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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 08:37

Comme on fait son lit, on se couche. Il parait !

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer.

Mais ce n’est pas dans les habitudes du capitaine Johny Sopper, agent du gouvernement, qui en ce mois de novembre se sent perdu dans New-York. Il a plus l’habitude de parcourir les plaines de l’Alabama que parcourir les rues d’une ville dont les habitants résident dans des immeubles de six étages.

Avec le sergent Steve, il doit réceptionner un professeur en provenance de Paris et le conduire à Washington. Seulement il a la désagréable impression, ressentie pareillement par Steve, d’être suivi au cours de ses déambulations sur le port. D’ailleurs il fait sensation auprès des gamins, habillé avec sa veste en pécari, ses culottes de cheval, ses bottes noires et son feutre à larges bords.

Enfin ils récupèrent le voyageur, un nommé Adalbert Durandal, du Musée d’Histoire de Paris. Des chambres d’hôtel sont réservées aux trois hommes en attendant de joindre Washington. Durandal confie qu’il doit remettre des documents, soigneusement gardée dans un portefeuille rouge, concernant des trésors qui auraient été enfouis par les premiers migrants, dont notamment au lac Erié, sur une île. Mais à cet hôtel s’est installée également une jeune femme, une Française selon le directeur, Jeanne Berry.

Alors que Johny Sopper avait prévu une soirée au théâtre, Durandal annonce qu’il se sent quelque peu malade. Il préfère rester dans sa chambre qu’il boucle à double tour. Au retour de leur sortie, Sopper et le sergent Steve s’aperçoivent que la porte n’est plus fermée et que Durandal a disparu. Les événements se précipitent.

Les deux hommes partent à la recherche du professeur, chacun de leur côté, et le lendemain, un cadavre est découvert sur les rails. Il s’agit probablement de Steve car l’inconnu porte ses bottes et sa montre. Jeanne Berry a quitté l’hôtel, direction Saratoga selon le directeur de l’établissement. Mais Sopper apprend qu’en réalité elle a pris le train pour Albany. Le directeur de l’hôtel est assassiné et le portier est trop serviable pour être honnête.

Sopper, après déjà avoir été agressé et assommé, part pour Albany et retrouve inopinément Steve qui n’était pas mort. Ils apprennent que Jeanne Berry voyage en compagnie de son frère et d’un homme qui ressemble fort à Durandal. Puis c’est la suite du voyage vers le lac Erié.

 

Johny Sopper échappe à de multiples dangers dont, dans le désordre, un affrontement homérique avec un grizzli, des agressions avec des individus particulièrement belliqueux, à quelques noyades et un plongeon dans les chutes du Niagara, des bagarres avec des Comanches, puis des coups de feu, des rencontres inopinées avec des gourdins, de quoi démontrer sa force herculéenne mais également qu’il n’est pas à l’abri d’interventions musclées, aidé dans tous ses démêlés par la présence opportune de Comanches, une autre tribu que la précédente, puis de Cheyennes qui pensent le délivrer, les deux peuples ne s’appréciant guère.

Mais si les « Indiens » ne sont pas toujours montrés sous un jour favorable, il existe un code de l’honneur que ne pratiquent pas en général les Blancs. Ils ne peuvent pas tuer un homme qu’ils sont sauvé d’un péril. Celui que nous avons sauvé est des nôtres, affirme ainsi Tête d’Or le chef Cheyenne. D’ailleurs Johny Sopper, s’il ne pratique pas la langue française, comme on le constate au début du récit, s’exprime aisément en langue comanche ou cheyenne, ce qui est quand même un avantage dans certaines situations.

Un roman qui privilégie l’action au détriment des longues narrations descriptives des lieux et des personnages. Pas le temps pour le lecteur de s’ennuyer, de reprendre son souffle, son seul souci étant de tourner les pages afin de connaître la fin de cette intrigue très mouvementée. Johny Sopper encaisse, et donne, de nombreux coups, comme dans les scènes de bagarre au cinéma, au cours desquelles chaque protagoniste se rue contre son adversaire sans jamais ressentir le moindre mal ou presque.

 

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer. Collection Western N°8. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1953. 192 pages.

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 08:14

Une variante de Un pour tous, Tous pour un

Amédée ACHARD : Envers et contre tous. Les aventures de Monsieur de la Guerche 2.

Ou la suite des aventures de Monsieur de la Guerche et de son ami Renaud de Chaufontaine.

Des aventures épiques, dangereuses, qui les conduisent de Suède en Tchécoslovaquie, un peu pour accompagner le roi Gustave-Adolphe dans ses démêlés belliqueux avec la coalition germano-autrichienne, mais surtout pour délivrer des griffes de leurs ennemis, Jean de Werth et ses acolytes Matheux Orlscopp et le capitaine Jaconus, les belles cousines Mademoiselle de Souvigny et Mademoiselle de Pardaillan.

Les liens du cœur sont une chose que ne respectent guère les ruffains et nos deux héros sont soumis à rudes épreuves afin de mériter l’amour de leurs belles.

La guerre fait rage, mais pas uniquement sur les champs de bataille. La jalousie exacerbée et féminine de Madame d’Igomer ferait se battre des montagnes mais l’amour se montre toujours (dans les romans !) le plus fort.

 

Embuscades, guet-apens, château-forts, oubliettes, passages secrets, tortures morales et physiques, marais, déguisements, traîtrises, ce roman est parsemé d’embûches pour nos deux preux chevaliers français, véritable parcours du combattant, jeux de rôle avant la lettre.

De tous les personnages secondaires qui gravitent dans ces deux romans, Les coups d’épée de Monsieur de la Guerche et celui-ci, c’est Carquefou, le doux et peureux valet et compagnon d’armes de Monsieur de la Guerche, qui m’a laissé l’impression la plus forte, envers qui j’ai ressenti comme une certaine affection.

Carquefou, qui devant le danger ou tout simplement par amitié, arrive à faire fi de sa peur, de sa couardise naturelle, et se montrer aussi courageux, sinon plus, que ses compagnons. Comme il le déclare sans fausse pudeur :

On peut être poltron de naissance, par caractère et par principe, et n‘en être pas moins brave dans l’occasion.

 

Il eut été dommage de laisser ces romans s’étioler au fond de bibliothèques poussiéreuses alors que tant d’inepties encensées sont présentées aujourd’hui comme des chefs-d’œuvre.

