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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 06:45

Les vrais héros ne meurent jamais !

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.

Créé en 1929 par Albert Bonneau, Catamount aura enchanté des dizaines de milliers, voire des millions de lecteurs durant des décennies, avec Les aventures de Catamount soit trente-huit aventures inédites ou rééditées chez Taillandier entre 1947 et 1950, puis les Nouvelles aventures de Catamount qui comprennent trente-deux titres entre 1952 et 1959, soit soixante-dix romans consacrés à ce personnage.

La Jeunesse de Catamount avait eu l'honneur d'être publiée en bande dessinée dans le magazine Hurrah en 1953 par le dessinateur Roger Melliès mais c'est bien à partir de 2015 que Catamount retrouve une nouvelle jeunesse avec le dessinateur et scénariste Benjamin Blasco-Martinez (couleurs de Benjamin Blasco-Martinez et Emilie Beaud), d'abord aux éditions Physalis puis actuellement aux éditions Petit à petit.

 

Hiver 1890 dans le Niobrara. Recueilli vingt ans auparavant par les époux Osborne, Catamount, dont le nom emprunté à la langue cheyenne signifie chat sauvage, le jeune orphelin a grandi et mûri. C'est un tireur émérite, et sa renommée dépasse les frontières du comté. Les gamins s'identifient à lui durant leurs jeux. Un étranger arrive dans le village et demande à Osborne de lui vendre son ranch et les terres attenantes. Rendez-vous est pris à la ferme mais Osborne refuse la transaction. Il pense à l'héritage de ses enfants. Berton, l'individu peu scrupuleux, tient absolument à acquérir le domaine car il est le promoteur de la ligne ferroviaire qui doit relier la côte est à la côte ouest.

Pendant ce temps, dans la forêt, Catamount sort Pad le vieux trappeur des griffes d'un grizzli et alors qu'ils rejoignent la ferme, traînant avec leurs chevaux l'ursidé, ils aperçoivent un panache de fumée noire. Catamount s'approche d'un peu plus près et découvre un spectacle édifiant. Sous les ordres du colonel Clark, des asiatiques qui travaillent à la construction de la ligne de chemin de fer enterrent des Cheyennes. Il permet à jeune indien de leur fausser compagnie, mais les soldats qui surveillent les ouvriers sont prêts à se servir de leurs armes. Catamount remet un insigne au colonel Clark, préposé à la sécurité du chantier. Cet insigne lui avait été remis vingt ans auparavant par le même colonel Clark alors capitaine, alors que le soldat lui avait sauvé la vie ainsi que celle de la famille Osborne d'une attaque des Cheyennes. On ne tue pas un homme qu'on a sauvé jadis, et Catamount peut repartir libre. Et en compagnie de Pad, il peut regagner le ranch. Seulement Berton n'a pas dit son dernier mot.

Le graphisme réaliste est renforcé par l'emploi du pinceau ou du feutre, et restitue avec force le tragique des situations et le trouble ressenti par les personnages. Prédomine un dépouillement et malgré tout une précision du trait dans les visages des divers protagonistes, exprimant avec force les émotions qui les animent. Les couleurs, le plus souvent sombres, sont déclinées entre bleu-gris et bistre plus ou moins foncé et le flou, qui semble entourer les personnages, restitue l'atmosphère hivernale, neigeuse.

Une évocation très cinématographique d'un épisode de western et surtout la démonstration que pour arriver à ses fins un homme d'affaires véreux est prêt à tout, jusqu'aux meurtres.

Le train des maudits est une adaptation de La vengeance de Catamount mais normalement il devrait y avoir une suite.

 

Autour de l'univers d'Albert Bonneau et de Catamount :

 

Pour le plaisir, deux planches extraites de l'ouvrage :

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.
Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2. Adaptation libre du roman d'Albert Bonneau La vengeance de Catamount. Editions Petit à petit. Parution le 20 janvier 2017. 68 pages. 14,90€.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 07:14

Le nouvel album de Witchazel ?

Un cadeau idéal pour Noël !

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel contre le démoniaque Onyribilis.

L'effervescence règne sur Terre de Lagune. Succès, un tournoi d'échec, est organisé dans une arène et la foule se presse sur les gradins, mâchouillant à qui mieux-mieux les bâtons de réglisse vendus à l'entrée par Dodo la Saumure.

Pristi, l'ami d'Hamamélis, la gentille sorcière plus connue sous le nom de Witchazel depuis qu'elle a décidé de s'installer à son compte et qu'elle s'est vieillie en portant des postiches afin d'être plus crédible, Pristi donc s'est engagé dans le tournoi.

Il redoute d'être désigné contre La Chatte Masquée, une adversaire redoutable. Heureusement, il n'en est rien. Il gagne sa partie organisée par Onyribilis, lequel effectue des passes avec ses ailes comme un matador avec sa cape, et délivre une sorte de fumerolle sur les pions.

La Chatte Masquée quant à elle gagne ses deux parties, mais ses deux adversaires sombrent dans une sorte de coma. Elle est encapuchonnée, porte des lunettes noires de grande taille, des gants également, et elle possède des motifs pour être ainsi attifée. D'ailleurs elle s'en explique auprès du commissaire La Fontaine qui se pose, à juste titre, des questions.

