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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 09:47

Hommage à Hervé Prudon décédé le week-end du 14 au 15 octobre 2017.

Hervé PRUDON : Il fait plus froid dehors que la nuit.

Né le 27 décembre 1950, à Sannois, il fait des études littéraires à la Sorbonne, obtenant une maîtrise de lettres en 1974. Grand voyageur, il séjourne en Australie, au Népal, dans divers pays européens puis à son retour il effectue divers boulots comme manutentionnaire, accessoiriste, de théâtre, déménageur…

Après quelques succès littéraires dont Mardi Gris à la Série Noire en 1978, Tarzan malade aux Editions des Autres en 1979, Banquise chez Fayard dans la collection Fayard Noir en 1981, quelques titres chez Mazarine, il collabore à divers supports médiatiques, tels que Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, Cosmopolitan.

Mais en 1987, il devient un paria, vivant une éclipse littéraire, rejeté par les éditeurs bien-pensants germanopratins, brisant une omerta. En effet il avoue avoir été nègre littéraire, notamment celui d’un présentateur télé fort en vogue à l’époque, Patrick Sabatier. Une pratique éditoriale que tout le monde subodorait, en ce qui concernait les biographies et livres de mémoire d’artiste du cinéma et des variétés ou de champions de sport, mais qu’il n’était pas bon de dénoncer. Ces choses là ne se disent pas, monsieur, ne se disent pas. Une attitude qu’il avait dévoilée dans Plume de nègre chez Mazarine en 1987 et largement diffusée par des magazines, dont un article dans le Nouvel Observateur sous la plume de Bernard Gicquel.

Toutefois son roman Sainte Extase paraitra en 1989 aux éditions Le Dernier terrain vague, mais il faudra attendre 1995 pour voir son retour en grâce avec Nadine Moucque publié à la Série Noire, puis La revanche de la colline et Vinyle Rondelle ne fait pas le printemps, tous deux écrits à l’occasion d’une résidence d’auteur à Saint Quentin en Yvelines.

En février 1997, les toutes jeunes éditions La Loupiote dirigées par l’énergique François Braud, publient dans leur collection Zèbre Il Fait plus froid dehors que la nuit, une nouvelle associée à celle d’un auteur débutant, Michel Leydier. D’ailleurs le crédo de cette collection se définissait ainsi :

Collection Zèbres : Deux pavés dans la mare. Un livre, deux textes. Un auteur connu, un auteur à connaître. Deux récits, deux polars.

 

Hervé PRUDON : Il fait plus froid dehors que la nuit.

Voici in extenso l’article que j’ai écrit à la sortie de cet ouvrage dans le fanzine Lignes noires :

Hasard éditorial ou choix délibéré, les deux textes proposés dans la dernière livraison de la Loupiote s'inscrivent dans un contexte identique.

En effet les deux auteurs utilisent le même procédé, la rédaction de leur journal intime, pour expliquer leurs espérances, leurs actions, leur passé, tout du moins une partie, leur vision de l'avenir, leurs ressentiments, leur quotidien, et ce qui les a amené où ils en sont au moment où ils rédigent leur confession.

Dans Il fait plus froid dehors que la nuit, d'Hervé Prudon, le narrateur est interné dans une clinique psychiatrique. Il ne connaît qu'une partie des raisons qui l'ont amené dans cet établissement. L'alcool. Ce qu'il ignore, ce dont il ne se rappelle plus, plus exactement, c'est qu'il a écrasé un gamin, un soir qu'il était bourré. Il est en cure pour un mois, et la meilleure thérapie selon le directeur du lieu est de participer à des ateliers d'écriture, de coucher sur le papier, tous les jours, ce qui lui passe par la tête. De relater les événements de la journée, de noter ses réflexions, ses remarques, de laisser vagabonder son humeur et sa plume. Mais dehors, le père du gamin l'attend, un pic à glace à la main, pour se venger.

Un texte court, dense, une tranche de vie décrite comme si Hervé Prudon lui-même avait vécu ce stage. La confirmation de la résurrection d'un auteur qui avait subi un passage à vide après quelques succès de librairie, dont Tarzan malade ou Mardi-Gris, pour ne citer qu'eux.

Sacrifice de Michel Leydier, utilise le même stratagème littéraire, mais cette fois, le narrateur sait d'où il vient et où il va. Ruiné, exproprié, abandonné par sa femme qui est partie en emmenant leurs deux enfants, il s'est installé sur l'île Fleurie, squattant le squelette d'un pavillon. Il tient son journal, sorte de testament à l'attention des psychiatres et de tous ceux qui seront amenés à prendre connaissance de ses écrits, afin d'expliquer, sinon de justifier, ses actes. Car il s'est imposé une mission : La Réhabilitation de la Parole Divine par le Sacrifice. Il entame un chemin de croix dont chaque jalon sera le symbole de l'Eglise, de l'Etat ou encore de l'Argent-roi, symbole concrétisé à chaque fois par une victime.

Michel Leydier se joue de la religion, ou plutôt d'une forme d'intégrisme, de fanatisme, d'exaltation qui engendrent la conviction de ce nouveau possédé de Dieu à se lancer dans une croisade contre la représentation du Mal personnifiée par des êtres humains à travers des images emblématiques. Une façon comme une autre de dénoncer les méfaits d'une certaine classe politique se voulant le porte-parole d'un ordre moral rétrograde et dangereux lorsqu'il tombe entre les mains d'illuminés.

Michel Leydier se retrouve entre gens de connaissance puisqu'il est le rédacteur en chef avec Francis Mizio de la revue Nouvelle Donne, dont le directeur de publication n'est autre que Christian Congiu. Des noms familiers aux lecteurs de la Loupiote puisqu'ils ont été publiés par cette sympathique maison d'édition dans la même collection, l'un associé à Jean Bernard Pouy, l'autre avec Thierry Jonquet. Des références. Mais gageons que Michel Leydier n'en restera pas là, et qu'il saura s'immiscer dans le creuset des écrivains de talent.

Hervé PRUDON : Il fait plus froid dehors que la nuit. Suivi de Michel LEYDIER : Sacrifice. Collection Zèbres N°5. Editions La Loupiote. Parution février 1997. 96 pages.

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 09:28

Hommage à Ed McBain né le 15 octobre 1926.

Ed McBAIN : Isola Blues.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, à Isola comme partout ailleurs dans le monde, ce devrait être la nuit de la joie, de la liesse, de la gaieté.

Pourtant, dans un immeuble un couple pleure la perte de son bébé. Et la mort de la jeune baby-sitter qui le gardait. Une jeune fille morte d’un coup de couteau et le bébé étouffé sous un oreiller. L’œuvre d’un cambrioleur dérangé dans son travail ou quelqu’un qui désirait se venger de l’adolescente ? Peut-on imaginer un être humain se débarrasser d’un pauvre petit bout de chou venu au monde quelques mois auparavant ? Un bébé adopté qui plus est. Carella et Meyer entament la nouvelle année avec une affaire plutôt macabre.

