder l'identification au maximum de la victime.

Angie Werther se rend à Lisbonne, découvrant la ville, et la librairie que tenait Clara associée avec Pythagore Luna, un homme qui lit continuellement son journal et ne semble guère intéressé par la vie des livres. Au contraire de Joanna, la vendeuse et amie de Clara qui s'implique dans la bonne marche de la boutique et organise des soirées lectures suivies par quelques fidèles.

Luc Malherbe a bien fait les choses. La chambre d'hôtel a été réservée et elle travaillera en binôme avec Alex, un spécialiste de l'informatique qui ausculte les entrailles des ordinateurs et voyage dans Internet avec jouissance. Tandis qu'Angie et son compère Alex effectuent des recherches sur les enregistrements vidéo le moment où Clara a chuté sur le bitume, sa face effacée, sa figure défigurée, ou s'intéressent à la vie et aux habitués de la librairie, que Gervaise Gerson cherche à comprendre les événements mortifères qui se produisent en Guyane, Luc Malherbe tient les rênes de la sécurité tout en déplorant le comportement bizarre qu'affiche la Princesse depuis quelques temps..

Peut-être cela provient-il de l'enjeu que représentent les élections à l'échelon européen et l'avenir de la présidente française à la tête de l'Europe Unie, ou le prochain voyage dans une navette habitée vers Mars.

 

Avec cette nouvelle aventure d'Angie Werther, Muriel Mourgue nous entraîne dans un roman de politique fiction mâtinée d'aventures se déroulant à Paris, Lisbonne et Cayenne, des lieux emblématiques pour nombre d'auteurs actuels - voir notamment L'exil des mécréants de Tito Topin -  avec des projections qui ne sont pas si farfelues que cela pourrait laisser supposer.

Muriel Mourgue monte habilement son intrigue, même si lecteur peut légitiment prévoir une partie de l'épilogue, dans une histoire qui comporte plusieurs entrées qui finiront par se rejoindre.

Et j'ai été agréablement surpris à cette lecture, même si l'anticipation politique proche ne m'accroche pas trop, car souvent en vieillissant l'on se rend compte que les événements prévus ne se produisent pas, heureusement dans la plupart des cas ! Je préfère l'ambiance des années 50, avec son personnage de Thelma Vermont. Peut-être parce que je ne veux pas vieillir !

 

Muriel MOURGUE : Le jeu des apparences. Collection Rouge. Editions Ex Aequo. Parution le 31 mars 2017. 164 pages. 14,00€. Version numérique : 3,99€.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 09:33

Les lacunes de Venise ou Les lagunes de l'Histoire ?

François DARNAUDET : Le papyrus de Venise.

Il existe certaines professions qu'il vaut mieux éviter de se flatter d'exercer. Ainsi Despons est le médiateur entre les propriétaires d'œuvres d'art et ceux qui veulent les acquérir. Mais justement ces détenteurs ne sont pas forcément prêts à se débarrasser de tableaux, de sculptures ou autres objets qui font leur fierté mais sont parfois relégués aux greniers.

Despons sert donc d'intermédiaire, s'emparant de façon illicite des bricoles convoitées par des amateurs n'hésitant pas à le défrayer grassement, et en les remplaçant par des faux exécutés de main de maître par des artistes qui eux aussi n'ont pas obligatoirement pignon sur rue.

En ce mois de novembre 2025, Despons réside à Venise et il se définit comme antiquaire-libraire. Mais il possède beaucoup de temps libre et se rend régulièrement dans un bar où officie la belle et jeune Sofia et où il déguste indifféremment café ou fragolino blanc. Ce jour du 23 novembre 2025, un homme entouré de deux gardes du corps gigantesques s'installe face à lui. Il se présente, Karl Minkmar, galeriste à Hambourg.

Despons ne le connait pas personnellement mais il a déjà travaillé pour son interlocuteur. L'homme a un petit travail à lui confier, l'objet qu'il recherche se trouve précisément à Venise. La proposition financière de dédommagement n'étant pas à négliger Despons accepte alors de rencontrer Minkmar chez lui, à l'abri des oreilles indiscrètes.

Minkmar possède des objets uniques qui vont d'une tablette rongo-rongo, une pièce qu'avait dérobé, ou emprunté, c'est selon l'appréciation du lecteur, Despons à la collection du Vatican et remplacée par une œuvre similaire mais factice, à un vélociraptor. Le clou de la collection réside en une pièce inconnue des exégètes d'Isidore Ducasse, un inédit signé Lautréamont rédigé quelques jours avant le décès du poète maudit, une traduction, maladroite selon Minkmar, du grec de La Minoade de Solon.

Cet ouvrage et Solon sont répertoriés par Platon dans Le Timée mais il s'agit de savoir s'il s'agit d'une affabulation ou la traduction d'une copie imprimée en grec ancien réalisée par un érudit, Marco Mussuros, quelques siècles auparavant. Un expert de la mythologie grecque s'appuie sur la traduction qu'il aurait effectuée du deuxième dialogue de Platon consacré à l'Atlantide dans le Critias, et particulièrement un passage concernant la dernière guerre entre les Atlantes et les Athéniens. Despons doit donc retrouver ce manuscrit ancien, sachant qu'un éventuel danger peut le guetter, l'expert ayant disparu depuis une quinzaine de jours. S'agit-il d'un meurtre, d'un enlèvement ou d'un simple voyage ?

