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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 07:53

Bon anniversaire à Barbara Hambly née le 28 août 1951.

Barbara HAMBLY : Les Murs des ténèbres.

Murs des ténèbres, est écrit par un auteur qui n’est pas inconnu des amateurs de Star Trek ou Star Wars.

En effet Barbara Hambly a participé à ces deux phénomènes cinématographiques, télévisés et littéraires, sans compter les jeux de rôle. Toutefois c’est sa première œuvre qui est ici publiée, datant déjà de 1983 et qui s’apparente à une Fantasy située entre le roman de Genefort et la série du Lancedragon publiée au Fleuve Noir.

Dans ce second volet du Cycle de Darwarth, le premier étant Les Forces de la Nuit (Abysses n°2), Gil et Rudy entraînés dans un monde parallèle médiéval, combattent aux côtés du peuple de Dare obligé de fuir les Ténébreux. Ils parcourent le pays sous la neige, le vent, la tempête et se réfugient dans un Donjon dont nul ne connaît véritablement les arcanes.

Le sorcier Ingold et Rudy partent à la recherche du mage Lohiro qui pourrait leur donner la clé de la victoire, et Faucon-de-Glace décide lui aussi d’aller à l’aventure.

Dans le Donjon, les forces magiques et religieuses s’affrontent pour obtenir le pouvoir et être écoutées de La reine Minalde, régente d’un royaume en déliquescence. Elle trouve heureusement auprès d’elle Gil, qui se révèle être une guerrière née tandis que Rudy, en compagnie de Ingold, se découvre le don de sorcellerie.

Au dehors les Ténébreux rôdent, mais ce ne sont pas les seuls. Les Pillards Blancs, les Dooiques (hommes néanderthaliens) s’avèrent de redoutables ennemis tandis que les Pénambriens, eux aussi en exode, souhaiteraient trouver refuge dans le Donjon. Ce que refusent certains responsables malgré l’avis de Minalde car selon eux les vivres ne sont pas inépuisables. Le Donjon recèle ses mystères qu’aimerait découvrir Gil.

 

Gil qui est d’ailleurs une transposition de Barbary Hambly, puisque celle-ci possède un diplôme d’histoire médiévale (elle a également passé une année à étudier à la Faculté de Bordeaux) et est ceinture noire de Karaté.

Mais l’on retrouve également dans ces romans une influence directe de Lovecraft et dans une moindre partie de Tolkien. Un ouvrage dense, qui démarre doucement, l’action n’étant pas la priorité de l’auteur, mais dont l’atmosphère finit par envoûter le lecteur.

Et Barbara Hambly pose une question primordiale par le biais de son héroïne qui combat et tue des renégats pour sauver sa peau. L’homme, l’être humain qui tue sans réfléchir en état de légitime défense est-il plus coupable que le juré qui le condamne à mort dans un esprit de justice ? Mais Barbara Hambly écrit aussi des romans historiques et l’on peut lire toujours au Masque, en Grand Format, L’innocence de Janvier, dont l’action se passe en Louisiane au XIXe siècle.

 

Première édition Collection Club du livre d'Anticipation N°122. Editions Opta. Parution 1986. 416 pages.

Première édition Collection Club du livre d'Anticipation N°122. Editions Opta. Parution 1986. 416 pages.

Réédition Folio SF. Parution 21 juin 2007.448 pages.

Réédition Folio SF. Parution 21 juin 2007.448 pages.

L'intégrale de Darwath. Editions Terre de Brume. 2005.

L'intégrale de Darwath. Editions Terre de Brume. 2005.

Barbara HAMBLY : Les Murs des ténèbres. Le cycle de Darwath, volume 2. (The walls of air- 1983. Traduction de Françoise Maillet). Collection Abysses n° 9. Librairie des Champs Elysées. Parution septembre 1998. 448 pages.

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 12:53

N'est pas une poupée de cire et de son...

Gaston LEROUX : La poupée sanglante.

Dans un coin retiré de l'île Saint-Louis, près du Pont Marie et de la rue Le Regrattier anciennement rue de la Femme-sans-Tête, à l'ombre des hôtels où vécurent Madame Du Châtelet, Georges Sand, Baudelaire, Gérard de Nerval ou encore Daumier, se dresse l'échoppe de Bénédict Masson relieur d'art.

Face à sa boutique, ou presque, celle du vieux Norbert, horloger mais travaillant à des mécaniques, des chimères, des régulateurs, à la recherche d'un mouvement perpétuel. Avec le vieux Norbert habitent sa fille, la jeune et belle Christine, et son neveu, le prosecteur. Ne chercher pas dans un dictionnaire ce qu'est un prosecteur, en voici la définition, ce qui vous évitera de perdre du temps inutilement et avancer dans la lecture de cet article : Un prosecteur est une personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine ou un hôpital.

En réalité Norbert, sa fille et son neveu, n'habitent pas sur la rue, mais dans un pavillon séparé de la boutique par un jardinet. Bénédict Masson n'a jamais vu ce pavillon jusqu'au jour où il se rend compte que depuis la lucarne du grenier de son habitation, il lui faut emprunter une échelle, il perçoit les mouvements, non perpétuels, de Christine qui couche dans l'atelier, c'est-à-dire au deuxième étage du pavillon, le premier étage étant réservé à Norbert et son neveu, le prosecteur.

Or Jacques, le neveu, est plus ou moins fiancé avec Christine. Et Masson, est amoureux de la belle jeune fille au port d'archiduchesse. Mais comment se déclarer alors qu'on sait pertinemment qu'on est laid, pour ne pas dire un monstre. Je n'invente rien, c'est Bénédict Masson lui-même qui l'affirme :

Je suis un monstre !... je suis d'une laideur terrible. Pourquoi terrible ? Parce que toutes les femmes me fuient !

Il est vrai qu'ayant passé, après l'obtention d'un premier Prix lors d'une exposition des maîtres de la reliure, une annonce pour recruter des élèves femmes, celles qui se sont présentées ne sont pas restées longtemps près de Bénédict, parfois qu'une journée. Depuis plus personne ne les a revues ou n'a eu de leurs nouvelles.