Se pourrait-il que les réglisses de Dodo La Saumure soient empoisonnés ? Pour répondre à cette interrogation, Dodo la Saumure aidé par le père Duchêne, ainsi que le commissaire La Fontaine décident de rendre visite à Witchazel, fournisseuse des fameux bâtons, revendus avec un certain profit et même un profit certain.

Il faut faire la lumière sur cette affaire qui risque d'entacher le tournoi. Mais ce ne sera pas sans péril pour Pristi, Hamamélis alias Wtichazel et même Dodo La Saumure qui la trouve saumâtre.

 

Gags, jeux de mots, situations cocasses, mais également faits de société parsèment cette histoire jubilatoire.

Les rires sont nombreux, les auteurs se sont amusés, mais pourtant ils délivrent à qui veut bien le comprendre, un message. Au moins. Hamamélis, lorsqu'elle n'est pas déguisée en vieille sorcière, est en butte aux hommages masculins, notamment de la part du commissaire La Fontaine, mais pas que. Et cela lui pèse. Elle devient même furieuse devant ce qu'elle considère comme du harcèlement. Ce qui prouve que les romans ou albums de BD destinés à la jeunesse peuvent, et même doivent être lus par les adultes, afin que ceux-ci expliquent à leur progéniture les subtilités glissées par les auteurs.

Donc, comme vous l'aurez compris, cet ouvrage détend, délasse, repose, apporte de la bonne humeur. Mais il est à lire deux fois. J'explique :

La première fois, on lit le scénario, on s'intéresse aux dialogues, on veut connaître rapidement la fin de l'histoire.

La seconde fois, ou deuxième si l'on a envie de reprendre l'ensemble une troisième fois, on décortique les images, on les examine attentivement, on les apprécie.

L'univers animalier nous ramène au bon temps de Benjamin Rabier et de ses successeurs. D'ailleurs Elric revendique l'héritage de Walt Disney mais aussi et surtout de Raymond Macherot. L'aimable mulote qu'est Hamamélis possède un lointain cousinage avec Chlorophylle et Sybilline, ce qui devrait plaire à bon nombre d'amoureux de la BD dite de la ligne claire.

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel contre le démoniaque Onyribilis.

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel contre le démoniaque Onyribilis. Editions Kramiek. Parution le 7 décembre 2016. 48 pages. 10,00€.

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 14:28

Ma sorcière bien-aimée...

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel et le sort du Wlouf.

La vie est dure pour une jeune sorcière, surtout lorsqu'elle débute comme Hamamélis et qu'elle vient de quitter sur un coup de tête sa mère et sa sœur.

Elle est diplômée en sorcellerie et compte bien exercer ses talents à la Lagune brune, un territoire composé d'îlots. Un aimable gondolier, naviguant gaiment, lui propose de l'emmener, qui plus est gratuitement. Seulement, au bout de dix jours, l'officine d'Hamamélis gentille sorcière, reste désespérément vide. Pas trace de client.

Seul le chat Pristi lui rend visite chaque jour, lui offrant un bouquet de fleurs. Et des fleurs elle en a plein les vases et par-dessus la tête. Le père Duchêne aussi vient lui dire un petit bonjour amical, et lui rapporte les rumeurs, les ragots de clients potentiels. Hamamélis possède trop d'atouts qui jouent contre elle. Elle est trop jeune, trop jolie, trop gentille, inexpérimentée, bref elle est comme de nombreux jeunes qui voudraient s'installer mais ne peuvent le faire pour des raisons fallacieuses. Passons.

La nuit porte conseil a déclaré le père Duchêne. Hamamélis décide de se vieillir, de changer de nom, et surtout de prouver à tous qu'elle n'est pas manchote, mais mulote, en s'adonnant à quelques tours de magie avec la complicité du chat Pristi. Elle s'installe dans son échoppe après avoir changé de raison commerciale : Witchazel, la plus grande sorcière.

Les badauds qui ont pu assister à ces quelques exploits commencent à affluer et une file indienne de quémandeurs de sorts s'aligne sur le chemin menant à son antre, fort agréablement aménagé et lumineux.

Parmi ces nouveaux clients, certains n'hésitent pas à lui formuler des sollicitations particulières. De plus elle apprend par le chat Pitau, le cousin de Pristi, que celui-ci est emprisonné dans le tronc des Soupirs, accusé d'avoir volé la baronne des Trois-crics. Ni une, ni deux elle rend immédiatement visite à son ami, est arraisonnée par des policiers dont je ne définirai pas le comportement, et le commissaire, un client, lui propose d'élucider cette affaire en contrepartie de la liberté de Pristi.

 

Frais, réjouissant, ce conte animalier dont le décor emprunte à Venise, un lieu cher à Darnaudet, joue sur les situations et vous l'avez déjà deviné, les jeux de mots et de maux.

On pourrait penser à Benjamin Rabier, à Maurice Cuvillier le créateur de Sylvain et Sylvette, à Cécile et Jean de Brunhoff créateur et illustrateur de Babar, mais sans les personnages humains qui évoluaient dans leurs histoires, pour cette aimable fable dans laquelle apparaissent Maître Hibou Deficelle, notaire, un serpent à sornettes, un canard déchainé, et autres sympathiques, ou prétendus tels, personnages comme la Pie Lélectrique.