Bert Kling qui patrouillait dans les rues de la cité sauve de justesse la vie à un Portoricain que trois Jamaïcains tabassaient de bon cœur à coups de battes de base-ball. Ce n’est pas une raclée ordinaire due à un acte de racisme. Kling sent pointer sous cette bagarre autre chose qu’un simple règlement de comptes. Alors il va s’attacher à suivre, à filer, à protéger le Portoricain impliqué dans une vilaine histoire de drogue.

 

A son habitude Ed McBain ne joue pas dans la facilité. Il lui faut deux, voire trois événements sans lien pour écrire un roman, sachant que la vie d’un commissariat ne s’arrête pas à une seule affaire, mais que chaque jour apporte son lot quotidien d’embêtements, d’enquêtes, et qu’à chaque fois il faut aller jusqu’au bout pour résoudre les problèmes de meurtres, qu’il s’agisse de l’œuvre d’un sadique, d’un déséquilibré, d’une vengeance, ou d’un règlement de comptes entre bandes rivales.

Ed McBain va plus loin encore car ses personnages sont des êtres de chair et de sang. Ils souffrent comme Ellen, la petite amie de Bert Kling, flic elle-même, traumatisée depuis le viol qu’elle a subi en service commandé et qui depuis ternit leurs rapports affectueux et amoureux.

Il faut du temps à Carella et Meyer, Kling et les autres pour débrouiller toutes les affaires qui leur tombent sur les bras. Du temps, de la patience, de la perspicacité et parfois un petit coup de pouce du hasard.

Et une sacrée ingéniosité et du talent à Ed McBain pour écrire des intrigues aussi complexes, ainsi qu’un étonnant sens du dialogue. Ce qui ne l’empêche pas de se faire un petit clin d’œil en passant, quand, sans se nommer, il se met en scène. Par exemple lorsqu’il cite Les Oiseaux, célèbre film d’Hitchcock, adapté d’une nouvelle de Daphné du Maurier, dont il fut le scénariste sous le nom d’Evan Hunter.

 

Ed McBain, alias Evan Hunter, Curt Cannon et Richard Marsten.

Ed McBain, alias Evan Hunter, Curt Cannon et Richard Marsten.

Ed McBAIN : Isola Blues. Presses de la Cité. Parution février 1993. 282 pages.

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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 10:11

Hommage à Ursula Curtiss décédée le 10 octobre 1984.

Ursula CURTISS : Le cimetière des innocentes.

Ursula Curtiss est une auteure quelque peu oubliée mais qui fut et demeure l’une des grandes prêtresses du roman de suspense, ouvrant la voie à Ruth Rendell et ses consœurs actuelles.

 

Une vieille dame qui s’est découvert une occupation fort lucrative, alors qu’elle a peiné toute son existence, embauche des gouvernantes aux revenus subséquents puis elle les supprime au bout de quelques semaines, ou quelques mois, les enfouissant dans son jardin, cachant la tombe sous un peuplier.

Seulement la dernière de ses dames de compagnie n’est point aussi naïve qu’elle le supposait et lui donne du fil à retordre, d’autant que des éléments extérieurs, tels que famille, voisins ou chien abandonné, lui compliquent la tâche.

Un roman qui n’a perdu ni de son attrait ni de sa puissance et qui se lit avec plaisir, sans que l’on puisse lui reprocher une datation comme certains romans parus dans la même décennie ou la même collection.

Le genre d’ouvrage qui ne vieillit pas car l’intrigue est intemporelle et il est dommage que cette collection n’ait point rencontré le succès.

 

Américaine née Ursula Reilly le 8 avril 1923 à New-York, décédée le 10 octobre 1984 à Albuquerque (Nouveau Mexique). Elle était la fille d’Helen Reilly, elle aussi auteur de romans policiers. Elle trouve sa voix en dactylographiant quelques manuscrits de sa mère durant sa jeunesse, publiant son premier roman policier en 1948. Elle possède à son actif une vingtaine d’œuvres, et se classe parmi les meilleures auteures américaines de suspense.

Le plus souvent elle met en scène des personnages féminins ordinaires, dont la vie est brutalement mise en danger suite à des incidents mineurs. Si elles recherchent auprès de leur entourage une aide, elles ne devront qu’à leur seule initiative à se sortir du mauvais pas dans lequel elles s’engluent, affrontant leurs peurs dans des histoires angoissantes.

Les romans d’Ursula Curtiss ont été traduits en France au Masque, dans la collection Un Mystère et dans la collection féminine Nous Deux.

 

Première parution collection Un mystère N°667.

Première parution collection Un mystère N°667.

Ouvrages :

 

Dans la collection L’Aventure criminelle dirigée par Pierre Nord :

N°68 : Le pire des crimes (The face of the tiger – Trad. de l’américain par Nicolète et Pierre Darcis). Réédition Le Club des Masques no 271.

N°86 : Une carpette sur une tache de sang (The Stairway (1957)  

N°98 : Une veuve si peu éplorée (Widow's Web - 1956). Réédition Le Club des Masques no 280.

N°110 : Portrait d'un traître (The Noonday Devil - 1951).

N°143 : Une veuve de trop  (Hours to kill - 1961)

 

Collection Le Masque :

N°909 : Les Deux Faucilles (The Second Sickle. 1950). Réédition Le Club des Masques N°350.

N 1329 : La Vieille Lily (Danger Hospital Zone - 1966).

N°1341 : Que désires-tu Célia ? (Letter of Intent - 1971). Réédition Le Club des Masques N°525.

 

Collection Un Mystère :

N°209 : Les Heures noires (The Deadly Climate - 1954). Réédition Presses Pocket no1139. Réédition dans Polars années cinquante, vol. 2, Omnibus.

N°761 : La Guêpe (The Wasp - 1963). Réédition Presses Pocket N°1087. Réédition Le Masque N°1974.

N°736 : Les Heures noires (Out of the Dark ou Child's Play - 1964) Réédition Presses Pocket N°1168. Réédition Éditions du Rocher, Bibliothèque du suspense N°6.

 

Enfin, un pied de nez à ceux qui dénigrent les collections dédiées aux femmes publiant des romans soi-disant à l’eau de rose :

 

Collection Nous Deux :

N°290 : N'ouvrez pas la porte ! (Don't Open the Door - 1968). Éditions Mondiales. 1970

 

Ursula CURTISS : Le cimetière des innocentes. Collection Bibliothèque du Suspense N°4. Editions du Rocher. Parution en 2001.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:22

Hommage à Anthony Berkeley né le 5 juillet 1893.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Fondé, organisé et depuis peu présidé par Roger Sheringham, le Detective's Club reçoit ce soir là l'inspecteur-chef Moresby de Scotland Yard. D'après les statuts le Club de détectives amateurs devrait comprendre treize membres, mais pour entrer dans ce cercle fermé, le candidat doit posséder un esprit déductif, des aptitudes psychologiques et répondre à un questionnaire concernant un certain nombre de sujets choisis par les membres du club.

