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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 12:27

Bon anniversaire à Phillip Margolin, né le 20 avril 1944.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires

Tracy est employée chez une juge de l'Orégon mais elle souhaite travailler comme associée chez Matthew Reynolds, un avocat qui a toujours réussi à sauver de la peine de mort ses clients.

Entre Abigaïl Griffen, procureur, et son mari la rupture est bientôt consommée. Le juge Robert Griffen, un homme volage, a relaxé un truand qu'elle dont elle pensait avoir la tête, Charlie Deems.

Tracy surprend un jour Laura, une de ses collègues et amie, épluchant des minutes de jugement puis peu après en difficulté avec le juge Pope. Elle est embauchée par Reynolds, acceptant les contraintes d'horaires.

Abigaïl est poursuivie un soir par un homme masqué. Elle pense qu'il s'agit de Deems, qui a juré sa perte. Deems est un truand caractériel dont Otero, son employeur, aimerait pouvoir se débarrasser. Griffen est retrouvé mort, assassiné. Les circonstances rappellent étrangement celles qui ont amené Deems en prison, mais tout un chacun a pu à loisir apprendre de quelle manière il avait fabriqué sa bombe.

Abigaïl est soupçonnée et prend comme défenseur Reynolds, secrètement amoureux d'elle. Tracy se plonge dans les dossiers et se demande s'il n'y aurait pas corrélation avec les recherches de Laura. Des indices accablants sont retrouvés dans la villa d'Abigaïl qui séjourne quelques jours en prison avant de passer devant le tribunal. En compagnie d'un enquêteur du bureau Reynolds elle continue ses recherches. Elle découvre que des preuves ont été falsifiées par Reynolds, ce qui la perturbe profondément et l'amène à penser qu'Abigaïl n'est pas si innocente qu'elle le déclare.

 

Au delà de l'histoire, fort intéressante en elle-même, c'est le regard jeté sur la justice américaine qui retiendra l'attention du lecteur.

Chaque état possède ses propres lois, se référant à la Cour suprême, et selon les interprétations des juges, un truand, reconnu en tant que tel, peut très bien échapper à la justice, pour une faute bénigne dans un dossier, ou dans l'application même des procédures.

Si Reynolds est profondément contre la peine de peine mort, ce n'est pas tant par question d'éthique ou de philosophie mais à cause d'un traumatisme subit lors de son enfance. Et la morale ou l'intégrité, dans certains cas, il sait comment s'en jouer, cette blessure étant plus forte que sa conscience. Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde.

 

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires (After Dark - 1995. Traduction de l'américain : Pierre Girard.

Réédition Presses Pocket Policier N°10135. Parution mars 1999. 506 pages.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 15:06

Hommage à Pascal Marignac né le 18 avril 1945 qui a signé sous les pseudonymes de Kââ, Corsélien et Béhémoth.

KÂÂ : On a rempli les cercueils avec des abstractions.

Ne pas se fier au titre d’un roman devrait être la règle de base du lecteur, et s’il veut se rendre compte du sujet abordé par l’auteur, autant lire la quatrième de couverture. Lorsqu’elle existe.

Que penser d’un bouquin qui s’appellerait, par exemple, On a rempli des cercueils avec des abstractions ? Cela ressemblerait furieusement à un traité de philosophie, n’est-ce pas ? Et l’on pourrait imaginer que l’auteur qui signerait un tel ouvrage enseignerait cette matière dans un lycée. Breton, pourquoi pas ? Et pourtant Kââ s’est amusé à perturber le lecteur, en proposant un roman portant ce titre abscons. Qui plus est au Fleuve Noir, maison d’édition qui ne nous avait pas habitué à autant de sérieux, du moins en ce qui concerne les titres des ouvrages.

Disons-le tout de go, nous avons pris notre courage à deux mains, et le livre par la même occasion. Et le charme a opéré. Mais voyons plutôt le contenu.

