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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 04:38

Le 18 septembre 1970, disparaissait Jimi Hendrix. Sa guitare et sa voix vibrent encore dans nos oreilles.

Régis CANSELIER : Jimi Hendrix, le rêve inachevé.

L’image qui restera à jamais attachée à Jimi Hendrix, ce sera celle d’un musicien jouant de la guitare avec ses dents. Image réductrice mais oh combien prégnante, parmi d’autres.

Si l’ouvrage de Stéphane Koechlin Blues pour Jimi Hendrix narrait la vie de l’artiste en parallèle de celle de son fan Yazid Manou, Régis Canselier nous invite à mieux découvrir l’œuvre de ce musicien à travers des enregistrements d’époque et ceux qui en sont le prolongement parfois anarchique. Le lecteur ne doit pas s’attendre à lire une biographie voyeuriste sur la vie privée du musicien, mais il possèdera entre les mains un ouvrage sérieux, documenté, passionnant consacré à un phénomène musical dont les enregistrements du temps de son vivant sont relativement rares, tandis que son aura ne fléchissant pas les albums suivants font florès, pirates officiels ou non, remix de bouts de chandelles qui n’apportent rien aux exégètes et aux véritables fans.

Régis Canselier débute son ouvrage par les trois singles londoniens, et la découverte de Jimi Hendrix par Linda Keith (mannequin anglais qui sortait alors avec Keith Richards des Rolling Stones) qui persuade Chas Chandler, qui jouait comme bassiste dans le groupe des Animals mais avait décidé de se tourner vers la production, d’aller écouter le guitariste. Chandler est séduit par le jeu de ce musicien alors que d’autres managers dont celui des Stones n’avaient pas été convaincus.

C’est ainsi que débute la carrière fulgurante et trop tôt interrompue de Jimi Hendrix.

Cet ouvrage ne s’adresse pas particulièrement à une élite de musicologues mais à tout amateur curieux, désireux de connaître les dessous d’une carrière avec tous les aléas qui en découlent, l’envers du décor de la scène, les séances d’enregistrements en studio, les concerts, les galères diverses qu’il faut surmonter, les vrais et les faux amis, la vie des disques après la mort de l’interprète, de l’artiste, le piratage autorisé et ceux qui sont édités dans la plus grande anarchie, les chacals qui se déchirent un héritage qu’ils se sont appropriés, les financiers qui ne pensent qu’à écouter le cri du dollar dans leur portefeuille.

Cet ouvrage fourmille de détails, d’exemples, de références, d’instants prélevés enchaînés comme un diaporama musical. L’œuvre de Jimi Hendrix est mise à nu, décortiquée, avec passion, sensibilité et rigueur.

Ainsi penchons un peu sur la description de sa prestation télévisée du 4 janvier 1969 dans le cadre de l’émission « Happening for Lulu ». Il arrête l’interprétation de son premier morceau, Hey Joe, déclarant qu’il « aimerait arrêter de jouer cette merde et dédier cette chanson à Cream » groupe qui venait de se séparer officiellement. Mais c’est lors de l’interprétation du cinquième morceau Little Wing que se produit un léger incident qui a peut-être échappé à beaucoup d’auditeurs. Bien que sa Stratocaster soit légèrement désaccordée, Hendrix nous offre avec l’introduction de Little Wing un moment de pur lyrisme.

Jimi Hendrix, le rêve inachevé est donc accessible à tous ceux qui aiment la musique issue du blues, et point n’est besoin pour cela de connaître le solfège mais d’avoir l’oreille accueillante.

Un vrai bonheur de lecture qui peut se faire accompagner par l’écoute de disques originaux ou des éditions ultérieures pirates, officielles, qui sont recensées en fin de volume. Sont recensées également une bibliographie, la liste des concerts, un répertoire de ses morceaux, et figurent les reproductions en couleur des pochettes de disques, dans un cahier en fin d’ouvrage.

Régis CANSELIER : Jimi Hendrix, le rêve inachevé. Collection Formes. Editions Le Mot et le Reste. Parution Mai 2010. 464 pages. 26,00€.

ISBN : 9782360540150

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 04:24

Hommage à Jimi Hendrix décédé le 18 septembre 1970.

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix.

S’il existe un fan, gardien du temple de la mémoire de Jimi Hendrix, c’est bien Yazid.

Il lance des invitations, pour une soirée destinée à commémorer la disparition du guitariste légendaire, décédé le 18 septembre 1970. Il envoie des cartons à Noël Redding, Eric Burdon, Curtis Knight, Janis Joplin… Janis Joplin qui en apprenant le décès de Jimi, se jura de surveiller ses consommations de drogue et d’alcool, confiant à Mary Friedman, son amie et biographe : Je ne peux tout de même pas partir la même année que lui, vu qu’il est plus célèbre que moi. Elle décèdera le 4 octobre 1970 ! D’une overdose.

Né en 1965, Yazid est un petit gars de la banlieue parisienne et ses parents, originaires du Bénin, se sont séparés alors qu’il avait quinze ans. Il a touché du piano et autres bricoles, mais sans jamais vraiment s’y intéresser. Le déclic de sa passion pour Jimi Hendrix s’effectue en 1977, en regardant à la télévision Point chaud, une émission d’Albert Raisner, l’harmoniciste présentateur de l’émission culte Age tendre et tête de bois. L’annonce de Jimi Hendrix comme le plus grand guitariste du monde le laissa rêveur mais bien vite il fut conquis, et s’enticha de Jimi, se faisant offrir des disques, en parlant à ses amis, devenant peu à peu un inconditionnel. Une quête qu’il effectua comme s’il recherchait un assassin, la drogue.

