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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 13:49

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Inédit. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €. Existe en version numérique : 5,99 €

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 09:11

Allez comprendre pourquoi Stan Kurtz, trentenaire et ancien standardiste, est devenu détective privé !

Stan KURTZ : Série B. N°1/6.

En général ce sont d'anciens flics qui briguent cette profession. Du moins c'est ce que pense Miss Boxer en pénétrant dans l'officine du héros narrateur de cette histoire.

Stan Kurtz a beau objecter qu'il ne s'occupe pas de meurtre, d'homicide, d'assassinat, son truc ce sont les divorces, les défauts de pension alimentaire, et autres bagatelles ne prêtant guère à conséquence physiquement, elle n'en a cure.

Miss Boxer a jeté son dévolu sur Kurtz et preuves à l'appui, elle lui tend une enveloppe bourrée de liquide. Mais du liquide solide, je précise, de bons et vrais beaux billets. Cela infléchi la décision de Kurtz qui de toute façon n'a jamais su tenir une promesse, c'est lui-même qui l'avoue.

Bref Miss Boxer en réalité est mariée avec Valentin, le disparu, chanteur sans réel talent et succès dans un cabaret. Disparu ou mort, telle est la question auquel Stan doit répondre. En guise d'indice, Miss Boxer lui remet un disque vinyle sur lequel ont été inscrits une date et un numéro de téléphone. Par contre elle ne possède pas de photo de Valentin, ce qui pour un artiste est plutôt incongru.

Alors que Stan règle son ardoise dans son bar habituel, deux individus pénètrent et le tabassent, lui laissant en dédommagement un bout de papier sur lequel, remis de ses émotions, il peut lire : Abandonnez.

Son indice téléphonique tombe à l'eau car comme le précise la Voix féminine au bout du fil, Il n'y a plus... Vous connaissez la suite. Autant noyer la déception dans un verre de whisky.

Entre deux vodkas, faut bien varier les plaisirs, Stan apprend au Flamingo par Murène, son indic attitré, que Valentin n'était pas du genre à coucher avec une femme et donc n'était pas marié. Pas de corps à se mettre sous la dent, donc pas de mort, subtile déduction, mais quand même, Stan a été payé pour retrouver Valentin et éventuellement sa dépouille. Alors Murène lui conseille de se renseigner auprès de Kathryn, chanteuse susceptible de lui fournir des renseignements puisqu'elle servait d'entremetteuse entre le disparu et de jeunes hommes.

Il rencontre à nouveau les deux gus, dont un se prénomme Gus justement, mais il a présumé de ses capacités pugilistiques, et il se réveille à l'hôpital. Avec une bonne et une mauvaise nouvelle à encaisser. La bonne, c'est qu'il est vivant. Pour le lecteur aussi, c'est une bonne nouvelle, car le bouquin n'est pas terminé. La mauvaise nouvelle réside dans cette annonce : vous avez une tumeur au cerveau et vous devez consulter immédiatement et pas plus tard que tout de suite un cervologue ou quelque chose d'approchant. Et dans ces cas là comment réagit-on ?

Bien, l'histoire continue malgré les nombreuses blessures à soigner.

 

Alors on pourrait décliner ce qui va arriver à Stan d'après les notes prises par notre détective :

Valentin Boxer, Kathryn, le Révérend, Topolski, Gina, Victor et Gus, le Flamingo, course-poursuite, crash en voiture. Raclées. Hôpital. Un quidam bouffé par les rats au fond d'un cargo. Je notai tout. L'impression de remplir mon propre testament.

 

Je sais, écrit comme ça, cela semble un peu fouillis, d'autant que certains épisodes vous ont échappé. Normal, c'est une synthèse. Vous allez vous demander, par exemple, mais qui est Gina ? Tout ce que je peux vous confier, sans trop déflorer l'intrigue, c'est qu'il y a de l'or en Gina...

Débutant comme un roman policier traditionnel, classique, avec un détective au portefeuille dégarni, quelque peu alcoolo, et qui pense trouver le filon avec l'intrusion inopinée d'une belle jeune femme éplorée dans son agence.

Oui, au début, un roman noir franco-américain mais comme il s'agit d'une histoire complètement décalée, le roman d'aventure débridé se profile et bientôt la silhouette d'un savant fou s'impose. Stan Kurtz aura bien du mal à résoudre cette enquête qui lui coutera un bras.

Une succession effrénée d'épisodes rocambolesques, et cet adjectif prend tout son sens, car le roman-feuilleton (une suite est prévue) est digne en tout point de ces grands feuilletonistes et romanciers à rallonge que furent Ponson du Terrail, créateur de Rocambole, Marcel Allain et Pierre Souvestre, Paul Féval, Arnould Galopin ou encore Jean de La Hire.

Stan KURTZ : Série B. N°1/6. Editions Fleur Sauvage. Parution le 4 septembre 2015. 214 pages. 8,00€. Version numérique 3,99€.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 09:44

Bon anniversaire à Gilbert Gallerne, né le 2 avril 1954.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure.