Donc Bénédict Masson se conduit comme un voyeur et il aperçoit Christine qui à l'aide d'une clé ouvre un énorme bahut. Un homme en sort qu'elle embrasse. Frustré Masson ne peut voir la suite car Christine a fermé la porte-fenêtre et tiré les rideaux.

Masson continue ses observations à travers la lucarne et il découvre que chez son voisin il se passe des choses étranges avec cet homme qui sort du bahut. Mais ne précipitons pas les événements et précisons que la bâtisse qui abrite l'horloger et sa famille, est dépendante de l'hôtel de Coulteray mais n'offre aucun point de passage pour les relier. Le marquis de Coulteray, Georges-Marie-Vincent, est le dernier représentant d'une longue lignée de nobles et il s'est marié avec la fille cadette du gouverneur de Delhi, miss Bessie Clavendish, qu'il a connue lors d'un voyage aux Indes anglaises, et bien entendu galantes.

Donc, un jour, il surprend Christine avec celui qu'elle appelle Gabriel, le tenant par la main. La jeune fille lui rend visite, lui demandant de relier cinq ouvrages auxquels elle tient particulièrement, cinq Verlaine. Puis la nuit même alors qu'il est à son poste d'observation, il assiste à l'intrusion de Norbert dans la pièce où Christine se repose, l'horloger brandissant une arme formidable, une sorte de chenet de bronze, et frappe Gabriel à la tête tandis que Christine implore : ne le tue pas ! A Jacques, le prosecteur qui vient se mêler à la scène, Norbert déclare tout simplement qu'il ne lui obéissait plus !

Tandis que Bénédict se demande ce que Norbert et son neveu ont fait du cadavre, il se hâte chez l'horloger afin de rencontrer Christine et celle-ci lui avoue que les ouvrages ne sont pas sa propriété mais appartiennent au marquis qui recherche un relieur d'art pouvant se consacrer à sa bibliothèque. C'est ainsi que l'artisan artiste peut pénétrer chez le marquis où il fait la connaissance de sa femme. Une femme pâle, engoncée dans des vêtements, et qui a froid perpétuellement. Mais il est étonné de voir dans la galerie, alors qu'il attend la jeune femme, des tableaux représentant le même personnage, dans des tenues différentes datant des siècles derniers. Les ancêtres du marquis qui lui ressemblent étrangement comme deux gouttes d'eau, comme si c'était le même individu qui avait posé pour ces reproductions. Elle est gardée, ou accompagnée, par deux personnages, Sing-sing un petit valet de pied indou et Sangor, le valet de chambre du marquis, sans oublier le docteur Saïd Kan.

Un opuscule lui est prêté, Les plus célèbres Broucolaques. Une forme de vampires ou de faux ressuscités. Et Gabriel, que Bénédict pensait mort, fait sa réapparition !

 

Le récit de Bénédict Masson est enchâssé entre les deux parties de présentation, et ce qui compose la suite du récit, entre l'île Saint-Louis, et les environs de Corbillères-les-Eaux, près de la Loire, en région Touraine. Le côté urbain et pourtant secret, renfermé, presque sauvage de la pointe de l'île, s'oppose aux espaces bucoliques de la forêt dans laquelle est blottie la maisonnette de Bénédict, maisonnette dans laquelle il se réfugie parfois, près de l'étang aux eaux de plomb. Non loin du château de Coulteray. Certains personnages gravitent dans les deux endroits, dont la marquise qui a de plus en plus froid, est de plus en plus pâle et possède un bobo dans le cou.

De nouveaux protagonistes apparaissent, dont le père Violette, ancien garde-chasse du marquis et braconnier à ses heures. Le père Violette qui professe à l'encontre du relieur d'art une haine farouche alimentée par de la jalousie. D'abord Bénédict Masson ne chasse ni ne pêche jamais, se contentant de rester des heures dans les bosquets ou blotti parmi les roseaux. Et il rumine, en compagnie de la mère Muche, qu'il approvisionne en repas clandestins, la propriétaire cuisinière de l'auberge de l'Arbre vert, à l'affaire de la disparition des femmes qui ont côtoyé un jour ou l'autre le relieur d'art et qui ont disparu bel et bien.

Et c'est dans ce décor entre ville et campagne que se déroule cette intrigue qui se prolonge dans La machine à assassiner, une intrigue qui connait un début d'épilogue mais dans laquelle tout n'est pas expliqué.

La Poupée sanglante offre une habile synthèse entre roman policier, roman de suspens, roman fantastique et roman du surnaturel, par un maître de l'étrange et du mystère, dont les titres de gloire, la série des Rouletabille dont Le Mystère de la chambre Jaune et Le Parfum de la Dame en noir, la série des Chéri-Bibi, ou encore Le Fauteuil hanté, Le Fantôme de l'Opéra, pour ne citer que les plus connus, ont partiellement éclipsé une grande partie de son œuvre riche et abondante.

Gaston LEROUX : La poupée sanglante.

A noter que La poupée sanglante a paru en 1923 en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 1re partie : La Sublime Aventure de Bénédicte Masson, puis chez Jules Tallandier en 1924 et que La Machine à assassiner a paru en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 2e partie : Gabriel, et toujours chez Jules Tallandier en 1924.

 

Gaston LEROUX : La poupée sanglante. Collection L'Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 4 mai 2016. 304 pages. 14,00€.

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 13:58

Et l'amas est mon tout... comme dirait Serge.

P.-J. HERAULT : La fédération de l’amas.

Au bout de onze ans de guerre, Procyon et Altaïr ont signé un traité de paix. Les soldats n’ont plus la cote.

Ils sont poursuivis, asservis, tabassés dans la plupart des cas.