A la suite d’un documentaire des Enfants du rock, en 1980, il se rend compte que l’entourage de Jimi est plus souvent accroché à l’argent qu’à la musique. Particulièrement Mike Jeffery, le manager escroc controversé de son idole, jusqu’à ce que le père, Al Hendrix, le chasse pour confier l’exploitation de l’héritage Hendrixien à l’avocat noir Leo Branton, lequel s’occupa aussi de Nat King Cole. Personnage sulfureux qui selon certaines personnes serait à l’origine de la mort par overdose de Jimi. Ce n’est pas pour autant que Yazid voue un culte particulier en collectionnant colifichets et autres bricoles témoins du fan obsessionnel, tout au moins au début.

Peu à peu l’âme de Jimi s’infiltre en lui. Il traine au New Morning, se met en relation avec d’autres fans dont Nona, une femme qui habite les Etats-Unis et avec laquelle il correspond longuement, et rêve de réaliser une soirée spéciale Jimi, un hommage gigantesque avec d’anciens musiciens et de nouveaux artistes dilettantes qui jouent du Hendrix pour le plaisir et par passion.

Il va concrétiser son rêve, organiser une soirée spéciale Jimi Hendrix à l’Olympia en septembre 1990, mythique scène parisienne sur laquelle son idole s’est produit par trois reprises. Son jour de gloire lorsqu’enfin il concrétise ce à quoi il aspire avec comme artistes Noel Redding, Eric Burdon, Randy California, Curtis Knight, et dans les coulisses Monika Dannemann, celle qui découvrit Jimi mort dans son lit et que beaucoup accusèrent de ne pas avoir alerté les urgences rapidement, ou même de l’avoir drogué, en lui faisant ingurgiter des somnifères. Bref de l’avoir laissé à son sort, des versions encouragées par sa rivale Kathy Etchingham, laquelle déclarait aimer Jimi mais ne se privait pas de le tromper lorsqu’il était absent et s’était mariée par ailleurs.

En narrant le parcours de Jimi Hendrix via celui plus sage de Yazid Manou, Stéphane Koechlin nous invite à pénétrer l’univers des adorateurs, des idolâtres même, du guitariste décédé à près de 28 ans, mort controversée, mais également à restituer aussi celui des musiciens qui ont gravité dans son sillage (et ses sillons).

Plus qu’une simple biographie, Blues pour Jimi Hendrix est un peu une poupée russe littéraire, colorée, pétillante, additionnée de nombreuses anecdotes et l’on entend presque les riffs de guitare que ceux qui ont assisté à un concert à l’Olympia le 18 octobre 1966 en première partie de Johnny Hallyday puis en vedette en 1967 s’en souviennent encore.

Et ceux qui comme moi n’ont pas eu le privilège de pouvoir s’acheter des places, Europe 1 était là pour suppléer et enregistrer les concerts, et l’émission Musicorama était fort prisée. J’aurais pu évoquer également les relations avec Eric Clapton, Chas Chandler (des Animals tout comme Eric Burdon), Mitch Mitchell, et combien d’autres qui apportèrent leurs pierres à son édifice musical, lui-même n’étant pas en reste de contributions.

J’aurais pu parler de son groupe le Jimi Hendrix Experience (qui ne vécu que quelques semaines) et d’Electric Ladyland, et de bien d’autres choses encore, mais je vous laisse le plaisir de découvrir ce superbe petit ouvrage signé par un connaisseur qui a baigné dans la musique dès sa plus tendre enfance, son père Philippe étant le cofondateur Rock & Folk

Stéphane KOECHLIN : Blues pour Jimi Hendrix. Collection Castor Music. Editions du Castor Astral. Parution avril 2010. 200 pages.

ISBN : 9782859208202.

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 03:55

Alexandrie
Alexandra
Alexandrie où l'amour danse au fond des draps…

Francis CARCO : Palace Egypte.

Labellisé sobrement Roman, cet ouvrage est surtout un récit de voyage, une histoire d’amour et une autobiographie romancée.

Au moment où cette histoire débute, le narrateur, qui n’est autre que Francis Carco, est installé dans un vieil hôtel opulent et bourgeois du Caire. Son ami Poloche, guide dans le pays depuis dix-huit ans, l’informe qu’il a obtenu des prix au Sémiramis, un établissement plus sélect, et surtout la chambre qu’il a réservée est avec vue sur le Nil.

En investissant sa nouvelle chambre, l’auteur s’aperçoit que son balcon est mitoyen avec la chambre voisine. Une ravissante jeune femme blonde l’occupe et une autre femme qui se tient dans la rue l’appelle par le prénom de Naïla. Un bien joli prénom, Poloche précisant que Naïla veut dire Soupirante en arabe. N’écoutant que son courage, Francis s’avance et lorgne dans la pièce où évolue cette charmante personne. Elle ne s’offusque pas de cette curiosité déplacée, au contraire, cela l’amuse de même ainsi que la brune qui l’a rejointe.

Naïla partage son lit avec Freddy, mais, et cela Francis l’entend de sa chambre, les deux amants se disputent souvent, se réconciliant après, en personnes bien élevées. Francis est attiré par cette femme, et il fait la connaissance de Freddy, un individu qu’il n’apprécie pas plus que cela. Grâce à Naïla, le narrateur fera connaissance également de Yasmine, cette amie brune qui hélait de la rue sa copine. Deux inséparables et Francis se demande même si, des fois, afin de changer d’herbage, les deux amies ne batifoleraient pas du côté de Lesbos.

Yasmine est mariée et elle change souvent d’amant. Elle n’en est plus à compter ses aventures. Mais comme le déclare Freddy, On ne lui avait jamais connu deux amants à la fois. Francis est attiré par Naïla mais bientôt c’est Yasmine qui la supplante dans son cœur. Il est invité chez l’une ou chez l’autre, il visite la ville et surtout les quartiers chauds, en compagnie la plupart du temps de Naïla, puis il se rend à Louxor puis à Alexandrie, retrouvant Yasmine de plus en plus souvent.

