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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 07:38

Les hommes préfèrent les blondes ? Je demande sept ans de réflexion...

Philippe LAGUERRE : Manhattan Marilyn.

Si Marilyn n'avait connu un si tragique destin, l'aura dont elle jouit encore de nos jours serait-elle aussi brillante ? La question mérite d'être posée, mais vous n'aurez jamais la réponse.

Quoi qu'il en soit, Philippe Laguerre revient sur ce drame, ce destin brisé, mais également sur tout ce et ceux qui ont entouré cette étoile filante du cinéma.

Née d'un père émigré mexicain et d'une mère new-yorkaise, Kristin Arroyo milite au sein du mouvement Occupons Wall Street, avec pour slogan Nous sommes les quatre-dix neuf pour cent. A trente-quatre ans et dix années passées comme Marine en Afghanistan, elle vit seule et sans ami(e)s. Elle n'a pas eu une jeunesse facile, suivant des études à l'Université où elle était rejetée à cause de son côté Hispanique, puis l'enchaînement de petits boulots et enfin son engagement à l'armé deux mois après les événements du 11 septembre. Elle a obtenu le grade de lieutenant, profitant de ses permissions pour voyager puis elle a décidé de regagner New-York, vivant de son pécule et de l'héritage immobilier de ses parents.

A son retour elle se retrouve dans les mêmes dispositions d'esprit qu'à son départ, et sa solitude ne l'empêche pas d'analyser la situation de son pays. Elle avait compris que les lobbies pesaient toujours plus sur la société, au pont de devenir plus important même que le bulletin de vote des citoyens américains. Et c'est ainsi qu'elle s'engage dans ce mouvement dénonçant une Amérique malade de la crise économique.

En ce 12 octobre, parmi la foule qui défile dans le parc Zuccotti, elle percute un homme qui photographie les participants de cette manifestation. Il se présente, Nathan Stewart, photographe professionnel, et il aimerait réaliser plusieurs clichés d'elle et sur le combat qu'elle mène. Au départ réticente, elle cède devant les arguments de ce quinquagénaire sympathique et une semaine plus tard elle se rend dans sa galerie afin de sélectionner les photos susceptibles d'être intéressantes pour figurer dans une exposition.

En discutant avec Nathan, elle se souvient qu'elle possède une malle héritée de son grand-père, Edward Pyle, lui même photographe. Or ce qu'elle ignorait c'est qu'il était connu et reconnu dans la profession, et parmi les nombreux clichés qu'elle déniche, figurent des portraits de nombreux artistes des années 50 et 60, dont quelques tirages représentant Marylin Monroe. Nathan examine soigneusement les tirages et est interloqués par certaines d'entre elles. L'une d'elle représente Marilyn dans le désert, avec en arrière-plan une fusée. Un détail anachronique, mais d'autres photos présentent elles aussi des détails troublants.

Aussitôt Nathan décide d'organiser une autre exposition mettant en parallèle Kristin et Marilyn et lors de ce que l'on peut appeler le vernissage, elle s'aperçoit que cette rétrospective attire du monde. Notamment Michael Pear, un jeune homme qui travaille à la Fondation Monroe, un ami de Nathan. Michael, un golden boy, représente tout ce que Kristin combat, l'argent gagné facilement. Deux mondes qui s'affrontent, mais si les atomes ne sont pas crochus à leur première rencontre, bientôt ils vont tisser une complicité qui ne demandera qu'à s'exprimer plus amoureusement. Nathan n'a pas exposé toutes les photos et alors qu'il en montre certaines à Michael, un homme s'approche et sans vergogne les compulse. C'est le début d'une aventure dans laquelle Nathan va perdre la vie, et à laquelle Kristin est mêlée à son corps défendant. Car ces photographies attisent la curiosité et n'auraient jamais dû sortir de leur cachette recélant un secret d'état.

Des policiers, des agents du FBI, des membres d'une organisation nommée le Triangle de Fer défiant les lois et passant au-dessus des régimes politiques, et d'autres, n'auront de cesse de prendre Kristin pour cible, et Michael par la même occasion.

Tout est lié à ces photographies représentant Marilyn et si mystère il y a , il faut le percer afin de battre leurs adversaires qui ne manquent pas d'arguments frappants tout en défendant leur vie. Et remonte alors à la surface les thèses d'un complot, d'un faux suicide, d'un meurtre déguisé, avec pour principaux protagonistes le président américain de l'époque, et son frère, leur implication dans le décès de la vedette. Il s'agit de la recherche d'une vérité engluée dans les rumeurs et les thèses diverses, peut-être plus farfelues les unes que les autres, avancées pour cacher une réalité bien plus embarrassante.

 

Un roman ambitieux qui tient toutes ses promesses. Philippe Laguerre part d'une hypothèse qui pourrait être jugée saugrenue, insolite, mais parvient à la rendre crédible grâce à cette magie des explications étayées avec rigueur. L'invraisemblable peut cacher des vérités encore plus incroyables que la réalité et il n'est pas vain de rêver que tout ceci pourrait être vrai.