Et Hamamélis devenue Witchazel, la gentille mulote qui veut aider ses concitoyens par la bonté grâce à ses sorts et ses potions, va résoudre pour le mieux cette intrigue bon enfant qui n'est pas uniquement destinée justement aux enfants. Les adultes vont se délecter à lire et regarder ses aventures tout comme ils aiment se replonger dans celles de Tintin, des Pieds Nickelés, de Lucky Luke. Grâce aux dessins d'Elric, on entre dans le charme de cette fameuse ligne claire de l'école belge, tout en y dérogeant car il possède son style déjà établi dans le précédent album réalisé avec François Darnaudet : Harpignies.

Les deux auteurs, François Darnaudet et Elric se complètent et nous livrent ce premier tome d'une nouvelle série à suivre, sans oublier la coloriste Laure Durandelle.

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel et le sort du Wlouf. Witchazel 1. Editions Kramiek/Paquet. Parution 29 juin 2016. 48 pages. 10,00€.

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 13:57

L'Amérique, c'est un cas, par K...

Roger MARTIN & Nicolas OTERO : AmeriKKKa, l’intégrale 1.

Ce volume reprend 3 histoires éditées en 2003 : Les canyons de la mort, Les bayous de la haine et Les neiges de l’Idaho.

 

Le Ku Klux Klan est toujours vivace surtout dans les états du Sud des Etats-Unis, qui furent les principaux hauts lieux de l’esclavagisme. Ainsi dans Les canyons de la mort, des cadavres de femmes sont retrouvés quelque part dans le Texas non loin de la frontière mexicaine. Dans la main de l’une d’elle est découvert un objet portant les initiales TKKKK, ce qui signifie Texas Knights of the Ku Klux Klan.

Pour Espinoza, le responsable local à El Paso du CEFNOMEX ou centre d’études de la frontière du Nord du Mexique, le crime est signé. Il fait appel à deux agents de l’AKN, l’Anti-Klan Network, une organisation efficace dans la lutte contre l’extrême-droite états-unienne. Le Klan est divisé en plusieurs factions dont l’Empire Invisible, la Résistance Blanche Aryenne et Les Nations Aryennes.

Mais ces partis ne poursuivent qu’un seul et même but, la prépondérance à tout prix de la race blanche, et n’hésitant pas à assassiner Noirs, Mexicains, Juifs, ne cherchant pas même à maquiller leurs meurtres. Steve Ryan et Angela Freeman, dont la mère était mexicaine, vont donc rechercher les coupables qui peuvent se nicher dans toutes les couches de la société. Même chez les policiers. Il existe bien des groupuscules antifascistes qui manifestent ouvertement contre le Klan, manifestations surveillées de près par les forces de l’ordre tandis que les défilés organisés par le Klan sont protégés par ces mêmes représentants de l’ordre. Il court le bruit que les anti Klan seraient manipulés par le FBI, afin de semer le désordre. Pour Steve et Angela la partie est rude malgré le renfort des hommes d’Espinoza. La lutte est âpre dans les contreforts rocheux, surtout de nuit, et que les klanistes sont décidés à tout.

 

Les Canyons de la mort. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Les Canyons de la mort. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Dans Les bayous de la haine, nous retrouvons nos deux héros qui sont envoyés à Tallahassee, ville de Floride, afin d’enquêter sur la mort de Jack Lancaster, un vieil homme de quatre-vingts ans qui devait témoigner devant la cour suprême pour des faits remontant à cinquante ans en arrière. Les événements s’étaient déroulés à Birmingham en Alabama, dans l’incendie d’une église, et les cadavres de fillettes noires avaient été découverts calcinés dans les décombres.

A l’origine de cet incendie se trouverait John Roowell, un agent immobilier véreux lié au Klan. L’enquête menée par Steve et Angela est officieuse car le capitaine Bert Lafarge, un Noir, n’est pas persuadé que le décès de Lancaster soit consécutif à un meurtre. Tout au plus promet-il de ne pas mettre des bâtons dans les roues des deux agents de l’AKN, mais certains policiers locaux n’apprécient guère cette intrusion.

Un témoin éventuel pourrait leur donner quelques précisions car Lancaster habitait dans les bayous, refuge des alligators. Un avis à témoignage est lancé dans les journaux et à la radio, à la recherche de ce témoin. Rendez-vous est pris mais Steve et Angela assistent impuissants à son enlèvement. Ce témoin est réputé comme trafiquant notoire et chasseur de peaux, malgré son handicap. Il est manchot à la suite d’un accident dans une manufacture et pour seule reconnaissance il fut licencié. Et l’on s’aperçoit que les alligators ne se trouvent pas uniquement que dans les bayous.

 

Les Bayous de la haine. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Les Bayous de la haine. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

L’Idaho, état du nord-ouest des Etats-Unis, ayant une frontière commune avec le Canada, est peu connu pour ses engagements racistes, moins que les états du sud, mais cela ne veut pas dire qu’il ne s’y passe rien. Dans Les neiges de l’Idaho Steve Ryan prend l’identité d’un prisonnier que se serait fait la belle lors d’un séjour à l’hosto.

Tatoué, des papiers adéquats en main, un passé de fasciste convaincant, il rejoint la communauté d’un pasteur qui séquestrerait les parents d’une gamine. Seulement cette communauté n’est en fait qu’un camp retranché de nostalgiques du régime nazi et Ryan tente de se fondre dans la masse, afin de mieux réussir sa mission, tandis qu’à l’extérieur Angela, devenue serveuse dans un boui-boui de restauration rapide se morfond, attendant des nouvelles de son ami. Ryan n’est pas au bout de ses surprises et des dévoiements auxquels il peut assister, obligé même de participer parfois à son corps et son esprit défendant.