Le dernier en date de ces postulants ayant démontré ses qualités est Mr Chitterwick, un petit homme effacé et totalement inconnu. Outre Roger Sheringham, les autres membres sont un avocat célèbre, un sympathique écrivain de romans policiers, une femme auteur dramatique fort connue et une romancière qui n'est peut-être pas aussi connue qu'elle devrait l'être. Six membres donc qui accueillent l'inspecteur-chef Moresby lequel va leur soumettre à leur sagacité un problème de meurtre non résolu.

Et s'il soumet ce cas aux membres du club, c'est parce que la police officielle a pratiquement renoncé à retrouver le meurtrier de Mrs Bendix. Mais quelle est donc cette étrange affaire dont Moresby entretient ces membres tout ouïe ?

 

Membre du club de l'Arc-en-Ciel, la première chose que fait Graham Bendix, en ce vendredi matin 15 novembre, est de demander s'il y a du courrier à son nom. A ce moment entre Sir Eustache Pennefather, comme chaque matin ponctuellement à dix heures demie et qui passe pratiquement tout son temps dans les locaux du Cercle. Lui aussi réclame son courrier qui se compose de trois lettres et un paquet. Les deux hommes qui ne se fréquentent guère, s'installent chacun dans un fauteuil près du feu. Soudain Bendix entend Sir Eustache émettre une exclamation de contrariété. Le paquet contient une boîte de chocolat et une lettre d'accompagnement précise que les friandises sont offertes généreusement pas un célèbre chocolatier qui vient de mettre au point une nouvelle recette de chocolats à la liqueur.

Sir Eustache vitupère, et il n'a pas l'intention d'envoyer un témoignage de satisfaction. De la publicité ! Or justement Bendix se souvient qu'il a engagé un pari la veille avec sa femme et comme il a perdu, il lui doit une boîte de chocolats. Sir Eustache se débarrasse du coffret dont il n'a que faire. Le papier d'emballage et la lettre d'accompagnement vont directement dans la poubelle de l'accueil.

Après avoir lu le journal et joué une partie de billard, Bendix rentre chez lui pour déjeuner avec sa femme. Il lui offre les chocolats qui ne lui ont rien coûté et ils commencent à en déguster quelques échantillons. Trois parfums sont proposés, kummel, marasquin et kirsch. Bendix en savoure deux, sa femme en prendra un peu plus. A priori ce ne sont pas des nouveautés, même s'ils trouvent que le goût en est beaucoup plus prononcé. Plus fort en alcool à première vue, ou au premier goût comme vous voulez, avec pour ceux au kirsch un goût d'amande amère plus accentué.

Bendix sera malade mais s'en remettra tandis que sa femme, un peu plus gourmande, en décèdera. L'analyse des chocolats révèle qu'ils contiennent de la nitro-benzine, produit couramment utilisé dans les confiseries et les parfums, mais en dose mortelle

 

La question primordiale est de savoir si Sir Eustache était visé, lui qui est un coureur de jupons avéré, en instance de divorce. Ou bien a-t-il offert délibérément les chocolats à Bendix ? Ou bien... Les suppositions sont nombreuses, et suppléant les policiers les six membres du Detective's Club font faire fonctionner leurs petites cellules grises et chercher à établir qui est le coupable, pourquoi et comment.

Sept solutions sont donc proposées, sept car l'un d'eux en suggère deux, et toutes se tiennent, toutes sont valables avant que la solution du premier soit balayée, démontée par son successeur qui en offre une autre plus plausible, à son avis.

 

Anthony Berkeley s'amuse à détourner les principes du roman policier, nous sommes en 1929, en explorant les deux positions, déduction et induction, qui gèrent une enquête. Il souffle donc le chaud et le froid, par enquêteurs amateurs interposés, et à partir d'un même fait fournit des interprétations différentes selon les considérations de chacun, interprétations qui toutes tiennent la route, à condition qu'une seule soit avancée et non pas sept.

Comme le fait remarquer l'un des membres, en se basant sur l'écriture de romans policiers :

J'ai souvent remarqué que, dans ces sortes d'ouvrages, l'auteur tire d'un fait donné, une interprétation unique, et qui, bien entendu, est la bonne. Seul le détective intelligent et chéri de l'auteur est capable de trouver quelque chose, et ce qu'il trouve est toujours juste.

Cette déclaration est un peu un pavé dans la mare des écrivains qui concoctent une énigme sur laquelle tout le monde se casse les dents sauf l'enquêteur récurrent d'un auteur de romans policiers. Et sa solution ne souffre d'aucune contradiction. Or dans la vie, ce n'est pas toujours ainsi que cela fonctionne, et les déductions, parfois hâtives, qui désignent un coupable ne sont pas forcément celles qui s'inscrivent dans la réalité. Certaines affaires le démontrent d'ailleurs des années plus tard, et encore de nos jours.

Ces détectives en herbe ne se contentent pas de triturer leurs petits cellules grises. Ils vont sur le terrain et rencontrent les mêmes témoins ou presque. Seulement ils ne posent pas les mêmes questions et leurs conclusions divergent.

Anthony Berkeley était novateur alors que S.S. Van Dine édictait ses règles pour écrire un roman policier, règles qui ne pouvaient se transposer que dans une utopie littéraire. Il détourne les règles comme le fit quelques années avant lui Agatha Christie puis le fera ensuite John Dickson Carr, mais en utilisant des précédés différents.

Anthony Berkeley fonde le Detection Club en 1930. Cette association d'auteurs britanniques accueille en son sein des romanciers tels que Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, G. K. Chesterton, Freeman Wills Crofts, John Rhode et la Baronne Orczy, est quasiment calquée sur le Detective's Club mis en scène dans Le Club des Détectives. Un roman, dont chaque chapitre est écrit par un auteur différent, sera écrit et publié sous le nom d'Amiral flottant sur la rivière Whyn, plus connu sous le titre d'Amiral flottant tout court.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Anthony BERKELEY : Le club des détectives (The poisoned Chocolate Case - 1929. Traduction de M Faure).

Première édition : coll. Le Domino noir no 4. Éditions Alexis Redier. 1931.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 13:30

Bon anniversaire à Georges-Jean Arnaud né le 3 juillet 1928.

La couverture est signée Aslan

La couverture est signée Aslan

Après une entrée fracassante en littérature, obtenant le Prix du Quai des Orfèvres en 1952 pour Ne tirez pas sur l'inspecteur (collection l'Enigme - Editions Hachette) signé Saint-Gilles, il faudra attendre 1957 pour qu'enfin ce romancier populaire prenne son envol majestueux et prolifique.

Publiant aux éditions l'Arabesque sous différents pseudonymes, Saint-Gilles évidemment qui a été choisi en référence à son lieu de naissance, Saint Gilles du Gard, pour les collections Espionnage et Crime Parfait ? qu'il inaugure, mais également sous ceux de Georges Murey et Gil Darcy, créant le personnage de Luc Ferran repris ensuite par d'autres auteurs et qui concurrençait Francis Coplan de Paul Kenny, mais également les alias de Georges Ramos, Gino Arnoldi et Frédéric Mado pour des romans de charme et de libertinage, pour ne pas dire érotiques, notamment dans la collection Parme.

