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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 08:07

Bon anniversaire à Yves Frémion né le 14 juin 1947.

Yves FREMION : Ronge.

Roman d'anticipation peut-être, mais plus que de l'anticipation ou de la science-fiction, Yves Frémion a écrit un roman constat.

Ce qui pourrait se passer dans un club de vacances, où tout est centralisé, fonctionnel, pensé en fonction d'un certain type de vacanciers, celui justement du vacancier type.

Tout est programmé, chacun ne peut y trouver que du plaisir.

Le vacancier qui arrive sur Faluce, c'est le nom du village, le vacancier est roi et s'il doit se plier à certaines exigences, c'est pour son bonheur, pour que son séjour soit le plus agréable possible.

Tout lui est fourni, en quantité suffisante, pour ne pas parler de gâchis, donc il ne peut être question de réclamer quoi que ce soit.

Alimentation, amour à discrétion, que peut-on demander de mieux ?

Mais il ne faut pas oublier que plus le fruit est beau, plus il parait sain, plus le ver qui le ronge peut prendre des proportions inquiétantes.

 

Ce roman d'Yves Frémion est un peu la parabole et l'univers de ces clubs de vacances où le tout est proposé, rien n'est imposé fait frémir.

Vive la toile de tente et le camping sauvage.

Construit comme un puzzle où chaque pièce suffit à elle-même ou presque, ce roman culmine dans une seconde partie apocalyptique.

Pouvait-il en être autrement ? Je ne le pense pas.

Je retire quand même un réconfort à la lecture de ce livre ambigu : celui d'être un vacancier indépendant qui n'a besoin de personne pour lui organiser son temps libre.

Extrait de la quatrième de couverture :

Qui sont les vrais acteurs de ce roman ? Qui le raconte ?

 

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Yves FREMION : Ronge. Collection Anticipation N°1647. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1988. 192 pages.

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 15:35

Hommage à Robin Cook né le 12 juin 1931.

Grenoble 1987

Grenoble 1987

Grâce aux Mystery Writers of América, ( Polar de la table - Encrage édition ) nous apprenons, mais fallait-il s'en étonner, que les auteurs de romans policiers ne négligent point les plaisirs de la chair.

Disons les plaisirs de la table afin de ne point offusquer les lecteurs prudes que la moindre connotation sexuelle, ou assimilée telle, dans un article dérangerait. Afin de nous imprégner de la saveur subtile de cette cuisine littéraire, délices de nos temps morts, rendons visite chez l'un de nos maîtres-queux, Le Rouge-gorge cuisinier britannique qui sait si bien nous mitonner de bons petits plats, à ne pas confondre avec le Rouge-gorge américain à la gastronomie par trop clinique. Lire l'un des romans de notre Rouge-Gorge, c'est comme entrer dans une gargote dans laquelle le cuistot serait affublé d'un béret en guise de toque. Je vous invite toutefois à vous attabler avec moi et à étudier le menu ensemble : cuisine concrète, cuisine métaphorique et si vous n'avez pas trop de haut-le-cœur, cuisine cannibale en dessert. 

Le premier plaisir de la table commence par la découverte des ingrédients : Deux jeunes types de couleur passèrent d'un pas vif, chacun fouillant joyeusement dans le filet à provisions de l'autre (BS), prélude à un bon repas même si celui se révèle frugal. Aussi ne faut-il point croire l'enquêteur lorsqu'il déclare: cette affaire me préoccupe trop. J'en perds le boire et le manger (mdf), ce n'est que pure figure de rhétorique. La preuve, quelques pages plus loin, il avoue: Je me dis que je ferais aussi bien de manger mais les réserves congelées de son réfrigérateur ne l'inspirent guère: le contenu ne me semblait guère ragoûtant. Dès lors il ne faut plus être surpris si la plupart du temps, lors d'une enquête, le protagoniste préfère emmener ses témoins, ses indicateurs ou ses collègues au restaurant, même si la constitution du menu crée problème ou que le sens olfactif est agressé: De plus l'atmosphère de l'établissement, avec sa musique rock et ses odeurs de mauvaise cuisine, le rebutait (MAV). Alors que le directeur de l'agence de sécurité voudrait imposer un repas composé d'un minestrone et de mouton (et surtout pas d'agneau !), son employé préfère commander en entrée des huîtres accompagnées de vodka, dédaignant le mouton qui lui rappelle l'école et le rationnement d'après guerre.

Au cours d'un autre repas cet agent de la sécurité déguste à nouveau des huîtres, saupoudrées de poivre et arrosées de Pouilly fumé, et s'étonne qu'on leur propose au mois d'avril de la perdrix (SQE). Que voilà un fin limier ! Les restaurants ne sont pas les seuls endroits à servir de la cuisine sélecte ou délicate: En 1986, je déjeunais à Scotland Yard. Ce fut un bon repas. Au menu, des gambas (MV). Plus que le menu, ce sont l'endroit et les circonstances qui font apprécier la tortore. Je le savoure, ce repas. C'est exaltant, de déjeuner pour des prix fous dans les aéroports, avec les avions qui vont et viennent derrière les grandes glaces panoramiques se dit en aparté le petit truand issu de la bourgeoisie tandis que son compagnon, l'ami Carême, dissèque un chouia de saumon (CA). Quand au régime pénitentiaire, les avis sont partagés. Le Bourdon préfère le petit déjeuner - œuf poché sur un toast, pain de seigle et café instantané - à l'invite d'une étreinte avec Jenny, s'écriant avec emphase mon premier repas correct depuis presque deux ans. Ce qui sous entend que s'il n'a pas toujours mangé à sa faim en prison, il n'a pas été privé sexuellement (BS). La cantine pénitentiaire n'est pas forcément une punition: en attaquant de bon cœur son pâté en croûte surgelé, le psychiatre analyse les pulsions de l'assassin en série, ce qui n'entame en rien son appétit (MAV).

Pat Hawes, un truand de plus grande envergure a droit à un met plus raffiné dans sa geôle: On m'a dit que vous aviez des blancs de caneton rôtis avec de la sauce au poivre vert à dîner ce soir (MAM). Un traitement de faveur auquel les Bobbies de Sa Très Gracieuse Majesté ne peuvent prétendre puisqu'ils apaisent leur faim dans des endroits pas toujours recommandables. Dans l'arrière salle, il y a un bar... où on sert une tambouille assez infecte à une bande de rapers (policiers), tandis que dans la grande salle, "MM. Copewood  et Cream, fournisseurs attitrés des gars du bâtiment en calibres et autres bidules... trônent avec leur suite à une table près du comptoir, où ils balancent des bouts de tournedos à un clébard hargneux(CA). Piètre considération envers les forces de l'ordre, les chiens étant mieux considérés que les policiers. Les mauvaises langues diront peut-être que ceux-ci n'ont que ce qu'ils méritent, je leur laisse l'entière responsabilité de leurs propos.

