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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:30

Hommage à Sir Arthur Conan Doyle né le 22 mai 1859.

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe.

Il n'y a pas que Sherlock Holmes dans la vie de Sir Arthur Conan Doyle, l'écrivain Ecossais a écrit également de très nombreux romans et nouvelles d'inspiration historique, maritime, médicale et autre.

Dans ce recueil trois nouvelles qui démontrent son talent de conteur et sa capacité à se renouveler, quitte à parfois égratigner comme on le verra dans Le Drapeau vert.

 

La première de ces nouvelles, La nouvelle catacombe, nous entraîne en Italie, à Rome. Immisçons-nous subrepticement dans un salon. Deux hommes, deux amis, l'un Anglais, l'autre Allemand, sensiblement du même âge et qui partagent la même passion pour l'archéologie, discutent à propos d'objets que Burger a amené dans un plat en vannerie. Kennedy en déduit immédiatement que Burger vient de découvrir une nouvelle catacombe, et il aimerait en connaître l'endroit. Seulement il est avare pour fournir des renseignements, ce que lui reproche Burger. Alors un compromis est trouvé. Burger lui dévoilera le lieu si Kennedy l'informe de ses relations avec une certaine miss Mary Saunderson.

 

Transportons-nous maintenant avec Slapping-Sal dans les Caraïbes, à bord de La Léda, une frégate anglaise de trente-deux canons, commandée par le capitaine A.F. Johnson. Dans une tempête ils ont perdu de vue Le Didon, vaisseau qui les accompagnait. C'est le moment pour le capitaine de prendre connaissance du pli cacheté qui lui a été remis. Sa mission, s'il l'accepte mais il ne peut pas faire autrement, est de rencontrer la frégate française La Gloire, qui perturbe les activités commerciales du Royaume-Uni, et de mettre fin à ses agissements ainsi qu'à ceux de la Slapping-Sal, un navire pirate qui a non seulement pillé des navires britanniques mais a torturé les équipages. Si l'affrontement entre La Léda et La Gloire est particulièrement mortel pour bon nombre de marins, dans les deux fractions, une alliance inopinée peut faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre, selon l'honneur des participants.

 

Enfin Le drapeau vert nous entraîne d'abord en Irlande puis en Nubie dans les années 1870. Dennis Conolly, malgré la mort de son frère jumeau lors d'un affrontement entre soldats Anglais et fusiliers Irlandais, s'engage sous la bannière britannique. Trop fauché pour s'embarquer vers les Amériques, et la verte Erin devenant trop dangereuse pour lui, il s'enrôle et est avec quelques compatriotes versé dans le bataillon des Royal Mallows. Ce bataillon est destiné à servir à l'étranger, et c'est ainsi que Dennis et ses compagnons se retrouvent en Nubie combattre une alliance conclue entre trois chefs arabes. Le ressentiment des soldats Irlandais envers leurs hiérarchie britannique est vif, une mutinerie est même sur le point de se déclencher, mais un épisode de la bataille va permettre de souder les rangs.

Dans ce dernier texte Sir Arthur Conan Doyle n'est guère respectueux envers la Reine Victoria, dont le nom n'est jamais cité, seulement sous son surnom de la Veuve. Mais le regard qu'il porte envers les combattants résonne quelque peu avec l'actualité :

Assis au milieu des rochers ou couchés à l'ombre, ils regardaient curieusement la colonne [britannique] qui se déployait lentement sous leurs yeux tandis que les femmes,  avec des outres emplies d'eau et des sacs de dhoora, allaient de groupe en groupe, leur récitant aux uns et aux autres les versets de guerre du Coran qui, au moment de la bataille, sont, pour le vrai croyant, plus enivrants que le vin.

Si les aventures de Sherlock Holmes sont très souvent rééditées, il serait bon de ne pas oublier les autres textes, contes, nouvelles et romans, de Conan Doyle, qui offrent toute une palette de plaisirs de lectures.

 

Contient :

La nouvelle catacombe (The New Catacomb - 1898)

Le Slapping-Sal (The Slapping Sal - 1893)

Le drapeau vert (The Green Flag - 1893)

Traductions de Henry Evie. Illustrations de couverture et intérieures de Martin Van Maële

 

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe. Collection Rouge N°27. Société d'Edition et de Publication. Parution vers 1910. 100 pages.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:33

Hommage à Michel Audiard né le 15 mai 1920.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Journaliste à Paris-Matin, féru d'arts, Georges Masse attire les femmes, de préférence jolies, tel l'acacia les abeilles.

D'après ses dires il serait le gendre idéal :

Ayant reçu de mes chers parents le bon exemple, solidement instruit chez les Pères, drôlement porté sur le travail honnête, éclairé quant aux bienfaits de la vie rustique et aux méfaits de l'alcool (le whisky... Pouah!); voilà le garçon que je suis.

Tenez ! Mon rêve serait de rencontrer l'âme sœur, une petit provinciale avec des nattes dans le dos et des joues roses, jouant d Mozart au clavecin, lisant Paul Bourget dans le texte et ne voulant pas se laisser embrasser de peur d'attraper un enfant.

