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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 16:01

Avec la mort en libre-service...

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria.

L'univers littéraire de Serguei Dounovetz est noir et ne possède aucune rémission. Ou presque. Les protagonistes subissent les aléas de la vie, ou les provoquent, jusqu'à leur extinction, comme une lumière qui aurait été allumée trop longtemps.

Douze nouvelles, pas une de plus pour ne pas tenter le sort, douze nouvelles, sombres, très sombres, avec quelquefois une lueur d'espoir sous forme de dérision, une éclaircie dans un monde voué au noir, comme douze peintures réalisées par Edward Munch.

Douze nouvelles dont le Languedoc et le Roussillon servent de décor, mais également Paris et peut-être Le Havre. Et bien évidemment certaines de ces nouvelles interpellent le lecteur pour des raisons personnels, sentimentales ou autres qu'il saura plaquer à sa convenance.

Ainsi dans P'tit bob nous entrons dans l'univers d'un amateur de rock, le vrai, celui qui déménage. Roberto est sous le charme de P'tit bob depuis que son grand-père Luigi, docker sur le port havrais, lui a donné en héritage Come and see me, un vieux 33 tours de 1978, et qu'il écoute en boucle depuis qu'il est tout petit et même avant. D'ailleurs c'est le seul qu'il possède. Pas grave. Roberto s'identifie à Little Bob, le chanteur de Little Bob Story, devenu Little Bob Blues Bastards.

Dans Walther, mon meilleur ami, Serguei Dounovetz nous entraîne dans le quartier de la porte de Vanves et d'Alésia. Ce quartier dans lequel vécut Georges Brassens, Renaud et quelques autres qui ont marqué leur époque. Tanguy se rend à un rendez-vous Porte de Vanves avec son meilleur ami, un Walther P38, dans la poche. Il a décidé de s'en débarrasser.

La main du diable nous propulse quelques siècles en arrière, chez les Hurons. Une série de meurtres se propagent dans un petit régiment. Un point commun relie ces exécutions et pour le capitaine Mandrin, les morts n'étaient pas exempts de reproches.

Pirate est un chat, ou plutôt était un chat. Et toute sa vie Pirate aura subi les avanies prodiguées avec une certaine jouissance par les humains et le mauvais sort. Seul Dominique, celui qui l'a recueilli quand il était encore un minuscule chaton, a essayé de l'entourer d'affection. Féline aussi, une vieille chatte. Mais quand le mauvais sort s'acharne, il n'y a rien à faire, sauf peut-être croire en un au-delà meilleur.

Le dernier pour la route, c'est Gonzo, le narrateur, le dernier d'une fratrie de cinq. Et une nuit ses frères reviennent lui rendre une petite visite. En rêve, ou en cauchemar. Ils sont tous décédés, d'une façon différente, mais ils sont bien morts, de même que son grand-père. Mais là ce n'est pas pareil que dans la réalité, celle qu'on lui a toujours serinée.

 

Ceci n'est qu'un petit extrait de l'univers de Serguei Dounovetz, un univers qui vous touche, car parmi ces nouvelles, l'une au moins s'approchera du vôtre, vous renverra dans votre enfance avec des désirs enfouis. Peut-être pourriez-vous être ce photographe au bout du rouleau, l'image d'une ancienne petite amie tournant en boucle dans son esprit, et qui va rendre visite à l'un des anciens professeurs qui s'était ingénié à vouloir le casser pour lui apprendre la vie. Ceci est décliné dans Il joue du piano avec les doigts des autres.

Laissez-vous prendre par la main pour visiter cet univers onirique, noir, sublime, poétique, tendre et violent, comme une douceur qui pétille en gouttes de feu dans votre bouche au fur et à mesure qu'elle se dissout.

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria. AAARG ! Editions. Parution 22 octobre 2015. 148 pages. 13,00€.

 

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