 

Cadre supérieur, Rouvieux mène une double vie. Non, pas ce que vous pensez, mais il a tout de même une passion qui lui coûte cher. C’est un accroc du poker. Alors que sa femme Karine le croit à Londres, Rouvieux est tranquillement installé à taper le carton et surtout à se faire plumer. Les dettes s’accumulent et bientôt il faut penser à les éponger.

Des personnages peu scrupuleux, du moins il ne les voyait pas sous cet angle, lui proposent de convoyer une voiture de Suisse à Marseille. Il se sent piégé, mais il n’a pas le choix. Il ne peut refuser de rendre service.

Et, tout en conduisant, une question lui vrille l’esprit : que contient cette voiture qu’il passe en fraude ?

A cette question terre à terre et matérialiste, s’en greffe une seconde, cruciale. La mort ne le guette-t-il pas au bout du chemin ?

Mais il n’a pas envie de se faire dévorer comme les petits cochons, et il va bander (à l’époque du Viagra, c’est de circonstance !) son énergie afin de se tirer de ce guêpier.

 

Kââ, c’est un cas, et l’on ne peut même pas dire que ce roman est un encas, car il paraît que l’auteur est passionné de gastronomie intelligente. Au fait c’est quoi la gastronomie intelligente, que j’y goûte un peu et nourrisse mes petites cellules grises ?

 

 

K : On a rempli les cercueils avec des abstractions. Collection Les Noirs du Fleuve Noir N°33. Editions Fleuve Noir Noirs. Parution octobre 1997. 304 pages.

Existe en version numérique. 5,99€.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost.

Si certains romans de Gérard Delteil, parus précédemment chez d'autres éditeurs, semblaient un peu facile, un peu légers au point de vue de la trame et encore ceci est tout relatif, Du sang sur la Glasnost est tout à la fois un excellent roman et un remarquable ouvrage sur l'URSS de 1990.

Travailleur acharné, romancier prolixe, Gérard Delteil en homme économe tire profit des différents reportages effectués pour des magazines auxquels il collabore.

De son voyage en Russie entreprit après le festival de Grenoble en novembre 1989, il avait ramené un excellent article paru dans le numéro 1 de J'accuse sorti au mois de mars et dans la foulée s'est attelé à la rédaction de ce roman. D'ailleurs dans Du sang sur la Glasnost on retrouve quelques unes des anecdotes et péripéties survenues à l'auteur lors de son séjour à Moscou et racontées dans cet article.

 

Le vent de liberté qui souffle sur la Russie de Gorbatchev n'a pas l'heur de plaire à tout le monde et l'on parle volontiers de laxisme. Les déracinés, Géorgiens, Caucasiens, Tatars, qui envahissent Moscou ont du mal à trouver du travail et lorsqu'ils ont la chance d'obtenir un emploi, c'est pour un salaire de misère.

D'autres se tournent volontiers vers la délinquance, le trafic, le racket, le proxénétisme, la Mafia moscovite se renforce, la milice et les policiers sont méprisés, d'ailleurs le surnom des miliciens est Moussora, ce qui signifie poubelle, et tout est conditionné par les pots de vin.

Le sergent Vounine, dont la carrière est brutalement stoppée à cause d'une bévue fait une macabre découverte dans la gare de Riga. Le journaliste Ribaëv est décédé semble-t-il d'une rixe entre ivrognes. Fait inhabituel, le cadavre n'a pas été dépouillé de sa montre de grande valeur ni de son portefeuille.

Nino Goluva, journaliste à l'hebdomadaire Les Nouvelles de Moscou, et qui a connu charnellement Ribaëv, décide d'enquêter et d'en tirer un article. Mais Glasnost ou pas Glasnost, le KGB et autres organisations plus ou moins occultes sévissent toujours et tentent d'empêcher la jeune femme d'approcher la vérité de trop près.