 

L’auteur nous fait partager ses aventures amoureuses platoniques avec Naïla et Yasmine, ses élans, ses retenues, mais également jette un œil critique sur la société égyptienne et la condition féminine. Il évolue dans les milieux huppés, et reçoit les confidences de Naïla et Yasmine. Les femmes égyptiennes étouffent, et à Yasmine qui déclare à une plantureuse et jolie créature : Tu as de la chance, ton mari te laisse partir, celle-ci lui rétorque :

Eh bien rends-toi malade. Ce n’est pas sorcier. Veux-tu l’adresse de mon docteur ? il te donnera des gouttes ou une potion…

Naïla, qui les écoutait, me dit :

Entendez-les. Toutes ne pensent qu’à s’enfuir. Chaque année, vers la fin de l’hiver, elles s’arrangent avec des médecins qui prescrivent une cure à Vittel, Vichy ou Brides. C’est une comédie !

Mais pourquoi ce besoin de départ, Naïla ?

Pour être libres ! Vous ne savez pas ce que c’est… Ici aucune indépendance. Tout se sait immédiatement. A moins d’avoir le toupet de la princesse qui a loué, dans la maison de son coiffeur, une garçonnière…

 

Cet état de fait, depuis ne s’est pas amélioré, au contraire ! Mais restons dans le sujet, ce livre, qui traite également de la drogue. Ainsi Naïla, qui se promène en compagnie de Yasmine, déclare à Francis lors de la visite d’un quartier :

On passait autrefois de la drogue par ici.

Quelle drogue ?

Haschich, opium, héroïne, coco.

Et maintenant ?

Oh ! on en a toujours.

Naïla, objecta timidement Yasmine, qu’en sais-tu ?

Il suffit de lire les rapports de Russel Pacha. Ils sont édifiants. Ainsi les trafiquants plaçaient les tablettes de haschich sous les touffes de poils de chameaux, et ils fixaient ces touffes à l’aide d’un peu de glu, entre la bosse et le flanc de la bête.

Un peu plus loin, Naïla dévoile de quelle façon les mercantis débarquent leur drogue :

Ils recourent à diverses méthodes. Certains utilisent des suppositoires que se mettent des gamins, à bord, avant de descendre. D’autres fraudeurs se servaient des jarretelles que portaient des jeunes filles complices.

 

Un livre intéressant à plus d’un titre, loin de l’univers argotique et montmartrois de Jésus la Caille, le premier roman de Francis Carco publié en 1914, mais dans lequel on retrouve certains thèmes, comme la prostitution. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à Henry de Monfreid et à Joseph Kessel dans certains passages du livre.

Francis CARCO : Palace Egypte. Editions Albin Michel. Parution juillet 1933. 252 pages.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 03:49

L’inoubliable compositeur et interprète d’Ascenseur pour l’échafaud.

Alain GERBER : Miles.

Après Chet, Lady Day, Louie, Charlie, Paul Desmond, ouvrages tous réédités au Livre de Poche, Alain Gerber nous offre sa vision personnelle d’un autre monstre du jazz : Miles Davis.

Et pour cela il a endossé les personnalités de Max Roach, le batteur qui a joué avec Miles et Charlie Parker alias Bird, quelques autres comparses dont, étonnant quoi que, Jimi Hendricks, et Miles lui-même, changeant à chaque fois de style d’écriture afin de mieux se mettre dans la peau du rôle.

Les relations de Miles avec son père, chirurgien dentiste, sa mère Cleota Henry, ses compagnons de route, la musique, la drogue, sont décrites avec verve, tendresse, virulence, sérieux, rage parfois.

Ainsi le témoignage de Max Roach qui décrit l’état de Miles de retour de Paris et dont la liaison avec Juliette Gréco lui trottine toujours dans la tête. Les virées jusqu’à East Saint-Louis en compagnie de Charlie Mingus dit Le Baron, son père étant allé le repêcher en cours de route suite à un appel au secours, la fausse décontraction de ce père envers un fils qui n’arrive pas à se détacher de la drogue. Un père qui paie les dettes sans sourciller, écœuré par les frasques de son fils, mais qu’il tente à chaque fois de remettre sur la bonne voie.

Le témoignage de Miles vis-à-vis de sa mère, qui ayant quitté le foyer familial pour de fumeuses raisons financières et autres, restera toujours un symbole. Et ce malgré les tannées qu’elle lui infligeait enfant, et lorsqu’elle en avait marre de taper sur son fils passait le fouet au père qui trouvait des subterfuges afin de faire croire qu’il corrigeait le jeune Miles.

Cette femme m’aurait tué sur place, que ça ne m’aurait pas dissuadé de l’admirer. Et il continue sur ce registre « Disons que je suis spécial, de ce côté-là. Je suis ainsi fait que je ne peux pas admirer quelqu’un sans l’aimer (sauf Bird, je l’admets, mais c’est l’exception qui confirme la règle). A l’inverse, j’ai beaucoup de mal à aimer si je n’admire pas. Même s’il s’agit de mes propres enfants ».

Effectivement, les rapports entre Bird et Miles n’étaient que purement musicaux, et encore, Dizzy Gillespie servant de tampon. Une rencontre musicale qui le propulse alors qu’auparavant il s’était produit aux côtés d’Eddy Randle et les Blues Devils.

Il s’engagera, sur les conseils de Clark Terry, dans un orchestre de la Nouvelle-Orléans, les Six Brown Cats d’Adam Lambert. Il les suit jusqu’à Chicago, mais ce n’est pas son truc.

Je ne supportais déjà plus ces vieilleries. Pour moi, dès qu’une musique n’est pas du lendemain, c’est qu’elle est de la veille. Et si elle est de la veille, elle est déjà morte. Ce n’est plus qu’un fossile.