 

Dans Commando pirate, on retrouve l'atmosphère presqu'intimiste qui sera la marque de fabrique de Georges-Jean Arnaud, notamment pour ses romans en Spécial Police du Fleuve Noir, un roman d'Espionnage qui s'intègre plus dans la veine du roman d'aventures.

Cela fait cinq ans qu'elle a quitté le village, pour aller travailler à Recife puis à Rio, et dans le bouge de José, les quelques consommateurs mateurs la regardent avec surprise. Même Luis qui pourtant s'y attendait puisqu'elle lui avait envoyé une lettre. Mais il n'a pas oublié la belle Tarina, et peut-être l'aime-t-il encore malgré son départ avec un bellâtre, Carlos de Coelho de son vrai nom Stan Oberley. L'homme lui avait avoué qu'il faisait partie d'un réseau d'espionnage contrôlant toute l'Amérique du Sud, qu'il désirait rejoindre les USA mais que ses chefs lui ont ordonné de rester.

Si Tarina est revenue dans le village de pêcheurs, c'est peut-être par nostalgie, mais surtout parce qu'elle a besoin de Luis et de deux complices fiables possédant une jangada, sorte de bateau construit comme un radeau. Elle explique à Luis le pourquoi du comment, en partie car elle possède des raisons cachées qu'elle ne veut dévoiler.

Il s'agit d'événements qui se sont déroulés récemment en Argentine. Rappelons que le roman a été publié en 1957 et que les partisans de Peron tentent de chasser les "autres". Peron a été renversé en 1955 par un coup d’État orchestré par les secteurs conservateurs de l'armée argentine, mais il a gardé de nombreux appuis dans le pays.

Le mouvement avait pris beaucoup d'ampleur, preuve que les insurgés avaient de l'argent. Le premier but était de faire revenir Peron mais il y en avait un deuxième et c'est qu'avait découvert Toreco, mon ami. Ce dernier but était de faire un mouvement de masse qui permettrait d'attirer l'attention du gouvernement ailleurs pendant que des documents secrets étaient embarqués clandestinement dans un petit port.

Tarina qui était la maîtresse de Coelho, n'avait plus de nouvelles de celui-ci depuis longtemps et elle avait trouvé une âme sœur en Toreco, journaliste et agent double, qui vient d'être assassiné.

Tandis que Tarina effectue ces révélations, leur conversation est écoutée par un inconnu planqué derrière la porte de la cabane de Luis. L'homme fait une entrée fracassante, apparemment bien déterminé à supprimer Tarina et Luis, mais le pêcheur possède toujours sur lui un couteau de pêche. L'intrus décède et Luis en lui faisant ses poches apprend non seulement l'identité de l'homme mais découvre également un petit papier sur lequel sont signalées les différentes étapes et les dates d'un bateau. Il s'agit du Sao Sebastio sur lequel ont embarqué trois hommes détenant les fameux documents.

Et Luis et Tarina doivent arraisonner ce bateau à bord de la jangada du pêcheur ainsi que deux autres amis à bord d'une autre jangada. Seulement alors qu'ils viennent de prendre la mer, la tempête de vent se lève. Ils parviennent toutefois à monter à bord du bâtiment, un petit yacht, mais plus personne n'est à bord. Des traces de sang sont relevées. Et les deux amis de Luis se mutinent, l'appât du gain aidant. Luis et Tarina doivent reprendre la jangada, qui sous l'effet de la houle se démembre. Ils échouent sur une petite plage où ils sont recueillis par un vieil homme mangeur de chauve-souris près de Natal.

L'aventure n'est pas close pour autant, car des individus, probablement des Argentins, surveillent leurs faits et gestes. Tarina est enlevée et Luis part à sa recherche.

Une jangada.

Une jangada.

Roman d'espionnage donc, puisqu'il s'agit de documents, des microfilms à récupérer, et que des espions argentins et américains se les arrachent, mais il ne s'agit que de personnages secondaires même si leur présence est primordiale. Tout tourne autour de Tarina et de Luis. Et ce sont leurs pérégrinations qui importent dans cette intrigue conférant à cet ouvrage un parfum d'aventures.

Ce que ne pouvait savoir Georges-Jean Arnaud alias Saint-Gilles en rédigeant de roman collant à l'actualité de l'époque, c'est que Peron sera réélu président à son retour d'exil le 12 octobre 1973, décédant le 1er juillet 1974.

Contrairement à certains romans d'espionnage dont le thème central tournait autour de la guerre froide, les personnages, sauf un ou deux, ne sont pas de véritables espions, comme ceux qu'on avait l'habitude suivre dans leurs aventures et qui deviendront des surhommes, presque. James Bond, Francis Coplan, Luc Ferran, et bien sûr Serge Kovaks, alias Le Commander dont les pérégrinations sont signées G.-J Arnaud dans la collection Espionnage du Fleuve Noir.

Georges-Jean Arnaud a souvent utilisé comme décor l'Amérique du Sud, aussi bien en Espionnage, que pour la collection Grand Romans.

SAINT-GILLES : Commando pirate. Collection Espionnage N°49. Editions de l'Arabesque. Parution 2e trimestre1957. 192 pages.

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 07:24

Hommage à Frédéric Dard, né le 29 juin 1921.

Frédéric DARD : Les confessions de l'Ange Noir.

Si le personnage de San Antonio apparait pour la première fois dans Réglez-lui son compte ! en 1949 aux éditions Jacquier, c'est bien dans la collection Spécial Police qu'il prendra véritablement son envol en 1950 avec Laissez tomber la fille en décembre (Spécial Police N°11). Mais en 1952, Frédéric Dard invente un nouveau personnage qui devient le double maléfique du célèbre commissaire, L'Ange Noir, dont les quatre aventures seront publiées aux éditions de La Pensée Moderne créées par Jacques Grancher, avec des couvertures signées Jeff de Wulf.

A noter que Jacques Grancher était le fils de l'écrivain et journaliste Marcel E. Grancher qui édita le premier roman de Frédéric Dard. Aussi on peut supposer que Frédéric Dard proposa ces quatre titres afin d'aider la jeune maison d'édition qui avait débuté sous le nom de La Pensée Nouvelle, et en remerciement au père de l'éditeur.

En 1978, les éditions Fleuve Noir rééditent ces quatre romans en un seul volume sans que soient référencées les précédentes publications. Pas d'appareil critique, juste en quatrième de couverture une présentation par San-Antonio.