 

Amédée ACHARD : Envers et contre tout. Les aventures de Monsieur de la Guerche 2. Collection Verso. Editions Phébus. Parution août 1991. 324 pages. 22,45€.

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:36

Aurait besoin d’une bonne révision ?

Gaston LEROUX : La machine à assassiner.

Nous avions quitté les protagonistes de La Poupée sanglante sur ces deux phrases : Eh bien, oui l’aventure de Bénédict Masson est sublime ! Elle est sublime en le fait qu’elle ne fait que commencer…

L’arrestation et l’exécution de Bénédict Masson, le relieur qui a perdu sa tête, ne manquent pas d’attiser les conversations, les suppositions, les ragots, et engendrer une forme de terreur comme aime à le préciser Mme Langlois, l’ex-femme de ménage du décapité.

Et lors d’une réunion bihebdomadaire dite à la camomille, breuvage servi dans l’arrière-boutique de Mlle Barescat, et fourni par M. Birouste, l’herboriste, les langues ne s’endorment pas malgré le breuvage. Il paraîtrait que la tête de Bénédict Masson aurait été réclamée par l’Ecole de Médecine et récupérée dans le panier et amenée chez l’horloger, spécialiste des engrenages aux roues carrées, par Baptiste, l’aide de Jacques Cotentin, le fiancé de Christine Norbert, la fille de Jacques Norbert, le fameux horloger qui aurait bricolé le corps de Gabriel. Des suppositions.

C’est à ce moment où la tension est vive entre les quatre participants de cette soirée à la camomille, que Gabriel s’introduit dans la maison portant Christine, évanouie et le visage ensanglanté. Alors ils entendent des voix. Celles de M. Norbert et de Jacques Cotentin qui sont à la recherche de Gabriel et de la jeune fille. Lorsqu’ils pénètrent dans la maison, il n’y a plus personne, sauf les quatre buveurs de camomille. Gabriel est parti par une porte située à l’arrière, avec dans ses bras Christine, écrivant un petit mot sur une feuille de carnet. Le plus surprenant est à venir : L’écriture est celle de Bénédict Masson, il n’y a aucun doute là-dessus.

Alors, non seulement Gabriel serait un homme rafistolé, mais de plus l’horloger et Jacques Cotentin, le prosecteur (personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine), lui auraient greffé le cerveau de Benedict Masson ?

Et si Benedict Masson était mort pour rien, car dans les disparitions de jeunes femmes, en Touraine, continuent, semblant confirmer ses assertions lorsqu’il déclarait qu’il était innocent ?

Débute une partie de cache-cache entre Jacques Cotentin, à la recherche de sa fiancée, et Gabriel accompagné de Christine, ou le contraire, et d’autres protagonistes plus ou moins impliqués dans ce récit d’aventures échevelé, à la trame fantastico-scientifique. De l’Île de la Cité jusqu’en Touraine en passant par la banlieue parisienne, c’est une course poursuite échevelée qui se déroule sous nos yeux.

 

Avec des références à Henri Heine, auteur du Docteur Faust, à Villiers de l’Isle Adam, qui mit en scène L’Eve future, premier roman dans lequel apparait pour la première fois une androïde ou plus exactement Andréide, ainsi qu’à Mary Shelley avec Frankenstein, Gaston Leroux ne fait pas œuvre de véritable nouveauté mais propose une version plus moderne de ces personnages qui ont traversé les siècles de la littérature dite populaire, ouvrant la voie à un fantastique scientifique dont déjà la médecine actuelle commence à s’emparer, et va peut-être bientôt dépasser toutes les affabulations de nos auteurs qui ne manquent pas d’imagination.

L’imagination débridée de Gaston Leroux mêle les deux genres précédemment évoqués en y incluant une trame policière, un petit goût d’exotisme avec des références aux Thugs, le tout dans un voile de poésie noire. Tous les ingrédients sont utilisés par Gaston Leroux afin de tenir le lecteur en haleine, et il y réussit toujours, près de cent ans après la première publication de cet ouvrage en feuilleton dans Le Matin du 10 août et le 19 septembre 1923. Si ce roman peut se lire indépendamment de La Poupée sanglante, il est préférable toutefois d’avoir lu le premier épisode afin de mieux comprendre jusqu’où la folie créatrice de Gaston Leroux peut s’exprimer.

 

Gaston LEROUX : La machine à assassiner. Collection L’Aube Poche. Editions de l’Aube. Parution 18 août 2016. 304 pages. 11,90€

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 08:04

Ne sont pas des coups d’épée dans l’eau !

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche.

Auprès des Trois Mousquetaires qui se sont vaillamment illustrés dans le roman de cape et d'épée, j'ai cité Alexandre Dumas Porthos, Paul Féval Aramis, Michel Zévaco Athos, se glisse la silhouette d’un jeune homme qui tel d’Artagnan se bat comme un beau diable afin de se hisser au niveau des grands: Amédée Achard.

Contemporain de Dumas père, Amédée Achard s’est perdu dans les oubliettes de la littérature à cause d’une trop grande facilité et d'une prolixité romanesque qui lui ont porté ombrage. Pourtant Amédée Achard a longtemps figuré au catalogue de la bibliothèque Verte, dans une version malheureusement tronquée, près d’auteurs aussi éminent que Jules Verne, Jack London ou Paul Féval.

Les coups d'épée de Mr de la Guerche est un roman assez curieusement proche des Trois Mousquetaires et en même temps fort éloigné dans la lettre et dans l’esprit. Évidemment l’on retrouve le ton épique, les chevauchées, la soif d’aventures, l’amitié et l’amour, les conflits et les serments, les fourbes et les serviteurs loyaux, tous ingrédients nécessaires à la crédibilité d’un roman d’aventures, de cape et d'épée, et qui seront largement utilisés dans les westerns et autres romans populaires. De même quelques similitudes de lieux et de personnages apparaissent dans les deux romans. Par exemple le siège de la Rochelle, prétexte à bravoure. Cependant la comparaison s'arrête là.

Chez Dumas, quatre personnages en quête de gloire et de fortune s’opposaient au Cardinal de Richelieu et à ses sbires. Dans Les coups d'épée de Mr de la Guerche, deux amis d’enfance vont se côtoyer, se battre l’un l’autre, puis l’un près de l’autre, jusqu’en Suède. Pourtant à l’origine tout devait les séparer : Armand-Louis de la Guerche est un protestant convaincu tandis que Renaud de Chaufontaine rêve de convertir son parpaillot de camarade à la religion catholique.