Manger est un acte qui procure des sensations fortes, mais c'est également un besoin, un dérivatif ou une excuse. A question piège le conférencier ne peut que prétexter un rendez-vous urgent : Malheureusement, j'ai un déjeuner (CVM). Pourquoi malheureusement s'interroge le personnage principal, et nous avec.

La cuisine est considérée comme un lieu béni, une pièce privilégiée, la chaleur et l'humanité de la cuisine (MV). La préparation des repas se révèle une excellente thérapie dans la mésentente conjugale. Mrs Durell, afin de reculer l'échéance des invectives de son mari, préfère s'éloigner sur la pointe des pieds pour aller faire réchauffer le dîner de son mari. Elle avait besoin de ce cours répit dans la cuisine pour se préparer à affronter l'instant où, une fois le repas terminé, il la sermonnerait au dessus des assiettes sales, s'échauffant jusqu'au moment où il serait suffisamment furieux pour la taper au dessus de la table" (BS). Une façon comme une autre de mettre en pratique cette locution: la paix des confiseurs. Attendrissant, non !

Dans le même registre, assistons à une autre scène de ménage, haute en couleurs, et qui nous livre la composition du menu familial: Tu te rappelles quand elle s'est mise à balancer de la vaisselle ? Elle a tout de suite choisi l'artillerie lourde. Elle a commencé par un plat énorme, celui qu'on prenait pour servir le rôti quand on avait des invités (MAV). Un plat dont le protagoniste se souvient avec nostalgie puisqu'il s'agissait d'un cadeau de mariage. Ensuite la soupière, pleine, est invitée à participer aux ébats puis j'avais pris des éclaboussures quand les patates avaient volé, j'avais eu droit au saladier en plus, et aux betteraves sur le devant de ma chemise (MAV). Ce que déplore le récipiendaire de légumes, ayant été dans l'obligation de jeter sa chemise à la poubelle, les tâches de betteraves étant du plus mauvais goût vestimentaire.

Aller au restaurant permet de mieux faire connaissance, et alors l'exotisme est de rigueur. Notre Rouge-gorge a toujours en mémoire ce déjeuner à Madrid en compagnie d'un poète, et le menu, calmars à l'encre, s'avère comme une aimable entrée en matière (MV). L'exotisme culinaire draine les affamés, ou tout simplement les esthètes de la bouffe. Le lecteur en aurait l'eau à la bouche mais le Rouge-gorge, s'il nous précise les hauts lieux de la gastronomie étrangère - un restaurant chinois (DS), une jaffe à l'indienne (CA), un tranquille bistro français (MAV), la Lumière de l'Inde (MDF)...- il omet de nous narrer par le menu icelui. Pour se remonter le moral, avant une opération chirurgicale délicate, un médecin radié propose à sa femme un repas de gala: Je me rappelle que ce furent des huîtres pour commencer, puis du rosbif, des pommes de terre et une salade verte, ainsi que deux très bonnes bouteilles de vin (CVM). Le lendemain régime perfusion.

Si comme vous avez pu le remarquer les huîtres ont une place de choix dans l'assiette anglaise de notre Rouge-gorge, les aliments roboratifs ne manquent pas toutefois et la diversité est de rigueur. Les tables de formica étaient assiégées par les chauffeurs de camion qui mangeaient viande, purée et deux légumes (MDF). Si ceci vous semble peu explicite sachez que les protagonistes du Rouge-gorge se montrent souvent plus prolixes: son plat principal: du corned-beef et des cornichons (MDF), nous commandâmes un oeuf double, une saucisse, des tomates et des frites, du pain et de la margarine (CVM), du boudin blanc et mon plat préféré de panais frits (MV), en poussant ma saucisse, en ramassant mes petits pois (CVM).

Un casse-croûte peut aussi bien faire l'affaire: Ce dont j'avais soudain envie, c'était d'acheter des sandwichs au pâté de foie (SQE). Il y en a qui dégustent avec un plaisir gourmand : d'une main il tenait le sandwich œufs jambon..., puis a léché le gras de jambon sur ses doigts, qu'il a essuyé sur son jean (SQE), d'autres font la fine bouche il était dans un pub, mangeant du bout des lèvres un sandwich au poulet (BS).

Le mariage des nourritures spirituelles et terrestres des rayons de livres couvraient deux des murs, une cuisinière était placée contre un autre mur, et il y avait des casseroles sur un égouttoir (CVM) parfois nous propose des élans lyriques: Ne dis pas de bêtises, répondit Monica, en décollant avec dextérité l'oeuf cuit au fond de la poêle et en le faisant voler comme un papillon éclatant dans une assiette chaude (BS). Ce qui est fort bien envoyé et nous facilite la transition vers la cuisine métaphorique. Mais auparavant posons une question dont la gravité n'échappera à personne : comment devient-on criminel ? Normalement, un criminel agit toujours selon le même scénario - répétitif, stupide. Il commence par piquer une boîte de haricots au supermarché, puis il passe au vol avec voies de fait, et continue à grimper l'échelle jusqu'au jour où il commet un meurtre" (MAV).

Reims 1985

Reims 1985

Vous allez en avoir du crime, du bien saignant, de la belle entrecôte maison (CA). Voilà qui nous promet une entrée savoureuse en matière culinaire. Les locutions ayant pour référence la flore et la faune comestibles sont légions et s'il n'y prenait garde, l'indigestion guetterait le lecteur affamé. Après une Crème anglaise et une Bombe surprise qui nous glacent d'effroi, extirpons de notre filet garni quelques expressions dont notre Rouge-gorge est friand. Au hasard de la cueillette, voici: ramène ma fraise, te presser le citron, ne me cours pas sur le haricot, ce n'est pas nos oignons, lui coller une châtaigne (MDF). Un premier chapitre qui ressemble à un étal de marchande de quatre saisons.