Une enquête qui conduira Nina Goluva à côtoyer miliciens, loubards, trafiquants de tout poil, mafieux moscovites, juge d'instruction ambitieux, gourous et pseudos-guérisseurs, et bien d'autres personnages hauts placés aux agissements louches.

 

Du sang sur la Glasnost est un roman en tout point passionnant. Gérard Delteil en véritable conteur réussit avec brio l'amalgame entre l'enquête, l'histoire et le côté reportage documentaire.

Petite anecdote, j'ai eu le plaisir de retrouver, de manière fugitive, le journaliste écrivain Arcady Waxberg dans cette histoire alors que j'avais eu l'honneur de l'interviewer lors du festival de Grenoble. Un moment inoubliable et un entretien fort intéressant. Pour ceux qui seraient intéressés, cet entretien figure ici :

Derniers romans parus de Gérard Delteil :

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost. Collection Grand Format. Editions du Masque. Parution juin 1990. 250 pages.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 14:13

Hommage à Robert Bloch né le 5 avril 1917.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur

Si par son nombre de victimes, Jack l'Eventreur ne peut être considéré comme un recordman, il n'en n'est pas de même en ce qui concerne les études et les romans qui lui ont été consacrés.

Mais quel qu'il soit et quelles qu'aient été ses motivations, Jack l'Eventreur reste un mythe et ce n'est pas Robert Bloch qui le démentira.

A partir d'événements réels, de personnages ayant existé, c'est fou ce que l'inspiration et l'imagination des romanciers peut produire, approchant peu ou prou la réalité.

La connaîtra-t-on un jour cette vérité, il n'en est guère probable, tout au moins personne ne sera là pour la confirmer, mais rendons hommage à des écrivains tels que Robert Bloch qui, sous couvert de littérature, ont essayé d'aborder au plus près l'exactitude des faits et de relater avec impartialité les événements de l'époque.

Une époque trouble certes, mais guère plus que celle que nous vivons actuellement et qui était en pleine mutation idéologique et technologique.

Robert Bloch a essayé de comprendre pourquoi cette histoire dans l'histoire, ce réel qui fascine autant le public.

Certes les crimes et la façon dont ils furent perpétrés, imputés à Jack l'Eventreur, sont abominables. Certes le nombre de suppositions qu'ils engendrèrent concernant l'identité de leur auteur titillèrent l'imaginaire des romanciers, leur permettant les affabulations les plus audacieuses. Certes la vérité ne sera peut-être jamais connue. Mais Robert Bloch, avec le métier qu'on lui connait, arrive à accrocher le lecteur avec une histoire que tout le monde croit connaitre et il relativise les faits, remet les événements dans leur contexte, en présentant dans les têtes de chapitres des histoires encore plus noires, encore plus ignominieuses et pourtant ignorées la plupart du temps du public.

Après avoir abordé d'une façon tout à fait personnelle l'histoire du Boucher de Chicago, le célèbre Docteur Mudgett, Robert Bloch nous livre sa version du criminel le plus célèbre de ces cent dernières années et parvient une fois de plus à hypnotiser le lecteur avec une histoire que l'on pourrait penser usée jusqu'à la trame. Ce qui démontre le pouvoir de conteur de Robert Bloch, à qui l'on doit le célébrissime Psychose.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur (Night of the Ripper - 1984). Réédition collection Pocket Noir. Editions Pocket N°4028. Parution octobre 1992. 284 pages.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 09:44

Bon anniversaire à Gilbert Gallerne, né le 2 avril 1954.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure.

Venu rejoindre son amie dans un coin perdu de l'Arizona, Bernard Bordes, écrivain, a la désagréable surprise de ne point voir Axelle au rendez-vous.

A l'hôtel où il pose ses valises, personne n'a vu la jeune femme. Pourtant ce n'est pas dans ses habitudes de lui poser un lapin. A moins qu'elle n'ait eu un empêchement inopiné.