Au lieu de cela, devinez sur quoi je tombe à tous les coups ?... Sur des évaporées scandaleuses, moulées dans des pull-overs lance-grenades, avec des jupes à ouverture éclair et des battements de cil à dégeler un Conseil des Ministres.

Donc le garçon bien sous tout rapport qui organise avec ses collègues une petite fête pour l'anniversaire de son patron qui vient juste d'avoir cinquante ans, et tout ce beau monde pointe chez le sieur Golstein les bras chargés de bouteilles. Mais les fioles de champagne ne suffisent pas et Golstein puise dans sa réserve personnelle, perdant justement de sa réserve quant à Masse qu'il avait pourtant reçu avec une cartouchière en bandoulière et un fusil à la main, connaissant l'humeur farceuse de son employé. Et il avait raison Golstein de se méfier du journaliste puisqu'il retrouve Masse avec sa femme dans le même plumard. A la masse il est. En représailles, il lui suggère de prendre des vacances et c'est comme ça que Masse se retrouve à Venise. Et que le début de ses aventures mouvementées commence.

Lors de sa première soirée il est abordé par Arsène de Loubiac, fils de notaire en rupture de ban, qui lui propose de lui faire visiter la ville et ses endroits pas forcément touristiques. Et son cicérone l'entraîne au Triana-Club, un endroit fréquenté par les joueurs de poker. Masse n'est pas contre et les voilà tous deux embarqués dans un canot pour rejoindre le tripot haut de gamme installé sur un yacht, toléré par la police mais supposé clandestin, tenu par le Grec. Personne n'y trouve à redire sauf un concurrent, un certain Saddley.

Masse se rend compte rapidement que ses deux adversaires au poker sont des tricheurs, mais le prouver est une autre paire de manche. Et bientôt son portefeuille est réduit à l'état de limande. Les esprits s'échauffent et Zelos, dit le Grec, invite le journaliste à se rendre dans son bureau afin de régler le contentieux. Il lui ouvre la porte et tandis que Masse s'engouffre dans la pièce plongée dans le noir, un coup de feu est tiré. Une réception pour le moins imprévue.

C'est le début des ennuis pour Masse qui n'en demandait pas autant. La tireuse véhémente se nomme Nora Cassidi et elle en veut au Grec, une vague histoire familiale. Naturellement elle s'était trompée de cible, cela arrive. Mais pour Masse qui pensait rentrer dans ses fonds, c'est le contraire qui se produit. Le Grec exerce une forme de chantage et Masse doit signer un chèque de dix fois supérieur à ce qu'il doit, chèque qui sera remis à la banque le surlendemain. Mais Masse est à sec.

S'ensuit une sorte de complicité entre Nora et lui et ils se rendent chez le père de la jeune fille. Cassidi, qui s'est remarié avec Clara, une femme nettement plus jeune que lui, est alité, malade. Entre dans la danse le fameux Saddley, concurrent du Grec, et Masse est obligé de composer avec lui. Le journaliste est tiraillé entre Nora, sa belle-mère Clara, Cassidi le malade, Saddley et ses sbires, le Grec et les siens. Un imbroglio auquel s'ajoute Térésa Leoni, jeune commissaire de police de Venise qui ne prend pas de gants pour mener ses interrogatoires mais plutôt une lampe à souder. Il paraît que c'est très efficace pour délier les langues.

 

Ce roman ne possède pas la gouaille qui fera la réputation de Michel Audiard, même si le narrateur est ironique, cynique et persifleur.

Dans cet opus Michel Audiard me fait penser à Brett Halliday par certains côtés et en même temps à Peter Cheney. Une intrigue tarabiscotée, noyée dans des relents d'alcool, avec un personnage un peu débordé par les événements et en même temps insolent, possédant une arme à feu, ce qui n'est pas courant pour un journaliste.

Concomitamment à la parution de ce roman est sorti en salles le film éponyme réalisé par André Hunebelle, sur un scénario et des dialogues de Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux, Raymond Rouleau, Anne Vernon, Tilda Thamar, Monique Darbaud, Bernard Lajarrige, Jacques Dynam, John Kitzmiller...

 

A noter que la quatrième de couverture précise : Tout ce que le film ne peut montrer, vous le lirez dans Massacre en dentelles, un nouveau succès de Michel Audiard.

J'ai toujours couché avec tous les hommes qui se sont donnés la peine d'y arriver.

S'il fallait que les femmes s'occupent d'où vient l'argent qu'elles dépensent, les bijoutiers pourraient fermer boutique.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.
Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles. Collection Spécial Police N°26. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1952. 224 pages.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 05:44

Hommage à Robert Heinlein décédé le 8 mai 1988.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille

Question : A quel moment un Zygote, c'est à dire l'œuf fécondé produit de l'union des gamètes, peut-il penser, sachant qu'un spermatozoïde et un ovocyte ne pas sont conscients de leur existence ?

Partant de ce principe, n'est-il pas envisageable d'imaginer qu'à force de connexions et d'interconnexions, un ordinateur puisse un jour se mettre à penser ?

Ces deux questions pourraient donner le ton et l'ambiance qui se dégagent de la troisième partie du livre de Robert Heinlein, ce Chat passe-muraille, un chaton plutôt du nom de Pixel qui passe au travers des murs parce qu'il est trop jeune pour savoir que c'est impossible.