Ael Madec, ex capitaine des Brigades d’Assaut d’Altaïr et son compagnon et ami le Sarmaj Michelli en font la douloureuse expérience dans une cafet’ d’une obscure petite planète peuplée de pionniers. Les consommateurs s’en prennent à une jeune militaire de Procyon, Katel qui comme eux porte les costumes défraîchis de l’armée. Malgré la virulence de leurs agresseurs, ils parviennent à prendre la fuite à bord de leur barge, un surplus qu’ils ont acquis grâce à leur pécule, semant leurs poursuivants dans un amas de météorites. Ils atterrissent sur une planète inconnue, composée principalement de sable et de mers.

Lors de leur exploration, Ael trouve des sortes de roses des sables, rouges et vertes, translucides, puis d’autres, plus rares de couleur blanche. Bientôt les trois compagnons s’aperçoivent que ces pierres en forme d’étoile leur confèrent d’étranges pouvoirs.

D’abord c’est la télépathie qui se manifeste, puis la télékinésie, enfin le téléportage. Mais ce n’est pas tout. Ils se mettent en relation avec les auras, les âmes des morts. Ils quittent la planète et se posent sur une autre qui elle est plus habitable et qu’ils nomment Amas II.

Ael pense pouvoir trouver un débouché financier en se servant de leurs trouvailles et les trois compagnons repartent vers des satellites d’Altaïr. Là ils se rendent compte que la traque des anciens soldats est de plus en plus virulente.

Ael décide alors de déclarer sa découverte auprès de l’Organisation des Fédérations Galactiques et d’en demander la protection. Ainsi ils possèderont un statut particulier qui devrait les mettre à l’abri de toutes représailles et de réunir leurs anciens compagnons d’arme, de Procyon ou d’Altaïr afin de constituer une communauté paisible sur Amas II.

 

La Fédération de l’Amas est le genre de livre, qui malgré ses 400 pages, se dévore d’une traite et l’on aimerait qu’il ne se termine jamais.

Beaucoup d’action, de suspense, mais aussi d’humanisme. Ael est parfois, à son grand regret, contraint de déroger à ses engagements moraux. Lui qui se veut pacifiste est obligé d’utiliser la manière forte. Comme quoi tout ne se règle pas toujours par des grandes paroles et des envies.

Il faut se montrer convaincant et belliqueux, malgré soi, d’une façon expéditive quitte à gérer seul ses états d’âme. Et lorsque l’un des protagonistes déclare que l’Etat, afin de se concilier les bonnes grâces de son électorat, de mettre à l’index les combattants qui furent un temps les héros, malgré eux, les sauveurs recrutés, on ne peut s’empêcher de penser à ce que sont devenus les ressortissants Africains et les Harkis lorsque la paix a été signée entre les nations belligérantes.

Mais ceci n’est qu’un aspect du roman qui comporte un message d’espoir.

P.-J. HERAULT : La fédération de l’amas. Collection Blanche. Rivière Blanche N°2005. 392 pages. 20,00€.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 12:38

Le jeu des 7 terreurs ou Vous reprendrez bien une bonne dose de Haig...

Thierry PONCET : Les guerriers perdus.

1982. Île de Mindanao, Philippines.

Un sale tour que vient de jouer Vanda à ses compagnons et aux ouvriers qui travaillaient dans la mine d'or. Elle a tout fait sauter et s'est emparée du trésor amassé et de l'argent glané durement. Tout le monde connaissait la combinaison du coffre-fort, elle n'a eu aucune difficulté pour l'ouvrir. Seize mineurs philippins sont restés enfouis dans les décombres de la montagne. Quelques-uns en ont réchappés, et parmi eux les sept aventuriers, les sept mercenaires de la chasse aux butins conquis légalement ou non.

Les sept compagnons ne peuvent que constater les dégâts et se promettre de se venger de Vanda, la belle et fougueuse aventurière qui vient de les spolier et mettre dans la panade avec des morts sur les bras.

Cette petite bande est composée de Carlo, l'ancien légionnaire, chef non désigné officiellement mais dont le charisme subjugue ses compagnons qui lui obéissent sans rechigner.

Félix, son bras droit et son copain, plus petit et tout aussi trapu. Blond de cheveux tandis que Carlo est noir de poils.

Baltimore, le gros Juif américain et Kazan, le Kurde, Loum, le Thaï ancien champion de boxe, Boogie, le Français de Bordeaux, mécano à l'éternelle salopette maculée de gras, et enfin Haig, le gamin d'à peine dix-neuf ans, parti à l'aventure en compagnie de ces vieux briscards.

Ils se quittent en se promettant bien de mettre tôt ou tard la main sur Vanda, et de lui faire payer largement son forfait.

 

1990. Irlande.

Huit ans plus tard, Haig a roulé sa bosse un peu partout et même ailleurs. Traficoté de tout. Il a hérité d'une vieille baraque située sur la côte nord de l'Irlande. Il s'y repose entre deux aventures, rédigeant ses mémoires.

En 1988, un vieil habitant du port situé non loin fait intrusion dans son domicile. Ce n'est pas pour boire son whisky, quoique, qu'il investit ainsi la pièce où réside Haig, mais pour lui annoncer que deux hommes désirent le voir. Il s'agit de Carlo et Félix qui ont retrouvé la trace de Vanda en Floride, à Miami. La jeune femme dirige une boîte de nuit, le Wendy's, et le moment est venu de tenir leur promesse.

Ils partent à la recherche des autres compagnons, sauf Baltimore qui est déjà sur place et leur a signalé cet endroit. Seul Boogie qui s'est installé à Gao, au Mali, est propriétaire d'un garage prospère et il refuse de repartir à l'aventure. Les cinq hommes, Carlo, Félix, Loum, Kazan et Haig arrivent donc à Miami où ils rejoignent Baltimore, l'organisateur et le régisseur de ce qui va devenir un massacre.

Mais pas comme Carlo et ses compagnons l'avaient imaginé. Un fiasco enregistré, non pas à cause d'un manque de préparation, mais à la faute à pas de chance et aux impondérables qui surgissent toujours au moment où l'on s'y attend le moins. Alors, direction pour les survivants le Mexique, puis chacun pour soi.