Résigné à l'attendre il se promène dans les environs de Perdida. Un patelin qui porte bien son nom.

Il découvre au milieu du désert, enchâssé dans une sorte d'amphithéâtre, un dolmen qui porte des traces brunâtres. Comme si du sang avait séché sur cette table de sacrifice dont il ne peut établir si son érection remonte à quelques années ou quelques siècles. Retournant sur ses pas il découvre des écailles de peinture sur un rocher, puis aperçoit une voiture au fond d'un ravin.

A l'intérieur de l'habitacle il trouve un pendentif qui appartient à Axelle. Preuve que la jeune femme est venue dans la région. Une avalanche de pierre se déclenche et il a tout juste le temps de se cacher dans une anfractuosité du terrain.

Cela devient de plus en plus louche. D'autant qu'un gamin lui remet, à son retour au village, un mot d'Axelle lui indiquant qu'elle loge dans l'autre hôtel du village. Mais là non plus pas trace de la jeune femme.

 

Gilbert Gallerne, qui a signé quelques romans sous le pseudo transparent de Gilles Bergal et sous celui de Milan, avoue que son enfance a été baignée avec les aventures de Bob Morane.

Une atmosphère de fantastique que les amateurs du genre apprécieront, d'autant que l'humour y est toujours présent, même dans les moments dramatiques.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure. Collection Aventures et Mystères N°14. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 192 pages.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 14:13

Bon anniversaire à Jean Mazarin né le 27 mars 1934.

Jean MAZARIN : Sus aux pointus.

Sus aux pointus est le dixième roman consacré à la saga de Frankie Pat Puntacavallo, le détective niçois surnommé le Privé au soleil, sur les douze titres qui constitueront cette série.

L'on retrouve avec plaisir les habituels protagonistes : Muriel Kerdah, sa secrétaire depuis peu, René-Charles (clin de l'auteur au véritable prénom de l'auteur) agent immobilier, Ange Culculnacci, commissaire de police de son état, Gisou, le repos du docker et d'autres, ainsi que la famille Puntacavallo composée de Marylin, la sœur chanteuse dans une boîte de nuit, et les parents, le père, un peu de l'autre côté de la barrière et la mère expansive, protectrice, la Mamma par excellence.

En réalité, lorsque l'on plonge dans un livre ayant Frankie Pat comme héros, l'histoire, la trame, l'énigme deviennent secondaires, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, loin de moi ce propos. Les avatars subis par ce détective naïf, que ce soit dans sa vie familiale ou professionnelle, valent en eux-mêmes que l'on ouvre le volume.

Têtes de chapitres, dont le style rappelle curieusement celles employées par Charles Dickens dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club, renvois, notes, notules, tout concourt pour nous livre un roman extrêmement jubilatoire.

Et je ne parlerai pas du délire verbal employé par Jean Mazarin dans ce qu'il appelle ses romans de détente. Romans qu'il s'amuse à écrire et que le lecteur s'amuse à découvrir dans ces aventures puntacavalliennes.

 

Dans ce volume se dégagent un petit air de réalisme, de nostalgie, de mélancolie. De nombreux faits troublent Frankie Pat, le narrateur-héros. Le décès de son père, la diatribe relativement douce-amère de Muriel Kerdah concernant ses possibilités inductives et déductives ainsi que sa renommée.

Alors virage ? Changement de cap ? Frankie Pat ne sera-t-il plus dans ses prochaines aventures le sympathique naïf ayant Humphrey Bogart comme idole et image de marque ? Espérons que si et qu'il vivra de nombreuses aventures qui lui laisseront certes un arrière goût d'amertume comme à l'habitude mais réjouiront le lecteur. C'est ce que j'écrivais dans une chronique datée de 1985.

Mais ce n'était qu'un vœu pieux puisque, au bout de douze aventures, Frankie Pat tirera sa révérence.