Nous passerons rapidement sur mon lapin, mon chou, comment s'appelle ton pigeon sans oublier les inévitables poulets et des pots de vin qui font passer le tout, pour mieux nous concentrer de tomate (ça m'a échappé !) sur quelques situations épicées. Très souvent, Mrs Durrell - sans poursuivre jusqu'au bout la comparaison malheureusement - assimilait son mari à une cocotte-minute (BS). Un mari qui la néglige sexuellement, alors elle se raconte des salades et rêve à des aventures érotiques. La métaphore est hardie parfois, mais oh combien expressive: Le seul détail choquant, c'était le sperme; au moment de partir, j'ai trouvé que sa présence heurtait l'œil, comme la trace d'une limace qui aurait rampé sur une feuille de laitue (MAV). Si au restaurant vous êtes confrontés à de tels débordements baveux dans votre assiette, n'en concluez pas pour autant que le cuistot se montre lubrique envers les marmitons. Et lorsque vous dégusterez avec béatitude des huîtres, (nous y revenons, mais sachez que ces bestioles, les rares animaux que l'on mange vivants, sont considérés comme aphrodisiaques) méditez cette phrase profonde: Il secoua la tête; elle tremblota comme une huître au bout de la fourchette d'un pochard (MDF).

Tout aussi parlant, si l'on peut dire, ce cadavre qui se repose à la morgue: elle gisait, à demi tournée sur le flanc, comme un mets raffiné sur un lit de glace à un dîner mondain (DS). L'avantage d'une chambre froide, c'est de conserver à la viande sa fraîcheur. Un peu de chaleur et de suite, elle se déprécie, s'avarie : Ses yeux, littéralement frits dans leurs orbites, ressemblaient à des boulettes de chair de poissons (DS). Heureusement tout ne se réduit pas à cette symphonie macabre culinaire et les images suggestives s'appliquent surtout aux vivants: Elle braqua sur moi un index dépourvu de vernis à ongle; il ressemblait à une saucisse coincée dans une persienne métallique (DS), de profil son visage sans lèvres était aussi tranchant qu'un hache viande (CVM), sa grande paluche, grosse comme un jambon (CA). Même les vénérables monuments historiques n'échappent pas aux comparaisons culinaires: Car une bâtisse extravagante, encore plus folle que Château-Branlant, se dresse devant nous dans la nuit. Elle est gigantesque; c'est la Tour de Londres qu'on aurait un peu aplatie et étalée pour la faire refroidir comme un pudding au riz (CA).

La véritable cuisine se prépare au commissariat: on va commencer à le mettre sur le gril (MAV), puis je les ferais cuisiner a toutes les sauces (MAM) et afin de leur donner du goût, je les presserai jusqu'à ce que les citrons jutent (MAM). Il parait que dans ce cas le suspect ou le présumé coupable se met plus facilement à table. Le savoir faire, le tour de main sont indispensables, mais pour réaliser une préparation qui a de la gueule, il faut avoir toute sa tête et ne pas se fier uniquement à l'enseigne ou à la réputation: Les grands chefs sont comme des poulets à qui l'on a coupé la tête (MAM).

Rien ne remplace la diplomatie dans une conversation et les mises au point s'avalent plus facilement lorsque l'engueulade est tempérée : Tu n'es vraiment qu'un con, je te l'ai toujours dit, et tu mérites ce qui t'arrive, comme une côtelette de porc mérite sa compote (CVM).

 

La cuisine du Rouge-Gorge ou Le Rouge-Gorge Cuisinier.

Si les Français se délectent de viandes en sauce, les Britanniques préfèrent les viandes bouillies. Notre Rosse - beaf, saignant, adapte à sa manière cette dernière préparation que les images d'Epinal ont contribué à populariser, dans la version cannibale, avec au milieu de la marmite tribale un missionnaire desséché entouré de futurs dégustateurs hilares. Il faut d'abord disposer d'une grande quantité d'eau, de grandes casseroles, d'un réchaud à gaz, d'une baignoire pour récolter le sang, et de quelques sacs plastiques pour entreposer la viande bouillie (MAM). Mais auparavant le cadavre doit être découpé dans les règles de lard, comme si on avait devant soi un cochon engraissé. Décrochez toute cette délicate, cette incroyable dentelle de chair, détachez le cœur d'un seul coup, découvrez les tissus derrière la peau, enlevez les cotes, mettez a nu la colonne vertébrale, ôtez la longue enveloppe de muscles tendus sur les os auxquels ils sont accrochés. Un instant d'arrêt pour faire bouillir les scalpels - puis d'un mouvement incurve, audacieux mais habile, plongez dans le crâne trépané, dans le cerveau, et extrayez en l'art si vous le pouvez. Mais vous aurez du sang plein les mains a moins que vous ne le recueilliez préalablement dans des bouteilles, et tout cet art des morts, vous pouvez le saler, mais dans de la saumure - un plat pour vous engraisser quand votre tour viendra (MDF). Cela demande toutefois un certain doigté, un tour de main que l'on n'acquiert qu'après une longue pratique. Pour les pressés, les impatients, ou les malhabiles voici une méthode de découpage moins raffinée et plus expéditive: Un bon couteau et un aiguisoir, un marteau également pour briser les os, comme ça tout rentrera dans les casseroles. Tu aiguises le couteau et tu tranches la colonne vertébrale en deux ou trois endroits, aux vertèbres. Tu coupes la tête, les pieds et les mains. Tu fais sauter les dents également. Tu attends que tout cuise (MAM). Le résultat  n'est pas toujours appétissant. La chair est grise et la peau du visage avait disparu lors de la cuisson; les orbites avaient été vidées (MAM). C'est peut-être pour cela que le meurtrier cuistot a  transvasé le résultat dans des sacs en plastique. Mais des égouts et des odeurs, ça ne se discute pas. Des coups et des douleurs non plus d'ailleurs.

Certains assassins affamés préfèrent la viande crue: Je découvris que le meurtrier avait léché et mangé de petits morceaux du corps de la jeune femme (DS). Après il ne lui reste plus qu'à quitter les lieux. Le tueur se sentait obligé de partir - non par raison de sécurité, mais pour préserver la précieuse saveur de son copieux dîner et emporter ce succulent souvenir en regagnant la nuit froide de la rue (DS). Oui mais voilà, à se montrer trop gourmand le repas pèse sur l'estomac, ce précieux banquet tourna soudain à l'aigre. A peine avait-il décidé de s'en aller que le festin trop riche dont il s'était repu, et toutes ses sauces épaisses, lourdes et gorgées de sang, se mirent brusquement à bouillonner dans ses tripes, lui soulevant l'estomac (DS). Un véritable gâchis, le sang de la fille avait perdu son bouquet, son parfum frais et épicé (DS).