 

Débute alors une enquête non dénuée de dangers comme le supposait avec raison son commanditaire, dans Venise, et ses îles, Murano, Burano et Torcello, mettant aux prises descendants d'Atlantes et des membres d'une secte constituée d'hommes en noir, ou rencontrant un vieil érudit nommé Odilon Vergé.

Cette narration est entrecoupée d'emprunts à l'Histoire, la découverte d'un Dinosaure dans le Wyoming en 1878, la bataille de Little Big Horn le 25 juin 1876 entre Sitting Bull et Custer, et surtout les quelques semaines précédant la disparition d'Isidore Ducasse dans des conditions ici dévoilées, et du fameux manuscrit de la Minoade. Ducasse qui résidait dans un hôtel rue du faubourg Montmartre, dont l'un des locataire, Antoine Milleret, a rédigé dans ses confessions les événements qui se sont déroulés.

 

François Darnaudet nous plonge dans une histoire entre mythe et réalité, entre personnages réels et fictifs, une étape de transition entre quelques romans, parus précédemment ou qui suivirent cette édition, dont principalement Les Dieux de Cluny et Le Fantôme d'Orsay, d'une part, et de l'autre Trois guerres pour Emma.

Ces extensions dans le passé s'intègrent parfaitement dans cette narration qui emprunte au feuilleton littéraire publié sous forme de fascicules mensuels. Et l'on retrouve des thèmes chers à François Darnaudet, l'art en général et la peinture en particulier, la bataille de Little Big Horn mettant aux prises Custer et d'amers indiens, mais aussi la répression sanglante de la Commune de 1870 par les Versaillais, thèmes qu'il développe dans les romans précités.

Le lecteur qui aborde ce roman, sans connaître François Darnaudet et l'univers fantastique dont il aime s'entourer dans son œuvre, pourrait penser que l'auteur nage en plein délire. Mais il s'agit d'un délire organisé, méthodique, dans lequel le virtuel emprunte à des faits établis. Ou ne transposant dans l'avenir que ce qui pourrait advenir. Ce roman date pour sa première édition de 2006, pourtant on peut lire, concernant Odilon Vergé :

A la retraite depuis une dizaine d'années, conformément aux lois européennes sur les 62 années de cotisation, il continuait, malgré ses 95 ans déclarés, à donner tous les 16 juin, une unique conférence aux étudiants vénitiens.

Ainsi les références aux Atlantes et à l'Atlantide ne sont pas pures suppositions, et François Darnaudet s'appuie sur des écrits et des textes anciens, ce qui ne prouve pas l'existence de ce qui était une île mais ne la dément pas non plus.

L'œuvre de François Darnaudet mériterait d'être plus connue, plus présente sur les étals des libraires, afin d'échapper au sort de quelques romanciers ou poètes qui ne connurent la gloire qu'après leur décès.

Quant à Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont, il pourrait avoir emprunté son pseudonyme, c'est moi qui l'avance, au titre d'un ouvrage d'Eugène Sue, datant de 1837, Latréaumont.

 

Cet ouvrage est complété par une autobiographie évolutive ainsi que de trois nouvelles dont l'inspiration est puisée par l'auteur dans le décès de sa mère alors qu'il n'avait dix ans. Trois nouvelles regroupées sous le titre de Nouvelles amères mais qui pourraient également s'intituler Nouvelles à mère.

Réédition version numérique 23 novembre 2012. Couverture d'Elric Dufau. 2,99€.

Réédition version numérique 23 novembre 2012. Couverture d'Elric Dufau. 2,99€.

François DARNAUDET : Le papyrus de Venise. Editions Nestiveqnen. Parution le 16 novembre 2006. 224 pages. 17,30€.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 14:55

Hommage à Jacques Blois né le 26 mars 1922.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille.

Des entrefilets dans des journaux corses, que lui montre son ami le Baron et voilà Joi lancé dans de nouvelles aventures.

Trois cadavres ont été retrouvés au large du détroit de Bonifacio, flottant dans les eaux ou couchés au fond d’une barque. Trois cadavres ayant reçu une balle dans l’œil gauche.

Joi s’inscrit dans un village-vacances au nord de la Sardaigne. Il est entouré de jolies filles et de jeunes gens qui l’aident dans son enquête, un dérivatif durant leurs vacances.

Des jeunes femmes qui s’inquiètent de son couchage, d’autres cadavres éborgnés de la même façon, des grenades cachées dans le ravitaillement destiné au village vacances, un petit voyage rapide en Corse, une troublante réminiscence de soldats déserteurs, des caisses contenant de mystérieuses spirales de ferraille ponctuent le séjour de Joi qui ne repartira pas les mains vides.

 

Les premiers romans mettant en scène Joi, Jacques-Octave d’Iseran, entraîneur de chevaux à Chantilly, tout comme son frère jumeau, Ami, Arnaud-Mathieu d’Iseran, sont publiés fin 1966 dans la collection L’Aventurier.