 

Les Neiges de l'Idaho. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Les Neiges de l'Idaho. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Roger Martin n’en a pas fini de mettre en scène la lutte d’hommes et femmes intrépides, courageux, contre les agissements du Ku Klux Klan, qui comme l’hydre voit sa tête repousser lorsqu’on la coupe. Il pourfend par ses histoires, romans, documents, essais ou autres, les racistes, xénophobes, fascistes et autres résurgences du nazisme. Il met en garde les dérives de l’extrême-droite en France et à l’étranger, mais l’opinion publique habilement manipulée par des hommes politiques qui revendiquent des principes sécuritaires fallacieux, ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

Les dessins de Nicolas Otero, dont c’était la première fois qu’il réalisait une série ambitieuse, sont très expressifs, utilisant un trait semi-réaliste fulgurant, que ce soit dans la représentation graphique des décors que dans celle des personnages. Ses couleurs qui s’intègrent dans un contexte de violence sont à base de rouge sang, de marron bistre, de bleu nuit, de vert glauque, rendant une atmosphère très sombre, étouffante, poisseuse, qui se marie très bien avec les scènes décrites. Et parfois les images se suffisent à elles seules. Un dessinateur à suivre.

 

 

Autres ouvrages de Roger Martin, une sélection  :

Roger MARTIN & Nicolas OTERO : AmeriKKKa, l’intégrale 1. Editions Emmanuel Proust. Parution 4 mars 2010. 148 pages.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 13:54

Une Miss qui ne doit rien à un quelconque concours, pour ne pas dire à un concours quelconque !

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce.

Deux bandes dessinées, signées pour le scénario Philippe Thirault, pour les dessins Marc Riou et Mark Vigouroux, qui constituent les deux premiers volets d’une série appelée Miss.

Dans le premier tome – Bloody Manhattan – le lecteur fait la connaissance de Nola, dont l’enfance ne fut pas gâtée, loin de là.

Née à Brooklyn, après un passage dans une école tenue par des religieuses, elle fait l’apprentissage de la vie avec Franck, ancien flic qui tient une officine de détective privé, puis rencontre Slim, un Noir dont la profession n’est guère avouable.

Miss sait se servir de sa langue, de ses pieds et éventuellement des armes qui lui tombent sous la main.

Dans le volume deux, Une chanson douce, elle est associée à Slim et des contrats particuliers leur sont proposés.

Tuer un mari riche et encombrant par exemple. Elle retrouve sa mère également, dans un sale état. Le scénario est toutefois plus confus que dans le premier ouvrage et part un peu dans tous les sens.

 

Philippe Thirault, auteur de romans au héros déjanté (Hémoglobine blues ou Speedway aux éditions Serpent à plumes, collection Serpent noir) possède l’art des petites phrases caustiques et des métaphores corrosives. Exemple le texte de Bloody Manhattan qui débute ainsi : “ On a appelé ça les années folles. New-York s’élargissait comme une tâche d’urine sur un buvard ” ou encore “ Chez les flics […] les bons deviennent voyous et les mauvais, ils restent flics ” .

 

Les dessins qui enchâssent le texte et les couleurs qui les habillent s’intègrent parfaitement à l’humeur prônée par Philippe Thirault. Le verdâtre prédomine ainsi que le rouge carmin.

Les traits sont parfois esquissés, flous, surtout en ce qui concerne les personnages, alors qu’en d’autres planches, les décors sont plus que réalistes.

Les rues du New-York décrit ne se resserrent pas comme des canyons sous la domination des gratte-ciel mais s’élargissent en Champs-Elysées, peut-être pour mieux montrer du doigt la pauvreté, le dénuement, mettre en évidence l’indigence de ces quartiers déshérités.

L’envers du décor des Etats-Unis d’Amérique, avec toutefois une pointe de nostalgie, celle du rêve américain qui synonyme de liberté est aussi celui d’esclavage.

 

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce.

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce. Miss volumes 1 et 2. Humanoïdes Associés. 48 pages chaque. Parution avril 1999 et décembre 1999.

Disponible en version Kindle : 5,99€ chaque.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 12:48

Et des crosses, il n'en manque pas Tyler !

Fabien NURY & BRÜNO : Tyler Cross.

Contacté par Di Pietro, un truand multicartes, Tylor Cross doit intercepter une cargaison de mexicaine brune. Vingt kilos à dérober pour une prime de cent cinquante mille dollars. De quoi vivre sans soucis pendant plusieurs années.

L'homme qui gère le trafic n'est autre que Tony Scarfo, le fils d'un ami de Di Pietro, et accessoirement son filleul. Un petit con gominé selon le vieil homme qui désire lui démontrer que malgré son âge il est toujours dans le coup.

Tyler Cross s'adjoint la complicité de ses amis, sa maîtresse C.J. et le géant Ike. La première opération consiste pour C.J. à approcher Tony Scarfo, le subjuguer et il ne reste plus à Tyler Cross et Ike à le faire parler en employant les moyens appropriés, c'est à dire la manière forte. Munis des renseignements concernant la livraison, Tyler monte une embuscade afin de dévaliser les transporteur mexicains qui doivent franchir la frontière de nuit. Seulement l'opération ne se déroule pas comme Tyler l'aurait souhaité. Outre les Mexicains, C.J. et Ike restent sur les cailloux du désert. Après avoir effectué une légère mise en scène afin que sa trace ne soit pas éventée, Tyler se rend à pied son baluchon de mexicaine brune sur le dos jusqu'à la cité voisine.