Jusqu'au jour où Haig, continuant à parcourir le monde et trafiquant avec la même constance, apprend que Vanda est toujours vivante et s'est réfugiée en Albanie, au cœur des Balkans, dans une citadelle en haut d'un mont et jugée imprenable.

 

Successeur des aventuriers célèbres, Haig est une sorte de Bob Morane mâtiné de Corto Maltèse et de Doc Savage, pour la version papier, et pour la version historique et non fictionnesque, des hommes nommés Henry de Monfreid et de Joseph Kessel, ou encore Cizia Zyké qui fut le mentor de l'auteur, mais en plus violent, plus brigand, plus en marge de la légalité.

Roman d'aventures dans la plus pure acception du terme, Les guerriers perdus est une histoire d'amitiés, de vengeance, pleine de bruit et de fureur.

Mais c'est également l'occasion pour Thierry Poncet de décrire la situation géopolitique et sociale de l'Albanie après la chute d'Enver Hodja, dictateur d'obédience communiste de 1946 à 1985, date de sa mort. Le pays, à l'époque où se déroule cette histoire, se relève peu à peu de l'isolement dans lequel il était confiné, après la rupture avec toutes les puissances communistes soviétiques, en 1956, et chinoises en 1978, Hodja étant un fervent admirateur de Staline.

 

Thierry PONCET : Les guerriers perdus. Haig 2. Editions Taurnada. Parution 1er août 2016. 242 pages. 9,99€.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 13:25

Comme le précise l'édition Omnibus, Raffles, un

Arsène Lupin anglais... sauf que...

Ernest William HORNUNG : Raffles, un cambrioleur amateur

Tout le monde connait Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, qui apporta à la littérature policière une bouffée de fraîcheur, prenant le contre-pied des enquêtes policières sérieuses ou des romans dans lesquels la pègre avait le beau rôle. Arsène Lupin né en 1905 sous la plume féconde de Maurice Leblanc.

Mais peu de personnes savent qu'Arsène Lupin ne fut pas le premier gentleman-cambrioleur à obtenir les faveurs du public mais qu'il eut un précurseur en la personne de Raffles.

Ernest William Hornung créa en 1899 Raffles, une sorte de Robin des Bois moderne qui fut le chef de file d'une quantité impressionnante d'émules, à commencer par Arsène Lupin, mais aussi Le Saint de Leslie Charteris, Lord Lister dont les auteurs sont apparemment inconnus mais d'origine étrangère probablement batave ou flamande, des fascicules édités chez Eichler dans les années 1920, Le Baron d'Anthony Morton, et bien d'autres, moins célèbres et avouons-le, moins intéressants aussi.

Raffles donc, créé par E.W. Hornung, le beau-frère de Conan Doyle, est l'antihéros du héros, c'est à dire Sherlock Holmes.

Comme le célèbre détective, Raffles possède son confident, son historien, son faire-valoir en la personne de Bunny, un personnage un peu falot. Bunny prodigue maints conseils d'intégrité à son ami mais cela ne l'empêche point de suivre Raffles dans ses sorties nocturnes et délictueuses.

Tout comme Arsène Lupin plus tard, Raffles est un adepte du déguisement et possède des points de chute différents. Mais ce qui devient avec notre héros national une entreprise prospère, reste avec Raffles au stade artisanal. Un situation au coup par coup, lorsque le besoin s'en fait sentir. Pas d'homme de main.

Seul Bunny l'aide dans ses pérégrinations et même parfois risque de faire capoter l'affaire, n'étant pas toujours au courant des agissements de son ami.

 

Cet intéressant personnage qu'est Raffles, sportif accompli spécialiste du cricket, sport alors à la mode, fréquentant les réunions mondaines ce qui li permet de poser des jalons et de repérer les lieux de ses futurs appropriations, connaitra de nombreuses aventures sous la plume de E.W. Hornung, réunies dans trois volumes et un roman, Raffles, cambrioleur pour le bon motif, publié à La Renaissance du livre en 1909. Tout comme Sherlock Holmes, d'autres auteurs se pencheront sur son cas, dont Barrie Perowne, David Fletcher et Peter Tremayne.

Il a été interprété au cinéma, pour au moins huit films, par notamment John Barrymore et David Niven.

Les éditions Rivière blanche ont l'excellente idée d'éditer un recueil de nouvelles de E.W. Hornung, Docteur Crime, dans l'excellente collection Baskerville, dirigée par le non mois excellent Jean-Daniel Brèque, que j'aurai le plaisir de vous présenter bientôt. En attendant voir ci-dessous la bande-annonce de l'ouvrage.

 

Réédition Omnibus. Parution mai 2007.

Réédition Omnibus. Parution mai 2007.

Réédition Petite bibliothèque Ombre. Editions de l'Ombre. Parution novembre 1998.

Réédition Petite bibliothèque Ombre. Editions de l'Ombre. Parution novembre 1998.

Réédition La renaissance du livre. Collection Le Disque Rouge. 1932.

Réédition La renaissance du livre. Collection Le Disque Rouge. 1932.

Ernest William HORNUNG : Raffles, un cambrioleur amateur (The amateur craksman - 18999. Traduction de Henry Evie). Editions Sylvie Messinger. Parution 1988.

Première édition éditions Juven 1905.

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 14:38

Un roman policier mais pas que*...

Jules VERNE : Le pilote du Danube.

En cette année 1876, la tension entre l'empire Ottoman et les autres pays qui bordent le Danube est extrême.

Surtout vers la seconde moitié de son parcours, l'actuelle Hongrie, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie.

