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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 06:45

Ou d'un vendeur de cauchemars ?

Anthelme HAUCHECORNE : Journal d'un marchand de rêves.

La frontière entre rêve et réalité est perméable, entre sommeil et réveil une passoire, et le lecteur ne sait plus exactement où il se trouve, même s'il est toujours en compagnie du narrateur, Walter Krowley.

Fils délaissé d'une famille dont le quotidien est voué au cinéma, Walter vit à Hollywood. Ayant perdu sa mère tout jeune, il cohabite avec son père, sa belle-mère et ses deux filles, qui par un effet extraordinaire sont les demi-sœurs de Walter, et les premiers mots qu'il a balbutié étaient bien évidemment des références cinématographiques. Non, pas des titres de films, mais ce qui se trame autour de la réalisation d'un film.

Mais à dix-huit ans, Walter a été enfermé au Camarilla Mental Hospital d'Hollywood, un asile psychiatrique pour soigner les dépendants, à la drogue et autres substances. Son dossier médical n'est guère épais, normal puisqu'il ne mentionne qu'une anorexie bénigne. Sans compter les scarifications et autres automutilations. Que voulez-vous, à cet âge-là, il faut bien s'occuper.

Son problème majeur était peut-être du nom de Trevor Trump, dont le père est le premier fabricant américain d'engrais potassiques et phosphatés. Des produits qui n'ont aucun effet bénéfique sur le cerveau apparemment. Bref en compagnie de Trevor, Walter se mesure à la mort en voulant vivre sa vie, et un beau (?) jour, les deux amis, lancés à bord de leur Humer, percutent un véhicule, avec au compteur deux morts et demi. Un couple, dont une femme enceinte, qui se trouvait sur leur trajectoire, laquelle trajectoire indiquait sans contestation possible que Trevor était en tort.

Et c'est comme ça que tout a commencé, ou continué.

Walter veut devenir scénariste, quant à faire on ne change pas une équipe qui gagne son argent dans le cinéma, et ce sont ses rêves qui vont alimenter son imagination qui parfois se trouve défaillante sur le papier.

Walter est dans sa chambre, sur son lit, important de préciser, a-t-il dormi ou non, mais d'un seul coup il se rend compte qu'il n'est pas chez lui, ou alors tout est chamboulé. La pièce s'est transformée en boudoir bleu, une espèce d'olibrius est sous son sommier, c'est son Ça auquel il est attaché par une chaînette, et lorsqu'il ouvre la porte de son armoire qui n'est pas son meuble mais celui de Trevor, il se retrouve au dehors, ce qui est illogique puisqu'il habite à l'étage.

Pourtant il est bien au dehors, à Doowylloh, le Gouverneur fait passer ses messages, il les a entendu à la télévision, et la vie d'un Rêveur n'est pas simple.

Au cours de ses déambulations il fait la connaissance de Spleen, il se confronte à d'horribles personnages, il divague dans une région nommée Brumaire, il dérobe la carte perforée de Wild Bill, fonctionnaire cartographe en réinsertion, s'oppose à Davis, un drone, puis il rencontre Banshee qui ne jure que par les Oniromanciens, puis tous deux sont confrontés à Butch "Son of a Gun" Smoke et ses Outlaws, vont travailler dans des carrières de sable, et bien d'autres aventures qui défilent en un rythme rapide, trépidant, parfois saccadé, comme ces vieux films qui défilaient et sautaient parfois hors de leur crans d'entraînement.

Comme dans les bons romans d'aventures d'antan, le mystère rôde, l'amour n'est pas loin, et par un effet boule de neige, la vengeance sinue jusqu'à son point de paroxysme. Et l'on ne peut s'empêcher de songer à l'armoire magique du Monde de Narnia ou aux aventures d'Alice au Pays des Merveilles. Comme ça en passant.

 

Rêves ? Plutôt des cauchemars subis par Walter, des songes oniriques qui le laissent pantelant, ne sachant plus, le lecteur non plus, s'il est éveillé, s'il dort, s'il est sur la corde raide entre Eveil et Ever.

Un roman troublant, presque démoniaque dans sa construction et dans lequel on voyage comme dans une succession de tunnels débouchant sur des paysages de fiction, ou plutôt à bord d'un train fantôme interminable qui vous secoue, vous offre de multiples mésaventures, dont on sait qu'il s'agit de mises en scènes mais auxquelles on donne le crédit de la réalité tout en sachant qu'on effectue un voyage virtuel.

Un roman décalé, déjanté, et pourtant on se dit que ces aventures, décrites avec pertinence, pourraient très bien être réelles, en y mettant un peu de bonne volonté et beaucoup d'imagination. Ne vous est-il jamais arrivé de rêver des épisodes extraordinaires et de continuer à les vivre en étant à semi-éveillé, ne désirant pas ou ne pouvant pas sortir d'une sorte d'emprise.

Il s'agit presque d'un exercice de style auquel on adhère, certes, mais pas à renouveler trop souvent, l'addiction pouvant s'installer.

 

Dans le Temps du rêve, il n'y a ni passé, ni présent, ni avenir, m'a-t-elle appris. Les songes ne respectent aucune chronologie, toutes les potentialités s'y mêlent.

Anthelme HAUCHECORNE : Journal d'un marchand de rêves. Collection Pepper. Editions Atelier Mosesu. Parution le 11 octobre 2016. 560 pages. 19,00€. Version numérique : 6,99€.

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 10:58

Coule plus épais que l'eau...

Thierry PONCET : Le sang des sirènes.

Âgé de seize ans et demie, Haig quitte la capitale pour se lancer vers l'Aventure, sans avoir véritablement de projets.

Trois mois auparavant sa mère est décédée d'un cancer. Son père, il ne l'a pas connu, finissant sa vie dans une geôle de Thaïlande complètement drogué. Haig a été élevé parmi les piliers de bistrot d'un café-brasserie-PMU de Courbevoie où a travaillé sa mère pendant quinze ans. Mais depuis deux ans, il ne voyait guère plus sa mère, Maya petite abeille alternant allègrement baffes et caresses, trop occupé qu'il était à vadrouiller et organiser de petites combines.

Plus rien ne l'attache dans ce coin de banlieue parisienne, alors il se procure de vrais faux papiers, passeport et permis de conduire plus carte verte ainsi qu'une vieille 504 achetée à crédit jamais remboursé.