 

Titres composant la série Frankie Pat Puntacavallo, tous dans la collection Spécial Police :

 

1642 : Un privé au soleil

1665 : Ormuz, c'est fini

1678 : Adieu les vignes

1754 : Monaco morne plaine

1772 : Basta C.I.A.

1824 : Catch à Cannes

1838 : Un doigt de culture

1881 : Touchez pas la famille

1913 : Camora mia

1982 : Sus aux pointus

2013 : Nocturne le jeudi

2069: Canal Septante.

 

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 14:56

Bon anniversaire à Maurice Gouiran né le 21 mars 1946.

Maurice GOUIRAN : Qui a peur de Baby Love ?

Hormis ces prénoms à manger un hamburger dans un restaurant trois étoiles, qu’est-ce qui peut bien relier cette succession de morts succombés à une mode de suicide à moins qu’il s’agisse de meurtres perpétrés par un individu particulièrement machiavélique ?

D’abord c’est Polycarpe Bouffaréou qui est retrouvé pendu au dessus d’une passerelle. Seulement il porte un bandeau orange, qui cache le trou effectué par une balle de SIG-Sauer. De plus un carré de tissu gris est accroché à son veston. L’arme du crime est retrouvée quelques mètres plus bas. Bref cela ressemblerait bien à une mise en scène selon le lieutenant Emma Govgaline mais il lui manque des éléments pour étayer cette hypothèse, d’autant que des traces de poudre sont relevées sur sa main. Le lendemain, un deuxième cadavre, du nom de Passionis Cimarosa est découvert dans une calanque. Selon toutes vraisemblances un nouveau suicide avec comme point commun le SIG-Sauer, le bandeau de couleur, différente cette fois, le morceau de tissu gris sur le veston. Et si cela ne suffisait pas un troisième trépassé est retrouvé dans un parking, Pamphile Bonfaloux.

Les trois défuntés occupaient un poste en vue dans la société marseillaise, parfois très proche du maire. Bizarrement leur décès était programmé dans le journal local, annoncé par la veuve, les enfants, la famille et un(e) certain(e) Baby Love. Manquaient la date de décès et celle des obsèques.

Pendant ce temps, Clovis, le héros récurrent des romans de Maurice Gouiran, est sollicité par Elodie, charmante jeune femme qui joue les intérimaires dans son lit, car son frère Paterne, installé comme professeur à Strasbourg se serait ôté la vie à l’aide d’une arme à feu le jour du 1er de l’an. Premièrement il n’avait aucune raison de quitter notre bonne vieille terre, ensuite des traces de poudre subsistaient sur sa main droite. Seul problème, Paterne était gaucher. Dans l’ordinateur de Paterne subsiste une vieille photo de classe avec huit condisciples vêtus de blouses grises. En 1972, un anachronisme.

Le lien est trouvé grâce à Raf, un policier qui renseigne pour le plaisir Clovis, et rejoint ce que notre héros va pouvoir confronter avec les informations recueillies auprès d’Emma. Huit collégiens, âgés de dix sept ans environ, étaient internes dans un institut catholique marseillais dont l’aumônier, le père Sylvain, ancien de l’OAS et auparavant de l’ORAF, Organisation de Résistance de l’Algérie Française, créé en 1956, honnissait les communistes, la gauche dans son ensemble et prônait les valeurs de l’extrême droite, fustigeant les ultra gauches. Les huit condisciples auraient flirté avec le GUD, une émanation de l’association Occident.

Lors d’un repas pris en compagnie d’Emma, qui vient d’être dessaisie de l’affaire par le juge d’instruction au profit d’une vague enquête concernant un supposé attentat envers une ligne ferroviaire, et d’un des survivants de cet établissement, Philogène ils apprennent que les autres condisciples se prénommaient Priam, décédé depuis, Philémon et Pancrace. Pendant qu’Emma et Clovis dissertent, Philogène prétextant une avarie de la prostate se rend aux toilettes où il est retrouvé une balle dans la tête, l’arme à ses pieds. Cette affaire de P sent vraiment trop mauvais.