 

C'est marrant comme ils sont écumeurs, les Editeurs. Cette manie qu'ils ont, une chose qui marche, de lui racler les os, d'en sucer la moelle et de mettre à bouillir ce qui reste pour en faire du consommé.
Note qu'ils bâtissent notre fortune en agissant ainsi, les chéris. Ils tiennent à ce qu'on ne manque de rien, nous autres z'auteurs; à ce qu'on travaille bien à l'aise dans les conforts productifs. Et ils ont raison : ça incite.
Pour t'en venir leur nécrophagie, je vois, moi, la manière exquise dont ils déterrent de la fosse commune les cadavres de mon époque dents-longues-haleine-fraîche ! La dextérité qu'ils mettent à les ressusciter, à les toiletter, à les farder et à les lancer sur le marché.
Va gagner ta vie, somnambule !
Ainsi de L'Ange Noir.
Du temps que je la pilais, histoire de me dépanner l'estom', j'avais pondu cette prose surchoix.
Un vrai nectar !
Du San-Antonio d'avant San-Antonio en somme.
Tu vas voir, tout y était déjà : la trouduculence, la connerie, le m'enfoutisme, et même le reste.
Surtout le reste!
Sauf que l'Ange Noir n'est pas un policier héroïque mais un vilain massacreur.
Et voilà qu'il a obtenu une remise de peine.
Je le croyais condamné à perpète : mon œil !
Il retourne au charbon, le doigt sua la gâchette.
Fringué à neuf, mon tueur de charme part conquérir un public.
Un conseil, jolie fillette. Si tu l'aperçois, change de trottoir.
San-Antonio.

Comme on peut le lire, San-Antonio alias Dard avait trouvé son double maléfique que San-Antonio présente lui-même, avec cette dérision et cet humour si caractéristiques. Se moquant gentiment des éditeurs qui ressortent des placards dans lesquels avaient été enterrés des œuvres de jeunesse. Mais au moins Dard possède l'élégance de ne pas cracher dessus, on ne renie pas un bébé, quel qu'il soit, beau ou handicapé.

 

De l'Ange noir, on ne sait pas grand chose, que ce que le narrateur a bien voulu dévoiler de lui-même. Il a atteint la trentaine, ressemble vaguement à Tyrone Power, du moins c'est ce qu'une jeunette lui affirme et il est né à l'arrière d'un camion transportant des vélos. Sa mère n'y a pas résisté et il s'est retrouvé comme Moïse au milieu des porte-bagages. S'il y en avait. Bon, on ne va pas faire dans l'humour noir, mais je me demande s'il y a avait des Rustines. De toute façon le camionneur n'avait rien entendu à cause du boucan que faisait son vieux Mac, et que l'Ange Noir était trop petit pour intervenir en urgence.

Donc on ne sait rien de la jeunesse de l'Ange Noir, ni même de son identité. D'ailleurs même le juge ne le sait pas, pourtant si vous pouviez compulser son casier judiciaire, vous sentirez votre cerveau se ratatiner et devenir à peine plus gros qu'une larme de fourmi; si vous avez encore des tifs sur le dôme - ce que je vous souhaite de tout cœur - ils se lèveront tout droit comme si on leur jouait la Bannière étoilée. Ah oui, j'ai oublié de préciser que l'Ange Noir perpètre ses méfaits et ses meurtres à Chicago et sa région.

 

Au moment où on entame la narration de sa première aventure, l'Ange Noir est en voiture en compagnie de son ami-amante Sissy. Elle demande à ce qu'il s'arrête devant une boutique, devant récupérer un paquet. Et quand elle réintègre le véhicule elle signale à son compagnon qu'ils sont épiés. Effectivement ils sont suivis par un cabriolet et l'Ange (on joue les raccourcis) parvient à museler son suiveur. Comme il est pas loin d'une turne qu'il connait, l'Ange emmène son prisonnier et le fait parler, désireux de savoir le pourquoi du comment de la filature. Et comme il est bon prince, une fois que le mec a tout dégoisé, il lui offre des pruneaux dans l'estomac, se moquant comme de ses première couches de savoir si c'est la saison ou pas.

Brèfle, le gars au ventre en passoire lui a dit, avant de clamser, qu'il travaillait pour un dénommé Little Joly. Or quand l'Ange arrive chez Joly, c'est pour se rendre compte que ce n'est pas joli-joli. Il est face à un cadavre et la Maison Poulaga est déjà sur place. Arraisonné, il est placé en prison. Mais c'est sans compter sur son esprit d'initiative, sur celui de son avocat et surtout celui de Sissy la débrouillarde. Et lors de la reconstitution du prétendu meurtre de Little Joly, il parvient à s'évader avec la complicité de Sissy. Tous deux forment un couple à la Bonny and Clyde, sauf que les poulets les poursuivent et que Sissy reçoit une Valda dans la tronche, tout en conduisant, ce qui est fortiche de sa part. L'Ange se retrouve dans la nature, quelques poulets au fesses et il se réfugie dans une bicoque qui transpire le pognon comme un glaçon sous la canicule. Heureusement il est sauvé par la jeune fille de la maison qui lui démontre immédiatement qu'il ne lui est pas indifférent et pour cela elle n'hésite pas à lui faire partager sa douche et sa couche. Suite dans le bouquin qui relate d'autres avatars tout aussi mouvementés.

 

L'écriture est nerveuse, métaphorique et se révèle un antidote à la morosité. Et le mieux est de placer ici un exemple concret au lieu de s'épandre en long, en large et en travers, sur plusieurs pages, ce qui risquerait de provoquer un certain assoupissement du lecteur.

Le contexte : L'Ange Noir et Sissy sont dans une voiture, Sissy tenant allègrement le volant :

L'aiguille du compteur se déplace aussi vite que celle d'un pèse-bébé sur lequel vient de grimper un éléphant. En moins de temps qu'il n'en faut pour éplucher un œuf dur, nous sommes à cent-dix.

Bon, je ne vais pas vous importuner plus longtemps, et si vous appréciez San-Antonio dans ses œuvres et ses écrits, n'hésitez pas à vous plonger dans les Confessions de l'Ange Noir, elle ne manquent ni de sel, ni de piquants, ni de justesse dans certains propos. Une récréation à ne pas dédaigner.

 

Réédition Collection Grands Succès. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1978. 384 pages.

Réédition Collection Grands Succès. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1978. 384 pages.

Première édition : La Pensée Moderne.

Première édition : La Pensée Moderne.

Sommaire :

Le boulevard des allongés (1952)

Le ventre en l'air (1953)

Le bouillon d'onze heures (1953)

Un Cinzano pour l'Ange Noir (1953)

Frédéric DARD : Les confessions de l'Ange Noir. Editions Fleuve Noir. Parution 8 juin 2017. 560 pages. 20,90€. Version numérique : 15,99€.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 06:56

Hommage à Michel Lebrun, romancier, scénariste, essayiste, décédé le 20 juin 1996.

Michel LENOIR : Caveau de famille.

Lorsqu'il écrivit ce roman, Michel Lebrun n'avait que vingt-trois ans, et déjà, non seulement il affirmait un style personnel et une grande maturité d'écriture, mais en connaisseur de la littérature policière, il s'est amusé dans ce texte à donner quelques coups de griffes, qui en subliment la saveur de l'intrigue.