Après deux parties farfelues et complètement délirantes débutant comme un roman policier, cette histoire diverge vers les multi-dimensions, les mondes parallèles (l'on retrouve la théorie du chat de Schrödinger) comme si l'auteur avait voulu changer de sujet en cours de route.

Pour rappel :

Un individu qui lui est inconnu demande au colonel Campbell d'assassiner quelqu'un. Mais lui-même meurt assassiné. Du coup Campbell s'enfuit avec sa nouvelle épouse afin d'échapper à un complot. Un trajet qui les oblige à quitter la station spatiale Règle d'or à bord d'une navette trop vétuste et ils s'écrasent sur la Lune. Un incident qui les emmène à fréquenter des personnages de tous bords dans différentes villes lunaires jusque dans un hôtel miteux. La femme de Campbell, avec laquelle il n'est marié que depuis trois jours, tente de le persuader qu'elle est un agent spatio-temporel dans un univers totalement déjanté, où il est difficile de savoir, par exemple, si les gens sont âgés de trente ou trois cents ans, où les navettes ne comportent que quatre places munies de toilettes victoriennes, ce qui est évidemment plus agréable et confortable que la cabane au fond du jardin, et autres élucubrations jouissives.

La troisième partie, qui est légèrement soporifique en comparaison des deux précédentes, ne doit pas justement faire oublier les deux premières. Un roman jubilatoire dû à une imagination débordante et débridée d'un auteur de science-fiction engagé.

Cette citation extraite d'un dialogue souligne la différence pouvant exister entre écrivain et romancier.

- Vous êtes écrivain, vous faites de la littérature peut-être ? Sans intrigue ?
- Moi ? Je ne sais pas écrire de littérature, j'écris des histoires.

Réimpression mars 1993.

Réimpression mars 1993.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille (The Cat who walks through Walls - 1985. Traduction de Jean-Paul Martin). Inédit. Collection J'ai Lu Science-fiction N°2248. Parution 1987. 508 pages.

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 10:24

Hommage à Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers

Une silhouette de femme entrevue dans la foule, et pour Elizabeth, c’est tout un passé d’angoisse qui remonte à la surface. Cette silhouette c’est celle de Bell, une jeune femme qui a énormément compté dans la jeunesse d’Elizabeth, et plus particulièrement pendant les années vécues dans la Maison aux Escaliers. Une maison toute en hauteur, cinq étages, cent six marches. Une maison achetée par Cosette, drôle de nom pour une riche veuve, et qui sert de refuge à de nombreux parasites, hommes et femmes marginalisés.

S’établissent une période de liberté, de sexualité active, une atmosphère de débauche. L’amitié et la camaraderie comptent autant, ou plus, que l’amour sentiment. Cosette a bien eu quelques soupirants mais elle entretient l’obsession d’un amant selon ses critères. Un amant qui se fait attendre. Les jours passent, s’étirent.

Un jour, Elizabeth fait la connaissance de Bell. Bell est une énigme vivante, ressemblant étrangement à un portrait peint par Bronzino au seizième siècle et à une héroïne de Henry James décrite dans son roman Les ailes de la colombe. Entre Cosette, la cinquantaine décrépite, récente veuve à la recherche de l’amant insaisissable, Elizabeth traumatisée par une maladie héréditaire, la chorée de Huntington, et Bell, affabulatrice, peut-être responsable de la mort de son mari, peintre raté adepte de la roulette russe, s’établissent des relations plus qu’amicales.

Mais un ver ronge le beau fruit. Bell vit maintenant à demeure dans la Maison aux Escaliers. Elle leur présente comme son frère, Mark, un jeune homme qui lui ressemble étrangement. Mark est un acteur, jouant un rôle dans un feuilleton radiophonique. Pour Cosette, c’est le coup de foudre. Et Mark tombe sous son charme vieillissant. Situation qui provoque un effet inverse entre Bell et Elizabeth, leurs relations saphiques s’estompant. Cosette, déjà riche, se retrouve soudain en possession d’une forte somme d’argent quand Mark perd son emploi, son petit rôle dans le feuilleton, seule activité qui le reliait au monde du théâtre.

Il informe Elizabeth que Cosette et lui ont décidé de déménager, de vivre ensemble et de vendre la Maison. En aucun cas Bell ne doit être au courant, enfin pas dans l’immédiat. Et puis elle aura une compensation, un petit appartement que lui offrira Cosette. Un soir, alors que Mark, Cosette, Elizabeth. Bell et quelques autres sont conviés au restaurant par un couple d’amis, surgit une femme, Sheila Henryson, qui se présente comme la belle-sœur de Mark. Le pavé dans la mare. Consternation à la tablée. Mark et Bell ne sont pas frère et sœur, mais amants. Ou étaient. A l’origine une méprise de la part d’Elizabeth et que Bell a su exploiter. Mais Mark avoue à Cosette que, de plus en plus, il était réticent à jouer dans cette mise en scène ignoble.