Et c’est là qu’Amédée Achard diffère profondément de Dumas. Car jamais il ne raillera les Huguenots comme le fait, par Mousquetaires interposés, Dumas, lors, par exemple, de la description du siège de la Rochelle. Au contraire il se montre sobre, tolérant, renvoyant dos à dos catholiques et protestants, ou mieux, les faisant s'apprécier en maintes occasions. Et c’est peut-être justement cette to1érance, cette largesse d’esprit qui jetèrent un voile d’oubli sur ces romans, les brocardeurs de tous poils, de toutes convictions n’ayant rien à leur reprocher, sauf peut-être cette indulgence qu’ils qualifièrent de platitude.

Et si les personnages d'Amédée Achard ne possèdent point l’envergure de ceux mis en scène par Dumas père, l’action, elle, s’en trouve sublimée. Il n’existe aucune longueur dans ces romans. Trop souvent omis, jusque dans les histoires de la littérature populaire française, Amédée Achard recouvre une nouvelle jeunesse, un second souffle avec la complicité de Michel Le Bris et des éditions Phébus.

Et s’il m’était permis de faire une petite suggestion, je proposerais à l’éditeur de continuer dans cette voie en exhumant quelques ouvrages moins connus dont ceux d’Alfred Assolant, par exemple.

 

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche. Préface de Michel Le Bris. Collection Verso. Editions Phébus. Parution août 1991. 374 pages. 23,05€.

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 12:43

J’ai deux amours… Panthéra et Orloff !

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

A la demande de l’avocat Formellot, Antoine Carlier, ancien policier reconverti dans les filatures, s’attache aux pas d’Heinrich von Verschtaufen, l’ancien nazi qui s’était réfugié en Bolivie, et de son compagnon, Huayna l’Inca, lorsque ceux-ci quittent le cimetière du Père Lachaise et s’engouffrent dans une Floride rouge de location.

Au moins, pense-t-il, il ne risque pas de la perdre de vue et il s’enfourne dans sa petite Dauphine. Et les voilà partis en procession, mais Huayna qui conduit la Floride le repère immédiatement, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’affole. Il parvient à coincer Carlier et à le maîtriser, puis il l’oblige à suivre la Floride conduite par l’Allemand et direction Saint-Maur-des-Fossés.

Ils arrivent devant une magnifique propriété et Heinrich demande à rencontrer le docteur Jean Oster, anciennement Osterweil, qu’il a connu durant la guerre. Le chirurgien n’est pas présent et sa (nouvelle) femme le reçoit. A l’énoncé de son nom, elle est effrayée, car elle sait que durant la guerre, son mari et l’ancien SS étaient dans des camps diamétralement opposés. Le bon docteur appartenait à la Résistance et il avait organisé la fuite à l’étranger de Juifs menacés de déportation. Le toubib, alerté par son épouse arrive en catastrophe, mais Heinrich rumine sa vengeance. Il prend en otage la fille du couple, qui n’a que onze ans, et enferme Carlier dans la cave, se promettant de lui faire passer de chauds moments grâce au chalumeau qu’il repère parmi les outils.

La romancière-journaliste Marie-France d’Aygues-Vives a publié dans le magazine où elle donne des piges, un article demandant à rencontrer Panthéra. Une solution qui s’avère payante puisqu’une personne qui se présente sous ce nom lui donne rendez-vous en banlieue. Seulement il ne s’agit pas de la vraie Panthéra et celle-ci, qui apprend la manigance, décide de surveiller les déplacements de Marie-France. Et elle fait bien. Car la correspondante de Marie-France, s’est déguisée en Panthéra et projette un mauvais coup.

Fautus a réussi à s’enfuir de la demeure où il était enfermé, faussant compagnie à ses deux geôlières, des jumelles pourtant passées maîtres en art martial. Lui aussi peaufine sa vengeance envers ceux qui avaient réussi à le capturer.

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

Toujours aussi virevoltant, enchainant les scènes d’action, les épisodes mouvementés, avec les mêmes personnages et de nouveaux arrivants, ou des revenants, cet Amour de Panthéra est toutefois plus grave dans son propos et dans la trame que dans les précédents épisodes. Tout en décrivant les péripéties endurées par ses personnages, l’auteur n’oublie pas de développer le côté psychologique de ses créatures qu’il fait évoluer avec un plaisir quasi sadique.

Personne, ou presque, n’est épargné dans ces péripéties tourmentées, mais cela n’empêche pas que de la tendresse imprègne certaines scènes. Ainsi Tanya, qui travaille dans un laboratoire, s’éprend de Bertrand, le domestique de son employeur, le professeur Bellières. Mais l’homme préfère ne pas montrer les sentiments qui l’animent envers la jeune femme au pied-bot et voûtée, un handicap auquel s’est habituée Tanya. C’est que Bertrand n’est pas un véritable domestique, s’appelant en réalité Jean Brochart, appartenant au Deuxième Bureau. Et si les Services Secrets sont dans la course, bientôt d’autres éléments vont interférer. Une Licorne par exemple, ou des Trolls qui sont embauchés dans les CFS, Compagnie Faërienne de Sécurité.

Si Tanya trouve en Bertrand une âme sœur, Alice de Sérigny alias Panthéra n’est pas en reste avec Percival Arlington. Pourtant l’amitié qui relie les deux jeunes femmes devrait être incompatible avec les relations qu’elles entretiennent avec des personnes du sexe opposé au leur. Ce qui confère une touche de tendresse dans un monde de brutes mais les aventures de tous ces protagonistes ne sont pas terminées et un nouveau volume est en préparation.

Alors monsieur Michel Pagel, car depuis peu l’on sait que sous le pseudonyme de Pierre-Alexis Orloff se cache ce grand maître de l’intrigue feuilletonesque, s’il vous plait, ne tardez pas trop, j’aimerai connaître la suite des aventures de Panthéra avant de mourir. Sinon, je serais capable de me retourner dans ma tombe de désespoir et de frustration.

 

Vous pouvez commander cet ouvrage directement ici :

Si vous préférez la version numérique, c’est ici :

Retrouvez les précédents épisodes de Panthéra en cliquant sur les liens ci-dessous :

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, quatrième épisode. Collection Noire N°92. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2016. 220 pages. 20,00€.