Venu rejoindre son amie dans un coin perdu de l'Arizona, Bernard Bordes, écrivain, a la désagréable surprise de ne point voir Axelle au rendez-vous.

A l'hôtel où il pose ses valises, personne n'a vu la jeune femme. Pourtant ce n'est pas dans ses habitudes de lui poser un lapin. A moins qu'elle n'ait eu un empêchement inopiné.

Résigné à l'attendre il se promène dans les environs de Perdida. Un patelin qui porte bien son nom.

Il découvre au milieu du désert, enchâssé dans une sorte d'amphithéâtre, un dolmen qui porte des traces brunâtres. Comme si du sang avait séché sur cette table de sacrifice dont il ne peut établir si son érection remonte à quelques années ou quelques siècles. Retournant sur ses pas il découvre des écailles de peinture sur un rocher, puis aperçoit une voiture au fond d'un ravin.

A l'intérieur de l'habitacle il trouve un pendentif qui appartient à Axelle. Preuve que la jeune femme est venue dans la région. Une avalanche de pierre se déclenche et il a tout juste le temps de se cacher dans une anfractuosité du terrain.

Cela devient de plus en plus louche. D'autant qu'un gamin lui remet, à son retour au village, un mot d'Axelle lui indiquant qu'elle loge dans l'autre hôtel du village. Mais là non plus pas trace de la jeune femme.

 

Gilbert Gallerne, qui a signé quelques romans sous le pseudo transparent de Gilles Bergal et sous celui de Milan, avoue que son enfance a été baignée avec les aventures de Bob Morane.

Une atmosphère de fantastique que les amateurs du genre apprécieront, d'autant que l'humour y est toujours présent, même dans les moments dramatiques.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure. Collection Aventures et Mystères N°14. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 192 pages.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 12:31

C'est l'effet papillon...

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide.

26 décembre 2011. Lille la nuit, sur les bords de la Deûle.

Anouk Furhman inspecte les bords des quais à la recherche d'un tueur en série qui doit théoriquement être présent et peut-être même habiter à bord d'une barge. Elle le repère et essaie d'entrer en contact avec son ami l'ex-commandant Léo Matis. Celui tarde à répondre, elle prévient ses collègues, s'étant réfugiée dans sa voiture.

Lorsque Matis arrive enfin sur les lieux, il est vertement rabroué par l'un des responsables des forces de l'ordre. Anouk a été grièvement blessée par des hommes qui ont tiré sur elle et sont partis emmenant le suspect de meurtres en série sur des femmes.

Seul le procureur Dudzinski, qu'il connait depuis près de trente ans, lui garde une certaine amitié. Matis est effondré, le pronostic vital d'Anouk est engagé et c'est sa faute si elle est à l'hôpital entre vie et mort. Matis avait fourni des informations à son ancienne collègue et amie, mais il n'avait pas su assurer par la suite. La faute à l'alcool.

Le lendemain, l'esprit encore encombré des vapeurs de l'alcool, Matis se rend à l'hôpital prendre des nouvelles d'Anouk, puis rentre chez lui à Bruxelles. Quatre jours plus tard, le 31 décembre 2011, Dudzinski lui donne rendez-vous dans un bar. Il tient à lui montrer une photo, datant des années 60/70, représentant deux hommes discutant dans un parc. L'un des photographiés était fort connu en son temps. Il s'agit de Fabiew, un espion russe de la grande époque. Au dos de la photo, retrouvée dans la boîte aux lettre d'Anouk, une date : 1er mai 1968.

Matis s'étonne se demandant non sans raison quel rapport il peut y avoir avec Boily, le tueur en série enlevé sous le nez d'Anouk. Pour Dudzinski, il n'existe aucun doute. Ce sont les Russes qui ont enlevé Boily. Mais pourquoi, à quelles fins ?

 

Plus tard, ailleurs. L'homme, qui s'exprime à la première personne, est enfermé et subit des tortures morales et physiques. Ceux qui l'ont enlevé et le supplicient ainsi connaissent tout de son passé, de son activité de tueur en série, jusqu'aux noms de ses victimes. Une lente mise en condition organisée par le Colonel. Une programmation mentale afin de lui inculquer une autre forme de s'exprimer, mais dans un domaine semblable. Du statut de tueur en série il est programmé pour devenir tueur à gages.

Le Colonel possède ses raisons pour manipuler ainsi Boily, car c'est bien de lui dont il s'agit. Pour des motifs politiques qui lui sont propres.

 

Quelques semaines plus tard, après une sérieuse cure de désintoxication, Matis retrouve Dudzinski pour une nouvelle séance d'informations et de travail. Selon des sources fiables, Boily serait aux Etats-Unis pour mener à bien une mission délicate. Et Matis doit le contrer. Alors lui aussi s'envole pour New-York, descendant dans le même hôtel huppé que Boily.

 

Débutant comme un roman policier noir, Chrysalide bifurque légèrement vers le roman d'espionnage pour se terminer en apothéose dans le genre roman d'aventures.