 

Ecrit à la première personne, ce roman est narré par Elizabeth qui revit ses souvenirs, ses amours, ses amitiés, ce drame également au contact de Bell. Des mémoires où le passé se mêle au présent et où, peu à peu, les zones d’ombre s’évanouissent au fur et à mesure des révélations de Bell : l’assassinat de Silas, son mari, camouflé en accident, ses années de prison, etc. Mais pour Elizabeth, c’est également la révélation ou la confirmation de sa responsabilité directe et indirecte dans ce drame.

Ruth Rendell, spécialiste des romans d’énigme dans lesquels la psychologie joue un grand rôle, n’est jamais allée aussi loin dans l’introspection de ses personnages. Des personnages ambigus déchaînant des passions qui se traduisent par des violences morales et une angoisse latente. Cependant, ce roman est un peu comme un anachronisme dans son œuvre. L’étude de caractère de ses personnages pervers, névrosés, psychopathes est comme à l’habitude extrêmement fouillée mais la façon de les décrire présente comme un décalage par rapport à ses autres romans et s’érige en marge.

Par certains côtés, La maison aux escaliers est un livre dense, poignant, violent ; par d’autres il se révèle décevant. Trop d’introspection, de calculs, pas assez de réalisme. Un roman qui oscille entre l’écriture, le romantisme fin du dix-neuvième siècle et la liberté de mœurs des années soixante-dix. Reste qu’un palier de plus est franchi par cette grande dame qui nous réserve bien d’autres surprises sous le pseudonyme de Barbara Vine.

 

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers (The house of stairs - 1988. Traduction de Isabelle Rosselin-Bobulesco). Editions Calmann-Levy. Parution 1990.

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 05:21

Hommage à Frédéric H. Fajardie décédé le 1er mai 2008.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé.

Susceptible, et avec raison, Quintin n'a pas apprécié qu'un adolescent boutonneux se moque de sa bosse. La scène s'est déroulée sur les quais du métro à la station Bel-Air. Evidemment, à dix-sept ans et pour se faire mousser auprès de ses camarades, il faut se faire remarquer. Et c'est ainsi qu'il a glissé sa main sur la bosse mouillée par la pluie de Quintin, par défi et en le traitant de Polichinelle mouillé. Et que Quintin a déclaré dans sa moustache Pour ça je te tuerai.

Et c'est comme cela que Quentin, septuagénaire vivant seul dans son petit appartement de Montreuil, sa femme Mauricette qu'il avait surnommée Barbara étant décédée neuf mois auparavant, devient un tueur. Car ce qu'il a ressenti en bousculant l'adolescent dont il ne connait pas le nom et donc qu'il appelle Bel-Air du nom de la station où il a perpétré son forfait, c'est comme une délivrance, un acte patriote, éliminant un individu qu'il a classé comme fasciste, un nazi.

Quintin prend goût à débarrasser la société de ce qu'il prend pour des loques, des nuisibles, des inconsistants. Ainsi l'homme qui vient de se pincer les doigts dans les vantaux à fermeture automatique et qui se plaint auprès des autres voyageurs n'aurait pas attiré plus que ça son attention, si l'homme ne s'était blessé volontairement à un doigt à l'aide d'un petit couteau, juste pour qu'on compatisse. Et ce n'est pas le fait que l'individu soit Arabe qui attise l'ire de Quintin, mais bien cette propension à geindre.

Sa prochaine victime est un homme qui profère à l'encontre d'une jeune fille des mots inconvenants, des propositions malhonnêtes. D'accord, cette gamine qui paraît n'avoir que seize ans est attifée façon allumeuse qui refuse la pompe à incendie, une aguicheuse attirant tous les regards vers elle, ne semblant pas se rendre compte de l'intérêt qu'elle suscite avec sa jupe aussi grande qu'une ceinture et son habillement en rouge et noir. Au lieu d'embrasser la bouche pulpeuse de la gamine, l'individu peu scrupuleux va embrasser les rails, ça lui apprendra.

 

Le commissaire Antoine Padovani est chargé de l'enquête sur le Pousseur du métro. Il est entouré par Tonton, son supérieur, et d'autres commissaires, l'affaire le vaut bien, mais par quel bout prendre cette affaire, les témoins se contredisant comme souvent dans ces cas-là. Il remarque même que la jeune fille, qui a toutefois dix-huit ans, toujours aussi séductrice et provocante, fournit un signalement probablement erroné, peut-être en remerciement pour l'homme qui a châtié l'importun. Mais l'affaire n'est pas simple à résoudre, d'autant que malgré leur statut de commissaires certains des enquêteurs se montrent quelque peu des bras cassés. Enfin, Padovani, habitué des affaires pourries, ne renonce pas. Même si des membres de la maffia locale s'immiscent dans ce drôle de cirque. Même si cette jeune fille essaie de détourner Antoine Padovani de son rôle d'époux intègre.

 

Pour Fajardie, le roman était le vecteur idéal pour montrer les travers d'une société urbaine contemporaine, mettant en scène des personnages qui relèvent d'une certaine chevalerie, tel Quintin, mais dont les actes ne sont guère en conformité avec la légalité.

Profondément enraciné politiquement dès 1968 à la Gauche Prolétarienne, Fajardie ne renie pas ses valeurs, même si au fil des ans il "s'assagit", se montrant moins virulent, plus mesuré dans ses propos.