Mais au-delà du mythe Marilyn et des mésaventures vécues par Kristin et ses amis, c'est Manhattan qui se trouve en vedette. Philippe Laguerre ne décrit pas cet arrondissement de New-York comme un guide touristique mais en voyageur-explorateur tombé amoureux de cette portion de ville dans la mégapole.

Et surtout c'est le regard porté sur ses habitants, ou plutôt une frange de la population dédaignée par les administrations et les politiques. Les vétérans du Vietnam et de l'Afghanistan, des valides partis combattre pour la renommée de la patrie et rentrés éclopés, délaissés, abandonnés, trouvant refuge dans des coins improbables, dans des tunnels, mais qui possèdent encore l'honneur de survivre sans devenir des hors-la-loi.

Si le mythe de Marilyn sert de prétexte, quoi que l'égérie du cinéma y figure de façon prégnante, on croirait même presque la voir, ce roman est également une diatribe contre les agissements des multinationales qui passent les lois des Etats pour affirmer leur prépondérance financière, économiques, au détriment de la population. D'où ce mouvement des Quatre-dix neuf pour cent, qui représente le pourcentage de pauvres par rapport à celle des nantis.

Un regard sans concession et une intrigue diabolique qui monte en puissance au fil des chapitres qui s'enchainent inexorablement, un peu à la manière des feuilletons d'antan. La dernière phrase relançant l'action qui va suivre.

 

Depuis toujours, le monde appartient aux grosses fortunes. Elles sont au dessus des frontières et des lois. Elles rachètent les médias, paient les campagnes présidentielles et diffusent des divertissements abrutissants.

Nous parlons bien des Etats-Unis, non ?

Philippe LAGUERRE : Manhattan Marilyn. Thriller. Editions Critic. Parution le 19 mai 2016. 340 pages. 19,00€.

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 17:07

Sans béquilles...

Michel LEBRUN : Les rendez-vous de Cannes.

Dans le Train bleu qui le mène à Cannes pour le rendez-vous annuel des producteurs de cinéma, des metteurs en scène, des vedettes confirmées ou en devenir, et des scénaristes, une profession souvent méconnue et confidentielle, Richard Bernier retrouve inopinément Nikki, alias Nicole, qui fut maquilleuse.

Comme si ces retrouvailles, rapidement expédiées, devaient lui remettre en mémoire Mélissa, une star à laquelle une rétrospective est prévue et qui a disparu dix ans auparavant, dans des conditions non élucidées. Certains parlent d'accident, d'autres de suicide. Richard possède son opinion, mais il la garde pour lui.

A la descente du train, Richard retrouve également Quibet, un producteur qui telle la grenouille qui voulait devenir plus grosse que le bœuf possède un embonpoint conséquent mais n'atteint pas les sommets de la création. C'est un raté qui aimerait pouvoir enfin percer dans la profession.

Comme à son habitude, Richard a loué une chambre au Carlton, mais Mario Monti, producteur renommé, l'a invité dans la villa Rudolph Valentino qu'il va occuper pendant toute la durée du festival, en compagnie de sa femme Sylvia, nettement plus jeune que lui. Elle a préféré le confort et l'argent, balayant ses rêves de vedette en devenir. Richard se voit proposer d'écrire un scénario. Il est déjà en train de travailler sur un autre script mais Monti lui demande d'oublier ce qu'il fait actuellement et l'oblige avec des arguments dont il a le secret de rédiger un scénario sur la vie de Mélissa. Il a l'intention de tourner une film relatant le parcours de la vedette disparue tragiquement, et il sort de sa manche un atout imparable qui se nomme Laure Emmanuel.

La jeune actrice, complètement inconnue, grâce à un maquillage savant, ressemble étonnamment à Mélissa. Un véritable sosie, une jumelle, et Richard est subjugué par celle qui doit interpréter ce rôle alors qu'il avait écrit tous les films joués par Mélissa dont il était amoureux. D'ailleurs, pour tous, il était son amant. Richard en sera même le metteur en scène. Et deux ou trois scènes, non concluantes, sont tournées pour appâter les futurs distributeurs

Il semblerait que ce projet ne soit pas du goût de tout le monde et quelqu'un s'évertue à mettre des bâtons dans les roues afin de faire capoter le film avant même que le premier coup de manivelle soit donné. Mais est-ce une bonne idée de vouloir faire revivre une morte ? Apparemment oui puisque Quibet a lui aussi décidé de tourner un film, que tout est prêt, c'est ce qu'il affirme, et qu'il a déposé la marque Mélissa. Monti ne s'alarme pas pour si peu.

Seulement une série d'incidents, d'accidents, mortels parfois, ponctuent le séjour sur la Croisette, et Richard va être confronté douloureusement à son passé. Mais il n'est pas le seul et d'autres victimes connaîtront des fractures mortelles ou mentales dans leur vie, se brûlant les ailes au soleil de la gloire éphémère, croyant toucher du doigt la chance de leur avenir mais déchantant rapidement.