Passage en Espagne, puis arrivée à Ceuta. L'enclave espagnole dans le territoire marocain. Puis l'attente à la douane. Ce n'est pas la voiture qui régurgite de l'huile mais bien Haig qui fait dans son froc. Ce n'est qu'une image. Toutefois il se demande s'il va pouvoir franchir les barrières sans encombre ou si le douanier va lui signifier que les papiers sont falsifiés. Il est vrai qu'il parait plus vieux que son âge, mais quand même.

Heureusement, grâce à une diversion il peut entrer sur le territoire marocain, et à bord de son antique 504 il s'engage sur de petite routes jusqu'à un village du nom de Khénifra. Haig a plein de projets qui lui tourbillonnent dans la tête mais il n'avait certes pas prévu de rencontrer sur sa route un jeune braqueur.

Haig recueille Ferraj à bord de son véhicule, échappant ainsi aux policiers. Ce qu'il croit car ceux-ci connaissent mieux la région que lui et leur voiture un peu plus puissante. Quoi que... Ferraj possède un revolver et il s'en sert. Sinon pourquoi trimbaler une arme si c'est pour faire joli... Bref, Ferraj utilise son arme, le véhicule se renverse et il achève les blessés. Pas de détail.

Seulement dans la course-poursuite la 504 de Haig a été endommagée et Haig est obligé de s'arrêter dans une ferme habitée par une femme et ses deux enfants. Un garçon de son âge et une fillette.

Ferraj est complètement barjo par l'alcool qu'il ingurgite et la drogue dont il use abondamment. Tout part en vrille. Haug va faire l'apprentissage de la violence.

 

Troisième aventure de Haig, ce Sang des sirènes effectue un retour en arrière, présentant l'aventurier dans sa jeunesse et sa première véritable épopée.

Elle sera sanglante, éprouvante, et Haig fera l'apprentissage de la vie dans des conditions déplaisantes, périlleuses, violentes, se nourrissant intellectuellement avec Les Misérables de Victor Hugo.

Thierry Poncet nous entraîne dans son sillage dans le désert marocain, loin des clichés touristiques.

Les nuits fraîches, une ferme délabrée dans laquelle les animaux décharnés vaquent, une mère quelque peu sorcière, une adolescente qui attise la convoitise, un adolescent qui se transforme en garagiste d'occasion, tels sont tous les ingrédients pour souffler le chaud et le froid en captivant le lecteur qui suit avec intérêt et une légère appréhension les péripéties des deux fuyards. Surtout pour le lecteur qui n'a pas déjà découvert les pérégrinations de Haig, l'aventurier au grand cœur, mais qui dans cet épisode n'est pas encore aguerri.

La date au cours de laquelle cette histoire se déroule n'est pas précisée, mais l'on peut déduire qu'il s'agit de 1979, si l'on se réfère à l'épisode précédent, Les guerriers perdus. Et Ferraj, le cyclothymique, crache lorsque le nom du roi Hassan II est prononcé.

Je dois avouer que la couverture de ce roman ne m'inspire guère, trop sage et peu représentative, alors que celle du Secret des monts rouges était alléchante à souhait.

 

Thierry PONCET : Le sang des sirènes. Haig 3. Editions Taurnada. Parution le 21 novembre 2016. 188 pages. 9,99€. Version numérique 4,99€.

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 10:34

Oui, c'est nous les fameux corsaires

Les rois redoutés de la mer

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire.

Qui de nous n'a jamais vibré, lors de son enfance ou adolescence, aux exploits littéraires ou cinématographiques des corsaires et des pirates ?

Ce roman nous permet de retrouver les frissons qui n'étaient pas dus au froid durant les longues soirées journées d'hiver passées à lire. Le temps n'existait plus, nous recevions cachés sous la couette les embruns de plein fouet, nous nous lancions conquérants à l'abordage, nous vibrions au cliquetis des armes blanches, au tonnerre des canons, aux cris des combattants, aux plaintes de douleur des blessés...

Longtemps j'ai confondu corsaires, pirates, boucaniers et flibustiers. Les corsaires avaient un ordre de mission du roi et devaient combattre l'ennemi, et apporter au royaume or et denrées rares. Les pirates étaient les brigands des mers et travaillaient pour leur propre compte. Ceci précisé, intéressons-nous maintenant à Loïc, le jeune héros de cette histoire qui, je l'espère, en vivra d'autres.

En l'an de grâce 1711, deux navires de l'escadre de René Duguay-Trouin, le célèbre corsaire du roi Louis XIV, s'apprêtent à mouiller dans le port de Saint-Malo de l'Isle. Loïc, quinze ans, beau, blond comme les blés avant la moisson, et déjà bien charpenté, sert les marins dans la taverne tenue par son oncle. Il n'a pas de père, tout au moins déclaré, et sa mère, après avoir vécu de belles années à la cour versaillaise, a connu la déchéance. Elle s'est prostituée et maintenant c'est une vieille femme qui végète dans un débarras attenant au café.

Avec ses camarades, dont il est devenu le chef naturel, malgré l'opposition des parents qui n'apprécient pas du tout que leurs gosses fréquentent un fils de putain, il veut s'approcher au plus des navires mais ils en sont empêchés par la soldatesque. Qu'importe, ils se dirigent dans les dunes malgré l'interdiction.

Un marin apparait, mal en point et s'effondre. Les adolescents s'enfuient sauf Loïc qui s'approche et soigne le malheureux qui lui souffle les consignes pour le requinquer. Seulement, le lendemain, alors qu'il vaque dans la taverne, le prévôt accompagné de gens d'arme, pénètre dans l'établissement et veut procéder à son arrestation pour avoir désobéi aux ordres. La belle marquise, ainsi fut surnommée la mère de Loïc, tente bien de s'interposer mais en vain et il leur est signifié par le prévôt qu'ils sont bannis de la cité et qu'ils doivent déguerpir au plus vite. Heureusement Duguay-Trouin, au même moment, s'introduit dans l'auberge, accompagné de quelques marins et de son second, Jean Doublet, qui n'est autre que l'homme rescapé par Loïc.

Les affaires s'arrangent et Loïc est embauché comme mousse sur L'Invincible. Son tuteur, Grand Timon, ne peut que se réjouir d'une telle recrue qui apprend vite, se montre même parfois trop entreprenant, brave, courageux, apprécié des autres marins.

L'escouade se dirige vers Rio de Janeiro, où les corsaires ont quelques comptes à régler avec les Portugais mais une tempête se profile à l'horizon. Pris dans la tourmente, les navires se trouvent éparpillés. Grâce à Loïc et à son initiative, malgré les objurgations de Grand Timon et du capitaine, L'invincible ne sombre pas.