Miles Davis, c’est ce caractère progressiste, avec l’envie, le besoin, de toujours aller de l’avant, d’innover, de rechercher, d’explorer, d’inventer. C’est ainsi que par épisodes Alain Gerber nous entraîne sur les traces de ce musicien qui défraya la chronique tant par sa musique que par son comportement, fidèle à lui-même, orgueilleux, technicien, « poussant l’histoire du jazz dans le dos ».

Des témoignages poignants, révélateurs, qui semblent réels, véridiques. Mais Alain Gerber, même s’il extrapole, a construit ce roman avec des matériaux nobles, solides, fiables. Et à la lecture, il me semble encore entendre Alain Gerber narrer à la radio cette pseudo-biographie de Miles Davis. C’était fin 2006 me semble-t-il.

Alain GERBER : Miles. Le Livre de Poche N°31596. Parution novembre 2009. 480 pages.

ISBN : 9782253124856

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 04:26

Cours plus vite Charlie et tu gagneras
Ne te retourne pas…

Alain GERBER : Charlie.

Alain Gerber se nourrit de jazz et son corps en est tellement imprégné que sous ses doigts la musique s’écoule comme d’une source intarissable et multiforme. Ses ouvrages réédités au Livre de Poche en sont la parfaite exemplarité.

Charlie Parker, the Bird. Dès la première phrase il nous en dit tout le bien qu’il pense, sans ambages, sans affectation, concernant celui qui fut considéré, et l’est aujourd’hui encore, comme l’un des tout saxophonistes alto majeurs de tous l’ère jazzistique : Dans le domaine du jazz, je ne place aucun créateur au-dessus de Charlie Parker. Pourtant comme il nous le narre si bien Charlie n’était à l’origine aucunement un génie précoce. Mais ceci n’est qu’une entame, juste de quoi faire saliver le lecteur et l’amateur de jazz.

Le début de l’ouvrage résonne comme une incantation, empreinte de la marque de fabrique poétique d’Alain Gerber, mettant en place le décor de Kansas City, Kay Cee pour les initiés, usant d’une image biblique avec Benjamin le prophète. Puis il laisse la parole à plusieurs interlocuteurs, comme se relayent les solistes d’un band, se réservant le rôle de scripteur d’arrangeur et chef d’orchestre.

Du 29 août 1920, naissance de Charlie Parker junior à Kansas City au 12 ars 1955, décès à New-York de celui qui entre temps est devenu le Bird, chez la baronne Pannonica de Koeningswarter, la mécène du jazz, toute la vie du musicien défile sous la plume sensible d’Alain Gerber ; ses débuts d’enfant « gâté – fils unique et surprotégé par sa mère, querelleur, tyrannique, plein de morgue – et comme un apprenti musicien aux dispositions plus que médiocres, aux progrès laborieux, aux débuts catastrophiques », les influences subies, car Kansas City était à l’époque le lieu de réunion, de rendez-vous des grands musiciens de jazz, comme Count Basie, qui se rencontraient et s’affrontaient par instruments interposés, jusqu’à sa mort à l’âge de trente quatre ans, le médecin légiste devant ce corps usé, abimé, épuisé lui en donnant entre cinquante et soixante.

La vie de Charlie Parker est consacrée au saxophone. Il débute à cet instrument à onze ans et intègre l’orchestre de l’école à quatorze. A dix-sept ans il joue dans des bands de Kansas, et pour parfaire sa technique il écoute sans relâche les disques qu’il parvient à acquérir, enregistrés par les maitres du saxophone de l’époque : Coleman Hawkins, Lester Young, Johnny Hodges, mais aussi d’autres artiste comme Duke Ellington ou Louis Armstrong. Puis il effectue une tournée à New-York. En 1942, date approximative, ce sont les débuts du Be-bop, style engendré avec des musiciens comme le trompettiste Dizzy Gillespie, le pianiste Thelonius Monk, le guitariste Charlie Christian, et les batteurs Max Roach ou Kenny Clarke, et créé dans le but que ceux qui tenaient le haut du pavé en matière de swing, Benny Goodman, Glenn Miller, Tommy Dorsey et autres représentants d’une « ancienne » génération, ne puissent pas jouer ce nouveau genre.

Mais la musique n’adoucit pas forcément les mœurs, l’alcool et la drogue s’immiscent souvent dans le quotidien de ces artistes en recherche de sensations. L’addiction aux drogues, morphine puis héroïne, plus l’abus d’alcool, n’entachent pas sa créativité. Seulement la recherche frénétique de ses doses prime souvent sur ses engagements et il arrive en retard ou n’assure pas concerts et sessions d’enregistrement.

En 1946 il séjournera six mois dans un hôpital psychiatrique. Si ses enregistrements réalisés avec entre autres Dizzy Gillespie et un jeune trompettiste qui deviendra célèbre, Miles Davis, sont aujourd’hui encore considérés comme des chefs d’œuvre, ce ne sont que la partie visible de l’iceberg Charlie Parker.

Alain Gerber s’intéresse aussi profondément à la partie immergée, mais avec compassion, avec sympathie, avec empathie même pourrait-on dire. Car Alain Gerber ne rédige pas une simple biographie, il retrace avec brio et enthousiasme la vie de ces musiciens dont l’existence fut torturée, mouvementée, accidentée, connaissant des hauts et bas, des heures de gloire mais éphémères, des heures de mélancolie et de cauchemar, leur dépendance aux produits illicites étant trop prégnante.

Aujourd’hui c’est Charlie Parker qu’il délivre du mal, tout comme il l’avait fait pour Chet Baker ou Lady Day. Pour Alain Gerber, le jazz est un roman et il en est le chantre.

Un livre indispensable pour mieux comprendre un musicien, une musique, une époque.

Alain GERBER : Charlie. Le livre de Poche n° 32012. Première édition Fayard. Parution Janvier 2011. 512 pages.

ISBN : 9782253123774

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 07:43

Petite Fleur, Les oignons, Dans les rues d’Antibes… autant de succès à créditer à l’actif de Sidney Bechet, et qui trottinent toujours dans la tête de ceux qui ont été élevés dans l’ambiance radiophonique d’après-guerre.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père.