Dès le prologue, daté du 31 décembre 1968, le lecteur sent qu'il va planer en lisant cet ouvrage, puisqu'un personnage regarde à la télévision le reportage concernant le premier vol d'essai du Tupolev. Un mastodonte dont les ressemblances avec le Concorde étaient troublantes.

Mais Jean-Marc Demetz fait jouer à ses protagonistes une terrible partie de poker-menteur, à l'issue incertaine, car la manipulation guide un grand nombre des personnages évoluant dans ce roman endiablé traversant allègrement les frontières puisque le dénouement nous entraîne jusqu'au Canada, dans une région désertique où plane l'ombre de Jack London. Mais les maîtres du jeu ne sont-ils pas manipulés eux-mêmes ?

 

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide. Abysses éditions. Parution le 23 mars 2016. 182 pages. 12,00€.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 10:41

Orages, oh des espoirs !

Michel PAGEL : Orages en terre de France.

Et si la révolution de 1789 avait avorté, les guides de la France étant tenues par l’église et les représentants de la religion Catholique ?

Et si la Guerre de Cent ans n’avait jamais cesser d’exister, l’antagonisme franco-britannique perdurant depuis l’an mil ?

Extrapolant sur ces deux hypothèses, Michel Pagel narre quatre pages d’histoire, imaginant notre pays, de l’an de grâce 1991 à l’an de grâce 1995, sous la domination d’évêques, d’archevêques prenant leurs ordres et leurs consignes auprès du Vatican.

Le Roi de France, régnant dans un régime constitutionnel, fait figure de pantin. Les provinces, toujours divisées en comtés, passent successivement de la domination anglaise à l’occupation française, et vice-versa, ce qui engendre moult conflits permanents entre parents et enfants. Selon leur lieu de naissance, sol annexé par l’un ou l’autre de ces deux pays, ils vivent, réagissent en opprimés, en révoltés ou, au contraire, se conduisent en loyalistes.

Les séquelles de l’Inquisition exercent leur oppression sur la population, constituant dans certains domaines scientifiques un frein puissant. L’obscurantisme est lié à de nombreux préceptes et l’application à la lettre des commandements de Dieu, et leur déviance inéluctable, empêchent le développement des moyens de communication. “ Tu ne voleras point ” prends une signification absurde jusqu’au jour où la science est reconnue comme un progrès vital pour les belligérants.

Dans d’autres domaines, au contraire, la technologie est performante et toujours profitable aux stratégies militaires.

 

Dans ce recueil de quatre nouvelles uchroniques se déroulant dans le Comté de Toulouse, le Comté du Bas-Poitou, l’Île de France et le Comté d’Anjou, le fil conducteur est issu d’une rivalité toujours latente, d’une rancune tenace : Jeanne d’Arc et Napoléon servent de référence encore aujourd’hui dans nos récriminations quotidiennes et épidermiques.

Ce roman est la réédition d’un ouvrage paru en 1991 dans la défunte collection Anticipation du Fleuve Noir sous le numéro 1851, version revue et corrigée en 1998 dans la collection SF métal.

Ce qui à l’époque pouvait passer pour d’aimables fabliaux prend aujourd’hui une consistance nouvelle, alors que l’on nous parle de plus en plus d’intégration, de droit du sang et droit du sol, de sans-papiers, d’identité nationale et tout le tintouin.

Michel Pagel qui alterne romans humoristiques et récits plus sérieux, plus graves dans la teneur et le propos, possède plusieurs cordes à son arc. Il construit petit à petit une œuvre solide, et s’inscrit, non seulement comme une valeur sûre de la jeune S.F. française (à l'époque de la première édition de ce roman) mais comme un romancier tout court.

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Michel PAGEL : Orages en terre de France. Réédition version numérique. Editions Les moutons électriques. Parution le 5 septembre 2014. 6,99€.

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:17

Ne sont pas forcément des chercheurs d'or !

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre.

Pour obtenir un emploi, que faut-il ? Un curriculum vitae en béton ? De l'expérience ? De la hardiesse ? De la chance ?

Surtout de la chance, car pour Karin Frémont, ce n'était pas gagné d'avance. Depuis deux ans qu'elle est demandeuse d'emploi, à vingt-quatre ans, elle commençait à désespérer. Et puis voilà, la secrétaire du riche et énigmatique Harald Schöringen, auteur à succès, lui confirme qu'elle va bientôt lui céder sa place, aspirant à une nouvelle vie, voire un mariage, ou quelque chose comme ça, tout au moins retrouver sa terre natale, la Grande Bretagne. Le fait que Karin porte un prénom à consonance germanique a peut-être été décisif.

Quoi qu'il en soit, la voici apte à devenir la secrétaire de Schöringen, spécialiste du surnaturel, ou encore à l'instar des critiques qui aiment les superlatifs : le Sherlock Holmes du fantastique, le Sulitzer du sensationnel, le Pourfendeur de spectres, en un mot un énigmologue. Il est un véritable phénomène de librairie et pourtant ses œuvres ne sont pas des romans, mais des essais, des études, des documents... Et comme elle possède une licence d'histoire, ce qui l'a amplement servie pour postuler chez Paul Emploi, Karin est plongée dans un domaine qu'elle connait bien, la recherche dans les vieux papiers et les articles journalistiques.