 

Dans ce roman au final presque apocalyptique, Michel Lebrun traite un sujet qu'il connait fort bien, le cinéma et surtout le métier de scénariste. Mais il s'amuse à jeter le projecteur sur les producteurs, fortunés ou non, sérieux ou non, sur les metteurs en scène à la ramasse obligés de tourner des films pornos pour subsister et tentent de se refaire une virginité, des adolescentes qui comptent plus sur leurs fesses que sur leur talent pour se faire un nom... Et bien d'autres personnages, qui prennent une part plus ou moins active dans cette intrigue comme ce photographe qui mitraille avec un appareil photo démuni de pellicules ou cette sexagénaire veuve et héritière d'un empire sucrier à qui des dons de médium lui sont révélés.

Scénariste est un métier ingrat car le grand public ne connait en général qu'une petite partie de la distribution d'un film. Les têtes d'affiche et le réalisateur principalement. Mais qui connait vraiment les noms des scénaristes sauf ceux qui ont pignon sur toile mais qui ne portent pas vraiment le film sur leurs épaules. Parfois le scénario est jugé maigre sauvé par le jeu des acteurs, mais c'est tout un ensemble d'hommes et de femmes qui gravitent autour de la réalisation d'un film et dont le fruit du succès n'est pas toujours reconnu.

Michel Lebrun ne se montre pas aussi humoristique que d'habitude dans ce roman, empreint d'une certaine nostalgie, de causticité parfois, et d'une grande part de vécu.

Au lieu du grand roman qu'il aurait peut-être pu écrire, il avait pondu une centaine de scénarios, dont la qualité s'estimait en termes de commerce. Tel sujet a fait tant d'entrées, c'est un bon sujet. Tel autre a fait un flop, il est mauvais.
Comme la plupart des scénaristes, Richard, quand il passait devant une librairie, s'estimait frustré. Il aurait aimé savoir ses œuvres dans des bibliothèques, les voir entre les mains d'inconnus, savoir que, à tout moment, quelqu'un était en train de lire un de ses livres et d'y prendre du plaisir.

Michel LEBRUN : Les rendez-vous de Cannes. Editions Jean-Claude Lattès. Parution mars 1986. 242 pages.

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 13:22

Un Tracy à suivre à la trace...

Max Allan COLLINS : Dick Tracy. Cette année ils veulent sa peau.

Kid, un orphelin, véritable gavroche, est poursuivi par des flics pour avoir volé un portefeuille. Il se réfugie dans un garage et assiste, caché, à une partie de poker entre cinq truands. Soudain surgit une voiture. Bas-d’Plafond en descend arrosant à la mitraillette les cinq joueurs. Pendant que ses compagnons, le Marmonneux et le Gratteur, ramassent les portefeuilles, le Kid réussit à s’échapper.

Pendant ce temps, Dick Tracy et Tess, son éternelle fiancée, assistent à une représentation à l’Opéra. Tracy a juré de ne pas se marier avec Tess tant qu’il n’aura pas mis sous les verrous Alphonse Capricio alias Big Boy Caprice, le responsable de la mort du père de la jeune fille.

Grâce à sa montre gadget, Tracy est rapidement mis au courant de la tuerie. Malgré le vol des portefeuilles, il identifie sans problème les corps. L’un des malfrats abattus appartenait à l’équipe de Manlis le Lippu, propriétaire du Club Ritz et Tracy soupçonne Capricio d’être à l’origine de ce règlement de compte.

Frisson Mahoney, une très belle jeune femme, tient la vedette comme chanteuse au Ritz. Elle se fait embarquer, avec Manlis le Lippu, par trois policiers. Pat, un flic qui aide Tracy, en planque près du club, s’aperçoit du manège, subodore une combine vaseuse et suit les kidnappeurs. L’un des ravisseurs n’est autre que Bas-d’Plafond. Il emmène ses otages à Big Boy Caprice qui fait signer à Manlis un papier par lequel il lui cède son club. Puis Manlis finit sa triste vie dans une caisse remplie de ciment frais tandis que Pat est assommé par le Marmonneux, l’un des hommes de Big Boy.

Tracy le retrouve et abat les trois faux policiers. Il convoque dans son bureau Bas-d’Plafond, le Gratteur et le Marmonneux. A bout de force et la soif aidant, le Marmonneux fait une déposition que Tracy garde sous le coude.

Quelques jours plus tard, dans une salle du Club Ritz, Caprice réunit un congrès de truands de la ville et leur propose de s’associer, les invitant pour l’inauguration du club, prévue pour le lendemain. Mais cette conférence compte un spectateur clandestin, Tracy. Un second personnage a également tout observé, un personnage sans visage, tout de noir vêtu.

Repéré, Tracy est enlevé par Bas-d’Plafond et ses acolytes, enfermé dans la cave d’un immeuble dont la chaudière est prête à exploser suite à un sabotage. Mais le Kid parvient à sauver son protecteur in extremis. Peu après, Frisson propose à Tracy de l’aider à arrêter Caprice et l’embrasse « chastement » sur la joue. Hélas la marque de rouge à lèvre subsiste, ce qui attise la jalousie de Tess.