Les bouchers utilisent un artifice pour rendre à la barbaque un moelleux, une tendreté factice, mais le morceau de viande déchiquetée ainsi passée à la torture, en perdant son jus, devient insipide, fade. En un mot, il se ramollit. Un tueur psychopathe invente un matériel, compromis entre le vélo et l'attendrisseur du boucher, qu'il expérimente sur son appendice génital. Mais les résultats ne s'avèrent guère probant, lacérant son organe qui rétrécit, au grand dam de ses partenaires dans des joutes érotiques avortées. Il ne restait pratiquement plus rien de son phallus, sinon quelques lambeaux écarlates (DS). Simple remarque à l'attention du traducteur : le phallus étant l'emblème de la virilité et désignant un membre en érection, il aurait mieux valu employer le terme de verge. Ce qui entraîne frustration, désillusion et malgré tout un intérêt d'ornithologiste confronté à un spécimen inconnu: Ton drôle de petit oiseau est vraiment minuscule, tu ne trouves pas ? (DS). Réflexion quelque peu déplacée puisque c'est la jeune femme qui le cherche. Enfin, avec un peu de bonne volonté, elle parvient à dénicher sa proie: J'en ai vu de toutes sortes, mais le tien est pratiquement inexistant. C'est à peine si je parviens à le trouver, tu vois, je le cherche (DS). 

 

Ingérer autant d'aliments sans se désaltérer est impensable, et notre Rouge-gorge possède une cave dans laquelle l'éclectisme voisine parfois avec la banalité des libations. Le vin y est présent, chichement mais de qualité. Un Mauzac 76, du Pouilly fumé figurent sur la carte, mais préférence est donnée aux liquides d'origine britannique, alcoolisés ou non. Le thé est servi à profusion, ainsi que le whisky et le gin (quoique cette boisson soit un dérivé du genièvre néerlandais). Le gin est employé dans la préparation de cocktails, thé ou gin-tonics. Le haut-de-forme est ainsi baptisé parce que le gin est versé par dessus le tonic, si bien que la première gorgée est de l'alcool pur (BS). La bière, le café instantané et à petites doses le jus de fruits ont également droit de cité. Plus insolite le cidre, boisson ingurgitée par Billy le tueur (MAM). Ce qui nous amène tout naturellement à conclure cet article par une note poétique extraite du Cidre:

                        Orage, odes et espoirs, ô vieille soif ennemie

                        N'ai-je donc tant vécu que pour boire cette lie?

 

*****

 

Je ne mange pas moins de bon appétit parce que je parle à ma nourriture pendant que je me nourris. Plus vous avez besoin de nourriture, plus vous devez la traiter intelligemment, sinon qu'il n'existe pas de nourriture intelligente... Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut tolérer que la nourriture courre en  hurlant sur l'assiette - il est logique de la tuer d'abord. Ensuite vous pouvez lui parler. Mais il est évident que vous ne devez pas vous attacher à votre nourriture si vous voulez pouvoir la couper en morceaux. (Le mort à vif)

 

Article paru dans la revue Polar Hors Série d'octobre 1994.

 

 

BS : Bombe surprise

CA : Crème anglaise

MDF : On ne meurt que deux fois

MAV : Le mort à vif

SQE : Le soleil qui s'éteint

CVM : Comment vivent les morts

DS : J'étais Dora Suarez

MAM : Les mois d'avril sont meurtriers.

MV : Mémoire vive

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Published by Oncle Paul - dans Hommage
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 12:43

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio.

Romancier, scénariste de bandes dessinées, critique littéraire, François Rivière est également l’auteur de biographies consacrées à des auteurs éclipsés parfois par leurs personnages.

Ainsi s’est-il penché sur l’œuvre et la vie d’Agatha Christie, d’Enid Blyton et James M. Barrie, le créateur de l’immortel Peter Pan. En mars 1999 il publiait au Fleuve Noir une biographie dédiée à un auteur vivant : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio, ouvrage qu’il avait terminé en novembre 1998.

Le 6 juin 2000 disparaissait Frédéric Dard, physiquement, mais son héros, le commissaire préféré de ces dames, vit toujours non seulement sous la plume de Patrice Dard, son fils spirituel et génétique, mais dans les cœurs et les esprits de tous ses nombreux lecteurs et admirateurs.

De la naissance de Frédéric Dard le 29 juin 1921, et même un peu avant, jusqu’à la fin des années 90, François Rivière explore le parcours de cet obsédé textuel qui avant d’être reconnu comme un romancier de talent, aura végété malgré les nombreux encouragements prodigués par ses pairs : Simenon, Max-André Dazergues, Marcel E. Grancher…

L’accouchement de sa mère s’avère difficile et son père craint pour la vie de la parturiente. Il en restera des séquelles, un bras gauche déformé et inerte, que s’emploiera à soigner avec persévérance, abnégation et un amour quasi exclusif, sa grand-mère paternelle Claudia, se substituant aux parents accaparés par leur travail. La carrière de Frédéric Dard débute en 1940 avec la parution de La Peuchère chez Lugdunum, mais cet ouvrage comme les suivants, ne connaîtra qu’un succès d’estime. Véritable bourreau de travail, il enchaine les titres et les pseudonymes, pour la plupart empruntés à l’américanisme ambiant, écrivant dans de petites revues dont les illustrations sont signées Roger Sam, son beau-frère, lequel récidivera beaucoup plus tard pour des romans publiés au Fleuve Noir, mais c’est la galère.

Selon la légende, Armand de Caro, découvrant chez un bouquiniste Réglez-lui son compte édité chez Jacquier en 1949 et signé San Antonio, lui donnera sa véritable première chance et en 1950 débute une carrière qui ira crescendo. Croire que San Antonio a phagocyté son géniteur serait presque une erreur ou une hérésie. Car les premiers romans publiés chez cette maison d’édition qui sera « sa » maison furent bien sous les noms de San Antonio (Laissez tomber la fille) dans la collection Spécial Police et de Frédéric Charles pour un roman d’espionnage en 1950 (Dernière mission), le premier Frédéric Dard ne l’étant qu’en 1951 toujours en Spécial Police avec Du plomb pour ces demoiselles.

Et il faudra bien des années pour que la corrélation entre Frédéric Dard et San Antonio soit effective pour les critiques et les lecteurs. Mais il faut avouer que le style littéraire était complètement différent et pouvait désorienter. Pendant ce temps, Frédéric Dard ne chômait pas car le succès qu’il connaitra par la suite n’était pas encore au rendez-vous. Et toujours en point de mire comme l’eut longtemps Simenon, la reconnaissance du public en tant qu’auteur à part entière et non pas forcément catalogué dans un genre considéré comme mineur.