Publié en 1954, année faste puisque pas moins de huit romans, policiers, espionnage et science-fiction, parurent cette année là chez des maisons d'éditions différentes quoique toutes dirigées par le même personnage, Roger Dermée, Caveau de famille met en scène un homme dans la trentaine, dont la vie est réglée comme une horloge suisse. Il est solitaire, veuf depuis peu, ayant sur la conscience trois morts. Trois personnes qu'il a tuées, en toute conscience ou par ricochet. Il ressasse ses souvenirs, les années, les mois qui ont précédé les drames, son implication dans les événements et il rédige sur un cahier tout ce qui s'est déroulé, soigneusement.

Marié avec Georgette, qu'il a connue par hasard, il s'est installé dans le petit pavillon de banlieue que celle-ci a hérité de ses parents. Ils ne roulent pas sur l'or, mais il espère bien grimper dans le hiérarchie administrative de la société qui l'emploie. Un bureaucrate, bénéficiant d'un bureau sans fenêtre, ne recevant la visite d'un garçon de courses que deux fois par jour, à heures fixes. Pas de collègues à proximité, d'ailleurs ceux-ci l'ignorent. Il se nomme Martin, Michel Martin. Un nom banal pour une vie banale. Il a obtenu une augmentation et souhaite que Georgette reste à la maison. Il a écrit deux romans mais les éditeurs auxquels il a proposé ses manuscrits l'ont éconduit.

Une solution serait de sous-louer l'étage du pavillon, trop grand pour eux deux. Mais ils ne veulent pas n'importe qui comme locataires. Ils trouvent la perle en la personne d'un couple, un quinquagénaire marié avec une jeunette de vingt-quatre ans, sans enfant, donc susceptibles de ne pas être bruyants. D'ailleurs, l'homme, un écrivain reconnu, Bernie Deruc, recherche justement le calme et la tranquillité.

Michel Martin confie à son nouvel ami et locataire, qu'il a deux manuscrits et qu'éventuellement il les proposerait bien en lecture. Bernie estime que ces écrits ne sont pas mauvais, qu'ils mériteraient une révision, style et construction, et qu'il les ferait publier, sous son nom, ce sera plus facile, avec un chèque à la clé. Michel accepte, et d'autres collaborations sont envisagées.

Seulement, Annie la jeune épouse de Bernie se jette dans les bras de Michel et tout irait pour le mieux si l'engrenage pourtant bien huilé arrivait à se gripper.

 

Intrigue classique et vaudevillesque de deux couples, dont un qui n'est guère assorti, le mari de l'une devenant l'amant de l'autre femme. Classique mais mené de main de maître et avec subtilité, dont l'épilogue peut surprendre, mais ce n'est pas ce qui importe car Michel Lenoir alias Lebrun pour la réédition, joue avec les codes. Il puise dans son expérience de cafetier quelques scènes, travaillant le jour et écrivant la nuit. Voir à ce sujet l'entretien ci-dessous.

 

On pourrait presque croire, en lisant les lignes qui figurent au début du roman que celui-ci est d'actualité :

Au comptoir, un banlieusard-type, casquette, blouson de cuir, joues couperosées, tonne contre le gouvernement "qui ne pense qu'à pressurer l'ouvrier et l'artisan au lieu de s'attaquer aux gros de la finance".

Michel Lenoir freine les ardeurs d'un jeune écrivain, alors que lui-même était dans cette situation, en mettant en avant que la fortune n'est pas au bout de la plume.

A un ami qui travaille dans l'édition, Michel Martin demande :

Combien peut rapporter un roman à son auteur, son ami précise :

L'auteur touche huit pour cent sur le prix de vente du volume. Plus le tirage est fort, plus ça paie.

Merci, mais quel est le tirage d'un débutant ?

Si le roman est vraiment bon, deux, trois mille. S'il ne casse rien, mille.

Le lecteur est prévenu, ce n'est pas ainsi qu'il roulera sur l'or.

Michel Lebrun dénonce des pratiques malhonnêtes. Bernie Deruc a acheté les droits de romans américains qui n'ont pas encore été publié en France et il propose à Michel Martin de les traduire et les ouvrages seront publiés sous le nom de Bernie Deruc. Cela semble une véritable arnaque, mais cette pratique fut employée, notamment par Charles de Richter et Maurice Dekobra pour la collection A ne pas lire la nuit, les couvertures ne comportant uniquement que les noms des deux traducteurs.

Et pour mieux décourager un auteur débutant, Bernie Deruc prend d'autres exemples, précisant :

Moi, j'ai d'abord vécu et bien vécu. Puis, j'ai raconté ce que j'ai vu. C'est simple. C'est la recette de tous les grands écrivains américains. Regardez Steinbeck, Caldwell, Hemingway. Le tort des jeunes écrivains, c'est d'être jeunes. Au sortir de l'école, on veut écrire. Bien. Mais pour dire quoi ? Le jeune type n'a rien vu, il ne peut donc rien décrire. Alors, il se rabat sur l'étude psychologique. Or, comme il manque de maturité, son étude psychologique est ratée, et lui aussi, par la même occasion ! Une loi devrait exister, interdisant aux moins de quarante ans de pratiquer le métier d'écrivain.

Et c'est un jeunot de vingt-trois ans qui écrit ces lignes. Un vrai coup de pied dans la fourmilière des auteurs vaniteux et imbus d'eux-mêmes.

 

A noter que Michel Lebrun, féru de cinéma, proposait en début de volume une distribution française ayant pour noms : Yves Robert, Andrée Clément, Pierre Brasseur et Françoise Arnoul. Et éventuellement, en cad d'adaptation américaine : Elisha Cook Jr, Barbara Bel Geddes, Sidney Greenstreet et Marilyn Monroe.

 

Curiosité : Ce roman a été réédité sous le nom de Michel Lebrun en 1969, dans la collection Un Mystère, mais remanié, enrichi. L'histoire est englobée dans quelques chapitres nouveaux, dont le prologue et l'épilogue, qui mettent en scène un homme lisant un livre usagé, détérioré, acquis lors d'une vente après saisie. Or peu à peu ce lecteur se rend compte que cette histoire, il la connait.

 

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

J'ai lu Policier no2033, 1986

J'ai lu Policier no2033, 1986

Michel LENOIR : Caveau de famille. Collection Le Roman Suspense no1. Editions Ciel du Nord. Parution 1954.

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 07:56

Hommage à Léon Groc, journaliste et

romancier populaire, décédé le 19 juin 1956.

Léon GROC : L'homme qui fait chanter les astres.

N'ayant pas sous la main son rédacteur scientifique attitré, le chef des informations du journal pour lequel travaille Claude Frimas remet au journaliste un carton d'invitation pour assister à une séance organisée par le professeur Lefort.

Claude Frimas se rend donc à la Maison de la Chimie et est le témoin d'une manifestation qui déborde du cadre programmé. En effet, le professeur Lefort, Membre de l'Institut, doit capter la lumière des astres, en l'occurrence celle de la Lune, et transformer ces ondes lumineuses en ondes sonores.