Mais d'autres dangers guettent le navire. D'abord avec une frégate anglaise, puis une portugaise. Loïc, par sa bravoure et sa gentillesse est estimé. Il se fait un ami de Clément l'indiscret, mousse de son âge, toujours à l'affût de ragots qu'il colporte avec un malin plaisir. Seul le médecin-chirurgien du bord, Simon le barbier, un homme renfrogné, solitaire, reste pour lui une énigme. Et Loïc rencontrera sur sa route la jeune et belle Lisboète Amalia mais n'est-ce pas un danger de plus ?

Quoi qu'il soit, l'île de la Tortue est en vue mais elle semble déserte. 

 

Ce roman destiné aux jeunes de 9 à 99 ans, voire plus si affinités, me fait penser à ceux écrits à l'origine pour des adultes mais qui sont tombés dans le domaine juvénile justement de par leurs qualités.

L'île au trésor de Robert-Louis Stevenson, L'ancre de miséricorde de Pierre Mac Orlan, Les révoltés de la Bounty de James Norman Halle et Charles Nordhoff, même titre mais en nouvelle par Jules Verne, Le Mousse d'Hector Malot, voire Romain Kalbris du même auteur, Le galion d'or de Franck Crisp, et combien d'autres dont Capitaines courageux de Rudyard Kipling, Pêcheurs d'Islande de Pierre Loti, qui possèdent une parenté avec la mer et ses dangers, les corsaires, les voyages au long cours.

Naturellement ce roman possède ce qu'un jeune septuagénaire, lecteur compulsif, ce que d'aucun pourrait appeler des clichés. L'enfant orphelin de père, dont la mère fut une ancienne prostituée, le côté hasard heureux avec la rencontre inopinée d'un marin malade et que Loïc va soigner, le courage, la témérité même du mousse qui sabre en main se défend comme un beau diable et dont les prouesses magnifiées par les rayons du soleil se reflétent sur son arme, une action qui lui fournit son surnom, la touche romantique avec Amalia, et d'autres ingrédients dont le secret de Simon le barbier.

Mais tout ceci s'agence avec un entrain communicatif, une fougue liée à la jeunesse, un plaisir évident de la part de l'auteur de retrouver quelques belles pages engrangées issues de son enfance et de faire partager les émois et les émotions ressentis lors de ses lectures de jeunesse aux plus jeunes, et pourquoi pas aux plus anciens.

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire. Editions du Volcan. Parution 14 novembre 2016. 176 pages. 12,00€.

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 06:57

Sur la route 66
Personne ne t’attend la bas
Plus d'musique bars désertique
Y a qu'des fantômes que tu ne vois pas

(Eddy Mitchell)

Sophie LOUBIERE : White coffee.

La page de la route 66, avec ses multiples cadavres retrouvés et son tueur en série mis hors course, semble tournée. Lola est rentrée à Nancy après avoir risqué sa vie et celles de ses enfants, sauvée par Desmond Blur, criminologue et accessoirement apparenté à David Owens, le tueur. Entre Desmond et Lola s'est forgée une histoire d'amour mais elle est retournée chez elle, afin de faire le point et de soigner ses blessures, morales et physiques, tandis que Desmond a repris ses cours et ses conférences.

Et Pierre Lombard, son mari, qu'est-il devenu ? Elle ne le sait pas. Elle ignore qu'il a été emprisonné, pour complicité avec David Owens. Mais Pierre est relâché, aucune preuve ne pouvant lui être imputée. Peut-être que s'il avait gardé son carnet où il notait tout ce qui s'est déroulé durant les années vécues en compagnie du tueur, ses confidences et bien d'autres choses encore, n'aurait-il pas eu maille à partir avec le FBI, mais il avait transmis ce fameux cahier à Lola en France.

Le FBI ne possède pas le moindre début de preuve pour inculper Pierre Lombard, d'ailleurs il clame son innocence, s'érigeant en victime, et il est extradé vers son pays d'origine. Ce qui n'empêche pas les deux agents du FBI de continuer de sillonner la route 66 et les points d'ancrage de David Owens et de Pierre Lombard afin de récolter des renseignements complémentaires sur les deux hommes et leur degré de connivence.

Pierre Lombard de retour à Nancy est contacté par un ami, qui est également un opportuniste, afin qu'il écrive un livre narrant ses tribulations américaines. Lola a tenu un certain temps un blog qu'elle alimentait à partir des écrits de Pierre, des extraits du fameux carnet. Gaston, le fils, est tout heureux de retrouver son père. A neuf ans, il s'agit bien d'un manque d'affection qu'il veut combler et Pierre y est sensible. Il va même jusqu'à emménager dans leur ancienne maison, mais la cohabitation avec Lola est difficile, tandis qu'Annabelle, née d'un premier mariage, est plus sceptique. Mais comme elle adore son petit frère, ce qui n'empêche pas les chamailleries, elle se résigne.

Là-bas, aux Etats-Unis, Desmond est pressenti pour une série de conférences à l'université de Chautauqua dans l'état de New-York. Or d'étranges phénomènes se produisent dans cette paisible cité.

Par exemple un homme se promène la nuit tenant une ampoule rouge dans la main et l'habitant se demande s'il ne s'agit pas du fantôme de Thomas Edison. Ou encore une femme emprunte des livres à la bibliothèque alors qu'elle est sensée être décédée depuis deux ans. Sans oublier l'orgue de l'amphithéâtre qui joue du Liszt tout seul, une façade du Women's club barbouillé de graffitis d'insultes, le chat crucifié d'un couple, la disparition inquiétante des écureuils du parc, une femme sans tête retrouvée dans Bischop's Garden, et bien d'autres choses encore.

C'est à la demande du président du Chautauqua Institution que Desmond va s'atteler à cette tâche peu commune. Ses conférences ont recueilli un joli succès, et comme il était parti précipitamment sans se prêter à la traditionnelle séance de dédicaces de ses œuvres, après un court séjour de remise en forme, il revient enquêter tout en cultivant par téléphone son jardin secret, sa relation avec Lola.

Et sur la route 66, que se passe-t-il de neuf ? Patty, la serveuse du Bagdad Café et veuve de David Owens a retrouvé cachée dans un tiroir d'un meuble de la chambre de Desmond une enveloppe contenant un bracelet aux perles bleues. Elle le remet au shérif, qui est secrètement amoureux de la belle sexagénaire, et celui-ci pense que cette affaire pourrait rebondir. D'autant que des restes de cadavre sont découverts dans le désert de Mojave.