Mais à Sigmaringen, l'effervescence règne pour une toute autre raison. La Ligue Danubienne organise son traditionnel et fort prisé concours de pêche. Deux prix sont attribués, l'un à celui qui aura pris à la ligne le plus grand nombre de poissons, l'autre à celui qui sera l'heureux possesseur du poisson le plus gros. Quatre-vingt-dix-sept concurrents, de nationalités diverses comprenant aussi bien Badois, Wurtembergeois, Autrichiens, Hongrois, Serbes, Valaques, Moldaves, Bulgares, Bessarabiens, sont en lice et à la surprise générale, c'est un inconnu, fraîchement adhérent de la Ligue, le Hongrois Ilia Brusch.

Ilia Brusch, qui se déclare comme vivant à Szalka petite bourgade située à quelques lieues de Budapest, émet une proposition qui enthousiasme l'assistance. Il déclare qu'il va descendre le Danube jusqu'à son embouchure, soit trois mille kilomètres, ce qui devrait lui prendre deux mois environ, en ne vivant uniquement que de sa pêche.

Si cette décision est annoncée dans les journaux comme il se doit, une autre affaire tient la une des médias. Depuis plusieurs mois une bande de brigands sévit sur les bords du Danube, et le nombre de fermes dévalisées, de châteaux pillés, de meurtres même ne se comptent plus. Un policier hongrois, Karl Dragoch, est désigné comme chef d'une police internationale destinée à traquer ces voleurs. Certains émettent l'hypothèse que Karl Dragoch et Ilia Brusch ne feraient qu'un.

Et le 10 août, c'est le grand départ, fêté comme il se doit par une présence importante de membres de la Ligue Danubienne. Mais Ilias Brusch, lorsque les regards ne sont pas portés sur lui, se dépêche de descendre le Danube, pêchant certes comme il l'avait promis et vendant son poisson dans les petits ports lors de ses escales, mais la nuit il godille frénétiquement et avance à grande vitesse.

A Ulm, un individu s'invite dans son embarcation, lui offrant une forte somme afin de continuer sa route en sa compagnie. Au départ, Ilia Brusch refuse catégoriquement de prendre un passager à son bord, mais l'homme qui se présente comme un certain Jaeger possède un sésame. Lorsqu'un gendarme se pointe sur le quai et demande à Ilia Brusch ses papiers d'identité, Jaeger soumet une lettre au représentant de la loi et affirme qu'il répond de son hôte. Brusch est bien obligé d'accéder à la demande de Jaeger, et continue sa route fluviale en sa compagnie.

 

Mais intéressons de plus près de ces deux personnages, puisque Jules Verne lui-même les présente quasiment dès le début du roman, avec un autre protagoniste pour l'instant caché mais qui fera parler de lui.

Tout d'abord Ilia Brusch, qui bien évidemment ne se nomme pas ainsi mais Serge Ladko et est natif de Roustchouck, petit port sur la partie bulgare du Danube. Il exerce la profession de pilote de gabarre, et connait donc bien le fleuve. Mais c'est également un patriote, et il est chargé d'une mission afin de contrer les avancées et l'emprise de l'Empire Ottoman sur son pays. Il aime et est aimé de Natcha, seulement un second prétendant se met sur les rangs, Striga, le côté obscur de Roustchouk, un rival qui dirige la bande de brigands qui sévit sur les bords du Danube. Personne n'a vu son visage, sauf quelques fidèles et il signe ses crimes du nom de Ladko, guidé par la jalousie.

Sous le nom de Jaeger, le passager de Brusch/Ladko n'est autre que le policier Karl Dragoch. Il est chargé comme dit plus haut de traquer et surtout découvrir l'identité du chef des brigands semant la terreur le long du Danube.

Et bien sûr cette intrigue repose sur les machinations et les méprises des uns et des autres, sur fond historique belliqueux entre les pays austro-hongrois, balkans et slaves et la Turquie, guerre qui continuera par la suite et connaitra son apogée en 1912/1913.

Le cours du Danube

Le cours du Danube

Ebauché dès 1880, ce roman, qui à l'origine sera titré Le beau Danube jaune, sera publié à titre posthume en 1908. Si l'on retrouve une grande partie des thèmes chers à l'auteur, les déclinaisons géographiques notamment, les promenades en bateau, et accessoirement la pratique halieutique, Jules Verne intègre à son récit une dimension policière, dont l'enquête tient plus du roman noir que du roman problème tel qu'il fut en vogue à l'époque jusque dans les années cinquante.

Jules Verne, toujours précurseur, quel que soit le domaine littéraire populaire dans lequel il se produit, est donc en rupture complète ne proposant pas une intrigue sophistiquée mais juste une intrigue dans un contexte historique. Dragoch ne se montre pas particulièrement inspiré dans ses déductions, même lorsqu'il se prend pour un émule de Zadig, de Voltaire, en déduisant d'après une lecture du terrain que les bandits, lors du pillage d'un château, ont utilisé une charrette à quatre roues, attelée de deux cheveux dont l'un, celui de flèche, offre cette particularité qu'il manque un clou au fer de son pied extérieur droit.

De même il remarque qu'Ilia Brusch n'est pas véritablement noir de cheveux puisque, au bout de quelques jours, les racines deviennent d'un blond anachronique. De même il fouillera les coffres du pilote, lors d'une absence de celui-ci, absence qui correspond à un nouveau pillage, découvrant l'identité réelle de son compagnon.

L'aspect scientifique présent dans bon nombre des romans de Jules Verne y est gommé. Peut-on tout au plus mettre en avant le plaisir de la pêche, qui est nettement supérieur à celui de la chasse, selon le président de la Ligue Danubienne, et donc de l'auteur :

Quel mérite y a-t-il à tuer un perdreau ou un lièvre, lorsqu'on le voit à bonne portée, et qu'un chien - est-ce que nous avons des chiens, nous ? - l'a dépisté à votre profit ?... Ce gibier, vous l'apercevez de loin, vous le visez à loisir et vous le visez à loisir et vous l'accablez d'innombrables grains de plomb, dont la plupart sont tirés en pure perte !... Le poisson, au contraire, vous ne pouvez le suivre du regard... Il est caché sous les eaux... Ce qu'il faut de manœuvres adroites, de délicates invites, de dépenses intellectuelles et d'adresse, pour le décider à mordre à votre hameçon, pour le ferrer, pour le sortir de l'eau, tantôt pâmé à l'extrémité de la ligne, tantôt frétillant et pour ainsi dire, applaudissant lui-même à la victoire du pêcheur !