Joi a les yeux verts, ceux d’Ami sont bleus. Seule différence visible, lorsque les deux hommes sont habillés. C’est Joi qui narre ses aventures dans lesquelles souvent Ami est impliqué, parfois sans en informer son jumeau. Quelques clichés émaillent ces pérégrinations. Les femmes, plus belles les unes que les autres, se laissent facilement tomber dans les bras de Joi qui n’en demande pas tant et se gargarise au whisky.

Jacques Blois possède un style particulier et plaisant, écrivant à la première personne du singulier, ce qui permet au lecteur de participer aux réflexions intérieures de Joi lequel se pose de nombreuses questions et s’invective lorsque tout ne va pas comme il voudrait.

Les phrases sont courtes, le point de suspension est souvent employé, l’humour et la dérision planent tout du long du récit mais également ce petit brin de poésie enjouée qui met en valeur les descriptions. Si les chevaux sont sa passion, et il en vit bien, Joi se montre bon vivant, esthète, cultivé, polyglotte, ce qui ne l’empêche pas de se servir de ses poings ou d’une arme quand l’occasion s’en fait sentir. Et comme tout aventurier qui se respecte ne dédaigne pas d’arrondir son pécule.

L’un de ses jurons favori est Charrette. Parmi les seconds rôles, l’inspecteur Phil D’Arcy, un Américain spécialisé dans la lutte contre les trafiquants de drogue et Le Baron, patron d’un bar à Saint Germain des Prés où Joi possède ses habitudes.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille. Collection L'Aventurier N°126. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1967.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 06:41

Vous reprendrez bien un petit verre ?

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire.

Depuis de longs mois, le jeune Santos travaille dans une mine d'extraction d'argent. Comme tous les autres mineurs, il s'est laissé embobiner par des promesses alléchantes, seulement il n'avait pas lu, comme souvent, les petites lignes.

En effet ce qui est donné, gagné à la sueur de leur front, est repris, dépensé en alcool et en prostituées dans les almacen, les casas et les bazars pouilleux. Et comme ils se sont engagés à ne pas quitter Chimihuaca, dans les Andes, avant la fin de leur contrat, et qu'ils dépensent plus que ce qu'ils gagnent, les mineurs sont aspirés dans une spirale infernale.

Pour Santos, les filles, l'alcool, c'est fini, et le soir il rêve à un avenir flou, accroupi au pied d'un tuna, un cactus candélabre. Et il distingue dans la nuit Consuelo, la femme du capataz, le directeur de la mine. Elle est belle, plus jeune que son mari, réservée et distante. Il s'introduit chez le capataz, en l'absence de celui-ci. Consuelo est allongée sur un divan, écoutant de la musique mais elle ne rejette pas l'intrus.

Santos se blesse à la main, et le docteur, ou supposé tel, étant absent, Consuelo le soigne. Peu à peu, ils vont prendre l'habitude de se retrouver le soir jusqu'au jour où Santos tente de la prendre dans ses bras. Mais elle se rebiffe et le griffe au visage.

Auprès de ses deux camarades de chambrée, Santos allègue un contact violent avec une bête. Si Aleichu est trop imbibé pour se réveiller, Oruro le borgne lui est bien réveillé et ne croit pas à la fable que veut lui faire croire Santos.

Santos n'a plus envie de retourner à la mine, et tandis que ses compagnons le quittent, il décide de se pendre. Après l'appel rituel, Santos est porté manquant et le capataz se rend à la casa de Santos pour le découvrir étranglé. Aussitôt il requiert les services du toubib et direction l'infirmerie où le pendu est laissé pour mort. Consuelo est secouée par la vision du corps mais Santos n'est pas décédé.

Consuelo lui demande pardon pour la veille et tous deux avouent s'aimer. Afin de punir Santos, le capataz lui signifie qu'il va le transférer à Tujuy, une autre mine. Consuelo lui propose alors de s'enfuir au Chili, à Antofagasta, où ils pourront voir la mer, car elle même doit partir en voyage et elle le rejoindra. Elle lui avoue qu'elle a travaillé à Tujuy, comme prostituée mais pour Santos, c'est une période révolue qu'il vaut mieux oublier.

Alors Santos s'évadera à dos de mulet, le capataz en possède trois, qu'Oruro empruntera et ils partiront ensemble, malgré le différent qui a opposé les deux hommes. Ils se sont battus, Oruro ayant prononcé des paroles malheureuses concernant Consuelo, mais la hache de guerre est enterrée. Les deux hommes quittent donc le camp à dos de mulet, se dirigeant vers la frontière chilienne par de petits chemins escarpés, bravant les dangers, aussi bien humains que géographiques.

 

Roman d'aventures et de suspense, La dynamite est bonne à boire doit son titre à cause de l'habitude que prennent les mineurs de mélanger de la dynamite à l'alcool qu'ils ingurgitent, provoquant un mélange détonnant leur permettant d'oublier leur condition d'exploités.

C'est également un roman d'amour entre Consuelo, l'ancienne prostituée, et Santos, le frustre et jeune mineur. Amour magnifié par le voyage entrepris par Santos en compagnie d'Oruro, ponctué par le bivouac près d'un mausolée dédié à deux amants qui se donnèrent la mort en 1934 et qui rappelle le destin des amants de Vérone.

Le long périple entrepris par les deux hommes verra son apogée la frontière chilienne franchie. Et la deuxième partie du roman est particulièrement poignant et émouvant. Un des mulets portant un cadavre sur le dos va rebrousser chemin, rentrant au bercail en empruntant les routes parcourues à l'aller.