 

Ce roman est la suite de Black coffee, publié chez le même éditeur et réédité chez Pocket, mais point n'est besoin d'avoir lu le premier de la série avant d'entamer White coffee. Disons que c'est mieux pour comprendre toute l'affaire dans ses détails, mais pas indispensable.

Sophie Loubière nous entraîne dans une histoire comportant plusieurs nivaux, aux multiples rebondissements, qui s'imbriquent les uns dans les autres. L'auteur nous tricote son intrigue comme une écharpe aux nombreux fils de couleurs qui se positionnent en strates, sans vraiment empiéter les unes sur les autres mais tout en offrant une sorte d'arc-en-ciel de couleurs.

Le parcours nancéien de Lola et de ses enfants, celui de Pierre qui retrouve une gloire éphémère en devenant animateur d'une émission télévisée musicale, lui qui fut un des membres d'un ancien groupe ayant connu un relatif succès, l'enquête de Desmond à Chautauqua, les événements qui continuent à se produire sur la route 66, tout est autant de stations de croix dans une histoire complexe mais éblouissante.

La tension monte car les relations entre Gaston et son père indisposent Lola, le garçon étant attiré par ce baroudeur dont il a été privé durant de longues années. Et le drame couve.

Et quelques chapitres sont placés comme de petits dessins dans cette longue écharpe, des chapitres sous forme de nouvelles qui pourraient être lues indépendamment, s'intégrant en souplesse dans le récit sans le perturber mais qui sont comme des entractes. Ainsi les relations téléphoniques entre Lola et Desmond qui remplacent une fusion charnelle à distance entre les deux amants et révèle un érotisme léger. Cela sent le vécu.

Sophie LOUBIERE : White coffee. Editions Fleuve Noir. Parution le 13 octobre 2016. 624 pages. 21,50€. Disponible en version numérique : 15,99€.

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 12:18

Le vrai faux de Defoe ?

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson. Les Rats de poussière 2.

Alors que Bernt Klesser, vieux chasseur d'épaves et de trésors, consulte une carte maritime, tandis que son navire, le Wrackjäger, mouille dans la baie de Cumberland, à l'île Robinson située au large du Chili, un commando composé de dix personnes investissent sa cabine. Le capitaine et les membres de l'équipage sont tous neutralisés, sauf un.

Il manque à l'appel Fabrizio, l'homme le plus important, celui qui dirige Flipper, le robot permettant de visionner les épaves ou autres dans les profondeurs sous-marines. Fabrizio est obligé de rejoindre ses compagnons, une petite torture à l'encontre de l'unique femme à bord qui est plongeuse (en profondeur et non pas pour laver la vaisselle) l'ayant décidé à quitter sa cachette.

A la tête du commando russe, Douknine, un être intraitable, voire pervers, qui ingurgite des pilules afin de rester éveillé le plus longtemps possible et plus si nécessaire, leur explique qu'ils doivent découvrir l'emplacement d'un ekranoplane, un avion un peu spécial à effet de sol. Il prend ses ordres après de La Louve, une femme à la solde de Poutine, pense-t-il, et fort connue pour son intransigeance et ses décisions radicales.

Pendant ce temps à la bibliothèque du congrès de Washington, Richard Benton, le chef des Rats de bibliothèque reçoit la visite de l'ex-amiral Pilsner, qui fut son supérieur hiérarchique dans l'armée. Le vieil homme souhaiterait que le manuscrit qu'il vient de lui confier soit authentifié comme étant une version inédite de l'histoire de Robinson Crusoé ou plutôt d'Alexander Selkirk, puisque Daniel Defoe s'était inspiré d'une histoire vraie. Kerouac, l'archiviste, est chargé de vérifié l'authenticité de ces feuillets, ce qu'il fait avec un plaisir évident.

Il semblerait que Pilsner, qui a été élu comme sénateur et est chargé d'une mission auprès de la commission, avait autre chose à demander. Mais il repart enveloppé de son silence.

Richard Benton est inquiet et légèrement furieux car Antonia, une des membres de sa petite équipe de Rats, spécialiste en informatique, n'a pas donné de ses nouvelles depuis longtemps, depuis la résolution de l'affaire Goodbye Billy. Heureusement il peut toujours compter sur Maureen, la punkette aux cheveux verts, la généalogiste, qui n'a pas son pareil pour déloger les antécédents des protagonistes dont ils doivent éplucher le passé. Cette petite équipe peut également compter sur Jack, le motard et compagnon de Maureen, ami de longue date de Richard.

Et heureusement que Richard Benton peut solliciter à tout moment Jack car il échappe de peu au tir d'un inconnu et que Pilsner, qui l'avait appelé sous un prétexte donc il n'avait pas voulu donner les détails, est retrouvé mort dans son bureau, victime d'un meurtre habilement maquillé en suicide. Richard est quelque peu suspecté par le FBI, organisme auquel il a appartenu, et dont un des représentants lui rend visite. Le problème de Pilsner résidait peut-être dans l'évaporation de son fils Mark dans la nature, lui-même soupçonné de méfaits répréhensibles.

Grâce à Antonia, qui n'a pas fait réapparition pour des motifs qui lui sont personnels, et à Maureen, les deux femmes conjuguant leurs efforts, la piste de Mark les conduit jusqu'à île Robinson. Elles ont réussi, surtout Antonia, à localiser Mark à l'aide des communications téléphoniques entre le père et le fils.

Alors, ni une, ni deux, mais trois personnes s'envolent vers cette petite île du Pacifique, au large des côtes chiliennes, à la recherche de Mark tandis que Kérouac l'archiviste continue son exploration du manuscrit qui s'avère être de première main, Antonia toujours absente physiquement mais qui correspond avec Maureen. Comme pilote d'un Maule M4 antédiluvien, une jeune Française qui époustouflera ses passagers lors de l'atterrissage sur le tarmac exigu de l'île Robinson.

 

Et c'est ainsi que Richard et ses compagnons vont se trouver amenés à se confronter à l'équipe russe de Douknine, et que s'établiront de nombreux combats, sur terre, sur et sous mer mer et dans le ciel, avec pour sublimer ces luttes des orages et une pluie quasi perpétuelle, avec moult précisions réalistes dignes d'un professionnel de l'aéronautique et de la plongée sous-marine. D'ailleurs l'auteur évoque rapidement Clive Cussler. Mais il aurait pu éventuellement citer Tom Clancy et quelques autres dont Stephen Coonts.