 

L’histoire prend donc sa genèse dans un institut catholique, ferment d’idées extrémistes et favorisant les amitiés particulières. D’ailleurs les bandeaux enserrant les têtes des morts sont de couleurs différentes, un peu comme un arc en ciel ou les couleurs du Rainbow Flag, couleurs des homosexuels. Maurice Gouiran ne se gêne pas, et il a raison, pour tirer à gauche et à droite, pour dénoncer les politiciens qui veulent se faire un nom avant de prouver leurs compétences.

Ainsi : Décidément, ces socialos qui avaient mis le pays sur la paille n’étaient même pas capables de s’entendre entre eux. Comment pouvaient-ils pouvoir prétendre gouverner un jour ? Mais tout le monde en prend pour son grade, pour preuve : A Marseille, on interdisait systématiquement la passerelle lorsque le chef de l’Etat daignait gratifier la cité phocéenne de son auguste présence, question de sécurité probablement. Mais ce matin-là, le premier des Français, bien critiquable à d’autres égards, n’y était strictement pour rien.

Les hommes politiques ne sont pas les seuls visés. Les policiers et les journalistes également : Pour nous (journalistes), comme pour la police, l’affaire était close (décès de Paterne) et le sujet du jour, c’étaient les incendies de voitures, les vrais, les faux. La polémique enflait à ce sujet et les lecteurs avaient sacrément besoin d’infos croustillantes. L’auteur assène des vérités qui ne font pas toujours plaisir, mais c’est ça le rôle d’un écrivain honnête, au risque de déplaire. Ainsi les failles de l’école privée, comparée à l’école publique. Les bourgeois, mais aussi les ruraux confiants dans une éducation rigoureuse, qui n’hésitaient pas à dépenser moult argent pour des résultats peut-être probants mais aux méthodes discutables. Mais on peut sourire toutefois à cette affirmation : A Marseille, les filles sont si belles qu’un mec normalement constitué ne peut guère résister à l’appel de la chair.

Maurice GOUIRAN : Qui a peur de Baby Love ? Editions Jigal ; collection Jigal Polar. Parution septembre 2009. 276 pages. 18,25€.

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 14:22

Hommage à Fredric Brown, décédé le 11 mars 1972.

Fredric BROWN : La mort a ses entrées.

Lire Fredric Brown, c'est comme se plonger dans un bain de fraîcheur, c'est retrouver les années 1950 sans en supporter les poncifs.

C'est un alliage d'humour et de noirceur, proposé par un professionnel de l'écriture, catalogué longtemps comme un spécialiste de la science-fiction, alors que ces romans policiers ont une force, une vivacité, un entrain, une dureté, une psychologie propre à l'univers de Fredric Brown.

La saga de Ed et Am Hunter compte parmi les réussites de Fredric Brown. Et ce roman, écrit entre L'univers en folie et La nuit du Jabberwock, fait un petit clin d'œil à la S.F., genre qu'abordait alors notre auteur. Mais La mort a ses entrées est un véritable roman policier à la structure efficace et rationnelle.

Ed et Am Hunter viennent de créer leur propre agence de détectives privés, et leurs affaires marchent moyennement. Une jeune fille, Sally, vient demander protection auprès d'Ed. Ed ne sait rien refuser à une représentante du sexe féminin, surtout lorsque ladite représentante est charmante et jolie.

Mais tout de même, quelle bizarre demande que celle de Sally. Elle se sent menacée par des Martiens.

Ed ne veut pas croire à cette sorte de harcèlement, mais accepte néanmoins de passer la nuit auprès de la jeune fille, en tout bien tout honneur. Un appel téléphonique intempestif le réveille en sursaut à deux heures du matin. Dans la chambre attenante, aucun bruit. Et pour cause. Sally est morte !