Touche-d’Ivoire, le pianiste, révèle à Caprice qu’un inconnu habillé de noir et sans visage lui a offert cinq mille dollars pour lui porter un message qui propose, outre de mettre Tracy sur la touche, de l’argent. Caprice fait savoir qu’il accepte la proposition de l’Effacé, surnom donné au mystérieux personnage. Ce dernier prend Tess en otage et se débarrasse de Tracy en le droguant.

 

Cette œuvre détonne dans la production de Max Allan Collins, habitué a écrire des romans plus sérieux, excepté peut-être les ouvrages mettant en scène Mallory.

Il nous donne ici un livre drôle, jubilatoire, incitant à la bonne humeur malgré quelques scènes tragiques, alerte, vivant et rondement mené. Même l’intrigue est solidement construite. Quant aux personnages, campés d’une manière forte et caricaturale, renforcée par leur patronyme, ils reflètent véritablement ceux croqués à l’origine dans les bandes dessinées de Chester Gould.

Jean-Louis Touchant a disséqué d’une façon magistrale et fort érudite la saga de Dick Tracy dans la revue 813 n°31, avril 1990.

Max Allan COLLINS : Dick Tracy. Cette année ils veulent sa peau. Traduction d'Oliver de Broca. D'après le scenario de Jim Cash, Jack Epps Jr, Bo Glodman & Warren Beatty.

Coédition Edition N°1 & Michel Lafon. Parution août 1990. 332 pages.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 13:01

Et des amputations mystérieuses...

Alexandre DUMAS : Le docteur mystérieux.

Des maisons d'éditions proposent depuis des années des rééditions de ce roman, soit en version numérique, soit en version papier, mais la plupart n'offrent que des versions abrégées ou largement amputées.

Ce qui fait que de nombreux lecteurs ne reconnaissent pas la patte de Dumas (et de ses collaborateurs) et trouvent l'histoire un peu légère, principalement son approche de la Révolution.

Aussi cette chronique est écrite d'après l'ouvrage paru en 1966 aux éditions Gérard dans la collection Marabout Géant N°256. 512 pages.

 

Médecin installé depuis trois années à Argenton, dans la Creuse, Jacques Merey préfère soigner les petites gens et refuse une patientèle riche et noble. Auparavant il habitait Paris et nul ne sait quelles furent les raisons qui l'ont amené dans cette petite ville de province.

S'il est apprécié des pauvres, il est aussi décrié, car ses méthodes ne sont pas en concordance avec celles de ses confrères, des rétrogrades issus des médicastres mis en scène par Molière. Ainsi il hypnotise des malades et surtout des blessés afin de prodiguer les premiers soins sans être importuné par les cris de douleur de ses patients, et pouvoir opérer en toute tranquillité d'esprit, aussi bien pour lui que pour celui qui les reçoit. Et bien entendu, certains n'hésitent pas à propager la rumeur d'une quelconque sorcellerie de sa part tandis que d'autres ne cessent de louer son humanisme.

En ce 17 juillet 1785, des gens du château de Chazelay sont dépêchés par le seigneur du lieu afin qu'il mette fin à la terreur qu'inflige un chien enragé dans la cour de la demeure. Il n'a pas l'intention de se déplacer mais Marthe, sa vieille servante, lui demande de rendre ce service, malgré son antipathie envers le marquis, car des valets et des paysans sont susceptibles d'être mordus par le canidé enragé.

Celui qui se définit comme le médecin des pauvres et des ignorants parvient à maîtriser le chien en le regardant fixement dans les yeux et afin de lui épargner la vie, le recueille. L'animal se montre affectueux envers ce nouveau maître et quinze jours plus tard, l'entraîne au cœur d'une forêt proche d'Argenton jusqu'à une cabane. Vivent là un bucheron, braconnier à ses heures, et sa mère. Scipion, puisqu'ainsi se nomme le chien, leur fait fête mais surtout Jacques Merey aperçoit acagnardée dans un coin, une enfant.

Il l'a ramène chez lui et en compagnie de Marthe la soigne, l'éduque, car Eva, ainsi décide-t-il de la prénommer, est une innocente, une idiote, qui ne parle pas et semble ne pas comprendre ce qu'on lui dit. Les seuls mouvements de sympathie, d'affection qu'elle montre, le seul sourire qui éclaire sa face, sont destinés à Scipion qui lui-même ne ménage ses démonstrations de joie à retrouver la gamine de sept ou huit ans.

Chez lui, avec l'aide de sa fidèle Marthe et de Scipion, Jacques Merey va apprivoiser l'innocente, lui délier la langue, lui apprendre ensuite à lire, à jouer du piano, bref à transformer la chrysalide en un magnifique papillon, en employant des procédés innovants pour l'époque, comme l'électrothérapie. Et l'affection ressentie par le médecin envers sa jeune protégée se transforme peu à peu en un doux sentiment amoureux qui est partagé.

 

Sept ans plus tard, le Marquis de Chazelay a appris qu'Eva, qui est sa fille et se prénomme Hélène, a été soignée par Jacques Merey et qu'elle est devenue une jeune fille fort avenante et instruite. Il décide de la récupérer, au grand dam des deux amants (dans l'acception du terme du XIXe siècle, c'est à dire les deux amoureux) et de la placer dans un couvent.