Ce récit haut en couleurs et en actions est entrecoupé par le récit de l'Ecossais Alexander Selkirk, qui ne fut pas naufragé mais débarqué sur l'île Juan Fernandes après une mutinerie justifiée ou non. Comment il assiste en 1706 à l'arrivée d'une frégate arborant pavillon espagnol, auquel il ne veut pas signaler sa présence car la guerre entre L'Angleterre et l'Espagne fait rage et il ne serait pas accueilli à bord mais passé par les armes, tout comme les trois ou quatre marins qui sont amenés sur la plage et abattus. Sauf un, un gamin d'une douzaine d'années qu'il va recueillir et dont il se prend d'amitié, sentiment réciproque de la part du mousse. Comment il assistera à une bataille navale entre d'autres bâtiments espagnols et le navire flibustier sur lequel était le gamin et le naufrage de cette frégate.

 

Le but de Klesser étant donc de retrouver le trésor aztèque qu'avait amassé Hernan Cortés de Monroy Pizzaro dans le massacre de Tenochtitlan au Mexique en 1521, puis l'épisode dans la résidence du gouverneur de Véra Cruz, toujours au Mexique, au cours duquel les flibustiers mené Van Hoorn parviennent à mettre la main sur le fameux trésor en torturant la famille de Luis de Cordoba, trésor ayant sombré lors du naufrage du flibustier.

Tandis que celui de Douknine et de sa commanditaire La Louve, elle-même obéissant à une entité dont l'identité ne sera dévoilée qu'en fin de volume, est de retrouver l'ekranoplane et surtout une mallette qui gît parmi les nombreux cadavres de l'avion immergé.

Double recherche dans laquelle se perd un peu au début Richard Benton qui arrive dans cet imbroglio comme un chien dans un jeu de quilles alors que lui et son équipe, à laquelle se joignent deux charmantes jeunes femmes, sont à la poursuite du fils Pilsner tout en essayant d'échapper au(x) tueur(s) lancé(s) à leur poursuite.

Comme dans Goodbye Billy, Laurent Whale reconstitue une époque historique tout en l'intégrant de nos jours, la plaçant dans des conflits qui vont au-delà de la recherche d'un trésor hypothétique et d'une mallette à secrets.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Laurent Whale dont on peut se demander avec impatience et jubilation quelle sera la prochaine enquête des Rats de poussière, quel personnage de légende en sera le héros, d'autant qu'il reste deux ou trois faits passés sous silence et dont l'explication devrait être dévoilée dans un prochain opus, la disparition et le silence d'Antonia par exemple.

 

Première édition : Editions Critic. Parution le 21 mai 2015. 520 pages. 20,00€.

Première édition : Editions Critic. Parution le 21 mai 2015. 520 pages. 20,00€.

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson. Les Rats de poussière 2. Réédition Folio Policiers N°812. Parution le 20 octobre 2016. 624 pages. 8,70€.

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 07:43

Les scènes de Q dans un roman policier, c'est comme le piment d'Espelette dans une préparation culinaire. Ce n'est pas indispensable, mais ça relève le goût !

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Trois romans composent ce recueil qui annonce la donne, puisqu'il s'agit de rééditions d'ouvrages publiés au début des années 1980 dans la sulfureuse collection La Brigandine. Brigandine qui avait été précédée par Bébé Noir, lequel Bébé n'eut l'heur de vivre que le temps de vingt-huit publications, la censure passant par là. La Brigandine connut plus de chance puisque cent-vingt-quatre titres sont inscrits à son catalogue qui circule sous le manteau.

Pourtant de nombreuses petites perles sont ainsi éditées, dues à des auteurs cachés sous pseudonymes (parfois un seul auteur pur trois ou quatre alias). Et c'est Gallimard qui sous-traitait ces deux collections puisque qu'elle naquirent chez Henry Veyrier, éditeur qui appartenait au groupe SODIS. Ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas.

Avec des titres réjouissants, en forme de clin d'œil, des titres potaches selon Olivier Bailly, le préfacier de la précédente livraison chez La Musardine, Trois romans érotiques de La Brigandine, une idée dont s'est peut-être inspiré Jean-Bernard Pouy pour les romans dédiés au Poulpe.

Trois romans composent donc ce recueil avec un petit bonus. Les véritables auteurs ont rédigé une sorte de préface à leur roman, préface qu'ils signent de leur véritable patronyme, que je ne vous dévoilerai pas ici, l'un des petits plaisirs de cette réédition résidant justement dans ces levées de secrets. Secrets qui ne l'étaient pas ou plus pour les amateurs de littérature populaire érotique. Disons que l'un d'eux a écrit un Série Noire.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Francis Lotka : Des hommes sans cible. 1980.

Journaliste pigiste, Nicolas Vincent passe plus de temps à draguer les jolies filles et à écluser quelques bonnes bouteilles qu'à chercher des sujets d'articles. Ce jour-là, quand il se pointe au bureau du magazine, cela fait trois semaines qu'il n'a pas mis les pieds dans son bureau et, évidemment, son rédacteur en chef n'est guère satisfait, c'est le moins qu'on puisse dire, de ses prestations manquées. Et pas le moindre chèque à se mettre sur un compte en banque en berne.

Son collègue et ami, Roland Minois, lui suggère un projet d'article. C'est par hasard que lui est venue l'idée de cet article en rencontrant une ancienne du lycée Chaptal. Que sont devenus les anciens de sa classe quinze ans après ? Minois en a déjà repéré un. Il s'est fait buter dans son bateau alors qu'il batifolait en compagnie d'une jeune fille, à l'insu de sa femme.

Et c'est comme ça que tout débute, ou presque. Nicolas Vincent va aller de surprises en surprises, compter les morts et les disparus. Car dans l'ombre, quelqu'un secoue l'encensoir.

Heureusement, Nicolas Vincent, et les autres protagonistes, dont on fait la connaissance avant et après l'apparition du journaliste, profite de quelques pages et plages de détente charnelle, description à l'appui.

Joyeux, enlevé, ce conte, pas vraiment moralisateur, quoique, nous propose de gentilles parties fines, mais anticipe le système de recherche d'anciens élèves, genre Les copains d'avant, qui lui ne fut créé qu'en 2001. Alors en avance sur son temps Francis Lotka ? On pourrait le penser, et même imaginer que les créateurs de ce réseau social pourraient en avoir eu l'idée en lisant ce roman.

 

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Hurl Barbe : Pompe le mousse. 1982.

Pensionnaires dans un institut privé catholique de province, Juliette et Alice sont deux sœurs, de dix-neuf et dix-huit ans, qui aiment se faire du plaisir. Elles ont été à bonne école grâce à la mère supérieure et dispensent leur savoir et leur expérience à leurs condisciples. Elles sont jeunes, belles, issues du même géniteur mais pas du même moule utérin, naïves et dévergondées.