Ed se sent responsable, se culpabilise, malgré toutes les apparences d'un décès dû à une cause naturelle.

 

Fredric Brown était un grand monsieur de la littérature dite populaire, aussi bien en science-fiction que dans le domaine policier, mais surtout dans la rédaction de nouvelles qui abordaient ces deux genres avec un réel bonheur. Des nouvelles parfois ultra-courte mais à la chute imprévisible.

Réédition collection Grands détectives N°2706. Editions 10/18. Parution avril 1996. 246 pages.

Réédition collection Grands détectives N°2706. Editions 10/18. Parution avril 1996. 246 pages.

Fredric BROWN : La mort a ses entrées. (Death has Many doors, 1951) Collection Série 33 N°2. Editions Clancier-Guénaud. Parution avril 1988. 254 pages.

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 15:07

Hommage à John Dickson Carr décédé le 27 février 1977.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables

Les aventures, ou plutôt les enquêtes du colonel March, enquêtes pour la plupart traduites en France dans diverses revues, entre 1958 et 1973, enfin réunies en un volume.

Le colonel Perceval March fut interprété à la télévision britannique dans les années 1956/1957 par Boris Karloff pour vingt-six épisodes de vingt-six minutes chacun. La plupart de ces épisodes ont été diffusés sur les petits écrans durant l'année 1961. Des petits films, dont leur petit air désuet, qui seraient les bienvenus en rediffusion, le samedi ou dimanche soir par exemple, sur la Trois, en remplacement de Zorro dont les aventures tournent en boucle depuis des années et deviennent répétitives.

Pour en revenir au Service des Affaires Inclassables, ces nouvelles sont toujours agréables à lire ou à relire, car contrairement aux adaptations télévisées, elles n'ont pas pris une ride, ou presque.

L'écriture magique de John Dickson Carr probablement.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables

Le colonel March est le responsable d'un service spécial, une section à part dans Scotland Yard : le département des causes bizarres.

Lorsqu'une enquête piétine, car la solution en est particulièrement difficile à résoudre, le colonel March est appelé à la rescousse. Et il faut l'esprit subtil de ce policier pour découvrir le mystère des empreintes de pas sur une haie qui supporterait difficilement le poids d'un chat, ou encore comment a pu être réalisé un meurtre par des mains sans corps, ou même découvrir la cachette renfermant vingt-trois mille livres sterlings, alors que tout a été passé au peigne fin.

En prime aux sept enquêtes du colonel Marche, le recueil renferme quatre autres nouvelles, dont une inédite en français, ainsi qu'une postface fort intéressante de l'érudit Roland Lacourbe, spécialiste de John Dickson Carr et de son œuvre, et des textes de mystères en chambres closes en général.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables (The Department of Queer Complaints - 1940) Le Masque N°1919. Librairie des Camps Elysées. Parution mai 1988. 288 pages.

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 14:33

Hommage à Jack Ritchie, né le 26 février 1922.

Jack RITCHIE : Papa météo.

Parmi les grands nouvellistes américains de littérature policière, Jack Ritchie peut être classé au niveau des meilleurs, des très grands, aux côtés de William Irish, Fredric Brown, Edward D. Hoch et quelques autres.

Pourtant son nom est souvent omis des bibliographies, études et autres ouvrages traitant de la littérature policière. Un oubli d'autant plus regrettable qu'il a écrit environ cinq cents histoires, destinées pour la plupart à des magazines spécialisés (il fut l'un des auteurs fétiches d'Alfred Hitchcock) et que les anthologies semblent incomplètes si son nom ne figure pas au sommaire.

Jack Ritchie n'a écrit qu'un roman - L'île du tigre publié en France chez Pocket en 1992 - et s'il est méconnu, en France tout du moins, faut-il y voir une relation de cause à effet.

Jack Ritchie était - il est mort en 1983 - un véritable orfèvre, un artiste dans son genre, et ses nouvelles sont de petits bijoux, des miniatures dont les dénominateurs communs sont l'humour noir et la machination.