A l'entrée de la petite ville, il demande à un vieux garagiste de lui louer un véhicule mais pour cela il lui faut de l'agent. Alors il téléphone à son avocat à Galveston et lui demande de le dépanner à l'aide d'un mandat télégraphique. Mais la banque ferme avec une heure d'avance, car une cérémonie est prévue. Le mariage de Stella, la fille du garagiste, avec William, l'un des fils Pragg. Alors non seulement Tyler n'a pas son argent immédiatement, de plus il apprend que Di Prieto vient de décéder.

Black Rock city est le fief de la famille Pragg. Le père est un richissime propriétaire de mines pétrolifères, et les fils sont respectivement maire, shérif et banquier, des postes clés qui leur permettent de tenir les habitants dans leurs grosses menottes.

Une indiscrétion recueillie par la famille Pragg grâce au postier qui a écouté la conversation téléphonique, met en péril la vie de Tyler Cross. D'autant qu'il s'intéresse au cas de Stella qui se marie de force.

 

Résolument ancrée dans cet Ouest sauvage, l'action se déroule dans le Texas. Le scénario lorgne du côté des grands auteurs américains de romans noirs, et l'on pense surtout à Jim Thompson, l'auteur de Le démon dans ma peau, Nuit de fureur, Un nid de crotales et surtout le célèbre 1275 âmes, mais également à William Riley Burnett ou des petits maîtres que furent Clifton Adams et Ray Hogan. Des histoires qui mettent en scène la plupart du temps des sociopathes, d'ailleurs l'un des protagonistes possède un serpent. Une histoire emplie de bruit (qu'on imagine), de fureur et de violence, dans laquelle Tyler Cross le mauvais garçon devient presque le chevalier blanc de la veuve et de l'orpheline.

 

N'étant pas un lecteur assidu de Bandes Dessinées, je ne peux me substituer aux spécialistes de cette discipline mais exprimer simplement mon ressenti à la découverte de cet ouvrage.

Le dessin, stylisé, épuré, et pourtant très expressif, est en adéquation avec l'écriture, texte et dialogues, directe, simple, incisive, rugueuse, le maximum étant raconté en un minimum de mots. Le style béhavioriste initié par Dashiell Hammett, pour une histoire qui s'inscrit dans les années cinquante. Une intrigue sombre servie également par la colorisation bleu nuit, jaune, bistre, ocre, en abondance, avec des éclats verdâtre ou de rouge, de Laurence Croix.

 

Et inscrivez dès maintenant sur votre agenda la date du 28 aout 2015, date de sortie du second (ou deuxième) tome de cette nouvelle série très prometteuse.

Fabien NURY & BRÜNO : Tyler Cross. Couleur de Laurence Croix. Editions Dargaud. Parution le 23 aout 2013. 96 pages. 16,95€.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 15:46

Les héros de légende ne meurent jamais...

TARVEL & ALVES : La maison borgne.

On trouve de tout aux marchés aux puces, mais en général jamais l'objet recherché qui embellirait une collection.

Pour le célèbre détective Harry Dickson et son jeune assistant il ne s'agit que de se promener dans celui d'Islington, à Londres. Tom Wills est fougueux et impétueux, et lorsqu'il pense reconnaitre en l'un des badauds Mogg, le célèbre voleur d'enfants, il s'élance à travers la foule, bousculant au passage quelques dames qui n'apprécient pas être ainsi chahutées. Le fuyard échappe à Tom Wills qui dépité pense le reconnaître près d'un stand.

En proie à la vindicte de la foule, il est sauvé in extremis du lynchage par son maître, le célèbre Harry Dickson. Les deux hommes continuent leur déambulation jusqu'à un stand où un homme et sa fille s'intéressent à deux fioles qui, selon le marchand, ont appartenu à un exorciste et contiennent chacun un spectre. Un mouvement brusque de l'homme déséquilibre l'une des fioles mais juste avant de s'écraser à terre, elle se retrouve propulsée sur le comptoir.

Wendy, la fille d'Edwin Houghton, riche collectionneur d'objets anciens en tout genre, possède le don de déplacer les objets à distance. Ce qui se révèle plutôt bien pratique dans des cas comme celui-ci. L'homme habite une vieille demeure dans un petit village de Cornouailles près de la mer et naturellement, ayant reconnu Harry Dickson, l'invite à lui rendre visite.

Quelques jours plus tard, Dickson reçoit un appel téléphonique désespéré de la part de Houghton. L'un des domestiques a eu la malencontreuse idée de déboucher l'un des flacons. La curiosité est un vilain défaut, surtout quand le spectre ainsi libéré n'est autre qu'un tueur, Joe Gamp, qui perpétrait ses crimes dans les rues de Londres. Il avait été surnommé le Hacheur !...

Direction le manoir de Houghton où Dickson et son élève sont accueillis par Wendy sur le quai de la gare. Depuis cet événement la maison n'est pas sûre. Gamp a investi le corps de Ned, le serviteur, et Houghton et sa fille ont été obligé de se réfugier dans une humble maisonnette de gardiens. Goodfield le policier est déjà sur place en compagnie de quelques hommes ainsi que de journalistes toujours à l'affut de sensationnel.