Mais ces titres, ces interprétations divisent toujours les spécialistes du jazz. Cette période de création, quasi exclusivement française, est-elle à ranger au point de crête de cet instrumentiste ou à classer dans les soupes commerciales ?

Selon son premier admirateur qui a très bien connu l’homme et le musicien sur la fin de sa vie, Daniel-Sidney Bechet son fils, et cette période féconde et fastueuse qui dura dix ans de 1949 à 1959, ces morceaux « appartiennent au patrimoine français. Ces morceaux existent dans la mémoire collective et les jeunes générations réagissent favorablement. C’est comme l’accordéon musette ou les chansons d’Edith Piaf ».

Des succès énormes, repris par bon nombre d’instrumentistes, de groupes, d’interprètes, qui ont peut-être donné une impression de facilité.

Le premier disque d’or fut remis pour Petite Fleur. Autant de bonnes ou mauvaises raisons pour hurler avec les loups ? Daniel Bechet écrit encore : « J’ai rencontré des spécialistes du jazz traditionnel qui n’aimaient pas Bechet parce qu’ils ne supportaient pas le soprano. D’autres m’ont dit : Ton père était un génie, mais dommage qu’il ne soit pas resté à la clarinette ! J’ai entendu dire qu’il bêlait comme une chèvre avec son soprano, et que son vibrato était vulgaire. J’en ai entendu d’autres s’enthousiasmer sur les disques américains de mon père, les New-Orleans Feetwarmers, comme ils disent avec importance, et vouloir jeter tous les disques français à la poubelle ! C’est étonnant ! J’ai remarqué aussi que c’était toujours les musiciens les plus médiocres qui donnaient des avis aussi sévères ».

La messe est dite, la jalousie fera toujours « jaser ».

De la naissance de son père à La Nouvelle-Orléans le 14 mai 1897, et même avant, jusqu’à son décès en 1959, le jour où il devait fêter son anniversaire, Daniel Bechet retrace la carrière de celui qui fut un précurseur et un interprète magistral.

Souvent avec pudeur, parfois avec cet enthousiasme juvénile et filial que l’on ne saura lui reprocher, il relate les débuts de cette carrière qui s’accomplit en dents de scie, avec des moments privilégiés comme en ce jour de l’été 1919 lorsque Sidney Bechet joua à Londres devant le roi George V d’Angleterre et la reine Mary. Ce qui, pour la petite histoire, engendrera la parution du premier article écrit sur le jazz par le chef d’orchestre de musique classique Ernest Ansermet qui assista à plusieurs reprises aux prestations du quintet de Will Marion Cook, formation à laquelle appartenait le jeune clarinettiste.

Mais il y eut l’épisode désastreux de fin 1928, à Paris, une rixe qui opposa Bechet à un jeune banjoïste Mike McKendrik et dont l’origine peut être imputée à une histoire banale de fille, ou à une histoire de racisme.

Né au début des années cinquante, Daniel Bechet n’a pas vécu tous les épisodes décrits, mais il s’appuie sur des témoignages fiables de compagnons de route de son père. Ce qui apporte non seulement un éclairage nouveau mais donne une force, une tonicité, une authenticité, une pudeur, une réserve dans certains cas, au récit, que l’on ne retrouve pas dans les dictionnaires et certains ouvrages consacrés au jazz.

Daniel Bechet va au-delà des années soixante, intégrant sa jeunesse puis son parcours de musicien, les drames familiaux et épisodes malheureux vécus de l’intérieur, ses relations avec sa mère, avec d’autres musiciens, sur le jazz et autres considérations qui ne manquent pas d’intérêt et de sel.

Cet ouvrage, passionnant comme un roman policier et qui comporte de nombreuses photos inédites, a été écrit avec la complicité de Fabrice Zammarchi, musicien lui-même jouant des mêmes instruments que Sidney Bechet et auteur de biographies, dont dernièrement : Claude Luter, Saint-Germain Dance.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution 13 novembre 2009. 234 pages.

ISBN : 978-2753805187

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 03:50

Oh ! dis, Chet, Oh ! joue moi-z-en
D'la trompette,
D'la trompette...

Alain GERBER : Chet.

Ils sont venus, ils sont tous là, la convocation à la main. Ils se présentent groupés auprès de l’écrivain qui les attend dans son bureau, un à un, armé d’une ramette de papier, quelques stylos en réserve. Et ils défilent les uns derrière les autres, sollicités parfois pour une nouvelle audience.

Car l’écrivain veut tout savoir, tout connaître, sur ce que fut la vie de Chet Baker. L’homme à la trompette dort depuis 1988. Le premier à entrer sur scène, c’est Sonny “ Slipper ” James, le marlou qui n’aimait pas la musique de jazz et encore moins celle jouée par un Blanc. Et puis, il avait été commandité pour casser la figure du camé qui ne réglait pas ses notes de drogue.

Il y a la mère et le père qui témoignent eux aussi, pas ensemble, des musiciens dont Gerry Mulligan, Jimmy Rowles, Dick Twardzik, Phil Urso, Dizzy Gillespie, Paul Desmond ou Stan Getz, des producteurs, des amis, des adversaires, ses femmes, officielles ou non, et d’autres encore, des inconnus, ectoplasmes créés pour l’occasion, afin de donner du poids, de la consistance aux déclarations, de mieux comprendre certains faits, certains évènements.

En chef d’orchestre minutieux et aguerri, la partition bien réglée, Alain Gerber a établi un ordre d’entrée en scène des divers intervenants, afin d’obtenir un rythme enlevé, parfois tonitruant, parfois nostalgique, à l’image de la mélodie sortant de l’instrument d’un trompettiste au sommet de son art. Des notes discordantes s’élèvent quelquefois, du fait de la mauvaise fois des participants, mais Alain Gerber ne s’en laisse pas conter.