Jacques Merey remet Hélène solennellement au Marquis de Chazeley en lui formulant qu'elle est belle, chaste et pure digne d'être la femme d'un honnête homme. Une autre mission attend Merey, car il vient d'être nommé membre de la Convention et doit se rendre immédiatement à Paris, rejoindre ses amis Danton et Camille Desmoulins. Ceci se déroule en août 1792.

C'est avec regret qu'il quitte Argenton, déclarant qu'il est un philosophe et non un homme politique, médecin et non législateur. Acerbe il continue sa diatribe auprès du maire d'Argenton qui lui a obtenu ce poste auprès de la Convention et lui dit de prendre sa lancette, le bistouri et la scie car il y a de l'ouvrage à la cour pour les médecins et surtout les chirurgiens en prononçant ces paroles : Comme chirurgien, la place est prise, et vous avec là-bas un terrible tireur de sang qu'on appelle Marat.

Dans la capitale, Merey retrouve donc avec plaisir ses amis Danton et Desmoulins, et il participe comme émissaire aux batailles de Valmy puis de Jemmapes. Les heurts entre Danton, Robespierre, Marat et quelques autres ne font que s'amplifier et Danton est sur la sellette. Même si Merey ne partage pas tous les sentiments qui anime l'Aboyeur, le surnom du Georges Danton, il ne l'abandonne pas dans les moments critiques. Toutefois fidèle à son statut de médecin il vote la prison à perpétuité pour Louis XVI, refusant de se prononcer en faveur de la peine de mort. Un avis curieusement partagé par Monsieur de Paris, le bourreau Charles Sanson.

Ce sont des années de Terreur et Jacques Merey est invité à surveiller les agissements de Dumouriez, convaincu de trahison. Il se rend utile aux généraux Arthur Dillon et Miakinsky, sous les ordres de Dumouriez, lors de batailles dans la Meuse, grâce à ses connaissances du terrain, étant natif de la région. Il se rend à Valmy, à Jemmapes, dans le nord de la France et en Prusse, toujours pour le compte de la Révolution, sans oublier sa jeune protégée. Il essaie de savoir où elle réside mais les événements se précipitent, et il est soit constamment par monts et par vaux ou à Paris assistant au démêlés qui mettent aux prises les principaux ténors de la Convention.

 

Connu pour ses infidélités à l'histoire de France, Dumas se défend par ces phrases : les historiens et même les légendaires ont été rarement justes pour Louis XVI. Les légendaires étaient presque tous de la domesticité du roi. Les historiens sont presque tous du parti de la République. Soyons du parti de la postérité, c'est le droit du romancier.

S'il ne relate pas fidèlement les événements qui se sont déroulés entre 1792 et 1793, Dumas appose sa patte, et il est parfois virulent envers certaines personnalités de l'époque, et vitupère notamment contre le Pape Pie VI, le traitant de pontife bellâtre et l'accusant d'avoir ensanglanté la terre française, notamment par ses agissements et ses conseils dans la guerre de Vendée, des épisodes que ne connut pas le romancier mais sûrement informé par des écrits de son père, Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie dit le général Dumas.

On retrouve la fougue qui a forgé le succès des Trois Mousquetaires et autres romans plus connus que ce méconnu Docteur mystérieux, mais également cette conviction révolutionnaire qui l'anime, tout en présentant certains des personnages historiques sous un jour complètement différent de celui qui nous est habituellement présenté. Danton, par exemple, dont il nous fait partager l'intimité et les convictions, se montre plus humain que le Danton des livres scolaires. Mais l'on sait que même les historiens, qui vivent bien longtemps après les événements décrits, se réfèrent à des textes souvent écrits soit par des laudateurs, soit par des partisans animés de mauvais esprit, et dont les textes reflètent souvent la partialité qui les anime.

Ce roman posthume d'Alexandre Dumas parut pour la première fois en 1872, Dumas décédant en 1870, mais fut écrit en 1868 et fait partie de Création et Rédemption, la seconde partie étant La fille du Marquis.

Ouvrage paru en 1966 aux éditions Gérard dans la collection Marabout Géant N°256. 512 pages

Ouvrage paru en 1966 aux éditions Gérard dans la collection Marabout Géant N°256. 512 pages

Editions Coda. Contient la suite : La fille du marquis. Parution décembre 2009. 650 pages.

Editions Coda. Contient la suite : La fille du marquis. Parution décembre 2009. 650 pages.

Alexandre DUMAS : Le docteur mystérieux. Editions Archipoche. Parution 1er octobre 2014. 7,65€. 240 pages

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 13:01

Maman les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ?

Sandra MARTINEAU : Dernière escale

Evidemment non, pourtant l'un des passagers qui embarquent sur le Cruise Costantino en a eu, et des fameuses.

A trente cinq ans, Richard Dorval, ancienne gloire du football adulée des foules, ayant évolué dans les plus grands clubs européens, est au chômage. Licencié pour une succession de scandales, drogue, alcool et sexe, il n'a pas arrangé son aura familiale avec la parution de sa biographie.