A priori, le travail que va effectuer Karin n'est guère contraignant. Du classement d'articles selon un processus bien défini, plus d'autres bricoles qui sont dans ses cordes. Par exemple aller acheter une pizza chez le restaurateur du coin, lorsque Farida, la femme de ménage est absente et ne peut faire la cuisine. C'est donc sans regret qu'elle quitte Paul Emploi.

Seulement, tout comme Barbe-Bleue, Schöringer interdit à Karin d'entrer dans son antre, son inner sanctum, une pièce dans laquelle il se calfeutre, un appartement dans le vaste appartement situé tout près de la basilique meringuée de Montmartre. Pour correspondre avec son employeur, elle se sert de l'interphone placé à l'entrée de l'inner sanctum, ou par messages via le système intranet de l'appartement. Rarement elle est admise à franchir l'huis de cet antre. Elle est alors face à un homme se déplaçant en fauteuil roulant, aux larges épaules.

Karin est toute contente de pouvoir enfin approvisionner son compte en banque. Elle ne possède comme amis que Josiane, connue lors de son adolescence, et Julien qui sillonne la France en tant que représentant, qu'elle rencontre de temps à autre.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la nuit, ses rêves n'étaient peuplés de visions macabres. Un homme noir, des murs de ténèbres, et autres cauchemars macabres. D'ailleurs cet homme noir il lui semble bien l'avoir entraperçu un jour en montant l'escalier pour rejoindre l'appartement.

Ce qu'elle ignore, elle aurait dû lire le roman car le lecteur lui est au courant, c'est que la bignole est en proie à ce genre de cauchemars, et qu'elle entend la nuit, quand elle est éveillée, des scriiitch... scriiitch... propices à engendrer des cauchemars.

Un beau matin, qui n'est pas si beau que ça d'ailleurs, Karin se réveille après avoir subi une fois de plus les assauts des murs de ténèbres et de l'homme noir. Près d'elle git un cadavre, un sexagénaire qui habite l'immeuble. Or un an plus tôt un homme avait disparu sans laisser de traces...

 

Nimbé d'une aura fantastique, ce roman emprunte à certaines légendes dont celle de l'homme noir. Pour autant il s'agit d'une œuvre bien personnelle que nous offre Patrick Eris, car bien avant le fantastique, c'est l'angoisse latente, qui prend peu à peu des dimensions tragiques, qui imprègne cette histoire.

Une intrigue qui se divise en deux parties, la première parisienne, qui mène Karin de son embauche jusqu'à ce matin de terreur, puis la seconde qui se déroule en province, Schrödinger ayant décidé de s'installer dans une demeure propice à continuer ses recherches et l'écriture de ses manuscrits loin de l'agitation parisienne. Mais pour cela Karin doit découvrir l'habitation adéquate dans laquelle il pourra recréer à l'identique son inner sanctum, lieu auquel il tient tant.

Un ouvrage à placer entre des romans de Georges-Jean Arnaud et ceux de Serge Brussolo, en phase avec ces thèmes de l'homme noir et de la maison-piège, non loin de romans signés Marcel Aymé, comme Le Passe-Muraille et Alexandre Dumas, pour leur côté fantastique diffus, Les Mille et uns fantômes ou Le château d'Eppstein, par exemple.

Lentement l'angoisse monte, progressivement l'épouvante étreint l'héroïne principale, tout doucement l'univers dans lequel elle est plongée se délite. Patrick Eris sait évoquer les frayeurs cachées, les mettre en scène, sans jouer sur le grandiloquent, le sensationnel.

Ce qui n'empêche pas Patrick Eris de jouer avec l'actualité et certains personnages réels. Schöringen a l'habitude de réunir un petit comité d'amis choisis, d'écrivains et de chroniqueurs, afin de dîner ensemble et passer la soirée. Mais :

Tu sais, si tu t'attendais à voir du people, tu vas être déçue ! Même ces deux frangins bizarres dont on parle à la télé, eh bien, ils ne sont jamais venus ! Schöringen les déteste.

Lorsque les fous sont plus nombreux que les gens sains d'esprit, n'est-ce pas ces derniers que l'on fait enfermer ?

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre. Collection Sentiers obscurs. Editions du Riez. Parution 9 février 2016. 308 pages. 16,90€.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 14:42

Mais d'aventure en aventure

De train en train, de port en port...

Thierry PONCET : Le secret des Monts Rouges.

Mais qu'ont-ils tous à vouloir se rendre aux Monts-Rouges ?

C'est bien ce que se demande Haig, l'aventurier qui remonte le Mékong puis la rivière Long-Stung à bord de sa péniche, La Marie-Barjo.