Malheureusement leur père s'est suicidé, ce qui ne les chagrine guère, à la suite d'une banqueroute, et elles sont chassées de l'internat, puisqu'elles ne pourront plus payer leur séjour et l'enseignement prodigué, officiellement et officieusement.

Les voilà sur la route et les rencontres sont nombreuses, et charnelles. Le covoiturage n'est pas gratuit. Arrivées à Paris le 10 mai 1968, elle se trouvent prises en sandwich entre les étudiants en colère et le policiers déguisés. Elles ne savent pas que ce sont des hommes chargés de réprimer les manifestations, et comme elles ne connaissent pas, elles préfèrent accorder leurs faveurs aux étudiants, qui sont nettement plus membrés que les forces de l'ordre malgré les bâtons dont ceux-ci disposent.

Puis c'est un nouveau départ vers le sud de la France et en cours de route elles sont prises en stop par un Italien libidineux qui les emmènent dans son château. Le castel n'est pas celui de la Belle au Bois-Dormant mais plutôt celui du seigneur au membre vivant. De jeunes personnes y vivent, cloitrées afin d'assouvir les pulsions de leur maître lubrique et scatologique, qui a conçu de drôles de machines. Puis nous suivons les deux adolescentes en compagnie de l'Italien à bord d'un sous-marin pour des péripéties mouillées.

Dans ce roman, nous entrons directement dans le vif du sujet. Pas de préliminaires superflus. et nous passons allègrement d'une univers sadien à celui de Jules Verne, avec des sévices compris, et bien d'autres références. D'ailleurs, les prénoms invitent à des relectures puisque les premières jeunes et jolies filles qui se présentent au lecteur ont pour prénom Alice, la narratrice, Juliette et Sophie.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Eric Guez : Le massacre du printemps.

Un flic poli et courtois, ça lui semblait louche... pense la concierge face au jeune inspecteur Philippe Auger, lequel enquête sur le meurtre de Roger Baudet, garçon-boucher. Le défunt avait été libéré depuis un mois, ayant purgé une peine de prison pour des bricoles illégales à répétition.

Peu après, c'est au tour d'un collègue d'Auger d'être la victime du tueur, signalé comme un blond barbu à chapeau et lunettes noires. Normalement il n'hérite pas de l'affaire, mais il tient à mettre son grain de sel, car les deux policiers se connaissaient, ayant fréquenté le même commissariat. On a les fréquentations qu'on peut.

Dans la vie civile, Auger a des problèmes de ménage avec sa compagne. Celle-ci se refuse à lui pour des raisons qui lui sont propres. Ou alors elle se comporte en statue de marbre.

D'autres meurtres sont perpétrés, et Auger reçoit des missives qui dressent la liste des victimes. Et si lui aussi figurait prochainement sur ce recensement ?

En fil rouge, le lecteur peut suivre les malheurs de Liz, qui ayant quitté une cérémonie de mariage à la fin du repas, pensant à sa fille en garde, est braquée par deux loubards. Ceux-ci ne se contentent pas de s'emparer de son portefeuille mais attentent également à sa vertu dans une cabane de chantier. Elle est obligée de subir les travaux pratiqués à l'arrière par l'un de ses ravisseurs. L'autre n'est pas en reste profitant qu'elle ouvre la bouche pour reprendre sa respiration.

Ce roman est nettement plus sage, que les deux précédents et les scènes de sexe se révèlent presque sobres, banales, telles qu'elles pourraient être écrites de nos jours, car la littérature noire ou blanche s'est émancipée de bien des carcans imposés par la censure éditoriale. Au contraire, les éditeurs en redemandent, obéissant au goût des lecteurs.

Donc ce roman est très sage et les scènes de libertinage forcé, non souhaité, permettent de se projeter dans les affres d'une femme violée. Contrairement à certains auteurs dans ce type de romans, Eric Guez ne joue pas sur le consentement féminin, la libido ne se réveillant pas sous les coups de boutoir comme cela est souvent décrit dans d'autres romans. Il reste pudique et réaliste.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine. Collection Lectures amoureuses N°197. Editions de La Musardine. Parution le 20 octobre 2016. 464 pages. 10,95€.

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 13:07

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux né le 29 octobre 1958.

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor.

Monsieur Victor est bien malheureux. Depuis qu’il a perdu sa femme Yvette, il y a quatre ans de cela, il végète seul dans sa grande maison paimpolaise.

Et comme les falaises c’est jamais qu’une invention pour justifier les rimes, Monsieur Victor n’a qu’une solution pour rejoindre son Yvette : se pendre.

C’est sans compter sur l’intrusion de madame Armande, sa voisine, qui a le don de se pointer toujours au mauvais moment. Ce n’est que partie remise, et quelques verres de gnôle arrangeront ça.

Ne voilà-t-il pas que Chloé, sa petite-fille Chloé, qu’il n’a pas vue depuis des années, l’appelle à la rescousse. Ni une, ni deux, il se rend à Paname, et s’installe chez la jeune fille qui partage son appartement avec Yanos, un artiste polonais et Lakdar, réfugié politique algérien.

Au cours de ses pérégrinations monsieur Victor aura maille à partir avec les policiers et retrouvera un amour de jeunesse perdu à cause d’une incompréhension auditive.

 

Jean-Jacques Reboux nous a habitué depuis quelques années à s’évader du roman policier ou noir en l’enrobant d’une trame populaire ou feuilletonesque.

Avec Le voyage de Monsieur Victor il récidive, s’insérant dans le créneau de l’humour satirique enchâssé dans un contexte d’humanisme et de sensibilité.

Peut-être catalogué roman à l’eau de rose pour certain, Monsieur Victor possède son crêpe noir qui fait mieux ressortir le charme qui s’en dégage.

 

Quelques exemplaires de ce roman sont encore disponibles chez Baleine :

Autres ouvrages de Jean-Jacques Reboux dont la lecture est fortement conseillée :

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor. Collection Velours N°14, éditions Baleine. Parution 224 pages. 8,00€

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 13:34

Ou contrariées ?

Olivia CATTAN : Identités contraires.

Quadragénaire, mariée, trois enfants, Sarah Keller est journaliste dans un journal dirigé par son ami Georges. Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans les petits incidents inhérents à la vie familiale.