Nouveau prêtre du Néo-polar à ses débuts, Fajardie aborde avec Polichinelle mouillé une narration plus souple, tout en gardant ses repères idéologiques, n'hésitant pas à dénoncer des pratiques jugées fascistes ou nazies. Si le personnage de Quintin peut paraître immoral, il réagit à des besoins profonds, dont la réminiscence se dévoile au fil du déroulement de ses méfaits. Et Fajardie déplace peu à peu le côté roman noir vers une enquête-énigme construite comme un jeu de piste avec un côté poétique.

Ce roman est dédié à Francine, comme tous ses livres d'ailleurs, et la femme du commissaire Antoine Padovani se nomme Francine, tout comme la femme de Fajardie. Une nouvelle preuve de fidélité qui l'animait et d'ailleurs on se rend compte que Padovani est un peu une projection de l'auteur dans ses gestes, ses réflexions, son regard envers ses contemporains, ses engagements.

Un roman court et percutant.

 

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé. Collection La Petite Vermillon N°61. Editions de La Table Ronde. Parution le 22 septembre 2016. 176 pages. 7,10€.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 12:40

Bon anniversaire à Bill Pronzini, né le 13 avril 1943.

Bill PRONZINI : Longue est la nuit.

La passion de Nick Hendrickx, ce sont les grandes balades solitaires et nocturnes à bord d’une automobile. Et cela lui permet, non pas d’oublier sa douleur, mais de la canaliser pour un certain temps.

Il pense sans cesse à Annalisa, sa femme, qui renversée par un chauffard à Denver, oscille depuis entre la vie et la mort.

Muni d’une photo, un portrait robot qu’il a fait plastifier pour ne pas trop l’esquinter, il est recherche l’homme qui a brisé sa vie.

Il pense le reconnaître lorsqu’il croise Cam, directeur d’une entreprise prospère, marié et père de deux charmantes gamines, qui est taraudé par un souvenir d’enfance. Nick peaufine sa vengeance, il attend la date propice.

 

Créateur du célèbre Nameless dans les années soixante-dix, Bill Pronzini nous livre un roman haletant, angoissant démontant avec brio les problèmes psychologiques de Nick et de Cam.

Les cauchemars qui les hantent se dessinent peu à peu, prennent corps, prêts à éclater comme des bulles de chewing-gum.

L’épilogue, apocalyptique, est une fin ouverte et permettra à l’un des protagonistes de trouver enfin la paix.

 

Bill PRONZINI : Longue est la nuit. Traduction de Paul Couturiau. Collection Thriller. Editions du Rocher. Parution 31 mars 2002. 236 pages. 19,30€.

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 08:09

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : L’inondation.

Depuis plusieurs jours des trombes d’eau se déversent Paris et la région Ile de France. Un déluge inquiétant, car les inondations se précisent et la population commence à s’inquiéter.

Les services techniques, les services de prévention des crues, la préfecture de région, l’EDF, la RATP, sont débordés, malgré les plans de prévention mis en place. Dans cet affolement général, certains se frottent les mains, n’hésitant pas à mouiller la chemise.

Ainsi Charles Raquet, truand notoire, envisage de dévaliser une célèbre bijouterie de la place Vendôme. L’idée est simple : il suffit de plonger dans la place inondée, de s’introduire et de rafler bijoux et joyaux. Aucun risque du côté des alarmes qui privées d’électricité seront inopérantes.

La Secte du Temple de la Science Mentale, créée par l’idéologue Norbert Bradduh (cela ne vous rappelle rien ?) supervisée pour la capitale par Brignac, un petit homme falot, entend bien elle aussi tirer profit de cette catastrophe immanente. D’ailleurs Sarah Brandt, l’une des exaltées de la secte, enfonce le clou en citant un passage des écrits de Bradduh : “ Le jour où les quatre fleuves entreront en crue, l’Apocalypse sera proche… ”.

L’Oise, la Marne, et l’Yonne ne sont que des fleuves mais il existe toujours une part d’approximation dans les prédictions. Mais sait-elle Sarah qu’elle est manipulée par un homme résidant en Suisse ? Un homme qui envisage même, afin de parvenir à ses fins, de faire monter l’eau un peu plus si l’inondation ne suffit pas.

Sarah Brandt suit à la lettre les consignes ainsi que d’autres membres de la secte. Ainsi quatre barrages en amont de Paris sont dynamités. Comme il n’y a pas de petits profits, des plaisantins avides subtilisent dans un entrepôt de la banlieue parisienne des parpaings et des matériaux de construction destinés à construire ou renforcer les digues. Alain Collard, responsable à Europe Télécom, est chargé par son patron d’en négocier le rachat, cinq fois au moins le prix de leur valeur.

Et pas question de payer en liquide, l’argent doit être viré sur des comptes étrangers, dans des pays peu scrupuleux de connaître la provenance des fonds. Deux flics des R .G. enquêtent, l’un sur Sarah Brandt dénoncée comme dangereuse par Brignac, l’autre sur Collard, supposé être à l’origine du vol. Pendant ce temps la Protection civile tente d’aider les particuliers à survivre, à les aider à fuir leurs appartements menacés par les eaux, à réconforter et à soigner.