Il transporte une cargaison diverse mais pas avariée, qui va de la ferraille et du matériel, aux médicaments, en passant par les canettes de soda, les caisses de bière, des palettes de bidons d'huile d'arachide, du riz, en tout soixante tonnes de marchandises, de quoi ravitailler les communautés, les villages et la douzaine de compagnies forestières disséminés comme autant de points de suspension sur les berges.

il est assisté dans ses voyages et ses périples par Kim, un gamin d'une vingtaine d'années, Cambodgien d'origine et orphelin, adopté par une famille de bourgeois français, écologiste pur et dur. Une posture qui l'a amené à connaître bon nombre de déboire et d'ennuis auprès des compagnies forestières. Kim s'occupe de l'intendance et de la comptabilité.

Bozo, une vingtaine d'années, a fui les HLM sinistres et banlieusards d'une cité française et a commencé à voyager dans sa tête à l'âge de onze ans, sa première piqûre d'héroïne. Il écoute à fonds les écouteurs un CD de Tom Waits. Un punk qui sait que la vie va bientôt le lâcher, atteint du sida. Mais en ce qui concerne la mécanique, c'est un champion, presque. De toute façon, il ne manque pas de joints.

Et puis il y a Bang, le géant, qui pallie les défaillances du démarreur avec sa manivelle. Entre autres missions.

Donc, la veille du départ programmé vers les hauts plateaux, un individu se présente sur les quais de Phnom-Penh et demande à Haig de l'embarquer afin de l'emmener, il a de quoi payer affirme-t-il. Malgré toute la verroterie et l'or qu'il porte autour de ses doigts, malgré l'argent qu'il promet de donner, Haig ne veut pas l'accepter à bord. Question de principe. Et ce n'est pas parce que l'homme est Espagnol, du moins c'est ce que Haig en déduit d'après ses propos, qu'il va accéder à ses implorations. Circulez, il n'y a rien à voir.

Le lendemain, c'est tout vu. L'homme est retrouvé dépouillé de ses bijoux, la gorge tranchée. Avec l'aide de dockers, Haig le fait transporter au loin, afin de ne pas être embêté par la maréchaussée locale. Puis c'est le départ pour une nouvelle tournée des popotes.

Première escale, le petit port de Sato-Do, un village de maisons sur pilotis. Pour le docteur Chour, c'est Noël avant l'heure. Des boîtes de médicaments qui s'avèrent précieuses, des garrots, tout ce qu'il faut pour soigner les nombreux malades. Puis visite à Chœng Sam, un vieux photographe tout cabossé qui s'empresse de montrer les nombreux clichés qu'il a réalisé depuis leur dernière visite. Toujours les mêmes endroits, les mêmes photos, depuis qu'il a subi des tortures par des Khmers rouges et des Viets. Mais figure sur l'un des clichés un personnage inquiétant, d'ailleurs Chœng Sam a peur.

C'est alors qu'il se prélasse sur le pont que Haig est abordé par une jeune femme. Elle aussi veut embarquer et se rendre jusqu'aux Monts Rouges. Marisol veut retrouver son père soi-disant parti là-bas, peut-être mort à présent, à la recherche d'une mine d'argent. Elle possède des arguments solides et sait infléchir la décision de Haig de ne prendre aucun voyageur. Et c'est comme ça qu'il se trouve en compagnie d'une passagère et le début des ennuis qui se profilent à l'horizon.

Des hommes semblent les précéder dans leur déplacement, n'hésitant pas à tuer. Mais quel est leur but ? Celui de Marisol qui n'est pas une femme fragile comme elle sera à même de le démontrer ? Et Haig n'aurait-il pas une idée derrière la tête ? Le voyage sera long et surtout grouillant d'embûches de toutes sortes.

 

Dans une ambiance très exotique, lourde, poisseuse, humide, un voyage périlleux imaginé, ou transposé, et concocté par Thierry Poncet. L'histoire se déroule après la reddition des Khmers Rouges à la fin des années 1990. Le gouvernement a changé de camp, d'idéologie, les anciens Khmers Rouges se livrent au brigandage.

Parfaite illustration du roman d'aventures, un genre délaissé alors qu'il a connu ses heures de gloire ne serait-ce qu'avec Robert Gaillard, Joseph Kessel, Henri de Monfreid, Cizia Zyké, dont Thierry Poncet fut l'ami et la plume, et quelques autres aventuriers et journalistes, Le secret des Monts Rouges nous entraîne dans une pérégrination fluviale et sylvestre dans un pays encore déchiré par les guerres intestines. L'attrait de l'or et des pierres précieuses attirera toujours les flibustiers quelque soit l'endroit de la planète, du moment qu'l y a quelque chose à gratter, imaginaire ou non.

Ce roman est également un clin d'œil à Jean Hougron, du moins à mon avis, qui a vécu cinq ans environ dans la péninsule indochinoise, Laos, Cambodge, Thaïlande, exerçant de nombreux métiers dont chauffeur de camion, planteur de tabac, ramasseur de Benjoin et de corne molle de cerf, travailla au consulat des Etats-Unis et à Radio-France-Asie et en ramena des milliers de pages de notes qui lui furent précieuses pour écrire ses nombreux romans dont le cycle romanesque de La Nuit indochinoise dont font partie Tu récolteras la tempête, Rage blanche et bien d'autres succès.