Parmi les nombreuses personnalités, politiques et scientifiques présentes, Claude Frimas retrouve un ancien condisciple du lycée Louis-Le-Grand. S'il est étonné d'être ainsi en présence de Jacques Couvrigny, qui à la suite d'un héritage tient une exploitation agricole près de Senlis, la raison lui est aussitôt fournie en apercevant Claire Duperrier, fille du célèbre professeur du même nom, et pupille de Lefort. Elle est accompagnée de sa mère, forte matrone aux appas abondants et dont la réputation d'être peu farouche la précède. Et Couvrigny couve des yeux Claire, un amour passionné qui date de leur adolescence.

Lefort subjugue l'auditoire, mettant dans l'ombre, d'ailleurs la lumière est éteinte dans l'hémicycle, son disciple et assistant André Maillane, autre ancien condisciple de Frimas. Tous se sont plus ou moins perdus de vue depuis de nombreuses années, chacun suivant son chemin, différent de celui des autres.

Une mélopée traînante s'élève d'une boîte mystérieuse, un rayon de lune se frayant un passage jusqu'à l'estrade, un son grave puis rapidement aiguë. La vibration d'un projectile se fait entendre et le professeur Lefort s'écroule. Aussitôt la lumière est rétablie, et le professeur est emmené dans une pièce adjacente. Il a reçu dans le cou une fléchette dont la pointe a été enduite d'un poison mortel.

Un commissaire de police arrive immédiatement sur place, et Frimas qui, en sa qualité de journaliste avait pu pénétrer dans la pièce, est immédiatement refoulé. Toutefois, il a le temps d'entendre Maillane présenter Claire comme la fiancée de Lefort. Le statut de pupille s'est donc transformé en celui de fiancée ?

En attendant l'arrivée du Parquet, Frimas retrouve Couvrigny et comme tout le monde est consigné dans l'enceinte, il a le temps de lui narrer les derniers événements, dont la façon dont est mort Lefort. Or, Couvrigny se promène avec une canne qui peut se transmuer en sarbacane le cas échant. Et comme il fréquente une compagnie d'archers dans sa région, nul doute qu'il devient rapidement un présumé coupable; même s'il s'en défend. De plus il possède un mobile, celui de la jalousie, puisque le statut de Claire a évolué. Comme tout le monde est fouillé à la sortie, Couvrigny spontanément signale la particularité de sa canne, et il est embarqué séance tenante.

Frimas, contrairement à ses confrères, relate les faits dans un sens favorable à Couvrigny, avec l'aval de son chef de service, et il va pouvoir suivre l'enquête officiellement. Il assiste à la conférence de presse organisée par le juge, conférence à laquelle assistent Maître Vallon l'avocat et Raymonde sa secrétaire stagiaire. Raymonde est une petite bonne femme énergique et avenante qui remercie Frimas d'avoir défendu Couvrigny, d'autant qu'elle est redevable au présumé coupable d'avoir pu poursuivre ses études à la mort de ses parents.

Raymonde requiert l'aide de Frimas pour se renseigner sur le passé, apparemment trouble, de Lefort. Elle a déjà posé des jalons en passant une petite annonce dans les journaux, concernant un supposé testament rédigé en faveur d'une personne injustement lésée, et une récompense est promise à qui pourra fournir des renseignements fiables. Les réponses ne manquent pas et Frimas est chargé de les trier et de mettre les affabulations de côté.

Il s'ensuit que quelques personnes peuvent témoigner que Lefort était un individu ne s'embarrassant pas de principes. Un peintre, un pur artiste comme il se définit mais qui n'est qu'un rapin raté habitant la proche banlieue, peut témoigner de la malhonnêteté de Lefort dans son domaine scientifique, et c'est ainsi que Sigismond Bricard, Raymonde et Frimas vont mener à bien leur enquête pour définir qui est le véritable coupable et ses motivations.

 

Si au début on peut s'attendre à un roman de science-fiction, L'homme qui fait chanter les astres est un véritable roman policier, de facture classique certes, mais dont l'intrigue est fort bien menée.

Un suspense qui s'inscrit dans le thème de Cherchez la femme, avec des prémices de meurtre en chambre close, en présence de quelques centaines de personnes. L'arme du crime est rapidement découverte, une fléchette empoisonnée, mais ce qui importe réside dans la façon dont elle a été propulsée, et par qui bien évidemment. Le pourquoi étant un des composantes du problème.

Pas de blabla inutile mais des indices qui peu à peu apparaissent, sans pour autant dévoiler la solution qui ne traîne pas en longueur. Comme bon nombre de romans d'énigme et de suspense de cette époque, l'auteur s'attache à son intrigue et ne se perd pas en considérations oiseuses ou en scènes de violence ou de sexe.

Et redécouvrir Léon Groc, c'est possible, grâce aux Moutons électriques qui proposent des rééditions de romans en version EPUB ou comme celui-ci en version papier.

 

Première parution : collection Le Masque Jaune N°322. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1941.

Première parution : collection Le Masque Jaune N°322. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1941.

Réédition collection La Cagoule N°42. Editions La Bruyère. Parution 1948.

Réédition collection La Cagoule N°42. Editions La Bruyère. Parution 1948.

Léon GROC : L'homme qui fait chanter les astres. Edition Les Moutons électriques. Version luxe à tirage limité. Parution 24 novembre 2016. 146 pages. 30,00€.

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 08:15

Hommage à John Creasey décédé le 9 juin 1973, également connu sous les pseudos de J.J. Marric, Anthony Morton, Michael Halliday...

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic

La série consacrée à George Gidéon, policier à Scotland Yard, possède quelques variantes dans le temps, du moins lors de la publication des premiers romans : Ainsi après 24 heures de la vie d'un flic, ont suivi 7 jours de la vie d'un flic puis La nuit d'un flic, tous publiés dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité.

Mais sous le nom de plume de J.J. Marric, se cachait un vieux routier de l'écriture, un auteur protéiforme qui fut publié par ailleurs sous son patronyme de John Creasey, de Jeremy York et peut-être le plus connu de ses pseudonymes Anthony Morton pour les aventures du Baron, gentleman cambrioleur. Mais j'aurai l'occasion d'y revenir.

Donc en ce mois de mai, et plus particulièrement le dimanche 1er mai, George Gideon, qui a franchi toutes les étapes pour devenir chef du C.I.D., organe qui correspond à notre Brigade Criminelle, quitte son bureau afin de déjeuner en compagnie de sa femme Kate dans un restaurant à Marble Arch.

En traversant Hyde Park il est intrigué par le geste d'une femme qui donne une gifle, apparemment sans raison, à son gamin. Ce geste lui déplait fortement et cela lui fait penser à une série de vols à la tire par des gamins qui selon toutes vraisemblances sont entraînés, peut-être par leurs parents, à ce genre de délit. Et naturellement il en parle à sa femme lors de leur repas.