Ainsi il accumula les romans en parallèle du Fleuve Noir chez d’autres éditeurs dont Jacquier ou La Pensée Moderne (sous le pseudonyme de l’Ange Noir) et les pièces de théâtre, des adaptations tirées de ses propres romans ou de ceux de Simenon, seul ou avec la collaboration de son ami Robert Hossein. Robert Hossein avec lequel il signera également quelques ouvrages dont Le sang est plus épais que l’eau en 1962.

Si la gloire, la notoriété et l’aisance financière sont enfin au rendez-vous, Frédéric Dard subira des accrocs, des coups durs qui laisseront des traces. Une tentative de suicide en 1965 alors que L’histoire de France vue par San Antonio bat des records d’édition ou encore l’enlèvement de sa fille Joséphine en 1983.

François Rivière ne pouvait pas ne pas évoquer ces douloureux moments de la vie privée et familiale de Frédéric Dard. Mais il relate également et surtout le parcours littéraire et établit lorsque le besoin s’en fait sentir afin de mieux plonger son lecteur dans l’époque des débuts, le parallèle entre les romans noirs de Frédéric Dard et ceux de Boris Vian, sa rencontre avec James Hadley Chase dont il a adapté La Chair de l’orchidée en 1955 au théâtre ou encore Jean Bruce, l’auteur phare du Fleuve Noir avec Paul Kenny, un auteur bicéphale, et quelques autres. Le tirage des romans de Frédéric Dard avoisine bientôt ceux du créateur de OSS117, et Josette Bruce, femme et collaboratrice de l’écrivain, le complimentera en ces termes : vous êtes un écrivain, mon mari, lui, n’est qu’un fabricant.

De nombreux ouvrages, de nombreuses études ont été consacrées à Frédéric Dard et à son jumeau San Antonio, mais François Rivière a écrit un livre sensible, parfois émouvant, richement documenté, proche de l’homme et du romancier, peut-être le plus abouti de tous ceux qui ont été publiés. Et il était normal, logique, indispensable même que ce document soit réédité dix ans après la disparition de Frédéric Dard.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio. Editions Pocket. Nouvelle édition revue et augmentée. Parution Juin 2010. 376 pages.

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 09:20

Bon anniversaire à Serge Brussolo, né le 31 mai 1951

Serge BRUSSOLO : L’Enfer, c’est à quel étage ?

L’univers de Serge Brussolo est étrange, fascinant, captivant, démoniaque, angoissant et autres qualificatifs que vous voudrez bien lui attribuer. Son nouvel opus ne déroge pas à la règle. Enfin, quand je dis nouvel opus, je me comprends et vous saurez pourquoi à la fin de cette notice.

Jeanne, qui a effectué pas mal de petits boulots et a même connu le succès avec un roman, le second n’ayant pas répondu à ses espérances et enregistré un bide monumental, n’a d’autre solution pour subsister que de répondre à une petite annonce. Elle se présente donc comme modèle nu auprès d’un sculpteur habitant une drôle de maison dans une impasse.

Un hôtel particulier qui ressemble vu de l’extérieur à un soufflet au fromage ou à un chou-fleur, à la surcharge décorative baroque. A l’intérieur, ce n’est guère mieux, avec toutes ces statues qui trônent dans un hall qui ressemble à un tunnel creusé dans une congère. L’individu qui officie en tant que concierge n’est guère avenant mais après tout ce qui lui importe est de trouver un job et de pouvoir manger à sa faim.

La première séance de pose se passe bien et elle est engagée, et même logée, dans une chambre de bonne au sixième étage, chez ce sculpteur qui ressemble plus à un boucher qu’à un artiste. Mais il ne faut pas se fier aux apparences (appâts rances ?) et surtout oublier que dans cette demeure s’est déroulé cinquante ans auparavant un drame qui pèse encore dans tous les esprits.

La fameuse maison Karkersh, dont le corps du propriétaire a été retrouvé déchiqueté dans le zoo adjacent. Trois sœurs se seraient suicidées, de manière différente, dans trois des chambres de bonne contiguës à celle de Jeanne et les avis divergent sur la mort de Karkersh : suicide en se jetant de la fenêtre de son balcon, ou dépeçage organisé par sa parentèle ?

Jeanne rêve qu’elle aussi est la proie de ces apprentis bouchers, et des marques de stigmates apparaissent durant son sommeil. Sans oublier cette étrange bâtisse qui recèle bien d’autres secrets, ces statues dans le hall qui ne seraient que moulages de plâtre sur des ossements humains, et une étrange machine dans la cave qui mène aux catacombes.

 

Catacombes est d’ailleurs le titre de la version abrégée de ce roman paru en 1986 dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, un roman qui aurait dû paraître dans la collection Angoisse si celle-ci n’avait été supprimée depuis des années.

L’Enfer c’est à quel étage ? titre sous lequel est réédité ce roman n’a pas vieilli, au contraire, même si le lecteur doit effectuer quelques réajustements de dates afin de comprendre la genèse de l’histoire, et contient tous les phantasmes et obsessions qui parsèmeront l’œuvre de Serge Brussolo depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui.

La maison, lieu idéal d’une mise en scène angoissante et étouffante par idéal, mais également par touches subtiles le froid, la glace, la mer. Même pour ceux qui ont lu Catacombes, je conseille cette lecture, ne serait-ce que pour en apprécier la teneur et se rendre compte des aménagements qui avaient été jugés nécessaires à l’origine, pour la simple et bonne raison d’une politique éditoriale basée sur une pagination uniforme. Coût de rentabilité oblige, présumé-je.

 

Première édition : Collection Moyen Format, éditions du Masque, 2003. 252 pages.

Première édition : Collection Moyen Format, éditions du Masque, 2003. 252 pages.

Collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, en 1986.

Collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, en 1986.

Serge BRUSSOLO : L’Enfer, c’est à quel étage ? Réédition Le Livre de Poche. Parution 1er septembre 2004. 220 pages. 5,10€.

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 10:59

Bon anniversaire à Jean-Baptiste Baronian, né le 29 avril 1942.

Jean-Baptiste BARONIAN : La nuit, aller-retour.

Plus qu'un roman, La nuit, aller-retour est une œuvre d'atmosphère, de sentiments.

Bruxelles vibre sous les grondements et s'englue sous la pluie. Stevens, ancien avocat reconverti comme détective privé à la suite d'une bavure, survit accroché à ses bouteilles de vin et à l'image de sa femme Helen qui l'a quitté.