Un roman qui n'a pas vieilli, justement grâce au côté précurseur de Jules Verne, et qui par certains côtés nous ramène à des problèmes sociaux-ethniques actuels.

 

*Petit clin d'œil aux éditions Lajouanie !

Edition 10/18, N°1286, du 1er trimestre 1979. Préface de Francis Lacassin.

Edition 10/18, N°1286, du 1er trimestre 1979. Préface de Francis Lacassin.

Jules VERNE : Le pilote du Danube. Collection L'Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 2 juin 2016. 328 pages. 13,00€.

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 10:00

Bon anniversaire à John Farris né le 26 juillet 1936.

John FARRIS : La forêt sauvage

Whitman Bowers profite de la venue de son fils Terry, quatorze ans et demi, qu'il ne voit que lors des vacances, pour allier plaisir et travail. C'est à dire qu'en plus de quelques excursions de détente, il va visiter les Great Smoky Mountains, principalement la forêt de Wildwood, pour le compte de son employeur.

En effet celui-ci compte bâtir un village de vacances ainsi que des pistes de ski, et Whitman doit étudier sur place si ces projets sont réalisables.

Il va retrouver sur place Arn Rutledge et sa femme Faren. Arn servit sous ses ordres pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Mais Wildwood semble bien être une forêt maléfique. Faren se montre réticente lorsque Whitman lui expose ses projets. Quant à Arn, il est parti à la chasse, mais nul ne sait exactement quel est son gibier.

Wildwood, forêt sauvage, mystérieuses, enchantée, magique, mais aussi maléfique, et qui recèle bien des secrets.

En 1916, il y a un peu plus de quarante ans de cela, lors d'une réception organisée par Edgar Langford, Edgar le Fou, magicien et prestidigitateur à ses heures, passionné d'archéologie et de la civilisation assyrienne en particulier, lors d'une réception donc, ses cinq cents invités et son château disparaissent bizarrement.

Un château immense, construit à la manière des châteaux européens des XVIe et XVIIe siècles, ne peut se volatiliser ainsi dans la nature, et pourtant !

Des manifestations bizarres se produisent de temps à autre. De même apparaissent des personnages étranges, mi êtres humains, mi animaux.

 

John Farris, dont on n'a pas oublié le magnifique Ecailles, paru dans la même collection, nous livre cette fois encore un roman envoûtant, magique, angoissant, moins teinté d'exotisme mais tout aussi prenant, à cause ou grâce à l'ambiance ténébreuse, démoniaque et énigmatique qu'il distille avec un art consommé du suspense d'épouvante.

John Farris semble obsédé, obnubilé, fasciné par les serpents, puisque, tout comme dans Ecailles, ils jouent un rôle important. Mais le serpent n'est-il pas l'origine biblique de la race humaine, tout au moins l'un de ses acteurs principaux.

John FARRIS : La forêt sauvage (Wildwood - 1986. Traduction de Michel Demuth). Collection J'ai Lu épouvante N°2407. Editions J'ai Lu. Parution juin 1988. 448 pages.

Réédition février 2001.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 09:02

Où Zigomar passe, l'ennui trépasse !

Léon SAZIE : Zigomar. Livre 2.

Ce volume propose la suite de Les lions et les tigres dont la première partie figure dans Zigomar Livre 1, et L'heure de la justice.

Nous retrouvons Paulin Broquet, miraculeusement épargné lors de l'effondrement d'un tunnel souterrain, et laissé pour mort. Courageusement, il s'est sorti de ce mauvais pas, et depuis, il travaille en sous-marin, seuls quelques amis et ses fidèles adjoints étant dans la confidence de sa résurrection.

Les membres de la bande des zigomars ne tiennent plus leurs réunions à la Barbottière mais au dernier étage d'un immeuble à Grenelle, près de l'ex-Village suisse. C'est en écoutant les conversations entre les malfrats chez Clafous, café fréquenté par les affidés de Zigomar, que l'Amorce a appris que le lieu de rendez-vous était maintenant chez Zulma, une ancienne blanchisseuse mariée à un militaire en retraite.

L'Amorce et ses compères sont persuadés avoir reconnu le Comte de la Guairinière sous le déguisement de Zigomar et de quelques-uns de ses complices et amis dont l'admirable Baron Dupont. Aussi Paulin Broquet s'invite-t-il clandestinement lors de cette réunion mais il est découvert et fait prisonnier. Il a beau nier être Paulin, lui ressembler certes, mais il n'est pas cru et il est laissé à son sort, c'est-à-dire périr saucissonné dans le grenier avec un explosif sur lui. Il n'est pas libre de ses mouvements, mais sportif accompli il parvient à défaire quelques liens. Il est sauvé in extremis par une mystérieuse femme rousse et peut continuer sa lutte contre ce nouveau génie du mal.

Paulin Broquet, dans cette scène se montre un admirable comédien puis plus tard un roi du déguisement, tout comme Zigomar qui utilise les mêmes ingrédients afin d'échapper aux poursuites. Zigomar ou comte de la Guairinière selon les déductions de Paulin Broquet et de ses hommes, possède toutefois le don d'ubiquité, car tandis qu'il œuvre à un méfait dans un endroit, il est également bien en vue dans une soirée comptant un bon nombre de participants tous de bonne foi. Il se montre également un bretteur accompli, ne dédaignant pas les duels, les provoquant même.

 

Cette mystérieuse femme rousse qui a aidé Paulin Broquet à se sortir d'un mauvais pas alors que la mort rôdait, cette mystérieuse femme va se montrer à plusieurs reprises sur le chemin du policier, jouant sur les deux tableaux, étant tour à tour complice ou adversaire dans les cas les plus critiques.