Un voyage pénible car contrairement aux deux hommes le mulet n'a pas de provisions et d'eau pour subsister et il parcourt les chemins escarpés avec pour seul viatique son obstination, son courage, son inconscience devant les multiples dangers qui se dressent devant lui. Au dessus de lui tournoient les buîtres, des vautours, et à ses pieds se dressent des serpents, tandis que les mouches le harcèlent.

Un roman de suspense qui monte en puissance au fil des pages, et même si le lecteur pense connaitre la fin, il est emmené dans cette intrigue qui recèle son lot de surprises. Un roman psychologique également dans lequel Frédéric Dard démontre toute la puissance de son écriture.

L'un des plus beaux romans de Frédéric Dard, sinon le meilleur et le plus chargé émotionnellement sans mièvrerie.

 

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Autres chroniques  :

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire. Editions Pocket. Parution le 23 mars 2017. 192 pages. 6,30€.

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 06:50

Comme celui de la Joconde ?

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu.

Chassé de son emploi de superviseur au service contentieux dans une compagnie d'assurances, Mark Senders est un adepte des boissons alcoolisées et des produits illicites qui offrent un voyage dans les paradis artificiels.

Alors qu'il vient de passer la nuit dans un tunnel piétonnier de Riverside Park et dans un état d'ébriété avencée, il entend un homme parlant fort dans son téléphone portable (les gens ne se rendent pas compte combien ils peuvent embêter leurs voisins dans les endroits publics avec leur cellulaire), narrant à son correspondant une conversation avec une tierce personne.

C'est ainsi que Senders apprend malgré lui qu'il s'agit d'une photo, d'une femme à identifier et de l'envie de lui crever les yeux. S'il n'y avait que ça, Senders ne se serait peut-être pas mêlé de la conversation, seulement un type en tenue de jogging arrive, bouscule l'homme. Un cri, l'homme est à terre et le joggeur se retourne vers Senders un poignard de commando de marine à la main.

On n'est pas toujours lucide lorsque l'on est quelque peu bourré, ou alors on se découvre un courage insoupçonné dans un fond de bouteille. Senders s'interpose. Le joggeur prend la fuite et l'homme à terre lui demande de prendre son portefeuille. Il ne faut jamais contrarier un homme sur le point de mourir, aussi Senders s'exécute et c'est ainsi qu'il se retrouve avec une belle somme d'argent et la photo d'une femme nue, aux yeux violets et au sourire contenu.

Senders est un dessinateur, mais cette profession ne nourrit pas son homme, pourtant il se promène toujours avec un carnet de croquis sur lui et il est sensible aux paysages, et surtout aux femmes aux yeux violets.

Le portefeuille recélant des pièces d'identité au nom d'Edward Morgan, Senders écoute le répondeur téléphonique de son agressé puis se rend au domicile dudit. Tout d'abord il est éconduit par le gardien de l'immeuble dans lequel réside (résidait ?) Morgan, mais celui-ci (le gardien) intrigué par les dessins que Senders est en train de croquer, l'invite à boire un thé dans la salle de surveillance. Il assiste à une séance de spiritisme organisée en compagnie de deux vieilles dames et d'un chien (pourquoi pas ?), une séance bizarre ponctuée d'un gaz paralysant. Lorsqu'il se réveille, Senders, qui pensait finir dans la gueule du chien, s'introduit en compagnie de celui-ci dans l'appartement de Morgan et découvre sous le téléphone une feuille sur laquelle sont griffonnés les mots Sofia et Shelter Island.

Sophia, probablement la femme au sourire contenu et aux yeux violets. Senders va se mettre à sa recherche et c'est comme ça que débute un étrange périple qui l'emmènera dans un voyage asiatique bravant malgré les dangers inhérents à ce genre de tribulation, surtout lorsque cette partie du monde est en pleine turbulence. Le gouvernement britannique doit céder le territoire de Hong-Kong qui était sous sa domination, à la Chine, et que le Cambodge connait une crise politique ponctuée par des soulèvements militaires dont les civils seront les premières victimes, comme d'habitude.

 

Mark Senders, héros malgré lui de ce roman, est comme un pion sur un jeu d'échec, confronté aux Rois, aux Dames, aux Fous, aux Cavaliers en pousse-pousse, trimballé sur des cases qui vont des Etats-Unis à Hong-Kong, à l'ile de Shelter, au Viêt-Nam et au Cambodge. Il se déplace comme dans un voyage onirique, entre rêves et cauchemars hantés de chimères opiacées.

Il se sent manipulé, mais il ne sait pas pourquoi, ni comment, il se contente de suivre les instructions, les conseils, les demandes, ou les obligations qui lui sont imposées par différents protagonistes dont Sofia, qu'il rencontre incidemment. Mais elle ne peut lui parler, lui montrant qu'elle porte dans son sillon mammaire un micro dont elle ne peut se défaire. Senders apprend toutefois qu'elle est employée au Haut-commissariat aux Réfugiés, un organe de l'ONU.