Et nous retrouvons Chet Baker, souvent comparé physiquement à James Dean, beau gosse aimant la vitesse et les belles voitures, à l’orée de sa vie d’artiste. C’était un bon p’tit gars, et la musique était tout pour lui. Il a tout donné, elle lui a peu rendu. Les honneurs et la gloire il a connu, la déchéance aussi, plus souvent qu’à son tour. Il a côtoyé des drogués, pourtant à part de l’herbe, il restait relativement sage, ne buvant pas d’alcool contrairement à ses compères. Il a commencé sans trop savoir pourquoi ni comment. Dépit sentimental, décès de son complice Twardzik lors d’une tournée à Paris, envie refoulée trop longtemps ?

S’enchaînent les démêlés avec les forces de l’ordre, d’abord aux USA, à cause de sa consommation d’herbe, puis lorsqu’il s’est adonné aux drogues dures en Italie, en Allemagne, un peu partout, rejeté comme un malpropre.

De sa naissance, le 23 décembre 1929, en Oklahoma, son arrivée en Californie, ses débuts avec Charlie Parker, et bien d’autres qui gravitaient dans le sillage du Bird, Miles David, Dizzy Gillespie, puis Gerry Mulligan ou Stan Getz, ses premiers succès, ses premières bêtises, ses amours, son arrivée sur la côte est, le passage à tabac par une petite frappe aux ordres de l’Homme afin de récupérer l’argent de la fenaison, son passage à vide, sa dent manquante, ses gencives douloureuses, son incapacité à sortir la moindre note de son instrument, sa pugnacité, les nouveaux débuts, les accueils triomphants ou les huées, son arrestation en Italie, ses démêlés conjugaux, son manque d’argent chronique, jusqu’à sa mort en 1988, un 13 mai, un vendredi, à Amsterdam, passant par la fenêtre d’un hôtel, désirant peut-être rejoindre les anges cachés derrière les nuages et qui en l’entendant étaient…aux anges.

Alain Gerber nous offre un roman biographique, ou une biographie romancée, peut-être plus proche de la réalité que les biographies officielles, écrites souvent avec un point de vue partisan, rédigeant avec lyrisme, poésie, rigueur, tendresse, sincérité, une vie de gloire et de déchéance. Mais Chet Baker, héros malgré lui d’un roman noir, vit toujours, grâce à son héritage discographique.

Alain GERBER : Chet. Le Livre de Poche N°30886. Parution novembre 2007. 608 pages. Première édition Fayard.

ISBN : 9782253115311

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 03:53

L'amour, l'amour, l'amour
Dont on parle toujours
À l'amour, c'est un printemps craintif
Une lumière attendrie, ou souvent une ruine…

Mouloudji.

Alexandre DUMAS : Une aventure d’amour.

Si ses romans historiques et de cape et d’épée ont fait sa renommée, Alexandre Dumas se mettait volontiers en scène dans des courts et charmants romans ou contes et nouvelles.

Une aventure d’amour ne déroge pas à la règle et ce texte aurait pu être incorporé dans les Mémoires de Dumas ou dans les nombreuses Causeries qu’il affectionnait.

Un matin de l’automne 1856, Théodore, le valet de Dumas, introduit dans le salon où se tient le romancier et homme de théâtre une jeune visiteuse, Lilla Bulyowski. Elle se recommande d’un ami commun, Saphir, et n’a que vingt-trois ans. Elle est artiste dramatique et parle couramment quatre langues, l’anglais, l’allemand et le français, outre sa langue natale le hongrois. Tout de suite elle prévient Dumas qu’elle a un mari qu’elle aime et un fils qu’elle adore.

Elle désire découvrir Paris et Dumas lui sert volontiers de chaperon, l’emmenant au théâtre, lui présentant ses amis et dînant avec elle deux ou trois fois par semaine. Se noue une amitié amoureuse et lorsque Lilla annonce qu’elle doit partir pour Bruxelles, Dumas qui connait fort bien cette ville pour y avoir séjourné, lui propose de l’accompagner.

Ils partiront ensuite pour Spa, et Lilla se sent souffrante. Dumas qui se prétend doué de magnétisme, la soulage efficacement par l’apposition de ses mains, en tout bien tout honneur. Puis ils vont descendre le Rhin, de Coblence jusqu’à Mayence, et sur le navire ils font la connaissance d’une Viennoise avec laquelle ils sympathisent.

Dumas leur raconte alors une aventure amoureuse qui lui est arrivée alors qu’il était en Italie, en 1836, avec Maria D. qui est accompagnée de Ferdinand, fou amoureux d’elle. Ne pouvant en faire sa maîtresse, Ferdinand a demandé à Maria de l’épouser. Mais sur le spéronare qui les conduit de Naples jusqu’en Sicile, Dumas va faire connaissance intimement sous la tente située sur le pont avec Maria lors d’une bourrasque, alors que Ferdinand atteint du mal de mer se tient à l’autre bout de l’embarcation. Fin d’un épisode et Dumas ne reverra jamais Maria, pas plus que Lilla qu’il présente à Mme Schroeder, grande artiste allemande qui l'accueillera comme élève.

 

C’est ainsi que se termine cette histoire d’amour platonique avec Lilla mais dont Dumas garde un souvenir ému. Deux femmes qu’il ne reverra jamais mais au moins il n’y a aucun regret, les deux histoires se terminant brutalement mais sans heurt. Maria pourrait être la cantatrice Caroline Ungher lors de son voyage en Sicile.

 

Ce court roman, qui conte deux épisodes de la vie amoureuse de Dumas ne manque pas d’humour et le romancier s’attarde volontiers sur la description des paysages rhénans ou des prestations musicales dont Maria gratifie les marins et les deux voyageurs lors de la traversée, car avant la bourrasque c’état calme plat et le navire était encalminé.