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 07:59

A ne pas confondre avec La courtine de Lise...

Gilles SERVAT : Skinn Mac Dana ou la courtise de Lirn.

Auteur-compositeur-interprète, Gilles Servat est avant tout un poète, chanteur rebelle, barde et chantre des cultures bretonne et celtiques.

Tout le monde se souvient de La blanche hermine qui figure sur son premier disque, enregistré en 1971, et surtout de son prologue qui indisposa ou irrita bon nombre d'auditeurs et de festivaliers par son engagement humaniste. Une chanson protestataire devenue une sorte d'hymne non officiel de la Bretagne.

Depuis, la roue a tourné et Gilles Servat se produit toujours, toujours aussi rebelle et bretonnant, fidèle à lui-même, avec Dan Ar Braz et l'Héritage des Celtes. Un sacré bonhomme, la simplicité même, abordable, et merveilleux conteur.

En 1995 paraît Skinn Mac Dana, le premier volet des Chroniques d'Arcturus et qui comprend à ce jour sept volumes. Mais Skinn Mac Dana est une nouvelle version de La naissance d'Arcturus paru en 1986 aux éditions Kornog à Morlaix.

 

Skinn Mac Dana, épris d'évasion, a quitté sa planète d'origine, Erth, à bord d'un engin spatial. Celui-ci tombe en panne et Skinn parvient à s'en extraire sautant en parachute sur la planète Bré. Son arrivée ne passe pas inaperçue de la princesse Lirn, et des habitants du petit royaume de Delienn, l'un des cinq états composant l'île-continent et unique terre de Bré.

Mais Skin Mac Dana est accueilli et agressé par une bête fabuleuse, particulièrement agressive, et il parvient à s'en défaire non sans dommage. Son casque l'a protégé de l'hypnose dont se sert l'animal, un nerden, et les soldats de Delienn, lorsqu'ils le recueillent évanoui, n'en reviennent pas de cet exploit.

Le royaume de Delienn vit des heures sombres. Son champion vient de mourir et comme souvent dans ces cas-là, le royaume voisin, Tir, jette un œil concupiscent sur Delienn. Seul un nouveau champion pourrait tirer le royaume de l'embarras, et Arstan, un chevalier orgueilleux et amoureux de Lirn, se propose de prendre la place libérée.

Entre Lirn et Skinn Mac Dana, des relations amicales, affectueuses, voire plus, se tissent. Elle apprend au nouvel arrivant la langue et les us et coutumes de Bré afin qu'il s'intègre facilement sur sa nouvelle patrie. Pourtant c'est avec Ners, une servante, qu'il couche à l'insu de tous. La jeune femme l'a rejoint en catimini dans sa couche et ils pourraient passer ensemble des nuits merveilleuses si la jeune femme ne décédait, empoisonnée. Un breuvage qui sans nul doute était destiné à Mac Dana. Mais avant de mourir elle a le temps de lui offrir Solution Brutale, une épée qui l'aidera à affronter les épisodes difficiles et mouvementés qui l'attendent.

Le jeune homme porte immédiatement ses soupçons sur Arstan, d'autant qu'il déjoue une autre tentative de meurtre à son encontre. Krisan, le champion de Tir s'immisce dans les affaires de Delienn et il s'arroge le droit de prétendre à Lirn. Un rude combat oppose Arstan et Krisan, et comme il ne faut qu'un vainqueur, c'est Arstan qui en fait les frais.

Skinn Mac Dana devient le garde du corps de Lirn, l'ayant sauvée d'une attaque de nerdud (pluriel de nerden), et s'appelle dorénavant Kilirné. Seulement un obstacle se dresse devant lui : il n'a pas le droit de coucher avec Lirn.

Krisan emmène Lirn et son garde du corps en son royaume mais la jeune femme et Kilirné s'enfuient, échappant aux soldats qui accompagnent la troupe. Ils parviennent à se réfugier dans le royaume du grand-père de Lirn, et après quelques vicissitudes et péripéties dont se sort victorieusement Skinn Mac Dana, il épouse Lirn et tous les deux deviennent parents. Entre temps Skinn Mac Dana affronte nerdud et autres monstres, et il hérite du territoire ainsi nettoyé.

Lorsque l'enfant paraît, dans le ciel l'étoile Arcturus se transforme en nova et le gamin est ainsi nommé Arcturus. Mais pour Skinn Mac Dana les aventures périlleuses ne sont pas terminées.

 

Dans une ambiance d'Héroïc-Fantasy, ce premier volet du cycle d'Arcturus est presqu'un hommage déguisé aux coutumes, aux mythes et au mode de vie celtes. D'ailleurs il existe des drwidhs, sorte de médecins-sorciers et prêtres, que l'on peut comparer aux druides celtes.

Si les combats sont furieux, la jalousie prégnante, les interdits nombreux sur Bré (diminutif de Bretagne ?), le roman est empreint de poésie et de lyrisme, mais également d'un réalisme anarchiste, d'une revendication militante à l'égal des textes des chansons de Gilles Servat.

 

Ce roman est toujours disponible aux éditions de l'Atalante.

 

Gilles SERVAT : Skinn Mac Dana ou la courtise de Lirn. Les chroniques d'Arcturus. Bibliothèque de l'évasion. Editions de l'Atalante. Parution février 1995. 350 pages. 17,00€.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 10:03

Où Panthéra passe, l'ennui trépasse !

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra.

Il aura fallu attendre trois ans pour retrouver nos amis, Panthéra et consorts, que l'on avait laissé en piteux état, dans une situation périlleuse mais pas désespérée, quoique, on ne sait jamais avec l'auteur. Certains protagonistes ont quitté définitivement la scène, d'autres sont mal en point physiquement et moralement.

Heureusement, grâce à la magie des blogs, dont celui-ci en particulier, vous pouvez suivre en intégralité ou presque cette histoire ô combien édifiante, pittoresque, démoniaque, échevelée, et tout ce que vous voulez de positif, en quelques jours.

Donc Panthéra a réussi à s'échapper mais elle a été touchée gravement à une jambe par les balles tirées par l'inspecteur (stagiaire) Carlier. Elle se réfugie derrière une voiture, affalée sur le trottoir, et elle sera récupérée quelques temps plus tard par son amie Tanya, qui avait senti l'embrouille venir grâce, ou à cause, d'un article journalistique écrit par Renouard dans Soir Nouvelles.