Une longue quête débute pour Senders, qui perdra de vue, le lecteur aussi, sa recherche de la femme aux yeux violets et au sourire contenu, bousculé par les événements et multiples incidents et traquenards dont il sera l'objet. Inconscience, pugnacité, devoir moral de continuer ou obligation matérielle et physique de se plier aux injonctions, tout cela à la fois et plus encore peut-être.

Senders, et le lecteur par la même occasion, vit comme dans un rêve, à cause des nombreux produits dopants qu'il consomme, souvent fournis aimablement. Mais un rêve, ou plutôt un cauchemar éveillé, comme lorsque l'on poursuit dans un demi-sommeil un rêve éveillé que l'on traîne en longueur, que l'on prolonge malgré soi, ajoutant des épisodes en une semi conscience parce que l'on ne veut pas s'extraire des images qui nous emprisonnent l'esprit et retrouver un quotidien banal. Ou comme dans ce nuage de Shenzen qui s'étend sur la baie de Hong-Kong tel un voile occultant.

Nonobstant, derrière cette quête-enquête, Serge Quadruppani s'attache également à montrer au lecteur confit dans son petit confort la géostratégie dans cette partie du monde, tout en établissant un éloge de l'ambiguïté des sentiments humains confrontés aux manichéismes assassins.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu. Collection La Petite Vermillon N°429. Editions de La Table Ronde. Parution le 9 mars 2017. 256 pages. 8,70€.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 10:10

Un clin d'œil à la Comtesse déchaussée ?

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus.

En cet été 1895, le vicomte Gonzague de Penarbily, est plus occupé fréquenter les cercles de jeux ou à ôter l'opercule de jeunes pucelles britanniques qu'à se consacrer à ses études de droit. A vingt-huit ans, on a l'avenir devant soi.

Il est en vacances chez sa mère, Hortense de Penarbily, une veuve qui a hérité d'un manoir et quelques terres et métairies dans le pays bigouden, mais ce n'est pas pour autant que l'argent coule à flots. Ce serait plutôt le contraire, et afin de garder un rang social digne de son titre, Hortense a transformé son manoir et des dépendances en gîtes fort prisé par une clientèle venue d'Outre-manche.

Gonzague batifole donc dans la cabine de bains ou joue les herboristes laissant à sa jeune compagne admirer l'envers des feuilles, tout en sachant que dans un mois il doit se marier avec une jeune fille de bonne famille nantaise, dénuée de titre de noblesse mais fort pourvue en dot. Sa sœur Bérénice, plus jeune de deux ans, est promise au fils du notaire local, lequel sait parfaitement gérer ses affaires en plus de celles de la famille Penarbily. Bérénice est offusquée par les frasques de son frère, tandis qu'Hortense est fière de son coq.

Les mois passent, Gonzague se marie, mais dilapide rapidement la dot. Et crime de lèse-épouse, il utilise un condom lors de ses devoirs conjugaux. La mariée n'est pas bréhaigne comme ses parents aurait pu le supposer. Bref, le divorce est prononcé et le père bafoué n'en reste pas là. Alors Gonzague, qui sent le souffle des policiers dans son dos, décide de quitter la France. Il pense d'abord se réfugier en Angleterre, mais finalement il embarque pour les Etats-Unis en deuxième classe.

Les cabines ressemblent à des chambrées de caserne, six lits sur deux rangées superposées, mais la cohabitation avec les autres passagers est enrichissante. Deux techniciens de la compagnie cinématographique des frères Lumière partagent sa cabine, et curieux à juste titre, Gonzague demande des détails sur cette invention. A New-York, il existe déjà les petits films et le projecteur inventé par Edison, mais aussi bien les vues animées et l'appareil ne valent pas ceux des Frères Lumière.

Alors Gonzague rentre en France, réussit à convaincre sa mère à participer à la nouvelle aventure du cinéma et tous deux se rendent à Lyon chez les frères Lumière puis à Paris ils rencontrent Méliès dont les productions sont plus abouties encore.

C'est le départ pour le Canada, et munis du matériel ils s'installent à Montréal. Appuyés par le clergé local qu'ils invitent à visionner leurs vues animées édifiantes, ils aménagent une salle et proposent même des séances à mi tarif pour les scolaires. L'argent rentre et Hortense, en femme réfléchie économise afin de rembourser leurs dettes, les hypothèques et acheter de nouveaux films. C'est le début de la fortune.

Ensuite ils iront aux USA, en Floride, dans le Missouri... Mais les aigrefins veillent, Edison n'est pas satisfait de la concurrence, Hortense s'éprend d'un homme et vice versa, l'argent rentre dans les caisses, Gonzague fait la connaissance de Suzanne, une Louisianaise expansive, pétulante et affranchie qui l'aime, le suivra et l'aidera dans ses entreprises, n'hésitant pas à payer de son corps lorsque le besoin s'en fait sentir, en tout bien tout honneur. Mais comme d'habitude, grandeur est suivi de décadence...

 

Le Vicomte aux pieds nus nous emmène sur trente ans d'une saga familiale foisonnante dont Hervé Jaouen possède le secret.