Par exemple sa grande, Laura, dix-sept ans, qui rechigne comme ce jour-là à garder les jumeaux de neuf ans, car Sarah a rendez-vous avec Georges, son patron. Ou David, son mari, avec lequel les relations ne sont plus aussi amoureuses qu'au début de leur mariage. Tout ça par la faute d'un ami (un ami ? Est-ce vraiment le rôle d'un ami ?) qui a signalé avoir vu Sarah embrasser un ancien petit ami qu'elle avait perdu de vue après l'avoir quitté d'un commun accord.

Donc ce jour-là, Sarah doit effectuer un entretien avec Adrian Shek, un architecte de renommée internationale, malgré son âge et sa maladie. Enfin, pas vraiment une maladie, mais un syndrome. Il est autiste Asperger.

Tout en se rendant sur les lieux où ils doivent déjeuner, Sarah compulse son ordinateur afin de mieux connaître l'homme et son parcours chaotique. Adrian Shek est né en Tchécoslovaquie, a perdu sa sœur jumelle dans un accident de voiture, a suivi brillamment des études et son syndrome autistique a été décelé tard. Plus quelques autres petites informations.

Munie de ce maigre bagage, Sarah parvient en retard au rendez-vous mais ce n'est pas grave. Il est absorbé à écrire sur son cahier rouge, une occupation qui requiert toute son attention. Ils conversent, Adrian s'étend volontiers sur son syndrome, la soirée s'éternise, Sarah est presque subjuguée, même si elle est déboussolée par certaines impulsions ou refus de la part de son interlocuteur. A un certain moment Shek reçoit un appel téléphonique auquel Sarah ne comprend rien, l'échange oral étant en langue étrangère, et l'homme s'en va, contrarié apparemment. Il oublie sur la banquette son carnet rouge.

Sarah, curieuse comme une journaliste, hésite puis elle ouvre le carnet. Le lit. Elle est stupéfiée. Les trente premières pages lui sont consacrées. Des articles de presse qu'elle a écrit, des photos d'elle récupérées sur Internet. Et plus loin une série de lettres et de chiffres, des dates.

Le lendemain elle en parle à son mari, mais celui-ci, comme à son habitude, détourne la conversation, ne la prend pas au sérieux. C'est vrai qu'il a un métier autrement plus enrichissant : il est le directeur d'une société de comptabilité et commissaire aux comptes. Il est débordé et elle doit conduire les jumeaux à l'école.

Alors que Samuel, l'un des deux garçons, s'apprête à traverser la rue, une voiture s'élance, elle retient le gamin et le rétroviseur du véhicule la percute. Rien de grave, heureusement, mais Sarah est légèrement traumatisée. D'autant que plus tard elle comprend la signification des lettres, des chiffres et des dates inscrites dans le carnet.

Elle est invitée à manger chez Shek et une scène violente se produit, alors que sa servante sert le café. Elle appelle Georges afin de lui rendre compte de sa mission, mais il écourte la conversation, un nouveau pigiste se présentant à lui. Un beau gosse d'après Georges qui préfère les hommes. Peu après Georges est découvert assassiné. L'inspecteur Eric Mose est chargé de l'enquête. Une enquête que va prendre également à son compte Sarah car elle se rend compte qu'elle est au cœur de la cible, mais ne sait pas qui se trouve en face d'elle.

 

Un roman qui démarre tout doucement, banalement presque, mais qui s'emballe rapidement. Car l'auteur joue sur la mystification, les faux-semblants, la manipulation, les chausse-trappes envers les divers protagonistes et bien entendu envers le lecteur. Un exercice difficile dont se sort admirablement Olivia Cattan.

De même elle ne s'étend pas trop, elle ne s'appesantit pas sur le syndrome dont est affligé Adrian Shek. Elle décrit cette maladie, si tant et autant on peu appeler ceci une maladie, un dérèglement nerveux peut-être, un trouble du développement. Et cet autisme dont fait preuve Shek l'a servi dans sa vie professionnelle.

De France en Albanie jusqu'en Israël avec des incursions en Argentine, le lecteur part à la suite de Sarah, remonte le fil du temps, découvre des faces cachées d'une histoire dont Sarah n'est pas le seul personnage principal. Si elle partage la tête d'affiche avec des personnages parfois inattendus, elle reste un pion isolé malgré son entourage. L'auteur sait manier les fils de ce qui pourrait être une marionnette, mais une marionnette qui comme Pinocchio prend peu à peu sa liberté de mouvement et découvre une vie insoupçonnée.

Identités contraires est un grand roman humain qui ne laissera pas indifférent, et le syndrome d'Asperger n'est qu'une des composantes du drame qui se joue tout le long des pages de ce roman.

Olivia CATTAN : Identités contraires. HC éditions. Parution le 13 octobre 2016. 272 pages. 19,00€.

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 09:05

Je n'ai jamais connu un homme de cette intelligence qui fut aussi incapable de s'intégrer à une civilisation faite pour la machine.

Citation extraite de l'Avant-propos de l'auteur.

Robert E. HOWARD : Almuric.

Avant de nous intéresser à Esau Cairn, le héros-narrateur de cette aventure, une petite précision me parait indispensable d'être signalée.

Le 27 octobre paraitra Bifrost N°84, un numéro spécial consacré à Robert E. Howard. Il contiendra des nouvelles de Christian Léourier, Romain Lucazeau et Howard himself en plus d'un exhaustif dossier mené de main de maître par le spécialiste mondial de l'auteur, Patrice Louinet. Ce dossier s'emploie à dissiper les idées reçues sur le père de Conan, et ce n'est pas du luxe. Un numéro indispensable pour les amateurs de Fantasy, mais pas que !

Voir le sommaire ici :

Maintenant revenons à Esau Cairn.

Esau Cairn était bâti pour combattre les forces naturelles et c'est pour cela qu'un jour il se retrouve sur Almuric, une planète étrange, sauvage, à sa dimension, et sur laquelle il peut exprimer ses possibilités musculaires.

Comment Esau Cairn parvient sur Almuric ? Quels sont ses antécédents ? Howard reste dans le flou le plus absolu. Ce n'est pas son propos.

Ce qui importe, ce sont les aventures d'Esau Cairn sur Almuric et l'on peut dire qu'il est servi.

Dès son arrivée il est agressé par un être mi-homme mi-singe dont il ne se défait autant pas sa force que par son intelligence. Puis il est confronté à une bande de hyènes sauvages. Et ainsi de suite.

Il affronte les pires dangers tout comme l'homme préhistorique était en butte aux animaux de son époque et aux éléments déchainés. Ce qui lui permet de surveiller la croissance de ses petits muscles sans recourir aux artifices de la gonflette.