Le spectre de Gamp occasionne de nombreux dégâts et continue ses méfaits, malgré les efforts conjugués d'Harry Dickson, son fidèle Tom ainsi que dans une moindre mesure Goodfield et Miss Wendy. Il n'est pas toujours bon d'agiter le flacon trop fort malgré le slogan secouez-moi, secouez-moi..., car un spectre éliminé ou presque, le second prend la relève sous la forme d'un pirate très vindicatif. Une vieille femme qui a fait le voyage dans le même compartiment que nos deux détectives, rednat visite à sa sœur se propose d'annihiler le combattant coriace en enfermant son spectre grâce à la collaboration d'une poule qui n'est même pas au courant du déjeuner qui lui est destiné.

 

TARVEL & ALVES : La maison borgne.

Le lecteur qui a pu apprécier les différentes aventures du Sherlock Holmes américain, créé dans les années 1920 en Allemagne puis traduites en néerlandais et réécrites par Jean Ray qui lui-même a imaginé de nouvelles histoires, ne sera pas dépaysé dans cette bande dessinée. Le scénariste Brice Tarvel, par ailleurs auteur de nombreux romans sous son nom ou sous celui de François Sarkel, et sous quelques alias puisqu'il poursuit actuellement les aventures de Bob Morane (encore un héros de légende !) s'est imprégné de l'atmosphère du talentueux auteur de fantastique. Et les dessins de Christophe Alvès collent parfaitement à l'intrigue.

 

Brice Tarvel induit une ambiance très "British" dans un univers empli de fureur et de rebondissements, n'oubliant pas le principal après le fantastique : l'humour ! Une histoire qui nous entraîne dans les années 1920, avec un petit côté délirant parfois mais si agréable que l'on attend la prochaine aventure qui est programmée sous le titre de Les anges aux semelles de plomb. Mais ce n'est pas la première incursion dans l'univers d'Harry Dickson qu'il effectue car il a déjà écrit de nombreuses nouvelles publiées sous le titre Les dossiers secrets d'Harry Dickson et qui sont à découvrir chez Malpertuis.

Quant à Christophe Alvès, son trait s'inspire de l'école belge, de la ligne claire, mais en plus fouillé, plus travaillé, plus dense. Les détails fourmillent dans ses vignettes mais sans alourdir le dessin. Un travail minutieux, méticuleux, propre, fin, qui n'est pas sans rappeler Tibet, dessinateur entre autres des aventures de Ric Hochet dont le scénariste était André-Paul Duchâteau.

Et ce genre d'ouvrage demande à être ouvert deux fois : la première pour lire l'histoire, la seconde pour disséquer les images que l'on a parfois occultées au profit de la lecture.

TARVEL & ALVES : La maison borgne. Harry Dickson 1. Grand West éditions. Parution le 2 juillet 2014. 48 pages. 15,00€.

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 13:17

Ah le bon temps des B.D. petits formats...

 

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Cette année la collection les Petits Polars du Monde innove en proposant de mettre plus en valeur les illustrateurs et en leur consacrant trois volumes en bandes dessinées. Après Anthony Pastor qui combine illustrations et scénario avec Le cri de la Fiancée, Jean-Christophe Chauzy au dessin et Marc Villard pour le scénario dans Tango Flamand, c'est au tour de Mako d'étaler son talent avec comme complice Didier Daeninckx dans ce nouvel opus.

La colombophilie est un sport très prisé dans la région Nord-Pas de Calais qui compte pas moins de dix mille pratiquants, sur les vingt mille recensés en France. Et Stéphane est l'un d'eux.

mako1.jpgAlors qu'il regagne son usine avec sa camionnette transportant ses précieux volatiles, il reçoit sur son téléphone portable un message lui signifiant qu'il est licencié. Une façon un peu cavalière de lui apprendre que la boite va fermer et qu'ils vont tous se retrouver au chômage. Pour Stéphane, comme pour les autres d'ailleurs, c'est la tuile. Le délégué syndical fait ce qu'il peut, c'est à dire organiser un piquet de grève mais les CRS sont déjà sur place bloquant le passage. Personne ne peut sortir, personne ne peut entrer. Mais que va faire Stéphane de ses oiseaux qui ont l'habitude de crécher dans un local attribué au comité d'entreprise de l'entreprise ?

Chez lui il est accueilli froidement par sa femme qui lui reproche de trop boire pour noyer ses difficultés et peut-être de la tromper. D'ailleurs elle a décidé de faire ses valises. Alors il se réfugie dans son café habituel, marmonnant ses malheurs au patron qui n'en peut mais. Deux clients de passage l'entendent se plaindre du sort réservé à ses pigeons voyageurs, alors que lui-même est pris pour un pigeon par son employeur, et lui proposent un petit travail.

 

Ecrire que cette histoire ne vole pas bien haut serait prétexte mako.jpgà un mauvais jeu de mot, mais il est vrai que si j'attendais plus au départ du scénario de Didier Daeninckx, le format ne se prêtait guère à un long développement. Toutefois, cette histoire s'inscrit dans l'air du temps, malheureusement, et me fait penser à un épisode réel, qui n'est pas celui évoqué par Didier Daeninckx.