Tout d'abord le lecteur est confronté à une ambiance bretonne tout en étant gauloise, et il suivra les aventures désordonnées de Gonzague dans ses divers périples. Il sera indulgent, tout comme Hortense la mère, envers ce fils de famille dépensier et folâtre, applaudira à ce qui pourrait être une rédemption lorsqu'il décide de trouver une occupation rémunératrice en s'adaptant à de nouvelles technologies, en étant un novateur dans ce qui n'était pas encore appelé le septième art, travaillant même ensuite lors du retour en France après un départ précipité des Etats-Unis, après un passage à Saint-Pierre Miquelon, comme scénariste et réalisateur-producteur de sa propre production cinématographique.

Il tremblera lorsque Gonzague et Hortense, ainsi que son mari, seront la proie de cousins américains qui ne respectent pas la famille. D'ailleurs intercalé dans la linéarité du récit, le journal d'Hortense nous entraîne au cœur de leurs pérégrinations mouvementées, amoureuses, exploratrices.

De plus la jeune nation possède une appétence pour les nouvelles technologies, se les appropriant en y apportant quelques modifications, en déposant les brevets, et instaurant le commerce unilatéral, tout pour l'exportation, rien pour l'importation. Phénomène amplifié de nos jours dans tous les domaines, ou quasiment.

Mais le lecteur s'amusera surtout car ce roman n'engendre pas la morosité. C'est drôle, c'est vivant, c'est émouvant, c'est égrillard, c'est historique, c'est frais et vivifiant, c'est impertinent, c'est distrayant.... Tout sauf ennuyeux !

 

Si j'ai qualifié ce roman de saga familiale, ce n'est pas tant parce qu'il s'étale sur trente ans, mais bien parce que j'ai relevé quelques greffons, quelques bourgeons qui pourraient donner lieu à des suites.

Par exemple, lors de leur séjour à Saint-Pierre et Miquelon, Hortense et son fils se trouvent en présence d'un Emmanuel Turgot. Et cela nous ramène à un ouvrage précédent de l'auteur. Mais d'autres indices laissent à penser que Hervé Jaouen va explorer la vie quotidienne et les tribulations de Suzanne, de Madeline, fille que Gonzague a eu au Canada mais qu'il n'a jamais connue, Bérénice, la sœur de Gonzague qui au contraire de sa mère n'apprécie pas du tout les frasques de son frère, voire d'autres personnages qui évoluent dans ce roman et qui mériteraient d'être étoffés.

 

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus. Editions des Presses de la Cité. Parution le 2 mars 2017. 464 pages.20,00€.

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 13:32

Bon anniversaire à Sergueï Dounovetz né le 19 mars 1959.

Sergueï DOUNOVETZ : Vipères au train.

Septuagénaire (et plus) pour l’état-civil, trentenaire dans sa tête d’aventurier, Cyprien attend à l’ombre des hangars l’avion qui doit amener Léo, un copain de longue date, la cinquantaine tranquille et cheminot en retraite.

Un copain, c’est vite dit, disons une connaissance qui aurait mangé dans la même gamelle, qui l’aurait fait cocu, s’il faut tout préciser. Mais si Cyprien attend Léo, c’est parce qu’il a besoin de lui et de son expérience ferroviaire.

Cyprien, qui a passé plus d’un quart de siècle en tôle n’a pas raccroché. Il est en relation avec un truand local, Ted, et de quelques affidés pour le moins ahuris et déjantés. Faut dire que le soleil tape fort dans ce coin d’Amérique latine et la bière tout comme le tord-boyaux local, l’alcool d’agave, coulent à flot. La petite bande, constituée il faut bien le dire de branquignols, s’est mise en tête de dévaliser une banque contenant le trésor, composé de lingots d’or, de pierres précieuses et de diamants bruts, de Zédler, le dictateur régnant sans partage sur le pays.

Mais l’Herbe Rouge, une organisation révolutionnaire en lutte contre le tyran pourrait bien faire avorter ce projet par les actions commandos engagées contre le pouvoir. S’emparer du magot, puis le faire voyager à travers désert de sable, dunes et montagnes, n’est pas un mince problème. D’autant que se greffe l’intrusion d’une guérillera de vingt ans, qui se conduit déjà en femme fatale.

 

Vipères au train est un aimable pastiche de westerns tequila baroques dans lesquels les protagonistes tous aussi déjantés les uns que les autres. Voir les films ayant pour acteurs principaux Terence Hill et Bud Spencer par exemple.

Ce roman oscille entre parodie et gravité, avec parfois des traits d’humour grinçants et des scènes, limite bon goût penseront les pisse-froid, aimables gauloiseries de fin de banquet pour ma part.

Une parodie bon enfant qui ne montre pas toutefois toutes les possibilités d’écriture de Sergueï Dounovetz qui nous avait habitué à plus de rigueur. Un entracte en quelque sorte.

 

Sergueï DOUNOVETZ : Vipères au train. Collection Rail Noir N°6. La Vie du Rail. Parution février 2004. 150 pages. 7,00€

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 06:23

Entrez dans le monde merveilleux

de la fantasy féérique...

Brice TARVEL : L'Or et la Toise.

Depuis que le mage Vorpil a failli à sa mission, celle de protéger le roi Storan II, le puissant monarque du pays de Fagne, ce pays a été scindé en deux par deux barons aux dents longues. Storan II est mort sans successeur mâle ou femelle, pour des causes qu'il n'est point besoin d'approfondir ici mais seulement en relever les conséquences.