 

Gérard Delteil, dans ce roman qui a été publié en 2005 sous le titre 2011, et dont le titre de cette présente réédition est nettement plus explicite, nous entraîne dans une fiction proche qui pourrait très bien survenir, dans un avenir indéfini mais inéluctable si rien n’est concrètement réalisé, si personne ne prend conscience des dangers, si rien n’est fait pour endiguer les risques.

Nous sommes tous conscients que sans électricité, nous nous trouvons démunis dès la plus petite interférence des éléments naturels. Pour quoi que ce soit, nous sommes dépendants. Même si les usines, les hôpitaux, les immeubles, les administrations sont équipées de groupes électrogènes.

Et Gérard Delteil montre du doigt tous les dysfonctionnements qui existent dans l’emplacement de ces groupes qui deviennent inopérants parce que placés par exemple au quatrième sous-sol des immeubles, à la merci des infiltrations par capillarité. Sans électricité, plus d’ascenseurs, plus de téléphones portables, à cause des batteries non rechargées, plus de radio, plus de télévision, plus de chauffage, même à fuel puisque l’allumage est électrique, et j’en passe.

Le captage des eaux, le ramassage des ordures, pour ne citer qu’eux sont également perturbés, et la rue devient le domaine rêvé des rats. Et il ne faut pas oublier l’influence de l’idéologie négative des sectes. Un roman qui devrait être mis entre les mains de tous ceux qui à un échelon ou un autre détiennent les rênes de la société : hauts fonctionnaires, administrations, pouvoirs publics de plus en plus privés.

Première édition 2011. Editions de l'Archipel. Parution janvier 2005.

Première édition 2011. Editions de l'Archipel. Parution janvier 2005.

Gérard DELTEIL : L’inondation. Archipoche n° 85. Parution janvier 2009. 464 pages. 8,65€.

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 09:07

Bon anniversaire à Alfred Eibel, né le 5 avril 1932.

Alfred EIBEL : Jean-Bernard Pouy ou Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jean-Bernard Pouy sans oser le demander.

Auteur ironique, iconoclaste, sarcastique, oulipoupien, Jean-Bernard Pouy s'est imposé dans le paysage polardien en quelques titres devenus, sinon des classiques, du moins des textes recherchés par bon nombre de fans.

Révélé par la bande dans le roman Very Nice paru chez Albin Michel dans la défunte collection Sanguine, grâce à la pertinence de Patrick Mosconi, et qui contenait deux œuvres, l'une due à Patrick Raynal, La clef de seize, l'autre étant Spinoza encule Hegel, titre prémonitoire sur les relations privilégiées de J.-B. avec toute une cohorte d'écrivains se réclamant de mai 68. Pouy atteindra la notoriété avec son deuxième roman, édité à la Série Noire : Nous avons brûlé une sainte.

Pouy, découvreur ou promoteur de talents, Pennac, Syreigeol, Benacquista, Dantec, Thiébaut, Pavlof, Fonteneau... s'est également investi en aidant de petites maisons d'éditions telles que l'Atalante, Clé, La Loupiote ou encore Baleine, créant le personnage récurrent et multi-auteur du Poulpe.

On connaît la partie immergée de Pouy et grâce à Alfred Eibel, on peut maintenant en apprécier la profondeur. Modeste, Pouy prétend qu'il ne se prend pas comme un écrivain, mais plutôt comme un auteur. Ce qui n'enlève rien, au contraire à son talent.

Pouy travaille dans la spontanéité de l'écriture, tout en jouant, tout en se lançant des défis, que les lecteurs ne comprennent pas toujours, privilégiant le fond à la forme. Défis singuliers pour un personnage pince sans rire qui ne l'est pas moins.

Outre l'entretien qu'il accorde à Alfred Eibel, Pouy nous parle du roman noir, de la vie, de ses coups de cœur, de ses agacements, en petites phrases choc, coups de poing assenés avec humour.

Pouy aimerait animer une émission de deux à trois minutes à la télévision, une rubrique parlant de tout et de rien. Pourquoi pas un nouveau Mr Cyclopède ? Il en possède le talent et le rire grinçant.

Un florilège de critiques parues dans différents médias et concernant ses romans étayent ce côté non dithyrambique qu'il cultive, reconnaissant ses erreurs ou ses faiblesses.

A sa manière Alfred Eibel dissèque par petites touches les ouvrages de J.-B., les ingérant, les digérant et nous les restituant sous forme de réflexions. Enfin une bibliographie exhaustive de Pouy recense tous ses romans, nouvelles, écrits divers (jusqu'à la parution de cet ouvrage qui date de 1996). Sans oublier la nouvelle inédite, reflet d'un Pouy de sagesse, défenseur ardent de la littérature populaire. Le tout agrémenté de photos, dessins et citations. Un livre qui se lit avec plaisir, et pour employer la formule consacrée, comme si c'était un polar.

Alfred EIBEL : Jean-Bernard Pouy ou Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jean-Bernard Pouy sans oser le demander. Collection Mything. Editions Méréal. Parution mars 1996. 176 pages.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 14:55

Hommage à Jacques Blois né le 26 mars 1922.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille.

Des entrefilets dans des journaux corses, que lui montre son ami le Baron et voilà Joi lancé dans de nouvelles aventures.