Alors à quand une nouvelle aventure de Haig qui se déguste comme un bon vieux whisky ?

 

Thierry PONCET : Le secret des Monts Rouges. Une aventure de Haig. Editions Taurnada. Parution le 18 janvier 2016. 216 pages. 9,99€. Version Numérique : 4,99€.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 14:08

Ayerdhal est décédé le 27 octobre 2015 des suites d'un cancer. Mais ses romans lui survivent...

AYERDHAL : Bastards.

Le vertige de la page blanche est un phénomène bien connu des écrivains, et lorsqu'ils y sont confrontés, ils tombent dans le gouffre du manque d'inspiration. Le succès est peut-être arrivé trop vite, à moins qu'il soit atteint du syndrome du Prix Pulitzer, qu'il a obtenu avec mention très bien mais Alexander Byrd n'arrive plus à aligner plus de deux ou trois chapitres.

Natif du comté de Missoula dans le Montana, véritable vivier d'artistes en tout genre et de prosateurs mondialement connus, Alexander Byrd, Xander, a préféré poursuivre ses études, sans s'essouffler, à l'université de Columbia située dans la Grosse Pomme. Il aurait pu, par exemple devenir journaliste, il a même suivi un stage dans un journal. Non, il préfère recueillir des impressions et les consigner sous forme d'articles qui lui serviront pour ses romans. Et depuis qu'il est lauréat du fameux Prix Pulitzer, il continue d'emmagasiner sur son ordinateur des débuts de chapitre, mais cela ne veut pas se mettre en forme.

Il a rendez-vous dans Central Park avec Colum McCann, car il a décidé de s'inscrire au cours d'écriture créative. Mais le romancier qui connait les possibilités de Xander le dissuade d'y participer. Au contraire, il lui conseille plutôt de rechercher sur le terrain l'inspiration, l'idée majeure. Il lui suggère de s'intéresser à un fait-divers auquel des gamins ont assisté comme spectateurs impuissants et qui suscite de nombreuses réactions. Une vieille dame attaquée dans un quartier délabré de New-York, s'est débarrassée de ses agresseurs à l'aide de ses bras, ses jambes, d'un outil de jardin et d'un chat qu'elle promène dans un cabas.

Maria, qui travaille dans le service relations publiques de la police de New-York, et Xander sont amis depuis près de vingt ans. Ils se sont connus à l'université de Columbia, mais ont eu un parcours différent tout en étant similaire. Ils sont veufs tous les deux, ayant perdus leurs conjoints peu après leur mariage. Depuis leurs relations sont en pointillés, mais leur amitié n'est pas entamée. Xander lui demande donc de lui fournir tout renseignement susceptible de le mettre sur la piste de celle qui a été surnommée Cat-Oldie. Maria ne tarde pas à le mettre en contact avec Kyle Kentrick, fils du célèbre juge du même nom, assistant du procureur fédéral, lequel lui présente Laurence McNair, agent spécial masculin du FBI, qui vit chez lui. Les deux hommes possèdent de maigres informations sur Cat-Oldie, même si personne n'a jamais essayé de relier certaines affaires auxquelles elle a été mêlée. Ils savent qu'elle pratique les sports de combat, qu'elle entre soixante et quatre-vingt-dix ans et qu'elle se promène avec un maine coon.

Muni de ces quelques renseignements, et avec l'aval des deux hommes, Xander arpente les rues de New-York, avec sur les épaules ou dans la capuche de son blouson un stray cat pur race cent pour cent gouttière. C'est ainsi que dans le cimetière où est inhumé le magicien prestidigitateur et spécialiste de l'évasion Harry Houdini, décédé en 1926, il remarque une vieille femme qui porte un cabas avec un chat à l'intérieur et décide de la suivre. Elle emprunte un bus et il effectue le parcours à l'aide de rollers qu'il garde toujours à portée de mains dans un sac à dos. Jusqu'au moment où dans une ruelle mal famée il est agressé lui-même par quelques voyous. Téméraires, les jeunes gens, qui ignorent que Folksy, c'est le nom du matou, n'aime pas être dérangé et surtout qu'un individu quelconque puisse molester son maître. Un coup de griffe au passage, aidé par Xander qui lui non plus n'a pas les mains dans ses poches, et la venue impromptue de la vieille dame mettent rapidement fin au combat. Cat-Oldie l'emmène chez elle, à travers un dédale de rues, puis elle lui avoue qu'elle s'était rendue compte qu'il était sur ses traces. Elle lui raconte une partie de sa vie, du moins ce qu'elle veut bien en dire, peut-être en affabulant puisqu'elle prétend avoir connu Houdini, et enfin elle se présente : Bond, Janet Bond.