 

De l'action, encore de l'action, toujours de l'action, avec quelques plages de romantisme, de tendresse, d'émotion. Les épisodes se succèdent sans interruption ou presque, la priorité étant donnée à l'action. Toutefois quelques scènes sont réservées aux amours platoniques et contrariées entre Raoul Montreil, le médecin, et Riri alimentent les pages et servent de lien entre les différents protagonistes. Il ne faut pas oublier que la mère de Riri et la sœur bossue de la jeune furent spoliées par le banquier Montreil d'après les premiers résultats de l'enquête. De même l'avocat Robert Montreil, son frère amoureux également de Riri mais non déclaré car pas de jalousie entre les deux frères, joue un rôle non négligeable dans cette histoire. En effet les deux frères sont amis avec Paulin Broquet et leur aide se révèle efficace lors de certaines interventions.

 

Un nouveau personnage entre dans la danse, un sucrier du Nord venu applaudir la chanteuse Lucette Minois, maitresse attitrée du comte de la Guairinière. Des soupçons, fondés ou non, se portent sur ce brave homme surnommé La Betterave, bien sûr à cause de ses antécédents professionnels.

Parmi les nombreuses scènes audacieuses et mémorables qui fourmillent dans cette intrigue foisonnante, celle du chalumeau utilisé pour ouvrir un coffre-fort, mais pas de n'importe quelle façon. Les cambrioleurs utilisent une technique astucieuse et infaillible pour récupérer billets et documents dissimulés de ce meuble sans que ceux-ci soient détériorés sous l'action du feu et des flammes.

Quant au personnage de Paulin Broquet, qui je l'ai déjà signalé est un parfait comédien et un roi du déguisement, il possède des atouts et une psychologie particulière le mettant hors du lot des policiers habituels.

Paulin Broquet ne suivait pas la méthode policière un peu démodée, des conjectures, des suppositions; il ne courait pas après des probabilités ou des déductions dont le point de départ pouvait être faux, quoique logique en apparence. Il n'avançait que sur une donnée certaine, quand l'ennemi s'était découvert. De la sorte si au début il semblait perdre un peu de temps, il ne se voyait pas par la suite dans l'obligation de bifurquer et il parvenait à marcher beaucoup plus vite. Sa méthode, un peu spéciale, allait à son tempérament, elle lui réussissait.

Comme déjà précisé, entre Zigomar et Fantômas il n'existe que peu de différences, Fantômas étant le reflet de Zigomar à travers une loupe grossissante. Ce personnage récurrent de malfaiteur va connaître d'autres aventures, sous son nom et par le même auteur, ou sous un autre nom par des auteurs différents, la littérature policière, comme toute sorte de littérature, aimant se répéter.

Léon Sazie, un auteur à redécouvrir, car Zigomar n'est qu'une faible portion de sa production et il serait bon de redécouvrir les treize aventures de la série Martin Numa, et la quarantaine de titres isolés ne faisant partie d'aucune série. Mais cela dépend-il peut-être de l'accueil réservé aux deux ouvrages mettant en scène Zigomar et publiés chez les Moutons électriques éditeurs.

 

Léon SAZIE : Zigomar. Livre 2. Les Moutons Electriques éditeurs. Parution le 4 février 2016. 320 pages. 21,00€.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 15:16

Pas si sûr !

Alexis AUBENQUE : Tu ne manqueras à personne.

C'est le jour de la rentrée et Raphaël est quelque peu angoissé. Il ne connait personne au collège Bellamy de Pacific View et il se demande comment il va pouvoir s'intégrer.

Or la première personne qu'il aperçoit engluée dans la foule des étudiants, c'est Kelly, son amie Kelly, enfin son ancienne amie car depuis que sa sœur est décédée, elle le fuit.

Mais cette rentrée n'est pas placée sous le signe de la bonne humeur, au contraire. Une étudiante est retrouvée dans les toilettes, morte. Aussitôt le lieutenant Gregory Davis, le père de Raphaël, est dépêché sur place en compagnie du sergent Veronica Boom. Lorsqu'ils arrivent sur place, c'est pour constater que la jeune Lucy Torper est sur les toilettes, totalement nue, décapitée, la tête sur les genoux, les cheveux teints en vert. Un simulacre macabre du Joker de Batman.

Faye Sheridan, journaliste au San Francisco Chronicle, apprenant cette découverte veut immédiatement couvrir l'événement. Normalement elle est spécialiste des chroniques de l'Art de vivre, mais l'art de mourir ne la répugne pas. Seulement elle va devoir collaborer avec un envoyé de la maison-mère, Angelo Guadardo, qui souvent la prend de haut, du moins c'est ce qu'elle imagine. Elle possède sa fierté.

Les premiers interrogatoires des étudiants révèlent que Lucy n'était guère appréciée par ses condisciples. Une question de physique car elle détonait parmi les jeunes filles sosies de mannequins délurées. Mégan, sa seule copine en apparence, dévoile toutefois qu'il y a une rumeur de vidéo cochonne qui traînerait et dont Lucy aurait fait les frais. Mégan aussi désavantagée que Lucy accuse Heather d'avoir incité Conrad, un petit connard qu'elle déteste, ce sont ses propres mots, à coucher avec Lucy et de les avoir filmés.

Pour Gregory Davis et Veronica Bloom commence la longue tournée des parents à prévenir ou à interroger. Faye elle aussi, en compagnie de son ange gardien Angelo, s'attelle à la même tâche. Et bien entendu ils sont, aussi bien Davis que Faye, reçus comme des chiens dans des jeux de quilles. D'un côté ceux qui ont perdu leur fille, de l'autre ceux qui n'acceptent pas que leur progéniture, bien sous tous rapports, soit soupçonnée. On fait partie de la bonne société ou pas. Cette histoire de vidéo est toutefois contrebalancée lorsqu'un nom est avancé, celui d'un professeur.