A noter également que Dumas se complait aussi à évoquer la nourriture et la boisson lors de ses différentes étapes de Bruxelles à Mayence. Et il ne manque pas de citer son ami Gérard de Nerval.

Quant au valet Théodore, il est qualifié de sot, d’idiot. Mais un défaut que Dumas préfère à ceux de deux autres valets qui eux étaient fripons.

Au reste, l’idiotisme a un grand avantage sur la friponnerie : on voit toujours assez tôt que l’on a un domestique idiot ; on s’aperçoit toujours trop tard que l’on a un domestique fripon.

 

Vous pouvez télécharger ce texte, gratuitement et en toute légalité, en vous rendant sur le site de la Bibliothèque électronique du Québec :

Alexandre DUMAS : Une aventure d’amour. Première édition 1860. Réédition Editions d’Art Athos. Parution 1947. 128 pages.

Réédition numérique : La Bibliothèque électronique du Québec. Collection A tous les vents.

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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 03:44

Hommage à Benny Goodman décédé le 13 juin 1986.

Jean-Pierre JACKSON : Benny Goodman.

S’il ne fallait garder en mémoire qu’un seul fait marquant dans la carrière de musicien de Benny Goodman, ce serait incontestablement celui-ci : Benny Goodman fut le premier à intégrer des Noirs dans ses formations de Jazz se produisant en public.

Il avait déjà à son actif des enregistrements mixtes puisque le 24 novembre 1933 il participait au dernier enregistrement de la chanteuse Bessie Smith et trois jours plus tard il invitait en studio une jeune interprète de dix-huit ans : c’était la première prestation discographique de Billie Holiday. Le 2 juillet 1935 invité par Teddy Wilson il participe à une séance en compagnie de Ben Webster, Roy Elridge, John Trueheart, John Kirby et Cozy Cole afin d’accompagner à nouveau Billie Holiday pour une séance d’enregistrement de trois titres. Il est le seul blanc de cette formation.

Mais c’est un plus tard qu’il enfreindra, avec la complicité du batteur Gene Krupa et de John Hammond directeur artistique chez Columbia, cette loi raciale pour ne pas dire raciste qui stipulait que Noirs et Blancs ne pouvaient se produire sur scène ensemble. Au premier trimestre 1936 le Rhythm Club de Chicago désire engager les trois musiciens, c’est-à-dire Benny Goodman, Gene Krupa et Ted Wilson. Aussi Ted Wilson se produit d’abord seul sur scène, et bientôt Benny et Gene le rejoignent brisant un tabou et enfonçant un premier coin dans le racisme.

Mais Benny Goodman innove également en étant le premier musicien de jazz à se produire au Carnegie Hall, le temple de la musique classique. Benny Goodman est un musicien éclectique et par ailleurs il enregistrera en 1965 sous la direction d’Igor Stravinsky Ebony Concerto écrit par Woody Herman. Mais ce n’était pas sa première incursion dans le domaine classique puisqu’il enregistra dès 1956 le Concerto pour clarinette de Mozart en compagnie du Boston Symphony Orchestra sous la direction de Charles Munch et quelques autres plages dont le Concerto pour clarinette n°1 de Weber avec l’orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Jean Martinon, et bien avant, en 1939, un concert au Carnegie Contrastes pour violon, clarinette et piano, une partition de Bartók, avec au piano Béla Bartók lui-même et au violon Joseph Szigeti.

Né le 30 mai 1909 d’un couple d’exilés hongrois juifs de Varsovie, le jeune Benjamin David bénéficie de leçons de musique gratuites. Son père, tailleur dans une fabrique fréquentait assidument la synagogue de Baltimore qui offrait aux jeunes garçons une formation à l’orchestre de la synagogue, profite de l’occasion pour l’inscrire lui et ses frères Harry et Freddy, d’autant que les instruments sont loués à bas prix. Benny est fasciné par la clarinette et devant les progrès de celui qui sera surnommé plus tard King of Swing, terme qu’il n’apprécie que modérément car il sait combien cette distinction peut-être fugace, il bénéficie de cours payants auprès du vénérable professeur Franz Schoepp, qui avait déjà formé notamment Jimmy Noone.

A douze ans il gagne son premier cachet, cinq dollars, alors que son père en gagne vingt par semaine. En 1923 il gagne quarante-huit dollars en se produisant quatre soirs par semaine au Guyon’s Paradise. Dès son premier cachet le jeune Benny avait décidé que la musique serait son métier et qu’il sortirait ses parents de la misère.

Sa réputation grandit rapidement et il deviendra l’un des grands noms du jazz d’avant-guerre soit en étant à la tête de grands orchestres ou de petites formations, genre quartet ou sextet. Mais ce sera avec les petites formations qu’il sera le plus à l’aise notamment son association avec Gene Krupa à la batterie, Ted Wilson au piano et Lionel Hampton au vibraphone.

Il donna également leur chance à de nombreux musiciens qui graveront leur nom au fronton du Jazz, comme Charlie Christian, Wardell Gray ou encore Stan Hasselgard, lesquels décédèrent tous malheureusement jeunes, le premier de tuberculose, le deuxième d’un accident de voiture et le dernier assassiné. Après guerre Benny Goodman, qui ne s’adapte pas au Be-bop, connait une période de latence mais grâce à sa foi en la musique il rebondit et enchaine les tournées principalement en Europe, malgré des problèmes récurrents de sciatique.

Décrié par quelques pisse-froid, pas toujours reconnu à sa juste valeur par des mélomanes partiaux, Benny Goodman a marqué le jazz durant plus de soixante ans, enchainant les succès. Et Jean-Pierre Jackson fait œuvre pie en proposant ce premier ouvrage français consacré à ce grand instrumentiste, le seul d’ailleurs car si des ouvrages de références ont été écrits et publiés aux Etats-Unis, aucun n’a été traduit à ce jour.

