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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 16:47

Bon anniversaire à Brigitte Aubert née le 1er mars 1956

souffle-ogre.jpg

Il existe les romanciers qui écrivent toujours la même histoire, en changeant quelque peu les personnages, les lieux, l’intrigue. Et puis ceux qui se renouvellent, dans l’atmosphère, dans l’intrigue, dans le genre même. Ainsi Brigitte Aubert qui a par le passé rédigé des romans de suspense, d’énigme, d’aventures, des parodies humoristiques, des romans noirs, des polars historiques, et bien d’autres, nous invite avec ce nouvel opus de revisiter les contes qui ont bercé notre enfance. Et comme les bons contes font les bons amis… Mais commençons par le préliminaire originel, genre Il était une fois…

Sept, le dernier de la portée assiste à l’abattage de cinq de ses frères dans la forêt profonde, par leur père bucheron. L’excuse de cette hécatombe, le manque de nourriture, la famine. Mais Sept, malgré son jeune âge - il n’a que sept ans - échappe à la cognée paternelle et parvient à rejoindre la chaumière familiale. Dans la cour son frère aveugle et muet, dénommé Un, est attaché à un piquet. Il le délivre et pense pouvoir trouver consolation auprès de sa mère. Hélas ses espérances sont vite déçues et il n’a d’autre solution que de partir à l’aventure, avec son frère qui communique par gestes, pianotant avec ses petits doigts. La plupart du temps Sept porte Un car depuis le temps que l’aîné se traine au bout de sa chaîne, il a les jambes recroquevillées et se déplace à quatre pattes comme les canidés. Pauvres Sept et Un, un compte à dormir debout, qui croient trouver refuge chez Ernst et sa femme. Seulement Ernst est un ogre qui se délecte de la chair de jeunes enfants, et nos deux gamins sont enfermés dans une cage en attendant d’être dégustés. L’esprit vif de Sept leur permet de s’échapper. Il enferme les deux belles gamines de l’Ogre dans l’espèce de clapier qui leur était dévolu, et endosse, ainsi que son frère, leurs vêtements. Et ce qui devait arriver arriva, l’Ogre se trompe d’encas et les deux frérots se carapatent, conscients qu’Ernst ne va pas en rester là. Commencent alors les tribulations de Sept et Un, dans un pays hostile. Ils passent la frontière du Pays d’Avant pour se retrouver dans le Pays d’Après, ce qui n’est guère mieux, car les deux Princes qui règnent sur ces deux contrées sont en guerre l’un contre l’autre. Ce qui ne surprendra personne, ce genre d’action étant courant, quelle que soit la période, quels que soient les protagonistes.

L’idée fixe de Sept est de partir le plus loin possible, loin des atteintes d’Ernst, et en cours de route, il rencontrera et se liera plus ou moins avec quelques personnages que l’on pourrait croire issus de contes. Felippe dit le Chat, surnommé ainsi à cause de sa chevelure ressemblant à une crinière tigrée, jeune homme discoureur et rimailleur, dont les doigts sont ornés de bagues hérissées de pointes qui lui permettent le cas échéant de lacérer le visage de ses ennemis, de Belle qui vit dans un château dont la valetaille et la soldatesque sont pétrifiés dans les communs, de Lorette qui vomit selon son humeur des insectes, arachnides et autres bestioles plus ou moins aimables d’aspect, ou des pierres précieuses, des perles et bijoux de grande valeur. Ou encore Blanche, qui vivait en compagnie de nains, est recherchée pas sa marâtre laquelle s’ingénie à l’empoisonner à l’aide de pommes, de L’Infante qui fuyait son père, lequel l’avait mise de force dans sa couche afin de remplacer son épouse défunte, et au hasard de leurs rencontres deux gamins vivant dans une chaumine construite de farine de seigle additionnée d’épices, de Umbold et Paolo qui de reîtres deviennent compagnons plus ou moins agréables, de Henriquet, un gentil homme freluquet à la dégaine bossue et frêle et dont la houppe de cheveux éclaire un visage peu avenant, une dame Giseliande, qui attend sa sœur Anne et dont l’époux, Barbazur, est parti par monts et par vaux et cache dans un cabinet fermé à clef ses précédentes femmes pendues et quelques autres qui n’attendent qu’à être découverts.

On ne pourra que s’esbaudir à cette histoire qui prend sa source chez Grimm, Perrault, à la sauce Aubert, et qui relève du tour de force littéraire. Car si Brigitte Aubert s’inspire, non point de personnages réels mais fictifs, elle les met dans des situations grand-guignolesques, loin des gentilles histoires revisitées par Walt Disney, revisitées et appropriées devrais-je écrire car bien des gamins d’aujourd’hui pensent que Grimm et Perrault ne sont que pâles copieurs, pour ne pas dire plagiaires, de l’habile cinéaste qui sut donner de la couleur et de l’animation à des personnages de papiers. Et comme le mot fin n’est pas signifié à la fin de l’ouvrage, gageons que les aventures et mésaventures de cette petite tribu ne sont point terminées.

A lire également la chronique de la Librairie Soleil Vert ICI

Brigitte AUBERT : Le souffle de l’Ogre. Collection Fayard Noir, Editions Fayard.2010.

Brigitte Aubert

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commentaires

Herveline 03/03/2012 14:12

Je ne peux m'empêcher de ressortir ma chronique parue sur Soleil Vert. On adore Brigitte et on adore ce livre, alors... :
"Vous trouvez les contes de fée cruels ? Et bien sachez que dans la vraie vie c'est encore pire. Dès la première page et jusqu'à la dernière, on redécouvre ce moyen-âge barbare où l'on hache,
démembre, empale, dépèce, dévore à coup d'estoc et de tour de broche. Oui la vie n'est pas facile pour les plus faibles. Il faut être intelligent comme un petit poucet, malin comme un chat botté ou
rebelle comme une Infante cachée sous une peau d'âne. Brigitte Aubert réinvente, ou pas, ces contes de notre enfance en plaçant les protagonistes dans une histoire unique, liant chacun les uns aux
autres soit par affinité, soit par filiation familiale, soit par rencontre fortuite, l'ensemble donnant une aventure époustouflante, sans temps mort, rocambolesque, drôle. L'héroïsme côtoie la
torture (et nous, on en rigole), le langage châtié s'oppose au langage recherché du moyen-âge , avec des répliques jubilatoires (là aussi, on était pliées), et au final un roman d'aventures
palpitantes, à laquelle, nous espérons, vous vous laisserez tenter aussi, tant, si vous avez le sens de l'humour et l'esprit chevaleresque, vous vous régalerez !"

Oncle Paul 03/03/2012 14:58



Bonjour


Toyt à fait d'accord ! La chronique que j'ai mise en ligne est en réalité un recyclage de celle que j'avais posté sur Mystère Jazz lors de la parution du roman. Et Brigitte Aubert sait se
renouveler à chaque roman, entraînant le lecteur dans des univers différents.


Je vais rechercher sur Soleil Vert afin de pouvoir mettre le lien


A bientôt


Amitiés



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