Article qui d'ailleurs a engendré en partie cette réunion inopinée. Et Renouard s'en mord les doigts tout en buvant, rentré chez lui, verre sur verre, ce qui l'oblige à rester cuver dans son lit et même par terre. Ce qui n'est pas plus mal, pendant ce temps il n'écrit pas n'importe quoi, même s'il approche plus ou moins de la réalité.

Carlier a préféré tirer sur Panthéra au lieu d'abattre Faustus le faune, le laissant s'enfuir rapidement, juché sur ses sabots sans passer par la Lorraine. Et cet incident va lui coûter cher. Va leur coûter cher devrai-je préciser. Car Fautus est mis à l'index par son employeur Marcel, enfin par son fils Antoine, qui n'apprécie pas vraiment le genre de bévue dont s'est rendu coupable le satyre. Quant à Carlier, il se voit proposer une promotion loin de Paris, à Cahors. Il ne se résigne pas à entrer dans un placard et préfère démissionner, au grand dam de sa femme qui ne s'était marié avec lui que parce qu'il avait embrassé la profession de policier. Ah, l'amour de l'uniforme ! Et Carlier est embauché par l'avocat Formellot pour réaliser quelques opérations de filature.

Passons rapidement sur la présence d'Erynia, la nymphe qui accompagnait Carlier, sur les blessures de Percival Arlington qui s'en remettra, et les autres participants de cette joyeux rassemblement qui aurait pu tourner au drame, et tournons notre regard vers Marcel Duchard qui a la bonne idée de décéder, Antoine ayant décidé de prendre définitivement sa place. Et son amie Berthe Windgassen se mue en Jane Camden, afin de ne pas dépareiller par rapport à son ami Duchard fils.

 

L'article de Renouard ne pas inaperçu non plus d'un ancien nazi réfugié en Bolivie, et qui fut vingt ans auparavant le complice de Duchard, de Windgassen, et d'un prêtre, Honorin, devenu prélat. Et Heinrich von Verschtaufen, ancien colonel de la Waffen SS, décide de venir à Paris, endroit qu'il n'a pas fréquenté depuis des années alors qu'il se rend régulièrement à Londres.

 

Et voilà, tous les personnages sont mis en place ou presque. Dorilien le farfadet compagnon habituel de Faustus, a eu la tête tranchée par Panthéra, mais ne le plaignons pas, il le méritait.

Non, l'incident primordial a été déclenché par Faustus le satyre qui avait commencé à envoûter Panthéra, obligeant la jeune femme à retirer sa cagoule et à avouer son nom, Alice de Sérigny. Et ce patronyme fait réfléchir Marcel/Antoine Duchard et Berthe Windgassen/Jane Camden. Une hypothèse qui les laisse rêveurs se forge dans leurs esprits, les ramenant vingt ans en arrière.

 

Aventures endiablées pour ce troisième opus et ce n'est pas fini, tant mieux pour le lecteur qui se prend d'addiction pour Panthéra. D'autant que l'auteur en révèle un peu plus sur la genèse en incluant dans son récit des épisodes qui se sont déroulés en octobre 1943. Rappelons que les événements décrits se déroulent eux en 1963.

Michel Pagel, zut je l'ai dit, Michel Pagel signe donc un roman-feuilleton en tout point remarquable sans omettre quelques références littéraires, voulues ou non.

Ainsi, si Michel Pagel a pris pour pseudonyme Pierre-Alexis Orloff, ce n'est pas innocent. Mais disséquons, un peu seulement, faut en laisser pour les autres.

Orloff, de son prénom Tania, n'est pas un rôti, mais un personnage de la série Bob Morane. Et on retrouve une Tanya dans ce feuilleton. Tandis que le prénom Pierre-Alexis nous renvoie à Pierre-Alexis de Ponson du Terrail, le créateur de Rocambole, d'ailleurs les aventures de Panthéra sont effectivement rocambolesques. Et puisque l'on cite le nom de Terrail, signalons au passage que le supérieur hiérarchique de l'inspecteur stagiaire Carlier se nomme Duterrail. Et précisons que le commissaire chargé de reprendre l'affaire retirée à Carlier s'appelle Malet, Léon Malet. Comme le monde est petit ! Mais les grands hommes ne manquent pas ! Et pour finir la romancière Marie-France d'Aygues-Vives, dont Alice de Sérigny est la secrétaire lorsqu'elle n'enfile pas la combinaison de Panthéra, écrit un roman qui a pour titre Marion. Faut-il y voir un clin d'œil à la série des Marion de Georges-Jean Arnaud, quinze romans au total publiés sous le pseudonyme d'Ugo Solenza ? Georges-Jean Arnaud, né à Saint-Gilles du Gard, commune du Gard, tout comme, non pas Aygues-Vives qui se situe en Haute-Garonne, mais Aigues-Mortes.

 

Pour commander cet ouvrage, placez le curseur de votre souris sur le lien suivant :

Si vous préférez la version numérique c'est par ici :

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, épisode numéro 3. Introduction de Jean-Marc Lofficier & Jean-Luc Rivera. Collection Noire N°69. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2014. 248 pages. 17,00€.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 15:11

L'argent contre l'amour !

Jules VERNE : Un billet de loterie.

Loin des romans d'aventures exotiques, mystérieuses, scientifiques, voire didactiques ou pédagogiques, Un billet de loterie, tout comme Le Pilote du Danube, Famille-Sans-Nom, ou encore César Cascabel, s'attache à s'intéresser au sort d'une famille sans pour cela que les protagonistes effectuent un long voyage ou alors, s'ils le font, l'auteur ne s'appesantit pas dessus et surtout sur des découvertes extraordinaires.

Un billet de loterie s'apparente plus à un roman d'amour qu'à une exploration aventureuse et périlleuse, même si certains épisodes dont le caractère de dangerosité est évident mais nécessaire pour présenter quelques personnages y sont intégrés.

Dans le comté de Telemark, situé au sud de la Norvège, vit une famille composée de la mère, Dame Hansen, et de ses deux enfants, Hulda et Joël, ainsi que d'un cousin, Ole Kamp, adopté à la mort de ses parents. Elle est veuve et tient une auberge fréquentée surtout l'été par les touristes venus visiter la région.