Stevens, c'est le prototype du détective minable, dont le bureau sert d'appartement et inversement. C'est le spécialiste des affaires minables, le champion des causes perdues.

Une jeune femme requiert ses services, tôt le matin, trop tôt, et l'emmène dans sa chambre à l'hôtel. Pour y découvrir le cadavre d'un homme dans une baignoire. Mais pas n'importe quel homme. Une célébrité, un ponte, une huile paraît-il. N'empêche que ce cadavre est habillé en femme, ou plutôt déshabillé en femme. Un travesti.

Chris, la jeune femme qui vit apparemment de ses charmes, s'évapore dans la nature tandis que Stevens appelle la police. Puis comme rongée par le remord, elle réapparait au domicile-bureau du détective. Pour lui annoncer qu'elle ne lui a pas dit toute la vérité.

Si elle n'est pas à l'origine de ce meurtre, elle en est néanmoins complice, agissant sur les ordres de Simart, le proxénète le plus influent du quartier. Mais il n'a pas tenu ses engagements, omettant de payer sa collaboration, alors elle le dénonce à Stevens.

Lorsque le détective rapporte ces propos à Philippe, le commissaire chargé de l'enquête et qu'il connait de longue date, il n'a droit qu'au mépris de celui-ci.

Tandis que Stevens est tabassé par de gros bras, Chris est enlevée puis retrouvée à la morgue. La police a les mains liées faute de preuve et elle ne peut tout de même pas en inventer.

Stevens continue l'enquête comme s'il devait prouver à Helen, sa femme perdue dans la nature, et se prouver qu'en fin de compte il n'est pas si minable qu'il y paraît.

 

La nuit, aller-retour est un roman glauque, tout de pluie, de bruit, et dont le thème s'apparente plus à la quête qu'à l'enquête.

Un mélange de Goodis et de Simenon, et pourtant un roman qui reflète tout l'univers de Baronian et de son double : Alexandre Lous.

 

Jean-Baptiste BARONIAN : La nuit, aller-retour. Editions Christian Bourgois. Parution 31 janvier 1991. 150 pages.

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 09:58

Bon anniversaire à Didier Daeninckx, né le 27 avril 1949.

Didier DAENINCKX : La mort n’oublie personne.

Sous prétexte d’écrire un petit livre, une plaquette, en hommage aux Résistants du Nord et du Pas de Calais, et afin de mettre en lumière les faits d’arme de ceux que l’on nomme les sans-grade, le narrateur, armé d’un magnétophone, d’un carnet et d’un stylo demande à Jean Ricouart de lui dévoiler quelques épisodes auxquels il a participé durant la dernière guerre.

Ce qu’aujourd’hui on appellerait exploits et qui à l’époque n’étaient que péripéties quotidiennes. Le destin de Jean Ricouart pourtant n’est pas banal et l’homme est resté marqué, meurtri dans sa chair et son âme par la veulerie, la méchanceté, l’incompréhension, l’avidité de profiteurs de tout poil.

Il va se raconter, se soulager peut-être, expliquer comment il est entré par hasard dans la Résistance, comment il a participé à des sabotages, à des actions de représailles contre des collaborateurs, comment il a été capturé et comment il a vécu la déportation.

Le plus triste dans cette histoire, c’est que cet adolescent embringué dans des opérations auxquelles il ne comprend rien, se verra accusé de complicité de meurtre lors de son retour de déportation par un juge aux antécédents douteux et pétainistes.

Un passé qui va s’accrocher à lui comme la boue des marais artésiens se colle aux godillots. Les souvenirs sont comme l'eau d'une mare, on les croit enfouis à jamais au tréfonds de sa mémoire, mais qu’une pierre soit jetée et la vase remonte, éclaboussant tout d’une fange nauséabonde.

 

Avec minutie Didier Daeninckx se fait l’explorateur de la petite histoire contemporaine et ses romans sont toujours empreints d’amertume, de réalisme, ainsi que d’une pointe de révolte.

Les faits évoqués, dévoilés, ne sont pas toujours ceux recensés par des historiens officiels, comme si de les mettre sous l’éteignoir, de les occulter, des les oublier pouvait les laver de la honte dont ils sont entachés.

Daeninckx s’intéresse plus aux anges déchus qu’aux héros reconnus. La mort n’oublie personne, un roman noir situé entre corons et marais.

 

Ce roman a fait l'objet d'un téléfilm en 2008 et diffusé sur France 2 le 5 mai 2009. Les principaux interprètes sont Malik Zidi, Judith Davis, Natacha Lindinger, Erick Desmarestz, Sylviane Goudal, Philippe Duquesne, Yves Pignot, François Levantal, Alban Casterman, Myriam Boyer...

Première édition Editions Denoël. Parution janvier 1989. 190 pages.

Première édition Editions Denoël. Parution janvier 1989. 190 pages.

Didier DAENINCKX : La mort n’oublie personne. Réédition Folio Policier. Parution le 8 octobre 2015. 224 pages. 6,50€.

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 07:45

Bon anniversaire à Philippe Huet, né le 24 avril 1942.

Philippe HUET : La poubelle pour aller danser.

A l’extrême pointe ouest du Cotentin, dans une nature aride, sauvage, se dressent des cheminées, des tumulus qui défigurent le paysage. La main de l’homme est passée par là, comme souvent, et les autochtones au début étaient contents, preneurs même, car « On » leur promettait monts et merveilles. L’usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague commence à vieillir. Mais à l’origine tous pensaient que cette nouvelle vache à lait allait remplacer avantageusement leurs troupeaux.

« Au début, j’étais comme les copains, je me suis dit que le pactole, pour une fois, il était pour nous. Les terres, ils nous en donnaient bien plus que leur valeur, et des petits malins se sont même mis à labourer des champs abandonnés depuis longtemps pour faire augmenter les prix. D’autres se sont encore mieux démerdés, ont négociés leur embauche dans l’Usine, ou celle d’un fils ».

Alors pourquoi tant de problèmes, pourquoi maintenant cette usine était-elle la vindicte de bon nombre de détracteurs ? Tout simplement parce qu’au départ, « les premiers ingénieurs qui arpentaient la campagne nous avaient parlé de l’implantation d’une usine de casseroles ou de plastique, ça dépendait des jours. Et puis après il y eut le secret défense ». Et l’endroit n’avait pas été choisi au hasard : « C’était le coin idéal, qu’est-ce que tu crois ? Un socle géologique ancien et stable à l’abri des tremblements de terre, des vents forts et de gros courants marins pour disperser leurs saloperies… Et puis le must ! Une presqu’île isolée et faiblement peuplée. Tu vois qu’on ne manquait pas d’atouts ! ».