Une petit croisière de six jours sur la Méditerranée pourrait sauver son couple qui part en lambeaux mais était-ce une bonne idée d'emmener les enfants, Eléonore, huit ans, et Matthieu, quatorze ? Seul l'avenir le dira, mais déjà à l'embarquement de petits accrochages perturbent une attente qui n'est guère cordiale. Richard a planté tant de coups de canif dans le contrat de mariage qu'il va sûrement avoir du mal à se faire pardonner. De sa femme Suzanne principalement. Mais Matthieu entre dans l'âge bête, l'âge ingrat, ingrat double même, et il est devenu grincheux, n'acceptant pas les remontrances venant d'un père qui fut souvent absent du foyer familial.

Quant à la petite Eléonore, elle est encore insouciante et traîne en permanence son doudou, monsieur Astro. Richard la couve, obnubilé par un épisode de son enfance. Il a toujours peur qu'il arrive quelque chose à Eléonore, qu'elle se fasse enlever. Déjà quelques années auparavant Eléonore a failli se noyer, alors que Matthieu était censé la surveiller.

Cet épisode douloureux le ramène à sa propre enfance alors qu'il était dans un jardin public avec sa sœur Lucie. Un moment d'inattention, et Lucie avait disparu, kidnappée par un inconnu. Un homme qui avait été retrouvé plus tard et emprisonné, mais Lucie était morte. Depuis les années ont passé et l'homme a recouvré sa liberté.

Un journaliste, qui a reconnu Richard, veut absolument le photographier et écrire un papier destiné à une magazine à sensation, ce qui lui permettrait de se faire un nom. Alors il le suit essayant de le prendre en photo et décrocher un entretien. Il pense réussir lors du pot d'accueil organisé par le commandant et son équipe dans la salle de théâtre. Le pacha présente une médium qui éventuellement donnera des consultations publiques ou privées. Or lorsque cette médium aperçoit Richard elle s'évanouit.

Un incident de parcours sans aucun doute. Mais qui ne sera pas le seul. Eléonore et Matthieu pourront s'occuper au jardin d'enfants, dont la responsable Alexia est particulièrement avenante. Ce qui n'arrange pas l'adolescent qui ne veut pas s'encombrer de sa sœur.

Les évènements se bousculent au portillon et bientôt Richard retombe dans ses travers, le sexe et l'alcool. Il faut dire qu'Alexia y est pour beaucoup, l'incitant à une réunion particulière où ils ne sont qu'eux deux. Seulement le journaliste toujours sur les bons coups les surprend dans une position non équivoque à leur insu. Et tournant en boucle dans l'esprit de Richard cette peur concernant un enlèvement de sa fille. Quant à l'alcool, il lui joue de mauvais tours. C'est ainsi qu'il se retrouve à l'infirmerie du bord, soigné par une accorte infirmière.

Suzanne est dans des dispositions contradictoires à son encontre, versatile dans son comportement. Parfois colérique, parfois enjouée, elle souffle le chaud et le froid sur leurs relations. Un détective, un homme en lequel Richard croit reconnaître le ravisseur de Lucie, des officiers qui tournent autour de Suzanne et dont elle a fait la connaissance lors d'une précédente croisière en compagnie d'une amie, autant d'individus qui se dressent devant Richard dont la raison tend à vaciller. Chaviré mais pas coulé.

 

Sandra Martineau monte le suspense comme on monte une mayonnaise. Le récit prend peu à peu de la consistance dans une sorte de huis-clos malgré les quelques milliers de passagers qui évoluent dans ce navire. Au début l'histoire semble tâtonner, les personnages se mettent en place progressivement, puis émergent des protagonistes qui prennent une posture prépondérante, et le lecteur est confronté à deux visions ou presque.

D'abord le récit de Richard entrecoupé d'une narration impersonnelle. Peu à peu, au cours des différentes escales, on sent la tension monter pour arriver à un final éblouissant.

Je retiendrai, par exemple, l'escale italienne avec la visite de Rome qui n'a rien de romanesque pour Richard, au contraire. Il subit des événements fâcheux, qui ressemblent à une descente en Enfer telle que David Goodis aurait pu en écrire et décrire.

Je suis arrivé au bout de cette croisière satisfait et comblé du voyage proposé qui comporte en guise de pot d'adieu un épilogue à double détente.

Sandra MARTINEAU : Dernière escale. Roman policier mais pas que... Editions Lajouanie. Parution le 15 avril 2016. 312 pages. 19,00€. Existe en version numérique à 12,99€.

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 13:49

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Inédit. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €. Existe en version numérique : 5,99 €

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 09:11

Allez comprendre pourquoi Stan Kurtz, trentenaire et ancien standardiste, est devenu détective privé !

Stan KURTZ : Série B. N°1/6.

En général ce sont d'anciens flics qui briguent cette profession. Du moins c'est ce que pense Miss Boxer en pénétrant dans l'officine du héros narrateur de cette histoire.

Stan Kurtz a beau objecter qu'il ne s'occupe pas de meurtre, d'homicide, d'assassinat, son truc ce sont les divorces, les défauts de pension alimentaire, et autres bagatelles ne prêtant guère à conséquence physiquement, elle n'en a cure.