La machination, la manipulation l'arnaque, semblent être le principal souci, la principale obsession de ses personnages, qu'il s'agisse pour eux de trucider leur femme, l'empêcheur de tourner en rond ou d'amasser rapidement et sans fatigue un joli petit pactole, de constituer pour l'avenir un doux matelas rembourré de billets de dollars.

Mais le bel ordonnancement par Jack Ritchie ne serait rien ou si peu s'il n'était assaisonné d'une pointe d'humour noir féroce. L'histoire prend toute sa saveur le plus souvent dans l'ultime phrase, décompressant le lecteur dans un retournement de situation parfois déconcertant.

Les Héros, bons ou méchants, ne sont pas décrits physiquement mais moralement, la plupart du temps par l'intermédiaire de dialogues percutants.

Jack Ritchie ne s''embarrasse pas de détails oiseux, ce qui en fait sa force et l'intérêt de ses histoires.

L'emploi systématique de la première personne du singulier invite le lecteur à entrer dans la peau du narrateur machiavélique. Une façon comme une autre, guère répréhensible mais jubilatoire, de s'investir dans l'habit peu reluisant d'une crapule ou d'un joueur d'échecs particulièrement retors, jonglant entre les bons et les mauvais sentiments.

 

Au sommaire de ce recueil :

Papa météo (The Weather man. Traduction de Jane Guyon). Publié en français sous le titre Papa météo, dans le recueil Histoires de machinations, Pocket no 3232, 1990.

Degré d'innocence (Degree of Guilt - traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre Degré d'innocence, Paris, Opta, Choc Suspense no 2, juillet 1967.

Une fille s'en va (You Should Live So Long - traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre Une fille s'en va, Paris, Opta, Choc Suspense no 3, octobre 1967.

Le chantage fantastique (The Crime Machine - Traduction de Michel Demuth). Publié en français sous le titre Le Chantage fantastique, Paris, Opta, Anthologie du Suspense no 4, 1966.

L'œil tranquille. Signé Steve O'Connell (The Quiet Eye - Traduction de Catherine Grégoire).

Le cœur de l'homme mort. Signé Steve O'Connell (Sund Alibi - Traduction de Pierre Caillet).

Tableau de chasse. (Kill Joy - Traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre Tableau de chasse, Paris, Opta, Choc Suspense no 2, juillet 1967.

L'époux de la minette (Devil Eyes - Traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre L'Époux de la minette, Paris, Opta, Choc Suspense no 3, octobre 1967.

Dix dollars en trop (The Enormous 10 Dollars - Traduction de Nicolette et Pierre Darcis). Publié en français sous le titre Dix dollars en trop, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 26, juin 1963 ; réédition dans le recueil Histoires de mort et d'humour, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3007, 1988.

Au petit matin blême (Good-by, World - Traduction Marcel Battin). Publié en français sous le titre Au petit matin blême, Paris, Opta, Choc Suspense no 4, janvier 1968.

Adieu, mémoire ! (Good By Memory - Traduction Denise Hersant). Publié en français sous le titre Adieu, mémoire !, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 12, avril 1962 ; réédition dans le recueil Histoires à n'en pas revenir, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3002, 1988.

Sous la lumière des réverbères (Under Dim Street Lights - Traduction Christine Lauffray). Publié en français sous le titre Sous la lumière des réverbères, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 33, janvier 1964 ; réédition sous le titre À la pâle clarté des ténèbres, dans le recueil Histoires piégées, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3005, 1988.

Tendre assassin (The Green Hart - Traduction de Michel Beauquey). Publié en français sous le titre Tendre Assassin, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 32, décembre 1963 ; réédition dans le recueil Histoires riches en surprises, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3006, 1988.

Jack RITCHIE : Papa météo. Collection Blême N°2237. Editions 10/18. Parution novembre 1991. 240 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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