Ecologiste avant la mode, précurseur de Sylvester Stallone et de Arnold Schwarzenegger, Esau Cairn s'intègre en solitaire dans ce monde hostile, devenant une force de la nature.

Après quelques mois vécus en ermite, Cairn quitte la montagne et entreprend une visite non guidée de la plaine. Là aussi les dangers pullulent mais il saura se sortir indemne de tous les pièges, de tous les combats, de toutes les guerres, grâce à une force de caractère peu commune.

 

 

 

Tous ceux qui ne connaissent pas Howard et vont le découvrir en lisant ce roman, seront frappés par la similitude, par le souffle épique entre ce roman et certains textes dont le Cycle de Mars d'Edgar Rice Burroughs avec le personnage de John Carter, dont il semble qu'Almuric soit une sorte d'hommage ou la série des Dragons de Pern d'Ann McCaffrey entamée en 1968.

Mais Howard est véritablement le précurseur de la Fantasy intégrant le merveilleux et l'interplanétaire, genre que d'autres romanciers affinèrent, Michael Moorcock par exemple.

Robert E. Howard s'est suicidé le 11 juin 1936, à l'âge de trente ans.

 

 

Ce recueil propose des nouvelles et des compléments, qui ne figuraient pas dans les éditions précédentes) dus à Patrice Louinet, le traducteur.

En voici le sommaire.

Patrice LOUINET, Introduction, pages 7 à 8, Introduction

(Almuric), pages 9 à 144, Roman.Almuric2 -

3 - Le Jardin de la Peur (The Garden of Fear), pages 145 à 162.

4 - La Voix d'El-Lil (The Voice of El-Lil), pages 163 à 192.

5 - La Hyène (The Hyena), pages 193 à 208.

6 - Une sonnerie de trompettes (A Thunder of Trumpets), pages 209 à 232.

7 - Le Cobra du rêve (The Cobra in the Dream), pages 233 à 240.

8 - Le Fantôme sur le seuil (The Ghost in the Doorway), pages 241 à 245.

9 - Delenda Est (Delenda Est), pages 247 à 256.

10 - Le Fléau de Dermod (Dermod's Bane), pages 257 à 263.

11 - La Vallée Perdue (The Valley of the Lost), pages 265 à 290.

12 - Le Roi du Peuple Oublié (King of the Forgotten People), pages 291 à 295.

13 - James Allison - Fragments, pages 319 à 353.

14 - Le Cavalier-Tonnerre (The Thunder-Rider), pages 355 à 381, trad. Patrice LOUINET

 

15 - Nekht Semerkeht (Nekht Semerkeht), pages 383 à 401.

16 - Le Tentateur (The Tempter), pages 402 à 405, Poésie.

17 - Patrice LOUINET, « To live is to die », pages 407 à 422, Postface.

18 - Patrice LOUINET, Note sur les textes, pages 423 à 424, Bibliographie.

 

 

 

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Robert E. HOWARD : Almuric. Collection Les Intégrales N°52 éditions Bragelonne. Parution 16 septembre 2015. 432 pages. 25,00€.

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 11:05

Le bon temps du Fleuve Noir Populaire ! Mais ça, c'était avant...

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk.

Au sommaire de cet ouvrage, une préface signée Daniel Riche, quinze textes soigneusement sélectionnés par le même Daniel Riche (lequel dirigea notamment les collections Gore et Aventures sans Frontière, fut le rédac’ chef de Fiction, d’Orbites et signa des scénarii de cinéma et de télévision), un dictionnaire des auteurs, des illustrations de Fred Blanchard et Fabrice Le Minier.

Parmi les signataires, Daniel Walther, Roland C. Wagner, Michel Pagel, Laurent Genefort, René Réouven, Jean-Marc Ligny, Jean-Claude Dunyach, Christian Vilà, Francis Valéry et de petits nouveaux prometteurs (pour l'époque) tels que Sylvie Denis, Thomas Day, David Calvo, David Prasson, Yves Letort et enfin quelqu’un qui se fait trop rare Michel Demuth. Mais penchons nous un peu plus sur ce beau bébé.

D’abord, que veut dire Steampunk ?

C’est pour l’auteur un exercice dans lequel il doit imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. Il ne s’agit donc pas d’uchronie, qui réécrit le passé dans un monde différent, mais d’allier le futur au passé avec les armes littéraires et scientifiques dont nous disposons à l’heure actuelle.

Tous les auteurs rassemblés dans ce recueil n’ont pas toujours réussi à interpréter cette définition, mais ne boudons pas notre plaisir.

Avec Celui qui bave et qui glougloute, Roland C. Wagner nous entraîne dans un western parodique et farfelu dans lequel évoluent Kit Carson, les Frères Dalton, et quelques autres personnages bien connus, confrontés au mythe de Chtulhu de Lovecraft. Un pur joyau tout comme Âme qui vive de René Réouven qui redonne vie une fois de plus à quelques romanciers du XIXème siècle avec l’érudition et le talent que nous lui connaissons.

Muchamor de Christian Vilà nous emmène dans la Russie alors que le régime tsariste est sur son déclin et que Raspoutine mène la danse. Michel Pagel renoue dans L’étranger, avec une forme littéraire peu souvent usitée, la narration épistolaire dont le contexte spirite permet à l’auteur de confronter dreyfusards et anti dreyfusards.

Le véritable voyage de Barbicane de Laurent Genefort s’inscrit dans les voyages extraordinaires de Jules Verne, le fabuleux De la Terre à la Lune, et Les premiers hommes dans la Lune de Wells. Jean-Claude Dunyach propose une aventure inédite du professeur Challenger, héros créé par Conan Doyle et le fait évoluer à Toulouse alors que Clément Ader s’obstine à démontrer que le plus lourd que l’air peut voler.

Les textes de Sylvie Denis, David Calvo, Thomas Day ou encore David Prasson sont un ton en dessous mais laissons leur le temps de s’affirmer, quand à celui de Daniel Walther, qui reprend le mythe de Mayerling, il m’a quelque peu déçu. Peut-être parce que j’attendais plus d’un auteur confirmé.

Yves Letort nous invite à découvrir Théophile Grandin, un texte servi par les illustrations de Francis Le Minier.

Quant à la préface de Daniel Riche, elle est justement très riche, érudite, et évite l’écueil du pontifiant. En vérité je vous le dis, ce recueil est une véritable bible que doivent se procurer tous les amateurs d’aventures et de lecture populaire.

 

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk. Collection Grands Formats. Editions Fleuve Noir. Parution 21 avril 1999. 624 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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