Miss Boxer a jeté son dévolu sur Kurtz et preuves à l'appui, elle lui tend une enveloppe bourrée de liquide. Mais du liquide solide, je précise, de bons et vrais beaux billets. Cela infléchi la décision de Kurtz qui de toute façon n'a jamais su tenir une promesse, c'est lui-même qui l'avoue.

Bref Miss Boxer en réalité est mariée avec Valentin, le disparu, chanteur sans réel talent et succès dans un cabaret. Disparu ou mort, telle est la question auquel Stan doit répondre. En guise d'indice, Miss Boxer lui remet un disque vinyle sur lequel ont été inscrits une date et un numéro de téléphone. Par contre elle ne possède pas de photo de Valentin, ce qui pour un artiste est plutôt incongru.

Alors que Stan règle son ardoise dans son bar habituel, deux individus pénètrent et le tabassent, lui laissant en dédommagement un bout de papier sur lequel, remis de ses émotions, il peut lire : Abandonnez.

Son indice téléphonique tombe à l'eau car comme le précise la Voix féminine au bout du fil, Il n'y a plus... Vous connaissez la suite. Autant noyer la déception dans un verre de whisky.

Entre deux vodkas, faut bien varier les plaisirs, Stan apprend au Flamingo par Murène, son indic attitré, que Valentin n'était pas du genre à coucher avec une femme et donc n'était pas marié. Pas de corps à se mettre sous la dent, donc pas de mort, subtile déduction, mais quand même, Stan a été payé pour retrouver Valentin et éventuellement sa dépouille. Alors Murène lui conseille de se renseigner auprès de Kathryn, chanteuse susceptible de lui fournir des renseignements puisqu'elle servait d'entremetteuse entre le disparu et de jeunes hommes.

Il rencontre à nouveau les deux gus, dont un se prénomme Gus justement, mais il a présumé de ses capacités pugilistiques, et il se réveille à l'hôpital. Avec une bonne et une mauvaise nouvelle à encaisser. La bonne, c'est qu'il est vivant. Pour le lecteur aussi, c'est une bonne nouvelle, car le bouquin n'est pas terminé. La mauvaise nouvelle réside dans cette annonce : vous avez une tumeur au cerveau et vous devez consulter immédiatement et pas plus tard que tout de suite un cervologue ou quelque chose d'approchant. Et dans ces cas là comment réagit-on ?

Bien, l'histoire continue malgré les nombreuses blessures à soigner.

 

Alors on pourrait décliner ce qui va arriver à Stan d'après les notes prises par notre détective :

Valentin Boxer, Kathryn, le Révérend, Topolski, Gina, Victor et Gus, le Flamingo, course-poursuite, crash en voiture. Raclées. Hôpital. Un quidam bouffé par les rats au fond d'un cargo. Je notai tout. L'impression de remplir mon propre testament.

 

Je sais, écrit comme ça, cela semble un peu fouillis, d'autant que certains épisodes vous ont échappé. Normal, c'est une synthèse. Vous allez vous demander, par exemple, mais qui est Gina ? Tout ce que je peux vous confier, sans trop déflorer l'intrigue, c'est qu'il y a de l'or en Gina...

Débutant comme un roman policier traditionnel, classique, avec un détective au portefeuille dégarni, quelque peu alcoolo, et qui pense trouver le filon avec l'intrusion inopinée d'une belle jeune femme éplorée dans son agence.

Oui, au début, un roman noir franco-américain mais comme il s'agit d'une histoire complètement décalée, le roman d'aventure débridé se profile et bientôt la silhouette d'un savant fou s'impose. Stan Kurtz aura bien du mal à résoudre cette enquête qui lui coutera un bras.

Une succession effrénée d'épisodes rocambolesques, et cet adjectif prend tout son sens, car le roman-feuilleton (une suite est prévue) est digne en tout point de ces grands feuilletonistes et romanciers à rallonge que furent Ponson du Terrail, créateur de Rocambole, Marcel Allain et Pierre Souvestre, Paul Féval, Arnould Galopin ou encore Jean de La Hire.

Stan KURTZ : Série B. N°1/6. Editions Fleur Sauvage. Parution le 4 septembre 2015. 214 pages. 8,00€. Version numérique 3,99€.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 09:44

Bon anniversaire à Gilbert Gallerne, né le 2 avril 1954.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure.

Venu rejoindre son amie dans un coin perdu de l'Arizona, Bernard Bordes, écrivain, a la désagréable surprise de ne point voir Axelle au rendez-vous.

A l'hôtel où il pose ses valises, personne n'a vu la jeune femme. Pourtant ce n'est pas dans ses habitudes de lui poser un lapin. A moins qu'elle n'ait eu un empêchement inopiné.

Résigné à l'attendre il se promène dans les environs de Perdida. Un patelin qui porte bien son nom.

Il découvre au milieu du désert, enchâssé dans une sorte d'amphithéâtre, un dolmen qui porte des traces brunâtres. Comme si du sang avait séché sur cette table de sacrifice dont il ne peut établir si son érection remonte à quelques années ou quelques siècles. Retournant sur ses pas il découvre des écailles de peinture sur un rocher, puis aperçoit une voiture au fond d'un ravin.