Ryan, un motard en rupture de ban de la société, travaillant pour une mystérieuse organisation dont le but est de suppléer les policiers lorsque ceux-ci ont failli dans leurs enquêtes, revient se cacher dans la caravane de Faye. Les deux amants se retrouvent avec plaisir, tout en sachant que l'épée de Damoclès plane sur la tête de Ryan. Il veut savoir ce qu'est devenue Rosie, une collègue de Faye, disparue depuis des semaines et qui du jour au lendemain alors qu'elle effectuait des recherches, a disparu de la circulation.

Bien entendu ce meurtre à la mise en scène peu ordinaire met en transe la petite ville. Et dans ce microcosme, se trame une intrigue à plusieurs entrées, dont l'épilogue laisse entrevoir une suite.

 

En effet, nous retrouvons les principaux personnages qui ont été présentés dans Ne crains pas la Faucheuse, avec en suspens des interrogations qui se prolongent.

Ainsi Ryan qui cherche après Rosy, est toujours persuadé que Gregory Davis a tué sa femme Charleen pour capter son héritage. D'ailleurs Davis a effectivement hérité de la magnifique villa de Pacific View dont l'oncle de Charleen était propriétaire. Davis fait des cauchemars récurrents concernant Charleen, et il va découvrir une pièce secrète dans le grenier, pièce dans laquelle son entreposés des tableaux peints par Charleen.

Faye et Veronica qui étaient fâchées depuis des années ont renoué suite à l'épisode précédent. Quant aux amours de Kelly et de Raphaël, ils semblent au point mort depuis le décès de la sœur de la jeune fille, décès relaté dans des circonstances décrites elles aussi dans Ne crains pas la Faucheuse.

Mais ce ne sont pas les seuls points noirs, ou roses, qui parsèment ce roman, car l'attitude de Ryan est peu à peu développée, surtout ses relations avec l'association secrète, mais des brumes subsistent, de même que les prises de position du shérif Crawford. Le plat de résistance, le meurtre de Lucy et ses conséquences, reste le cœur de l'intrigue et lui ne souffre d'aucune échappatoire, tout étant résolu à la fin, mais dans des conditions qui ne sont pas évidentes au départ.

Encore une intrigue à double facette maîtrisée de bout en bout et qui nous annonce un troisième épisode particulièrement palpitant. Un troisième épisode qui pourrait s'intituler : Le principal est que je sois en vie.

 

Petite précision : Je ne comprends pas trop la mention en quatrième de couverture : Texte intégral, sachant que ce roman est inédit !

 

Je suis moi aussi une farouche adepte du respect du droit des femmes et dans tous les domaines. Mais je vais dire une évidence, l'homme et la femme sont différents, même s'ils sont égaux. Les instincts existent. Qu'on le veuille ou non, chaque sexe a le sien propre.

Alexis AUBENQUE : Tu ne manqueras à personne. Editions J'ai Lu. N°11251. Inédit. Parution le 2 juin 2016. 380 pages. 8,00€.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:05

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai.

Délaissant pour un temps - des cerises - le roman noir, Jacques Mondoloni nous entraîne dans la cueillette primesautière de ses souvenirs. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains. Souvenirs de jeune déluré, sonorisateur engagé‚ pour accompagner Chanteur Engagé par une station de radio périphérique.

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Chanteur Engagé est la vedette du Car Podium et bien content de porter la bonne parole aux ruraux et provinciaux. Engagé mais pas intellectuel, le Chanteur. Populaire. C'est la consigne. Etre et rester populaire.

 

Le narrateur, embarqué dans cette galère, entre province et Paris, entre sono et lumière, entre pétards et turbulence, entre théâtre en plein air et Odéon. Le bon vieux temps où les étudiants bizutaient les syndicats, où les hommes politiques tiraient à eux une couverture effilochée, où flics et grévistes se tenaient par la main dans une ronde enflammée, prémices de la Saint-Jean et des départs en vacances. Il faut bien que jeunesse se passe et la turbulence d'un enfant témoigne de sa bonne santé.

 

Merci Jacques de l'avoir fait, et nostalgie livre de chevet. Mondoloni joue des phrases comme des ricochets. Les verbes se catapultent, billes de flippers renvoyés par les plots des événements. Mai, j'y étais, vieux grognard sans étiquette ni distinction.

 

Ce roman est précédé d'extraits de Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Les tribulations d'un ingénieur du son, surnommée la Boue, et de ses compagnons, l'éclairagiste, les musiciens, le secrétaire de J.B., la révélation de l'année 87, lors d'une tournée de l'Idole. Il ne faut pas oublier les groupies qui accompagnent l'Idole, mais également Marie-Jeanne que les musicos et les techniciens se partagent allègrement entre deux canettes. Marie-Jeanne, plus ou moins bien roulée mais toujours en pétard !

Les difficultés avec les bénévoles des communes dans lesquelles J.B. et ses accompagnateurs doivent se produire, la grève envisagée afin d'obtenir une augmentation, les voyages de nuit après le spectacle et le débranchement des spaghettis de fils électriques, les beuveries et les réveils difficiles, l'annonce impromptue de l'arrivée des femmes de J.B. et de la Boue, les deux F. pour Fantôme et Framboise, qui débarquent le thermomètre à la main pour bien signifier que c'est le moment propice pour procréer, la méthode Ogino à l'envers en quelque sorte, relâche dans un gîte-château... et... Bref, la galère quoi !

Narrée sur un mode caustique et humoristique, cette histoire, Jacques Mondoloni l'a peut-être vécue, ou tout au moins il en a emprunté des séquences véridiques pour décrire le monde du spectacle et surtout des intermittents. Lui-même ayant été sonorisateur-régisseur, il sait ce dont il écrit et c'est réjouissant en diable, sauf pour ceux qui vivent ce genre de situation mais n'en perdent pas pour autant leur bonne humeur.

 

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai. Préface d'Alphonse Boudard. Réédition Editions Arcane 17. Parution 9 juin 2016. 316 pages. 22,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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