Ceci ne vous rappelle rien ? Eh oui, elle a aussi connu Ian Fleming, et d'ailleurs c'est sa façon de se présenter qui aurait inspiré le romancier qui avait aussi calqué son personnage sur celui d'un ami. Mais ce n'est pas tout, elle parle aussi de son ami Steinbeck et de quelques autres artistes qu'elle aurait bien connu. Alors mensonge ? Probablement, car dans ce cas il faudrait évaluer son âge à cent ans, voire plus. Racontars, affabulations ? Probablement aussi, il faut se méfier des vieilles dames, même si elles ne sont pas indignes. Xander en parle à ses nouveaux amis, mais un événement va perturber cette recherche. Maria est victime d'un accident de voiture. Accident, vraiment ? Et madame Janet Bond qui communique avec lui par messages électroniques. Vraiment bizarre...

Personnages d'écrivains vivants et morts se côtoient par le biais des connaissances et celui des souvenirs. Alexander va rencontrer outre Calum McCann, des romanciers comme Norman Spinrad ou Jérôme Charyn tandis que Janet Bond en réfère à Steinbeck et Ian Fleming. Et au détour des pages Ayerdhal ne manque pas d'évoquer Roland C. Wagner qui venait de disparaître tragiquement.

Les passages mettant en scène les chats, Szif de madame Janet et Folksy d'Alexander sont particulièrement savoureux, mais l'on sait que les chats et les écrivains ont toujours fait bon ménage, sauf peut-être depuis l'apparition des claviers d'ordinateurs.

 

L'attention d'Alexander est train de s'effriter. Toute proportion gardée, s'il adore déduire le cheminement qui mène à un raisonnement, il supporte mal qu'on lui détaille l'histoire de l'univers depuis le big-bang pour lui raconter une anecdote datant de la veille.

Au risque de décevoir l'auteur et l'éditeur, je réagis de la même façon. Et cette histoire, par trop délayée, entrelardée de graisse, même si c'est de la bonne graisse, du bon cholestérol comme affirmeraient les médecins qui désirent protéger votre santé, m'a parfois occasionné quelques moments de somnolence. C'est dommage ! Je préfère nettement les bons vieux romans des années cinquante à quatre-vingt durant lesquelles l'éditeur et l'auteur, à de rares exceptions près, privilégiaient les ouvrages ne dépassant pas deux-cent-cinquante pages. Le style était rapide, l'action présente à tout moment et les textes n'étaient pas englués dans des descriptions ou des digressions trop littéraires. Et le lecteur pouvait à loisir s'empiffrer de bouquins ce qui évidemment avait une grande répercussion sur les ventes.

Première édition : Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

Première édition : Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

AYERDHAL : Bastards. Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller. Parution 10 février 2016. 648 pages. 8,10€.

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 16:23

Le vrai faux de Defoe ?

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson.

Alors que Bernt Klesser, vieux chasseur d'épaves et de trésors, consulte une carte maritime, tandis que son navire, le Wrackjäger, mouille dans la baie de Cumberland, à l'île Robinson située au large du Chili, un commando composé de dix personnes investissent sa cabine. Le capitaine et les membres de l'équipage sont tous neutralisés, sauf un.

Il manque à l'appel Fabrizio, l'homme le plus important, celui qui dirige Flipper, le robot permettant de visionner les épaves ou autres dans les profondeurs sous-marines. Fabrizio est obligé de rejoindre ses compagnons, une petite torture à l'encontre de l'unique femme à bord qui est plongeuse (en profondeur et non pas pour laver la vaisselle) l'ayant décidé à quitter sa cachette, .

A la tête du commando russe, Douknine, un être intraitable, voire pervers, qui ingurgite des pilules afin de rester éveillé le plus longtemps possible et plus si nécessaire, leur explique qu'ils doivent découvrir l'emplacement d'un ekranoplane, un avion un peu spécial à effet de sol. Il prend ses ordres après de La Louve, une femme à la solde de Poutine, pense-t-il, et fort connue pour son intransigeance et ses décisions radicales.

Pendant ce temps à la bibliothèque du congrès de Washington, Richard Benton, le chef des Rats de bibliothèque reçoit la visite de l'ex-amiral Pilsner, qui fut son supérieur hiérarchique dans l'armée. Le vieil homme souhaiterait que le manuscrit qu'il vient de lui confier soit authentifié comme étant une version inédite de l'histoire de Robinson Crusoé ou plutôt d'Alexander Selkirk, puisque Daniel Defoe s'était inspiré d'une histoire vraie. Kerouac, l'archiviste, est chargé de vérifié l'authenticité de ces feuillets, ce qu'il fait avec un plaisir évident.

Il semblerait que Pilsner, qui a été élu comme sénateur et est chargé d'une mission auprès de la commission, avait autre chose à demander. Mais il repart enveloppé de son silence.