Si Hulda, qui n'a que dix-huit ans, aide sa mère, Joël sert de guide aux touristes et Ole est marin. Il s'est embarqué sur un chalutier un an auparavant et il donne régulièrement de ses nouvelles depuis Terre-Neuve. Sa dernière lettre remonte à un mois, annonçant son retour entre le 15 et 20 mai, de l'année 1862, et déjà toute la famille s'apprête à fêter les noces. Seulement le temps passe, Ole ne rentre pas. Le navire aurait-il fait naufrage ?

Un individu arrive à l'auberge, et sans se présenter, demande gîte et couvert. Rien ne lui agrée, tout lui déplait, il dénigre, mais pour autant, tel un maquignon, il examine, il observe, il vérifie, il calcule, comme si l'auberge allait tomber dans son escarcelle. Dame Hansen ne voit pas d'un bon œil ce client désagréable, mais lorsqu'enfin il part en inscrivant son nom sur le registre, elle pâlit et devient renfermée, déchirant la note qu'elle avait préparée.

Ole ne donne toujours pas de ses nouvelles et cela devient de plus en plus inquiétant. Pour autant la vie continue, et Joël doit rejoindre un touriste afin de lui faire visiter le pays. Il incite Hulda à l'accompagner afin de lui changer les idées, et il fait bien car lorsqu'ils arrivent au point de rendez-vous, c'est pour découvrir le touriste dans une situation inconfortable, en équilibre instable sur les chutes du Rjukanfos. Ils parviennent à sortir Sylvius Hog du mauvais pas dans lequel il s'était fourvoyé, lui épargnant une dégringolade mortelle.

Sylvius Hog n'est pas un touriste banal. Il est professeur de législation à Christiania et député au Storthing, et est connu, apprécié et honoré dans le pays norvégien qui à l'époque était sous la domination du roi de Suède. Hog possède de nombreuses relations, et est ami avec les armateurs du Viken, le bateau de pêche sur lequel Ole est devenu maître, grâce à ses qualités. Aussi, en remerciement de son sauvetage inespéré, il envoie des courriers un peu partout afin de savoir ce qu'est devenu le navire, et par voie de conséquences les marins-pêcheurs qui étaient à bord. Et c'est ainsi qu'un jour, alors que la date fatidique du retour est largement dépassée qu'il reçoit un pli de la Marine, pli qui contient entre autre un billet de loterie qui avait été enfermé dans une bouteille jetée à la mer. Au dos de ce billet, un mot de Ole expliquant que le navire est en perdition, qu'il sombre dans les eaux glaciales et témoigne de son amour à Hulda.

 

Mais ce billet de loterie attise l'envie et nombreux sont ceux qui sont prêts à l'acheter. Les enchères montent rapidement, car si par hasard, ce billet était gagnant, on peu toujours rêver, il rapporterait à son heureux possesseur la coquette somme de cent mille marks. Cela ne rendra pas Ole à Hulda, mais il lui reste au moins un souvenir de son fiancé. Or Dame Hansen doit une forte somme à Sandgoïst, qui rime avec égoïste, ayant effectué des placements malheureux et son auberge étant hypothéquée.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Loin des longues, et parfois fastidieuses, descriptions dont Jules Verne aimait émailler ses récits d'aventures, Un billet de loterie met en situation une famille banale, si l'on peut s'exprimer ainsi, confrontée à un double problème, la perte d'un être cher et le manque d'argent par impécuniosité ou maladresse dans des placements d'argent.

Face à cette famille, surtout le frère et la sœur, qui essaient de ne pas perdre courage devant l'adversité et les nouvelles guère rassurantes, voire négatives, se dressent deux hommes au comportement totalement contraire. Si le député est proche des petites gens, l'usurier est surtout proche de son portefeuille et le malheur l'indiffère. Car seul l'argent qui devrait rentrer dans son escarcelle l'importe, malgré le tollé général provoqué par sa conduite.

Moraliste et empreint de bons sentiments comme on pouvait en trouver sous la plume d'Hector Malot par exemple, dans Sans famille ou En famille, Un billet de loterie est un roman plaisant, touchant, agréable à lire, frais et n'ayant pas subi les outrages du temps. On se rend compte combien étaient tributaires des moyens de communication les habitants vivant dans des villes ou villages plus ou moins isolés, mais que pour autant ils prenaient leur mal en patience, sans accuser qui que ce soit.

Il est évident que ce roman a été écrit pour l'édification de la jeunesse, mais les adultes ne doivent pas bouder leur plaisir à la lecture de ce roman de Jules Verne, moins connu que Vingt mille lieues sous les mers, Michel Strogoff, Le tour du monde en quatre-vingts jours ou Cinq semaines en ballon, mais plus proche de nous par bien des côtés.

Certains, que je n'ose qualifier de rabat-joie, pourraient penser que ce roman possède une trame simpliste pétrie de bons sentiments, ce que je concède volontiers, mais il faut savoir garder son âme d'enfant, et même si l'épilogue est par trop heureux, il s'agit d'une preuve d'optimisme non négligeable à une époque où tout nous amène à douter et à nous plaindre dès le premier accroc.

 

Jules VERNE : Un billet de loterie. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 16 mars 2017. 224 pages. 11,00€.

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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 12:39

Ô mon île au soleil

Paradis entre terre et ciel...

Pascal MARTIN : Le Seigneur des Atolls.

Mai 1968. Alors que dans Paris volent des grenades lacrymogènes, noix de coco en réduction, dans l’archipel polynésien d’énormes champignons, vesces de loup trop mûrs, éclatent en dégageant une fumée noire et de vives lueurs. Chrétien, caméraman à l’ORTF, en déplacement au Liban afin de couvrir le voyage diplomatique en Iran de Pompidou, alors Premier Ministre, est rappelé par 3D, son chef des informations, Denis Desmond Doriant de son nom complet, afin de filmer les débordements des étudiants et des prolétaires en rébellion contre la politique du gouvernement. Et ce qu’il enregistre sur sa petite caméra le dégoute. Des CRS et des gardes mobiles qui prennent en nasse des étudiants, les forçant à se réfugier dans un square où les attendent des katangais, milice fasciste. Ou des étudiants, ou pseudo tels, qui tire délibérément avec une arme à feu chargée sur les policiers, ajustant froidement leurs cibles. Mais 3D ne peut diffuser les images, pas toutes du moins. Ecœuré Chrétien prend une mappemonde, la fait tourner, pointe le doigt dessus, puis s’envole pour la Polynésie. Destination l’îlot de Tureia, l’un des nombreux grains de beauté qui essaiment l’Océan.