A l'intérieur de l'habitacle il trouve un pendentif qui appartient à Axelle. Preuve que la jeune femme est venue dans la région. Une avalanche de pierre se déclenche et il a tout juste le temps de se cacher dans une anfractuosité du terrain.

Cela devient de plus en plus louche. D'autant qu'un gamin lui remet, à son retour au village, un mot d'Axelle lui indiquant qu'elle loge dans l'autre hôtel du village. Mais là non plus pas trace de la jeune femme.

 

Gilbert Gallerne, qui a signé quelques romans sous le pseudo transparent de Gilles Bergal et sous celui de Milan, avoue que son enfance a été baignée avec les aventures de Bob Morane.

Une atmosphère de fantastique que les amateurs du genre apprécieront, d'autant que l'humour y est toujours présent, même dans les moments dramatiques.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure. Collection Aventures et Mystères N°14. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 192 pages.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 12:31

C'est l'effet papillon...

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide.

26 décembre 2011. Lille la nuit, sur les bords de la Deûle.

Anouk Furhman inspecte les bords des quais à la recherche d'un tueur en série qui doit théoriquement être présent et peut-être même habiter à bord d'une barge. Elle le repère et essaie d'entrer en contact avec son ami l'ex-commandant Léo Matis. Celui tarde à répondre, elle prévient ses collègues, s'étant réfugiée dans sa voiture.

Lorsque Matis arrive enfin sur les lieux, il est vertement rabroué par l'un des responsables des forces de l'ordre. Anouk a été grièvement blessée par des hommes qui ont tiré sur elle et sont partis emmenant le suspect de meurtres en série sur des femmes.

Seul le procureur Dudzinski, qu'il connait depuis près de trente ans, lui garde une certaine amitié. Matis est effondré, le pronostic vital d'Anouk est engagé et c'est sa faute si elle est à l'hôpital entre vie et mort. Matis avait fourni des informations à son ancienne collègue et amie, mais il n'avait pas su assurer par la suite. La faute à l'alcool.

Le lendemain, l'esprit encore encombré des vapeurs de l'alcool, Matis se rend à l'hôpital prendre des nouvelles d'Anouk, puis rentre chez lui à Bruxelles. Quatre jours plus tard, le 31 décembre 2011, Dudzinski lui donne rendez-vous dans un bar. Il tient à lui montrer une photo, datant des années 60/70, représentant deux hommes discutant dans un parc. L'un des photographiés était fort connu en son temps. Il s'agit de Fabiew, un espion russe de la grande époque. Au dos de la photo, retrouvée dans la boîte aux lettre d'Anouk, une date : 1er mai 1968.

Matis s'étonne se demandant non sans raison quel rapport il peut y avoir avec Boily, le tueur en série enlevé sous le nez d'Anouk. Pour Dudzinski, il n'existe aucun doute. Ce sont les Russes qui ont enlevé Boily. Mais pourquoi, à quelles fins ?

 

Plus tard, ailleurs. L'homme, qui s'exprime à la première personne, est enfermé et subit des tortures morales et physiques. Ceux qui l'ont enlevé et le supplicient ainsi connaissent tout de son passé, de son activité de tueur en série, jusqu'aux noms de ses victimes. Une lente mise en condition organisée par le Colonel. Une programmation mentale afin de lui inculquer une autre forme de s'exprimer, mais dans un domaine semblable. Du statut de tueur en série il est programmé pour devenir tueur à gages.

Le Colonel possède ses raisons pour manipuler ainsi Boily, car c'est bien de lui dont il s'agit. Pour des motifs politiques qui lui sont propres.

 

Quelques semaines plus tard, après une sérieuse cure de désintoxication, Matis retrouve Dudzinski pour une nouvelle séance d'informations et de travail. Selon des sources fiables, Boily serait aux Etats-Unis pour mener à bien une mission délicate. Et Matis doit le contrer. Alors lui aussi s'envole pour New-York, descendant dans le même hôtel huppé que Boily.

 

Débutant comme un roman policier noir, Chrysalide bifurque légèrement vers le roman d'espionnage pour se terminer en apothéose dans le genre roman d'aventures.

Dès le prologue, daté du 31 décembre 1968, le lecteur sent qu'il va planer en lisant cet ouvrage, puisqu'un personnage regarde à la télévision le reportage concernant le premier vol d'essai du Tupolev. Un mastodonte dont les ressemblances avec le Concorde étaient troublantes.

Mais Jean-Marc Demetz fait jouer à ses protagonistes une terrible partie de poker-menteur, à l'issue incertaine, car la manipulation guide un grand nombre des personnages évoluant dans ce roman endiablé traversant allègrement les frontières puisque le dénouement nous entraîne jusqu'au Canada, dans une région désertique où plane l'ombre de Jack London. Mais les maîtres du jeu ne sont-ils pas manipulés eux-mêmes ?

 

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide. Abysses éditions. Parution le 23 mars 2016. 182 pages. 12,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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