Richard Benton est inquiet et légèrement furieux car Antonia, une des membres de sa petite équipe de Rats, spécialiste en informatique, n'a pas donné de ses nouvelles depuis longtemps, depuis la résolution de l'affaire Goodbye Billy. Heureusement il peut toujours compter sur Maureen, la punkette aux cheveux verts, la généalogiste, qui n'a pas son pareil pour déloger les antécédents des protagonistes dont ils doivent éplucher le passé. Cette petite équipe peut également compter sur Jack, le motard et compagnon de Maureen, ami de longue date de Richard.

Et heureusement que Richard Benton peut solliciter à tout moment Jack car il échappe de peu au tir d'un inconnu et que Pilsner, qui l'avait appelé sous un prétexte donc il n'avait pas voulu donner les détails, est retrouvé mort dans son bureau, victime d'un meurtre habilement maquillé en suicide. Richard est quelque peu suspecté par le FBI, organisme auquel il a appartenu, et dont un des représentants lui rend visite. Le problème de Pilsner résidait peut-être dans l'évaporation de son fils Mark dans la nature, lui-même soupçonné de méfaits répréhensibles.

Grâce à Antonia, qui n'a pas fait réapparition pour des motifs qui lui sont personnels, et à Maureen, les deux femmes conjuguant leurs efforts, la piste de Mark les conduit jusqu'à île Robinson. Elles ont réussi, surtout Antonia, à localiser Mark à l'aide des communications téléphoniques entre le père et le fils.

Alors, ni une, ni deux, mais trois personnes s'envolent vers cette petite île du Pacifique, au large des côtes chiliennes, à la recherche de Mark tandis que Kérouac l'archiviste continue son exploration du manuscrit qui s'avère être de première main, Antonia toujours absente physiquement mais qui correspond avec Maureen. Comme pilote d'un Maule M4 antédiluvien, une jeune Française qui époustouflera ses passagers lors de l'atterrissage sur le tarmac exigu de l'île Robinson.

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson.

Et c'est ainsi que Richard et ses compagnons vont se trouver amenés à se confronter à l'équipe russe de Douknine, et que s'établiront de nombreux combats, sur terre, sur et sous mer mer et dans le ciel, avec pour sublimer ces luttes des orages et une pluie quasi perpétuelle, avec moult précisions réalistes dignes d'un professionnel de l'aéronautique et de la plongée sous-marine. D'ailleurs l'auteur évoque rapidement Clive Cussler. Mais il aurait pu éventuellement citer Tom Clancy et quelques autres dont Stephen Coonts.

Ce récit haut en couleurs et en actions est entrecoupé par le récit de l'Ecossais Alexander Selkirk, qui ne fut pas naufragé mais débarqué sur l'île Juan Fernandes après une mutinerie justifiée ou non. Comment il assiste en 1706 à l'arrivée d'une frégate arborant pavillon espagnol, auquel il ne veut pas signaler sa présence car la guerre entre L'Angleterre et l'Espagne fait rage et il ne serait pas accueilli à bord mais passé par les armes, tout comme les trois ou quatre marins qui sont amenés sur la plage et abattus. Sauf un, un gamin d'une douzaine d'années qu'il va recueillir et dont il se prend d'amitié, sentiment réciproque de la part du mousse. Comment il assistera à une bataille navale entre d'autres bâtiments espagnols et le navire flibustier sur lequel était le gamin et le naufrage de cette frégate.

 

Le but de Klesser étant donc de retrouver le trésor aztèque qu'avait amassé Hernan Cortés de Monroy Pizzaro dans le massacre de Tenochtitlan au Mexique en 1521, puis l'épisode dans la résidence du gouverneur de Véra Cruz, toujours au Mexique, au cours duquel les flibustiers mené Van Hoorn parviennent à mettre la main sur le fameux trésor en torturant la famille de Luis de Cordoba, trésor ayant sombré lors du naufrage du flibustier.

Tandis que celui de Douknine et de sa commanditaire La Louve, elle-même obéissant à une entité dont l'identité ne sera dévoilée qu'en fin de volume, est de retrouver l'ekranoplane et surtout une mallette qui gît parmi les nombreux cadavres de l'avion immergé.

Double recherche dans laquelle se perd un peu au début Richard Benton qui arrive dans cet imbroglio comme un chien dans un jeu de quilles alors que lui et son équipe, à laquelle se joignent deux charmantes jeunes femmes, sont à la poursuite du fils Pilsner tout en essayant d'échapper au(x) tueur(s) lancé(s) à leur poursuite.

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson.

Comme dans Goodbye Billy, Laurent Whale reconstitue une époque historique tout en l'intégrant de nos jours, la plaçant dans des conflits qui vont au-delà de la recherche d'un trésor hypothétique et d'une mallette à secrets.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Laurent Whale dont on peut se demander avec impatience et jubilation quelle sera la prochaine enquête des Rats de poussière, quel personnage de légende en sera le héros, d'autant qu'il reste deux ou trois faits passés sous silence et dont l'explication devrait être dévoilée dans un prochain opus, la disparition et le silence d'Antonia par exemple.

 

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson. Les Rats de poussière 2. Editions Critic. Parution le 21 mai 2015. 520 pages. 20,00€.

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