Trois cadavres ont été retrouvés au large du détroit de Bonifacio, flottant dans les eaux ou couchés au fond d’une barque. Trois cadavres ayant reçu une balle dans l’œil gauche.

Joi s’inscrit dans un village-vacances au nord de la Sardaigne. Il est entouré de jolies filles et de jeunes gens qui l’aident dans son enquête, un dérivatif durant leurs vacances.

Des jeunes femmes qui s’inquiètent de son couchage, d’autres cadavres éborgnés de la même façon, des grenades cachées dans le ravitaillement destiné au village vacances, un petit voyage rapide en Corse, une troublante réminiscence de soldats déserteurs, des caisses contenant de mystérieuses spirales de ferraille ponctuent le séjour de Joi qui ne repartira pas les mains vides.

 

Les premiers romans mettant en scène Joi, Jacques-Octave d’Iseran, entraîneur de chevaux à Chantilly, tout comme son frère jumeau, Ami, Arnaud-Mathieu d’Iseran, sont publiés fin 1966 dans la collection L’Aventurier.

Joi a les yeux verts, ceux d’Ami sont bleus. Seule différence visible, lorsque les deux hommes sont habillés. C’est Joi qui narre ses aventures dans lesquelles souvent Ami est impliqué, parfois sans en informer son jumeau. Quelques clichés émaillent ces pérégrinations. Les femmes, plus belles les unes que les autres, se laissent facilement tomber dans les bras de Joi qui n’en demande pas tant et se gargarise au whisky.

Jacques Blois possède un style particulier et plaisant, écrivant à la première personne du singulier, ce qui permet au lecteur de participer aux réflexions intérieures de Joi lequel se pose de nombreuses questions et s’invective lorsque tout ne va pas comme il voudrait.

Les phrases sont courtes, le point de suspension est souvent employé, l’humour et la dérision planent tout du long du récit mais également ce petit brin de poésie enjouée qui met en valeur les descriptions. Si les chevaux sont sa passion, et il en vit bien, Joi se montre bon vivant, esthète, cultivé, polyglotte, ce qui ne l’empêche pas de se servir de ses poings ou d’une arme quand l’occasion s’en fait sentir. Et comme tout aventurier qui se respecte ne dédaigne pas d’arrondir son pécule.

L’un de ses jurons favori est Charrette. Parmi les seconds rôles, l’inspecteur Phil D’Arcy, un Américain spécialisé dans la lutte contre les trafiquants de drogue et Le Baron, patron d’un bar à Saint Germain des Prés où Joi possède ses habitudes.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille. Collection L'Aventurier N°126. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1967.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 09:55

Hommage à Jacques Blois né le 26 mars 1922.

Jacques BLOIS : Un portrait.

Jacques Blois, de son vrai nom Jacques Faucher est né le 26 mars 1922 à Bonn en Allemagne mais est périgourdin d’origine. Après des études classiques et un passage à la faculté de Sciences puis de médecine-chirurgie avec comme loisirs le jazz, le théâtre et le rugby, il connaît les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

En 1943 il est déporté pour une durée de deux ans avec au bout du compte une condamnation à mort signifiée par la S.D. « 65 jours en cellule à attendre corde ou rafale » (correspondance personnelle). Il est libéré par un commando Patton et passe deux ans en internat de sana-chirurgical où les radioscopies dévorent ses hématies. « J’abandonne et vais me refaire une santé en haute montagne. Barrage de Tignes puis chantier expérimental dans les Hautes Pyrénées (ravitaillé par les choucas). En 1954 je suis l’un des assistants de l’Abbé Pierre pour la création d’Emmaüs ».

En 1956 le PDG d’un grand magasin parisien l’appelle et il y restera pendant 27 ans, gravissant tous les échelons. Dans le même temps il se délasse par l’écriture de ses ouvrages pour le Fleuve et multiplie les rencontres au cours de nombreux voyages. Depuis il vit dans la paix magique d’une forêt templière avec la découverte de la pensée complémentaire de Lao-Tseu. L’écriture « n’est qu’une branche de l’éventail largement ouvert tout au long de ma vie pour ma plus grande joie ». Le rugby, l’équitation, le théâtre, le jazz (Hot Club de France), la haute montagne et les voyages dans l’Europe, la Scandinavie et la Chine profonde pour le Tao, le tout lié à ses occupations professionnelles, chantiers de travaux publics d’Emmaüs et commerce, complètent cet éventail.