Arrivé sur l’île de Tahiti, il s’enquiert d’un petit avion susceptible de l’emmener sur place. Mais les informations qu’il recueille ne sont guère encourageantes. L’île de Tureia serait habitée par des anthropophages dirigés par le général Arakino et les blancs, les popa’a, ne sont pas les bienvenus. Malgré toutes ces recommandations, Chrétien persiste dans son désir et finit par obtenir gain de cause. L’avion affrété depuis le petit aéroport d’Hao le dépose sur Tureia sans s’arrêter. Personne pour réceptionner Chrétien, sauf des chiens. Le village est désert. Lors de sa déambulation il remarque une cabane sur pilotis dans le lagon. Soudain une lueur embrase le ciel, la terre se met à tanguer. Les habitants de l’atoll prévenus par les autorités qu’une charge allait exploser s’étaient réfugiés sur une île voisine. Les premiers contacts entre Chrétien et Arakino sont houleux mais à force de persuasion les deux hommes se lient d’amitié.

Chrétien surnommé Upo (fêlé en Maori) est avide d’intégration. Il apprend le Maori, il se plie aux coutumes locales qu’il découvre et parcourt le nouveau domaine qui l’accueille. Domaine par ailleurs pas si accueillant que cela. Tureia est divisée en deux parties séparées par un ruisseau. Celle où vivent les insulaires, et de l’autre côté, une bande de terre, la presqu’île de Taravo, gardée par des légionnaires. Entre les deux des crabes carnivores, entassés les uns sur les autres et qui forment une véritable frontière. C’est Moto Guzzi, un coureur de nuit qui doit son pseudonyme au fait qu’il se déplace à bord d’une moto. Il est l’équivalent d’une estafette chargée d’assurer la liaison entre les deux communautés, qui leur fournit des renseignements, ceux qu’il juge nécessaire sans entrer dans les détails ou les secrets. Moto Guzzi n’est guère prolixe, néanmoins Upo apprend que l’homme, d’origine italienne, a tué ses père et mère ainsi que ses frère et sœur. Emprisonné il a échappé à la guillotine en acceptant de se prêter à des expériences nucléaires d’abord dans le Sahara puis dans l’archipel polynésien.

Pascal MARTIN : Le Seigneur des Atolls.

Upo prend de l’ascendant autant sur le général Arakino, appelé ainsi parce que son livre de chevet est un ouvrage contant les biographies de militaires français ayant joué un rôle prépondérant durant les différentes guerres engagées ou subies par la France. Upo apprend que la cabane est une ferme dans laquelle Motu élève des huitres perlières. Ces perles noires à la valeur inestimable, servent à l’achat des denrées alimentaires et autres, permettant aux Maoris de subsister. La livraison est effectuée par Joe, un commerçant louche de Hao qui livre les provisions par bateau. Maïna, une jeune fille, est retrouvée assassinée, égorgée. Près de son corps, gît l’harmonica de Moto Guzzi. Tout indique que le coureur de la nuit est le coupable, tout, sauf que la mise en scène est trop grosse selon Upo. Parallèlement Upo comprend que les îliens se font gruger et il se rend à Papeete et passe un contrat, non sans mal et sans horions auprès d’un Japonais qui s’avérera plus fiable que Joe. Désormais c’est lui qui règle les dépenses et il en profite pour acheter une petite caméra qui jouera un grand rôle quelques mois plus tard.

Il se marie selon les us et coutumes Maori avec Hina et est intronisé par Arakino le père adoptif de deux gamins de treize ans, Téva et Hiro. Des gamins débrouillards qui lui vouent une admiration sans borne et sans faille. Mais l’orage gronde au dessus de Turiea à cause d’un film pris par les deux enfants dans la presqu’île de Taravo, à l’insu des légionnaires et de leur chef un certain Albinos. Upo change une nouvelle fois de nom à l’initiative d’Arakino. Désormais il devient Foch, pour tout le monde. Comme le Maréchal. Seulement ce nouvel alias n’éloigne pas les nuages constitués par des paras et des hommes de la DST qui débarquent un beau ( ?) jour sur l’atoll. Sans oublier les nouvelles déflagrations des essais nucléaires.

Des images fortes se dégagent de ce roman : la culture des huîtres perlières et le prélèvement par Muto des perles, le combat d’Upo contre un requin blanc, la fuite de Foch et des deux enfants et d’Hina à bord d’une pahis (pirogue) construite avec le bois d’un arbre auprès duquel a été enterré le pito des enfants, leur combat dans les éléments déchainés lors du passage d’un typhon, et bien d’autres…

Ce nouveau roman de Pascal Martin permet de comprendre la série des Coureurs de la nuit (huit volumes qui se lisent indépendamment dont La traque des maîtres flamands, La Vallée des cobayes et L'ogre des Landes) et dévoile la genèse du maître de l’Œuvre, une organisation dont les membres sont des orphelins recrutés dans les prisons françaises. Et le lecteur découvre un homme à double facette. Sensible, humain, consensuel, froid, sec, dur, autoritaire, selon les circonstances, qui non seulement s’intègre parfaitement dans sa nouvelle condition, mais par certains côtés devient plus Maori que les natifs de l’archipel. Un condensé de Popa’a et de Polynésien, n’hésitant pas à affronter les militaires et le pouvoir politique, les faisant plier par le charme ou le chantage.

Difficile après avoir lu ce livre que l’on referme avec une pointe de regret qu’il soit déjà terminé, malgré ses cinq cent huit pages, de prendre dans la pile de romans en instance celui qui saura autant captiver. C’est assurément l’un des ouvrages de la rentrée, à ne pas négliger, d’autant qu’il offre aventures, exotisme réel et non surfait, humanisme et plongée historique. Pascal Martin a connu cette époque des essais nucléaires puisqu’en 1968 il s’est rendu à Tahiti avec sa famille. Son père, employé au Centre d’Energie Atomique, a été rapatrié un an plus tard, emportant dans ses bagages un cancer. Alors pour clore cette chronique, certains lecteurs pensant peut-être que Pascal Martin a par trop enjolivé quelques éléments de cette histoire, qui n’est qu’un roman, (quoi que !) j’emprunte cette citation de Foch, le patron des Coureurs de nuit : « Lorsque le vrai est faux, c’est que le faux est vrai ».