Vorpil mûrit sa vengeance, chagriné par cette défection et lance un sort contraire sur les deux baronnies. La Fagne du Nord, dirigée par Varcellon, connaîtra les effets du gigantisme tandis que la Fagne du Sud, le baron Tillot à sa gouvernance, éprouvera les effets opposés, ceux du nanisme.

Fagne est atteint d'un autre fléau, héritage d'alchimistes apprentis sorciers. Fagne est un pays de marais et la pluie qui tombe continuellement ou presque entretient cette humidité sans parcimonie. Et ces brennes aux eaux devenues pesteuses recèlent de nombreux méhaignies, d'animaux infréquentables et de dangers de toute sorte.

Au moment où le lecteur entre sans passeport dans cette histoire, il fait la connaissance de deux flandrins nommés Jodok et Clincorgne.

Ces deux traîne-savates, ou plutôt traîne-vase, vivotent dans les marais, mais ils ont une idée en tête, surtout Jodok. Une légende, mais est-ce vraiment une fable, affirme que les caves du château du baron de Tillot en Fagne du Sud renferment des caisses d'or. Et que si ce trésor pouvait tomber entre leurs mains, ils sauraient quoi en faire. Mais auparavant, il leur faut se munir de toiseur, cet élixir qui permet de ne pas être atteint de gigantisme, au nord, et inversement proportionnel au sud. Clincorgne se plaint notamment que son bras s'allonge, ce qui lui crée une difformité dont il se passerait bien.

Pour se procurer cette panacée, les deux compères se rendent chez Renelle, la sorcière, une matrone ivrognesse aux chairs débordantes, mais qui, jeune fille, était d'un abord aimable et abordable. Clincorgne s'en souvient, mais c'était avant. Donc, ils demandent du pousse-pouce à la mégère, laquelle accepte de leur en fournir, mais sous condition.

Ils doivent raccourcir la chaumine de Renelle, qui tout comme les humains possède cette faculté de grandir seule. Les premiers embarras que les deux camarades vont affronter se dressent devant eux sous la forme de moines dirigés par Ermunoc. Les Moines Pourpres se déplacent à l'aide de radeaux, accompagnés d'aquachiens, répandant la bonne parole, celle du Tout-Haut, et surtout la leur. Et les contrarier n'est pas la solution pour s'en libérer.

Jodok et Clincorgne se débarrassent, non sans mal des intrus, récupérant au passage le radeau qui leur permettra de joindre la Fagne du Sud. Munis de toiseur, les voilà sur la route aquatique, et Renelle qui a compris leur projet, va elle-même tenter de rejoindre la Fagne du Sud, par ses propres moyens, et essayer d'arriver avant eux pour s'emparer du trésor.

 

Et en Fagne du Sud, me demanderez-vous, curieux et impatients que vous êtes ?

Le baron Tillot est aussi gros qu'une souris, refusant d'ingurgiter du toiseur, pour des raisons personnelles et lubriques. Or sa propension à vouloir rester minuscule faillit lui être fatale. Candorine, sa fille issue d'une des nombreuses relations que Tillot entretient avec toutes les gerces du château et d'ailleurs, Candorine a manqué, par inadvertance, l'écraser sous son pied mignon.

Depuis Candorine est encagée en compagnie d'Alda, son accorte meschine, dans les souterrains du castel et elles subissent les effets négatifs du rétrécissement de leur espèce de clapier suspendu au dessus d'une eau fangeuse. Leur geôlier, Gober, assure le ravitaillement et le vidage du jules contenant déjections et pissats. Quand il a le temps.

La situation commence à devenir intenable et Candorine ne désirant pas voir sa jeunesse flétrir dans cette immonde fillette, cet objet qui fut cher en un autre lieu et une autre époque à un certain roi Louis, décide de s'évader. Or pour parvenir à ses fins, il lui faut ruser et obtenir l'aide d'Alda, que la jeune femme ne lui refuse pas, car elle aussi n'en peut plus de stagner dans l'eau marronnasse et limoneuse de toutes sortes de détritus.

Parvenues à leur fin, non sans mal, je raccourci leurs mésaventures afin de vous laisser les découvrir avec cet appétit vorace qui anime tout lecteur, elles vont à l'air libre tenter de rejoindre la Fagne du Nord. Car Candorine est amoureuse d'un paladin qu'elle a aperçu un jour de l'imposte de sa chambre, lequel fort galamment lui a envoyé du bout des doigts un baiser. Les deux femmes ne savent pas qu'elles vont être confrontés à des dangers pouvant attenter à leur santé, voire à leur vie, mais l'attrait de la liberté est plus fort que tout, humains, animaux, maladies, périls en tous genres.

 

En empruntant le vocable issu de la belle langue française, et en digne héritier de Villon, Ronsard et Rabelais, Brice Tarvel nous offre un roman rafraîchissant et non seulement parce que l'eau y présente en permanence. Il ressort de ses tiroirs des termes, certes désuets, mais au combien expressifs.

Et le lecteur les goûte, les roule sous sa langue, tente de les emprisonner dans sa mémoire en essayant de s'en souvenir afin de pouvoir les utiliser plus tard pour la plus grande édification de ses proches. Foin de ces anglicismes qui polluent les textes journalistes, nous replongeons dans le vieux parler françois médiéval.