Et tous ceux qui ont un rapport avec l’usine préfèrent se faire oublier. « L’omerta. Tout le monde ferme sa gueule, défend son beefsteak. Faut pas rêver ! L’Usine, c’est la vache à lait ! Un bon salaire, une bonne boîte et tout ce qui va avec. Ce sont les vrais cadors de la contrée, avant les élus, le préfet, et tous les autres. Le pactole nucléaire a mis La Hague sous tutelle. D’ailleurs, c’est un sujet tabou. Cohn-Bendit s’amène, tente de discuter, il s’en prend plein la gueule, est obligé de dégager vite fait… Lorsque Thalassa… - oui, Thalassa, ce n’est tout de même pas un nid de gauchistes ! – évoque le problème, c’est la patrie en danger ! ». Et je pourrais continuer ainsi car le sujet est loin d’être clos.

L’homme qui s’exprime ainsi, Mouloud, explique la situation à Gabriel Lecouvreur qui en tombe des nues. Et tout ça parce qu’un ingénieur qui venait de prendre sa retraite devait remettre un dossier ultraconfidentiel à Mouloud et ses copains, mais il n’en a pas eu le temps. Il a été retrouvé au bas de la falaise, salement amoché, par les rochers mais aussi par la balle qu’il a reçue dans la nuque.

Le Poulpe a fréquenté Mouloud, une référence à Mouloudji, il y a déjà bien des années, lors d’une manifestation à Plogoff dans le but de contrer l’implantation d’une centrale nucléaire, un projet d’aménagement “d’intérêt général” porté par l’État, mais qui avait avorté. Cela se passait entre 1978 et 1981. Gabriel ne reconnait pas ce vieux copain qui vient le relancer dans son refuge favori, Le Pied de porc à la Sainte-Scolasse. Faut dire que le fringant chevelu à la taille de guêpe est devenu un chauve bedonnant. Et c’est ainsi que Le Poulpe est amené à enquêter dans ce coin du Cotentin et découvrir un fleuron décati. Hébergé par Mouloud, Gabriel Lecouvreur fait la connaissance de quelques membres de cette organisation nommée Respire, et que devait contacter le défunt, lequel annonçait à tous qu’il possédait des informations sur des fuites de matière radioactive. Personne n’a voulu prendre ses assertions en considération, sauf justement Mouloud et consorts. Gabriel rencontre le maire et l’un de ses adjoints, mais ceux-ci sont trop inféodés à l’usine pour être fiables. Auprès de Charlotte, la jeune femme du mort, Gabriel apprend que le ménage ne tournait pas rond, une confirmation de ragots glanés ici et là. Il voulait vendre, se retirer en Lozère, alors qu’elle désirait rester sur place avec leurs enfants.

 

Philippe Huet, lauréat du Grand Prix de littérature policière en 1994 pour Quai de l’oubli, ancien rédacteur en chef adjoint de Paris Normandie, habite depuis quelques années dans ce coin de terre où ont vécu et sont enterrés Jacques Prévert et Alexandre Trauner, célèbre décorateur de cinéma. Il connait donc bien la région, et sa carrière de journaliste continue dans ses romans, avec des intrigues solides puisées dans des faits réels mais agrémentés par une imagination qui pourrait être prémonitoire. Il raconte ce qui pourrait être un fait divers, jetant un œil ironique sur quelques contradictions.

Ainsi l’un des interlocuteurs de Gabriel, qui ne porte pas Greenpeace dans son cœur, déclare : « Et à Greenpeace, ils nous font chier… Parce que fois qu’un convoi renvoie les déchets nucléaires retraités dans le pays d’origine, ils font leur cirque. Comme si nous étions condamnés à garder la merde du monde entier ! Merci, on était déjà bien au dessus des quotas… ». Parmi l’un des protagonistes de cette histoire, il me semble bien avoir reconnu en Paul l’agriculteur, une petite gloire locale (pas moi, je précise !) mais un agriculteur qui a eu les honneurs d’un reportage télévisé et a écrit en collaboration un livre de souvenirs. Un Poulpe de haute tenue qui fera découvrir la région à ceux qui entendent parler des problèmes nucléaires mais n’arrivent pas toujours à en avoir une vision exacte.

 

Philippe HUET : La poubelle pour aller danser. Le Poulpe 273, éditions Baleine. Parution 3 mars 2011. 164 pages. 8,00€. Existe en version numérique à 2,99€.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 12:27

Bon anniversaire à Phillip Margolin, né le 20 avril 1944.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires

Tracy est employée chez une juge de l'Orégon mais elle souhaite travailler comme associée chez Matthew Reynolds, un avocat qui a toujours réussi à sauver de la peine de mort ses clients.

Entre Abigaïl Griffen, procureur, et son mari la rupture est bientôt consommée. Le juge Robert Griffen, un homme volage, a relaxé un truand qu'elle dont elle pensait avoir la tête, Charlie Deems.

Tracy surprend un jour Laura, une de ses collègues et amie, épluchant des minutes de jugement puis peu après en difficulté avec le juge Pope. Elle est embauchée par Reynolds, acceptant les contraintes d'horaires.

Abigaïl est poursuivie un soir par un homme masqué. Elle pense qu'il s'agit de Deems, qui a juré sa perte. Deems est un truand caractériel dont Otero, son employeur, aimerait pouvoir se débarrasser. Griffen est retrouvé mort, assassiné. Les circonstances rappellent étrangement celles qui ont amené Deems en prison, mais tout un chacun a pu à loisir apprendre de quelle manière il avait fabriqué sa bombe.

Abigaïl est soupçonnée et prend comme défenseur Reynolds, secrètement amoureux d'elle. Tracy se plonge dans les dossiers et se demande s'il n'y aurait pas corrélation avec les recherches de Laura. Des indices accablants sont retrouvés dans la villa d'Abigaïl qui séjourne quelques jours en prison avant de passer devant le tribunal. En compagnie d'un enquêteur du bureau Reynolds elle continue ses recherches. Elle découvre que des preuves ont été falsifiées par Reynolds, ce qui la perturbe profondément et l'amène à penser qu'Abigaïl n'est pas si innocente qu'elle le déclare.

 

Au delà de l'histoire, fort intéressante en elle-même, c'est le regard jeté sur la justice américaine qui retiendra l'attention du lecteur.

Chaque état possède ses propres lois, se référant à la Cour suprême, et selon les interprétations des juges, un truand, reconnu en tant que tel, peut très bien échapper à la justice, pour une faute bénigne dans un dossier, ou dans l'application même des procédures.