Dans les années 1970 à 1990, des pigeons voyageurs étaient utilisés pour transporter des prélèvements sanguins à fins d'analyses entre l'hôpital de Granville et le laboratoire d'analyses d'Avranches, soit vingt six kilomètres environ. Didier Daeninckx a imaginé une autre utilisation qui n'est pas bête pour ces bestioles ailées et est peut-être déjà exploitée.

Les dessins de Mako sont précis, réalistes, en symbiose totale avec l'histoire et les lieux. Les décors sont finement dessinés avec de nombreux détails, de même que les personnages, mais en privilégiant ce qui est grave, important au détriment du futile.


MAKO & Didier DAENINCKX : Les pigeons de Godewaersvelde. Petits Polars du Monde N°10. Parution 06 août 2014. 64 pages. 2,50€.

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 15:33

harpignies.jpg


L'art pictural, tout comme la sculpture, est souvent présent dans l'œuvre littéraire de François Darnaudet : Les Dieux de Cluny, Trois guerres pour Emma, Le Fantôme du Quai d'Orsay, Art et artistes en pays catalan... aussi n'est-il point étonnant qu'il s'intéressa à la vie d'une peintre paysagiste méconnu : Harpignies.

Henri-Joseph HarpigniesMais cette bande dessinée, si elle narre le parcours d'Henri Harpignies (1819 - 1916), n'est pas à proprement parler une biographie même si l'on suit l'artiste tout au long de sa carrière, est également le prétexte à mettre en scène un jeune descendant du peintre confronté à un quotidien pas forcément rose. D'autant que tout comme son ancêtre il préfère le bleu cobalt, le vert Véronèse, le vert émeraude, l'ocre jaune, la terre de Sienne naturelle, la terre de Sienne brûlée, le brun rouge et le blanc d'argent.

Le jeune Eric vient de perdre sa grand-mère et s'il a du chagrin, il ne le montre pas, contrairement à d'autres membres de sa famille. Et en regagnant le domicile de ses parents à Perpignan, il croit qu'un cambrioleur s'est introduit dans leur logement. Un tableau a disparu. Sa mère, confuse, est obligée de lui expliquer qu'à cause de besoins pressants d'argent elle a été obligée de vendre la toile signée Harpignies. Toutefois il reste un carnet de dessins qu'elle lui donne.

Eric doit rentrer à Paris afin de poursuivre ses études mais un problème de train (C'est devenu d'une banalité !) l'oblige à passer le restant deHenri_Harpignies-paysage.jpg la journée à Montpellier. Sa prochaine correspondance n'étant prévue que pour le lendemain matin aux aurores. Il décide alors de visiter le musée Fabre et il rencontre une jeune fille, Marie, qui prépare une thèse sur l'école de Barbizon. Ils sympathisent, il lui montre les dessins de son trisaïeul, ils papotent, elle l'invite à passer une nuit blanche... dans une boîte de nuit. De retour à Paris, Eric se morfond. Il pense à Marie, il communique avec elle par mails et joue de la guitare, tentant de composer des chansons.

Profitant du prétexte de rencontrer son directeur de thèse à la Sorbonne, Marie retrouve Eric. Un rapide passage chez le jeune homme pour déposer ses affaires ensuite direction le musée du quai d'Orsay où il peut croquer rapidement un Harpignies, puis retour chez Eric. Et ce qui devait arriver arrive, mais ceci ne nous regarde pas ! Eric se met à peindre un tableau à la façon de son ancêtre tout en réfléchissant à sa situation avec Marie qui est retournée chez elle.

Je ne la connais pas mais j'ai envie d'être avec elle. C'est aussi parce que je ne la connais pas que j'en ai envie. D'ailleurs j'ai peur de la connaître et d'avoir envie de ne plus être avec elle.

C'est en exprimant cette profonde pensée qu'il continue son tableau. Son père arrive à l'improviste, le félicite pour son coup de pinceau et lui remet un vieux chapeau qui trainait dans une malle et avait appartenu à Henri Harpignies. Ainsi chapeauté, Eric peut s'imprégner de l'esprit du peintre. D'ailleurs Marie, revenue s'installer avec Eric lui fait une proposition étonnante qui bouleverse le train-train quotidien de notre peintre amateur.

harpignies2.jpgLes deux histoires, celle d'hier et celle d'aujourd'hui, s'imbriquent sans que le lecteur perde le fil de l'intrigue. L'humour est souvent présent, surtout dans les dialogues ou dans les pensées de notre jeune héros. Ainsi lors de l'enterrement de sa grand-mère, qui est en fait une crémation, une des personnes présentes demande, comme si cela avait une importance vitale, à Eric : Dis-moi, tu sais pourquoi elle n'a pas voulu être enterrée ? Eric répond en toute sobriété : Elle disait qu'elle était claustrophobe.

Le dessin signé Elric est clair, sobre, dépouillé, épuré même parfois, mais en même temps travaillé finement, au service du scénario qui par ailleurs comme je l'ai déjà écrit ne manque pas d'humour. Nous ne sommes pas loin de la ligne claire de l'école belge. Afin de mieux comprendre comment travaille Elric je vous conseille de vous reporter à un entretien accordé à Nicolas Vadeau lors de la sortie de Marche ou rêve (Dargaud - 2011) et mis en ligne sur Bulle d'encre. Un autre article lui est consacré dans les pages de l'Indépendant.


ELRIC & DARNAUDET : Harpignies. Collection Blandice, éditions Paquet. Parution 12 février 2014. 80 pages. 15,50€.