Mais d'autres affaires recueillent son attention dès le lendemain. Ainsi l'un de ses adjoints lui apprend que Frisky Lee, un ennemi intime de Gideon qui vient de se marier, projette de s'embarquer pour l'Australie. Or Frisky Lee est un receleur, possédant de nombreuses boutiques, qui n'a jamais pu être inquiété, les preuves à son encontre n'ayant jamais pu être établies. Et Gideon souhaite pouvoir l'arrêter et mettre fin à ses trafics. D'autant qu'il soupçonne Frisky Lee d'être à l'origine des vols à la tire par les gamins. Donc il veut démontrer que Frisky Lee est impliqué dans le recel d'objets volés afin de l'empêcher de s'expatrier.

Un souhait qui ne sera jamais réalisé car Frisky Lee est découvert assassiné, et le présumé coupable est lui aussi abattu. Mais justement, était-il vraiment le meurtrier de Frisky Lee ?

Le corps d'une femme défenestrée accapare l'attention d'autres enquêteurs. Selon toutes vraisemblances, il s'agit d'un suicide, seulement son mariage ne remontait qu'à quelques semaines, et cette mort arrange bien les affaires du mari.

Gideon décide de s'octroyer quelques jours de vacances à la station balnéaire de Brighton avec sa femme. Un homme le reconnait et pense que Gideon aussi l'a reconnu. Mais le policier qui avait le soleil dans les yeux ne s'est rendu compte de rien. Pourtant si le soleil ne lui avait pas occulté la vision, peut-être aurait-il évité un drame. Mais le hasard veille, et un agent pense avoir déjà vu l'homme qui est lui aussi en instance de mariage. Mais où et quand ?

Si toutes ces affaires ne suffisaient pas à accaparer l'attention de Gideon et ses hommes, une femme vient déposer plainte. Sa fille a disparu et elle soupçonne son mari dont elle est divorcée de l'avoir enlevée.

 

Un mois dans la vie d'un flic montre l'étendue des enquêtes auxquels des policiers peuvent être confrontés, surtout un responsable qui doit tout superviser, coordonner, vérifier en se déplaçant parfois sur le terrain, et qui démontre que la mémoire joue un rôle important. Dans les années 1950, l'apport de l'informatique était nul et il fallait se fier uniquement à sa mémoire et à ses fiches.

Des enquêtes résolues parfois grâce à un petit coup de pouce du destin, mais pas que. La constance, la patience, peuvent être récompensées, surtout lorsqu'il existe des interconnexions.

Et parallèlement à ces enquêtes, se greffe l'histoire de Peter Wray, le gamin giflé par sa mère dans Hyde Park. Et l'on ne peut s'empêcher de se remémorer l'école du vol à la tire dans Oliver Twist de Dickens, Fagin enseignant aux gamins comment s'emparer d'un portefeuille, d'un foulard, d'un objet, en glissant une main dans une poche ou un sac à main. Et l'auteur met en avant le problème des enfants obligés tout jeunes à voler, ne se rendant pas compte de la portée de leur forfait. Cela devient presque un jeu, mais un jeu souvent accompagné de brimades.

Pour autant l'auteur s'intéresse également à la vie familiale de Gideon, ainsi qu'à ses adjoints, dont Lemaître dit Lem qui traverse une passe difficile suite au départ de sa femme, mais sans approfondir les incursions dans leur vie privée.

 

La traduction de Pierre Gouly laisse à désirer. Il est vrai que bon nombre de traducteurs n'étaient pas aussi pointilleux que ceux de nos jours, enfin certains, et que la réédition d'ouvrages de cette époque demande souvent une nouvelle traduction. Le personnage de Gideon devient tout simplement Gédéon alors qu'en quatrième de couverture il est bien précisé qu'il s'agit de Gideon de Scotland Yard. De plus le traducteur mélange allègrement dans son texte francs et livres sterlings. Une aberration due probablement à une non relecture.

 

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic (Gideon's month - 1958. Traduction de Pierre Gouly). Collection Un Mystère N°488. Editions Presses de la Cité. Parution janvier 1960. 192 pages.

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 05:27

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

Frédéric DARD : La Crève.

Attention, un auteur peut en cacher un autre ! Les fidèles du Fleuve Noir le savent très bien, eux qui au départ ont eu du mal à admettre que San Antonio n’était que le reflet d’art ( !) d’un auteur regardant le monde dans un miroir déformant.

Et La Crève, l’un des premiers romans du père heureux et comblé du célèbre commissaire, n’annonçait certes pas la gauloiserie, l’humour débridé, l’ironie douce-amère, le persiflage argotique de celui qui réinventait les relations auteur-lecteur.

Il faut avouer qu’à l’époque où ce livre fut écrit et publié (1946 aux éditions Confluences), il fallait une grosse dose de courage pour mettre en scène des personnages aussi troubles, sans les juger négativement comme toute une populace survoltée et prompte à retourner sa veste a pu le faire, confrontée à une réalité douloureuse.

Dans un huis-clos qu’aurait pu écrire Sartre, quatre personnages, la famille Lhargne ( !) composée du père cantonnier, de la mère à la panse fibromeuse, de la fille éternelle amoureuse, du fils milicien, se trouvent confrontés à un avenir sans issu. La guerre fait rage, la libération avance à grands pas, et ceux qui ont opté pour une France nazie sont coupés de ceux qui se découvrent une fibre patriotique.

Si certains des propos des quatre personnages sont acerbes, vis-à-vis d’eux-mêmes, ils ne remettent pas en cause le noyau familial. A quoi servent les mères lorsqu’elles ne sont plus capables de sauver leurs enfants ? Question fondamentale. Des êtres qui sont perdus, déboussolés, naviguant au gré des vagues, ne comprenant plus ce qui leur arrive, ce qui se passe.

Un changement dont Petit Louis, le milicien, est exclu. Et dire qu’autrefois je faisais partie de la foule pense-t-il, alors qu’Hélène, la fille qui a besoin d’amour, tant physique que moral, souligne : Nous autres avons tant besoin d’un Dieu, et ce sont nos parents qui le possèdent. La mère se fait des reproches : Voilà bien l’erreur des pères, ils battent leurs enfants lorsque ceux-ci sont petits et après ils n’osent plus. Et pourtant c’est quand les enfants sont grands qu’ils peuvent le mieux supporter les coups et qu’ils en ont vraiment besoin.

 

Frédéric Dard ne jette pas l’opprobre, il se contente de décrire, parfois de partager l’humiliation de ceux qui ont fauté, de ceux qui se sont rendus coupables de trahison sans vraiment en être conscient, tout en dénonçant une justice expéditive.

La mémoire est comme un organe douloureux. Certains s’y habituent comme à un mal de dent chronique et familier, d’autres préfèrent un arrachage pur et simple. Ne cherchez pas l’ombre de San Antonio dans ce roman, mais découvrez une œuvre majeure, une œuvre d’art et d’essai transformé.

Première édition : éditions Confluences. 1946.

Première édition : éditions Confluences. 1946.

Réédition Editions Fleuve Noir. Décembre 1989.

Réédition Editions Fleuve Noir. Décembre 1989.

Frédéric DARD : La Crève. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 2010. 160 pages. 6,95€. Existe en version numérique à 7,49€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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