Si Reynolds est profondément contre la peine de peine mort, ce n'est pas tant par question d'éthique ou de philosophie mais à cause d'un traumatisme subit lors de son enfance. Et la morale ou l'intégrité, dans certains cas, il sait comment s'en jouer, cette blessure étant plus forte que sa conscience. Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde.

 

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires (After Dark - 1995. Traduction de l'américain : Pierre Girard.

Réédition Presses Pocket Policier N°10135. Parution mars 1999. 506 pages.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 15:06

Hommage à Pascal Marignac né le 18 avril 1945 qui a signé sous les pseudonymes de Kââ, Corsélien et Béhémoth.

KÂÂ : On a rempli les cercueils avec des abstractions.

Ne pas se fier au titre d’un roman devrait être la règle de base du lecteur, et s’il veut se rendre compte du sujet abordé par l’auteur, autant lire la quatrième de couverture. Lorsqu’elle existe.

Que penser d’un bouquin qui s’appellerait, par exemple, On a rempli des cercueils avec des abstractions ? Cela ressemblerait furieusement à un traité de philosophie, n’est-ce pas ? Et l’on pourrait imaginer que l’auteur qui signerait un tel ouvrage enseignerait cette matière dans un lycée. Breton, pourquoi pas ? Et pourtant Kââ s’est amusé à perturber le lecteur, en proposant un roman portant ce titre abscons. Qui plus est au Fleuve Noir, maison d’édition qui ne nous avait pas habitué à autant de sérieux, du moins en ce qui concerne les titres des ouvrages.

Disons-le tout de go, nous avons pris notre courage à deux mains, et le livre par la même occasion. Et le charme a opéré. Mais voyons plutôt le contenu.

 

Cadre supérieur, Rouvieux mène une double vie. Non, pas ce que vous pensez, mais il a tout de même une passion qui lui coûte cher. C’est un accroc du poker. Alors que sa femme Karine le croit à Londres, Rouvieux est tranquillement installé à taper le carton et surtout à se faire plumer. Les dettes s’accumulent et bientôt il faut penser à les éponger.

Des personnages peu scrupuleux, du moins il ne les voyait pas sous cet angle, lui proposent de convoyer une voiture de Suisse à Marseille. Il se sent piégé, mais il n’a pas le choix. Il ne peut refuser de rendre service.

Et, tout en conduisant, une question lui vrille l’esprit : que contient cette voiture qu’il passe en fraude ?

A cette question terre à terre et matérialiste, s’en greffe une seconde, cruciale. La mort ne le guette-t-il pas au bout du chemin ?

Mais il n’a pas envie de se faire dévorer comme les petits cochons, et il va bander (à l’époque du Viagra, c’est de circonstance !) son énergie afin de se tirer de ce guêpier.

 

Kââ, c’est un cas, et l’on ne peut même pas dire que ce roman est un encas, car il paraît que l’auteur est passionné de gastronomie intelligente. Au fait c’est quoi la gastronomie intelligente, que j’y goûte un peu et nourrisse mes petites cellules grises ?

 

 

K : On a rempli les cercueils avec des abstractions. Collection Les Noirs du Fleuve Noir N°33. Editions Fleuve Noir Noirs. Parution octobre 1997. 304 pages.

Existe en version numérique. 5,99€.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost.

Si certains romans de Gérard Delteil, parus précédemment chez d'autres éditeurs, semblaient un peu facile, un peu légers au point de vue de la trame et encore ceci est tout relatif, Du sang sur la Glasnost est tout à la fois un excellent roman et un remarquable ouvrage sur l'URSS de 1990.

Travailleur acharné, romancier prolixe, Gérard Delteil en homme économe tire profit des différents reportages effectués pour des magazines auxquels il collabore.

De son voyage en Russie entreprit après le festival de Grenoble en novembre 1989, il avait ramené un excellent article paru dans le numéro 1 de J'accuse sorti au mois de mars et dans la foulée s'est attelé à la rédaction de ce roman. D'ailleurs dans Du sang sur la Glasnost on retrouve quelques unes des anecdotes et péripéties survenues à l'auteur lors de son séjour à Moscou et racontées dans cet article.

 

Le vent de liberté qui souffle sur la Russie de Gorbatchev n'a pas l'heur de plaire à tout le monde et l'on parle volontiers de laxisme. Les déracinés, Géorgiens, Caucasiens, Tatars, qui envahissent Moscou ont du mal à trouver du travail et lorsqu'ils ont la chance d'obtenir un emploi, c'est pour un salaire de misère.

D'autres se tournent volontiers vers la délinquance, le trafic, le racket, le proxénétisme, la Mafia moscovite se renforce, la milice et les policiers sont méprisés, d'ailleurs le surnom des miliciens est Moussora, ce qui signifie poubelle, et tout est conditionné par les pots de vin.

Le sergent Vounine, dont la carrière est brutalement stoppée à cause d'une bévue fait une macabre découverte dans la gare de Riga. Le journaliste Ribaëv est décédé semble-t-il d'une rixe entre ivrognes. Fait inhabituel, le cadavre n'a pas été dépouillé de sa montre de grande valeur ni de son portefeuille.

Nino Goluva, journaliste à l'hebdomadaire Les Nouvelles de Moscou, et qui a connu charnellement Ribaëv, décide d'enquêter et d'en tirer un article. Mais Glasnost ou pas Glasnost, le KGB et autres organisations plus ou moins occultes sévissent toujours et tentent d'empêcher la jeune femme d'approcher la vérité de trop près.

Une enquête qui conduira Nina Goluva à côtoyer miliciens, loubards, trafiquants de tout poil, mafieux moscovites, juge d'instruction ambitieux, gourous et pseudos-guérisseurs, et bien d'autres personnages hauts placés aux agissements louches.

 

Du sang sur la Glasnost est un roman en tout point passionnant. Gérard Delteil en véritable conteur réussit avec brio l'amalgame entre l'enquête, l'histoire et le côté reportage documentaire.

Petite anecdote, j'ai eu le plaisir de retrouver, de manière fugitive, le journaliste écrivain Arcady Waxberg dans cette histoire alors que j'avais eu l'honneur de l'interviewer lors du festival de Grenoble. Un moment inoubliable et un entretien fort intéressant. Pour ceux qui seraient intéressés, cet entretien figure ici :

Derniers romans parus de Gérard Delteil :

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost. Collection Grand Format. Editions du Masque. Parution juin 1990. 250 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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