Brice Tarvel nous entraîne dans un monde imaginaire qui pourrait être le nôtre dans quelques siècles si les soi-disant progrès scientifiques altèrent la faune et la flore avec les pesticides, les désherbants, les produits phytosanitaires dont veulent absolument nous souiller des entreprises attirées par l'appât du gain au détriment de la nature.

Un double voyage et une rencontre inévitable entre les différents protagonistes de ce roman haut en couleurs, passionnant de bout en bout, et on ne se lasse pas de s'ébaubir devant l'imagination sans faille de Brice Tarvel.

Et pour le plus grand plaisir du lecteur, une suite va bientôt compléter cet ouvrage, mais ce sera pour plus tard. Quand j'aurai lu Au large des vivants, ce qui ne saurait tarder.

 

Brice TARVEL : L'Or et la Toise. Ceux des Eaux-mortes Tome 1. Collection Dédales. Editions Mnémos. Parution le 20 janvier 2011. 250 pages. 18,30€.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:42

Bon anniversaire à Brigitte Aubert, née le 17 mars 1956.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer.

Les apparences sont trompeuses : Georges Lyons n’est pas économiste et ne pointe pas dans une entreprise comme il l’affirme.

En réalité, lorsqu’il quitte son domicile de Genève le matin, c’est pour se rendre dans un petit bureau où il se livre à des exercices physiques pour entretenir sa forme, ou alors il participe à un hold-up en compagnie de Benny, Phil et Max, la dernière recrue.

Le braquage, ce jeudi 8 mars à Bruxelles, s’effectue sans trop de problèmes. Seul grain de sable dans une machine bien huilée, Lyons croit reconnaître Martha, sa femme, au bras d’un inconnu. Il pense se trouver devant un sosie et téléphone à Martha, sensée se trouver chez sa mère.

La jeune femme décroche et Lyons est rassuré. Arrivé chez lui, il se rend compte que quel que soit le numéro de téléphone qu’il compose, il obtient Martha au bout du fil. Il se confie à Lanzman, un psychiatre qu’il voit régulièrement depuis un accident de voiture dont il est sorti indemne, légèrement amnésique, mais qui a fait une victime, un auto-stoppeur. Les souvenirs affluent parfois, surtout le visage de Grégory, son frère battu et abandonné par leur mère alcoolique à l’âge de quatre ans.

Tout se dérègle lorsque Max lui apprend que Phil a été détroussé et l’accuse d’avoir facilité cette spoliation. Dans le même temps, des tueurs tentent de l’abattre. A nouveau, il aperçoit celle qui ressemble tant à sa femme, couleur de cheveux exceptée, et la suit jusqu’à une réunion chez un avocat du nom de Silberman, dirigeant d’un parti néo-fasciste. La femme dit s’appeler Magdalena et être mariée avec l’un des invités. Il est poursuivi à la fois par des tueurs et par ses anciens acolytes.

Max, le premier, le convoque, mais Georges évite le piège tendu et tue son complice, s’apercevant que celui-ci travaillait en réalité pour les Palestiniens. C’est Phil ensuite qui se présente chez lui, et Georges doit la vie sauve à Martha qui abat sans complexe l’intrus. Une facette de la personnalité de Martha que découvre Georges, le confortant dans sa suspicion envers cette femme devenue énigmatique.

Un ami chinois vivant en fraude à Genève lui donne l’explication des mystères téléphoniques : les numéros qu’il compose sont reliés à un téléphone sans fil détenu par Martha. Le souvenir de Grégory, le frère mythique, le taraude de plus en plus. Une réminiscence obsessionnelle. Benny lui tend également un piège, mais il est abattu par un tueur auquel Georges échappe. Martha confirme à Georges qu’elle est effectivement Magdalena, ce sosie qui se trouve souvent sur son chemin et lui avoue qu’elle est à la recherche d’une liste d’anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Une liste qu’elle n’est pas seule à convoiter d’où les avatars subis par Georges. Il va comprendre peu à peu qu’il a été manipulé, hypnotisé par son psychiatre et qu’en réalité il est peut-être Grégory, Georges étant mort dans l’accident, et qu’il serait le fils d’un nazi.

 

Autant le précédent roman de Brigitte Aubert — Les quatre fils du docteur March (1992) — jouait sur le suspense psychologique et mêlait avec habileté angoisse et noirceur, autant celui-ci s’avère rocambolesque, parfois à la limite de la parodie du roman d’espionnage, d’aventures et du feuilleton fin de siècle dernier.

Le côté humoristique au deuxième degré et l’absence de temps mort allègent une histoire désordonnée, qui fuse en tous sens. Les thèmes de la gémellité, du double, double vie de certains personnages par exemple, et la quête de l’identité sont une fois de plus largement exploités, alliés à des préoccupations plus actuelles : la chasse aux criminels de guerre et la résurgence du fascisme.

Double intrigue dans laquelle patauge le héros, mais parfois aussi le lecteur. Il faut du talent pour se sortir de cet imbroglio et Brigitte Aubert n’en manque pas. Elle ne se cantonne pas dans un seul genre, et l’entreprise est louable en soi.

 

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Une autre couverture de la Collection Points

Une autre couverture de la Collection Points

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer. Collection Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 3 juin 1993. 300 pages. 17,30€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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