Jean-Pierre Jackson s’attache à la jeunesse et à la carrière musicale du clarinettiste sans entrer dans la vie privée, mettant en avant ses qualités, les artistes qu’il a côtoyé, les concerts, tout ce qui se rapporte au monde musical.

Avec quelques belles pages sur ses relations avec les autres musiciens, pour lesquels il professait souvent admiration. Ainsi avec Ted Wilson dont il déclarait : « Teddy jouait parfaitement les morceaux en trio. C’est ce que nous pensions de lui… Un sacré bon musicien. Nous n’avons juste jamais pensé à lui comme étant un Noir ». Peut-être à cause de son origine juive, car il faut se souvenir que certains hôtels et bars du Sud des Etats-Unis arboraient des écriteaux signalant que ces établissements étaient « Interdits aux Noirs, aux Juifs et aux chiens ».

L’ouvrage est complété d’une chronologie, de repères discographiques et bibliographiques, d’un index des noms et d’un autre des titres cités.

Jean-Pierre JACKSON : Benny Goodman. Editions Actes Sud/Classica. Parution 3 novembre 2010. 152 pages.

ISBN : 978-2742795222

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 05:39

Elle ne pouvait pas le voir en peinture, au début…

Henri TROYAT : La femme de David.

En janvier 1782, Charlotte, dix-sept ans, attend celui qui doit devenir son fiancé. Son père, Charles-Pierre Pécoul, entrepreneur des Bâtiments du Roi, estime qu’elle est en âge de se marier. Il lui a même trouvé un fiancé potentiel, le peintre Louis David, qu’il a connu lors de la rénovation du logement et de l’atelier de l’artiste au Louvre.

Lors de leur première rencontre, Charlotte ressent une aversion qu’elle a du mal à dissimuler, en voyant ce fiancé à la bouche très rouge et très enflée d’un côté, qui était comme un lambeau de viande crue au milieu de son visage pâle. Selon le père de Charlotte l’homme est un génie, pourtant elle est consternée, et se réfugie dans sa chambre, en pleurs. Et elle se demande si ce peintre, dont la notoriété commence à franchir la frontière des artistes, ne serait attiré que par sa dot conséquente. Elle pense toutefois ne valait-il pas mieux être choisie pour son argent que rester vieille fille ?

Le mariage aura lieu le 16 mai 1782 et Charlotte a révisé son jugement. Pour preuve, le 15 février 1783, Charlotte accouche d’un petit garçon, qui bientôt sera suivi d’un petit frère puis de deux sœurs. C’est assez, les années passent, les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Les tensions entre le couple se font vives, Louis David possédant un caractère entier qui n’a rien à envier à celui de Charlotte. De plus, pour lui, la peinture ne peut se concevoir en dehors du classicisme, se revendiquant toutefois néo-classique, empruntant volontiers ses personnages dans l’histoire romaine ou grecque. Le Serment des Horaces, en 1784, lui assure la notoriété, et son école de peinture est suivie par de nombreux élèves.

Seulement, lors de la Révolution, il s’engage auprès de Robespierre, devenant son ami, et votant la mort du Roi Louis XVI, ce qui lui sera longuement reproché par la suite. Il n’échappe pas à la prison lors de la réaction thermidorienne, et ne s’occupe plus de politique sous le Directoire.

Mais il se prend d’admiration pour Bonaparte, puis Napoléon 1er, ce qui l’amènera à réaliser sa plus grande et fastueuse composition, Le Sacre de Napoléon, tableau très souvent représenté dans le manuels scolaires. Son ménage bat de l’aile, Charlotte n’acceptant pas ses revirements politiques, ses engagements révolutionnaires et ils divorcent, pour se remarier quelques années plus tard.

Avec la chute de l’Empire, Louis David est obligé de se réfugier à Bruxelles. Son amitié avec Robespierre et surtout son passé de régicide restant en travers de la gorge des successeurs des Bourbon. Pendant ce temps Charlotte se montre une maîtresse-femme, élevant ses enfants, aidant lorsqu’il en est besoin Louis David, professant à son égard acrimonie et admiration.

 

Cette biographie romancée sur la vie et la mort du peintre David, est narrée par Charlotte qui s’exprime comme si elle rédigeait ses mémoires.

Si tout tourne, ou presque, autour du peintre, c’est bien Charlotte Pécoul épouse David qui tient la barre, ne ménageant pas ses efforts, distillant ses sentiments, ses conseils, ses appréhensions, ses regrets parfois, ses tribulations de l’époque de Louis XVI jusqu’en 1825 sous la Restauration. Elle partage les hauts et les bas dans la renommée de son époux tout en s’occupant de ses enfants, lui insufflant courage lors de ses moments de découragements, lui prodiguant conseils, tout en restant effacée derrière celui qui se considère comme le Chef de file de la nouvelle école de peinture.

David recherchait les honneurs et se considérait parfois comme un incompris surtout lors de ses démêlés avec l’Académie royale de peinture, la combattant puis recherchant les Prix, via l’Institut nouvellement créé sous le Directoire, et recevant dans son atelier des élèves qui deviendront des peintres renommés, même s’il ne partageait pas toujours leur orientation picturale, tels que Girodet, Ingres, Gérard.

Henri Troyat, dont on connait la sensibilité dans ses descriptions de femmes engagées, comme dans ses cycles : La Lumière des justes, Les semailles et les moissons et bien d’autres, nous livre ici un beau portrait de femme attentionnée, engagée, mais toujours effacée derrière son mari.

Mais Henri Troyat prévient que par manque de documents, s’il s’inspire d’un fait véridique et historique, il a brodé et donc ceci n’est pas à prendre comme une biographie mais bien un roman d’inspiration historique.

 

Henri TROYAT : La femme de David. Editions J’Ai Lu N°3316. Parution 5 octobre 1993. 160 pages. Première édition Flammarion 1990.

ISBN : 9782277233169

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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