Mais sa passion principale, c’est bien la vie. « La vie sous toutes ses formes ! Le spectacle gratuit et permanent de la Comédie Humaine ! Toutes mes activités ont été passions d’homme libre loin de l’autoritaire de la philosophie grecque et des brumeuses incertitudes d’un Descartes » Parmi les romanciers de littérature populaire qu’il lit avec plaisir, bon nombre d’auteurs du Fleuve dont Claude Rank, Pierre Nemours, André Caroff et Klotz. En littérature générale, il aime Montaigne, Rabelais, Giono, Céline, Revel, Blondin, Bodard, Morrison, Chester Himes, Gunther Gräss, des Japonais et des Chinois. « Parce qu’ils ont le souffle, la maîtrise du souffle qui donne ce fleuve aux mille caprices sur lequel les mots voguent comme des barques. A l’inverse il y a le tripatouillage (je suis poli) méningé des pédants besogneux et sans souffle... »

S’il est venu à l’écriture, c’est un peu par atavisme régional. « Mes racines sont ancrées dans une région noble, le Périgord, où l’on aime conter, raconter. De la parole à l’écriture, il n’y a qu’à saisir un stylo (à la suite d’un pari que j’ai perdu). Malgré une activité débordante j’ai écrit, dans ma joie, deux ouvrages sans imaginer une seconde qu’un éditeur... C’est un ami qui m’a propulsé dans le cirque en confiant mes histoires aux Presses, et sans m’en avertir. Bonne farce ! Rendez-vous au Fleuve Noir et c’était parti pour plus de soixante-dix ouvrages, toujours avec le même relax, le même plaisir, et surtout sans effort, car comme je raconte, j’écris d’instinct avec le support de banales règles classiques et la beauté de notre langage - hier mais plus aujourd’hui -. Quant au terme populaire, j’ignore ce qu’il veut dire. Cette marée pathologique de tout mettre à rancir dans des bocaux sur des étagères de hauteur différente - quelle sclérose ! Pour moi, il n’y a pas cinquante littératures - il y a une écriture humaine comme la peinture est humaine.

Toutefois Jacques Blois n’aime pas trop le terme littérature populaire, trop ancré selon lui dans l’esprit du public comme une sous-littérature. Il préfère la formule « littérature d’action et d’aventures », citant volontiers Christophe Mercier : « ...la littérature populaire est devenu un grand fourre-tout, comme si le fait d’écrire pour un large public, et de lui plaire, était un péché originel et excluait du Parthénon littéraire... ! Les romanciers populaires ne sont pas des primaires, mais des écrivains conscients, des expérimentateurs de forme. L’art pour l’art - hors de toute démonstration - c’est eux ! ». Ce qu’il ne manquait pas de développer lors de conférences données au profit du Rotary Club notamment. Petite anecdote amusante, le parcours d’un manuscrit - « N’ayant jamais eu le goût et le temps de lécher les moquettes, mes passages au Fleuve Noir étaient rapides et quasi anonymes. Un jour j’adresse un manuscrit de polar au Fleuve. Un mois plus tard il me revient refusé! Trop en avance pour l’époque ??? Sans état d’âme, je le range dans un tiroir. Deux ou trois ans plus tard, coup de fil du Fleuve un rien énervé. As-tu un manuscrit police bientôt prêt, c’est urgent ! Je promets pour la fin de la semaine. Largement le temps de sortir le refusé de son placard. Honnêtement je change le titre. Un mois plus tard, accepté. Trois mois plus tard en librairie. Sic gloria transit. Merci Sainte Modestie narquoise... ». Le cinéma ne s’est pas intéressé ouvertement à l’œuvre de Jacques Blois, pourtant celui-ci constate que des idées lui ont été « prises en toute sérénité silencieuse. Ceci est une autre histoire qui me laisse indifférent ! ».

Jacques Blois est décédé en mai 2010.

Cet article a été réalisé d'après une correspondance échangée avec l'auteur.

Jacques BLOIS : Un portrait.

Collection L'Aventurier:

129 - Retour à l'expéditeur

131 - La Marotte de Dame Marouatte

132 - Gymnastique suédoise

135 - Cure sans sommeil

137 - Le Pool aux oeufs d'or

139 - Le Cheval de proie

142 - Poivre, sel et piment

145 - A contre-carats

147 - A titre d'huile

150 - Bal en berne

152 - Voyage sans horizon

154 - Voltige en Haut-Adige

159 - Vampé, le vampire

162 - Le Bénitier du Diable

167 - Le Radeau des médusés

169 - Trident aux dents

173 - Le signe du trèfle

177 - Paradis, part à deux

181 - Pot aux pruneaux

184 - De l'or dans l'aile

189 - A cloche-cheval

 

Jacques BLOIS : Un portrait.

Espiomatic-Infrarouge -

17 - Le Conch frappe les trois coups

19 - Le Conch joue à la balle

21 - Le Conch, 8ème plaie d'Egypte

23 - Tap tap Conch

25 - Le Conch ne fait pas de fleurs

27 - Spécial pétrole, Conch !

30 - Le Conch au carnaval des anges

43 - Pépites en rafale

 

Jacques BLOIS : Un portrait.

Spécial Police -

732 - Panique en sous-bois

779 - Une bien belle affiche

817 - Qui trop embrase

866 - Le gobe-souris

899 - A brûle-chassis

924 - Blouson à redorer

949 - La mort vient en jouant

992 - Au clair de la mort

1029 - Je tue pour toi

1046 - Quand tout s'effiloche

1078 - Escale pour un voyou

1388 - Trois pieds dans une tombe

1405 - Trop peureux pour être honnête

1442 - Taxi tire-lires

1544 - Le gros, le grand et la pagaille

1588 - Appelez-moi Victoire!

1609 - Silence! on tourne... mal

1655 - Les mains au feu

1694 - Un éphémère chez les books

1799 - Trois belles, trois méchants, trois flic

 

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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