Pascal MARTIN : Le Seigneur des Atolls.

Pascal MARTIN : Le Seigneur des Atolls. Presses de la Cité. Parution 18 août 2011. 510 pages. 22,00€. Version numérique 15,99€.

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 13:41

Faut-il toujours suivre son instinct ?

Vincent VILLEMINOT : Instinct 1.

La vie de Timothy Blackhills a basculé en même temps que la voiture, dans laquelle il rentrait à la maison familiale, effectuait des tonneaux sur la route qui le conduisait, lui et ses parents ainsi que son frère Ben, de Seattle à Missoula.

Il était tout content de retrouver son frère ainé qui revenait du Canada quand soudain l’accident se produisit, sans cause particulière. Assommé, il se réveille ensanglanté. Plus grave ses parents sont décédés, quant à son frère il n’est pas sûr qu’il respire encore. Mais Tim ne se sent pas dans son état normal.

Il essaie de s’extraire du véhicule, avec difficulté, comme si ses mains n’étaient plus des mains, comme s’il ne pensait plus en adolescent, comme s'il réagissait en animal. Lorsqu’il se réveille de son coma quelques heures plus tard, il est entièrement nu, près d’une cascade, loin du lieu de l’accident. A l’hôpital où il a été emmené par les secours, alertés par un couple d’automobilistes, il se confie auprès d’un psychiatre.

Il se souvient qu’il était, mais n’est-ce qu’un rêve ou un cauchemar, un grizzli, une bête assoiffée de sang. L’expert après lui avoir fait passer un IRM afin de déterminer l’état de son cerveau lui annonce qu’une sommité va s’occuper de son cas. En attendant c’est Warren, un policier du DEA, Drug Enforcement Administration, qui l’interroge sans ménagement. D’ailleurs il lui annonce sans détour qu’il suppose que Tim est à l’origine de l’accident ainsi que de la mort de son frère, qu’il sait pertinemment que Ben et lui s’adonnaient à la prise de produits illicites, herbe et amphétamines, et peut-être d’autres produits dont un qui circule depuis peu et à l’origine de meurtres.

Warren le harcèle mais heureusement le docteur McIntyre lui propose de le soigner dans un institut spécialisé, l’Institut de Lycanthropie, situé dans les Alpes françaises. Tim, qui est bilingue car sa mère était française, accepte bien évidemment, ce qui lui permet d’échapper à Warren, d’autant que le médicastre lui affirme qu’il pourra, s’il le désire, quitter l’établissement au bout d’un mois de soins.

L’Institut de Lycanthropie est une sorte de petit village accueillant de nombreux résidents ressentant les mêmes effets de métamorphose. McIntyre réfute un quelconque délire schizophrénique mais parle plutôt de métamorphanthropie. Pour une raison ou une autre, le sujet atteint de cette forme de pouvoir de transformation, devient un anthrope et plus particulièrement comme dans le cas de Tim d’arktanthropie.

Tim est installé dans un petit chalet, un mazot, dans lequel vivent déjà deux autres résidents : Flora, quinze ans et férue d’informatique, et Shariff, douze ans qui ponctue ses dialogues de citations empruntées à Lao-Tseu, Rousseau, Victor Hugo…

Dans le bâtiment principal un étage est réservé à la bibliothèque contenant des milliers de volumes anciens traitant de la lycanthropie et des métamorphoses, essais, recueils de contes, légendes diverses du monde entier. Mais Tim n’a qu’une idée en tête, s’échapper. Et aussitôt qu’il le peut il met son projet à exécution, malgré les mises en garde des surveillants-éducateurs-encadrant.

En compagnie de son frère Ben il escaladait souvent des falaises, des escarpements, des montagnes, et son escapade ne lui fait pas peur. Gravir des hauteurs rocheuses difficiles pour le commun des mortels n’est qu’un jeu pour lui. Ce qui l’est moins, c’est de se retrouver nez à nez avec des chasseurs qui sillonnent les environs, n’attendant qu’une proie se présente devant leurs bâtons fumants.

 

Le lecteur pourrait se sentir frustré d’attendre quelques mois, comme dans la plupart des séries, pour connaître la suite des aventures de Tim et de ses nouveaux compagnons, Flora et Shariff, car tout n’est pas explicité dans l’épilogue.

L’éditeur signale que ce roman est destiné aux plus de quatorze ans. Je dirais même plus, de quatorze à cent-quatorze ans. En effet l’auteur déclare : Je voulais faire un roman pour adolescents et jeunes adultes qui ait une certaine dureté dans un certain nombre de scènes, pour être en confrontation avec un réel qui peut, pour eux, être effrayant. Et en effet certaines scènes se révèlent fortes, comme dans un thriller pour adultes. Et même si le thème du roman emprunte au fantastique, certains faits décrits peuvent mettre l’imaginaire des enfants en confrontation avec des images dures, mais pas forcément insoutenables.

Les enfants sont habitués à pire, ne serait-ce que dans certains jeux vidéo, quoi qu’en disent les concepteurs. Mais les relations entre les personnages amènent le lecteur à comprendre qu’il faut savoir se montrer tolérant, réagir en ne pensant pas qu’à soi, se mettre en osmose avec les autres, comprendre les sentiments, les émotions, les réserves, qui nous animent et animent ceux avec lesquels on vit. Faire la part des choses, et accepter les différences. De mettre en commun ses ressources physiques et mentales afin de dénouer les problèmes, les pièges qui se présentent. Bien sûr ce n’est qu’un roman, et l’auteur ne cherche pas à énoncer une morale comme bon nombre d’auteurs du XIXème et du XXème siècle le faisaient, mais à rendre une histoire vivante, pleine de bruit, de fureur et d’émotions.

Je ne jure jamais, parce que tout ce que je dis est vrai, Timothy. Seuls les menteurs ont besoin de jurer, pour indiquer qu’il leur arrive parfois de dire la vérité.

Première édition Collection BLAST. Editions Nathan. Parution avril 2011.

Première édition Collection BLAST. Editions Nathan. Parution avril 2011.

Vincent VILLEMINOT : Instinct 1. Réédition Pocket Jeunesse. Parution août 2014. 480 pages. 6,95€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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