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 13:48

Petit prix, grand plaisir !

 

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L’association Etre humain – Animal existe depuis toujours, même et surtout en bandes dessinées. Et il ne s’agit pas uniquement d’animaux ordinaires. Ils sont de compagnie, non apprivoisé ou d’origine sauvage, et ils parlent. Ou savent s’exprimer et se faire comprendre de leurs compagnons à deux pattes.

Ainsi Alfred le Pingouin, dans la série Zig et Puce d’Alain Saint-Ogan. Puis Tintin et Milou d’Hergé. A ce propos il est amusant de constater que bon nombre de propriétaires de ces canidés appellent Tintin leur animal, pensant peut-être que Milou est le patronyme du jeune reporter. Le Marsupilami, animal imaginaire certes dont le nom est composé de marsupial, qui lui existe, et d’ami, dans la série Spirou et Fantasio crée par Franquin en 1952. Rantanplan, le chien quelque peu niais, simplet et godiche, et surtout Jolly Jumper, le fier destrier de Lucky Luke, des histoires dues à la plume de Morris dès 1947. Sans oublier Boule et Bill, Boule étant le petit garçon et Bill le cocker, on pourrait confondre, et leur tortue Caroline, dont le géniteur est Roba. Petit aparté, les trois dernières séries paraissaient ou paraissent toujours dans Spirou, le magazine qui fête cette année ses soixante-quinze ans d’existence. Ceci n’est qu’une piste d’étude et je me garderai bien d’établir un recensement complet et d’établir une liste exhaustive.

Après ces prolégomènes didactiques qui vous auront éventuellement ennuyés, j’arrive gaillardement au sujet de cet article : Calvin, le gamin qui proteste tout le temps, d’où peut-être son nom.

En effet Calvin, qui n’aime pas l’école, est un gamin râleur, bougon, frondeur, jamais satisfait, volontiers blagueur pour ne pas dire taquin, et qui trouve en Hobbes, sa peluche, un confident tout oreille. Hobbes est un tigre, câlin quand il le faut, mais railleur et moqueur parfois, n’hésitant pas à contrarier Calvin. Mais entre les deux, le petit d’homme et la peluche, c’est l’amitié qui prime et l’un devient le confident de l’autre. Calvin possède un atout inné : son sens de la rhétorique et de la dialectique imparable.


D’ailleurs, son institutrice madame Wormwood, qui en a vu d’autres, craque devant son insolence :

Madame Wormwood est au tableau noir. Calvin l’appelle :

Madame Wormwood ?

Oui, Calvin ?

Vous pouvez toujours présenter vos informations, mais vous ne pouvez pas m’obliger à m’y intéresser.

Peu après, Calvin est sur une balançoire, apparemment tout guilleret.

La rumeur prétend qu’elle est passée à deux paquets par jour. Sans filtre.

Ou alors elle a recours à une médicamentation propice à calmer les maux de tête.


Peu de personnages figurent au générique des aventures de Calvin. Outre sa peluche Hobbes, on peut dénombrer ses parents bien évidemment, Madame Wormwood, déjà citée, monsieur Spittle le principal de l’école, Susie sa copine d’école plus quelques autres qui apparaissent de façon évanescente. Sa copine, c’est vite dit. Plutôt son souffre-douleur mais qui a du répondant, heureusement pour elle, et qui ne s’en laisse pas compter. Elle répond du tac au tac, à sa manière qui est plutôt musclée.

Peu de personnages donc, ce qui fait que les historiettes qui sont décrites en trois ou quatre cases sur une ligne, parfois sur une page, sont ramassées et percutantes. Une bande par jour, une planche hebdomadaire en couleurs (couleurs qui ici ne sont pas reproduites), durant dix ans, de 1985 à 1995 ont fait de Calvin un phénomène mondial repris par plus de 2400 journaux. Pourtant le graphisme est simple, dépouillé, épuré mais non dénué de charme.

C’est la vie au quotidien de Calvin, qui n’est en réalité qu’un gamin solitaire et inventif, dépourvu de frères et sœurs, à l’esprit vif et imaginatif ; qui en a fait le succès. Hobbes est un jouet, un tigre en peluche pour tout le monde, et seul Calvin lui donne vie. Il est son complément indispensable. Mais ce transfert n’est pas un cas unique : souvenez-vous quand vous étiez gamin ! Ou quand vous surprenez vos enfants, surtout les filles (désolé, ce n’est pas du machisme mais une simple constatation) qui jouent à la poupée. Celle-ci devient leur enfant et elles n’hésitent pas à la gronder pour des vétilles imaginaires.

Le thème central de cet épisode est l'hiver, avec son lot de boules de neige, de bonhommes de neige, mais aussi avec un personnage incontournable : le Père Noël. Et le Père Noël n'a qu'à bien se tenir, déposer au pied du sapin des jouets intéressants et non pas des vêtements comme l'année précédente, sinon il risque de se voir sermonner épistolairement.

Je ne connaissais Calvin et Hobbes que pour en avoir vu quelques planches ici ou là. Mais je crois que je commence à en devenir accro. Est-ce grave, docteur ?

La traduction a été assurée par Laurent Duvault.


Bill WATTERSON : Gare au psychopathe à rayures. Série Calvin et Hobbes. N°18. Editions Hors Collection. 64 pages. 6,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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